L’Année liturgique : le carême, historique, mystique, pratique, prières

 

 

L’ANNÉE LITURGIQUE

 

par

 

R. P. DOM PROSPER GUERANGER

 

ABBE DE SOLESMES

 

 

 

 

LE CARÊME

 

SEIZIÈME ÉDITION

 

 

1903

 

 

 

 

 

 

 

De licentia Superiorum

IMPRIMATUR :

+ HENRICUS, Episc. Pictaviensis.

28 Maii 1903.

 

 

 

 

 

 

LIBRAIRIE RELIGIEUSE H. OUDIN

PARIS

9, RUE SOUFFLOT

POITIERS

9, RUE DU CHAUDRON-D’OR

 

 

 

L’ANNÉE LITURGIQUE

 

PRÉFACE.

    Nous entrons, par ce nouveau volume, dans le saint temps du Carême ; mais telle est la richesse de la Liturgie dans cette saison, qu’il nous a été impossible de conduire le lecteur au delà du samedi de la quatrième semaine. La semaine de la Passion et la Semaine sainte, qui complètent les quarante jours de la pénitence annuelle, demandent à être traitées avec des développements que nous n’eussions pu introduire dans ce volume sans le conduire à des proportions par trop exagérées.

    Son étendue est déjà considérable, bien qu’il ne comprenne que les deux tiers de la carrière que nous avons à parcourir. Nous l’avons intitulé le Carême ; néanmoins les deux semaines qui nous restent à traiter sont aussi comprises dans le Carême ; on peut même dire qu’elles en sont la partie principale et la plus sacrée. Toutefois, en attribuant le nom de Carême a cette première section, nous n’avons fait que ce que fait la Liturgie elle-même, qui ne maintient cette dénomination que jusqu’au samedi de la quatrième semaine, donnant aux deux semaines suivantes les noms de Semaine de la Passion et de Grande Semaine. Notre volume suivant sera donc intitulé : La Passion et la Semaine sainte.

    Nous faisons des vœux pour que nos lecteurs, déjà initiés, par le Temps de la Septuagésime, aux fortes et salutaires pensées que l’Église cherchait dès lors à leur suggérer, pénètrent maintenant dans l’esprit du Carême, à l’aide des lectures sacrées qui vont leur être proposées chaque jour. Nous y avons joint notre humble glose ; mais telle est l’abondance de la doctrine qui ressort de cet enseignement séculaire, qu’il nous a fallu nous borner à relever seulement quelques traits. Des développements plus complets nous eussent contraint à écrire un volume entier pour chaque semaine. On rencontre aujourd’hui si peu de personnes qui possèdent la clef des saintes Écritures, que souvent les choses qui étaient les plus familières à nos pères sont aujourd’hui totalement ignorées de leurs descendants. Daigne le Seigneur bénir nos faibles essais, et répandre sur les catholiques de France cet esprit d’intelligence des choses saintes qui nourrit la foi et féconde la vie chrétienne !

 

LE CARÊME

CHAPITRE PREMIER. — HISTORIQUE DU CARÊME.

    On donne le nom de Carême au jeûne de quarante jours par lequel l’Église se prépare à célébrer la fête de Pâques ; et l’institution de ce jeûne solennel remonte aux premiers temps du Christianisme. Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même l’a inauguré par son exemple, en jeûnant quarante jours et quarante nuits dans le désert ; et s’il n’a pas voulu, dans sa suprême sagesse, en faire un commandement divin qui dès lors n’eût plus été susceptible de dispense, il a du moins déclaré que le jeûne imposé si souvent par l’ordre de Dieu dans l’ancienne loi serait aussi pratiqué par les enfants de la loi nouvelle.

    Un jour, les disciples de Jean s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi, tandis que nous et les pharisiens jeûnons fréquemment, vos disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus daigna leur répondre : « Est-ce que les enfants de l’Époux peuvent être dans le deuil, tandis que l’Époux est avec eux ? Il viendra un temps où l’Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront 1 . »

    Aussi voyons-nous, par le livre des Actes des Apôtres, les disciples du Sauveur, après la fondation de l’Église, s’appliquer au jeûne et le recommander aux fidèles dans les Épîtres qu’ils leur adressent. La raison de cette conduite est facile à saisir. L’homme est demeure pécheur, même après l’accomplissement des mystères divins par lesquels le Christ a opéré notre salut ; l’expiation est donc encore nécessaire.

    C’est pourquoi les saints Apôtres, venant au secours de notre faiblesse, statuèrent, dès le commencement du christianisme, que la solennité de la Pâque serait précédée d’un jeûne universel ; et l’on détermina tout naturellement pour cette carrière de pénitence le nombre de quarante jours, que l’exemple du Sauveur lui-même avait marqué. L’institution apostolique du Carême nous est attestée par saint Jérôme 2 , saint Léon le Grand 3 , saint Cyrille d’Alexandrie 4 , saint Isidore de Seville 5 , etc., bien qu’il y ait eu à l’origine des variétés assez considérables dans la manière d’appliquer cette loi.

    On a vu déjà, dans le Temps de la Septuagésime, que les Orientaux commencent leur Curé me avant les Latins, parce que leur coutume étant de ne pas jeûner les samedis, ni même les jeudis en certains lieux, ils sont contraints, pour arriver a la mesure voulue, de précéder l’Occident dans la carrière de la pénitence. Ces sortes d’exceptions sont du nombre de celles qui confirment la règle. Nous avons fait voir aussi comment l’Église latine, qui, primitivement, ne jeûnait que trente-six jours sur les six semaines du Carême, le jeûne du dimanche avant été de tout temps prohibé dans l’Église, a cru devoir ajouter postérieurement les quatre derniers jours de la semaine de Quinquagésime, afin de former rigoureusement le nombre de quarante jours de jeûne.

    La matière du Carême ayant été traitée souvent et avec abondance, nous sommes contraint d’abréger considérablement les détails dans l’exposé historique que nous faisons ici, afin de ne pas dépasser les proportions de cet ouvrage ; nous ferons en sorte cependant de ne rien omettre d’essentiel. Puissions-nous réussir a faire comprendre aux fidèles l’importance et la gravite de cette sainte institution, qui est destinée a remplir une si grande part dans l’œuvre du salut de chacun de nous !

    Le Carême est un temps spécialement consacré à la pénitence ; et la pénitence s’y exerce principalement par la pratique du jeûne. Le jeûne est une abstinence volontaire que l’homme s’impose en expiation de ses pèches, et qui, durant le Carême, s’accomplit en vertu d’une loi générale de l’Église. Dans la discipline actuelle de l’Occident, le jeûne du Carême n’est pas d’une plus grande rigueur que celui qui est imposé aux Vigiles de certaines fêtes et aux Quatre-Temps ; mais il s’étend à toute la série des quarante jours, et n’est suspendu que par la solennité du dimanche.

    Nous n’avons pas besoin de démontrera des chrétiens l’importance et l’utilité du jeûne ; les divines Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament déposent tout entières en faveur de cette sainte pratique. On peut même dire que la tradition de tous les peuples vient y joindre son témoignage ; car cette idée que l’homme peut apaiser la divinité en soumettant son corps à l’expiation a fait le tour du monde et se retrouve dans toutes les religions, même les plus éloignées delà pureté des traditions patriarcales.

    Saint Basile, saint Jean Chrysostôme, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand ont remarqué que le précepte auquel furent soumis nos premiers parents dans le paradis terrestre était un précepte d’abstinence, et que c’est pour ne pas avoir gardé cette vertu qu’ils se sont précipités dans un abîme de maux, eux et toute leur postérité. La vie de privations à laquelle le roi déchu de la création se vit soumis désormais sur la terre, qui ne devait plus produire pour lui que des ronces et des épines, montra dans tout son jour cette loi d’expiation que le Créateur irrité a imposée aux membres révoltés de l’homme pécheur.

    Jusqu’au temps du déluge, nos ancêtres soutinrent leur existence par Tunique secours des fruits de la terre, qu’ils ne lui arrachaient qu’à force de travail. Mais lorsque Dieu, comme nous l’avons vu, jugea à propos, dans sa sagesse et dans sa miséricorde, d’abréger la vie de l’homme, afin de resserrer le cercle de ses dépravations, il daigna lui permettre de se nourrir de la chair des animaux, comme pour suppléer à l’appauvrissement des forces de la nature. En même temps Noé, poussé par un instinct divin, exprimait le jus de la vigne ; et un nouveau supplément était apporté à la faiblesse de l’homme.

    La nature du jeûne a donc été déterminée d’après ces divers éléments qui servent à la sustentation des forces humaines ; et d’abord il a dû consister dans l’abstinence de la chair des animaux, parce que ce secours, offert par la condescendance de Dieu, est moins rigoureusement nécessaire à la vie. La privation de la viande, avec les adoucissements que l’Église a consentis, est demeurée comme essentielle dans la notion du jeune : ainsi on a pu, selon les pays, tolérer l’usage des œufs. des laitages, de la graisse même ; mais on l’a fait sans abandonner le principe fondamental, qui consiste dans la suspension réelle de l’usage de la chair des animaux. Durant un grand nombre de siècles, comme aujourd’hui encore dans les Églises de l’Orient, les œufs et tous les laitages demeuraient interdits, parce qu’ils proviennent des substances animales ; et ils ne sont même permis aujourd’hui dans les Églises latines qu’en vertu d’une dispense annuelle et plus ou moins générale. Telle est même la rigueur du précepte de l’abstinence de la viande, qu’il n’est pas suspendu le dimanche en Carême, malgré l’interruption du jeûne, et que ceux qui ont obtenu dispense des jeûnes de la semaine demeurent sous l’obligation de cette abstinence, à moins qu’elle n’ait été levée par une dispense spéciale.

    Dans les premiers siècles du christianisme, le jeûne renfermait aussi l’abstinence du vin ; c’est ce que nous apprenons de saint Cyrille de Jérusalem 6 , de saint Basile 7 , de saint Jean Chrysostôme 8 , de Théophile d’Alexandrie 9 etc. Cette rigueur a disparu d’assez bonne heure chez les Occidentaux ; mais elle s’est conservée plus longtemps chez les chrétiens d’Orient.

    Enfin le jeûne, pour être complet, doit s’étendre, dans une certaine mesure, jusqu’à la privation delà nourriture ordinaire : en ce sens qu’il ne comporte qu’un seul repas par jour. Telle est l’idée que Ton doit s’en former et qui résulte de toute la pratique de l’Église, malgré les nombreuses modifications qui se sont produites, de siècle en siècle, dans la discipline du Carême.

    L’usage des Juifs, dans l’Ancien Testament, était de différer jusqu’au soleil couché l’unique repas permis dans les jours de jeûne. Cette coutume passa dans l’Église chrétienne et s’établit jusque dans nos contrées occidentales, où elle fut gardée longtemps d’une manière inviolable. Enfin, des le IX° siècle, un adoucissement se produisit peu à peu dans l’Église latine ; et l’on trouve à cette époque un Capitulaire de Théodulphe, évêque d’Orléans, dans lequel ce prélat réclame contre ceux qui déjà se croyaient en droit de prendre leur repas à l’heure de None, c’est-à-dire à trois heures de l’après-midi 10 . Néanmoins, ce relâchement s’étendait insensiblement ; car nous rencontrons des le siècle suivant le témoignage du célèbre Rathier, évêque de Vérone, qui, dans un Sermon sur le Carême, reconnaît aux fidèles la liberté de rompre le jeûne dès l’heure de None 11 . On trouve bien encore quelques traces de réclamation au XI° siècle, dans un Concile de Rouen qui défend aux fidèles de prendre leur repas avant que l’on ait commencé à l’église l’Office des Vêpres, à l’issue de celui de None 12
; mais on entrevoit déjà ici l’usage d’anticiper l’heure des Vêpres, afin de donner aux fidèles une raison d’avancer leur repas.

    Jusque vers cette époque, en effet, la coutume avait été de ne célébrer la Messe, les jours de jeûne, qu’après avoir chanté l’Office de None qui commençait vers trois heures, et de ne chanter les Vêpres qu’au moment du coucher du soleil. La discipline du jeûne s’adoucissant graduellement, l’Église ne jugea pas à propos d’intervertir l’ordre de ses Offices qui remontait à la plus haute antiquité ; mais successivement elle anticipa d’abord les Vêpres, puis la Messe, puis enfin None, de manière à permettre que les Vêpres se pussent terminer avant midi, lorsque la coutume eut enfin autorisé les fidèles à prendre leur repas au milieu de la journée.

    Au XII° siècle, nous voyons par un passage de Hugues de Saint-Victor que l’usage de rompre le jeûne à l’heure de None était devenu général 13 ; cette pratique fut consacrée au XIII° siècle par l’enseignement des docteurs scolastiques. Alexandre de Halès, dans sa Somme, l’enseigne formellement 14 . et saint Thomas d’Aquin n’est pas moins exprès 15 .

    Mais l’adoucissement devait s’étendre encore ; et nous voyons, dès la fin du même XIII° siècle, le docteur Richard de Middleton, célèbre franciscain, enseigner que l’on ne doit pas regarder comme transgresseurs du jeûne ceux qui prendraient leur repas à l’heure de Sexte, c’est-à-dire à midi, parce que, dit-il, cet usage à déjà prévalu en plusieurs endroits, et que l’heure à laquelle on mange n’est pas aussi nécessaire à l’essence du jeûne que l’unité du repas 16 .

    Le XIV° siècle consacra par sa pratique et par un enseignement formel le sentiment de Richard de Middleton. Nous citerons en témoignage le fameux docteur Durand de Saint-Pourçain, dominicain et évêque de Meaux. Il ne fait aucune difficulté d’assigner l’heure de midi pour le repas dans les jours de jeûne ; telle est, dit-il, la pratique du pape, des cardinaux et même des religieux 17 . On ne doit donc pas être surpris de voir cet enseignement maintenu au XV° siècle par les plus graves auteurs, comme saint Antonin, Étienne Poncher, évêque de Paris, le cardinal Cajétan, etc. En vain Alexandre de Halès et saint Thomas avaient cherché à retarder la décadence du jeûne en fixant pour le repas l’heure de None ; ils furent bientôt débordés, et la discipline actuelle s’établit, pour ainsi dire, dès leur temps.

    Mais, par l’avancement même de l’heure du repas, le jeûne, qui consiste essentiellement à ne faire que cet unique repas, était devenu d’une pratique difficile, à raison du long intervalle qui s’écoule d’un midi à l’autre. Il fallut donc venir au secours de la faiblesse humaine, en autorisant ce qu’on a appelé la Collation. La première origine de cet usage est fort ancienne, et provient des coutumes monastiques. La Règle de saint Benoît prescrivait, en dehors du Carême ecclésiastique, un grand nombre de jeûnes ; mais elle en tempérait la rigueur, en permettant le repas à l’heure de None : ce qui rendait ces jeûnes moins pénibles que ceux du Carême, auxquels tous les fidèles, séculiers ou religieux, étaient tenus jusqu’au coucher du soleil. Néanmoins, comme les moines se trouvaient avoir à accomplir les plus rudes travaux de la campagne durant l’été et l’automne, époque où ces jeunes jusqu’à None étaient fréquents, et devenaient même journaliers, à partir du 14 septembre ; les Abbés, usant d’un pouvoir fondé sur la Règle elle-même, accordèrent aux religieux la liberté de boire sur le soir un coup de vin avant les Compiles, afin de restaurer leurs forces épuisées par les fatigues de la journée. Ce soulagement se prenait en commun, et au moment où l’on faisait la lecture du soir appelée Conférence, en latin Collatio, parce qu’elle consistait principalement à lire les célèbres Conférences (Collationes) de Cassien : de là vint le nom de Collation donné à cet adoucissement du jeûne monastique.

    Dès le IX° siècle, nous voyons l’Assemblée d’Aix-la-Chapelle de 817 18 , étendre aux jeûnes même du Carême celte liberté, à raison de la grande fatigue qu’éprouvaient les moines dans les Offices divins de ce saint temps. Mais on remarqua dans la suite que l’usage de cette boisson pouvait avoir des inconvénients pour la santé, si l’on n’y joignait pas quelque chose de solide ; et du XIV° au XV° siècle, l’usage s’introduisit de donner aux religieux un léger morceau de pain qu’ils mangeaient en prenant le coup de vin qui leur était accordé à la Collation.

    Ces adoucissements du jeûne primitif s’étant introduits dans les cloîtres, il était naturel qu’ils s’étendissent bientôt aux séculiers eux-mêmes. La liberté de boire hors de l’unique repas s’établit peu à peu ; et dès le XIII° siècle saint Thomas, examinant la question de savoir si la boisson rompt le jeûne, la résout négativement 19  ; toutefois, il n’admet pas encore que l’on puisse joindre à cette boisson une nourriture solide. Mais lorsque, dès la fin du XIII° siècle et dans le cours du XIV°, le repas eut été, sans retour, avancé à midi, une simple boisson dans la soirée ne pouvait plus suffire pour soutenir les forces du corps ; ce fut alors que l’usage de prendre du pain, des herbes, des fruits, etc., outre la boisson, s’introduisit à la fois dans les cloîtres et dans le siècle, à la condition cependant d’user de ces aliments avec une telle modération que la collation ne fût jamais transformée en un second repas.

    Telles furent les conquêtes que le relâchement de la ferveur, et aussi l’affaiblissement gênerai des forces chez les peuples occidentaux obtinrent sur l’antique observance du jeûne. Toutefois, ces envahissements ne sont pas les seuls que nous ayons à constater. Durant de longs siècles l’abstinence de la viande entraînait l’interdiction de tout ce qui provient du règne animal, sauf le poisson, qui a toujours été privilégié à cause de sa nature froide, et pour diverses raisons mystérieuses fondées sur les saintes Écritures. Les laitages de toute espèce furent longtemps prohibés ; et aujourd’hui encore le beurre et le fromage sont détendus à Home, tous les jours où n’a pas été donnée la dispense pour manger de la viande.

    Dès le IX° siècle, l’usage s’établit dans l’Europe occidentale, particulièrement en Allemagne et dans les pays septentrionaux, d’user des laitages en Carême ; le concile de Kedlimbourg, au XI° siècle, s’efforça en vain de le déraciner 20 . Après avoir essayé de légitimer cette pratique, au moyen de dispenses temporaires qu’elles obtenaient des souverains pontifes, ces Églises finirent par jouir paisiblement de leur coutume. Jusqu’au XVI° siècle, les Églises de France maintinrent l’ancienne rigueur, qui parait n’avoir cédé tout à fait que dans le XVII°. En réparation de cette brèche faite à l’ancienne discipline, et comme pour compenser par un acte pieux et solennel le relâchement qui s’était introduit sur cet article des laitages, toutes les paroisses de Paris, auxquelles se joignaient les Dominicains, les Franciscains, les Carmes et les Augustins, se rendaient en procession à l’Église de Notre-Dame, le Dimanche de Quinquagésime ; et ce même jour, le Chapitre métropolitain, avec le clergé des quatre paroisses qui lui étaient sujettes, allait faire une station dans la cour du Palais, et chanter une Antienne devant la relique de la vraie Croix qui était exposée dans la Sainte-Chapelle. Ces pieux usages, qui avaient pour but de rappeler l’ancienne discipline, ont duré jusqu’à la Révolution.

    Mais la concession des laitages n’entraînait pas la liberté d’user des œufs en Carême. Sur ce point, l’ancienne règle est demeurée en vigueur ; et cet aliment n’est jamais permis que selon la teneur de la dispense qui peut être donnée annuellement. A Rome, les œufs demeurent toujours prohibés, les jours où la dispense pour user de la viande n’a pas été octroyée ; en d’autres lieux, les œufs permis à certains jours demeurent interdits en d’autres, et particulièrement dans la Semaine sainte. On voit que partout l’Église, préoccupée du bien spirituel de ses enfants, a cherché à maintenir, dans leur intérêt, tout ce qu’elle a pu conserver des salutaires observances qui doivent les aider à satisfaire à la justice de Dieu. C’est en vertu de ce principe que Benoît XIV, alarmé de l’extrême facilité avec laquelle dès son temps les dispenses de l’abstinence se multipliaient de toutes parts, a renouvelé par une solennelle Constitution, en date du 10 juin 1745, la défense de servir sur la même table du poisson et de la viande aux jours de jeune.

