Abbé Maurice Blanc – L’enseignement musical de Solesmes et la prière chrétienne – Chapitre III

CHAPITRE III
DOM ANDRÉ MOCQUEREAU

    I La Paléographie Musicale.

    Il. Le motu proprio de 1903 et l’édition vaticane.

    III. La querelle des éditions rythmiques.

 

    I    La Paléographie Musicale.

    La faveur de Léon XIII, le soin que le pape avait pris de féliciter les élèves du Séminaire français (le faire entendre le chant de saint Grégoire ramené à sa pureté primitive , tout cet applaudissement n’était point seulement l’expression du vif plaisir esthétique qu’un mélomane devait ressentir à écouter une schola soigneusement entraînée. D’autres formations chorales l’auraient aussi bien mérité en chantant dans d’autres livres due ceux de Solesmes. A Arezzo même, les congressistes n’avaient-ils pas été unanimes à louer les chants de la messe d’après le Graduel de Ratisbonne qu’exécutèrent après une très courte préparation, quelques belles voix rassemblées sur place et entraînées par l’abbé Haberl ? Certes la faveur croissante des meilleurs connaisseurs allait à la beauté et à la pureté de style du chant des Bénédictins; mais ces suffrages n’auraient pas suffi à leur succès, s’ils n’avaient disposé depuis quelque temps d’une nouvelle arme dont l’apparition sur le champ de bataille allait décider du combat.

    Aux yeux du correspondant de l’Univers, le héros des fêtes du centenaire de saint Grégoire avait été Dom André Mocquereau, le compagnon donné à Dom Pothier par l’abbé de Solesmes en réponse à l’invitation transmise par le cardinal vicaire. Dom Mocquereau était le directeur, anonyme, de la Paléographie Musicale, une publication monumentale dont les fascicules imprimés sur les presses de Saint-Pierre de Solesmes faisaient depuis deux années l’admiration générale.

    L’affaire n’était pas allée de soi. Ce que voulait Dont Mocquereau, entré à Solesmes en 1875 et de suite disciple attentif et laborieux de Dom Pothier, justement son maître ne le voulait pas. Pourquoi cette opposition ? Tout ce que nous avons écrit jusqu’ici suffit à le faire comprendre. Au moment où l’on rêve autour de lui de quelque engin qui écrasera l’adversaire, Dom Joseph Pothier est l’un des hommes les plus passionnément discutés, en France et hors de France, dans le clergé comme parmi les catholiques instruits. Ce religieux, qui vingt-cinq ans plus tôt était venu sur les bords de la Sarthe demander à l’abbaye de Solesmes l’abri d’une vie consacrée à la louange de Dieu dans la paix du cloître, le voici devenu objet de scandale dans l’Église de Dieu. Certes, Léon XIII en personne a daigné le féliciter et l’encourager publiquement lorsque l’abbaye a fait hommage au Souverain Pontife de son Liber Gradualis, mais tout aussitôt le pape a dû reprendre son bref pour administrer à l’humble moine un non moins public avertissement. Autour de lui, des religieux, des prêtres, des évêques même, qui s’étaient déclarés partisans de sa méthode et de son graduel, se sont finalement ralliés à l’édition recommandée sans conteste par le Saint Siège. Pourtant il ne peut empêcher que le flot des libelles et des disputes ne cesse de monter.

    Sans doute Rome lui permet de poursuivre son œuvre de savant, mais pourquoi ne pas le faire dans le silence ? Si le monastère se consacre à de profondes et coûteuses recherches dans le domaine de la paléographie musicale, ne serait il pas plus convenable qu’il les gardât pour lui ? Une publication sensationnelle ne fera que provoquer de nouvelles clameurs désagréables au préfet de la S. Congrégation. Et puis, aboutira-t-elle à autre chose qu’à une confusion accrue parmi les théoriciens déjà trop nombreux à présenter et soutenir leurs systèmes personnels à coup de citations de manuscrit, ou d’auteurs du Moyen Age ? Pas de meilleure attitude en vérité, que de perfectionner patiemment et sans réclame le chant du monastère, son répertoire, ses principes d’exécution.

    Dom Mocquereau, plus jeune et surtout moins engagé dans une bataille où son maître était le point de mire ou de ralliement de tous les combattants, supportait mal cette temporisation. Bien entendu, autour de l’Abbé c’est  » l’offensive qui devait à la longue l’emporter sur la défensive , si bien que Dom Mocquereau finit par obtenir du Rme Dom Couturier l’autorisation combattue par tant d’influences contraires. Mais il dut se charger de tout : de la rédaction, de l’impression, des souscriptions, de la correspondance, avec quelques moines gagnés par la contagion… Dom Pothier resta en dehors de la publication monumentale destinée à la défense de son œuvre 1 .

    Voici donc paru, en janvier 1889, le premier fascicule de la Paléographie Musicale. Afin de bien montrer, écrira plus tard Dom Mocquereau, que nous étions les fils soumis du Saint-Siège et que nous n’entreprenions ce grand travail que pour l’honneur et la gloire de la sainte Église, nous tournâmes nos regards vers son chef auguste, le priant de bien vouloir bénir notre œuvre et d’en accepter l’hommage. Le nom et la bénédiction de Léon XIII, placés en tête de notre collection paléographique, lui assuraient sa meilleure protection. 2

    Si explicite que fut cette bénédiction pontificale, une expérience trop récente imposait aux moines de Solesmes de ne s’avancer à son abri qu’avec la plus grande prudence. La Paléographie Musicale voulut s’établir d’emblée sur les sommets iréniques de la recherche la plus désintéressée. Point trace de polémique. L’introduction générale, rédigée bien entendu par Dom Mocquereau mais sous l’anonymat d’ailleurs imposant des  » moines de Solesmes « , déployait sur cinquante pages in-quarto la somptuosité d’un programme où étaient invitées à trouver place la musicologie, la paléographie, la linguistique, la liturgie. Ces sciences étaient convoquées à l’étude et à la discussion des manuscrits, mais on leur signifiait dans quel esprit de renoncement au bénéfice de la cause.

    Peu importe le nombre plus ou moins grand de fragments monastiques publiés jusqu’à ce jour; ce clin nous manque. ce sont des monuments complets ; et cette lacune met en cause nos études mêmes. Les notations originales sont nos véritables sources. nos moyens d’étude et d’action; nous les recherchons, non pour nous procurer la satisfaction stérile d’en faire une vaste collection, mais pour fournir aux musiciens le moyen le plus propre à remplir le programme qui leur est imposé par la situation actuelle de la science musicale. 3

    Trait bien français : les rédacteur de l’Introduction se garde de définir d’avance la méthode de ses recherches. (La méthode, n’est-ce pas ce qui s’établit après coup, comme le chemin le plus rationnel qu’aurait dû suivre la recherche, une fois qu’elle se trouve confirmée par le succès ?). Donc, pas de méthode, mais une carte à vue de pays où se laissent prévoir trois étapes : 1) l’établissement du texte par l’étude critique des sources, celles-ci étant en tout premier lieu les documents mélodiques en notation neumatique ou moderne, de préférence aux traités ou commentaires des musicologues du moyen âge ; 2) l’analyse intrinsèque des mélodies une fois restituées afin de découvrir les lois de leur composition et par ce- moyen les règles de leur interprétation; 3) la comparaison avec les autres formes de l’art musical dans l’antiquité chrétienne, par exemple les dialectes que sont le grégorien, l’ambrosien, le gallican et le mozarabe, mais aussi tout le passé musical hébreu et gréco-romain.

