Abbé Maurice Blanc – L’enseignement musical de Solesmes et la prière chrétienne – Conclusion et appendices

CONCLUSION

    Au plan surnaturel où Dom Gajard a voulu nous amener, un grand calme règne. Liturgie et musique sacrée sont désormais associées si étroitement qu’elles ne font qu’un dans le sentiment général des fidèles. Et même, c’est à l’École pontificale de Musique sacrée de Rome qu’une récente lettre de la S. Congrégation des Séminaires a recommandé aux Ordinaires d’envoyer les clercs qu’ils destinent à l’apostolat liturgique dans leur diocèse.

    Mais allons plus loin. Serait-il nécessaire de longues explications pour montrer, à qui est initié à l’histoire des dures controverses entretenues si longtemps autour de la restauration du chant grégorien, comment la renaissance liturgique dont nous constatons l’épanouissement s’apparente à l’enseignement musical de l’école de Solesmes ? Les monastères devenus sans conteste les conservatoires du cérémonial authentique des fonctions sacrées, l’intention première de la prière liturgique ramenée à la louange et l’adoration de Dieu, l’unanimité dans le retour à ses sources antiques de la prière de l’Église, le goût très marqué chez les fidèles fervents pour la prière et la lecture en commun des textes liturgiques, autant de courants ou de pratiques du catholicisme contemporain qui sont à inscrire dans la ligne des efforts déployés à Solesmes par plusieurs générations de moines pour faire revivre jusque dans les plus humbles paroisses l’âge d’or de l’art grégorien.

    L’avaient-ils prévu ? Très vraisemblablement pas, du moins à ce degré d’extension. Il leur suffirait de besogner de leur mieux, dans l’ordre de leur vocation monastique. Mais il s’est trouvé qu’au plan supérieur où la sagesse de l’Esprit Saint conduit le peuple de Dieu, leur œuvre d’inspiration artistique et spirituelle à la fois était destinée à s’accorder merveilleusement à la double orientation que les Souverains Pontifes impriment sous nos yeux à l’Église entière. Au mouvement social, les fils de Dom Guéranger ont apporté le sens communautaire de la prière dans l’Église et avec l’Église, la liturgie retrouvant son rôle sacré d’exprimer en perfection le devoir d’adoration et le besoin de supplication de la société des chrétiens. Au mouvement missionnaire, Solesmes a contribué par un enrichissement sensible de l’esprit catholique dans la prière de tout chrétien. L’art musical grégorien retrouvé dans l’interprétation qui était sa caractéristique à l’âge d’or de la liturgie romaine, n’est-il pas aussi prédestiné à devenir l’art d’élection de ces chrétientés nouvelles qui cherchent passionnément à s’originer  » au Siège apostolique ? Le chant grégorien deviendra de plus en plus le chant spécifique de l’Église romaine, à mesure que celle-ci s’affirmera supranationale, suivant la doctrine cent fois répétée du Souverain Pontife régnant, S. S. Pie XII.

    Beaucoup de choses nous sont cachées dans la main du Père céleste. Pourtant ce qui nous est déjà révélé par l’événement, c’est le succès de l’œuvre de catholicité accomplie par des moines qui n’ont voulu autre chose qu’être fidèles de leur mieux à leur vocation de chrétiens députés à l’Opus Dei dans la hiérarchie des membres de l’Église Corps mystique du Christ.

    Grâce à l’enseignement musical de Solesmes, dans d’innombrables foyers d’art et de dévotion répandus jusque dans les plus lointains pays de mission, l’Église du XXe siècle a retrouvé la voix de l’Église antique pour offrir à Dieu en hostie de louange les mélodies que nos pères, disent les Instituta Patrum, ont apprises des anges eux-mêmes, ou reçues du ciel par la contemplation sous l’inspiration de l’Esprit Saint qui chantait dans leurs cœurs .

 

DOCUMENTS

    Nous avons réuni ici quelques textes sur, l’exception d’un seul, appartiennent aux origines de la restauration grégorienne et montrent la part qu’y a prise l’illustre abbé de Solesmes, Dom Prosper Guéranger.

    Quant ci celui de nos documents qui ne remonte pas si haut, il a le mérite d’avoir pour auteur un des très rares survivants des grégorianistes de la grande époque, celle des premiers volumes de la Paléographie Musicale, un prêtre du diocèse de Sens, M. le chanoine H. Villetard. A lire des extraits d’une conférence qu’il prononça d Paris en 1900, on admirera la contagieuse curiosité des amateurs de documents dont le travail de prospection permit de rassembler le merveilleux trésor que recèle aujourd’hui l’atelier de paléographie de Solesmes.

 

    TEXTES

    I. Lettre de Dom Prosper GUÉRANGER, abbé de Solesmes, à l’Univers, 33 novembre 1843.

    Il. Clef des Mélodies grégoriennes dans les antiques systèmes de notation et de l’unité dans les chants liturgiques, par le R. P. LAMBILLOTTE, S. J., 1851.

    IlI. Approbation du T. R. Père Abbé de Solesmes, en-tête de la Méthode raisonnée de plain-chant du chanoine A. GONTIER, 1859.

    IV. Préface de la Méthode raisonnée de plain-chant, par le chanoine A. GONTIER, 1859.

    V. Programme de la Commission pour l’édition des livres liturgiques du diocèse du Mans, 1859.

    Vl. Lettre de Dom Prosper Guéranger, abbé de Solesmes, au Comité d’organisation du Congrès pour la restauration du plain-chant et de la musique religieuse, Paris, 1860.

    VIl. Introduction aux mélodies grégoriennes, par BOYER D’AGEN, extrait.

    VIlI. Recherche et étude des fragments de manuscrits de plain-chant, par l’abbé H. VILLETARD, 1900.

 

 

    Texte I     

LETTRE DE DOM PROSPER GUÉRANGER

abbé de Solesmes

à l’UNIVERS , 23 novembre 1843

 

    Monsieur le Rédacteur,

    Entre les choses bizarres qu’on est à même de lire depuis quelque temps au sujet des questions d’archéologie liturgique, il faut placer au premier rang les jugements de certains amateurs sur le chant grégorien, son caractère et son emploi. La plupart de ceux qui s’avisent de témoigner leurs désirs ou leurs regrets au sujet de cette vénérable forme de la musique ecclésiastique n’ont pas l’air d’avoir la moindre idée de l’objet dont ils parlent. Il serait pourtant fort à propos que ceux qui écrivent, aussi bien que ceux qui lisent, comprissent une bonne fois qu’on peut entendre deux choses par ce mot : chant grégorien. En effet, ou l’on veut dire cet ensemble de règles empruntées à l’ancienne musique des Grecs et appliquées par saint Grégoire dans son Antiphonaire; ou l’on entend le corps même des morceaux notés qui composent le recueil des pièces compilées et revues par ce grand pape. Le chant grégorien, dans le premier sens, n’a pas cessé de se faire entendre clans nos églises : au moins telle a été la volonté de l’abbé Le Beuf et des autres compositeurs à la toise qui improvisèrent au siècle passé sur des paroles nouvelles les mélodies, qui grossissent les graduels et antiphonaires de nos lutrins actuels. Le chant grégorien, dans la seconde acception, s’exécute dans toutes les églises de France ou ailleurs qui ont conservé la liturgie romaine. Maintenant, parmi les diverses éditions des livres notés à l’usage romain, depuis les manuscrits du Xlle siècle, jusqu’aux imprimés du XlXe siècle, quelle est celle qui représente le plus fidèlement la leçon primitive de saint Grégoire ? C’est là une des plus grandes questions de l’archéologie liturgique, et pour la résoudre d’une manière satisfaisante, il faut autre chose que découvrir dans une sacristie de Bar-sur-Aube le graduel et l’antiphonaire de Clairvaux. D’abord parce que la rencontre de ces livres n’est rien moins qu’une découverte; l’abbaye de Clairvaux n’ayant point eu une leçon de chant différente de celle de Cîteaux et les livres de Cîteaux existant encore en nombreux exemplaires, tant manuscrits qu’imprimés. En second lieu, parce que ces livres eux-mêmes ne peuvent représenter la phrase du chant grégorien qu’à partir du Xlle siècle, et laissent par conséquent dans l’obscurité la véritable teneur du chant grégorien, tel que nous sommes à même de l’étudier sur les manuscrits dont la notation antérieure à la méthode de Guy d’Arezzo n’a point encore été déchiffrée.

    Je n’ignore pas ce qu’on petit dire en faveur de la leçon de Cîteaux; mais il y a là tout un monde de questions nullement approfondies, et dont ne se doutent aucunement les dilettanti grégoriens qui encombrent les feuilles publiques de leurs dithyrambes en faveur d’un chant dont ils n’ont peut-être jamais entendu exécuter un seul motif. Je me souviens d’avoir lu dans un feuilleton que la prose Votis Pater annuit, du jour de Noël, au Parisien moderne, est une composition du Xllle siècle ! En attendant, si l’on voulait s’amuser à donner une édition des graduels et antiphonaires de Clairvaux Bar-sur-Aube et que l’exemplaire modèle vînt à se trouver en quelques endroits mutilé ou illisible, je me chargerais volontiers de fournir bien et dûment imprimé, et de plusieurs époques, la page dont on aurait besoin.

    Je finis, Monsieur le Rédacteur, en formant des vœux pour le retour aux études sérieuses de la liturgie, par lesquelles seules nous éviterons toutes ces confusions de faits, de mots et d’idées qui auraient bien fait rire nos pères, et qui, s’il plaît à Dieu, nous feront bien rire nous-mêmes dans vingt ans d’ici.

    Agréez, etc…

    Fr. Prosper GUÉRANGER,

    abbé de Solesmes.

 

    Texte II

CLEF DES MÉLODIES GRÉGORIENNES

dans les antiques systèmes de notation

ET DE L’UNITÉ DANS LES CHANTS LITURGIQUES

par le R. P. LAMBILLOTTE, S. J. 1

 

    I. L’unité dans le chant est-elle importante ?

    II. L’unité du chant ecclésiastique est-elle possible aujourd’hui, et comment ?;

    III. Moyen de retrouver les chants grégoriens .

    … Nous sommes parti d’un principe, déjà posé comme incontestable par le savant abbé de Solesmes (Instit. Liturg. t. I, p. 306). En voici la substance : Quand un grand nombre (le monuments, différents (le pays et d’époques, s’accordent sur une version, on peut affirmer qu’on a retrouvé la phrase grégorienne.