    Ce même Pontife, que l’on n’a jamais accusé d’exagération, adressa dès la première année de son pontificat, le 3o mai 1741, une Lettre Encyclique à tous les Evoques du monde chrétien, dans laquelle il exprime avec force la douleur dont il est pénétré à la vue du relâchement qui déjà s’introduisait partout au moyen des dispenses indiscrètes et non motivées. « L’observance du Carême, disait le Pontife, est le lien de notre milice ; c’est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c’est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et Ton ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d’infortunes pour les particuliers 21 . »

    Un siècle s’est écoulé depuis ce solennel avertissement du Pontife, et le relâchement qu’il eût voulu ralentir est toujours allé croissant. Combien compte-t-on dans nos cités de chrétiens strictement fidèles à l’observance du Carême, en la forme pourtant si réduite que nous avons exposée ? Ne voyons-nous pas chaque année les Pasteurs des Églises publier des dispenses générales toujours plus étendues, et en même temps le nombre de ceux qui s’astreignent à ne pas dépasser ces dispenses diminuer de jour en jour ? Où nous conduira cette mollesse qui s’accroît sans fin, si ce n’est à l’abaissement universel des caractères et par là au renversement de la société ? Déjà les tristes prédictions de Benoît XIV ne sont que trop visiblement accomplies. Les nations chez lesquelles l’idée de l’expiation vient à s’éteindre défient la colère de Dieu ; et il ne reste bientôt plus pour elles d’autre sort que la dissolution ou la conquête. De pieux et courageux étions ont été faits pour relever l’observation du Dimanche, au sein de nos populations asservies sous l’amour du gain et de la spéculation. Des succès inespérés sont venus couronner ces efforts ; qui sait si le bras du Seigneur levé pour nous frapper ne s’arrêtera pas, en présence d’un peuple qui commence à se ressouvenir de la maison de Dieu et de son culte ? Nous devons l’espérer ; mais cet espoir sera plus ferme encore, lorsque Ton verra les chrétiens de nos sociétés amollies et dégénérées rentrer, à l’exemple des Ninivites, dans la voie trop longtemps abandonnée de l’expiation et de la pénitence.

    Mais reprenons notre récit historique, et signalons encore quelques traits de l’antique fidélité des chrétiens aux saintes observances du Carême. Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici la forme des premières dispenses dont les annales de l’Église ont conservé le souvenir : on y puisera un enseignement salutaire.

    Au XIIIe siècle, l’archevêque de Brague recourait au Pontife Romain, qui était alors le grand Innocent III, pour lui faire savoir que la plus grande partie de son peuple avait été obligée de se nourrir de viande durant le Carême, par suite d’une disette qui avait privé la province de toutes les provisions ordinaires ; le prélat demandait au pape quelle compensation il devait imposer aux fidèles pour cette violation forcée de l’abstinence quadragésimale. Il consultait en outre le Pontife sur la conduite à tenir à L’égard des malades qui demandaient dispense pour user d’aliments gras. La réponse d’Innocent III, qui est insérée au Corps du Droit 22 , est pleine de modération et de charité, comme on devait s’y attendre ; mais nous apprenons par ce fait que tel était alors le respect pour la loi générale du Carême, que l’on ne voyait que l’autorité du souverain pontife qui pût en délier les fidèles. Les âges suivants n’eurent point une autre manière d’entendre la question des dispenses.

    Venceslas, roi de Bohême, se trouvant atteint d’une infirmité qui rendait nuisibles à sa santé les aliments de Carême, s’adressa, en 1297, à Boniface VIII, afin d’obtenir la permission d’user de la viande. Le Pontife commit deux Abbés de l’Ordre de Cîteaux pour informer au sujet de l’état réel de la santé du prince ; et, sur leur rapport favorable, il accorda la dispense demandée, y mettant toutefois les conditions suivantes : que l’on s’assurerait si le roi ne se serait pas engagé par vœu à jeûner toute sa vie pendant le Carême ; que les vendredis, les samedis et la Vigile de saint Mathias seraient exceptés de là dispense ; enfin que le roi mangerait en particulier, et le ferait sobrement 23 .

    Nous trouvons au XIV° siècle deux brefs de dispense adressés par Clément VI, en 1351, à Jean, roi de France, et à la reine son épouse. Dans le premier, le Pape, ayant égard à ce que le roi, durant les guerres auxquelles il est occupé, se trouve souvent en des lieux où le poisson est rare, accorde au confesseur de ce prince le pouvoir de permettre, à lui et à ceux qui seront à sa suite, l’usage de la viande, à la réserve cependant du Carême entier, des vendredis de Tannée et de certaines Vigiles ; pourvu encore que ni le roi ni les siens ne se soient pas engagés par un vœu à l’abstinence pendant toute leur vie 24 . Par le second bref, Clément VI, répondant à la demande que lui avait présentée le roi Jean pour être exempté du jeûne, commet encore le confesseur du monarque et ceux qui lui succéderont dans cet emploi, pour le dispenser, ainsi que la reine, de l’obligation du jeûne, après avoir pris l’avis des médecins 25 .

    Quelques années plus tard, en 1376, Grégoire XI rendait un nouveau bref, en faveur du roi de Fiance Charles V et de la reine Jeanne son épouse, par lequel il déléguait à leur confesseur le pouvoir de leur accorder l’usage des œufs et des laitages, pendant le Carême, de l’avis des médecins qui demeureront chargés en conscience, aussi bien que le confesseur, d’en répondre devant Dieu. La permission s’étend aux cuisiniers et aux serviteurs, mais seulement pour goûter les mets 26 .

    Le XV° siècle continue de nous fournir des exemples de ce recours au siège apostolique pour la dispense des observances quadragésimales. Nous citerons en particulier le bref que Sixte IV adressa, en 1483, à Jacques III, roi d’Écosse, et par lequel il permet à ce prince d’user de la viande aux jours d’abstinence, toujours de l’avis du confesseur 27 . Enfin, au XVI° siècle, nous voyons Jules II accorder une faculté semblable à Jean, roi de Danemark, et à la reine Christine son épouse 28  ; et quelques années plus tard, Clément VII octroyer le même privilège à l’empereur Charles-Quint 29 , et ensuite à Henri II de Navarre et à la reine Marguerite son épouse 30 .

    Telle était donc la gravite avec laquelle on procédait encore il y a trois siècles, quand il s’agissait de délier les princes eux-mêmes d’une obligation qui tient à ce que le christianisme a de plus universel et de plus sacré. Que l’on juge d’après cela du chemin qu’ont fait les sociétés modernes dans la voie du relâchement et de l’indifférence. Que l’on compare ces populations auxquelles la crainte des jugements de Dieu et la noble idée de l’expiation faisaient embrasser chaque année de si longues et si rigoureuses privations, avec nos races molles et attiédies chez lesquelles le sensualisme delà vie éteint de jour en jour le sentiment du mal, si facilement commis, si promptement pardonne et réparé si faiblement.

    Où sont maintenant ces joies naïves et innocentes de nos pères à la fête de Pâques, lorsque, après une privation de quarante jours, ils rentraient en possession des aliments plus nourrissants et plus agréables qu’ils s’étaient interdits durant cette longue période ? Avec quel charme, et aussi quelle sérénité de conscience, ils rentraient dans les habitudes d’une vie plus facile qu’ils avaient suspendue pour affliger leurs âmes dans le recueillement, la séparation du monde et la pénitence ! Et ceci nous amène à ajouter quelques mots encore pour aider le lecteur catholique à bien saisir l’aspect de la chrétienté, dans les âges de foi, au temps du Carême.

    Que l’on se figure donc un temps durant lequel non seulement les divertissements et les spectacles étaient interdits par l’autorité publique 31 , mais où les tribunaux vaquaient, afin de ne pas troubler cette paix et ce silence des passions si favorable au pécheur pour sonder les plaies de son âme, et préparer sa réconciliation avec Dieu. Dès l’an 38o, Gratien et Théodose avaient porté une loi qui ordonnait aux juges de surseoir à toutes procédures et à toutes poursuites, quarante jours avant Pâques 32 . Le Code Théodosien renferme plusieurs autres dispositions analogues ; et nous voyons les conciles de France, encore au IX° siècle, s’adresser aux rois carlovingiens pour réclamer l’application de cette mesure, qui avait été sanctionnée par les Canons et recommandée par les Pères de l’Église 33 . La législation d’Occident a depuis longtemps laissé tomber ces traditions trop chrétiennes ; mais, il faut le dire avec humiliation, elles se sont conservées chez les Turcs qui, aujourd’hui encore, suspendent toute action judiciaire pendant la durée des trente jours de leur grand Ramadan.

    Le Carême fut longtemps jugé incompatible avec l’exercice de la chasse, à cause de la dissipation et du tumulte qu’il entraîne. Au IX° siècle, le pape saint Nicolas Ier l’interdisait durant ce saint temps aux Bulgares 34 , nouvellement convertis au christianisme ; et encore au XIII° siècle, saint Raymond de Pennafort, dans sa Somme des cas pénitentiaux, enseigne que l’on ne peut sans un péché se livrer à cet exercice durant le Carême, si la chasse est bruyante et se fait avec des chiens et des faucons 35 . Cette obligation est du nombre de celles qui sont tombées en désuétude ; mais saint Charles la renouvela pour la province de Milan, dans un de ses conciles.

    On ne s’étonnera pas sans doute de voir la chasse interdite pendant le Carême, quand on saura que, dans les siècles chrétiens, la guerre elle-même, si nécessaire quelquefois au repos et à l’intérêt légitime des nations, devait suspendre ses hostilités durant la sainte Quarantaine. Dès le IV° siècle, Constantin avait ordonné la cessation des exercices militaires les dimanches et les vendredis, pour rendre hommage au Christ, qui a souffert et est ressuscité en ces jours, et pour ne pas enlever les chrétiens au recueillement avec lequel ces mystères demandent d’être célébrés 36 . Au IX° siècle, la discipline de l’Église d’Occident exigeait universellement la suspension des armes, durant tout le Carême, hors le cas de nécessité, comme on le voit par les actes de l’assemblée de Compiègne, en 833 37 , et parles conciles de Meaux 38 et d’Aix-la-Chapelle, à la même époque 39 . Les instructions du pape saint Nicolas Ier aux Bulgares expriment la même intention 40  ; et l’on voit, par une lettre de saint Grégoire VII à Didier, Abbé du Mont-Cassin, que cette règle était encore respectée au XI° siècle 41 . Nous la voyons même observée jusque dans le XII°, en Angleterre, au rapport de Guillaume de Malmesbury, par deux armées en présence : celle de l’impératrice Mathilde, comtesse d’Anjou, fille du roi Henri, et celle du roi Étienne, comte de Boulogne, qui, en l’année 1143, allaient en venir aux mains pour la succession à la couronne 42 .

    Tous nos lecteurs connaissent l’admirable institution de la Trêve de Dieu, au moyen de laquelle l’Église, au XI° siècle, parvint à arrêter dans toute l’Europe l’effusion du sang, en suspendant le port des armes quatre jours de la semaine, depuis le mercredi soir jusqu’au lundi matin, dans tout le cours de Tannée. Ce règlement, qui fut sanctionné par l’autorité des papes et des conciles, avec le concours de tous les princes chrétiens, n’était qu’une extension, à chaque semaine de l’année, de cette discipline en vertu de laquelle toute action militaire était interdite en Carême. Le saint roi d’Angleterre Édouard le Confesseur développa encore une si précieuse institution, en portant une loi qui fut confirmée par son successeur Guillaume le Conquérant, et d’après laquelle la Trêve de Dieu devait être inviolablement observée depuis l’ouverture de l’Avent jusqu’à l’Octave de l’Épiphanie, depuis la Septuagésime jusqu’à l’Octave de Pâques, et depuis l’Ascension jusqu’à l’Octave de la Pentecôte, en ajoutant encore tous les jours des Quatre-Temps, les Vigiles de toutes les fêtes, et enfin, chaque semaine, l’intervalle du samedi après None jusqu’au lundi matin 43 .

    Urbain II, au concile de Clermont, en 1095, après avoir réglé tout ce qui concernait l’expédition de la Croisade, employa aussi son autorité apostolique pour étendre la Trêve de Dieu, en prenant pour base la suspension des armes observée durant le Carême ; et il statua, par un décret qui lut renouvelé dans le concile tenu à Rouen Tannée suivante, que tous actes de guerre demeureraient interdits depuis le Mercredi des Cendres jusqu’au lundi qui suit l’Octave delà Pentecôte, et à toutes les vigiles et fêtes de la sainte Vierge et des Apôtres : le tout sans préjudice de ce qui avait été réglé antérieurement pour chaque semaine, c’est-à-dire depuis le mercredi soir jusqu’au lundi matin 44 .

    Ainsi la société chrétienne témoignait de son respect pour les saintes observances du Carême, et empruntait à Tannée liturgique ses saisons et ses fêtes, pour asseoir sur elles les plus précieuses institutions. La vie privée ne ressentait pas moins la salutaire influence des saintes tristesses du Carême ; et l’homme y puisait chaque année un renouvellement d’énergie pour combattre les instincts sensuels, et relever la dignité de son âme en mettant un freina l’attrait du plaisir. Pendant un grand nombre de siècles, la continence fut exigée des époux dans tout le cours de la sainte Quarantaine ; et l’Église, qui a conservé dans le plus auguste de ses livres liturgiques 45 , sinon le précepte, du moins la recommandation de cette pratique salutaire, a laissé un monument de ses intentions, en interdisant la célébration des noces pendant le Carême.

    Nous arrêtons ici cet exposé historique de la discipline du Carême, avec le regret d’avoir à peine effleuré une matière si intéressante. Nous eussions voulu, entre autres choses, parler au long des usages des Églises d’Orient qui ont mieux que nous conservé la rigueur des premiers siècles du christianisme ; mais l’espace nous manque absolument. Nous nous bornerons donc à quelques détails abrégés.

    Dans le volume précédent, le lecteur a vu que le Dimanche que nous nommons Dimanche de Septuagésime, est appelé chez les Grecs Prosphonésime, parce qu’il annonce le jeûne du Carême qui doit bientôt s’ouvrir. Le lundi d’après est compté pour le premier jour de la semaine suivante qui est appelée Apocreos, du nom du dimanche auquel elle se termine, lequel correspond à notre Dimanche de Sexagésime ; ce nom d’Apocreos est un avertissement pour l’Église grecque qu’elle devra suspendre bientôt l’usage de la viande. Le lundi qui suit ouvre la semaine appelée Tyrophagie, laquelle se termine au dimanche de ce nom, qui est notre Quinquagésime ; les laitages sont encore permis pendant toute cette semaine. Enfin, le lundi d’après est le premier jour de la première semaine de Carême, et le jeûne commence dès ce lundi dans toute sa rigueur, tandis que les Latins ne l’ouvrent que le mercredi.

    Durant tout le cours du Carême proprement dit, les laitages, les œufs, le poisson même, sont interdits ; la seule nourriture permise avec le pain consiste dans les légumes, le miel, et pour ceux qui habitent près de la mer, les divers coquillages qu’elle leur fournit. L’usage des vins, longtemps défendu aux jours de jeûne, a fini par s’établir en Orient, ainsi que la dispense pour manger du poisson, le jour de l’Annonciation et le Dimanche des Rameaux.

    Outre le Carême de préparation à la fête de Pâques, les Grecs en célèbrent encore trois autres dans le cours de l’année : celui qu’ils appellent des Apôtres, et qui s’étend depuis l’Octave de la Pentecôte jusqu’à la l’été de saint Pierre et de saint Paul ; celui qu’ils nomment de la Vierge Marie, qui commence le premier jour d’août et finit la veille de l’Assomption ; enfin le Carême de préparation à Noël, qui dure quarante jours entiers. Les privations que les Grecs observent durant ces trois Carêmes sont analogues à celles du grand Carême, sans être tout à fait aussi rigoureuses. Les autres nations chrétiennes de l’Orient solennisent aussi plusieurs Carêmes, et avec une rigueur qui surpasse encore celles qu’observent les Grecs ; mais tous ces détails nous conduiraient trop loin. Nous terminerons donc ici ce que nous avons à dire du Carême sous le rapport historique, et nous exposerons maintenant les mystères de ce saint temps.

CHAPITRE II. MYSTIQUE DU CARÊME.

    On ne doit pas s’étonner qu’un temps aussi sacré que l’est celui du Carême soit un temps rempli de mystères. L’Église, qui en a fait la préparation à la plus sublime de ses fêtes, a voulu que cette période de recueillement et de pénitence fût marquée par les circonstances les plus propres à réveiller la foi des fidèles, et à soutenir leur constance dans l’œuvre de l’expiation annuelle.

    Au Temps de la Septuagésime, nous avons rencontre le nombre septuagénaire, qui nous rappelait les soixante-dix ans de la captivité à Babylone, après lesquels le peuple de Dieu, purifié de son idolâtrie, devait revoir Jérusalem et y célébrer la Pâque. Maintenant c’est le nombre sévère de quarante que la sainte Église propose à notre attention religieuse, ce nombre qui, comme nous dit saint Jérôme, est toujours celui de la peine et de l’affliction 46 .

    Rappelons nous cette pluie de quarante jours et de quarante nuits, sortie des trésors de la colère de Dieu, quand il se repentit d’avoir créé l’homme 47 et qu’il submergea la race humaine sous les flots, à l’exception d’une famille. Considérons le peuple hébreu errant quarante années dans le désert, en punition de son ingratitude, avant d’avoir accès dans la terre promise 48 . Écoutons le Seigneur, qui ordonne à son prophète Ézéchiel de demeurer couché quarante jours sur son côté droit, pour figurer la durée d’un siège qui devait être suivi de la ruine de Jérusalem.

    Deux hommes, dans l’Ancien Testament, ont la mission de figurer en leur personne les deux manifestations de Dieu : Moïse, qui représente la Loi, et Élie, en qui est symbolisée la Prophétie. L’un et l’autre approchent de Dieu : le premier sur le Sinaï 49 , le second sur Horeb 50  ; mais l’un et l’autre n’obtiennent accès auprès de la divinité, qu’après s’être purifiés par l’expiation dans un jeûne de quarante jours.

    En nous reportant à ces grands faits, nous arrivons à comprendre pourquoi le Fils de Dieu incarné pour le salut des hommes, ayant résolu de soumettre sa chair divine aux rigueurs du jeûne, dut choisir le nombre de quarante jours pour cet acte solennel. L’institution du Carême nous apparaît alors dans toute sa majestueuse sévérité, et comme un moyen efficace d’apaiser la colère de Dieu et de purifier nos âmes. Élevons donc nos pensées au-dessus de l’étroit horizon qui nous entoure ; voyons tout l’ensemble des nations chrétiennes, dans ces jours où nous sommes, offrant au Seigneur irrité ce vaste quadragénaire de l’expiation ; et espérons que, comme au temps de Jonas, il daignera, cette année encore, faire, miséricorde à son peuple.

    Après ces considérations relatives à la mesure du temps que nous avons à parcourir, il nous faut maintenant apprendre de la sainte Église sous quel symbole elle considère ses enfants durant la sainte Quarantaine. Elle voit en eux une immense armée qui combat jour et nuit contre l’ennemi de Dieu. C’est pour cela que le Mercredi des Cendres elle a appelé le Carême la carrière de la milice chrétienne 51 . En effet, pour obtenir cette régénération qui nous rendra dignes de retrouver les saintes allégresses de l’Alléluia, il nous faut avoir triomphé de nos trois ennemis : le démon, la chair et le monde. Unis au Rédempteur, qui lutte sur la montagne contre la triple tentation et contre Satan lui-même, il nous faut être armés et veiller sans cesse. Afin de nous soutenir par l’espérance delà victoire et pour animer notre confiance dans le secours divin, l’Église nous propose le Psaume quatre-vingt-dixième 52 , qu’elle admet parmi les prières de la Messe au premier Dimanche de Carême, et auquel elle emprunte chaque jour plusieurs versets pour les différentes Heures de l’Office.

    Elle veut donc que nous comptions sur la protection que Dieu étend sur nous comme un bouclier 53  ; que nous espérions à l’ombre de ses ailes 54 , que nous ayons confiance en lui, parce qu’il nous retirera des filets du chasseur infernal 55 qui nous avait ravi la sainte liberté des enfants de Dieu ; que nous soyons assurés du secours des saints Anges, nos frères, auxquels le Seigneur a donné ordre de nous garder dans toutes nos voies 56 , et qui, témoins respectueux du combat que le Sauveur soutint contre Satan, s’approchèrent de lui, après la victoire, pour Je servir et lui rendre Lins hommages. Entrons dans les sentiments que veut nous inspirer la sainte Église, et durant ces jours de combat, recourons souvent à ce beau cantique qu’elle nous signale comme l’expression la plus complète des sentiments dont doivent être animés, dans le cours de cette sainte campagne, les soldats de la milice chrétienne.

    Mais l’Église ne se borne pas à nous donner ainsi un mot d’ordre contre les surprises de l’ennemi ; pour occuper nos pensées, elle offre à nos regards trois grands spectacles qui vont se dérouler jour par jour jusqu’à la tète de Pâques, et nous apporter chacun ses pieuses émotions avec l’instruction la plus solide.

    D’abord, nous avons à assister au dénouement de la conspiration des Juifs contre le Rédempteur : conspiration qui commence à s’ourdir et qui éclatera le grand Vendredi, lorsque nous verrons le Fils de Dieu attaché à l’arbre de la Croix. Les passions qui s’agitent au sein de la Synagogue vont se manifester de semaine en semaine ; et nous pourrons les suivie dans leur affreux développement. La dignité, la sagesse, la mansuétude de l’auguste victime nous paraîtront toujours plus sublimes et plus dignes d’un Dieu. Le drame divin que nous avons vu s’ouvrir dans la grotte de Bethléhem va se continuer jusqu’au Calvaire ; et pour le suivre, nous n’aurons qu’à méditer les lectures de l’Évangile que l’Église nous proposera jour par jour.

