Année liturgique : l’Avent, historique, mystique, pratique et prières

L’AVENT

 

CHAPITRE PREMIER. HISTORIQUE DE L’AVENT.

    On donne, dans l’Église latine, le nom d’Avent 1 au temps destiné par l’Église à préparer les fidèles à la célébration de la fête de Noël, anniversaire de la Naissance de Jésus-Christ. Le mystère de ce grand jour méritait bien sans doute l’honneur d’un prélude de prière et de pénitence : aussi serait-il impossible d’assigner d’une manière certaine l’institution première de ce temps de préparation, qui n’a reçu que plus tard le nom d’Avent. Il paraît toutefois que cette observance aurait commencé d’abord en Occident ; car il est indubitable que l’Avent n’a pu être affecté comme préparation à la fête de Noël, que depuis que cette fête a été définitivement fixée au vingt-cinq décembre : ce qui n’a eu lieu pour l’Orient que vers la fin du IV° siècle, tandis qu’il est certain que l’Église de Rome la célébrait en ce jour longtemps auparavant.

    L’Avent doit être considéré sous deux points de vue différents : comme un temps de préparation proprement dite à la Naissance du Sauveur, par les exercices de la pénitence, ou comme un corps d’Offices Ecclésiastiques organisé dans le même but. Nous trouvons, dès le V° siècle, l’usage de faire des exhortations au peuple pour le disposer à la fête de Noël ; il nous reste même sur ce sujet deux sermons de saint Maxime de Turin, sans parler de plusieurs autres attribués autrefois à saint Ambroise et à saint Augustin, et qui paraissent être de saint Césaire d’Arles. Si ces monuments ne nous apprennent point encore la durée et les exercices de cette sainte carrière, nous y voyons du moins l’ancienneté de l’usage qui marque par des prédications particulières le temps de l’Avent. Saint Yves de Chartres, saint Bernard, et plusieurs autres docteurs des XI° et XII° siècles, ont laissé des sermons spéciaux de Adventu Domini, totalement distincts des Homélies Dominicales sur les Évangiles de ce temps. Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, de l’an 846, les Évêques représentent à ce prince qu’il ne doit pas les retirer de leurs Églises pendant le Carême, ni pendant l’Avent, sous prétexte des affaires de l’Etat, ou de quelque expédition militaire, parce qu’ils ont des devoirs particuliers à remplir, et principalement celui de la prédication, durant ce saint temps.

    Le plus ancien document où l’on trouve le temps et les exercices de l’Avent précisés d’une manière tant soit peu claire, est un passage de saint Grégoire de Tours, au deuxième livre de son Histoire des Francs, dans lequel il rapporte que saint Perpétuus, l’un de ses prédécesseurs, qui siégeait vers l’an 480, avait statué que les fidèles jeûneraient trois fois la semaine, depuis la fête de saint Martin jusqu’à Noël. Par ce règlement, saint Perpétuus établissait-il une observance nouvelle, ou sanctionnait-il simplement une loi établie ? C’est ce qu’il est impossible de déterminer avec exactitude aujourd’hui. Remarquons du moins cet intervalle de quarante jours ou plutôt de quarante-trois jours, désigné expressément, et consacré par la pénitence comme un second Carême, quoique avec une moindre rigueur.

    Nous trouvons ensuite le neuvième canon du premier Concile de Mâcon, tenu en 582, qui ordonne que, durant le même intervalle de la Saint-Martin à Noël, on jeûnera les lundis, mercredis et vendredis, et qu’on célébrera le sacrifice suivant le rite Quadragésimal. Quelques années auparavant, le deuxième Concile de Tours, tenu en 567, avait enjoint aux moines de jeûner depuis le commencement du mois de décembre jusqu’à Noël. Cette pratique de pénitence s’étendit bientôt à la quarantaine tout entière pour les fidèles eux-mêmes ; et on lui donna vulgairement le nom de Carême de saint Martin. Les Capitulaires de Charlemagne, au livre sixième, n’en laissent plus aucun doute ; et Rhaban Maur atteste la même chose au livre second de l’Institution des Clercs. On faisait même des réjouissances particulières à la fête de saint Martin, en la manière qu’on en fait encore aux approches du Carême et à la fête de Pâques.

    L’obligation de ce Carême, qui, commençant à poindre d’une manière presque imperceptible, s’était accrue successivement jusqu’à devenir une loi sacrée, se relâcha insensiblement ; et les quarante jours de la Saint-Martin à Noël se trouvèrent réduits à quatre semaines. On a vu que la coutume de ce jeûne avait commencé en France ; mais de là elle s’était répandue en Angleterre, comme nous l’apprenons par l’Histoire du Vénérable Bède ; en Italie, ainsi qu’il consiste d’un diplôme d’Astolphe, roi des Lombards, de l’an 753 ; en Allemagne, en Espagne, etc., comme on en peut voir les preuves dans le grand ouvrage de Dom Martène sur les anciens Rites de l’Église. Le premier indice que nous rencontrons delà réduction de l’Avent à quatre semaines se trouve être, dès le IX° siècle, la lettre du pape saint Nicolas Ier aux Bulgares. Le témoignage de Rathier de Vérone et d’Abbon de Fleury, tous deux auteurs du même siècle, sert aussi à prouver que dès lors il était grandement question de diminuer d’un tiers la durée du jeûne de l’Avent. Il est vrai que saint Pierre Damien, au XI° siècle, suppose encore que le jeûne de l’Avent était de quarante jours, et que saint Louis, deux siècles après, l’observait encore en cette mesure ; mais peut-être ce saint roi le pratiquait-il ainsi par un mouvement de dévotion particulière.

    La discipline des Églises de l’Occident, après s’être relâchée sur la durée du jeûne de l’Avent, se radoucit bientôt au point de transformer ce jeûne en une simple abstinence ; et encore trouve-t-on des Conciles dès le XII° siècle, tels que ceux de Selingstadt, en 1122, et d’Avranches, en 1172, qui semblent n’astreindre que les clercs à cette abstinence. Le Concile de Salisbury, en 1281, paraît même n’y obliger que les moines. D’un autre côté, telle est la confusion sur cette matière, sans doute parce que les diverses Églises d’Occident n’en ont pas fait l’objet d’une discipline uniforme, que, dans sa lettre à l’Évêque de Brague, Innocent III atteste que l’usage de jeûner pendant tout l’Avent se conservait à Rome de son temps, et que Durand, au même XIII° siècle, dans son Rational des divins Offices, témoigne pareillement que le jeûne était continuel en France durant tout le cours de cette sainte carrière.

    Quoi qu’il en soit, cet usage tomba de plus en plus en désuétude, en sorte que tout ce que put faire, en 1302, le pape Urbain V pour en arrêter la chute complète, ce fut d’obliger tous les clercs de sa cour à garder l’abstinence de l’Avent, sans aucune mention du jeûne, et sans comprendre aucunement les autres clercs, et moins encore les laïques, sous cette loi. Saint Charles Borromée chercha aussi à ressusciter l’esprit, sinon la pratique des temps anciens, chez les peuples du Milanais. Dans son quatrième Concile, il enjoignit aux curés d’exhorter les fidèles à communier au moins tous les dimanches du Carême et de l’Avent, et adressa ensuite à ses diocésains eux-mêmes une lettre pastorale, dans laquelle, après leur avoir rappelé les dispositions avec lesquelles on doit célébrer ce saint temps, il faisait instance pour les engager à jeûner au moins les lundis, les mercredis et les vendredis de chaque semaine de l’Avent. Enfin Benoît XIV encore Archevêque de Bologne, marchant sur de si glorieuses traces, a consacré sa onzième Institution Ecclésiastique à rÈveiller dans l’esprit des fidèles de son diocèse la haute idée que les chrétiens avaient autrefois du saint temps de l’Avent, et à combattre un préjugé répandu dans cette contrée, savoir que l’Avent ne regardait que les personnes religieuses, et non les simples fidèles. Il montre que cette assertion, à moins qu’on ne l’entende simplement du jeûne et de l’abstinence, est à proprement parler téméraire et scandaleuse, puisqu’on ne saurait douter qu’il existe, dans les lois et les usages de l’Église universelle, tout un ensemble de pratiques destinées à mettre les fidèles dans un état de préparation à la grande fête de la Naissance de Jésus-Christ.

    L’Église grecque observe encore le jeûne de l’Avent, mais avec beaucoup moins de sévérité que celui du Carême. Il se compose de quarante jours, à partir du 14 novembre, jour où cette Église célèbre la fête de l’Apôtre saint Philippe. Pendant tout ce temps, on garde l’abstinence de la viande, du beurre, du lait et des œufs ; mais on y use de poisson, d’huile et de vin, toutes choses interdites durant le Carême. Le jeûne proprement dit n’est d’obligation que pour sept jours sur les quarante ; et tout l’ensemble s’appelle vulgairement le Carême de saint Philippe. Les Grecs justifient ces adoucissements, en disant que le Carême de Noël n’est que de l’institution des moines, tandis que celui de Pâques est d’institution apostolique.

    Mais si les pratiques extérieures de pénitence qui consacraient autrefois le temps de l’Avent, chez les Occidentaux, se sont peu à peu mitigées, en sorte qu’il n’en reste plus maintenant aucun vestige hors des monastères, l’ensemble de la Liturgie de l’Avent n’a pas changé ; et c’est dans le zèle à s’en approprier l’esprit que les fidèles feront preuve d’une véritable préparation à la fête de Noël.

    La forme liturgique de l’Avent, telle qu’elle se garde aujourd’hui dans l’Église Romaine, a souffert quelques variations. Saint Grégoire paraît avoir le premier dressé cet Office qui aurait d’abord embrassé cinq dimanches, ainsi qu’on est à même de le voir par les plus anciens Sacramentaires de ce grand Pape. On peut même dire à ce sujet, d’après Amalaire de Metz et Bernon de Reichnaw, qui sont suivis en cela par Dom Martène et Benoît XIV, que saint Grégoire semblerait être l’auteur du précepte ecclésiastique de l’Avent, bien que l’usage de consacrer un temps plus ou moins long à se préparer à la fête de Noël soit d’ailleurs immémorial, et que l’abstinence et le jeûne de ce saint temps aient d’abord commencé en France. Saint Grégoire aurait déterminé, pour les Églises du rite romain, la forme de l’Office durant cette espèce de Carême, et sanctionné le jeûne qui l’accompagnait, laissant toutefois quelque latitude aux diverses Églises dans la manière de le pratiquer.

    Le Sacramentaire de saint Gélase ne porte aucune Messe, ni Office de préparation à Noël ; les premières que l’on rencontre sont au Sacramentaire grégorien, et, ainsi que nous venons de le dire, les Messes y sont au nombre de cinq. Il est remarquable qu’alors on comptait ces dimanches à rebours, appelant premier dimanche celui qui était le plus voisin de Noël, et ainsi des autres. Dès les IX° et X° siècles, ainsi qu’on le voit par Amalaire, saint Nicolas Ier, Bernon de Richenaw, Rathier de Vérone, etc., les dimanches étaient déjà réduits à quatre ; c’est aussi le nombre que porte le Sacramentaire grégorien donné par Pamélius, et qui semble avoir été transcrit à cette époque. Depuis lors, dans l’Église Romaine, la durée de l’Avent n’a pas varié, et il a toujours consisté en quatre semaines, dont la quatrième est celle même dans laquelle tombe la fête de Noël, à moins que cette fête n’arrive le dimanche. On peut donc assigner déjà à l’usage actuel une durée de mille ans, du moins dans l’Église Romaine ; car il y a des preuves que jusqu’au XIII° siècle certaines Églises de France ont gardé l’usage des cinq dimanches.

    L’Église ambrosienne, aujourd’hui encore, compte six semaines dans sa liturgie de l’Avent ; le Missel gothique ou mozarabe garde la même coutume. Pour l’Église gallicane, les fragments que Dom Mabillon nous a conservés de sa liturgie ne nous apprennent rien à ce sujet ; mais il est naturel de penser avec ce savant homme, dont l’autorité est encore fortifiée par celle de Dom Martène, que l’Église des Gaules suivait en ce point, comme dans un grand nombre d’autres, les usages de l’Église gothique, c’est-à-dire que la liturgie de son Avent se composait également de six dimanches et de six semaines.

    Quant aux Grecs, leurs Rubriques pour le temps de l’Avent se lisent dans les Menées, après l’Office du 14 novembre. Ils n’ont point d’Office propre de l’Avent, et ne célèbrent point pendant ce temps la Messe des Présanctifiés, comme ils le font en Carême. On trouve seulement, dans le corps même des Offices des Saints qui remplissent l’intervalle du 15 novembre au dimanche le plus proche de Noël, plusieurs allusions à la Nativité du Sauveur, à la maternité de Marie, à la grotte de Bethléhem, etc. Le dimanche qui précède Noël, ils font ce qu’ils appellent la Fête des saints Aïeux, c’est-à-dire la Commémoration des Saints de l’Ancien Testament, pour célébrer l’attente du Messie. Les 20, 21, 22 et 23 décembre sont décorés du titre d’Avant-Fête de la Nativité ; et quoique, en ces jours, on célèbre encore l’Office de plusieurs Saints, le mystère de la prochaine Naissance du Sauveur domine toute la Liturgie.

 

CHAPITRE II. MYSTIQUE DE L’AVENT.

    Si maintenant, après avoir détaillé les caractères qui distinguent le temps de l’Avent de tout autre temps, nous voulons pénétrer dans les profondeurs du mystère qui occupe l’Église à cette époque, nous trouvons que ce mystère de l’Avènement de Jésus-Christ est à la fois simple et triple. Il est simple, car c’est le même Fils de Dieu qui vient ; triple, car il vient en trois temps et en trois manières.

    « Dans le premier Avènement, dit saint Bernard au Sermon cinquième sur l’Avent, il vient en chair et infirmité ; dans le second, il vient en esprit et en puissance ; dans le troisième, il vient en gloire et en majesté ; et le second Avènement est le moyen par lequel on passe du premier au troisième. »

    Tel est le mystère de l’Avent. Écoutons maintenant l’explication que Pierre de Blois va nous donner de cette triple visite du Christ, dans son sermon troisième de Adventu : « Il y a trois Avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l’âme, le troisième par le jugement. Le premier eut lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l’Évangile : Au milieu de la nuit un cri s’est fait entendre : Voici l’Époux ! Et ce premier Avènement est déjà passé : car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. Nous sommes présentement dans le second Avènement : pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse ainsi venir à nous ; car il a dit que si nous l’aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second Avènement est donc pour nous une chose mêlée d’incertitude ; car quel autre que l’Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d’eux-mêmes, savent bien quand il vient ; cependant, ils ne savent pas d’où il vient ni où il va. Quand au troisième Avènement, il est très certain qu’il aura lieu ; très incertain quand il aura lieu : puisqu’il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le jour de la mort. Au moment où l’on parlera de paix et de sécurité, dit le Sage, c’est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l’enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir. Le premier Avènement fut donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d’amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier Avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justes par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité : Agneau dans le premier Avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second 2 . »

    Les choses étant telles, la sainte Église, pendant l’Avent, attend avec larmes et impatience la venue du Christ Rédempteur en son premier Avènement. Elle emprunte pour cela les expressions enflammées des Prophètes, auxquelles elle ajoute ses propres supplications. Dans la bouche de l’Église, les soupirs vers le Messie ne sont point une pure commémoration des désirs de l’ancien peuple : ils ont une valeur réelle, une influence efficace sur le grand acte de la munificence du Père céleste qui nous a donné son Fils. Dès l’éternité, les prières de l’ancien peuple et celles de l’Église chrétienne unies ensemble ont été présentes à l’oreille de Dieu ; et c’est après les avoir toutes entendues et exaucées, qu’il a envoyé en son temps sur la terre cette rosée bénie qui a fait germer le Sauveur.

    L’Église aspire aussi vers le second Avènement, suite du premier, et qui consiste, comme nous venons de le voir, en la visite que l’Époux fait à l’Épouse. Chaque année cet Avènement a lieu dans la fête de Noël ; et une nouvelle naissance du Fils de Dieu délivre la société des Fidèles de ce joug de servitude que l’ennemi voudrait faire peser sur elle 3 , L’Église, durant l’Avent, demande donc d’être visitée par celui qui est son chef et son Époux, visitée dans sa hiérarchie, dans ses membres, dont les uns sont vivants et les autres sont morts, mais peuvent revivre ; enfin dans ceux qui ne sont point de sa communion, et dans les infidèles eux-mêmes, afin qu’ils se convertissent à la vraie lumière qui luit aussi pour eux. Les expressions de la Liturgie que l’Église emploie pour solliciter cet amoureux et invisible Avènement, sont les mêmes que celles par lesquelles elle sollicite la venue du Rédempteur dans la chair ; car, sauf la proportion, la situation est la même. En vain le Fils de Dieu serait venu, il y a dix-huit siècles, visiter et sauver le genre humain, s’il ne revenait, pour chacun de nous et à chaque moment de notre existence, apporter et fomenter cette vie surnaturelle dont le principe n’est que de lui et de son divin Esprit. Mais cette visite annuelle de l’Époux ne satisfait pas l’Église ; elle aspire après le troisième Avènement qui consommera toutes choses, en ouvrant les portes de l’éternité. Elle a recueilli cette dernière parole de l’Époux : Voilà que je viens tout à l’heure 4  ; et elle dit avec ardeur : Venez, Seigneur Jésus 5  ! Elle a hâte d’être délivrée des conditions du temps ; elle soupire après le complément du nombre des élus, pourvoir paraître sur les nuées du ciel le signe de son libérateur et de son Époux. C’est donc jusque-là que s’étend la signification des vœux qu’elle a déposés dans la Liturgie de l’Avent ; telle est l’explication de la parole du disciple bien-aimé dans sa prophétie : Voici les noces de l’Agneau, et l’Épouse s’est préparée 6 .