    Assurément Dom Mocquereau et ses collaborateurs voyaient grand. Pourtant ce qui chez un seul serait présomption, à plusieurs devient courage, – et quand il s’agit de moines qui disposent de l’éternité, le courage n’est plus que probité à la mesure de la tâche à accomplir. Or, en dépit du crédit dont jouissaient les livres publiés par l’abbaye à l’usage des monastères de la congrégation de France, en particulier le Liber Gradualis de 1883, on peut dire que, clans l’ordre de la recherche scientifique, presque tout était à commencer par la- base. Les manuscrits étaient rares à Solesmes même, où l’on ne disposait que des copies exécutées à la main pair quelques uns des moines, et bien entendu en un seul exemplaire. Les dépôts n’étaient point encore inventoriés et catalogués avec la rigueur que seules des années de recherches assidues permettraient d’obtenir. Il fallait sortir de l’abbaye pour aller à la découverte. En juillet 1886, Dom Mocquereau, qu’accompagnait Dom Pothier, était à l’abbaye de Saint-Gall, où il repérait à la hâte les richesses de la bibliothèque, tout en faisant photographier un graduel du Xe siècle, le codex 339, qui serait retenu pour le Ier volume à paraître de la Paléographie Musicale.

    Désormais les équipes de scriptores solesmiens vont parcourir l’Europe.

    Le récit de leurs visites dans les diverses bibliothèques forme de véritables  » itinéraires  » : Iter Gallicum, Iter Italicum, etc., rappelant ceux des Mauristes du XVIIIe, siècle, agrémentés de notes judicieuses et d’observations personnelles très intéressantes.

    A diverses époques les recherches sont reprises; elles sont développées avec plus de méthode, en vue surtout de la préparation de l’édition vaticane (1904-1905). Vers ce même temps, deux moines d’En Calcat parcourent l’Espagne et leur Iter Hispanicum vient agrandir la collection déjà importante.

    Plus tard, en 1914, deux moines de Solesmes entrent en campagne pour explorer la partie sud de l’Allemagne et compléter ainsi un Iter Germanicum. Ils passent ensuite en Autriche et arrivent jusqu’aux confins de l’Italie du nord. L’Iter Anglicum sera à son tour amplifié, toujours en vue des travaux à venir…

    Les résultats de ces excursions scientifiques furent, splendides, et le scriptorium paléographique s’enrichit d’une admirable collection, unique peut-être, de photographies de manuscrits.

    A ce travail de recherches personnelles s’ajouta la collaboration dévouée de toutes les bonnes volontés, partout où se trouvaient des amis du chant grégorien. Elle fut d’un très réel secours par le nombre considérable de notes ou de documents signalés ou communiqués. 4

    Alimentés à une source inépuisable, les fascicules de la Paléographie Musicale se succédèrent avec régularité, apportant progressivement à la disposition des chercheurs les documents les plus curieux. Leur composition, en dépit de l’annonce du prospectus, ne s’astreindra pas à un ordre rigoureux; un engin de guerre est obligé de se prêter aux fluctuations da la bataille. C’est ainsi qu’au Ier volume consacré à la reproduction intégrale d’un mène et unique document, firent suite deux volumes composés sur une toute autre formule.

    Le 1er volume avait reproduit un manuscrit de Saint-Gall, le codex 339 ; la comparaison entre ce ms. et le Liber Gradualis de 1883 prouvait péremptoirement l’authenticité de la version mélodique restaurée par Dom Pothier. Au lieu de se rendre, les adversaires prétendirent qu’un seul manuscrit ne prouvait rien, que d’ailleurs les manuscrits répandus dans le monde entier ne s’accordaient pas, et due, vu ces divergences, la restitution du vrai chant grégorien était impossible.

    La Paléographie .Musicale releva le défi, et magnifiquement; on sait comment. Il ne pouvait être question de publier d’un coup les centaines de manuscrits dispersés dans les bibliothèques de l’Europe; et d’un autre côté, il fallait aller vite, car il importait qu’à l’heure assez proche où allait expirer le privilège tic trente ans jadis accordé à la médicéenne, Rome eût en mains tous les arguments voulus pour agir librement et en connaissance de cause. Alors, renonçant provisoirement, dès le Ile volume, à sa résolution première de publier des documents entiers, Dom Mocquereau choisit une pièce, la mélodie du répons graduel Justus ut palma, qu’il reproduisit d’après 219 antiphonaires, du IXe au XVlle siècle, venant de tous les pays d’Europe. Sauf quelques variantes de détail, c’était toujours substantiellement, et quasi note pour note, la même mélodie, celle du Liber Gradualis solesmien. La preuve était faite pour tous les esprits droits .

    … Et voici qu’au IlIe volume, alors même que se poursuivait la publication des Justus, nous trouvons une nouvelle dérogation, et plus nette encore, aux décisions premières ? Malgré la résolution arrêtée de s’abstenir le plus possible de notes et de commentaires, voici une étude, très développée, sur l’accent tonique et la psalmodie grégorienne que complètera, au IVe volume, une étude parallèle sur le cursus et la psalmodie. 5

    Mais laissons là l’histoire de la Paléographie Musicale. pour revenir aux solennités du Congrès romain de sciences et d’art liturgiques, organisé en l’honneur du centenaire de l’élection et de la consécration de saint Grégoire le Grand, qui se tint à Rome en 1891.

 

    II    Le motu proprio de 1903 et l’édition vaticane.

    En se rendant à Rome, Dom Mocquereau se réjouissait d’y retrouver un jésuite italien avec lequel il avait fait connaissance l’année précédente à Turin, au cours d’une première exploration dans les bibliothèques d’Italie à la recherche de documents pour la Paléographie Musicale. Le Père Angelo de Santi était à la Civilta Cattolica le rédacteur de musique religieuse, et donc chargé par le Saint-Siège de défendre l’édition néomédicéenne. Loin de se fuir, les deux hommes se retrouvèrent peu après à Santa Chiara où Dom Mocquereau et son compagnon Dom Cabrol étaient les hôtes du Séminaire français durant leur enquête dans les bibliothèques romaines. Aussitôt arrivé, Dom Mocquereau avait donné quelques leçons à la schola du séminaire. On commença avec la messe Reminiscere. Le Père. de Santi fut :à Santa Chiara pour la messe Laetare. Il en sortit conquis, et du coup la chapelle du Séminaire français fut connue de tout ce qui, à Rome, suivait la question de la restauration grégorienne.

    Ce n’était donc plus un adversaire que Dom Mocquereau s’apprêtait à revoir. Mais se doutait-il de l’appui décisif que le rédacteur de la Civilta Cattolica allait donner à sa cause ? Osait-il rêver une manifestation aussi étonnante que le discours que lirait ce religieux, l’avocat d’office des livres choraux de Ratisbonne, devant le secrétaire d’Etat Rampolla. le 5 mars 1891, au cours d’une audition de la schola du séminaire Vatican ? Dans sa leçon intitulée Grégoire le Grand, Léon XIll et le chant liturgique, le P. de Santi n’hésiterait aucunement à mettre en balance les deux éditions concurrentes, à montrer dans tout son avantage le Liber Gradualis de Dom Pothier, et à n’admettre l’usage. :le la néomédicéenne qu’à la condition d’en transformer le rythme en appliquant la méthode de Solesmes au chant de ses mélodies. dont il regrettait au surplus les mutilations.

