L’Année liturgique : le carême – propre du temps

Propre du temps

LE PREMIER DIMANCHE DE CARÊME.

    Ce dimanche, le premier de ceux qui se rencontrent dans la sainte Quarantaine, est aussi l’un des plus solennels de Tannée. Son privilège, qu’il partage avec le Dimanche de la Passion et celui des Rameaux, est de ne cédera aucune fête, pas même à celle du Patron, du Saint titulaire de l’Église, ou de la Dédicace. Sur les anciens Calendriers, il est appelé Invocabit, à cause du premier mot de l’Introït de la Messe. Au moyen âge on le nommait le Dimanche des brandons, par suite d’un usage dont le motif ne semble pas avoir été toujours ni partout le même ; en certains lieux, les jeunes gens qui s’étaient trop laissé aller aux dissipations du carnaval devaient se présenter ce jour-là à l’église, une torche à la main, pour faire satisfaction publique de leurs excès.

    C’est aujourd’hui que le Carême apparaît dans toute sa solennité. On sait que les quatre jours qui précèdent ont été ajoutés assez tardivement, pour former le nombre de quarante jours de jeûne, et que, le Mercredi des Cendres, les fidèles n’ont pas l’obligation d’entendre la Messe. La sainte Église, voyant ses enfants rassemblés, leur adresse la parole, à l’Office des Matines, en se servant de l’éloquent et majestueux langage de saint Léon le Grand : « Très chers fils, leur dit-elle, ayant a vous annoncer le jeûne sacré et solennel du Carême, puis-je mieux commencer mon discours qu’en empruntant les paroles de l’Apôtre en qui Jésus-Christ parlait, et en répétant ce qu’on vient de vous lire : Voici maintenant a le temps favorable ; voici maintenant les jours du salut ? Car encore qu’il n’y ait point de temps dans l’année qui ne soient signalés par les bienfaits de Dieu, et que, par sa grâce, nous ayons toujours accès auprès de sa miséricorde ; néanmoins nous devons en ce saint temps travailler u. avec plus de zèle à notre avancement spirituel et nous animer d’une nouvelle confiance. En effet, le Carême, nous ramenant le jour sacré dans lequel nous fûmes rachetés, nous invite à pratiquer tous les devoirs de la piété, afin de nous disposer, par la purification de nos corps et de nos âmes, à célébrer les mystères sublimes de la Passion du Seigneur.

    « Il est vrai qu’un tel mystère mériterait de notre part un respect et une dévotion sans bornes, et que nous devrions toujours être devant Dieu tels que nous voulons être dans la fête de Pâques ; mais comme cette constance n’est pas le fait du grand nombre ; que la faiblesse de la chair nous oblige à relâcher l’austérité du jeûne. et que les diverses occupations de cette vie divisent et partagent nos sollicitudes : il arrive que les cœurs religieux sont sujets à contracter quelque peu de la poussière de ce monde. C’est donc avec une grande utilité pour nous qu’a été établie cette institution divine qui nous donne quarante jours pour recouvrer la pureté de nos âmes, en rachetant par la sainteté de nos œuvres et par le mérite de nos jeûnes les fautes des autres temps de l’année.

    « A notre entrée, mes très chers fils, en ces jours mystérieux qui ont été saintement institués pour la purification de nos âmes et de nos corps, ayons soin d’obéir au commandement de l’Apôtre, en nous affranchissant de tout ce qui peut souiller la chair et l’esprit, afin que le jeûne réprimant cette lutte qui existe entre les deux parties de nous-mêmes, l’âme recouvre la dignité de son empire, étant elle-même soumise à Dieu et se laissant gouverner par lui. Ne donnons à personne l’occasion de se plaindre de nous ; ne nous exposons point au juste blâme de ceux qui veulent trouver à redire. Car les infidèles auraient sujet de nous condamner, et nous armerions nous-mêmes, par notre faute, leurs langues impies contre la religion, si la pureté de notre vie ne répondait pas à la sainteté du jeûne que nous avons embrassé. Il ne faut donc pas s’imaginer que toute la perfection de notre jeûne consiste dans la seule abstinence o des mets ; car ce serait en vain que l’on retrancherait au corps une partie de sa nourriture, si en même temps on n’éloignait pas son âme de l’iniquité. »

    Chacun des Dimanches de Carême offre pour objet principal une lecture des saints Évangile… destinée à initier les fidèles aux sentiments que l’Église veut leur inspirer dans la journée. Aujourd’hui, elle nous donne à méditer la tentation de Jésus-Christ au désert. Rien de plus propre à nous éclairer et à nous fortifier que l’important récit qui nous est mis sous les yeux.

    Nous confessons que nous sommes pécheurs, nous sommes en voie d’expier les pèches que nous avons commis ; mais comment sommes nous tombés dans le mal ? Le démon nous a tentés ; nous n’avons pas repoussé la tentation. Bientôt nous avons cédé à la suggestion de notre adversaire, et le mal a été commis. Telle est notre histoire dans le passé, et telle elle serait dans l’avenir, si nous ne profitions pas de la leçon que nous donne aujourd’hui le Rédempteur.