    En second lieu, nous rappelant que la fête de Laques est pour les Catéchumènes le jour de la nouvelle naissance, nous reporterons notre pensée a ces premiers âges du christianisme où le Carême était pour les aspirants au Baptême la dernière préparation. La sainte Liturgie a conserve la trace de cette antique discipline ; et en entendant ces magnifiques lectures des deux Testaments, à l’aide desquelles on achevait la dernière initiation, nous remercierons Dieu, qui a daigne nous faire naître dans ces siècles où l’enfant n’a plus à attendre l’âge d’homme pour faire l’épreuve des divines miséricordes. Nous songerons aussi à ces nouveaux Catéchumènes qui, de nos jours encore, dans les contrées évangélisées par nos modernes apôtres, attendent, comme aux temps anciens, la grande solennité du Sauveur vainqueur de la mort, pour descendre dans la piscine sacrée et v puiser un nouvel être.

    Enfin, nous devons, pendant le Carême, nous remettre en mémoire ces Pénitents publics, qui. expulsés solennellement de l’assemblée des fidèles le Mercredi des Cendres, étaient, dans tout le cours de la sainte Quarantaine, un objet de préoccupation maternelle pour l’Église, qui devait, s’ils le méritaient, les admettre à la réconciliation le Jeudi saint. Un admirable corps de lectures, destiné à leur instruction et à intéresser les fidèles en leur faveur, passera sous nos yeux ; car la Liturgie n’a rien perdu non plus de ces fortes traditions. Nous nous rappellerons alors avec quelle facilité nous ont été pardonnées des iniquités qui, dans les siècles passés, ne nous eussent peut-être été remises qu’après de dures et solennelles expiations ; et, songeant à la justice du Seigneur, qui demeure immuable, quels que soient les changements que la condescendance de l’Église introduit dans la discipline, nous sentirons d’autant plus le besoin d’offrir à Dieu le sacrifice d’un cœur véritablement contrit, et d’animer d’un sincère esprit de pénitence les légères satisfactions que nous présentons à sa divine Majesté.

    Afin de conserver au saint temps du Carême le caractère de tristesse et de sévérité qui lui convient, l’Église, durant un grand nombre de siècles, s’est montrée très réservée dans l’admission des fêtes à cette époque de l’année, parce qu’elles portent toujours en elles un élément de joie. Au IV° siècle, le concile de Laodicée marquait déjà cette disposition dans son cinquante-unième Canon 57 , ne permettant de faire la fête ou la Commémoration des Saints que les samedis ou les dimanches. L’Église grecque s’est maintenue dans cette rigueur ; et ce n’est que plusieurs siècles après le concile de Laodicée qu’elle s’en est enfin relâchée en admettant, au 25 mars, la fête de l’Annonciation.

    L’Église Romaine a longtemps retenu cette discipline, du moins en principe ; mais elle a admis de bonne heure la fête de l’Annonciation, et ensuite celle de l’apôtre saint Mathias, au 24 février. On l’a vue, dans les derniers siècles, ouvrir son calendrier à d’autres fêtes encore dans la partie qui correspond au Carême, mais cependant avec une grande mesure, par égard pour l’esprit de l’antiquité.

    La raison qui a rendu l’Église Romaine plus facile dans l’admission des fêtes des Saints en Carême, est que les Occidentaux ne regardent pas la célébration des fêtes comme incompatible avec le jeune, tandis que les Grecs sont persuadés du contraire. C’est pourquoi le samedi, qui est toujours pour les Orientaux un jour solennel, n’est jamais chez eux un jour de jeûne, si ce n’est pourtant le Samedi saint. De même, ils ne jeûnent pas le jour de l’Annonciation, à cause de la solennité de cette fête.

    Ce préjugé des Orientaux a donné origine, vers le VII° siècle, à une institution qui leur est particulière et qu’ils appellent la Messe des Présanctifiés, c’est-à-dire des choses consacrées dans un Sacrifice précédent. Chaque dimanche de Carême, le prêtre consacre six hosties, dont une est consommée par lui dans le Sacrifice ; les cinq autres sont réservées pour une simple communion qui a lieu chacun des cinq jours suivants, sans Sacrifice. L’Église latine n’exerce ce rite qu’une fois l’année, le Vendredi saint, et pour une raison profonde que nous expliquerons en son lieu.

    Le principe de cet usage des Grecs est venu évidemment du quarante-neuvième Canon du concile de Laodicée, qui prescrit de ne pas offrir le pain du Sacrifice en Carême, si ce n’est le samedi et le dimanche 58 . Dans les siècles suivants, les Grecs ont conclu de ce canon que la célébration du Sacrifice était incompatible avec le jeûne ; et nous voyons par leur controverse, au XI° siècle, avec le légat Humbert 59 , que la Messe des Présanctifiés, qui n’a en sa faveur qu’un canon du trop fameux concile appelé in Trullo 60 , tenu en 692, était justifiée par les Grecs moyennant cette allégation absurde, que la communion du corps et du sang du Seigneur rompait le jeûne quadragésimal.

    C’est le soir, après l’Office des Vêpres, que les Grecs célèbrent cette cérémonie, dans laquelle le prêtre communie seul, comme chez nous le Vendredi saint. Il y a cependant exception, depuis plusieurs siècles, pour le jour de l’Annonciation ; le jeûne étant suspendu dans cette solennité, on y célèbre le Sacrifice, et les fidèles peuvent communier.

    Le règlement du concile de Laodicée ne paraît pas avoir été jamais reçu dans l’Église d’Occident ; et nous ne voyons, à Rome, aucune trace de la suspension du Sacrifice en Carême, si ce n’est le jeudi, jusqu’au VIII° siècle, où nous apprenons du Liber Pontificalis que le Pape saint Grégoire II. voulant compléter le Sacramentaire Romain, ajouta des Messes propres pour ce jour dans les cinq premières semaines de Carême 61 . Il serait difficile de rendre raison aujourd’hui des motifs de cette suspension de la Messe au jeudi dans l’Église Romaine, non plus que de l’usage de l’Église de Milan qui n’offre pas le Sacrifice le vendredi en Carême. Les raisons qui en ont été données nous paraissent peu satisfaisantes ; et quant à l’Église de Milan, nous serions porté à croire que l’usage romain de ne pas célébrer la Messe le Vendredi saint, usage qui s’observe pareillement dans l’Église Ambrosienne, aurait été par imitation étendu aux autres vendredis du Carême.

    Le manque d’espace nous oblige à ne toucher que légèrement tous les détails de ce chapitre ; cependant il nous reste à dire encore quelque chose îles usages mystérieux de notre Carême occidental. Nous en avons déjà fait connaître et expliqué plusieurs dans le Temps de la Septuagésime. La suspension de l’Alléluia, l’emploi de la couleur violette dans les ornements sacres, la suppression de la dalmatique du diacre et de la tunique du sous-diacre ; les deux cantiques de joie, Gloria in excelsis et Te Deum laudamus, interdits l’un et l’autre ; le Trait substitué dans la Messe au verset alléluiatique ; l’Ite missa est remplacé par une autre formule ; l’oraison de pénitence qui se récite sur le peuple, à la fin de la Messe, aux jours de la semaine où l’on ne célèbre pas la fête d’un Saint ; les Vêpres anticipées avant midi, tous les jours, à l’exception des Dimanches 62  : ces divers rites sont déjà connus de nos lecteurs. En fait de cérémonies actuellement pratiquées, nous n’avons plus à signaler que les prières qui se font à genoux, à la fin de chacune des Heures de l’Office, dans les jours de férié, et l’usage en vertu duquel tout le Chœur se tient aussi agenouillé durant le Canon de la Messe, à ces mêmes jours.

    Mais nos Églises d’Occident pratiquaient encore en Carême d’autres rites qui, depuis plusieurs siècles, sont tombés en désuétude, bien que quelques-uns se soient conservés, en certaines localités, jusqu’à nos temps. Le plus imposant de tous consistait à tendre un immense voile, ordinairement de couleur violette et appelé la courtine, entre le chœur et l’autel, en sorte que ni le clergé ni le peuple n’avaient plus la vue des saints Mystères qui se célébraient derrière cette impénétrable barrière. Ce voile était un symbole du deuil de la pénitence auquel le pécheur doit se soumettre, pour mériter de contempler de nouveau la majesté de Dieu, dont il a offensé les regards par son iniquité. Il signifiait aussi les humiliations du Christ, qui furent un scandale pour l’orgueil de la Synagogue, et qui disparaîtront tout à coup, comme un voile que Ton lève en un instant, pour taire place aux splendeurs de la Résurrection 63 . Cet usage est demeuré, entre autres lieux, dans l’église métropolitaine de Paris.

    La coutume était aussi, en beaucoup d’églises, dévoiler la croix et les images des saints dès le commencement du Carême, afin d’inspirer une plus vive componction aux fidèles, qui se voyaient privés de la consolation de reposer leurs regards sur ces objets chers à leur piété. Cette pratique, qui s’est aussi conservée en quelques lieux, est moins fondée cependant que celle de l’Église Romaine, qui ne voile les croix et les images qu’au temps de la Passion, comme nous l’expliquerons en son lieu.

    Nous apprenons des anciens cérémoniaux du moyen âge que l’on était dans l’usage de faire pendant le Carême un grand nombre de processions d’une église à l’autre, particulièrement les mercredis et les vendredis ; dans les monastères, ces processions se faisaient sous le cloître et nu-pieds 64 . C’était une imitation des Stations de Rome, qui sont journalières en Carême, et qui, durant un grand nombre de siècles, commençaient par une procession solennelle à l’église stationnale.

    Enfin, de tout temps l’Église a multiplié ses prières dans le Carême. La discipline actuelle à ce sujet porte que, dans les cathédrales et collégiales qui n’en sont pas exemptées par une coutume contraire, on doit ajouter aux Heures Canoniales, le lundi, l’Office des Morts ; le mercredi, les Psaumes Graduels, et le vendredi, les Psaumes de la Pénitence. Dans nos Églises de France, au moyen âge, c’était un Psautier tout entier que l’on ajoutait chaque semaine à l’Office ordinaire 65 .

    

CHAPITRE III. PRATIQUE DU CARÊME.

    Après avoir employé trois semaines entières à reconnaître les maladies de notre âme, à sonder la profondeur des blessures que le péché nous a faites, nous devons maintenant nous sentir prépares à la pénitence dont l’Église vient de nous ouvrir la carrière. Nous connaissons mieux la justice et la sainteté de Dieu et les dangers auxquels s’expose l’âme impénitente ; et pour opérer dans la nôtre un retour sincère et durable, nous avons rompu avec les vaines joies et les futilités du monde. La cendre a été répandue sur nos têtes ; et notre orgueil s’est humilié sous la sentence de mort qui doit s’accomplir en nous.

    Dans le cours de cette épreuve de quarante jours, si longue pour notre faiblesse, nous ne serons pas délaissés de la présence de noire Sauveur. Il semblait s’être dérobé à nos regards durant ces semaines qui ne retentissaient que des malédictions prononcées contre l’homme pécheur ; mais cette absence nous était salutaire. Il était bon pour nous d’apprendre à trembler au bruit des vengeances divines. « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse 66 » ; et c’est parce que nous avons été saisis de terreur, que le sentiment de la pénitence s’est réveillé dans nos âmes.

    Maintenant, ouvrons les yeux et voyons. C’est l’Emmanuel lui-même parvenu à l’âge d’homme, qui se montre à nos regards de nouveau, non plus sous l’aspect de ce doux enfant que nous avons adoré dans son berceau, mais semblable au pécheur, tremblant et s’humiliant devant la souveraine majesté que nous avons offensée, et auprès de laquelle il s’est fait notre caution. Dans l’amour fraternel qu’il nous porte, voyant que la carrière de la pénitence allait s’ouvrir pour nous, il est venu nous encourager par sa présence et par ses exemples. Nous allons nous livrer durant quarante jours au jeûne et à l’abstinence : lui, l’innocence même, va consacrer le même temps à affliger son corps. Nous nous séparons pour un temps des plaisirs bruyants et des sociétés mondaines : il se retire de la compagnie et de la vue des hommes. Nous voulons fréquenter plus assidûment la maison de Dieu et nous livrer à la prière avec plus d’ardeur : il passera quarante jours et quarante nuits à converser avec son Père, dans l’attitude d’un suppliant. Nous allons repasser nos années dans l’amertume de notre cœur et gémir sur nos iniquités : il va les expier par la souffrance et les pleurer dans le silence du désert, comme s’il les avait lui-même commises.

    Il est à peine sorti des eaux du Jourdain qu’il vient de sanctifier et de rendre fécondes, et l’Esprit-Saint le pousse vers la solitude. L’heure est venue cependant pour lui de se manifester au monde : mais auparavant, il a un grand exemple à nous donner ; et se dérobant aux regards du Précurseur et de cette foule qui a vu la divine Colombe descendre sur lui et entendu la voix du Père céleste, c’est vers le désert qu’il se dirige. A peu de distance du fleuve s’élève une montagne âpre et sauvage, que les âges chrétiens ont nommée depuis la montagne de la Quarantaine. De sa crête abrupte on domine les riantes plaines de Jéricho, le cours du Jourdain et le lac maudit qui rappelle la colère de Dieu. C’est là, au fond d’une grotte naturelle creusée dans la roche stérile, que le Fils de l’Éternel vient s’établir, sans autre société que les bêtes farouches qui ont choisi leur tanière en ces lieux où l’homme ne paraît jamais. Jésus y pénètre sans aucun aliment pour soutenir ses forces humaines ; l’eau même qui pourrait le désaltérer manque dans ce réduit escarpé ; la pierre nue s’offre seule pour reposer ses membres épuisés. Dans quarante jours, les Anges s’approcheront et viendront lui présenter de la nourriture.

    C’est ainsi que le Sauveur nous précède et nous dépasse dans la voie sainte du Carême ; il l’essaie et l’accomplit devant nous, afin de faire taire par son exemple tous nos prétextes, tous nos raisonnements, toutes les répugnances de notre mollesse et de notre orgueil. Acceptons la leçon dans toute son étendue, et comprenons enfin la loi de l’expiation. Le Fils de Dieu, descendu de cette austère montagne, ouvre sa prédication par cette sentence qu’il adresse à tous les hommes : « Faites pénitence ; car le royaume des cieux approche 67 . » Ouvrons nos cœurs à cette invitation, afin que le Rédempteur ne soit pas obligé de réveiller notre assoupissement par cette menace terrible qu’il fit entendre dans une autre circonstance : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous 68 . »

    Or, la pénitence consiste dans la contrition du cœur et dans la mortification du corps ; ces deux parties lui sont essentielles. C’est le cœur de l’homme qui a voulu le mal, et le corps a souvent aide à l’accomplir. L’homme étant d’ailleurs composé de l’un et de l’autre, il doit les unir dans l’hommage qu’il rend à Dieu. Le corps doit participer aux délices de l’éternité ou aux tourments de l’enfer. Il n’y a donc point de vie chrétienne complète, ni non plus d’expiation valable, si dans l’une et l’autre il ne s’associe à l’âme.

    Mais le principe de la véritable pénitence est dans le cœur : nous l’apprenons de l’Évangile par les exemples de l’Enfant prodigue, de la Pécheresse, du publicain Zachée, de saint Pierre. Il faut donc que le cœur rompe sans retour avec le péché, qu’il le regrette amèrement, qu’il l’ait en horreur et qu’il en fuie les occasions. Pour exprimer cette disposition, l’Écriture se sert d’une expression qui a passe dans le langage chrétien. et rend admirablement l’état de lame sincèrement revenue du pèche ; elle l’appelle la Conversion. Le chrétien doit donc, durant le Carême, s’exercer à la pénitence du cœur et la regarder comme le fondement essentiel de tous les actes propres à ce saint temps. Néanmoins, cette pénitence serait illusoire, si l’on ne joignait l’hommage du corps aux sentiments intérieurs qu’elle inspire. Le Sauveur, sur la montagne, ne se contente pas de gémir et de pleurer sur nos péchés ; il les expie par la souffrance de son corps ; et l’Église, qui est son interprète infaillible, nous avertit que la pénitence de notre cœur ne sera pas reçue, si nous n’y joignons la pratique exacte de l’abstinence et du jeûne.

    Quelle est donc l’illusion de tant de chrétiens honnêtes qui se flattent d’être irréprochables, surtout lorsqu’ils oublient leur passé ou qu’ils se comparent à d’autres, et qui. parfaitement contents d’eux-mêmes, ne songent jamais aux dangers de la vie molle qu’ils comptent bien mener jusqu’au dernier jour ! Leurs péchés d’autrefois, ils n’y songent plus : ne les ont-ils pas sincèrement confessés ? La régularité selon laquelle ils vivent désormais n’est-elle pas la preuve de leur solide vertu ? Qu’ont-ils à démêler avec la justice de Dieu ? Aussi les voyons-nous solliciter régulièrement toutes les dispenses possibles dans le Carême. L’abstinence les incommoderait ; le jeûne n’est plus compatible avec la santé, les occupations, les habitudes d’aujourd’hui. On n’a pas la prétention d’être meilleur que tel ou tel qui ne jeûnent pas et ne font pas abstinence ; et comme on est incapable d’avoir même l’idée de suppléer par d’autres pratiques de pénitence à celles que l’Église prescrit, il en résulte que, sans s’en apercevoir et insensiblement, on arrive à n’être plus chrétien.

    L’Église, témoin de cette effrayante décadence du sens surnaturel, et redoutant une résistance qui accélérerait encore les dernières pulsations d’une vie qui va s’éteignant, élargit de plus en plus la voie des adoucissements. Dans l’espoir de conserver une étincelle de christianisme pour un avenir meilleur, elle préfère abandonner à la justice de Dieu lui-même des enfants qui ne l’écoutent plus, lorsqu’elle leur enseigne les moyens de se rendre favorable cette justice dès ce monde ; et ces chrétiens se livrent à la sécurité la plus profonde, sans nul souci de comparer leur vie aux exemples de Jésus-Christ et des Saints, aux règles séculaires de la pénitence chrétienne.

    Il est sans doute des exceptions à cette mollesse dangereuse ; mais qu’elles sont rares, dans nos villes surtout ! Que de préjugés, que de vains prétextes, que d’exemples malheureux contribuent à fausser les âmes ! Que de fois n’a-t-on pas entendu cette naïve excuse sortir de la bouche de ceux même qui se font honneur de leur titre de catholiques : qu’ils ne font pas abstinence, qu’ils ne jeûnent pas, parce que l’abstinence et le jeûne les gêneraient, les fatigueraient ! Comme si l’abstinence et le jeûne avaient un autre but que d’imposer un joug pénible à ce corps de péché 69  ! En venté, ces personnes semblent avoir perdu le sens ; et leur étonnement sera grand lorsque le Seigneur, au jour de son jugement, les confrontera avec tant de pauvres musulmans qui, au sein d’une religion dépravée et sensuelle, trouvent chaque année en eux-mêmes le courage d’accomplir les rudes privations des trente jours de leur Ramadan.

    Mais serait-il même nécessaire de les confronter avec d’autres qu’avec eux-mêmes si incapables, pensent-ils, de supporter les abstinences et les jeûnes si réduits d’un Carême, tandis que Dieu les voit chaque jour s’imposer tant de fatigues bien autrement pénibles dans la recherche des intérêts et des jouissances de ce monde ? Que de santés usées dans des plaisirs au moins frivoles et toujours dangereux, et qui se fussent maintenues dans toute leur vigueur, si la loi chrétienne, et non le désir de plaire au monde, eût réglé et dominé la vie ! Mais le relâchement est tel, que l’on ne conçoit aucune inquiétude, aucun remords ; on renvoie le Carême au moyen âge, sans faire même attention que l’indulgence de l’Église en a proportionné les observances à notre faiblesse physique et morale. On a conservé ou reconquis, par la miséricorde divine, la foi de ses pères ; et l’on ne s’est pas ressouvenu encore que la pratique du Carême est un signe essentiel de catholicisme, et que la Réforme protestante du XVI° siècle a eu pour un de ses traits principaux et a écrit sur son drapeau l’abolition de l’abstinence et du jeûne.

    Mais, dira-t-on, n’y a-t-il pas des dispenses légitimes ? Assurément, il en est, et, dans ce siècle d’épuisement général, beaucoup plus que dans les âges précédents. Mais que l’on prenne garde à l’illusion. Si vous avez îles forces pour supporter d’autres fatigues, pourquoi n’en auriez-vous pas pour remplir le devoir de l’abstinence ? Si la crainte d’une légère incommodité vous arrête, vous avez donc oublié que le péché ne sera pas remis sans l’expiation. Le jugement des hommes de l’art, qui prédisent un affaiblissement de vos forces comme la suite du jeûne, peut être fondé en raison ; la question est de savoir si ce n’est pas précisément cette mortification de la chair que l’Église vous prescrit dans l’intérêt de votre âme. Mais admettons que la dispense soit légitime, que votre santé encourrait un risque véritable, que vos devoirs essentiels souffriraient, si vous observiez à la lettre les prescriptions de l’Église ; dans ce cas, songez-vous à substituer d’autres œuvres de pénitence à celles que vos forces ne vous permettent pas d’entreprendre ? Éprouvez-vous un vif regret, une confusion sincère de ne pouvoir porter avec les vrais fidèles le joug de la discipline quadragésimale ? Demandez-vous à Dieu la grâce de pouvoir, une autre année, participer aux mérites de vos frères, et accomplir avec eux ces saintes pratiques qui doivent être le motif de la miséricorde et du pardon ? S’il en est ainsi, la dispense ne vous aura pas été nuisible ; et quand la fête de Pâques conviera les fidèles enfants de l’Église a ses joies ineffables, vous pourrez vous joindre avec confiance à ceux qui ont jeûné ; car si la faiblesse de votre corps ne vous a pas permis de les suivre extérieurement dans la carrière, votre cœur est demeuré fidèle à l’esprit du Carême.