    Ce principe n’a pas besoin de démonstration : il est évidemment fondé sur le bon sens, et sur l’impossibilité philosophique que, dans les conditions supposées, un grand nombre d’hommes s’accordent à vouloir tromper, et puissent le faire sans exciter de réclamation.

    En vertu de ce principe, nous sommes engagé dans la voie de confrontation mutuelle des livres de Chants et des Manuscrits, provenant de sources diverses.

    Prenons les livres de chants employés de nos jours en Europe. Rien de plus facile que de constater une discordance complète. Là n’est pas la Phrase grégorienne.

    Remontons les siècles. Les siècles les plus rapprochés de nous offrent toujours beaucoup de divergence, jusqu’à l’invention de l’imprimerie; cependant cette divergence va en diminuant, à mesure qu’on s’élève dans l’échelle des âges. Cette observation nous indique que le mieux serait d’étudier surtout les Manuscrits antérieurs à cette époque : il est en effet naturel de penser que les ruisseaux seront d’autant plus purs, qu’ils seront moins éloignés de la source.

    Nous sentons donc le besoin de nous procurer la copie des plus anciens Manuscrits, possédés par les divers pays qui nous environnent.

    Ce n’est pas ici le lieu de dire comment nous y sommes parvenu. Grâce au bienveillant concours d’amis, pleins de zèle pour cette œuvre sainte, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, la Suisse, la Belgique nous ont fourni d’abondants matériaux. Ce sont des Graduels, des Antiphonaires, etc., contenant des versions, faites aux XIVe, XIIIe, XIIe et XIe siècles, par de savants Religieux, tels que Gui d’Arezzo, les :Moines de Saint-Gall, les Moines et Abbés de Cluny, de Cîteaux et de Clairvaux, les Bénédictins anglais, les Chartreux et les Prémontrés français et belges, les Clercs et les Chanoines réguliers des cathédrales d’Allemagne, etc.

    Indépendamment de l’épreuve de la confrontation, à laquelle nous allions les soumettre, ces versions, confiées au parchemin et exécutées avec le plus grand soin, offraient par elles-mêmes une haute garantie de fidélité :

     Parce qu’elles venaient de Monastères, où nuit et jour on chantait l’office complet, et où par conséquent les antiques traditions devaient fidèlement se transmettre d’âge en âge;

     Parce que ces Moines faisaient profession d’un attacheraient spécial à la sainte Liturgie romaine;

     Parce que la science de plusieurs d’entre eux dans le chant ecclésiastique nous est constatée par les savants traités qu’ils ont laissés sur cette matière;

     Enfin parce que, en plusieurs endroits, leur règle leur faisait une obligation de suivre le Chant romain avec la plus scrupuleuse exactitude.

    Possesseur de tant de monuments précieux, nous les avons tout d’abord rangés en deux classes : manuscrits ne neumés saris lignes, et manuscrits neumés sur lignes ou Guidoniens.

    Ces derniers nous offraient des signes connus. A leur simple inspection, on petit constater? de la manière la plus évidente que les éditions modernes des livres d’Eglise ont notablement altéré les Mélodies grégoriennes, tant pour le fond, que pour le mode d’exécution. et en particulier les ont alourdies, en donnant à toutes les rotes une longueur uniforme. Mais ce n’était rien que ce premier résultat dont personne ne doutait. Avançons.

    Essayons de comparer ensemble ces Manuscrits Guidoniens provenant de différentes sources, et choisissons une phrase ou un membre de phrase, que nous étudierons successivement dans chacun d’eux. Nous faisons une première tentative; mais hélas!

    la phrase choisie ne se trouve que dans un ou deux Manuscrits ; il faut en prendre une autre. Une seconde tentative n’aboutit qu’à signaler le même désaccord. Enfin, une phrase se rencontre dont les diverses parties ont la même notation dans un nombre imposant de manuscrits. Aussitôt, appliquant notre principe, nous concluons : voilà une Phrase grégorienne

    Passons maintenant aux Manuscrits neumés sans lignes, et choisissons pareillement une phrase que nous étudierons dans chacun d’eux. Ici l’accord est bien plus difficile à trouver, à cause des différences plus nombreuses et plus graves qui existent entre les divers Manuscrits. Sans nous laisser rebuter, nous poursuivons avec zèle cette œuvre de patience, et après bien des essais infructueux, nous parvenons à une phrase dont les diverses parties présentent la même neumation dans plusieurs .Manuscrits. Alors, toujours d’après notre principe, nous concluons une seconde fois

    voilà une Phrase grégorienne.

    Nous avons donc Saint Grégoire, d’une part en signes connus, d’une autre part en signes inconnus. Mais quel secours tirer de là pour l’intelligence des signes neumatiques à laquelle nous voulons arriver ? Aucun. La phrase choisie n’est pas la même dans les deux espèces de Manuscrits : il n’y a donc pas moyen de passer de la connaissance de la phrase Guidonienne à la connaissance de la phrase neumatique.

    Nous nous sommes ici rappelé un vieil axiome du bon sens et de la philosophie, d’après lequel deux choses égales à une troisième sont égales entre elles; et nous nous sommes dit : si nous parvenions à trouver les Manuscrits Guidoniens d’accord sur une phrase, ce serait un grand pas de fait. Car nous aurions une même Phrase grégorienne en signet connus et en signes inconnus, et chaque signe inconnu aurait nécessairement la même valeur tonale que son correspondant connu.

    Frappé de cette idée, nous reprenons notre pénible confrontation, qui nous fait concevoir des espérances de plus en plus encourageantes. A force de collationner, nous arrivons enfin à une de ces bienheureuses phrases qui offrent la même notation neumatique dans les différents Manuscrits neumés.

    C’est donc là bien réellement la même Phrase grégorienne, notée en signes de forme différente, mais de valeur identique. Il ne reste plus qu’à juxtaposer les deux résumés de nos collations de Manuscrits, à les comparer signe par signe; et la valeur musicale de chaque signe dans la notation connue donnera précisément la valeur musicale du signe correspondant dans la notation inconnue. Nous faisons ce dernier travail, et nous avons enfin la consolation de lire une Phrase grégorienne dans sa notation neumatique.

    Cette série d’opérations, patiemment répétées sur les deux sortes de Manuscrits, nous permit à la longue de déchiffrer plusieurs autres phrases et des morceaux entiers écrits en neumes.

    Tous les signes neumatiques et leurs positions diverses se présentèrent .successivement à nous dans ces confrontations multipliées. En rapprochant nos observations, nous arrivâmes à en déduire la valeur absolue et relative de tous les neumes.

    Dès lors nous entrevîmes la possibilité de reconstruire ainsi, pièce à pièce, toutes les Mélodies grégoriennes, en multipliant les confrontations pour chaque partie de l’Office divin. Mais cette immense entreprise avait de quoi effrayer le courage le plus intrépide; et le cœur allait nous faillir, quand la Providence nous ménagea un secours nouveau, qui devait en même temps abréger singulièrement le travail, et confirmer la justesse de nos résultats.

    Ce secours, c’est le fameux Graduel authentique de Saint-Gall. Ce Graduel est, comme on sait, une copie de l’Autographe de Saint Grégoire, envoyé à Charlemagne par le pape Adrien 1er, l’an 700, manuscrit unique dans le monde, dont un bonheur extraordinaire nous a mis une copie entre les mains.

    Nous l’ouvrons, et nous reconnaissons avec joie les mêmes signes neumatiques, déjà trouvés ailleurs. Nous pouvions donc lire se précieux monument. Aussitôt, nous nous mettons à rapprocher une de nos Phrases grégoriennes, si péniblement conquise, de la phrase correspondante clans le Graduel primitif : les cieux phrases étaient parfaitement d’accord pour le fond. Tout artiste chrétien comprendra notre joie, mais nous ne saurions l’exprimer. La même comparaison, recommencée pour chacune de nos phrases, nous offrit chaque fois le même résultat, et un nouveau motif de bénir la Providence.

    Dans cet accord merveilleusement heureux, il y avait à la fois une preuve convaincante que la marche suivie par nous était bonne, et une démonstration nouvelle, bien forte, ce nous semble, que le Manuscrit est véritablement authentique.

    Ce Manuscrit, juge infaillible, venait donc confirmer et compléter la restauration de ces Mélodies qui, au dire de l’antiquité, furent divinement inspirées. Je dis compléter : c’est qu’en effet l’étude des Manuscrits neumés ne nous avait point encore livré le secret des nuances délicates, des ornements nobles et modestes, en un mot de la forme précise à donner à l’exécution : toutes choses qui font cependant le charme des ces vénérables cantilènes. Mais dans le Manuscrit de Saint-Gall, les neumes sont accompagnées de lettres significatives, significativae litterae, qui mettent précisément au fait de ces détails importants. L’examen ,scrupuleux et approfondi de ces lettres, joint à l’étude des auteurs des XIe, Xe et IXe, siècles, nous a aussi révélé le mode d’exécution.

    Nous pouvons donc maintenant croire avec une certitude morale que nous possédons un moyen sûr de lire la Phrase grégorienne notée en neumes, et de la restituer dans sa pureté native, quant au fond et quant à la forme.

    Depuis ce moment notre travail avance avec rapidité. Et bien que le Manuscrit de Saint-Gall ne contienne pas toutes les parties de l’Office divin, nous parviendrons sans trop de peine à les retrouver dans les autres Manuscrits dont nous avons parlé, et surtout dans ceux de la même Abbaye de Saint-Gall où la Providence nous a conservé l’Office tout entier et avec les mêmes lettres significatives que porte l’Antiphonaire de Saint Grégoire.