    Dans l’éloge qu’il avait décerné à Dom Pothier et aux moines de Solesmes, au nom du retour à saint Grégoire « , Revertimini ad fontes s. Gregorii, le P. de Santi avait fait mention de la Paléographie Musicale.

    ŒUVRE remarquable qui, en reproduisant au moyen de la prototypie les plus anciens manuscrits neumatiques, pour but de montrer de toute évidence, gravés nettement dans les documents mêmes, non seulement la phrase muai cale primitive, mais aussi le rythme grégorien original. Ainsi l’hésitation que les savants pouvaient avoir jusqu’ici ne parait plus désormais raisonnable; pour tout dire elle n’est même plus possible. Et c’est là un des plus merveilleux résultats de la science et (le l’art qui se puissent offrir à Grégoire le Grand pour son centenaire. 6

    Si étonnant que fut les geste dit rédacteur de la Civilta Cattolica, passant pour ainsi dire à l’ennemi publiquement, les milieux romains s’y trouvaient préparés. Un autre savant jésuite, le R. P. Grisar, professeur à l’université d’Insbrück et historien célèbre, avait fait quelques semaines auparavant au Séminaire français, devant le cardinal Masella, préfet des Rites ,et le cardinal vicaire, une conférence où trouvait place le plus vif éloge des études archéologiques et musicales des bénédictins de Solesmes. Ce qu’il louait comme historien dans la Paléographie Musicale, c’était la confirmation qu’elle apportait à l’origine grégorienne du chant de l’Eglise romaine. Elle fait voir en effet que ces mélodies liturgiques forment un tout tellement homogène qu’elles doivent nécessairement provenir d’un antiphonaire primitif, écrit selon toutes les règles de l’art, et cet antiphonaire n’est autre que celui de saint Grégoire 7 .

     L’intervention du R. P. Grisar recevait son vrai sens du fait que l’année précédente une controverse venait d’opposer la Revue bénédictine, rédigée par les moines de l’abbaye de Maredsous en Belgique, au célèbre érudit et académicien belge, Auguste Gevaert, sur l’attribution à saint Grégoire le Grand du chant liturgique de l’Eglise latine. Dans quel sens pouvait-on conserver le sentiment traditionnel que le chant ecclésiastique était appelé chant grégorien en raison du rôle que le pape Grégoire 1er avait joué dans sa composition? Les partisans de Ratisbonne avaient toujours manifesté de la méfiance envers cette tradition, mais celle-ci n’était pas sérieusement attaquée avant l’intervention du savant belge. A. Gevaert, en 1890, avança qu’il s’agissait non de Grégoire Ier le Grand un Romain qui régna de 590 à 604), mais plus d’un siècle après lui, de papes helléniques, notamment les deux Syriens que furent Serge Ier (587-701) et Grégoire Ill (731-741). Contre cette thèse s’éleva Dom :Blorin, fort apprécié lui aussi pour son érudition, au nom des moines de Maredsous. A l’ouvrage de A. Gevaert, Les Origines du chant liturgique de l’Église latine, il répondit par une série d’articles en faveur de la thèse traditionnelle auxquels il donna pour titre Les véritables origines du chant grégorien 8 . Les articles de la Revue bénédictine n’étaient point encore achevés quand tenait ses premières réunions le comité d’organisation du congrès romain de sciences et d’art liturgique  » qui fêterait en 1891 le XIIIe centenaire du couronnement de saint Grégoire le Grand. Les milieux romains, on le conçoit, se réjouirent fort de l’appui qu’en ce moment critique le R. P. Grisar apportait à la défense de saint Grégoire, et il en rejaillit estime et respect sur l’entreprise scientifique des bénédictins français dont le savant historien jésuite faisait un si grand cas.

    Cependant le R. P. de Santi, qui n’était point chargé de l’histoire mais bien de la musique religieuse à la Civilta, avait une raison plus directe de donner son suffrage aux positions de la Paléographie Musicale. Dom Mocquereau lui apportait en effet les tableaux de concordance des manuscrits qui allaient paraître dans les fascicules du tome Il et du tome Ill, consacrés exclusivement à une étude critique de la mélodie du répons-graduel Justus ut palma. établie sur la phototypie d’antiphonaires du IXe au XVlle siècle, venant de tous les pays d’Europe. La ligne mélodique donnée par chacun était déchiffrée, discutée, reportée sur des tableaux comparatifs de divers modèles, dont l’ensemble constituait un système de critères -qui aboutissaient à rétablir avec une certitude scientifiquement critique l’unique mélodie initiale. Mais la paléographie des sources se doublait d’une étude encore plus remarquable des lois de la composition musicale dans l’art grégorien. Dom Mocquereau retrouvait, avec la véritable et unique mélodie originale, les règles d’application des paroles à la mélodie, les règles de l’accentuation tonique, les règles relatives aux pénultièmes faibles, les règles des rimes musicales, etc. La méthode comparative, pourvu qu’elle fût poussée jusqu’au point où Solesmes l’avait fait, apportait enfin la clef du trésor que la position prise par la S. C. les Rites, vingt ans auparavant, quand elle avait accordé un privilège exclusif à la néomédicéenne, menaçait de faire perdre à l’Église romaine.

    Le P. de Santi écouta les démonstrations de Dom Mocquereau, qui lui exposait ce que contiendraient les deux tomes prochains de sa Paléographie Musicale. Il n’eut donc pas à attendre l’admiration unanime dont fut accueilli dans les années suivantes un recensement critique aussi étendu, qui plaçait désormais les recherches du chant liturgique en tête de toutes les Sciences de pure érudition. Il devint sans retard pour Solesmes un ami aussi puissant que sûr. Disons plus sûr que puissant, car si apprécié fut-il de Léon VIlI, le rédacteur de la Civilta n’encourut pas moins des disgrâces, temporaires heureusement. C’est ainsi qu’en janvier 1894, il dut s’éloigner de Rome.

    Quelle était la cause de ce revirement, marqué par le décret Quod s. Augustinus qui, nous l’avons vu, survint le 7 juillet 1894 pour réitérer jusque dans les mots le décret Romanorum Pontificum de 1883 ? Il semble que cette cause fût double. D’une part le Saint-Siège s’inquiétait des excès de la campagne de presse à laquelle souriait le clergé français qui avait amené le gouvernement de Paris à faire faire une démarche auprès du cardinal secrétaire d’État par son ambassadeur à Rome. Certains journaux entretenaient une sorte de mise en accusation du cardinal préfet des Rites auquel on reprochait d’avoir accepté certaines récompenses de l’éditeur bavarois 9 . D’autre part les livres de Ratisbonne avaient retrouvé crédit quand leur obstiné garant, le savant abbé Haberl, revenu fouiller les archives romaines en novembre 1893, fut assez heureux pour découvrir un document officiel établissant que la version médicéenne avait bien été établie par le grand Palestrina lui-même, ce que contestaient ses adversaires 10 .