    Mais ce jour de l’arrivée de l’Époux sera en même temps un jour terrible. La sainte Église souvent frémit à la seule pensée des formidables assises devant lesquelles comparaîtront tous les hommes. Elle appelle ce jour » un jour de colère, duquel David et la Sibylle ont dit qu’il doit réduire le monde en cendres ; un jour de larmes et d’épouvante. » Ce n’est pas cependant qu’elle craigne pour elle-même, puisque ce jour fixera à jamais sur son front la couronne d’Épouse ; mais son cœur de Mère s’inquiète en songeant qu’alors plusieurs de ses enfants seront à la gauche du Juge, et que, privés de toute part avec les élus, ils seront jetés pieds et mains liés dans ces ténèbres où il n’y aura que des pleurs et des grincements de dents. Voilà pourquoi, dans la Liturgie de l’Avent, l’Église s’arrête si souvent à montrer l’Avènement du Christ comme un Avènement terrible, et choisit dans les Écritures les passages les plus propres à réveiller une terreur salutaire dans l’âme de ceux de ses enfants qui dormiraient d’un sommeil de péché.

    Tel est donc le triple mystère de l’Avent. Or, les formes liturgiques dont il est revêtu, sont de deux sortes : les unes consistent dans les prières, lectures et autres formules, où la parole elle-même est employée à rendre les sentiments que nous venons d’exposer ; les autres sont des rites extérieurs propres à ce saint temps, et destinés à compléter ce qu’expriment les chants et les paroles.

    Remarquons d’abord le nombre des jours de l’Avent. La quarantaine est la première forme qu’ait adoptée l’Église pour cette période ; et cette forme est restée dans le rite ambrosien et chez les Orientaux. Si, plus tard, l’Église Romaine et celles qui la suivent Font abandonnée, le quaternaire n’en est pas moins exprimé dans les quatre semaines qui ont été substituées aux quarante jours. La nouvelle Naissance du Rédempteur a lieu après quatre semaines, comme la première Naissance eut lieu après quatre mille années, selon la supputation de l’Hébreu et de la Vulgate.

    Au temps de l’Avent comme en celui du Carême, les Noces sont suspendues, afin que les joies humaines ne viennent pas distraire les chrétiens des pensées graves que doit leur inspirer l’attente du souverain Juge, ni les amis de l’Époux 7 de l’espérance qu’ils nourrissent chèrement d’être bientôt conviés aux Noces de l’éternité.

    Les yeux du peuple sont avertis de la tristesse qui préoccupe le cœur de la sainte Église par la couleur de deuil dont elle se couvre. Hors les fêtes des Saints, elle ne revêt plus que le violet ; le Diacre dépose la Dalmatique, et le Sous-diacre la Tunique. Autrefois même, on usait de la couleur noire en plusieurs lieux, comme à Tours, au Mans, etc. Ce deuil de l’Église marque avec quelle vérité elle s’unit aux vrais Israélites qui attendaient le Messie sous la cendre et le cilice, et pleuraient la gloire de Sion éclipsée, et « le sceptre ôté de Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et qui est l’attente des nations 8  ». Il signifie encore les œuvres de la pénitence, par lesquelles elle se prépare au second Avènement plein de douceur et de mystère, qui a lieu dans les cœurs, en proportion de ce qu’ils se montrent touchés de la tendresse que leur témoigne cet Hôte divin qui a dit : Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes 9 . Il exprime enfin la désolation de cette veuve attendant l’Époux qui tarde à paraître. Elle gémit sur la montagne, comme la tourterelle, jusqu’à ce que la voix se fasse entendre qui dira : « Viens du Liban, mon Épouse ; viens pour être couronnée, car tu as blessé mon cœur 10  ».

    Pendant l’Avent, l’Église suspend aussi, excepté aux Fêtes des Saints, l’usage du Cantique Angélique : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis. En effet, ce chant merveilleux ne s’est fait entendre qu’en Bethléhem sur la crèche de l’Enfant divin ; la langue des Anges n’est donc pas déliée encore ; la Vierge n’a pas déposé son divin fardeau ; il n’est pas temps de chanter, il n’est pas encore vrai de dire : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté !

    De même, à la fin du Sacrifice, la voix du Diacre ne fait plus entendre ces paroles solennelles qui congédient l’assemblée des fidèles : Ite, Missa est ! les remplace par cette exclamation ordinaire : Benedicamus Domino ! comme si l’Église craignait d’interrompre les prières du peuple, qui ne sauraient être trop prolongées en ces jours d’attente.

    A l’Office de la Nuit, la sainte Église retranche aussi, dans les mêmes jours, l’hymne de jubilation, Te Deum laudamus. C’est dans l’humilité qu’elle attend le bienfait souverain, et, durant cette attente, elle ne peut que demander, supplier, espérer. Mais à l’heure solennelle, quand, au milieu des ombres les plus épaisses, le Soleil de justice viendra à se lever tout à coup, elle retrouvera sa voix d’action de grâces ; et le silence de la nuit fera place, par toute la terre, à ce cri d’enthousiasme : « Nous vous louons, ô Dieu ! Seigneur, nous vous célébrons ! O Christ ! Roi de gloire, Fils éternel du Père ! pour la délivrance de l’homme, vous n’avez point eu horreur du sein d’une faible Vierge ».

    Dans les jours de Férié, avant de conclure chaque heure de l’Office, les Rubriques de l’Avent prescrivent des prières particulières qui doivent se faire à genoux ; le chœur doit aussi se tenir dans la même posture, aux mêmes jours, durant une partie considérable de la Messe. Sous ce rapport, les usages de l’Avent sont totalement identiques à ceux du Carême.

    Toutefois, il est un trait spécial qui distingue ces deux temps : c’est que le chant de l’allégresse, le joyeux Alléluia, n’est pas suspendu durant l’Avent, si ce n’est aux jours de Férie. A la Messe des quatre dimanches, on continue de le chanter ; et il forme contraste avec la couleur sombre des ornements. Il est même un de ces dimanches, le troisième, où l’orgue retrouve sa grande et mélodieuse voix, et où la triste parure violette peut un moment faire place à la couleur rose. Ce souvenir des joies passées, qui se retrouve ainsi au fond des saintes tristesses de l’Église, dit assez que, tout en s’unissant à l’ancien peuple pour implorer la venue du Messie, et payer ainsi la grande dette de l’humanité envers la justice et la clémence de Dieu, elle n’oublie cependant pas que l’Emmanuel est déjà venu pour elle, qu’il est en elle, et qu’avant même qu’elle ait ouvert la bouche pour demander le salut, elle est déjà rachetée et marquée pour l’union éternelle. Voilà pourquoi l’Alleluia se mêle à ses soupirs, pourquoi sont empreintes en elle toutes les joies et toutes les tristesses, en attendant que la joie surabonde à la douleur, en cette nuit sacrée qui sera plus radieuse que le plus brillant des jours.

 

CHAPITRE III. PRATIQUE DE L’AVENT

 

    Si la sainte Église, notre mère, passe le temps de l’Avent dans cette solennelle préparation au triple avènement de Jésus-Christ ; si à l’exemple des vierges sages, elle tient sa lampe allumée pour l’arrivée de l’Époux, nous qui sommes ses membres et ses enfants, nous devons participer aux sentiments qui l’animent, et prendre pour nous cet avertissement du Sauveur : « Que vos reins soient ceints d’une ceinture comme ceux des voyageurs ; que des flambeaux allumés brillent dans vos mains ; et soyez semblables à des serviteurs qui attendent leur maître 11  ». En effet, les destinées de l’Église sont les nôtres ; chacune de nos âmes est, de la part de Dieu, l’objet d’une miséricorde, d’une prévenance, semblables à celles dont il use à l’égard de l’Église elle-même. Elle n’est le temple de Dieu, que parce qu’elle est composée de pierres vivantes ; elle n’est l’Épouse, que parce qu’elle est formée de toutes les âmes qui sont conviées à l’éternelle union. S’il est écrit que le Sauveur s’est acquis l’Église par son sang 12 , chacun de nous peut dire en parlant de soi-même, comme saint Paul : Le Christ m’a aimé et s’est livré pour moi 13 . Les destinées étant donc les mêmes, nous devons nous efforcer, durant l’Avent, d’entrer dans les sentiments de préparation dont nous venons de voir que l’Église elle-même est remplie.

    Et d’abord, c’est pour nous un devoir de nous joindre aux Saints de l’ancienne Loi pour demander le Messie, et d’accomplir ainsi cette dette du genre humain tout entier envers la divine miséricorde. Afin de nous animer à remplir ce devoir, transportons-nous, par la pensée, dans le cours de ces quatre mille ans, représentés par les quatre semaines de l’Avent, et songeons à ces ténèbres, à ces crimes de tout genre au milieu desquels l’ancien monde s’agitait. Que notre cœur sente vivement la reconnaissance qu’il doit à celui qui a sauvé sa créature de la mort, et qui est descendu pour voir de plus près et partager toutes nos misères, hors le péché. Qu’il crie, avec l’accent de la détresse et de la confiance, vers Celui qui voulut sauver l’œuvre de ses mains, mais qui veut aussi que l’homme demande et implore son salut. Que nos désirs et notre espérance s’épanchent donc dans ces ardentes supplications des anciens Prophètes, que l’Église nous met à la bouche en ces jours d’attente ; prêtons nos cœurs, dans toute leur étendue, aux sentiments qu’ils expriment.

    Ce premier devoir étant rempli, nous songerons à l’Avènement que le Sauveur veut faire en notre cœur : Avènement, comme nous avons vu, plein de douceur et de mystère, et qui est la suite du premier, puisque le bon Pasteur ne vient pas seulement visiter le troupeau en général, mais qu’il étend sa sollicitude à chacune des brebis, même à la centième qui s’était perdue. Or, pour bien saisir tout cet ineffable mystère, il faut se rappeler que, comme nous ne pouvons être agréables à notre Père céleste qu’autant qu’il voit en nous Jésus-Christ, son Fils, ce Sauveur plein de bonté daigne venir en chacun de nous, et, si nous y voulons consentir, nous transformer en lui, en sorte que nous ne vivions plus de notre vie, mais de la sienne. Et tel est le but du Christianisme tout entier, de diviniser l’homme par Jésus-Christ : telle est la tâche sublime imposée à l’Église. Elle dit aux Fidèles avec saint Paul : « Vous êtes mes petits enfants ; car je vous donne une « seconde naissance, afin que Jésus-Christ soit formé en vous 14 . »

    Mais, de même que, dans son apparition en ce monde, le divin Sauveur s’est d’abord montré sous la forme d’un faible enfant, avant de parvenir à la plénitude de l’âge parfait qui était nécessaire pour que rien ne manquât à son sacrifice, il tend à prendre en nous les mêmes développements. Or, c’est à la fête de Noël qu’il aime à naître dans les âmes, et qu’il répand par toute son Église une grâce de Naissance, à laquelle, il est vrai, tous ne sont pas fidèles.

    Car voici la situation des âmes à l’approche de cette ineffable solennité. Les unes, et c’est le petit nombre, vivent avec plénitude de la vie du Seigneur Jésus qui est en elles, et aspirent à chaque heure après l’accroissement de cette vie. Les autres, en plus grand nombre, sont vivantes, il est vrai, par la présence du Christ ; mais elles sont malades et languissantes, faute de désirer le progrès de cette vie divine ; car leur charité s’est refroidie 15 . Le reste des hommes ne jouit point de cette vie, et ils sont dans la mort ; car le Christ a dit : Je suis la vie 16 .

    Or, dans les jours de l’Avent, le Sauveur s’en va frappant à la porte de toutes ces âmes, tantôt d’une manière sensible, tantôt d’une manière cachée. Il vient leur demander si elles ont place pour lui, afin qu’il naisse en elles. Mais, quoique la maison qu’il réclame soit à lui, puisqu’il l’a bâtie et la conserve, il s’est plaint que les siens ne l’ont pas voulu recevoir 17  ; au moins le grand nombre d’entre eux. « Quant à ceux qui l’ont reçu, il leur a donné de devenir fils de Dieu, et non plus enfants de la chair et du sang 18 . »

    Préparez-vous donc à le voir naître en vous plus beau, plus radieux, plus fort encore que vous ne l’avez connu, ô vous, âmes fidèles qui le gardez en vous comme un dépôt chéri, et qui, dès longtemps, n’avez point d’autre vie que sa vie, d’autre cœur que son cœur, d’autres œuvres que ses œuvres. Sachez démêler, dans les paroles de la sainte Liturgie, ces mots cachés qui vont à votre amour, et qui charmeront le cœur de l’Époux.

    Dilatez vos portes pour le recevoir dans sa nouvelle entrée, vous qui déjà l’aviez en vous, mais sans le connaître ; qui le possédiez, mais sans le goûter. Il revient avec une nouvelle tendresse ; il a oublié vos dédains ; il veut renouveler toutes choses 19 . Faites place à l’Enfant divin ; car il voudra croître en vous. Le moment approche : que votre cœur donc se réveille ; et dans la crainte que le sommeil ne vous ait surpris quand il passera, veillez et chantez. Les paroles de la liturgie sont aussi pour vous ; car elles parlent de ténèbres que Dieu seul peut dissiper, de plaies que sa bonté seule peut guérir, de langueurs qui ne cesseront que par sa vertu.

    Et vous, Chrétiens, pour qui la bonne nouvelle est comme si elle n’était pas, parce que vos cœurs sont morts par le péché ; soit que cette mort vous retienne dans ses liens depuis longues années, soit que la blessure qui l’a causée ait été plus récemment portée à votre âme : voici venir celui qui est la vie. « Pourquoi donc voudriez-vous mourir ? Il ne veut pas la mort du pécheur, mais bien qu’ils se convertisse et qu’il vive 20 . » La grande Fête de sa Naissance sera un jour de miséricorde universelle pour tous ceux qui voudront bien lui donner entrée. Ceux-là recommenceront à vivre avec lui ; toute autre vie antérieure sera abolie, et la grâce surabondera, là même où avait abondé l’iniquité 21 .

    Que si la tendresse, la douceur de cet Avènement mystérieux ne vous séduisent pas, parce que votre cœur appesanti ne saurait encore comprendre la confiance, parce que, ayant longtemps avalé l’iniquité comme l’eau, vous ne savez ce que c’est que d’aspirer par l’amour aux caresses d’un père dont vous aviez méprisé les invitations ; songez à l’Avènement plein de terreur, qui suivra celui qui s’accomplit silencieusement dans les âmes. Entendez les craquements de l’univers à l’approche du Juge redoutable ; voyez les cieux s’enfuir devant lui, et se rouler comme un livre à sa vue 22  ; soutenez, si vous pouvez, son aspect, ses regards étincelants ; regardez sans frémir le glaive à deux tranchants qui s’élance de sa bouche 23  ; écoutez enfin ces cris lamentables : Montagnes, tombez sur nous ; rochers, couvrez-nous, dérobez-nous sa vue effrayante 24  ! Ces cris sont ceux que feront entendre, en vain, les âmes infortunées qui n’ont pas su connaître le temps de la visite 25 . Pour avoir fermé leur cœur à cet Homme-Dieu qui pleura sur elles, tant il les aimait ! elles descendront vivantes dans ces ardeurs éternelles, dont la flamme est si vive qu’elle dévore le germe de la terre et les fondements les plus cachés des montagnes 26 . C’est là que l’on sent le ver éternel d’un regret qui ne meurt jamais 27 .

    Que ceux-là donc que n’attendrit pas la douce nouvelle de l’approche du céleste Médecin, du généreux Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, méditent pendant l’Avent sur l’affreux et pourtant incontestable mystère de la Rédemption rendue inutile par le refus que l’homme fait trop souvent de s’associer à son propre salut. Qu’ils sondent leurs forces, et s’ils dédaignent l’Enfant qui va naître 28 , qu’ils voient s’ils seront en mesure de lutter avec le Dieu fort, au jour où il viendra non plus sauver, mais juger. Pour le connaître de plus près, ce Juge devant qui tout doit trembler, qu’ils interrogent la sainte Liturgie : là, ils apprendront à le craindre.