    Ce n’est pas sans raison que l’Apôtre, nous exposant l’ineffable miséricorde de ce divin consolateur des hommes, qui a daigné s’assimiler en toutes choses à ses frères, insiste sur les tentations qu’il a daigné souffrir 1 . Cette marque d’un dévouement sans bornes ne nous a pas manqué ; et nous contemplons aujourd’hui l’adorable patience du Saint des Saints, qui ne répugne pas à laisser approcher de lui ce hideux ennemi de tout bien, afin de nous apprendre comment il en faut triompher.

    Satan a vu avec inquiétude la sainteté incomparable qui brille en Jésus. Les merveilles qui accompagnèrent sa naissance, ces bergers convoqués par des Anges à la crèche, ces mages venus de l’Orient sous la conduite d’une étoile ; cette protection qui a soustrait l’enfant à la fureur d’Hérode ; le témoignage qu’a rendu Jean-Baptiste au nouveau prophète : tout cet ensemble de faits qui contrastent si étrangement avec l’humilité et l’obscurité qui ont semblé couvrir d’une apparence vulgaire les trente premières années du Nazaréen, excite les craintes du serpent infernal. L’ineffable mystère de l’incarnation s’est accompli loin de ses regards sacrilèges ; il ignore que Marie toujours vierge est celle que la prophétie d’Isaïe annonçait comme devant enfanter l’Emmanuel 2  ; mais il sait que les temps sont venus, que la dernière semaine de Daniel a ouvert son cours, que le monde païen lui-même attend de la Judée un libérateur. Dans son anxiété, il ose aborder Jésus, espérant tirer de sa bouche quelque parole dont il pourra conclure qu’il est ou qu’il n’est pas le Fils de Dieu, ou du moins l’induire à quelque faiblesse qui fera voir que l’objet de tant de terreurs pour lui n’est qu’un homme mortel et pécheur.

    L’ennemi de Dieu et des hommes devait être déçu dans son attente. Il approche du Rédempteur ; mais tous ses efforts ne tournent qu’à sa confusion. Avec la simplicité et la majesté du juste, Jésus repousse toutes les attaques de Satan ; mais il ne révèle pas sa céleste origine. L’ange pervers se retire sans avoir pu reconnaître autre chose en Jésus qu’un prophète fidèle au Seigneur. Bientôt, lorsqu’il verra les mépris, les calomnies, les persécutions s’accumuler sur la tête du Fils de l’homme, quand ses efforts pour le perdre sembleront réussir si aisément, il s’aveuglera de plus en plus dans son orgueil ; et ce n’est qu’au moment où Jésus, rassasié d’opprobres et de souffrances, expirera sur la Croix, qu’il sentira enfin que sa victime n’est pas un homme, mais un Dieu, et que toutes les fureurs qu’il a conjurées contre le Juste n’ont servi qu’à manifester le dernier effort de la miséricorde qui sauve le genre humain, et de la justice qui brise à jamais la puissance de l’enfer.

    Tel est le plan de la Providence divine, en permettant que l’esprit du mal ose souiller de sa présence la retraite de l’Homme-Dieu, lui adresser la parole et porter sur lui ses mains impies ; mais étudions les circonstances de cette triple tentation que Jésus ne subit que pour nous instruire et nous encourager.

    Nous avons trois sortes d’ennemis à combattre, et notre âme est vulnérable par trois côtés ; car, comme parle le bien-aimé Disciple : « Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie 3 . » Par la concupiscence de la chair, il faut entendre l’amour des sens qui convoite tout ce qui flatte la chair, et entraîne l’âme, s’il n’est pas contenu, dans les voluptés illicites. La concupiscence des yeux signifie l’amour des biens de ce monde, des richesses, de la fortune, qui brillent à nos regards avant de séduire notre cœur. Enfin l’orgueil de la vie est cette confiance en nous-mêmes qui nous rend vains et présomptueux, et nous fait oublier que nous tenons de Dieu la vie et les dons qu’il a daigné répandre sur nous.

    Il n’est pas un seul de nos péchés qui ne provienne de l’une de ces trois sources, pas une de nos tentations qui n’ait pour but de nous faire accepter la concupiscence de la chair, ou la concupiscence des yeux, ou l’orgueil de la vie. Le Sauveur, notre modèle en toutes choses, devait donc s’assujettir à ces trois épreuves.