    Ainsi le duel continuait, sans qu’aucun des combattants ne s’avouât vaincu. A Rome, le séminaire du Vatican continuait à se servir de l’édition de Pustet mais en suivant les principes des Bénédictins. En France, ,l’abbaye de Solesmes rééditait en 1895 un Liber Gradualis amélioré et devenait le haut lieu de la restauration grégorienne. Mais sans accepter de se mêler aux querelles. Il lui suffisait d’imprimer les fascicules de la Paléographie Musicale dont les tomes se succédaient avec un intérêt croissant. Dom Pothier n’était plus au monastère qu’il avait quitté en 1893 pour devenir prieur de Saint Martin de Ligugé; il assurait de sa collaboration régulière une publication de caractère plus pratique, la Revue du Chant grégorien, fondée à Grenoble en 1892. Dom Mocquereau et Dom Pothier se trouvaient désormais séparés, mais le contact était gardé en de nombreuses occasions.

    Solesmes recevait donc beaucoup. Charles Bordes y amena les maîtres et élèves de la Schola cantorum qu’il avait fondée en 1894, pour encourager l’exécution du plain-chant selon la tradition grégorienne – la remise en honneur de la musique palestrinienne — la création d’une musique religieuse moderne – l’amélioration du répertoire des organistes « . Dès janvier 1895, la Schola avait son bulletin mensuel, La Tribune de Saint Gervais. Le sommaire de son premier numéro s’ouvrait par un article de Camille Bellaigue, le chroniqueur musical de la Revue des Deux Mondes, sur Giovanni Pierluigi de Palestrina. Bellaigue, qui connaissait les bons usages, invoquait dès sa première ligne l’autorité du Dr Haberl… C’était de haute courtoisie dans une publication qui alignait en tête du tableau de .ses collaborateurs une ligne entière de bénédictins : Dom Pothier, Dom Mocquereau, Don Bourigaud, Dom Parisot.

    L’épiscopat de France ne dissimulait pas son appui à l’œuvre de Solesmes. Pour se borner aux cardinaux, celui de Bordeaux (1895), celui de Rodez (1895), celui de Reims (1896) présidaient des congrès de musique religieuse vit il n’était question que du retour au grégorien. Le  » congrès diocésain de musique religieuse et de plain-chant qui se tint à Rodez en juillet 1895 fut d’autant plus remarquable qu’on y entendit un rapport sur les livres liturgiques et les décrets du Saint-Siège, où il était rappelé que  » les éditions autorisées par les évêques dans leurs diocèses doivent être suivies jusqu’à ce que eux-mêmes, juges des désirs du Souverain Pontife, en auront autrement statué «  11 . On s’accordait pour faire durer le statu quo jusqu’à l’expiration du privilège concédé à la firme Pustet, mais sans se permettre d’y faire jamais la moindre allusion. Ou plutôt on déplorait les mauvaises éditions toujours entre les mains des chantres, d’autant plus fort qu’on préconisait pour en rendre l’usage supportable le recours à la méthode d’exécution des Bénédictins 12 . A Rodez même, devant les curés rouergats, Dom Mocquereau lisait un très savant Mémoire sur la psalmodie romaine et l’accent tonique latin, tandis que les chants étaient dirigés par un de ses disciples: 13 .

    Toute cette propagande, mais était-ce une propagande ?, passait pour se faire avec la bénédiction du Saint-Père. Dans les presbytères, on se rapportait les moindres signes de bienveillance que l’entourage de Léon XIlI pouvait donner aux élèves du Séminaire français, comme ces paroles du cardinal vicaire le 19 mars 1895 : Aimez toujours le chant grégorien. Jadis Rome le donna à la France par Saint Grégoire ; aujourd’hui nous l’avons perdu, et voilà que la France va nous le rendre 14 . En vérité, personne ne doutait de l’imminence de la victoire…

    C’était bien, en effet, le dénouement. En mars 1899, paraît la réédition du Gardellini, la collection officielle des décrets authentiques de la S. Congrégation des Rites. Dans son 3e volume, le décret du 26 avril 1883, Romanorum pontificum a disparu!- Le décret Quod s. Augustinus (celui de 1894 dont le signataire est toujours vivant), y figure encore, mais dans un texte remanié et adouci. La faveur de Léon IlI couvre indubitablement les bénédictins français. Don Perosi, devenu maître perpétuel de la Sixtine, fait chanter devant le pape par sa chapelle les mélodies restaurées de Solesmes. D’ailleurs en prenant possession de ses nouvelles fonctions, il a fait savoir à l’abbaye sa ferme volonté de travailler de toutes ses forces… au triomphe complet et prochain .

    En 1900, le Ile congrès d’archéologie chrétienne se tient à Rome. Le R. P. Grisar, fidèle à son amitié, demande que la Paléographie Musicale soit fortement recommandée comme instrument d’étude du moyen âge. Mais son vœu n’est pris en considération qu’après un renvoi à la commission, d’où il ne revient que très amoindrie 15 . Premier signe de discorde dans le camp bénédictin… L’adversaire en tirera-t-il profit ? Non. A la fin de l’année expire le fameux privilège trentenaire qui ne sera pas renouvelé. Il est vrai que les animateurs de la Paléographie Musicale. reçoivent sans cesse l’appui de nouveaux garants. Avec le R. P. de Santi, rentré en grâce et à Rome, voici que le maître des cérémonies pontificales, Mgr Respighi, paraît lui-même dans l’arène pour renverser l’argumentation que l’abbé Haberl avait cru renouveler (en 1894) en faveur de l’attribution à Palestrina de l’édition réduite et abrégée de Ratisbonne. Palestrina ne sera décidément pas l’auteur de la médicéenne 16

    Avec l’année 1901, le privilège échu, Rome a retrouvé sa pleine liberté. Le 14 janvier, Léon VIlI répond de vive voix au cardinal vicaire qui l’informait des appréhensions des séminaires romains, que la restauration du chant grégorien doit entrer dans une nouvelle voie, et que les vénérables mélodies traditionnelles de l’Eglise peuvent résonner clans les temples en toute liberté 17 . Au même moment, les moines de Solesmes sont officiellement invités à envoyer au Saint Père un memorandum sur leur œuvre en faveur de la restauration grégorienne. L’abbé Dom Paul Delatte signe en leur nom le Mémoire sur les études des Bénédictins de Solesmes concernant la restauration des mélodies liturgiques de l’Eglise romaine, imprimé à Solesmes, que le cardinal Satolli présente aussitôt à Léon VIlI. La réponse ne tarde pas. Le 17 mai, le bref Nos quidem à Dom Delatte rend officielle l’estime du Saint-Siège pour les soins que les moines de Solesmes avaient consacrés avec tant d’intelligence à la science des chants sacrés, dont la tradition attribue l’origine à Grégoire le Grand « , et spécialement dans la recherche et la publication des anciens documents poursuivis avec tant d’ardeur et de persévérance « . Le bref après cela devenait plus explicite : il remerciait des livres de chant  » largement répandus et même, en divers endroits, employés dans l’usage quotidien « , avant de déclarer, pour finir, que le retour au chant grégorien devait se faire dans l’allégresse et en toute liberté.

    A son tour, le 10 juillet (1901), la S. C. des Rites assurait par décret la liberté des éditeurs. Rien n’empêchait plus que l’on imprimât  » de nouvelles éditions, soit de la néomédicéenne, soit de tout autre texte musical légitimement en usage d’après les déclarations émanées du Saint-Siège, pourvu qu’on observât les règles du droit «  18 .

