Année liturgique : l’Avent – propre des saints

L’AVENT

PROPRE DES SAINTS

    Nous donnons, dans cet ouvrage, le titre de Propre des Saints à la partie qui renferme les fêtes des Saints, et généralement tout ce qui, dans l’Office du temps de l’Avent, se trouve tomber à jour fixe, comme les Grandes Antiennes, la Vigile de Noël, etc. Cette division de Propre du Temps et de Propre des Saints est adoptée par l’Église dans le Bréviaire et le Missel, et elle est familière à toutes les personnes qui fréquentent le Service divin.

    Dans le Propre du Temps de l’Avent, nos lecteurs ont été à même de voir avec quel zèle la sainte Église s’occupe de la préparation à la grande fête de la Nativité du Sauveur ; dans le Propre des Saints, ils verront cette même Église employer toutes les ressources de sa religion à fêter les Amis de Dieu dont la mémoire se rencontre dans le même temps. Nos frères séparés prétendent que le culte des Saints usurpe, dans la Liturgie Catholique, une place qui ne devrait être remplie que par Dieu seul ; mais ils sont victimes d’une déplorable erreur : d’abord, en ce qu’ils ne voient pas que l’hommage rendu au Seigneur dans ses Saints tourne, en dernier ressort, à la gloire de Celui par lequel seul ils sont saints ; en second lieu, parce qu’ils ne s’aperçoivent pas qu’en outre des hommages que l’Église Catholique rend aux Saints, elle pratique envers la souveraine et incommunicable majesté de Dieu, dans le cours d’une seule semaine, plus d’actes religieux que le Protestantisme ne lui en peut offrir dans une année tout entière.

    Attachons-nous donc, enfants de l’Église, au culte des Saints, et comprenons que si Dieu réclame nos hommages, il veut aussi que nous l’honorions en ceux qu’il a couronnés. Or, le premier hommage que nous puissions rendre à Dieu dans ses Saints, c’est de travailler à les connaître ; et l’un des grands malheurs du temps où nous vivons, c’est que nous ne connaissons plus assez les Saints. Le rationalisme protestant, déguisé sous le nom de Critique, a battu en brèche, durant près de deux siècles, la foi des fidèles de France, à l’endroit du culte des Saints ; et un catholique sincère a souvent lieu d’être surpris autant que choqué de l’ignorance et des préjugés qui règnent à ce sujet chez des personnes zélées d’ailleurs pour les intérêts de la foi. Néanmoins, à voir la faveur avec laquelle de nombreuses monographies consacrées à des Saints et récemment publiées ont été accueillies, on serait tenté de croire que ces préjugés sont à la veille de disparaître, et que le moment est venu où l’hagiographie, et partant l’antique piété envers les Saints, vont se ranimer chez nous.

    C’est pour aider à ce mouvement régénérateur, que nous avons résolu, dans cet ouvrage, démarcher sur les traces de la sainte Église, en donnant une grande extension à tout ce qui tient à la religion envers les Saints. D’abord, il s’agissait de les faire connaître. Nous n’avons pu mieux faire, sans doute, que d’adopter pour cela la méthode de l’Église ; car elle aussi s’est occupée de faire connaître à ses enfants les héros que Dieu lui a donnés, et qui sont, avec l’incomparable Mère de Dieu et les Esprits bienheureux, l’objet de son espérance, après le Sauveur Jésus-Christ, le Roi et le Chef de tous les Saints. On doit donc savoir que la sainte Église tient un registre officiel des actions, des maximes, des vertus des Saints qui l’ont illustrée ; elle y a consigné, siècle par siècle, les merveilles que Dieu a opérées en eux et par eux, les secours qu’elle a reçus de leur protection. Cet ensemble admirable est connu sous le nom de Légendes du Bréviaire, répertoire toujours croissant, et dont les véritables littérateurs admirent la diction grave et élégante, en même temps que les enfants de l’Église y trouvent, avec bonheur, cette onction dont l’Église catholique seule a le secret. Nous n’avons pas à nous occuper ici des déclamations de certains critiques sur la valeur historique de quelques faits, en petit nombre et sans importance, qui se rencontrent dans quelques-unes de ces Légendes.

    Nous publions donc dans cet ouvrage les Légendes romaines, dans l’ordre où elles se trouvent au Bréviaire, pensant donner déjà, par ce moyen, une idée de la vie des Saints et de leurs œuvres à ceux auxquels cette connaissance manquerait totalement. Quant à ceux qui seraient déjà familiarisés en quelque chose avec l’hagiographie, parla lecture qu’ils auraient faite d’un ou plusieurs des recueils de Vies des Saints dont la littérature française s’est enrichie durant un siècle et demi, nous les avertissons qu’ils pourront bien trouver plus d’une fois, dans les récits de l’Église, une appréciation des œuvres des Saints assez différente de celle qu’en ont faite les hagiographes des XVII° et XVIII° siècles, si quelquefois même elle n’y est pas tant soit peu contraire. Ils verront que, dans leur brièveté apparente, les Légendes du Bréviaire sont souvent plus complètes et plus tranchées que certaines Vies auxquelles on consacre des vingt et trente pages dans les recueils ordinaires. Quant à la doctrine exposée à l’occasion de ces mêmes Vies, et quant à leur appréciation morale, tout catholique doit savoir que la parole de l’Église est en cela garantie par l’autorité même de Dieu.

    Après avoir reçu de l’Église même la connaissance des Saints, nous empruntons d’elle également la manière de les honorer. Nous insérons les prières que l’Église leur a consacrées dans l’antiquité, et celles ensuite qui leur ont été adressées dans les temps postérieurs ; ce qui donnera à notre recueil la forme d’un répertoire assez complet des monuments de la piété catholique envers les Saints, d’abord en ce qui concerne les formules universelles dans l’Église, ensuite pour celles que nous fournissent les premiers siècles et le moyen âge des Églises Latines, enfin pour les formules usitées dans les diverses Églises de l’Orient.

    Pour unir dans un ensemble harmonieux toutes ces diverses parties, nous garderons la méthode que nous avons adoptée pour le Propre du Temps. Un commentaire simple et précis se continuera dans toute la longueur de l’ouvrage, et rendra raison des diverses intentions de l’Église, dans les prières et les usages que nous aurons à rapporter. Nous nous imposerons toutefois une réserve pour tout ce qui serait trop exclusivement du domaine scientifique et archéologique ; ces détails seront mieux à leur place dans un ouvrage spécial.

    Pour retirer un fruit véritable de la dévotion envers les Saints, dans les diverses saisons de l’année, il est nécessaire de ne point séparer le culte qu’on leur rend de celui que, selon le mouvement de l’Année Chrétienne, nous avons à rendre aux Mystères de notre salut, qui sont la base du Propre du Temps, dans tout le cours du Cycle lui-même. Et ceci sera d’autant plus facile à pratiquer, que si nous voulons envisager avec les yeux de la foi le Calendrier Catholique, nous ne manquerons pas d’apercevoir les rapports secrets qui unissent les Fêtes des Saints avec les diverses saisons spirituelles dans lesquelles elles sont, pour ainsi dire, enchâssées. La fête d’un Saint se célèbre ordinairement au jour même de sa mort, en d’autres termes, au jour où il est entré dans la gloire. Or, ce jour a nécessairement été choisi de manière à s’harmoniser dans l’ensemble surnaturel, par cette souveraine Sagesse qui nous a révélé que pas un chÈveu ne tombe de nos têtes sans une permission divine. (LUC. XXI, 18.) Nous aurons donc à rechercher, dans toute cette Année Liturgique, les rapports que les Saints dont la fête y est célébrée présentent avec le temps auquel l’Église honore leur mémoire.

    Comme l’Office de l’Église, dans l’Avent, est loin d’offrir des Fêtes des Saints pour tous les jours, nous avons cru devoir remplir les intervalles en plaçant à chaque jour, du Ier Décembre à la Vigile de Noël, des considérations sur les faits qui précèdent le divin Mystère de la Naissance de Jésus-Christ, afin d’aider la piété des fidèles par la méditation, toujours si utile, de l’histoire sacrée et des pieuses conjectures qui s’y rattachent.

    Enfin, nous avons fortifié cet ensemble par l’insertion aussi à chaque jour de quelques formules liturgiques empruntées encore aux Offices ecclésiastiques du temps de l’Avent ; en sorte que, même dans cette seconde partie de notre travail, il ne reste pas, pour ainsi dire, une page qui ne demande le Messie par la voix même de la sainte Église.

    
 

 

 

30 novembre. Saint André, Apôtre

 

    Nous plaçons saint André à la tête de ce Propre des Saints de l’Avent, parce que, bien que sa fête tombe fréquemment avant l’ouverture même de l’Avent, il arrive néanmoins de temps en temps que cette sainte carrière est déjà commencée, quand la mémoire d’un si grand Apôtre vient à être célébrée par l’Église. Cette fête est donc destinée, chaque année, à clore majestueusement le Cycle catholique qui s’éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s’ouvrir. Certes, il était juste que, dans l’Année Chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu’il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer, et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.

    Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l’Apôtre de la Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la Foi; à Jean, la tendresse de l’Amour; André a reçu la mission de représenter la Croix du divin Maître. Or, c’est à l’aide de ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que l’Église se rend digne de son Époux : tout en elle retrace ce triple caractère. C’est donc pour cela qu’après les deux Apôtres que nous venons de nommer, saint André est l’objet d’une religion toute particulière dans la Liturgie universelle.

Mais lisons les gestes de l’héroïque pêcheur du lac de Génézareth, appelé à dÈvenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l’arbre de la Croix. L’Église lésa puisés dans les anciens Actes du Martyre du saint Apôtre, dressés par les prêtres de l’Église de Patras, qu’il avait fondée. L’authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les Protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des XVII° et XVIII° siècles, tant en France qu’à l’étranger. Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d’érudits catholiques, parmi lesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Églises de l’Orient et de l’Occident, qui ont inséré ces Actes dans leurs divers Offices de saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons sur saint André.

 

Andreas Apostolus Bethsaidae natus, qui est Galilaeae vicus, frater Petri, discipulus Joannis Baptistae, cum eum de Christo dicentem audisset: Ecce Agnus Dei; secutus Jesum, fratrem quoque suum ad eumdem perduxit: cum postea una cum fratre piscaretur in mari Galilaeae, ambo a praetereunte Christo Domino ante alios Apostolos vocati illis verbis: Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum; nullam interponentes moram, et relictis retibus secuti sunt eum. Post cujus passionem et resurrectionem, Andreas, cum in Scythiam Europae, quae ei provincia ad Christi fidem disseminandam obtigerat, venisset, deinde Epirum ac Thraciam peragrasset; doctrina et miraculis innumerabiles homines ad Christum convertit. Post Patras Achajae profectus, et in ea urbe plurimis ad veritatem evangelicam perductis, Aegeam proconsulem, praedicationi evangelicae resistentem, liberrime increpavit, quod, qui judex hominum haberi vellet, Christum Deum omnium judicem a daemonibus elusus non agnosceret.

Tunc Aegeas iratus, Desine, inquit, Christum jactare, cui similia verba nihil profuerunt, quominus a Judaeis crucifigeretur. Andream vero de Christo nihilominus libere praedicantem quod pro salute humani generis se crucifigendum obtulisset, impia oratione interpellat, ac demum hortatur, ut sibi consulens, diis velit immolare. Cui Andreas: Ego omnipotenti Deo, qui unus et verus est, immolo quotidie, non taurorum carnes, nec hircorum sanguinem, sed immaculatum Agnum in altari: cujus carnem posteaquam omnis populus credentium manducaverit, Agnus, qui sacrificatus est, integer persÈverat et vivus. Quam ob rem ira accensus Aegeas, jubet eum in carcerem detrudi: unde populus Andream facile liberasset, nisi ipse sedasset multitudinem, vehementius rogans, ne se ad optatissimam martyrii coronam properantem impedirent.

Igitur paulo post in tribunal productum, cum Aegeas crucis extollentem mysteria, sibique suam impietatem exprobrantem diutius ferre non posset, in crucem tolli, et Christi mortem imitari jussit. Adductus Andreas ad locum martyrii, cum crucem vidisset, longe exclamare coepit: O bona crux, quae decorem ex membris Domini suscepisti, diu desiderata, sollicite amata, sine intermissione quaesita, et aliquando cupienti animo praeparata: accipe me ab hominibus, et redde me magistro meo: ut per te me recipiat, qui per te me redemit. Itaque cruci affixus est: in qua biduum vivus pendens, et Christi fidem praedicare numquam intermittens, ad eum migravit, cujus mortis similitudinem concupierat. Quae omnia presbyteri et diaconi Achajae, qui ejus passionem scripserunt, se ita ut commemorata sunt, audisse et vidisse testantur. Ejus ossa primum Constantino imperatore Constantinopolim, deinde Amalphim translata sunt. Caput, Pio secundo Pontifice, Romam allatum, in basilica sancti Petri collocatum est.

 

André, Apôtre, né à Bethsaïde, bourg de Galilée, était frère de Pierre et disciple de saint Jean. Ayant entendu celui-ci dire du Christ : Voici l’Agneau de Dieu ! il suivit Jésus, et lui amena son frère. Plus tard, comme il péchait avec son frère dans la mer de Galilée, tous deux furent appelés, avant tous les autres Apôtres , par le Seigneur, qui, passant près d’eux, leur dit : Suivez-moi: je vous ferai pêcheurs d’hommes. Eux aussitôt, quittant leurs filets, le suivirent. Après la passion et la résurrection, André alla prêcher la foi chrétienne dans la province qui lui était échue, la Scythie d’Europe ; puis il parcourut l’Épire et la Thrace. et par sa prédication et ses miracles,convertit à Jésus-Christ une foule innombrable. Parvenu à Patras,ville d’Achaïe, il y fit embrasser à beaucoup de monde la vérité de l’Évangile, et ne craignit pas de reprendre généreusement le proconsul Égée, qui résistait à la prédication évangélique, lui reprochant de vouloir être le juge des hommes, pendant que les démons le jouaient jusqu’à lui faire méconnaître le Christ Dieu, Juge de tous les hommes.

Égée irrité lui dit : Cesse de vanter ton Christ que de tels propos n’ont point empêché d’être crucifié par les Juifs. Et comme André néanmoins continuait de prêcher intrépidement que Jésus-Christ s’était lui-même offert à la Croix pour le salut du genre humain, Égée l’interrompt par un discours impie, et le prévient de pourvoir à son salut, en sacrifiant aux dieux. André lui dit : Pour moi, il est un Dieu tout-puissant, seul et vrai Dieu, auquel je sacrifie tous les jours, non point les chairs des taureaux, ni le sang des boucs, mais l’Agneau sans tache immolé sur l’autel ; et tout le peuple participe à sa chair, et l’Agneau qui est sacrifié demeure entier et plein de vie. C’est pourquoi Égée, outré de colère, le fait jeter en prison. Le peuple en eût aisément retiré son Apôtre, si celui-ci n’eut apaisé la multitude, en la suppliant très ardemment de ne pas l’empêcher d’arriver à la couronne du martyre.

Peu après, étant amené devant le tribunal, comme il exaltait le mystère de la Croix, et reprochait encore au Proconsul son impiété, Égée exaspéré commanda qu’on le mît en croix, pour lui faire imiter la mort du Christ. C’est alors qu’arrivé au lieu de son martyre, et voyant la croix , André s’écria de loin : O bonne Croix qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur,Croix longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche, et enfin préparée à mes ardents désirs, retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon maître, afin que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté par toi. Il fut donc attaché à la croix, sur laquelle il resta deux jours, sans cesser de vivre ni de prêcher la foi de Jésus-Christ, et passa ainsi à Celui dont il avait souhaité d’imiter la mort. Les Prêtres et les Diacres d’Achaïe, qui ont écrit sa Passion, attestent qu’ils ont vu et entendu toutes ces choses ainsi qu’ils les ont racontées. Ses ossements furent transportés d’abord à Constantinople, au temps de l’empereur Constance, et ensuite à Amalfi. Son Chef, apporté à Rome sous le pontificat de Pie II, fut placé dans la Basilique de Saint-Pierre.

 

    Entendons maintenant la voix des diverses Églises qui sont sous le ciel, célébrer tour à tour un si grand triomphe. La sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne trouve rien de plus expressif à la louange de l’Apôtre de la Croix, que de faire retentir en son honneur, tantôt les paroles du saint Évangile sur la vocation du glorieux André, tantôt les passages les plus touchants des Actes rédigés par les Prêtres de Patras, en les entremêlant aux éloges que le sujet lui inspire. Nous citerons d’abord quelques-uns des Répons de Matines.

 

R. Cum perambularet Dominus juxta mare Galilaeae vidit Petrum et Andream retia mittentes in mare, et vocavit eos, dicens:
* Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum.
V. Erant enim piscatores, et ait illis.
R. Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum.

 

R. Mox ut vocem Domini praedicantis audivit beatus Andreas, relictis retibus, quorum usu actuque vivebat,
* Aeternae vitae secutus est praemia largientem.
V. Hic est qui pro amore Christi pependit in cruce, et pro lege ejus sustinuit passionem.
R. Aeternae vitae secutus est praemia largientem.

 

R. Doctor bonus, et amicus Dei Andreas ducitur ad crucem, quam a longe aspiciens dixit: Salve crux,
* Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.
V. Salve crux, quae in corpore Christi dedicata es: et ex membris ejus tamquam margaritis ornata.
R. Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.
V. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.
R. Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.

 

R. Videns crucem Andreas exclamavit, dicens: O crux admirabilis, o crux desiderabilis, o crux quae per totum mundum rutilas:
* Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit.
V. O bona crux, quae decorem et pulchritudinem de membris Domini suscepisti.
R. Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit.
V. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.
R. Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit

 

R. Oravit sanctus Andreas, dum respiceret in coelum, et voce magna clamavit et dixit: Tu es Deus meus, quem vidi: ne me patiaris ab impio judice deponi:
* Quia virtutem sanctae crucis agnovi.
V. Tu es magister meus Christus, quem dilexi, quem cognovi, quem confessus sum: tantummodo in ista voce exaudi me.
R. Quia virtutem sanctae crucis agnovi

 

R/. Comme le Seigneur marchait le long de la mer de Galilée, il vit Pierre et André qui jetaient leurs filets dans la mer, et il les appela, disant : * Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d’hommes, V/. Car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit : * Venez après moi; je vous ferai pêcheurs d’hommes.

R/. Dès que le bienheureux André eut entendu la voix du Seigneur qui l’appelait, ayant quitté les filets dont l’usage le faisait vivre, * Il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle, V/. C’est cet homme qui pour l’amour du Christ fut attaché à la croix, et qui pour sa loi endura la Passion. * Et il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle.

R/. Docteur plein de bonté et ami de Dieu, André fut mené à la croix. La voyant de loin, il dit : Salut, ô Croix ! * Reçois le disciple de Celui qui h toi fut attaché, le Christ, mon maître, V/. O Croix, salut ! toi qui as été consacrée par le corps de Jésus-Christ, et ornée de ses membres, comme d’autant de perles précieuses. * Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître.

R/. André, voyant la croix, s’écria: ô Croix admirable! ô Croix désirable ! ô Croix qui brilles par tout l’univers ! * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté en mourant sur toi. V/. O bonne Croix, qui as reçu par les membres du Seigneur l’éclat et la beauté. * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté en mourant sur toi.

R/. Saint André pria, en regardant le ciel, et s’écria à haute voix : Vous qui êtes mon Dieu, vous que j’ai vu de mes yeux; ne souffrez pas que je sois détaché d’ici par un juge impie : * Car j’ai ressenti la vertu de la sainte Croix, V/. Vous êtes le Christ mon maître, que j’ai aimé, que j’ai connu, que j’ai confessé: exaucez seulement cette prière que je vous fais. * Car j’ai ressenti la vertu de la sainte Croix.

 

Les Antiennes des Vêpres forment un ensemble lyrique plein de grâce et d’onction.

ANTIENNES.

Salve crux pretiosa, * suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus

Beatus Andreas * orabat, dicens: Domine Rex aeternae gloriae, suscipe me pendentem in patibulo

Andreas Christi famulus, * dignus Dei Apostolus, germanus Petri, et in passione socius

Maximilla Christo amabilis * tulit corpus Apostoli, optimo loco cum aromatibus sepelivit.

Qui persequebantur justum, * demersisti eos Domine in inferno, et in ligno crucis dux justi fuisti.

 

Salut, ô Croix précieuse ! reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.

Le bienheureux André priait, et disait: Seigneur, Roi d’éternelle gloire, recevez-moi qui suis suspendu à ce gibet.

André, le serviteur du Christ, le digne Apôtre de Dieu, le frère de Pierre et le compagnon de son supplice.

Maximille, femme aimée du Christ, enleva le corps de l’Apôtre, et l’ensevelit avec des parfums en un lieu honorable.

Ceux qui persécutaient le juste, vous les avez précipités, Seigneur, dans les enfers, et vous êtes l’appui du juste sur la Croix.

 

    L’Hymne suivante a été composée, à la louange du saint Apôtre, par le Pape saint Damase, l’ami de saint Jérôme : il y est fait allusion au nom d’André qui, entre plusieurs significations, a aussi celle de Beauté.

HYMNE.

Decus sacrati nominis, vitamque nomen exprimens, hoc te decorum praedicat crucis beatae gloria.

Andrea, Christi Apostole, hoc ipso jam vocabulo signaris isto nomine, decorus idem mystice.

Quem Crux ad alta provehit, crux quem beata diligit, cui crux amara praeparat lucis futurae gaudia.

In te Crucis mysterium cluit gemello stigmate, dum probra vicis per Crucem, crucisque pandis sanguinem.

Jam ,os foveto languidos, curamque nostri suscipe,

Quo per Crucis victoriam coeli petamus patriam. Amen.

 

Vous dont le nom glorieux et sacré présageait la vie, votre nom exprime aussi la Beauté dont la Croix bienheureuse vous a noblement couronné.

André, Apôtre du Christ, votre nom seul est un signe qui vous distingue, un mystique emblème de votre beauté.

O vous que la Croix élève jusqu’aux cieux, vous que la Croix aime avec tendresse, vous à qui l’amertume de la Croix prépare les joies de la lumière future,

En vous le mystère de la Croix brille doublement imprimé: vous triomphez de l’opprobre par la Croix, et vous prêchez le Sang divin qui arrosa la Croix.

Désormais donc réchauffez nos langueurs, daignez veiller sur nous, afin que, par la victoire de la Croix, nous entrions dans la patrie du ciel. Amen.

 

    Le moyen âge consacra les deux Séquences que nous donnons ci-après à la gloire de l’Apôtre de la Croix. La première est du XI° siècle. Elle est sans mesure régulière, comme toutes les Séquences de cette époque.

    SÉQUENCE

Sacrosancta hodiernae festivitatis praeconia

Digna laude universa categorizet Ecclesia.

Mitissimi sanctorum sanctissima extollenda merita,

Hic accepto a Johanne Baptista quod venisset qui tolleret peccata;

Mox ejus intrans habitacula, audiebat eloquia.

Inventoque fratre suo Barjona: Invenimus ait ovans, Messiam,

Et duxit eum ad dulcifluam Salvatoris praesentiam,

Hunc perscrutantem maria, Christi vocavit clementia.

Artem piscandi commutans dignitate apostolica.

Hujus animam post clara festi Paschalis gaudia,

Sancti Spiritus praeclara perlustravit potentia;

Ad praedicandum populis paenitentiam, et Dei Patris per Filium clementiam.
Gratulare ergo tanto patre, Achaia;

Illustrata ejus salutari doctrina;

Honorata multimoda signorum frequentia.
Et tu gemens plora, trux carnifex Aegea.

Tu lues inferna et mors tenet aeterna.

Sed Andream felicia per Crucem manent gaudia.

Jam Regem tuum spectas, jam in ejus conspectu, Andrea stas.
Odorem suavitatis jam adspiras, quem divini amoris aroma dat.

Sis ergo nobis inclyta dulcedo, spirans intima coelestis vitae balsama. Amen.

 

Elle est sainte et sacrée, la gloire de la fête qu’on célèbre en ce jour.

Que toute l’Église fasse entendre un chant digne du sujet.

Qu’elle exalte les mérites très saints du Saint le plus débonnaire,

De l’Apôtre André, en qui reluit une merveilleuse grâce.

Il apprend de Jean-Baptiste que celui-là était venu qui enlevait les péchés.

Bientôt il entra dans la demeure du Messie, et écouta ses paroles.

Et rencontrant son frère Barjona : Nous avons trouvé le Messie, dit-il plein de joie;

Et il le mena à la très douce présence du Sauveur.

André parcourait les mers, quand l’appela la clémence du Christ ;

Pour échanger l’art de pêcheur contre la dignité de l’Apostolat.

Son âme, après les joyeuses jubilations de la Pâque,

Fut illuminée par la puissance glorieuse de l’Esprit-Saint ;

Pour prêcher aux peuples la pénitence et la clémence du Père, manifestée par le Fils.

Réjouis-toi d’un si noble Père, ô Achaïe !

Éclairée par sa doctrine salutaire,

Illustrée par l’abondance variée de ses prodiges.

Et toi, gémis et pleure, Égée, cruel bourreau !

A toi, l’infection infernale et l’éternelle mort.

Pour André, la Croix lui prépare des joies pleines de bonheur.

Déjà tu contemples ton Roi, André! déjà tu apparais debout devant lui.

Déjà tu aspires l’odeur des parfums qu’exhale l’arôme du divin amour.

Sois donc aussi pour nous une merveilleuse suavité, qui répande au fond des cœurs les senteurs balsamiques de la céleste vie. Amen.

La seconde Séquence, dont la rime est régulière et le mètre exact, est du pieux Adam de Saint-Victor, le plus grand poète lyrique du moyen âge.

 

    SÉQUENCE.

Exsultemus et laetemur: et Andreae delectemur laudibus Apostoli.

Hujus fidem, dogma mores, et pro Christo tot labores, digne decet recoli.

Hic ad fidem Petrum duxit, cui primum lux illuxit, Johannis indicio.

Secus mare Galilaeae, Petri simul et Andreae sequitur electio.

Ambo prius piscatores, verbi fiunt assertores, et forma justitiae.

Tete laxant in capturam; vigilemque gerunt curam nascentis Ecclesiae.

A fratre dividitur, et in partes mittitur Andrea Achaiae.

In Andreae retia currit, Dei gratia, magna pars provinciae.

Fide, vita, verbo, signis, doctor pius et insignis cor informat populi.

Ut Aegeas comperit quid Andreas egerit, irae surgunt stimuli.

Mens secura, mens virilis, cui praesens vita vilis, viget patientia.

Blandimentis aut tormentis non enervat robur mentis judicis insania.

Crucem videns praeparari, suo gestit conformari magistro discipulus.

Mors pro morte solvitur et crucis appetitur triumphalis titulus.

In cruce vixit biduum, victurus in perpetuum: nec vult volente populo deponi de patibulo.

Hora fere dimidia, luce perfusus nimia, cum luce, cum laetitia, pergit ad lucis atria.

O Andrea gloriose, cujus preces pretiosae,cujus mortis luminosae dulcis et memoria.

Ab hac valle lacrymarum, nos ad illus lumen clarum, pie pastor animarum, tua transfer gratia. Amen.

 

Tressaillons et réjouissons-nous, et savourons les louanges de l’Apôtre André.

Sa foi, sa doctrine, ses mœurs, ses longs labeurs pour le Christ, il sied de les célébrer.

C’est lui qui mena Pierre à la foi, lui qui le premier vit briller la lumière, montrée par Jean-Baptiste.

Aux rives de la mer de Galilée, Pierre et André sont choisis à la fois.

Tous deux d’abord pêcheurs, deviennent les hérauts du Verbe et les modèles de la justice.

Ils jettent le filet sur le monde, et leurs soins vigilants s’étendent sur toute l’Église naissante.

Séparé de son frère, André est envoyé aux parages de l’Achaïe.

Dans les filets d’André tombe, par la grâce divine, la province presque tout entière.

Sa foi, sa vie, sa parole, ses miracles, tout en fait un Docteur de piété, un Docteur illustre pour former le cœur du peuple.

Égée apprend les œuvres d’André, et déjà s’agite sa fureur.

Âme sereine, âme virile, dédaignant la vie présente, André s’arme de la patience.

Ni les caresses, ni les tortures qu’emploie le juge insensé, n’amollissent son âme vigoureuse.

Il voit préparer la croix, il tressaille, impatient d’être un disciple semblable à son Maître.

Il paie au Christ mort pour mort ; par lui la Croix est conquise comme un trophée triomphal.

Deux jours il vit sur la croix, pour vivre à jamais. Il résiste au vœu du peuple, et ne veut point être détaché de son gibet.

Pendant une moitié d’heure, il est inondé de clarté; et dans cette auréole et cette allégresse, il monte au palais de la lumière.

O glorieux André, dont précieuse est la prière, la mort lumineuse, et suave la souvenance ;

Du fond de ce val des larmes, tendre Pasteur des âmes, élÈvez-nous par votre faveur jusqu’à cette éclatante lumière. Amen.

 

    Les pièces que nous avons rapportées jusqu’ici appartiennent à la Liturgie Romaine, étant tirées des livres de cette Mère des Églises, ou de ceux des diverses Églises de l’Occident qui gardent la forme de ses Offices. Nous allons maintenant, à la louange de notre saint Apôtre, produire ici quelques-unes des formules que les autres Liturgies anciennes lui ont consacrées ; nous commencerons par le rite Ambrosien, auquel nous empruntons la belle préface qui suit.

    PRÉFACE.

    Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine Sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Adest enim nobis dies sacri votiva mysterii: qua beatus Andreas germanum se Petri Apostoli tam praedicatione Christi tui, quam confessione monstravit; et apostolicae numerum dignitatis simul passione supplevit et gloria; ut id, quod libera praedicaverat voce, nec pendens taceret in cruce: auctoremque vitae perennis tam in hac vita sequi, quam in mortis genere meruit imitari: ut cujus praecepto terrena in semetipso crucifixerat desideria, ejus exemplo ipse patibulo figeretur. Utrique igitur germani piscatores, ambo cruce elevantur ad coelum; ut, quos in hujus vitae cursu tua gratia tot vinculis pietatis constrinxerat, hos similis in regno coelorum necteret et corona: et quibus erat una causa certaminis, una retributio esset et praemii.

    Il est vraiment digne et 1 juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; car voici le jour consacré à ia mémoire d’un mystère auguste, le jour où le bienheureux André se fit reconnaître pour le frère de l’Apôtre Pierre, tant par son zèle à prêcher votre Christ que par son courage à le confesser, jour dans lequel il compléta l’honneur de la dignité apostolique par les souffrances unies à la gloire ; ne voulant pas taire sur la croix même ce qu’il avait prêché sur la terre d’une voix intrépide; heureux de suivre l’auteur de la vie éternelle pendant les jours de cette vie, et de l’imiter ensuite dans le genre de sa mort. Fidèle au précepte du Sauveur, il avait crucifié en lui-même les désirs terrestres : à son exemple il fut attaché à la croix. Donc, les deux frères pêcheurs sont tous deux élevés au ciel par la Croix, en sorte que ceux que votre grâce,Seigneur, avait enchaînés de tant de liens d’amour, une même couronne fût tressée pour eux et les réunît dans le royaume des cieux, et qu’après avoir livré un seul et même combat, une seule et même récompense demeurât leur partage.

 

    La Liturgie Gallicane célébra aussi les grandeurs de saint André. Dans le petit nombre de fragments qui nous sont restés des monuments qui la composaient, aucune pièce métrique ne nous est parvenue ; mais du moins la Préface que nous donnons ici sous son titre gallican de Contestation, montre que l’Église des Gaules, du IV° au VIII° siècle, partageait l’enthousiasme des Églises Romaine et Ambrosienne pour le glorieux Apôtre de la Croix.

 

CONTESTATION.

Dignum et justum est; aequum et justum est: pietati tuae ineffabiles gratias referre, omnipotens sempiterne Deus: et inaestimabili gaudio passionem tuorum praedicare Sanctorum, per Christum Dominum nostrum. Qui beato Andreae in prima vocatione dedit fidem; et in passione donavit victoriam. Acceperat haec utraque beatus Andreas; ideo habebat et in praedicatione constantiam, et in passione tolerantiam. Qui post iniqua verbera, post carceris septa,alligatus suspendio se purum sacrificium tibi obtulit Deo. Extendit mitissimus brachia ad coelos; amplectitur crucis vexillum; defigit in osculis ora; Agni cognoscit arcana. Denique dum ad patibulum duceretur, in cruce suspenderetur, carne patiebatur, et Spiritu loquebatur. Obliviscitur crucis tormenta; dum de cruce Christum praeconat. Quantum enim corpus ejus in ligno extendebatur; tantum in lingua ejus Christus exaltabatur. Absolvi se non patitur a cruce, ne tepescat certamen in tempore. Turba circumspicit, et lamentat: demitti a vinculo petit, quem reparatorem mentis intelligit. Laxari postulat justum, ne pereat populus hoc delicto. Interea fundit Martyr spiritum, possessurus sempiterni Judicis regnum. Pro cujus meritis concede nobis, omnipotens Deus, ut a malis omnibus tuti atque defensi, tibi Domino nostro Deo Martyrum et Principi Apostolorum, laudes semper et gratias referamus.

    Il est digne et juste, équitable et raisonnable que nous rendions d’ineffables actions de grâces à votre bonté, Dieu tout-puissant et éternel, et que nous célébrions avec une joie sans égale la passion de vos Saints, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui donna au bienheureux André la foi, dès le moment de sa vocation, et plus tard lui octroya la victoire dans les souffrances. Le bienheureux André avait donc reçu ces deux faveurs; et c’est pour cela qu’il montrait la constance dans la prédication, la patience dans les supplices. Après des verges injustes, après l’étroite prison, enchaîné au gibet, il s’offrit à vous, ô Dieu ! comme une oblation pure. Plein de douceur, il étend ses bras vers le ciel, il embrasse l’étendard de la Croix, il y colle ses lèvres, il y pénètre les secrets de l’Agneau. Enfin, comme on le conduisait au supplice, comme on le suspendait à la croix, il souffrait dans la chair, mais l’Esprit parlait par sa bouche. Il oublie les douleurs de la croix, en prêchant Jésus-Christ du haut de cette croix. Plus son corps était étendu sur le bois, plus sa langue exaltait le Christ; car, suspendu au bois, il se félicitait d’être associé au Christ. Il ne souffre pas qu’on le descende de la croix, dans la crainte que l’ardeur du combat qu’il soutient ne s’attiédisse. La foule le considère et se lamente; elle veut qu’on délie les liens de celui qu’elle sait être le médecin des âmes; elle demande qu’on dégage le juste, dans la crainte que le peuple lui-même ne périsse pour un si grand forfait. Cependant, le martyr rend l’âme, et est admis en possession du royaume de l’éternel juge. Par ses mérites, accordez-nous, Dieu tout-puissant, d’être délivrés et préservés de tous les maux, et de vous rendre d’éternelles louanges et actions de grâces, à vous , notre Seigneur, Dieu des Martyrs et Prince des Apôtres.

 

    La Liturgie Mozarabe est très abondante sur les louanges de saint André, tant au Missel qu’au Bréviaire ; nous nous bornons à lui emprunter la belle Oraison qui suit :

    CAPITULE.

    Christe, Dominus noster, qui beatissimum Andream, et Apostolatus gratia, et Martyrii decorasti corona; hoc illi specialiter in munere praestans, ut Crucis praedicando mysterium, ad Crucis mereretur pervenire patibulum : da nobis , ut sanctae Crucis tuae verissimi amatores effecti, abnegantes nosmetipsos tollamus crucem nostram, et sequamur te; ut passionibus tuis in hac vita communicantes, ad aeternam vitam pervenire mereamur felices.

 

O Christ, notre Seigneur qui avez décoré le très heureux André de la grâce de l’Apostolat et de la couronne du Martyre, lui ayant fait l’honneur d’arriver lui-même au supplice de la Croix, après avoir prêché le mystère de cette même Croix : accordez-nous de dÈvenir de très véritables amateurs de votre sainte Croix, et, nous renonçant nous-mêmes, de prendre notre croix et de vous suivre; afin que, participant en cette vie à vos souffrances, nous méritions de parvenir à la félicité de l’éternelle vie.

 

    L’Église Grecque ne le cède à aucune de celles de l’Occident pour le zèle à célébrer les prérogatives et les mérites de saint André. Il lui est même d’autant plus cher, que Constantinople le regarde comme son Apôtre tutélaire. Il serait difficile, peut-être, de justifier par des arguments sérieux la prétention des Grecs, qui attribuent à saint André la fondation de l’Église de Byzance ; mais il est certain que Constantinople fut, pendant plusieurs siècles, enrichie du précieux dépôt de ses reliques. Elles y furent transportées en 357, par les soins de l’Empereur Constance, qui les déposa dans la Basilique des Apôtres bâtie par Constantin. Plus tard, vers le milieu du VI° siècle, Justinien en fit une nouvelle translation, toujours dans la même Église. Nous empruntons aux Menées des Grecs les belles Hymnes qui suivent; la première se chante à l’Office du Soir, et la seconde à l’Office du Matin.

 

AU SOLENNEL OFFICE DU SOIR.

    Luci antelucanae assimilatus, quem splendorem hypostaticum Paternae gloriae dicimus , hominum genus per suam magnam misericordiam salvare cum voluisset, tune primus, gloriose, illi occurristi, illustratus interius perfectissima ejus Deitatis claritate : unde et praeco et Apostolus vocaris Christi Dei nostri ; quem deprecare salvare et illuminare animas nostras.

Praecurrenti voce insonans , quando omni-sanctum Verbum caro factum est, quando nobis vitam donavit, salutemque in terris evangelizavit, tune, sanctissime, istud secutus es, et teipsum primitias et sacrificium quasi primam ipsi oblationem constituisti : quem cognoscere fecisti, fratrique tuo monstrasti Deum nostrum ; hunc deprecare salvare animas nostras.

Qui carnem e sterili florescenti induit, quando Virginalis Filius apparuit, praeceptor pietatis puritatem démonstrans, tune tu, ardentissime virtutis amator, Andrea, beatus effectus es ; ascensiones in tuo corde disponens, a gloria in gloriam sublimatus es inauditam Domini Dei nostri : quem deprecare salvare et illuminare animas nostras.

Piscium piscationem derelinquens , homines carpis calamo praedicationis , mittens hamum pietatis, et extrahens e profundo erroris omnes Gentes, Andrea Apostole, Coryphaei frater, et terrée dux celeberrime, excellens et non deficiens ; tenebrosos homines illustra tua veneranda memoria.

Primovocatus discipulus et imitator passionis tuae , assimilatus tibi. Domine, Andreas Apostolus in abysso dégentes ignorantiae’ olimque errantes, hamo tuae Crucis cum abstraxisset, tibimetipsi adduxit : et ideo salvati fidèles ad te clamamus precibus illius, optime Domine , vitam nostram pacifica, et salva animas nostras.

Ignis illuminans mentes et comburens peccata, in corde interius arripiens , Apostolus Christi discipulus fulget mysticis radiis instructionum in Gentium tenebrosis cordibus. Urit autem iterum surculosas impiorum fabulas ; ignis enim Spiritus tantam habet energiam ! O mirabiliter terribile ! Cœnosa lingua, fictilis natura, corpus pulverinum , intellectualem et immaterialem praebuit Gnosim. Sed tu, o initiate rerum ineffabilium, et contemplator cœlestium, deprecare illuminari animas nostras.

Gaudeas,disertum cœlum, gloriam Dei passim enarrans. Primus Domino obediens ardenter effectus, ipsi immédiate adhaerens, ab ipso accensus, lumen apparuisti alterum, et degentes in tenebris, tuis illuminasti radiis, hanc Domini benignitatem imitatus : unde tuam omnisanctam perficimus laudem , et Reliquiarum thecam cum gaudio magno deosculamur, ex qua scaturit salus petentibus et magna misericordia.

Gentes nescientes Deum quasi ex abysso ignorantiae vivas carpsisti sagena tuorum oraculorum, salsaque commoves aequora sapienter , equus optimus visus Dominatoris maris, celebrande ; qui siccasti putredinem impietatis, sal honorandum , spargens sapientiam tuam : quam stupentes admirati sunt, Apostole gloriose , qui malesanam sapientiam inflati amplexi erant , ignorantes Dominum donantem mundo magnam misericordiam.

 

    Quand Celui que l’on compare à l’astre avant-coureur du jour, et que nous appelons la splendeur hypostatique de la gloire du Père, voulut, par sa grande miséricorde, sauver le genre humain, tu vins le premier, ô glorieux André, te présenter à lui, illuminé dans ton âme par la pure clarté de sa très parfaite Divinité ; c’est pourquoi tu es appelé et le héraut et l’Apôtre de notre Dieu, lequel daigne prier de sauver nos âmes.

Quand Celui qu’avait proclamé la voix du Précurseur, le Verbe très saint, se fit chair et nous donna la vie ; quand il apporta la bonne nouvelle du salut à la terre, tu vins te mettre à sa suite en t’offrant toi-même comme prémices, comme sacrifice,et première oblation à Celui que tu fis ensuite connaître, et que tu désignas à ton frère comme étant notre Dieu, lequel daigne prier de sauver nos âmes.

Quand Celui qui se revêtit de notre chair dans un sein infécond, et pourtant florissant ; quand le fils de la Vierge apparut, le maître de la piété, l’auteur de la pureté ; alors, très ardent amateur de la vertu, ô André ! tu fus au comble de ton bonheur ; disposant dans ton cœur de sublimes élans, tu t’élevas de la gloire à la gloire ineffable du Seigneur notre Dieu , lequel daigne prier de sauver et d’éclairer nos âmes.

Tu abandonnes la pêche des poissons, ô grand Apôtre, pour pêcher les hommes avec la ligne de la prédication, leur jetant l’appât de la piété, et retirant tous les peuples de l’abîme de l’erreur, ô André, Apôtre, frère du Coryphée, glorieux, excellent et puissant Prince de la terre; viens illuminer par ta douce mémoire ceux qui sont dans les ténèbres.

Le premier appelé à l’Apostolat, l’imitateur de votre Passion, celui qui se rendit semblable à vous, Seigneur, c’est André, Apôtre , lequel se servant de votre Croix comme d’une ligne salutaire, retira de l’abîme de l’ignorance ceux qui v vivaient errants autrefois, et vous les amena ; c’est pourquoi, nous, fidèles qui avons été sauvés, nous crions vers vous, ô Seigneur de bonté : Pacifiez notre vie et sauvez nos âmes par son intercession !

L’Apôtre disciple d u Christ est un feu qui illumine les intelligences, consume les péchés et pénètre jusqu’au fond des cœurs. Il brille par les mystiques rayons de ses préceptes dans les cœurs ténébreux des Gentils. Il consume les vains rejetons des discours fabuleux des impies ; tant a d’énergie le feu de l’Esprit-Saint ! O étonnante merveille ! une langue de limon, une nature d’argile , un corps de poussière a montré à tous l’intellectuelle, l’immatérielle Gnose. Et toi, ô initié des mystères ineffables ! ô contemplateur des choses célestes ! daigne prier le Seigneur d’illuminer nos âmes.

Réjouis-toi, ô Ciel éloquent ! qui racontes partout la gloire de notre Dieu. Le premier tu te soumis à l’obéissance du Seigneur, tu t’attachas immédiatement à lui: et nourri de ses divins feux, tu apparus comme une seconde lumière pour éclairer de tes rayons ceux qui vivaient dans les ténèbres, imitant ainsi la bénignité du Seigneur ; c’est pourquoi nous célébrons par nos louanges ta sainte mémoire, et nous baisons avec grande joie la châsse sacrée de tes Reliques, de laquelle découle la santé et une grande miséricorde pour ceux qui t’invoquent.

Par les filets de tes oracles, tu as retiré de l’abîme de l’ignorance les peuples qui ne connaissaient point Dieu. Tu as agité les ondes comme le coursier généreux du dominateur de la mer, ô digne de toute louange ! tu as desséché l’ordure de l’impiété, ô sel vénérable, en y semant ta sagesse, laquelle, ô glorieux Apôtre, remplit de stupeur et d’étonnement ceux qu’enflait une vaine et nuisible sagesse, et qui ignoraient le Seigneur qui donne au monde sa grande miséricorde.

 

A L’OFFICE DU MATIN.

    Accurristi siti non vocatus, Andrea, sed voluntarie, sicut cervus ad fontem vitae. Fide innixus, de incorruptionis fontibus siti fatigatas extremas usque regiones potasti.

Cognovisti naturae leges, Andrea admirande, et comparticipem accepisti fratrem, clamans : invenimus Desideratum ; atque ei qui iter fecerat secundum carnis generationem, accersisti Spiritus cognitionem.

Verbum cum dixisset : Hic rétro mei Christum alacer secutus est cum Andréa et Cephas genitori valedicentes, et naviculae, et retibus, tamquam fidei propugnacula.

Deifica inexhaustaque potentis omnifactoris atque flammantis Spiritus virtus in te, Andréa divine , inhabitans in igneae linguae forma, ineffabilium te indicavit praeconem.

Non arma ad defensionem attulit carnea, et ad destructionem terribilium inimici propugnaculorum, Andréas honoratissimus ; sed ad Christum loricatus, quas captivitate redegerat Gentes, adduxit submissas.

Tuam ineffabilem pulchritudinem Andréas videns primus, Jesu, fratrem clara voce vocavit : Petre ardenter desiderans, invenimus Messiam, qui in Lege et in Prophetis proclamatus est ; veni, verae Vitae agglutinemur.

Hunc pro mercede recuperasti quem desiderabas, Andréa Apostole, ligatis cum eo laborum manipulis, tuisque digne cum eo collectis : unde te hymnis glorificamus.

Magistrum desiderasti, et illum insecutus es, qui illius vestigiis ad vitam ambulasti, et illius passiones, vere honorande Andréa, usque ad mortem imitatus.

Spiritualem vitae tranquille navigatus abyssum, Apostole, perambulasti cum vélo Spiritus, fide Christi : ideoque ad vitae portum pervenisti gaudens in cuncta saecula.

Spiritali Sole in cruce occidente voluntate propria, solis jubar cum illo quaerens dissolvi et occidere in Christum, in ligno suspensus est Andréas, fax magna et fulgida Écclesiae.

Velut discipulus omnium optimus, illius qui voluntarie affixus est Cruci, magistrum tuum usque ad mortem secutus, cum gaudio in altitudinem ascendisti Crucis, viam instruens ad cœlos, béate Apostole.

Gaude nunc, Bethsaida ; in te enim floruerunt e materno fonte nimis odorifera lilia, Petrus et Andréas, universo mundo fidei praedicationis odorem ferentes gratia Christi, cujus passionibus communicaverunt.

Te Patrum civitas pastorem possidet, et divinum praesidem, et periculorum omnium liberatorem , et custodem te, Andréa sapiens ; gratanter honoravit te : sed tu deprecare incessanter pro ea, ut servetur ab omni perditione.

 

Tu es accouru, ô André! appelé non par la soif, mais de toi-même, comme le cerf, à la fontaine de vie. Appuyé sur la foi, tu as abreuvé aux sources incorruptibles les régions les plus éloignées, exténuées par la soif.

Tu as reconnu les lois de la nature, ô André l’Admirable ! et tu as admis ton frère en partage avec toi, en lui criant: Nous avons trouvé le Désiré ; et à celui qui marchait selon la voie de la chair, tu as procuré la connaissance de l’Esprit.

Quand le Verbe eut dit : Suivez-moi, Céphas aussi suivit le Christ avec André ; tous deux disant adieu à leur père, à leur barque, à leurs filets, pour être les citadelles de la foi.

La déifique et inépuisable vertu du puissant auteur de toutes choses et de l’Esprit sans cesse enflammé, habitant en toi, ô divin André ! sous la forme d’une langue de feu, te fit connaître comme le héraut des ineffables vérités.

André, digne à jamais de tout honneur , n’apporta point des armes de chair pour sa défense et pour la destruction des remparts terribles de son ennemi ; mais, couvert de la cuirasse, il amena soumises au Christ les nations que le Christ avait déjà rachetées de la captivité.

André, voyant le premier votre ineffable beauté, ô Jésus ! appela son frère à haute voix : Pierre, dit-il, homme brûlant de désirs, nous avons trouvé le Messie prédit dans la Loi et les Prophètes; viens, attachons-nous à la véritable Vie.

Tu as retrouvé, pour ta récompense, Celui que tu désirais, ô Apôtre André! Celui avec lequel tu as lié les gerbes de tes travaux, et tu les as dignement amassées ; c’est pourquoi nous te chantons un hymne de gloire.

Tu as désiré le Maître et tu l’as suivi, marchant à la vie sur ses traces, imitant ses souffrances jusqu’à la mort, ô André ! digne de tout honneur.

Tu as navigué tranquillement sur la mer spirituelle de la vie, ô Apôtre ! tu l’as parcourue avec la voile de l’Esprit, et la foi au Christ; c’est pourquoi tu es parvenu joyeux au port de vie pour les siècles des siècles.

Le Soleil spirituel s’étant couché par sa volonté sur la Croix, André, le grand et brillant flambeau de l’Église, le glorieux reflet de ce divin soleil, voulant disparaître aussi et s’éteindre dans le Christ, a été suspendu au bois.

Comme un disciple, le plus généreux de tous, de Celui qui volontairement fut attaché à la Croix, tu as suivi ton Maître jusqu’à la mort, tu es monté avec joie sur les sommets de la Croix, nous traçant, ô bienheureux Apôtre, la route qui mène aux cieux.

Réjouis-toi présentement, Bethsaïda : en toi, en ton sein maternel ont fleuri les deux lis odorants , Pierre «André, qui ont répandu dans tout l’univers comme une suave odeur la prédication de la foi, par la grâce du Christ dont ils ont partagé la Passion.

La cité des Pères te possède comme son pasteur et son divin gouverneur, comme son libérateur dans tous les dangers et sa sentinelle vigilante, ô André, plein de sagesse ! Elle t’offre des hommages reconnaissants ; et toi, prie sans cesse pour elle, afin qu’elle soit préservée de toute calamité.

 

    L’Église de Constantinople, si jalouse de la gloire de saint André, ne garda pas toujours le précieux dépôt de sa dépouille mortelle. Elle fut privée de ce trésor en 1210, lors de la prise de cette ville par les Croisés. Le Cardinal Pierre de Capoue, Légat Apostolique, transporta le corps du saint Apôtre dans la Cathédrale d’Amalfi, au royaume de Naples, où il repose encore, illustre par des miracles sans nombre et environné des témoignages de la vénération des peuples. On sait qu’à la même époque, les plus précieuses reliques de l’Église grecque passèrent, par un visible jugement de Dieu, entre les mains des Latins. Byzance méconnut ces redoutables avertissements, et persista dans l’orgueil de son schisme. Elle avait néanmoins conservé le Chef du saint Apôtre, sans doute parce que, dans les diverses Translations qui avaient eu lieu, il avait été réservé dans un reliquaire à part. Lors de la destruction de l’Empire Byzantin par les Turcs, la Providence disposa les événements de manière à enrichir l’Église de Rome d’une si précieuse relique. En 1462, le Chef de saint André fut donc apporté de Grèce par le célèbre Cardinal Bessarion, et le douze Avril de cette même année, Dimanche des Rameaux, l’héroïque Pape Pie II l’alla chercher en grande pompe jusqu’au Pont Milvius (Ponte Molle) et le déposa dans la Basilique de Saint-Pierre au Vatican, où il est encore aujourd’hui, près de la Confession du Prince des Apôtres. A l’aspect de ce Chef vénérable, Pie II se sentit transporté d’un enthousiasme religieux, et avant de lÈver un si glorieux fardeau pour l’introduire dans Rome, il prononça le magnifique discours que nous allons rapporter ici, comme un complément des éloges liturgiques que les diverses Églises ont prodigués à saint André :

    « Vous voici donc arrivé, ô très saint et très vénérable Chef du saint Apôtre ! La fureur des Turcs vous a chassé de votre asile, et vous venez demander un refuge à votre frère le a Prince des Apôtres. Non, ce frère ne vous fera point défaut ; et par la volonté du Seigneur, on pourra dire un jour à votre gloire : O heureux exil qui trouve un pareil secours ! Cependant, vous demeurerez avec votre frère, et vous partagerez ses honneurs.

    « Cette ville que vous voyez, c’est l’auguste Rome consacrée par le sang précieux de votre frère. Ce peuple qui vous entoure, c’est celui que le bienheureux Apôtre, votre frère plein de tendresse, aidé par saint Paul, le Vase d’élection, a régénéré en Jésus-Christ. Fils de votre frère, ces Romains sont vos nÈveux. Tous reconnaissent en vous le frère d’un père, un second père; tous vous vénèrent, vous honorent, vous rendent hommage et s’appuient sur votre a patronage en la présence du grand Dieu.

    « O très fortuné Apôtre André ! prédicateur de la vérité, défenseur de l’auguste Trinité, de quelle joie vous nous remplissez en ce moment où nous contemplons de nos yeux votre tête sacrée et vénérable, qui mérita qu’au jour de la Pentecôte, le saint Paraclet se reposât visiblement sur elle, sous l’apparence du feu !

    « O vous, Chrétiens, qui allez à Jérusalem pour honorer le Sauveur au lieu même où ses pieds se sont posés, voici le Trône de l’Esprit-Saint ! Ici s’arrêta l’Esprit du Seigneur ; ici a été vue la troisième personne de la Trinité; ici ont été des yeux qui souvent ont contemplé le Seigneur dans la chair. Cette bouche a fréquemment adressé la parole au Christ ; ces joues, il n’est pas douteux qu’elles n’aient plus d’une fois reçu les baisers de Jésus.

    « O Sanctuaire ineffable ! ô charité! ô piété! ô douceur de l’âme ! ô consolation de l’esprit ! ô qui ne sentirait, en une telle présence, ses entrailles s’émouvoir? Quel cœur ne s’embraserait ? Qui ne répandrait des larmes de joie, à l’aspect des tant vénérables et précieuses reliques de l’Apôtre du Christ ? Oui, nous nous réjouissons, nous tressaillons, nous jubilons de votre arrivée, ô très divin Apôtre André ! car nous ne doutons pas que vous ne soyez ici accompagnant votre Chef mortel, et que vous ne fassiez avec lui votre entrée dans Rome.

    « Sans doute, nous haïssons les Turcs, ennemis de la Religion chrétienne ; mais nous ne les haïssons pas de ce qu’ils ont été la cause de votre venue parmi nous. En effet, que pouvait-il nous arriver de plus fortuné que de contempler votre très honorable Chef, et d’être embaumes de son très-suave parfum ? Une seule chose nous attriste : c’est de ne pouvoir, à votre arrivée, vous rendre les honneurs dont vous êtes digne, ni vous recevoir comme le mérite votre excellente sainteté. Mais accueillez notre a désir, comprenez la sincérité de notre cœur, et souffrez avec bonté que nos mains indignes touchent vos ossements, et que nous, pécheurs, vous fassions cortège dans l’enceinte de la ville. Pénétrez donc dans cette sainte Cité, et soyez propice au peuple Romain. Qu’à tout le monde chrétien votre arrivée soit salutaire, votre entrée pacifique ; votre séjour au milieu de nous, heureux et fortuné. Soyez notre Avocat au ciel, et ensemble avec les bienheureux Apôtres Pierre et Paul, veillez paternellement sur tout le peuple chrétien, afin que, par votre intercession, les miséricordes de Dieu viennent sur nous; et si nos péchés, qui sont nombreux, ont provoqué son indignation, qu’elle retombe sur les Turcs impies et sur les nations barbares qui déshonorent le Seigneur Jésus-Christ. Amen. »

    C’est ainsi que la gloire de saint André est venue se confondre, dans Rome, avec celle de saint Pierre. Mais l’Apôtre de la Croix, dont la fête était autrefois décorée d’une Octave dans beaucoup d’Églises, compte aussi parmi ses titres d’honneur celui d’avoir été choisi pour Patron de l’un des Royaumes de l’Occident : l’Ecosse, aux jours de l’unité Catholique, s’était placée sous sa protection. Puisse-t-il s’en souvenir du haut du ciel, et préparer le retour de cette contrée à la véritable foi !

    Prions maintenant, en union avec l’Église, ce saint Apôtre dont le nom et la mémoire font la gloire de ce jour; rendons-lui honneur, et demandons-lui le secours dont nous avons besoin.

 

    C’est vous, ô bienheureux André ! que nous rencontrons le premier dans ce chemin mystique de l’Avent où nous marchons, cherchant notre divin Sauveur Jésus-Christ ; et nous remercions Dieu de ce qu’il a bien voulu nous ménager une telle rencontre. Quand Jésus, notre Messie, se révéla au monde, vous aviez déjà prêté une oreille docile au saint Précurseur qui annonçait son approche, et vous fûtes des premiers parmi les mortels à confesser , dans le fils de Marie, le Messie promis dans la Loi et les Prophètes. Mais vous ne voulûtes pas rester seul confident d’un si merveilleux secret, et bientôt vous fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre frère, et vous l’amenâtes à Jésus.

    Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le Messie, le Sauveur de nos âmes ; puisque vous l’avez trouvé, daignez donc aussi nous amener à lui. Nous mettons sous votre protection cette sainte carrière d’attente et de préparation qu’il nous reste à traverser, jusqu’au jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans le mystère de sa merveilleuse Naissance. Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir au milieu de cette nuit radieuse où il apparaîtra. Le baptême de la pénitence vous prépara à recevoir la grâce insigne de connaître le Verbe de vie ; obtenez-nous d’être vraiment pénitents et de purifier nos cœurs, durant ce saint temps, afin que nous puissions contempler de nos yeux Celui qui a dit : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu.

    Vous êtes puissant pour introduire les âmes auprès du Seigneur Jésus, ô glorieux André ! puisque celui-là même que le Seigneur devait établir Chef de tout le troupeau, fut présenté par vous a ce divin Messie. Nous ne doutons pas que le Seigneur n’ait voulu, en vous appelant à lui en ce jour, assurer votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de nouveau, chaque année, Celui en lequel vous vivez à jamais, viennent vous demander la voie qui conduit à lui.

    Cette voie, vous nous l’enseignez, est la voie de la fidélité, de la fidélité jusqu’à la Croix. Vous y avez marché avec courage ; et parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, vous avez aimé la Croix avec passion. Priez, ô saint Apôtre ! afin que nous comprenions cet amour de la Croix; afin que, l’ayant compris, nous le mettions en pratique. Votre frère nous dit dans son Épître : Puisque le Christ a souffert dans la chair, armez-vous, mes frères, de cette pensée. (I Petr. IV, I .) Vous, ô bienheureux André ! vous nous présentez aujourd’hui le commentaire vivant de cette maxime. Parce que votre Maître a été crucifié, vous avez voulu l’être aussi. Du haut de ce trône où vous vous êtes élevé par la Croix, priez donc, afin que la Croix soit pour nous l’expiation des péchés qui nous couvrent, l’extinction des flammes mondaines qui nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par l’amour à Celui que son amour seul y a attaché.