 

Texte III

MÉTHODE RAISONNÉE DE PLAIN-CHANT

Le Plain-chant

considéré dans son rythme, sa tonalité et ses modes

par M. A. GONTIER

doyen de Changé-les-le Mans 2

APPROBATION

du Très Révérend Père Abbé de Solesmes

    Monsieur le Doyen,

    Je ne saurais vous exprimer tout le plaisir que j’ai ressenti en lisant votre précieux opuscule sur le Plain-chant : mais j’ai hâte de vous adresser mes félicitations pour le service due vous rendez à nos églises; en mettant au jour la seule théorie véritable de l’exécution du chant grégorien.

    Le retour à la liturgie romaine amenait à sa suite la restauration du chant de saint Grégoire; seconde révolution pacifique qui, sans avoir l’importance de celle qui nous a restitué les textes augustes, auquel selon la belle parole du pape saint Célestin, nous empruntons à la fois la loi de la croyance et la loi de la prière, n’en doit pas moins être considérée comme le complément essentiel de la première. Il en fut ainsi au VIlle, siècle; la note romaine accompagna dans les Gaules le sacramentaire et l’antiphonaire de saint Grégoire; puissions-nous entendre aussi, de nos jours, les sublimes et touchantes mélodies grégoriennes, exécutées enfin avec intelligence, accompagner de leur ineffable expression ces textes antiques et sacrés qui nous ont été rendus ! Vos efforts, M. le Doyen, s’ils sont accueillis avec la faveur qu’ils méritent, aideront efficacement à amener un si heureux résultat.

    Quel est, en effet, le besoin qui se fait sentir aujourd’hui dans nos églises ? Celui d’un chant qui puisse intéresser, émouvoir, qui sollicite l’âme aux sentiments exprimés clans les formules; d’un chant qui avant été modulé pour ces formules mêmes, en est l’indispensable complément: Mais ce chant, qui nous le rendra ? Les nouvelles éditions qu’on a vu se succéder avec une rapidité au moins étonnante, ont-elles tenu tout ce qu’on attendait d’elles? Y en a-t-il une qui ait atteint le but ? Question grave, sur laquelle je me suis tu jusqu’ici en public, et sur laquelle il n’est pas aisé de se prononcer, sans risquer d’être désagréable aux partisans de l’une ou de l’autre de ces éditions si dissemblables. Mais je puis bien vous dire à vous, M. le Doyen, qu’à mon avis. une édition sérieuse et pratique serait encore désirable aujourd’hui; une édition où l’on trouvât d’abord la note grégorienne, qui peut avoir été altérée, mais qui n’a jamais été perdue; une édition où il fût tenu compte de certaines modifications que les siècles ont introduites dans la note par voie de réduction; une édition, enfin, qui vînt en aide aux chantres par une accentuation exacte, et une notation en rapport avec les mélodies.

    Mais en supposant qu’une telle édition fût publiée, ce que j’espère peu, toutes les églises étant à peu près pourvues aujourd’hui de graduels et d’antiphonaires plus ou moins parfaits, resterait la grande question de l’exécution du chant : question capitale que vous avez traitée avec tant d’intelligence et de succès dans l’important mémoire dont vous avez bien voulu me donner communication. L’exécution mélodique du chant grégorien lui est tellement nécessaire que, fussions-nous en possession du propre antiphonaire qui servait à saint Grégoire, un tel avantage serait rendu nul, si l’on devait entendre les admirables morceaux dont il se compose chantés sans égard au rythme et à l’expression. Mieux vaudrait cent fois prendre la plus fautive et la plus incorrecte de nos éditions, et exécuter les pièces qu’elle contient, si dénaturées qu’elles soient, d’après les règles que l’antiquité connaissait et pratiquait, et que vous avez su formuler dans votre opuscule d’une manière si heureuse et si claire.

    Il faut l’avouer, M. le Doyen, le plain-chant est généralement peu goûté, même par les personnes qui fréquentent l’église. A part certains morceaux demeurés populaires, et qui doivent cet avantage à l’exécution traditionnelle qu’ils ont conservée, ainsi que vous le remarquez si à propos, toute le reste est écouté avec une profonde indifférence, pour ne pas dire avec un souverain ennui. Que ce soit un Introït, un Graduel, un Offertoire, une Antienne, il est de fait que personne n’y saisit une intention mélodique quelconque. On sait que le chœur exécute du plain-chant, qu’il faut du plain-chant dans les offices de l’église, et partout on le subit. Il ne vient même pas en pensée que le chant liturgique puisse et doive avoir une expression, un agrément. Ou en prendrait-on l’idée ? Il y a bien ces quelques morceaux restés populaires dont je parlais tout à l’heure; mais on les regarde comme une exception qui ne saurait, à elle seule, compenser l’insignifiance générale des chants de l’Eglise.

    Un si injuste préjugé a cependant une cause bien naturelle ; c’est que ceux qui pensent ainsi n’ont jamais entendu exécuter le plain-chant. Une série de grosses notes poussées à pleine poitrine, sans distinction de temps forts ou de temps faibles, est, j’en conviens, ce qu’il y a de plus barbare au monde; mais ce n’est pas là le chant de l’Eglise.

    Il faut bien en convenir, nous avions perdu la clef du chant ecclésiastique : plusieurs causes ont contribué à amener ce déplorable résultat. Le point de départ est la coutume qui s’introduisit, dès la fin du XVIe siècle, dans nos grandes églises, et qui s’est maintenue jusqu’à nos temps, d’employer exclusivement pour le chœur des voix de basse-taille, et d’adopter, par suite de cette mesure et pour tous les chants de la messe et des offices, un diapason inaccessible à la presque totalité des voix humaines. Privés désormais de la possibilité de s’unir aux chants du chœur, les fidèles se sont rabattus sur les lectures privées et silencieuses, s’isolant toujours plus de la prière liturgique. De leur côté, les chantres n’étant plus obligés de compter avec les modulations traditionnelles que le concours du peuple avec eux leur eut imposées, se laissèrent bientôt aller à battre la note, dans le but de donner au plain-chant une mesure quelconque qui le rapprochât de la musique. C’était anéantir d’un seul coup toute la mélodie si délicate du chant grégorien, mais les gros chantres auxquels on livrait ainsi le monopole de la louange divine, et qui devaient le conserver si longtemps, n’étaient guère en état d’apprécier cette mélodie. Leur impitoyable manière d’exécuter le plain-chant fut consacrée définitivement par l’invention de cet instrument aussi affreux de forme que de nom, qui s’est appelé le serpent, et que nous avons vu modifier de nos jours par cette autre monstruosité en l’honneur de laquelle on a forgé, du grec, le mot d’ophicléide.

    Mais du moins, jusqu’à l’innovation liturgique, la phrase musicale de saint Grégoire, écrasée, dénaturée, muée par ce procédé sauvage, demeurait encore comme une protestation et comme une espérance. Vint le temps où elle dut disparaître. L’esprit de nouveauté, soufflé par une école, qui, dans toutes ses œuvres, a su se montrer aussi impuissante dans l’esthétique que suspecte dans l’orthodoxie, réussit à remplacer les textes antiques de la prière publique par des textes nouveaux, et plaça nos églises dans la nécessité d’appeler aussi de nombreux compositeurs pour moduler les chants qu’elles allaient substituer aux anciens. Aux yeux de ces compositeurs, dont l’abbé Lebœuf, auteur du chant parisien, est le choryphée, le chant battu était l’idéal de la mélodir ecclésiastique. Graduel, antiphonaire, processionnal, tout fut donc modulé à ce point de vue. Aussi, doit-on convenir que, de plus en plus, les fidèles se désintéressèrent du chant de l’église, et qu’il est devenu aussi rare d’en voir qui prennent intérêt à un introït ou à un graduel qu’il est ordinaire d’en rencontrer, qui, dans les instants de la Messe consacrés au chant, s’enfoncent dans des lectures particulières, pour échapper à l’ennui que leur cause cette lourde et assommante succession de notes carrées, qui ne suggèrent pas un sentiment et ne peuvent rien dire à l’âme.

    Nous en étions là cependant, lorsque le zèle éclairé de nos premiers pasteurs a rendu à nos églises les textes antiques de la prière et, par une suite nécessaire, les mélodies qui donnent à ces textes leur expression. Au milieu du tâtonnement qu’une situation si nouvelle devait indispensablement produire quant à l’exécution, j’estime, M. le Doyen, que la publication de votre mémoire si lumineux est un véritable bienfait. Il atteste une longue et sérieuse étude de l’esthétique du plain-chant; en vous lisant, on sent que vous avez longuement pratiqué et analysé les mélodies grégoriennes; et je vous l’avoue en toute simplicité, de tout ce qu’on a publié dans ces dernières années sur l’importante question de l’exécution du plain-chant, question qui, je le répète, est capitale, rien ne m’a satisfait comme votre travail. Mon jugement, Monsieur le Doyen, n’est qu’un jugement privé, il n’a d’autre portée que celui d’un homme dont la profession est, depuis de longues années, de pratiquer constamment le graduel et l’antiphonaire.

    • Veuillez donc, Monsieur le Doyen, agréer avec mes humbles sympathies et mes sincères félicitations, l’expression la plus cordiale de mon respectueux attachement.

    + F. Prosper GUÉRANGER,

    Abbé de Solesmes.

    Abbaye de Solesmes, ce 1er août 1359.

    

Texte IV

PRÉFACE( 3 )

    Le retour à la liturgie romaine est désormais un fait accompli. En est-il ainsi du retour au chant grégorien ? La malheureuse divergence qui existe entre toutes les méthodes et toutes les éditions modernes, nous dit assez qu’il s’en faut bien que nous soyons arrivés à l’unité et à la vérité; et qu’on s’est trop hâté de proclamer que le chant grégorien était retrouvé.

    Il existe, dans les écrits qui ont été publiés depuis une certain nombre d’années, une confusion qu’il faut signaler. On confond la phrase grégorienne avec le chant grégorien. On dit : le chant grégorien est ici, il est là, il est dans tel manuscrit, dans telle version; mais qu’on nous passa l’expression, il n’y a pas de manuscrit qui chante; et fussions-nous assurés d’avoir l’Antiphonaire de saint Grégoire, il faudrait toujours en revenir à nous dire le mode d’exécution et c’est ce qu’on ne nous a pas encore révélé.