    Au reste, cette crainte n’est pas seulement le propre des pécheurs, elle est un sentiment que tout chrétien doit éprouver. La crainte, si elle est seule, fait l’esclave ; si elle balance l’amour, elle convient au fils coupable, qui cherche le pardon de son père qu’il a irrité ; même quand c’est l’amour qui la chasse dehors 29 , elle revient parfois comme un éclair rapide ; et jusqu’en ses fondements le cœur fidèle en est heureusement ébranlé. Il sent alors se rÈveiller le souvenir de sa misère et de la gratuite miséricorde de l’Époux. Nul ne doit donc se dispenser, dans le saint temps de l’Avent, de s’associer aux pieuses terreurs de l’Église qui, tout aimée qu’elle est, dit chaque jour, dans l’Office de Sexte : Percez ma chair, Seigneur, de l’aiguillon de votre crainte ! Mais cette partie de la Liturgie sera utile surtout à ceux qui commencent à se donner au service de Dieu.

    De tout ceci, on doit conclure que l’Avent est un temps principalement consacré aux exercices de la Vie Purgative ; ce qui est signifié par cette parole de saint Jean-Baptiste, que l’Église nous répète si souvent dans ce saint temps : Préparez la voie du Seigneur ! Que chacun donc travaille sérieusement à aplanir le sentier par lequel Jésus-Christ entrera dans son âme. Que les justes, suivant la doctrine de l’Apôtre, oublient ce qu’ils ont fait dans le passe 30 , et travaillent sur de nouveaux frais. Que les pécheurs se hâtent de rompre les liens qui les retiennent, de briser les habitudes qui les captivent ; qu’ils affaiblissent la chair, et commencent le dur travail de la soumettre à l’esprit ; qu’ils prient surtout avec l’Église ; et quand le Seigneur viendra, ils pourront espérer qu’il ne franchira pas le seuil de leur porte, mais qu’il entrera ; car il a dit, en parlant de tous : « Voici que je suis à la porte et que je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre, j’entrerai chez lui 31  ».

 

CHAPITRE IV. PRIÈRES DU MATIN ET DU SOIR AU TEMPS DE L’AVENT.

 

        Au temps de l’Avent, le chrétien, dès son réveil, s’unira à la sainte Église qui, dans l’Office des Matines, vient de faire entendre ces paroles solennelles par la bouche des serviteurs et servantes de Dieu, dont les chants ont interrompu le silence de la nuit par la divine Psalmodie.

    Rerum venturum Dominum, venite, adoremus.

    Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

    Il adorera profondément cette Majesté que le pécheur devrait craindre, et qu’il a néanmoins offensée avec tant d’audace et d’ingratitude, et il accomplira sous cette impression les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l’Église elle-même, la forme de ses sentiments.

 

PRIERE DU MATIN.

    D’abord, la louange et l’adoration à la très sainte Trinité :

    V/ Benedicamus Patrem et Filium, cum Sancto Spiritu.

    R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.

    V/. Gloria Patri, et Filio et Spiritui Sancto ;

    R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

    V/ Bénissons Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

    R/. Louons-le et exaltons-le dans tous les siècles.

    V/. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    R/. Comme il était au commencement , maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.     Amen.

Puis la louange à Jésus- Christ, notre Sauveur :

    V/. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi ;

    R/. Quia per sanctam Crucem tuam redemisti mundum.

    V/. Nous vous adorons, ô Christ ! et nous vous bénissons ;

    R/. Parce que, par votre sainte Croix, vous avez racheté le monde.

    Ensuite, l’invocation au Saint-Esprit :

    Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium,et tui amoris in eis ignem accende.

    Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.

 

    Après ces actes fondamentaux, on récitera l’Oraison Dominicale, demandant à Dieu qu’il daigne se souvenir de ses miséricordes, et pardonner nos offenses, nous aider dans les tentations et dans les périls dont notre condition est semée, et enfin nous délivrer du mal, en effaçant en nous jusqu’aux dernières traces du péché qui est le mal de Dieu, et qui entraîne après lui le souverain mal de l’homme.

    L’ORAISON DOMINICALE

Pater noster, qui es in cœlis, sanctificetur Nomen tuum : adveniat regnum tuum : fiat voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.

Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libera nos a malo. Amen.

Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonnez-nous nos offenses. comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.

 

    On adressera ensuite la Salutation Angélique à Marie qui, dans ces saints jours, est véritablement pleine de grâce ; possédant dans ses chastes entrailles celui qui est l’auteur de toute grâce. Le Seigneur, fruit de son sein, est avec elle ; et déjà on peut lui donner le titre sublime et incommunicable de Mère de Dieu.

    LA SALUTATION ANGÉLIQUE.

Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.

Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.

Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.

 

    Il faut ensuite réciter le Symbole de la Foi , en prononçant avec une attention particulière ces paroles : Qui a été conçu du Saint-Esprit, adorant le Sauveur encore caché au sein de Marie.

    LE SYMBOLE DES APÔTRES.

    Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae

    Et in Jesum Christum Filium ejus unicum, Dominum nostrum : qui conceptus est de Spiritu Sancto : natus ex Maria Virgine, passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus et sepultus : descendit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis : ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis : inde venturus est judicare vivos et mortuos.

    Credo in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam Catholicam , Sanctorum communionem, remissionem peccatorum, carnis resurrectionem, vitam aeternam. Amen.

 

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

    Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est ne de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce-Pilate et a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts ; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; d’où il viendra juger les vivants et les morts.

    Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, la communion des Saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.

 

    Après la Profession de Foi, on s’efforcera d’entrer dans des sentiments de pénitence au souvenir des péchés qu’on a commis, et on s’excitera à la reconnaissance envers le divin Agneau qui vient nous sauver, et à la terreur de son dernier Avènement, en disant avec L’Église, dans l’Office des Laudes de ce temps.

HYMNE.

En clara vox redarguit
Obscura quaeque personalis:
Procul fugentur somnia:
Ab alto Jesus promicat.

Mens jam resurgat torpida,
Non amplius jacens humi:
Sidus refulget jam novum,
Ut tollat omne noxium.

En Agnus ad nos mittitur
Laxare gratis debitum:
Omnes simul cum lacrimis
Precemur indulgentiam:

Ut, cum secundo fulserit,
Metuque mundum cinxerit,
Non pro reatu puniat,
Sed nos pius tunc protegat.

Virtus, honor, laus, gloria
Deo Patri cum Filio,
Sancto simul Paraclito,
In sæculorum saecula.

La voix du Précurseur retentit avec éclat : elle dévoile l’obscurité des figures. Que les songes s’évanouissent; le Christ va se lever à l’horizon.

Que l’âme engourdie se réveille enfin: un nouvel astre va briller, qui fera disparaître tous les crimes.

L’Agneau va descendre du ciel et remettre gratuitement la dette ; joignons nos cris et nos larmes pour obtenir le pardon.

Afin qu’au jour où, pour la seconde fois, il apparaîtra et remplira l’univers d’épouvante, il n’ait point à nous punir de nos crimes, mais plutôt à nous protéger de sa miséricorde.

Louange, honneur, puissance et gloire à Dieu le Père et à son Fils, ainsi qu’au saint Consolateur, dans les siècles des siècles.

Amen.

 

    Puis on confessera humblement ses péchés, en se servant pour cela de la formule générale usitée dans l’Église.

    LA CONFESSION DES PÉCHÉS.

    Confiteor Deo omnipotenti, beatae Mariae semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptistae, sanctis Apostolis Petro et Paulo, et omnibus Sanctis, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum , beatum Johannem Baptistam , sanctos Apostolos Petrum et Paulum, et omnes Sanctos, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

    Misereatur nostri omnipotens Deus, et dimissis peccatis nostris, perducat nos ad vitam aeternam. Amen.

    Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. Amen.

 

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les Saints, que j’ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres : par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint-Pierre et saint Paul, et tous les Saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

    Que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous, qu’il nous pardonne nos pèches et nous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

    Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il.

    Ici, on pourra faire la Méditation, si l’on est dans l’usage de ce saint exercice. Elle doit principalement porter, durant l’Avent, sur la destruction des obstacles qui, en nous, s’opposent à l’entrée et au règne de Jésus-Christ. L’amour des sens, la cupidité, l’orgueil, cette triple concupiscence que saint Jean nous dénonce dans sa première Épître, doivent être vaincus pour que la préparation de notre cœur soit suffisante. Et comme le principe de toute Oraison, ou Méditation, est dans la considération de notre Seigneur, il faut, durant l’Avent, le contempler dans le sein de Marie où il est caché, nous donnant, dans cet état d’abaissement, les leçons les plus énergiques de dévouement à la gloire de son Père, d’obéissance aux décrets divins et d’humilité, et aussi le plus éclatant témoignage de son amour pour nous. Il sera facile de déduire de cette considération les motifs et les affections qui nous porteront à briser nos liens. Que si elle ne produisait point assez d’impression, il serait nécessaire de se représenter Jésus-Christ comme Juge, dans tout l’éclat terrible de sa majesté, et dans toute la rigueur de ses inévitables vengeances.

    La Méditation étant achevée, et même dans le cas où l’on eût été empêché de la faire, on demandera à Dieu par les prières suivantes la grâce d’éviter toute sorte de péchés durant la journée qui commence, disant toujours avec l’Église :

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Domine, Deus omnipotens, qui ad principium hujus diei nos pervenire fecisti, tua nos hodie salva virtute, ut in hac die ad nullum declinemus peccatum ; sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procedant eloquia, dirigantur cogitationes et opera. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus , per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur, Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de ce jour, sauvez-nous aujourd’hui par votre puissance, afin que, durant le cours de cette journée, nous ne nous laissions aller à aucun péché ; mais que nos paroles, nos pensées et nos envies tendent toujours à l’accomplissement de votre justice. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

    On implorera ensuite le secours divin pour bien faire toutes les actions de la journée, disant trois fois :

    V/ Deus in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

 

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    

ORAISON.

    Dirigere et sanctificare, regere et gubernare dignare, Domine Deus, Rex cœli et terrae, hodie corda et corpora nostra, sensus, sermones et actus nostros , in lege tua, et in operibus mandatorum tuorum : ut hic et in aeternum, te auxiliante, salvi et liberi esse mereamur, Salvator mundi. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.

    Daignez, Seigneur Dieu, Roi du ciel et de la terre, diriger, sanctifier, conduire et gouverner, en ce jour, nos cœurs et nos corps, nos sentiments, nos discours et nos actes, selon votre loi et les œuvres de vos préceptes ; afin que, ici-bas et dans l’éternité, nous méritions, par votre secours, ô Sauveur du monde, d’être sauvés et affranchis. Vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Amen.

    Puis s’unissant à l’Église qui implore la venue de Jésus-Christ aux Heures de l’Office divin, et dans l’action du saint Sacrifice, on dira en union avec elle :

V/. Veni ad liberandum nos, Domine Deus virtutum.

R/. Ostende faciem tuam, et salvi erimus.

V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

R/. Et Salutare tuam da nobis.

V/. Super te, Jerusalem, orietur Dominus ;

R/. Et gloria eius in te videbitur.

 

    V/. Venez nous délivrer, Seigneur, Dieu des armées.

    R/. Montrez votre visage, et nous serons sauvés.

    V/. Manifestez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous le Sauveur que vous nous destinez.

    V/. Sur toi, Jérusalem, le Seigneur se lèvera ;

    R/. Et sa gloire apparaîtra en toi.

    

ORAISONS.

    (Pendant la première Semaine.)

    Excita, quaesumus, Domine, potentiam tuam, et veni ; ut ab imminentibus peccatorum nostrorum periculis, te mereamur protegente eripi, te liberante, salvari. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.

    Faites paraître, Seigneur, votre puissance, et venez, afin que nous méritions d’être arrachés par votre secours aux imminents périls où nos péchés nous engagent, et d’en être sauvés par votre vertu libératrice ; vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

    (Pendant la deuxième Semaine.)

    Excita, Domine, corda nostra ad praeparandas Unigeniti tui vias; ut, per eius adventum, purificatis tibi mentibus servire mereamur. Qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen

    Seigneur, réveillez nos cœurs, afin qu’ils préparent la voie de votre Fils unique, et que nous méritions de vous servir avec des âmes purifiées , au moyen de l’Avènement de celui qui vit et règne avec vous dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

    (Pendant la troisième Semaine.)

    Aurem tuam quaesumus Domine, precibus nostris accommoda : et mentis nostrae tenebras gratia tuae visitationis illustra. Qui vivis et regnas, etc.

    Prêtez, Seigneur, votre oreille à nos prières, et éclairez les ténèbres de notre âme par la grâce de votre visite ; vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

 

    (Pendant la quatrième Semaine.)

    Excita, quaesumus Domine, potentiam tuam, et veni, et magna nobis virtute succurre : ut, per auxilium gratiae tuae, quod nostra peccata praepediunt, indulgentia tuae propitiationis acceleret. Qui vivis et regnas, etc.

    Manifestez, Seigneur, votre pouvoir et venez ; secourez-nous de votre puissante vertu, afin que, par le secours de votre grâce, votre indulgence miséricordieuse daigne accélérer le remède dont nos péchés nous rendent indignes ; vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

    On pourra ajouter l’Oraison spéciale que l’Église consacre à l’honneur de Marie Mère de Dieu, au temps de l’Avent.

    ORAISON.

    Deus, qui de beatae Mariae virginis utero Verbum tuum, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti: praesta supplicibus tuis, ut, qui vere eam genitricem Dei credimus, eius apud te intercessionibus adiuvemur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu, qui avez voulu que votre Verbe prit chair, à la parole de l’Ange, dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie, accordez à nos prières que nous qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons aidés de ses intercessions auprès de vous. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Dans le cours de la journée, il sera convenable de s’occuper des lectures et prières qui sont assignées dans le cours de ce volume, pour chacun des jours de l’Avent, tant au Propre du Temps qu’au Propre des Saints. Le soir étant arrivé, on pourra faire la Prière en la manière suivante.

 

PRIERE DU SOIR

    Après le signe de la Croix, adorons la Majesté divine qui a daigné nous conserver pendant cette journée, et multiplier sur nous, à chaque heure, ses grâces et sa protection. On pourra réciter ensuite cette Hymne que l’Église chante à Vêpres au temps de l’Avent.

    

HYMNE.

Creator alme siderum,
Aeterna lux credentium,
Jesu, Redemptor omnium.
Intende votis supplicum.

Qui daemonis ne fraudibus
Periret orbis, impetu
Amoris actus, languidi
Mundi medela factus es.

Commune qui mundi nefas
Ut expiares, ad crucem,
E Virginis sacrario
Intacta prodis victima.

Cujus potestas gloriae
Nomenque quum primum sonat,

Et coelites et inferi

Tremente curvantur genu.

Te deprecamur, ultimae

Magnum diei judicem,

Armis supernae gratiae ;

Defende nos ab hostibus

Virtus, honor, laus, gloria

Deo Patri cum Filio,
Sancto simul Paraclito,
In saeculorum saecula. Amen.

 

Fécond auteur des cieux, lumière éternelle des croyants, Rédempteur de tous les hommes, ô Jésus ! écoutez nos supplications.

Le monde allait périr par les pièges du démon ; dans l’élan de votre amour, vous vous êtes fait le remède de ses maux.

Pour expier le crime universel de notre race, victime destinée à la croix, vous sortez de l’auguste sein de la Vierge.

Au bruit de votre gloire et de votre puissance, à votre Nom seul, tout tremble, cieux et enfer ; tout fléchit le genou.

Juge souverain du grand jour, nous vous en supplions, daignez nous défendre de nos ennemis par les armes de la grâce céleste.

Louange, honneur, puissance et gloire à Dieu le Père et à son Fils, ainsi qu’au saint Consolateur, dans les siècles des siècles.

Amen.

 

    Après cette Hymne, on récitera l’Oraison Dominicale, la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres, en la manière qui a été marquée ci-dessus pour la Prière du Matin.

    On fera ensuite l’Examen de conscience, en repassant dans son esprit toutes les fautes de la journée, reconnaissant combien le péché nous rend indignes des desseins de Dieu sur nous, et prenant la résolution ferme de l’éviter à l’avenir, d’en faire pénitence et d’en fuir les occasions.

    L’Examen étant terminé, on récitera le Confiteor avec une componction sincère, et on ajoutera un acte explicite de Contrition, pour lequel on pourra su servir de cette formule que nous empruntons à la Doctrine chrétienne ou Catéchisme du Vénérable Cardinal Bellarmin :

 

    ACTE DE CONTRITION.

    Mon Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir offensé, et je me repens de tout mon cœur de mes pèches : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre mal, parce que, en péchant, non seulement j’ai perdu le Paradis et mérité l’Enfer, mais bien plus encore parce que je vous ai offensée, Bonté infime, digne d’être aimée par-dessus toutes choses. Je fais un ferme propos de ne jamais plus vous offenser à l’avenir, moyennant votre divine grâce, et de fuir l’occasion du péché.