    Satan le tente d’abord dans la chair, en lui suggérant la pensée d’employer son pouvoir surnaturel a soulager sans délai la faim qui le presse. Dites que ces pierres deviennent des pains : tel est le conseil que le démon adresse au Fils de Dieu. Il veut voir si l’empressement de Jésus à donner satisfaction à son corps ne dénotera pas un homme faible et sujet à la convoitise. Lorsqu’il s’adresse à nous, tristes héritiers de la concupiscence d’Adam, ses suggestions vont plus avant : il aspire à souiller l’âme parle corps ; mais la souveraine sainteté du Verbe incarné ne pouvait permettre que Satan osât faire un tel essai du pouvoir qu’il a reçu de tenter l’homme dans ses sens. C’est donc une leçon de tempérance que nous donne le Fils de Dieu ; mais nous savons que pour nous la tempérance est mère de la pureté, et que l’intempérance soulève la révolte des sens.

    La seconde tentation est celle de l’orgueil. Jetez-vous en bas ; les Anges vous recevront dans leurs mains. L’ennemi veut voir si les faveurs du ciel ont produit dans l’âme de Jésus cet élèvement, cette ingrate confiance qui fait que la créature s’attribue à elle-même les dons de Dieu, et oublie son bienfaiteur pour régner en sa place. Il est déçu encore, et l’humilité du Rédempteur épouvante l’orgueil de l’ange rebelle.

    Il fait alors un dernier effort. Peut-être, pense-t-il, l’ambition de la richesse séduira celui qui s’est montré si tempérant et si humble. Voici tous les royaumes du monde dans leur éclat et leur gloire ; je puis vous les livrer ; seulement, adorez-moi. Jésus repousse cette offre méprisable avec dédain, et chasse de sa présence le séducteur maudit, le prince du monde, nous apprenant par cet exemple à dédaigner les richesses de la terre toutes les fois que, pour les conserver ou les acquérir, il faudrait violer la loi de Dieu et rendre hommage à Satan.

    Or, comment le Rédempteur, notre divin chef, repousse-t-il la tentation ? Écoute-t-il les discours de son ennemi ? Lui laisse-t-il le temps de faire briller à ses yeux tous ses prestiges ? C’est ainsi que trop souvent nous avons fait nous-mêmes, et nous avons été vaincus. Jésus se contente d’opposer à l’ennemi le bouclier de l’inflexible Loi de Dieu. Il est écrit, lui dit-il : L’homme ne vit pas seulement de pain. Il est écrit : Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. Il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul. Suivons désormais cette grande leçon. Ève se perdit, et avec elle le genre humain, pour avoir lié entretien avec le serpent. Qui ménage la tentation y succombera. Dans ces saints jours, le cœur est plus attentif, les occasions sont éloignées, les habitudes sont interrompues ; purifiées par le jeûne, la prière et l’aumône, nos âmes ressusciteront avec Jésus-Christ ; mais conserveront-elles cette nouvelle vie ? Tout dépendra de notre attitude dans les tentations. Dès le début de la sainte Quarantaine, l’Église, en mettant sous nos yeux le récit du saint Évangile, veut joindre l’exemple au précepte. Si nous sommes attentifs et fidèles, la leçon fructifiera en nous ; et lorsque nous aurons atteint la fête de Pâques, la vigilance, la défiance de nous-mêmes, la prière, avec le secours divin qui ne manque jamais, assureront notre persévérance.

    L’Église grecque célèbre aujourd’hui une de ses plus grandes solennités. Cette fête est appelée l’Orthodoxie, et a pour but d’honorer le rétablissement des saintes Images à Constantinople et dans l’empire d’Orient, en 842, lorsque l’impératrice Théodora, avec le secours du saint patriarche Méthodius, mit fin à l’affreuse persécution des iconoclastes, et fit replacer dans toutes les églises les effigies sacrées que la fureur des hérétiques en avait fait disparaître.

 

    A LA MESSE.

    La Station, à Rome, est dans la Basilique patriarcale de Saint-Jean-de-Latran. Il était juste qu’un Dimanche aussi solennel fût célébré dans l’Église Mère et Maîtresse de toutes les Églises. non seulement de la ville sainte, mais du monde entier. C’est là que les Pénitents publics étaient réconciliés le Jeudi saint ; là aussi, dans le Baptistère de Constantin, que les Catéchumènes recevaient le saint Baptême, dans la nuit de Pâques ; nulle autre Basilique ne convenait autant pour la réunion des fidèles, en ce jour où le jeûne quadragésimal fut promulgué tant de fois par la voix des Léon et des Grégoire.

    L’Introït est tiré du Psaume XCe, qui forme à lui seul la matière de tous les chants de cette Messe. Nous avons parlé déjà de l’appropriation que l’Église a faite de ce beau cantique, à la situation du chrétien durant le Carême. Tout nous y entretient de l’espérance que l’âme chrétienne doit concevoir dans le secours divin, en ces jours où elle a résolu de se livrer tout entière à la prière et à la lutte contre les ennemis de Dieu et d’elle-même. Le Seigneur lui promet, dans l’Introït, que sa confiance ne sera pas vaine.

    INTROÏT.

Invocabit me, et ego exaudiam eum : eripiam eum et glorificabo, eum : longitudine dierum adimplebo eum.