    Mais, quelque importantes et précieuses que soient pour nous les leçons de la Croix, souvenez-vous, ô grand Apôtre ! que la Croix est la consommation, et non le principe. C’est le Dieu enfant, c’est le Dieu de la crèche qu’il nous faut d’abord connaître et goûter ; c’est l’Agneau de Dieu que vous désigna saint Jean, c’est cet Agneau que nous avons soif de contempler. Le temps présent est celui de l’Avent, et non celui de la dure Passion du Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour le jour du combat ; mais ouvrez-le en ce moment à la componction et à la tendresse. Nous plaçons sous votre patronage le grand œuvre de notre préparation à l’Avènement du Christ en nos cœurs.

    Souvenez-vous aussi, bienheureux André, de la sainte Église dont vous êtes une des colonnes, et que vous avez arrosée de votre sang ; lÈvez vos mains puissantes pour elle, en présence de Celui pour lequel elle milite sans cesse. Demandez que la Croix qu’elle porte en traversant ce monde soit allégée, et priez aussi afin qu’elle aime cette Croix, et qu’elle y puise sa force et son véritable honneur. Souvenez-vous en particulier de la sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, et lui obtenez la victoire et la paix par la Croix, à cause du tendre amour qu’elle vous porte. Visitez de nouveau, dans votre Apostolat, l’Église de Constantinople, qui a perdu la vraie lumière avec l’unité, parce qu’elle n’a pas voulu rendre hommage à Pierre, votre frère, que vous avez honoré comme votre Chef, pour l’amour de votre commun Maître. Enfin, priez pour le royaume d’Écosse, qui depuis trois siècles a oublié votre douce tutelle ; obtenez que les jours de l’erreur soient abrégés, et que cette moitié de l’Île des Saints rentre bientôt, avec l’autre, sous la houlette de l’unique Pasteur.

 

    Nous terminerons cette journée par une prière au Christ que nous attendons, célébrant son Avènement prochain par cette Hymne antique et vénérable.

HYMNE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

(Bréviaire mozarabe dans l’Hymnaire.)

Gaudete, flores Martyrum ! Salvete, plebes gentium, Visum per astra mittite, Sperate signum gloriae.

Voces Prophetarum sonant,Venire Jesum nuntiant, Redemptionis praevia Qua3 nos redemit gratia.

Hic mane nostrum promicat. Et corda laeta exaestuant, Cum vox fidelis personat

Praenuntiatrix gloriam. Tantae salutis gaudium,

Quo est redemptum saeculum, Exceptionis inclytum Abhinc ciamus canticum. Adventus hic primus fuit,

Punire quo non saeculi Venit, sed ulcus tergere, Salvando quod perierat. At hunc secundus praemonet,

Adesse Christum januis Sanctis coronas reddere, Coelique regna pandere.

Aeterna lux promittitur, Sidusque salvans promitur ; Jam nos jubar praefulgidum Ad jus vocat coelestium.

Te, Christe, solum quaerimus Videre sicut es Deus, Ut laeta nos haec visio Èvellat omni tartaro.

Quo dum Redemptor veneris, Cum candidato Martyrum Globo adunes coelibi Nos tunc beato coetui.

Deo Patri sit gloria, Ejusque soli Filio, Cum Spiritu Paraclito, Et nunc et in perpetuum.

 

Réjouissez-vous, fleurs des Martyrs ! Et vous, familles des nations, salut! élÈvez vos regards vers les cieux, votre espérance vers l’étoile de gloire.

Les voix des prophètes retentissent ; elles annoncent que Jésus vient ; c’est le prélude de la Rédemption, de la grâce qui nous a rachetés.

Déjà notre aurore étincelle, et tous les cœurs tressaillent d’allégresse, quand éclate la voix fidèle des hérauts de Celui qui est notre gloire.

Que la joie d’une si grande délivrance, qui doit être la rédemption du monde, nous inspire le cantique solennel de la venue du Rédempteur.

Au premier Avent, Jésus vient, non point punir le siècle de ses misères, mais le guérir en sauvant ce qui était perdu.

Le second Avent nous montre le Christ déjà à la porte, prêt à rendre aux saints leurs couronnes, et à ouvrir les royaumes du ciel.

L’éternelle lumière est promise , l’astre du salut rayonne ; déjà son éblouissant éclat nous convie à prendre place au ciel.

C’est vous seul, ô Christ ! que nous cherchons, vous, ô Dieu ! que nous voulons voir comme vous êtes ; et cette ravissante vision nous arrachera aux terreurs de l’Enfer ;

Afin qu’au jour où vous viendrez, ô Rédempteur ! escorté des blanches légions des Martyrs, vous nous réunissiez à cette troupe pure et triomphante.

A Dieu le Père soit la gloire, et à son Fils unique, avec l’Esprit Paraclet, et maintenant et à jamais.

Premier décembre

    

    L’Église Romaine ne célèbre en ce jour la fête particulière d’aucun Saint; elle y fait simplement l’Office de la Férie, à moins que le premier Dimanche de l’Avent ne vienne à tomber précisément aujourd’hui. Dans ce cas, on devra recourir au Propre du Temps, où se trouve tout au long l’Office de ce Dimanche.

    Quatre mille ans d’attente ont précédé cet Avènement, et ils sont figurés dans les quatre Semaines qu’il nous faut traverser avant d’arriver à la glorieuse Nativité de notre Sauveur. Considérons la religieuse impatience dans laquelle ont vécu tous les Saints de l’ancienne Alliance, qui se transmirent de génération en génération une espérance dont ils ne pouvaient que saluer de loin le divin objet. Traversons par la pensée cette longue suite des témoins de la promesse : Adam et les premiers Patriarches antérieurs au déluge ; Noé, Abraham, Isaac, Jacob, et les douze Patriarches du peuple hébreu ; Moïse , Samuel, David et Salomon ; puis les Prophètes et les Machabées ; et arrivons à Jean-Baptiste et à ses disciples. Ce sont là ces aïeux sacrés desquels le livre de l’Ecclésiastique nous dit : Louons nos pères, ces hommes pleins de gloire dont nous sommes les descendants (Eccli. XLiv, i) ; et dont l’Apôtre dit aux Hébreux : Ce sont là ceux dont la foi a été éprouvée^ mais qui n’ont cependant pas reçu l’objet des promesses ; Dieu ayant réservé pour nous son don excellent, et n’ayant pas voulu qu’ils arrivassent sans nous à Objet de leurs désirs. (Hebr. xi, 39, 40.)     

    Rendons hommage à leur foi, glorifions-les me nos Pères véritables dans cette foi même par laquelle ils ont mérité que le Seigneur qui les a éprouvés se souvînt enfin de ses promesses ; honorons-les aussi comme les ancêtres du Messie selon la chair. Entendons leur dernier cri sur la entiche funèbre, cet appel si solennel qu’ils faisaient à Celui qui seul pouvait détruire la mort : O Seigneur, je vais attendre votre Salut ! Salutare tuum exspectabo, Domine ! C’est Jacob lui-même, à sa dernière heure, qui suspend un moment les Bénédictions prophétiques qu’il répand sur ses enfants, pour jeter vers Dieu cette exclamation: « Et ayant fini son discours, il rapprocha ses pieds sur sa couche et mourut, et il fut réuni à son peuple », dit Moïse. (Genes., XLIX, 32.)

        Et tous ces saints hommes, en sortant de cette vie. allaient attendre, loin de la Lumière éternelle, Celui qui devait paraître en son temps et rouvrir la porte du ciel. Contemplons-les dans ce lieu d’attente, et rendons gloire et amour au Dieu qui nous a conduits à son admirable lumière, sans nous faire passer par ces ombres ; mais prions ardemment pour la venue du Libérateur qui enfoncera, avec sa croix, les portes de la prison, et l’illuminera des rayons de sa gloire ; et puisque, dans ce saint temps, l’Église, par notre bouche, emprunte si souvent les expressions enflammées de ces Pères du peuple Chrétien pour appeler le Messie, adressons-nous aussi à eux pour être aidés de leur intercession dans le grand œuvre de la préparation de nos cœurs à Celui qui doit venir.

    Nous emprunterons pour cet effet à l’Église grecque le beau chant par lequel elle célèbre la mémoire de tous les Saints de l’ancienne Loi, au Dimanche qui précède immédiatement la fête de Noël.

 

HYMNE POUR LA FÊTE DES SAINTS AÏEUX,

(Tirée des Menées des Grecs.)

Avorum hodie, Fidèles, perficientes memorias, rehymnificemus Christum Redemptorem, qui illos magnificavit in omnibus gentibus, et qui incredibilia in eis per fidem operatus est : Dominum, utpote fortem et potentem ; et ex illis manifestavit virgam potentiae nobis, unicam virum nescientem et Deiparam, Mariam castam, ex qua flos prodiit, Christus germinans omnibus vitam, et salutem aeternam.

Tu es qui sanctos pueros ex igné libérasti, Domine, et ex ore leonum Daniel ; qui Abraham benedixisti, et Isaac servum tuum, et filium ejus Jacob, qui dignatus es ex illorum semine nasci apud nos, ut prius lapsos salvares proavos nostros, crucifigi autem et sepeliri ; et rupisti mortis vincula, et consurgere facis omnes qui a saeculo inter mortuos erant, adorantes tuum , Christe , regnum aeternum.

Adam primum veneremur, manu honoratum Creatoris et omnium nostrum proavum, jam nunc habitantem in cœlestibus tabernaculis, inter sanctos electos quiescentem.

Abel dona proferentem mente generosa, admisit omnium Deus et Dominus;. eumque homicida olim manu peremptum, in altum recepit ad lumen, ut divinum Martyrem.

Canitur in mundo Seth pro suo erga Creatorem ardore : nam in irreprehensibili vita: ratione et animas dispositione illum vere sanavit ; et in regione vivorum clamât : Sanctus es, Domine.

Ore et lingua et corde Enos admirabilis cognominatus prophetice, in omnium Dominum speravit in spiritu, et optime vita in terris acta, gloriosus decessit.

Sacris eloquiis et orationibus Henoch beatum praedicemus ; qui, cum Deo placuisset, translatus est in gloriam, visus, ut fertur, mortem superasse, sicut Dei servus fidelissimus.

Laudem proferamus Deo, honorantes melodiis Noe, qui fuit justus : in omnibus enim divinis mandatis ornatus^ visus est Christo beneplacitus ; cui canamus cum fide : Gloria virtuti tuae. Domine.

Videns tuam Deus nobilem indolem et mentis tuae sinceritatem, et te in omnibus, Noe, perfectum, secundi mundi ducem te signât, salvantem ex omni génère contra diluvium, sensibile semen, ut ipse mandaverat.

Noe, Dei legem incorruptam servantem, justumque inventum in generatione sua, et qui lignea salvavit olim in arca irrationabilia genera, ordinatione omnimoda, beatum piis praedicemus hymnis.

Vinum compunctionis nobis scaturire facit honorantibus te, Noe béate, memoria tua, laetificans et animas et corda undique beatificantium sincère mores tuos honestos, et divinam agendi rationem. Laudibus honoretur Sem, qui fructificare fecit paternam benedictionem, et ante Deum placidus demonstratus, et proavorum choris adscriptus, et in regione vivorum laetantissime requiescens.

Videre meruit, tamquam Dei amicus, Abraham diem Creatoris sui, plenus factus laetitiae paternae : hunc ergo recto corde honorantes, beatum dicamus omnes, ut Dei fidelem servum.

Vidisti, ut homini videre fas est, Trinitatem, et illam hospitatus es : unde mercedem recepisti hospitalitatis, factus immensarum gentium in fide Pater.

Typus Christi passionis factus es sapienter, Isaac beatissime, patris bona fide ad immolandum adducte : ideoque beatus effectus es et amicus Dei visus es fidelissimus, et cum omnibus justis sedem consecutus es.

Visus est Jacob omnium Dei servorum fidelissimus : ideoque pugnavit cum Angelo, in mente videns Deum, et nomen mutavit, dormiensque divinam contemplatus est scalam, cui insidebat Deus, carni in bonitate sua adhaerens.

Patris obedientiam cum amore amplectens Joseph in puteum demissus, tamquam illius prototypus venditur qui immolatus est, et in puteum demissus est Christus ; et Aegypto frumenta distribuens monstratus est , sapiens et justus effectus, rexque concupiscentiarum verissimus.

Légitime incessantium certamini tentationum luctatus, celebratus est Job Dei servus verissimus, mitis, vir sine malitia, rectus, perfectus, irreprehensibilis , clamans : Benedictus es , Deus.

In fide Moysen Aaronque et Hor honoremus, adhuc célébrantes Josue et Levi sanctissimum , Gedeonque et Samson, et clamemus : Deus Patrum, benedictus es.

Phalangem Deo gratam divinorum Patrum celebremus , Baruch et Nathan, et Eleazarum, Josiam et David, Jephte, Samuel qui anteacta videbat, et clamabat : Benedicat omnis creatura Dominum.

Laudem melodiae Dei Prophetis feramus, célébrantes Osee, Michaeam, Sophoniam et Habacum, Zachariam, Jonam, Aggaeum et Amos, et cum Abdia , Malachia, Nahum, Isaiam, et Jeremiam, et Ezechiel , et simul Daniel, Eliam et Elisaeum.

Fortitudine tua Domine, virtutes operatae sunt sorores nostrae , Anna, Judith et Debbora, Olda, Jahelque, et Esther , Sara , Maria Moysis , et Rachel , et Rebecca, et Ruth, magnanimes.

Venite omnes , cum fide panegyrim dicamus Patribus ante Legem : Abrahae, et eorum qui cum illo sunt festivam memoriam celebremus ; Judae tribum digne honoremus ; Juvenes in Babylone qui flammam in camino exstinxerunt, ut,Trinitatis typum, cum Daniele celebremus ; Prophetarum vaticinia tuto servantes, cum Isaia magna voce clamemus : Ecce Virgo in utero concipiet et pariet filium, Emmanuel, quod est, Nobiscum Deus.

 

Célébrons, en ce jour, ô Fidèles, la mémoire des Aïeux , chantons un nouveau cantique au Christ Rédempteur qui les a glorifiés parmi tous les peuples, et qui a opéré par leur foi d’incroyables prodiges, le Seigneur fort et puissant. Il nous a manifesté par eux le sceptre de sa puissance, la Femme unique, celle qui ne connut point d’homme. la Mère de Dieu, la chaste Marie, de laquelle est sortie la divine fleur, le Christ qui donne à tous la vie et le salut éternel.

C’est vous qui avez délivré les saints Enfants de la fournaise, ô Seigneur, et Daniel de la gueule des lions ; qui avez béni Abraham, Isaac votre serviteur, et son fils Jacob; qui avez daigné naître parmi nous de leur sang pour sauver nos aïeux déchus aux premiers jours ; qui avez été crucifié, ensÈveli ; qui avez rompu les liens de la mort, et avez ressuscité tous ceux qui adoraient, ô Christ, votre règne éternel.

Vénérons, avant tous les autres, Adam honoré de la main de Dieu et notre premier père à tous, habitant présentement dans les célestes tabernacles, reposant parmi les saints Élus.

Le Dieu et Seigneur de toutes choses a daigné accueillir Abel, qui, d’un cœur généreux, lui offrait des présents ; immolé autrefois par une main homicide, il a été reçu à la céleste lumière comme le divin Martyr.

Seth est chanté dans tout l’univers pour son zèle ardent envers le Créateur, qui le sauva en récompense de sa vie irréprochable et de l’admirable disposition de son âme ; et voilà qu’il s’écrie dans la région des vivants : Vous êtes Saint, ô Seigneur !

Enos, que ses entretiens et son âme divine ont fait surnommer l’admirable, espéra en esprit dans le Seigneur de toutes choses, et mourut plein de gloire après une vie passée sur la terre en faisant le bien.

Célébrons par de sacrés cantiques et de ferventes prières la bienheureuse mémoire d’Hénoch, lequel ayant plu au Seigneur, fut transporté dans la gloire, paru supérieur à la mort, ainsi qu’il est écrit ; étant de Dieu le serviteur le plus fidèle.

Rendons à Dieu nos louanges, et célébrons dans nos chants Noé qui fut juste et qui,honoré en toutes des divins commandements, fut agréable au Christ, auquel nous chanterons avec foi : Gloire à votre puissance, ô Seigneur !

Dieu, voyant tes : qualités, et la sincérité de ton âme, et ta grande perfection, ô Noé, te fait paraître comme le Père d’un second monde, toi qui sauvas du déluge les races des animaux divers, ainsi qu’il te l’avait commandé.

Chantons par de pieux cantiques la bienheureuse mémoire de Noé, qui conserva intacte la loi de Dieu, qui fut trouvé juste en sa génération, et qui par un merveilleux arrangement sut conserver autrefois dans une arche de bois les espèces différentes des animaux privés de raison.

Ta joyeuse mémoire, ô bienheureux Noé, répand en nous, qui t’honorons à cette heure, le vin de la componction, lequel réjouit et nos âmes et nos cœurs, pendant que nous exaltons avec sincérité l’admirable intégrité de tes mœurs et ta vie toute divine.

Honorons encore de nos louanges Sem qui fit fructifier la bénédiction paternelle; dont la douceur fut agréable à Dieu, et qui, réuni aux chœurs des aïeux, repose plein de joie en la région des vivants.

Abraham, l’ami de Dieu, mérita de voir le jour de son Créateur, et d’être rempli comme ses pères d’une joie ; honorons-le en la sincérité de nos cœurs, disons-le tous bienheureux et fidèle serviteur de Dieu.

Autant qu’il est permis à un homme de la voir, tu as vu la Trinité, et lui as offert l’hospitalité ; et tu en as été pensé en dÈvenant le Père dans la foi de nations innombrables.

Tu fus, par un sage conseil de Dieu, le type du Christ souffrant, ô bienheureux Isaac! conduit parla foi simple de ton père, pour être offert en sacrifice ; c’est pourquoi tu es dÈvenu bienheureux et fidèle ami de Dieu, tu as mérité de avec les justes en ses saints tabernacles.

Jacob fut le plus fidèle des serviteurs de Dieu ; c’est pourquoi il lutta avec l’Ange, vit Dieu en esprit, et changea de nom ; il vit en dormant la divine échelle au haut de laquelle était assis le Dieu qui, dans sa bonté, s’est appuyé sur notre chair.

Joseph , suivant avec amour le précepte de son père, est jeté dans la citerne, et vendu comme le prototype de Celui qui a été immolé et jeté dans la citerne, le Christ. Il fut le sauveur de l’Égypte et le sage distributeur des blés; il fut juste et le vrai roi de ses passions.

Job a reçu de justes éloges pour la lutte qu’il soutint contre la tentation incessante à laquelle il fut soumis ; il fut de Dieu le serviteur sincère, homme doux, sans nulle malice, d’une grande droiture et perfection non pareille , et sans nul reproche : Vous êtes béni, ô mon Dieu !

Honorons en la foi Moïse, Aaron et Hor, puis Josué et Lévi le très saint, et Samson ; et disons à haute voix : Vous êtes béni, ô Dieu de nos Pères!

Célébrons la phalange chère au Seigneur des divins Pères, Baruch, Nathan et Eléazar, Josias et David, Jephté et Samuel qui lisait dans le passé et s’écriait : Que toute créature bénisse le Seigneur !

Louons encore dans nos chants les Prophètes de Dieu : Osée, Michée, Sophonie, Habacuc, Zacharie, Jonas, Aggée et Amos, Abdias, Malachie, Nahum, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel, Élie et Élisée.

Elles opérèrent aussi par votre vertu, Seigneur, des prodiges de courage, nos sœurs Anne, Judith, Debbora, Olda, Jahel, Ester, Sara, Marie, sœur de Moïse, Rachel et Rébecca, et Ruth, femmes magnanimes.

Venez tous, exaltons avec foi les louanges des anciens Père, avant la loi : célébrons la mémoire d’Abraham et de tous ceux qui l’accompagnent ; honorons la tribu de Juda, et les jeunes hommes, image de la Trinité, qui, dans Babylone, éteignirent les flammes de la fournaise ; célébrons avec eux Daniel; gardons religieusement les oracles des Prophètes ; crions à haute voix avec Isaïe : Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un fils, l’Emmanuel, c’est-à-dire, le Dieu avec nous.

 

REPONS DE L’AVENT.

(Bréviaire romain, au Ier Dimanche de l’Avent, à Matines.)

R. Adspiciens a longe, ecce video potentiam Dei venientem et nebulam totam terram tegentem : * Ite obviam ei, et dicite : * Nuntia nobis si tu es ipse, * Qui regnaturus es in populo Israël.

V. . Quique terrigenae et filii hominum, simul in unum dives et pauper, * Ite obviam ei et dicite :

V. Qui régis Israël intende, qui deducis velut ovem Joseph ; * Nuntia nobis si tu es ipse.

V. Tollite portas, principes, vestras, et elevamini, portae aeternales. et introibit Rex gloriae, * Qui regnaturus es in populo Israël.

 

R/. Portant au loin ma vue, je vois la puissance de Dieu qui vient, et une nuée qui couvre toute la terre : * Allez au-devant de lui, et dites : * Apprenez-nous si c’est vous-même, * Qui dÈvez régner sur le peuple d’Israël.

V/. Vous, enfants de la terre, et vous, fils des hommes ; vous tous ensemble, riches et pauvres,

* Allez au-devant de lui et dites :

V/. Vous qui gouvernez Israël, écoutez-nous ; vous qui conduisez Joseph comme une brebis ;

* Apprenez-nous si c’est vous-même.

V/. O Princes, ouvrez vos portes ; élÈvez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera :

* Celui qui doit régner sur le peuple d’Israël.

 

2 décembre. Sainte Bibiane, vierge et martyre

 

    Au temps de l’Avent, l’Église célèbre entre autres la mémoire de cinq illustres Vierges. La première, sainte Bibiane, que nous fêtons aujourd’hui, est romaine ; la seconde, sainte Barbe, est l’honneur des Églises de l’Orient ; la troisième, sainte Eulalie de Mérida, est l’une des principales gloires de l’Église d’Espagne ; la quatrième, sainte Lucie, appartient à l’heureuse Sicile ; la cinquième enfin, sainte Odile, est réclamée parla France. Ces cinq Vierges prudentes ont allumé leur lampe et ont veillé, attendant l’arrivée de l’Époux ; et si grande a été leur constance et leur fidélité, que quatre d’entre elles ont versé leur sang pour l’amour de Celui qu’elles attendaient. Fortifions-nous par un si grand exemple ; et puisque, comme parle l’Apôtre, nous n’avons pas encore résisté jusqu’au sang; n’allons pas plaindre notre peine et nos fatigues durant les veilles du Seigneur, que nous poursuivons dans l’espoir de le voir bientôt : mais instruisons-nous aujourd’hui par les glorieux exemples de la chaste et courageuse Bibiane.

    Bibiana, Virgo romana, nobili génère nata , Christiana fide nobilior fuit. Ejus enim pater Flavianus sub Juliano Apostata impiissimo tyranno ex praefectus, servilibusque notis compunctus, ad Aquas Taurinas deportatus, martyr occubuit. Mater Dafrosa, et filiae primum conclusae domi , ut inedia conficerentur , mox relegata mater extra Urbem capite plexa est. Mortuis autem piis parentibus, Bibiana cum sorore sua Demetria bonis omnibus spoliatur. Apronianus, Urbis Praetor, pecuniis inhians, sorores persequitur » quas humana prorsus ope destitutas, Deo mirabiliter qui dat escam esurientibus enutriente, cum vivaciores vegetioresque conspexisset, vehementer est admiratus.

Suadet nihilominus Apronianus, ut venerentur deos Gentium ; amissas ideo opes, Imperatoris gratiam, praeclarissimas nuptias consecuturae. Si secus fecerint, minatur carceres, virgas, secures. At illae neque blanditiis, neque minis a recta fide déclinantes, paratae potius mori quam fœdari moribus ethnicorum, Praetoris impietatem constantissime detestantur. Quare Demetria ob oculos Bibianae repente corruens, obdormivit in Domino : et Bibiana Rufinae mulieri vaferrimae seducenda traditur : quae ab incunabulis edocta Christianas leges, et illibatum servare virginitatis florem, seipsa fortior, feminae superavit insidias, et Praetoris astus delusit.

Nihil autem proficiente Rufina, quae praeter dolosa verba, illam quotidie verberibus affligebat, ut de sancto proposito dimoveret, spe sua frustratus Praetor , accensus ira, quod in Bibiana perdidisset operam , a lictoribus eam denudari, vinctisque manibus columnae alligari, eamque plumbatis caedi jubet, donec efflaret animam. Cujus sacrum corpus objectum canibus iduo jacuit in foro Tauri, illaesum tamen, et divinitus servatum ; quod deinde Joannes Presbyter sepelivit noctu juxta sepulcrum sororis et matris ad palatium Licinianum, ubi usque in praesens exstat ecclesia Deo sanctae Bibianae nomine dicata, quam Urbanus Octavus instauravit, sanctarum Bibianae, Demetriae et Dafrosae corporibus in ea repentis, et sub ara maxima collocatis.

 

    Bibiane, Vierge romaine, d’une illustre naissance, fut encore plus illustre par la foi chrétienne; car, sous Julien l’Apostat, tyran très impie , Flavien , son père, qui avait été préfet, fut dégradé, marqué de la flétrissure des esclaves, et relégué aux Eaux Taurines, où il mourut martyr. Sa mère Dafrosa, condamnée d’abord à rester avec ses filles en sa demeure pour y mourir de faim, fut plus tard reléguée hors de Rome et décollée. Après la mort de ses pieux parents, Bibiane fut dépouillée de tous ses biens ; sa sœur Demetria éprouva le même sort. Apronianus, Préteur de la ville, qui convoitait leurs trésors, se mit à persécuter les deux sœurs, lesquelles ayant été enfermées dans un lieu où elles étaient dénuées de tout secours humain, furent merveilleusement nourries par le Dieu qui donne l’aliment à ceux qui ont faim, et reparurent plus fortes et plus florissantes ; ce qui étonna grandement le Préteur.

Cependant il essaya de les portera honorer les dieux des Gentils, promettant de leur faire obtenir leurs richesses perdues, Il faveur de l’Empereur et de brillantes alliances ; les menaçant, si elles refusaient, de la prison, des fouets et de la hache. Ni caresses ni menaces n’ébranlèrent leur foi ; et, préférant mourir plutôt que de se souiller par les superstitions païennes, elles repoussèrent avec indignation et constance les propositions impies du Préteur. C’est pourquoi Démétria,frappée sous les yeux de Bibiane, mourut et s’endormit dans le Seigneur. Bibiane fut livrée à une femme très habile dans l’art de séduire, nommée Rufina. Mais la vierge, instruite dès l’enfance à garder la loi chrétienne, et à conserver sans tache la fleur de virginité, s’élevant au-dessus d’elle-même, triompha de cette femme artificieuse, et déjoua la perfidie du Préteur.

Ainsi ce fut en vain que Rufina, pour ébranler son généreux propos, employa chaque jour avec les paroles caressantes la violence des coups. Trompé dans son attente, le Préteur, irrité d’être vaincu par Bibiane, commanda à ses licteurs de la dépouiller, de l’attacher à une colonne, les mains liées, et de la battre à coups de lanières plombées jusqu’à ce qu’elle expirât. Son corps sacré demeura deux jours sur la place du Taureau, abandonné aux chiens ; mais, divinement préservé, il ne reçut aucun outrage. Un prêtre nommé Jean ensÈvelit Bibiane pendant la nuit, à côté du tombeau de sa sœur et de sa mère, près du palais de Licinius, où est encore à présent une église consacrée à Dieu sous le nom de la Sainte. Urbain VIII la répara, y avant découvert les corps des saintes Bibiane, Démétria et Dafrosa, qu’il plaça sous le grand autel.

 

    O vierge très prudente, Bibiane ! vous avez traversé sans faiblir la longue veille de cette vie; et l’huile ne manquait pas à votre lampe, quand soudain l’Époux est arrivé. Vous voici maintenant, pour l’éternité, dans le séjour des noces éternelles, où le Bien-Aimé paît au milieu des lis. Du lieu de votre repos, souvenez-vous de ceux qui vivent encore dans l’attente de ce même Époux dont les embrassements éternels vous sont réservés pour les siècles des siècles. Nous attendons la Naissance du Sauveur du monde, qui doit être la fin du péché et le commencement de la justice; nous attendons la venue de ce Sauveur dans nos âmes, afin qu’il les vivifie et qu’il se les unisse par su;; amour ; nous attendons enfin le Juge des vivants et des morts. Vierge très sage, fléchissez, par vos tendres prières, ce Sauveur, cet Époux, ce Juge; afin que sa triple visite, opérée successivement en nous, soit pour nous le principe et la consommation de cette union divine à laquelle nous devons tous aspirer. Priez aussi, Vierge très fidèle, pour l’Église de la terre qui vous a enfantée à l’Église du ciel, et qui garde si religieusement vos précieuses dépouilles Obtenez-lui cette fidélité parfaite qui la rende toujours digne de Celui qui est son Époux aussi bien que le vôtre, et qui, l’ayant enrichie de ses dons les plus magnifiques et fortifiée des promesses les plus inviolables, veut cependant qu’elle demande et que nous demandions pour elle les grâces qui doivent la conduire au terme glorieux vers lequel elle aspire.

 

    Considérons aujourd’hui l’état de la nature dans la saison de l’année où nous sommes arrivés. La terre s’est dépouillée de sa parure accoutumée, les fleurs ont péri, les fruits ne pendent plus aux arbres, le feuillage des forêts est dispersé par les vents, la froidure saisit toute âme vivante ; on dirait que la mort est à la porte. Si du moins le soleil conservait son éclat, et traçait encore dans les airs sa course radieuse ! Mais, de jour en jour, il rétrécit sa marche. Après une longue nuit, les hommes ne l’aperçoivent que pour le voir bientôt retomber au couchant, à l’heure même où naguère ses feux brillaient encore d’un vif éclat ; et chaque jour voit s’accélérer la rapide invasion des ténèbres. Le monde est-il destiné à voir s’éteindre pour jamais son flambeau ? Le genre humain est-il condamné à finir dans la nuit ? Les païens le craignirent ;et c’est pourquoi, comptant avec terreur les jours de cette lutte effrayante de la lumière et des ténèbres, ils consacrèrent au culte du Soleil le vingt-cinquième jour de Décembre, qui lait le solstice d’hiver, jour après lequel cet astre, l’échappant des liens qui le retenaient, commence à remonter et reprend graduellement cette ligne triomphante par laquelle naguère il divisait le ciel en deux parts.

    Nous chrétiens, illuminés des splendeurs de la foi, nous ne nous arrêterons point à ces terreurs humaines: nous cherchons un Soleil auprès duquel le soleil visible n’est que ténèbres. Avec lui, nous pourrions défier toutes les ombres matérielles; sans lui, la lumière que nous croirions avoir ne peut que nous égarer et nous perdre. O Jésus! lumière véritable qui éclairez tout homme venant en ce monde, vous avez choisi, pour naître au milieu de nous, l’instant où le soleil visible est près de s’éteindre, afin de nous faire comprendre, par cette figure si frappante, l’état où nous étions réduits quand vous vîntes nous sauver en nous éclairant. « La lumière du jour baissait, dit saint Bernard dans son premier Sermon de l’Avent; le Soleil de justice avait presque disparu ; sur la terre, à peine restait-il une faible lueur et une chaleur mourante. Car la lumière de la divine connaissance était presque éteinte ; et par l’abondance de l’iniquité, la ferveur de la charité s’était refroidie. L’Ange n’apparaissait plus ; le Prophète ne se faisait plus entendre. L’un et l’autre étaient comme découragés par la dureté et l’obstination des hommes ; mais, dit le Fils de Dieu, c’est alors que j’ai dit : Me voici, 0 Christ ! ô Soleil de justice ! donnez-nous de bien sentir ce qu’est le monde sans vous ; ce que sont nos intelligences sans votre lumière, nos cœurs sans votre divine chaleur. Ouvrez les yeux de notre foi ; et pendant que ceux de notre corps seront témoins de la décroissance journalière de la lumière visible, nous songerons aux ténèbres de l’âme que vous seul pouvez éclairer. Alors notre cri, du fond de l’abîme, s’élèvera vers vous qui dÈvez paraître au jour marqué, et dissiper les ombres les plus épaisses, par votre victorieuse splendeur.

 

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

(Bréviaire Mozarabe, le Mercredi de la IIe Semaine de l’Avent, Capitula.)

    DOMINE Jesu Christe, qui assumpto homine, hominum susceptor effectus, in lucem gentium datus es ; aperi oculos cordium in te credentium populorum, atque abstrahe misericors de conclusione religatos adhuc vinculis diffidentiae : et quos in domo carceris detineri conspicis in tenebris ignorantiae , tuae , quaesumus, scientiae irradies splendore.

 

Seigneur Jésus-Christ, qui, ayant pris la nature humaine et étant dÈvenu le Sauveur des hommes, avez été donné pour être la lumière des nations, ouvrez les yeux du cœur des peuples qui croient en vous ; dans votre miséricorde, tirez de la prison ceux que retiennent encore les liens de la défiance, et daignez illuminer par la splendeur de votre connaissance ceux que vous voyez encore retenus dans les ténèbres de la captivité.

 

3 décembre. Saint François-Xavier, confesseur, apôtre des Indes

 

    Les Apôtres ayant été les hérauts de l’Avènement du Christ, il convenait que le temps de l’Avent ne fût pas privé de la commémoration de quelqu’un d’entre eux. La divine Providence y a pourvu ; car parler de saint André, dont la fête est souvent déjà passée quand s’ouvre la carrière de l’Avent, saint Thomas se rencontre infailliblement chaque année aux approches de Noël. Nous dirons plus loin pourquoi il a obtenu ce poste de préférence aux autres Apôtres ; ici nous voulons seulement insister sur la convenance qui semblait exiger que le Collège Apostolique fournit au moins un de ses membres pour annoncer, dans cette partie du Cycle catholique, la venue du Rédempteur. Mais Dieu n’a pas voulu que le premier apostolat fût le seul qui parût en tète du Calendrier liturgique; grande est aussi, quoique inférieure, la gloire de ce second Apostolat par lequel l’Epouse de Jésus-Christ multiplie ci ses enfants, dans sa vieillesse féconde, comme parle le Psalmiste. (Psalm. XCI, 15.) Il est encore présentement des Gentils à évangéliser ; la venue du Messie est loin d’avoir été annoncée à tous les peuples ; mais, entre les vaillants messagers du Verbe divin qui, dans ces derniers siècles, ont l’ait éclater leur voix au milieu des nations infidèles, il n’en est point qui ait brillé d’une plus vive splendeur, qui ait opéré plus de prodiges, qui se suit montré plus semblable aux premiers Apôtres, que le récent Apôtre des Indes, saint François Xavier.

    Et certes, la vie et l’apostolat de cet homme merveilleux furent l’objet d’un grand triomphe pour notre Mère la sainte Église catholique au temps où ils éclatèrent. L’hérésie, soutenue en toutes manières par la fausse science, par la politique, par la cupidité et toutes les mauvaises passions du cœur de l’homme, semblait toucher au moment de la victoire. Dans son audacieux langage, elle ne parlait plus qu’avec un profond mépris de cette antique Église appuyée sur les promesses de Jésus-Christ ; elle la dénonçait aux nations, et osait l’appeler la prostituée de Babylone, comme si les vices des enfants pouvaient obscurcir la pureté de leur mère. Dieu se montra enfin, et soudain le sol de l’Église apparut couvert des plus admirables fruits de sainteté. Les héros et les héroïnes se multiplièrent du sein même de cette stérilité qui n’était qu’apparente, et tandis que les prétendus réformateurs se montraient les plus vicieux des hommes, l’Italie et l’Espagne à elles seules brillèrent d’un éclat incomparable par les chefs-d’œuvre de sainteté qui se produisirent dans leur sein.

    Aujourd’hui c’est François Xavier ; mais plus d’une fois sur le Cycle nous verrons briller les nobles compagnons, les illustres compagnes, que la grâce divine lui suscita : en sorte que le XVI° siècle n’eut rien à envier aux siècles les plus favorisés des merveilles de la sainteté. Certes, ils ne l’inquiétaient pas beaucoup du salut des infidèles, ces soi-disant réformateurs qui ne songeaient qu’à anéantir le vrai Christianisme sous les ruines de ses temples ; et c’était à ce moment même qu’une société d’apôtres s’offrait au Pontife romain pour aller planter la foi chez les peuples les plus enfoncés dans les ombres de la mort. Mais, de tous ces apôtres, ainsi que nous venons de le dire, nul n’a réalisé le type primitif au même degré que le disciple d’Ignace. Rien ne lui a manqué, ni la vaste étendue des pays sillonnés par son zèle, ni les centaines de milliers d’infidèles qu’il baptisa de son bras infatigable, ni les prodiges de toute sorte qui le montrèrent aux infidèles comme marqué du sceau qu’avaient reçu ceux dont la sainte Liturgie nous dit : « Ce sont ceux-ci qui, vivant encore dans la chair, ont été les planteurs de l’Église. » L’Orient a donc vu, au XVI° siècle, un Apôtre venu de Rome toujours sainte, et dont le caractère et les œuvres rappelaient l’éclat dont brillèrent ceux que Jésus avait envoyés lui-même. Gloire soit donc au divin Époux qui a vengé l’honneur de son Épouse, en suscitant François Xavier, et en nous donnant en lui une idée de ce que furent, au sein du monde païen, les hommes qu’il avait chargés de la promulgation de son Évangile.

Lisons maintenant le détail abrégé des œuvres du nouvel apôtre dans le récit de la sainte Église.

    Franciscus in Xaverio diœcesis Pampelonensis nobilibus parentibus natus, Parisiis sancto Ignatio sese comitem et discipulum junxit. Ipso magistro, eo brevi dÈvenit, ut in rerum divinarum contemplatione defixus a terra aliquando sublimis elevaretur : quod illi sacrificanti coram populi multitudine aliquoties Èvenit. Has animi delicias magnis sui corporis cruciatibus merebatur. Nam, interdicto sibi,non carnis solum et vini,sed panis quoque triticei usu, vilibus cibis vesci solitus, per biduum subinde triduumque omni

prorsus alimento abstinuit. Ferreis in se flagellis ita saeviit, ut saepe copioso cruore difflueret : somnum brevissimum humi jacens capiebat.

Vitae austeritate ac sanctitate Apostolico muneri jam maturus, cum Joannes Tertius Lusitaniae rex aliquot nascentis Societatis viros a Paulo Tertio pro Indiis postulasset, sancti Ignatii hortatu ab eodem Pontifice ad tantum opus cum Apostolici Nuncii potestate deligitur. Eo appulsus, illico variarum gentium difficillimis et variis linguis divinitus instructus apparuit. Quin eum quandoque unico idiomate ad diversas gentes concionantem, unaquaeque sua lingua loquentem audivit. Provincias innumeras pedibus semper et saepe nudis peragravit. Fidem Japoniae et sex aliis regionibus invexit. Multa centena hominum millia ad Christum in Indiis convertit : magnosque Principes, Regesque complures sacro fonte expiavit. Et cum tam magna pro Deo ageret, ea erat humilitate, ut sancto Ignatio tunc Praeposito suo, flexis genibus scriberet.

Hunc dilatandi Evangelii ardorem multitudine et excellentia miraculorum Dominus roboravit. Caeco visum reddidit. Tantum marinas aquae signo crucis, convertit in dulcem, quantum quingentis vectoribus, qui siti adigebantur ad mortem, diu suffecit. Qua in varias quoque regiones asportata, aegri plurimi subito curati sunt. Plures mortuos revocavit ad vitam, inter quos pridie sepultum erui jussum e tumulo suscitavit, duosque alios dum efferebantur, apprehensa eorum manu, parentibus e feretro vivos restituit. Prophetiae spiritu passim afflatus, plurima et loco et tempore remotissima enuntiavit. Demum in Sanciano Sinarum insula, die secunda decembris obiit plenus meritis laboribusque confectus. Demortui cadaver viva calce per multos menses bis obrutum, sed penitus incorruptum, odore et sanguine manavit, et ubi Malacam delatum est, pestem saevissimam confestim exstinxit. Denique ubique terrarum novis maximisque fulgentem miraculis, Gregorius Decimus quintus Sanctis adscripsit.

 

    François, né à Xavier au diocèse de Pampelune, de parents nobles, se fit à Paris le compagnon et le disciple de saint Ignace. Sous un tel maître, il en vint bientôt à une contemplation si sublime des choses divines, que plus d’une fois on le vit élevé au-dessus de terre ; ce qui lui arriva à diverses reprises, en présence d’une multitude de peuple, pendant qu’il célébrait le saint Sacrifice. Il obtenait ces délices de l’âme par de grandes macérations de son corps ; car il s’interdisait non seulement l’usage de la chair et du vin, mais jusqu’au pain de froment, ne vivant que des plus vils aliments, et passant deux ou trois jours sans rien prendre. Il se flagellait si rudement avec des disciplines armées de fer, que souvent le sang coulait avec abondance ; il ne prenait qu’un sommeil très court, et encore sur la terre nue.

L’austérité et la sainteté de sa vie l’avaient rendu mûr pour les travaux apostoliques , quand Jean III, roi de Portugal, ayant demandé à Paul III, pour les Indes, quelques membres de la Société naissante, le Pape, par l’avis de saint Ignace, choisit François pour ce grand emploi, et lui donna les pouvoirs de Nonce Apostolique. A peine fut-il arrivé, qu’il apparut tout d’un coup miraculeusement initié aux langues très difficiles et très variées de ces diverses nations. Il arriva même quelquefois que, prêchant en une seule langue devant des nations différentes, chacune l’entendait parler la sienne. Il parcourut, toujours à pied, et souvent sans chaussure , d’innombrables provinces. Il introduisit la foi au Japon et dans six autres contrées. Il convertit dans les Indes plusieurs centaines de milliers de personnes. Il purifia dans le saint baptême de grands princes et nombre de rois. Et pendant qu’il faisait pour Dieu de si grandes choses, telle était son humilité , qu’il n’écrivait qu’à genoux à saint Ignace, son Général.

Dieu fortifia cette ardeur qu’il avait de propager l’Évangile, par de grands et nombreux miracles. François rendit la vue à un aveugle. Par un signe de croix il changea en eau douce de l’eau de mer, autant qu’il en fallut pour subvenir longtemps à un équipage de cinq cents hommes qui mouraient de soif. Cette eau, portée depuis en diverses contrées, guérit subitement un grand nombre de malades. Il ressuscita plusieurs morts, dont un, enterré de la veille, fut tiré de sa fosse; et deux autres qu’il prit par la main pendant qu’on les portait en terre, furent rendus vivants à leurs parents. Inspiré diverses fois pur l’esprit de prophétie, il révéla plusieurs événements éloignés de temps et de lieu. Enfin il mourut dans l’île de Sancian, le second jour de décembre, plein de mérites et épuisé de travaux. Son corps, ensÈveli à deux fois dans de la chaux vive, s’y conserva pendant plusieurs mois sans corruption; il en sortit même du sang et une odeur suave. Transporté à Malaca, son arrivée arrêta sur-le-champ une peste très violente. Enfin de nouveaux et très grands miracles ayant éclaté dans toutes les parties du monde par l’intercession de François, Grégoire XV le mit au rang des Saints.

 

    Glorieux apôtre de Jésus-Christ qui avez illuminé de sa lumière les nations assises dans les ombres de la mort, nous nous adressons à vous, nous Chrétiens indignes, afin que par cette charité qui vous porta à tout sacrifier pour évangéliser les nations, vous daigniez préparer nos cœurs à recevoir la visite du Sauveur que notre foi attend et que notre amour désire. Vous fûtes le père des nations infidèles ; soyez le protecteur du peuple des croyants, dans les jours où nous sommes. Avant d’avoir encore contemplé de vos yeux le Seigneur Jésus, vous le fîtes connaître à des peuples innombrables; maintenant que vous le voyez face à face, obtenez que nous le puissions voir, quand il va paraître, avec la foi simple et ardente de ces Mages de l’Orient, prémices glorieuses des nations que vous êtes allé initier à l’admirable lumière. (I Petr. II, 9.)

    Souvenez-vous aussi, grand apôtre, de ces mêmes nations que vous avez évangélisées, et chez lesquelles la parole de vie, par un terrible jugement de Dieu, a cessé d’être féconde. Priez pour le vaste empire de la Chine que votre regard saluait en mourant, et auquel il ne fut pas donné d’entendre votre parole. Priez pour le Japon, plantation chérie que le sanglier dont parle le Psalmiste a si horriblement dévastée. Obtenez que le sang des Martyrs, qui y fut répandu comme l’eau, fertilise enfin cette terre. Bénissez aussi, ô Xavier, toutes les Missions que notre Mère la sainte Église a entreprises, dans les contrées où la Croix ne triomphe pas encore. Que les cœurs des infidèles s’ouvrent à la lumineuse simplicité de la foi ; que la semence fructifie au centuple ; que le nombre des nouveaux apôtres, vos successeurs, aille toujours croissant ; que leur zèle et leur charité ne défaillent jamais : que leurs sueurs deviennent fécondes, que la couronne de leur martyre soit non seulement la récompense, mais le complément et la dernière victoire de leur apostolat. Souvenez-vous, devant le Seigneur, des innombrables membres de celle association par laquelle Jésus-Christ est annoncé dans toute la terre, et qui s’est placée sous voire patronage. Enfin priez d’un cœur filial pour la sainte Compagnie dont vous êtes la gloire et l’espérance. Qu’elle fleurisse de plus en plus sous le vent de la tribulation qui ne lui manqua jamais; qu’elle se multiplie, afin que par elle soient multipliés les enfants de Dieu ; qu’elle ait toujours au service du peuple chrétien de nombreux Apôtres et de vigilants Docteurs ; qu’elle ne porte pas en vain le nom de Jésus.

 

    Considérons l’état misérable du genre humain, au moment où le Christ va paraître. La décroissance des vérités sur la terre est terriblement exprimée par la décadence de la lumière matérielle en ces jours. Les traditions antiques vont de toutes pans s’éteignant ; le Dieu créateur de toutes es est méconnu dans l’œuvre même de ses mains; tout est dÈvenu Dieu, excepté le Dieu qui a tout fait. Ce hideux Panthéisme dévore la morale publique et privée. Tous les droits, hors celui du plus fort, sont oubliés ; la volupté, la cupidité, le larcin siègent sur les autels et reçoivent l’encens. La famille est anéantie par le divorce et l’infanticide ; l’espèce humaine est dégradée en masse par l’esclavage ; les nations même périssent par les guerres d’extermination. Le genre humain n’en peut plus ; et si la main qui l’a créé ne lui est de nouveau appliquée, il doit infailliblement succomber dans une dissolution honteuse et sanglante. Les justes qu’il contient encore, et qui luttent contre le torrent et la dégradation universelle, ne le sauveront pas ; car ils sont méconnus des hommes, et leurs mérites ne sauraient, aux yeux de Dieu, pallier l’horrible lèpre qui dévore la terre. Plus criminelle encore qu’aux jours du déluge, toute chair a corrompu sa voie ; néanmoins, une seconde extermination ne servirait qu’à manifester la justice de Dieu ; il est temps qu’un déluge miséricordieux s’épanche sur la terre, et que celui qui a fait le genre humain descende pour le guérir. Paraissez donc, ô Fils éternel de Dieu ! Venez ranimer ce cadavre, guérir tant de plaies, laver tant de souillures, rendre surabondante la Grâce, là où le péché abonde ; et quand vous aurez converti le monde à votre sainte loi, c’est alors que vous aurez montré à tous les futurs que c’est vous-même, ô Verbe du Père, qui êtes venu : car si un Dieu a pu seul créer le monde, il n’y avait non plus que la toute-puissance d’un Dieu qui pût, en l’arrachant à Satan et au péché, le rendre à la justice et à la sainteté.

 

RÉPONS DE L’AVENT.

(Bréviaire Romain, IVe Dimanche de l’Avent.)

R. Intuemini quantus sit iste, qui ingreditur ad salvandas gentes: ipse est Rex justitiae, * Cujus generatio non habet finem.

V. Praecursor pro nobis ingreditur, secundum ordinem Melchisedech Pontifex factus in aeternum ; * Cujus generatio non habet finem.

 

R/. Voyez combien est grand Celui qui vient pour sauver les nations. C’est lui qui est le Roi de justice ; * Et sa génération est éternelle.

V/. Il marche devant nous pour notre salut, ayant été établi Pontife éternel selon l’ordre de Melchisedech; Et sa génération est éternelle.

 

4 décembre. Saint Pierre Chrysologue, évêque et Docteur de l’Église

 

    La même Providence divine qui n’a pas permis que l’Église, au saint temps de l’Avent, fût privée de la consolation de fêter quelques-uns des Apôtres qui ont annoncé la venue du Verbe aux Gentils, a voulu aussi qu’à la même époque, les saints Docteurs qui ont défendu la vraie Foi contre les hérétiques, fussent pareillement représentés dans cette importante fraction du Cycle catholique. Deux d’entre eux, saint Ambroise et saint Pierre Chrysologue, resplendissent au ciel de la sainte Église, en cette saison, comme deux astres éclatants. Il est digne de remarque que tous deux ont été les vengeurs du Fils de Dieu que nous attendons. Le premier a vaillamment combattu les Ariens, dont le dogme impie voudrait faire du Christ, objet de nos espérances, une créature et non un Dieu ; le second s’est opposé à Eutychés, dont le système sacrilège détruit toute la gloire de l’Incarnation du Fils de Dieu, osant enseigner que, dans ce mystère, la nature humaine a été absorbée par la divinité.

    C’est ce second Docteur, le pieux Pontife de Ravenne, que nous honorons aujourd’hui. Son éloquence pastorale lui acquit une haute réputation, et il nous est resté un grand nombre de ses Sermons. On y recueille une foule de traits de la plus exquise beauté, bien qu’on y sente quelquefois la décadence de la littérature au V° siècle. Le mystère de l’Incarnation y est souvent traité, et toujours avec une précision et un enthousiasme qui révèlent la science et la piété du saint évêque. Son admiration et son amour envers Marie Mère de Dieu qui avait, en ce siècle, triomphé de ses ennemis par le décret du concile d’Éphèse, lui inspirent les plus beaux mouvements et les plus heureuses pensées. Nous citerons quelques lignes sur l’Annonciation :

    « A la Vierge Dieu envoie un messager ailé. C’est lui qui sera le porteur de la grâce ; il présentera les arrhes et en recevra le retour. C’est a lui qui rapportera la foi donnée, et qui, après avoir conféré la récompense à une si haute vertu, remontera en hâte porteur de la promesse virginale. L’ardent messager s’élance d’un vol rapide vers la Vierge ; il vient suspendre les droits de l’union humaine ; sans enlÈver la Vierge à Joseph, il la restitue au Christ à qui elle fut fiancée dès l’instant même où elle était créée 1 . C’est donc son épouse que le Christ reprend, et non celle d’un autre ; ce n’est pas une séparation qu’il opère, c’est lui qui se donne à sa créature en s’incarnant en elle.

    « Mais écoutons ce que le récit nous raconte de l’Ange. Étant entré près d’elle, il lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous. De telles paroles annoncent déjà le don céleste ; elles n’expriment pas un salut ordinaire. Salut ! c’est-à-dire : recÈvez la grâce, ne tremblez pas, ne songez pas à la nature. Pleine de grâce, c’est-à-dire : en d’autres réside la grâce, mais en vous résidera la plénitude de la grâce. Le Seigneur est avec vous : qu’est-ce à dire ? sinon que le Seigneur n’entend pas seulement vous visiter, mais qu’il descend en vous, pour naître de vous par un mystère tout nouveau. L’Ange ajoute : Vous êtes bénie entre toutes les femmes : pourquoi ? parce que celles dont Ève la maudite déchirait les entrailles, ont maintenant Marie la bénie qui se réjouit en elles, qui les honore , qui devient leur type. Ève, par la nature, n’était plus que la mère des mourants ; Marie devient, par la grâce, la mère des vivants 2 . »

    Dans le discours suivant, le saint Docteur nous enseigne avec quelle profonde vénération nous devons contempler Marie en ces jours où Dieu réside encore en elle. Quand il s’agit, dit-il, de l’appartement intime du roi, de quel mystère, de quelle révérence, de quels profonds égards ce lieu n’est-il pas entouré? L’accès en est interdit à tout étranger, à tout immonde, à tout infidèle. Les usages des cours disent assez combien doivent être dignes et fidèles les services que l’on y rend ; l’homme vil, l’homme » indigne seraient-ils soufferts à se rencontrer seulement aux portes du palais ? Lors donc qu’il s’agit du sanctuaire secret de l’Époux divin, qui pourrait être admis, s’il n’est intime, si sa conscience n’est pure, si sa renommée n’est honorable, si sa vie n’est vertueuse ? Dans cet asile sacré, où un Dieu possède la Vierge, la virginité sans tache a seule le droit de pénétrer. Vois donc, ô homme, ce que tu as, ce que tu peux valoir, et demande-toi si tu pourrais sonder le mystère de l’Incarnation du Seigneur, si tu as mérité d’approcher de l’auguste asile où repose encore en ce moment la majesté tout entière du Roi suprême, de la Divinité en personne. »

Mais il nous faut étudier l’éloquent Docteur dans le récit que la sainte Église nous fait de ses œuvres saintes.

 

    PETRUS, qui ob auream ejus eloquentiam Chrysologi cognomen adeptus est, Fore Cornelii in Aemilia honestis parentibus natus, a prima aetate animum ad religionem adjiciens, Cornelio Romano, tunc ejusdem urbis Corneliensis Episcopo, operam dédit: a quo etiam scientia et vitae sanctitate cum brevi profecisset, Diaconus creatus est. Postmodum contigit, ut Ravennates ob mortem Archipraesulis sui, alium ut moris erat ab eis electum, Romam ad sanctum Sixtum Papam Tertium pro confirmatione miserint una cum Legatis suis, et cum praedicto Gornelio, qui eumdem levitam secum perduxit Intérim sanctus Petrus Apostolus, et Martyr

Apollinaris, Summo Pontifici in somnis apparuerunt, mediumque habentes hunc iuvenem jusserunt, ut illum et non alium, in Archiepiscopum Ravennae crearet. Hinc Pontifex, mox ut vidit Petrum, cognovit eum a Domino Deo praeelectum : propterea rejecto illo quem ipsi offerebant, hunc solum anno Christi quadringentesimo trigesimo tertio, illi Metropolitanae praefecit Ecclesiae. Quod cum legati Ravennatenses aegre ferrent, audita visione divinae voluntate libenter acquiescentes, novum Archiepiscopum maxima cum rÈverentia susceperunt.

Petrus igitur, licet invitus, in Archiprœsulem consecratus Ravennam deducitur : ubi a Valentiniano Imperatore, et a Galla Placidia ejus matre, et ab universo populo maxima laetitia exceptus est. Et ille ab eis id unum petere dixit, ut quando tantum oneris pro ipsorum salute subire non recusaret, studerent ipsi monitis suis obtemperare, divinisque praeceptis non obsistere, Duorum Sanctorum tune ibi defunctorum corpora optimis unguentis condita sepelivit; Barbatiani videlicet Presbyteri, et Germani Antissiodorensis Episcopi, cujus etiam cucullam et cilicium sibi vindicavit in haereditatem. Projectum et Marcellinum Episcopos ordinavit. In Classe fontem exstruxit magnitudinis vere admirabilis, et templa quaedam magnifica aedificavit, tum beato Andreae Apostolo, tum aliis Sanctis. Ludos ab hominibus personatis cum variis saltationibus, calendis januarii fieri solitos, concione cohibuit acerrima» ubi inter alia illud praeclare dixit : Qui jocari voluerit cum diabolo, non poterit gaudere cum Christo. Jussu sancti Leonis Papae Primi scripsit ad Chalcedonense Concilium adversus haeresim Eutychetis. Respondit praeterea ad Eutychem ipsum et alia

Epistola, quae eidem Concilio in novis editionibus praefixa, et in Annales Ecclesiasticos relata fuit.

Dum publice sermones haberet ad populum, adeo vehemens erat in dicendo, ut prae nimio ardore vox illi interdum defecerit : sicut contigit in concione Haemorrhoissae. Unde Ravennates commoti, tot lacrymis clamoribus et orationibus locum replÈverunt, ut postea ipse gratias ageret Deo, quod in lucrum amoris verterit damnum ejusdem sermonis. Cum tandem annos circiter decem et octo eam Ecclesiam sanctissime rexisset, laborum suorum finem adesse divinitus praenoscens, in patriam se contulit; ubi sancti Cassiani templum ingressus, magnum diadema aureum, gemmis distinctum pretiosissimis offerens, super Altare majus posuit : necnon aureum craterem et patenam argenteam, quam tum rabidi canis morsus, tum febres sanare expertum est, aqua inde demissa. Ex tune Ravennates qui eumdem secuti fuerant dimisit, admonens, ut in eligendo optimo Pastore invigilarent attente. Mox Deum humiliter precatus, et sanctum Cassianum patronum, ut bénigne animam ejus exciperet, tertio nonas decembris, placide ex hac vita migravit, anno circiter quadringentesimo quinquagesimo. Sacrum ejus corpus communi totius civitatis fletu ac pietate prope corpus ejusdem sancti Cassiani honorifice conditum, nostris etiam temporibus religiose colitur: cujus tamen brachium auro et gemmis ornatum Ravennam delatum in Ursicana aede veneratur.

 

Pierre, surnommé Chrysologue, pour l’or de son éloquence, naquit à Forum Cornelii, dans l’Émilie, de parents honnêtes. Dès l’enfance, tournant son esprit vers la religion,il s’attacha à l’Évêque de cette ville,Cornelius, romain, qui le forma rapidement à la science et à la sainteté de la vie, et l’ordonna Diacre. Peu après, l’ArchÉvêque de Ravenne étant mort, comme les habitants de cette ville envoyèrent, selon l’usage, à Rome, le successeur qu’ils avaient élu solliciter du saint Pape Sixte III la confirmation de cette élection, Cornelius se joignit aux députés de Ravenne, et emmena avec lui son diacre. Cependant l’Apôtre saint Pierre et le Martyr saint Apollinaire apparurent en songe au Pontife romain, ayant au milieu d’eux un jeune lévite, et lui ordonnant de ne pas placer un autre que lui sur le siège archiépiscopal de Ravenne. Le Pontife n’eut pas plus tôt vu Pierre, qu’il reconnut en lui l’élu du Seigneur. Rejetant donc celui qu’on lui présentait, il promut, l’an de Jésus-Christ 433, le jeune lévite au gouvernement de cette Église métropolitaine. Les députés de Ravenne, offensés d’abord, ayant appris la vision, se soumirent sans peine à la volonté divine et acceptèrent avec le plus grand respect le nouvel ArchÉvêque.

Ainsi consacré ArchÉvêque contre son gré, Pierre fut conduit à Ravenne. où l’empereur Valentinien, Galla Placidia sa mère, et tout le peuple, l’accueillirent avec les plus grandes réjouissances. Pour lui, il déclara qu’ayant consenti à porter un si lourd fardeau pour leur salut, il n’exigeait d’eux, en compensation, qu’une seule chose, qui était de les voir obéir à ses avis avec zèle, et ne pas résister aux préceptes du Seigneur. Il ensÈvelit, après les avoir embaumés des parfums les plus excellents, les corps de deux saints morts en cette ville, le prêtre Barbatien, et aussi Germain, évêque d’Auxerre, dont il retint comme héritage la cuculle et le cilice. Il ordonna Évêques Projectus et Marcellin. Il fit creuser à Classe une fontaine d’une merveilleuse grandeur, et il bâtit quelques églises magnifiques au bienheureux Apôtre André et à d’autres saints. On célébrait, aux calendes de janvier, des jeux, accompagna de représentations théâtrales et de danses; il les abolit par la force de ses exhortations. Il dit alors entre autres choses remarquables: « Qui veut rire avec le diable, ne se réjouira pas avec le Christ. » Par l’ordre de saint Léon le Grand, il écrivit au Concile de Chalcédoine contre l’hérésie d’Eutychès, et adressa à l’hérésiarque lui-même une autre lettre qu’on a jointe aux Actes du Concile dans les dernières éditions, et qui est consignée dans les Annales Ecclésiastiques.