    Le chant grégorien est-il donc perdu sans retour ? Avant de répondre à cette question, posons comme un fait incontestable que le chant qu’on est convenu d’appeler grégorien, a existé dans l’Église depuis les premiers temps du christianisme, jusque vers le XVIe siècle, avec des nuances plus ou moins sensibles dans la composition et dans l’exécution. Le plain-chant avait des racines profondes dans les habitudes, dans la mémoire, dans le cœur des fidèles; tout le peuple chantait, et le chant grégorien était entré dans les mœurs chrétiennes.

    Depuis cette époque, un grand changement s’est opéré, il faut bien le reconnaître, et ce qui était universellement connu et pratiqué est aujourd’hui, on peut le dire, universellement délaissé et inconnu. Qu’est donc devenue cette imposante tradition des siècles chrétiens ? et dans ce naufrage universel des vrais principes, ne se retrouvera-t-il pas quelques débris qui nous diront ce qu’était l’œuvre primitive Il serait trop absurde de supposer qu’une institution aussi générale, aussi populaire, a péri tout d’un coup. Le chant grégorien a dû se conserver longtemps, malgré toutes les causes qui tendaient à le détruire, et qui avaient fini par en faire perdre la vraie notion. Il ne serait pas bien difficile de signaler ces causes : les troubles civils et religieux, l’influence de l’esprit protestant, l’amour du contrepoint et de la musique moderne, la destruction des écoles, les remaniements liturgiques et surtout la substitution de la note musicale des méthodes modernes à la note du plain-chant.

    Néanmoins, malgré toutes ces causes de ruine, le chant grégorien s’est perpétué par la force des choses, par sa propre vitalité; il est arrivé ,jusqu’à nous dans ce que les révolutions, la mode, les systèmes, les méthodes ne pouvaient ni atteindre ni corrompre. Le bon sens du prêtre n’a pu adopter la méthode musicale dans les préfaces le Pater, les bénédictions; la routine, comme un écho affaibli d’une puissante tradition, a conservé le grégorien dans les chants populaires, le Gloria, le Credo, le Te Deum; le Victimae Paschali et autres chants. Le chant grégorien s’est. conservé, avec plus ou moins de pureté, chez les peuples où l’on chante de temps immémorial les mêmes airs, les mêmes paroles, en dehors de toute éducation musicale. Le temps n’est pas encore loin de nous où nous aimions à entendre les vieux airs liturgiques, les hymnes modulées prosaïquement en dépit des méthodes modernes et des écoles mensuralistes.

    C’est cette routine qu’il faut étudier, c’est ce courant qu’il faut remonter, ce sont ces restes précieux qu’il faut rassembler pour en venir à connaître le chant grégorien. Il n’y a pas d’autre marche à suivre, et c’est pour ne pas s’être saisi de ce fil de la tradition que l’on a fait fausse route, et qu’on n’a produit que de la fantaisie et de l’arbitraire.

    On a dit : Le chant grégorien n’existe plus, remontons aux sources, cherchons-le dans les plus vieux manuscrits. Alors, on a copié des manuscrits que l’on ne comprenait pas; on y a adapté une méthode moderne, et l’on a dit : Voilà le grégorien pur. Eh quoi ! tous les anciens auteurs, Huchald, Gui d’Arezzo, Jean de Muris après avoir donné les règles du chant, qu’ils connaissaient parfaitement, sont unanimes pour dire que ces règles ne suffisent pas pour savoir chanter; qu’il faut encore avoir entendu chanter longtemps, et s’être formé par une longue pratique; et vous, vous improvisez le grégorien, vous prétendez que vos manuscrits et vos méthodes l’ont rendu à l’église ? C’est trop d’illusion. Qu’on sache donc que si le grégorien n’existait plus, il ne serait donné à personne de le retrouver, non plus qu’il ne sera donné à personne de retrouver la prononciation de la langue hébraïque, ou de toute autre langue dont il ne resterait plus qu’une lettre morte.

    Le plain-chant est une véritable langue, il ne peut pas plus s’apprendre à l’aide d’une méthode, qu’une langue vivante ne peut s’apprendre à l’aide d’une grammaire et d’un dictionnaire. Une méthode quelconque ne conduit guère qu’à une épellation inintelligente ou à une prononciation défectueuse; il faut vivre avec ceux qui parlent cette langue pour la parler correctement, pour en comprendre et en exprimer toutes les nuances et toutes les délicatesses. Il y a dans le plain-chant deux caractères dont le contraste frappe singulièrement. D’abord, c’est la simplicité, le naturel qui lui assure la perpétuité; le plain-chant c’est la prière chantée du peuple; son texte, c’est la prose; son mouvement, c’est la récitation ; sa prosodie, c’est l’accentuation populaire; sa tonalité, c’est la tonalité du peuple, l’échelle naturelle des sons. Mais élevons nos cœurs, sursum corda, il y a dans le plain-chant un sens mystérieux et intraduisible, c’est l’accent de la foi et l’onction de la charité; c’est une humilité pleine de confiance, qui semble vouloir pénétrer le ciel, et associer, dans un concert unanime, les chants de la Jérusalem céleste. Voilà pourquoi la raideur compassée et inflexible de la note musicale n’a jamais pu être l’expression vraie de la prière publique, parce qu’il y a dans la valeur métrique de la note quelque chose de mondain et d’artificiel, parce que la note mesurée efface autant que possible la signification du chant, au lieu que la récitation, c’est la nature, et que la déclamation prosaïque du plain-chant, la note et la mesure s’effacent, numeri latent, pour en faire ressortir le sens tout entier qui est dans le texte et dans la modulation.

    Ainsi donc, en donnant une méthode de chant, en expliquant le mieux qu’il nous a été possible le mode d’exécution, nous n’avons jamais pensé que le chant ecclésiastique consistât dans une exécution mécanique, ni qu’on pût créer a priori une manière de lire cette langue antique, enfin une méthode sans analogie avec celui est connu. Nous prenons le grégorien où il existe, nous le restituons aux parties du plain-chant qui en avaient été déshéritées; nous faisons la théorie de la routine.

    Voici donc, en deux mots, le dessein de ce travail : expliquer le vrai mode d’exécution du chant grégorien. A la vérité, nous ne suivons pas les sentiers battus des théories modernes, mais nous vous attachons aux vestiges de la tradition, qui doit l’emporter dans la question.

    Nous nous attendons aux objections : on nous taxera de témérité. Nous trouvons notre excusé dans une conviction invincible, et dans les encouragements qui ont soutenu notre faiblesse. On se rejettera sur l’ignorance des chantres de campagne; nous répondrons que nous n’avons jamais pensé que la science du chant dût remonter du chantre de campagne au prêtre, mais que, remise en honneur, bien comprise et bien interprétée, elle devait descendre du prêtre aux chantres et aux fidèles. Quant à la difficulté de l’exécution, elle est plus apparente que réelle, et si le très bien est difficile en tout, le convenable, le bien n’offre pas de difficultés bien sérieuses. Nous ne dissimulerons pas la plus forte objection : une nouvelle édition est donc nécessaire ? Telle est en effet notre pensée; nous appelons de tous nos vœux une édition qui reproduise en la perfectionnant une version du XVe siècle, nous désirons ardemment qu’une réunion d’hommes qui étudient et. pratiquent le plain-chant se mette à l’œuvre et dote l’Eglise d’une édition basée sur les principes de la science et de la tradition.

    (Nous arrêtons ici la reproduction de la préface, p. XVlII, qui s’achève par un exposé des divisions de l’ouvrage.)

    

Texte V

PROGRAMME

de la commission pour l’édition des livres liturgiques

DU DIOCÈSE DU MANS 4

 

    La Commission nommée par Monseigneur l’Evêque du Mans pour s’occuper de la restauration du chant grégorien, après avoir examiné les différentes éditions de chant qui étaient à sa disposition, telles due celles de Reims, Malines, Rennes, Digne, Dijon, Avignon, Vienne, Poitiers, etc., s’est arrêtée à celle de Lyon, édition de 1716, qui est la reproduction d’une autre portant une opprobatio doctorum de 1669, qu’elle regarde comme la plus facile d’exécution pour tout le monde. Elle rejette toutes les éditions qui ont reproduit le chant réformé par Nivers en 1685, lequel n’est autre due ce chant lourd et ennuyeux que l’on a malheureusement presque partout. Ce chant vient en dernier lieu d’être reproduit par Vatar, à Rennes, et va l’être par dame, de Tours. Tous les véritables amis du chant religieux, le R. P. Dom Guéranger, abbé de Solesmes, en particulier, se sont élevés contre cette prétendue restauration qui n’est autre chose que la destruction totale de ce beau chant grégorien si longtemps en honneur dans l’Eglise.

    La Commission prend l’édition de Reims pour base d’exécution du chant, mais elle la modifie dans beaucoup de points. Elle veut que l’on phrase le chant, et comme Reims, elle adopte différentes espèces de notes : les brèves les carrées; les carrées à queue et les doubles. Elle veut reproduire la tonalité grégorienne autant que possible; pour cela elle rétablit les 14 modes comme le fait Reims. Elle compare son édition de Lyon avec les manuscrits du diocèse et l’édition de Reims qui lui semblent donner la leçon la plus fidèle, et elle trouve souvent le même chant dans les trois éditions. Si le chant diffère dans ces mêmes éditions, elle prend celui qui lui parait le plus facile et cependant en rapport avec la tonalité grégorienne. Reims a des morceaux très difficiles d’exécution; mais elle en a aussi un grand nombre qui sont supérieurs à ceux des autres éditions; la Commission ne fait pas de difficulté pour admettre ces derniers en les arrangeant à la manière d’exécution qu’elle a adoptée.

    Au XIlle siècle, on avait la manie de charger les phrases de chant (d’après le témoignage de Dom Guéranger); la Commission retranche quelquefois certaines répétitions de la même phrase qu’elle trouve dans Reims et les manuscrits. L’édition de Lyon à retranché également ces répétitions.