 

    On pourra ajouter les Actes de Foi, d’Espérance et de Charité, à la récitation desquels Benoît XIV a attaché sept ans et sept quarantaines d’indulgence pour chaque fois.

    ACTE DE FOI.

    Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Église Catholique-Apostolique-Romaine m’ordonne de croire, parce que vous le lui avez révèle, vous qui êtes la Vérité même.

    ACTE D’ESPÉRANCE.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes tout-puissant, infiniment bon et miséricordieux, j’espère que, par les mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle que vous avez promise à quiconque fera les œuvres d’un bon Chrétien, comme je me propose de faire avec votre secours.

    ACTE DE CHARITÉ.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus dessus toutes choses ; je suis disposé atout perdre plutôt que de vous offenser ; et aussi, pour votre amour, j aime et veux aimer mon prochain comme moi-même.

 

    On s’adressera ensuite à la très sainte Vierge, récitant, en l’honneur de son ineffable Maternité, l’Antienne suivante :

 

ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE

Alma Redemptoris mater, quae pervia coeli Porta manes, et stella maris, succurre cadenti. Surgere qui curat, populo : tu quae genuisti, Natura mirante, tuum sanctum Genitorem, Virgo prius ac posterius, Gabrielis ab ore Sumens illud Ave, peccatorum miserere.

V. Angelus Domini nuntiavit Mariæ. R. Et concepit de Spiritu Sancto.

Oremus: Gratiam tuam quæsumus, Domine, mentibus nostris infunde; ut qui, angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per passionem eius et crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

 

Mère féconde du Rédempteur, vous qui êtes la Porte du ciel et l’Étoile de la mer, secourez ce peuple qui tombe, mais qui désire se relÈver. Au grand étonnement de la nature, vous avez donné naissance à votre divin auteur. Vierge dans la conception, Vierge après l’enfantement, vous à qui Gabriel adresse le Salut, daignez prendre pitié des pauvres pécheurs.

V/. L’Ange du Seigneur annonça à Marie ; R/. Et elle conçut du Saint-Esprit.

PRIONS. Répandez, s’il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes, afin que nous qui avons connu, par la voix de l’Ange, l’Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions par sa Passion et sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

 

    Il sera convenable d’ajouter les Litanies de la sainte Vierge, à la récitation desquelles les Souverains Pontifes ont accordé trois cents jours d’indulgence pour chaque fois.

        LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE

    Kyrie, eleison.

    Christe, eleison.

    Kyrie, eleison.

    Christe, audi nos.

    Christe, exaudi nos.

    Pater de cœlis, Deus, miserere nobis.

    Fili, Redemptor mundi, Deus, miserere nobis.

    Spiritus Sancte, Deus, miserere nobis.

    Sancta Trinitas, unus Deus, miserere nobis.

    Sancta Maria, ora pro nobis.

    Sancta Dei Genitrix, ora, etc.

    Sancta Virgo virginum.

    Mater Christi.

    Mater divine gratiae.

    Mater purissima.

    Mater castissima.

    Mater inviolata.

    Mater intemerata.

    Mater amabilis.

    Mater admirabilis.

    Mater boni consilii.

    Mater Creatoris.

    Mater Salvatoris.

    Virgo prudentissima.

    Virgo veneranda.

    Virgo praedicanda.

    Virgo potens.

    Virgo clemens.

    Virgo fidelis.

    Speculum justitiae

    Sedes Sapientiae.

    Causa nostrae laetitiae.

    Vas spirituale.

    Vas honorabile.

    Vas insigne devotionis.

    Rosa mystica.

    Turris Davidica.

    Turris eburnea.

    Domus aurea.

    Fœderis arca.

    Janua cœli.

    Stella matutina.

    Salus infirmorum.

    Refugium peccatorum.

    Consolatrix afflictorum.

    Auxilium Christianorum.

    Regina Angelorum.

    Regina Patriarcharum.

    Regina Prophetarum.

    Regina Apostolorum.

    Regina Martyrum.

    Regina Confessorum.

    Regina Virginum.

    Regina Sanctorum omnium.

    Regina sine labe originali concepta.

    Regina sacratissimi Rosarii.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.

    Agnus Dei,qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    V/. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix :

    R/. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

    

    Seigneur, ayez pitié de nous.

    Christ, ayez pitié de nous.

    Seigneur, ayez pitié de nous.

    Christ, écoutez-nous.

    Christ, exaucez-nous.

    Dieu Père, du haut des cieux, ayez pitié de nous.

    Dieu Fils, Rédempteur du monde, ayez pitié de nous.

    Dieu Saint-Esprit, ayez pitié de nous.

    Trinité Sainte, un seul Dieu, ayez pitié de nous.

    Sainte Marie, priez pour nous.

    Sainte Mère de Dieu, priez, etc.

    Sainte Vierge des vierges.

    Mère du Christ.

    Mère de la divine grâce.

    Mère très pure.

    Mère très chaste.

    Mère inviolable.

    Mère sans tache.

    Mère aimable .

    Mère admirable.

    Mère du bon conseil.

    Mère du Créateur.

    Mère du Sauveur.

    Vierge très prudente.

    Vierge digne de tout honneur.

    Vierge digne de toute louange.

    Vierge puissante.

    Vierge clémente.

    Vierge fidèle.

    Miroir de justice.

    Siège de la Sagesse.

    Cause de notre joie.

    Vase spirituel.

    Vase honorable.

    Vase insigne de dévotion.

    Rose mystique.

    Tour de David.

    Tour d’ivoire.

    Maison d’or.

    Arche d’alliance.

    Porte du ciel.

    Etoile du matin.

    Salut des infirmes.

    Refuge des pécheurs.

    Consolatrice des affligés.

    Secours des Chrétiens.

    Reine des Anges.

    Reine des Patriarches.

    Reine des Prophètes.

    Reine des Apôtres.

    Reine des Martyrs.

    Reine des Confesseurs.

    Reine des Vierges.

    Reine de tous les Saints.

    Reine conçue sans tache.

    Reine du très saint Rosaire.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    V/. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu ;

    R/. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

    ORAISON.

    CONCEDE nos famulos tuos, quaesumus Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa beatae Mariae semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia, et aeterna perfrui Laetitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Seigneur Dieu, daignez accorder à nous vos serviteurs, la grâce de jouir constamment de la santé de l’âme et du corps ; et, par la glorieuse intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, délivrez- nous de la tristesse du temps présent, et faites-nous jouir de l’éternelle félicite. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    On s’adressera ensuite aux saints Anges, dont la protection nous est si nécessaire à toute heure, et surtout au milieu des ténèbres de la nuit, en disant avec l’Église :

    Sancti Angeli, custodes nostri, defendite nos in proelio, ut non pereamus in tremendo judicio.

    V/. Angelis suis Deus mandavit de te,

    R/. Ut custodiant te in omnibus viis tuis.

 

Saints Anges, nos gardiens, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du jugement redoutable.

    V/. Dieu a commandé à ses Anges,

    R/. De vous garder dans toutes vos voies.

    ORAISON.

    Deus, qui ineffabili providentia sanctos Angelos tuos ad nostram custodiam mittere dignaris : largire supplicibus tuis, et eorum semper protectione defendi, et aeterna societate gaudere. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu ! qui, par une providence ineffable, daignez commettre vos saints Anges à notre garde, accordez à vos humbles serviteurs d’être sans cesse défendus par leur protection et de jouir éternellement de leur société. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Puis on implorera, toujours avec l’Église, le suffrage des Saints par la prière suivante :

Ant. Ecce Dominus veniet, et omnes Sancti ejus cum eo : et erit in die illa lux magna. Alleluia.

V/ ; Ecce apparebit Dominus super nubem candidam ;

R/. Et cum eo Sanctorum millia.

Ant. Voici que le Seigneur va venir, et tous ses Saints avec lui : et en ce jour, il y aura une grande lumière. Alleluia.

V/. Le Seigneur apparaîtra sur une nuée éclatante de blancheur ;

R/. Et des milliers de Saints seront avec lui.

    ORAISON

    Conscientias nostras, quaesumus Domine, visitando purifica: ut veniens Jesus Christus Filius tuus Dominus noster, cum omnibus Sanctis suis, paratam sibi in nobis inveniat mansionem. Qui tecum vivit, etc.    

    Purifiez nos consciences, Seigneur, en les visitant par votre grâce, afin que Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur, venant avec tous ses Saints, trouve en nous une demeure préparée pour le recevoir ; lui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

 

    On pourra faire ici une mention spéciale des Saints auxquels on aurait une dévotion particulière, comme des saints Patrons et autres, et aussi de ceux dont l’Église fait l’Office ou la Mémoire ce jour-là.

    Après quoi on s’occupera des besoins de l’Église souffrante, demandant à Dieu pour les âmes du Purgatoire un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix, et récitant à cet effet les prières accoutumées.

    PSAUME CXXIX.

    De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam.

    Fiant aures tuae intendentes : in vocem deprecationis meae.

    Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?

    Quia apud te propitiatio est : et propter legem tuam sustinui te, Domine.

    Sustinuit anima mea in verbo ejus : speravit anima mea in Domino.

    A custodia matutina usque ad noctem : speret Israël in Domino.

    Quia apud Dominum misericordia : et copiosa apud eum redemptio.

    Et ipse redimet Israël : ex omnibus iniquitatibus.

    Requiem aeternam dona eis, Domine :

    Et lux perpetua luceat eis.

    V/. A porta inferi,

    R/. Erue, Domine, animas eorum.

    V/. Requiescant in pace.

    R/. Amen.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    

    Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.

    Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.

    Si vous recherchez les iniquités, Seigneur : Seigneur, qui pourra subsister ?

    Mais, parce que la miséricorde est avec vous, et à cause de votre loi, je vous ai attendu,     Seigneur.

    Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon âme a espéré en lui.

    Du point du jour à l’arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur.

    Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.

    Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.

    Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel :

    Et que la lumière qui ne s’éteint pas luise sur eux.

    V/. Des portes de l’enfer,

    R/. Arrachez leurs âmes, Seigneur.

    V/. Qu’ils reposent en paix.

    R/. Amen.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Fidelium Deus omnium Conditor et Redemptor, animabus famulorum famularumque tuarum, remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. Amen.

    O Dieu ! Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin que. par la prière de votre Église. elles obtiennent le pardon qu’elles désirèrent toujours ; vous qui vivez et régnez dans les siècles de siècles. Amen.

 

    C’est ici le lieu de prier en particulier pour les âmes îles défunts qui nous intéressent spécialement ; après quoi on demandera à Dieu son secours pour traverser sans danger les périls de la nuit. On dira donc encore avec l’Église :

 

Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.

    V/. Dignare, Domine, nocte ista,

    R/. Sine peccato nos custodire.

    V/. Miserere nostri, Domine.

    R/. Miserere nostri.

    V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,

    R/. Quemadmodum speravimus in te.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

    V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

    R/. Nous préserver de tout péché.

    V/. Ayez pitié de nous, Seigneur.

    R/. Ayez pitié de nous.

    V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,

    R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Visita, quæsumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant, et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Visitez s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

    Enfin, pour terminer la journée dans les sentiments avec lesquels on l’a commencée, on demandera encore une fois l’Avènement du Sauveur :

    V/. Rorate cœli desuper, et nubes pluant justum.

    R/. Aperiatur terra et germinet Salvatorem.

    V/. Cieux, envoyez la rosée, et que les nuées répandent le juste comme une pluie ;

    R/. Que la terre s’ouvre et germe le Sauveur.

 

    à quoi l’on ajoutera, suivant la semaine, l’une des quatre Oraisons de l’Avent, et on se livrera ensuite au sommeil, dans l’attente de celui qui doit venir au milieu de la nuit.

 

CHAPITRE V. DE L’ASSISTANCE A LA SAINTE MESSE AU TEMPS DE L’AVENT.

    Dans toutes les saisons de l’Année Chrétienne, mais surtout au saint temps de l’Avent, il n’est point d’œuvre plus agréable à Dieu, plus méritoire et plus propre à nourrir la véritable piété, que l’assistance au saint Sacrifice delà Messe. Les fidèles doivent donc faire tous leurs efforts pour se procurer ce précieux avantage aux jours mêmes où la sainte Église ne leur en fait pas une obligation.

    En assistant au divin Sacrifice dont l’oblation a été l’objet de l’attente du genre humain durant quarante siècles, ils devront éprouver une vive reconnaissance, s’ils réfléchissent que Dieu les a fait naître en ce monde depuis ce grand et miséricordieux événement, et n’a pas marqué leur place parmi ces générations qui se sont éteintes avant même d’en avoir pu saluer l’aurore. Ils ne s’en joindront pas moins avec instance à la sainte Église, pour demander, au nom de toute la création, la venue du Rédempteur, acquittant ainsi avec plénitude la grande dette imposée à tous les hommes, tant à ceux qui ont vécu avant l’accomplissement du mystère de l’Incarnation, qu’à ceux qui ont le bonheur de le voir accompli.

    Ils sentiront aussi que le grand Sacrifice qui perpétue sur la terre, jusqu’à la consommation des siècles, l’oblation réelle, quoique non sanglante, du Corps et du Sang de Jésus-Christ, a pour but spécial de préparer, et même d’opérer, dans les cœurs des fidèles, l’Avènement mystérieux du Dieu qui n’est venu délivrer nos âmes que pour en prendre possession.

    Enfin, ils aimeront à profiter de la présence et de la conversation du Fils de Dieu, dans ce mystère caché où il sauve le monde, afin qu’au jour où il viendra le juger dans sa majesté terrible, il les reconnaisse comme ses amis et les sauve encore, à cette heure où il n’y aura plus de miséricorde, mais seulement la justice.

    Nous allons essayer de réduire à la pratique ces sentiments dans une explication des mystères de la sainte Messe, nous efforçant d’initier les fidèles à ces divins secrets, non par une stérile et téméraire traduction des formules sacrées, mais au moyen d’Actes destinés à mettre les assistants en rapport suffisant avec les actions et les sentiments de l’Église et du Prêtre.

    La première chose qui doit occuper les fidèles lorsqu’ils assistent à la sainte Messe dans l’Avent, est de savoir si cette Messe va être célébrée suivant le rite de l’Avent, ou si elle est en l’honneur de la Sainte Vierge, ou de quelque Saint, ou enfin pour les défunts. Pour cela, il leur suffira déconsidérer la couleur des ornements du Prêtre. Ils seront violets, si la Messe est de l’Avent ; d’une autre couleur, blanche ou rouge, si elle est de la Sainte Vierge ou d’un Saint ; enfin noire, si elle est pour les défunts. Si le Prêtre est revêtu de violet, les fidèles s’efforceront d’entrer dans l’esprit de pénitence que l’Église veut exprimer par cette couleur. Ils le feront également dans le cas où le Prêtre serait revêtu d’une autre couleur ; car, quelle que soit la solennité qu’on célèbre en Avent, le célébrant est toujours obligé de faire mémoire de l’Avent en trois endroits, et en usant des mêmes paroles de supplication et de componction qu’il aurait à prononcer dans une Messe propre de l’Avent. Il n’y a d’exception que pour les Messes des défunts.

    Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l’Aspersion de l’Eau bénite, et, en beaucoup d’églises, la Procession, devront d’abord intéresser la piété.

    Pendant l’Aspersion, on demandera la pureté de cœur nécessaire pour prendre part au double Avènement de Jésus-Christ ; et en recevant sur soi-même cette eau sainte, dont l’aspersion nous prépare à assister dignement au grand Sacrifice dans lequel est épanché, non plus une eau figurative, mais le Sang même de l’Agneau, on pensera au Baptême d’eau par lequel saint Jean-Baptiste préparait les Juifs à cet autre Baptême qui devait être l’effet de la puissance et de la miséricorde du Médiateur.

    ANTIENNE DE L’ASPERSION.

    Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor : lava bis me, et super nivem dealbabor.

    Ps. Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Gloria Patri. Asperges me.

    V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

    R/. Et Salutare tuum da nobis.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

 

    Vous m’arroserez, Seigneur, avec l’hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je     deviendrai plus blanc que la neige.

    Ps. O Dieu, ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde. Gloire au Père. Nous     m’arroserez.

    V/. Montrez-nous , Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous le Salut que vous nous avez préparé.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri monte jusqu’à vous.

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    ORAISON.

    Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens, reterne Deus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat. foveat, protegat, visitet, atque defendat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Exaucez-nous, Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, protège, visite et défende tous ceux qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    La procession qui précède la Messe nous rappellera l’obligation où nous sommes de nous tenir debout, ayant des flambeaux allumés dans nos mains, et près a marcher au-devant de celui qui doit venir. 32 L’Église est sans cesse en marche vers son Époux, et nos âmes doivent aussi courir au-devant de leur souverain bien, jusqu’à ce qu’elles l’aient rencontré.

    Enfin, le moment du Sacrifice est arrivé. Le Prêtre est au pied de l’autel, Dieu est attentif, les Anges adorent, toute l’Église est unie au Prêtre qui n’a qu’un même sacerdoce, une même action avec Jésus-Christ, le souverain Prêtre. Faisons avec lui le signe de la Croix.