Dans ses homélies à son peuple, son éloquence était si véhémente, que parfois la parole lui manquait dans l’ardeur de sa prédication, comme il arriva à son sermon sur l’Hémorrhoïsse ; et il y eut dans l’assemblée émue tant de larmes, d’acclamations et de ferventes prières, que, depuis, le Saint rendait grâces à Dieu de ce que l’interruption de son discours eût tourné au profit de la charité. Il gouvernait très saintement cette Église, depuis environ dix-huit ans, lorsqu’ayant connu, par une lumière divine, que la fin de ses travaux approchait, il passa dans sa ville natale, se rendit à l’église de Saint-Cassien, et déposa sur le grand autel, en offrande, un grand diadème d’or enrichi de pierres précieuses, une coupe également d’or, et une patène d’argent qui donne à l’eau qu’on y répand, comme on l’a souvent éprouvé, la vertu de guérir les morsures de la rage et de calmer la fièvre. Cependant il renvoya à Ravenne ceux qui l’avaient suivi, en leur recommandant de veiller attentivement au choix d’un excellent pasteur. Puis, adressant d’humbles prières à Dieu, priant saint Cassien, son protecteur, de recevoir avec bonté son âme, il trépassa doucement, vers l’an 45o, le trois des nones de décembre. Son corps, qui fut ensÈveli avec pompe, au milieu des larmes et des prières de toute la ville, auprès de celui du même saint Cassien, y est encore de nos jours religieusement vénéré. L’un de ses bras, enchâssé dans l’or et les pierreries, a été transporté à Ravenne, où on l’honore dans la basilique Ursicane.

 

    Saint Pontife, dont la bouche d’or s’est ouverte dans l’assemblée des fidèles, pour faire connaître Jésus-Christ, daignez considérer d’un œil paternel le peuple chrétien qui veille dans l’attente de cet Homme-Dieu dont vous avez si hautement confessé la double nature. Obtenez-nous la grâce de le recevoir avec le souverain respect dû à un Dieu qui descend vers sa créature, et avec la tendre confiance que l’on doit à un frère qui vient s’offrir en sacrifice pour ses frères indignes. Fortifiez notre foi,ô très saint Docteur ! car l’amour qu’il nous faut procède de la foi. Détruisez les hérésies qui dévastent le champ du Père de famille ; confondez surtout l’odieux Panthéisme, dont l’erreur d’Eutychès est une des plus funestes semences. Éteignez-le enfin dans ces nombreuses chrétientés d’Orient qui ne connaissent l’ineffable mystère de l’Incarnation que pour le blasphémer, et poursuivez aussi parmi nous ce système monstrueux qui, sous une forme plus repoussante encore, menace de tout dévorer. Inspirez aux fidèles enfants de l’Église cette parfaite obéissance aux jugements du Siège Apostolique, dont vous donniez à l’hérésiarque Eutychès, dans votre immortelle Épître, une si belle et si utile leçon, quand vous lui disiez : « Sur toutes choses, nous vous exhortons, honorable frère, de recevoir avec obéissance les choses qui ont été écrites par le bienheureux Pape de la ville de Rome ; car saint Pierre, qui vit et préside toujours sur son propre Siège, y manifeste la vérité de la foi à tous ceux qui la lui demandent. »

 

4 Décembre. Sainte Barbe, vierge et martyre

 

    L’Église Romaine n’a consacré qu’une simple Commémoration à sainte Barbe, dans l’Office de saint Pierre Chrysologue ; mais elle a approuvé un Office entier à l’usage des Églises qui honorent spécialement la mémoire de cette illustre vierge. La Légende qui suit, quoique fort grave, n’a donc point l’autorité de celles qui sont promulguées pour toute l’Église dans le Bréviaire Romain. Nous n’en devons pas moins rendre nos hommages fervents à cette glorieuse Martyre, si célèbre dans tout l’Orient, et dont l’Église Romaine a depuis longtemps adopté le culte. Ses actes, pour n’être pas de la première antiquité, n’ont rien que de glorieux à Dieu et d’honorable à la Sainte. Nous avons relevé ci-dessus l’importance liturgique de sainte Barbe au temps de l’Avent. Rendons hommage à la fidélité avec laquelle cette Vierge attendit l’Époux, qui ne manqua pas à l’heure dite, et qui fut pour elle un Époux de sang, comme parle l’Ecriture, parce qu’il avait reconnu la force de son amour.

    BARBARA, Virgo Nicomediensis, Dioscori nobilis sed superstitiosi hominis filia, par ea quae visibilia facta sunt, ad invisibilia, divina opitulante gratia, facile pervenit. Quapropter soli Deo rebusque divinis vacare cœpit. Eam pater, utpote forma venustiori nitentem, a quocumque virorum occursu tutari cupiens, turri inclusit : ubi pia virgo meditationibus et precibus addicta, soli Deo quem sibi in sponsum elegerat, placere studebat. Oblata a pâtre pluries nobilium connubia fortiter sprevit. Pâtre vero per sui absentiam filias animum posse facilius emolliri confidens, jussit primo balneum exstrui, ne quid ei deesset ad commoditatem ; deinde peregre in exteras regiones profectus est.

ABSENTE patre, jussit Barbara duabus fenestris quae in turri erant, tertiam addi in honorem divinae Trinitatis, labiumque balnei sacro sanctae Crucis signo muniri : quod ubi rediens Dioscorus inspexit , audita novitatis causa, adeo in filiam excanduit ut stricto ense eam appetens , parum abfuerit ut eam dire confoderet ; sed praesto adfuit Deus ; nam fugienti Barbarae saxum ingens se patefaciens viam aperuit, per quam montis fastigium petere, et sic in specu latere potuit ; sed paulo post cum a nequissimo genitore reperta fuisset, ejus latera pedibus dorsumque pugnis immaniter percussit, et crinibus per loca difficilesque vias raptatam Marciano Praesidi puniendam tradidit. Itaque ab ipso omnibus modis, sed incassum tentata, nudam nervis caedi et inflicta vulnera testulis confricari, deinde in carcerem trahi praecepit: ubi immensa luce circumdatus ei Christus apparens, mirifice confortatam in passionum tolerantia confirmavit : quod animadvertens . Juliana matrona, ad fidem conversa ejusdem palmae particeps effecta est.

BARBARAE demum ferris unguibus membra laniantur, facibus latera incenduntur, et malleolis caput contunditur: quibus in cruciatibus consortem solabatur, et hortabatur ut ad finem usque constanter certaret. Praecisis tandem utrique uberibus, nudae per loca publica tractae, filiaeque cervicem ipse scelestissimus pater humanitatis expers, propriis manibus amputavit : eu jus fera crudelitas non diu inulta remansit ; nam statim eo ipso in loco fulmine percussus interiit. Corpus hujus beatissimae virginis Justinus Imperator Nicomedia auferens, Constantinopolim primum transportavit. Illud idem, cum in progressu temporis ab Imperatoribus Constantino et Basilio impetrassent Veneti, Constantinopoli deductum in sancti Marci Basilica fuit deinde solemniter collocatum. Postremo et ultimo, supplicantibus Torcellano Episcopo ejusque sorore Abbatissa, ad Ecclesiam monialium Sancti Johannis Evangelistae Torcellanae diœcesis, anno salutis millésime nono defertur : ubi et honorifice conditum, perpétue cultu ad praesens usque tempus summopere veneratur.

 

Barbe, Vierge de Nicomédie, fille à Dioscore, noble personnage, mais attaché aux superstitions païennes, parvint, à l’aide de la grâce divine, à connaître les choses invisibles par la vue de ce monde visible: c’est pourquoi elle ne voulut plus s’occuper que de Dieu seul et des choses divines. Son père. voulant, à cause du grand éclat de sa beauté, la soustraire aux regards des hommes, l’enferma dans une tour, où la pieuse vierge vivait dans la prière et la méditation, ne pensant qu’à plaire à Dieu seul, qu’elle avait choisi pour époux. Dioscore, à diverses reprises, lui offrit de nobles alliances qu’elle dédaigna généreusement. Pensant alors qu’en se séparant de sa fille, il pourrait plus facilement adoucir ses résistances, il fit construire un bain dans la tour qu’elle habitait, afin qu’elle eût toutes les commodités de la vie ; puis il partit pour une contrée lointaine.

Pendant l’absence de son père, Barbe fit ajouter aux deux fenêtres de sa tour, une troisième en l’honneur de la divine Trinité, et tracer l’image de la très sainte Croix sur le bord de la baignoire. A son retour, Dioscore, ayant vu ces nouveautés et connu leur motif, s’emporta contre sa fille au point de se jeter sur elle, l’épée nue à la main; peu s’en fallut même qu’il ne la tuât dans sa fureur ; mais Dieu vint au secours de la vierge. Dans sa fuite précipitée, un énorme rocher lui ouvrit un passage, par où elle parvint au sommet d’une montagne, et se cacha dans une grotte. Peu après, ce père dénaturé , l’ayant découverte, l’accabla de coups, la foula sous ses pieds, la traîna par les chÈveux à travers des sentiers âpres et rocailleux, et la livra lui-même au gouverneur Marcien, pour être châtiée. Celui-ci employa, mais en vain, tous les moyens pour l’ébranler. Il la fit battre nue à coups de nerfs de bœuf, et déchirer ses blessures encore fraîches avec des débris de poterie, enfin jeter dans une prison. Là, le Christ lui apparut, environné d’une grande lumière, et la fortifia merveilleusement pour sa dernière passion. Témoin de ce prodige, une dame, nommée Juliana, se convertit à la foi et partagea la palme de cette vierge.

Barbe eut encore les membres déchirés par les ongles de fer, les flancs brûlés avec des torches, la tête battue à coups de maillets ; et, dans ces tourments , elle consolait sa compagne et l’encourageait à combattre, sans faiblir, jusqu’à la fin. Enfin, toutes les deux eurent les mamelles coupées , furent traînées nues à travers les places publiques et décapitées. Ce fut un père abominable qui eut assez de barbarie pour trancher de ses mains la tête de sa fille. Mais cette affreuse cruauté ne fut pas longtemps impunie : à l’heure même et au même lieu , la foudre l’étendit mort. Le corps de cette bienheureuse vierge fut transporté d’abord, parles soins de l’Empereur Justin, de Nicomédie à Constantinople ; puis, plus tard, les Vénitiens l’ayant obtenu des Empereurs Constantin et Basile, l’enlevèrent de Constantinople, et le déposèrent solennellement dans la basilique de Saint-Marc. Enfin, en dernier lieu, sur les instantes prières de l’Évêque de Torcello et de sa sœur qui était Abbesse, i n le transféra, l’an de notre salut 1009, dans l’église des religieuses de Saint-Jean-l’Évangéliste, au diocèse Torcello, où il fut honorablement ensÈveli, c’est présentement encore l’objet d’une constante vénération.

 

    Tel est le récit de la vie et du martyre de la courageuse vierge de Nicomédie. On l’invoque dans l’Église contre la foudre, en mémoire du châtiment que la justice divine infligea à son détestable père. Sa qualité de protectrice du peuple chrétien contre le feu du ciel a fait donner son nom aux magasins de poudre sur les vaisseaux, et l’a fait assigner pour patronne aux artilleurs, aux mineurs, et généralement aux corporations dans lesquelles on emploie la poudre à canon. On la prie aussi pour être préservé de la mort subite, tant a fait d’impression sur les fidèles la fin terrible de Dioscore !

    Nous nous bornerons à extraire des livres liturgiques de nos églises cette gracieuse Antienne composée dans les temps chevaleresques :

ANTIENNE.

O Divinae bonitatis immensa clementia, quae Barbaram illustravit vero claritatis lumine, ut terrenae dignitatis contempto splendore, divinitatis conscia effici mereretur : haec velut lilium inter spinas enituit, et lux in tenebris eluxit. Alléluia

 

O Miséricorde immense de la divine bonté, qui a glorifié Barbe par la splendeur de la seule véritable lumière, et l’a rendue digne de s’unir à la Divinité, après qu’elle eût méprisé les honneurs de la terre ! Elle a brillé comme un lis entre les épines ; elle a lui comme la lumière dans les ténèbres. Alleluia.

 

    L’Église grecque est abondante sur les louanges de sainte Barbe. Nous allons extraire de ses Menées quelques-unes des nombreuses strophes dans lesquelles est célébrée la gloire de la sainte martyre.

HYMNE DE L’ÉGLISE GRECQUE.

    Quando coram te. veneranda martyr Barbara, dulcis mors apparuit, gaudens et festinans cursum complevisti, implique genitoris injustis manibus sacrificata es, et Deo oblata es victima : unde vere prudentium Virginum conjuncta choris , tui Sponsi contemplaris splendorem.

Agna tua, Jesu, magna voce clamât : Te, Sponse mi, desidero, et quaerens te pugno, et confixa su m et consepulta tuo baptismati, et patio r propter te , ut regnem tecum ; et morior pro te, ut et vivam in te : igitur

ut sacrificium irreprehensibile suscipe amanter sacrificatam tibi . Illius precibus, ut misericors, salva animas nostras.

E spinosa exorta radice, rosa sacratissima, Ecclesiam suaviter inodorans, te rubore praelii per sanguinem purpuratam, gloriosa Barbara , nunc dignissime beatam celebramus.

Non deliciarum jucunditas, non pulchritudinis flos, neque divitiae, neque juventutis voluptates te mulserunt, Barbara gloriosa , Christo desponsata , pulcherrima virgo.

In certamine tuo omnes obstupefecisti ; nam tolerasti tyrannorum cruciatus, vincula, tormenta, Barbara celeberrima : quapropter et corona Deus te donavit quam desiderasti : cum animo cucurristi, et ille sanam te fecit.

Sponsum tuum Christum adamata, lampadis tuae fulgore praeparato, virtutibus refulsisti, laude digna : unde ingressa es cum eo ad nuptias, ab eo recipiens certaminis coronam : sed a periculis libéra nos celebrantes , Barbara, tui memoriam.

Tribus ostiolis lavacrum illustrari jubens, mystice indicasti Baptisma, O Barbara, Trinitatis lumine animabus splendidam suppetens purgationem.

Furore terribili patris declinato, Barbaram statim se scindens mons recepit, ut olim illustrem Protomartyrem Theclam, miraculum opérante Christo.

Gladio te, martyr Barbara, immolans pater, Abraham alter, sed diabolo favit.

Apparuit Christus in lumine inaccessibili tibi inclusae, o Barbara, in carcere, ut confidentem te incitans, et vibices sanans et laetitiam praebens : unde alas accepisti Sponsi tui amore.

Angélus fulgidus te , propter Christum denudatam, veneranda Barbara, vestivit, ut sponsam, veste splendida quae vulnera texit ; stolam enim induisti divinam afferentem mutationem.

Demonstrata est evidenter, Christe, prophetia tua adimpleta : pater namque filiam ad caedem tradit, ipse artifex jugulationis ; qui improbus genitor tuae martyris stupendo modo e cœlo igné consumitur.

Athleticam ingressa viam, paternam renuisti voluntatem, tota honorabilis, et virgo quidem sapiens lampadem ferens, egressa es ad mansiones Domini tui ; et ut Martyr generosa , gratiam accepisti sanandi carnis putidam pestilentiam : et nos hymnificantes te, spirituâlibus doloribus libéra tuis ad Deum precibus.

 

Quand s’apparut a toi la douce mort, ô Barbe, ô martyre vénérable, joyeuse triomphante, tu accomplis ta course ; tu fus immolée par les mains iniques d’un père impie ; c’est pourquoi, réunie aux chœurs des Vierges vraiment prudentes, tu contemples la splendeur de ton Époux.

Votre jeune brebis ô Jésus , s’écrie vers vous à haute voix : C’est vous, ô mon Époux, que je désire; c’est vous que je cherche en combattant ; je suis immolée et ensÈvelie en votre Baptême; je souffre pour vous, afin de régner avec vous; je meurs pour vous, afin de ne vivre plus qu’en vous : recÈvez en parfait sacrifice celle qui vous est offerte en sacrifice d’amour. A sa prière, sauvez nos âmes, miséricordieux Seigneur !

Éclose sur un tronc épineux, ô rose sacrée qui embaumes l’Église de tes parfums ; toi qu’un généreux combat empourpra de ton sang, nous chantons aujourd’hui dignement ta bienheureuse mémoire, ô Barbe, pleine de gloire !

Tu ne fus touchée, ni par l’attrait des délices,ni parla fleur de la beauté, ni parles plaisirs de la jeunesse, ô Barbe glorieuse, fiancée au Christ, vierge parée de toutes les grâces !

Durant ton combat, tous furent saisis de stupeur, en te voyant affronter les coups des bourreaux, les liens, les tortures, la prison, ô Barbe très illustre ! C’est pourquoi, Dieu t’a récompensée de la couronne désirée ; tu as fourni la carrière avec courage, et le Seigneur a cicatrisé tes plaies.

Amante fidèle du Christ ton Époux, tu as avec soin préparé ta lampe, jetant autour de toi l’éclat de tes vertus, ô digne de toutes louanges ! C’est pourquoi tu es entrée avec lui aux noces, recevant de sa main la couronne du combat. Délivre-nous de tous maux, nous qui célébrons, ô Barbe, ta mémoire.

Tu fis éclairer le bain par trois ouvertures, pour expliquer mystiquement le Baptême, qui procure aux âmes une éclatante purification, par la vive lumière de la Trinité.

Pour la soustraire à la colère d’un père furieux, une montagne ouvre à Barbe ses flancs, comme il arriva autrefois à Thècle l’illustre Protomartyre, par la vertu miraculeuse du Christ.

Ton père, ô Barbe, illustre martyre, t’immole avec le glaive, comme un second Abraham; mais c’est au culte du diable qu’il est voué.

Le Christ, environné d’une inaccessible lumière, s’apparut à toi, ô Barbe, dans ta prison, pour ranimer ta confiance, cicatriser ta chair sillonnée par les coups et t’apporter la joie ; et l’amour de ton Époux te donna des ailes

Quand tu fus livrée pour le Christ à une honteuse nudité, un Ange de lumière te revêtit, ainsi qu’une Épouse, d’une robe éclatante pour couvrir tes blessures; et tu as été parée, ô martyre, du vêtement de gloire en lequel s’opère la transmutation.

Votre prophétie, ô Christ, a été manifestement accomplie : car voici le père qui traîne sa fille à la mort ; il se fait lui-même l’artisan d’un tel meurtre ; mais bientôt ce père dénaturé d’une martyre est miraculeusement consumé par le feu du ciel.

Entrée dans la carrière des athlètes, tu as résisté à l’injuste volonté de ton père, ô digne de tout honneur ! et, vierge sage, tu es sortie la lampe à la main, pour gagner le palais de ton Seigneur. Martyre généreuse, tu as reçu la grâce de guérir de la peste; délivre-nous, partes prières auprès de Dieu, de toutes douleurs en nos âmes, nous qui chantons des hymnes en ton honneur.

 

    Nous venons joindre notre faible voix à celle de tant d’Églises, ô Vierge fidèle ! et vous offrir à la fois nos louanges et nos prières. Voici que le Seigneur vient, et nous sommes dans la nuit : daignez donner à notre lampe et la lumière qui doit guider nos pas, et l’huile qui entretient la lumière. Vous savez que Celui qui est venu pour vous, et avec qui vous êtes éternellement, s’approche pour nous visiter; obtenez que nul obstacle ne nous empêche d’aller au-devant de lui. Que notre vol vers lui soit courageux et rapide comme fut le vôtre ; et que, réunis à lui, nous ne nous en séparions plus : car Celui qui vient est véritablement le centre de toute créature. Priez aussi, ô glorieuse Martyre, afin que la foi dans la divine Trinité brille en ce monde d’un éclat toujours croissant. Que Satan, notre ennemi, soit confondu, lorsque toute langue confessera la Triple lumière figurée par les fenêtres de votre tour, et la croix victorieuse qui a sanctifié les eaux. Souvenez-vous, Vierge chérie de l’Époux, qu’en vos mains pacifiques a été remis le pouvoir, non de lancer la foudre, mais de la retenir et de la détourner. Protégez nos navires contre les feux du ciel et contre ceux de la guerre. Couvrez de votre protection les arsenaux qui renferment la défense de la patrie. Entendez la voix de tous ceux qui vous invoquent, soit qu’elle monte vers vous du sein de la tempête, soit qu’elle parte des entrailles de la terre ; et sauvez-nous tous du terrible châtiment de la mort subite.

 

    Considérons les nations répandues sur la surface de la terre, divisées de mœurs, de langage et d’intérêts, mais réunies dans l’attente du libérateur qui doit bientôt paraître. Ni la profonde corruption des peuples, ni tant de siècles écoulés depuis l’âge des traditions, n’ont pu effacer en eux cette espérance. En ce moment même où le monde va tomber en dissolution, un symptôme de vie se révèle ; un cri se fait entendre par toute la terre : le Roi universel est sur le point de paraître; un Empire nouveau, saint et éternel, va réunir à jamais les nations. C’est ainsi, ô Sauveur ! que sur son lit de mort, Jacob l’avait annoncé, lorsque, parlant de vous, il avait dit : Il sera l’attente des nations. Les hommes ont bien pu se plonger dans toutes sortes de dégradations : ils n’ont pu faire mentir cet oracle. Les voilà forcés de confesser leur incurable misère, en exprimant cette attente prophétique d’un sort meilleur. Vend donc, ô Fils de Dieu ! recueillir cette étincelle d’espérance ; c’est le dernier hommage que l’ancien monde vous offre en périssant. L’attente d’un Libérateur est le lien qui réunit en un seul tout les deux grandes fractions de la vie de l’humanité, avant et après votre Naissance. Mais, ô Jésus ! si le monde païen, du milieu de ses crimes et de ses erreurs, a eu encore un soupir vers vous, que ferons-nous, héritiers des promesses, en ces jours où vous vous apprêtez à venir prendre possession de nos âmes déjà initiées ? Faites que nos cœurs vous aiment déjà, ô Jésus, quand vous viendrez les visiter. Cultivez leur attente, nourrissez leur foi, et venez.

 

RÉPONS DE L’AVENT.

( Ier Dimanche de l’Avent, à Matines.)

R. Salvatorem exspectamus Dominum Jesum Christum ; * Qui reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae. V. Sobrie, juste et pie vivamus in hoc saeculo, exspectantes beatam spem, et Adventum gloriae magni Dei, * Qui reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae.

 

R/. Nous attendons le Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ : * Qui transformera notre corps vil et abject, en le rendant conforme à son corps glorieux. V/. Vivons dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, dans l’attente du bonheur que nous espérons, et de l’Avènement glorieux du grand Dieu,* Qui transformera notre corps vil et abject, en le rendant conforme à son corps glorieux.

 

5 décembre. Mémoire de Saint Sabbas, Abbé

 

    L’Église Romaine se borne aujourd’hui à l’Office de la Férié; mais elle y joint la Commémoration de saint Sabbas, Abbé de la fameuse Laure de Palestine, qui subsiste encore aujourd’hui sous son nom. Ce Saint, qui mourut en 533, est le seul personnage de l’Ordre monastique dont l’Église fasse mention en ses Offices dans tout le cours de l’Avent ; on pourrait même dire que parmi les simples Confesseurs, saint Sabbas est le seul dont on lise le nom au Calendrier liturgique en cette partie de l’année, puisque le glorieux titre d’Apôtre des Indes semble mettre saint François Xavier dans une classe à part. Nous devons voir en ceci l’intention de la divine Providence qui, pour produire une plus salutaire impression sur le peuple chrétien, s’est appliquée à choisir, d’une manière caractéristique, les Saints qui devaient être proposés à notre imitation dans ces jours de préparation à la venue du Sauveur. Nous y trouvons des Apôtres, des Pontifes, des Docteurs, des Vierges, glorieux cortège du Christ Dieu, Roi et Époux; la simple Confession n’y est représentée que par un seul homme , par l’Anachorète et Cénobite Sabbas, personnage qui, du moins, par sa profession monastique, se rattache à Élie et aux autres solitaires de l’ancienne Alliance, dont la chaîne mystique vient aboutir à Jean le Précurseur. Honorons donc ce grand Abbé, pour lequel l’Église grecque professe une vénération filiale, et sous l’invocation duquel Rome a place une de ses Églises; et appuyons-nous de son suffrage auprès de Dieu, en disant avec la sainte Liturgie :

 

ORAISON.

    Intercessio nos quaesumus Domine, beati Sabbae Abbatis commandet, ut quod nostris meritis non valemus, ejus patrocinio assequamur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Que l’intercession, Seigneur, du bienheureux Sabbas nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous; afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons prétendre par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Glorieux Sabbas, nomme de désirs, qui, dans l’attente de Celui qui a dit à ses serviteurs de veiller jusqu’à sa venue, vous êtes retiré au désert, de peur que les bruits du monde ne vinssent vous distraire de vos espérances, ayez pitié de nous qui, au milieu du siècle et livrés à toutes ses préoccupations, avons cependant reçu, comme vous, l’avertissement de nous tenir prêts pour l’arrivée de Celui que vous aimiez comme Sauveur, et que vous craigniez comme Juge. Priez, afin que soyons dignes d’aller au-devant de lui, quand il va paraître. Souvenez-vous aussi de l’État monastique, dont vous êtes l’un des principaux ornements ; relÈvez ses ruines au milieu de nous suscitez des hommes de prière et de foi comme aux anciens jours ; que votre esprit se repose sur eux, et qu’ainsi l’Église, veuve d’une partie de sa gloire, la recouvre par votre intercession.

 

    Considérons encore la Prophétie du Patriarche Jacob, qui n’annonce pas seulement que le Messie doit être l’attente des nations, mais exprime aussi que le sceptre sera ôté de Juda, à l’époque où paraîtra le Libérateur promis. L’oracle est maintenant accompli. Les étendards de César Auguste flottent sur les remparts de Jérusalem ; et si le Temple a été réservé jusqu’à ce jour, si l’abomination de la désolation n’a pas encore été établie dans le lieu saint, si le sacrifice n’a pas encore été interrompu, c’est que le véritable Temple de Dieu, le Verbe incarné, n’a pas non plus été inauguré ; la Synagogue n’a pas renié Celui qu’elle attendait ; l’Hostie qui doit remplacer toutes les autres n’a pas encore été immolée. Mais Juda n’a plus de chef de sa race, la monnaie de César circule dans toute la Palestine ; et le jour est proche où les chefs du peuple juif confesseront, devant un gouverneur romain, qu’il ne leur est pas permis de faire mourir qui que ce soit. Il n’y a donc plus de Roi sur le trône de David et de Salomon, sur ce trône qui devait durer à jamais. O Christ ! Fils de David, Roi Pacifique, il est temps que vous paraissiez et veniez prendre ce sceptre arraché par la victoire aux mains de Juda, et déposé pour quelques jours en celles d’un Empereur. Venez; car vous être Roi, et le Psalmiste, votre aïeul, a chanté de vous: « Ceignez votre épée sur votre cuisse, ô très vaillant ! Montrez votre beauté et votre gloire ; avancez-vous, et régnez; car la vérité, la douceur, la justice sont en vous, et la puissance de votre bras vous produira. Lancées par ce bras vainqueur, vos flèches perceront le cœur t des ennemis de votre Royauté, et feront tomber à vos pieds tous les peuples. Votre trône sera éternel ; le sceptre de votre Empire sera un sceptre d’équité ; Dieu vous a sacré. Dieu vous-même, d’une huile de joie qui coule plus abondamment sur vous, ô Christ! qui en tirez votre nom, que sur tous ceux qui jamais s’honorèrent du nom de Roi. » (Psalm. XLIV.) O Messie ! quand vous serez venu, les hommes ne seront plus errants comme des brebis sans pasteur ; il n’y aura qu’un seul bercail où vous régnerez par l’amour et la justice ; car toute puissance vous sera donnée au ciel et sur la terre ; et quand, aux jours de votre Passion, vos ennemis vous demanderont: Es-tu Roi? vous répondrez suivant la vérité: Oui, je suis Roi. O Roi! venez régner sur nos cœurs; venez régner sur ce monde qui est à vous parce que vous l’avez fait, et qui bientôt sera une fois de plus à vous, parce que vous l’aurez racheté. Oh ! régnez donc sur ce monde, et n’attendez pas, pour y déployer voire royauté, le jour dont il est écrit : Vous brisera contre la terre la tête des Rois (Psalm. CIX) ; régnez dès à présent, et faites que tous les peuples soient à vos pieds dans un hommage universel d’amour et de soumission.

 

SÉQUENCE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

(Composée au XI° siècle, et tirée des anciens Missels Romains-Français.)

Qui régis sceptra forti dextra solus cuncta,

Tu plebi tuam ostende magnam excitando potentiam ;

Praesta illi dona salutaria.

Quem praedixerunt prophetica vaticinia,

A clara poli regia,

In nostra Jesum mitte, Domine, arva. Amen.

 

Vous qui seul, dans la force de votre bras , régnez sur tous les sceptres,

RÈveillez votre puissance et faites-la éclater sous les yeux de votre peuple;

Accordez-lui les dons du salut.

Celui qu’ont annoncé les oracles prophétiques,

Envoyez-le du radieux palais d’en haut;

Seigneur, envoyez Jésus sur notre Terre. Amen.

 

6 décembre. Saint Nicolas, évêque de Myre et confesseur

 

    Pour faire honneur au Messie Pontife, la souveraine Sagesse a multiplié les Pontifes sur la route qui conduit à lui. Deux Papes, saint Melchiade et saint Damase; deux Docteurs, saint Pierre Chrysologue et saint Ambroise ; deux Évêques, l’amour de leur troupeau, saint Nicolas et saint Eusèbe : tels sont les glorieux Pontifes qui ont reçu la charge de préparer, par leurs suffrages, la voie du peuple fidèle vers Celui qui est le souverain Prêtre selon l’ordre de Melchisédech. Nous dÈvelopperons successivement leurs titres à faire partie de cette noble cour. Aujourd’hui, l’Église célèbre avec joie la mémoire de l’insigne thaumaturge Nicolas, aussi fameux dans l’Orient que le grand saint Martin l’est dans l’Occident, et honoré depuis près de mille ans par l’Église latine. Rendons hommage au souverain pouvoir que Dieu lui avait donné sur la nature ; mais félicitons-le sur. tout d’avoir été du nombre des trois cent dix-huit Évêques qui proclamèrent, à Nicée, le Verbe consubstantiel au Père. Il ne fut point scandalisé des abaissements du Fils de Dieu ; ni la bassesse de la chair que le souverain Seigneur de toutes choses revêtit au sein de la Vierge, ni l’humilité de la crèche, ne l’empêchèrent de proclamer Fils de Dieu, égal à Dieu, le fils de Marie ; c’est pourquoi il a été élevé en gloire et a reçu la charge d’obtenir, chaque année, pour le peuple chrétien, la grâce d’aller au-devant du Verbe de vie, avec une foi simple et un ardent amour. Écoutons maintenant l’éloge que l’Église Romaine lui a consacré.

 

Nicolaum, illustri loco Patarae in Lycia natum, parentes a Deo precibus impetrarunt. Cujus viri sanctitas, quanta futura esset, jam ab incunabulis apparuit. Nam infans , cum reliques dies lac nutricis frequens sugeret, quarta et sexta feria semel duntaxat, idque vesperi , sugebat : quam jejunii consuetudinem in reliqua vita semper tenuit. Adolescens parentibus orbatus, facultates suas pauperibus distribuit. Cujus illud insigne est christianae benignitatis exemplum , quod cum ejus ci vis egens très filias jam nubiles in matrimonio collocare non posset, earumque pudicitiam prostituere cogitaret : re cognita, Nicolaus noctu per fenestram tantum pecuniae in ejus domum injecit, quantum unius virginis doti satis esset : quod cum iterum et tertio fecisset, très illae virgines honestis viris in matrimonium datae sunt.

    CUM vero se totum Deo dedisset, in Palaestinam profectus est, ut loca sancta viseret , et praesens veneraretur. Qua in peregrinatione navem conscendens sereno cœlo et tranquillo mari, horribilem nautis tempestatem praedixit : moxque ortam , cum essent omnes in summo periculo, orans mirabiliter sedavit. Unde cum domum rÈversus singularis sanctitatis omnibus documenta praeberet , Dei admonitu Myram , quae Lyciae metropolis erat, venit : quo tempore ejus urbis episcopo mortuo, provinciales episcopi de successore deligendo consultabant. Itaque in ea deliberatione divinitus admoniti sunt, ut eum eligerent , qui postridie mane primus in ecclesiam ingrederetur, Nicolaus nomine. Qua observatione adhibita, in ecclesiae janua deprehensus est Nicolaus^ et summo omnium consensu Myrae Episcopus creatur. In episcopatu castitatem, quam semper coluerat, gravitatem, orationis assiduitatem, vigilias, abstinentiam, liberalitatem et hospitalitatem, in adhortando mansuetudinem , in reprehendendo sÈveritatem,perpetuo adhibuit.

    Viduis et orphanis pecunia, consilio, opère non defuit : oppressos adeo sublevavit, ut etiam très Tribunos , per calumniam a Constantino Augusto condemnatos , qui se propter famam ejus miraculorum orationibus longissime absenti commendarant, adhuc vivens, cum Imperatori minaciter eum terrens apparuisset, liberavit. Cum vero contra edictum Diocletiani et Maximiani Christianae fidei veritatem Myrae praedicaret, ab Imperatorum satellitibus comprehensus, et longissime abductus in carcerem conjectus est; ubi fuit usque ad Constantinum Imperatorem : cujus jussu ex custodia ereptus, Myram rediit. Mox ad Nicaenum Concilium se contulit : ubi cum trecentis illis decem et octo Patribus Arianam haeresim condemnavit. Inde rÈversus ad episcopatum, non ita multo post instante morte , suspiciens in cœlum, cum Angelos sibi occurrentes intueretur, illo Psalmo pronuntiato : In te, Domine, speravi, usque ad eum locum : In manus tuas commendo spiritum meum : in cœlestem patriam migravit. Ejus corpus Barium in Apulia translatum, ibidem summa celebritate ac veneratione colitur.

 

    Nicolas naquit à Patare, ville de Lycie, d’une famille illustre. Sa naissance fut accordée aux prières de ses parents. L’éminente sainteté qu’il fit éclater dans son âge mûr apparut dès son berceau. Encore enfant, on le vit, les mercredis et vendredis, ne prendre le lait de sa nourrice qu’une seule fois, et sur le soir, bien qu’il le fit fréquemment les autres jours : il conserva toute sa vie cette pratique de jeûne. Privé de ses parents dans son adolescence, il distribua tous ses biens aux indigents. On cite entre autres ce bel exemple de générosité chrétienne : un homme pauvre, ne trouvant point à marier trois filles nubiles qu’il avait, pensait aies abandonner à la prostitution. Nicolas l’ayant appris, jeta, la nuit, par la fenêtre, dans cette maison autant d’argent qu’il en fallait pour la dot d’une de ces jeunes filles ; ce qu’il fit une seconde et une troisième fois, en sorte que toutes trois trouvèrent d’honorables partis.

Cependant, le saint s’était donné à Dieu tout entier; il partit pour la Palestine, afin de visiter les saints lieux. Dans ce pèlerinage qu’il fit par mer, il prédit aux matelots, par un ciel serein et une mer très calme, une horrible tempête ; elle s’éleva soudain, et tout l’équipage fut en grand danger; mais à la prière de Nicolas, la mer se calma miraculeusement. Il revint de là dans sa patrie, donnant à tous des exemples de singulière sainteté. Par un avertissement de Dieu, il vint à Myre, métropole de la Lycie, qui venait de perdre son évêque, et au temps même où les évêques de la province étaient rassemblés pour élire un successeur. Pendant qu’ils délibéraient, ils eurent une révélation de choisir celui qui, le lendemain, entrerait le premier dans l’église, et aurait nom Nicolas. Fidèles à cet avertissement, celui qu’ils trouvèrent à la porte de l’église fut Nicolas lui-même, lequel fut, au grand applaudissement de tous , créé évêque de Myre. Durant son épiscopat, on vit briller en lui sans relâche la chasteté qu’il garda toute sa vie, la gravité, l’assiduité à la prière et aux veilles, l’abstinence, la libéralité, l’hospitalité, la mansuétude dans les exhortations, la sévérité dans les réprimandes.

Il prodigua toujours ses aumônes, ses conseils et ses services à la veuve et à l’orphelin. Son zèle à soulager les opprimés alla jusqu’à ce point, que trois Tribuns, condamnés sur une calomnie par l’Empereur Constantin, s’étant recommandés à ses prières , malgré la grande distance des lieux et sur la réputation de ses miracles, il apparut de son vivant à ce prince avec un air menaçant, et les délivra. Comme il prêchait à Myre la vérité de la foi chrétienne, contrairement à l’édit de Dioclétien et de Maximien, il fut arrêté par les satellites des Empereurs. Entraîné au loin et jeté en prison, il y resta jusqu’à l’avènement de Constantin à l’empire. Délivré de captivité par ses ordres, il revint à Myre, assista au Concile de Nicée, et y condamna l’hérésie Arienne avec les trois cent dix-huit Pères. De retour dans son évêché, il fut bientôt surpris par la mort : et levant les yeux au ciel, il vit les Anges qui lui venaient au-devant. Il récita alors le Psaume qui commence par les mots : En vous, Seigneur, j’ai espéré, jusqu’à ces paroles : En vos mains je remets mon âme ; après quoi il s’envola vers la patrie. Son corps qui a été transporté à Bari, dans la Pouille, est l’objet d’un grand concours et d’une grande vénération.

 

    Presque tous les Bréviaires de l’Église Latine, jusqu’au XVII° siècle, sont très abondants sur les vertus et les œuvres merveilleuses de saint Nicolas, et contiennent le bel Office du saint Évêque tel qu’il fut composé vers le XVII° siècle. Nous avons parlé ailleurs de cet Office sous le rapport musical ; ici, nous nous bornerons à dire qu’il est tout entier puisé dans les Actes de saint Nicolas, et plus explicite sur certains faits que la Légende du Bréviaire romain. Les pièces qui vont suivre insistent sur un fait dont cette Légende ne dit rien : nous voulons parler de l’huile miraculeuse qui, depuis près de huit siècles, découle sans cesse du tombeau du saint Évêque, et au moyen de laquelle Dieu a souvent opéré des prodiges. Le Répons et l’Antienne que nous donnons tout d’abord, célèbrent le miracle de cette huile; et ces deux pièces étaient autrefois si populaires, qu’au XIII° siècle on en emprunta la mélodie, pour l’appliquer au Répons Unus panis et à l’Antienne O quam suavis est, dans l’Office du Saint-Sacrement.

 

RÉPONS.

R. Ex ejus tumba marmorea sacrum resudat oleum, quo liniti sanantur caeci : * Surdis auditus redditur : et debilis quisque sospes regreditur. V. Catervatim ruunt populi cernere cupientes quae per eum fiunt mirabilia. * Surdis bilis quisque sospes regreditur auditus redditur : et debilis quisque sospes regreditur.

 

R/. De son tombeau de marbre, découle une huile sacrée qui guérit les aveugles dont les yeux en sont oints, * Rend l’ouïe aux sourds,et remet en santé tous ceux qui sont débiles. V/. Les peuples courent en foule, empressés de voir les merveilles qui se font par l’entremise de Nicolas. * Cette huile rend l’ouïe aux sourds, et remet en santé tous ceux qui sont débiles.

 

ANTIENNE.

O Christi pietas omni prosequenda laude ! Quae sui famuli Nicolai mérita longe lateque déclarât : nam ex tumba ejus oleum manat, cunctosque languidos sanat.

 

O bonté du Christ, digne d’être relevée par toutes sortes de louanges ! C’est elle qui manifeste au loin les mérites de Nicolas son serviteur ; car de la tombe de ce Saint découle une huile, et elle guérit tous ceux qui sont dans la langueur.

 

    Nous donnons ensuite les deux Hymnes qui se trouvent dans tous les Bréviaires Romains-Français.

 

Ière HYMNE.

    PANGE, lingua, Nicolai Praesulis praeconium. Ut nos summus Adonai Rex et Pater omnium, Ad salutis portum trahi Faciat per Filium.

Dum penderet ad mamillam Matris, ab infantia, Quarta semel bibit illam, Atque sexta feria ; Ne per lactis puer stillam, Solveret jejunia.

Sublimatus ad honorem Nicolaus Praesulis, Pietatis ita rorem Cunctis pluit populis; Ut vix parem aut majorem Habeat in saeculis.

Auro dato, violari Virgines prohibuit ; Far in famé, vas in mari, Servat et distribuit ; Qui timebant naufragari, Nantis opem tribuit.

A defunctis suscitatur Furtum qui commiserat; Et Judaeus baptizatur, Furtumque récupérât. Illi vita restauratur, Hic ad fidem properat.

Nicolae, sacerdotum Decus, honor, gloria, Plebem omnem, clerum totum, Mentes, manus, labia, Ad reddendum Deo votum, Tua juvet gratia.

Sit laus summae Trinitati, Virtus et Victoria, Quae det nobis ut beati Nicolai gaudia Assequamur laureati, Post vitam in patria. Amen.

 

    Chante, ô ma langue, les louanges du pontife Nicolas : afin que le suprême Adonaï, Roi et Père de tous les êtres, nous fasse aborder par l’entremise de son divin Fils au port du salut.

A l’âge où Nicolas pendait encore aux mamelles de sa mère, jamais on ne le vit plus d’une fois le jour s’y désaltérer, à la quatrième et sixième férié de la semaine : il craignait, le pieux enfant, de rompre son jeûne par une goutte de lait.

Élevé à l’honneur de Prélat, Nicolas fit pleuvoir si abondamment la rosée de la piété sur tous les peuples, qu’à peine a-t-il son pareil dans toute la série des siècles.

Par l’usage qu’il fait de son or, il sauve trois vierges de la prostitution; dans la famine il multiplie le blé et le distribue au peuple ; il retire un vase tombé dans la mer, et porte secours aux nautonniers qui craignaient le naufrage.

Du milieu des morts est par lui ressuscité un homme qui avait commis un vol : par lui un Juif est baptisé et recouvre le bien qu’on lui avait dérobé ; l’un est rendu à la vie, l’autre s’élance dans la voie de la foi.

Des Pontifes l’ornement, l’honneur et la gloire, Nicolas, que la grâce dont vous êtes enrichi vienne en aide au peuple et au clergé; qu’elle assiste nos âmes, nos mains et nos lèvres, et nous fasse rendre à Dieu nos vœux.

Louange à la souveraine Trinité : à elle puissance et victoire ; qu’elle daigne nous accorder d’entrer après la vie, chargés de palmes , dans la patrie des cieux, en part des joies éternelles de Nicolas. Amen.

 

IIème HYMNE.

    Cleri patrem et patronum Nicolaum praedicet, Laete promens vocis sonum Clerus, et magnificet : Se cor promptum, se cor pronum Sono vocis ampliet.

Graecus omnis et Latinus, Lingua, tribus, natio : Orbis terrae,maris sinus, Sexus et conditio ; Hospes, cives, peregrinus. Pari psallat studio.

Semper dédit, dat et dabit Cunctis bénéficia Praesul, cujus nomen abit Nunquam e memoria ; Quisque mœstus germinabit, Florens sicut lilia.

Hic in carne constitutus Carnis spernens opéra, Nihil agens aut locutus, Nisi salutifera ; Vinclis carnis absolutus, Tandem scandit aethera.

Quae sit virtus charitatis Hoc praesenti saeculo, Oleum déclarât satis, Quod manat de tumulo ; Et dat munus sanitatis Imploranti populo.

Sit laus summae Trinitati, Virtus et Victoria, Quae det nobis ut beati Nicolai gaudia Assequamur laureati, Post vitam in patria. Amen.

 

Que le clergé, déployant la voix et les chants de l’allégresse, exalte et préconise Nicolas, du clergé le père et le patron ! Que le cœur prompt et docile se dilate au son de la voix.

Que tous, Grecs, Latins, langues , tribus, nations ; étendue des terres, profondeurs des mers ; sexes, conditions , hôtes , citoyens , étrangers ; tous chantent avec un pareil enthousiasme.

Il n’a cessé, ne cesse, ne cessera de nous combler tous de ses bienfaits, cet immortel Prélat, dont le nom ne s’échappera jamais de notre mémoire. Par lui, tout homme qui sema dans la tristesse fleurira comme le lis.

Ce héros magnanime, revêtu de la chair, méprisa les œuvres de la chair, ne faisant, ne disant rien que de salutaire ; délivré des liens du corps, il vole enfin au séjour éthéré.

Quelle fut sa vertu de charité, l’huile qui coule de son tombeau le déclare assez hautement jusqu’en ce siècle même ; elle donne au peuple qui implore son assistance le bienfait de la santé.

Louange à la souveraine Trinité: à elle puissance et victoire; qu’elle daigne nous accorder d’entrer, après la vie, chargés de palmes, dans la patrie des cieux, en part des joies éternelles de Nicolas. Amen.

 

    Adam de Saint-Victor ne pouvait faire défaut à saint Nicolas : les Églises du moyen âge lui durent la belle Séquence qui suit :

SÉQUENCE.

CONGAUDENTES exsultemus Vocali concordia, Ad beati Nicolai Festiva solemnia.

Qui in cunis adhuc jacens Servando iejunia : A papillis cœpit summa Promereri gaudia.

Adolescens amplexatur Litterarum studia, Alienus et immunis Ab omni lascivia.

Félix Confessor, Cujus fuit dignitatis Vox de cœlo nuntia. Per quam provectus, Praesulatus sublimatur

Ad summa fastigia. Erat in ejus animo Pietas eximia, Et oppressis impende bat Multa bénéficia.

Auro per eum virginum Tollitur infamia, Atque patris earumdem Levatur inopia.

Quidam nautae navigantes Et contra fluctuum Saevitiam luctantes, Navi pêne dissoluta ;

Jam de vita desperantes. In tanto positi Periculo, clamantes Voce dicunt omnes una:

O Nicolae, Nos ad maris portum trahe De mortis angustia. Trahe nos ad portum maris : Tu qui tôt auxiliaris Pietatis gratia.

Dum clamarent, nec incassum, Ecce quidam , dicens : Adsum

Ad vestra praesidia. Statim aura datur grata : Et tempestas fit sedata,

QuiÈverunt maria. Ex ipsius tumba manat Unctionis copia : Quae infirmos omnes sanat Per ejus suffragia. Nos qui sumus in hoc mundo Vitiorum in profundo Jam passi naufragia,

Gloriose Nicolae, Ad salutis portum trahe, Ubi pax et gloria. Ipsam nobis unctionem

Impetres a Domino, Quae sanavit laesionem Multorum peccaminum In Maria. Prece pia :

Hujus festum célébrantes Gaudeant par saecula ; Et coronet eos Christus Post vitae curricula. Amen.

 

    Réjouissons-nous et tressaillons, unis de bouche et de cœur, à cette solennelle fête du bienheureux Nicolas.

Encore enfant au berceau, il observe les jeûnes ;

Encore enfant à la mamelle, déjà il mérite les joies suprêmes.

Adolescent, il embrasse l’étude des lettres,

Sans pécher, sans connaître la licence de son âge.

Bienheureux Confesseur, une voix venue du ciel l’appelle aux dignités.

Promu par elle, il monte au faîte le plus élevé de la Prélature.

Il avait dans le cœur une tendre miséricorde, et il prodiguait ses bienfaits aux opprimés.

Par ses trésors, des vierges sont sauvées de l’opprobre ; et la pauvreté de leur père est soulagée.

Des matelots en mer luttaient contre la furie des flots, sur une nef à demi brisée.

Déjà désespérant de la vie, en ce danger si pressant, ils crient et disent tous d’une voix :

« O bienheureux Nicolas ! ramenez-nous à un port de mer; sauvez-nous de ce péril de mort.

« Ramenez-nous à un port de mer, vous dont la compassion généreuse est tant de fois venue en aide. »

Pendant qu’ils criaient, et non sans fruit, voici quelqu’un qui leur dit : « J’arrive à votre secours. »

Soudain souffle un vent favorable, et la tempête est apaisée, et les mers sont en repos.

De sa tombe découle une huile abondante,

Qui guérit tous les malades par l’intercession du Saint.

Nous que voici en ce monde, naufragés déjà plus d’une fois dans l’abîme du vice,

Glorieux Nicolas, menez-nous au port du salut où sont paix et gloire.

Obtenez-nous du Seigneur, par vos secourables prières, l’onction qui sanctifie ;

Cette onction qui a guéri les blessures d’innombrables iniquités dans Marie la pécheresse.

Qu’à jamais soient dans la joie ceux qui célèbrent cette fête ;

Et qu’après cette course de la vie, le Christ les couronne. Amen.

 

    La plus populaire de toutes les Séquences de saint Nicolas est néanmoins celle qui suit. On la trouve dans un grand nombre de Processionnaux jusqu’au XVII° siècle, et elle a servi de type à quantité d’autres qui, bien que consacrées à la louange de divers Patrons, gardent non seulement la mesure et la mélodie de la Séquence de saint Nicolas, mais retiennent encore, par un tour de force ingénieux, le fond même des expressions.

 

SÉQUENCE.

Sospitati dédit aegros Olei perfusio.

Nicolaus naufragantum Adfuit praesidio.

Relevavit a defunctis Defunctum in bivio.

Baptizatur auri viso Judaeus indicio.

Vas in mari mersum, patri Redditur cum filio.

O quam probat Sanctum Dei Farris augmentatio !

Ergo laudes Nicolao Concinat haec concio.

Nam qui corde poscit illum, Propulsato vitio, Sospes regreditur. Amen.

 

Les malades sont rendus à la santé par l’huile miraculeuse.

Au milieu du naufrage, Nicolas est d’un puissant secours.

Il ressuscite du tombeau un mort étendu sur le chemin.

Un juif aperçoit de l’or, et demande le Baptême.

Nicolas retire de l’eau le vase et l’enfant qu’il rend à son père !

Oh ! qu’il parut bien le Saint de Dieu , quand il multiplia la farine dans la disette !

Qu’ainsi les louanges de Nicolas soient chantées en cette assemblée ;

Car quiconque le prie de cœur, met le vice en fuite, et s’en retourne guéri. Ainsi soit-il.

 

    Mais aucune Église n’a marqué autant d’enthousiasme pour saint Nicolas, que l’Église grecque dans ses Menées. On voit que l’illustre Thaumaturge était une des plus fermes espérances de l’Empire Byzantin; et cette confiance en saint Nicolas, Constantinople l’a transmise à la Russie qui la garde encore aujourd’hui. Nous allons, selon notre usage, extraire quelques strophes de la masse de ces chants sacrés que Sainte-Sophie répétait autrefois en langue grecque, et que les coupoles dorées des Sobors de Moscou entendent retentir encore chaque année dans l’idiome Slavon.

 

HYMNE DE SAINT NICOLAS.

(Tirée des Menées des Grecs.)

    Myrae quidem habitasti, et myrum seu unguentum vere demonstrasti , unguento unctus spirituali, sancte Nicolae, summe Christi Archierarcha, et ungis faciès illorum qui cum fide et amore tui celebrandam memoriam semper perficiunt; solvens eos ab omni necessitate, et periculo , et tribulatione, Pater, in tuis ad Dominum precibus.

Victoria populi vere nomine proprio demonstratus es, in tentationibus potens, sancte Nicolae , summe Christi Sacerdos ; nam passim invocatus, velociter praÈvenis eos qui cum amore ad tuum praesidium confugiunt ; tu enim die ac nocte cum fide visus, salvas eos a tentationibus et necessitatibus.

Constantino Imperatori et Ablavio in somnis apparuisti, illisque terrorem injiciens , ad illos ut liberarent festinanter : Quos in carcere, aiebas, habetis vinctos, innocentes sunt ab illegitima jugulatione: quod si me audire neglexeris, precem contra te, Princeps, ad Dominum obsecrans intentabo.

Defixis acriter oculis, inspexisti in Gnoseos altitudines, et caliginosam inspexisti Sapientiae abyssum; tu qui tuis documentis ditasti mundum, Pater, pro nobis Christum deprecare, summe sacerdos Nicolae.

Regulam fidei et dulcedinis imaginem monstravit te gregi tuo Christus Deus, summe Sacerdos, Hierarcha Nicolae :in Myra namque unguentum spargis, illucescunt tua praeclara facta, orphanorum ac viduarum protector : ideoque deprecari ne cesses salvari animas nostras.

Gaude, sacratissima mens, Trinitatis mansio purissima, Ecclesiae columna, fidelium stabilimentum, fatigatorum auxilium, stella quae bene acceptarum precum fulgoribus, tentationum tenebras undique depellis, sancte sacerdos Nicolae; portus placidissimus, in quo fugientes tempestatibus circumventi salvantur, Christum deprecare dari animabus nostris magnam misericordiam.

Gaude, o divino zelo accense, qui tua terribili animadversione et in somnis allocutione liberasti injuste caedendos. Fons fluens in Myra unguenta ditissima, animas irrigans, fœtida cupiditatum expurgans, gladio

zizania erroris amputans; expurgans ventilabro, dissipa Arii acerosa documenta ; et Christum deprecare dari animabus nostris magnam misericordiam.

Altissime Rex regum, magnipotens, precibus sancti Pastoris, vitam, o Verbum, pacifica, quaesumus, cunctorum Christianorum ; donans contra barbaros pio Régi victoriam et fortitudinem, ut omnes semper hymnificemus potentiam tuam, et extollamus usque ad omnia saecula.

 

    Tu as vraiment habité à Myre, exhalant un parfum précieux; parfumé toi-même d’un baume spirituel, ô bienheureux Nicolas, grand Hiérarque du Christ ; et tu parfumes la face de ceux qui, avec foi et amour, honorent ton illustre mémoire, les délivrant de toutes nécessités et tribulations, ô Père saint, par tes prières auprès du Seigneur.

Ton nom propre est véritablement : Victoire du peuple, bienheureux Nicolas , souverain prêtre du Christ ; car , invoqué en tous lieux, tu préviens aussitôt ceux qui avec amour requièrent ta protection ; apparaissant nuit et jour à ceux qui t’invoquent avec foi, tu les délivres des nécessités et des tentations.

Tu apparus à l’Empereur Constantin et à Ablavius, et leur inspiras une terrible frayeur par ces mots, afin de les engager à la clémence : « Les innocents que vous retenez dans les fers ne méritent point un injuste supplice ; et si tu v méprises mes paroles, ô Prince ! j’en porterai contre toi ma plainte au Seigneur. »

Ton œil intrépide a pu fixer les sublimes hauteurs de la Gnose, et tu as sondé le profond abîme de la Sagesse, toi qui as enrichi le monde de tes enseignements, ô Père saint ! prie pour nous le Christ, ô grand Pontife Nicolas !

Le Christ t’a fait voir à ton troupeau, comme la règle de la foi et l’image de la douceur, ô grand Hiérarque Nicolas ! car tu répands à Myre un précieux parfum, tout y resplendit de la gloire de tes œuvres, ô protecteur des veuves et des orphelins ! prie sans cesse le Seigneur de sauver nos âmes.

Réjouis-toi, ô très sainte âme, demeure très pure de la Trinité, colonne de l’Église, soutien des fidèles, appui de ceux qui sont fatigués, astre rayonnant qui, par l’éclat de tes agréables prières, dissipes en tous lieux les ténèbres des tentations ; saint Pontife Nicolas, port tranquille où trouve un abri quiconque dans la fureur de la tempête réclame ton secours, prie le Christ qu’il daigne accorder à nos âmes une grande miséricorde.

Réjouis-toi, homme rempli d’un divin zèle, qui, par un terrible avertissement et par l’éclat de ta voix menaçante dans un songe, as délivré ceux que le glaive allait immoler. Fontaine abondante, tu répands dans Myre la richesse de tes parfums ; tu verses dans les âmes une douce rosée, tu écartes les ordures des passions mauvaises, tu coupes avec le glaive l’ivraie de l’erreur ; prends le van de ton zèle, dissipe les futiles enseignements d’Arius, et prie le Christ d’accorder à nos âmes une grande miséricorde.

Roi très haut de tous les rois, vous dont la puissance est infinie, à la prière de notre saint Pasteur, rendez paisible, ô Verbe, non en conjurons, la vie de tous les Chrétiens. Donnez contre les barbares à notre pieux Empereur la force et la victoire ; afin que tous, et toujours, nous chantions votre puissance, et l’exaltions dans les siècles des siècles.

 

    Saint Pontife Nicolas, que votre gloire est grande dans l’Église de Dieu ! Vous avez confessé Jésus-Christ devant les Proconsuls, et endure la persécution pour son Nom ; vous avez ensuite été témoin des merveilles du Seigneur, quand il rendit la paix à son Église ; et peu après, votre bouche s’ouvrait dans l’Assemblée des trois cent dix-huit Pères, pour confesser, avec une autorité irréfragable, la divinité du Sauveur Jésus-Christ, pour lequel tant de millions de Martyrs avaient répandu leur sang. RecÈvez les félicitations du peuple chrétien qui, par toute la terre, tressaille de joie à votre doux souvenir ; et soyez-nous propice, en ces jours où nous attendons la venue de Celui que vous avez proclamé Consubstantiel au Père. Daignez aider notre foi et seconder notre amour. Vous le voyez maintenant face à face, ce Verbe par qui toutes choses ont été faites et réparées; demandez-lui qu’il daigne se laisser approcher par notre indignité. Soyez notre médiateur entre lui et nous. Vous l’avez fait connaître à notre intelligence, comme le Dieu souverain et éternel; révélez-le à notre cœur, comme le suprême bienfaiteur des fils d’Adam. C’est en lui, ô Pontife charitable, que vous aviez puisé cette compassion tendre pour toutes les misères, qui fait que tous vos miracles sont autant de bienfaits : continuez, du haut du ciel, de secourir le peuple chrétien.

    Ranimez et augmentez la foi des nations dans le Sauveur que Dieu leur a envoyé. Que, par l’effet de vos prières, le Verbe divin cesse d’être méconnu et oublié dans ce monde qu’il a racheté de son sang. Demandez, pour les Pasteurs de l’Église, l’esprit de charité qui brilla si excellemment en vous, cet esprit qui les rend imitateurs de Jésus-Christ, et leur gagne le cœur du troupeau.

    Souvenez-vous aussi, saint Pontife, de cette Église d’Orient qui vous garde encore une si vive tendresse. Votre pouvoir sur la terre s’étendait jusqu’à ressusciter les morts ; priez, afin que la véritable vie, celle qui est dans la Foi et l’Unité, revienne animer cet immense cadavre. Par vos instances auprès de Dieu, obtenez que le Sacrifice Je l’Agneau que nous attendons soit de nouveau et bientôt célébré sous les Dômes de Sainte-Sophie. Restituez à l’unité les Sanctuaires de Kiow et de Moscou, et après avoir soumis à la Croix l’orgueil du Croissant, abaissez devant les Clefs de saint Pierre la majesté des Tzars, afin qu’il n’y ait plus ni Scythe, ni Barbare, mais un seul pasteur.