    Que de choses nous aurions à dire encore sur les illusions dont se berce la mollesse de nos jours, quand il s’agit du jeûne et de l’abstinence ! Il n’est pas rare de rencontrer des chrétiens qui remplissent le devoir pascal, qui se font honneur d’être enfants de l’Église catholique, et chez lesquels la notion même du Carême a totalement péri. Ils en sont venus à n’avoir pas même une idée précise de l’abstinence et du jeûne. Ils ignorent que ces deux éléments du Carême sont tellement distincts, que la dispense de l’un n’emporte en aucune façon celle de l’autre. Si, pour une raison fondée ou non, ils ont obtenu l’exemption de l’abstinence, il ne leur vient pas même en pensée que l’obligation de pratiquer le jeûne durant quarante jours est demeurée tout entière ; de même, si on leur a accordé l’exemption du jeûne, ils en concluent qu’ils peuvent faire servir sur leur table toute sorte d’aliments : tant est grande la confusion qui règne de toutes parts ; tant sont rares les exemples d’une parfaite exactitude aux ordonnances et aux traditions de l’Église.

    Nous n’avons en vue, en écrivant ces pages, que les lecteurs chrétiens qui nous ont suivi jusqu’ici ; mais que serait-ce si nous venions à considérer le résultat de la suspension des saintes lois du Carême sur la masse des populations, principalement dans les villes ? Comment nos publicistes catholiques, qui ont éclairé tant de questions, n’ont-ils pas insisté sur les tristes effets que produit dans la société la cessation d’une pratique qui, rappelant chaque année le besoin de l’expiation, maintenait plus que toute autre institution le sentiment du bien et du mal ? Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d’un peuple qui s’impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations, dans le but de réparer les violations qu’il a commises dans l’ordre moral, sur cet autre peuple qu’aucune époque de l’année ne ramène aux idées de réparation et d’amendement. Et s’il faut en venir à examiner la question au point de vue de l’hygiène, n’est-il pas évident que cette profusion de nourriture animale, sans laquelle on prétend que les habitants des villes ne pourraient plus désormais se soutenir, loin d’avoir fortifié la race, ne fait que l’affaiblir de jour en jour ? Nous ne craignons pas de le dire, un temps viendra où les économistes sonderont cette plaie qui s’aggrave chaque jour, et déclareront que le seul moyen de relever l’affaiblissement qui se déclare toujours plus sensible à chaque nouvelle génération, est d’introduire dans l’alimentation des hommes une plus grande proportion de l’élément végétal, et de suspendre quelquefois la nourriture animale qui, devenue exclusive, altère de plus en plus le sang européen. Où trouve-t-on aujourd’hui des santés qui résistent, si ce n’est dans nos campagnes, où les végétaux forment le principal de la nourriture de l’homme, et particulièrement chez nos populations rurales de la Bretagne et de la Vendée, où l’abstinence quadragésimale, et souvent même le jeûne, sont encore fidèlement observés par le grand nombre, malgré les fatigues occasionnées par des travaux qui légitimeraient bien plutôt la dispense que les tièdes incidents de la vie molle et insignifiante de nos cités ?

    Que les enfants de l’Église raniment donc leur courage ; qu’ils aspirent à cette paix de la conscience qui n’est assurée qu’à l’âme vraiment pénitente. L’innocence perdue se recouvre par l’humble aveu de la faute, quand il est accompagné de l’absolution du prêtre ; mais le fidèle doit se garder de ce dangereux préjugé, qu’il ne resterait plus rien à faire après le pardon. Rappelons-nous cet avertissement si grave de l’Esprit-Saint dans l’Écriture : « Ne sois jamais sans crainte au sujet du péché qui t’a été pardonné 70 ». La certitude du pardon est en raison du changement du cœur ; et l’on peut d’autant mieux se laisser aller à la confiance, que l’on sent constamment le regret des péchés et l’empressement a les expier toute sa vie. « Nul ne sait s’il est digne d’amour ou de haine », dit encore l’Écriture 71  ; mais celui-là peut espérer être digne d’amour, qui sent en lui-même que l’esprit de pénitence ne l’a pas abandonné.

    Entrons donc avec résolution dans la voie sainte que l’Église ouvre devant nous, et fécondons notre jeûne par les deux autres moyens que Dieu nous propose dans les saints Livres : la Prière et l’Aumône. De même que sous le nom de Jeûne, l’Église entend toutes les œuvres de la mortification chrétienne ; sous le nom de la Prière elle comprend tous les pieux exercices par lesquels l’âme s’adresse à Dieu. La fréquentation plus assidue de l’Église, l’assistance journalière au saint Sacrifice, les lectures pieuses, la méditation des vérités du salut et des souffrances du Rédempteur, l’examen de la conscience, l’usage des Psaumes, l’assistance aux prédications particulières à ce saint temps, et surtout la réception des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, sont les principaux moyens par lesquels les fidèles peuvent offrir au Seigneur l’hommage de la Prière.

    L’Aumône renferme toutes les œuvres de miséricorde envers le prochain : aussi les saints Docteurs de l’Église l’ont-ils unanimement recommandée comme le complément nécessaire du Jeûne et de la Prière pendant le Carême. C’est une loi établie de Dieu, et à laquelle il a daigné lui-même se soumettre, que la charité exercée envers nos frères, dans le but de lui plaire, obtient sur son cœur paternel le même effet que si elle s’exerçait directement envers lui-même. Telle est la force et la sainteté élu lien par lequel il a voulu unir les hommes entre eux ; et de même qu’il n’accepte pas l’amour d’un cœur fermé à la miséricorde, de même il reconnaît pour véritable, et comme se rapportant à lui, la charité du chrétien qui, soulageant son frère, rend hommage au lien sublime par lequel tous les hommes s’unissent dans une même famille dont Dieu est le père. C’est par ce sentiment que l’aumône n’est plus seulement un acte d’humanité, mais s’élève à la dignité d’un acte de religion qui monte directement à Dieu et apaise sa justice.

    Rappelons-nous la dernière recommandation du saint Archange Raphaël à la famille de Tobie, au moment de remonter au ciel : « La prière accompagnée du jeûne et de l’aumône vaut mieux que tous les trésors ; l’aumône délivre de la mort, efface les péchés, ouvre la miséricorde et la vie éternelle 72 . » La doctrine des Livres Sapientiaux n’est pas moins expresse : « De même que l’eau éteint le feu le plus ardent, ainsi l’aumône détruit le péché 73 . Renferme ton aumône dans « le sein du pauvre, et elle priera pour que tu sois délivré du mal 74 . » Que ces consolantes promesses soient toujours présentes à la pensée du fidèle, mais plus encore dans le cours de la sainte Quarantaine ; et que le pauvre qui jeûne toute l’année s’aperçoive qu’il est aussi un temps où le riche s’impose des privations. Une vie plus frugale produit ordinairement le superflu, relativement aux autres temps de l’année ; que ce superflu serve au soulagement de Lazare. Rien ne serait plus contraire à l’esprit du Carême que de rivaliser en luxe et en dépenses de table avec les saisons où Dieu nous permet de vivre selon l’aisance qu’il nous a donnée. Il est beau que, dans ces jours de pénitence et de miséricorde, la vie du pauvre devienne plus douce, en proportion de ce que celle du riche participe davantage à la frugalité et à l’abstinence qui sont le partage de la plupart des hommes. C’est alors que pauvres et riches se présenteront avec un sentiment vraiment fraternel à ce solennel banquet de la Pâque que le Christ ressuscité nous offrira dans quarante jours.

    Enfin, il est un dernier moyen d’assurer en nous les fruits du Carême : c’est l’esprit de retraite et de séparation du monde. Les habitudes de ce saint temps doivent trancher en toutes choses sur celles du reste de l’année ; autrement l’impression salutaire que nous avons reçue, au moment où l’Église imposait la cendre sur nos fronts, se dissiperait en peu de jours. Le chrétien doit donc faire trêve aux vains amusements du siècle, aux fêtes mondaines, aux réunions profanes. Quant à ces spectacles pervers ou amollissants, à ces soirées de plaisirs qui sont recueil de la vertu et le triomphe de l’esprit du monde, si dans aucun temps il n’est permis au disciple de Jésus-Christ de s’y montrer autrement que par position et par nécessité, comment pourrait-on y paraître en ces jours de pénitence et de recueillement, sans abjurer en quelque sorte son titre de chrétien, sans rompre avec tous les sentiments d’une âme pénétrée de la pensée de ses fautes, et de la crainte des jugements de Dieu ? La société chrétienne n’a plus aujourd’hui, durant le Carême, cet extérieur si imposant de deuil et de sévérité que nous avons admiré dans les siècles de foi ; mais de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu, rien n’est changé. C’est toujours la grande parole : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ». Aujourd’hui, il en est peu qui prêtent l’oreille à cette parole ; et c’est pourquoi beaucoup périssent. Mais ceux sur qui tombe cette parole doivent se souvenir des avertissements que nous donnait le Sauveur lui-même, au Dimanche de la Sexagésime. Il nous disait qu’une partie de la semence est foulée sous les pieds des passants, ou dévorée par les oiseaux du ciel ; une autre desséchée par l’aridité de la pierre qui la reçoit ; une autre enfin étouffée par des épines. N’épargnons donc aucun soin, afin de devenir cette bonne terre dans laquelle la semence non seulement est reçue, mais fructifie au centuple pour la récolte du Seigneur qui approche.

    En lisant ces pages dans lesquelles nous avons tâché de rendre la pensée de l’Église telle qu’elle nous est exprimée, non seulement dans la Liturgie, mais dans les canons des Conciles et dans les écrits des saints Docteurs, plus d’un de nos lecteurs se sera pris à regretter de plus en plus la douce et gracieuse poésie dont l’an née liturgique se montrait empreinte durant les quarante jours où nous célébrâmes la naissance de l’Emmanuel. Déjà le Temps de la Septuagésime est venu jeter son voile sombre sur toutes ces riantes images ; et voici que nous sommes entrés dans un désert aride, semé d’épines, et sans eaux jaillissantes. Ne nous en plaignons pas cependant ; la sainte Église connaît nos vrais besoins, et veut y satisfaire. Pour approcher du Christ entant, elle n’a demandé de nous que la légère préparation de l’Avent, parce que les mystères de l’Homme-Dieu n’étaient encore qu’à leur début.

    Beaucoup sont venus à la crèche avec la simplicité et l’ignorance des bergers de Bethléhem, ne connaissant pas suffisamment encore ni la sainteté du Dieu incarné, ni l’état dangereux et coupable de leurs âmes ; mais aujourd’hui que le Fils de l’Éternel est entré dans la voie de la pénitence, quand bientôt nous allons le voir en proie à toutes les humiliations et à toutes les douleurs sur l’arbre de la croix, l’Église nous enlève à notre ignorante sécurité. Elle nous dit de frapper nos poitrines, d’affliger nos âmes, de mortifier nos corps, parce que nous sommes pécheurs. La pénitence devrait être le partage de notre vie entière ; les âmes ferventes ne l’interrompent jamais ; du moins est-il juste et salutaire pour nous d’en faire enfin l’essai, en ces jours où le Sauveur souffre au désert, en attendant qu’il expire sur le Calvaire. Recueillons encore de lui cette parole qu’il dit aux femmes de Jérusalem qui pleuraient sur son passade, au jour de sa Passion : « Si l’on traite ainsi le bois vert, que fera-t-on du bois sec 75  ? » Mais, par la miséricorde du Rédempteur, le bois sec peut reprendre sève et échapper au feu.

    Telle est l’espérance, tel est le désir de la sainte Église, et c’est pour cela qu’elle nous impose le joug du Carême. En parcourant avec constance cette voie laborieuse, nous verrons peu à peu la lumière briller à nos regards. Si nous étions loin de Dieu par le péché, ce saint temps sera pour nous la vie purgative, comme parlent les docteurs mystiques ; et nos yeux s’épureront afin de pouvoir contempler le Dieu vainqueur de la mort. Si déjà nous marchons dans les sentiers de la vie illuminative ; après avoir sondé si utilement la profondeur de nos misères, au Temps de la Septuagésime, nous retrouvons maintenant celui qui est notre Lumière ; et si nous avons su le voir sous les traits de l’Enfant de Bethléhem, nous le reconnaîtrons sans peine dans le divin Pénitent du désert, et bientôt dans la victime sanglante du Calvaire.

 

CHAPITRE IV. PRIÈRES DU MATIN ET DU SOIR AU TEMPS DU CARÊME.

    Au temps du Carême, le Chrétien, à son réveil, s’unira à la sainte Église qui, dès le point du jour, commence la psalmodie des Laudes par ces paroles du Roi-Prophète :

    Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam.

    Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre grande miséricorde.

    Il adorera profondément cette Majesté que le pécheur devrait craindre, et qu’il a néanmoins offensée avec tant d’audace et d’ingratitude, et il accomplira sous cette impression les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l’Église elle-même, la forme de ses sentiments.

 

    PRIERE DU MATIN.

    D’abord, la louange et l’adoration à la très sainte Trinité :

    V/ Benedicamus Patrem et Filium, cum Sancto Spiritu.

    R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.

    V/. Gloria Patri, et Filio et Spiritui Sancto ;

    R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

    

    V/ Bénissons Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

    R/. Louons-le et exaltons-le dans tous les siècles.

    V/. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    R/. Comme il était au commencement , maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

    Puis la louange à Jésus- Christ, notre Sauveur :

    V/. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi ;

    R/. Quia per sanctam Crucem tuam redemisti mundum.

    V/. Nous vous adorons, ô Christ ! et nous vous bénissons ;

    R/. Parce que, par votre sainte Croix, vous avez racheté le monde.

    Ensuite, l’invocation au Saint-Esprit :

    Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium,et tui amoris in eis ignem accende.

    Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.

    Après ces actes fondamentaux, on récitera l’Oraison Dominicale, demandant à Dieu qu’il daigne se souvenir de ses miséricordes, et pardonner nos offenses, nous aider dans les tentations et dans les périls dont notre condition est semée, et enfin nous délivrer du mal, en effaçant en nous jusqu’aux dernières traces du péché qui est le mal de Dieu, et qui entraîne après lui le souverain mal de l’homme.

    L’ORAISON DOMINICALE

    Pater noster, qui es in cœlis, sanctificetur Nomen tuum : adveniat regnum tuum : fiat voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.

    Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libera nos a malo. Amen.

    Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

    Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonnez-nous nos offenses. comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.

 

    On adressera ensuite la Salutation Angélique à Marie, en lui rappelant avec amour et confiance qu’elle est le refuge assuré des pécheurs qui l’implorent.

    LA SALUTATION ANGÉLIQUE.

    Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.

    Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.

    Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

    Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.

 

    Il faut réciter ensuite le Symbole de la Foi qui contient les dogmes que nous devons croire, et en particulier celui qui doit remplir nos cœurs d’espérance, le dogme de la rémission des péchés. Animons-nous à mériter, par une sincère pénitence, que le Sauveur, après la sainte Quarantaine, nous dise à nous aussi ces paroles si douces au cœur de l’homme repentant : Allez, vos péchés vous sont remis.

    LE SYMBOLE DES APÔTRES.

    Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae

    Et in Jesum Christum Filium ejus unicum, Dominum nostrum : qui conceptus est de Spiritu Sancto : natus ex Maria Virgine, passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus et sepultus : descendit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis : ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis : inde venturus est judicare vivos et mortuos.

    Credo in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam Catholicam , Sanctorum communionem, remissionem peccatorum, carnis resurrectionem, vitam aeternam. Amen.

 

    Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

    Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est ne de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce-Pilate et a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts ; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; d’où il viendra juger les vivants et les morts.

    Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, la communion des Saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.

 

    Après la Profession de Foi, on s’efforcera d’entrer dans des sentiments de regret et de componction au souvenir des péchés qu’on a commis, et l’on demandera au Seigneur les grâces particulières à ce saint temps, en récitant cette prière de l’Église, dans l’Office des Laudes du Carême :

    HYMNE.

    O sol salutis, intimis, Jesu, refulge mentibus, Dum nocte pulsa gratior Orbi dies renascitur.

    Dans tempus acceptabile, Da lacrymarum rivulis Lavare cordis victimam, Quam laeta adurat charitas.

    Quo fonte manavit nefas, Fluent perennes lacrymae, Si virga pœnitentia ; Cordis rigorem conterat.

    Dies venit, dies tua. In qua reflorent omnia : Laetemur et nos, in viam Tua reducti dextera.

    Te prona mundi machina, Clemens, adoret, Trinitas, Et nos novi per gratiam Novum canamus canticum. Amen.

 

    O Jésus, soleil de salut, répandez vos rayons au plus intime de notre âme, à cette heure où la nuit ayant disparu, le jour renaît pour réjouir l’univers.

    C’est vous qui donnez ce temps favorable ; donnez- nous de laver dans l’eau de nos larmes la victime de notre cœur, et qu’elle devienne un holocauste offert par l’amour.

    D’abondantes larmes couleront de la source même d’où sortit le péché, si la verge de la pénitence vient briser la dureté du cœur.

    Le jour approche, ce jour qui est à vous, dans lequel tout doit refleurir ; que votre main nous remette dans la voie ; et nous aussi nous serons dans l’allégresse.

    Que le monde entier s’humilie devant vous, ô Trinité miséricordieuse ! Renouvelez-nous par votre grâce, et nous vous chanterons un cantique nouveau. Amen.

    

    Puis on confessera humblement ses péchés, en se servant pour cela de la formule générale usitée dans l’Église.

    LA CONFESSION DES PÉCHÉS.

    Confiteor Deo omnipotenti, beatae Mariae semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptistae, sanctis Apostolis Petro et Paulo, et omnibus Sanctis, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

    Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum , beatum Johannem Baptistam , sanctos Apostolos Petrum et Paulum, et omnes Sanctos, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

    Misereatur nostri omnipotens Deus, et dimissis peccatis nostris, perducat nos ad vitam aeternam. Amen.

    Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. Amen.

 

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les Saints, que j’ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres : par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute.

    C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint-Pierre et saint Paul, et tous les Saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

    Que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous, qu’il nous pardonne nos pèches et nous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

    Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il.

    54

    Ici, on pourra faire la Méditation, si Ton est dans l’usage de ce saint exercice. Elle doit principalement avoir pour objet, au temps du Carême, la justice de Dieu que nous avons bravée par nos péchés, sa souveraine sainteté qui a le mal en horreur ; la conversion du cœur, la rupture des habitudes dangereuses, la réparation du pêche’ que Ton a commis, la nécessité de l’expiation ; l’exemple que nous donne le Sauveur par son jeune de quarante jours sur la montagne ; enfin, et par-dessus tout, les souffrances de sa douloureuse Passion.

    La Méditation étant achevée, et même dans le cas où l’on eût été empêché de la faire, on demandera à Dieu par les prières suivantes la grâce d’éviter toute sorte de péchés durant la journée qui commence, disant toujours avec l’Église :

    55

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Domine, Deus omnipotens, qui ad principium hujus diei nos pervenire fecisti, tua nos hodie salva virtute, ut in hac die ad nullum declinemus peccatum ; sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procedant eloquia, dirigantur cogitationes et opera. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus , per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur, Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de ce jour, sauvez-nous aujourd’hui par votre puissance, afin que, durant le cours de cette journée, nous ne nous laissions aller à aucun péché ; mais que nos paroles, nos pensées et nos envies tendent toujours à l’accomplissement de votre justice. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    On implorera ensuite le secours divin pour bien faire toutes les actions de la journée, disant trois fois :

    V/ Deus in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

 

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    ORAISON.

    Dirigere et sanctificare, regere et gubernare dignare, Domine Deus, Rex cœli et terrae, hodie corda et corpora nostra, sensus, sermones et actus nostros , in lege tua, et in operibus mandatorum tuorum : ut hic et in aeternum, te auxiliante, salvi et liberi esse mereamur, Salvator mundi. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.

 

    Daignez, Seigneur Dieu, Roi du ciel et de la terre, diriger, sanctifier, conduire et gouverner, en ce jour, nos cœurs et nos corps, nos sentiments, nos discours et nos actes, selon votre loi et les œuvres de vos préceptes ; afin que, ici-bas et dans l’éternité, nous méritions, par votre secours, ô Sauveur du monde, d’être sauvés et affranchis. Vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Amen.