    Le reste est de la grande histoire. Le 9 août 1903. le cardinal Sarto succède à Léon XlII sur le siège de saint Pierre. Son esprit résolu ne soutire point de retard aux décisions que chacun attend. Le 22 novembre 1903, un motu proprio déclare que le vieux chant grégorien traditionnel devra être largement rétabli dans les fonctions du culte «  19 . Le 8 décembre, une lettre au cardinal vicaire prévient les séminaires de Rome que le règne des éditions incorrectes, altérées, tronquées était fini. Des études longues et attentives ont changé la face des choses. Le chant grégorien ramené d’une manière si satisfaisante à sa pureté primitive, tel qu’il fut transmis par nos pères et qu’il se trouve dans les manuscrits des diverses églises, apparaît doux, suave, très facile à apprendre…  »

    Le 9 janvier 1904, la Congrégation des Rites révoque les privilèges et recommandations qui sont encore la force des livres de Ratisbonne. Le 14 février, elle déclare les éditions de Solesmes conformes au motu proprio 20 . Dom Mocquereau assiste à la messe papale du centenaire de saint Grégoire chantée en grégorien par 1.200 séminaristes et religieux de Rome. Le 25 avril, un motu proprio décide la publication officielle et obligatoire pour toute l’Église d’une édition vaticane du chant grégorien, restitué dans son intégrité et sa pureté selon la foi des plus anciens manuscrits, et en confie la rédaction à Solesmes Quand, le 22 mai, le bref Ex quo tempore à l’abbé Dom Delatte lui confirme cette charge et responsabilité, la commission pontificale pour l’édition vaticane était déjà constituée. Pour la présider, Dom Mocquereau s’était effacé devant Dont Pothier, devenu abbé de Saint Wandrille. Il n’y avait dans les membres de la commission que dés amis des Bénédictins, et s’y retrouvaient Don Amelli et le chanoine Perriot, le président et le vice-président du congrès d’Arezzo.

 

    III    La querelle des édifions rythmiques.

    Chose curieuse, sur les dix membres et les dix consulteurs d e la Commission pontificale pour l’édition vaticane des livres liturgiques grégoriens, ne figurait qu’un moine de Solesmes, Dom Mocquereau, prieur de l’abbaye 21 . On ne tarda pas à comprendre qu’il y avait là quelque dessein caché. Une réunion plénière ayant eu lieu du 6 au 9 septembre, à Appuldercombe, dans l’île de Wight, où les bénédictins de Solesmes s’étaient réfugiés après leur expulsion du lieu béni où Guéranger les avait installés, les réflexions des commissaires trahirent quelque gêne. Le public pourtant restait libre de n’y voir que l’observation du secret que leur avait imposé le motu proprio du 25 avril. En fait, la commission entraînée par son président s’était éloignée pour toujours du scriptorium qui avait servi de berceau à la Paléographie Musicale 22 . Elle se réunirait encore, mais à Rome (avril mai 1905), et ce serait sa dernière séance. Désormais les membres ne furent plus consultés que par correspondance jusqu’à ce que la commission disparût officiellement en 1912 23 .

    En janvier 1905, la Tribune de Saint Gervais publiait l’annonce d’un congrès international de chant grégorien qui devait se tenir à Strasbourg à la mi-août; la France y serait représentée par Dom Pothier, tandis que Dom Mocquereau représenterait… l’Angleterre. A Strasbourg, on ne vit pas Dom Mocquereau, mais on eu à applaudir un vœu d’hommage à l’adresse de Solesmes, acquis d’ailleurs à l’unanimité 24 ! En même temps toutefois la Commission pontificale vaticane annonçait que le Kyriale de l’édition vaticane avait reçu le bon à tirer définitif : Elle est heureuse de déclarer que ce travail, tout en se basant sur l’édition de 1895, et d’accord avec les dispositions du Saint-Siège à ce sujet, représente le fruit des recherches patientes et éclairées des RR. PP. de Solesmes 25 . Les, initiés comprirent.

    Le 24 juin précédent avait été publiée une Lettre adressée au non du Saint-Père par S. Em. le cardinal Secrétaire d’État au Rme Père Dom Joseph Pothier, abbé de Saint- Wandrille, O.S.B., président de la Commission pontificale pour l’édition vaticane des livres liturgiques grégoriens. Le document commençait ainsi :

    Révérendissime Père. Les travaux préparatoires de la Commission pontificale pour l’Edition Vaticane des livres liturgiques grégoriens ont mis en évidence les avantages multiples d’une simplification dans. l’œuvre de rédaction, qui permettra de profiter davantage des résultats obtenus par les initiateurs de la restauration grégorienne.

    C’est pourquoi, après avoir adressé de nouveau aux moines, bénédictins, spécialement à ceux de la Congrégation de France et du monastère de Solesmes, des louanges méritées pour le concours intelligent et fructueux qu’ils ont prêté à la restauration des mélodies de l’Église, le Saint-Père a daigné décider, dans sa haute bienveillance, due l’Edition Vaticane à publier serait basée sur l’édition bénédictine publiée à Solesmes en 1895; il reconnaît ainsi la valeur incontestable de cette œuvre de restauration si bien entreprise. Et c’est à votre Paternité, en sa dualité de Président de la commission pontificale, que le Saint-Père confie la mission délicate de réviser et corriger l’édition en question; et dans ce travail elle se fera aider des divers membres de la Commission, utilisant aussi, dans la mesure du besoin, les précieuses études paléographiques poursuivies sous la sage direction du Rme Abbé de Solesmes. Et pour que cet important travail procède avec plus de promptitude et d’ensemble, Sa Sainteté se réserve de faire appel aux divers membres de la Commission pour une collaboration plus directe aux livres liturgiques dont la restauration mélodique est moins avancée 26 .

    C’était, en dépit de l’intention de sauvegarder la lettre et l’esprit des documents pontificaux antérieurs, y compris le bref adressé au Père Abbé de Solesmes le 22 mai 1904 , la fin de la participation des moines de Solesmes aux travaux de l’édition vaticane. En prescrivant en effet de prendre comme base de la rédaction de l’édition typique  » l’édition bénédictine publiée à Solesmes en 1895 « , qui n’était qu’une réédition du Liber Gradualis publié sous la direction de Dont Pothier en 1883, la lettre du secrétaire d’Etat prenait parti contre la plus récente des éditions bénédictines, le Liber Usualis de 1903, œuvre de Dom Mocquereau 27 Autrement dit, Rome abondait dans le sens de ceux qui ne voulaient plus reconnaître de valeur historique ou musicale aux idées et travaux de l’abbaye de Solesmes, depuis que son école paléographique suivait Dom Mocquereau dans la reconstitution rythmique de la phrase grégorienne.

    En 1901, au moment du départ pour l’exil, les moines de Solesmes avaient voulu déposer au pied de la Sainte Châsse dé la cathédrale de Chartres, les volumes V, Vl VlI de la Paléographie Musicale. Le dernier était dédié à la Virgini Pariturae. Il contenait une thèse sur l’accent tonique et le rythme grégorien ou Dont Mocquereau avait marqué une étape décisive de sa carrière de restaurateur de la tradition rythmique.