    Pour les airs d’hymnes du romain qui sont loin d’être chantants, la Commission tâchera, autant que possible, de prendre des chants connus, et préférera n’avoir qu’un petit nombre d’airs, pour arriver à les rendre populaires. Quant aux proses, elle attend que la Commission. qui s’occupe du Propre du diocèse, ait fait son choix.

    La Commission cherche tous les renseignements possibles, et reçoit avec reconnaissance toutes les communications qu’on veut bien lui faire.

 

    Texte VI

 

LETTRE DE DOM PROSPER GUÉRANGER

abbé de Solesmes

au Comité d’organisation du Congrès pour la restauration

du plain-chant et de la musique religieuse, Paris, 1860 5

    A M J d’Ortigue, directeur de la Maîtrise

    Solesmes, le 10 novembre 1860.

    Monsieur.

    Quoique mon suffrage soit fort peu de chose, je cède néanmoins aux instances d’un ami commun, et je prends la liberté de vous adresser mes humbles félicitations à l’occasion du Congrès dont vous avez été le promoteur, et qui doit avoir pour objet la restauration du plain-chant et de la musique religieuse.

    Je fais les vœux les plus sincères pour le succès de cette œuvre si importante au complément et à la dignité du service divin ; mais si j’osais risquer en cette lettre une parole qui dépassât l’expression de ma sympathie, ce serait pour vous recommander, Monsieur, les intérêts du chant grégorien. Nos églises peuvent, à la rigueur, se passer de la musique : elles ne peuvent pas se passer du chant grégorien. Beaucoup de fonctions liturgiques ont à s’accomplir qui n’offrent pas le plus léger prétexte à l’emploi de la musique. Enfin, la généralité des églises est réduite à s’en passer complètement.

    Le chant grégorien doit donc, ce me semble, préoccuper le Congrès avant tout, soit qu’il s’agisse des textes, soit qu’il s’agisse de l’exécution. Vous êtes trop compétent, Monsieur, sur ces questions, pour que je me permette de vous suggérer quoi que ce soit. Je me bornerai à vous rappeler que, quant à l’exécution du chant grégorien, nous sommes d’accord l’un et l’autre sur la haute importance que réclament les théories de M. le chanoine Gontier. Je persiste à croire que la vérité est là et non ailleurs.

    Je serais heureux, Monsieur, de vous signaler comme regrettable J’abus qui s’est introduit dans beaucoup d’églises, et qui consiste à supprimer le chant du Graduel à la Messe. Cette omission, contraire à l’usage antérieur de nos églises, a pour résultat de supprimer le morceau principal dans chaque messe, celui qui, dans l’antiquité, excitait le plus d’intérêt et était l’objet d’une exécution plus recherchée. Je conçois que dans les pays où le plain-chant est tombé en mépris, où la musique est tout, on ait supprimé le Graduel, et que, aussitôt après l’Epitre, on passe à l’Alléluia; mais puisque chez nous il est question de rétablir le chant grégorien, il serait assez à propos de ne pas commencer par anéantir ses plus mélodieuses productions.

    Quant au programme relatif à la musique, je me permettrai de dire un mot au sujet de la .liesse brève pour laquelle on établit un concours ; il est question sur ce programme d’un morceau pour l’élévation. Les véritables règles de l’Eglise, d’accord avec les sentiments de la piété s’opposent formellement à ces motets exécutés dans un moment si auguste, où le silence de l’adoration est un devoir pour tout le monde, musiciens, clergé et fidèles. L’élévation étant terminée, le chœur doit chanter le Benedictus qui venil; telle est la loi, telles sont les convenances liturgiques. Il est à désirer que le Congrès s’en déclare le champion, sur ce point comme sur les autres. Le programme le donne à espérer, lorsqu’à propos de cette même Messe brève, il avertit les compositeurs de laisser en dehors de leur œuvre les intonations du Gloria et du Credo.

    Je fais, Monsieur, les vœux les plus sincères pour une institution appelée à rendre les plus grands services à la religion, si elle a le bonheur de s’inspirer, comme je l’espère, des règles et de l’esprit de la sainte liturgie. Elle vous devra beaucoup, Monsieur, car votre zèle égale votre autorité dans les questions qui se rapportent au chant religieux. Permettez-moi de vous offrir en finissant l’expression de ma cordiale sympathie avec celle de ma respectueuse considération.

    + Fr. Prosper GUÉRANGER,

    Abbé de Solesmes.

 

    Texte VII

Étapes et chronologie des controverses .

provoquées par la restauration grégorienne 6

PAR

BOYER D’AGEN

    … Monsieur Fétis ouvre la voie, mais il écrit incomplètement les neumes, les classe arbitrairement; il avance sur leur origine les opinions Hasardées, et traduit imparfaitement même les neumes sur lignes.

    M. Danjou a eu le mérite de découvrir le manuscrit bilingue de Montpellier. L’explication rudimentaire qu’il donne des neumes clans sa Revue est inexacte : il confond les neumes les uns avec les autres.

    Le P. Lambillotte décrit les neumes avec assez d’exactitude. Les tableaux de -neumes, tirés des manuscrits, lui servent à donner son nom à chaque signe; il indique la confrontation des manuscrits comme étant, d’après les principes de Dom Guéranger, le moyen de retrouver sûrement la phrase grégorienne. L’interprétation erronée qu’il donne des signes, ajoutés aux neumes de Saint-Gall par Romanus, le trompe sur le rythme du plain-chant.

    Th. Nisard promet ce qu’il ne peut donner : le moyen de connaître la valeur tonale complète des neumes par les neumes seuls. Rien de bien nouveau dans ses études sur les neumes, rien surtout sur leur valeur rythmique.

    M. Tesson et sa commission travaillent sur le manuscrit bilingue le Montpellier. La valeur tonale des neumes leur est indiquée par les lettres du manuscrit. Pour le rythme, ils oublient de tenir compte du groupement des signes qui sert à phraser le chant, et se trompent en voulant constituer le rythme avec des longues et les brèves.

    M. de Coussemaker, en faisant dériver les neumes des accents, a donné la véritable origine de ces signes. Ses traductions ne sont pas toujours parfaites, au point de vue de la place des notes sur l’échelle : il s’égare pour le rythme grégorien et ne comprend bien que celui de la musique mesurée des XIlle, XlV et XVe siècles.

    M. Gontier n’a rien vu des neumes, tels qu’ils étaient avant le XlVe siècle. Il a entendu chanter à Solesmes avec une allure libre et déclamée, sur les livres d’alors très imparfaits (Edition de Dijon). En appliquant cette méthode a des manuscrits XVe siècle, que possède dans ses greniers le chapitre général du Mans, il a remarqué que le chant était beaucoup plus parfait, mieux rythmé et la déclamation plus facile à cause du phrasé indiqué par le groupement conservé dans ces manuscrits manceau. La méthode d’exécution s’est ainsi trouvée toute faite.

    L’abbé Raillard a expliqué les neumes à la suite du P. Lambillotte, en cherchant dans ces neumes des variétés dans la durée des notes qui ne s’y trouvent pas. Au point de vue tonal, ses traductions sont bonnes.

    La méthode de Solesmes, représentée et en quelque sorte synthétisée par Dom Pothier, est pour le rythme celle que M. Gontier a exposée après l’avoir prise à Solesmes.

    Seulement, en appliquant comme lui cette méthode non plus seulement à la notation des XlVe et XVe, siècles, mais à celle de toutes les époques, il s’est trouvé qu’elle permettait de se rendre parfaitement compte de tous les signes de notation de tous les pays et de toutes les époques : ce qu’aucune autre méthode (Lambillotte, abbé Raillard) ne peut faire. Au point de vue rythmique, comme au point de vue tonal, la confrontation des manuscrits nous donne avec certitude la phrase grégorienne, matière et forme.

    Dans la même  » note  » reproduite par Boyer d’ Agen se trouve la chronologie suivante :

    1808. – M. Fétis, dans un mémoire lu à l’Institut, donne ses idées sur les neumes.

    1833. – NI. Paulin Blanc, bibliothécaire de Montpellier, découvre dans un manuscrit de cette ville, une prose sur la fin du monde, notée en neumes. Cette découverte est signalée par M. d’Ortigue.

    1836. – M. Fétis, dans le résumé philosophique placé en tète de la Biographie universelle des musiciens, explique à sa manière la nature des neumes et leurs diverses espèces.

    1844. – M. Fétis, dans des articles de la Gazette musicale de Paris, recherche la notation musicale dont se serait servi saint Grégoire, pour noter son Antiphonaire.

    1845. – Articles de M. Fétis, dans la Revue de Danjou, sur. l’étude qu’il a faite des neumes et sur les résultats qu’il pense avoir obtenus.

    1847. – M. Danjou découvre à Montpellier les chants de la messe notés en neumes et en lettres, dans un manuscrit venu de la bibliothèque de Troyes.

    1849. – Le P. Lambillotte fait prendre à Saint-Gall copie d’un Antiphonaire noté en neumes, comprenant les graduels, les traits et les alléluia de la messe.

    1849. Théodore Nisard publie, dans la Revue archéologique, des études sur les anciennes notations musicales de l’Europe.

    1849. – Les archevêques de Reims et de Cambrai établissent une commission pour la restauration du plain-chant, et mettent à sa tête M. ,Tesson, des Missions étrangères.

    1851. – Le P. Lambillotte publie, en fac-similé lithographique, sa copie du manuscrit de Saint-Gall. Il donne à la fois la clef des mélodies grégoriennes et de la notation antique.

    1851. – Première édition du Graduel et de l’Antiphonaire rémo-cambraisiens, celui-ci d’après un manuscrit du XIlle siècle et de la Bibliothèque nationale; celui-là d’après le manuscrit bilingue de Montpellier.

    1852. – Mémoire sur l’édition de chant rémo-cambraisien.

    1852. – M. de Coussemaker, dans son Histoire de l’harmonie au Moyen Age, donne, le premier, avec Dom Schubiger, la véritable nature et l’origine vraie de l’écriture neumatique qu’il fait dériver des accents grammaticaux.

    1855. – Le P. Dufour publie l’ouvrage posthume du P. Lambillotte, Esthétique du plain-chant.