 

    L’ORDINAIRE DE LA MESSE.

 

    In nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti. Amen.

    V/. Introibo ad altare Dei,

    R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso     erue me.

    Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me reppulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me     inimicus ?

    Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum     tuum, et in tabernacula tua.

    Et introibo ad altare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus : quare tristis es, anima mea : et quare conturbas     me ?

    Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus.

    Gloria Patri, et Filio. er Spiritui Sancto.

    Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.

    V/. Introibo ad altare Dei,

    R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    V/. Adjutorium nostrum in nomine Domini,

    R/. Qui fecit cœlum et terram.

 

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Je m’unis, ô mon Dieu, a votre sainte Église qui tressaille dans l’espoir de contempler bientôt     au sein des splendeurs de sa résurrection Jésus-Christ votre Fils, l’Autel véritable.

    Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.

    C’est en vous que j’ai mis mon espérance ; et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des     embûches qui me sont tendues.

    Faites-moi donc voir, lorsque mon cœur en sera digne, celui qui est la Lumière et la Vérité :     c’est lui qui nous ouvrira l’accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.

    Il est le médiateur, l’Autel vivant ; je m’approcherai de lui, et je serai dans la joie. Quand je     l’aurai vu, je chanterai avec allégresse. O mon âme ! ne t’attriste donc plus, ne sois plus     troublée.

    Espère en lui ; bientôt il se montrera à toi, vainqueur de cette mort qu’il aura subie en ta place ;     et tu ressusciteras avec lui.

    Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ;

    Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.     Ainsi soit-il.

    Je vais donc m’approcher de l’autel de Dieu, et sentir la présence de Celui qui veut rajeunir     mon âme.

    Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de     mon Créateur.

 

    L’annonce de la venue du Seigneur excite dans l’âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu’il est pécheur et indigne d’une telle grâce. Écoutez avec respect cette confession de l’homme de Dieu, et demandez sincèrement au Seigneur qu’il daigne lui faire miséricorde ; car le Prêtre est votre père ; il est responsable de votre salut, pour lequel il expose le sien tous les jours.

    Faites ensuite votre confession, avec le ministre, disant à votre tour avec contrition :

 

    Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Maria ; semper Virgini, beato Michaeli Archangelo , beato Johanni Baptista ; sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater, quia peccavi nimis, cogitatione, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, Pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et a vous, mon Père, que j’ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

 

    Recevez avec reconnaissance le souhait paternel du Prêtre qui vous dit :

V/. Misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis peccatis vestris, perducat vos ad vitam aeternam.

R/. Amen.

V/. Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum, tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus.

R/. Amen.

 

V/. Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu’il vous remette vos péchés, et vous conduise à la vie éternelle.

R/. Amen.

V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés.

R/. Amen.

 

    Relevez maintenant la tête, et appelez le secours divin pour vous approcher de Jésus-Christ.

    V/. Deus, tu conversus vivificabis nos ;

    R/. Et plebs tua laetabitur in te.

    V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

    R/. Et Salutare tuum da nobis.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    

    V/. O Dieu, d’un seul regard vous nous donnerez la vie ;

    R/. Et votre peuple se réjouira en vous.

    V/. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous de connaître et d’aimer le Sauveur que vous nous avez envoyé.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

 

Le Prêtre vous salue, en vous quittant, pour monter a l’autel.

    V/. Dominus vobiscum ;

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

Répondez-lui avec révérence :

    R/. Et cum spiritu tuo.

    R/. Et avec votre esprit.

 

    Il monte les degrés et arrive au Saint des Saints, Demandez pour lui et pour vous la délivrance des péchés.

    OREMUS.

    Aufer a nobis, quaesumus Domine, iniquitates nostras ; ut ad Sancta Sanctorum puris     mereamur mentibus introire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    PRIONS.

    Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de vous     être présentés ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur.

 

    Quand le Prêtre baise l’autel par respect pour les os des Martyrs qu’il couvre, on dira :

Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt, et omnium Sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen.

Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.

 

    Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l’autel avec pompe. Cette fumée qui s’exhale de toutes les parties de l’autel signifie la prière de l’Église qui s’adresse à Jésus-Christ, et que ce divin Médiateur fait ensuite monter, avec la sienne propre, vers le trône de la majesté de son Père.

    Le Prêtre dit ensuite l’Introït. Cette Antienne solennelle est un chant d’ouverture dans lequel l’Église laisse s’échapper tout d’abord les sentiments qui l’animent.

    Il est suivi de neuf cris plus expressifs encore, car ils demandent miséricorde. En les proférant, l’Église s’unit aux neuf chœurs des Anges réunis autour de l’Autel du ciel, qui est le même que celui de la terre.

    Au Père qui doit envoyer son Fils :

    Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kyrie, eleison.

    Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Au Fils qui doit venir:

    Christe, eleison. Christe, eleison. Christe, eleison.

    Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié !

    Au Saint-Esprit , dont l’opération accomplira le mystère:

    Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kvrie, eleison.

    Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

 

    Si l’on célèbre une fête ce jour-là, le Prêtre dit l’Hymne Angélique dont L’Église est en possession depuis la naissance du Sauveur ; si la Messe est de l’Avent, L’Église s’interdit ce Cantique de joie, qu’elle ne reprendra qu’en la nuit de la nouvelle Naissance de son Époux.

 

    L’HYMNE ANGÉLIQUE.

    Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bona ; voluntatis.

    Laudamus te : benedicimus te : adoramus te : glorificamus te : gratias agimus tibi propter     magnam gloriam tuam.

    Domine Deus, Rex coelestis, Deus Pater omnipotens.

    Domine, Fili unigenite, Jesu Christe.

    Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.

    Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.

    Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.

    Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.

 

    Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.

    Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.

    Seigneur Dieu, Roi céleste. Dieu Père tout-puissant !

    Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !

    Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !

    Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Vous qui ôtez les péchés du monde, recÈvez notre humble prière.

    Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.

    Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur, vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus-    Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.

 

    Le Prêtre salue encore le peuple, comme pour s’assurer de sa persévérance dans l’attention religieuse que réclame l’Action sublime qui se prépare. Les paroles de ce salut ont une beauté particulière au temps de l’Avent : Le Seigneur soit avec nous ! Isaïe l’avait prédit, et l’Ange du Seigneur le confirme à saint Joseph : Il sera appelé Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous.

    Vient ensuite la Collecte ou Oraison, dans laquelle l’Église expose à Dieu, d’une manière expresse, ses intentions particulières dans la Messe qui se célèbre. On pourra s’unir à cette prière en récitant avec le Prêtre les Oraisons qui se trouvent ci-après, au Propre du Temps, ou au Propre des Saints, et surtout en répondant Amen avec le ministre qui sert la Messe.

    On lira ensuite l’Épître, qui est, pour l’ordinaire, un fragment des Lettres des Apôtres, ou quelquefois un passage des livres de l’Ancien Testament. En faisant cette lecture, en recevant avec respect et soumission la parole des Envoyés de Dieu, on soupirera après celui qui est la parole éternelle, et qui s’apprête à naître parmi les hommes pour converser avec eux.

    Le Graduel est un intermède entre la lecture de l’Épître et celle de l’Évangile. Il remet sous nos veux les sentiments qui ont déjà été exprimés dans l’Introït. On doit le lire avec dévotion, pour s’en bien pénétrer, et dÈvelopper en soi, de plus en plus, l’esprit de préparation, à mesure que le Sauveur approche.

    L’alléluia est comme un éclair de joie qui traverse l’âme de la sainte Église et la fait tressaillir, en songeant que l’Époux qu’elle attend est toujours avec elle ; mais bientôt elle reprend son attitude de suppliante ; car elle sent qu’elle a besoin qu’il vienne encore.

    En attendant qu’il paraisse en personne, le voici qui s’apprête à venir par sa parole qui est esprit et vie. L’Évangile va être proclamé dans l’assemblée ; les pauvres vont être évangélisés. Si c’est une Messe solennelle que l’on célèbre, le Diacre se dispose à remplir son noble ministère qui consiste à annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Il prie Dieu de purifier son cœur et ses lèvres ; puis il demande à genoux la bénédiction du Piètre, et l’ayant obtenue, il se rend au lieu d’où il doit chanter l’Évangile.

    Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :    

    Munda cor meum, ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiae Prophetae calculo mundasti ignito : ita me tua grata miseratione dignare mundare, ut sanctum Evangelium tuum digne valeam nuntiare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Dominus sit in corde meo, et in labiis meis : ut digne et competenter annuntiem Evangelium suum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

    Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle, afin que j’entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.

    Donnez à vos ministres la grâce d’être les fidèles interprètes de votre loi, afin que, pasteurs et troupeau, nous nous réunissions tous en vous à jamais.

    On se tiendra debout, par respect, pendant la lecture de l’Évangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre. Que le cœur donc soit prêt, et qu’il se montre docile. L’Épouse du Cantique dit : Mon âme s’est fondue en moi comme la cire, pendant que le Bien-Aimé me parlait. Mais tous n’ont pas cet amour. Disons-lui du moins, avec l’humble soumission de Samuel : Parlez, Seigneur ; votre serviteur écoute.

    Après l’Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on le dira avec lui. La foi est le don suprême de Dieu : c’est par elle que nous percevons la lumière qui luit au milieu des ténèbres, et que les ténèbres de l’incrédulité n’ont point comprise. La foi seule nous apprend ce que nous sommes, d’où nous venons, où nous allons. Seule, elle nous enseigne la voie pour retournera Dieu, quand nous nous sommes écartés de lui. Aimons cette foi par laquelle nous serons sauvés, si nous la fécondons par les œuvres, et disons avec l’Église Catholique :

 

    LE SYMBOLE DE NICÉE.

    Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.

    Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de cœlis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : ET HOMO FACTUS EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.

    Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi Amen.

    Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant. qui a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles.

    Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n’a pas été fait, mais engendré : consubstantiel au Père : par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit ; ET QUI S’EST FAIT HOMME. Qui a été aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Et qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n’aura point de fin.

    Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les Prophètes. Je crois l’Église qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu’il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

 

    Le cœur du Prêtre et celui du peuple doivent maintenant être prêts : il est temps de préparer l’offrande elle-même. Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation, et qui fait suite à celle qu’on désigne sous le nom de Messe des Catéchumènes, parce qu’elle était autrefois la seule à laquelle les aspirants au Baptême eussent le droit de prendre part.

    Voici donc que le pain et le vin vont être offerts à Dieu, comme les plus nobles éléments de la création matérielle, puisqu’ils sont destines à la nourriture de l’homme ; mais ce n’est là qu’une figure grossière de leur destination dans le Sacrifice chrétien. Leur substance va bientôt s’évanouir ; il n’en demeurera plus que les apparences. Heureuses créatures qui cèdent la place au Créateur ! Nous aussi, nous sommes appelés à éprouver une ineffable transformation, lorsque, comme dit l’Apôtre, ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie 33 . En attendant, offrons-nous à Dieu, au moment où le pain et le vin lui vont être présentés ; et préparons-nous pour l’arrivée de celui qui, en prenant notre nature humaine, nous a rendus participants de la nature divine 34 .

    Le Prêtre salue encore le peuple, pour l’avertir d’être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l’Offertoire, et, quand il présente à Dieu l’Hostie, joignons-nous à lui et disons :

 

    Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus , hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis , et pro omnibus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus Christianis vivis atque defunctis : Ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aeternam. Amen.

    Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recÈvez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d’eux-mêmes.

 

    Quand le Prêtre met dans le calice le vin, auquel il mêle ensuite un peu d’eau, afin de représenter l’union de la nature divine à la faible nature humaine de Jésus-Christ, pensez au divin mystère de l’Incarnation, principe de notre salut et de nos espérances, et dites :

    Deus, qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti , da nobis per humus aquae et vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps , Jesus Christus, Filius tuus, Dominus noster ; qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur, qui êtes la véritable Vigne, et dont le sang, comme un vin généreux, s’est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d’eau ; venez nous taire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.

 

    Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d’eau, priant Dieu d’avoir pour agréable cette oblation dont la figure va bientôt se transformer en réalité ; pendant ce temps, dites en union avec lui :

    Offerimus tibi , Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae Majestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.

    Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu’ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui. de cette simple offrande de créatures, va faire l’instrument du salut du monde.

    

Puis le Prêtre s’incline, après avoir élevé les dons ; humilions-nous avec lui et disons :

    In spiritu humilitatis, et in animo contrito suscipiamur a te, Domine : et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie , ut placeat tibi, Domine Deus.

    Si nous avons la hardiesse d’approcher de votre autel, Seigneur, ce n’est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, afin que nous puissions paraître en la présence de votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.

 

    Invoquons ensuite l’Esprit-Saint, dont l’opération va bientôt produire sur l’autel la présence du Fils de Dieu, comme elle la produisit au sein de la Vierge Marie, dans le divin mystère de l’Incarnation.

    Veni, Sanctificator omnipotens , aeterne Deus , et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini praeparatum.

    Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l’autel, et produire en nous celui que nos cœurs attendent.

 

    Si c’est une Messe solennelle, le Prêtre, avant de passer outre, prend pour la seconde fois l’encensoir. Il encense le pain et le vin qui viennent d’être offerts, et ensuite l’autel lui-même ; afin que la prière des fidèles, signifiée par la fumée de ce parfum, devienne de plus en plus ardente, à mesure que le moment solennel approche davantage. Saint Jean nous dit que l’encens qui brûle sur l’Autel du ciel est formé par les prières des Saints ; au temps de l’Avent, nous devons considérer, sous l’emblème de ce nuage odorant qui environne l’Autel de la terre, les soupirs des Patriarches et des Prophètes vers le Messie, et nous y joindre de toute l’ardeur de nos désirs.

    Mais la pensée de son indignité se ranime plus forte au cœur du Prêtre. La confession publique qu’il a faite au pied de l’autel ne suffit plus à sa componction. A l’autel même, il donne, en présence du peuple, un témoignage solennel du pressant besoin qu’il éprouve de se purifier à l’approche de Dieu : il lave ses mains. Or, les mains signifient les œuvres ; et le Prêtre, s’il porte en lui-même, comme Prêtre, le caractère de Jésus-Christ, est un homme par les œuvres. Que les fidèles s’humilient en contemplant ainsi l’humilité de leur Père, et disent comme lui :

    DU PSAUME XXV.

    Lavabo inter innocentes manus meas : et circumdabo altare tuum , Domine.

    Ut audiam vocem laudis : et enarrem universa mirabilia tua.

    Domine, dilexi decorem domus tua : : et locum habitationis gloriae tuae.

    Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam : et cum viris sanguinum vitam meam.

    In quorum manibus iniquitates sunt : dextera eorum repleta est muneribus.

    Ego autem in innocentia mea ingressus sum : redime me, et miserere mei.

    Pes meus stetit in directo : in ecclesiis benedicam te, Domine.

    Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

    Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.

 

    Je veux laver mes mains. Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l’innocence, pour être digne d’approcher de votre autel, d’entendre vos sacrés Cantiques, et de raconter vos merveilles. J’aime la beauté de votre Maison, le lieu dont vous allez faire l’habitation de votre gloire. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens. Depuis que votre miséricorde m’en a retiré, je suis rÈvenu à l’innocence, en rentrant en grâce avec vous ; mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore, vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

    

    Le Prêtre, rassuré par l’acte d’humilité qu’il vient d’accomplir, reparaît au milieu de l’autel et s’incline respectueusement. Il demande à Dieu de recevoir avec bonté le Sacrifice qui va lui être offert, et détaille les intentions de ce Sacrifice. Offrons avec lui.

    Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam Passionis , Resurrectionis, et Ascensionis Jesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Johannis Baptistae , et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium Sanctorum : ut illis proficiat ad honorem , nobis autem ad salutem : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Trinité sainte, agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Église y joigne l’intention d’honorer la glorieuse Vierge qui nous a donné le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, et les Saints dont aujourd’hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu’ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut.

    Le Prêtre se retourne une dernière fois vers le peuple. Il sent le besoin de raviver encore l’ardeur des fidèles. La pensée de son indignité ne l’abandonne point. Il veut s’appuyer sur les prières de ses frères, avant d’entrer dans la nuée avec le Seigneur. Il dit donc :

    Orate , Fratres : ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem.

    Priez, mes Frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.

 

    Cela dit, il se retourne ; et les fidèles ne verront plus sa face, jusqu’à ce que le Seigneur lui-même soit descendu. Rassurez-le, en lui répondant par ce souhait :

    Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam Nominis sui , ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae.

    Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Église.

 

    Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, dans lesquelles il offre les vœux de toute l’Église pour l’acceptation du Sacrifice ; et bientôt il s’apprête à remplir l’un des plus grands devoirs de la Religion, l’Action de grâces. Jusqu’ici, il a adoré, il a demandé miséricorde ; il lui reste encore à rendre grâces pour les bienfaits octroyés par la munificence du Père, et dont le principal, en ces jours, est la faveur qu’il nous accorde de pouvoir satisfaire à sa justice par les expiations de ce saint temps ; le Prêtre, au nom de l’Église, va ouvrir la bouche et épancher la reconnaissance du monde entier. Afin donc de rÈveiller la piété des fidèles qui priaient en silence avec lui, il termine son Oraison à haute voix :

    Per omnia sæcula sæculorum.