    Comment y avait-il été amené ? Dom Gajard a noté que  » très probablement, en fondant la Paléographie Musicale, Dom Mocquereau ne songeait aucunement à résoudre le problème du rythme, qui sans doute ne le tourmentait guère alors, pas plus d’ailleurs qu’aucun de ses contemporains. L’œuvre qu’il créait devait être purement paléographique, et non rythmique 28 . Cependant, dès les premiers volumes de la Paléographie, l’étude des  » timbres  » mélodiques faisait découvrir les lois de composition et de grammaire de cette langue musicale qu’avait été l’art grégorien. Or ces lois n’allaient à rien moins qu’à ruiner dans son fondement même un principe universellement admis comme base de l’interprétation grégorienne : le principe de la coïncidence obligatoire de l’accent tonique latin avec le temps fort. La paléographie établissait chaque jour un peu plus nettement .que l’accent tonique latin ne coïncide pas dans les mélodies grégoriennes avec la retombée rythmique. L’accent latin est bref et à l’élan. Jusque-là Dom Mocquereau faisait route avec Dom Pothier. Mais il se trouva seul lorsqu’il voulut entrer dans l’étude de la nature du rythme musical et de ses relations avec l’intensité et l’accent latin. Ce fut pour lui une enquête immense dont les bornes reculaient sans cesse. Il avait à interroger les faits musicaux pour parvenir à une définition enfin essentielle du rythme musical, qu’il découvrit non dans l’intensité, mais dans le mouvement, l’ordre du mouvement. Il avait à interroger les grammairiens anciens et modernes pour apprendre d’eux les données du problème de l’accent latin. Il avait enfin à réussir la jonction de la philologie musicale et de la philologie latine, pour justifier sa thèse d’un rythme musical et non plus oratoire, rythme indépendant de l’intensité, avec l’accent latin tantôt au levé, tantôt au frappé, selon les exigences de la ligne mélodique et de la notation neumatique.

    Le VIIe volume de la Paléographie Musicale où Dom Mocquereau exposait l’itinéraire de ses recherches dans l’élaboration de cette thèse, souleva, dit Dom Gajard, une véritable tempête.

    Sûr de son fait, Dom Mocquereau tint tête à l’orage, seul contre tous. Ce fut pendant la publication du VIIe volume que la lutte fut la plus vive. Les objections qui lui venaient de partout, n’étaient pas inutiles; elles l’obligeaient à travailler, à préciser toujours plus sa pensée, et à compléter peu à peu son exposé, qui prit ainsi les allures d’un véritable traité de rythmique.

    Les théories esquissées clans le VIIe, volume de la Paléographie n’étaient pourtant qu’une ébauche, improvisée dans le feu de la lutte, un peu au hasard de la discussion. Il fallait les reprendre clans le calme, les exposer méthodiquement en les dépouillant de tout caractère polémique, les éclairer, les développer, les fortifier encore par des arguments de plus en plus indiscutables. Ce fut le but et le rôle du Nombre Musical Grégorien, où elles ont trouvé leur forme définitive 29 .

    Le Nombre Musical Grégorien, œuvre capitale du fondateur de la Paléographie, devait lui coûter une vie de travail opiniâtre et remis sans répit sur le chantier. Le premier volume ne paraîtra qu’en 1908; le second et dernier en 1927. Les deux parties du premier volume sont consacrées l’une aux lois générales de toute rythmique, l’autre à la rythmique grégorienne pure, c’est-à-dire sans textes, sans paroles. Il faudra donc attendre dix-neuf années avant que ne paraisse avec le deuxième volume l’application de ces principes aux textes liturgiques grégoriens. Dom Mocquereau y consacrerait un chapitre spécial à montrer comment sa théorie de l’indépendance de l’ictus rythmique et de l’accent tonique latin, base de la méthode de Solesmes , n’est que la codification et la justification des enseignements de Dom Pothier 30 .

    Cependant, en cette année 1905, la division jusqu’alors latente entre les amis de Dom Pothier et les amis de Dom Mocquereau devint publique, et même de droit public. Elle divisa les grégorianistes français à un tel point qu’il n’est possibles l’imaginer qu’en lisant la collection de la Tribune de Saint Gervais à partir de cette époque: Haec sunt initia dolorum. L’abbaye de Solesmes n’avait triomphé que pour être douloureusement accablée, et la Vaticane allait se faire sans elle : le Kyriale (1905), les Chants du Missel (1907), le Graduel (1907-1908), l’Office des défunts (1909), le Cantorinus (1911), l’Antiphonaire (1912).

    Même elle était poursuivie jusque dans la permission de se servir, dans la reproduction de l’édition typique, des signes rythmiques dont la propriété lui avait été réservée par Pie X de façon expresse. 31

    La S. Congrégation ne voulut pas pourtant donner raison à ceux qui assuraient que l’édition rythmique, n’étant point conforme nihil prorsus addito, dempto vel mutato (décret du 14 août 1905) à l’édition vaticane, devait être condamnée. Elle élabora un décret qui tolérait d’une manière générale toute espèce d’édition rythmique, pourvu que les signes ajoutés par elle n’affectent ni la forme des notes ni la manière dont elles sont unies entre elles (14 février 1906).

    Dont Mocquereau de son côté abandonna le système de notation rythmique du Liber Usualis de 1903 ; il adopta de nouvelles figures pour que les signes rythmiques paraissent sans conteste distincts de la note de l’édition typique.

    La S. Congrégation expliqua qu’elle ne condamnait pas d’une manière absolue, ni non plus qu’elle approuvait 32 . Dom Mocquereau prit note de cette tolérance, et conclut avec philosophie

    A la faveur de cette tolérance dont chaque éditeur peut, s’il le veut, se réclamer, les Bénédictins de Solesmes continueront a. faire usage de signes rythmiques supplémentaires. Pendant les vingt-cinq ans qui viennent de s’écouler, leurs livres de chant grégorien n’étaient que tolérés : ce sont pourtant ces livres tolérés, ignorés, qui nous ont conduits à l’Edition Vaticane. Est-il téméraire d’espérer que la tolérance formelle accordée aujourd’hui aux signes rythmiques aura quelque jour, expérience faite, le meule succès, le même bonheur 33 ?

    A Appuldercombe les moines de Solesmes pouvaient avoir l’impression d’être deux fois exilés. Rien sans doute n’ était plus sensible que la défection de nombreux amis ou visiteurs, sinon la publication d’une lettre de Dom Pothier à Charles Widor, où le président de la Commission de l’Edition Vaticane exposait au public que les signes rythmiques constituaient une grave altération de la notation d’autant que la distribution de ces signes supplémentaires ne correspond à rien de traditionnel, et qu’ils n’ont pas même un rapport bien exact avec les fameux signes romains de Saint-Gall, que l’on prétend traduire. Ceux-ci, du reste, fussent-ils fidèlement représentés, appartenant à une école particulière, n’ont pas droit à faire loi et à s’imposer en ce qu’ils présentent (le particulier à la pratique universelle clans une édition typique et officielle. Ainsi en avait jugé dès son début la Commission pontificale.

    Il y a ici à sauvegarder avec la responsabilité de la Sacrée Congrégation et les droits de la tradition catholique, qui ne peut être celle d’une école particulière, ancienne ou moderne, en même temps les justes exigences de l’art qui veut plus de liberté, et les revendications non moins fondées de la science elle-même qui également nous fournit des données plus larges et plus élevées 34 .

    Du moins y eut-il quelque apaisement dans le scriptorium transporté à Quarr Abbey, lorsque parurent les premiers livres de l’édition vaticane. Un des amis de la paléographie pouvait dénombrer que l’édition typique du Graduel avait retenu plus de 2.000 améliorations que le Liber Usualis de 1903 avait apportées au Liber Gradualis de 1895 35 . :Mais eu 1911, le 25 janvier, une nouvelle intervention de la S. C. des Rites vint raviver les alarmes. Elle était sévère, n’accordant plus qu’une tolérance à titre précaire aux éditions « appelées abusivement éditions rythmiques ». Visait-elle l’édition de Solesmes, on pouvait en douter tant grave était le trouble que la prolifération des éditions rythmiques jetait dans les diocèses où le clergé s’efforçait de faire pénétrer l’édition vaticane. Sous prétexte d’éditions rythmiques, où l’arrangement des signes de longueur et d’accentuation était traité en plein arbitraire à la merci de chaque éditeur, c’était un retour au règne du disparate, de la rivalité et de la cacophonie.