    1859. – Dans sa ,Méthode raisonnée du plain-chant, M. Gonthier, alors curé de Changé lés le Mans, explique le premier, la vraie nature du rythme grégorien qui est celui de la prose et de la déclamation.

    1859. – L’abbé Raillard publie son Explication des neumes. Il en explique la forme, comme l’avait fait avant lui le P. Lambillotte, mais se trompe, aussi bien que lui, quoique différemment, sur la valeur rythmique de ces signes musicaux.

    1860. – M. Gonthier publie une nouvelle brochure, Le plain chant, son exécution.

    1864. – Les Bénédictins de Solesmes font imprimer chez Vatar, à Rennes, un Directoriuin chori, à leur usage, avec de nouveaux types, gravés sur leur dessin et plus tard perfectionnés et complétés par eux. :M. de Coussemaker s’en est servi pour ses Scriptores.

    1865. – Dom Benedict Sauter, bénédictin de Beuron, qui avait fait son noviciat à Solesmes, expose les principes d’exécution du chant d’après la méthode de Solesmes dans un opuscule allemand, Choral und liturgie, publié à Schaffouse, chez Hurter, traduit en français par l’abbé Volter.

    18681870. – Dom Pothier, appliquant la méthode de confrontation, que le P. Lambillotte – d’après Dom Guéranger – déclare la meilleure, note les chants de la messe dans des cahiers qui ont ensuite servi à l’impression du Liber gradualis.

    1880. – Dom Pothier publie les Mélodies grégoriennes.

    1882. – Mémoire explicatif sur les chants de l’Eglise dans leur forme primitive u par l’abbé Raillard.

    1883. – Publication du Liber gradualis, première édition.

    1889. – Publication de la Paléographie musicale par les Bénédictins de Solesmes.

    1891. – Impression faite à Solesmes du Liber antiphonarins.

    1894. – Préparation du Liber responsorialis, à l’imprimerie de la même abbaye.

    Texte VIII

 

RECHERCHE ET ÉTUDE DES FRAGMENTS DE MANUSCRITS
DE PLAIN CHANT par H. VILLETARD 7

 

    (Dans cette conférence. l’auteur recommande à tous les amateurs d’art grégorien, la recherche de  » très nombreux débris de parchemin notés  » qui peuvent échapper aux érudits dont les travaux doivent se borner à l’étude des documents plus importants que conservent bibliothèques et dépôts publics)

    … Oui, je dis très nombreux, car de fait, il s’en rencontre partout. Il n’est peut-être pas un seul de nos villages, si éloigné et si peu important que vous le supposiez, qui ne recèle, dans quelque coin, une de ces restes précieux de nos splendides manuscrits d’autrefois.

    Règle générale, c’est sous la forme de couvertures de livres qu’ils se présentent. La grande majorité des vieux livres, livres d’églises ou autres, les registres paroissiaux, les anciennes minutes de notaires, les recueils de délibérations, les liasses de documents, dans nos archives, sont, en effet le plus souvent reliés ou simplement enveloppés avec des feuillets de parchemin arrachés jadis à des livres de chœur. C’est, du reste, grâce à cette particularité qu’ils ont pu échapper à une ruine certaine. Dès lors, vous voyez de quel côté devra diriger ses investigations quiconque voudrait entreprendre une collection de ces vénérables débris. Si donc, Messieurs, vous tenez, vous aussi, à mettre en pratique le Colligite fragmenta ne pereant, excusez la citation voici, en quelques mots, l’itinéraire à suivre. Il vous faudra visiter : les trésors de nos cathédrales ou de nos grandes églises, les archives départementales et communales, les bibliothèques publiques et privées, les sacristies; les vieux coffres, les placards de nos églises rurales, les ateliers de reliure, les boutiques et arrière-boutiques des bouquinistes ou des marchands d’antiquités, en résumé, tout endroit susceptible de détenir cachés des objets, des livres et papiers anciens. Au cours de semblables visites, on a parfois, je vous assure, de singulières surprises. Vous dirai-je, par exemple, à quoi un brave homme avait employé deux larges feuillets d’un antiphonaire du XVle siècle ? – Oui, car je vous défie bien de jamais deviner. Eh bien, il en fit tout simplement, quelle ingénieuse idée !… deux peaux de tambour. Voilà, certes, qui n’est pas commun : deux folios de parchemin qui chantent et obéissent à la baguette …. L’exécution était sans doute quelque peu martelée… mais, mon Dieu, celle de nos vieux chantres, trop souvent, ne vaut guère mieux.

    Si donc vous faites cette rapide excursion que je viens de vous indiquer, vous pouvez compter sur une fructueuse récolte et sur des trouvailles vraiment intéressantes, trouvailles d’autant plus probables d’ailleurs, que jusqu’ici, ce genre de recherches n’est pas encore en honneur. Souhaitons qu’un jour on y prenne goût. Les amateurs d’antiquités, il est vrai, ont bien parcouru les campagnes les plus reculées, visité les moindres bourgades, mais c’était pour recueillir des meubles, des statues, des tapisseries, des tableaux, des bronzes et surtout des porcelaines, d’anciennes faïences… Quant aux vieux parchemins… avouez que l’on n’a guère songé à en faire collection.

    Mais comment expliquer que ces fragments soient si répandus?

    Vers les XVIe et XVIIe siècles, et même avant, les graduels et antiphonaires manuscrits composés avec tant de luxe, avec une perfection si rare, par de véritables artistes, furent voués en grande partie à la destruction. Heureusement encore qu’on eut le bon goût, mais soyons plus exact, l’idée pratique, d’utiliser leurs feuillets (c’était si solide) pour en revêtir d’autres volumes. Heureusement surtout qu’on employa de préférence les livres les plus récents et partant d’une exécution moins soignée, ceux, en particule , des XlVe et XVe, siècles. Ce fut toujours autant de sauvé. :dans, tout de même, quel vandalisme !

    Pour plus de clarté, permettez-moi une courte digression.

    Au Moyen Age, il n’y avait guère que les églises cathédrales, collégiales, ou les riches abbayes, comme celle de Saint-Gall par exemple, qui pouvaient s’offrir le luxe de posséder de nombreux manuscrits liturgiques. Aussi est-ce là surtout que se rencontrent les graduels et antiphonaires les plus anciens et les plus parfaits. Les églises moins considérables, faute de ressources, devaient le plus souvent se contenter d’un seul manuscrit. Ce livre était ordinairement un missel plénier, ainsi appelé parce qu’il renfermait l’office complet, c’est-à-dire les paroles prononcées à l’autel par le prêtre et les pièces exécutées au chœur par les chantres. Naturellement, durant le saint sacrifice, le missel restait sur l’autel, à l’usage exclusif du célébrant, et c’est ce qui explique pourquoi en général, il était d’un format plus restreint.

    Dès lors, on conçoit que n’ayant pas la notation sous les yeux, les choristes fussent tenus de se préparer longtemps à l’avance, et par des exercices fréquents, à une bonne exécution des mélodies sacrées. Ces exercices, durant lesquels le missel plénier était mis à leur disposition, s’appelaient récordations. Aujourd’hui. nous dirions répétitions. Mais à quoi bon se préparer ?… On a des livres… Ne serait-ce pas là une des raisons pour lesquelles autrefois on chantait presque toujours par cœur et purement de mémoire ? L’hypothèse, du moins, paraît assez vraisemblable.

    Evidemment, cet état de choses était nécessité par la rareté des livres liturgiques, conséquence elle-même de la du parchemin. Mais plus tard, vers les XlVe et Xve siècles, le parchemin étant beaucoup plus répandu, les manuscrits liturgiques se multiplièrent rapidement. Alors le missel plénier fut en quelque sorte dédoublé. Une partie, ne contenant que les paroles et les deux ou trois pièces de chant réservées au célébrant fut transcrite dans un volume à part qui devint notre missel actuel. Le reste, c’est à dire tout ce qui était destiné aux chantres, fut copié dans un ,titre livre qui prit place, au milieu du chœur, sur le pupitre ou lutrin, sous le nom de Graduel. Ordinairement, ce dernier était de grandes dimensions et d’une très grosse écriture, afin que les choristes, beaucoup plus nombreux que de nos jours, puissent tous y liront facilement de leur place.

    Telle est l’origine de ces graduels au format parfois immense, comme on en écrivit surtout aux XVlle et XVllle siècles, et comme il en existe encore un certain nombre. Pour les offices du soir, un autre volume s’imposait, ce fut l’Antiphonaire, qui, pour les mêmes raisons, reçut de semblables dimensions.

    Dans des livres d’un format si considérable, il y avait évidemment de quoi se tailler de larges feuilles de parchemin et de quoi relier de nombreux et gros in-folio. On sait par ailleurs que c’est surtout à l’époque de l’imprimerie que la reliure est devenue un art vraiment pratique. Quelle bonne aubaine pour les relieurs du temps ! Quelle riche trouvaille ! Aussi firent-ils ample provision de manuscrits. Du reste, les églises, il faut le reconnaître, étaient ravies de pouvoir vendre ou échanger leurs quelques manuscrits, parfois plus ou moins détériorés, contre une collection de livres commodes et absolument neufs. C’était bien naturel. Les anciens comptes de fabriques nous ont conservé, à cet égard, de curieux renseignements. Quant aux rares exemplaires qui ont survécu, grâce à une main libératrice qui sut les dissimuler dans quelque recoin d’une armoire obscure, un sort pire encore les attendait. Rien n’ayant pu, dans la suite, les soustraire aux ravages de la Révolution, ils furent détruits, brûlés par ordre… comme un vulgaire signe de féodalité, tout comme un papier ou document suspect.

    Et voilà comment s’explique la présence de tant de fragments partout disséminés, précieuses épaves des richesses liturgiques du doyen Age, jetées aux quatre vents du ciel par le fait d’une barbare ignorance ou par la brutalité d’un vandalisme impie .

    … Plus d’une fois, ces modestes témoins des siècles passés sont venus déposer en faveur des découvertes antérieures. Souvent même, ils ont fait plus, en contribuant à les développer dans une mesure plus large qu’on ne le croit.