    Dans tous les siècles des siècles.

Réunissez-vous à lui, et répondez : Amen !

Il vous salue en disant :

    Dominus vobiscum.

     Le Seigneur soit avec vous.

Répondez-lui :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

Puis il dit :

    Sursum corda !

    Les cœurs en haut !

Répondez avec vérité :

    Habemus ad Dominum.

    Nous les avons vers le Seigneur.

Puis il ajoute :

    Gratias agamus Domino Deo nostro.

    Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.

Protestez du fond de votre âme :

    Dignum et justum est.

    C’est une chose digne et juste.

        Alors, le Prêtre :

    PREFACE.

    Vere dignum et justum est, æquum et salutare , nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens , æterne Deus ; qui corporali jejunio vitia comprimis, mentem elevas, virtutem largiris et praemia, per Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli , adorant Dominationes , tremunt Potestates, Cœli, cœlorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concelebrant. Cum quibus et nostras voces ut admitti jubeas deprecamur, supplici confessione dicentes :

    Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire , de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant , Dieu éternel, qui par le jeûne auquel vous assujettissez nos corps , comprimez la source de nos vices, élÈvez nos âmes, donnez la force et assurez la récompense ; par Jésus-Christ notre Seigneur. C’est par lui que les Anges louent votre Majesté, que les Dominations l’adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les Vertus des cieux la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint ! etc.

    

    Unissez-vous au Prêtre, qui lui-même s’unit aux Esprits bienheureux, pour honorer la suprême Majesté, et dites aussi :

    Sanctus, Sanctus,Sanctus Dominus Deus sabaoth !

    Pleni sunt cœli et terra gloria tua.

    Hosanna in excelsis !

    Benedictus qui venit in Nomine Domini.

    Hosanna in excelsis !

 

    Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !

    Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.

    Hosannah au plus haut des cieux !

    Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l’envoie.

    Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !

 

    Le Canon s’ouvre après ces paroles, prière mystérieuse, au milieu de laquelle le ciel s’abaisse, et Dieu descend. On n’entendra plus retentir la voix du Prêtre ; le silence se fait, même à l’autel. Ce fut aussi, dit le livre de la Sagesse, « au milieu du silence, et au sein des ombres d’une nuit mystérieuse, que le Verbe tout-puissant s’élança de sa royale demeure. » Qu’un respect profond apaise nos distractions, contienne toutes nos puissances ; suivons d’un œil respectueux les mouvements du Prêtre.

 

    LE CANON DE LA MESSE.

    Dans ce colloque mystérieux avec le grand Dieu du ciel et de la terre, la première prière du sacrificateur est pour l’Église catholique, sa Mère et la nôtre.

    Te igitur , clementissime Pater, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas,et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata ; in primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum, una cum famulo tuo Papa nostro N., et Antistite nostro N., et omnibus orthodoxis, atque catholicae et apostolica ; fidei cultoribus.

    O Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des Mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Église, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s’opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l’unité ; conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre : dirigez notre Évêque qui est pour nous le lien sacré de l’unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l’Église Catholique-Apostolique-Romaine.

 

Priez maintenant, avec le Prêtre, pour les personnes qui vous intéressent davantage :

    Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N., et omnium circumstantium, quorum tibi fides cognita est, et nota devotio : pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suae, tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero.

    Permettez-moi, ô mon Dieu, de vous demander de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes , pour lesquels vous savez que j’ai une obligation particulière de prier… Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.

 

    Faisons mémoire des Saints, qui sont la partie déjà glorieuse du Corps de Jésus-Christ.

    Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ, semper Virginis Mariæ, Genitricis Dei et Domini nostri Jesu Christi : sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum Pétri et Pauli , Andreæ, Jacobi, Johannis,Thomæ, Jacobi, Philippi, Bartholomæi, Matthæi, Simonis et Thaddæi, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmae et Damiani, et omnium Sanctorum tuorum : quorum meritis precibusque concedas , ut in omnibus protectionis tua ; muniamur auxilio. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Mais non seulement, ô mon Dieu , l’offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l’épreuve : il resserre aussi nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l’offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, de laquelle est né notre Sauveur ; des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot de tous les Justes, afin qu’ils nous aident par leur puissant secours à dÈvenir dignes de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de votre gloire.

        

    Le Prêtre, qui jusque-là priait les mains étendues, les unit et les impose sur le pain et le vin. Il imite ainsi le geste du Pontife de l’ancienne loi sur la victime figurative, pour désigner ces dons d’une manière spéciale à l’œil de la Majesté divine, comme l’offrande matérielle qui atteste notre dépendance, et qui va bientôt faire place à l’Hostie vivante sur laquelle ont été placées toutes nos iniquités.

    Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed et cunctae familiae tuae, quaesumus Domine, ut placatus accipias ; diesque nostros in tua pace disponas, atque ab alterna damnatione nos eripi , et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Quam oblationem tu Deus in omnibus, quaesumus, benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris ; ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.

 

    Daignez recevoir, ô Dieu ! cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l’hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va paraître.

    Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous introduire en la présence de ce divin Fils notre Sauveur.

    

    Ici le Prêtre cesse d’agir en homme ; il n’est plus simplement le député de l’Église. Sa parole devient celle de Jésus-Christ ; elle en a la puissance et l’efficacité. Prosternez-vous, car Dieu lui-même va descendre sur l’autel.

    Qui pridie quam pateretur, accepit panem in sanctas ac venerabiles manus suas ; et elevatis oculis in cœlum, ad te Deum Pat rem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes : HOC EST ENIM CORPUS MEUM.

    Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre ! Sauveur ! Messie tant désiré ! si ce n’est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, de vous offrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! Venez !

 

    L’Agneau divin est maintenant au milieu de nous. Gloire et amour soient à lui ! Mais il ne vient que pour être immolé ; c’est pourquoi le Prêtre, ministre des volontés du Très-Haut, prononce tout aussitôt sur le calice ces paroles sacrées qui opèrent la mort mystique par la séparation du Corps et du Sang de la victime. La substance du pain et du vin s’est évanouie, les espèces seules sont restées comme un voile sur le Corps et le Sang du Rédempteur, afin que la terreur ne nous éloigne pas d’un mystère qui ne s’accomplit que pour rassurer nos cœurs. Unissons-nous aux Anges qui contemplent en tremblant cette divine merveille.

    Simili modo postquam coenatum est, accipiens et hunc praeclarum Calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes. HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET AETERNI TESTAMENTI : MYSTERIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. Haec quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis.

    Sang divin, prix de mon salut, je vous adore. Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige. Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.

    

    Le Prêtre est maintenant face à face avec Dieu ; il élève de nouveau ses bras, et représente au Père céleste que l’Oblation qui est devant lui n’est plus une offrande matérielle, mais le Corps et le Sang, la personne tout entière de son divin Fils.

    Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae Passionis, nec non et ab inferis Resurrectionis, sed et in cœlos gloriosae Ascensionis : offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis ac datis Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam : Panem sanctum vitae aeternae, et Calicem salutis perpetuae.

    Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium Patriarchae nostri Abrahae, et quod tibi obtulit summus Sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam.

 

    La voici donc, ô Père saint ! l’Hostie si longtemps attendue. Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils ; mais il est aussi notre Hostie, Hostie pure et sans tache, notre Pain et notre Breuvage d’immortalité.

    Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel ; le sacrifice qu’Abraham vous fit de son fils Isaac, immolé sans perdre la vie ; enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. RecÈvez ici l’Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.

    

    Le Prêtre s’incline vers l’autel, et le baise comme le trône d’amour sur lequel réside le Sauveur des hommes.

    Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime Altare tuum, in conspectu divinæ Majestatis tuae : ut quotquot ex hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem sumpserimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Mais , ô Dieu tout-puissant, ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l’Autel sublime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu’un même autel, sur lequel s’accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l’auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.

    

    Mais le moment est favorable aussi pour implorer un soulagement à l’Église souffrante. Demandons que le Libérateur, qui est descendu, daigne visiter les sombres demeures du Purgatoire par un rayon de sa lumière consolatrice ; et que, découlant de cet autel, le sang de l’Agneau, comme une miséricordieuse rosée, rafraîchisse ces âmes haletantes. Prions particulièrement pour celles qui nous sont chères.

    Memento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos praecesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    N’excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la cité sainte avec ses élus ; nos veux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont dans le lieu des expiations. Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.

 

    Ce devoir de charité étant rempli, prions pour nous-mêmes pécheurs, qui profitons si peu de la visite que le Sauveur daigne nous faire, et frappons notre poitrine avec le Prêtre :

    Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et Martyribus ; cum Iohanne, Stephano, Mathia, Barnaba, Ignatio, Alexandro, Marcellino , Petro , Felicitate , Perpetua, Agatha, Lucia, Agnete, Concilia, Anastasia et omnibus Sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non aestimator meriti, sed veniae, quaesumus, largitor admitte : per Christum Dominum nostrum. Per quem haec omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis : per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria.

    Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C’est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l’unité du Saint-Esprit, soit à vous honneur et gloire à jamais.

    

    En disant ces dernières paroles, le Prêtre a pris l’Hostie sainte qui reposait sur l’autel ; il l’a placée au-dessus de la coupe, réunissant ainsi le Corps et le Sang de la divine victime, afin de montrer qu’elle est maintenant immortelle ; puis, élevant à la fois le Calice et l’Hostie, il a présenté à Dieu le plus noble et le plus complet hommage que puisse recevoir la Majesté infinie.

    Cet acte sublime et mystérieux met fin au Canon ; le silence des Mystères est suspendu. Le Prêtre a terminé ses longues supplications ; il sollicite pour ses prières l’acquiescement du peuple fidèle, en prononçant à haute voix les dernières paroles :

    Per omnia sæcula sæculorum.

    Dans tous les siècles des siècles.

Répondez avec foi et dans un sentiment d’union avec la sainte Église :

    Amen.

    Amen ! je crois le mystère qui s’est opéré, je m’unis à l’offrande qui a été faite et aux demandes de l’Église.

 

    Il est temps de répéter la prière que le Sauveur lui-même nous a apprise. Qu’elle s’élève jusqu’au ciel avec le Sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Pourrait-elle n’être pas agréée, en ce moment où celui-là même qui nous l’a donnée est entre nos mains, pendant que nous la proférons ? Cette prière étant le bien commun de tous les enfants de Dieu, le Prêtre la récite à haute voix, afin que tous puissent s’y unir. Prions, dit-il.

    Oremus. Praeceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati, audemus dicere :

    Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l’instruction divine qui     nous a été donnée, nous osons dire :

        L’ORAISON DOMINICALE.

    Pater noster, qui es in cœlis : Sanctificetur Nomen tuum : Adveniat regnum tuum : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : Et ne nos inducas in tentationem.

    Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre Pain quotidien ; et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

Répondons avec l’accent de notre misère :

    Sed libera nos a malo.

    Mais délivrez-nous du mal.

 

    Le Prêtre retombe dans le silence des Mystères. Sa prière insiste sur cette dernière demande : Délivrez-nous du mal ; et certes avec raison ; car le mal nous déborde ; et c’est pour l’expier et le détruire que nous a été envoyé l’Agneau.

 

    Libera nos, quaesumus Domine, ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus et futuris : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria , cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque Andrea, et omnibus Sanctis , da propitius pacem in diebus nostris : ut ope misericordiae tuae adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum , qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus.

    Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c’est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c’est-à-dire les taches actuellement empreintes sur cette pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l’assiègent ; enfin les maux à venir, c’est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l’Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d’agréer en notre faveur l’entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.

 

    Le Prêtre, qui vient de demander à Dieu la Paix, et qui l’a obtenue, s’empresse de l’annoncer ; il conclut l’Oraison à haute voix :

    Per omnia sæcula sæculorum. R/. Amen.

    Dans tous les siècles des siècles. R/. Amen.

Puis il dit :

    Pax Domini sit semper vobiscum.

    Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !

Répondez à ce souhait paternel :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    

    Le Mystère touche à sa fin ; Dieu va s’unir à l’homme, et l’homme va s’unir à Dieu parla Communion ; mais auparavant un rite imposant et sublime doit s’accomplir dans le silence de l’autel. Jusqu’ici le Prêtre a annoncé l’immolation du Seigneur ; il est temps qu’il annonce sa Résurrection. Il divise donc l’Hostie sainte avec révérence, et l’ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans le Calice, réunissant ainsi le Corps et le Sang de l’immortelle Victime. Adorez et dites :

    Haec commixtio et consecratio Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi, fiat     accipientibus nobis in vitam aeternam. Amen.

    Gloire à vous, Sauveur du monde, qui avez souffert que. dans votre Passion, votre précieux     Sang fût séparé de votre sacré Corps, et qui les avez réunis ensuite par votre vertu !

 

    Priez maintenant l’Agneau divin, toujours vivant, que saint Jean a vu sur l’autel du ciel, debout, quoique immolé, et dites à ce souverain Roi :

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-nous la Paix.

 

    La Paix est le grand objet de la venue du Sauveur en ce monde : il est le Prince de la Paix : le divin Sacrement de l’Eucharistie doit donc être le Mystère de la Paix, le lien de l’Unité catholique ; puisque, comme parle l’Apôtre, nous ne sommes tous qu’un seul Pain et un seul Corps, nous tous qui participons au même Pain. C’est pourquoi le Prêtre, au moment de communier à l’Hostie sainte, demande la conservation de la paix fraternelle, principalement dans cette portion de la sainte Église qui est là réunie autour de l’autel. Implorez-la avec lui.

    Domine Jesu Christe, qui dixisti Apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuae : eamque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et regnas Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos Apôtres : « Je vous laisse ma « paix », je vous donne ma « paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté. Vous qui étant Dieu, vivez et régnez dans tous les siècles de siècles. Amen.

    

    Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de Paix, si la Messe est solennelle, donne le baiser fraternel au Diacre qui le donne lui-même au Sous-diacre, lequel va le porter au Chœur. Pendant ce temps, ranimez en vous les sentiments de la charité chrétienne, et pardonnez à vos ennemis, si vous en avez. Dites ensuite avec le Prêtre :

    Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu Sancto, per mortem tuam mundum vivificasti : libera me per hoc sacrosanctum Corpus, et Sanguinem tuum, ab omnibus iniquitatibus meis, et universis malis, et fac me tuis semper inhaerere mandatis, et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Patre et Spiritu Sancto vivis et régnas Deus in sæcula sæculorum, Amen.

    Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi par ce saint et sacré Corps, et par votre Sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m’attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous.

 

    Si vous devez communier à cette Messe, dites la troisième Oraison qui suit ; autrement, préparez-vous à faire la Communion spirituelle.

    Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere præsumo, non mihi proveniat in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietate prosit mihi ad testamentum mentis et corporis, et ad medelam percipiendam. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ , faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j’en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation ; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu’il me soit un remède salutaire.

 

Quand le Prêtre prend l’Hostie et se dispose à s’en communier, dites :

    Panem coelestem accipiam, et Nomen Domini invocabo.

    Venez, Seigneur Jésus !

Quand il frappe sa poitrine et confesse son indignité, répétez avec lui, trois fois, dans les sentiments du Centurion de l’Évangile :

    Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea.

    Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et     mon âme sera guérie.

    

    Au moment où il consomme la sainte Hostie, si vous dÈvez vous-même communier, adorez profondément votre Dieu qui s’apprête à descendre en vous, et dites encore avec l’Épouse : Venez, Seigneur Jésus ! (Apoc. XXII, 20.)

    Si vous ne devez pas communier sacramentellement, communiez en ce moment spirituellement, et adorant Jésus-Christ qui visite votre âme par sa grâce, dites :

    Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.

    Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon plaisir.

 

Puis le Prêtre prend le Calice avec action de grâces, disant :

    Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et Nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero.

    Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu’il m’a faits ? Je prendrai le Calice du salut, j’invoquerai le Nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.

 

    Si vous dÈvez communier, dans le moment où le Prêtre prend le Calice pour s’abreuver du Sang divin, adorez encore le Dieu qui s’approche de vous, et dites toujours : Venez, Seigneur Jésus !

    Si, au contraire, vous faites seulement la Communion spirituelle, adorez de nouveau Jésus-Christ, et dites :

    Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.

    Je m’unis à vous, ô mon Sauveur ! unissez-vous à moi ; que nous ne nous séparions jamais !

 

    C’est à ce moment, si vous dÈvez communier, que le Prêtre vous donnera le Corps de Jésus-Christ. Les sentiments que l’on doit apporter à la Sainte Communion, au Temps du Carême, sont dÈveloppés ci-après, Chapitre VI.

    

    La Communion étant faite, pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la première fois, dites :

    Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiat nobis remedium sempiternum.

    Vous m’avez visité dans le temps , ô mon Dieu ! Faites que je garde les fruits de cette visite pour l’éternité.