    Dans le cours de la journée, il sera convenable de s’occuper des lectures qui sont assignées ci-après, au Propre du Temps et au Propre des Saints. Le soir étant arrivé, on pourra faire la Prière en la manière suivante :

 

    PRIERE DU SOIR.

    Après le signe de la Croix, adorons la Majesté divine qui a daigné nous conserver pendant cette journée, et multiplier sur nous, à chaque heure, ses grâces et sa protection. On pourra réciter ensuite cette Hymne que l’Église chante en Carême, à l’Office du soir :

    HYMNE.

    Audi, benigne Conditor, Nostras preces cum fletibus In hoc sacro jejunio Fusas quadragenario.

    Scrutator alme cordium, Infirma tu scis virium : Ad te reversis exhibe Remissionis gratiam.

    Multum quidem peccavimus, Sed parce confïtentibus : Ad Nominis laudem tui Conter medelam languidis.

    Concede nostrum conteri Corpus per abstinentiam ; Culpæ ut relinquant pabulum Jejuna corda criminum.

    Praesta, beata Trinitas. Concede, simples Unitas, Ut fructuosa sint tuis Jejuniorum munera. Amen.

 

    Créateur plein de bonté, daignez écouter les prières que nous vous offrons avec larmes, au milieu des jeûnes de cette sainte Quarantaine.

    Vous qui scrutez le fond des cœurs, vous connaissez notre faiblesse : nous revenons à vous ; donnez-nous la grâce du pardon.

    Nous avons beaucoup péché ; pardonnez-nous à cause de notre aveu : pour la gloire de votre Nom, apportez le remède à nos langueurs.

    Faites que la résistance de notre corps soit abattue par l’abstinence , et que notre cœur soumis à un jeûne spirituel ne se repaisse plus du péché.

    Trinité bienheureuse,

    Unité parfaite, rendez profitable à vos fidèles le bienfait du jeûne.

    Amen.

    

    Après cette Hymne, on récitera l’Oraison Dominicale, la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres, en la manière qui a été marquée ci-dessus pour la Prière du Matin.

    On fera ensuite l’Examen de conscience, en repassant dans son esprit toutes les fautes de la journée, reconnaissant combien le péché nous rend indignes des desseins de Dieu sur nous, et prenant la résolution ferme de l’éviter à l’avenir, d’en faire pénitence et d’en fuir les occasions.

    L’Examen étant terminé, on récitera le Confiteor avec une componction sincère, et on ajoutera un acte explicite de Contrition, pour lequel on pourra su servir de cette formule que nous empruntons à la Doctrine chrétienne ou Catéchisme du Vénérable Cardinal Bellarmin :

    ACTE DE CONTRITION.

    Mon Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir offensé, et je me repens de tout mon cœur de mes pèches : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre mal, parce que, en péchant, non seulement j’ai perdu le Paradis et mérité l’Enfer, mais bien plus encore parce que je vous ai offensée, Bonté infime, digne d’être aimée par-dessus toutes choses. Je fais un ferme propos de ne jamais plus vous offenser à l’avenir, moyennant votre divine grâce, et de fuir l’occasion du péché.

    On pourra ajouter les Actes de Foi, d’Espérance et de Charité, à la récitation desquels Benoît XIV a attaché sept ans et sept quarantaines d’indulgence pour chaque fois.

    ACTE DE FOI.

    Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Église Catholique-Apostolique-Romaine m’ordonne de croire, parce que vous le lui avez révèle, vous qui êtes la Vérité même.

    ACTE D’ESPÉRANCE.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes tout-puissant, infiniment bon et miséricordieux, j’espère que, par les mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle que vous avez promise à quiconque fera les œuvres d’un bon Chrétien, comme je me propose de faire avec votre secours.

    ACTE DE CHARITÉ.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus dessus toutes choses ; je suis disposé atout perdre plutôt que de vous offenser ; et aussi, pour votre amour, j aime et veux aimer mon prochain comme moi-même.

    On s’adressera ensuite à la très sainte Vierge, récitant en son honneur l’Antienne que l’Église lui consacre depuis la fête de la Purification jusqu’à Pâques.

    ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.

    Ave Regina cœlorum,

    Ave Domina Angelorum :

    Salve Radix, salve Porta,

    Ex qua mundo lux est orta :

    Gaude, Virgo gloriosa,

    Super omnes speciosa :

    Vale, o valde decora,

    Et pro nobis Christum exora.

    V/. Dignare me laudare te, Virgo sacrata.

    R/. Da mihi virtutem contra hostes tuos.

 

    Salut, Reine des cieux ! Salut, Souveraine des Anges ! Salut, Tige féconde ! Salut, Porte du ciel, par laquelle la lumière s’est levée sur le monde ! Jouissez de vos honneurs, ô Vierge-glorieuse, qui l’emportez sur toutes en beauté ! Adieu, ô toute belle, et implorez le Christ en notre faveur.

    V/. Sourirez , ô Vierge sainte, que je célèbre vos louanges.

    R/. Donnez-moi courage contre vos ennemis.

    ORAISON.

    Concede, misericors Deus, fragilitati nostræ praesidium : ut, qui sanctæ Dei Genitricis memoriam agimus, intercessionis ejus auxilio, a nostris iniquitatibus resurgamus. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

 

    Daignez, ô Dieu plein de miséricorde ! venir au secours de notre fragilité, afin que nous, qui célébrons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions, à l’aide de son intercession, nous affranchir des liens de nos iniquités. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

    Il est convenable d’ajouter ici les Litanies de la sainte Vierge, à la récitation desquelles les Souverains Pontifes ont accordé trois cent jours d’indulgence pour chaque fois.

    LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE

    Kyrie, eleison.

    Christe, eleison.

    Kyrie, eleison.

    Christe, audi nos.

    Christe, exaudi nos.

    Pater de cœlis, Deus, miserere nobis.

    Fili, Redemptor mundi, Deus, miserere nobis.

    Spiritus Sancte, Deus, miserere nobis.

    Sancta Trinitas, unus Deus, miserere nobis.

    Sancta Maria, ora pro nobis.

    Sancta Dei Genitrix, ora, etc.

    Sancta Virgo virginum.

    Mater Christi.

    Mater divine gratiae.

    Mater purissima.

    Mater castissima.

    Mater inviolata.

    Mater intemerata.

    Mater amabilis.

    Mater admirabilis.

    Mater boni consilii.

    Mater Creatoris.

    Mater Salvatoris.

    Virgo prudentissima.

    Virgo veneranda.

    Virgo praedicanda.

    Virgo potens.

    Virgo clemens.

    Virgo fidelis.

    Speculum justitiae

    Sedes Sapientiae.

    Causa nostrae laetitiae.

    Vas spirituale.

    Vas honorabile.

    Vas insigne devotionis.

    Rosa mystica.

    Turris Davidica.

    Turris eburnea.

    Domus aurea.

    Fœderis arca.

    Janua cœli.

    Stella matutina.

    Salus infirmorum.

    Refugium peccatorum.

    Consolatrix afflictorum.

    Auxilium Christianorum.

    Regina Angelorum.

    Regina Patriarcharum.

    Regina Prophetarum.

    Regina Apostolorum.

    Regina Martyrum.

    Regina Confessorum.

    Regina Virginum.

    Regina Sanctorum omnium.

    Regina sine labe originali concepta.

    Regina sacratissimi Rosarii.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.

    Agnus Dei,qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    V/. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix :

    R/. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

 

    Seigneur, ayez pitié de nous.

    Christ, ayez pitié de nous.

    Seigneur, ayez pitié de nous.

    Christ, écoutez-nous.

    Christ, exaucez-nous.

    Dieu Père, du haut des cieux, ayez pitié de nous.

    Dieu Fils, Rédempteur du monde, ayez pitié de nous.

    Dieu Saint-Esprit, ayez pitié de nous.

    Trinité Sainte, un seul Dieu, ayez pitié de nous.

    Sainte Marie, priez pour nous.

    Sainte Mère de Dieu, priez, etc.

    Sainte Vierge des vierges.

    Mère du Christ.

    Mère de la divine grâce.

    Mère très pure.

    Mère très chaste.

    Mère inviolable.

    Mère sans tache.

    Mère aimable .

    Mère admirable.

    Mère du bon conseil.

    Mère du Créateur.

    Mère du Sauveur.

    Vierge très prudente.

    Vierge digne de tout honneur.

    Vierge digne de toute louange.

    Vierge puissante.

    Vierge clémente.

    Vierge fidèle.

    Miroir de justice.

    Siège de la Sagesse.

    Cause de notre joie.

    Vase spirituel.

    Vase honorable.

    Vase insigne de dévotion.

    Rose mystique.

    Tour de David.

    Tour d’ivoire.

    Maison d’or.

    Arche d’alliance.

    Porte du ciel.

    Étoile du matin.

    Salut des infirmes.

    Refuge des pécheurs.

    Consolatrice des affligés.

    Secours des Chrétiens.

    Reine des Anges.

    Reine des Patriarches.

    Reine des Prophètes.

    Reine des Apôtres.

    Reine des Martyrs.

    Reine des Confesseurs.

    Reine des Vierges.

    Reine de tous les Saints.

    Reine conçue sans tache.

    Reine du très saint Rosaire.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    V/. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu ;

    R/. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

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    ORAISON.

    CONCEDE nos famulos tuos, quaesumus Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa beatae Mariae semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia, et aeterna perfrui Laetitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

    Seigneur Dieu, daignez accorder à nous vos serviteurs, la grâce de jouir constamment de la santé de l’âme et du corps ; et, par la glorieuse intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, délivrez- nous de la tristesse du temps présent, et faites-nous jouir de l’éternelle félicite. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On s’adressera ensuite aux saints Anges, dont la protection nous est si nécessaire à toute heure, et surtout au milieu des ténèbres de la nuit, en disant avec l’Église :

    Sancti Angeli, custodes nostri, defendite nos in proelio, ut non pereamus in tremendo judicio.

    V/. Angelis suis Deus mandavit de te,

    R/. Ut custodiant te in omnibus viis tuis.

 

    Saints Anges, nos gardiens, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du jugement redoutable.

    V/. Dieu a commandé à ses Anges,

    R/. De vous garder dans toutes vos voies.

    ORAISON.

    Deus, qui ineffabili providentia sanctos Angelos tuos ad nostram custodiam mittere dignaris : largire supplicibus tuis, et eorum semper protectione defendi, et aeterna societate gaudere. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu ! qui, par une providence ineffable, daignez commettre vos saints Anges à notre garde, accordez à vos humbles serviteurs d’être sans cesse défendus par leur protection et de jouir éternellement de leur société. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Puis on implorera, toujours avec l’Église, le suffrage des Saints par la prière suivante :

    Ant. Sancti Dei omnes, intercedere dignemini pro nostra omniumque salute.

    Ant. Saints de Dieu , daignez tous intercéder pour notre salut et celui de tous.

    On pourra faire ici une mention spéciale des Saints auxquels on aurait une dévotion particulière, comme des saints Patrons et autres, et aussi de ceux dont l’Église fait l’Office ou la Mémoire ce jour-là.

    Après quoi on s’occupera des besoins de l’Église souffrante, demandant à Dieu pour les âmes du Purgatoire un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix, et récitant à cet effet les prières accoutumées.

    PSAUME CXXIX.

    De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam.

    Fiant aures tuae intendentes : in vocem deprecationis meae.

    Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?

    Quia apud te propitiatio est : et propter legem tuam sustinui te, Domine.

    Sustinuit anima mea in verbo ejus : speravit anima mea in Domino.

    A custodia matutina usque ad noctem : speret Israël in Domino.

    Quia apud Dominum misericordia : et copiosa apud eum redemptio.

    Et ipse redimet Israël : ex omnibus iniquitatibus.

    Requiem aeternam dona eis, Domine :

    Et lux perpetua luceat eis.

    V/. A porta inferi,

    R/. Erue, Domine, animas eorum.

    V/. Requiescant in pace.

    R/. Amen.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.

    Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.

    Si vous recherchez les iniquités, Seigneur : Seigneur, qui pourra subsister ?

    Mais, parce que la miséricorde est avec vous, et à cause de votre loi, je vous ai attendu, Seigneur.

    Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon âme a espéré en lui.

    Du point du jour à l’arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur.

    Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.

    Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.

    Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel :

    Et que la lumière qui ne s’éteint pas luise sur eux.

    V/. Des portes de l’enfer,

    R/. Arrachez leurs âmes, Seigneur.

    V/. Qu’ils reposent en paix.

    R/. Amen.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Fidelium Deus omnium Conditor et Redemptor, animabus famulorum famularumque tuarum, remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. Amen.

    O Dieu ! Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin que. par la prière de votre Église. elles obtiennent le pardon qu’elles désirèrent toujours ; vous qui vivez et régnez dans les siècles de siècles. Amen.

    C’est ici le lieu de prier en particulier pour les âmes îles défunts qui nous intéressent spécialement ; après quoi on demandera à Dieu son secours pour traverser sans danger les périls de la nuit. On dira donc encore avec l’Église :

    Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.

    V/. Dignare, Domine, nocte ista,

    R/. Sine peccato nos custodire.

    V/. Miserere nostri, Domine.

    R/. Miserere nostri.

    V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,

    R/. Quemadmodum speravimus in te.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

    V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

    R/. Nous préserver de tout péché.

    V/. Ayez pitié de nous, Seigneur.

    R/. Ayez pitié de nous.

    V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,

    R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Visita, quæsumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant, et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

 

    Visitez s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    Enfin, pour terminer la journée dans les sentiments avec lesquels on l’a commencée, on adressera encore au Seigneur les paroles du Roi-Prophète :

    Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam.

    Ayez pitié de moi, ô mon Dieu, selon votre grande miséricorde.

 

CHAPITRE V. DE L’ASSISTANCE A LA SAINTE MESSE, AU TEMPS DU CAREME.

    Le chrétien, au temps du Carême, s’il sait entrer dans l’esprit de l’Église, voit croître en lui ce sentiment de la crainte de Dieu qui, selon le Psalmiste, est le commencement de la sagesse. Le souvenir de ses péchés, la pratique des saintes rigueurs de la pénitence, l’exemple si éloquent d’un Dieu qui expie par le jeûne et dans le silence du désert nos prévarications, la prière continuelle de l’Église en faveur de ses enfants coupables : tout l’arrache à la mollesse dans laquelle il a trop longtemps vécu. Il lui faut donc un refuge, un secours puissant et salutaire qui ranime en son cœur cette espérance chrétienne, sans laquelle il ne peut être enfant de Dieu. Il lui faut plus encore : il a besoin d’une Victime de propitiation qui apaise en sa faveur la colère céleste, d’un Sacrifice au moyen duquel il puisse désarmer ce bras redoutable qu’il sent levé contre ses iniquités.

    Cette Victime est prête, ce Sacrifice d’un mérite infini est mis à notre disposition. Bientôt nous célébrerons le douloureux anniversaire du jour auquel il fut offert sur la croix ; en attendant, il est chaque jour présenté à la Majesté divine, et c’est surtout en y prenant part que nous obtiendrons la régénération de nos âmes. Lors donc que nous voulons présenter à Dieu le sacrifice de notre cœur contrit et humilié, si nous voulons le rendre plus acceptable, approchons-nous de l’autel, et supplions la Victime qui s’y offre pour nous de joindre ses mérites infinis aux faibles œuvres de notre pénitence. Quand nous sortirons de la maison de Dieu, le poids de nos péchés sera déjà grandement allégé, la confiance en la divine miséricorde aura pris un nouvel accroissement, et l’amour, renouvelé par la componction, s’élèvera vers Dieu plus fort et plus sincère.

    Nous allons maintenant essayer de réduire à la pratique ces sentiments dans une explication des mystères de la sainte Messe, nous efforçant d’initier les fidèles à ces divins secrets, non par une stérile et téméraire traduction des formules sacrées, mais au moyen d’actes destinés à mettre les assistants en rapport suffisant avec les paroles et les sentiments de l’Église et du Prêtre.

    La couleur violette, les rites sévères que nous avons exposés plus haut, donnent au saint Sacrifice, durant le Carême, une teinte de tristesse qui s’harmonise avec les sentiments de cette saison mystérieuse. Toutefois, s’il se rencontre, hors le Dimanche, quelque fête en l’honneur des Saints, l’Église la célèbre encore, à moins que Ton ne soit déjà entré dans la Semaine sainte. En ces jours consacrés à la mémoire des amis de Dieu, elle dépose pour un moment ses habits de deuil, et offre le Sacrifice en leur honneur.

    Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l’Aspersion de l’eau bénite, et, en beaucoup d’Églises, la Procession, devront d’abord intéresser la piété.

    Pendant l’Aspersion, nous demanderons avec David, dont l’Église emprunte les paroles, que nos âmes, purifiées par l’hysope de l’humilité, redeviennent plus blanches que la neige.

    

    ANTIENNE DE L’ASPERSION.

    Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor : lava bis me, et super nivem dealbabor.

    Ps. Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Gloria Patri. Asperges me.

    V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

    R/. Et Salutare tuum da nobis.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

 

    Vous m’arroserez, Seigneur, avec l’hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.

    Ps. O Dieu, ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde. Gloire au Père. Nous m’arroserez.

    V/. Montrez-nous , Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous le Salut que vous nous avez préparé.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri monte jusqu’à vous.

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    ORAISON.

    Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens, reterne Deus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat. foveat, protegat, visitet, atque defendat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Exaucez-nous, Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, protège, visite et défende tous ceux qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La Procession qui précède la Messe nous montre l’Église qui se met en marche pour aller au-devant du Seigneur. Suivons-la avec empressement, et souvenons-nous qu’il est écrit que le Seigneur est plein de bonté pour l’âme qui le cherche sincèrement 76 .

    Enfin, le moment du Sacrifice est arrivé. Le Prêtre est au pied de l’autel, Dieu est attentif, les Anges adorent, toute l’Église est unie au Prêtre qui n’a qu’un même sacerdoce, une même action avec Jésus-Christ, le souverain Prêtre. Faisons avec lui le signe de la Croix

 

    L’ORDINAIRE DE LA MESSE.

    In nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti. Amen.

    V/. Introibo ad altare Dei,

    R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me.

    Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me repulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ?

    Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua.

    Et introibo ad altare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus : quare tristis es, anima mea : et quare conturbas me ?

    Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus.

    Gloria Patri, et Filio. er Spiritui Sancto.

    Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.

    V/. Introibo ad altare Dei,

    R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    V/. Adjutorium nostrum in nomine Domini,

    R/. Qui fecit cœlum et terram.

 

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Je m’unis, ô mon Dieu, a votre sainte Église qui tressaille dans l’espoir de contempler bientôt au sein des splendeurs de sa résurrection Jésus-Christ votre Fils, l’Autel véritable.

    Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.

    C’est en vous que j’ai mis mon espérance ; et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des embûches qui me sont tendues.

    Faites-moi donc voir, lorsque mon cœur en sera digne, celui qui est la Lumière et la Vérité : c’est lui qui nous ouvrira l’accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.

    Il est le médiateur, l’Autel vivant ; je m’approcherai de lui, et je serai dans la joie. Quand je l’aurai vu, je chanterai avec allégresse. O mon âme ! ne t’attriste donc plus, ne sois plus troublée.

    Espère en lui ; bientôt il se montrera à toi, vainqueur de cette mort qu’il aura subie en ta place ; et tu ressusciteras avec lui.

    Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ;

    Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

    Je vais donc m’approcher de l’autel de Dieu, et sentir la présence de Celui qui veut rajeunir mon âme.

    Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de mon Créateur.

 

    Cette pensée qu’il va paraître devant le Seigneur fait naître dans l’âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu’il est pécheur et indigne d’une telle grâce. Écoutez avec respect cette confession de l’homme de Dieu, et demandez sincèrement au Seigneur qu’il daigne lui faire miséricorde ; car le Prêtre est votre père ; il est responsable de votre salut, pour lequel il expose le sien tous les jours.

    Faites ensuite votre confession, avec le ministre, disant à votre tour avec contrition :

    Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Maria ; semper Virgini, beato Michaeli Archangelo , beato Johanni Baptista ; sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater, quia peccavi nimis, cogitatione, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, Pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

 

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et a vous, mon Père, que j’ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

    Recevez avec reconnaissance le souhait paternel du Prêtre qui vous dit :

    V/. Misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis peccatis vestris, perducat vos ad vitam aeternam.

    R/. Amen.

    V/. Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum, tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus.

    R/. Amen.

    V/. Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu’il vous remette vos péchés, et vous conduise à la vie éternelle.

    R/. Amen.

    V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés.

    R/. Amen.

    Relevez maintenant la tête, et appelez le secours divin pour vous approcher de Jésus-Christ.

    V/. Deus, tu conversus vivificabis nos ;

    R/. Et plebs tua laetabitur in te.

    V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

    R/. Et Salutare tuum da nobis.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    V/. O Dieu, d’un seul regard vous nous donnerez la vie ;

    R/. Et votre peuple se réjouira en vous.

    V/. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous de connaître et d’aimer le Sauveur que vous nous avez envoyé.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    Le Prêtre vous salue, en vous quittant, pour monter a l’autel.