    Quoi qu’il en soit, le décret du 25 janvier 1911 ne tardait pas à recevoir une interprétation officielle (11 avril 1911) qui rassurait tous les amis de Solesmes, en spécifiant que l’interdiction ne portait pas sur les éditions à usage scolaire, pourvues de signes rythmiques d’autorité privée « , editiones in subsidiuin scholarum, signis rythmicis privata auctoritate ornatae. Ceux-ci furent dans la joie quand l’année suivante, dans son Règlement pour la musique sacrée à Rome, le cardinal vicaire eut permis l’emploi des livres de Tournai pour la plus grande uniformité dans l’exécution du chant grégorien « . Depuis cette date, l’adoption des éditions de Solesmes par les diocèses, y compris Rome pour son propre diocésain, et par les grandes écoles de musique sacrée, don, l’Institut pontifical de Musique sacrée à Rome, a fourni aux éditions de Solesmes la meilleure possession qui soit, celle de l’usage créateur de la coutume, optima legum interpares. (b, infra p. 82).

    En 1913, la Commission pontificale pour l’édition vaticane qui n’existait déjà plus de fait depuis longtemps, disparaissait en droit, sans bruit, par la nomination discrète d’une nouvelle commission chargée de continuer l’édition vaticane. Le président en était l’un des collaborateurs les plus en vue de la Paléographie :’Musicale, le Rme Dom Ferretti. Désormais les livres liturgiques et les nouveaux offices adoptés pour l’Église universelle seraient rédigés par les moines de l’abbaye de Solesmes. Ce sera en 1916 le Cantus Passionis ; en 1922 l’Office de la Semaine Sainte et de l’Octave; en 1926, l’Office de Noël. Ces livres, qui représentent le véritable aboutissement des travaux de la Paléographie Musicale dans l’ordre de la restitution de la mélodie grégorienne, sont les témoins du labeur infatigable poursuivi durant cinquante années par Dom Mocquereau, encore que ce soit à son successeur, Dom Gajard, qu’échut l’honneur de les mener à bonne fin.

    Quant aux offices, ce sont ceux du Christ Roi, du Sacré Cœur, de la Maternité de la Sainte Vierge, du Christ Souverain Prêtre, du Commun des Souverains Pontifes, du Cœur Immaculé de Notre-Dame, de l’Assomption.

    En 1922, le scriptorium se retrouvait à Solesmes retour d’exil.

    En 1927 paraissait enfin le second et dernier tome du Nombre Musical Grégorien. Sa publication donnait occasion au Souverain Pontife de témoigner à son auteur sa propre satisfaction en lui offrant une médaille d’or, tandis que le secrétaire d’État, le cardinal Gasparri, lui écrivait ses félicitations. En 1930 Dom Mocquereau s’éteignait in Domino. C’était le 18 janvier, fête de saint Pierre à Rome. Son disciple et collaborateur intime, Dom Gajard, écrirait peu après qu’incontestablement son œuvre capitale est son œuvre rythmique. Personne n’est entré aussi profondément que lui dans l’analyse du rythme.

    Que toute sa Paléographie aboutisse finalement au Nombre Musical, que l’étude du neume matériel l’ait conduit à l’intelligence du  » rythme « , voilà qui est caractéristique du génie de Dom Mocquereau. Publier des manuscrits, en montrer la concordance, cataloguer des formes neumatiques, disserter à perte de vue sur leurs particularités graphiques, tout cela est assurément excellent, mais à la portée de tous il suffit d’avoir des yeux, un peu de flair, et du goût polir ces travaux de pure érudition. Il fallait singulièrement plus pour débrouiller le chaos où les théoriciens se débattaient sans jamais pouvoir en sortir, et pour dégager de cet amas, d’obscurité cette synthèse simple et lumineuse qui fait de la langue musicale l’instrument le plus souple qui se puisse imaginer.  » Il n’a fallu rien moins pour en venir à bout, dit M. Le Guennant, que le clair génie d’un moine français  » 36 .

    En 1949, le 6 juin, pour le centenaire de la naissance et du baptême de Dom Mocquereau, le Rme Dom Cozien, abbé de Solesmes, inaugurait dans la salle du scriptorium une plaque où étaient gravées ces lignes du Maître :

RECHERCHER LA PENSÉE: DE NOS PÈRES, NOUS EFFACER DEVANT LEUR INTERPRÉTATION AUTHENTIQUE, SOUMETTRE HUMBLEMENT NOTRE JUGEMENT ARTISTIQUE AU LEUR : C’EST CE QUE DEMANDENT A LA FOIS L’AMOUR QUE NOUS DEVONS AVOIR POUR LA TRADITION ENTIÈRE, TANT MÉLODIQUE QUE RYTHMIQUE, ET LE RESPECT D’UNE FORME D’ART PARFAITE EN SON GENRE.

 

    Appendices au chapitre III

 

    a) OUVRAGES DE DOM MOCQUEREAU

    

    PALÉOGRAPHIE .MUSICALE.

    Tome I (1889). Codex 339 de Saint-Gall. Introduction générale, pp. 1-50.

    Description du Codex 339 de la Bibliothèque (le Saint-Gall, pp. 71-96.

    Origine et classement des différentes écritures neuniatiques, pp. 96-160.

    Tome Il (1891). Répons-Graduel Justus ut palma.

    Préface sur le Répons-Graduel Justus ut palma reproduit en facsimilé d’après plus de deux cents antiphonaires manuscrits d’origines diverses du IXe, au XVlle siècle, pp. 1-26.

    Neumes-accents liquescents ou semi-vocaux, pp. 37-86. Tome IlI (1892). Répons-Graduel Justus ut palma.

    De l’influence de l’accent tonique latin et du cursus sur la structure mélodique et rythmique de la phrase grégorienne (en entier).

    Tome IV (1894). Codex 121 d’Einsiedeln.

    Le manuscrit 121 de la Bibliothèque d’Einsiedeln. Lettres et signes romaniens (en entier).

    Tome VIl (1901). Antiphonaire de Montpellier.

    Du rôle et de la place (le l’accent tonique latin dans le rythme grégorien. pp. 19-344.

    Exemples d’accent levé dans les langues vivantes, pp. 345-355.

    Tome X (1909). Codex 239 de Laon. Avant-propos, pp. 1-15.

    Les signes rythmiques sangalliens et solesmiens. Etude comparative, pp. 41-64.

    L’introït de la Messe lu medio. Notes théoriques et pratiques, pp. 65-90.

    Le chant authentique du Credo. selon l’édition vaticane, pp. 90-175. (Parti ensuite en monographie).

 

    OUVRAGES DIDACTIQUES.

    Le Nombre ,Musical Grégorien ou Rythmique Grégorienne (Théorie et pratique), Tournai, vol. I, 1908, 4311 pp. Vol. Il, 1927, 855 pp.

    Exercices rythmés de vocalises grégoriennes. Tournai, 1909.

 

    RECHERCHES.

    La psalmodie romaine et l’accent tonique latin. Rodez, 1895.