    D’abord, parmi les feuillets que vous aurez recueillis de la porte, il y aura probablement grande variété sous le double point de vue de l’âge et de la notation. Généralement, il est vrai, c’est surtout des manuscrits des XlVe et XVe siècles que vous trouverez; nous en avons dit plus haut le motif. Pourtant il arrive quelque fois que les feuillets des XIe, et Xlle siècles vous tombent sous la main. C’est alors un vrai régal; sans compter qu’en raison même de leur petit format, le relieur a dû en employer un certain nombre. c’est ainsi que récemment, d’une seule reliure d’un registre paroissial, j’ai pu retirer une vingtaine de folios, parfaitement conservés et provenant tout d’un charmant missel plénier du Xllle siècle. Avouez donc que c’est là une agréable rencontre. En outre, quand ils remontent à cette date, il y a des chances pour qu’ils présentent des spécimens curieux de notation : neumes sans lignes, neumes accents, neumes et points mélangés, etc…, toutes choses excellentes qui nécessairement nous initient à la science de la paléographie musicale.. Vous aurez en outre le loisir de les examiner de très près, car vous obtiendrez facilement qu’on. vous les cède. En tout cas, à moins qu’ils appartiennent à un dépôt public, vous les aurez à bon compte, assurément à meilleur marché qu’une vieille assiette peinte.

 

ESQUISSE D’UNE CHRONOLOGIE
DE L’ÉCOLE MUSICALE DE SOLESMES

    1830. 28 février, 31 mars, 31 mai et 31 juillet. Considérations sur la liturgie catholique, par l’abbé Prosper Guéranger, Défense des Considérations …. Nouvelle Défense…

    1833. 21 mars. L’abbé Prosper Guéranger (né à Sablé en 1805) chante la messe de saint Benoît en rit romain. flans l’église du prieuré de Solesmes désert depuis la Révolution.

    1835. 7 décembre. Naissance de Dom Pothier; à Bouzemont, diocèse de Saint-Dié (Vosges).

    1837. 9 juillet. Bref Innumeras inter de Grégoire XVl, érigeant le prieuré de Solesmes en abbaye, et nommant Dom Guéranger abbé perpétuel de Saint-Pierre de Solesmes et supérieur général de la congrégation de France de l’ordre de Saint-Benoît.

    1840. Les Institutions liturgiques, tome I (Paris-le Mans) avec une dédicace à l’archevêque de Paris, Mgr Affre.

    1841. Les Institutions liturgiques, tome L’Année liturgique, tome I (le Mans).

    1846. 28 janvier. Instruction pastorale ‘de Monseigneur l’évêque de Langres, ;Mgr Parisis, sur le chant de l’Eglise.

    1847. 18 décembre. Découverte par Danjou du manuscrit bilingue de Montpellier.

    1848. Publication à Rennes d’une édition de livres liturgiques d’après Nivers (1697).

    1848. 6 juin. Naissance de Dom André Mocquereau, à la Tessoualle, diocèse d’Angers.

    Le R.P. Lambillotte relève à Saint-Gall un fac-similé du codex 359.

    Les archevêques de Reims et Cambrai nomment une commission pour la rédaction de leurs livres liturgiques.

    1851. Les Institutions liturgiques, tome III.

    Edition chez Lecoffre, à Paris, du Graduel et de l’Antiphonaire de Reims et Cambrai.

    1852. Découverte (le l’origine des neumes (par dérivation des accents grammaticaux) par Coussemaker.

    1853. L’abbé Clouet, du diocèse d’Arras, publie son ouvrage De la restauration du chant grégorien.

    1854. D’Ortigue publie, avec la collaboration de Th. Nisard, dans les collections de l’abbé Migne un Dictionnaire liturgique, historique et théorique du plain-chant.

    1855. Mort de Lambillotte.

    1856. Dom Jausions, profès de Solesmes.

    1857. L’abbé Bonhomme publie à Paris (Lecoffre) ses Principe, d’une véritable restauration du chant grégorien.

    1858. Publication à Dijon d’une nouvelle édition de livres liturgiques reproduisant le chant de Nivers. Elle sera adoptée au monastère de Solesmes.

    1859. Le chanoine Gontier, du diocèse du Mans, publie au Mans une Méthode raisonnée de plain-chant. Le plain-chant considéré dans son rythme, sa tonalité et ses modes.

    L’abbé Pothier, jeune prêtre du diocèse de Saint-Dié, entre comme novice à Solesmes, le 1er février.

    L’abbé Raillard publie son Explication des neumes.

    1860. Dom Pothier, profès de Solesmes, le 1″ novembre.

    Novembre. A Paris, congrès pour la restauration du plain chant et de la musique religieuse. Le chanoine Gontier présente au congrès un Mémoire sur l’exécution du plain chant, qui est appuyé sans réserve par Dom Guéranger.

    1862. Séjour à Solesmes de Dom Maur Wolter, fondateur de la congrégation bénédictine de Beuron.

    1864. Impression à Rennes d’un Directorium chori pour l’usage monastique, établi par Dom Jausions et Dom Pothier.

    1865. Dom Sauter publie Choral und Liturgie.

    1866. Dom Pothier peut se consacrer exclusivement aux recherches sur le plain-chant.

    1867. Traduction française de Choral und Liturgie.

    1868. 1er octobre. Concession par la S. C. des Rites à l’éditeur Pustet, de Ratisbonne, d’un privilège de trente ans pour l’impression des livres liturgiques de l’Eglise romaine, dont le chant sera conforme à la version dite Médicéenne.

    1870. 9 septembre. Mort de Dom Jausions, à Vincennes (Indiana, U. S. A.).

    1875. 30 janvier. Mort de Dom Guéranger. Son successeur est Dom Couturier.

    22 juillet. Entrée à Solesmes d’André Mocquereau.

    Le chanoine Gontier publie un Petit traité de la bonne prononciation de la langue latine.

    1877. 9 avril. Dom Mocquereau, profès de Solesmes.

    Don Amelli fonde à Milan la Musica sacra.

    Le R.P. A. de Santi, s.j., devient le rédacteur musical de la Civiltà Cattolica.

    1878. 15 novembre. Un bref du nouveau pape Léon XIlI, renouvelle à l’éditeur Pustet la concession et les privilèges qui lui ont été accordés par la Congrégation des Rites.

    1879. 22 décembre. Ordination sacerdotale de Dom Mocquereau.

    Mai. La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Claude déclare de source autorisée que l’édition de Ratisbonne, si elle est recommandée, n’est cependant pas imposée aux Ordinaires.

    1880. Les Mélodies grégoriennes d’après la tradition par le R.P. Dom Pothier.

    Première expulsion des moines de Solesmes, qui se dispersent autour de l’abbaye.

    Juin. Dans le Canoniste contemporain, un vicaire général du diocèse de Saint-Dié, M. Grandclaude, s’élève contre l’assertion de la Semaine religieuse du diocèse de Saint Claude. La valeur indéniable des travaux de Dom Pothier ne saurait dispenser de la soumission dite aux décrets du Saint-Siège en faveur de l’édition de Ratisbonne.

    1881. Mort du chanoine Gontier.

    1882. 11 au 15 septembre. A Arezzo, Congrès européen pour l’étude et l’amélioration du chant liturgique. Dom Pothier et Dom Schmitt y représentent et soutiennent les positions de l’école de Solesmes. Adoption par les congressistes de vœux en faveur d’une restauration des livres de chant liturgique basée sur la recherche scientifique de la tradition la plus ancienne.

    1883. 26 avril. Approbation par Léon XIII du décret Romanorum Pontificum qui condamne les vœux du congrès d’Arezzo et confirme les privilèges accordés à l’édition de Ratisbonne.

    23 mai. L’évêque de Tournai donne son imprimatur au Liber Gradualis de Dom Pothier à l’usage des monastères de la congrégation de France.

    18 juillet. Le préfet des Rites répond à Dom Amelli que le chant antique de saint Grégoire ne sera point proscrit du culte divin. Divers communiqués autorisés font savoir que la recherche scientifique du chant authentique de saint Grégoire n’est aucunement atteinte par le décret, et que son résultat pourra être pris en considération pour l’utilité et l’usage pratique de l’Eglise.

    1884. 3 mars. Bref de satisfaction à Dom Pothier pour l’hommage du Liber Gradualis, offert par l’abbé de Solesmes.

    3 mai. Nouveau bref à Dom Pothier pour empêcher toute interprétation tendancieuse dit bref précédent, qui n’a apporté aucun changement aux décrets accordés à l’avantage de l’édition de Ratisbonne.

    1885. 6 avril. Bref de satisfaction à l’abbé Haberl.

    1886. 26 mai. Mort de Dom Schmitt.

    1888. Prospectus de la Paléographie Musicale, lancé par Dom Mocquereau.

    Dom Pothier et Dom Mocquereau à l’abbaye de Saint-Gall. Mort de Th. Nisard.

    1889. Voyage de Dom Mocquereau en Italie; à Rome, séjour au

     » Séminaire français.

    Premier volume de la Paléographie Musicale : le codex 359 de Saint-Gall.

    1890. Mort de Dom Couturier, à Solesmes. Dom Paul Delatte lui succède le 9 novembre.

    Dom Morin, moine de Maredsous, répond à F. A. Gevaert,

    qui avait attaqué la tradition suivant laquelle le chant grégorien remonte à saint Grégoire le Grand.

    1891. A Rome, en avril. à l’occasion des fêtes du XIIIe centenaire du couronnement (le saint Grégoire le Grand, le Père de Santi se rallie publiquement à l’édition des bénédictins. – Léon XIII félicite dans mes discours écrit les élèves du Séminaire français d’avoir fait entendre à Rome le chant de saint Grégoire ramené à sa pureté primitive.

    A Solesmes, publication du Liber antiphonarius. – Le tome II de la Paléographie Musicale reproduit les tableaux du répons graduel Justus ut palma.

    1892. A Grenoble, fondation de la Revue du Chant grégorien, à laquelle Dom Pothier apportera sa collaboration régulière.

    Dans le tome III de la Paléographie Musicale, Étude sur l’accent tonique latin et la psalmodie grégorienne, par Dom Mocquereau.