    V/. Dominus vobiscum ;

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    Répondez-lui avec révérence :

    R/. Et cum spiritu tuo.

    R/. Et avec votre esprit.

    Il monte les degrés et arrive au Saint des Saints, Demandez pour lui et pour vous la délivrance des péchés.

    OREMUS.

    Aufer a nobis, quaesumus Domine, iniquitates nostras ; ut ad Sancta Sanctorum puris mereamur mentibus introire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    PRIONS.

    Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de vous être présentés ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur.

    Quand le Prêtre baise l’autel par respect pour les os des Martyrs qu’il couvre, on dira :

    Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt, et omnium Sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen.

    Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.

 

    Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l’autel avec pompe. Cette fumée qui s’exhale de toutes les parties de l’autel signifie la prière de l’Église qui s’adresse à Jésus-Christ, et que ce divin Médiateur fait ensuite monter, avec la sienne propre, vers le trône de la majesté de son Père.

    Le Prêtre dit ensuite l’Introït. Cette Antienne solennelle est un chant d’ouverture dans lequel l’Église laisse s’échapper tout d’abord les sentiments qui l’animent.

    Il est suivi de neuf cris plus expressifs encore, car ils demandent miséricorde. En les proférant, l’Église s’unit aux neuf chœurs des Anges réunis autour de l’Autel du ciel, qui est le même que celui de la terre.

    Au Père :

    Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kyrie, eleison.

    Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Au Fils :

    Christe, eleison. Christe, eleison. Christe, eleison.

    Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié !

    Au Saint-Esprit :

    Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kvrie, eleison.

    Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Ainsi que nous l’avons exposé plus haut, l’Église s’interdit, en Carême, l’Hymne céleste que les Anges entonnèrent sur le berceau du Messie. Cependant, si elle doit célébrer la fête d’un Saint, elle reprend, pour ce jour-là, ce beau cantique dont le début semble plutôt convenir au ciel qu’à la terre. La seconde partie est plus en rapport avec les besoins et les craintes de l’homme pécheur. Nous y rappelons au Fils éternel du Père qu’il est aussi l’ Agneau, qu’il est descendu pour effacer nos péchés. Nous le supplions d’avoir pitié de nous, d’écouter notre humble prière. Insistons sur ces sentiments qui conviennent si particulièrement au temps où nous sommes.

    L’HYMNE ANGÉLIQUE.

    Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bona ; voluntatis.

    Laudamus te : benedicimus te : adoramus te : glorificamus te : gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.

    Domine Deus, Rex coelestis, Deus Pater omnipotens.

    Domine, Fili unigenite, Jesu Christe.

    Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.

    Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.

    Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.

    Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.

 

    Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.

    Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.

    Seigneur Dieu, Roi céleste. Dieu Père tout-puissant !

    Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !

    Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !

    Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Vous qui ôtez les péchés du monde, recevez notre humble prière.

    Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.

    Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur, vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus-Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.

 

    Le Prêtre salue encore le peuple, comme pour s’assurer de sa persévérance dans l’attention religieuse que réclame l’Action sublime qui se prépare.

    Vient ensuite la Collecte ou Oraison, dans laquelle l’Église expose à Dieu, d’une manière expresse, ses intentions particulières dans la Messe qui se célèbre. On pourra s’unir à cette prière en récitant avec le Prêtre les Oraisons qui se trouvent ci-après, au Propre du Temps, ou au Propre des Saints, et surtout en répondant Amen avec le ministre qui sert la Messe.

    On lira ensuite l’Épître, qui est, pour l’ordinaire, un fragment des Lettres des Apôtres, ou quelquefois un passage des livres de l’Ancien Testament ; et en faisant cette lecture, on demandera à Dieu de profiter des enseignements qu’elle renferme.

    Le Graduel est un intermède entre la lecture de l’Épître et celle de l’Évangile. Il remet sous nos veux les sentiments qui ont déjà été exprimés dans l’Introït. On doit le lire avec dévotion, pour s’en bien pénétrer, et s’élever plus avant dans les hauteurs du mystère.

    Dans les autres temps de l’année, l’Église fait ici retentir le divin Alléluia ; mais elle a suspendu cette marque suprême de son allégresse, jusqu’à ce que son Époux ait traversé cette mer d’amertume où nos péchés l’ont submergé. En place, elle fait entendre quelques versets des Psaumes en rapport avec l’ensemble des prières de chaque Messe : ce chant s’appelle le Trait ; nous en avons parlé ailleurs.

    Si c’est une Messe solennelle que l’on célèbre, le Diacre se dispose à remplir son noble ministère qui consiste à annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Il prie Dieu de purifier son cœur et ses lèvres ; puis il demande à genoux la bénédiction du Piètre, et l’ayant obtenue, il se rend au lieu d’où il doit chanter l’Évangile.

    Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :

    Munda cor meum, ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiae Prophetae calculo mundasti ignito : ita me tua grata miseratione dignare mundare, ut sanctum Evangelium tuum digne valeam nuntiare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Dominus sit in corde meo, et in labiis meis : ut digne et competenter annuntiem Evangelium suum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

 

    Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle, afin que j’entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.

    Donnez à vos ministres la grâce d’être les fidèles interprètes de votre loi, afin que, pasteurs et troupeau, nous nous réunissions tous en vous à jamais.

    On se tiendra debout, par respect, pendant la lecture de l’Évangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre. Que le cœur donc soit prêt, et qu’il se montre docile. L’Épouse du Cantique dit : Mon âme s’est fondue en moi comme la cire, pendant que le Bien-Aimé me parlait. Mais tous n’ont pas cet amour. Disons-lui du moins, avec l’humble soumission de Samuel : Parlez, Seigneur ; votre serviteur écoute.

    Après l’Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on le dira avec lui. La foi est le don suprême de Dieu : c’est par elle que nous percevons la lumière qui luit au milieu des ténèbres, et que les ténèbres de l’incrédulité n’ont point comprise. La foi seule nous apprend ce que nous sommes, d’où nous venons, où nous allons. Seule, elle nous enseigne la voie pour retournera Dieu, quand nous nous sommes écartés de lui. Aimons cette foi par laquelle nous serons sauvés, si nous la fécondons par les œuvres, et disons avec l’Église Catholique :

    LE SYMBOLE DE NICÉE.

    Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.

    Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de cœlis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : ET HOMO FACTUS EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.

    Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi Amen.

    Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant. qui a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles.

    Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n’a pas été fait, mais engendré : consubstantiel au Père : par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit ; ET QUI S’EST FAIT HOMME. Qui a été aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Et qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n’aura point de fin.

    Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les Prophètes. Je crois l’Église qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu’il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

    Le cœur du Prêtre et celui du peuple doivent maintenant être prêts : il est temps de préparer l’offrande elle-même. Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation, et qui fait suite à celle qu’on désigne sous le nom de Messe des Catéchumènes, parce qu’elle était autrefois la seule à laquelle les aspirants au Baptême eussent le droit de prendre part.

    Voici donc que le pain et le vin vont être offerts à Dieu, comme les plus nobles éléments de la création matérielle, puisqu’ils sont destines à la nourriture de l’homme ; mais ce n’est là qu’une figure grossière de leur destination dans le Sacrifice chrétien. Leur substance va bientôt s’évanouir ; il n’en demeurera plus que les apparences. Heureuses créatures qui cèdent la place au Créateur ! Nous aussi, nous sommes appelés à éprouver une ineffable transformation, lorsque, comme dit l’Apôtre, ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie 77 . En attendant, offrons-nous à Dieu, au moment où le pain et le vin lui vont être présentés ; et préparons-nous pour l’arrivée de celui qui, en prenant notre nature humaine, nous a rendus participants de la nature divine 78 .

    Le Prêtre salue encore le peuple, pour l’avertir d’être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l’Offertoire, et, quand il présente à Dieu l’Hostie, joignons-nous à lui et disons :

    Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus , hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis , et pro omnibus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus christianis vivis atque defunctis : Ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aeternam. Amen.

 

    Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recevez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d’eux-mêmes.

    Quand le Prêtre met dans le calice le vin, auquel il mêle ensuite un peu d’eau, afin de représenter l’union de la nature divine à la faible nature humaine de Jésus-Christ, pensez au divin mystère de l’Incarnation, principe de notre salut et de nos espérances, et dites :

    

    Deus, qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti , da nobis per humus aquae et vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps , Jesus Christus, Filius tuus, Dominus noster ; qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur, qui êtes la véritable Vigne, et dont le sang, comme un vin généreux, s’est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d’eau ; venez nous taire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.

    Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d’eau, priant Dieu d’avoir pour agréable cette oblation dont la figure va bientôt se transformer en réalité ; pendant ce temps, dites en union avec lui :

    Offerimus tibi , Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae Majestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.

    Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu’ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui. de cette simple offrande de créatures, va faire l’instrument du salut du monde.

    Puis le Prêtre s’incline, après avoir élevé les dons ; humilions-nous avec lui et disons :

    In spiritu humilitatis, et in animo contrito suscipiamur a te, Domine : et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie , ut placeat tibi, Domine Deus.

    Si nous avons la hardiesse d’approcher de votre autel, Seigneur, ce n’est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, afin que nous puissions paraître en la présence de votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.

    Invoquons ensuite l’Esprit-Saint, dont l’opération va bientôt produire sur l’autel la présence du Fils de Dieu, comme elle la produisit au sein de la Vierge Marie, dans le divin mystère de l’Incarnation.

    Veni, Sanctificator omnipotens , aeterne Deus , et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini praeparatum.

    Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l’autel, et produire en nous celui que nos cœurs attendent.

 

    Si c’est une Messe solennelle, le Prêtre, avant de passer outre, prend pour la seconde fois l’encensoir. Il encense le pain et le vin qui viennent d’être offerts, et ensuite l’autel lui-même ; afin que la prière des fidèles, signifiée par la fumée de ce parfum, devienne de plus en plus ardente, à mesure que le moment solennel approche davantage.

    Mais la pensée de son indignité se ranime plus forte au cœur du Prêtre. La confession publique qu’il a faite au pied de l’autel ne suffit plus à sa componction. A l’autel même, il donne, en présence du peuple, un témoignage solennel du pressant besoin qu’il éprouve de se purifier à l’approche de Dieu : il lave ses mains. Or, les mains signifient les œuvres ; et le Prêtre, s’il porte en lui-même, comme Prêtre, le caractère de Jésus-Christ, est un homme par les œuvres. Que les fidèles s’humilient en contemplant ainsi l’humilité de leur Père, et disent comme lui :

    DU PSAUME XXV.

    Lavabo inter innocentes manus meas : et circumdabo altare tuum , Domine.

    Ut audiam vocem laudis : et enarrem universa mirabilia tua.

    Domine, dilexi decorem domus tua : : et locum habitationis gloriae tuae.

    Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam : et cum viris sanguinum vitam meam.

    In quorum manibus iniquitates sunt : dextera eorum repleta est muneribus.

    Ego autem in innocentia mea ingressus sum : redime me, et miserere mei.

    Pes meus stetit in directo : in ecclesiis benedicam te, Domine.

    Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

    Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.

    Je veux laver mes mains. Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l’innocence, pour être digne d’approcher de votre autel, d’entendre vos sacrés Cantiques, et de raconter vos merveilles. J’aime la beauté de votre Maison, le lieu dont vous allez faire l’habitation de votre gloire. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens. Depuis que votre miséricorde m’en a retiré, je suis revenu à l’innocence, en rentrant en grâce avec vous ; mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore, vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

 

    Le Prêtre, rassuré par l’acte d’humilité qu’il vient d’accomplir, reparaît au milieu de l’autel et s’incline respectueusement. Il demande à Dieu de recevoir avec bonté le Sacrifice qui va lui être offert, et détaille les intentions de ce Sacrifice. Offrons avec lui.

    Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam Passionis , Resurrectionis, et Ascensionis Jesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Johannis Baptistae , et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium Sanctorum : ut illis proficiat ad honorem , nobis autem ad salutem : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Trinité sainte, agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Église y joigne l’intention d’honorer la glorieuse Vierge qui nous a donné le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, et les Saints dont aujourd’hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu’ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut.

    Le Prêtre se retourne une dernière fois vers le peuple. Il sent le besoin de raviver encore l’ardeur des fidèles. La pensée de son indignité ne l’abandonne point. Il veut s’appuyer sur les prières de ses frères, avant d’entrer dans la nuée avec le Seigneur. Il dit donc :

    Orate , Fratres : ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem.

    Priez, mes Frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.

    Cela dit, il se retourne ; et les fidèles ne verront plus sa face, jusqu’à ce que le Seigneur lui-même soit descendu. Rassurez-le, en lui répondant par ce souhait :

    Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam Nominis sui , ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae.

    Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Église.

    Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, dans lesquelles il offre les vœux de toute l’Église pour l’acceptation du Sacrifice ; et bientôt il s’apprête à remplir l’un des plus grands devoirs de la Religion, l’Action de grâces. Jusqu’ici, il a adoré, il a demandé miséricorde ; il lui reste encore à rendre grâces pour les bienfaits octroyés par la munificence du Père, et dont le principal, en ces jours, est la faveur qu’il nous accorde de pouvoir satisfaire à sa justice par les expiations de ce saint temps ; le Prêtre, au nom de l’Église, va ouvrir la bouche et épancher la reconnaissance du monde entier. Afin donc de réveiller la piété des fidèles qui priaient en silence avec lui, il termine son Oraison à haute voix :

    Per omnia sæcula sæculorum.

    Dans tous les siècles des siècles.

    Réunissez-vous à lui, et répondez : Amen !

    Il vous salue en disant :

    Dominus vobiscum.

     Le Seigneur soit avec vous.

    

    Répondez-lui :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Puis il dit :

    Sursum corda !

    Les cœurs en haut !

    Répondez avec vérité :

    Habemus ad Dominum.

    Nous les avons vers le Seigneur.

    Puis il ajoute :

    Gratias agamus Domino Deo nostro.

    Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.

    Protestez du fond de votre âme :

    Dignum et justum est.

    C’est une chose digne et juste.

    Alors, le Prêtre :

    PREFACE.

    Vere dignum et justum est, æquum et salutare , nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens , æterne Deus ; qui corporali jejunio vitia comprimis, mentem elevas, virtutem largiris et praemia, per Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli , adorant Dominationes , tremunt Potestates, Cœli, cœlorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concelebrant. Cum quibus et nostras voces ut admitti jubeas deprecamur, supplici confessione dicentes :

 

    Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire , de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant , Dieu éternel, qui par le jeûne auquel vous assujettissez nos corps , comprimez la source de nos vices, élevez nos âmes, donnez la force et assurez la récompense ; par Jésus-Christ notre Seigneur. C’est par lui que les Anges louent votre Majesté, que les Dominations l’adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les Vertus des cieux la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint ! etc.

    Unissez-vous au Prêtre, qui lui-même s’unit aux Esprits bienheureux, pour honorer la suprême Majesté, et dites aussi :

    Sanctus, Sanctus,Sanctus Dominus Deus sabaoth !

    Pleni sunt cœli et terra gloria tua.

    Hosanna in excelsis !

    Benedictus qui venit in Nomine Domini.

    Hosanna in excelsis !

    Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !

    Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.

    Hosannah au plus haut des cieux !

    Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l’envoie.

    Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !

    Le Canon s’ouvre après ces paroles, prière mystérieuse, au milieu de laquelle le ciel s’abaisse, et Dieu descend. On n’entendra plus retentir la voix du Prêtre ; le silence se fait, même à l’autel. Qu’un respect profond apaise nos distractions, contienne toutes nos puissances ; suivons d’un œil respectueux les mouvements du Prêtre.

 

    LE CANON DE LA MESSE.

    Dans ce colloque mystérieux avec le grand Dieu du ciel et de la terre, la première prière du sacrificateur est pour l’Église catholique, sa Mère et la nôtre.

    Te igitur , clementissime Pater, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas,et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata ; in primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum, una cum famulo tuo Papa nostro N., et Antistite nostro N., et omnibus orthodoxis, atque catholicae et apostolica ; fidei cultoribus.

    O Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des Mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Église, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s’opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l’unité ; conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre : dirigez notre Évêque qui est pour nous le lien sacré de l’unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l’Église Catholique-Apostolique-Romaine.

 

    Priez maintenant, avec le Prêtre, pour les personnes qui vous intéressent davantage :

    Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N., et omnium circumstantium, quorum tibi fides cognita est, et nota devotio : pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suae, tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero.

    Permettez-moi, ô mon Dieu, de vous demander de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes , pour lesquels vous savez que j’ai une obligation particulière de prier… Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.

    Faisons mémoire des Saints, qui sont la partie déjà glorieuse du Corps de Jésus-Christ.

    Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ, semper Virginis Mariæ, Genitricis Dei et Domini nostri Jesu Christi : sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum Pétri et Pauli , Andreae, Jacobi, Johannis,Thomae, Jacobi, Philippi, Bartholomaei, Matthæi, Simonis et Thaddaei, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmae et Damiani, et omnium Sanctorum tuorum : quorum meritis precibusque concedas , ut in omnibus protectionis tua ; muniamur auxilio. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Mais non seulement, ô mon Dieu , l’offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l’épreuve : il resserre aussi nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l’offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, de laquelle est né notre Sauveur ; des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot de tous les Justes, afin qu’ils nous aident par leur puissant secours à devenir dignes de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de votre gloire.

    

    Le Prêtre, qui jusque-là priait les mains étendues, les unit et les impose sur le pain et le vin. Il imite ainsi le geste du Pontife de l’ancienne loi sur la victime figurative, pour désigner ces dons d’une manière spéciale à l’œil de la Majesté divine, comme l’offrande matérielle qui atteste notre dépendance, et qui va bientôt faire place à l’Hostie vivante sur laquelle ont été placées toutes nos iniquités.

    Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed et cunctae familiae tuae, quaesumus Domine, ut placatus accipias ; diesque nostros in tua pace disponas, atque ab alterna damnatione nos eripi , et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Quam oblationem tu Deus in omnibus, quaesumus, benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris ; ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.

    Daignez recevoir, ô Dieu ! cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l’hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va paraître.

    Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous introduire en la présence de ce divin Fils notre Sauveur.

    Ici le Prêtre cesse d’agir en homme ; il n’est plus simplement le député de l’Église. Sa parole devient celle de Jésus-Christ ; elle en a la puissance et l’efficacité. Prosternez-vous, car Dieu lui-même va descendre sur l’autel.

    Qui pridie quam pateretur, accepit panem in sanctas ac venerabiles manus suas ; et elevatis oculis in cœlum, ad te Deum Pat rem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes : HOC EST ENIM CORPUS MEUM.

    Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre ! Sauveur ! Messie tant désiré ! si ce n’est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, de vous offrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! venez !

    L’Agneau divin est maintenant au milieu de nous. Gloire et amour soient à lui ! Mais il ne vient que pour être immolé ; c’est pourquoi le Prêtre, ministre des volontés du Très-Haut, prononce tout aussitôt sur le calice ces paroles sacrées qui opèrent la mort mystique par la séparation du Corps et du Sang de la victime. La substance du pain et du vin s’est évanouie, les espèces seules sont restées comme un voile sur le Corps et le Sang du Rédempteur, afin que la terreur ne nous éloigne pas d’un mystère qui ne s’accomplit que pour rassurer nos cœurs. Unissons-nous aux Anges qui contemplent en tremblant cette divine merveille.

    Simili modo postquam coenatum est, accipiens et hunc praeclarum Calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes. HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET AETERNI TESTAMENTI : MYSTERIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. Haec quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis.

    Sang divin, prix de mon salut, je vous adore. Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige. Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.

     Le Prêtre est maintenant face à face avec Dieu ; il élève de nouveau ses bras, et représente au Père céleste que l’Oblation qui est devant lui n’est plus une offrande matérielle, mais le Corps et le Sang, la personne tout entière de son divin Fils.

    Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae Passionis, nec non et ab inferis Resurrectionis, sed et in cœlos gloriosae Ascensionis : offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis ac

    datis Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam : Panem sanctum vitae aeternae, et Calicem salutis perpetuae.

    Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium Patriarchae nostri Abrahae, et quod tibi obtulit summus Sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam.

 

    La voici donc, ô Père saint ! l’Hostie si longtemps attendue. Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils ; mais il est aussi notre Hostie, Hostie pure et sans tache, notre Pain et notre Breuvage d’immortalité.

    Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel ; le sacrifice qu’Abraham vous fit de son fils Isaac, immolé sans perdre la vie ; enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. Recevez ici l’Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.

    Le Prêtre s’incline vers l’autel, et le baise comme le trône d’amour sur lequel réside le Sauveur des hommes.

    Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime Altare tuum, in conspectu divinæ Majestatis tuae : ut quotquot ex hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem sumpserimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Mais , ô Dieu tout-puissant, ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l’Autel su blime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu’un même autel, sur lequel s’accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l’auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.

    Mais le moment est favorable aussi pour implorer un soulagement à l’Église souffrante. Demandons que le Libérateur, qui est descendu, daigne visiter les sombres demeures du Purgatoire par un rayon de sa lumière consolatrice ; et que, découlant de cet autel, le sang de l’Agneau, comme une miséricordieuse rosée, rafraîchisse ces âmes haletantes. Prions particulièrement pour celles qui nous sont chères.