 

    Considérons encore l’état du monde dans les jours qui précèdent l’arrivée du Messie. Tout atteste que les prophéties qui l’annonçaient ont reçu leur accomplissement. Non seulement le sceptre a été ôté de Juda, mais les Semaines de Daniel tirent à leur fin. Les autres prédictions de l’Écriture, sur l’avenir du monde, se sont successivement vérifiées. Tour à tour sont tombés les Empires des Assyriens, des Mèdes, des Perses et des Grecs; celui des Romains est parvenu à l’apogée de sa force : il est temps qu’il cède la place à l’Empire éternel du Messie. Cette progression a été prédite, et maintenant l’heure sonne où le dernier coup va être frappé. Le Seigneur aussi a dit, par un de ses Prophètes : « Encore un peu de temps, et je remuerai le ciel et la terre, et j’ébranlerai toutes les nations ; puis viendra le Désiré de tous les peuples » (Aggée, II, 7). Ainsi donc, ô Verbe éternel, descendez. Tout est consommé. Les misères du monde sont parvenues à leur comble ; les crimes de l’humanité sont montés jusqu’au ciel ; le genre humain a été remué jusque dans ses fondements ; haletant, il n’a plus de ressource qu’en vous, qu’il appelle sans vous connaître. Venez donc: toutes les prédictions qui devaient retracer aux hommes les caractères du Rédempteur, sont émises et promulguées. Il n’y a plus de prophète dans Israël ; les oracles de la Gentilité se taisent. Venez accomplir toutes choses : car la plénitude des temps est arrivée.

 

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

(Bréviaire Mozarabe, Ier Dimanche de l’Avent, Capitule.)

Preces nostras ne despexeris, Domine : intende jam et exaudi clementer : ut qui voce inimici turbati dejicimur, Unigeniti tui Adventu sacratissimo consolemur : et fide pennigerati, velut columba, ad superna tendamus. Elonga nos, Domine, a saeculo maligno, et a laqueo inimici custodi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

Ne dédaignez pas nos prières, Seigneur ! regardez et exaucez dans votre clémence. La voix de notre ennemi nous jette dans le trouble; consolez-nous par l’Avènement sacré de votre Fils unique ; que la foi nous donne des ailes, et semblables à la colombe, nous nous élèverons en haut. Seigneur, éloignez-nous d’un siècle pervers, et gardez-nous des filets de l’ennemi ; par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

7 décembre. Saint Ambroise, évêque et Docteur de l’Église

 

    Cet illustre Pontife figure dignement sur le Cycle catholique, à côté du grand Évêque de Myre. Celui-ci a confessé, à Nicée, la divinité du Rédempteur des hommes; celui-là, dans Milan, a été en butte à toute la fureur des Ariens, et par son courage invincible, il a triomphé des ennemis du Christ. Qu’il unisse donc sa voix de Docteur à celle de saint Pierre Chrysologue, et qu’il nous annonce les grandeurs et les abaissements du Messie. Mais telle est en particulier la gloire d’Ambroise,comme Docteur, que si. entre les brillantes lumières de l’Église latine, quatre illustres Maîtres de la Doctrine marchent en tête du cortège des divins interprètes de la Foi, le glorieux Pontife de Milan complète, avec Grégoire, Augustin et Jérôme, ce nombre mystique.

    Ambroise doit l’honneur d’occuper sur le Cycle une si noble place en ces jours, à l’antique coutume de l’Église qui, aux premiers siècles, excluait du Carême les fêtes des Saints. Le jour de sa sortie de ce monde et de son entrée au ciel fut le quatre Avril; or, l’anniversaire de cet heureux trépas se rencontre, la plupart du temps, dans le cours de la sainte Quarantaine: on fut donc contraint de faire choix d’un autre jour dans l’année, et le sept Décembre, anniversaire de l’Ordination épiscopale d’Ambroise, se recommandait de lui-même pour recevoir la fête annuelle du saint Docteur.

    Au reste, le souvenir d’Ambroise est un des plus doux parfums dont pût être embaumée la route qui conduit à Bethléhem. Quelle plus glorieuse, ci en même temps quelle plus charmante mémoire que celle de ce saint et aimable Évêque, en qui la force du lion s’unit à la douceur de la colombe ? En vain les siècles ont passé sur cette mémoire : ils n’ont fait que la rendre plus vive et plus chère. Comment pourrait-on oublier ce jeune gouverneur de la Ligurie et de l’Émilie, si sage, si lettré, qui fait son entrée à Milan, encore simple catéchumène, et se voit tout à coup élevé, aux acclamations du peuple fidèle, sur le trône épiscopal de celte grande ville? Et ces beaux présages de son éloquence enchanteresse, dans l’essaim d’abeilles qui, lorsqu’il dormait un jour, encore enfant, sur les gazons du jardin paternel, l’entoura et pénétra jusque dans sa bouche, comme pour annoncer la douceur de sa parole ! et cette gravité prophétique avec laquelle l’aimable adolescent présentait sa main à baiser à sa mère et à sa sœur, parce que, disait-il, cette main serait un jour celle d’un Évêque !

    Mais quels combats attendaient le néophyte de Milan, sitôt régénéré dans l’eau baptismale, sitôt consacré prêtre et pontife ! Il lui fallait se livrer sans retard à l’étude assidue des saintes lettres, pour accourir docteur à la défense de l’Église attaquée dans son dogme fondamental par la fausse science des Ariens; et telle fut en peu de temps la plénitude et la sûreté de sa doctrine que, non seulement elle opposa un mur d’airain aux progrès de l’erreur contemporaine, mais encore que les livres écrits par Ambroise mériteront d’être signalés par l’Église, jusqu’à la fin des siècles, comme l’un des arsenaux de la vérité.

    Mais l’arène de la controverse n’était pas la seule où dût descendre le nouveau docteur; sa vie devait être menacée plus d’une fois par les sectateurs de l’hérésie qu’il avait confondue. Quel sublime spectacle que celui de cet Évêque bloqua dans son église par les troupes de l’impératrice Justine, et gardé au dedans, nuit et jour, par son peuple! Quel pasteur! Quel troupeau! Une vie dépensée tout entière pour la cité et la province avait valu à Ambroise cette fidélité et cette confiance de la part de son peuple. Par son zèle, son dévouement, son constant oubli de lui-même, il était l’image du Christ qu’il annonçait.

    Au milieu des périls qui l’environnent, sa grande âme demeure calme et tranquille. C’est ce moment même qu’il choisit pour instituer, dans l’Église de Milan, le chant alternatif des Psaumes. Jusqu’alors la voix seule du lecteur faisait entendre du haut d’un ambon le divin Cantique; il n’a fallu qu’un moment pour organiser en deux chœurs l’assistance, ravie de pouvoir désormais prêter sa voix aux chants inspirés du royal Prophète. Née ainsi au fort de la tempête, au milieu d’un siège héroïque, la psalmodie alternative est désormais acquise aux peuples fidèles de l’Occident. Rome adoptera l’institution d’Ambroise, et cette institution accompagnera l’Église jusqu’à la fin des siècles. Durant ces heures de lutte, le grand Évêque a encore un don à faire à ces fidèles catholiques qui lui ont fait un rempart de leurs corps. Il est poète, et souvent il a chanté dans des vers pleins de douceur et de majesté les grandeurs du Dieu des chrétiens et les mystères du salut de l’homme. Il livre à son peuple dévoué ces nobles hymnes qui n’étaient pas destinées à un usage public, et bientôt les basiliques de Milan retentissent de leur mélodie. Elles s’étendront plus tard à l’Église latine tout entière ; à l’honneur du saint Évêque qui ouvrit ainsi une des plus riches sources de la sainte Liturgie, on appellera longtemps un Ambrosien ce que, dans la suite, on a désigné sous le nom d’Hymne, et l’Église romaine acceptera dans ses Offices ce nouveau mode de varier la louange divine, et de fournir à l’Épouse du Christ un moyen de plus d’épancher les sentiments qui l’animent.

    Ainsi donc, notre chant alternatif des Psaumes, nos Hymnes elles-mêmes sont autant de trophées de la victoire d’Ambroise. Il avait été suscité de Dieu, non seulement pour son temps, mais pour les âges futurs. C’est ainsi que l’Esprit-Saint lui donna le sentiment du droit chrétien avec la mission de le soutenir, dès cette époque où le paganisme abattu respirait encore, où le césarisme en décadence conservait encore trop d’instincts de son passé. Ambroise veillait appuyé sur l’Évangile. Il n’entendait pas que l’autorité impériale pût à volonté livrer aux Ariens, pour le bien de la paix, une basilique où s’étaient réunis les catholiques. Pour défendre l’héritage de l’Église, il était prêt à verser son sang. Des courtisans osèrent l’accuser de tyrannie auprès du prince. Il répondit : « Non; les évêques ne sont pas des tyrans, mais c’est de la part des tyrans qu’ils ont eu souvent à souffrir. » L’eunuque Calligone , chambellan de Valentinien II, osa dire à Ambroise: « Comment, moi vivant, tu oses mépriser Valentinien ! Je te trancherai la tête. » — « Que Dieu te le permette ! répondit Ambroise : je souffrirai alors ce que souffrent les évêques ; et toi tu auras a fait ce que savent faire les eunuques. »

    Cette noble constance dans la défense des droits de l’Église avait paru avec plus d’éclat encore, lorsque le Sénat romain, ou plutôt la minorité du Sénat restée païenne, tenta, à l’instigation du Préfet de Rome Symmaque, d’obtenir le rétablissement de l’autel de la Victoire au Capitole, sous le vain prétexte d’opposer un remède aux désastres de l’empire. Ambroise qui disait : « Je déteste la religion des Nérons », s’opposa comme un lion à cette prétention du polythéisme aux abois. Dans d’éloquents mémoires à Valentinien, il protesta contre une tentative qui avait pour but d’amener un prince chrétien à reconnaître des droits à l’erreur, et de faire reculer les conquêtes du Christ, seul maître des peuples. Valentinien se rendit aux vigoureuses remontrances de l’Évêque qui lui avait appris « qu’un empereur chrétien ne devait savoir respecter que l’autel du Christ », et ce prince répondit aux sénateurs païens qu’il aimait Rome comme sa mère, mais qu’il devait obéir à Dieu comme à l’auteur de son salut.

    On peut croire que si les décrets divins n’eussent irrévocablement condamné l’empire à périr, des influences comme celles d’Ambroise, exercées sur des princes d’un cœur droit, l’auraient préservé de la ruine. Sa maxime était ferme; mais elle ne devait être appliquée que dans les sociétés nouvelles qui surgirent après la chute de l’empire, et que le Christianisme constitua à son gré. Il disait donc : « Il n’est pas de titre plus honorable pour un Empereur que celui de Fils de l’Église. L’Empereur est dans l’Église ; il n’est pas au-dessus d’elle. »

    Quoi de plus touchant que le patronage exercé avec tant de sollicitude par Ambroise sur le jeune Empereur Gratien, dont le trépas lui fit répandre tant de larmes ! Et Théodose, cette sublime ébauche du prince chrétien, Théodose, en faveur duquel Dieu retarda la chute de l’Empire, accordant constamment la victoire à ses armes, avec quelle tendresse ne fut-il pas aimé de l’évêque de Milan ? Un jour, il est vrai, le César païen sembla reparaître dans ce fils de l’Église ; mais Ambroise, par une sévérité aussi inflexible qu’était profond son attachement pour le coupable, rendit son Théodose à lui-même et à Dieu. « Oui, dit le saint Évêque, dans l’éloge funèbre d’un si grand prince, j’ai aimé cet homme qui préféra à ses flatteurs celui qui le réprimandait. Il jeta à terre tous les insignes de la dignité impériale, il pleura publiquement dans l’Église le péché dans lequel on l’avait perfidement entraîné, il en implora le pardon avec larmes et gémissements. De simples particuliers se laissent détourner par la honte, et un Empereur n’a pas rougi d’accomplir la pénitence publique ; et désormais, pas un seul jour ne s’écoula pour lui sans qu’il eût déploré sa faute. » Qu’ils sont beaux dans le même amour de la justice, ce César et cet Évêque ! le César soutient l’Empire prêt à crouler, et l’Évêque soutient le César.

    Mais que l’on ne croie pas qu’Ambroise n’aspire qu’aux choses élevées et retentissantes. Il sait être le pasteur attentif aux moindres besoins des brebis de son troupeau. Nous avons sa vie intime écrite par son diacre Paulin. Ce témoin nous révèle qu’Ambroise, lorsqu’il recevait la confession des pécheurs, versait tant de larmes qu’il entraînait à pleurer avec lui celui qui était venu découvrir sa faute. « Il semblait, dit le biographe, qu’il fût tombé lui-même avec celui qui avait failli. » On sait avec quel touchant et paternel intérêt il accueillit Augustin captif encore dans les liens de l’erreur et des passions; et qui voudra connaître Ambroise, peut lire dans les Confessions de l’évêque d’Hippone les épanchements de son admiration et de sa reconnaissance. Déjà Ambroise avait accueilli Monique, la mère affligée d’Augustin; il l’avait consolée et fortifiée par l’espérance du retour de son fils. Le jour si ardemment désiré arriva; et ce fut la main d’Ambroise qui plongea dans les eaux purifiantes du baptême celui qui devait être le prince des Docteurs.

    Un cœur aussi fidèle à ses affections ne pouvait manquer de se répandre sur ceux que les liens du sang lui avaient attachés. On sait l’amitié qui unit Ambroise à son frère Satyre, dont il a raconté les vertus avec l’accent d’une si émouvante tendresse dans le double éloge funèbre qu’il lui consacra. Marcelline sa sœur ne fut pas moins chère à Ambroise. Dès sa première jeunesse, la noble patricienne avait dédaigné le monde et ses pompes. Sous le voile de la virginité qu’elle avait reçu des mains du pape Libère, elle habitait Rome au sein de la famille. Mais l’affection d’Ambroise ne connaissait pas de distances ; ses lettres allaient chercher la servante de Dieu dans son mystérieux asile. Il n’ignorait pas quel zèle elle nourrissait pour l’Église, avec quelle ardeur elle s’associait à toute les œuvres de son frère, et plusieurs des lettre qu’il lui adressait nous ont été conservées. On es ému en lisant seulement la suscription de ces épîtres : « Le frère à la sœur », ou encore : « A Marcelline ma sœur, plus chère à moi que mes yeux et ma vie. » Le texte de la lettre vient ensuite, rapide, animé, comme les luttes qu’il retrace. Il en est une qui fut écrite dans les heures même où grondait l’orage, pendant que le courageux pontife était assiégé dans sa basilique par les troupes de Justine. Ses discours au peuple de Milan, ses succès comme ses épreuves, les sentiments héroïques de son âme épiscopale, tout se peint dans ces fraternelles dépêches, tout y révèle la force et la sainteté du lien qui unit Ambroise et Marcelline. La basilique Ambrosienne garde encore le tombeau du frère et celui de la sœur ; sur l’un et l’autre chaque jour le divin Sacrifice est offert.

    Tel fut Ambroise, dont Théodose disait un jour : « Il n’y a qu’un évêque au monde ». Glorifions l’Esprit-Saint qui a daigné produire un type aussi sublime dans l’Église, et demandons au saint Pontife qu’il daigne nous obtenir une part à cette foi vive, à cet amour si ardent qu’il témoigne dans ses suaves et éloquents écrits envers le mystère de la divine Incarnation. En ces jours qui doivent aboutir à celui où le Verbe fait chair va paraître, Ambroise est l’un de nos plus puissants intercesseurs.

    Sa piété envers Marie nous apprend aussi quelle admiration et quel amour nous devons avoir pour la Vierge bénie. Avec saint Ephrem, l’évêque de Milan est celui des Pères du m siècle qui a le plus vivement exprimé les grandeurs du ministère et de la personne de Marie. II a tout connu, tout ressenti, tout témoigné. Marie exempte par grâce de toute tache de péché, Marie au pied de la Croix s’unissant à son fils pour le salut du genre humain, Jésus ressuscité apparaissant d’abord à sa mère, et tant d’autres points sur lesquels Ambroise est l’écho de la croyance antérieure, lui donnent un des premiers rangs parmi les témoins de la tradition sur les mystères de la Mère de Dieu.

    Cette tendre prédilection pour Marie explique l’enthousiasme dont Ambroise est rempli pour la virginité chrétienne, dont il mérite d’être considéré comme le Docteur spécial. Aucun des Pères ne l’a égalé dans le charme et l’éloquence avec lesquels il a proclamé la dignité et la félicité des vierges. Quatre de ses écrits sont consacres à glorifier cet état sublime, dont le paganisme expirant essayait encore une dernière contrefaçon dans ses vestales, recrutées au nombre de sept, comblées d’honneurs et de richesses, et déclarées libres après un temps. Ambroise leur oppose l’innombrable essaim des vierges chrétiennes, remplissant le monde entier du parfum de leur humilité, de leur constance et de leur désintéressement. Mais sur un tel sujet sa parole était plus attrayante encore que sa plume, et l’on sait, par les récits contemporains, que, dans les villes qu’il visitait et où sa voix devait se faire entendre, les mères retenaient leurs filles à la maison, dans la crainte que les discours d’un si saint et si irrésistible séducteur ne leur eussent persuadé de n’aspirer plus qu’aux noces éternelles.

    Mais un culte filial pour l’Évêque de Milan nous a entraîné au de la des bornes ; il est temps de lire le récit que l’Église elle-même consacre à ses vertus.

 

    Ambrosius Episcopus Mediolanensis, Ambrosii civis romani filius, pâtre Galliae Praefecto natus est. In hujus infantis ore examen apum consedisse dicitur : quae res divinam viri eloquentiam praemonstrabat. Romae liberalibus disciplinis eruditus est. Post a Probo praefecto Liguriae et Aemiliae praepositus : unde postea ejusdem Probi jussu cum potestate Mediolanum venit: ubi, mortuo Auxentio, ariano Episcopo, populus de successore deligendo dissidebat. Quare Ambrosius, pro officii sui munere Ecclesiam ingressus, ut commotam seditionem sedaret, cum multa de quiète et tranquillitate reipublicae praeclare dixisset, derepente puero Ambrosium Episcopum exclamante, universi populi vox erupit, Ambrosium Episcopum deposcentis.

Recusante illo et eorum precibus resistente, ardens populi studium ad Valentinianum Imperatorem delatum est, cui gratissimum fuit a se delectos Judices ad sacerdotium postulari. Fuit id etiam Probo Praefecto jucundum, qui Ambrosio proficiscenti quasi divinans dixerat: Vade, âge, non ut Judex, sed ut Episcopus. Itaque cum ad populi desiderium Imperatoris voluntas accederet, Ambrosius baptizatus (erat enim catechumenus) sacrisque initiatus, ac servatis omnibus ex instituto Ecclesiae Ordinum gradibus, octavo die, qui fuit septimo idus decembris, Episcopale onus suscepit. Factus Episcopus, catholicam fidem et disciplinam ecclesiasticam acerrime défendit : multosque Arianos et alios haereticos ad fidei veritatem convertit, in quibus clarissimum Ecclesiae lumen sanctum Augustinum Jesu Christo peperit.

Gratiano imperatore occiso, ad Maximum ejus interfectorem legatus iterum profectus est ; coque paenitentiam agere récusante, se ab ejus communione semovit. Theodosium Imperatorem propter caedem Thessalonicae factam ingressu ecclesiae prohibuit. Qui, cum ille David quoque regem adulterum et homicidam fuisse dixisset, respondit Ambrosius : Qui secutus es errantem, sequere pœnitentem. Quare Theodosius sibi ab eo impositam publicam paenitentiam humiliter egit. Ergo sanctus Episcopus pro Ecclesia Dei maximis laboribus curisque perfunctus, multis libris etiam egregie conscriptis, antequam in morum incideret, mortis suae diem praedixit. Ad quem aegrotum Honoratus Vercellensis Episcopus Dei voce ter admonitus accurrit, eique sanctum Dei Corpus praebuit : quo ille sumpto, conformatis in crucis similitudinem manibus orans, animam Deo reddidit, pridie nonas aprilis , anno post Christum natum trecentesimo nonagesimo septimo.

 

Ambroise, évêque de .Milan, eut pour père Ambroise, citoyen romain, préfet de la Gaule Cisalpine. On dit que, dans son enfance, un essaim d’abeilles se reposa sur ses lèvres : indice prophétique de sa divine éloquence. Il fut instruit à Rome dans les arts libéraux, et peu après reçut du Préfet Probus le gouvernement de la Ligurie et de l’Émilie. Plus tard, par l’ordre du même Probus, il se trouva présent, avec l’autorité de sa charge, dans la ville de Milan, au moment où le peuple, après la mort de l’évêque arien Auxence, était en dissension pour le choix d’un successeur. Ambroise se rendit donc à l’église pour y remplir son office et calmer la sédition qui s’élevait. Or, après qu’il eut fait un discours éloquent, dans lequel il traitait longuement de la paix et de la tranquillité de la chose publique, soudain un enfant s’écria : Ambroise Évêque! — Ambroise Évêque ! reprit tout d’une voix le peuple adoptant ce choix.

Ambroise refusant cette dignité et résistant aux prières de l’assemblée, le vœu ardent du peuple fut déféré à l’empereur Valentinien, auquel il fut très agréable de voir appeler aux honneurs du sacerdoce les magistrats de son choix. Le Préfet Probus n’en fut pas moins charmé ; lui qui, au départ d’Ambroise, lui avait dit, comme dans un pressentiment prophétique : « Allez et agissez, non pas en Juge, mais en Évêque. » Ainsi, la volonté impériale s’unissant au désir du peuple, Ambroise fut baptisé (car il était catéchumène), reçut les ordres sacrés, passa par tous les degrés prescrits par la discipline de l’Église; et huit jours après son élection, le sept des ides de décembre, il reçut la charge épiscopale. DÈvenu Évêque, il fut l’intrépide champion de la foi et de la discipline ecclésiastique, ramena à la vérité de la foi beaucoup d’Ariens et d’autres hérétiques, entre lesquels il enfanta à Jésus-Christ saint Augustin, le flambeau sacré de l’Église.

A près la mort violente de l’empereur Gratien, il alla deux fois en députant n auprès de Maxime, son meurtrier ; et ne pouvant l’amener à la pénitence, il se sépara de su communion. L’empereur Théodose s’étant rendu coupable du massacre de Thessalonique, il lui refusa l’entrée de l’église; et comme le prince représentait que David, roi comme lui, avait été adultère et homicide : « Vous l’avez imité dans sa faute, répondit Ambroise, imitez-le dans son repentir. » C’est pourquoi Théodose se soumit humblement à la pénitence publique que lui imposa Ambroise. Le saint Évêque, ayant donc accompli pour l’Église de Dieu de grands travaux, encouru beaucoup de fatigues, écrit beaucoup de livres excellents, annonça le jour de sa mort avant d’entrer en maladie. Honorât,évêque de Verceil, trois fois averti par la voix de Dieu, accourut à son lit de souffrance, et lui donna le très saint C0rps du Seigneur. Ambroise, l’ayant reçu, disposa ses mains en forme de croix, se mit en prières, et rendit son âme à Dieu, la veille des nones d’avril, l’an de l’incarnation de notre Seigneur trois cent quatre-vingt-dix-sept.

    Saluons un si grand Docteur, en répétant ces paroles de la sainte Église, dans l’Office des Vêpres :

O Doctor optime, Ecclesiae sanctae lumen, béate Ambrosi, divinae legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.

    O Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Ambroise, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.

 

    La Liturgie Ambrosienne est moins riche qu’on ne devait s’y attendre, sur les éloges de saint Ambroise. La Préface même de la Messe est trop brève et trop générale pour que nous l’insérions ici. Nous nous contenterons de donner deux des Répons de l’Office de la Nuit, l’Hymne, et celle des Oraisons qui nous a semblé la plus remarquable.

    Quant à l’Hymne, nous devons avertir qu’elle est presque tout entière de composition récente, ayant été largement corrigée dans ces derniers temps, comme un grand nombre d’autres Hymnes du Bréviaire Ambrosien. L’ancienne commençait par ce vers: Miraculum laudabile; mais elle est d’une grande médiocrité de pensées et d’expression.

RÉPONS.

R. Super quem requiescam, dicit Dominus, nisi super humilem et mansuetum, * Trementem verba mea ? V. Inveni David servum meum, oleo sancto meo unxi eum. * Trementem verba mea.

R. Directus est vir inclytus, ut Arium destrueret : splendor Ecclesiae, claritas Vatum ; * Infulas dum gerit saeculi, acquisivit Paradisi. V. Dictum enim fuerat proficiscenti: Vade, âge non ut Judex, sed ut Episcopus. * Infulas dum gerit saeculi, acquisivit Paradisi.

 

R/. Sur qui me reposerai-je, dit le Seigneur ? ce sera sur l’homme humble et doux,* Celui qui tremble à ma parole, V/. J’ai trouvé David, mon serviteur; je l’ai oint de mon huile sainte,* Celui qui tremble à ma parole.

R/. Cet homme illustre a été suscité pour détruire Arius : il est la splendeur de l’Église, l’éclat du Pontificat; * Pendant qu’il ceint la mitre de la terre, il obtient celle du Paradis, V/. On lui avait dit, lorsqu’il partait pour Milan : Va, agis non en Juge, mais en Évêque. * Pendant qu’il ceint la mitre de la terre, il obtient celle du Paradis.

HYMNE.

Nostrum parentem maximum Canamus omnes, turbidas Qui fluctuantis saeculi Terris procellas expulit.

Puer quiescit : floreis Apes labellis insident ; Mellis magistrae, melleum signant ducem facundae.

Parvam, futuri praescius, Dextram coli vult osculis ; Vixdum solutus fasciis, Quaerit tiarae taenias.

Infans locutus, Insubrum Ambrosio fert infulam ; Hanc fugit : at semper fugam Honos fefellit obvius.

Velat sacrata denique Doctum tiara verticem : Ceu tectus ora casside, Bellum minatur Ario.

Non sceptra concussus timet, Non imperantem fœminam, Temploque, clausis postibus, Arcet cruentum Caesarem. Sordes fluentis abluit Aurelii cœlestibus : Fide coaequans Martyres, Invenit artus Martyrum.

Jam nunc furentem Tartari Lupum flagello submove; Quem Pastor olim rexeris, Gregem tuere jugiter.

Deo Patri sit gloria, Ejusque soli Filio, Cum Spiritu Paraclito, Nunc et per omne saeculum. Amen.

 

Chantons ensemble notre auguste Père, qui a repoussé loin de nous les flots tumultueux du siècle.

Enfant, il dort, et sur se lèvres tendres comme la fleur, les abeilles se reposent; habiles à composer le miel, elles indiquent déjà celui qui régnera par une éloquence douce comme le miel.

Pressentant sa destinée future, il veut qu’on baise avec respect sa main d’enfant; à peine dégagé des langes du berceau, il se joue avec les bandelettes de la mitre.

Un enfant parle et décerne à Ambroise l’insigne du Pontificat milanais; il fuit, et toujours l’honneur suprême l’atteint dans sa fuite.

Enfin la mitre sacrée orne son docte front ; comme un guerrier couvert de son casque, il défie Arius au combat.

Inébranlable, il ne redoute ni le sceptre, ni l’altière Impératrice; et, fermant les portes du temple, il repousse un César couvert de sang.

Il lave dans les eaux célestes les souillures d’Augustin; égal aux Martyrs par la foi, il découvre les ossements des Martyrs.

Et maintenant, saint Pontife, armé du fouet vengeur, chassez au loin le loup infernal, et protégez sans relâche le troupeau que votre main pastorale a conduit.

A Dieu Père soit la gloire, et à son unique Fils, avec l’Esprit Paraclet, maintenant et par tous les siècles. Amen.

ORAISON.

Aeterne omnipotens Deus, qui beatum Ambrosium,tui Nominis Confessorem, non solum huic Ecclesiae, sed omnibus per mundum diffusis Ecclesiis Doctorem dedisti ; praesta ut, quod ille divino afflatus Spiritu docuit, nostris jugiter stabiliatur in cordibus, et quem Patronum, te donante, amplectimur, eum apud tuam misericordiam defensorem habeamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

    Dieu tout-puissant et éternel, qui avez donné le bienheureux Ambroise,Confesseur de votre Nom, pour Docteur non seulement à cette Église de Milan, mais à toutes les Églises répandues dans le monde ; faites que la doctrine qu’il nous a enseignée par le souffle de l’Esprit-Saint, s’affermisse à jamais dans nos cœurs, et que celui-là même que nous aimons avec tendresse comme le Patron que vous nous avez donné, soit aussi notre défenseur en présence de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    La Liturgie Mozarabe n’a rien de propre sur saint Ambroise. Les Grecs, au contraire, honorent la mémoire du grand Évêque de Milan par des Hymnes remplies des plus magnifiques éloges. Nous leur empruntons les strophes principales.

 

HYMNE A SAINT AMBROISE.

(Tirées des Menées des Grecs, VII Décembre.)

    Praefecture thronum exornans virtute duplici, divine inspiratione hierarchiae thronum utiliter implevisti : ideo fidelis œconomus principatus in utroque factus, duplicem coronam haereditasti.

In continentia, et laboribus, et vigiliis multis, et precibus intensis animam corpusque purificasti; Dei sapiens, vas electionis Dei nostri , Apostolis similis demonstratus , accepisti dona.

Pium regem post peccatum, ut olim David Nathan, audacter animadvertens , Ambrosi beatissime, sapienter excommunicationi subjecisti , et paenitentiam docens Deo digne , in gregem tuum revocasti.

Sancte Pater, sacratissime Ambrosi, lyra resonans, salutare melos orthodoxorum dogmatum, attrahens Fidelium animas, canora divini Paracliti cithara ; Dei magnum organum, laudandissima Ecclesiae tuba, fons limpidissimus, fluentum eluens libidinum ; Christum ora , Christum deprecare dari Ecclesiae unanimem pacem et magnam misericordiam.

Eliam prophetam imitatus, Baptistamque similiter, reges inique agentes animadvertisti Viriliter ; hierarchiae thronum divinitus ornasti , et miraculorum multitudine mundum ditasti, ideoque divinae Scripturae alimonia fidèles roborasti, et infidèles immutasti. Sacerdos Ambrosi, Christum Deum deprecare dare peccatorum remissionem recolentibus cum amore tuam sanctam memoriam.

Ab omni noxa adversariorum servasti gregem, Béate ; et Arii errorem omnem delevisti splendore verborum tuorum.

In divina tua memoria sacerdotum cœtus oblectatur, et Fidelium chori cum Angelis incorporati exsultant et delectantur ,nutriturque hodie spiritualiter Ecclesia in verbis tuis, Ambrosi pater.

Agricola videris sulcans fidei promptum agrum et doctrinae ; inseminans , Deisapiens , dogmata ; et spica multiplicata, distribuis Ecclesiae cœlestem Spiritus panem.

Roma tua célébrât praeclara gesta; fulgidus enim ut sidus undique miraculorum magnas faces,sacerdos, cum fide immisisti, vere mirande.

Mane accedens ad Christum, splendoribus fulgebas ditanter : ideo divinum nactus lumen, illuminas honorantes te ubique cum fide.

Corpus tuum et animam Deo consecrasti : et capax donorum, Pater, cor tuum conglutinasti dulci amori enixe inhaerens.

Accepto, sapiens, Verbi talento, ut servus fidelis ad mensam illud dedisti et multiplicasti, atque adsportasti integrum cum fructu Domino tuo, Ambrosi.

Claram fecisti stolam sacram laboribus tuis, et visus es pastor rationabilium alumnorum sapiens, quos baculo tuo in doctrinae pascua antepellebas.

    

    Toi, qui par une double vertu fut l’honneur du trône sur lequel tu siégeais en Préfet, l’inspiration divine te plaça bientôt, fidèle ministre, sur le trône de la Hiérarchie ; c’est pourquoi, intègre administrateur de la puissance, tu as mérité dans ces deux, emplois une double couronne.

Tu as purifié ton corps et ton âme par la continence , les travaux, les veilles et les prières continuelles ; ô très prudent Pontife, vase d’élection de notre Dieu, semblable aux Apôtres, tu as reçu comme eux les dons de l’Esprit-Saint.

Comme Nathan reprit autrefois David, tu repris le pieux Empereur après son péché ; tu le soumis avec sagesse à l’excommunication ; et l’ayant exhorté à une pénitence digne de Dieu, tu le rappelas parmi ton troupeau.

O Père très saint, ô divin Ambroise, lyre résonnante, mélodie salutaire des vrais enseignements, tu attires au Seigneur les âmes des Fidèles. Harpe harmonieuse du divin Paraclet, grand instrument de Dieu, trompette célèbre de l’Église, source très limpide, fleuve qui purifie nos âmes de toute passion ; prie, supplie le Christ de donner à l’Église une paix unanime et une grande miséricorde.

Imitant le prophète Élie et Jean-Baptiste, tu as repris avec courage les Princes qui se livraient à l’iniquité; tu as orné le trône hiérarchique auquel tu fus divinement appelé, et tu as enrichi le monde de la multitude de tes miracles ; tu as corroboré les fidèles, et converti les infidèles par l’aliment des saintes Écritures. Ambroise ! ô saint Pontife ! prie Dieu de nous accorder la rémission de nos pèches, à nous qui fêtons avec amour ta sainte mémoire.

Tu as préservé ton troupeau de tout dommage de la part des ennemis, ô Bienheureux ! et tu as dissipé l’erreur d’Arius parla splendeur de tes paroles.

L’assemblée des Pontifes se réjouit en ta douce mémoire ; les chœurs des Fidèles, mêlés aux Esprits célestes, tressaillent d’allégresse; et l’Église se nourrit spirituellement en ce jour de ta parole, ô Ambroise, auguste Père !

Tu es le laboureur habile, qui traces les sillons dans le champ ouvert à tous de la foi et de la doctrine ; tu y sèmes, ô très sage, tes divines leçons; et l’épi s’étant multiplié par tes soins, tu distribues à l’Église le céleste pain de l’Esprit-Saint.

Rome célèbre tes glorieuses œuvres ; car, ainsi qu’un astre radieux, tu répands partout les clartés de tes prodiges, ô grand Pontife, vraiment admirable !

T’approchant du Christ dès l’aurore, tu sortais d’auprès de lui richement irradié de ses splendeurs ; c’est pourquoi ayant puisé à la source de la divine lumière, tu illumines ceux qui avec foi t’honorent en tous lieux.

Tu as consacré à Dieu ton corps et ton âme; et ton cœur, ô Père, capable des célestes dons, tu l’as attaché au doux amour, t’y fixant avec ardeur.

Ayant reçu, ô très prudent, le talent de la parole, ainsi qu’un serviteur fidèle, tu l’as fait valoir et multiplié; et tu l’as apporté avec l’intérêt à ton Seigneur, ô divin Ambroise !

Tu as illustré la tunique sacrée par tes grands travaux, et tu fus, ô très prudent, le pasteur d’un troupeau raisonnable, que tu guidais devant toi aux pâturages de la doctrine.

 

    Nous vous louerons aussi, tout indignes que nous en sommes, immortel Ambroise ! Nous exalterons les dons magnifiques que le Seigneur a placés en vous. Vous êtes la Lumière de l’Église, le Sel de la terre, par votre doctrine céleste ; vous êtes le Pasteur vigilant, le Père tendre, le Pontife invincible : mais combien votre cœur aima le Seigneur Jésus que nous attendons ! Avec quel indomptable courage vous sûtes, au péril de vos jours, vous opposer à ceux qui blasphémaient ce Verbe divin ! Par là, vous avez mérité d’être choisi pour initier, chaque année, le peuple fidèle à la connaissance de Celui qui est son Sauveur et son Chef. Faites donc pénétrer jusqu’à notre œil le rayon de la vérité qui vous éclairait ici-bas ; faites goûter à notre bouche la saveur emmiellée de votre parole ; touchez notre cœur d’un véritable amour pour Jésus qui s’approche d’heure en heure. Obtenez qu’à votre exemple, nous prenions avec force sa cause en main, contre les ennemis de la foi, contre les esprits de ténèbres, contre nous-mêmes. Que tout cède, que tout s’anéantisse, que tout genou ploie, que tout cœur s’avoue vaincu, en présence de Jésus-Christ, Verbe éternel du Père, Fils de Dieu et fils de Marie, notre Rédempteur, notre Juge, notre souverain bien.

    Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme vous avez abaissé Théodose ; relÈvez-nous contrits et changés, comme vous le relevâtes dans votre pastorale charité. Priez aussi pour le Sacerdoce catholique, dont vous serez à jamais l’une des plus nobles gloires. Demandez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes de l’Église, cette humble et inflexible vigueur avec laquelle ils doivent résister aux Puissances du siècle, quand elles abusent de l’autorité que Dieu a déposée entre leurs mains. Que leur front, suivant la parole du Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu’ils sachent s’opposer comme un mur pour la maison d’Israël; qu’ils estiment comme un souverain honneur, comme le plus heureux sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur repos, leur vie, pour la liberté de l’Épouse du Christ.

    Vaillant champion de la vérité, armez-vous de ce fouet vengeur que l’Église vous a donné pour attribut ; et chassez loin du troupeau de Jésus-Christ ces restes impurs de l’Arianisme qui, sous divers noms, se montrent encore jusqu’en nos temps. Que nos oreilles ne soient plus attristées par les blasphèmes de ces hommes vains qui osent mesurer à leur taille, juger, absoudre et condamner comme leur semblable le Dieu redoutable qui les a créés, et qui, par un pur motif de dévouement à sa créature, a daigné descendre et se rapprocher de l’homme, au risque d’en être méconnu.

    Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu’une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l’erreur et à la vérité, pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu’ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Église peuvent être foulés aux pieds, ils n’en existent pas moins ; que la promiscuité de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers Celui « à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre » ; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu’il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu’il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes ; qu’enfin, s’il ne dépend pas de nous de relÈver ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l’abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d’être complices de ceux qui n’ont plus voulu que Jésus régnât sur eux.

    Enfin, au milieu de ces ombres qui s’appesantissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, la sainte Église qui n’est plus qu’une étrangère, une pèlerine à travers les nations dont elle fut la mère et qui l’ont reniée ; qu’elle cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, les fleurs de la virginité ; qu’elle soit l’aimant des âmes élevées qui comprennent la dignité d’Epouse du Christ. S’il en fut ainsi aux glorieux temps des persécutions qui signalèrent le commencement de son ministère, à notre époque d’humiliations et de défections, qu’il lui soit donné encore de consacrer à son Époux une élite nombreuse de cœurs purs et généreux, afin que sa fécondité la venge de ceux qui l’ont repoussée comme une mère stérile, et qui sentiront un jour cruellement son absence.

 

    Considérons le dernier préparatif sensible à la venue du Messie sur la terre : la paix universelle. Au bruit des armes le silence a tout à coup succédé, et le monde se recueille dans l’attente. « Or, nous dit saint Bonaventure dans un de ses Sermons pour l’Avent, nous devons compter trois silences : le premier, au temps de Noé, après que tous les pécheurs furent submergés ; le second, au temps de César Auguste, quand toutes les nations furent soumises ; enfin le troisième qui aura lieu à la mort de l’Antéchrist, quand les Juifs se seront convertis. » O Jésus ! Roi pacifique, vous voulez que le monde soit en paix, quand vous allez descendre. Vous l’avez annoncé par le Psalmiste, votre aïeul selon la chair, lorsqu’il a dit en parlant de vous : « Il fera cesser la guerre dans tout l’univers ; il brisera l’arc, il rompra les armes, il jettera au feu les boucliers » (Psaume XLV, 10). Qu’est-ce à dire tout ceci, ô Jésus ? C’est que vous aimez à trouver silencieux et attentifs les cœurs que vous visitez. C’est qu’avant de venir vous-même dans une âme, vous l’agitez dans votre miséricorde, comme fut agité le monde avant cette paix universelle, et bientôt vous l’établissez dans le calme, et vous venez ensuite en prendre possession. Oh ! venez promptement soumettre nos puissances rebelles, abattre les hauteurs de notre esprit, crucifier notre chair, rÈveiller la mollesse de notre volonté : afin que votre entrée en nous soit solennelle comme celle d’un conquérant dans une place forte qu’il a réduite après un long siège. 0 Jésus, Prince de la Paix, donnez-nous la paix; établissez-vous en nos cœurs d’une manière durable, comme vous vous êtes établi dans votre création, au sein de laquelle votre règne n’aura plus de fin.

 

REPONS DE L’AVENT.

(Au Ier Dimanche de l’Avent, à Matines)

R. Adspiciebam in visu noctis, et ecce in nubibus cœli Filius hominis veniebat: et datum est ei regnum

et honor, * Et omnis populus, tribus, et linguae servient ei. V. Potestas ejus potestas aeterna , quae non auferetur, et regnum ejus quod non corrumpetur. * Et omnis populus, tribus et linguae servient ei.

 

R/. Je voyais dans une vision de nuit, et voilà le Fils de l’homme qui venait sur les nuées du ciel : et il lui fut donné honneur et empire ; * Et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les nations lui seront soumis. V/. Sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point ôtée ; et son empire, un empire qui ne se dissoudra pas. * Et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les nations lui seront soumis.

 

8 décembre. L’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge

    Enfin, l’aurore du Soleil tant désiré brille aux extrémités du ciel, tendre et radieuse. L’heureuse Mère du Messie devait naître avant le Messie lui-même ; et ce jour est celui de la Conception de Marie. La terre possède déjà un premier gage des célestes miséricordes ; le Fils de l’homme est à la porte. Deux vrais Israélites, Joachim et Anne, nobles rejetons de la famille de David, voient enfin, après une longue stérilité, leur union rendue féconde par la toute-puissance divine. Gloire au Seigneur qui s’est souvenu de ses promesses, et qui daigne, du haut du ciel, annoncer la fin du déluge de l’iniquité, en envoyant à la terre la blanche et douce colombe qui porte la nouvelle de paix !

    La fête de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge est la plus solennelle de toutes celles que l’Église célèbre au saint temps de l’Avent ; et s’il était nécessaire que la première partie du Cycle présentât la commémoration de quelqu’un des Mystères de Marie, il n’en est aucun dont l’objet pût offrir de plus touchantes harmonies avec les pieuses préoccupations de l’Église en cette mystique saison de l’attente. Célébrons donc avec joie cette solennité ; car la Conception de Marie présage la prochaine Naissance de Jésus.

    L’intention de l’Église, dans cette fête, n’est pas seulement de célébrer l’anniversaire de l’instant fortuné auquel commença, au sein de la pieuse Anne, la vie de la très glorieuse Vierge Marie; mais encore d’honorer le sublime privilège en vertu duquel Marie a été préservée de la tache originelle que, par un décret souverain et universel, tous les enfants d’Adam contractent au moment même où ils sont conçus dans le sein de leurs mères. La foi de l’Église catholique que nous avons entendu solennellement reconnaître comme révélée de Dieu même, au jour à jamais mémorable du huit Décembre 1854, cette foi qu’a proclamée l’oracle apostolique, par la bouche de Pie IX, aux acclamations de la chrétienté tout entière, nous enseigne qu’au moment où Dieu a uni l’âme de Marie qu’il venait de créer au corps qu’elle devait animer, cette âme à jamais bénie, non seulement n’a pas contracté la souillure qui envahit à ce moment toute âme humaine, mais qu’elle a été remplie d’une grâce immense qui l’a rendue, dès ce moment, le miroir de la sainteté de Dieu même, autant qu’il est possible à un être créé.

    Une telle suspension de la loi portée par la justice divine contre toute la postérité de nos premiers parents était motivée par le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. Les rapports que Marie devait avoir avec la divinité même, étant non seulement la Fille du Père céleste, mais appelée à dÈvenir la propre Mère du Fils, et le Sanctuaire ineffable de l’Esprit-Saint, ces rapports exigeaient que rien de souillé ne se rencontrât, même un seul instant, dans la créature prédestinée à de si étroites relations avec l’adorable Trinité ; qu’aucune ombre n’eût jamais obscurci en Marie la pureté parfaite que le Dieu souverainement saint veut trouver même dans les êtres qu’il appelle à jouir au ciel de sa simple vue ; en un mot, comme le dit le grand Docteur saint Anselme : « Il était juste qu’elle fût ornée d’une pureté au-dessus de laquelle on n’en puisse concevoir de plus grande que celle de Dieu même, cette Vierge à qui Dieu le Père devait donner son Fils d’une manière si particulière que ce Fils deviendrait par nature le Fils commun et unique de Dieu et de la Vierge ; cette Vierge que le Fils devait élire pour en faire substantiellement sa Mère, et au sein de laquelle l’Esprit-Saint voulait opérer la conception et la naissance de Celui dont il procédait lui-même. » ( De Conceptu Virginali. Cap. XVIII.)

    En même temps, les relations que le Fils de Dieu avait à contracter avec Marie, relations ineffables de tendresse et de déférence filiales, avant été éternellement présentes à sa pensée, elles obligent à conclure que le Verbe divin a ressenti pour cette Mère qu’il devait avoir dans le temps, un amour d’une nature infiniment supérieure à celui qu’il éprouvait pour tous les êtres créés par sa puissance. L’honneur de Marie lui a été cher au-dessus de tout, parce qu’elle devait être sa Mère, qu’elle l’était même déjà dans ses éternels et miséricordieux desseins. L’amour du Fils a dune protégé la Mère ; et si celle-ci, dans son humilité sublime, n’a repoussé aucune des conditions auxquelles sont soumises toutes les créatures de Dieu, aucune des exigences même de la loi de Moïse qui n’avait pas été portée pour elle, la main du Fils divin a abaissé pour elle l’humiliante barrière qui arrête tout enfant d’Adam venant en ce monde, et lui ferme le sentier de la lumière et de la grâce jusqu’à ce qu’il ait été régénéré dans une nouvelle naissance.

    Le Père céleste ne pouvait pas faire moins pour la nouvelle Ève qu’il n’avait fait pour l’ancienne, qui fut établie tout d’abord, ainsi que le premier homme, dans l’état de sainteté originelle où elle ne sut pas se maintenir. Le Fils de Dieu ne devait pas souffrir que la femme à laquelle il emprunterait sa nature humaine eût à envier quelque chose à celle qui a été la mère de prévarication. L’Esprit-Saint, qui devait la couvrir de son ombre et la rendre féconde par sa divine opération, ne pouvait pas permettre que sa Bien-Aimée fût un seul instant maculée de la tache honteuse avec laquelle nous sommes conçus. La sentence est universelle ; mais une Mère de Dieu devait en être exempte. Dieu auteur de la loi, Dieu qui a posé librement cette loi, n’était-il pas le maître d’en affranchir celle qu’il avait destinée à lui être unie en tant de manières ? Il le pouvait, il le devait : il l’a donc fait.

    Et n’était-ce pas cette glorieuse exception qu’il annonçait lui-même au moment où comparurent devant sa majesté offensée les deux prévaricateurs dont nous sommes tous issus? La promesse miséricordieuse descendait sur nous dans l’anathème qui tombait sur le serpent. « J’établirai moi-même, disait Jéhovah, une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et son fruit ; et elle-même t’écrasera la tête. » Ainsi, le salut était annoncé à la famille humaine sous la forme d’une victoire contre Satan ; et cette victoire, c’est la Femme qui la devait remporter pour nous tous. Et que l’on ne dise pas que ce sera le fils de la femme qui la remportera seul, cette victoire : le Seigneur nous dit que l’inimitié de la femme contre le serpent sera personnelle, et que, de son pied vainqueur, elle brisera la tête de l’odieux reptile ; en un mot, que la nouvelle Ève sera digne du nouvel Adam, triomphante comme lui ; que la race humaine un jour sera vengée, non seulement parle Dieu fait homme, mais aussi par la Femme miraculeusement soustraite à toute atteinte du péché ; en sorte que la création primitive dans la sainteté et la justice (Ephes. IV, 24) reparaîtra en elle, comme si la faute primitive n’avait pas été commise.

    Relevez donc la tête, enfants d’Adam, et secouez vos chaînes. Aujourd’hui, l’humiliation qui pesait sur vous est anéantie. Voici que Marie, qui est votre chair et votre sang, a vu reculer devant elle le torrent du péché qui entraîne toutes les générations : le souffle du dragon infernal s’est détourné pour ne pas la flétrir ; la dignité première de votre origine est rétablie en elle. Saluez donc ce jour fortuné où la pureté première de votre sang est renouvelée : la nouvelle Ève est produite ; et de son sang qui est aussi le vôtre, moins le péché, elle va vous donner, sous peu d’heures, le Dieu-homme qui procède d’elle selon la chair, comme il sort de son Père par une génération éternelle.

    Et comment n’admirerions-nous pas la pureté incomparable de Marie dans sa conception immaculée, lorsque nous entendons, dans le divin Cantique, le Dieu même qui l’a ainsi préparée pour être sa Mère, lui dire avec l’accent d’une complaisance toute d’amour : « Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, et il n’y a en vous aucune tache ? » (Cant. IV, 7.) C’est le Dieu de toute sainteté qui parle ; son œil qui pénètre tout ne découvre en Marie aucune trace, aucune cicatrice du péché ; voilà pourquoi il se conjoint avec elle, et la félicite du don qu’il a daigné lui faire. Après cela, nous étonnerons-nous que Gabriel, descendu des cieux pour lui apporter le divin message, soit saisi d’admiration à la vue de cette pureté dont le point de départ a été si glorieux et les accroissements sans limites ; qu’il s’incline profondément devant une telle merveille, et qu’il dise : « Salut, ô Marie, pleine de grâce ! » Gabriel mène sa vie immortelle au centre de toutes les magnificences de la création, de toutes les richesses du ciel ; il est le frère des Chérubins et des Séraphins, des Trônes et des Dominations ; son regard parcourt éternellement ces neuf hiérarchies angéliques où la lumière et la sainteté resplendissent souverainement, croissant toujours de degré en degré ; mais voici qu’il a rencontré sur la terre, dans une créature d’un rang inférieur aux Anges, la plénitude de la grâce, de cette grâce qui n’a été donnée qu’avec mesure aux Esprits célestes, et qui repose en Marie depuis le premier instant de sa création. C’est la future Mère de Dieu toujours sainte, toujours pure, toujours immaculée.

    Cette vérité révélée aux Apôtres par le divin Fils de Marie, recueillie dans l’Église, enseignée par les saints Docteurs, crue avec une fidélité toujours plus grande par le peuple chrétien, était contenue dans la notion même d’une Mère de Dieu. Croire Marie Mère de Dieu, c’était déjà croire implicitement que celle en qui devait se réaliser ce titre sublime n’avait jamais rien eu de commun avec le péché, et que nulle exception n’avait pu coûter à Dieu pour l’en préserver. Mais désormais l’honneur de Marie est appuyé sur la sentence explicite qu’a dictée l’Esprit-Saint. Pierre a parlé par la bouche de Pie IX ; et lorsque Pierre a parlé, tout fidèle doit croire ; car le Fils de Dieu a dit : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille jamais » (LUC. XXVII, 32) ; et il a dit aussi : « Je vous enverrai l’Esprit de vérité qui demeurera avec vous à jamais, et vous fera souci venir de tout ce que je vous avais enseigné. »

(JOHAN. XIV, 20.)

    Le symbole de notre foi a donc acquis, non une vérité nouvelle, mais une nouvelle lumière sur la vérité qui était auparavant l’objet de la croyance universelle. En ce jour, le serpent infernal a senti de nouveau la pression victorieuse du pied de la Vierge-mère, et le Seigneur a daigné nous donner le gage le plus signalé de ses miséricordes. Il aime encore cette terre coupable; car il a daigné l’éclairer tout entière d’un des plus beaux rayons de la gloire de sa Mère. N’a-t-elle pas tressailli, cette terre ? N’a-t-elle pas ressenti à ce moment un enthousiasme que notre génération n’oubliera jamais ? Quelque chose de grand s’accomplissait à cette moitié du siècle ; et nous attendrons désormais les temps avec plus de confiance, puisque si l’Esprit-Saint nous avertit de craindre pour les jours où les vérités diminuent chez les enfants des hommes, il nous dit assez par là que nous devons regarder comme heureux les jours où les vérités croissent pour nous en lumière et en autorité.

    En attendant l’heure de la proclamation solennelle du grand dogme, la sainte Église le confessait chaque année, en célébrant la fête d’aujourd’hui. Cette fête n’était pas appelée, il est vrai, la Conception immaculée, mais simplement la Conception de Marie. Toutefois, le fait de son institution et de sa célébration exprimait déjà suffisamment la croyance de la chrétienté. Saint Bernard et l’Angélique Docteur saint Thomas s’accordent à enseigner que l’Église ne peut pas célébrer la fête de ce qui n’est pas saint ; la Conception de Marie fut donc sainte et immaculée, puisque l’Église, depuis tant de siècles, l’honore d’une fête spéciale. La Nativité de Marie est l’objet d’une solennité dans l’Église, parce que Marie naquit pleine de grâce ; si donc le premier instant de son existence eût été marqué par la flétrissure commune, sa Conception n’aurait pu être l’objet d’un culte. Or, il est peu de fêtes plus générales et mieux établies dans l’Église que celle que nous célébrons aujourd’hui.

    L’Église grecque, héritière plus prochaine des pieuses traditions de l’Orient, la célébrait déjà au VI° siècle, comme on le voit par le Type ou cérémonial de saint Sabbas. En Occident nous la trouvons établie dès le VIII° siècle, dans l’Église gothique d’Espagne. Un célèbre calendrier gravé sur le marbre, au IX° siècle, pour l’usage de l’Église de Naples, nous la montre déjà instituée à cette époque. Paul Diacre, secrétaire de Charlemagne, puis moineau Mont-Cassin, célébrait le mystère de l’Immaculée-Conception dans une Hymne remarquable, que nous donnerons tout à l’heure, d’après les manuscrits du Mont-Cassin, de Subiaco et de BénÈvent. En 1066, la fête s’établissait en Angleterre à la suite d’un prodige opéré sur mer en faveur du pieux abbé Helsin, et bientôt elle s’étendait dans cette île par les soins du grand saint Anselme, moine et archevêque de Cantorbéry ; delà elle passait en Normandie, et prenait possession du sol français. Nous la trouvons en Allemagne sanctionnée dans un concile présidé, en 1049, par saint Léon IX ; dans la Navarre, en 1090, à l’abbaye d’Irach ; en Belgique, à Liège, en 1142. C’est ainsi que toutes les Églises de l’Occident rendaient tour à tour témoignage au mystère, en acceptant la fête qui l’exprimait.

    Enfin, l’Église de Rome l’adopta elle-même, et par son concours vint rendre plus imposant encore ce concert de toutes les Églises. Ce fut Sixte IV qui, en 1476, rendit le décret qui instituait la fête de la Conception de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. Au siècle suivant, en 1568, saint Pie V publiait l’édition universelle du Bréviaire Romain ; on y voyait cette fête inscrite au calendrier, comme l’une des solennités chrétiennes qui doivent chaque année réunir les vœux des fidèles. Rome n’avait pas déterminé le mouvement de la piété catholique envers le mystère; elle le sanctionnait de son autorité liturgique, comme elle Fa confirmé, dans ces derniers temps, de son autorité doctrinale.

    Les trois grands États de l’Europe catholique, l’Empire d’Allemagne, la France et l’Espagne, se signalèrent, chacun à sa manière, par les manifestations de leur piété envers Marie immaculée dans sa Conception. La France, par l’entremise de Louis XIV, obtint de Clément IX que la fête serait célébrée avec Octave dans le royaume : faveur qui fut bientôt étendue à l’Église universelle par Innocent XII. Déjà, depuis des siècles, la Faculté de théologie de Paris astreignait tous ses Docteurs à prêter serment de soutenir le privilège de Marie, et elle maintint cette pieuse pratique jusqu’à son dernier jour.

    L’empereur Ferdinand III, en 1647, fit élever sur la grande place de Vienne une splendide colonne couverte d’emblèmes et de figures qui sont autant de symboles de la victoire que Marie a remportée sur le péché, et surmontée de la statue de notre Reine immaculée, avec cette pompeuse et catholique inscription :

 

AU DIEU TRÈS BON ET TRES GRAND,

MONARQUE DU CIEL ET DE LA TERRE,

PAR QUI RÉGNENT LES ROIS ;

A LA VIERGE MÈRE DE DIEU,

IMMACULÉE DANS SA CONCEPTION.

PAR QUI LES PRINCES COMMANDENT,

QUE L’AUTRICHE A CHOISIE AVEC AMOUR

POUR SOUVERAINE ET PATRONNE ,

FERDINAND III AUGUSTE

CONFIE, DONNE, CONSACRE SOI-MÊME,

SES ENFANTS , SES PEUPLES , SES ARMÉES ,

SES PROVINCES,

ENFIN TOUT CE QU’IL POSSÈDE,

ET ÉRIGE POUR ACCOMPLIR UN VOEU

CETTE STATUE,

EN SOUVENIR ÉTERNEL 3 .

 

    L’Espagne dépassa tous les États catholiques par son zèle pour le privilège de Marie. Dès l’année 1398, Jean Ier, roi d’Aragon, donnait une charte solennelle pour mettre sa personne et son royaume sous la protection de Marie conçue sans péché. Plus tard, les rois Philippe III et Philippe IV faisaient partir pour Rome des ambassades qui sollicitaient en leur nom la solennelle décision que le ciel, dans sa miséricorde, avait réservée pour nos temps. Charles III, au siècle dernier, obtenait de Clément XIII que la Conception immaculée devînt la fête patronale des Espagnes. Les habitants du royaume Catholique inscrivaient sur la porte ou sur la façade de leurs maisons la louange du privilège de Marie ; ils se saluaient en le prononçant dans une formule touchante. Marie de Jésus, abbesse du monastère de l’Immaculée-Conception d’Agréda, écrivait son livre de la Cité mystique de Dieu, dans lequel Murillo s’inspirait pour produire le chef-d’œuvre de la peinture espagnole.

    Mais il ne serait pas juste d’omettre, dans cette énumération des hommages rendus à Marie immaculée, la part immense qu’a eue l’Ordre Séraphique au triomphe terrestre de cette auguste Souveraine de la terre et des cieux. Le pieux et profond docteur Jean Duns Scot, qui le premier sut assigner au dogme de la Conception immaculée le rang qu’il occupe dans la divine théorie de l’Incarnation du Verbe, ne mérite-t-il pas d’être nommé aujourd’hui avec l’honneur qui lui est dû? Et toute l’Église n’a-t-elle pas applaudi à l’audience sublime que reçut du Pontife la grande famille des Frères-Mineurs, au moment où toutes les pompes de la solennelle proclamation du dogme paraissant accomplies, Pie IX y mit le dernier sceau en acceptant des mains de l’Ordre de Saint-François l’hommage touchant et les actions de grâces que lui offrait l’École scotiste, après quatre siècles de savants travaux en faveur du privilège de Marie ?