    Notes sur l’influence (le l’accent et dit cursus toniques dans le chant ambrosien. Milan. 1897.

    A travers les manuscrits, sur une cadence des traits du Huitième mode. Tournai. 1903.

    De la transcription sur lignes des notations neumatiques et alphabétiques à propos du répons Tua sunt, dans Riemann-Festschrift (année 1000) (en collaboration avec D. Beyssac). Leipzig. Etude et exécution de l’apostropha pressus et de son équivalence l’apposition . Rome, 1907.

    De la clivis épisématique dans les manuscrits de Saint-Gall. (Mélanges Chatelain). Paris, 1910.

    Le rythme libre avant le chant grégorien. Un chapitre de son histoire, 1919.

 

    MONOGRAPHIES.

    Monographies grégoriennes (notes théoriques et pratiques sur l’édition vaticane), Tournai.

    I. L’Introït In medio, 1910.

    II. Verset alléluiatique Ostende nobis, 1911.

    III. Le chant authentique du Credo, 1922.

    IV. 1.a tradition rythmique dans les manuscrits, 1924.

    V. Examen des critiques dirigées par D. Jeannin contre l’école de Solesmes, 1926.

 

    LITTÉRATURE GÉNÉRALE.

    L’art grégorien, son but, ses procédés, ses caractères. Solesmes, 1896.

    L École grégorienne de Solesmes. Rome, 1904.

    Ier Décret du 14 février 1906 de la S. Congrégation des Rites et les signes rythmiques des Bénédictins de Solesmes. Tournai, 1906; 2e édition, 1907.

    Causeries sur les signes rythmiques et leur utilité. Rome, 1909.

    Nombreux articles de la Revue Grégorienne et de la Rassegna Gregariana, spécialement les études de rythmique, musicalité et paléographie.

 

    b) LES DÉCRETS SUR LES SIGNES RYTHMIQUES

    La dernière édition solesmienne, le Liber Usualis de Dom Mocquereau, publié chez Desclée en 1903, lançait pour la première fois les signes rythmiques dans le grand public. Elle représentait en même temps un progrès réel sur l’édition de 1895 au point de vue mélodique et dans la distribution des barres de notation. C’est pourquoi, le 24 février 1904, le Pape fit approuver, par la S. C. des Rites l’édition (le 1903 qui jusqu’alors ne portait que l’approbation du Maître des Sacrés Palais Apostoliques, en date du 9 octobre 1903. D’ordre du Pape cette édition fut utilisée  » à titre d’exemple  » aux fêtes de saint Grégoire le Grand : ce fut l’Officium et Missa sancti Gregorii I Papae, … juxta antiquorum codicum fidem restituta. L’approbation de ce fascicule par la S. C. des Rites est datée du 1er mars 1904. (Bref à Dom Delatte du 22 mai 1904, Revue Grégorienne, 1921, p. 50). Le Pape réserva à Solesmes la propriété des signes rythmiques en récompense des sacrifices consentis par l’abbaye en vue de l’établissement de l’édition vaticane, en principe confiée à Solesmes. Cf. Dom MOCQUEREAU, Le décret du 14 février 1906, page 6. Dès 1905, le Kyriale Vatican est édité avec signes rythmiques, muni d’une approbation de la S. C. des Rites datée du 16 novembre 1905, alors que les décrets généraux sur  » la conformité à la Vaticane  » sont des 11 et 14 août de la même année 1905.

    Le 14 février 1906 une déclaration de la S. C. des Rites réglemente l’usage des signes rythmiques; elle demande qu’une distinction typographique soit nettement établie entre les neumes et les signes qui leur sont ajoutés. Solesmes en tient- compte immédiatement. –

    Le 2 mai 1906, une lettre du secrétaire de la S. C. (les Rites aux éditeurs parisiens Biais, Lecoffre et Lethielleux reconnaît la légitimité des signes rythmiques :  » Le Saint-Père a cru devoir en tolérer … l’admission  » à une double condition : la permission de l’Ordinaire et le respect de la notation typique.

    En 1907, le 7 juillet, un journal romain, l’Italia, rend compte des vœux d’un congrès tenu à Padoue les 10, 11 et 12 juin 1907, sous le titre :  » le Congrès de Padoue a trouvé une solution que Pie X a hautement approuvée.  » Or le congrès avait demandé :

     que dans les éditions publiées ad instar de la Vaticane… il ne fut permis d’ajouter aucun signe soit à la notation soit au texte placé au-dessous des notes; que les signes puissent au contraire être introduits librement dans les éditions grégoriennes publiées dans le but de faciliter aux chanteurs l’exécution des mélodies liturgiques et qui ont par conséquent le caractère d’éditions privées. – Cf. Civitta Cattolica, 6 juillet 1907, pp. 102-106.

    Le 25 janvier 1911, un décret déclare que la Vaticane est suffisante. Les éditions rythmiques sont  » provisoirement tolérées « , mais cette tolérance ne jouera que pour les livres déjà parus, à l’exclusion des livres encore à paraître. (Ce sera le cas de l’Antiphonaire Vatican). – Au même moment, Pie X donne sa bénédiction à la Revue Grégorienne qui débute. 37

    Le 11 avril 1911, un nouveau décret détruit pratiquement le décret précédent : les Évêques peuvent approuver dans leur diocèse les éditions destinées à aider les chanteurs, editiones in subsidium scholarum, qui sont à cet effet munies de signes rythmiques d’autorité privée, signis rythmicis privata auctoritate ornaque, à condition que les autres décrets de la S. C. soient observés.

    Le 29 avril 1911, un rescrit confirme le décret du 11 avril.

    Le 22 novembre 1911, les livres de Solesmes sont officiellement adoptés à l’Institut pontifical de Musique sacrée (Revue Grégorienne, l’année, 1911, p. 161).

    Le Règlement pour la musique sacrée à Rome, du Cardinal Vicaire, recommande les livres de Solesmes (n° 19), avec le plein assentiment du Pape (Revue Grégorienne, 2e année, 1912, p. 66).

    L e 8 décembre 1912, le décret d’approbation de l’Antiphonaire Vatican ne mentionne que le décret du 11 avril 1911, et pas celui du 25 janvier.

    En 1913, l’Antiphonaire avec signes rythmiques est édité sans difficulté. Pie X confie de nouveau à Solesmes la rédaction des livres vaticans qui restent à paraître

    Plus tard, le rescrit du 23 juin 1917, autorisant la publication de livres en notation moderne, confirmera une fois de plus le décret du 11 avril 1911.

    N. B. – Un autre document intéresse indirectement les éditions rythmiques. Il s’agit de la lettre du cardinal Martinelli à Mgr Haberl. président de l’association Sainte Cécile d’Allemagne, eh date du 18 février 1910. Ce document déclare que le rythme de la Vaticane est le rythme libre  » et condamne le mensuration pratiqué tout spécialement en pays germaniques.

 

    BIBLIOGRAPHIE.

    Dom MOCQUEREAU, Le décret du 14 février 1906 de la S. C. des Rites et les signes rythmiques des Bénédictins de Solesmes, Desclée, Tournai, 1906, 25 pli.; 1907 (2e édition), 27 pp).

    A. HANIN-, La législation ecclésiastique en matière de musique religieuse, vol. de 112 pp., Paris Tournai, 1933, pp). 13-16.

F. ROMITA. Jus Musicae Liturgicae, pp, 192-196.

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