    Ps. Qui habitat in adjutorio Altissimi : in protectione Dei cœli commorabitur, Gloria Patri. Invocabit me.

    Il m’invoquera, et je l’exaucerai : je le délivrerai je le glorifierai : je le rassasierai de longs jours.

    Ps. Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel. Gloire au Père. Il m’invoquera.

    

    Dans la Collecte, l’Église recommande à Dieu tous ses enfants, et demande que leur jeûne non seulement les purifie, mais obtienne d’en haut ce secours puissant qui les rendra féconds en bonnes œuvres pour leur salut.

    COLLECTE.

    DEUS, qui Ecclesiam tuam annua quadragesimali observatione purificas : praesta familiae tuae, ut quod a te obtinere abstinendo nititur, hoc bonis operibus exsequatur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    O Dieu ! qui purifiez chaque année votre Église par la pratique du Carême : faites que vos serviteurs accomplissent par leurs bonnes œuvres le bien qu’ils s’efforcent de mériter par leur abstinence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    L’Église ajoute ensuite les deux Oraisons suivantes pour les besoins généraux des fidèles et de la société chrétienne.

    DEUXIEME COLLECTE.

    A cunctis nos, quaesumus Domine, mentis et corporis defende periculis : et intercedente beata et gloriosa semper virgine Dei Genitrice Maria, cum beato Joseph, beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato N. et omnibus Sanctis, salutem nobis tribue benignus et pacem ; ut destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia tua secura tibi serviat libertate.

    Préservez-nous, s’il vous plaît, Seigneur, de tous les périls de l’âme et du corps, et, vous laissant fléchir par l’intercession de la bienheureuse et glorieuse Mère de Dieu Marie toujours vierge, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. ( on nomme ici le Patron de l’église), et de tous les Saints, accordez-nous dans votre bonté le salut et la paix, afin que toutes les erreurs et les adversités étant écartées, votre Église vous serve dans une liberté tranquille.

 

    TROISIEME COLLECTE.

    Omnipotens sempiterne Deus, qui vivorum dominaris simul et mortuorum, omniumque misereris quos tuos fide et opere futuros esse praenoscis : te supplices exoramus, ut pro quibus effundere preces decrevimus, quosque vel praesens sæculum adhuc in carne retinet, vel futurum jam exutos corpore suscepit, intercedentibus omnibus Sanctis tuis , pietatis tuae clementia, omnium delictorum suorum veniam consequantur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

 

    Dieu tout-puissant et éternel, qui régnez sur les vivants et sur les morts, et qui répandez votre miséricorde sur tous ceux que vous savez devoir se donner à vous par la foi et par les œuvres : nous vous supplions d’accorder dans votre bonté et votre clémence, et par l’intercession de tous vos Saints, le pardon des péchés à ceux pour qui nous allons répandre devant vous nos prières, soit que le siècle présent les retienne encore dans la chair, soit que, ayant déposé leurs corps, ils soient déjà entrés dans le siècle futur. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    ÉPÎTRE.

    Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. II, Cap. VI.

    Fratres. Exhortamur vos , ne in vacuum gratiam Dei recipiatis. Ait enim : Tempore accepto exaudivi te, et in die salutis adjuvi te. Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis. Nemini dantes ullam offensionem , ut non vituperetur ministerium nostrum : sed in omnibus exhibeamus nosmetipsos sicut Dei ministros, in multa patientia, in tribulationibus, in necessitatibus, in angustiis, in plagis, in carceribus, in seditionibus, in laboribus, in vigiliis, in jejuniis, in castitate, in scientia, in longanimitate, in suavitate, in Spiritu Sancto, in charitate non ficta, in verbo veritatis, in virtute Dei, per arma justitiae ; a dextris et a sinistris, per gloriam et ignobilitatem, per infamiam et bonam famam : ut seductores, et veraces : sicut qui ignoti, et cogniti : quasi morientes, et ecce vivimus : ut castigati, et non mortificati : quasi tristes, semper autem gaudentes : sicut egentes, multos autem locupletantes : tamquam nihil habentes, et omnia possidentes.

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. II, Chap. VI.

    Mes Frères, nous vous exhortons de ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu ; car il est dit : Je t’ai exaucé au temps favorable, et je t’ai aidé au jour du salut. Voici maintenant ce temps favorable ; voici maintenant les jours du salut. Prenons garde de ne blesser personne, afin que notre ministère ne soit point un sujet de blâme ; mais agissons en toutes choses comme des serviteurs de Dieu, et avec une grande patience dans les tribulations, dans les nécessités, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons, dans les séditions, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes ; par la chasteté, par la science, par la longanimité, par la douceur, par le Saint-Esprit, par une charité sincère, par la parole de vérité, par la force de Dieu, par les armes de la justice dont nous combattons à droite et à gauche ; dans l’honneur et dans l’ignominie, dans la bonne et la mauvaise renommée ; comme des séducteurs, quoique sincères el véritables ; comme des inconnus, quoique très connus ; comme toujours à la mort, et vivant néanmoins ; comme châtiés, mais non jusqu’à en mourir ; comme tristes, et cependant sans cesse dans la joie ; comme pauvres, et toutefois enrichissant plusieurs ; comme n’ayant rien, et possédant tout.