    En présence de cinquante-quatre Cardinaux, de quarante-deux Archevêques et de quatre-vingt-douze Évêques, sous les regards d’un peuple immense qui remplissait le plus vaste temple de l’univers, et avait joint sa voix pour implorer la présence de l’Esprit de vérité, le Vicaire du Christ venait de prononcer l’oracle attendu depuis des siècles ; le divin Sacrifice avait été offert par lui sur la Confession de saint Pierre ; la main du Pontife avait orné d’un splendide diadème l’image de la Reine immaculée ; porté sur son trône aérien et le front ceint de la triple couronne, il était arrivé près du portique de la basilique. Là, prosternés à ses pieds, les deux représentants du Patriarche Séraphique arrêtèrent sa marche triomphale. L’un présentait une branche de lis en argent : c’était le Général des Frères-Mineurs de l’Observance ; une tige de rosier chargée de ses fleurs, de même métal, brillait aux mains du second : c’était le Général des Frères-Mineurs Conventuels. Lis et roses, fleurs de Marie, pureté et amour symbolisés dans cette offrande que rehaussait la blancheur de l’argent, pour rappeler le doux éclat de l’astre sur lequel se réfléchit la lumière du soleil : car Marie « est belle comme la lune », nous dit le divin Cantique (VI, 9). Le Pontife ému daigna accepter le don de la famille Franciscaine, de qui l’on pouvait dire en ce jour, comme de l’étendard de notre héroïne française, « qu’ayant été à la lutte, il était juste qu’elle fût aussi au triomphe. » Et ainsi se terminèrent les pompes si imposantes de cette grande matinée du huit décembre MDCCCLIV.

    C’est ainsi que vous avez été glorifiée sur la terre en votre Conception Immaculée, ô vous la plus humble des créatures! Mais comment les hommes ne mettraient-ils pas toute leur joie à vous honorer, divine aurore du Soleil de justice ? Ne leur apportez-vous pas, en ces jours, la nouvelle de leur salut ? N’êtes-vous pas, ô Marie, cette radieuse espérance qui vient tout d’un coup briller au sein même de l’abîme de la désolation ? Qu’allions-nous devenir sans le Christ qui vient nous sauver ? et vous êtes sa Mère à jamais chérie, la plus sainte des créatures de Dieu, la plus pure des vierges, la plus aimante des mères !

    O Marie! que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Étoile du matin ! vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages! Oh! préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’Avent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie ! à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous.

    O Marie ! Arche d’alliance, formée d’un bois incorruptible, revêtue de l’or le plus pur, aidez-nous à correspondre aux desseins ineffables du Dieu qui, après s’être glorifié dans votre pureté incomparable, veut maintenant se glorifier dans notre indignité, et ne nous a arrachés au démon que pour faire de nous son temple et sa demeure la plus chère Venez à notre aide, ô vous qui, par la miséricorde de votre Fils, n’avez jamais connu le péché ! et recevez en ce jour nos hommages. Car vous êtes l’Arche de Salut qui surnage seule sur les eaux du déluge universel ; la blanche Toison rafraîchie par la rosée du ciel, pendant que la terre entière demeure dans la sécheresse ; la Flamme que les grandes eaux n’ont pu éteindre ; le Lis qui fleurit entre les épines; le Jardin fermé au serpent infernal ; la Fontaine scellée, dont la limpidité ne fut jamais troublée; la Maison du Seigneur, sur laquelle ses yeux sont ouverts sans cesse, et dans laquelle rien de souillé ne doit jamais entrer ; la Cité mystique dont on raconte tant de merveilles (Ps. LXXXVI). Nous nous plaisons à redire vos titres d’honneur, ô Marie ! car nous vous aimons ; et la gloire de la Mère est celle des enfants. Continuez de bénir et de protéger ceux qui honorent votre auguste privilège, vous qui êtes conçue en ce jour ; et bientôt naissez, concevez l’Emmanuel, enfantez-le et montrez-le à notre amour.

 

AUX PREMIERES VEPRES.

 

    Les cinq Psaumes que l’Église chante dans cet Office sont ceux avec lesquels elle a coutume de célébrer les Vêpres dans les solennités de Marie.

    Le premier rappelle la Royauté, le Sacerdoce et la suprême Judicature du Christ, Fils de Dieu et fils de Marie: c’est annoncer déjà la haute dignité, l’incomparable pureté de celle qui doit le donner au monde.

Ant. Tota pulchra es, Maria, et macula originalis non est in te.

Ant. Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tâche originelle n’est point en vous.

PSAUME CIX.

Dixit Dominus Domino meo: * Sede a dextris meis.

Donec ponam inimicos tuos: * scabellum pedum tuorum.

Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion: * dominare in medio inimicorum tuorum.

Tecum principium in die virtutis tuae in splendoribus sanctorum: * ex utero ante luciferum genui te.

Juravit Dominus, et non poenitebit eum: * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.

Dominus a dextris tuis: * confregit in die irae suae reges.

Judicabit in nationibus, implebit ruinas: * conquassabit capita in terra multorum.

De torrente in via bibet: * propterea exaltabit caput.

 

Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite , et régnez avec moi;

Jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.

O Christ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.

La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.

Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : Il a dit en vous parlant : Dieu-homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech.

O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite ; c’est lui qui au jour de sa colère viendra juger les rois.

Il jugera aussi les nations : dans cet avènement terrible, il consommera la ruine du monde et brisera contre terre la tête de plusieurs.

Maintenant, il vient dans l’humilité ; il s’abaissera pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.

Antiphona. Tota pulchra es, Maria, et macula originalis non est in te.

Ant. Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous.

Ant. Vestimentum tuum candidum quasi nix, et facies tua sicut sol.

Ant. Votre vêtement est blanc comme la neige, et votre visage éclatant comme le soleil.

 

    Le second Psaume célèbre la grandeur de Dieu, et en même temps nous le montre attentif à considérer les cœurs humbles du haut du ciel. L’humilité de Marie l’a attiré en elle, et il l’a établie Reine de l’univers. Elle est demeurée vierge, et le Seigneur l’a faite mère d’une famille innombrable.

PSAUME CXVII.

Laudate, pueri, Dominum: * laudate nomen Domini.
Sit nomen Domini benedictum: * ex hoc nunc et usque in saeculum.
A solis ortu usque ad occasum: * laudabile nomen Domini.
Excelsus super omnes gentes Dominus: * et super coelos gloria ejus.
Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat:* et humilia respicit in coelo et in terra?
Suscitans a terra inopem: * et de stercore erigens pauperem.
Ut collocet eum cum principibus: * cum principibus populi sui.
Qui habitare facit sterilem in domo: * matrem filiorum laetantem.

 

Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.

De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

Le Seigneur est élève au-dessus de toutes les nations; sa gloire est par delà les cieux.

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.

C’est de là qu’il soulève de terre l’indigent, qu’il élève le pauvre de dessus le fumier, où il languissait ;

Pour le placer avec les princes, avec les princes même de son peuple.

C’est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.

Ant. Vestimentum tuum candidum quasi nix, et facies tua sicut sol.

Ant. Votre vêtement est blanc comme la neige, et votre visage éclatant comme le soleil.

Ant. Tu gloria Jerusalem, tu laetitia Israel, tu honorificentia populi nostri

Ant. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël, l’honneur de notre peuple.

 

    Le troisième Psaume chante la gloire de Jérusalem, Cité de Dieu ; Marie, demeure du Très-Haut, était figurée par cette cité bénie. C’est en elle, en l’admiration que font naître ses grandeurs, en la confiance qu’inspire que se réunissent les enfants est la Cité de Dieu.

PSAUME CXXI.

Laetatus sum in his quae dicta sunt mihi: * In domum Domini ibimus.
Stantes erant pedes nostri:  * in atriis tuis Jerusalem.
Jerusalem quae aedificatur ut civitas: * cujus participatio ejus in idipsum.
Illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini: * testimonium Israel ad confitendum Nomini Domini.
Quia illic sederunt sedes in judicio: * sedes super domum David.
Rogate quae ad pacem sunt Jerusalem: * et abundantia diligentibus te.
Fiat pax in virtute tua: * et abundantia in turribus tuis.
Propter fratres meos et proximos meos: * loquebar pacem de te.
Propter domum Domini Dei nostri: * quaesivi bona tibi.

Je me suis réjoui quand on m’a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.

Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! notre cœur dans votre amour, ô Marie !

Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour sont unis et liés ensemble.

C’est en elle que se sont donne rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l’ordre qu’il en a donné à Israël, pour y louer le Nom du Seigneur.

Là, sont dressés les sièges de la justice, les trônes de la maison de David ; et Marie est la fille des Rois.

Demandez à Dieu par marie la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Église !

Voix de Marie : Que la paix règne sur tes remparts, ô nouvelle Sion ! et l’abondance dans tes forteresses.

Moi, fille d’Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.

Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j’ai appelé sur toi tous les biens.

Ant. Tu gloria Jerusalem, tu laetitia Israel, tu honorificentia populi nostri

Ant. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël , l’honneur de notre peuple.

 

Ant. Benedicta es tu, Virgo Maria, a Domino Deo excelso, prae omnibus mulieribus super terram.

Ant. Vous êtes bénie, ô vierge Marie, par le Seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre.

    Le Psaume suivant est employé dans l’Office de la Sainte Vierge à cause de l’allusion qu’il fait à une Maison que Dieu même a bâtie, à une Cité dont il se fait le gardien. Marie est cette Maison que Dieu a construite pour lui-même, cette Cité qu’il a protégée contre toute insulte de l’ennemi.

PSAUME CXXVI.

Nisi Dominus aedificaverit domum: * in vanum laboraverunt qui aedificant eam.
Nisi Dominus custodierit civitatem: * frustra vigilat qui custodit eam.
Vanum est vobis ante lucem surgere: * surgite post quam sederitis, qui manducatis panem doloris.
Cum dederit dilectis suis somnum; * ecce haereditas Domini, filii: merces, fructus ventris.
Sicut sagittae in manu potentis: * ita filii excussorum.
Beatus vir, qui implevit desiderium suum ex ipsis: * non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.

Si le Seigneur ne bâtit la Maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.

Si le Seigneur ne garde la Cité, inutilement veilleront ses gardiens.

En vain vous vous lèveriez avant le jour : mais levez-vous après le repos, vous qui mangez le pain de la douleur.

Le Seigneur donnera un sommeil tranquille à ceux qu’il aime : des fils, voilà l’héritage que le Seigneur leur destine; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.

Comme des flèches dans une main puissante, ainsi seront les fils de ceux que l’on opprime.

Heureux l’homme qui en a rempli son désir ! il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.

 

Ant. Benedicta es tu, Virgo Maria, a Domino Deo excelso, prae omnibus mulieribus super terram.

Ant. Vous êtes bénie, ô Vierge Marie, par le seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre.

 

Ant. Trahe nos, Virgo immaculata: post te curremus in odorem unguentorum tuorum.

Ant. Attirez-nous, Vierge immaculée; nous courrons sur vos pas, à l’odeur de vos

parfums.

 

    C’est encore Marie, Cité mystique de Dieu, que l’Église a en vue dans le choix qu’elle a fait aujourd’hui du beau Psaume suivant. Le Seigneur, en ce jour, a fortifié les portes de sa Cité chérie ; l’ennemi n’a pu y pénétrer. Dieu devait ce secours à celle par qui il a envoyé son Verbe à la terre.

PSAUME CXLVII.

Lauda, Jerusalem, Dominum: * lauda Deum tuum, Sion.
Quoniam confortavit seras portarum tuarum: * benedixit filiis tuis in te.
Qui posuit fines tuos pacem, * et adipe frumenti satiat te.
Qui emittit eloquium suum terrae: * velociter currit sermo ejus.
Qui dat nivem sicut lanam: * nebulam sicut cinerem spargit.
Mittit crystallum suam sicut buccellas: * ante faciem frigoris ejus quis sustinebit?
Emittet verbum suum, et liquefaciet ea: * flabit spiritus ejus, et fluent aquae.
Qui annuntiat verbum suum Jacob: * justitias, et judicia sua Israel.
Non fecit taliter omni nationi: * et judicia sua non manifestavit eis.

Marie, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur : Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.

C’est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.

Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le Pain de vie.

Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa Parole parcourt le monde avec rapidité.

Il donne la neige comme des flocons de laine : il répand les frimas comme la poussière.

Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger: qui pourra résister devant le froid que son souffle répand ?

Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie; et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.

Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi. et ses jugements à Israël.

Jusqu’aux jours où nous sommes, il n’avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.

Ant. Trahe nos, Virgo immaculata: post te curremus in odorem unguentorum tuorum.

Ant. Attirez-nous, Vierge immaculée ; nous courrons sur vos pas, à l’odeur de vos parfums.

 

    Le Capitule est un passage du livre des Proverbes de Salomon, dans lequel on entend la divine Sagesse, le Fils de Dieu, déclarer l’éternité du dessein de l’Incarnation. L’Église met aujourd’hui ces mêmes paroles dans la bouche de Marie, parce que cette créature privilégiée a été décrétée comme Mère de l’Homme-Dieu, avant tous les temps.

CAPITULE. (Prov. VIII.)

Dominus possedit me in initio viarum suarum, antequam quidquam faceret a principio: ab aeterno ordinata sum, et ex antiquis antequam terra fieret: non dum erant abyssi, et ego jam concepta eram.

Le Seigneur m’a possédée, dès le commencement de ses voies, avant qu’il créât aucune chose au commencement. J’ai été établi dès l’éternité, et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue.

 

    L’Hymne est cet antique chant de la catholicité, qui s’étend à toutes les fêtes de Marie : cantique de confiance et de tendresse et d’une incomparable fraîcheur, que les vierges sacrées aiment à faire retentir sous l’abri mystique du cloître, et le nautonnier chrétien au milieu des mugissements de la tempête.

HYMNE.

Ave, maris Stella,

Dei Mater alma,

Atque semper Virgo,

Felix coeli porta.

Sumens illud

Ave Gabrielis ore,

Funda nos in pace,

Mutans Eva; nomen.

Solve vincla reis,

Profer lumen caecis,

Mala nostra pelle,

Bona cuncta posce.

Monstra te esse Matrem,

Sumat per te preces,

Qui pro nobis natus,

Tulit esse tuus.

Virgo singularis,

Inter omnes mitis,

Nos culpis solutos

Mites fac et castos.

Vitam praesta puram,

Iter para tutum ;

Ut videntes Jesum,

Semper collaetemur.

Sit laus Deo Patri,

Summo Christo decus,

Spiritui Sancto,

Tribus honor unus. Amen.

V/. Immaculata Conceptio est hodie sanctae Maria; Virginis,

R/. Quae serpentis caput virgineo pede contrivit.

 

Salut, astre des mers,

Mère de Dieu féconde !

Salut, ô toujours Vierge,

Porte heureuse du ciel!

Vous qui de Gabriel

Avez reçu l’Ave,

Fondez-nous dans la paix,

Changez le nom d’Eva.

Délivrez les captifs.

Éclairez les aveugles,

Chassez loin tous nos maux,

Demandez tous les biens.

Montrez en vous la Mère;

Vous-même offrez nos vœux

Au Dieu qui, né pour nous,

Voulut naître de vous.

O Vierge incomparable,

Vierge douce entre toutes ;

Affranchis du péché,

Rendez-nous doux et chastes.

Donnez vie innocente,

Et sûr pèlerinage,

Pour qu’un jour soit Jésus

Notre liesse à tous.

Louange à Dieu le Père,

Gloire au Christ souverain;

Louange au Saint-Esprit;

Aux trois un même honneur. Amen.

V/. C’est aujourd’hui la Conception immaculée de la sainte Vierge Marie,

R/. Qui, de son pied virginal, a brisé la tête du serpent.

 

ANTIENNE de Magnificat.

Beatam me dicent omnes generationes , quia fecit mihi magna qui potens est. Alleluia.

Toutes les générations m’appelleront bienheureuse ; car Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses. Alleluia.

ORAISON.

Deus, qui per immaculatam Virginis Conceptionem dignum Filio tuo habitaculum praeparasti : quaesumus, ut qui ex morte ejusdem Filii tui praevisa, eam ab omni labe praeservasti, nos quoque mundos ejus intercessione ad te pervenire concedas. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

     O Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé une digne habitation à votre Fils, nous vous supplions, vous qui, en vue de la mort de ce môme Fils, l’avez préservée de toute tache, de nous faire la grâce d’arriver jusqu’à vous purifiés par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur, Amen.

 

On fait ensuite mémoire de l’Avent, par l’Antienne, le Verset et l’Oraison du temps.

 

A LA MESSE.

 

L’Introït est un chant d’actions de grâces emprunté à Isaïe et à David. Marie célèbre les dons supérieurs dont Dieu l’a honorée et la victoire qu’il lui a donnée sur l’enfer.

INTROÏT.

Gaudens gaudebo in Domino, et exsultabit anima mea in Deo meo: quia induit me vestimentis salutis; et indumento justitiae circumdedit me, quasi sponsam ornatam monilibus suis.

Ps. Exaltabo te, Domine, quoniam suscepisti me: nec delectasti inimicos meos super me. Gloria Patri. Gaudens gaudebo.

Je me réjouirai dans le Seigneur, et mon âme tressaillera en mon Dieu ; car il m’a revêtue des vêtements du salut, et il m’a entourée d’une parure de sainteté comme une épouse ornée de ses joyaux.

Ps. Je vous célébrerai, Seigneur, parce que vous m’avez protégée et que vous n’avez pas permis à mes ennemis de triompher de moi. Gloire au Père. Je me réjouirai.

 

    La Collecte présente l’application morale du mystère. Marie a été préservée de la tache originelle, parce qu’elle devait être l’habitation du Dieu trois fois Saint. Que cette pensée nous engage à recourir à la bonté divine pour en obtenir la purification de nos âmes.

COLLECTE.

Deus,qui per immaculatam Virginis Conceptionem dignum Filio tuo habitaculum praeparasti; quaesumus, ut qui, ex morte ejusdem Filii tui praevisa, eam ab omni labe praeservasti, nos quoque mundos ejus intercessione ad te pervenire concedas. Per eumdem.

O Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé une digne habitation à votre Fils, nous vous supplions, vous qui, en vue de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, de nous faire la grâce d’arriver jusqu’à vous purifiés par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.On fait ici la mémoire de l’Avent, par la Collecte du Dimanche précédent.

ÉPITRE.

Lectio libri Sapientiae. Prov. Cap. VIII. 

Dominus possedit me in initio viarum suarum, antequam quidquam faceret a principio. Ab aeterno ordinata sum, et ex antiquis, antequam terra fieret. Nondum erant abyssi et ego iam concepta eram: necdum fontes aquarum eruperant: necdum montes gravi mole constiterant: ante colles ego parturiebar: adhuc terram non fecerat, et flumina, et cardines orbis terrae. Quando praeparabat caelos, aderam: quando certa lege et gyro vallabat abyssos: quando aethera firmabat sursum, et librabat fontes aquarum: quando circumdabat mari terminum suum, et legem ponebat aquis, ne transirent fines sus; quando appendebat fundamenta terrae. Cum eo eram cuncta componens: et delectabar per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, ludens in orbe terrarum, et deliciae meae esse cum filiis hominum. Nunc ergo filii, audite me: Beati qui custodiunt vias meas. Audite disciplinam, et estote sapientes, et nolite abiicere eam. Beatus homo qui audit me, et qui vigilat ad fores meas quotidie, et observat ad postes ostii mei. Qui me invenerit, inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino.

 

Lecture du livre de la Sagesse. Prov. VIII.

    Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies, avant qu’il créât aucune chose au commencement. J’ai été établie dès l’éternité et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient point encore, et déjà j’étais conçue ; les fontaines n’avaient point encore répandu leurs eaux ; la pesante masse des montagnes n’était pas encore formée : j’étais enfantée avant les collines : il n’avait point encore créé la terre, ni les fleuves, ni les pôles du monde. Lorsqu’il préparait les cieux, j’étais présente ; lorsqu’il environnait les abîmes de cette circonférence qui a de si justes proportions; lorsqu’il affermissait l’air au-dessus de la terre, et qu’il pesait comme dans une balance les eaux des fontaines ; lorsqu’il renfermait la mer dans ses bornes, et qu’il imposait une loi aux eaux, afin qu’elles ne franchissent point leurs limites; lorsqu’il fondait la terre sur son propre poids, j’étais avec lui et je réglais toutes choses. Je prenais plaisir chaque jour, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans l’univers ; et mes délices sont d’être avec les enfants des hommes. Maintenant donc, ô mes enfants ! écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies ! Écoutez mes instructions, soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux celui qui m’écoute, qui veille tous les jours à l’entrée de ma maison, et qui se tient tout prêta ma porte! Celui qui m’aura trouvée trouvera la vie, et il puisera le salut dans le Seigneur.

 

L’Apôtre nous enseigne que Jésus, notre Emmanuel, est le premier-né de toute créature. (Coloss. I,15). Ce mot profond signifie non seulement qu’il est, en tant que Dieu, éternellement engendré du Père ; mais il exprime encore que le Verbe divin, en tant qu’homme, est antérieur à tous les êtres créés. Cependant ce monde était sorti du néant, le genre humain habitait cette terre depuis déjà quatre mille ans, lorsque le Fils de Dieu s’unit à une nature créée. C’est donc dans l’intention éternelle de Dieu, et non dans l’ordre des temps, qu’il faut chercher cette antériorité de l’Homme-Dieu sur toute créature. Le Tout-Puissant a d’abord résolu de donner à son Fils éternel une nature créée, la nature humaine, et, par suite de cette résolution, de créer pour être le domaine de cet Homme-Dieu, tous les êtres spirituels et corporels. Voilà pourquoi la divine Sagesse, le Fils de Dieu, dans le passage de l’Écriture que l’Église nous propose aujourd’hui et que nous venons de lire, insiste sur sa préexistence à toutes les créatures qui forment cet univers. Comme Dieu, il est engendré de toute éternité au sein de son Pète ; comme homme, il était dans la pensée de Dieu le type de toutes les créatures, avant qu’elles fussent sorties du néant. Mais le Fils de Dieu, pour être un homme de notre filiation, ainsi que l’exigeait le décret divin, devait naître dans le temps, et naître d’une Mère : cette Mère a donc été présente éternellement à la pensée de Dieu comme le moyen par lequel le Verbe prendrait la nature humaine ; le Fils et la Mère sont donc unis dans le même plan de l’Incarnation; Marie était donc présente comme Jésus dans le décret divin, avant que la création sortît du néant. Voilà pourquoi, dès les premiers siècles du christianisme, la sainte Église a reconnu la voix de la Mère unie à celle du Fils dans ce sublime passage du livre sacré, et a voulu qu’on le lût dans l’assemblée des fidèles, ainsi que les autres passages analogues de l’Écriture, aux solennités de la Mère de Dieu. Mais si Marie importe à ce degré dans le plan éternel ; si, comme son fils, elle est, en un sens, avant toute créature, Dieu pouvait-il permettre qu’elle fût sujette à la flétrissure originelle encourue par la race humaine? Sans doute, elle ne naîtrait qu’à son tour, ainsi que son fils, dans le temps marqué ; mais la grâce détournerait le cours du torrent qui entraîne tous lès hommes, afin qu’elle n’en fût pas même touchée, et qu’elle transmît à son fils qui devait être aussi le Fils de Dieu, l’être humain primitif qui fut créé dans la sainteté et dans la justice.

    Le Graduel est formé des éloges que les ancien de Béthulie adressèrent à Judith, après qu’elle eut frappé l’ennemi de son peuple. Judith est un des types de Marie qui a brisé la tête du serpent.

    Le Verset alléluiatique applique à Marie les paroles du divin Cantique où l’Épouse de Dieu est déclarée toute belle et sans tache.

GRADUEL.

Benedicta es tu, Virgo Maria, a Domino Deo excelso prae omnibus mulieribus super terram.
V. Tu gloria Jerusalem, tu  laetitia Israel, tu honorificentia populi nostri.

Alleluia, alleluia.
V. Tota pulchra es, Maria, et macula originalis non est in te. Alleluia.

Vous êtes bénie, ô Vierge Marie, par le Seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre.

V/. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël, l’honneur de notre peuple.

Alleluia, alleluia.

V/. Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous. Alleluia.

 

Évangile.

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap, I.

In illo tempore: Missus est Angelus Gabriel a Deo in civitatem Galilaeae, cui nomen Nazareth, ad Virginem desponsatam viro, cui nomen erat Ioseph, de domo David, et nomen Virginis Maria. Et ingressus Angelus ad eam dixit: Ave, gratia plena: Dominus tecum: benedicta tu in mulieribus.

La suite du saint Évangile selon saint LUC. CHAP. I.

En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth , à une Vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la Vierge était Marie. Et l’Ange étant entré où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes.

 

    Telle est la salutation qu’apporte à Marie l’Archange descendu du ciel. Tout y respire l’admiration et le plus humble respect. Le saint Évangile nous dit qu’à ces paroles la Vierge se sentit troublée, et qu’elle se demandait à elle-même ce que pouvait signifier une telle salutation. Les saintes Écritures en reproduisent plusieurs autres, et, comme le remarquent les Pères, saint Ambroise, saint André de Crète, à la suite d’Origène, il n’en est pas une seule qui contienne de tels éloges. La Vierge prudente dut donc s’étonner d’être le sujet d’un langage si flatteur, et ainsi que le remarquent les auteurs de l’antiquité, elle dut penser au colloque du jardin entre Ève et le serpent. Elle se retrancha donc dans le silence, et attendit, pour répondre, que l’Archange eût parlé une seconde fois.

    Néanmoins Gabriel avait parlé non seulement avec toute l’éloquence, mais avec toute la profondeur d’un Esprit céleste initié aux pensées divines ; et, dans son langage surhumain, il annonçait que le moment était venu où Ève se transformait en Marie. Une femme était devant lui, destinée aux plus sublimes grandeurs, une future Mère de Dieu; mais, à cet instant solennel, Marie n’était encore qu’une fille des hommes. Or, dans ce premier état, mesurez la sainteté de Marie telle que Gabriel la décrit ; vous comprendrez alors que l’oracle divin du paradis terrestre a déjà reçu en elle son accomplissement.

    L’Archange la proclame pleine de grâce. Qu’est-ce à dire ? sinon que la seconde femme possède en elle l’élément dont le péché priva la première. Et remarquez qu’il ne dit pas seulement que la grâce divine agit en elle, mais qu’elle en est remplie. « Chez d’autres réside la grâce, dit notre saint Pierre Chrysologue, mais en Marie habite la plénitude de la grâce. » En elle tout est resplendissant de la pureté divine, et jamais le péché n’a répandu son ombre sur sa beauté. Voulez-vous connaître la portée de l’expression angélique ? Demandez-la à la langue même dont s’est servi le narrateur sacré d’une telle scène. Les grammairiens nous disent que le mot unique qu’il emploie dépasse encore ce que nous exprimons par « pleine de grâce ». Non seulement il rend l’état présent, mais encore le passé, mais une incorporation native de la grâce, mais son attribution pleine et complète, mais sa permanence totale. Il a fallu affaiblir le terme en le traduisant.

    Que si nous cherchons un texte analogue dans les Écritures, afin de pénétrer les termes de la traduction au moyen d’une confrontation, nous pouvons interroger l’Évangéliste saint Jean. Parlant de l’humanité du Verbe incarné, il la caractérise d’un seul mot : il dit qu’elle est « pleine de grâce et de vérité ». Mais cette plénitude serait-elle réelle, si elle eût été précédée d’un moment où le péché tenait la place de la grâce ? Appellera-t-on plein de grâce, celui qui aurait eu besoin d’être purifié ? Sans doute il faut tenir compte respectueusement de la distance qui sépare l’humanité du Verbe incarné de la personne de Marie au sein de laquelle le Fils de Dieu a puisé cette humanité; mais le texte sacré nous oblige à confesser que la plénitude de la grâce a régné proportionnellement dans l’une et dans l’autre.

    Gabriel continue d’énumérer les richesses surnaturelles de Marie. « Le Seigneur est avec vous », lui dit-il. Qu’est-ce à dire ? sinon qu’avant même d’avoir conçu le Seigneur dans son chaste sein, Marie le possède déjà dans son âme. Or, ces paroles pourraient-elles subsister, s’il fallait entendre que cette société avec Dieu n’a pas été perpétuelle, qu’elle ne s’est établie qu’après l’expulsion du péché ? Qui oserait le dire ? Qui oserait le penser, lorsque le langage de l’Archange est d’une si haute gravité ?Qui ne sent ici le contraste entre Ève que le Seigneur n’habite plus, et la seconde femme qui, l’ayant reçu en elle comme Ève, dès le premier moment de son existence, l’a conserve par sa fidélité, étant demeurée telle qu’elle fut des le commencement ?

    Pour mieux saisir encore l’intention du discours de Gabriel qui vient déclarer l’accomplissement de l’oracle divin, et signale ici la femme promise pour être l’instrument de la victoire sur Satan, écoutons les dernières paroles de la salutation. « Vous êtes bénie entre les femmes » : qu’est-ce à dire ? sinon que depuis quatre mille ans toute femme ayant été sous la malédiction, condamnée à enfanter dans la douleur, voici maintenant l’unique, celle qui a toujours été dans la bénédiction, qui a été l’ennemie constante du serpent, et qui donnera sans douleur le fruit de ses entrailles.

    La Conception immaculée de Marie est donc exprimée dans la salutation que lui adresse Gabriel ; et nous comprenons maintenant le motif qui a porté la sainte Église à faire choix de ce passage de l’Évangile, pour le faire lire aujourd’hui dans l’assemblée des fidèles.

Après le chant triomphal du Symbole de la foi. le chœur entonne l’Offertoire ; il est formé des paroles de la Salutation de l’Ange. Disons à Marie avec Gabriel : Vous êtes véritablement pleine de toute grâce.

OFFERTOIRE.

Ave, Maria, gratia plena: Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus. Alleluia.

Salut, ô Marie, pleine de grâce : le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre les femmes. Alleluia.

SECRÈTE.

Salutarem hostiam, quam in solemnitate immaculatae Conceptionis beatae Virginis Mariae tibi, Domine, offerimus, suscipe et praesta: ut sicut illam, tua gratia praeveniente, ab omni labe immunem profitemur: ita ejus intercessione a culpis omnibus liberemur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Recevez, Seigneur, l’hostie de notre salut que nous vous offrons dans la solennité de la Conception immaculée de la bienheureuse Vierge Marie; et de même que nous confessons qu’elle a été exempte de toute tache par votre grâce prévenante, ainsi daignez, par son intercession, nous délivrer de tous nos péchés commis. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    On fait ici mémoire de l’Avent, par la Secrète du Dimanche précédent.

 

    Dans son enthousiasme, l’Église ne se contente pas de la forme ordinaire de l’Action de Grâces ; elle mêle aux accents de sa joie la mémoire glorieuse de la Mère de Dieu, dont la Conception est le principe de son espérance, et annonce le lever prochain de la Lumière éternelle.

PRÉFACE.

Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere: Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Et te in Conceptione Immaculata beatae Mariae semper Virginis collaudare, benedicere, et praedicare. Quae et Unigenitum tuum Sancti Spiritus obumbratione concepit: et virginitatis gloria permanente, lumen aeternum mundo effudit, Jesum Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates. Coeli, coelorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concelebrant. Cum quibus et nostras voces, ut admitti jubeas deprecamur, supplici confessione dicentes: Sanctus! Sanctus! Sanctus!

C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, spécialement de vous louer, de vous bénir, de vous célébrer, en la Conception immaculée de la bienheureuse Marie, toujours vierge. C’est elle qui a conçu votre Fils unique par l’opération du Saint-Esprit, et qui, sans rien perdre de la gloire de sa virginité , a donné au monde la Lumière éternelle , Jésus-Christ notre Seigneur : par qui les Anges louent votre Majesté, les Dominations l’adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus des cieux, et les heureux Séraphins la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint !

 

    Pendant la Communion, l’Église s’unit à David qui proclame dans un saint enthousiasme les gloires et les grandeurs de la Cité mystique de Dieu.

COMMUNION.

Gloriosa dicta sunt de te, Maria, quia fecit tibi magna qui potens est.

On a dit de vous des choses glorieuses , ô Marie; car Celui qui est puissant a fait de grandes choses en votre faveur.

 

POSTCOMMUNION.

Sacramenta quae sumpsimus, Domine Deus noster, illius in nobis culpae vulnera reparent; a qua immaculatam beatae Mariae Conceptionem singulariter praeservasti. Per Dominum, etc.

Daignez faire , Seigneur notre Dieu, que les Mystères auxquels nous venons de participer guérissent en nous les blessures de ce péché dont vous avez si efficacement préservé la Conception immaculée de la bienheureuse Marie. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

On fait ici mémoire de l’Avent, par la Postcommunion du Dimanche précédent.

 

AUX SECONDES VÊPRES.

 

    Les Antiennes , les Psaumes , le Capitule , l’Hymne et le Verset sont les mêmes qu’aux premières Vêpres, pages 187- 190.

 

ANTIENNE de Magnificat.

Hodie egressa est virga de radice Jesse: Hodie sine ulla peccati labe concepta est Maria: hodie contritum est ab ea caput serpentis antiqui. Alleluia. 

Aujourd’hui un rameau est sorti du tronc de Jessé : aujourd’hui Marie a été conçue sans aucune tache : aujourd’hui la tête de l’ancien serpent a été brisée par elle. Alleluia.

 

    L’Oraison comme aux premières Vêpres, p.191.

 

    Nous couronnerons cette journée par les poésies liturgiques que le mystère de l’Immaculée Conception de Marie a inspirées. Au premier rang, nous devons placer les belles strophes que Prudence a consacrées, dans son Hymne Ante cibum, à célébrer le triomphe de la femme sur le serpent. Dès le commencement du V° siècle, ce chantre divin glorifiait Marie d’avoir vaincu tous les poisons du dragon infernal, parce qu’à elle était réservé l’honneur de la Maternité divine.

 

HYMNE.

Ecce venit nova progenies,
Aethere proditus alter homo,
Non luteus, velut ille prior,
Sed Deus ipse gerens hominem,
Corporeisque carens vitiis.

Fit caro vivida Sermo Patris,
Numine quem rutilante gravis
Non thalamo, neque jure tori,
Nec genialibus illecebris,
Intemerata puella parit.
Hoc odium vetus illud erat,
Hoc erat aspidis, atque hominis
Digladiabile discidium,
Quod modo cernua femineis
Vipera proteritur pedibus.

Edere namque Deum merita,
Omnia Virgo venena domat.
Tractibus anguis inexplicitis,
Virus inerme piger revomit,
Gramine concolor in viridi.
Quae feritas mode non trepidat,
Territa de grege candidulo?
Impavidas lupus inter oves
Tristis obambulat, et rabidum
Sanguinis immemor os cohibet.
Agnus enim vice mirifica 
Ecce leonibus imperitat,
Exagitansque truces aquilas 
Per vaga nubila, perque notos 
Sidere lapsa Columba fugat.

 

Une nouvelle race est au moment de naître; c’est un autre homme venu du ciel, non du limon de la terre comme le premier; c’est un Dieu même revêtu de la nature humaine, mais exempt des imperfections de la chair.

Le Verbe du Père s’est fait chair vivante ; rendue féconde par l’action divine, et non par les lois ordinaires de l’union conjugale, une jeune fille l’a conçu sans souillure, et va l’enfanter.

Une haine antique violente régnait entre le serpent et l’homme ; elle avait pour cause la victoire future de la femme. Aujourd’hui la promesse s’accomplit : sous le pied de la femme, la vipère se sent écrasée.

La Vierge qui a été digne d’enfanter un Dieu triomphe de tous les poisons. Repliant sur lui-même avec rage sa croupe tortueuse, le serpent désarmé revomit son virus impuissant sur le gazon verdâtre comme ses impurs anneaux.

Comment notre ennemi ne tremblerait-il pas, effrayé de la faveur divine envers l’humble troupeau ? Ce loup maintenant parcourt avec tristesse les rangs des brebis rassurées ; oublieux du carnage, il contient désormais sa gueule fameuse par tant de ravages.

Par un changement merveilleux, c’est désormais l’Agneau qui commande aux lions; et la Colombe du ciel, dans son vol vers la terre, met en fuite les aigles cruels, en traversant les nuages et les tempêtes.

 

    L’Hymne suivante appartient au VIII° siècle. Elle a pour auteur le célèbre Paul Diacre, d’abord secrétaire de Charlemagne, ensuite moine au Mont-Cassin. Nous y trouvons aussi l’énergique expression de la croyance à la Conception immaculée. Le virus originel, y est-il dit, a infecté la race humaine tout entière ; mais le Créateur a vu que le sein de Marie n’en avait pas été souillé, et il est descendu en elle.

HYMNE.

Quis possit amplo famine praepotens
Digne fateri praemia Virginis,
Per quam veternae sub laqueo necis 
Orbi retento reddita vita est?

Haec Virga Jesse, Virgo puerpera, 
Hortus superno germine consitus,
Signatus alto munere fons sacer,
Mundum beavit viscere coelibi.

Hausto maligni primus ut occidit
Virus chelydri terrigenum parens;
Hinc lapsa pestis per genus irrepens
Cunctum profundo vulnere perculit.

Rerum misertus sed sator, inscia
Cernens piaculi viscera Virginis,
Hic ferre mortis crimine languido
Mandat salutis gaudia saeculo.

Emissus astris Gabriel innubae
Aeterna portat nuntia Virgini;
Verbo tumescit latior aethere,
Alvus replentem saecula continens.

Intacta mater, virgoque fit parens,
Orbis Creator ortus in orbe est;
Hostis pavendi sceptra remota sunt,
Toto refulsit lux nova saeculo.

Sit Trinitati gloria unicae.
Virtus, potestas, summa potentia,
Regnum retentans, quae Deus unus est.
Per cuncta semper saecula saeculi. Amen.

 

Qui jamais possédera un langage assez sublime pour célébrer dignement les grandeurs de la Vierge, par laquelle fut rendue la vie au monde qui languissait dans les liens de l’antique mort?

Elle est la branche de l’arbre de Jessé, la Vierge qui devait être Mère, le jardin qui recevra le germe céleste, la fontaine sacrée sur laquelle le ciel a mis son sceau, cette femme dont la virginité a produit le bonheur du monde.

Le père des humains tomba dans la mort, pour avoir aspiré les poisons du serpent ennemi ; le virus qui l’atteignit a infecté sa race tout entière, et l’a frappée d’une plaie profonde.

Mais le Créateur, plein de compassion pour son œuvre, et voyant du haut du ciel le sein de la Vierge exempt de cette souillure, veut s’en servir pour donner au monde, languissant sous le poids du péché, les joies du salut.

Gabriel, envoyé des cieux, vient apporter à la chaste Vierge le message éternellement préparé ; le sein de la jeune fille, devenu vaste comme un ciel, contient tout à coup Celui qui remplit le monde.

Elle demeure vierge, elle devient mère ; le Créateur de la terre vient de naître sur la terre ; le pouvoir du redoutable ennemi de l’homme est brisé ; une lumière nouvelle éclaire tout l’univers.

Gloire, honneur, puissance à la royale Trinité, Dieu unique ! qu’elle règne à jamais dans les siècles des siècles ! Amen.

 

    La Prose suivante n’est pas un des moindres ornements des Missels dont se servaient nos Églises, il y a deux siècles, au jour de la Conception de Marie.

PROSE.

Dies iste celebretur,
In quo pie recensetur
Conceptio Mariae.

Virgo Mater generatur;
Concipitur et creatur
Dulcis vena veniae.

Adae vetus exsilium,
Et Joachim opprobrium,
Hinc habent remedium,

Hoc Prophetae praeviderunt,
Patriarchae praesenserunt,
Inspirante gratia.

Virga prolem conceptura,
Stella solem paritura,
Hodie concipitur.
Flos de Virga processurus,
Sol de Stella nasciturus,
Christus intelligitur.
O quam felix et praeclara,
Nobis grata, Deo chara,
Fuit haec Conceptio !

Terminatur miseria;
Datur misericordia;
Luctus cedit gaudio.

Nova mater novam prolem,
Nova Stella novum solem,
Nova profert gratia.
Genitorem genitura,
Creatorem creatura,
Patrem parit filia.

O mirandam novitatem,
Novam quoque dignitatem!
Ditat matris castitatem Filii conceptio.

Gaude, Virgo gratiosa,
Virga flore speciosa,
Mater prole generosa,
Vere plena gaudio.
Quod praecessit in figura,
Nube latens sub obscura,
Hoc declarat genitura
Piae matris: Virgo pura,
Pariendi vertit jura,
Fusa, mirante natura,
Deitatis pluvia.
Triste fuit in Eva væ!
Sed ex Eva format ave,
Versa vice, sed non prave;
Intus ferens in conclave
Verbum bonum et suave;
Nobis, Mater Virgo, fave
Tua frui gratia.
Omnis homo, sine mora,
Laude plena solvens ora
Istam colas, ipsam ora:
Omni die, omni hora,
Sit mens supplex, vox sonora;
Sic supplica, sic implora
Hujus patrocinia.
Tu spes certa miserorum,
Vere mater orphanorum,
Tu levamen oppressorum,
Medicamen infirmorum,
Omnibus es omnia.
Te rogamus voto pari,
Laude digna singulari,
Ut errantes in hoc mari,
Nos in portu salutari
Tua sistat gratia. Amen.

 

    Qu’il soit fêté, ce jour, dans lequel l’Église célèbre la Conception de Marie.

Une Vierge Mère est engendrée ; elle est conçue, elle est créée, la douce et féconde source de miséricorde.

L’antique exil d’Adam et l’opprobre de Joachim ont ici leur terme heureux.

Les Prophètes l’ont prévu ; les Patriarches en ont tressailli, inspirés par la grâce.

La Branche sur laquelle doit éclore un fruit, l’Étoile qui enfantera le Soleil, est conçue aujourd’hui.

Dans la fleur qui doit sortir de la Branche, dans le Soleil qui naîtra de l’Étoile, déjà s’entrevoit le Christ.

Oh ! qu’elle fut heureuse et triomphale , ravissante pour nous et chère à Dieu même, la Conception immaculée !

Notre misère a son terme ; miséricorde nous est faite; au deuil succède la joie.

C’est une Mère nouvelle qui enfantera un Fils nouveau; une Étoile nouvelle d’où sortira un nouveau Soleil, par une grâce incomparable.

Un enfant donne la vie à l’auteur de ses jours ; de la créature naît le Créateur ; la fille engendre le Père.

O étonnante nouveauté ! nouveau privilège ! la conception d’un fils ajoute à la virginité de la mère.

Réjouissez-vous, très glorieuse Vierge ! Branche embellie de sa fleur, Mère ennoblie de son Fils, vraiment pleine de joie !

Ce qui fut autrefois caché sous l’épais nuage des figures, la Vierge Immaculée, née d’une mère sainte, le manifeste au grand jour; une rosée divine se répand sur elle ; et dans l’étonnement de la nature, les lois de l’enfantement sont suspendues.

Ève, nom lugubre, se terminait en malédiction, vae ! Eva, par un heureux changement, se transforme en cri de salut, Ave! Vous qui avez entendu dans votre demeure cette parole de bonheur et de suavité, Vierge Mère, soyez-nous favorable, et donnez-nous de jouir de votre faveur.

Venez tous, ô hommes ! hâtez-vous ; qu’à pleine voix éclatent ses louanges ; rendez-lui honneur et prière tout le jour, à toute heure ; que le cœur soit suppliant, la voix mélodieuse : ainsi faut-il supplier, ainsi faut-il implorer son puissant patronage.

Sûre espérance des malheureux, vraie mère des orphelins , soulagement des opprimés, baume des infirmes ; vous êtes toute à tous.

Nous vous prions d’un même vœu, vous, digne de louange singulière, afin qu’après avoir erré sur cette mer, votre bonté nous fixe au port de salut.

Amen.

 

9 décembre. Deuxième jour dans l’octave de l’Immaculée Conception

 

    Considérons Marie l’Immaculée venant au monde neuf mois après sa Conception, et confirmant de jour en jour les espérances de la terre. Admirons la plénitude de grâce que Dieu avait mise en elle, et contemplons les saints Anges qui l’environnent de leur respect et de leur amour, comme la Mère future de Celui qui doit être le chef de la nature angélique aussi bien que de la nature humaine. Suivons cette auguste Reine au temple de Jérusalem, où elle est présentée par ses parents, saint Joachim et sainte Anne. Âgée seulement de trois ans, elle est déjà initiée aux secrets du divin amour. « Je me levais toujours au milieu de la nuit, a-t-elle dit elle-même dans une révélation à sainte Élisabeth de Hongrie, et j’allais devant l’Autel du Temple, où je demandais à Dieu d’observer tous les préceptes de sa Loi, et je le suppliais de m’accorder les grâces dont j’avais besoin pour lui être agréable. Je lui demandais surtout qu’il me fît voir le temps où vivrait cette Vierge très sainte qui devait enfanter le Fils de Dieu. Je le priais de conserver mes yeux pour la voir, ma langue pour la louer, mes mains pour la servir, mes pieds pour marcher à ses ordres, mes genoux pour adorer le Fils de Dieu entre ses bras. »

    Cette Vierge à jamais digne de louanges, c’était vous-même, ô Marie ! Mais le Seigneur vous le cachait encore ; et votre céleste humilité ne vous eût jamais permis d’arrêter un instant la pensée sur une si haute dignité comme pouvant vous être réservée. D’ailleurs, vous aviez engagé votre foi au Seigneur ; dans la crainte que l’heureuse prérogative de Mère du Messie ne portât une atteinte, si légère qu’elle pût être, au vœu de virginité qui vous unissait à Dieu seul, vous aviez, la première et la seule entre les filles d’Israël, renoncé pour jamais à l’honneur de prétendre à une si haute faveur. Votre mariage avec le chaste Joseph fut donc un triomphe déplus pour votre incomparable virginité, en même temps qu’il était, dans les décrets de la souveraine Sagesse, un ineffable moyen de vous assurer un appui dans les sublimes nécessités que bientôt vous alliez connaître. Nous vous suivons, ô épouse de Joseph, dans la maison de Nazareth où va s’écouler votre humble vie ; nous vous y contemplons comme la Femme forte de l’Écriture, vaquant à tous vos devoirs, et l’objet des complaisances du grand Dieu et de ses Anges. Nous recueillons vos prières pour la venue du Messie, vos hommages à sa Mère future ; et vous suppliant de nous associer au mérite de vos désirs vers le divin Libérateur, nous osons vous saluer comme la Vierge prédite dans Isaïe, à laquelle, et non à une autre, appartient louange et amour de la part de la Cité rachetée.

SÉQUENCE.

(Tirée du Missel de Cluny de 1523.)

Veneremur Virginem
Genitricem gratiae,
Salutis dulcedinem,
Fontem Sapientiae.

Haec est aula regia,
Regina prudentiae,
Virgo plena gratia,
Aurora laetitiae.

Haec est melle dulcior,
Castitatis lilium;
Jaspide splendidior,
Maeroris solatium.

O fons admirabilis,
Fidei principium,
Mater admirabilis,
Vas virtutis pretium.

Tu es regis speciosi
Mater honestissima,
Odor nardi pretiosi,
Rosa suavissima est

Arbor vitae digna laude,
O Stella fulgentissima,
Generosa Mater, gaude,
Virginum sanctissima.

Tu medela peccatorum,
Regina consilii,
Peperisti florem florum,
Christum fontem gaudii.

Virga Jesse, lux Sanctorum,
Donatrix auxilii,
Memor esto miserorum,
In die Judicii.

Tu es mundi gaudium,
Charitatis regula,
Victoris stipendium,
Aromatum cellula.

Sit tibi, flos omnium,
Virgo sine macula,
Honor et imperium,
Per aeterna saecula.
Amen.

 

Vénérons la Vierge, la mère de la Grâce, la douceur du Salut, la fontaine de Sapience.

C’est la Cour du grand Roi, la Reine de prudence, la Vierge pleine de grâce, l’Aurore de liesse.

Elle est plus douce que le miel, vrai lis de chasteté; plus brillante que le jaspe, l’allègement du cœur affligé.

O fontaine admirable ! principe de notre foi ; ô Mère admirable ! précieux vase de vertu.

Vous êtes du plus beau des rois la plus chaste des mères; parfum du nard le plus pur, rose très odorante.

Arbre de vie digne de louange, Étoile très éclatante, noble Mère, réjouissez-vous, ô la plus sainte des Vierges !

Remède des pécheurs, Reine de bon conseil, vous avez mis au jour la fleur des fleurs, Jésus, source de toute joie.

Branche de Jessé, flambeau des Saints, secourable protectrice, souvenez-vous des malheureux, au jour du jugement.

Vous êtes la joie du monde, la règle de l’amour, le salaire de la victoire, le trésor des parfums.

A vous soient, ô fleur du monde, Vierge sans tache, et l’honneur et l’empire, dans les siècles éternels.

Amen.

 

PRIERE DU SACRAMENTAIRE GREGORIEN.

(Dans les Oraisons quotidiennes de l’Avent.)

Exsultemus, quaesumus, Domine Deus noster, omnes recti corde in unitate fidei congregati : ut veniente Salvatore nostro Filio tuo, immaculati occurramus ibi in ejus Sanctorum comitatu. Per Christum Dominum nostrum.  Amen.

 

    Faites, s’il vous plaît, Seigneur notre Dieu, que nous soyons dans l’allégresse, nous tous qui sommes rassemblés avec un cœur droit, dans l’unité de la foi ; afin qu’à l’Avènement de. votre Fils notre Sauveur, purifiés et réunis à la compagnie de ses Saints, nous allions au-devant de lui. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

10 décembre. 3e jour dans l’octave de l’Immaculée Conception

 

    Considérons la très pure Marie visitée par l’Ange Gabriel et concevant en ses chastes entrailles le Créateur de l’univers, le Rédempteur de la race humaine. Mais afin de mieux goûter le fruit d’un si grand Mystère, prêtons une oreille pieuse au séraphique saint Bonaventure, qui, dans ses ineffables Méditations sur la vie de Notre-Seigneur, raconte avec une onction que rien ne saurait imiter ces sublimes scènes de l’Évangile auxquelles l’Esprit-Saint semble l’avoir fait assister. Nous empruntons ce fragment à la traduction de l’ouvrage entier par le R. P. Dom François Le Bannier, bénédictin de la Congrégation de France 4 :

    « Or, après que fut venue la plénitude du temps auquel la souveraine Trinité avait arrêté de pourvoir, par l’Incarnation du Verbe, au salut du genre humain, à l’endroit duquel elle était éprise d’extrême charité ; lors, d’une part, que la bienheureuse Vierge Marie fut revenue à Nazareth, ce Dieu tout-puissant, ému par sa miséricorde, et acquiesçant aux pressantes sollicitations de l’Esprit d’en haut, appela l’Ange Gabriel, et lui dit: « Va trouver notre très aimée fille Marie, épousée à Joseph, celle sur toute créature qui nous est la plus chère, et dis à icelle que mon Fils a convoité sa beauté et se l’est choisie pour Mère, et prie-la d’accepter icelui joyeusement, parce que par elle ai décrété d’opérer le salut de tout le genre humain, et veux oublier l’injure à moi faite. »

    « Se levant donc, Gabriel, joyeux et réjoui, s’envola des hauteurs, et sous l’humaine apparence, en un moment fut devant la Vierge Marie, qui lors était en la chambre à coucher de sa maisonnette. Mais il ne vola pas si vite qu’il ne fût prévenu par Dieu ; et là il trouva la Trinité sainte qui prévint son message. Adoncques qu’il fut entré chez la Vierge Marie, Gabriel, son fidèle Paranymphe, lui dit : « Salut, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous : bénie êtes-vous entre t toutes les femmes. » Mais icelle, troublée, ne répondit mot : non pas qu’elle fût troublée de trouble coupable, ni de la vision de l’Ange, d’autant qu’elle était accoutumée à souvent en voir ; ains, suivant les mots de l’Évangile, elle fut troublée en la parole d’icelui, pensant à la nouveauté d’une telle salutation ; car il n’avait point accoutumance de la saluer de la sorte.

    « Or donc, comme en ladite salutation elle se voyait complimentée de trois choses, elle ne pouvait, cette humble dame, ne se troubler point. De fait, on la complimentait pour ce qu’elle était pleine de grâce, que le Seigneur était en elle, et qu’elle était bénie par-dessus toutes les femmes : mais l’humble ne peut ouïr son éloge, sans rougir et se troubler. Par ainsi son trouble provint d’une vergogne honnête et vertueuse. Elle se prit aussi à craindre et à douter s’il en allait vraiment ainsi : non qu’elle crût l’Ange capable de ne pas parler vrai ; mais c’est qu’il est propre aux humbles de n’examiner oncques leurs vertus, ains plutôt de ruminer leurs défauts, à celle fin de pouvoir toujours profiter, estimant petite ce qu’ils ont de grande vertu, et leurs plus chétifs défauts comme fort grands. Et ainsi donc qu’une femme prudente et avisée, timide et modeste, Notre-Dame rien ne répondit. Et d’effet qu’eût-elle répondu ? Apprends aussi toi-même, à son exemple, à observer le silence et aimer la taciturnité, pour ce que grande et moult utile est icelle vertu. Aussi écouta-t-elle deux fois premier que de répondre une seule ; d’autant que c’est une chose abominable pour une vierge d’être parleuse.

    « Adoncques connaissant l’Ange la cause de son doute, il lui dit : Ne craignez point, Marie, ni ne rougissez des louanges que je vous ai dites ; parce qu’il en est ainsi : voire même, non seulement vous êtes pleine de grâce, ains encore vous l’avez récupérée et retrouvée de par Dieu, pour tout le genre humain. Car voici que vous concevrez et enfanterez le Fils du Très-Haut. Celui qui vous a élue pour être sa Mère, sauvera toutes gens qui espéreront en lui. Pour lors icelle répondit, sans toutefois confesser ou nier la justesse des compliments qu’on lui venait de faire : ains, il était un autre point dont icelle voulait être certifiée ; sçavoir est pour le regard de sa virginité que par-dessus tout elle craignait de perdre : partant, elle s’enquit auprès de l’Ange de la manière de cette conception, disant : Comment cela se fera-t-il ? car j’ai très fermement dévoué ma virginité à mon Seigneur, pour qu’à tout jamais je ne connusse point l’homme. Et l’Ange lui dit : Cela se fera par l’opération du Saint-Esprit, lequel vous remplira d’une façon singulière, et par la vertu t d’icelui vous concevrez, sauve pour vous votre virginité ; et c’est pourquoi votre fils sera nommé le Fils de Dieu : car rien ne lui est impossible. Voyez bien Élisabeth votre cousine ; encore qu’elle fût moult âgée et stérile, il y a déjà six mois qu’elle a conçu un fils par la vertu de Dieu. »

    « Considère ici, pour Dieu, et médite comme quoi toute la Trinité est là, attendant la réponse et consentement de cette sienne Fille singulière, regardant avec amour et complaisance la modestie d’icelle, ses mœurs et ses paroles. Contemple Gabriel, se tenant incliné et révérencieux devant sa Dame, avec un visage paisible et serein, exécutant fidèlement son ambassade, et observant attentivement les paroles de sa très chère Dame; à celle fin de lui pouvoir congruement répondre, et sur cette œuvre merveilleuse, parfaire la volonté du Seigneur. Considère comme Notre-Dame se tient timidement et humblement, la face couverte de pudeur, quand elle est ainsi prévenue par l’Ange, et à l’impourvu. Aux paroles d’icelui, elle ne s’élève, ni ne se répute. Voire même : comme elle entend dire de si grandes choses de soi, des choses telles que jamais oncques ne furent dites, elle attribue le tout à la divine grâce. Apprends donc, à l’exemple d’icelle, à être modeste et humble : d’autant que sans cela la virginité vaut peu de chose. La voilà qui s’éjouit, la très prudente Vierge, et elle se consent aux paroles ouïes de la bouche de l’Ange. Lors, comme ainsi il est relaté en ses Révélations, elle se mit à genoux, avec profonde dévotion, et les mains jointes, elle dit: « Voici la servante du Seigneur : me soit fait suivant votre parole. » Adoncques le Fils de Dieu entra aussitôt tout entier et sans retard au sein de la Vierge, et en prit chair, cependant que tout entier il resta au sein de son Père.

    « Or, pour lors, Gabriel, avec sa Dame et Maîtresse, se mit à genoux; et peu après se levant avec elle, puis inclinant derechef jusqu’à terre et lui disant adieu, se disparut ; après quoi, de retour en sa patrie, il conta toute la chose ; et fut là une nouvelle liesse, et nouvelle fête et nouvelle exultation nonpareille. La Dame pour sa part, toute enflammée, et plus que d’accoutumance embrasée en l’amour de Dieu, se sentant avoir conçu, rendit grâces, à deux genoux, d’un si grand don, suppliant humblement et dévotieusement le même Seigneur Dieu, qu’il la daignât instruire ; de telle façon, qu’en tout ce qui se présenterait à faire environ son fils, elle le pût faire sans défaut. »

    Ainsi a parlé le Docteur Séraphique. Adorons profondément notre Créateur, dans l’état où l’ont réduit son amour pour nous et le désir de subvenir à notre misère ; saluons aussi Marie, la Mère de Dieu et la nôtre.

 

PROSE.

(Tirée du Missel de Cluny de 1523.)

    In honorem Mariae Virginis, Quae nos lavit a labe criminis, Celebretur hodie ; Dies est laetitiae.

De radice Jesse propaginis Hanc eduxit Sol veri luminis. Manu sapientiae Templum suae gratiae.

Stella nova noviter oritur, Cujus ortu mors nostra moritur : Evae lapsus jam restituitur In Maria.

Et aurora surgens progreditur Sicut luna pulchra describitur; Super cuncta ut sol erigitur Virgo pia.

Virgo Mater et Virgo unica Virga fumi Sol aromatica In te cœli, mundique fabrica Gloriatur.

Verbum Patris processu temporis Intra tui secretum corporis ; In te totum, et totum deforis In te fuit

Fructus virens arentis arboris Christus, gigas immensi roboris, Nos a nexu funesti pignoris Eripuit. Condoluit humano generi Virginalis filius uteri : Accingantur senes et pueri Ad laudem Virginis.

Qui potuit de nobis conqueri Pro peccato parentis veteris, Mediator voluit fieri Dei et hominis.

O Maria, dulce commercium Intrat tuum cœleste gremium, Quo salutis reis remedium Indulgetur.

O spes vera et verum gaudium, Fac post vitae praesentis stadium Ut optatum in cœlis bravium Nobis detur. Amen.

 

A la gloire de la Vierge Marie qui nous a lavés des souillures du crime, célébrons ce jour; c’est un jour d’allégresse.

Du tronc de Jessé, père de sa race, le Soleil de vraie lumière l’a fait sortir parla main de sa sagesse, pour en faire le temple de sa grâce.

Au nouveau lever de cette étoile nouvelle, notre mort se meurt, et enfin de sa chute, Ève se relève en Marie.

Elle monte, cette aurore naissante; elle resplendit comme la lune en sa beauté ; et comme un soleil, au-dessus de toutes les créatures, s’élève la Vierge miséricordieuse.

Vierge mère, Vierge unique, léger nuage de parfums, soleil de suavité, en vous se glorifie toute l’œuvre du ciel et du monde.

Le Verbe du Père, au milieu des temps, descend dans le secret de vos entrailles ; tout entier dans votre sein, au dehors il existait aussi tout entier

Fruit vigoureux d’un arbre desséché, le Christ, comme un géant, en sa force immense, a rompu nos chaînes et repris ses gages à l’enfer.

Il a pris compassion de la race humaine, le fruit miséricordieux d’un sein virginal ; levez-vous, jeunes et vieux, levez-vous à la louange de la Vierge.