 

Pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la seconde fois, dites :

    Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhaereat visceribus meis : et praesta ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt Sacramenta. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.

    Béni soyez-vous, ô mon Sauveur, qui m’avez initié au sacré mystère de votre Corps et de votre Sang. Que mon cœur et mes sens conservent, par votre grâce, la pureté que vous leur avez donnée, et que votre sainte présence demeure toujours en moi. Amen.

 

    Le Prêtre ayant lu l’Antienne dite Communion, qui est le commencement de l’Action de Grâces pour le nouveau bienfait que Dieu vient de nous accorder en renouvelant en nous sa présence, se retourne enfin vers le peuple et le salue ; après quoi il récite les Oraisons appelées Postcommunion, qui sont le complément de l’Action de Grâces. Joignez-vous encore à lui, remerciant Dieu pour le bien inénarrable dont il vous a comblé, et demandez avec ardeur l’Avènement du Messie, qui vient accomplir les augustes mystères dont le renouvellement sur l’autel est le principal soutien de la vie chrétienne.

    Les Oraisons terminées, le Prêtre se tourne de nouveau vers le peuple, et lui envoie le salut, pour se féliciter avec lui de l’insigne faveur que Dieu vient d’accorder à l’assistance ; il dit :

    Dominus vobiscum.

    Le Seigneur soit avec vous.

Répondez-lui :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Le Diacre ensuite, ou le Prêtre lui-même, si la Messe n’est pas solennelle, dit ces paroles :

    Benedicamus Domino.

    Bénissons le Seigneur.

Si la Messe n’est pas du Dimanche, ou d’une Férié du Carême, il dit à l’ordinaire :

    Ite, Missa est.

    Retirez-vous : la Messe est finie.

    Remerciez Dieu de la grâce qu’il vient de vous faire, en répondant :

    Deo gratias.

    Grâces soient rendues à Dieu.

    

    Le Prêtre prie une dernière fois avant de vous bénir ; priez avec lui :

    Placeat tibi , sancta Trinitas, obsequium servitutis meae et praesta ut sacrificium, quod oculis tuae Majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Grâces vous soient rendues, adorable Trinité, pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d’assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j’ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.

    

Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant :

    Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Amen.

    Que le Dieu tout-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ! Amen.

    

    Il lit enfin la Leçon de l’Évangile selon saint Jean, qui annonce l’éternité du Verbe et la miséricorde qui l’a porté à prendre notre chair et à habiter en nous, afin de nous arracher à nos ténèbres et de nous rendre Enfants de Dieu.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    

LE DERNIER Évangile.

    Initium sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. I.

    In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera, quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in Nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratia et veritatis.

    

    Le commencement du saint Évangile selon saint Jean. Chap. I.

    Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n’a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même. ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, et il a habité en nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.

 

CHAPITRE VI. PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION AU TEMPS DE L’AVENT.

    Bien que toutes choses soient disposées pour l’Avènement du Sauveur en la fête de Noël, et que les fidèles doivent, durant ce saint temps, vivre dans une attente solennelle, telle est cependant l’heureuse condition des enfants de la Loi nouvelle, qu’il ne dépend que d’eux de recevoir, par avance, Celui que L’Église attend, en sorte que cette visite secrète devienne une préparation à la solennelle visite. Que ceux-là donc qui sont déjà vivants par la grâce, ci auxquels le grand jour de la Naissance de Jésus-Christ doit apporter un surcroît de vie spirituelle, n’oublient pas de venir, de temps en temps, préluder à la réception qu’ils comptent faire au céleste Époux, dans la Nuit mystérieuse, par quelques-unes de ces entrevues qui ouvrent le cœur et servent à nourrir en lui les sentiments dont il devra faire l’offrande à celui qui vient plein de grâce et de vérité.

    Pour bien comprendre ceci, il suffira de porter sa pensée sur l’auguste Marie, et de méditer sur les sentiments de son âme dans les jours qui précédèrent le divin Enfantement. Certes, cet enfantement est un événement plus décisif pour le salut du genre humain, et pour la gloire de Marie elle-même, que celui qui s’accomplit à l’instant même de l’Incarnation, puisque le Verbe ne s’incarnait que pour naître L’insigne bonheur de voir entre ses bras son Fils et son Dieu, dut rendre plus délicieuse pour elle l’heure sacrée de la Naissance du Sauveur, que ne l’avait été cette autre heure en laquelle l’Esprit-Saint survint en elle, et la rendit divinement féconde ; mais aussi quelle ne fut pas la félicité dont son cœur était inondé, durant les neuf mois où elle le sentit vivre tout à elle, dans son heureux sein ! De pareilles joies préludaient dignement aux joies de la nuit fortunée de Bethléhem.

    Ames chrétiennes, la sainte Communion, au temps de l’Avent, doit vous associer à ces joies intimes delà Mère de Dieu. Lors donc que, rendues au pied de l’autel, vous travaillerez, dans le recueillement et la prière, à vous disposer d’une manière prochaine à l’entrée du Sauveur en vous, peut être pourrez-vous tirer quelque profit des sentiments et des affections que nous avons cru pouvoir vous suggérer par les Actes suivants.

    AVANT LA COMMUNION.

    ACTE DE FOI.

    Au moment de vous sentir entrer en moi, ô Dieu éternel, Fils du Père, j’éprouve le besoin de ranimer ma foi. C’est donc vous-même qui allez venir à moi, vous qui êtes descendu en la Vierge Marie, et avez fait de son sein virginal le sanctuaire de votre Majesté ! Vous lui envoyâtes votre Ange, et elle crut à sa parole, quand il lui eut dit : Rien n’est impossible à Dieu ; l’Esprit-Saint surviendra en vous, et la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Elle crut, et conçut dans ses chastes entrailles celui qui l’avait tirée du néant. Vous ne m’avez pas envoyé un Ange, ô mon Sauveur ! pour m’assurer que vous allez venir en moi. Vous avez parlé vous-même, et vous avez dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel, celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. Cette parole que vous avez proférée il y a dix-huit siècles, vous avez voulu qu’elle me parvînt par l’organe de votre Église, afin que j’eusse en même temps la certitude de vous entendre, et le mérite d’abaisser ma raison devant le plus profond des mystères. Je crois donc, ô mon Sauveur ! Aidez la faiblesse de ma foi. Donnez-moi de m’incliner, comme Marie, devant votre souveraine raison ; et puisque voulez venir en moi, je veux dire comme elle, en baissant la tête : Qu’il me soit fait selon votre parole ; car je ne suis que néant et vous n’êtes que sagesse et puissance.

    ACTE D’HUMILITE.

    Mais, ô mon Sauveur ! en venant choisir votre demeure au sein de la glorieuse Vierge, vous ne descendiez du ciel que pour entrer en un autre Paradis. Vous l’aviez préparée, dès sa conception, par toutes sortes de grâces ; elle-même vous avait été fidèle plus que tous les Anges et tous les hommes ensemble. Comment pourrez-vous donc choisir mon cœur si indigne, pour le lieu de votre repos ? Combien de fois, frappant amoureusement à sa porte, n’avez-vous pas été refusé ? Et, eût-il été toujours fidèle, quelle proportion de sa bassesse à votre souveraine dignité : Élisabeth s’humilie de recevoir la visite de Marie : D’où me vient cet honneur ? dit-elle ; et voici que non plus seulement la Mère de Dieu, mais Dieu même veut me visiter, et d’une manière si intime, qu’il ne se peut d’union plus étroite. Celui qui me . dites-vous, demeure en moi et moi en lui. O Fils de Dieu ! votre œil se plaît donc à rechercher ce qu’il y a de plus infirme, pour que votre cœur prenne ensuite plaisir à s’y attacher ? J’admire cette conduite ; mais lorsque je viens à sentir que j’en suis moi-même l’objet, je m’abîme dans mon néant, et je vous supplie de me le faire mieux connaître encore, afin que tout en moi, quand vous y viendrez, confesse votre gloire, votre miséricorde, votre souverain pouvoir.

    ACTE DE CONTRITION.

    Encore si je pouvais, ô mon Sauveur ! me rendre le témoignage de ne sentir en moi que mon néant, qui fit obstacle à l’union glorieuse à laquelle vous me conviez ! je m’approcherais de vous à la suite de Marie l’immaculée, mon auguste Reine, et j’oserais porter ma main sur les miettes du festin auquel elle s’assied près de vous. Mais il n’y a rien de commun entre l’innocence et le péché, entre la lumière et les ténèbres. J’ai été votre ennemi, ô mon Sauveur ! et vous voulez entrer en mon cœur à peine cicatrisé de ses plaies honteuses. Vous annoncez vouloir y prendre vos ébats comme en celui de Marie. Oh ! combien vous me faites comprendre par là la malice de mes fautes, puisque c’est à vous, si généreux, si plein d’amour, que j’ai osé m’attaquer ! Que ferai-je donc, en attendant l’instant où vous allez descendre au milieu de mes ténèbres, pour les transformer en lumière, si ce n’est de renouveler le repentir que me causent les péchés si nombreux par lesquels je vous ai perdu, ceux aussi par lesquels je vous ai contristé sans vous perdre ? Agréez ma contrition, ô mon Sauveur ! c’est ainsi que je veux préparer votre voie jusqu’à mon cœur, en redressant en moi tout ce qui s’oppose à la rectitude de votre sainte Loi.

    ACTE D’AMOUR.

    Car, ô mon Sauveur ! je voudrais vous aimer, comme Marie elle-même vous a aimé. N’êtes-vous pas mon Souverain, comme vous étiez le sien ? Et, de plus, ne m’avez-vous pas donné, en me remettant mes péchés, des marques de tendresse qu’elle n’a pas connues ? Je vous aime donc, ô Jésus ! qui allez venir en moi, et je me réjouis de votre venue ; car vous augmenterez mon amour. Marie, jusqu’au moment où vous entrâtes en elle, avait vécu dans la sainteté et la justice ; elle vous avait aimé uniquement ; mais lorsqu’elle vous sentit en elle, lorsqu’elle sentit que vous n’étiez plus qu’une seule et même chose avec elle, son amour s’accrut encore et perdit toute mesure. Qu’il en arrive ainsi de mon cœur, au moment où vous entrerez en lui, ô mon Sauveur ! Mais venez bientôt ; car si, d’une part, je suis indigne de votre visite, de l’autre je suis contraint de la désirer, puisque vous êtes le Pain qui donne la vie au monde, le Pain de chaque jour, à l’aide duquel nous devons prolonger notre vie, jusqu’au jour de l’éternité. Venez donc, Seigneur Jésus ! mon cœur est prêt et se confie en vous. Sainte Vierge Marie, par la joie que vous avez ressentie de posséder en vous Celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, soyez-moi en aide, afin qu’il trouve mon âme purifiée et attentive. Saints Anges qui considériez avec tant d’étonnement et de respect cette simple créature portant Dieu en elle, ayez pitié d’un pécheur, dont le cœur, naguère au démon, va dans un moment dÈvenir le tabernacle de Dieu. Saints et Saintes du ciel, et vous spécialement, mes fidèles Patrons, environnez-moi au moment où va descendre en moi, homme pécheur et mortel, Celui en qui vous vivez à jamais, justes et immortels.

    Pour compléter cette Préparation, suivez avec foi et avec une religieuse attention tous les mystères de la Messe à laquelle vous dÈvez communier, produisant les actes que nous avons exposes au Chapitre V ; et quand vous aurez reçu la visite du Seigneur, vous pourrez vous aider des prières suivantes, dans l’Action de grâces qui reste à faire.

    APRÈS LA COMMUNION.

    ACTE D’ADORATION.

    Souveraine Majesté de Dieu, vous avez donc daigné descendre en moi. Ce privilège accordé autrefois à la Vierge bénie est donc aussi le mien. Qui me donnera en ce moment de vous adorer profondément, comme elle vous adora ? Le sentiment de sa bassesse et de son indignité, dans cet instant suprême, l’eût anéantie, si, d’autre part, voire amoureuse tendresse ne l’eût soutenue, en favorisant cette ineffable union du Créateur et de la créature. O mon Dieu ! je ne sens point aussi vivement ma bassesse, et surtout mon indignité, qui pourtant est bien plus grande ; mais je vois du moins qu’il vous a fallu franchir des obstacles infinis pour venir ainsi jusqu’à moi, pour dÈvenir ainsi mon bien et mon trésor. Que ferai-je donc qui soit digne de vous, et qui puisse vous dédommager de l’humiliation que vous encourez pour mon amour ? Je ne puis que vous adorer, que m’humilier, s’il était possible, jusqu’au néant ; et comme cette adoration est trop indigne de vous, j’ose vous représenter en ce moment celle que vous offrit Marie elle-même, au moment où elle se sentit Mère de son Dieu, et durant les neuf mois que vous lui demeurâtes uni. Vous me l’avez donnée pour mère ; souffrez que je dispose ainsi des biens qui sont à elle : elle les tient, pour votre gloire, à la disposition de tous ses enfants.

    ACTE DE REMERCIEMENT.

    Mais, ô mon Sauveur ! Marie ne se borna pas à vous adorer en elle-même ; son heureux cœur s’épancha bientôt dans l’effusion de la reconnaissance. Elle se voyait distinguée par vous entre toutes les filles de son peuple ; que dis-je ? entre toutes les générations qui l’avaient précédée et toutes celles qui devaient la suivre : son âme tressaillait donc d’allégresse, et sa bouche put à peine rendre l’expression affaiblie de la joie qui était en elle. Oh ! disait-elle, Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses ; il a regardé ma bassesse, et toutes les générations me proclameront Bienheureuse. Et moi, ô mon Sauveur, ne m’avez-vous pas distingué entre mille et entre dix mille, par le bienfait que vous venez de m’accorder ? Vous m’avez fait naître dans les temps qui ont suivi votre Incarnation, et aujourd’hui même à combien d’autres de mes frères ne me préférez-vous pas ? Je vous possède en moi ; je connais le prix de votre Avènement ; mais combien d’hommes ne vous possèdent point ainsi, ne vous connaissent même pas ! Vous les avez tous invités, il est vrai ; mais un grand nombre n’ont pas voulu venir ; et tandis que vous m’avez contraint de venir à vous par les forts et doux moyens de votre miséricorde, vous les avez négligés dans votre justice. Soyez béni, ô mon Dieu, qui aimez toutes les œuvres de vos mains, et voulez que personne ne périsse, sinon par sa faute ; mais qui multipliez en faveur de plusieurs les infinies ressources de votre amour.

    ACTE D’AMOUR.

    Je vous aimerai donc aussi, ô mon Dieu ! puisque J vous m’avez aimé le premier, et je vous aimerai d’autant plus qu’étant venu en moi, vous ayez centuplé mes forces pour vous aimer. N’en a-t-il pas été ainsi de Marie, lorsque vous eûtes choisi en elle votre habitation ? Jusque-là, nulle créature ne vous avait été plus fidèle, n’avait mieux mérité d’être préférée à toutes les autres pour cette riche faveur que vous destiniez de toute éternité à une fille des hommes. Mais lorsque vous fûtes entré en elle, quand votre personne divine eut touché sa sainte mais faible mortalité, Marie, transformée, pour ainsi dire, en vous, connut un amour que jusque-là elle n’avait pas connu. Ainsi puisse-t-il en être de moi, ô Jésus ! Puisse ma vie propre se perdre dans la vôtre ! car la visite que vous venez de me faire n’est point une visite à la façon de celles que les hommes se rendent entre eux. Vous avez pénétré, non dans ma maison, mais dans le plus intime de mon âme ; et selon la parole de votre saint Apôtre, je ne vis plus, mais c’est vous-même qui vivez en moi. Je dois donc vous aimer, si je m’aime moi-même, puisque vous demeurez en moi et moi en vous, je ne veux plus me séparer de vous ; je veux au contraire n’avoir plus avec vous qu’un seul cœur et une seule vie, jusque dans l’éternité.

    ACTE DE DÉVOUEMENT.

    Mais, ô mon âme, si tu aimes le Seigneur ton Dieu, songe à vivre pour lui. La présence de Jésus-Christ en Marie ne produit pas seulement en elle, au moment où elle se fait sentir, un dévouement complet aux intérêts et à la gloire de Celui qui est à la fois son Dieu et son fils. Marie puise dans cette présence intime le principe de ce ferme attachement à toutes les volontés divines, qui lui donnera de traverser sans faiblir toutes les épreuves qui l’attendent. Vous avez voulu pareillement, ô mon Sauveur ! m’encourager par cette visite. Jusqu’au jour où je dois sortir de ce monde et paraître devant vous, je sens qu’il me faut cheminer dans une voie souvent semée d’obstacles, et quelquefois dure à gravir. Si je vous aime, je triompherai de tout ; et comment ne vous aimerai-je pas, au seul souvenir de cette visite que vous venez de me faire, et que vous daignerez renouveler toutes les fois que j’en aurai le désir sincère ? Je suis donc à vous, comme vous êtes à moi ; considérez ma grande faiblesse et fortifiez-moi. Je me repose de tout sur votre miséricorde, dont je viens de recevoir la plus riche de toutes les preuves.