    Ce passage de l’Apôtre nous montre la vie chrétienne sous un aspect bien différent de celui sous lequel l’envisage ordinairement notre mollesse. Pour en éviter la portée, nous serions aisément disposés à penser que de tels conseils convenaient au premier âge de l’Église, où les fidèles, sans cesse exposés à la persécution et à la mort, avaient besoin d’un degré particulier de renoncement et d’héroïsme. Cependant ce serait une grande illusion de croire que tous les combats du chrétien sont finis. Reste toujours la lutte avec les démons, avec le monde, avec la chair et le sang ; et c’est pour cela que l’Église nous envoie au désert avec Jésus-Christ pour y apprendre à combattre. C’est là que nous comprendrons que la vie de l’homme sur la terre est une milice 4 , et que si nous ne luttons pas courageusement et toujours, cette vie que nous voudrions passer dans le repos finira par notre défaite. C’est pour nous faire éviter ce malheur que l’Église nous dit aujourd’hui, par l’organe de l’Apôtre : « Voici maintenant le temps favorable ; voici maintenant les jours du salut. » Agissons donc en toutes choses « comme des serviteurs de Dieu » ; et tenons ferme jusqu’à la fin de cette sainte carrière. Dieu veille sur nous, comme il a veillé sur son Fils au désert.

    Le Graduel nous assure de la protection des saints Anges, dont la sollicitude ne nous abandonne ni le jour ni la nuit. Durant le Carême, ils redoublent d’efforts contre nos ennemis, et se réjouissent de voir le pécheur accepter enfin la pénitence qui doit le sauver.

    Le Trait se compose du Psaume XC°, auquel sont empruntés le Graduel, l’Introït et les autres cantiques de cette Messe. Que notre cœur se rassure donc : tout nous parle de la bonté de Dieu et de sa vigilance paternelle sur des enfants ingrats dont il veut faire ses amis fidèles et les cohéritiers de son royaume.

    GRADUEL.

    Angelis suis Deus mandavit de te, ut custodiant te in omnibus viis tuis.

    V/. In manibus portabunt te, ne unquam offendas ad lapidem pedem tuum.

    Le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

    V/. Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

    TRAIT.

    V/.Qui habitat in adjutorio Altissimi, in protectione Dei coeli commorabitur.

    V/. Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum ; Deus meus, sperabo in eum.

    V/. Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium, et a verbo aspero.

    V/. Scapulis suis obumbrabit tibi, et sub pennis ejus sperabis.

    V/. Scuto circumdabit te veritas ejus : non timebis a timore nocturno.

    V/. A sagitta volante per diem, a negotio perambulante in tenebris, a ruina et dsmonio meridiano.

    V/. Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : tibi autem non appropinquabit.

    V/. Quoniam Angelis suis mandavit de te, ut custodiant te in omnibus viis tuis.

    V/. In manibus portabunt te, ne unquam offendas ad lapidem pedem tuum.

    V/. Super aspidem et basiliscum ambulabis, et conculcabis leonem et draconem.

    V/. Quoniam in me speravit, liberabo eum protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.

    V/. Invocabit me, et ego exaudiam eum : eum ipso sum in tribulatione.

    V/. Eripiam eum et glorificabo eum : longitudine dierum adimplebo eum, et ostendam illi Salutare meum.

 

    V/. Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut, demeurera sous la protection du Dieu du ciel !

    V/. Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j’espérerai en lui.

    V/. Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.

    V/. Le Seigneur te couvrira de son ombre : tu seras dans l’espérance sous ses ailes.

    V/. Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit.

    V/. Ni la flèche qui vole pendant le jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du midi.

    V/. Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.

    V/. Car le Seigneur a commande à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

    V/. Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

    V/. Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

    V/. Parce qu’il a espère en moi, je le délivrerai : je le protégerai, parce qu’il a connu mon Nom.

    V/. Il m’invoquera, et je l’exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation.

    V/. Je l’en retirerai et le glorifierai : je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. IV.