    Memento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos praecesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    N’excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la cité sainte avec ses élus ; nos veux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont dans le lieu des expiations. Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.

    Ce devoir de charité étant rempli, prions pour nous-mêmes pécheurs, qui profitons si peu de la visite que le Sauveur daigne nous faire, et frappons notre poitrine avec le Prêtre :

    Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et Martyribus ; cum Iohanne, Stephano, Mathia, Barnaba, Ignatio, Alexandro, Marcellino , Petro , Felicitate , Perpetua, Agatha, Lucia, Agnete, Concilia, Anastasia et omnibus Sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non aestimator meriti, sed veniae, quaesumus, largitor admitte : per Christum Dominum nostrum. Per quem haec omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis : per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria.

    Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C’est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l’unité du Saint-Esprit, soit à vous honneur et gloire à jamais.

    En disant ces dernières paroles, le Prêtre a pris l’Hostie sainte qui reposait sur l’autel ; il l’a placée au-dessus de la coupe, réunissant ainsi le Corps et le Sang de la divine victime, afin de montrer qu’elle est maintenant immortelle ; puis, élevant à la fois le Calice et l’Hostie, il a présenté à Dieu le plus noble et le plus complet hommage que puisse recevoir la Majesté infinie.

    Cet acte sublime et mystérieux met fin au Canon ; le silence des Mystères est suspendu. Le Prêtre a terminé ses longues supplications ; il sollicite pour ses prières l’acquiescement du peuple fidèle, en prononçant à haute voix les dernières paroles :

    Per omnia sæcula sæculorum.

    Dans tous les siècles des siècles.

    Répondez avec foi et dans un sentiment d’union avec la sainte Église :

    Amen.

    Amen ! je crois le mystère qui s’est opéré, je m’unis à l’offrande qui a été faite et aux demandes de l’Église.

    Il est temps de répéter la prière que le Sauveur lui-même nous a apprise. Qu’elle s’élève jusqu’au ciel avec le Sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Pourrait-elle n’être pas agréée, en ce moment où celui-là même qui nous l’a donnée est entre nos mains, pendant que nous la proférons ? Cette prière étant le bien commun de tous les enfants de Dieu, le Prêtre la récite à haute voix, afin que tous puissent s’y unir. Prions, dit-il.

    Oremus. Praeceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati, audemus dicere :

    Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l’instruction divine qui nous a été donnée, nous osons dire :

    

    L’ORAISON DOMINICALE.

    Pater noster, qui es in cœlis : Sanctificetur Nomen tuum : Adveniat regnum tuum : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : Et ne nos inducas in tentationem.

    Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre Pain quotidien ; et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

    Répondons avec l’accent de notre misère :

    Sed libera nos a malo.

    Mais délivrez-nous du mal.

    Le Prêtre retombe dans le silence des Mystères. Sa prière insiste sur cette dernière demande : Délivrez-nous du mal ; et certes avec raison ; car le mal nous déborde ; et c’est pour l’expier et le détruire que nous a été envoyé l’Agneau.

    Libera nos, quaesumus Domine, ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus et futuris : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria, cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque Andrea, et omnibus Sanctis , da propitius pacem in diebus nostris : ut ope misericordiae tuae adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum , qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus.

    Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c’est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c’est-à-dire les taches actuellement empreintes sur cette pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l’assiègent ; enfin les maux à venir, c’est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l’Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d’agréer en notre faveur l’entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.

    Le Prêtre, qui vient de demander à Dieu la Paix, et qui l’a obtenue, s’empresse de l’annoncer ; il conclut l’Oraison à haute voix :

    Per omnia sæcula sæculorum. R/. Amen.

    Dans tous les siècles des siècles. R/. Amen.

    Puis il dit :

    Pax Domini sit semper vobiscum.

    Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !

    Répondez à ce souhait paternel :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Le Mystère touche à sa fin ; Dieu va s’unir à l’homme, et l’homme va s’unir à Dieu parla Communion ; mais auparavant un rite imposant et sublime doit s’accomplir dans le silence de l’autel. Jusqu’ici le Prêtre a annoncé l’immolation du Seigneur ; il est temps qu’il annonce sa Résurrection. Il divise donc l’Hostie sainte avec révérence, et l’ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans le Calice, réunissant ainsi le Corps et le Sang de l’immortelle Victime. Adorez et dites :

    Haec commixtio et consecratio Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi, fiat accipientibus nobis in vitam aeternam. Amen.

    Gloire à vous, Sauveur du monde, qui avez souffert que. dans votre Passion, votre précieux Sang fût séparé de votre sacré Corps, et qui les avez réunis ensuite par votre vertu !

    

    Priez maintenant l’Agneau divin qui a pris sur lui toutes nos iniquités, arin de les laver dans son sang, et dites-lui avec la sainte Église :

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-nous la Paix.

    La Paix est le grand objet de la venue du Sauveur en ce monde : il est le Prince de la Paix : le divin Sacrement de l’Eucharistie doit donc être le Mystère de la Paix, le lien de l’Unité catholique ; puisque, comme parle l’Apôtre, nous ne sommes tous qu’un seul Pain et un seul Corps, nous tous qui participons au même Pain. C’est pourquoi le Prêtre, au moment de communier à l’Hostie sainte, demande la conservation de la paix fraternelle, principalement dans cette portion de la sainte Église qui est là réunie autour de l’autel. Implorez-la avec lui.

    Domine Jesu Christe, qui dixisti Apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuae : eamque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et regnas Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos Apôtres : « Je vous laisse ma « paix », je vous donne ma « paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté.

 

    Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de Paix, si la Messe est solennelle, donne le baiser fraternel au Diacre qui le donne lui-même au Sous-Diacre, lequel va le porter au Chœur. Pendant ce temps, ranimez en vous les sentiments de la charité chrétienne, et pardonnez à vos ennemis, si vous en avez. Dites ensuite avec le Prêtre :

    Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu Sancto, per mortem tuam mundum vivificasti : libera me per hoc sacrosanctum Corpus, et Sanguinem tuum, ab omnibus iniquitatibus meis, et universis malis, et fac me tuis semper inhœrere mandatis, et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Patre et Spiritu Sancto vivis et régnas Deus in sæcula sæculorum, Amen.

    Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi par ce saint et sacré Corps, et par votre Sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m’attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous.

    Si vous devez communier à cette Messe, dites la troisième Oraison qui suit ; autrement, préparez-vous à faire la Communion spirituelle.

    Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere præsumo, non mihi proveniat in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietate prosit mihi ad testamentum mentis et corporis, et ad medelam percipiendam. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ , faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j’en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation ; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu’il me soit un remède salutaire.

 

    Quand le Prêtre prend l’Hostie et se dispose à s’en communier, dites :

    Panem coelestem accipiam, et Nomen Domini invocabo.

    Venez, Seigneur Jésus !

    Quand il frappe sa poitrine et confesse son indignité, répétez avec lui, trois fois, dans les sentiments du Centurion de l’Évangile :

    Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea.

    Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.

    Au moment où il consomme la sainte Hostie, si vous devez vous-même communier, adorez profondément votre Dieu qui s’apprête à descendre en vous, et dites encore avec l’Épouse : Venez, Seigneur Jésus ! (Apoc. XXII, 20.)

    Si vous ne devez pas communier sacramentellement, communiez en ce moment spirituellement, et adorant Jésus-Christ qui visite votre âme par sa grâce, dites :

    Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.

    Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon plaisir.

    Puis le Prêtre prend le Calice avec action de grâces, disant :

    Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et Nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero.

    Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu’il m’a faits ? Je prendrai le Calice du salut, j’invoquerai le Nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.

 

    Si vous devez communier, dans le moment où le Prêtre prend le Calice pour s’abreuver du Sang divin, adorez encore le Dieu qui s’approche de vous, et dites toujours : Venez, Seigneur Jésus !

    Si, au contraire, vous faites seulement la Communion spirituelle, adorez de nouveau Jésus-Christ, et dites :

    Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.

    Je m’unis à vous, ô mon Sauveur ! unissez-vous à moi ; que nous ne nous séparions jamais !

    C’est à ce moment, si vous devez communier, que le Prêtre vous donnera le Corps de Jésus-Christ. Les sentiments que l’on doit apporter à la Sainte Communion, au Temps du Carême, sont développés ci-après, Chapitre VI.

 

    La Communion étant faite, pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la première fois, dites :

    Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiat nobis remedium sempiternum.

    Vous m’avez visité dans le temps , ô mon Dieu ! Faites que je garde les fruits de cette visite pour l’éternité.

    Pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la seconde fois, dites :

    Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhaereat visceribus meis : et praesta ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt Sacramenta. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.

    Béni soyez-vous, ô mon Sauveur, qui m’avez initié au sacré mystère de votre Corps et de votre Sang. Que mon cœur et mes sens conservent, par votre grâce, la pureté que vous leur avez donnée, et que votre sainte présence demeure toujours en moi. Amen.

    Le Prêtre ayant lu l’Antienne dite Communion, qui est le commencement de l’Action de Grâces pour le nouveau bienfait que Dieu vient de nous accorder en renouvelant en nous sa présence, se retourne enfin vers le peuple et le salue ; après quoi il récite les Oraisons appelées Postcommunion, qui sont le complément de l’Action de Grâces. Joignez-vous encore à lui, remerciant Dieu pour le bien inénarrable dont il vous a comblé, et demandez avec ardeur que l’esprit de componction vous accompagne toujours.

    Les Oraisons terminées, le Prêtre se tourne de nouveau vers le peuple, et lui envoie le salut, pour se féliciter avec lui de l’insigne faveur que Dieu vient d’accorder à l’assistance ; il dit :

    Dominus vobiscum.

    Le Seigneur soit avec vous.

     Répondez-lui :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Le Diacre ensuite, ou le Prêtre lui-même, si la Messe n’est pas solennelle, dit ces paroles :

    Benedicamus Domino.

    Bénissons le Seigneur.

    Si la Messe n’est pas du Dimanche, ou d’une Férié du Carême, il dit à l’ordinaire :

    Ite, Missa est.

    Retirez-vous : la Messe est finie.

    Remerciez Dieu de la grâce qu’il vient de vous faire, en répondant :

    Deo gratias.

    Grâces soient rendues à Dieu.

    Le Prêtre prie une dernière fois avant de vous bénir ; priez avec lui :

    Placeat tibi , sancta Trinitas, obsequium servitutis meae et praesta ut sacrificium, quod oculis tuae Majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Grâces vous soient rendues, adorable Trinité, pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d’assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j’ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.

    Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant :

    Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Amen.

    Que le Dieu tout-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ! Amen.

    Il lit enfin la Leçon de l’Évangile selon saint Jean, qui annonce l’éternité du Verbe et la miséricorde qui l’a porté à prendre notre chair et à habiter en nous, afin de nous arracher à nos ténèbres et de nous rendre Enfants de Dieu.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

 

    LE DERNIER ÉVANGILE.

    Initium sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. I.

    In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera, quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in Nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratiae et veritatis.

 

    Le commencement du saint Évangile selon saint Jean. Chap. I.

    Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n’a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même. ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, et il a habité en nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.

 

CHAPITRE VI. PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION AU TEMPS DU CAREME.

    De toutes les œuvres par lesquelles le chrétien peut sanctifier le Carême, la plus agréable à Dieu est l’assistance au divin Sacrifice, dans lequel est offerte la victime du Salut. Mais le pécheur devra-t-il, parce qu’il s’en reconnaît plus indigne que jamais, s’abstenir de participer à la chair vivifiante et purifiante du cette Victime universelle ? Telle n’est pas l’intention du Rédempteur qui est descendu du ciel, non pour nous juger, mais pour nous sauver 79 . Il sait combien est longue et austère la voie qui nous reste à parcourir jusqu’au jour où nous nous reposerons avec lui dans les joies de sa résurrection. Il a pitié de nous, il craint de nous voir défaillir dans la route 80  ; et, pour cela, il nous offre l’aliment divin qui donne aux âmes lumière et force, et qui les soutient dans le labeur. Nous sentons le besoin de nous purifier davantage ; allons donc, d’un cœur humble et contrit, à Celui qui est venu pour rendre à nos âmes leur beauté première. Souvenons-nous, en tout temps, de cet avertissement solennel qu’il a daigné nous donner : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez point la vie en vous 81 .

    Si donc le péché ne règne plus en nous, si nous l’avons effacé par une vraie contrition et une confession sincère, rendues efficaces par l’absolution du prêtre, quelque grandes que nous apparaissent nos infidélités, ne nous éloignons pas du Pain de Vie 82  ; c’est pour nous que la table du Seigneur est dressée. Si nous sentons que les liens du péché nous captivent encore ; si, en nous considérant nous-mêmes au flambeau de la Vérité qui luit maintenant à nos yeux, nous découvrons dans nos âmes des taches que les préjugés mondains et une dangereuse mollesse nous avaient jusqu’ici empêché d’apercevoir, cherchons promptement la piscine du salut ; et quand nous aurons fait notre paix avec le Dieu des miséricordes, hâtons-nous de venir recevoir le gage de notre réconciliation.

    Allons donc à la table sainte, en ces jours de la sainte Quarantaine, avec le sentiment profond de notre indignité. Plus d’une fois, peut-être, nous y sommes-nous présentés, dans le passé, avec une familiarité trop grande, faute de comprendre assez notre néant, notre misère et la souveraine sainteté de Celui qui s’unit ainsi à l’homme pécheur. Désormais, notre cœur se rendra plus de justice ; et. réunissant dans un même sentiment l’humilité et la confiance, il répétera avec une entière sincérité ces paroles que l’Église emprunte au Centenier de l’Évangile, et qu’elle nous invite à redire, au moment où elle nous donne le Pain de vie : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi. mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie !

    Nous formulerons ici, selon notre usage, les Actes pour la préparation à la Communion dans ce saint temps, en faveur des personnes qui sentiraient le besoin d’être aidées en cette manière ; nous ajouterons, pour complément, les Actes de l’Action de grâces.

    AVANT LA COMMUNION.

    ACTE DE FOI.

    La grâce insigne que vous m’avez accordée, ô mon Dieu, de me faire connaître les plaies de mon âme, m’a révélé toute la profondeur de mes maux. J’ai compris que je n’étais que ténèbres, et quel besoin j’avais de votre divine lumière. Mais si le flambeau de la foi a éclairé pour moi les tristes ombres de ma nature, il m’a fait voir aussi tout ce que votre amour pour une créature ingrate vous a fait entreprendre, dans le but de la relever et de la sauver. C’est pour moi que vous avez pris naissance dans une chair mortelle ; c’est pour moi que vous accomplissez en ce moment, dans le désert, un jeûne si rigoureux ; c’est pour moi que bientôt vous donnerez votre sang sur l’arbre de la croix : tels sont les prodiges de votre bonté que vous m’ordonnez de croire. Je les crois, ô mon Dieu, avec autant de soumission que de reconnaissance. Mais je crois aussi d’une foi non moins vive que dans peu a’instants, par le plus ineffable des mystères, vous allez venir vous unir à moi dans votre sacrement. Votre parole est formelle ; malgré le cri de mon indignité, je m’abaisse devant votre souveraine raison. Il n’y a rien de commun entre le Dieu de toute sainteté et ma misère coupable ; cependant, vous dites que c’est vous-même qui venez à moi. Je tremble, mais je crois en vous, ô Vérité éternelle ! Je confesse que votre amour pour moi est infini, et que rien ne saurait l’arrêter, quand il a résolu de se communiquer à une humble et infidèle créature.

    ACTE D’HUMILITÉ.

    Lorsque naguère je vous contemplais, ô mon Dieu ! descendant des splendeurs de votre gloire au sein     d’une fille des hommes, unissant à votre divine substance notre faible et mortelle nature, naissant enfin dans la crèche abandonnée d’une pauvre étable, de tels abaissements d’un Dieu, en même temps qu’ils touchaient mon cœur, me révélaient toute la profondeur de mon néant. Je sentais mieux quelle distance infinie sépare la créature de son Créateur, et je confessais avec bonheur ma bassesse, à la vue des miracles de votre amour. Aujourd’hui, ô mon Sauveur, ce n’est plus seulement la faiblesse de ma nature que je reconnais en moi ; le néant n’est pas coupable de n’être que le néant ; mais ce que je considère avec effroi, c’est le mal qui m’a si longtemps dominé, qui règne encore par ses suites, par les tendances qu’il m’a inspirées, par la faiblesse avec laquelle je le combats. Adam, après son péché, alla se cacher, comme pour fuir vos regards ; et vous m’appelez en ce moment, non pour prononcer contre moi une trop juste sentence, mais pour me donner la plus grande marque de votre amour, pour m’unira vous. Et vous êtes, ô mon Dieu, la sainteté même ! Je me rends à votre appel, car vous êtes mon maître, et nul ne saurait vous résister ; mais je m’humilie et m’anéantis devant votre majesté offensée, la suppliant de considérer que c’est par ses ordres seulement que j’ose approcher d’elle.

    ACTE DE CONTRITION.

    Mais que me servirait de reconnaître, ô mon Sauveur, la grandeur et le nombre de mes fautes, si mon cœur n’était pas dans la résolution de s’en détacher pour jamais ? Vous voulez vous réconcilier avec votre ennemi, le presser contre votre cœur ; et il se contenterait de reconnaître l’honneur que vous lui faites, sans rompre avec la malheureuse cause qui lui fit encourir votre disgrâce et le mit en hostilité avec vous ! Il n’en peut être ainsi, ô mon Dieu 1 Je ne chercherai pas, comme mon premier père, à fuir inutilement l’œil de votre justice ; comme le Prodigue, je me lève et je vais vers mon Père ; comme Madeleine, j’ose entrer dans la salle du festin ; je me rends tout tremblant à l’invitation de votre amour. Mais mon cœur a renoncé sincèrement au péché ; je hais, je déteste cet ennemi de votre gloire et de mon bonheur. Désormais, je veux l’éviter et le poursuivre en moi sans ménagement. Je romps avec cette mollesse qui engourdissait ma volonté, avec cette indifférence calculée qui endormait ma conscience, avec ces habitudes dangereuses qui entraînaient mon âme loin de vous. Ne rejetez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié.

    ACTE D’AMOUR.

    Tel est, ô mon Sauveur, votre amour pour nous en ce monde, que, selon votre consolante promesse, vous n’êtes pas venu pour juger, mais pour sauver. Je ne m’acquitterais donc pas avec vous, en ce moment, si je n’avais à vous offrir que cette crainte si salutaire qui m’a ramené à vous, que cette confusion si légitime qui porte le pécheur à trembler en votre présence. C’est dans votre amour que vous venez me visiter. Le sacrement qui va m’unir à vous est le sacrement de votre amour. Vous l’avez dit, ô Pasteur plein de tendresse : C’est celui à qui on a remis davantage qui aime le plus son bienfaiteur. Il faut donc que mon cœur ose vous aimer, qu’il vous aime avec plénitude, que le souvenir de ses infidélités accroisse de plus en plus en lui le besoin et le sentiment de votre amour. Aidez-le, ô mon Dieu, rassurez-le ; chassez ses terreurs, et faites-vous sentir à lui. C’est parce qu’il vous a craint, qu’il s’est tourné vers vous ; s’il vous aime, il vous demeurera fidèle.

    O Marie, refuge du pécheur, aidez mon cœur à aimer celui qui est votre fils et notre frère. Saints Anges, qui vivez éternellement de cet amour qui ne s’est jamais éteint en vous, souvenez-vous qu’il m’a créé, comme vous-mêmes, pour l’aimer. Saints et Saintes, par l’amour dont il vous enivre au ciel, daignez vous souvenir de moi, et préparer mon cœur à s’unir à lui.

    APRÈS LA COMMUNION.

    ACTE D’ADORATION.

    Vous êtes en moi, Majesté de mon Dieu ! Vous résidez en ce moment dans le cœur d’un pécheur : c’est là votre temple, votre trône, le lieu de votre repos. Que ferai-je pour vous adorer dignement, vous qui avez daigné descendre jusque dans l’abîme de ma bassesse et de ma misère ? Les Esprits bienheureux se voilent la face devant vous ; vos Saints déposent à vos pieds leurs couronnes immortelles ; et moi, qui suis encore dans la condition de pécheur, puis-je m’anéantir assez devant vous, qui êtes infini en puissance, en sagesse, en bonté ? Cette âme, dans laquelle vous résidez en ce moment, osa se mesurer avec vous ; souvent elle eut l’audace de vous désobéir et d’enfreindre vos volontés ; et vous venez en elle, et vous y faites descendre toutes vos grandeurs ! Recevez, ô mon Dieu ! l’hommage qu’elle vous offre en cette heure où elle succombe sous le poids de l’insigne honneur que vous lui faites. Oui, mon Dieu, je vous adore, je vous reconnais pour le souverain Être, pour l’auteur et Je conservateur de toutes choses, pour mon Maître absolu ; je confesse avec bonheur ma dépendance, et j’ose vous offrir mon humble service.

    ACTE DE REMERCIEMENT.