    1893. Dom Pothier quitte Solesmes pour l’abbaye de Ligugé.

    A Rome, Haberl découvre un document confirmant l’attribution à Palestrina lui-même de l’édition médicéenne, base des livres de Ratisbonne.

    1894. 7 juillet. Décret Quod sanctus Augustinus, qui renouvelle le décret Romanorum Pontificum. Le R.P. A. de Santi est éloigné de Rome.

    A Solesmes, en juillet, Don Perosi vient faire un séjour, envoyé par le patriarche de Venise, cardinal Sarto.

    A Paris, Charles Bordes fonde la Schola cantorum.

    Dans le tome IV de la Paléographie Musicale, Etude sur le cursus et la psalmodie grégorienne, par Dom Mocquereau.

    1895. 1er mai. Lettre pastorale du cardinal Sarto sur la réforme de la musique sacrée dans l’archidiocèse de Venise.

    A Paris, fondation de la Tribune de Saint Gervais, bulletin mensuel de la Schola cantorum.

    A Rodez, sous la présidence du cardinal Bouret, congrès diocésain de musique sacrée où les rapports aussi bien que l’exécution des chants liturgiques constituent une manifestation en faveur de Solesmes.

    1896. A l’Institut catholique de Paris, conférence de Dom Mocquereau sur l’Art grégorien, son but, ses procédés, ses caractères.

    1897. Petit Traité de Psalmodie par les RR. PP. Bénédictins de Solesmes.

    1898. Dans la Revue des Deux Mondes du 15 novembre, Camille Bellaigue fait un vif éloge du chant de Solesmes.

    1899. Le décret Romanorum Pontificum disparaît de la collection officielle des décrets authentiques de la S. C. des Rites.

    1900. A Rome, le Il, Congrès d’archéologie chrétienne fait un accueil mitigé à un vœu du R. P. Grisar, S. J., recommandant la Paléographie Musicale.

    Le maître des cérémonies pontificales, Mgr Respighi, s’élève contre la découverte faite en 1893 par l’abbé Haberl.

    A la fin de l’année, expiration du privilège trentenaire accordé à la firme Pustet, (le Ratisbonne.

    1901. Les moines de Solesmes sont invités à envoyer à Rome un mémoire sur leurs études relatives à la restauration des mélodies liturgiques de l’Eglise romaine.

    17 mai. Bref Nos quidem à Dom Delatte.

    10 juillet. Un décret de la S. C. des Rites assure toute liberté aux éditeurs des livres liturgiques.

    Les moines de Solesmes, expulsés de leur abbaye, s’exilent en Angleterre.

    Dans le tome VIl de la Paléographie Musicale, Du rôle et de la place de l’accent tonique latin dans le rythme grégorien, par Dom Mocquereau.

    1902. A Rome, en janvier, fondation de la Rassegna Gregoriana par les éditeurs Desclée, de Tournai, qui publient le Manuel de la messe et des offices de Dom Mocquereau, avec signes rythmiques.

    A Paris, la Schola est expulsée de l’église Saint Gervais par le curé de la paroisse.

    1903. Publication du Paroissien romain, qui est une révision par Dom Mocquereau du Liber Gradualis de Dom Pothier (1883 et 1895), avec signes rythmiques attenants au dessin de la note.

    22 juillet. Mort de Léon XIlI. Son successeur est le cardinal Sarto qui choisit le nom de Pie X.

    22 novembre. Motu proprio portant Instruction sur la musique sacrée.

    1904. 8 janvier. La S. C. des Rites, en application du motu proprio, décide que les livres liturgiques en usage seront conservés jusqu’à la publication d’une édition Vaticane.

    14 février. Bref de félicitations à Dom Pothier.

    24 février. La S.C. des Rites donne son approbation aux éditions (rythmiques) des bénédictins de Solesmes.

    Avril. Un congrès historico-liturgique se tient à Rome pour le XIIIe centenaire de la mort de saint Grégoire le Grand. Les chants de la messe pontificale sont exécutés dans l’édition de Solesmes.

    25 avril. Motu proprio sur l’édition typique des livres liturgiques de chant grégorien. Cette édition est confiée particulièrement aux moines de la congrégation de France et du monastère de Solesmes.

    29 avril. Pie X reçoit la commission pontificale pour la rédaction de l’édition Vaticane, dont la présidence est attribuée à Dom Pothier.

    22 mai. Bref à Dom Delatte lui confirmant la charge de l’édition typique.

    6-9 septembre. Réunion à Appuldurcombe de la Commission pontificale.

    1905. 24 juin. Une lettre de la Secrétairerie d’Etat à Dom Pothier décide de simplifier les travaux préparatoires à l’établissement de l’édition Vaticane, et les remet à la discrétion du président de la Commission,

    Août. A Strasbourg, Congrès international de chant grégorien, où Dom Mocquereau ne paraît pas.

    11 août. Décret ou Instructions concernant l’édition et l’approbation des livres liturgiques de . chant grégorien. Le texte de l’édition typique devra être suivi rigoureusement, sans aucun changement ni addition ni suppression.

    14 août. Décret d’approbation du Kyriale de l’édition vaticane. Les livres jusqu’alors en usage devront disparaître peu à peu, mais sans aucune exception.

    1906. 14 février. Une déclaration de la S.C. des Rites  » au sujet de l’édition et de l’approbation les livres de chant liturgique précise les conditions de la licéité et de l’emploi de signes rythmiques, en conformité avec les règles générales établies par le décret du 11 août 1905.

    2 mai. Lettre du Secrétaire de la S. C. des Rites aux éditeurs Biais, Lecoffre et Lethielleux au sujet du décret précédent. Il est précisé que l’édition typique pure et simple renferme toutes les indications suffisantes pour la pratique du chœur.

    1907. 7 août. Décret sur l’édition typique Vaticane du Graduel romain.

    1908.8 avril. Lettre à tous les Ordinaires pour leur demander de hâter la diffusion du Graduel Vatican, dont l’usage sera désormais obligatoire.

    Le Nombre Musical Grégorien, tome I, par Dom Mocquereau.

    1910. 18 février. Lettre du Préfet de la S. C. des Rites à Mgr Haberl, touchant le rythme libre de l’édition vaticane (contre le mensuralisme qu’y introduisaient certains éditeurs allemands).

    1911. 15 août. Dom Gajard, profès de Solesmes, est associé le jour même à Dom Mocquereau.

    Janvier. Fondation de la Revue Grégorienne.

    25 janvier. Décret de la S. C. des Rites n’accordant plus aux éditions rythmiques qu’une tolérance à titre précaire.

    11 avril. Nouveau décret permettant aux Ordinaires de continuer à donner l’imprimatur aux éditions rythmiques dans les mêmes conditions qu’avant le décret du 25 janvier précédent, pourvu qu’il s’agisse de livres destinés à l’usage pratique des scholae cantorum et que les signes rythmiques n’y soient présentés que privata auctoritate.

    29 avril. Une lettre du secrétaire de la S. C. des Rites au directeur de la Revue Grégorienne confirme le décret du 11 avril : Il n’est pas interdit aux maîtres de chœur de préférer l’usage des livres munis de signes rythmiques.

    A Rome, ouverture de l’Ecole supérieure de Musique sacrée, destinée à devenir Institut pontifical. Le Père de Santi est son président-directeur.

    1912. 8 juillet. Un décret laisse libre l’usage des médiantes rompues,

    8 décembre. Publication de l’Antiphonaire Vatican.

    A Rome, le cardinal vicaire recommande l’usage de l’édition de Solesmes. Dom Pothier quitte Bonne avec ses collaborateurs pour se retirer dans son abbaye de Saint Wandrille, alors exilée de France, à Conques, en Belgique, depuis 1901.

    1913. Le Rme Dom Feretti est nommé président d’une nouvelle Commission pontificale pour l’édition Vaticane.

    1914. En septembre, Dom Gajard devient maître de chœur à Solesmes.

    1918. A New York, fondation de l’Institut Pie X où le chant grégorien sera enseigné suivant les principes de Solesmes par la méthode Ward.

    1920. 1er, 2 et 3 juin. A New York, Congrès international de chant grégorien. Le Ve, vœu du congrès demande que a dans chaque diocèse, sous l’autorité particulière de l’Ordinaire, l’on s’applique à former des maîtres de chœur, et que ceux-ci, toutes les fois que ce sera possible, soient formés à Quarr Abbey sous la direction des Pères bénédictins de Solesmes « . – Premier voyage de Dom Mocquereau en Amérique; il est accompagné de Dom Gatard.

    1921. 14 juillet. Bénédiction du Rme Abbé Dom Cozien, qui succède à Dom Delatte, lequel a résigné sa charge.

    1922. 22 février. Edition vaticane de l’Office de la Semaine sainte et de l’octave de Pâques.

    Second voyage de Dom Mocquereau en Amérique; il est accompagné de Dom Desrocquettes.

    1923. 7 novembre. Fondation de l’Institut grégorien à Paris.

    8 décembre. Mort de Dom Pothier en Belgique, à la veille de rentrer avec ses moines à Saint Wandrille (dont il était l’abbé depuis 1898).

    1924. Dom Jeannin publie l’Introduction aux mélodies liturgiques syriennes et chaldéennes.

    1926. Edition vaticane de l’Office de Noël.

    1927. 2 avril. Bref de félicitations à Dom Mocquereau pour son jubilé monastique.

    Le Nombre Musical Grégorien, tome II.

    1928. Médaille d’or décernée à Dom Mocquereau par S.S. Pie XI, et Lettre du cardinal Gasparri à l’occasion de la publication du IIe volume du Nombre Musical Grégorien.

    1930. 18 janvier. mort de Dom Mocquereau à Solesmes.

    1931. Lettre pastorale sur la prière liturgique et le chant sacré. par l’évêque du Puy-en-Velay, Mgr Norbert Rousseau, ancien directeur fondateur de la Revue grégorienne.

    1934. Publication de l’Antiphonaire monastique.

    1937. 20 septembre. Mort de Dom Delatte.

    1940. Fondation à Toledo, Ohio (U.S.A.) du Gregorian Institute of America.

 

IMPRIMERIE ANDRÉ POUYÉ – MEAUX

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