    In illo tempore : Ductus est Jésus in desertum a Spiritu, ut tentaretur a diabolo. Et, eum jejunasset quadraginta diebus et quadraginta noctibus, postea esuriit. Et accedens tentator, dixit ei : Si Filius Dei es, die ut lapides isti panes fiant. Qui respondens, dixit : Scriptum est : Non in solo pane vivit homo, sed in omni verbo, quod procedit de ore Dei. tuae assumpsit eum diabolus in sanctam civitatem, et statuit eum super pinnaculum templi, et dixit ei : Si Filius Dei es, mitte te deorsum. Scriptum est enim : Quia Angelis suis mandavit de te , et in manibus tollent te, ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. Ait illi Jésus : Rursum scriptum est : Non tentabis Dominum Deum tuum. Iterum assumpsit eum diabolus in montem excelsum valde : et ostendit ei omnia regna mundi. et goriam eorum, et dixit ei : Haec omnia tibi dabo, si cadens adoraveris me. tuae dicit ei Jésus : Vade Satana : scriptum est enim : Dominum Deum tuum adorabis, et illi soli servies. tuae reliquit eum diabolus : et ecce Angeli accesserunt, et ministrabant ei.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. IV.

    En ce temps-là, Jésus fut conduit par l’Esprit dans le désert pour y être tente par le diable. Et après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Et le tentateur, s’approchant, lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, commande que ces pierres deviennent des pains. Jésus répondit : Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Alors le diable le transporta dans la ville sainte, et l’ayant posé sur le sommet du temple, lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il a commandé à ses Anges de prendre soin de toi ; ils te soutiendront de leurs mains, de peur que tu ne heurtes du pied contre la pierre. Jésus lui dit : Il est écrit aussi : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, et, lui montrant tous les royaumes du monde avec leur pompe, il lui dit : Je te donnerai tout cela, si tu veux te prosterner devant moi et m’adorer. Alors Jésus lui dit : Arrière ! Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul. Alors le diable le laissa, et aussitôt les Anges s’approchèrent de lui, et le servaient.

    

    Admirons l’ineffable bonté du Fils de Dieu qui, non content d’expier par la croix tous nos pèches, a daigné, pour nous encourager à la pénitence, s’imposer un jeûne de quarante jours et de quarante nuits. Il n’a pas voulu que la justice de son Père pût exiger de nous un sacrifice qu’il n’eût offert lui-même le premier en sa personne, et toujours avec des circonstances mille fois plus rigoureuses que celles qui peuvent se rencontrer en nous. Que sont nos œuvres de pénitence, si souvent encore disputées à la justice de Dieu par notre lâcheté, si nous les comparons à la rigueur de ce jeûne du Sauveur sur la montagne ? Chercherons nous encore à nous dispenser de ces légères satisfactions dont le Seigneur daigne se contenter, et qui sont si loin de ce qu’ont mérite nos fautes ? Au lieu de plaindre une légère incommodité, une fatigue de quelques jours, compatissons plutôt à ce tourment de la faim qu’éprouve notre Rédempteur innocent, durant ces longs jours et ces longues nuits du désert.

    La prière, le dévouement pour nous, la pensée des justices de son Père le soutiennent dans ses défaillances ; mais, à l’expiration de la quarantaine, la nature humaine est aux abois. C’est alors que la tentation vient l’assaillir ; mais il en triomphe avec un calme et une fermeté qui doivent nous servir d’exemple. Quelle audace chez Satan d’oser approcher du Juste par excellence ! mais aussi quelle patience en Jésus ! Il daigne souffrir que le monstre de l’abîme mette la main sur lui, qu’il le transporte par les airs d’un lieu à un autre. L’âme chrétienne est souvent exposée à de cruelles insultes de la part de son ennemi ; quelquefois même, elle serait tentée de se plaindre à Dieu de l’humiliation qu’elle souffre. Qu’elle songe alors à Jésus, le Saint des Saints, donné, pour ainsi dire, en proie à l’esprit du mal. Il n’en est pas moins le Fils de Dieu, le vainqueur de l’enfer ; et Satan n’aura recueilli qu’une honteuse défaite. De même, l’âme chrétienne, sous l’effort de la tentation, si elle résiste de toute son énergie, n’en reste pas moins l’objet des plus tendres complaisances de Dieu, à la honte et au châtiment éternel de Satan. Unissons-nous aux Anges fidèles qui, après le départ du prince des ténèbres, s’empressent de réparer les forces épuisées du Rédempteur, en lui présentant de la nourriture. Comme ils compatissent a ses divines fatigues ! Comme ils réparent, dans leurs adorations, l’horrible outrage dont Satan vient de se rendre coupable envers le souverain Maître de toutes choses ! Comme ils admirent cette charité d’un Dieu qui, dans son amour pour les hommes, semble avoir oublié jusqu’à sa dignité, pour ne plus songer qu’aux malheurs et aux besoins des enfants d’Adam !

 

    Dans l’Offertoire, l’Église, empruntant toujours les paroles de David, nous montre le Seigneur couvrant d’une protection spéciale le troupeau fidèle, et l’armant contre toute attaque de ce bouclier invincible que nous offre la foi 5 .

    OFFERTOIRE.

    Scapulis suis obumbrabit tibi Dominus, et sub pennis ejus sperabis : scuto circumdabit te veritas ejus.

    Le Seigneur te couvrira de son ombre : tu seras dans l’espérance sous ses ailes : sa vérité sera ton bouclier.