    Vous êtes grand, ô mon Dieu ! mais vous êtes aussi plein de bonté envers votre humble créature. Votre présence en moi n’est pas seulement un trait de cette puissance qui se glorifie de la manière qu’elle veut ; elle est un nouveau gage de votre amour pour moi. Vous venez vous unir à mon âme, la rassurer, la rémunérer, lui apporter tous les biens. Oh ! qui me donnera de sentir un tel bienfait, de vous en remercier dignement ? Je ne le puis faire, ô mon Dieu ! car, dans ma faiblesse, je suis incapable de mesurer toute l’étendue de votre amour, tout le besoin que j’avais de votre présence. Et si je viens à considérer les moyens qui sont à ma disposition pour reconnaître la faveur que vous me faites, je tombe accablé sous mon impuissance. Cependant vous voulez, ô mon Dieu, que ce cœur, tout faible qu’il est, vous rende grâces ; vous prenez plaisir à recevoir l’hommage de sa chétive reconnaissance. Agréez-le donc ; mon âme tout entière vous l’offre, en vous suppliant de lui révéler de plus en plus l’immensité de .vos dons, et de prendre pitié de son insuffisance.

    ACTE D’AMOUR.

    Mais je ne puis m’acquitter avec vous que par l’amour, ô mon souverain bien ! Vous m’avez aimé, vous m’aimez ; il faut que je vous aime. Vous m’avez supporté, vous m’avez pardonné, vous venez de me combler d’honneur et de richesse : l’amour vous a fait accomplir tous ces prodiges, et c’est mon amour que vous demandez en retour du vôtre. La reconnaissance ne suffit pas ; vous voulez être aimé. Si je jette un regard sur le passé, ces longs jours qui s’ecoule-rent loin de vous dans la désobéissance se présentent à ma pensée, et il me semble que je devrais fuir vos bontés. Mais où irai-je, ô mon Dieu, que je ne vous y porte avec moi, maintenant que vous êtes établi au centre de mon âme ? Je resterai donc ; et, comme si jamais je ne vous eusse trahi, je réunirai toutes les forces de mon cœur, pour vous dire que je vous aime, que votre divine charité a rassuré mon âme, que cette âme est à vous, qu’elle vous préfère à tout, qu’elle met désormais toute sa joie, tout son bonheur, à vous complaire, à faire vos volontés.

    ACTE D’OFFRANDE.

    Je sais, ô mon Dieu, que ce que vous demandez de moi, ce n’est pas l’effusion passagère d’un cœur touché de vos bontés. Vous m avez aimé de toute éternité, vous m’avez gardé votre prédilection, alors même que je ne vous servais p ; s. Tant de lumières que vous m’avez données sur l’état de mon âme, tant e protection contre votre propre justice, tant de miséricorde à me pardonner, tant d’amour a vous incliner vers moi en ce moment ; toutes ces œuvres de votre droite n’avaient qu’un seul but : celui de m’attacher à vous, de m’amener à vivre enfin pour vous. Ce but, vous avez voulu l’atteindre, en me donnant aujourd’hui le précieux gage de votre amour. Vous avez dit, en parlant de ce don ineffable : De même que je vis par mon Père, ainsi celui qui mange ma chair vivra par moi. Vous êtes désormais, ô Pain vivant descendu du ciel, le principe de ma vie : elle est donc à vous, plus que jamais. Je vous la donne ; je vous dévoue mon âme, mon corps, mes facultés, mon existence tout entière. Dirigez-moi, réglez-moi : je m’abandonne à vous. Je suis aveugle, mais votre lumière me conduira ; je suis faible, mais votre force me soutiendra ; je suis inconstant, mais votre fermeté me maintiendra. Je me repose de tout sur votre miséricorde, qui ne manque jamais à ceux qui espèrent en vous.

    O Marie ! gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure que votre Maître a daigné habiter. Saints et Saintes de Dieu, priez pour le pécheur auquel il a donné un tel gage de réconciliation.

 

CHAPITRE VII. DE L’OFFICE DES VÊPRES DES DIMANCHES ET DES FÊTES, AU TEMPS DU CARÊME.

    Les Vêpres, ou Office du soir, se composent d’abord de cinq Psaumes accompagnés d’Antiennes. Nous les donnons ci-après, en les faisant précéder, selon notre usage, de quelques lignes dans lesquelles nous nous attachons à relever les expressions de ces divins Cantiques, qui conviennent le mieux au temps de l’Année liturgique que nous parcourons.

    L’Office commence par le cri ordinaire de l’Église :

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

    Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.

    Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.

    Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

    Louange à vous, Seigneur, Roi de l’éternelle gloire.

    Le premier de ces Psaumes est prophétique sur les grandeurs du Messie. Nous y voyons l’Homme-Dieu dans son triomphe, après ses humiliations et sa Croix, s’asseyant à la droite de son Père. Mais il reviendra pour juger le monde, pour briser contre terre la tète des pécheurs. En célébrant ses grandeurs, n’oublions pas ses justices.

    PSAUME CIX.

    Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis.

    Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.

    Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum.

    Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.

    Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.

    Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges.

    Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.

    De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.

 

    Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;

    Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.

    O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.

    La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.

    Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu – Homme , vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.

    O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.

    Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.

    Il s’est abaissé pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.

    Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple, l’Alliance promise, la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses promesses ; mais il nous apprend aussi que le Nom du Seigneur est terrible, parce qu’il est saint, et il nous avertit que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse.

    PSAUME CX.

    Confitebor. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.

    Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates cjus.

    Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.

    Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se.

    Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.

    Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium.

    Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate.

    Redemptionem misit populo suo : * mandavit in aeternum testamentum suum.

    Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini.

    Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi.

 

    Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l’assemblée des justes.

    Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.

    Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.

    Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.

    Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.

    Il donnera à son Église l’héritage des nations : tout ce qu’il fait est justice et vérité.

    Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.

    Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.

    Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.

    La lumière et l’intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

    Le troisième Psaume chante la félicité de l’homme juste et ses espérances au jour où le Seigneur viendra. Il exprime aussi la confusion et le désespoir du pécheur qui aura été sourd à ses propres intérêts et aux invitations de la sainte Église.

    PSAUME CXI.

    Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.

    Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.

    Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.

    Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors , et miserator, et justus.

    Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur.

    In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.

    Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.

    Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.

    Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.

 

    Heureux l’homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !

    Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.

    La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.

    Une lumière s’est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c’est le Seigneur, le Dieu miséricordieux , clément et juste, qui s’est donné aux hommes.

    Heureux l’homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu’à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.

    La mémoire du juste sera éternelle ; s’il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.

    Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.

    Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.

    Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.

    Le quatrième Psaume est un Cantique de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et a daigné aplanir les voies pour nous ramener à lui.

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    PSAUME CXII.

    Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.

    Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.

    A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.

    Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.

    Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?

    Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.

    Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.

    Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.

 

    Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

    Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.

    De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

    Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.

    Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.

    Par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,

    Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.

    C’est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.

    Le cinquième Psaume rappelle les prodiges de l’ancienne Alliance, qui se renouvelleront en nous, si nous voulons retourner au Seigneur notre Dieu : Israël délivré de la servitude de l’Égypte, les Gentils arraches au culte des idoles, une bénédiction universelle répandue sur quiconque veut craindre et aimer Dieu.

    PSAUME CXIII

    In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro.

    Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.

    Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.

    Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.

    Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum :

    Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?

    A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.

    Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.

    Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.

    Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?

    Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.

    Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum.

    Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.

    Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.

    Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent , et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo.

    Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.

    Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.

    Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.

    Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.

    Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros.

    Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.

    Cœlum cœli Domino : * terram autem dedit filiis hominum.

    Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.

    Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum.

 

    QUAND Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob élu milieu d’un peuple barbare ;

    La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.

    La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.

    Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.

    O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?

    Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?

    A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,

    Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d’eaux vives.

    Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;

    A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?

    Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu’il a voulu.

    Les idoles des nations ne sont que de l’or et de l’argent, et l’ouvrage des mains des hommes.

    Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.

    Elles ont des oreilles, et n’entendent point ; des narines, et ne sentent point.

    Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.

    Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.

    La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

    La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

    Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.

    Le Seigneur s’est souvenu de nous, et il nous a bénis.

    Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron.

    Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.

    Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.

    Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !

    Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.

    Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;

    Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd’hui et à jamais.

 

    Après les cinq Psaumes, l’Église place une petite Leçon des saintes Écritures, connue sous le nom de Capitule, parce qu’elle est toujours très courte. Elle se trouve placée à chaque dimanche. On chante ensuite l’Hymne du Carême, composée par saint Grégoire le Grand.

    HYMNE.

    Audi, benigne Conditor Nostras preces cum fletibus, In hoc sacro jejunio Fusas quadragenario.

    Scrutator alme cordium, Infirma tu scis virium : Ad te reversis exhibe Remissionis gratiam.

    Multum quidem peccavimus, Sed parce confitentibus : Ad Nominis laudem tui Confer medelam languidis.

    Concede nostrum conteri Corpus per abstinentiam : Culpae ut relinquant pabulum Jejuna corda criminum.

    Praesta, beata Trinitas, Concede, simplex Unitas : Ut fructuosa sint tuis Jejuniorum munera. Amen.

    R/. Angelis suis Deus mandavit de te,

    V/. Ut custodiant te in omnibus viis tuis.

 

    Créateur plein de bonté, daignez écouter les prières que nous vous offrons avec larmes, au milieu des jeûnes de cette sainte Quarantaine.

    Vous qui scrutez le fond des cœurs, vous connaissez notre faiblesse : nous revenons à vous : donnez-nous la grâce du pardon.

    Nous avons beaucoup péché ; pardonnez-nous à cause de notre aveu ; pour la gloire de votre Nom, apportez le remède à nos langueurs

    Faites que la résistance de notre corps soit abattue par l’abstinence, et que notre cœur, soumis à un jeûne spirituel, ne se repaisse plus du péché.

    Trinité bienheureuse, Unité parfaite, rendez profitable à vos fidèles le bienfait du jeûne. Amen.

    V/. Dieu a commandé à ses Anges,

    R/. De vous garder dans toutes vos voies.

    

    Vient ensuite le Cantique de Marie Mère de Dieu, célébrant sa Maternité divine et tous les biens qui en résultent pour le monde. Ce cantique, si suave dans son ineffable douceur, fait partie essentielle de l’Office des Vêpres. Unissons-nous à toutes les générations, qui ont proclamé bienheureuse la Vierge qui nous a donné le Sauveur ; mais entrons aussi dans les sentiments d’humilité qu’elle nous recommande par ses paroles et par son exemple. C’est elle-même qui nous le dit de sa bouche inspirée : si le grand Dieu dont le triomphe éclatera à nos yeux dans la glorieuse Pâque trouve en nous des cœurs humiliés et soumis, il nous élèvera jusqu’à lui ; si nous confessons devant lui notre indigence, il nous comblera de tous ses biens.

    CANTIQUE DE MARIE.

    Magnificat : * anima mea Dominum. Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo.

    Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

    Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.

    Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.

    Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.

    Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.

    Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.

    Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.

    Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula.

 

    Mon âme glorifie le Seigneur, Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.

    Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m’appelleront Bienheureuse.

    Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;

    Et sa miséricorde s’étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.

    Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.

    Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.

    Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.

    Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

    Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

 

    L’Oraison ou Collecte qui, à la fin de l’Office des Vêpres, résume tous les vœux de l’Église, se trouve plus loin, en son lieu, aux Vêpres de chacun des Dimanches du Carême.

    Les Vêpres se terminent par les Versets suivants :

    V/. Benedicamus Domino.

    R/. Deo gratias.

    V/. Fidelium animae per misericordiam Dei requiescant in pace.

    R/. Amen.

    V/. Bénissons le Seigneur.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    V/. Que les âmes des fidèles, par la miséricorde de Dieu, reposent en paix.

    R/. Amen.

 

CHAPITRE VIII. DE L’OFFICE DE COMPLIES, AU TEMPS DE CARÊME.

    Cet Office, qui est la conclusion de tous ceux de la journée, s’ouvre par un avertissement sur les périls de la nuit, lequel est bientôt suivi de la Confession générale des péchés, comme un moyen de se rendre favorable la justice divine, avant d’aller courir les hasards du sommeil, si voisin de la mort.

    Le Lecteur s’adresse au Prêtre, et lui dit :

    V/. Jube, Domne, benedicere.

    V/. Mon Père, veuillez me bénir !

    Le Prêtre répond :

    Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens.

    R/. Amen.

    Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse.

    R/. Amen.

    Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la première Épître de saint Pierre :

    Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.

    Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !

    Le Chœur répond :

    R/. Deo gratias.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    Puis le Prêtre :

    V/. Adjutorium nostrum in Nomine Domini.

    V/. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.

    Le Chœur :

    R/. Qui fecit cœlum et terram.

    R/. C’est lui qui a fait le ciel et la terre.

    On récite ensuite l’Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.

    Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d’Absolution, s’écrie :

    V/. Converte nos , Deus, Salutaris noster.

    R/. Et averte iram tuam a nobis.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    Gloria Patri, etc.

    V/. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !

    R/. Et détournez votre colère de dessus nous.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide.

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    Gloire au Père, etc.

    Le premier Psaume célèbre l’espérance avec laquelle le juste s’endort dans la paix ; mais il reprend aussi les tièdes, dont le cœur appesanti est trop souvent esclave de la vanité et du mensonge. Il les exhorte à examiner avec componction, dans le repos de leur couche, les pensées qu’ils laissent trop souvent dominer dans leurs cœurs.

    PSAUME IV

    Cum invocarem exaudivit me Deus iustitiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi.

    Miserere mei : * et exaudi orationem meam.

    Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ?

    Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum.

    Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini.

    Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ?

    Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo.

    A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt.

    In pace in idipsum : * dormiam et requiescam.

    Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me.

 

    Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m’a exaucé ; vous m’avez mis au large, quand j’étais dans l’affliction.

    Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.

    Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?

    Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m’exaucera quand je crierai vers lui.

    Si vous vous irritez, faites-le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.

    Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?

    La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c’est vous qui donnez la joie à mon cœur.

    Pour eux, la richesse est dans l’abondance du vin, de l’huile et du froment.

    Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;

    Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l’espérance.

    L’Église a placé ici les six premiers versets du Psaume trentième, parce qu’ils contiennent la prière du Sauveur mourant : Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles qui viennent si à propos dans l’Office du soir.

    PSAUME XXX.

    In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me.

    Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me.

    Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias.

    Q u o n i a m fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me.

    Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus.

    In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis.

 

    En vous, Seigneur, j’ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans votre justice.

    Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.

    Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.

    Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de votre Nom.

    Vous me tirerez du piège qu’on m’a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.

    Je remets mon esprit entre vos mains : c’est vous qui m’avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité !

    Le troisième Psaume expose d’abord les motifs de la confiance du juste, au milieu même des périls de la nuit. Le tableau de cette paix doit faire désirer au pécheur une prompte réconciliation avec Dieu, afin de jouir à son tour de ce repos du cœur et de cette protection divine, sans lesquels le séjour d’ici-bas n’offre ni bonheur ni sécurité.

    PSAUME XC

    Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei coeli commorabitur.

    Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum.

    Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.

    Scapulis suis obumbrabit tibi : * et sub pennis ejus sperabis.

    Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno.

    A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano.

    Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit.

    Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.

    Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.

    Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.

    Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis.

    In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.

    Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.

    Quoniam in me speravit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.

    Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum.

    Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.

 

    Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

    Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j’espérerai en lui.

    Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.

    Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l’espérance sous ses ailes.

    Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,

    Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.

    Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.

    Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l’impie.

    Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut.

    Le mal n’approchera pas de toi, et les fléaux s’éloigneront de ta tente ;

    Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

    Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

    Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

    Dieu dira de toi : Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai,

    Parce qu’il a connu mon nom.

    Il criera vers moi, et je l’exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l’en retirerai et le glorifierai.

    Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

 

    Le quatrième Psaume invite les Serviteurs de Dieu à faire entendre sans relâche la prière nocturne. Les fidèles doivent le réciter dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui suscite dans son Église des adorateurs de son Nom, dont la noble vocation est de lever les mains le jour et la nuit pour le salut d’Israël, et sur la prière desquels le monde se repose et accomplit ses destinées.

    PSAUME CXXXIII.

    Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini.

    Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri.

    In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum.

    Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram.

    Ant. Miserere mihi, Domine , et exaudi orationem meam.

 

    Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.

    Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,

    Élevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.

    Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

    Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.

    HYMNE.

    Te lucis ante terminum, Rerum Creator , poscimus, Ut pro tua clementia, Sis praesul et custodia.

    Procul recedant somnia, Et noctium phantasmata, Hostemque nostrum comprime, Ne polluantur corpora.

    Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne saeculum. Amen.

 

    Avant que la lumière disparaisse , nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d’être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.

    Que les songes et les fantômes de la nuit s’enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu’il ne profane point nos corps.

    Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux , et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.

    

    CAPITULE. (Jerem. XIV.)

    Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster.

    R/. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas.

    V/. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo.

    Gloria. In manus tuas.

    V/. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi.

    R/. Sub umbra alarum tuarum protege nos.

 

Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !

    R/. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.

    V/. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.

    Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.

    V/. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l’œil.

    R/. Protégez-nous à l’ombre de vos ailes.

    

    Le Cantique du vieillard Siméon qui, tenant dans ses bras l’Enfant divin, le proclama la Lumière des nations, et s’endormit ensuite du sommeil des justes, offre une expression touchante du repos que le fidèle dont le cœur est uni à Dieu goûtera en Jésus-Christ, parce que, comme dit l’Apôtre, soit dans la veille, soit dans le sommeil, nous vivons avec celui qui est mort pour nous. (II Thess. V, 10.)

    CANTIQUE DE SIMÉON.

    Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace.

    Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum,

    Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.

    Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël.

    Gloria Patri, et Filio, etc.

    Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.

 

    C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;

    Parce que mes yeux ont vu le Sauveur

    Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,

    Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d’Israël.

    Gloire au Père, et au Fils, etc.

    Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

    

    PRIÈRES

    Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison.

    Pater noster, etc.

    V/. Et ne nos inducas in tentationem ;

    R/. Sed libera nos a malo.

    Credo in Deum.

    V/. Carnis resurrectionem,

    R/. Vitam æternam. Amen.

    V/. Benedictus es, Domine Deus patrum nostrorum ;

    R/. Et laudabilis et gloriosus in sæcula.

    V/. Benedicamus Patrem et Filium cum

    Sancto Spiritu ;

    R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.

    V/. Benedictus es, Domine, in firmamento cœli ;

    R/. Et laudabilis, et gloriosus, et superexaltatus in saecula.

    V/. Benedicat, et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus.

    R/. Amen.

    V/. Dignare, Domine, nocte ista,

    R/. Sine peccato nos custodire.

    V/. Miserere nostri, Domine.

    R/. Miserere nostri.

    V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,

    R/. Quemadmodum speravimus in te.

    V/. Domine , exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    Seigneur, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Notre Père, etc.

    V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ;

    R/. Mais délivrez-nous du mal.

    Je crois en Dieu, etc.

    V/. La résurrection de la chair,

    R/. La vie éternelle. Amen.

    V/. Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères !

    R/. Digne de louange et de gloire dans l’éternité.

    V/. Bénissons le Père et le Fils avec le Saint-Esprit ;

    R/. Louons-le, et exaltons-le dans les siècles.

    V/. Vous êtes béni, Seigneur, au firmament du ciel ;

    R/. Digne de louange, de gloire et de triomphe dans l’éternité.

    V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous bénisse et nous conserve.

    R/. Amen.

    V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

    R/. Nous garder de tout péché.

    V/. Ayez pitié de nous, Seigneur !

    R/. Ayez pitié de nous !

    V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,

    R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

     Après ces Prières, que Ton omet si le lendemain on célébrait la fête double d’un Saint, le Prêtre dit :

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Que le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    ORAISON.

    Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Benedicamus Domino.

    R/. Deo gratias.

    Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.

    R/. Amen.

 

    Visitez, s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    V/. Que le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    V/. Bénissons le Seigneur.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.

    R/. Amen.

    

    ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.

    Ave Regina coelorum, Ave Domina Angelorum :

    Salve Radix, salve Porta,

    Ex qua mundo lux est orta :

    Gaude, Virgo gloriosa,

    Super omnes speciosa :

    Vale, o valde decora,

    Et pro nobis Christum exora.

    V/. Dignare me laudare te, Virgo sacrata.

    R/. Da mihi virtutem contra hostes tuos.

 

    Salut, Reine des cieux ! Salut, Souveraine des Anges ! Salut, Tige féconde ! Salut, Porte du ciel, par laquelle la lumière s’est levée sur le monde ! Jouissez de vos honneurs, ô Vierge glorieuse, qui l’emportez sur toutes en beauté ! Adieu, ô toute belle, et implorez le Christ en notre faveur.

    V/. Souffrez, ô Vierge sainte, que je célèbre vos louanges.

    R/. Donnez-moi le courage contre vos ennemis.

    ORAISON.

    Concede, misericors Deus, fragilitati nostrae praesidium : ut, qui sanctae Dei Genitricis memoriam agimus, intercessionis ejus auxilio, a nostris iniquitatibus resurgamus. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    V/. Divinum auxilium maneat semper nobiscum.

    R/. Amen.

    Daignez, ô Dieu de miséricorde, venir au secours de notre fragilité, afin que nous, qui célébrons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions, à l’aide de son intercession, nous affranchir des liens de nos iniquités. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

    V/. Que le secours divin demeure toujours avec nous.

    R/. Amen.

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