Il pouvait nous faire expier le péché de notre ancien père : il a voulu se faire médiateur entre Dieu et l’homme.

O Marie ! en votre sein céleste se traite une alliance pleine de charmes, qui octroie aux pécheurs le remède du salut.

O espérance vraie, et véritable joie ! faites qu’au sortir de l’arène de cette vie, la couronne désirée nous soit donnée dans les cieux. Amen.

 

10 décembre. Saint Melchiade, pape et martyr

 

    L’Église fait, en ce même jour, la Commémoration du saint Pape Melchiade. Cet illustre Pontife, que saint Augustin appelle le véritable enfant de la paix de Jésus-Christ, le digne Père du peuple chrétien, monta sur le Saint-Siège en 311, pendant que le feu de la persécution était encore dans toute son activité : c’est pourquoi il est honoré de la qualité de Martyr, comme plusieurs de ses prédécesseurs qui, n’ayant pas, il est vrai, répandu leur sang pour le nom de Jésus-Christ, ont cependant eu part à la gloire des Martyrs, à cause des grandes traverses et persécutions qu’ils eurent à souffrir avec toute l’Église de leur temps. Mais le Pontificat de saint Melchiade présente ceci de remarquable, qu’ayant eu ses racines dans la tempête, il s’est épanoui dans la paix. Dès l’année 312, Constantin rendit la liberté aux Églises ; et Melchiade eut la gloire de voir s’ouvrir l’ère de la prospérité temporelle des enfants de Dieu. Maintenant son nom brille au Cycle liturgique, et nous annonce la Paix qui bientôt va descendre du ciel.

    Daignez donc, ô Père du peuple chrétien, solliciter pour nous le Prince de la Paix, afin que, venant en nous, il détruise toute agitation, calme toute résistance, et règne en maître sur nos cœurs, sur nos esprits et sur nos sens. Demandez aussi la Paix pour la sainte Église Romaine, dont vous fûtes l’époux, et qui a gardé votre mémoire jusqu’aujourd’hui ; conduisez-la toujours du haut du ciel et écoutez les vœux qu’elle vous adresse.

ORAISON.

Infirmitatem nostram respice, omnipotens Deus, et quia pondus propriae actionis gravat, beati Melchiadis Martyris tui atque Pontificis intercessio gloriosa nos protegat. Per Christum Dominum nostrum .Amen.

 

Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité; et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Melchiade, votre Martyr et Pontife. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

10 décembre. La Translation de la Sainte Maison de Lorette

    Cette fête n’est pas inscrite sur le Calendrier universel et obligatoire ; mais elle se célèbre en ce jour, à Rome et dans tout l’État Pontifical, dans la Toscane, le Royaume de Naples, l’Espagne, la Belgique, dans de nombreux diocèses de la chrétienté, et aussi dans la plupart des Ordres Religieux. Elle a pour but de remercier Dieu du grand bienfait dont il daigna gratifier la chrétienté occidentale, lorsque, pour compenser la perte du saint Sépulcre, il fit transporter miraculeusement en terre catholique l’humble et auguste maison dans laquelle la Vierge Marie reçut le message de l’Ange, et où, par le consentement de cette divine Mère de Dieu, le Verbe se fît chair et commença d’habiter avec nous. Tel est le résultat du triste rationalisme auquel la piété française avait été asservie durant plus d’un siècle, qu’il n’est pas rare de rencontrer des personnes sincèrement dévouées à la foi catholique, et pour lesquelles un si grand événement est presque comme s’il n’était pas. Pour venir à leur secours, au cas que ce livre leur tombât entre les mains, nous avons cru devoir placer ici le récit exact et succinct du prodige qui fait l’objet de la Fête d’aujourd’hui ; et afin d’accomplir cette tâche d’une manière qui puisse satisfaire toutes les susceptibilités, nous emprunterons la narration qu’a publiée de cet événement merveilleux le savant et judicieux auteur de la Vie de M. Olier, dans les notes du premier livre de cette excellente biographie :

    « Ce fut sous le Pontificat de Célestin V, en 1291, et lorsque les Chrétiens avaient entièrement perdu les Saints-Lieux de la Palestine, que la petite maison où s’est opéré le mystère de l’Incarnation dans le sein de Marie, fut transportée par les Anges, de Nazareth dans la Dalmatie ou l’Esclavonie, sur un petit mont appelé Tersato. Les miracles qui s’opéraient tous les jours dans cette sainte maison, l’enquête juridique que des députés du pays allèrent faire à Nazareth même, pour constater sa translation en Dalmatie, enfin la persuasion universelle des peuples qui venaient la vénérer de toutes parts, semblaient être des preuves incontestables de la vérité du prodige. Dieu voulut néanmoins en donner une nouvelle, qui eût en quelque sorte l’Italie et la Dalmatie pour témoins.

    « Après trois ans et sept mois, en 1294, la sainte maison fut transportée à travers la mer Adriatique au territoire de Recanati, dans une forêt appartenant à une Dame appelée Lorette ; et cet événement jeta les peuples de la Dalmatie dans une telle désolation, qu’ils semblaient ne pouvoir v Survivre. Pour se consoler, ils bâtirent, sur le même terrain, une église consacrée à la Mère de Dieu, qui fut desservie depuis par des Franciscains, et sur la porte de laquelle on mit cette inscription : Hic est locus in quo fuit sacra Domus Nazarena quae nunc in Recineti partibus colitur. Il y eut même beaucoup d’habitants de la Dalmatie qui vinrent en Italie fixer leur demeure auprès de la sainte Maison, et qui y établirent la Compagnie du Corpus Domini, appelée pour cela des Esclavons, jusqu’au Pontificat de Paul III.

    « Cette nouvelle translation fit tant de bruit dans la Chrétienté, qu’il vint de presque toute l’Europe une multitude innombrable de pèlerins à Recanati, afin d’honorer la Maison dite depuis de Lorette. Pour constater de plus en plus la vérité de cet événement, les habitants de la province envoyèrent d’abord en Dalmatie, et ensuite à Nazareth, seize personnes des plus qualifiées, qui firent sur les lieux de nouvelles enquêtes. Mais Dieu daigna en montrer lui-même la certitude en renouvelant, deux fois coup sur coup, le prodige de la translation dans le territoire même de Recanati. Car, au bout de huit mois, la forêt de Lorette se trouvant infestée d’assassins qui arrêtaient les pèlerins, la Maison fut transportée à un mille plus avant, et se plaça sur une petite hauteur qui appartenait à deux frères de la famille des Antici ; et enfin ceux-ci ayant pris les armes l’un contre l’autre pour partager les offrandes des pèlerins, la Maison fut transférée, en 1295, dans un endroit peu éloigné, et au milieu du chemin public où elle est restée, et où a été bâtie, depuis, la ville appelée Lorette. »

    Sous le point de vue de simple critique, ce prodige est attesté non seulement par les annalistes de l’Église, et par les historiens particuliers de Lorette, tels que Tursellini et Martorelli, mais par des savants de premier ordre, entre lesquels nous citerons Papebrock, Noël Alexandre, Benoît XIV, Trombelli, etc. Quel homme grave et impartial oserait avouer de vaines répugnances, en présence de ces oracles de la science critique, dont l’autorité est admise comme souveraine en toute autre matière?

    Au point de vue de la piété catholique, on ne peut nier que ceux-là se rendraient coupables d’une insigne témérité, qui ne tiendraient aucun compte des prodiges sans nombre opérés dans la sainte Maison de Lorette ; comme si Dieu pouvait accréditer par des miracles ce qui ne serait que la plus grossière et la plus immorale des supercheries. Ils ne mériteraient pas moins cette note, pour le mépris qu’ils feraient de l’autorité du Siège Apostolique qui s’est employé avec tant de zèle, depuis plus de cinq siècles, à reconnaître ce prodige, et à le proposer aux fidèles comme un puissant moyen de rendre gloire au Verbe incarné et à sa très sainte Mère. Nous citerons, comme actes explicités du Saint-Siège sur le miracle de Lorette, les Bulles de Paul II, de Léon X, de Paul III, de Paul IV et de Sixte V ; le Décret d’Urbain VIII, en 1632, pour en établir la Fête dans la Marche d’Ancône ; celui d’Innocent XII, en 1699, pour approuver l’Office ; enfin les induits de Benoît XIII et de ses successeurs, pour étendre cette Fête à un grand nombre de provinces de la catholicité.

    Pour entrer dans l’esprit du Siège Apostolique, qui encourage avec tant de zèle la pieuse confiance des fidèles en la sainte Maison de Nazareth, devenue, par la miséricorde divine, la Maison de Lorette, nous emprunterons quelque chose à l’Office de sa miraculeuse Translation.

 

ANTIENNE.

Ecce tabernaculum Dei cum hominibus, et habitavit cum eis; et ipsi populus ejus erunt, et ipse Deus cum eis erit eorum Deus.

V, Introibimus in tabernaculum ejus.

R. Adorabimus in loco ubi steterunt pedes ejus.

 

C’est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il a habité avec eux; et ils seront son peuple, et le Dieu qui est avec eux sera leur Dieu.

V/. Nous entrerons dans son tabernacle.

R/. Nous adorerons au lieu où se sont reposés ses pieds.

ORAISON.

DEUS, qui beatae Marias Virginis Domum per incarnati Verbi mysterium misericorditer consecrasti, eamque in sinu Ecclesiae tuae mirabiliter collocasti: concède, ut segregati a tabernaculis peccatorum, digni efficiamur habitatores domus sanctae tuae. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

 

O Dieu, qui avez consacré dans votre miséricorde la Maison de la bienheureuse Vierge Marie par le mystère du Verbe incarné, et qui l’avez placée merveilleusement au sein de votre Église: faites que, séparés des demeures des pécheurs, nous devenions dignes d’être les habitants de votre sainte maison. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

10 décembre. Sainte Eulalie, vierge et martyre

 

    Enfin, l’Église d’Espagne, la perle de la catholicité, célèbre aujourd’hui la mémoire de l’illustre Martyre qui fait la gloire de Mérida, l’honneur de toute la péninsule Ibérienne, la joie de l’Église universelle. C’est la troisième de ces Vierges sages dont le culte est le plus solennel dans l’Église au temps de l’Avent ; la digne compagne de Bibiane, de Barbe et de cette héroïque Lucie, qui bientôt va recevoir nos hommages. Nous insérons ici en son entier l’admirable poème de Prudence sur la vie et le martyre d’Eulalie. Ce prince des poètes chrétiens n’a peut-être jamais fait entendre des accents plus suaves et plus mélodieux : c’est pourquoi, dans son admiration, la Liturgie Mozarabe n’a fait qu’une seule Hymne des quarante-cinq strophes de ce délicieux cantique. Sa forme historique nous dispensera d’emprunter au Propre des Églises d’Espagne la Légende de la sainte Martyre.

 

HYMNE.

Germine nobilis Eulalia
mortis et indole nobilior
Emeritam sacra virgo suam,
cuius ab ubere progenita est,
ossibus ornat, amore colit.
Proximus occiduo locus est,
qui tulit hoc decus egregium,
urbe potens, populis locuples,
sed mage sanguine martyrii
Virgineoque potens titulo.
Curriculis tribus atque novem
tris hiemes quater adtigerat,
cum crepitante pyra trepidos
terruit aspera carnifices
supplicium sibi dulce rata.
Jam dederat prius indicium,
tendere se patris ad solium
nec sua membra dicata toro:
ipsa crepundia reppulerat
ludere nescia pusiola;
Spernere sucina, flere rosas,
fulva monilia respuere,
ore severa, modesta gradu,
moribus et nimium teneris
canitiem meditata senum.
Ast ubi se furiata luis
excitat in famulos domini
Christicolasque cruenta iubet
tura cremare, iecur pecudis
mortiferis adolere deis,
infremuit sacer Eulaliae
spiritus ingeniique ferox
turbida frangere bella parat
et rude pectus anhela deo
femina provocat arma virum.
Sed pia cura parentis agit,

Virgo animosa domi ut lateat
abdita rure et ab urbe procul,
ne fera sanguinis in pretium
mortis amore puella ruat.
Illa perosa quietis opera
degeneri tolerare mora
nocte fores sine teste movet
saeptaque claustra fugax aperit,
inde per invia carpit iter.
Ingreditur pedibus laceris
per loca senta situ et vepribus
angelico comitata choro
et, licet horrida nox sileat,
lucis habet tamen illa ducem.
Sic habuit generosa patrum
turba columniferum radium,
scindere qui tenebrosa potens
nocte viam face perspicua
praestitit intereunte chao.
Non aliter pia virgo viam
nocte secuta diem meruit
nec tenebris adoperta fuit,
regna Canopica cum fugeret
et supra astra pararet iter.
Illa gradu cita pervigili
milia multa prius peragit,
quam plaga pandat Eoa polum;
mane superba tribunal adit
fascibus adstat et in mediis
Vociferans: ‘Rogo, quis furor est
perdere praecipites animas
et male prodiga corda sui
sternere rasilibus scopulis
omnipatremque negare deum?
Quaeritis, o miseranda manus,
Christicolum genus? en ego sum
daemonicis inimica sacris,
idola protero sub pedibus,
pectore et ore deum fateor.
Isis, Apollo, Venus nihil est,
Maximianus et ipse nihil,
illa nihil, quia facta manu,
hic, manuum quia facta colit,
frivola utraque et utraque nihil.
Maximianus, opum dominus
et tamen ipse cliens lapidum,
prostituat voveatque suis
numinibus caput ipse suum,
pectora cur generosa quatit?
Dux bonus, arbiter egregius,
sanguine pascitur innocuo
corporibusque piis inhians
viscera sobria dilacerat
gaudet et excruciare fidem.
Ergo age, tortor, adure, seca,
divide membra coacta luto!
solvere rem fragilem facile est,
non penetrabitur interior
exagitante dolore animus’.
Talibus excitus in furias
praetor ait: ‘rape praecipitem,
lictor, et obrue suppliciis!
sentiat esse deos patrios
nec leve principis imperium.
Quam cuperem tamen ante necem,
si potis est, revocare tuam,
torva puellula, nequitiam!
respice, gaudia quanta metas,
quae tibi fert genialis honor!
Te lacrimis labefacta domus
prosequitur generisque tui
ingemit anxia nobilitas,
sole quod occidis in tenero
proxima dotibus et thalamis.
Non movet aurea pompa tori,
non pietas veneranda senum,
quos temeraria debilitas?
ecce parata ministeria
excruciabilis exitii:
aut gladio feriere caput
aut laniabere membra feris
aut facibus data fumificis
flebiliterque ululanda tuis
in cineres resoluta flues.
Haec, rogo, quis labor est fugere?
si modicum salis eminulis
turis et exiguum digitis
tangere, virgo, benigna velis,
poena gravis procul afuerit’.
Martyr ad ista nihil, sed enim
infremit inque tyranni oculos
sputa iacit, simulacra dehinc
dissipat inpositamque molam
turibulis pede prosubigit.
Nec mora, carnifices gemini
iuncta pectora dilacerant
et latus ungula virgineum
pulsat utrimque et ad ossa secat
Eulalia numerante notas.
‘Scriberis ecce mihi, domine,
quam iuvat hos apices legere,
qui tua, Christe, trophea notant,
nomen et ipsa sacrum loquitur
purpura sanguinis eliciti’.
Haec sine fletibus et gemitu
laeta canebat et intrepida,
dirus abest dolor ex animo
membraque picta cruore novo
fonte cutem recalente lavant.
Vltima carnificina dehinc:
non laceratio vulnifica
crate tenus nec arata cutis,
flamma sed undique lampadibus
in latera stomachumque furit.
Crinis odorus ut in iugulos
fluxerat involitans umeris,
quo pudibunda pudicitia
virgineusque lateret honos
tegmine verticis opposito,
Flamma crepans volat in faciem
perque comas vegetata caput
occupat exsuperatque apicem,
virgo citum cupiens obitum
adpetit et bibit ore rogum.
Emicat inde columba repens
martyris os nive candidior
visa relinquere et astra sequi;
spiritus hic erat Eulaliae
lacteolus, celer, innocuus.
Colla fluunt abeunte anima
et rogus igneus emoritur,
pax datur artubus exanimis,
flatus in aethere plaudit ovans
templaque celsa petit volucer.
Vidit et ipse satelles avem
feminae ab ore meare palam,
obstupefactus et adtonitus
prosilit et sua gesta fugit,
lictor et ipse fugit pavidus.
Ecce nivem glacialis hiems
ingerit et tegit omne forum,
membra tegit simul Eulaliae
axe iacentia sub gelido
pallioli vice linteoli.
Cedar amor lacrymantum hominum,
qui celebrare suprema solent,
flebile cedat et officium:
ipsa elementa iubente deo
exequias tibi, virgo, ferunt.
Nunc locus Emerita est tumulo,
clara colonia Vettoniae,
quam memorabilis amnis Ana
praeterit et viridante rapax.
gurgite moenia pulchra lavit.
Hic, ubi marmore perspicuo
atria luminat alma nitor
et peregrinus et indigena,
reliquias cineresque sacros
servat humus veneranda sinu.
Tecta corusca super rutilant
de laquearibus aureolis
saxaque caesa solum variant,
floribus ut rosulenta putes
prata rubescere multimodis.
Carpite purpureas violas
sanguineosque crocos metite!
non caret his genialis hiems,
laxat et arva tepens glacies,
floribus ut cumulet calathos.
Ista comantibus e foliis
munera, virgo puerque, date!
ast ego serta choro in medio
texta feram pede dactylico,
vilia, marcida, festa tamen.
Sic venerarier ossa libet
ossibus altar et inpositum,
illa dei sita sub pedibus
prospicit haec populosque suos
carmine propitiata fovet.

 

Eulalie, vierge sacrée noble de race, plus noble encore dans son courageux trépas, favorise de sa protection Mérida qui lui donna le jour, et qui garde son tombeau.

C’est aux régions où le soleil se couche qu’est située la ville qui a produit cette illustre héroïne; cité puissante et habitée par un peuple nombreux, mais plus fière encore du sang de la martyre et du sépulcre de la vierge.

La jeune fille ne comptait encore que douze années, lorsqu’on la vit effrayer par son courage les bourreaux tremblants, braver la flamme pétillante du bûcher et mettre sa joie dans le supplice.

Déjà on l’avait vue prendre son essor vers la patrie où règne le Père céleste ; renonçant à l’hymen terrestre, elle avait repoussé les joies et les amusements du jeune âge.

Les parfums, les roses, les riches parures, n’obtinrent que son mépris ; grave dans ses traits, modeste dans sa démarche, dès l’âge le plus tendre on trouvait en elle cette sagesse que la vieillesse seule peut donner.

Tout à coup une fureur impie s’anime contre les serviteurs de Dieu ; on ordonne aux chrétiens de brûler un sacrilège encens, avec le foie des victimes, devant des dieux qui ne donnent que la mort.

L’âme sainte d’Eulalie en frémit; sa noble fierté se prépare à repousser un tel assaut : son cœur intrépide, épris de l’amour d’un Dieu, sollicite la jeune fille à braver le glaive des tyrans.

En vain la tendre sollicitude d’une mère veille à retenir la vierge généreuse dans le secret de la maison, à la campagne et loin de la ville, de peur que l’amour d’un trépas glorieux ne l’entraîne à sacrifier son sang,

Elle, dédaignant un repos qui lui semble une lâcheté, fatiguée d’un retard qui la déshonore, force les portes, la nuit, sans témoins : dans sa fuite elle ouvre les barrières qui la retenaient, et bientôt elle prend sa route par des sentiers détournés.

De ses pieds déchirés, elle franchit des lieux couverts de ronces et d’épines ; mais un chœur d’anges l’accompagne; la sombre nuit l’environne de son silence ; mais une lumière céleste la guide.

Telle on vit la troupe courageuse des Hébreux, nos pères, marcher à la suite de la colonne lumineuse qui brisait les ombres de la nuit, et traçant par ses feux une voie éclatante, anéantissait l’obscurité.

Ainsi la vierge pieuse , suivant sa voie durant la nuit, obtint du ciel la clarté du jour,et n’eut point à lutter avec les ténèbres, à cette heure où elle fuyait aussi l’Égypte, et commençait une route qui devait la conduire bien au-delà des astres.

D’un pas hardi et prompt, elle a su franchir plusieurs milles, avant que l’aurore vienne illuminer le ciel : dès le matin elle est rendue au pied du tribunal, et, dans une sainte fierté, elle vient se placer au milieu des faisceaux.

« Quelle fureur vous anime ? s’écrie-t-elle. Pourquoi perdre vos âmes imprudentes, en les abaissant devant des pierres taillées par le ciseau ?Pourquoi renier le Dieu

père de tous ?

« Infortunés, vous poursuivez les chrétiens; moi aussi je suis une ennemie du culte des démons, je foule sous mes pieds les idoles ; de mon cœur et de ma bouche je confesse Dieu.

« Isis, Apollon, Vénus ne sont rien ; Maximien aussi n’est que néant : vos idoles, parce qu’elles sont faites de la main des hommes ; lui, parce qu’il les adore : tout cela est nul et doit être compté pour rien.

« Que Maximien, ce prince ce opulent, et pourtant l’humble serviteur de ces pierres, dévoue et sacrifie jusqu’à sa tête à de telles divinités; mais pourquoi persécute-t-il des cœurs généreux ?

« Cet empereur plein de bonté, ce maître excellent, il lui faut du sang innocent pour se nourrir. Dans sa faim il déchire les corps des saints et jusqu’à leurs entrailles accoutumées au jeûne ; son bonheur est de torturer jusqu’à leur foi.

« Allons, bourreau, emploie le fer et le feu ; divise ces membres sortis du limon de la terre; il est aisé de détruire une chose si fragile; mais au dedans vit une âme que la douleur n’abattra pas. »

Un tel discours fait monter au comble la colère du Préteur : « Licteur, s’écrie-t-il, saisis cette furieuse, et dompte-la par les tortures. Fais-lui sentir ce que c’est que les dieux 0 de la patrie, et qu’on ne méprise pas en vain les édits du prince.

« Jeune fille égarée, plutôt que de t’envoyer à la mort, je voudrais, s’il est possible, t’arracher à tes erreurs perverses. Vois donc quel bonheur cette vie te destine, quel honorable hymen t’est préparé.

« Ta famille dans les larmes te recherche en ce moment; cette famille d’une si illustre noblesse se désole de te voir périr à la fleur de tes ans, à la veille des pompes nuptiales.

« La splendeur d’un hyménée opulent n’est-elle donc rien pour toi ? Dans ta présomption,veux-tu donc ébranler la piété filiale ? Eh bien ! considère ces instruments d’un cruel trépas.

« Ou ta tête tombera sous le glaive, ou tes membres seront déchirés par la dent des bêtes féroces, ou les torches embrasées les consumeront à petit feu, ou le bûcher te réduira en cendres au milieu des cris et des larmes de tes parents.

« Et quel si grand effort as-tu à faire pour éviter un sort si affreux î Daigne seulement , jeune fille , toucher du bout de tes doigts un peu de sel et quelques grains d’encens; et ces supplices terribles ne te regardent plus. »

La martyre garde le silence, mais elle frémit à un tel discours ; dans son indignation , elle crache aux yeux du tyran , renverse d’un coup de pied les idoles, les gâteaux sacrés et l’encens.

Aussitôt deux bourreaux déchirent la chair délicate de la vierge ; ses flancs sont sillonnés jusqu’aux os par les ongles de fer ; Eulalie compte ses glorieuses blessures.

« C’est votre Nom, Seigneur, que l’on trace sur mon corps ; que j’aime à lire ces caractères qui racontent vos victoires, ô Christ ! La pourpre de mon sang sert à écrire votre Nom sacré. »

C’est ainsi qu’elle chantait dans sa joie, la vierge intrépide ; pas une larme, pas un soupir ; de si cruelles souffrances sont pour elle comme si elles n’étaient pas; et cependant ses membres sont arrosés à chaque instant par un nouveau jet de son sang qui jaillit tiède sous les ongles de fer.

Mais ce n’est pas la dernière de ses tortures ; il ne leur suffit pas d’avoir labouré tout son corps de sillons cruels; c’est maintenant le tour de la flamme ; des torches ardentes parcourent avec fureur ses flancs et sa poitrine.

La chevelure embaumée d’Eulalie s’était détachée; flottant sur les épaules, elle était venue descendre comme un voile appelé à protéger la pudeur de la vierge.

Mais la flamme pétillante des torches est montée jusqu’au visage; en un instant, elle prend à la chevelure, elle parcourt la tête et s’élève au-dessus du visage. La vierge, avide de mourir, ouvre ses lèvres, et aspire ce feu qui l’environne.

On vit soudain une colombe plus blanche que la neige s’élancer de la bouche de la martyre, et monter vers les cieux : c’était l’âme d’Eulalie, toute pure, toute vive, toute innocente.

La tête s’incline au moment où l’âme s’est enfuie ; le feu des torches s’éteint tout à coup ; les membres endoloris ont cessé de souffrir ; le souffle qui animait la vierge, monte joyeux à travers les airs et se dirige, semblable à l’innocent oiseau, vers les temples du ciel.

Le bourreau l’a vu s’élancer de la bouche de la jeune fille ; saisi de terreur, il s’est enfui loin du théâtre de sa barbarie ; le licteur lui-même a disparu tremblant.

Tout à coup une neige inattendue se forme dans l’air glacial et descend sur le forum ; comme un blanc linceul, elle vient couvrir le corps d’Eulalie qui demeurait exposé aux injures de la saison.

Les larmes humaines accompagnent les funérailles d’un être chéri ; ici, ces témoignages de regret sont dépassés; les éléments eux-mêmes, ô vierge, ont reçu de Dieu l’ordre d’accomplir envers toi les devoirs suprêmes.

Aujourd’hui, Mérida, ville célèbre de la Lettonie, s’honore de posséder son sépulcre; cité florissante que parcourt le fleuve Ana qui, dans son cours rapide et ombragé d’arbres toujours verts, vient baigner son élégante enceinte.

C’est là que, dans un sanctuaire où la lumière est réfléchie par l’éclat des marbres étrangers et indigènes, un tombeau digne de tout respect garde les cendres sacrées d’Eulalie.

Au-dessus étincelle un lambris tout resplendissant d’or; le pavé du temple, formé de pierres délicatement taillées, semble un jardin émaillé de rieurs et des roses les plus vermeilles.

Cueillez la violette pourprée, moissonnez des Heurs éclatantes ; l’hiver, malgré sa rigueur, en produit encore ; le sol glacé qu’échauffe le soleil en fournira de quoi remplir vos corbeilles.

Jeunes filles, jeunes hommes, en présentant cette offrande, n’oubliez pas de l’entourer d’un épais feuillage ; ma guirlande à moi sera ces vers dactyliques que j’offre pour les chœurs ; ils sont humbles, ils se ressentent de ma vieillesse ; cependant ils conviennent à la fête.

C’est ainsi que nous offrirons nos hommages aux restes sacrés de la martyre, et à l’autel qui couvre son tombeau : du ciel où elle repose aux pieds de Dieu, elle agrée l’offrande, et rendue propice par nos chants, elle répand sa protection sur un peuple qui est le sien.

 

    Nous regrettons de ne pouvoir donner ici qu’une faible idée des richesses liturgiques que nous offrent le Bréviaire et le Missel Mozarabes, sur sainte Eulalie. Rien n’est plus magnifique que les éloges consacrés à sa mémoire par l’ancienne Église d’Espagne. Nous prenons, presque au hasard, dans le Missel, les deux belles pièces qui suivent, que nous avons choisies sur vingt autres qui auraient presque un droit égal à être citées ici :

ORAISON.

Laetetur in te, Domine, quaeso, virginitas : et huic proxima congaudeat continentia. Non sexum quaerunt hujus modi bella, sed animum. Non mucronis confidentiam, sed pudoris. Non etiam personas discussuras, sed causas. Impune inter armatas transit acies innocens conscientia ; quae superavit crimina, superat et metalla. Facile vincit alios quisquis se vicerit ; et cum laudabile sit viro fecisse virtutem, majoris tamen praeconii est fecisse virginem rem virilem. Prophanum sacra ingreditur puella concilium: et solum Deum in pectore gestans infert violentiam passioni. Nec deest lictor tam impudens quam crudelis: qui sponsam (secure dixerim) Christi: fornicantium verberibus oculorum: supplicio libidinante torqueret. Ut quae poenas in adulterio non luebat: saltem poenas adulteras sustineret. Dudum quod gravius carnifex putat expectantium oculis corpus exponit: et per divaricatas viscerum partes: ictuum sulcos cursus fusi sanguinis antecedit. Periit tunc tortoris iniqui commentum: sola patiuntur tormenta ludibrium. Habet quidem virginem nostram nuditas: sed pudicam. Discat ergo: discat uterque sexus ex virgine: non pulchritudinem colore: sed virtutem. Fidem amare: non formam. Placiturus Domino: non decoris expectare judicium: sed pudoris. Sed quia tuum est Christe totum quod haec virgo vicerit: tuum quod meruit: tuum etiam quod peregit. Nec enim tela repellimus adversantium: nisi tuae divinitatis beneficio sublevemur. Nunc praesta nobis ut sicut haec beatissima martyr tua pugnando praemium adepta est castitatis: ita nos commissorum nostrorum ad te dimissis contagiis: adipiscamur praemia tuae promissionis.

 

    Que la virginité se réjouisse en vous, Seigneur, et que la continence, sœur de la virginité, prenne une part à sa joie. Voici une guerre dans laquelle il ne s’agit plus du sexe, mais du courage ; la défense n’est plus dans le glaive, mais dans la pudeur ; le combat n’est pas entre les personnes, mais entre les causes. Une conscience innocente traverse, sans blessure, des bataillons armés ; elle a vaincu l’ardeur des sens, elle triomphera du fer. Il vaincra facilement les autres, celui qui s’est vaincu lui-même ; mais si la vertu est louable dans l’homme, la vierge qui déploie un courage viril est digne encore de plus grands éloges. Voici qu’une vierge sacrée pénètre dans une assemblée profane, et, portant Dieu seul dans son cœur, elle triomphe des supplices. Cependant il y a là un licteur non moins impudent que cruel, qui, lançant les traits impudiques de ses regards, torture par un infâme supplice celle qu’on peut appeler l’épouse du Christ : en sorte que celle qui est étrangère à l’adultère ait du moins à subir une peine adultère. Bientôt le bourreau, pour la soumettre à une plus rude épreuve, expose le corps de la vierge aux yeux des spectateurs ; et le long de ses flancs déchirés le sang coule en ruisseaux, plus rapides que n’est la main du licteur à ouvrir de nouvelles blessures. L’intention sacrilège du juge est confondue : il n’y a ici d’autre jouet que ses tourments. Sans doute notre vierge est nue; mais sa nudité est pudique. Que l’un et l’autre sexe apprennent donc de cette vierge à rechercher non la beauté, mais la vertu, à aimer la foi, non les grâces du corps. Que celui qui veut plaire au Seigneur, s’attende à être jugé, non sur les agréments du visage, mais sur la pudeur. Maintenant, ô Christ! puisque c’est par vous que cette vierge a vaincu, par vous qu’elle a mérité, par vous aussi qu’elle a accompli sa tâche (car nous ne saurions repousser les traits de nos ennemis, si nous n’étions soutenus par le secours de votre Divinité), daignez donc, de même que votre bienheureuse Martyre a gagné par son combat le prix de la chasteté,nous pardonner l’impureté de nos méfaits, nous faire obtenir la récompense que vous avez promise.

ILLATION.

Dignum et justum est, Domine Deus: qui tam prudentem virginem fidei sociata apice gloriae consecrati: tibi gratias agere: Ut per quem facta est mater Maria: fieret martyr Eulalia: illa pariendi affectu felix: ista moriendi. Illa implens incarnationis officium: ista rapiens passionis exemplum: Illa credidit angelo: ista resistit inimico. Illa electa per quam Christus nasceretur: ista assumpta per quam diabolus vinceretur. Dignare Eulalia martyr et virgo placitura Domino suo: quae Spiritu Sancto protegente tenero sexu bellum fonte sudaverit: et ultra opinionem humanae virtutis ad tolerantiam poenarum zelo tui amoris se obtulerit: cum in specie pretiosi Unigeniti sanguinem suum sub testimonio bonae confessionis effuderit: et incorrupta flammis viscera in odorem suavissimi thimiamatis adolÈverit. Vadit ad tribunal cruenti praesidis: non quaesita. In qua tam solum fuit animus incontinens ad secretum: quam locus conpetens ad triumphum. Lucratura regnum: contemptura supplicium: inventura quaesitum: visura confessum. Non trepida de poena: non ambigua de corona: non defessa de eculeo: non diffisa de praemio. Interrogatur, confitetur: occiditur: coronatur. Ingentique miraculo majestas tua exalatum virginis spiritum: quem assumpsit per flammam, suscepit per columbam. Ut hoc prodigio in coelis martyr ascenderet: quo in terris filium pater ostenderat. Siquidem nec in honorum patiantur elementa corpusculum: quod deciduis nix aspersa velleribus: et virtutis rigorem et virginitatis tecta candorem eluceret, vestiret, absconderet: superni velaminis operimento, coelum funeri praestat exequias, et per misericordiam Redemptoris daret animae sedem, pro sepultura redderet dignitatem.

 

    Il est digne et juste, Seigneur Dieu, que nous vous rendions grâces, à vous qui avez établi dans une gloire sublime cette vierge prudente, fidèle disciple de la foi ; à vous qui, ayant fait que Marie devint mère, avez fait aussi qu’Eulalie fût martyre: l’une heureuse d’enfanter, l’autre heureuse de mourir; l’une accomplissant le ministère de l’Incarnation du Verbe, l’autre s’appropriant l’imitation de ses souffrances. L’une crut à l’Ange, l’autre résista à l’ennemi ; l’une élue pour que le Christ naquît d’elle, l’autre choisie pour que le diable fût vaincu par elle. Elle fut vraiment digne de plaire à son Seigneur, Eulalie, la Martyre et la Vierge qui, protégée par l’Esprit-Saint, soutint un combat rude à la délicatesse de son sexe. On la vit, dépassant toutes les forces humaines, s’offrir aux tortures par le zèle de votre amour ; quand, pour l’honneur de votre cher Fils unique, elle versa son sang dans le témoignage d’une confession généreuse, et livra aux flammes ses chastes flancs, comme un encens de très suave odeur. Sans être appelée, elle se présente au tribunal d’un gouverneur sanguinaire. Là, son âme se montre aussi incapable de dissimulation que le lieu même était propre à un triomphe. Elle veut gagner un royaume, mépriser les supplices, trouver Celui qu’elle cherche, voir enfin Celui qu’elle aura confessé. La peine ne l’émeut pas : elle ne doute pas de sa couronne ; le chevalet ne l’a pas lassée : elle est sans inquiétude sur la récompense. On l’interroge, elle confesse; on l’immole, elle est couronnée. Par un prodige étonnant, l’esprit de la vierge montant vers vous par la flamme, votre Majesté le reçoit sous la forme d’une colombe ; en sorte que la Martyre s’élève au ciel sous le symbole merveilleux par lequel, ô Père céleste ! vous avez désigné votre Fils à la terre. Mais les éléments eux-mêmes ne peuvent souffrir que le corps de la Martyre demeure plus longtemps sans honneur : une neige tombant du ciel comme une blanche toison vient embellir, couvrir et voiler ces restes dans lesquels respirent l’austérité de la vertu, la candeur de la virginité. Le ciel lui-même prête la pompe de son linceul à de si augustes funérailles ; enfin, par la miséricorde du Rédempteur, l’âme de la vierge est établie dans la demeure céleste, et les honneurs d’en haut compensent la sépulture terrestre dont son corps est privé.

 

    Laissez-nous, glorieuse Martyre, mêler notre admiration à celle de l’Église, notre voix aux cantiques sublimes qu’elle entonne en votre honneur. L’amour du Christ, ô vierge héroïque, avait transporté votre cœur, et vous ne sentiez plus les tourments ; ou plutôt la douleur était l’aliment de votre amour, en l’absence de cet Époux qui, seul, pouvait répondre à vos désirs. Cependant, avec cette ardeur invincible, avec cette audace magnanime qui vous faisait affronter les tyrans et la fureur du peuple, rien déplus doux que votre sourire, de plus tendre que vos paroles. Obtenez-nous, ô Épouse du Christ ! une part à ce courage qui ne défaille jamais devant l’ennemi, à cette tendresse pour le Seigneur Jésus, qui seule sauve les âmes de la sécheresse et de l’orgueil.

    O vous, la gloire de l’Ibérie ! colombe pacifique ! ayez pitié de cette terre catholique qui vous a nourrie pour le ciel. Ne souffrez pas que l’antique foi pâlisse dans une Église qui brilla si longtemps entre toutes les autres d’un éclat non pareil. Priez pour que les jours de la tribulation soient abrégés ; que Dieu, fléchi par vos prières, confonde la sacrilège audace des impies qui ont résolu d’anéantir le royaume de Dieu sur la terre ; qu’il inspire au clergé la force et l’énergie des anciens jours ; qu’il rende fécond le sang des martyrs qui a déjà coulé ; qu’il arrête le scandale dont les simples et les faibles sont si aisément les victimes ; qu’il daigne enfin ne pas effacer l’Espagne du nombre des nations catholiques, et pardonner aux fils dégénérés, en souvenir de leurs pères !

 

RÉPONS DE L’AVENT.

(Au Bréviaire Ambrosien , IV° Dimanche de l’Avent.)

 

R. Per Gabrielis Angeli os, nuntiatum est Virgini Mariae, et Verbum concepit e coelo : * Et illum suscepit modicus uterus, cui parvus fuerat mundus. V. Spiritus Sanctus in te ingredietur, et virtus Altissimi obumbrabit tibi. * Et illum suscepit modicus uterus, cui parvus fuerat mundus.

R/. Par la bouche de l’Ange Gabriel, une nouvelle a été annoncée à Marie, et elle a conçu le Verbe descendu du ciel:* Et le sein d’une femme reçoit Celui pour qui le monde était petit, V/. L’Esprit-Saint entrera en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Et le sein d’une femme reçoit Celui pour qui le monde était petit.

 

11 décembre. Saint Damase, Pape et Confesseur

 

    Ce grand Pontife apparaît au Cycle, non plus pour annoncer la Paix comme saint Melchiade, mais comme un des plus illustres défenseurs du grand Mystère de l’Incarnation. Il venge la foi des Églises dans la divinité du Verbe, en condamnant, comme son prédécesseur Libère, les actes et les fauteurs du trop fameux concile de Rimini ; il atteste par sa souveraine autorité l’Humanité complète du Fils de Dieu incarné, en proscrivant l’hérésie d’Apollinaire. Enfin, nous pouvons considérer comme un nouvel et éclatant témoignage de sa foi et de son amour envers l’Homme-Dieu, la charge qu’il donna à saint Jérôme de travailler à une nouvelle version du Nouveau Testament sur l’original grec, pour l’usage de l’Église Romaine. Honorons un si grand Pontife que le Concile de Chalcédoine appelle l’ornement et la force de Rome par sa piété, et que son illustre ami et protégé saint Jérôme qualifie d’homme excellent, incomparable, savant dans les Écritures, Docteur vierge d’une Église vierge.

 

La Légende du Bréviaire nous raconte une partie de ses mérites :

 

Damasus Hispanus, vir egregius et eruditus in Scripturis, indicto primo Constantinopolitano Concilio, nefariam Eunomii et Macedonii haeresim exstinxit. Idem Ariminensem conventum a Liberio jam ante rejectum, iterum condemnavit : in quo, ut scribit sanctus Hieronymus, Valentis potissimum et Ursacii fraudibus damnatio Nicenœ fidei conclamata fuit, et ingemiscens orbis terrarum se Arianum esse miratus est.

Basilicas duas aedificavit; alteram sancti Laurentii nomine ad theatrum Pompeii, quam maximis muneribus auxit, eique domos, et praedia attribuit : alteram via Ardeatina ad Catacumbas. Platoniam etiam, ubi corpora sanctorum Pétri et Pauli aliquamdiu jacuerunt, dedicavit, et exornavit elegantibus versibus. Idemque prosa et versu scripsit de Virginitate, multaque alia métro edidit.

Poenam talionis constituit iis, qui alterum falsi criminis accusassent. Statuit, ut quod pluribus jam locis erat in usu, Psalmi per omnes Ecclesias die noctuque ab alternis canerentur; et in fine cujusque Psalmi diceretur : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. Ejus jussu sanctus Hieronymus novum Testamentum Graecae fidei reddidit. Cum Ecclesiam rexisset annos decem et septem, menses duos, dies viginti sex, et habuisset Ordinationes quinque mense decembri, quibus creavit Presbyteros triginta unum, Diaconos undecim, Episcopos per diversa loca sexaginta duos; virtute, doctrina, ac prudentia clarus, prope octogenarius, Theodosio seniore imperante, obdormivit in Domino, et via Ardeatina una cum matre et sorore sepultus est in Basilica quam ipse aedificaverat. Illius reliquiae postea translatas sunt in ecclesiam sancti Laurentii, ab ejus nomine in Damaso vocatam.

 

Damase, Espagnol, homme excellent et savant dans les Écritures, ayant convoqué le premier Concile de Constantinople, étouffa la criminelle hérésie d’Eunomius et de Macédonius. Il condamna derechef l’assemblée de Rimini, déjà rejetée par Libère, et dans laquelle, comme l’écrit saint Jérôme, les artifices de Valens et d’Ursace firent proclamer la condamnation de la foi de Nicée, en sorte que le monde gémissant s’étonna d’être Arien.

Il édifia deux Basiliques: l’une sous le nom de Saint-Laurent, près le théâtre de Pompée, à laquelle il fit de très grands présents et donna des maisons et des terres; l’autre sur la voie Ardéatine, aux Catacombes. Il dédia le lieu embelli de marbres où les corps de saint Pierre et de saint Paul avaient reposé quelque temps, et il l’orna de vers composés avec élégance. Il écrivit aussi sur la Virginité en vers et en prose, et composa beaucoup d’autres poésies.

Il établit la peine du talion pour ceux qui auraient accusé quelqu’un faussement. Il ordonna que, selon l’usage déjà reçu en plusieurs lieux, on chanterait jour et nuit dans toutes les églises les Psaumes à deux chœurs, et qu’on ajouterait à la fin de chaque Psaume: Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Il chargea saint Jérôme de traduire le Nouveau Testament, selon la pureté du texte grec. Il gouverna l’Église dix-sept ans, deux mois et vingt-six jours, et fit cinq Ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa trente-un Prêtres, onze Diacres, et soixante-deux Évêques pour divers lieux. Après avoir éclaté en vertu, en science et en sagesse, il s’endormit dans le Seigneur, sous l’empire du grand Théodose, étant presque octogénaire, et il fut enseveli sur la voie Ardéatine, avec sa mère et sa sœur, dans la Basilique qu’il avait édifiée. Ses reliques ont été transportées depuis dans l’église de Saint-Laurent, qui s’appelle de son nom, in Damaso.

 

    Saint Pontife Damase ! vous avez été durant votre vie le flambeau des enfants de l’Église ; car vous leur avez fait connaître le Verbe incarné, vous les avez prémunis contre les doctrines perfides au moyen desquelles l’Enfer cherchera toujours à dissoudre ce Symbole glorieux, dans lequel sont écrites la souveraine miséricorde d’un Dieu pour l’œuvre de ses mains, et la dignité sublime de l’homme racheté. Du haut de la Chaire de Pierre, vous avez confirmé vos frères, et votre foi n’a point défailli ; car le Christ avait prié pour vous. Nous nous réjouissons de la récompense infinie que le Prince des Pasteurs a octroyée à votre intégrité, ô Docteur vierge de l’Église vierge ! Du haut du ciel, faites descendre jusqu’à nous un rayon de cette lumière dans laquelle le Seigneur Jésus se fait voir à vous en sa gloire ; afin que nous puissions aussi le voir, le reconnaître, le goûter dans l’humilité sous laquelle il va bientôt se montrer à nous. Obtenez-nous et l’intelligence des saintes Écritures, dans la science desquelles vous fûtes un si grand Docteur, et la docilité aux enseignements du Pontife romain, auquel il a été dit, en la personne du Prince des Apôtres : Duc in altum : avancez dans la haute mer.

    Faites, ô puissant successeur de ce pêcheur d’hommes, que tous les Chrétiens soient animés des mêmes sentiments que Jérôme, lorsque, s’adressant à votre Apostolat, dans une célèbre Épître, il disait : « C’est la Chaire de Pierre que je veux consulter ; je veux que d’elle me vienne la foi, nourriture démon âme. La vaste étendue des mers, la distance des terres, ne m’arrêteront point dans la recherche de cette perle précieuse : là où se trouve le corps, il est juste que les aigles s’y rassemblent. C’est à l’Occident que maintenant se lève le Soleil de justice : c’est pourquoi je demande au Pontife la Victime du salut; du Pasteur, moi brebis, j’implore le secours. Sur la Chaire de Pierre est bâtie l’Église : quiconque mange l’Agneau hors de cette Maison est un profane ; quiconque ne sera pas dans l’Arche de Noé, périra dans les eaux du déluge. Je ne connais pas Vital; je n’ai rien de commun avec Mélèce ; Paulin m’est inconnu : quiconque ne recueille pas avec vous, ô Damase, dissipe ce qu’il a amassé ; car celui qui n’est pas au Christ est à l’Antéchrist. »

    Considérons notre divin Sauveur au sein de la très pure Marie sa Mère ; et adorons, avec les saints Anges, le profond anéantissement auquel il s’est réduit pour notre amour. Contemplons-le s’offrant à son Père pour la rédemption du genre humain, et commençant dès lors à remplir l’office de Médiateur dont il a daigné se charger. Admirons avec attendrissement cet amour infini, qui n’est pas satisfait de ce premier acte d’abaissement dont le mérite est si grand qu’il eût suffi pour racheter des millions de mondes. Le Fils de Dieu veut accomplir, comme les autres enfants, le séjour de neuf mois au sein de sa Mère, naître ensuite dans l’humiliation, vivre dans le travail et la souffrance, et se faire obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la Croix. O Jésus ! soyez béni, soyez aimé pour un si grand amour. Vous voici donc descendu du ciel, pour être l’Hostie qui remplacera tant d’autres hosties stériles, par lesquelles n’a pu être effacée la faute de l’homme. La terre porte maintenant son Sauveur, bien qu’elle ne l’ait pas contemplé encore. Dieu ne la maudira pas, cette terre ingrate, enrichie qu’elle est d’un tel trésor. Mais reposez encore, ô Jésus, dans les chastes entrailles de Marie, dans cette Arche vivante, au sein de laquelle vous êtes la véritable Manne destinée à la nourriture des enfants de Dieu. Toutefois, ô Sauveur ! l’heure approche où il vous faudra sortir de ce sanctuaire. Au lieu de la tendresse de Marie, il vous faudra connaître la malice des hommes ; et cependant, nous vous en supplions, nous osons vous le rappeler, il est nécessaire que vous naissiez au jour marqué : c’est la volonté de votre Père ; c’est l’attente du monde, c’est le salut de ceux qui vous auront aimé.

 

PROSE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.

( Tirée du Missel de Cluny de 1523.)

AVE, mundi gloria, Virgo mater Maria, Ave, benignissima.

Ave, plena gratia, Angelorum domina, Ave, praeclarissima.

Ave, decus Virginum, Ave, salus hominum, Ave, potentissima.

Ave, Mater Domini, Genitrix Altissimi, Ave, prudentissima.

Ave, mater gloriae. Mater indulgentiae, Ave, beatissima.

Ave, vena veniae, Fons misericordiae, Ave, clementissima.

Ave, mater luminis, Ave, honor aetheris, Ave, porta cœlica, Ave, serenissima.

Ave, candens lilium, Ave, opobalsamum, Ave, fumi virgula, Ave, splendidissima.

Ave, mitis, Ave, dulcis, Ave, pia, Ave, laeta, Ave, lucidissima.

Ave, porta, Ave, virga, Ave, rubus, Ave, vellus, Ave, felicissima.

Ave, clara cœli gemma, Ave, alma Christi cella, Ave, venustissima.

Ave, virga Jesse data, Ave, scala cœli facta, Ave, nobilissima.

Ave, stirpe generosa, Ave, prole gloriosa, Ave, fœtu gaudiosa, Ave, excellentissima.

Ave, Virgo singularis, Ave, dulce salutaris, Ave, digna admirari, Ave, admirandissima.

Ave, turtur, tu quae munda Castitate, sed fœcunda Charitate, tu columba, Ave, pudicissima.

Ave, mundi imperatrix, Ave, nostra mediatrix, Ave, mundi sublevatrix, Ave, nostrum gaudium. Amen.

 

Salut, gloire du monde, Vierge Mère, ô Marie très débonnaire, salut !

Salut, pleine grâce, souveraine des Anges, très glorieuse, salut !

Salut, Mère du Seigneur, qui avez enfanté le Très-Haut; salut, ô très prudente!

Salut, mère de gloire, mère de clémence ; salut, ô très heureuse !

Salut, source de pardon, fontaine de miséricorde; salut, ô très clémente !

Salut, mère de lumière; salut, honneur du firmament! salut, porte du ciel; salut, ô très sereine!

Salut, blanc lis; salut, parfum balsamique; salut, flocon léger d’encens ; salut, ô très resplendissante !

Salut, ô pacifique ! salut, ô douce ! salut, ô miséricordieuse ! salut, ô gracieuse ! salut, ô très lumineuse !

Salut, honneur des Vierges ; salut, protectrice des hommes ; très puissante, salut !

Salut, porte céleste; salut, verge prophétique; salut, buisson enflammé : salut, toison mystique; salut, ô très fortunée!

Salut, radieuse perle des ; deux; salut, féconde demeure du Christ ; salut, ô très belle !

Salut, branche nouvelle de Jessé ; salut, échelle qui touche au ciel; salut, ô très noble !

Salut, fille de race généreuse; salut, mère au glorieux Fils; salut, sein fécond en joie; salut, ô très excellente !

Salut, Vierge singulière ; salut, aimable source de bonheur; salut, ô digne d’admiration; salut, ô très admirable !

Salut, ô tourterelle pure en chasteté, mais féconde en charité; colombe très pudique, salut !

Salut, impératrice du monde ; salut, notre médiatrice ; salut, protectrice du monde; salut, ô notre joie ! Amen.

 

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

(Bréviaire Mozarabe, Lundi de la Ière Semaine de l’Avent.)

    ORATIO.

Nuntiatam ecce vocem jucunditatis et laetitiae, quam de tua, Christe, Incarnatione audivimus: ut in nobis dulciori efficiamur charitate fruentiores, imploramus tuae magnitudinis exspectantes potentiam ; ut ita in nobis vocis hujus effectus usquequaque praepolleat, ut non confundamur in ea , cum manifestata nobis fuerit gloria tua. Amen.

ORAISON.

La joyeuse et agréable nouvelle de votre Incarnation, ô Christ, frappe nos oreilles ; daignez, nous vous en supplions, nous remplir avec abondance des douceurs de la charité, nous qui vivons dans l’attente de la manifestation de votre puissance et de votre grandeur; afin que l’heureux effet de cette nouvelle se reproduisant en nous et s’y développant,nous ne soyons point confondus, au jour où apparaîtra votre gloire. Amen.

 

12 décembre. 5e jour dans l’octave de l’Immaculee Conception

 

    Considérons la très pure Marie ayant conçu dans son sein le Verbe de Vie, et toute remplie des sentiments que lui inspirent sa religion profonde envers le souverain Seigneur, et son ineffable tendresse de mère envers un tel fils. Admirons une si haute dignité, rendons-lui hommage, et glorifions la Mère d’un Dieu. En elle s’accomplissent et la prophétie d’Isaïe: Une Vierge concevra et enfantera un Fils ; et celle de Jérémie : Le Seigneur a créé quelque chose de nouveau sur la terre : une Femme environnera un Homme ; oracles que les Gentils eux-mêmes avaient mystérieusement recueillis : en sorte que la gloire de la cité des Carnutes d’avoir dédié un autel à la vierge qui devait enfanter, Virgini pariturae, loin d’être douteuse, comme elle le parut aux yeux d’un siècle plus ignorant encore que rationaliste, doit être également attribuée à plusieurs autres villes de l’Occident. Mais qui pourrait raconter la dignité de cette Vierge qui porte en ses flancs bénis le Salut du Monde ? Si Moïse, sortant d’un simple entretien avec Dieu, reparut aux yeux du peuple d’Israël la tête encore environnée des rayons de la majesté de Jéhovah, quelle auréole devait entourer Marie, renfermant en elle, comme un ciel vivant, le souverain Seigneur lui-même ? Mais la divine Sagesse tempérait cet éclat aux yeux des hommes, afin que l’humilité que le Fils de Dieu avait choisie comme le moyen de se manifester à eux, ne fût pas dès l’abord anéantie par la gloire prématurée qui eût éclaté dans sa Mère.

    Les sentiments du Cœur de Marie durant ces neuf mois de son union ineffable avec le Verbe divin, nous sont retracés au sacré Cantique, lorsque l’Épouse dit dans son ivresse : « Me voici établie à l’ombre de celui que je désirais, et son fruit est doux à ma bouche ; si je dors, mon cœur veille. Mon âme se fond au bruit de la voix de mon Bien-Aimé ; je suis à lui et il est à moi, celui qui paît entre les lis de ma virginité, jusqu’à ce que le jour de sa Nativité se lève, et que les ombres du péché disparaissent enfin. » Mais souvent aussi, trop faible dans sa mortalité pour soutenir l’amour qui l’oppresse, elle s’écrie aux âmes pieuses, ses compagnes : « O filles de Jérusalem ! couvrez-moi de fleurs, environnez-moi de fruits odorants ; car je languis d’amour. » — « Cette douce parole, dit le vénérable Pierre de Celles dans son Sermon pour la Vigile de Noël, cette douce parole est celle de l’Épouse qui habite dans les jardins, et qui a voit approcher le temps de son enfantement divin. Quoi de plus aimable entre toutes les créatures que cette Vierge, l’amante du Seigneur, mais premièrement aimée de lui ? C’est elle qui, dans le Cantique, est appelée la biche à jamais chérie. Quoi de plus aimable aussi que a ce Fils de Dieu, né éternellement, et éternellement aimé; formé, comme dit l’Apôtre, à la fin des temps, au sein de la bien-aimée, et dÈvenu, suivant l’expression du Cantique, le faon, objet de sa tendresse ? Cueillons donc, et préparons nos fleurs, pour les offrir au fils et à la mère. Mais voici les fleurs que nous présenterons en particulier à Notre-Dame. Purifions et renouvelons nos corps par Jésus, qui dit être la Fleur des champs et le Lis des vallons, et efforçons-nous d’approcher de lui par la chasteté. Puis, a défendons la fleur de pureté de tout contact étranger ; car elle se fane, et s’effeuille en un instant, si on l’expose au moindre souffle. Lavons nos mains pour l’offrir dans l’innocence ; et a d’un cœur pur, d’un corps chaste, d’une bouche a sanctifiée, d’une âme intacte, cueillons au jardin du Seigneur les fleurs nouvelles, pour la nouvelle Nativité du nouveau Roi ; environnons de ces fleurs la Sainte des Saintes, la Vierge des Vierges, la Reine des Reines, la Dame des Dames, pour mériter d’avoir notre part en son a Enfantement. »

 

SÉQUENCE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.

(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)

AVE, Virgo gratiosa, Virgo Mater gloriosa. mater Régis gloriae.

Ave, fulgens margarita Fer quam venit mundi vita, Christus sol justitiae.

O oliva fructifera, Tu pietatis viscera Nulli claudis hominum.

Nos exsules laetificas, Ut vitis, dum fructificas Salvatorem Dominum.

Ave, Virgo Mater Dei, Tu superni Sol diei, Et mundi noctis Luna.

Clementior prae caeteris, Succurre nobis miseris, Mortalium spes unica.

Ave, decus virginale, Templum Dei spéciale ! Par te fiât veniale Omne quod committimus.

Tu nobis es singularis ; Tu nos ducas, Stella maris; Tu nos semper tuearis : En ad te confugimus.

Ad te, pia, suspiramus, Si non ducis, deviamus : Ergo doce quid agamus ; Post hunc finem ut vivamus Cum Sanctis perenniter.

Jesu Christe, Fili Dei, Tota salus nostras spei ; Tuae Matris interventu, Angelorum nos conventu Fac gaudere jugiter. Amen.

 

Salut, Vierge gracieuse , Vierge-Mère glorieuse, Mère du Roi de gloire !

Salut, perle éclatante, par qui nous vint la vie du monde, le Christ, Soleil de justice !

Branche d’olivier chargée de fruits ! les entrailles de votre tendresse ne sont fermées à aucun mortel.

Dans notre exil, vous nous réjouissez, lorsque, vigne féconde, vous produisez pour fruit le Sauveur, le Seigneur.

Salut, Vierge Mère d’un Dieu ! Soleil du jour céleste, Lune dans la nuit de ce monde !

Clémente par-dessus toutes les mères, secourez-nous, malheureux que nous sommes, ô unique espérance des mortels !

Salut, honneur de virginité, temple à Dieu seul réservé ! rendez pardonnables toutes nos offenses.

Vous êtes toute à nous; guidez-nous, Étoile de la mer ! et nous protégez toujours : nous voici dans vos bras.

Vers vous, clémente, nous soupirons; si vous ne nous conduisez, nous nous égarons ; donc, enseignez-nous ce qu’il faut faire, pour vivre, au terme de ces jours, éternellement avec les Saints.

Jésus-Christ, Fils de Dieu, tout le fondement de notre espérance, par la médiation de votre Mère, donnez-nous part, avec l’assemblée des Anges, à l’éternelle réjouissance. Amen.

 

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

(Bréviaire Mozarabe, au Ier Dimanche de l’Avent.)

ORAISON.

Audivimus , Christe ; confitemur, et credimus, quod de sinu Patris egrediens veneris, ut carnis nostrae vestibulo cingereris, liberaturus , scilicet susceptae Incarnationis mysterio, quod perierat naturae vitiatae contagio. Fac nos, praenuntiata Adventus tui gaudia , promptissima surrectionis devotione excipere : ut, quia tu e loco patrio secretoque progrediens, salvaturus nomines, humanitus properasti ad publicum ; nos e loco criminis exeuntes, munditiores concitum Divinitatis tuae prospectemus excursum : ut extrema vitae nostrae, nullius discriminis conculcatione involvens ; sic provoces terrore justitiae, ut solita iustifices pietate. Amen.

 

    Nous avons appris , ô Christ, nous confessons et nous croyons que, sortant du sein du Père, vous viendrez revêtir le voile de notre chair, pour délivrer, par le mystère de l’Incarnation, ce qui avait péri par la contagion d’une nature viciée. Faites que nous recevions, avec une ardente et vigilante dévotion, la nouvelle joyeuse de votre Avènement ; afin que,tandis que, parti du sein mystérieux de votre Père , vous paraîtrez au dehors sous la forme humaine, pour sauver les hommes ; nous, sortant enfin de l’ombre de nos péchés, nous nous hâtions d’accourir, purifiés, à la rencontre de votre Divinité. Alors, la fin de notre vie ne sera point en butte à votre colère, et la terreur de votre justice nous aura mis à même d’être justifiés par cette incessante miséricorde qui est en vous. Amen.