    O Marie, gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin Fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain bien dont l’immuable possession vous rend à jamais heureux.

 

CHAPITRE VII. DE L’OFFICE DES VÊPRES DES DIMANCHES ET DES FÊTES, AU TEMPS DE L’AVENT.

    Les limites étroites de ce volume ne nous permettant pas de donner le texte de tous les Offices du jour et de la semaine, au temps de l’Avent, nous nous bornons à expliquer ici les Vêpres du Dimanche et les Complies, qui, avec la Messe, sont les seuls Offices auxquels, pour l’ordinaire, les simples fidèles prennent part, durant cette partie de l’Année Liturgique. L’Office des Vêpres, ou Office du soir, se compose d’abord de cinq Psaumes, dont on trouvera les Antiennes à chaque Dimanche, au Propre du Temps.

L’Office commence par le cri ordinaire de l’Église :

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

    Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.

    Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ.

 

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.

    Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.     Amen.

    Louange à vous, Seigneur, Roi de l’éternelle gloire.

 

    Le premier de ces Psaumes est prophétique sur les grandeurs du Messie, et il convient d’autant mieux de confesser en ce temps la gloire du Verbe incarné, qu’il nous apparaît plus anéanti par son amour dans les jours qui précèdent sa divine Naissance.

    PSAUME CIX.

    Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis.

    Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.

    Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum.

    Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.

    Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in eternum secundum ordinem Melchisedech.

    Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges.

    Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.

    De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.

    

    Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;

    Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.

O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.

La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.

Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu – Homme , vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.

    O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.

    Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.

Il s’est abaissé pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.

 

        Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple, l’Alliance promise, la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses promesses.

    PSAUME CX.

    Confitebor. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.

    Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.

    Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.

    Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se.

    Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.

    Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium.

    Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate.

    Redemptionem misit populo suo : * mandavit in æternum testamentum suum.

    Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini.

    Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi.

    

Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l’assemblée des justes.

Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.

Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.

Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.

Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.

Il donnera à son Église l’héritage des nations : tout ce qu’il fait est justice et vérité.

Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.

Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.

Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.

La lumière et l’intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

    

Le troisième Psaume chante la félicité de l’homme juste et ses espérances au jour du second Avènement du Seigneur. Il exprime aussi la confusion du pécheur en ce jour terrible

    PSAUME CXI.

    Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.

    Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.

    Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.

    Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors , et miserator, et justus.

    Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur.

    In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.

    Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.

    Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.

    Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.

    

Heureux l’homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !

Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.

La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.

Une lumière s’est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c’est le Seigneur, le Dieu miséricordieux , clément et juste, qui s’est donné aux hommes.

Heureux l’homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu’à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.

La mémoire du juste sera éternelle ; s’il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.

Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.

Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.

Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.

    

Le quatrième Psaume est un Cantique de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et a daigné la relÈver par l’incarnation.

    PSAUME CXII.

    Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.

    Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.

    A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.

    Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.

    Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?

    Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.

    Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.

    Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.

    

    Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

    Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.

    De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

    Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.

    Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là     qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.

    Par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il     languissait,

    Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.

    C’est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui     maintenant est mère de nombreux enfants.

    

Le cinquième Psaume rappelle les prodiges de l’ancienne Alliance, et doit rÈveiller par là même l’espérance de voir s’accomplir, à la venue du Messie, les figures du peuple d’Israël.

    PSAUME CXIII

    In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro.

    Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.

    Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.

    Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.

    Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum :

    Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?

    A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.

    Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.

    Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.

    Super misericordia tua, et veritate tua : * ne quando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?

    Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.

    Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum.

    Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.

    Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.

    Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent , et non ambulabunt : * non clamabunt in     gutture suo.

    Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.

    Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.

    Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.

    Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.

    Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros.

    Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.

    Cœlum cœli Domino : * terram autem dedit filiis hominum.

    Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.

    Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum.

    

    Lorsque Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob élu milieu d’un peuple barbare ;

    La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.

    La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.

    Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.

    O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?

    Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des     agneaux ?

    A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,

    Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d’eaux vives.

    Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;

    A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur     Dieu ?

    Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu’il a voulu.

    Les idoles des nations ne sont que de l’or et de l’argent, et l’ouvrage des mains des hommes.

    Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.

    Elles ont des oreilles, et n’entendent point ; des narines, et ne sentent point.

    Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et     ne peuvent se faire entendre.

    Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur     confiance.

    La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

    La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

    Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.

    Le Seigneur s’est souvenu de nous, et il nous a bénis.

    Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron.

    Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.

    Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.

    Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !

    Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.

    Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le     tombeau ;

    Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd’hui et à jamais.

 

    Après les cinq Psaumes, l’Église place une petite Leçon des saintes Ecritures, connue sous le nom de Capitule, parce qu’elle est toujours très courte. Elle se trouve placée à chaque dimanche. On chante ensuite l’Hymne.

HYMNE.

Creator alme siderum, Aeterna lux credentium,
Iesu, Redemptor omnium, Intende votis supplicum.
Qui daemonis ne fraudibus Periret orbis, impetu
Amoris actus, languidi Mundi medela factus es.
Commune qui mundi nefas Ut expiares, ad crucem
E Virginis sacrario Intacta prodis victima.
Cuius potestas gloriae, Nomenque cum primum sonat,
Et caelites et inferi Tremente curvantur genu.
Te deprecamur, ultimae Magnum diei Iudicem
Armis supernae gratiae Defende nos ab hostibus.
Virtus, honor, laus, gloria Deo Patri cum Filio,
Sancto simul Paraclito, In saeculorum saecula.
Amen.

 

Fécond auteur des cieux, lumière éternelle des croyants, Rédempteur de tous les hommes, ô Jésus ! écoutez nos supplications.

Le monde allait périr par les pièges du démon ; dans l’élan de votre amour, vous vous êtes fait le remède de ses maux.

Pour expier le crime universel de notre race, victime destinée à la croix, vous sortez de l’auguste sein de la Vierge

Au bruit de votre gloire et de votre puissance, à votre Nom seul, tout tremble, cieux et enfer; tout fléchit le genou.

Juge souverain du grand jour, nous vous en supplions, daignez nous défendre de nos ennemis par les armes de la grâce céleste.

Louange, honneur, puissance et gloire à Dieu le Père et à son Fils, ainsi qu’au saint Consolateur, dans les siècles des siècles. Amen.

 

    Après l’Hymne, L’Église chante, tous les jours de l’année, à l’Office des Vêpres, le Cantique dans lequel la saine Vierge, toute remplie du Dieu qu’elle portait dans son sein, fit éclater, en présence de sainte Élisabeth, les transports de sa joie et de sa reconnaissance. Ce Cantique convient surtout au temps de l’Avent ; car nous voici maintenant dans les jours où l’auguste Vierge est encore unie à son précieux fardeau. Chantons donc avec elle l’honneur insigne qu’elle a reçu de Dieu, le triomphe de cette humilité profonde qui l’a rendue digne d’un tel honneur, la défaite des esprits superbes chassés du ciel, l’exaltation de la créature humaine, si faible et si misérable, à la place des anges tombés.

 

    CANTIQUE DE MARIE.

    Magnificat : * anima mea Dominum.

    Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo.

    Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes     generationes.

    Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.

    Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.

    Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.

    Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.

    Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.

    Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.

    Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula.

 

    Mon âme glorifie le Seigneur,

    Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.

    Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m’appelleront     Bienheureuse.

    Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;

    Et sa miséricorde s’étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.

    Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de     leur cœur.

    Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.

    Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.

    Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

    Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

    

Les Antiennes de Magnificat et les Oraisons se trouvent à chaque Dimanche.

 

CHAPITRE VIII. DE L’OFFICE DE COMPLIES, AU TEMPS DE L’AVENT.

    Cet Office, qui est la conclusion de tous ceux de la journée, s’ouvre par un avertissement sur les périls de la nuit, lequel est bientôt suivi de la Confession générale des péchés, comme un moyen de se rendre favorable la justice divine, avant d’aller courir les hasards du sommeil, si voisin de la mort.

    Le Lecteur s’adresse au Prêtre, et lui dit :

    V/. Jube, Domne, benedicere.

    V/. Mon Père, veuillez me bénir !

Le Prêtre répond :

    Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens. R/. Amen.

    Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse. R/. Amen.

 

Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la première Épître de saint Pierre :

    Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.

    Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !

Le Chœur répond :

    R/. Deo gratias.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

Puis le Prêtre :

    V/. Adjutorium nostrum in Nomine Domini.

    V/. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.

Le Chœur :

    R/. Qui fecit cœlum et terram.

    R/. C’est lui qui a fait le ciel et la terre.

 

    On récite ensuite l’Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.

    Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d’Absolution, s’écrie :

    V/. Converte nos , Deus, Salutaris noster.

    R/. Et averte iram tuam a nobis.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    Gloria Patri, etc.

    

    V/. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !

    R/. Et détournez votre colère de dessus nous.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide.

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    Gloire au Père, etc.

    

    Le premier Psaume célèbre l’espérance avec laquelle le juste s’endort dans la paix ; bien différent du pécheur qui s’agite dans l’inquiétude. Il annonce le Verbe éternel, Lumière du Père, qui s’apprête à luire sur nous.

    PSAUME IV

    Cum invocarem exaudivit me Deus justifiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi.

    Miserere mei : * et exaudi orationem meam.

    Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ?

    Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum     clamavero ad eum.

    Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris     compungimini.

    Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis     bona ?

    Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo.

    A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt.

    In pace in idipsum : * dormiam et requiescam.

    Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me.

    

    Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m’a exaucé ; vous m’avez mis au large, quand     j’étais dans l’affliction.

    Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.

    Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?

    La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c’est vous qui donnez la joie à     mon cœur.

    Pour eux, la richesse est dans l’abondance du vin, de l’huile et du froment.

    Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;

    Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l’espérance.

    

    L’Église a placé ici les six premiers versets du Psaume trentième, parce qu’ils contiennent la prière du Sauveur mourant : Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles qui viennent si à propos dans l’Office du soir. Au temps de l’Avent, L’Église s’approprie d’une manière spéciale les endroits de ce Psaume où David implore celui qui est le Libérateur et le Sauveur.

 

    PSAUME XXX.

    In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me.

    Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me.

    Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias.

    Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et     enutries me.

    Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus.

    In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis.

    

    En vous, Seigneur, j’ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans     votre justice.

    Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.

    Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.

    Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de     votre Nom.

    Vous me tirerez du piège qu’on m’a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.

    Je remets mon esprit entre vos mains : c’est vous qui m’avez racheté, Seigneur, Dieu de     vérité !

    

    Le troisième Psaume expose d’abord les motifs de la confiance du juste, au milieu même des périls de la nuit ; ensuite, Dieu parle lui-même et promet de manifester le Sauveur promis.

 

    PSAUME XC

    Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei coeli commorabitur.

    Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum.

    Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.

    Scapulis suis obumbrabit tibi : * et sub pennis ejus sperabis.

    Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno.

    A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio     meridiano.

    Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit.

    Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.

    Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.

    Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.

    Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis.

    In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.

    Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.

    Quoniam in me speravit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.

    Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et     glorificabo eum.

    Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.

    

    Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

    Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j’espérerai en     lui.

    Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.

    Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l’espérance sous ses ailes.

    Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,

    Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les     attaques du démon du Midi.

    Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.

    Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l’impie.

    Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans     le Très-Haut.

    Le mal n’approchera pas de toi, et les fléaux s’éloigneront de ta tente ;

    Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

    Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

    Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

    Dieu dira de toi : Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai,

    Parce qu’il a connu mon nom.

    Il criera vers moi, et je l’exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l’en retirerai et le     glorifierai.

    Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

 

    Le quatrième Psaume invite les Serviteurs de Dieu à faire entendre sans relâche la prière nocturne. Les fidèles doivent le réciter dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui suscite dans son Église des adorateurs de son Nom, dont la noble vocation est de lÈver les mains le jour et la nuit pour le salut d’Israël, et sur la prière desquels le monde se repose et accomplit ses destinées.

 

    PSAUME CXXXIII.

    Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini.

    Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri.

    In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum.

    Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram.

    Ant. Miserere mihi, Domine , et exaudi orationem meam.

    

    Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.

    Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,

    Élevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.

    Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

    Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.

 

HYMNE.

Te lucis ante terminum,

Rerum Creator , poscimus,

Ut pro tua clementia,

Sis praesul et custodia.

Procul recedant somnia,

Et noctium phantasmata,

Hostemque nostrum comprime,

Ne polluantur corpora.

Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito

Regnans per omne saeculum. Amen.

 

Avant que la lumière disparaisse , nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d’être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.

Que les songes et les fantômes de la nuit s’enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu’il ne profane point nos corps.

Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux , et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.

 

 

CAPITULE. (Jerem. XIV.)

    Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster.

    R/. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas.

    V/. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo.

    Gloria. In manus tuas.

    V/. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi.

    R/. Sub umbra alarum tuarum protege nos.

    

    Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !

    R/. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.

    V/. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.

    Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.

    V/. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l’œil.

    R/. Protégez-nous à l’ombre de vos ailes.

    

    Le Cantique du vieillard Siméon qui, tenant dans ses bras l’Enfant divin, le proclama la Lumière des nations, et s’endormit ensuite du sommeil des justes, offre une expression touchante du repos que le fidèle dont le cœur est uni à Dieu goûtera en Jésus-Christ, parce que, comme dit l’Apôtre, soit dans la veille, soit dans le sommeil, nous vivons avec celui qui est mort pour nous. (I Thess. V, 10.)

    CANTIQUE DE SIMÉON.

    Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace.

    Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum,

    Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.

    Lumen ad rÈvelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël.

    Gloria Patri, et Filio, etc.

    Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.

 

    C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;

    Parce que mes yeux ont vu le Sauveur

    Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,

    Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d’Israël.

    Gloire au Père, et au Fils, etc.

    Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous     puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

 

    PRIÈRES

    Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison.

    Pater noster, etc.

    V/. Et ne nos inducas in tentationem ;

    R/. Sed libera nos a malo.

    Credo in Deum.

    V/. Carnis resurrectionem,

    R/. Vitam æternam. Amen.

    V/. Benedictus es, Domine Deus patrum nostrorum ;

    R/. Et laudabilis et gloriosus in sæcula.

    V/. Benedicamus Patrem et Filium cum

    Sancto Spiritu ;

    R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.

    V/. Benedictus es, Domine, in firmamento cœli ;

    R/. Et laudabilis, et gloriosus, et superexaltatus in saecula.

    V/. Benedicat, et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus.

    R/. Amen.

    V/. Dignare, Domine, nocte ista,

    R/. Sine peccato nos custodire.

    V/. Miserere nostri, Domine.

    R/. Miserere nostri.

    V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,

    R/. Quemadmodum speravimus in te.

    V/. Domine , exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    

    Seigneur, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Notre Père, etc.

    V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ;

    R/. Mais délivrez-nous du mal.

    Je crois en Dieu, etc.

    V/. La résurrection de la chair,

    R/. La vie éternelle. Amen.

    V/. Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères !

    R/. Digne de louange et de gloire dans l’éternité.

    V/. Bénissons le Père et le Fils avec le Saint-Esprit ;

    R/. Louons-le, et exaltons-le dans les siècles.

    V/. Vous êtes béni, Seigneur, au firmament du ciel ;

    R/. Digne de louange, de gloire et de triomphe dans l’éternité.

    V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous bénisse et nous conserve.

    R/. Amen.

    V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

    R/. Nous garder de tout péché.

    V/. Ayez pitié de nous, Seigneur !

    R/. Ayez pitié de nous !

    V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,

    R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    

 Après ces Prières, que l’on omet si le lendemain on célébrait la fête double d’un Saint, le Prêtre dit :

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Que le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    ORAISON.

Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Benedicamus Domino.

    R/. Deo gratias.

    Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.

    R/. Amen.

    

Visitez, s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    V/. Que le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    V/. Bénissons le Seigneur.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.

    R/. Amen.

 

    ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.

Alma Redemptoris Mater,

quae pervia cœli Porta manes, et Stella maris, succurre cadenti.

Surgere qui curat populo,

Tu quae genuisti, Natura mirante, tuum sanctum Genitorem.

Virgo prius ac posterius, Gabrielis ab ore Sumens illud Ave,

peccatorum miserere.

V/. Angelus Domini nuntiavit Mariae ;

R/. Et concepit de Spiritu Sancto.

    OREMUS.

Gratiam tuam, quaesumus Domine, mentibus nostris infunde, ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per Passionem ejus et Crucem ad Resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum.

R/. Amen.

    

Mère féconde du Rédempteur, vous qui êtes la Porte du ciel et l’Étoile de la mer, secourez ce peuple qui tombe, mais qui désire se relÈver. Au grand étonnement de la nature, vous avez donné naissance à votre divin auteur. Vierge dans la conception, Vierge après l’enfantement, vous à qui Gabriel adresse le salut, daignez prendre pitié des pauvres pécheurs.

    V/. L’Ange du Seigneur annonça à Marie,    

    R/. Et elle conçut du Saint-Esprit.    

    PRIONS.    

Répandez, s’il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes, afin que nous qui avons connu, par la voix de l’Ange, l’Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions par sa Passion et sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. R/. Amen.

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