    Le Carême ne consiste pas seulement dans le jeune ; il ne sera efficace pour la réforme de notre âme que si nous y joignons la fuite des occasions nuisibles, qui détruiraient en un instant l’œuvre de la grâce divine. C’est pourquoi l’Église demande pour nous, dans la Secrète, un secours particulier à cet effet.

    SECRÈTE.

    Sacrificium quadragesimalis initii solemniter immolamus , te , Domine, deprecantes : ut cum epularum restrictione carnalium , a noxiis quoque voluptatibus temperemus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Seigneur, nous immolons solennellement ce Sacrifice, à l’ouverture du Carême, vous suppliant de faire que, restreignant la nourriture de nos corps, nous nous abstenions aussi des plaisirs dangereux. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    SECONDE SECRETE.

    Exaudi nos, Deus salutaris noster : ut per hujus Sacramenti virtutem, a cunctis nos mentis et corporis hostibus tuearis, gratiam tribuens in praesenti, et gloriam in futuro.

    Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur ! et par la vertu de ce Sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de l’âme et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie, et votre gloire en l’autre.

    TROISIEME SECRETE.

    Deus, cui soli cognitus est numerus electorum in superna felicitate locandus : tribue quaesumus, ut intercedentibus omnibus Sanctis tuis, universorum quos in oratione commendatos suscepimus, et omnium fidelium nomina, beatae praedestinationis liber adscripta retineat. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    O Dieu , qui seul connaissez le nombre des élus à qui vous devez donner place dans la céleste béatitude, accordez, par l’intercession de tous vos Saints, que les noms de tous ceux que nous avons résolu de vous recommander dans notre prière, ainsi que les noms de tous les fidèles, demeurent écrits dans le livre de la bienheureuse prédestination. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Afin d’inculquer plus fortement encorda confiance dans nos âmes, la sainte Église répète dans l’Antienne de la Communion les paroles d’espérance qu’elle nous a proposées dans l’Offertoire. Le Sacrifice qui vient d’être offert nous est un nouveau gage de la bonté divine.

    COMMUNION.

    Scapulis suis obumbrabit tibi Dominus, et sub pennis ejus sperabis : scuto circumdabit te veritas ejus.

    Le Seigneur te couvrira de son ombre : tu seras dans l’espérance sous ses ailes : sa vérité sera ton bouclier.

    Dans la Postcommunion, l’Église nous apprend à regarder la sainte Eucharistie comme le grand moyen d’accroître nos forces, en purifiant nos souillures. Que le pécheur se hâte donc de faire sa paix avec Dieu, et qu’il n’attende pas le festin de la Pâque pour faire l’essai de l’aliment divin qui nous sauve de la divine justice, en nous incorporant l’auteur même du salut.

    POSTCOMMUNION.

    Tui nos, Domine, Sacra menti libatio sancta restauret : et a vetustate purgatos, in mysterii salutaris faciat transire consortium. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Que la participation sainte à votre Sacrement, Seigneur, rétablisse nos forces : qu’elle nous purifie du vieil homme, et qu’elle nous établisse dans la communion du mystère de notre salut. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    SECONDE POSTCOMMUNION.

    Mundet et muniat nos, quæsumus Domine, divini Sacramenti munus oblatum : et intercedente beata Virgine Dei Génitrice Maria, cum beato Joseph, beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato N. et omnibus Sanctis, a cunctis nos reddat et perversitatibus expiatos, et adversitatibus expeditos

    Que Sacrifice nous purifie et nous protège, Seigneur nous vous en supplions ; et par l’intercession de la bien heureuse Vierge Marie Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux AT. (on nomme ici le Patron de l’église) , et de tous les Saints, qu’elle soit pour nous l’expiation de tous nos péchés et la délivrance de toute adversité.

    TROISIEME POSTCOMMUNION.

    Purificent nos, quaesumus omnipotens et misericors Deus, Sacramenta quae sumpsimus : et intercedentibus omnibus Sanctis tuis, prnesta ut hoc tuum Sacramentum non sit nobis reatus ad poenam, sed intercessio salutaris ad veniam : sit ablutio scelerum, sit fortitudo fragilium, sit contra omnia mundi pericula firmamentum : sit vivorum atque mortuorum fidelium remissio omnium delictorum. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Purifiez-nous , ô Dieu tout-puissant et miséricordieux, par les Sacrements que nous avons reçus, et faites, par l’intercession de tous vos Saints, que votre Sacrement ne soit pas en nous un crime digne de châtiment, mais une intercession puissante pour le pardon : qu’il efface nos péchés, qu’il soit notre force dans notre fragilité, et notre défense contre tous les dangers du monde ; qu’il opère dans les fidèles vivants et défunts la rémission de toutes leurs fautes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    A VEPRES.

    Les Psaumes se trouvent aux Vêpres du Dimanche, ci-dessus, pages 52 et suivantes.

    CAPITULE.