 

13 décembre. Sainte Lucie, vierge et martyre

 

    Voici la quatrième de nos Vierges sages, la vaillante Lucie. Son nom glorieux étincelle au sacré Diptyque du Canon de la Messe, à côté de ceux d’Agathe, d’Agnès et de Cécile ; mais, dans les jours de l’Avent, le nom de Lucie annonce la Lumière qui approche, et console merveilleusement l’Église. Lucie est aussi une des trois gloires de la Sicile chrétienne ; elle triomphe à Syracuse, comme Agathe brille à Catane, comme Rosalie embaume Palerme de ses parfums. Fêtons-la donc avec amour, afin qu’elle nous soit en aide en ce saint temps, et nous introduise auprès de Celui dont l’amour l’a rendue victorieuse du monde. Comprenons encore que si le Seigneur a voulu que le berceau de son Fils parût ainsi entouré d’une élite de Vierges, et s’il ne s’est pas contenté d’y faire paraître des Apôtres, des Martyrs et des Pontifes, c’est afin qu’au milieu de la joie d’un tel Avènement, les enfants de l’Église n’oublient pas d’apporter à la crèche du Messie, avec la foi qui l’honore comme le souverain Seigneur, cette pureté du cœur et des sens que rien ne saurait remplacer dans ceux qui veulent approcher de Dieu. Lisons maintenant les Actes glorieux de la Vierge Lucie.

 

    Lucia, virgo Syracusana, genere et christiana fide ab infantia nobilis, una cum matre Eutychia, quae sanguinis fluxu laborabat, Catanam ad venerandum corpus beatae Agathae venit. Quae ad ejus sepulcrum cum suppliciter orasset, Agathae intercessione, matris sanitatem impetravit. Statim vero matrem exoravit , ut quam dotem sibi datura esset, Christi pauperibus tribui pateretur. Ut igitur Syracusas rediit, omnem pecuniam, quam ex facultatibus venditis redegerat, pauperibus distribuit.

Quod ubi rescivisset is cui eam parentes contra virginis voluntatem desponderant, apud Paschasium Praefectum, Luciam, quod christiana esset accusavit. Quam ille cum nec precibus, nec minis ad cultum idolorum posset perducere; immo tanto magis incensam videret ad celebrandas christianae fidei laudes, quanto magis ipse eam a sententia avertere conabatur : Cessabunt, inquit, verba, cum ventum erit ad verbera. Cui virgo : Dei servis verba déesse non possunt, quibus a Christo Domino dictum est : Cum steteritis ante reges et praesides, nolite cogitare quomodo aut quid loquamini ; dabitur enim vobis in illa hora quid loquamini; non enim vos estis qui loquimini, sed Spiritus Sanctus qui loquitur in vobis.

Quam cum Paschasius interrogasset : Estne in te Spiritus Sanctus ? Respondit : Caste et pie viventes templum sunt Spiritus Sancti. At ille : Jubebo te ad lupanar duci, ut te Spiritus Sanctus deserat. Qui virgo : Si invitam jussens violari, castitas mihi duplicabitur ad coronam. Quare Paschasius ira inflammatus Luciam eo trahi jussit, ubi ejus virginitas violaretur : sed divinitus factura est, ut firma virgo ita consisteret, ut nulla vi de loco dimoveri posset. Quamobrem Praefectus circum ipsam pice, résina, ac ferventi oleo perfusam, ignem accendi imperavit ; sed cum ne flamma quidem eam laederet, multis tormentis excruciatae guttur gladio transfigitur. Quo vulnere accepto, Lucia praedicens Ecclesiae tranquillitatem, quae futura erat Diocletiano et Maximiano mortuis, idibus decembris, spiritum Deo reddidit. Cujus corpus Syracusis sepultum, deinde Constantinopolim, postremo Venetias translatum est.

 

    Lucie, vierge de Syracuse, illustre par sa naissance et par la foi chrétienne qu’elle professa dès l’enfance, vint à Catane, avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang,pour vénérer le corps de sainte Agathe. Ayant fait ses prières au tombeau de la Sainte, elle obtint, par son intercession, la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle lui préparait. C’est pourquoi Lucie, étant de retour à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua l’argent aux pauvres.

Celui à qui ses parents l’avaient fiancée contre sa volonté ayant appris ceci, alla trouver le Préfet Paschasius , et accusa Lucie d’être chrétienne. Ce magistrat ne pouvant, ni par prières, ni par menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de lui faire changer de sentiments, plus elle semblait enflammée à célébrer les louanges de la foi chrétienne : Tu ne parleras plus autant, lui dit-il, quand on en sera venu aux coups. La parole ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, reprit la vierge : puisque le Seigneur Christ a dit : Quand vous serez devant les rois et les gouverneurs , ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez, ou de ce que vous direz ; car ce que vous aurez à dire vous sera donné à l’heure même; parce que ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint qui parle en vous.

Paschasius lui ayant dit sur cela : Le Saint-Esprit est-il donc en toi . Elle répondit : Ceux qui vivent avec chasteté et piété sont le temple de l’Esprit-Saint. Le Préfet repartit : Je vais donc te faire conduire en un lieu de prostitution, afin que le Saint-Esprit t’abandonne. La vierge répondit: Si on me fait violence malgré moi, j’aurai double couronne de chasteté. A ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna qu’on traînât Lucie dans un lieu où on lui fît perdre sa virginité ; mais il arriva, par la puissance divine, que la vierge demeura immobile au même lieu, sans qu’aucune violence l’en pût arracher. C’est pourquoi le gouverneur, l’ayant fait environner de poix, de résine et d’huile bouillante, commanda qu’on allumât du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eût tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée. Lucie, ayant reçu le coup, prédit la tranquillité dont l’Église devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, rendit son esprit à Dieu, aux ides de décembre. Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transféré à Constantinople, et enfin à Venise.

 

    Nous prenons dans l’Office de la Sainte quelques Antiennes, dont l’ensemble forme une œuvre lyrique pleine de grâce et de fraîcheur :

ORANTE sancta Lucia, apparuit ei beata Agatha, et consolabatur ancillam Christi.

Lucia Virgo, quid a me petis, quod ipsa poteris praestare continuo matri tuae ?

Per te, Lucia Virgo, civitas Syracusana decorabitur a Domino Jesu Christo.

Benedico te, Pater Domini mei Jesu Christi, quia per Filium tuum ignis exstinctus est a latere meo.

In tua patientia possedisti animam tuam, Lucia sponsa Christi : odisti quae in mundo sunt, et coruscas cum Angelis : sanguine proprio mimicum vicisti.

 

Sainte Lucie étant en prières, la bienheureuse Agathe lui apparut, et consolait la servante du Christ.

Vierge Lucie, lui dit-elle, pourquoi me demandes-tu pour ta mère un secours que toi-même lui peux procurer?

A cause de toi, Vierge Lucie, la ville de Syracuse sera comblée de gloire par le Seigneur Jésus-Christ.

Voix de Lucie : Je vous bénis, ô Père de mon Seigneur Jésus-Christ, de ce que, par votre Fils, le feu qui m’environnait a été éteint.

Dans ta patience, tu as possédé ton âme, ô Lucie, Épouse du Christ ! tu as haï les choses du monde, et tu brilles avec les Anges : par ton propre sang, tu as vaincu l’ennemi.

 

    Nous nous adressons à vous, ô Vierge Lucie, pour obtenir la grâce de voir dans son humilité Celui que vous contemplez présentement dans la gloire : daignez nous accepter sous votre puissant patronage. Le nom que vous avez reçu signifie Lumière : soyez notre flambeau dans la nuit qui nous environne. O Lampe toujours brillante de la splendeur de virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les blessures que leur a faites la concupiscence, afin qu’ils s’élèvent, au-dessus de la créature, jusqu’à cette Lumière véritable qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne comprennent point. Obtenez que notre œil purifié voie et connaisse, dans l’Enfant qui va naître, l’Homme nouveau, le second Adam, l’exemplaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous aussi, Vierge Lucie, de la sainte Église Romaine et de toutes celles qui empruntent d’elle la forme du Sacrifice : car elles prononcent chaque jour votre doux nom à l’autel, en présence de l’Agneau votre Époux, à qui il est agréable de l’entendre. Répandez vos bénédictions particulières sur l’île fortunée qui vous donna le jour terrestre et la palme de l’éternité. Maintenez-y l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, et guérissez les maux que vous connaissez.

 

Le même jour. Sainte Odile, vierge et Abbesse

 

    ODILE est la cinquième des Vierges sages qui nous conduiront, à la lueur de leurs lampes, au berceau de l’Agneau, leur Époux. Elle n’a pas donné son sang pour lui, comme Bibiane, Barbe, Eulalie et Lucie ; elle ne lui a offert que ses larmes et son amour ; mais la blancheur de sa couronne de lis se marie agréablement à la pourpre des roses qui ceignent le front de ses compagnes. Son nom est grand dans la France orientale : au delà du Rhin, sa mémoire est demeurée chère au peuple fidèle ; et mille ans écoulés sur son glorieux tombeau n’ont point attiédi la tendre vénération dont il est l’objet, ni diminué le nombre des pieux pèlerins qui, chaque année, se pressent sur les sommets de la sainte montagne où il repose. Le sang illustre de cette vierge est celui même de la race des Capétiens, celui de la famille impériale des Habsbourg; tant de rois et d’empereurs sont les descendants du vaillant duc d’Alsace Adalric, ou Eutichon, père de la douce Odile.

    Elle vint en ce monde privée de la lumière des yeux. Le père repoussa loin de lui cette enfant que la nature sembla n’avoir disgraciée que pour faire éclater plus merveilleusement en elle le pouvoir de la grâce divine. Un cloître reçut la petite exilée que l’on avait arrachée des bras de sa mère ; mais Dieu, qui voulait signaler en elle la vertu du divin sacrement de la régénération, permit que le baptême lui fût différé jusqu’à l’âge de treize ans. Le moment enfin arriva où Odile allait recevoir le sceau des enfants de Dieu. Mais, ô merveille! la jeune fille obtint tout à coup la vue du corps, au sortir de la fontaine baptismale ; et ce don n’était qu’une faible image de la lumière que la foi avait à ce moment allumée dans son âme. Ce prodige rendit Odile à son père et au monde; elle dut alors soutenir mille combats pour protéger sa virginité qu’elle avait vouée à l’Époux céleste. Les grâces de sa personne et la puissance de son père attirèrent autour d’elle les plus illustres prétendants. Elle triompha ; et l’on vit Adalric lui-même élever, sur les rochers de Hohenbourg, le monastère où Odile devait servir le Seigneur, présider un nombreux essaim de vierges sacrées, et soulager toutes les misères humaines.

    Après une longue vie consacrée tout entière à la prière, à la pénitence et aux œuvres de miséricorde, la vierge arriva au moment de cueillir la palme. C’était aujourd’hui même, treize Décembre, en la fête de la vierge Lucie. Les sœurs de Hohenbourg se pressaient autour de leur sainte Abbesse, avides de recueillir ses dernières paroles. Une extase l’avait enlevée au sentiment des choses d’ici-bas. Craignant qu’elle n’allât à son Époux céleste avant d’avoir reçu le divin Viatique qui doit nous introduire dans la possession de Celui qui est notre dernière fin, les filles crurent devoir enlever leur mère à ce sommeil mystique qui semblait la rendre insensible aux devoirs du moment. Odile revint à elle, et leur dit avec tendresse : « Chères mères et chères sœurs, pourquoi m’avez-vous troublée ? pourquoi imposer de nouveau à mon âme le poids du corps qu’elle avait quitté ? Par la faveur divine, j’étais en la compagnie de la vierge Lucie, et les délices dont je jouissais étaient si grandes que ni la langue ne les saurait raconter, ni l’oreille les entendre, ni l’œil humain les contempler. » On se hâta de donner à la compagne de Lucie le pain dévie et le breuvage sacré. Aussitôt qu’elle les eut reçus, elle s’envola vers sa céleste sœur ; et le treize Décembre réunit pour jamais la mémoire de l’Abbesse de Hohenbourg à celle de la Martyre de Syracuse.

    L’Église de Strasbourg, dont Odile est une des premières gloires, lui consacre le récit suivant dans le Propre diocésain. En insérant ici cette Légende, nous faisons nos réserves sur ce qu’elle contient au sujet de la Règle qui fut suivie dans le monastère de Hohenbourg. Mabillon, qui revendique sainte Odile pour la Règle de saint Benoît,observe avec raison qu’il n’existait pas alors de Règle qui fût désignée sous le nom de Règle canoniale.

 

Odilia, suae decus et praesidium patriae, Attici Alsatiae ducis et Beresindae primogenita soboles fuit; sed quod caecis oculis nata esset, a pâtre repudiatam, mater humanior clam nutrici alendam tradidit. Post in Balmensi parthenio haud procul Vesontione educata, divinisque erudita litteris, crevit aetate et sapientia. Jam adulta, dum a Beato Erhardo Praesule baptizatur, visum miraculo accepit. Interjectis aliquot annis, paternam in domum et gratiam reducitur. Ibi quidquid mundus amat despiciens, inter amplissimas opes paupertatis amorem, in medio aulae tumultu solitudinem anachoretarum retinebat ; nuptiasque constanter aversata, post longum et acre certamen a patre obtinuit, ut sibi liceret cum aliis virginibus Deo se in perpetuum consecrare. Quare Atticus in vertice excelsi montis sacram sedem et monasterium aère suo excitavit, latos eidem fundos et praedia concessit , Odiliamque ei regendo praeposuit.

Vixdum patuerat hoc sanctitatis asylum, cum ingens eo affluxit virginum multitudo; centum triginta fuisse traditum est. Hae primum nullis religiosae vitae legibus adscriptae erant ; Odiliam imitari pro legibus habebatur. Deliberantibus postmodo cuinam se regulae addicerent, monasticae an canonicae ; sapientissima praeses, suadente loci natura, hanc alteri praetulit.

CUM vero esset in omnes lenis, se solam durius arctabat : pane hordeaceo et aqua, subinde modico legumine, tolerabat vitam. In rerum divinarum contemplatione defixa, vigilabat majorem noctis partem ; quod supererat, quieti datum : pellis hirsuta pro lecto, saxum pro pulvinari erat.

Inter haec, materno erga pauperes et infirmos amore, aliud monasterium amplumque xenodochium in infimo clivo exstruxit, quo facilius afflictae suae fortunae perfugium invenirent. Illic non solum sacras virgines collocavit, quae operam suam navarent miseris ; sed etiam ipsa quotidie eos invisebat, cibis, solatiis refocillabat, neque pavebat leprosorum ulcéra suis manibus fovere. Tandem meritis annisque gravis, cum se morti vicinam intelligeret, suas sodales in sacellum sancti Johannis Baptistae convocat : hortatur, ut pii propositi tenaces arctiorem cœli viam nunquam deserant. Accepto deinde ibidem corporis et sanguinis Christi Viatico, vita cessit idibus decembris, anno, ut probabilius traditur, septingentesimo vigesimo. Corpus virginis in eodem Sacello conditum est, statimque sepulcrum ejus maxima veneratione coli ac miraculis clarere cœpit.

 

    Odile, l’honneur et la protection de sa patrie, fut le premier enfant d’Adalric, duc d’Alsace, et de Bérésinde son épouse. Comme elle était venue au monde privée de la vue, son père la repoussa ; mais sa mère, dans un sentiment plus tendre, la confia secrètement à une nourrice. Elle fut ensuite élevée dans le monastère de Baume, non loin de Besançon. On lui enseigna dans cet asile les saintes lettres, et elle croissait en âge et en sagesse. Déjà elle était arrivée à l’âge adulte, quand elle fut baptisée par le bienheureux évêque Erhard ; et, à ce moment, elle recouvra miraculeusement la vue. Quelques années après, elle rentra dans la maison et dans les bonnes grâces de son père. Dans ce palais, on la vit mépriser tout ce que le monde recherche, cultiver l’amour de la pauvreté au milieu de l’opulence, garder la solitude d’une anachorète au sein même d’une cour bruyante. Elle repoussa avec constance les alliances qui lui furent offertes, et ce ne fut qu’après de longs et rudes combats qu’elle obtint enfin de son père la permission de se consacrer à Dieu avec d’autres vierges. Adalric fit bâtir à ses frais sur le sommet d’une haute montagne une église et un monastère auquel il attacha de riches domaines, et il y installa Odile pour le gouverner.

Cet asile de sainteté était à peine ouvert que l’on vit un grand nombre de vierges y affluer : la tradition en porte le nombre à cent trente. Elles vécurent d’abord en ce lieu sans aucune règle déterminée ; imiter Odile était toute leur loi. Plus tard, les sœurs délibérèrent sur le choix qu’elles avaient à faire entre la règle monastique et la règle canoniale ; la très sage Abbesse décida la question en faveur de cette dernière, étant mue à cette résolution par les conditions particulières du lieu.

Indulgente envers toutes, Odile n’était dure qu’à l’égard d’elle-même. Du pain d’orge et de l’eau, avec quelques légumes, c’était toute la sustentation de sa vie. La contemplation des choses divines l’attirait continuellement ; elle, y consacrait la plus grande partie de la nuit; le reste était donné au sommeil. Une peau d’ours lui servait de lit, une pierre d’oreiller.

Animée d’une tendresse maternelle envers les pauvres et les malades, elle construisit un second monastère et un vaste hospice vers le bas de la montagne, afin d’y ménager à leur misère un asile plus commode. Et non seulement elle établit en cet endroit une communauté de vierges sacrées qui devaient donner leurs soins à ces infortunés ; mais elle-même les visitait chaque jour, leur servait à manger et leur prodiguait ses consolations, pansant même, sans dégoût, de ses propres mains, les ulcères des lépreux. Enfin, pleine de mérites et d’années, et sentant sa mort approcher, elle convoqua ses religieuses dans la chapelle de saint Jean-Baptiste, et les exhorta à demeurer fidèles à leurs saints engagements, et à ne jamais abandonner la voie qui conduit au ciel. Enfin, avant reçu dans ce saint lieu le Viatique du corps et du sang de Jésus-Christ, elle sortit de cette vie, le jour des ides de décembre, et, selon le calcul le plus probable, en l’année sept cent vingt. Le corps de la vierge fut enseveli dans cette même chapelle ; et dès lors son tombeau commença d’être entouré de la plus grande vénération, et resplendit de l’éclat des miracles.

 

    Les voies du Seigneur furent admirables sur vous, ô Odile, et il daigna montrer en votre personne toute la richesse des moyens de sa grâce. En vous privant de la vue du corps qu’il devait plus tard vous rendre, il accoutuma l’œil de votre âme à ne s’attacher qu’aux beautés divines ; et lorsque la lumière sensible vous fut donnée, déjà vous aviez fait choix de la meilleure part. La dureté d’un père vous refusa les innocentes douceurs de la famille ; mais vous étiez appelée à dÈvenir la mère spirituelle de tant de nobles filles qui, à votre exemple, foulèrent aux pieds le monde et ses grandeurs. Votre vie fut humble, parce que vous aviez compris les abaissements de votre Époux céleste ; votre amour pour les pauvres et les infirmes vous rendit semblable à notre divin Libérateur, qui vient prendre sur lui toutes nos misères. Ne vous vit-on pas retracer les traits sous lesquels il va bientôt se montrer à nous, lorsqu’un pauvre lépreux repoussé de tous fut accueilli par vous avec une si touchante compassion ? On vous vit le serrer dans vos bras, porter avec le courage d’une mère la nourriture à sa bouche défigurée ; n’est-ce pas là ce que vient faire ici-bas notre Emmanuel, descendu pour guérir nos plaies dans ses fraternels embrassements, pour nous faire part de la nourriture divine qu’il nous prépare à Béthléhem ? Pendant qu’il recevait les caresses de votre charité, le lépreux tout à coup sentit disparaître l’affreuse maladie qui le séquestrait du reste des humains. A la place de cette horrible puanteur qu’il exhalait, une odeur délicieuse s’échappe de ses membres renouvelés : n’est-ce pas là encore ce que Jésus vient opérer à notre égard ? La lèpre du péché nous couvrait ; elle se dissout par la grâce qu’il nous apporte, et l’homme régénéré répand autour de lui la bonne odeur de Jésus-Christ.

    Au sein des joies que vous partagez avec Lucie, souvenez-vous de nous, ô Odile ! Nous savons combien votre cœur est compatissant. Nous n’avons point oublié la puissance de ces larmes qui retirèrent votre père du lieu des expiations, et ouvrirent les portes de la patrie céleste à celui qui vous avait exilée de la famille terrestre. Maintenant vous n’avez plus de larmes à répandre ; vos yeux ouverts à la lumière du Ciel contemplent l’Époux dans sa gloire, et vous êtes plus puissante encore sur son cœur. Souvenez-vous de nous qui sommes pauvres et infirmes ; obtenez la guérison de nos maladies. L’Emmanuel qui vient à nous se présente comme le médecin de nos âmes. Il nous rassure en nous disant que sa « mission n’est pas pour ceux qui se portent bien, mais pour ceux qui sont malades. » Priez-le de nous affranchir de la lèpre du péché, et de nous rendre semblables à lui. O vous dont le sang illustre a coulé dans les veines de tant de rois et d’empereurs, jetez un regard sur la France, et protégez-la ; aidez-la à recouvrer avec l’antique foi sa grandeur première. Veillez sur les débris du Saint Empire romain ; l’hérésie a dispersé les membres de ce grand corps ; mais il revivra, si le Seigneur, fléchi par vos prières, daigne ramener dans la Germanie l’unité de croyance et la soumission à la sainte Église. Priez afin que ces merveilles s’opèrent à la gloire de votre Époux, et que les peuples, las enfin de l’erreur et de la division, s’unissent pour proclamer le règne de Dieu sur la terre.

 

    Considérons la très pure Vierge sortant de son humble retraite pour aller visiter sainte Élisabeth, sa cousine. L’Église honore ce Mystère le Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent, ainsi qu’on peut le voir ci-dessus, à ce jour, dans le Propre du Temps. Nous emprunterons encore à saint Bonaventure le récit de cette scène sublime, persuadé que rien ne sera plus agréable à nos lecteurs, que d’entendre de nouveau la voix du Docteur Séraphique, à qui il appartient mieux qu’à nous de révéler aux âmes pieuses ces admirables préludes à la Naissance du Sauveur.

    « Par après, Notre-Dame repensant aux paroles de l’Ange, lesquelles il lui a dites concernant sa cousine Élisabeth, propose de l’aller visiter pour la congratuler, et d’abondant servir à icelle. Elle partit donc de Nazareth, et s’en fut de compagnie avec Joseph son époux, à la maison de cette pieuse Dame, qui demeurait à distance de quatorze ou quinze milles, ou environ, d’Hiérusalem. Ni l’âpreté, ni la longueur du chemin, rien ne la retarde ; mais elle s’en va grand train, parce qu’elle ne voulait paraître longtemps en public ; et par ainsi n’était-elle aucunement aggravée par suite de la conception de son Fils, comme il échet aux autres femmes ; d’autant que le Seigneur Jésus ne fut oncques onéreux à sa Mère. Considérez comme elle va seule avec son époux, la Reine de ciel et terre ; étant non point à cheval, ains à pied. Point ne mène escorte de soldats ou barons ; point ne se fait accompagner de camérières, ni damoiselles d’honneur ; mais avec icelle marchent la pauvreté, l’humilité, la modestie, et ensemble l’honnêteté de toutes vertus. Elle a davantage quant et soi le Seigneur, lequel a pour son cortège une grande et honorable compagnie, mais non la vaine et pompeuse du siècle.

    Or, comme elle fut entrée dans la maison d’Élisabeth, elle salua cette sainte Dame, disant : Salut, ma sœur Élisabeth ! Lors icelle tressautant de joie et toute transportée d’allégresse, et embrasée de l’Esprit-Saint, se lève et embrasse Notre-Dame moult tendrement ; puis après, exclamant en l’excès de sa liesse, elle dit : Bénie êtes-vous entre toutes les femmes, et a béni le fruit de votre ventre ! Et d’où me vient cette chance que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? C’est que du moment que la Vierge eut salué Élisabeth, Jehan fut, au sein de sa mère, rempli du Saint-Esprit, et que, par ensemble, sa mère en fut aussi remplie. La mère n’est pas plutôt comblée de cette céleste infusion que le fils, mais oui bien le fils enrichi de ce don suprême, en communique la plénitude à sa mère ; non toutefois effectuant chose aucune en l’âme de cette-cy ; ains en méritant, par l’Esprit-Saint, qu’il opère quelque chose en icelle, d’autant que c’était en lui-même que reluisait avec plus d’affluence la grâce de l’Esprit-Saint, et qu’il fut le premier qui ressentit cette grâce. Tout ainsi comme la cousine sentit la venue de Marie, mêmement le petit sentit la venue du Seigneur. Et partant il bondit ; et elle de parler prophétiquement. Vois combien grande est la vertu des paroles de Notre-Dame; puisqu’à leur prononcé est conféré l’Esprit-Saint. Et, de vrai, tant abondamment en était-elle pleine, que des mérites d’icelle l’Esprit-Saint remplissait encore les autres. Or, Marie répondit à Élisabeth, disant : « Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur ! »

 

SÉQUENCE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.

(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)

Hodiernæ lux diei
Celebris in matris Dei
Agitur memoria;
Decantemus in hac die
Semper virginis Mariæ
Laudes et præconia.

Omnis homo, omni hora
Ipsam ora et implora
Eius patrocinia;
Psalle, psalle nisu toto
Cordis, oris, voce, voto:
Ave, plena gratia.

Ave, domina cælorum,
Inexperta viri thorum,
Parens maris nescia;
Fecundata sine viro
Genuisti modo miro
Genitorem filia.

Florens hortus austro flante,
Porta clausa post et ante,
Via viris invia,
Fusa cæli rore tellus,
Fusum Gedeonis vellus
Deitatis pluvia.

Salve, splendor firmamenti,
Tu caliginosæ menti
Desuper irradia,
Placa mare, maris stella,
Ne involvat nos procella
Et tempestas obvia.

 

Cette journée est solennelle ; on y célèbre la mémoire de la Mère de Dieu.

En ce jour, chantons les louanges et les gloires de Marie toujours Vierge.

Tous, à toute heure, invoquez-la , et implorez son patronage.

Chantez, chantez de tout effort, de cœur, de bouche, de la voix et par tous les vœux : Salut, pleine de grâce !

Salut, Dame des cieux ! sans connaître d’alliance humaine, incomparable Mère, vous enfantez le Sauveur.

Féconde sans le concours de l’homme, vous avez engendré, ô prodige ! votre père, vous sa fille.

Jardin fleuri sous le souffle de l’Auster : porte close avant et depuis : voie inaccessible à l’homme.

Terre baignée des ondes du ciel : Toison de Gédéon baignée de la rosée divine.

Splendeur du firmament, salut ! illuminez d’en haut les ténébreuses profondeurs de notre âme.

Étoile de la mer, calmez ses flots ; que l’orage ne nous enlève pas, ni la tempête qui s’approche. Amen.

 

INTROÏT DE L’AVENT.

(Missel Ambrosien, au VI° Dimanche, Ingressa.)

Videsne Elisabeth cum Dei Génitrice Maria disputantem : Quid ad me venisti, Mater Domini mei ? Si enim scirem, in tuum venirem occursum. Tu enim Regnatorem portas, et ego Prophetam : tu legem dantem, et ego legem accipientem : tu Verbum, et ego Vocem proclamantis Adventum Salvatoris.

 

Peuple, voyez-vous Élisabeth dans sa dispute d’humilité avec Marie Mère de Dieu : Pourquoi êtes-vous venue à moi, ô Mère de mon Seigneur ? Certes, si je l’eusse connu, je serais venue à votre rencontre. Car vous portez le Roi, et moi le Prophète : le Législateur, et moi celui qui reçoit la Loi : le Verbe, et moi seulement la Voix qui proclame l’Avènement du Sauveur.

 

14 décembre . 7e jour dans l’octave de l’Immaculée Conception

 

    Considérons la très pure Marie, dans la maison de sainte Élisabeth, rendant avec une ineffable charité toute sorte de service à sa bienheureuse cousine, la favorisant de ses doux entretiens, assistant à la glorieuse Nativité de saint Jean-Baptiste, et enfin retournant, après son ministère rempli, dans son humble demeure de Nazareth. Mais pour mieux pénétrer tous ces divins mystères, empruntons encore le secours du Docteur Séraphique :

    « Adoncques, son terme arrivant, Élisabeth accoucha d’un fils, lequel Notre-Dame leva de terre et apprêta soigneusement, pour autant qu’il était expédient. Or, le petit regardait icelle, comme s’il eût eu jà de l’entendement ; et quand elle voulait le donner à sa mère, il se détournait la tête devers notre dite Dame, et ne se plaisait que sur elle ; et elle, de son côté, se jouait gaiement avecque lui, l’embrassait et baisait joyeusement. Considérez la magnificence de Jehan : jamais oncques nul poupon n’eut telle porteuse. L’on compte maints autres privilèges d’icelui, sur lesquels je n’insiste pas pour le présent.

    « Or, le jour huitième, fut circoncis l’enfant, et fut nommé Jehan. Pour lors, fut ouverte la bouche de Zacharie, et il prophétisa, disant: Béni le Seigneur Dieu d’Israël ! et c’est ainsi qu’en icelle maison furent faits ces deux très beaux Cantiques ; à savoir, le Magnificat et le Benedictus. Cependant Notre-Dame se tenant derrière une courtine, à ce qu’elle ne fût vue des hommes qui s’étaient assemblés pour la circoncision de Jehan, écoutait attentivement le présent Cantique, en lequel était mention de son Fils, et recueillait toutes choses en son cœur, moult sagement. Finalement, disant adieu à Élisabeth, à Zacharie, et puis, bénissant Jehan, elle s’en retourna avecque son époux à la maison de son habitation, en Nazareth. En cette présente réversion, rappelle en ton esprit la pauvreté d’icelle. Elle s’en retourne. en effet, vers une maison où elle ne va trouver ni pain, ni vin, ni autres nécessaires ; joint à cela, qu’elle n’avait ni chevance, ni pécune. Or, elle a demeuré ces trois mois durant chez les honnêtes personnes que nous venons de dire, lesquelles, peut-être bien, étaient riches ; mais à cette heure la voilà qui revient à sa pauvreté, et qui, pour se procurer le vivre, s’en va travailler de ses propres mains. Compatis à icelle, enflamme-toi en l’amour de pauvreté. »

 

SÉQUENCE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.

(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)

AVE, Virgo gloriosa, Cœli jubar, mundi rosa, Cœlibatus lilium.

Ave, gemma pretiosa. Super solem speciosa, Virginale gaudium.

Spes reorum, o Maria, Redemptoris Mater pia, Redemptorum gloria.

Finis lethi, vit» via ; Tibi triplex Hierarchia Digna dat praeconio.

Virga Jesse florida, Stella maris lucida, Sidus verse lucis.

Fructum vitae proferens, Et ad portum transferens Salutis, quod ducis.

Florens hortus, aegris gratus, Puritatis fons signatus, Dans fluenta gratiae.

Thronus veri Salomonis, Quem praeclaris cœli donis Ornavit Rex gloriae.

O regina pietatis, Et totius sanctitatis Flumen indeficiens.

In te salva confidentes Salutari sitientes Potu nos reficiens.

Ad te flentes suspiramus, Rege mentes, invocamus, Evae proles misera.

Statum nostrae paupertatis, Vultu tuae bonitatis, Clementer considéra.

Cella fragrans aromatum, Apotheca charismatum Salutaris.

Tuam nobis fragrantiam Spirans, infunde gratiam Qua ditaris.

Dulcis Jesu Mater bona, Mundi salus, et Matrona Supernorum civium.

Pacem confer sempiternam, Et ad lucem nos supernam, Transfer post exsilium. Amen.

 

Salut, Vierge glorieuse , reflet du Ciel, Rose du monde, Lis de virginité !

Salut, Perle précieuse, plus splendide que le soleil ; joie des cœurs purs !

Vous êtes l’espoir des pécheurs, Marie ! la tendre Mère du Rédempteur , la gloire des âmes rachetées.

A vous finit la mort, commence la vie ; à vous, les trois Hiérarchies offrent de dignes hommages.

Branche fleurie de Jessé, radieuse Étoile de la mer, astre de vraie lumière !

Vous portez le Fruit de vie ; et tout ce que votre main conduit, arrive au port du salut.

Jardin fleuri, doux aux malades, Fontaine de pureté toujours scellée, d’où jaillissent les eaux de la grâce !

Trône du vrai Salomon, que le Roi de gloire a enrichi des plus magnifiques dons du ciel !

O reine de piété et de toute sainteté ; fleuve intarissable !

Sauvez ceux qui se confient en vous,et du breuvage du salut étanchez notre soif.

Vers vous, pleurant, nous soupirons; guidez nos âmes, nous vous supplions, nous, malheureux enfants d’Ève.

Considérez avec clémence, de l’œil de votre bonté, l’état de notre misère.

Vase embaumé de tous les parfums ; Trésor de toutes les grâces du salut !

Exhalez en nous vos suavités, et répandez sur nous la grâce qui vous enrichit.

Bonne Mère du doux Jésus, Salut du monde, Dame des célestes habitants.

Donnez-nous une paix sans fin, et transportez-nous dans les clartés d’en haut après ce sombre exil. Amen.

 

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE l’AVENT.

(Bréviaire Mozarabe, au Vendredi de la II° semaine de l’Avent)

Dominator desiderabilis, Domine Jesu Christe, quasi ignis conflans ab scoriis peccaminum nos absterge: et quasi aurum purum argentumque purgatum, nos effice ; tuoque inspiramine, ad quaerendum te jugiter, corda nostra succende : ut ad te ardenter nostra desideria anhelent, tibique conjungi tota aviditate festinent. Amen.

 

Roi désirable, Seigneur Jésus-Christ, purifiez-nous, comme un feu ardent, des scories de nos péchés ; rendez-nous comme un or épuré, comme un argent dégagé de tout alliage ; par vos inspirations, enflammez nos cœurs à vous chercher sans cesse, afin que nos désirs s’élèvent vers vous avec ardeur, et que nos âmes soient avides d’être unies à vous. Amen.

 

15 décembre. Octave de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge

 

    Ce jour qui est le huitième à partir de celui où nous avons célébré l’Immaculée Conception de Marie, s’appelle proprement l’Octave ; tandis que les jours précédents étaient désignés simplement sous le nom de jours dans l’Octave. L’usage de célébrer durant une semaine entière les principales Fêtes, est du nombre de ceux qui ont passé de la Synagogue dans l’Église chrétienne. Le Seigneur avait dit dans le Lévitique : « Le premier jour de a la fête sera le plus solennel et le plus saint ; vous n’y ferez aucune œuvre servile. Le huitième jour sera aussi très solennel et très saint; vous y offrirez un holocauste au Seigneur; ce sera un jour d’assemblée, et vous n’y ferez point non plus d’œuvre servile. » Nous lisons pareillement dans les Livres des Rois, que Salomon ayant convoqué tout Israël à Jérusalem, pour la Dédicace du Temple, ne renvoya le peuple qu’au huitième jour.

    Les livres du Nouveau Testament nous apprennent que cette coutume était encore observée au temps de notre Seigneur, qui autorisa par son exemple ce genre de solennité. En effet, il est dit dans saint Jean que Jésus vint une fois prendre part à quelqu’une des Fêtes de la Loi, seulement au milieu de l’Octave; et le même Évangéliste remarque, en un autre endroit, que lorsqu’on entendit le Sauveur, dans la Fête de Pâques, crier au peuple : Que celui qui a soif vienne à moi, et il se désaltérera, ce jour était le dernier jour de la fête, le jour de l’Octave.

    Dans l’Église chrétienne, on solennise deux sortes d’Octaves : les Octaves privilégiées, et les Octaves non privilégiées. Les premières sont si solennelles, qu’il n’est pas permis d’y célébrer les Fêtes des Saints qui viendraient à s’y rencontrer ; on en fait une simple mémoire, ou on les transfère après l’Octave. Il est défendu pareillement d’y dire la Messe des Morts, si ce n’est en présence du corps d’un défunt qu’il faut inhumer. Les Octaves non privilégiées admettent les fêtes qui se rencontrent, pourvu qu’elles soient du degré semi-double et au-dessus ; mais, dans ce cas, on fait toujours mémoire de l’Octave dans l’Office et à la Messe de la Fête qui s’est trouvée l’emporter sur l’Octave, à moins que la Fête ne fût elle-même d’un degré tout à fait supérieur.

    L’Octave de l’Immaculée Conception, la première des Octaves qui se rencontre sur le Cycle, n’est pas privilégiée. Elle cède, non seulement au Dimanche, mais aux fêtes de saint Damase et de sainte Lucie, et aux diverses fêtes locales du même degré.

    Saluons encore une fois le haut Mystère de Marie conçue sans péché; notre Emmanuel aime à voir glorifier sa Mère. N’est-ce pas pour lui qu’elle a été créée, pour lui que le lever radieux de cet astre si pur a été préparé de toute éternité ? Quand nous exaltons la Conception immaculée de Marie, nous rendons honneur à la divine Incarnation. Jésus et Marie sont inséparables ; Isaïe nous l’a dit : elle est la branche, il est la fleur.

    Grâces vous soient donc rendues, ô Emmanuel, qui avez daigné placer notre existence dans les jours où fut proclamé, sur la terre, le privilège dont vous avez embelli le premier instant de la vie de celle à qui vous deviez emprunter la nature humaine ! Votre sainteté infinie a brillé d’un nouvel éclat à nos regards ; et nous avons mieux compris l’harmonie de vos mystères. En même temps, nous avons senti qu’appelés nous-mêmes à contracter avec vous les liens les plus intimes en cette vie, et à vous contempler en l’autre face à face, nous devions tendre à nous purifier de plus en plus de nos moindres taches. Vous avez dit : « Heureux ceux dont le cœur est pur; car ils verront Dieu » ; la Conception immaculée de votre Mère nous révèle à son tour les exigences de votre souveraine sainteté. Daignez, ô Emmanuel, par l’amour qui vous a porté à la préserver du souffle de l’ennemi, prendre en pitié ceux dont elle est aussi la mère. Voici que vous venez à eux; dans quelques jours ils oseront aborder votre berceau. Les suites du péché d’origine sont encore visibles en eux, et pour comble de malheur, ils ont ajouté leurs propres fautes à la prévarication de leur premier père ; purifiez, ô Jésus, leurs cœurs et leurs sens, afin qu’ils puissent paraître devant vous. Ils savent que nulle créature n’atteindra jamais à la sainteté de votre mère ; mais ils vous demandent le pardon, le retour de votre grâce, l’aversion pour le monde et pour ses maximes, la persévérance dans votre amour.

    O vous qui êtes le Miroir créé de la Justice divine, plus pure que les Chérubins et les Séraphins, en retour des hommages que notre génération vous a offerts au jour fortuné où la gloire de votre Conception immaculée a été proclamée aux applaudissements de toute la terre, daignez épancher sur nous ce trésor de tendresse et de protection que vous teniez en réserve pour cette heure si longtemps attendue. Le monde ébranlé jusqu’en ses fondements appelle, pour se raffermir, le secours de votre main maternelle. L’enfer a déchaîné sur la race humaine les plus redoutables de ces esprits de malice qui ne respirent que blasphème et destruction ; mais en même temps l’Église de votre Fils ressent en elle une jeunesse nouvelle, et la semence de la parole divine se répand et germe en mille endroits. Une lutte formidable est ouverte ; et souvent nous serions tentés de nous demander qui devra l’emporter, et si le dernier jour du monde n’est pas sur le point de se lever !

    O Reine des hommes, l’astre de votre Conception immaculée n’aurait-il brillé au ciel que pour éclairer des ruines ? Le signe annoncé par Jean le Bien-Aimé, la Femme qui paraît au ciel revêtue du soleil, le front ceint d’un diadème de douze étoiles, et foulant le croissant sous ses pieds, ce signe n’a-t-il pas plus d’éclat, plus de puissance, que l’arc qui se dessina sur le ciel pour annoncer l’apaisement de la colère divine, aux jours du déluge ? C’est une Mère qui luit sur nous, qui descend vers nous pour consoler et pour guérir. C’est le sourire du ciel miséricordieux à la terre malheureuse et coupable. Nous avons mérité le châtiment; la divine justice nous a éprouvés, elle a le droit d’exiger d’autres expiations encore ; mais elle se laissera fléchir. La nouvelle effusion de grâces que le Seigneur a répandue sur le monde, au grand jour dont nous célébrons la mémoire, ne demeurera pas stérile; nous entrons dès lors dans une autre période. Marie, que l’hérésie blasphémait depuis plus de trois siècles, descend vers nous pour régner ; elle vient porter le dernier coup aux erreurs dont les nations ont été trop longtemps séduites ; elle fera sentir son pied vainqueur au dragon qui s’agite avec tant de rage, et le divin Soleil de justice dont elle est revêtue versera sur le monde renouvelé les flots d’une lumière plus brillante et plus pure que jamais. Nos yeux ne verront pas encore ce jour ; mais déjà nous en pouvons saluer l’aurore.

    Au siècle dernier, un serviteur de Dieu que l’Église a depuis placé sur les autels, votre dévot serviteur, ô Marie, Léonard de Port-Maurice semble avoir désigné l’époque de votre triomphe futur comme celle où le monde devait recouvrer la paix. Les agitations au milieu desquelles s’écoule notre existence sont, nous voudrions le croire, le prélude de cette heureuse paix, au sein de laquelle la divine parole pourra parcourir le monde sans entraves, et l’Église de la terre cueillir sa moisson pour l’Église du ciel. O Mère de Dieu, le monde fut agité aussi dans les temps qui précédèrent votre enfantement divin ; mais la paix régnait par toute la terre, lorsque, dans Bethléhem, vous lui donnâtes son Sauveur. En attendant l’heure où vous déploierez la force de votre bras, assistez-nous, dans les touchants anniversaires qui se préparent ; rendez-nous purs et sans aucune tache, en cette nuit glorieuse au sein de laquelle va sortir de vous Jésus-Christ, Fils de Dieu, Lumière éternelle.

 

PROSE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.

(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)

COR devotum elevetur, Ut dévote celebretur Virginis Conceptio.

Mens amore inflammetur, Et amori copuletur Laus et jubilatio.

Haec concepta miro more Est ut rosa cum nitore, Est ut candens lilium.

Ut fructus exit a flore, Est producta cum pudore, Praeventa per Filium.

Sicut ros non corrumpitur, Quando in terra gignitur, Elementi rubigine;

Sic Virgo non inficitur, Cum in matre concipitur, Originali crimine.

Nos ergo dulci carmine, Laudemus in hac Virgine Conceptum sine nubilo.

Hanc conceptam ex semine. Et mundam ab origine, Laudet chorus cum jubilo.

Ut mota dulci modulo, Nos servet in hoc saeculo, Mundos ab omni crimine.

Et in mortis articulo, Liberet a periculo Et inferni voragine. Amen.

 

Élevez-vous, cœurs pieux, pour célébrer dévotement la Conception de la Vierge.

Que d’amour l’âme s’embrase , et qu’à l’amour s’unissent louange et jubilation.

En sa merveilleuse Conception, elle est comme la rose en son éclat; elle est comme le lis en sa blancheur.

Comme le fruit sort de la fleur, elle apparaît avec pudeur; son Fils l’a devancée de sa grâce.

Comme de la terre s’élève la rosée, sans être souillée par la poudre grossière;

Ainsi, dans le sein maternel, la Vierge est conçue sans être flétrie de l’originelle souillure.

Donc, en des hymnes suaves, chantons, en cette Vierge,une Conception sans nuage.

Formée comme les autres mortels, mais pure dès son origine, chœurs, chantez-la dans votre joie ;

Afin qu’émue de nos doux accents, elle nous garde, en ce siècle, exempts de tout péché ;

Et qu’à l’article du trépas, elle nous délivre du péril et des gouffres de l’enfer.

Amen.

 

PRIERE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

(Bréviaire Mozarabe, IVe Dimanche de l’Avent, Oraison.)

Nova et inaudita sunt, Domine, quae propheticus sermo intonuit mundo : quod novo Virginis partu salvatio exorietur creaturarum ; cujus admirabile incarnationis mysterium quia devota cordium susceptione Ecclesia suscipit laetabunda : quaesumus, ut in laudem ejus et nova illi cantica déférât et accepta : ut cujus laus ab extremis terrae concinitur, ejus voluntas in toto mundo a fidelibus impleatur. Amen.

 

    Seigneur, la parole du Prophète a fait entendre au monde des choses nouvelles et inouïes : elle a annoncé que le salut des créatures aurait lieu au moyen du prodigieux enfantement d’une Vierge. Maintenant donc que l’Église, remplie de joie, s’apprête à recevoir dans la dévotion de son cœur l’admirable mystère de l’Incarnation, nous vous prions de lui faire la grâce de célébrer la louange du Verbe incarné dans un cantique nouveau et qui soit accepté ; afin que Celui dont la gloire est chantée jusqu’aux extrémités de la terre, voie aussi sa volonté accomplie par les fidèles, dans le monde entier. Amen.

 

16 décembre. Saint Eusèbe, évêque de Verceil et martyr

 

    Aux glorieux noms des défenseurs de la divinité du Verbe dont l’Église honore la mémoire au temps de l’Avent, vient s’associer de lui-même le nom de l’intrépide Eusèbe de Verceil. La foi catholique, ébranlée dans ses fondements au IV° siècle par l’hérésie arienne, se maintint debout par les travaux de quatre souverains Pontifes : Silvestre, qui confirma le Concile de Nicée ; Jules, qui fut l’appui de saint Athanase ; Libère, dont la foi ne défaillit pas, et qui, rendu à la liberté, confondit les Ariens; et Damase, qui acheva de ruiner leurs espérances. L’un de ces quatre Pontifes brille sur le Cycle, au temps de l’Avent : c’est Damase, dont nous venons de célébrer la mémoire. A côté des Pontifes romains, combattent pour la divinité du Verbe quatre grands Évêques, desquels on peut affirmer que leur cause personnelle était en même temps celle du Fils de Dieu Consubstantiel : en sorte que leur dire anathème était dire anathème au Christ lui-même ; tous quatre puissants en œuvres et en paroles, la lumière des Églises, l’amour du peuple fidèle, les invincibles témoins du Christ. Le premier et le plus grand des quatre est l’Évêque du second Siège de l’Église, saint Athanase, Patriarche d’Alexandrie ; le deuxième est saint Ambroise de Milan, que nous avons fêté il va peu de jours; le troisième est la gloire des Gaules, saint Hilaire, Évêque de Poitiers; le quatrième est l’ornement de l’Italie, saint Eusèbe, Évêque de Verceil. C’est ce dernier que nous avons à honorer aujourd’hui. Hilaire aura son tour et confessera bientôt le Verbe éternel auprès de son berceau ; pour Athanase, il paraîtra en son temps, et célébrera dans sa Résurrection triomphante Celui qu’il proclama avec un courage magnanime, en ces jours de ténèbres où la sagesse humaine eût espéré volontiers que le royaume du Christ, après avoir triomphé de trois siècles de persécutions, ne survivrait pas à cinquante années de paix. Saint Eusèbe a donc été élu par la souveraine Providence de Dieu pour conduire le peuple fidèle à la Crèche, et lui révéler le Verbe divin sous les traits de notre faible mortalité. Les souffrances qu’il a endurées pour la divinité du Christ ont été si grandes, que l’Église lui a décerné les honneurs du Martyre, quoiqu’il n’ait pas répandu son sang dans les supplices.

    Lisons maintenant ses mérites dans l’admirable récit que leur a consacré la sainte Église :

    Eusebius, natione Sardus, Romanae urbis Lector, post Vercellensis Episcopus, ad hanc regendam Ecclesiam merito est créditas divino electus judicio : nam quem nunquam ante constituti electores cognoverant, posthabitis civibus, simul ut viderunt, et probaverunt, tantumque interfuit ut probaretur, quantum ut videretur. Primus in Occidentis partibus in eadem Ecclesia eosdem Monachos instituit esse quos Clericos, ut esset in ipsis viris et contemptis rerum, et accuratio Levitarum. Arianis impietatibus ea tempestate per Occidentem longe lateque traductis, adversus eas viriliter sic dimicavit, ut ejus invicta fides Liberium, summum Pontificem, ad vitae solatium erigeret. Quare hic sciens in ipso fervere Spiritum Dei, cum ei significasset ut penes Imperatorem, una cum suis legatis patrocinium Fidei susciperet, mox cum illis profectus est ad Constantium, apud quem enixius agens, quidquid legatione petebatur obtinuit, ut Épiscoporum nempe cœtus celebraretur.

Collectum est Mediolani anno sequenti concilium , ad quod a Constantio invitatum Eusebium, concupitumque ac vocatum a Liberii legatis, tantum abest ut malignantium synagoga Arianorum contra sanctum Athanasium furentium in suas partes adduceret, ut potius diserte statim ipse declarans, e praesentibus quosdam sibi compertos haeretica labe pollutos, Nicaenam imo Fidem proposuerit iis subscribendam, antequam caetera tractarentur. Quod Arianis acerbe iratis negantibus, nedum in Athanasium recusavit ipse subscribere : quin sancti Dionysii Martyris, qui deceptus ab ipsis subscripserat, captivatam simplicitatem ingeniosissime liberavit. Quamobrem illi graviter indignantes, post multas illatas injurias,exsilio illum multarunt ; sed sanctus vir excusso pulvere, nec Caesaris minas veritus, nec enses obstrictos , exsilium veluti sui ministerii officium accepit, missusque Scythopolim, famem, sitim, verbera, diversaque supplicia perpessus, pro fide strenue vitam contempsit, mortem non metuit, corpus carnificibus tradidit.

Quanta in eum tunc Arianorum crudelitas fuerit ac effrons inverecundia, ostendunt graves litterae plenae roboris, pietatis ac religionis, quas e Scythopoli scripsit ad Vercellensem clerum et populum,aliosque finitimos ; e quibus etiam est exploratum , ipsorum nec minis inhumanaque saevitia potuisse unquam eum deterreri, nec serpentina blanda subtilitate ad eorum societatem perduci. Hinc in Cappadociam , postremoque ad superiores Aegypti Thebaidas prae constantia sua deportatus, exsilii rigores tulit ad mortem usque Constantii ; post quam ad gregem suum reverti permissus, non prius redire voluit, quam reparandis fidei jacturis ad Alexandrinam Synodum sese conferret; postque medici praestantis instar peragrans Orientis provincias, in fide infirmos ad integram valetudinem restitueret,eos instituens in Ecclesiae doctrina. Inde salubritate pari digresso in Illyricum, tandemque in Italiam delato, ad ejus reditum, lugubres vestes Italia mutavit; ubi postquam Psalmorum omnium expurgatos a se commentarios Origenis edidit , Eusebiique Caesareensis, quos verterat de Graeco in Latinum : demum tôt egregie factis illustris ad immarcescibilem gloriae coronam tantis aerumnis promeritam, sub Valentiniano et Valente, Vercellis migravit.

 

    Eusèbe, né en Sardaigne, Lecteur de l’Église Romaine, puis Évêque de Verceil, fut manifestement appelé par le jugement de Dieu à gouverner cette Église; car les électeurs, sans l’avoir jamais connu, à l’exclusion de tous leurs concitoyens, le choisirent aussitôt qu’ils l’eurent vu ; et il ne leur fallut pas plus de temps pour l’apprécier que pour le voir. Eusèbe fut le premier de tous les évêques d’Occident qui établit dans son Église des Moines faisant les fonctions de Clercs, afin de réunir dans les mêmes hommes le détachement des richesses et la tenue propre aux Lévites. C’était l’époque où les impiétés ariennes envahissaient de toutes parts l’Occident. Eusèbe les attaqua avec vigueur; et son invincible foi consola le Pape Libère, jusqu’à lui faire supporter la vie. Ce Pontife, reconnaissant en lui la ferveur de l’Esprit de Dieu, le chargea d’aller avec ses Légats plaider devant l’empereur la cause de la foi. Eusèbe parvint avec eux auprès de Constance, et à force de zèle, il en obtint tout ce qu’on se proposait dans cette légation, savoir la célébration d’un concile.

Ce concile fut réuni à Milan l’année suivante ; Eusèbe y fut invité par Constance ; et les Légats de Libère désirèrent également et réclamèrent sa présence. Bien loin de céder aux trames de la synagogue arienne et de se rendre complice de ses fureurs contre saint Athanase, dès l’abord il déclara hautement que plusieurs des membres du concile lui étaient connus pour hérétiques, et proposa de leur faire souscrire la Foi de Nicée, avant de passer outre. Les Ariens furieux s’y étant refusés, il refusa pareillement de souscrire contre saint Athanase, et même il parvint à dégager avec adresse la simplicité de saint Denys le Martyr , qui , trompé par les hérétiques, avait souscrit cette condamnation. C’est pourquoi les Ariens, vivement irrités contre Eusèbe, après un grand nombre de mauvais traitements, le firent condamner à l’exil; mais le saint Évêque, secouant la poussière de ses pieds, sans craindre ni les menaces de César, ni le tranchant du glaive, accepta l’exil comme une fonction de son ministère. Envoyé à Scythopolis, il y souffrit la faim, la soif, les coups et divers supplices, dédaigna courageusement sa propre vie pour la foi, brava la mort, et livra son corps aux bourreaux..

Quelle fut envers lui la cruauté et l’insolence effrénée des Ariens, c’est ce que font voir les lettres importantes, pleines de force, de piété et de religion, qu’il écrivit de Scythopolis au clergé et au peuple de Verceil, et à quelques personnes du voisinage. On y voit encore que les hérétiques ne purent jamais ni l’abattre par les menaces et les traitements barbares, ni l’attirer à leur parti au moyen de leurs séduisantes et fallacieuses subtilités. Déporté ensuite en Cappadoce, et enfin dans la Thébaïde de la haute Égypte, en punition de sa fermeté, il supporta les rigueurs de l’exil jusqu’à la mort de Constance. Il lui fut alors permis de retourner à son troupeau; mais il ne voulut partir qu’après avoir assisté au concile assemblé à Alexandrie pour réparer les pertes de la foi. Il parcourut ensuite les provinces de l’Orient pour rendre à une santé parfaite, comme un habile médecin, ceux qui étaient infirmes dans la foi, les instruisant dans la doctrine de l’Église. Poursuivant cette mission salutaire, il passa en Illyrie, et repassa enfin dans l’Italie qui, a son retour, dépouilla ses vêtements de deuil. Ce fut là qu’il publia, après les avoir expurgés, les commentaires d’Origène et d’Eusèbe de Césarée sur les Psaumes, qu’il avait traduits du grec en latin. Enfin, illustré par tant d’actions excellentes, il mourut à Verceil, sous Valentinien et Valens, et alla recevoir l’inflétrissable couronne de gloire que tant de tribulations lui avaient acquise.

 

    Athlète invincible du Christ que nous attendons, Eusèbe, Martyr et Pontife, que vos fatigues et vos souffrances pour la cause de ce divin Messie ont été grandes ! Elles vous ont cependant paru légères, en comparaison de ce qui est dû à ce Verbe éternel du Père, que son amour a porté à devenir, par l’Incarnation,le serviteur de sa créature. Nous avons, envers ce divin Sauveur, les mêmes obligations que vous. C’est pour nous qu’il va naître d’une Vierge aussi bien que pour vous ; priez donc, afin que notre cœur lui soit toujours fidèle dans la guerre comme dans la paix, en face de nos tentations et de nos penchants, comme s’il s’agissait de le confesser devant les puissances du monde. Fortifiez les Pontifes de la sainte Église, afin que nulle erreur ne puisse tromper leur vigilance, nulle persécution lasser leur courage. Qu’ils soient fidèles imitateurs du souverain Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, et qu’ils paissent toujours le troupeau dans l’unité et la charité de Jésus-Christ.

 

    Considérons la très pure Marie de retour dans sa maison de Nazareth, et se réjouissant de sentir vivre en elle Celui qui donne la vie à toute créature, et dont l’amour inonde toujours son cœur. Joseph, le fidèle gardien de sa virginité, met toutes ses complaisances, après Dieu, dans celle qui lui a été donnée pour épouse, et bénit le Seigneur pour un si riche présent. Les saints Anges se pressent dans cette heureuse maison qu’habitent leur souverain Seigneur et celle qu’il a choisie pour Mère. Rien n’égale la félicité d’un tel séjour: toutefois, le Seigneur a résolu de le visiter par la tribulation, afin d’y faire briller d’un nouveau lustre la patience de celle qu’il a glorifiée par-dessus toutes les femmes, et l’admirable discrétion de son saint époux. Nous placerons ici un dernier fragment des Méditations de saint Bonaventure, dans lequel le Séraphique auteur nous initie, avec sa lumière ordinaire, à toute la plénitude du récit évangélique :

    « Or, comme Notre-Dame et le sien époux Joseph habitaient par ensemble, à même temps que Jésus croissait dans le sein de sa mère, ledit Joseph se vint à considérer qu’elle était en-ce ceinte, dont il se chagrina outre mesure. Prêtes-y bien de l’attention, d’autant que tu y a pourras apprendre maintes belles choses. Si tu doutes pourquoi Notre-Seigneur a voulu que sa mère eût un homme, pour bien qu’il la voulût toujours être vierge ; à cela l’on te répond, pour trois causes, savoir : Premièrement, de peur qu’étant enceinte, elle ne fût diffamée ; deuxièmement, afin qu’elle jouît du service et de la société d’un homme ; tiercement, à celle fin que l’enfantement du Fils de Dieu fût caché au diable.

    « Joseph donc, considérant à une et plusieurs ce fois sa conjoincte, il se chagrinait et était troublé ; partant, il lui montrait un visage troublé, et détournait les yeux d’elle, comme d’une méchante, la soupçonnant d’avoir conçu par adultère. Tu vois comme Dieu permet que les siens soient vexés par les tribulations, et toutes pour ce leur couronne. Or, il cuidait la congédier en secret. Véritablement, l’on peut dire d’icelui ce que sa louange est en l’Évangile, d’autant qu’il y est dit qu’il était homme juste: et par le fait, il était d’une grande vertu. Car, nonobstant a que l’on dise communément que l’adultère de l’épouse est pour son homme quasi le comble de la vergogne, douleur et fureur, néanmoins il se modérait, et ne voulait pas accuser icelle. Il passait patiemment par-dessus cette grande injure, ne se vengeant point ; voire même, voulant céder, vaincu qu’il était par sa piété conjugale, il la voulait renvoyer sous main. Notre-Dame, pour sa part, ne passa pas outre sans tribulation, d’autant qu’elle considérait et voyait troublé icelui dont elle était quant et quant émoyée. Ce néanmoins, elle gardait humble silence et cachait le don de Dieu. Elle aimait o mieux être réputée vile, que de dévoiler les mystères de Dieu même, et dire de soi la moindre chose qui eût l’air d’appartenir à jactance. Si est-ce qu’elle priait le Seigneur, qu’il daignât par lui-même apporter remède, et ôter de dessus elle et son mari la présente tribulation. Tu vois comme preignante tribulation et angoisse leur était ; mais le Seigneur prit soin de ces deux saintes gens.

    « Adoncques, il dépêcha son Ange, qui dit à Joseph en songe, que la sienne épouse d’icelui avait conçu de l’Esprit-Saint, et qu’il eût à demeurer en toute confiance et liesse avec icelle. Par quoi, la tribulation cessant, une grande consolation s’en revint les éjouir. Mêmement nous échéerait-il à nous-mêmes, si en nos tribulations nous savions prendre patience ; vu que Dieu après la tempête ramène le calme. D’abondant, tu ne dois pas douter que jamais oncques il ne permet à icelle de s’en venir frapper les siens, sinon pour leur utilité. Or est-il que Joseph s’enquit des merveilles de ladite Conception, lesquelles Notre-Dame lui raconta de point en point. Joseph reste donc et demeure, bien content qu’il est, avec sa conjoincte bénie. Davantage il la chérit, par delà tout ce qu’on pourrait dire, d’un chaste amour, et prend fidèlement soin d’icelle. Notre-Dame, pour sa part, demeure confidemment avec lui; bref, ils vivent gaiement en leur pauvreté. »

 

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

(Bréviaire Mozarabe, Mercredi de la Ière Semaine de l’Avent, Capitula.)

Deus, cui omnis terra praeconans jubilat laudem; cujus gloriam canora Psalmi conclamant voce ; cujusque terribilium in tuis operibus fatentur virtutem: notum facito Salutare tuum in conspectu omnium nostrum. Revela justitiam tuam, qua possimus te nostrum agnoscere creatorem : et esto memor misericordiae tuse, qua nostrorum criminum mereamur invenire remissionem : ut videntes Salutare tuum, jubilemus tibi hymnum, cantemus in exsultatione Psalmum, et perfrui mereamur tuae beatitudinis praemio. Amen

 

    O Dieu ! dont la terre tout entière fait entendre les louanges avec jubilation; dont les Psaumes proclament la gloire avec mélodie, et confessent la redoutable puissance : manifestez à nos yeux le Sauveur que vous nous préparez. Révélez votre justice, afin que nous puissions vous reconnaître pour notre créateur, et souvenez-vous de votre miséricorde qui peut nous faire mériter la rémission de nos crimes. Alors, voyant Celui qui est notre Sauveur, nous vous chanterons une hymne d’allégresse ; dans notre joie, nous ferons résonner le Psaume, et nous deviendrons dignes de jouir de la récompense que l’on goûte au sein de votre béatitude. Amen.

 

XVII DÉCEMBRE. COMMENCEMENT DES GRANDES ANTIENNES.

 

    L’Église ouvre aujourd’hui la série septénaire des jours qui précèdent la Vigile de Noël, et qui sont célèbres dans la Liturgie sous le nom de Féries majeures. L’Office ordinaire de l’Avent prend plus de solennité ; les Antiennes des Psaumes, à Laudes et aux Heures du jour, sont propres au temps et ont un rapport direct avec le grand Avènement. Tous les jours, à Vêpres, on chante une Antienne solennelle qui est un cri vers le Messie, et dans laquelle on lui donne chaque jour quelqu’un des titres qui lui sont attribués dans l’Écriture.

    Le nombre de ces Antiennes, qu’on appelle vulgairement les O de l’Avent, parce qu’elles commencent toutes par celte exclamation, est de sept dans l’Église romaine, une pour chacune des sept Féries majeures, et elles s’adressent toutes à Jésus-Christ. D’autres Églises, au moyen âge, en ajoutèrent deux autres : une à la Sainte Vierge, O Virgo Virginum ! et une à l’Ange Gabriel, O Gabriel ! ou encore à saint Thomas, dont la fête tombe dans le cours des Fériés majeures. Cette dernière commence ainsi : O Thomas Didyme 5  !

    Il y eut même des Églises qui portèrent jusqu’à douze le nombre des grandes Antiennes, en ajoutant aux neuf dont nous venons de parler, trois autres, savoir : une au Christ, O Rex pacifice ! une seconde à la Sainte Vierge, O mundi Domina ! et enfin une dernière en manière d’apostrophe à Jérusalem, O Hierusalem !

    L’instant choisi pour faire entendre ce sublime appel à la charité du Fils de Dieu, est l’heure des Vêpres, parce que c’est sur le Soir du monde, vergente mundi vespere, que le Messie est venu. On les chante à Magnificat, pour marquer que le Sauveur que nous attendons nous viendra par Marie. On les chante deux fois, avant et après le Cantique, comme dans les fêtes Doubles, en signe de plus grande solennité ; et même l’usage antique de plusieurs Églises était de les chanter trois fois, savoir : avant le Cantique lui-même, avant Gloria Patri, et après Sicut erat. Enfin, ces admirables Antiennes, qui contiennent toute la moelle de la Liturgie de l’Avent, sont ornées d’un chant plein de gravité et de mélodie ; et les diverses Églises ont retenu l’usage de les accompagner d’une pompe toute particulière, dont les démonstrations toujours expressives varient suivant les lieux. Entrons dans l’esprit de l’Église et recueillons-nous, afin de nous unir, dans toute la plénitude de notre cœur, à la sainte Église, lorsqu’elle fait entendre à son Époux ces dernières et tendres invitations, auxquelles il se rend enfin.

    PREMIÈRE ANTIENNE.

O Sapientia, quae ex ore Altissimi prodiisti, attingens a fine usque ad finem fortiter, suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiae.

 

O Sagesse, qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut , qui atteignez d’une extrémité à l’autre, et disposez toutes choses avec force et douceur : venez nous apprendre les voies de la prudence.

 

    O Sagesse incréée qui bientôt allez vous rendre visible au monde, qu’il apparaît bien en ce moment que vous disposez toutes choses ! Voici que, par votre divine permission, vient d’émaner un Édit de l’empereur Auguste pour opérer le dénombrement de l’univers. Chacun des citoyens de l’Empire doit se faire enregistrer dans sa ville d’origine. Le prince croit dans son orgueil avoir ébranlé à son profit l’espèce humaine tout entière. Les hommes s’agitent par millions sur le globe, et traversent en tous sens l’immense monde romain ; ils pensent obéir à un homme, et c’est à Dieu qu’ils obéissent. Toute cette grande agitation n’a qu’un but : c’est d’amener à Bethléhem un homme et une femme qui ont leur humble demeure dans Nazareth de Galilée ; afin que cette femme inconnue des hommes et chérie du ciel, étant arrivée au terme du neuvième mois depuis la conception de son fils, enfante à Bethléhem ce fils dont le Prophète a dit : « Sa sortie est dès les jours de l’éternité ; ô Bethléhem ! tu n’es pas pas la moindre entre les mille cités de Jacob ; car il sortira aussi de toi. » O Sagesse divine ! que vous êtes forte, pour arriver ainsi à vos fins d’une manière invincible quoique cachée aux hommes ! que vous êtes douce, pour ne faire néanmoins aucune violence à leur liberté ! mais aussi, que vous êtes paternelle dans votre prévoyance pour nos besoins ! Vous choisissez Bethléhem pour y naître, parce que Bethléhem signifie la Maison du Pain. Vous nous montrez par là que vous voulez être notre Pain, notre nourriture, notre aliment de vie. Nourris d’un Dieu, nous ne mourrons plus désormais. O Sagesse du Père, Pain vivant descendu du ciel, venez bientôt en nous, afin que nous approchions de vous, et que nous soyons illuminés de votre éclat ; et donnez-nous cette prudence qui conduit au salut.

    PRIERE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

    (Bréviaire Mozarabe, IVe Dimanche de l’Avent, Oraison.)

    Christe, Dei Filius, qui in mundo per Virginem natus, Nativitatis tuae terrore et regna concutis, et reges admirari compellis, praebe nobis initium Sapientiae, quod est timor tuus; ut in eo fructificemur, in eo etiam proficientes, fructum tibi pacatissimum offeramus: ut, qui ad gentium vocationem, quasi fluvius violentus, accessisti; nasciturus in terris ad conversionem peccantium, manifesta tuae gratiae donum: quo, repulso terrore formidinis, casto te semper sequamur amore intimae charitatis. Amen.

    O Christ, Fils de Dieu, né d’une Vierge en ce monde, vous qui ébranlez les royaumes par la terreur de votre Nativité, et contraignez les rois à l’admiration : donnez-nous votre crainte qui est le commencement de la sagesse ; afin que nous y puissions fructifier et vous présenter en hommage un fruit de paix. Vous qui, pour appeler les nations, êtes arrivé avec la rapidité d’un fleuve, venant naître sur la terre pour la conversion des pécheurs, montrez-nous le don de votre grâce, afin que toute frayeur étant bannie, nous vous suivions toujours dans le chaste amour d’une intime charité. Amen.

 

XVIII DECEMBRE. IIe ANTIENNE.

O Adonai, et dux domus Israël , qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in brachio extento.

 

O Adonaï, Seigneur, chef de la maison d’Israël, qui avez apparu à Moïse, dans la flamme du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï ; venez nous racheter dans la force de votre bras.

 

    O Seigneur suprême ! Adonaï ! venez nous racheter, non plus dans votre puissance, mais dans votre humilité. Autrefois vous vous manifestâtes à Moïse, votre serviteur, au milieu d’une flamme divine ; vous donnâtes la Loi à votre peuple du sein des foudres et des éclairs : maintenant il ne s’agit plus d’effrayer, mais de sauver. C’est pourquoi votre très pure Mère Marie ayant connu, ainsi que son époux Joseph, l’Edit de l’Empereur qui va les obliger d’entreprendre le voyage de Bethléhem, s’occupe des préparatifs de votre heureuse naissance. Elle apprête pour vous, divin Soleil, les humbles langes qui couvriront votre nudité, et vous garantiront de la froidure dans ce monde que vous avez fait, à l’heure où vous paraîtrez, au sein de la nuit et du silence. C’est ainsi que vous nous délivrerez de la servitude de notre orgueil, et que votre bras se fera sentir plus puissant, alors qu’il semblera plus faible et plus immobile aux yeux des hommes. Tout est prêt, ô Jésus ! vos langes vous attendent : partez donc bientôt et venez en Bethléhem, nous racheter des mains de notre ennemi.

 

XVIII DECEMBRE. L’EXPECTATION DE L’ENFANTEMENT DE LA SAINTE VIERGE.

    Cette Fête, qui se célèbre aujourd’hui, non seulement dans toute l’Espagne, mais dans presque toutes les Églises du monde catholique, doit son origine aux Évêques du dixième Concile de Tolède, en 656. Ces Prélats ayant trouvé quelque inconvénient à l’antique usage de célébrer la fête de l’Annonciation de la Sainte Vierge au vingt-cinq Mars, attendu que cette solennité joyeuse se rencontre assez souvent au temps où l’Église est préoccupée des douleurs de la Passion, et qu’il est même nécessaire quelquefois de la transférer dans le Temps Pascal, où elle semble présenter une contradiction d’un autre genre, ils décrétèrent que désormais on célébrerait dans l’Église d’Espagne, huit jours avant Noël, une fête solennelle avec Octave, en mémoire de l’Annonciation, et pour servir de préparation à la grande solennité de la Nativité. Dans la suite, l’Église d’Espagne sentit le besoin de rÈvenir à la pratique de l’Église romaine, et de toutes celles du monde entier, qui solennisent le vingt-cinq Mars comme le jour à jamais sacré de l’Annonciation de la Sainte Vierge et de l’Incarnation du Fils de Dieu ; mais telle avait été durant plusieurs siècles la dévotion des peuples pour la Fête du dix-huit Décembre, qu’on     jugea nécessaire d’en retenir un vestige. On cessa donc de célébrer en ce jour l’Annonciation de Marie ; mais on appliqua la piété des fidèles à considérer cette divine Mère dans les jours qui précèdent immédiatement son merveilleux enfantement. Une nouvelle Fête fut donc créée sous le titre de l’Expectation de l’Enfantement de la Sainte Vierge.

    Cette Fête, qui est appelée Notre-Dame de l’O, ou la Fête de l’O, à cause des grandes Antiennes qu’on chante en ces jours, et surtout de celle qui commence O Virgo Virginum ! (qu’on a retenue à Vêpres dans l’Office de l’Expectation, sans toutefois omettre celle du jour, O Adonaï !) est toujours célébrée en Espagne avec une grande dévotion. Pendant les huit jours qu’elle dure, on célèbre une Messe solennelle de grand matin, à laquelle toutes les femmes enceintes, de quelque rang qu’elles soient, se font un devoir d’assister, afin d’honorer Marie dans sa divine grossesse, et de solliciter pour elles-mêmes son secours. Il n’est pas étonnant qu’une dévotion si touchante se soit répandue, avec l’approbation du Siège Apostolique, dans la plupart des autres Provinces de la catholicité ; mais antérieurement aux concessions qui ont été faites sur cette matière, l’Église de Milan célébrait déjà, au sixième et dernier Dimanche de l’Avent, l’Office de l’Annonciation de la Sainte Vierge, et donnait à la dernière Semaine de ce saint temps le nom de Hebdomada de Exceptato, par corruption de Expectato. Mais ces détails appartiennent à l’archéologie liturgique proprement dite, et sortiraient du genre de cet ouvrage ; nous rÈvenons donc à la fête de l’Expectation de la Sainte Vierge, que l’Église a établie et sanctionnée, comme un moyen de plus     de raviver l’attention des fidèles dans ces derniers jours de l’Avent.

    Il est bien juste, en effet, ô Vierge-Mère, que nous nous unissions à l’ardent désir que vous avez de voir de vos yeux Celui que votre chaste sein renferme depuis près de neuf mois, de connaître les traits de ce Fils du Père céleste, qui est aussi le vôtre, de voir enfin s’opérer l’heureuse Naissance qui va donner Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre Paix aux hommes de bonne volonté. O Marie ! les heures sont comptées, et elles s’écoulent vite, quoique trop lentement encore pour vos désirs et les nôtres. Rendez nos cœurs plus attentifs ; achÈvez de les purifier par vos maternels suffrages, afin que si rien ne peut arrêter, à l’instant solennel, la course de l’Emmanuel sortant de votre sein virginal, rien aussi ne retarde son entrée dans nos cœurs, préparés par une fidèle attente.

 

    GRANDE ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.

 

    O Virgo virginum! quomodo fiet istud! quia nec primam similem visa es, nec habere sequentem. Filiae Jerusalem, quid me admiramini? Divinum est mysterium hoc quod cernitis. 

    O Vierge des vierges ! comment cela se pourra-t-il faire ? Nulle autre n’a jamais été, ni ne pourra jamais être semblable à vous. — Pourquoi vous étonnez-vous de moi, filles de Jérusalem ? Ce que vous voyez est un mystère divin.

 

XIX DECEMBRE. IIIe ANTIENNE.

O radix Jesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, jam noli tardare.

O rejeton de Jessé, qui êtes comme un étendard pour les peuples ; devant qui les rois se tiendront dans le silence ; à qui les nations offriront leurs prières : venez nous délivrer ; ne tardez plus.

 

    Vous voici donc en marche, ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L’Arche du Seigneur s’est levée et s’avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. « Qu’ils sont beaux vos pas, ô Fille du Rot, dans l’éclat de votre chaussure » (Cant. VII, 1), lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Époux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l’heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine. Avancez, ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l’homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre , nous jurons « de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu’à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob. » Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l’Arche sacrée, ô rejeton de Jessé, jusqu’à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, ô Messie ! venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous.

    REPONS DE L’AVENT.

    (Bréviaire Ambrosien, VI° Dimanche de l’Avent.)

    R. Beatus uterus Mariae Virginis qui portavit invisibilem: quem septem throni capere non possunt in eo habitare dignatus est: * Et portabat levem in sinu suo. V. Dedit illi Dominus sedem patris sui et regnabit in domo Jacob in aeternum, cujus regni non erit finis: * Et portabat levem in sinu suo. 

    R/. Heureux le sein de la Vierge Marie qui porta le Dieu invisible ! Celui que sept trônes ne peuvent contenir a daigne habiter en elle ; * Et elle le portait comme un léger fardeau dans son sein. V/. Le Seigneur lui a donné le trône de David son père ; il régnera dans la maison de Jacob à jamais ; son règne n’aura pas de fin. * Et Marie le portait comme un léger fardeau dans son sein.

 

XX DÉCEMBRE. IV° ANTIENNE.

O Clavis David et sceptrum domus Israël, qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris, et umbra mortis.

O Clef de David, ô sceptre de la maison d’Israël ! qui ouvrez, et nul ne peut fermer ; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.

 

    O Fils de David, héritier de son trône et de sa puissance, vous parcourez, dans votre marche triomphale, une terre soumise autrefois à votre aïeul, aujourd’hui asservie par les Gentils. Vous reconnaissez de toutes parts, sur la route, tant de lieux témoins des merveilles de la justice et de la miséricorde de Jéhovah votre Père envers son peuple, au temps de cette ancienne Alliance qui tire à sa fin. Bientôt, le nuage virginal qui vous couvre étant ôté, vous entreprendrez de nouveaux voyages sur cette même terre ; vous y passerez en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, et cependant n’ayant pas où reposer votre tête. Du moins, aujourd’hui, le sein maternel vous offre encore un asile doux et tranquille, où vous ne recevez que les témoignages de l’amour le plus tendre et le plus respectueux. Mais, ô Seigneur ! il vous faut sortir de cette heureuse retraite ; il vous faut, Lumière éternelle, luire au milieu des ténèbres ; car le captif que vous êtes venu délivrer languit dans sa prison. Il s’est assis dans l’ombre de la mort, et il y va périr, si vous ne venez promptement en ouvrir les portes avec votre Clef toute-puissante ! Ce captif, ô Jésus, c’est le genre humain, esclave de ses erreurs et de ses vices : venez briser le joug qui l’accable et le dégrade ; ce captif, c’est notre cœur trop souvent asservi à des penchants qu’il désavoue : venez, ô divin Libérateur, affranchir tout ce que vous avez daigné faire libre par votre grâce, et relever en nous la dignité de vos frères.

    ANTIENNE A L’ANGE GABRIEL.

O Gabriel! nuntius coelorum, qui januis clausis ad me intrasti, et Verbum nunciasti: Concipies et paries; Emmanuel vocabitur.

O Gabriel ! messager des cieux, qui es entré près de moi les portes fermées, et m’as dit cette parole : Vous concevrez et enfanterez ; on l’appellera Emmanuel !

 

XXI DÉCEMBRE.

    En l’Office des Laudes, la voix de l’Église fait retentir aujourd’hui cet avis solennel :

Nolite timere: quinta enim die veniet ad vos Dominus noster.

Ne craignez point : notre Seigneur viendra à vous dans cinq jours

 

SAINT THOMAS, APOTRE.

    Voici la dernière Fête que va célébrer l’Église avant celle de la Nativité de son Seigneur et Époux. Elle interrompt les Féries majeures pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et dont le glorieux martyre, consacrant à jamais ce jour, procura au peuple chrétien un puissant introducteur auprès du divin Messie. Il appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur le Cycle dans les jours où nous sommes, afin que sa protection aidât les fidèles à croire et à espérer en ce Dieu qu’ils ne voient pas encore, et qui vient à eux sans bruit et sans éclat, afin d’exercer leur Foi. Saint Thomas douta un jour, et ne comprit le besoin de la Foi qu’après avoir passé parles ombres de l’incrédulité : il est juste qu’il vienne maintenant en aide aux enfants de l’Église, et qu’il les fortifie contre les tentations qui pourraient leur survenir de la part d’une raison orgueilleuse. Adressons-nous donc à lui avec confiance ; et du sein de la lumière où son repentir et son amour l’ont placé, il demandera pour nous la docilité d’esprit et de cœur qui nous est nécessaire pour voir et pour reconnaître Celui qui fait l’attente des nations, et qui, destiné à régner sur elles, n’annoncera son arrivée que par les faibles vagissements d’un enfant, e. non par la voix tonnante d’un maître. Mais lisons d’abord le récit des Actes de notre saint Apôtre. L’Église a jugé à propos de nous le présenter sous la forme la plus abrégée, dans la crainte de mêler quelques détails fabuleux aux faits incontestables que les sources authentiques nous fournissent.

    Thomas Apostolus, qui et Didymus, Galilaeus, post acceptum Spiritum Sanctum, multas provincias profectus est ad praedicandum Christi Evangelium. Par this, Medis, Persis, Hircanis, et Bactris christianae fidei et vitae praecepta tradidit. Postremo ad Indos se conferens, eos in Christiana religione erudivit. Qui ad extremum, vitae doctrinaeque sanctitate, et miraculorum magnitudine, quum caeteris omnibus sui admirationem, et Jesu Christi amorem commovisset, cuius gentis regem, idolorum cultorem, magis ad iram accendit: cujus sententia condemnatus, telisque confossus, Calaminae Apostolatus honorem martyrii corona decoravit.

    Thomas Apôtre, appelé aussi Didyme, était de Galilée Après avoir reçu le Saint-Esprit, il alla prêcher l’Évangile en beaucoup de provinces. Il enseigna les préceptes de la foi et de la vie chrétienne aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens. Il se dirigea en dernier lieu vers les Indes, dont il instruisit les peuples dans la religion chrétienne. En ce pays, il se fit admirer de tort le monde par la sainteté de sa vie et de sa doctrine et par l’éclat de ses miracles, et il alluma grandement l’amour de Jésus-Christ dans les cœurs. Le roi de la contrée s’enflamma de colère ; car il était zélé pour l’idolâtrie ; et le saint apôtre ayant été condamné à mort par ses ordres, fut percé de traits, à Calamine, et rehaussa l’honneur de son apostolat par la couronne du martyre.

 

GRANDE ANTIENNE DE SAINT THOMAS.

O Thoma Didyme! qui Christum meruisti cernere; te precibus rogamus altisonis, succurre nobis miseris; ne damnemur cum impiis, in Adventu Judicis.

OREMUS.
Da nobis, quaesumus, Domine, beati Apostoli tui Thomae solemnitatibus gloriari: ut ejus semper et patrociniis sublevemur, et fidem congrua devotione sectemur. Per Dominum, &c. Amen.

 

O Thomas Didyme ! vous qui avez mérité de voir le Christ, nous faisons monter vers vous nos prières à haute voix ; secourez-nous dans notre misère ; afin que nous ne soyons pas condamnés avec les impies, en l’Avènement du Juge.

    PRIONS.

Accordez-nous, Seigneur, nous vous en prions, de célébrer avec joie la solennité de votre bienheureux Apôtre Thomas ; afin que nous soyons toujours assistés de sa protection, et que nous suivions avec le zèle convenable la Foi qu’il a professée. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    L’Oraison qui suit est tirée du Bréviaire gothique ou mozarabe, à l’Office des Matines.

    Domine Jesu Christe, qui posuisti in capite Martyris tui Thomae Apostoli coronam de lapide pretioso, fundamento fundatam; ut non confundatur, quia te credidit; coronetur, quia pro te animam posuit: sit ergo intercessionibus ejus in nobis famulis tuis fides vera, qua te etiam coram persecutoribus promptissima devotione confiteamur: quatenus interveniente tanto martyre, coram te et Angelis tuis minime confundamur. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ, qui avez placé sur la tête de votre Martyr Thomas l’Apôtre une couronne formée de cette pierre précieuse qui est le fondement solide, afin qu’ayant cru en vous il ne fût pas condamné, et qu’ayant donné pour vous sa vie, il fût honoré du diadème : établissez par son intercession, en nous vos serviteurs, une Foi véritable par laquelle nous croyions en vous , une confession pleine de zèle, par laquelle nous vous rendions témoignage, avec un dévouement empressé, devant les persécuteurs, afin que, par le secours d’un si grand Martyr, nous ne soyons pas confondus en présence de vous et de vos Anges. Amen.

 

    L’Église grecque traite avec sa solennité ordinaire la fête de saint Thomas ; mais c’est au six octobre qu’elle la célèbre. Nous allons extraire quelques strophes des chants qu’elle lui a consacrés.

    HYMNE DE SAINT THOMAS.

        (Tirée des Menées des Grecs.)

Domini palpato latere, bonorum assecutus es summitatem; nam velut spongia hinc hausisti latices, fontem bonorum, aeternamque potasti vitam, mentibus expellens ignorantiam, divinaque Dei cognitionis dogmata scaturire faciens.

Tua incredulitate et tua fide stabilisti tentatos, nunciare incipiens omni creaturae Deum ac Dominum, carne pro nobis in terris indutum, crucem mortemque subeuntem, clavis perforatum, cujus lancea latus apertum, ex quo vitam haurimus.

Indorum omnem terram fulgere fecisti, sacratissime, ac Deum videns Apostole! Quum enim illuminasses filios luminis et diei, horum, in Spiritu, sapiens, idolica Èvertisti templa, et sublimasti os in charitate Dei, ad laudem et gloriam Ecclesiae, beate intercessor pro animabus nostris.

Divina videns, Christi Sapientiae spiritualis demonstratus es crater mysticus, O Thoma Apostole, in quem fidelium animae laetantur, et Spiritus sagena populos eruisti ex abysso ignorantiae: unde ex Sion sicut fluvius devenisti charitatis, tua divina scaturire faciens dogmata in omnem creaturam. Christi passionis imitatus, latere pro ipso perforatus, induisti immortalitatem: illum deprecare misereri animabus nostris.

    Quand ta main toucha le côté du Seigneur, tu trouvas le comble de tous les biens ; car ainsi qu’une éponge mystique, tu en exprimas de célestes liqueurs, tu y puisas la vie éternelle, bannissant toute ignorance dans les âmes, et faisant couler comme de source les dogmes divins de la connaissance de Dieu.

    Par ton incrédulité et par ta foi tu as rendu stables ceux qui étaient dans la tentation , en proclamant le Dieu et Seigneur de toute créature, incarné pour nous sur cette terre, crucifié, soumis à la mort, percé de clous, et dont le côté fut ouvert par une lance, afin que nous y puisions la vie.

    Tu as fais resplendir la terre des Indiens d’un vif éclat, ô très saint Apôtre, contemplateur de la divinité ! Après avoir illuminé ces peuples et les avoir rendus enfants de la lumière et du jour, tu renversas les temples de leurs idoles par la vertu de l’Esprit-Saint, et tu les fis s’élever, ô très prudent, jusqu’à la charité de Dieu, pour la louange et la gloire de l’Église, ô bienheureux intercesseur de nos âmes !

    O contemplateur des choses divines, tu fus la coupe mystique de la Sagesse du Christ ! ô Thomas Apôtre, en qui se réjouissent les âmes des fidèles ! tu retiras les peuples de l’abîme de l’ignorance avec les filets du divin Esprit : c’est pourquoi, tu as coulé, semblable à un fleuve de charité, répandant sur toute créature comme une source d’eau vive les enseignements divins. Percé aussi de la lance en ton propre côté, tu as imité la Passion du Christ, et tu as revêtu l’immortalité : supplie-le d’avoir pitié de nos âmes.

 

    Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c’est à vous maintenant que s’adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Église. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d’une lumière qui nous conduise jusqu’à lui. Cette lumière est la Foi :     demandez pour nous la Foi. Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu’il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, ô saint Apôtre, ce n’est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile ; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous : Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui cependant ont cru ! Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu’en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l’œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés,, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons.

 

XXI DÉCEMBRE. V° ANTIENNE.

 

O Oriens , splendor lucis aeternae, et Sol justitiae : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis.

O Orient ! splendeur de la lumière éternelle ! Soleil de justice ! venez, et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.

 

    Divin Soleil, ô Jésus ! vous venez nous arracher à la nuit éternelle : soyez à jamais béni ! Mais combien vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute votre splendeur ! Combien vous aimez à voiler vos rayons, jusqu’à l’instant marqué par votre Père céleste, où vous devez épanouir tous vos feux ! Voici que vous traversez la Judée ; vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme. Sur le chemin, vous rencontrez une multitude d’hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d’origine, pour satisfaire à l’Édit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne vous a soupçonné si près de lui, ô divin Orient ! Marie, votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s’ils remarquent la majesté et l’incomparable modestie de cette auguste Reine, sentiront-ils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humble ; encore ont-ils bientôt oublié cette heureuse rencontre. S’ils voient avec tant d’indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donneront-ils une pensée ? Et cependant ce fils, c’est vous-même, ô Soleil de justice ! Augmentez en nous la Foi, mais accroissez aussi l’amour. Si ces hommes vous aimaient, ô libérateur du genre humain, vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne vous verraient pas encore, mais du moins leur cœur serait ardent dans leur poitrine, ils vous désireraient, et ils hâteraient votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs. O Jésus qui traversez ainsi ce monde que vous avez fait, et qui ne forcez point l’hommage de vos créatures, nous voulons vous accompagner dans le resté de votre voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point vous quitter jusqu’à ce que nous soyons arrivés avec vous à l’heureuse Bethléhem, à cette Maison du Pain, où enfin nos yeux vous verront, ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !

 

    PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.

    (Bréviaire Mozarabe, au Lundi de la V° Semaine de l’Avent, Oraison.)

    Immane satis facinus video coram tuis, Deus Pater, oculis a reprobis perpetratum: qui, dum Filium tuum, praedicatum in lege, contemnunt, in incredulitatis suae voragine remanserunt; dum hi quibus non erat de eo nuntiatum, viderunt eum, et qui non audierunt, intelligentia contemplati sunt. Amove ergo, quaesumus, quidquid resistit tibi in opere, ut credulo pectore sic in nobis virgulta donorum praepolleant, ut radix humilitatis nunquam arescat. Amen.

    O Dieu notre Père ! quel crime énorme vois-je commettre sous vos yeux par les Juifs réprouvés ! ils méprisent votre Fils annoncé dans la Loi, et ils demeurent dans le gouffre de leur incrédulité ; tandis que ceux auxquels il n’avait pas été annoncé l’ont vu, et que ceux qui n’en ont point entendu parler l’ont contemplé dans leur intelligence. Arrachez donc de nous, nous vous en supplions, tout ce qui vous résiste dans nos œuvres afin que les dons que vous avez implantés dans notre cœur docile prennent un accroissement fécond, et que la racine de l’humilité ne s’y dessèche jamais. Amen.

 

XXII DECEMBRE. VI° ANTIENNE.

 

O Rex gentium, et desideratus earum , Lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem quem de limo formasti.

O Roi des nations, objet de leurs désirs ! Pierre angulaire qui réunissez en vous les deux peuples ! venez et sauvez l’homme que vous avez formé du limon.

 

    O Roi des nations ! vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu’un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d’avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s’estime la dernière des créatures ? Comment osera-t-elle vous élÈver dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l’heure approche où, sans cesser d’être son fils, vous sortirez d’elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l’amour maternel se confondant avec l’amour qu’elle a pour son Dieu, elle est au moment d’expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur. Mais vous la soutenez, ô Désiré des nations ! car vous voulez qu’elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille. Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, ô divin Roi ! et venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l’homme vous est cher, puisque vous l’avez pétri de vos mains. Oh ! venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la ; car vous l’aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage.

 

    GRANDE ANTIENNE EN L’HONNEUR DU CHRIST.

 

O Rex Pacifice, tu ante saecula nate, per auream egredere portam, redemptos tuos visita, et eos illuc revoca, unde ruerunt per culpam. 

O Roi Pacifique ! vous qui êtes né avant les siècles, hâtez-vous de sortir par la porte d’or : visitez ceux que vous devez racheter, et faites-les remonter au lieu d’où le péché les a précipités.

 

    XXIII DÉCEMBRE.

    Aujourd’hui, en l’Office des Laudes, l’Église chante cette Antienne :

Ant. Ecce completa sunt omnia quae dicta sunt per Angelum, de Virgine Maria.

Ant. Voici que sont accomplies toutes les choses que l’Ange avait dites, au sujet de la Vierge Marie.

 

VII° ANTIENNE.

O Emmanuel, Rex et Legifer noster, exspectatio gentium, et salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine Deus noster.

O Emmanuel ! notre Roi et notre Législateur ! l’attente des nations et leur sauveur ! venez nous sauver, Seigneur notre Dieu !

    O Emmanuel ! Roi de Paix ! vous entrez aujourd’hui dans Jérusalem, la ville de votre choix ; car c’est là que vous avez votre Temple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre Sépulcre ; et le jour viendra où vous établirez auprès d’elle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans éclat dans cette ville de David et de Salomon. Elle n’est que le lieu de votre passage, pour vous rendre à Bethléhem. Toutefois, Marie votre mère, et Joseph son époux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hommages : et alors s’accomplit, pour la première fois, l’oracle du Prophète Aggée qui avait annoncé que la gloire du second Temple serait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve     en ce moment posséder une Arche d’Alliance bien autrement précieuse que celle de Moïse, mais surtout incomparable à tout autre sanctuaire qu’au ciel même, parla dignité de Celui qu’elle contient. C’est le Législateur lui-même qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. Mais bientôt l’Arche vivante du Seigneur descend les degrés du Temple, et se dispose à partir pour Bethléhem, où l’appellent d’autres oracles. Nous adorons, ô Emmanuel ! tous vos pas à travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidélité vous observez ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne manque aux caractères dont vous devez être doué, ô Messie, pour être reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que l’heure est près de sonner, que toutes choses se préparent pour votre Nativité, et venez nous sauver ; venez, afin d’être appelé non plus seulement Emmanuel, mais Jésus, c’est-à-dire Sauveur.

 

    GRANDE ANTIENNE A JÉRUSALEM.

 

O Hierusalem! civitas Dei summi, leva in circuitu oculos tuos; et vide Dominum tuum, quia jam veniet solvere te a vinculis. 

O Jérusalem ! ville du grand Dieu, lève les yeux autour de toi, et regarde ton Seigneur ; car il va bientôt venir te délivrer de tes liens.

 

XXIV DÉCEMBRE. LA VIGILE DE NOËL.

 

    Enfin, dit saint Pierre Damien dans son Sermon pour ce jour, « nous voici arrivés de la haute mer dans le port, de la promesse à la récompense, du désespoir à l’espérance, du travail au repos, de la voie à la patrie. Les courriers de la divine promesse s’étaient succédé ; mais ils n’apportaient rien avec eux, si ce n’est le renouvellement de cette même promesse. C’est pourquoi notre Psalmiste s’était laissé aller au sommeil, et les derniers accents de sa harpe semblaient accuser les retards du Seigneur. Vous nous avez repoussés, disait-il, vous nous avez dédaignés ; et vous avez différé l’arrivée de votre Christ. (Psaume LXXXVIII.) Puis, passant de la plainte à l’audace, il s’était écrié d’une voix impérative : Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur les Chérubins ! (Psaume LXXIX ) En repos sur le trône de votre puissance, entouré des bataillons volants de vos Anges, ne daignerez-vous pas abaisser vos regards sur les enfants des hommes, victimes d’un péché commis par Adam, il est vrai, mais permis par vous-même ? Souvenez-vous de ce qu’est notre nature ; c’est à votre ressemblance que vous l’avez créée ; et si tout homme vivant est vanité, ce n’est pas du moins en ce qu’il a été fait à votre image. Abaissez donc vos cieux et descendez ; abaissez les cieux de votre miséricorde sur les misérables qui vous supplient, et du moins ne nous oubliez pas éternellement.

    Isaïe à son tour, dans la violence de ses désirs, disait : A cause de Sion, je ne me tairai pas ; à cause de Jérusalem, je ne me reposerai pas, jusqu’à ce que le Juste quelle attend se lève enfin dans son éclat. Forcez donc les deux et descendez ! Enfin , tous les Prophètes, fatigués d’une trop longue attente, n’ont cessé de faire entendre tour à tour les supplications, les plaintes, et souvent même les cris de l’impatience. Quant à nous, nous les avons assez écoutés ; assez longtemps nous avons répété leurs paroles : qu’ils se retirent maintenant ; il n’est plus pour nous de joie, ni de consolation, jusqu’à ce que le Sauveur, nous honorant du baiser de sa bouche, nous dise lui-même : Vous êtes exaucés.

    « Mais que venons-nous d’entendre ? Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts : car demain descendra le Seigneur. Le reste de ce jour, et à peine la moitié de la nuit qui va venir nous séparent de cette entrevue glorieuse, nous cachent encore l’Enfant-Dieu et son admirable Naissance. Courez, heures légères ; achevez rapidement votre cours, pour que nous puissions bientôt voir le Fils de Dieu dans son berceau et rendre nos hommages à cette Nativité qui sauve le monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes de vrais enfants d’Israël, purifiés de toutes les souillures de la chair et de l’esprit, tout prêts pour les mystères de demain, pleins d’empressement à témoigner de votre dévotion. C’est du moins ce que je puis juger, d’après la manière dont vous avez passé les jours consacrés à attendre l’Avènement du Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques gouttes du fleuve de la mortalité avaient touché votre cœur, hâtez-vous aujourd’hui de les essuyer et de les couvrir du blanc linceul de la Confession. Je puis vous le promettre de la miséricorde de l’Enfant qui va naître : celui qui confessera son péché avec repentir, la Lumière du monde naîtra en lui ; les ténèbres trompeuses s’évanouiront, et la splendeur véritable lui sera donnée. Car comment la miséricorde serait-elle refusée aux mal-ci heureux, en cette nuit même où prend naissance le Seigneur miséricordieux ? Chassez donc l’orgueil de vos regards, la témérité de votre langue, la cruauté de vos mains, la volupté de vos reins ; retirez vos pieds du chemin tortueux, et puis venez et jugez le Seigneur, si, cette nuit, il ne force pas les Cieux, s’il ne descend pas jusqu’à vous, s’il ne jette pas au fond de la mer tous vos péchés. »

    Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d’espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L’Église, dérogeant à tous ses usages habituels, veut que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l’Office et la Messe de la Vigile l’emportent sur l’Office et la Messe du quatrième Dimanche de l’Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fêtes, si importantes qu’elles soient, la solennité ne commence qu’aux premières Vêpres ; jusque-là l’Église se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice suivant le rite quadragésimal. Aujourd’hui, au contraire, dès le point du jour, à l’Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L’intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l’on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux comme dans les autres Fériés de l’Avent ; et il n’y a plus qu’une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.

    Entrons dans l’esprit de la sainte Église, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n’ayons vu naître, à l’heure sacrée, Celui qui vient illuminer toute créature ; car c’est un devoir, pour tout fidèle enfant de l’Église Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l’univers entier veille encore à l’arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s’effacerait qu’au grand malheur de la terre.

    Parcourons en esprit de prière les principales parties de l’Office de cette Vigile. D’abord, la sainte Église éclate par un cri d’avertissement qui sert d’Invitatoire à Matines, d’Introït et de Graduel à la Messe. C’est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.

 

        INVITATOIRE.

Hodie scietis quia veniet Dominus : et mane videbitis gloriam ejus.

Sachez aujourd’hui que le Seigneur viendra ; et dès le matin vous verrez sa gloire.

 

    Les Répons sont remplis de majesté et de douceur. Rien de plus lyrique ni de plus touchant que leur mélodie, dans cette nuit qui précède la nuit même où le Seigneur vient en personne.

R. Sanctificamini hodie et estote parati: quia die crastina videbitis * Majestatem Dei in vobis.
V. Hodie scietis quia veniet Dominus, et mane videbitis * Majestatem Dei in vobis.

R. Constantes estote; videbitis auxilium Domini super vos: Judaea et Jerusalem nolite timere: * Cras egrediemini, et Dominus erit vobiscum:
V. Sanctificamini, filii Israel, et estote parati. * Cras egrediemini, et Dominus erit vobiscum.

R. Sanctificamini, filii Israel, dicit Dominus: die enim crastina descendet Dominus: * Et auferet a vobis omnem languorem.
V. Crastina die delebitur iniquitas terras, et regnabit super nos Salvator mundi. * Et auferet a robia omnem languorem.

 

R/. SANCTIFIEZ-VOUS aujourd’hui, et soyez prêts : car demain vous verrez * la Majesté de Dieu au milieu de vous. V/. Sachez aujourd’hui que le Seigneur va venir ; et demain vous verrez * la Majesté de Dieu au milieu de vous.

    R/. Soyez constants ; vous verrez venir sur vous le secours du Seigneur. O Judée et Jérusalem ! ne craignez point : * Demain vous serez délivrées, et le Seigneur sera avec vous. V/. Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts. * Demain vous serez délivrés, et le Seigneur sera avec vous.

    R/. Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, dit le Seigneur ; car demain le Seigneur descendra. * Et il ôtera de vous toute langueur. V/. Demain, l’iniquité de la terre sera effacée ; et le Sauveur du monde régnera sur nous. * Et il ôtera de vous toute langueur.

 

    A l’Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l’annonce solennelle de la fête de Noël, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Chœur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe, que les assistants écoutent debout, jusqu’à l’endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu’à ce que la grande nouvelle ait été totalement annoncée.

 

    OCTAVO KALENDAS JANUARII

Anno a creatione mundi, quando in principio Deus creavit caelum et terram, quinquies millesimo centesimo nonagesimo nono; a diluvio vero, anno bis millesimo nongentesimo quinquagesimo septimo; a nativitate Abrahae, anno bis millesimo quintodecimo; a Moyse et egressu populi Israel de Aegypto, anno millesimo quingentesimo decimo; ab unctione David in regem, anno millesimo trigesimo secundo; Hebdomada sexagesima quinta, juxta Danielis prophetiam; Olympiade centesima nonagesima quarta; ab urbe Roma condita, anno septingentesimo quinquagesimo secundo; anno Imperii Octaviani Augusti quadragesimo secundo; toto Orbe in pace composito, sexta mundi aetate, Jesus Christus, aeternus Deus aeternique Patris Filius, mundum volens adventu suo piissimo consecrare, de Spiritu Sancto conceptus, novemque post conceptionem decursis mensibus, in Bethlehem Judae nascitur ex Maria Virgine factus homo: NATIVITAS DOMINI NOSTRI JESU CHRISTI SECUNDUM CARNEM!

 

LE HUIT DES CALENDES DE JANVIER.

    L’an de la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre, cinq mille cent quatre-vingt-dix-neuf : du déluge, l’an deux mille neuf cent cinquante-sept : de la naissance d’Abraham, l’an deux mille quinze : de Moïse et de la sortie du peuple d’Israël de l’Égypte, l’an mille cinq cent dix : de l’onction du roi David, l’an mille trente-deux : en la soixante-cinquième Semaine, selon la prophétie de Daniel : en la cent quatre-vingt-quatorzième Olympiade : de la fondation de Rome, l’an sept cent cinquante-deux : d’Octavien Auguste, l’an quarante-deuxième : tout l’univers étant en paix : au sixième âge du monde : Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulant consacrer ce monde par son très miséricordieux Avènement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s’étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme, de la Vierge Marie, en Bethléhem de Judée : LA NATIVITE DE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST SELON LA CHAIR !

 

    Ainsi toutes les générations ont comparu successivement devant nous 6 . Interrogées si elles auraient vu passer Celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu’à ce que le nom de Marie s’étant d’abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, a été proclamée. « Une voix d’allégresse a retenti sur notre terre, dit à ce sujet saint Bernard dans son premier Sermon sur la Vigile de Noël ; une voix de triomphe et de salut sous les tentes des pécheurs. Nous venons d’entendre une parole bonne, une parole de consolation, un discours plein de charmes, digne d’être recueilli avec le plus grand empressement. Montagnes, faites retentir la louange ; battez des mains, arbres des forêts, devant la face du Seigneur ; car le voici qui vient. Cieux, écoutez ; terre, prête l’oreille ; créatures, soyez dans l’étonnement et la louange ; mais toi surtout, ô homme ! Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléem de Judée ! Quel cœur, fût-il de pierre, quelle âme ne se fond pas à cette parole ? Quelle plus douce nouvelle ? quel plus délectable avertissement ? qu’entendit-on jamais de semblable ? quel don pareil le monde a-t-il jamais reçu ? Jésus Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléem de Judée ! O parole brève qui nous annonce le Verbe dans son abaissement ! mais de quelle suavité n’est-elle pas remplie ! Le charme d’une si mielleuse douceur nous porte à chercher des développements à cette parole ; mais les termes manquent. Telle est, en effet, la grâce de ce discours, que si j’essaie d’en changer un iota, j’en affaiblis la saveur : Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléem de Judée ! »

    A LA MESSE.

    INTROÏT.

    Hodie scietis, quia veniet Dominus, et salvabit nos: et mane videbitis gloriam ejus.
Ps. Domini est terra et plenitudo ejus; orbis terrarum, et nniversi qui habitant in eo. V. Gloria Patri.

    Sachez aujourd’hui que le Seigneur va venir, et il nous sauvera ; et dès le matin vous verrez sa gloire.

Ps. La terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle renferme ; l’univers et tous ceux, qui l’habitent. Gloire au Père. Sachez.

 

    Dans la Collecte, l’Église semble encore préoccupée de la venue du Christ comme Juge ; mais c’est la dernière fois qu’elle fera allusion à ce dernier Avènement. Désormais, elle sera toute à ce Roi pacifique, à cet Époux qui vient à elle ; et ses enfants doivent imiter sa confiance.

PRIONS

    Deus, qui nos redemptionis nostrae annua exspectatione laetificas: praesta, ut Unigenitum tuum, quem redemptorem laeti suscipimus, venientem quoque Judicem securi videamus, Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum. Qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen.

    O Dieu ! qui nous comblez de joie tous les ans, par l’attente de notre Rédemption ; faites que, comme nous recevons avec allégresse votre Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’il vient nous racheter, nous puissions pareillement le contempler avec assurance lorsqu’il viendra nous juger : Lui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

 

    Dans l’Épître, l’Apôtre saint Paul, s’adressant aux Romains, leur annonce la dignité et la sainteté de l’Évangile, c’est-à-dire de cette bonne Nouvelle que les Anges vont faire retentir dans la nuit qui s’approche. Or, le sujet de cet Évangile, c’est le Fils qui est né à Dieu de la race de David selon la chair, et qui vient pour être dans l’Église le principe de la grâce et de l’Apostolat, par lesquels il fait qu’après tant de siècles, nous sommes encore associés aux joies d’un si grand Mystère.

    EPITRE.

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Romanos. Cap. I.

Paulus, servus Jesu Christi, vocatus Apostolus, segregatus in Evangelium Dei, quod ante promiserat per Prophetas quod in scripturis Sanctis, de Filio suo, qui factus est ei ex semine David secundum carnem, qui praedestinatus est Filius Dei in virtute, secundum Spiritum sanctificationis, ex resurrectione mortuorum, Jesu Christi Domini nostri: per quem accepimus Gratiam, et Apostolatum, ad obediendum fidei in omnibus gentibus pro nomine ejus, in quibus estis et vos vocati Jesu Christi Domini nostri.

 

Lecture de l’Épître de saint Paul aux Romains. CHAP. I.

    Paul, serviteur de Jésus-Christ, Apôtre par la vocation divine, choisi pour prêcher l’Évangile de Dieu (que Dieu avait promis longtemps auparavant par ses prophètes, dans les Écritures saintes), au sujet du Fils qui lui est né, de la race de David selon la chair ; lequel a été prédestiné Fils de Dieu dans la puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts ; au sujet, dis-je, de Jésus-Christ notre Seigneur, par qui nous avons reçu la Grâce et l’Apostolat, pour rendre obéissantes à la foi, parla vertu de son Nom, toutes les nations, au nombre desquelles vous aussi avez été appelés par Jésus-Christ notre Seigneur.

    GRADUEL.

    Hodie scietis quia veniet Dominus, et salvabit nos: et mane videbitis gloriam ejus.
V. Qui regis Israel intende: qui deducis velut ovem Joseph: qui sedes super Cherubim, appare coram Ephraim, Benjamin et Manasse.

    Sachez aujourd’hui que le Seigneur va venir, et il nous sauvera ; et dès le matin vous verrez sa gloire. V/. Regardez-nous, ô vous qui régissez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis. Vous qui êtes assis sur les Chérubins, paraissez aux yeux d’Ephraïm, de Benjamin et de Manassé.

    Si la Vigile de Noël tombe un Dimanche, on ajoute l’Alleluia avec son Verset, ainsi qu’il suit :

Alleluia, alleluia.
V. Crastina die delebitur iniquitas terrae, et regnabit super nos Salvator mundi.Alleluia.

Alleluia alleluia

V/. Demain sera effacée l’iniquité de la terre, et le Sauveur du monde régnera sur nous. Alleluia.

 

    L’Évangile de cette Messe est le passage dans lequel saint Matthieu raconte les inquiétudes de saint Joseph et la vision de l’Ange. Il convenait que cette histoire, l’un des préludes de la Naissance du Sauveur, ne fût pas omise dans la Liturgie ; et jusqu’ici le lieu de la placer ne s’était pas présenté encore. D’autre part, cette lecture convient à la Vigile de Noël, à raison des paroles de l’Ange, qui indique le nom de Jésus comme devant être donné à l’Enfant de la Vierge, et qui annonce que cet enfant merveilleux sauvera son peuple du péché.

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. I.

Cum esset desponsata mater Jesu Maria Joseph, antequam convenirent, inventa est in utero habens de Spiritu Sancto. Joseph autem vir ejus, quum esset Justus, et nollet eam traducere, voluit occulte dimittere eam. Haec autem eo cogitante, ecce Angelus Domini apparuit in somnis ei, dicens: Joseph, fili David, noli timere accipere Mariam conjugem tuam: quod enim in ea natum est, de Spiritu Sancto est. Pariet autem filium: et vocabis nomen ejus Jesum: ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum.

 

La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. CHAP. I.

    Marie, mère de Jésus, ayant épousé Joseph, se trouva enceinte par l’opération du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent été ensemble. Joseph, son époux, qui était juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la quitter secrètement. Mais lorsqu’il était dans cette pensée, l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie ton épouse ; car ce qui est né en elle vient du Saint-Esprit ; et elle enfantera un fils à qui tu donneras le nom de Jésus : car ce sera lui qui sauvera son peuple, en le délivrant de ses péchés.

 

    OFFERTOIRE.

Tollite portas, principes vestras, et elevamini, portae aeternales: et introibit Rex gloriae.

O princes ! ouvrez vos portes ; portes éternelles, élevez-vous ; et le Roi de gloire fera son entrée.

    SECRETE.

    Da nobis, quaesumus, omnipotens Deus: ut sicut adoranda Filii tui natalitia praevenimus; sic ejus munera capiamus sempiterna gaudentes. Qui tecum vivit et regnat is saecula saeculorum. Amen.

    ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant, que de même que nous prévenons par nos vœux l’adorable Naissance de votre Fils ; ainsi nous recevions dans la joie les dons éternels de Celui qui vit et règne avec vous, dans les siècles des siècles ! Amen.

 

    Pendant la Communion, l’Église se réjouit de goûter déjà dans le Sacrement Eucharistique Celui dont la chair purifie et nourrit notre propre chair, et elle puise dans la consolation que cet aliment divin porte avec lui, la force d’attendre jusqu’à ce moment suprême où les Anges vont l’appeler à la Crèche du Messie.

 

    COMMUNION.

Revelabitur gloria Domini: et videbit omnis caro Salutare Dei nostri.

La gloire du Seigneur va se révéler, et toute chair verra le Sauveur que notre Dieu envoie.

    POSTCOMMUNION.

    Da nobis, quaesumus, Domine, unigeniti Filii tui recensita Nativitate respirare: cujus coelesti Mysterio pascimur, et potamur. Per eumdem. 

    Donnez-nous, Seigneur, de respirer, par la consolation que nous donne la pensée de la Naissance de votre Fils unique, dont le céleste Mystère est pour nous une nourriture et un breuvage. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Les Liturgies Ambrosienne et Mozarabe ont peu de choses saillantes dans l’Office et la Messe de la Vigile de Noël : nous ne leur emprunterons donc rien, et nous nous bornerons à puiser dans l’Anthologie des Grecs quelques strophes du chant qu’ils ont intitulé : Le commencement des Heures de la Nativité ; Tierce, Sexte et None.

 

    HYMNE POUR LA VIGILE DE NOËL.

    (Tirée de l’Anthologie des Grecs.)

    Inscribebatur die quadam cum sene Joseph, tanquam ex semine David, in Bethlehem, Maria, sine semine foetum utero gestans; advenerat pariendi tempus, et nullus erat in diversorio locus, sed pro splendido palatio spelunca Reginae aderat.

Adimpleri nunc urget propheticum praeconium mystice nuncians: Et tu, Bethlehem, terra Juda, nequaquam minima es in principibus, prima  adorans speluncam. Ex te enim mihi veniet dux gentium, per carnem ex puella Virgine, Christus Deus qui reget populum suum novum Israel. Demus ei omnes magnificentiam.

Iste Deus noster, praeter eum non numerabitur alius, natus ex Virgine, et cum hominibus conversatus: in pauperculo jacens praesepio Filius Unigenitus mortalis apparet, et fasciis implicatur gloriae Dominus: Stella Magis indicat ut illum adorent, nosque canamus: Trinitas sancta, salva animas nostras.

Venite, fideles: divinitus extollamur, Deumque videamus ex alto in Bethlehem manifeste descendentem, et sursum mentem elevantes, pro myrrha vita? afferamus virtutes, praeordinantes cum fide natalitium introitum, et dicamus: Gloria in excelsis Deo qui trinus est, cujus erga homines manifestatur benevolentia! qui Adam redimens et plasma tuum elevasti, philanthrope!

Audi, coelum, et auribus percipe, terra: commoveantur fundamenta orbis, tremorem apprehendant terrestria; quia Deus et auctor carnis plasmatis formam induit, et qui creaturam creatrice corroboravit manu, misericordia motus videtur forma indutus. O divitiarum sapientiae scientiaeque Dei abyssus! quam inscrutabilia illius judicia, et investigabiles viae ejus!

Venite, Christiferi populi, videamus prodigium omnem stupefaciens et cohibens cogitationem, et pie procumbentes cum fide hymnificemus. Hodie ad Bethlehem puella advenit paritura Dominum; praecurrunt Angelorum chori: illamque videns Joseph sponsus ejus clamabat: Quidnam in te prodigiosum mysterium, Virgo? Et quomodo parturire debes, jugi expers juvenca.

Hodie nascitur ex Virgine qui pugillo omnem creaturam continet: panniculis sicut mortalis fasciatur qui essentia intactibilis est; Deus in praesepio reclinatur, qui olim in principio coelos stabilivit; ex uberibus lacte nutritur per quem in deserto manna pluebat populo; Magos advocat Sponsus Ecclesiae; dona illorum accipit Virginis Filius. Adoramus tuam Nativitatem, Christe; ostende nobis tuas divinas Theophanias.

 

    On inscrivit un jour à Bethléhem avec le vieillard Joseph, comme issue de la race de David, Marie qui portait en son sein virginal un fruit divin. Le temps d’enfanter était arrivé ; et il n’y avait plus de place en l’hôtellerie ; une grotte restait pour auguste palais à la vierge Reine.

    Voici venir tout à l’heure l’accomplissement de la mystique promesse du Prophète : « Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre entre les principautés, toi qui la première ornes la divine grotte : de toi me viendra le chef des Nations, né selon la chair d’une tendre Vierge, le Christ Dieu qui régira son nouveau peuple d’Israël. » Donnons-lui nos louanges.

    Celui-ci est notre Dieu, né d’une Vierge et conversant parmi les hommes ; nous n’en connaîtrons point d’autre ; le Fils unique gisant dans une pauvre étable apparaît sous la forme d’un mortel, et le Seigneur de gloire est enveloppé de langes : l’Etoile invite les Mages à le venir adorer ; et nous, disons en nos chants : O Trinité sainte ! sauvez nos âmes.

    Venez, Fidèles, livrons-nous à de divins transports ; venez voir un Dieu descendre vers nous du haut du ciel en Bethléhem : élevons nos âmes en haut ; pour la myrrhe apportons les vertus de notre vie ; ornons-en d’avance son entrée en ce monde, et disons : Gloire au plus haut des cieux, à Dieu qui est un en trois personnes, lequel daigne manifester aux hommes sa grande miséricorde ! car, ô Christ ! vous avez racheté Adam et relevé l’œuvre de vos mains, ô ami des hommes !

    Écoutez, ô cieux ! terre, prête l’oreille ; que l’univers s’ébranle jusque dans ses fondements, et que tout ce qu’il renferme soit saisi de frayeur. Le Dieu auteur de la chair prend lui-même une forme, et Celui qui de sa main créatrice corrobora toute créature, par une miséricordieuse compassion, parait revêtu d’un corps. O abîme des richesses de la sagesse et science de Dieu ! combien ses jugements sont incompréhensibles , combien ses voies impénétrables !

    Venez, peuples chrétiens, voyons le prodige qui dépasse toute pensée, qui frappe d’étonnement toute imagination ; et pieusement prosternés, chantons avec foi des hymnes de louange. Aujourd’hui la Vierge vient à Béthléhem mettre au monde le Seigneur ; les chœurs des Anges la précèdent ; Joseph son époux la voit et s’écrie : Quel prodige aperçois-je en toi, ô Vierge ! Comment pourras-tu enfanter, tendre génisse qui ne connus point le joug ?

    Aujourd’hui naît d’une Vierge Celui dont la main contient toute créature ; Celui qui par essence est insaisissable, devenu semblable à un mortel, est enveloppé de langes ; il gît dans une crèche Celui qui au commencement posa les cieux sur leurs fondements ; Celui qui au désert faisait pleuvoir la manne pour son peuple, est nourri du lait de la mamelle ; l’Époux de l’Église invite les Mages, et le Fils de la Vierge accepte leurs présents. Nous adorons votre Nativité, ô Christ ! favorisez-nous de vos divines manifestations.

 

    Considérons la très pure Marie, toujours accompagnée de son fidèle époux Joseph, sortant de Jérusalem et se dirigeant vers Béthléhem. Ils y arrivent après quelques heures de marche, et, pour obéira la volonté céleste, ils se rendent au lieu où ils devaient être enregistrés, selon l’édit de l’Empereur. On inscrit sur le registre public un artisan nommé Joseph, charpentier à Nazareth de Galilée ; sans doute on ajoute le nom de son épouse Marie qui l’a accompagné dans le voyage ; peut-être même est-elle qualifiée de femme enceinte, dans son neuvième mois : c’est là tout. O Verbe incarné ! aux yeux des hommes, vous n’êtes donc pas encore un homme ? vous visitez cette terre, et vous y êtes inconnu ; et pourtant, tout ce mouvement, toute l’agitation qu’entraîne le dénombrement de l’Empire, n’ont d’autre but que d’amener Marie, votre auguste Mère, à Bethléem, afin qu’elle vous y mette au monde.

    O Mystère ineffable ! que de grandeur dans cette bassesse apparente ! que de puissance dans cette faiblesse ! Toutefois, le souverain Seigneur n’est pas encore descendu assez. Il a parcouru les demeures des hommes, et les hommes ne l’ont pas reçu. Il va maintenant chercher un berceau dans l’étable des animaux sans raison : c’est là qu’en attendant les cantiques des Anges, les hommages des Bergers, les adorations des Mages, il trouvera le bœuf qui connaît son Maître, et l’âne qui s’attache à la crèche de son Seigneur. » O Sauveur des hommes, Emmanuel, Jésus, nous allons nous rendre aussi à l’étable ; nous ne laisserons pas s’accomplir solitaire et délaissée la nouvelle Naissance que vous allez prendre en cette nuit qui s’approche. A cette heure, vous allez frappant aux portes de Bethléem, sans que les hommes consentent à vous ouvrir ; vous dites aux âmes, par la voix du divin Cantique : « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie ! car ma tête est pleine de rosée, et mes cheveux imbibés des gouttes de la nuit. »

    Nous ne voulons pas que vous franchissiez notre demeure : nous vous supplions d’entrer ; nous nous tenons vigilants à notre porte. « Venez donc, « ô Seigneur Jésus ! venez ! »

 

FIN DE L’AVENT

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