    Fratres, hortamur vos ne in vacuum gratiam Dei recipiatis. Ait enim : Tempore accepto exaudivi te, et in die salutis adjuvi te.

    R/. Deo gratias.

    Mes Frères, nous vous exhortons de ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu,car il dit : Je t’ai exaucé au temps favorable, et je t’ai aidé au jour du salut.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    L’Hymne et le Verset, ci-dessus, page 55.

    ANTIENNE DE Magnificat.

    Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis : in his ergo diebus exhibeamus nosmetipsos sicut Dei ministros, in multa patientia, in jejuniis, in vigiliis, et in charitate non ficta.

    Voici maintenant le temps favorable ; voici maintenant les jours de salut : agissons donc en ces jours comme des serviteurs de Dieu,avec une grande patience dans les jeûnes, dans les veilles, par une charité sincère.

    ORAISON.

    Deus, qui Ecclesiam tuam annua quadragesimali observatione purificas : praesta familiae tuae, ut quod a te obtinere abstinendo nititur, hoc bonis operibus exsequatur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    O Dieu, qui purifiez chaque année votre Église par la pratique du Carême, faites que vos serviteurs accomplissent par leurs bonnes œuvres le bien qu’ils s’efforcent de mériter par l’abstinence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Il arrive plus d’une fois, dans le cours du Carême, qu’une fête Double se rencontre le lundi ; dans ce cas, les Vêpres sont de la fête suivante, et l’on ne fait qu’une simple commémoration du Dimanche par l’Antienne de Magnificat et par l’Oraison ci-dessus.

    Nous finirons la journée par ces deux belles Préfaces que nous empruntons, la première au Missel Mozarabe, et la seconde au Missel Ambrosien. Elles résument avec autant d’onction que d’éloquence les vérités que l’Église nous propose aujourd’hui.

    PRIÈRE DU MISSEL MOZARABE.

    (Illatio. Feria VI Hebdom. IV Quadragesimae.)

    Dignum et justum est : nos tibi gratias agere, alterne omnipotens Deus, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum. Qui gloriosum de diabolo triumphum jejunus obtinuit : et certandi formulam militibus propriis suo exemplo monstravit. Quadraginta igitur diebus et quadraginta noctibus Deus et Dominus omnium jejunavit : ut et verum Deum et hominem suscepisse monstraret : et quod Adam per escam perdiderat , suo jejunio repararet. Aggreditur itaque diabolus Virginia lilium : Dei quoque nesciens unigenitum. Ft licet veternosa calliditate, eisdem machinis quibus Adam primum dejecerat, etiam secundum seducere obtineret : tamen hoc non valuit : nec fortissimum bellatorem in ulla potuit omnino fraude subripere. Ille etenim quadraginta diebus vel noctibus jejunavit : et postea esuriit : qui quadraginta dudum annorum temporibus, innumeras pane cœlesti multitudines saginavit. Hic est qui virtute propria fretus, cum diabolo tenebrarum principe dimicavit : et eo prostrato victoriae tropaeum ad cœlos magnifice portavit.

 

    Il est juste et équitable que nous vous rendions grâces. Dieu tout-puissant et éternel, par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur, qui par le jeune a obtenu sur le diable un glorieux triomphe, et a enseigne à ses soldats, par son exemple, l’art de combattre. Étant Dieu et le Seigneur de tous, il jeûna quarante jours et quarante nuits, afin de montrer que, vrai Dieu, il avait pris la véritable nature de l’homme, et de réparer par son abstinence ce qu’Adam avait perdu par sa gourmandise. Le diable vient donc attaquer le fils de la Vierge ; il ignore qu’il a affaire au Fils unique de Dieu. Dans sa ruse consommée, il espère séduire le second Adam par les artifices qui lui ont servi à renverser le premier, mais il est impuissant ; pas une de ses séductions ne réussit à tromper un si redoutable adversaire. Jésus jeûne quarante jours et quarante nuits ; et ensuite il éprouve la faim, lui qui durant quarante années nourrit d’un pain céleste une multitude innombrable. C’est lui qui, fort de sa propre puissance, a combattu avec le diable, prince des ténèbres, et qui l’ayant terrassé, a remporté avec honneur le trophée de la victoire jusque dans les cieux.

    

    PRIERE DU MISSEL AMBROSIEN.

    (Praefatio. Dominica I in Quadrag.)

    Vere quia dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, alterne Deus, per Christum Dominum nostrum, in quo jejunantium fides alitur, spes provehitur, caritas roboratur. Ipse enim est panis verus et vivus, qui est substantia alternitatis, et esca virtutis. Verbum enim tuum, per quod facta sunt omnia, non solum humanarum mentium, sed ipsorum quoque panis est Angelorum. Hujus panis alimento Moyses famulus tuus quadraginta diebus, et noctibus, legem suscipiens, jejunavit : et a carnalibus cibis, ut tuae suavitatis capacior esset, abstinuit. Unde nec famem corporis sensu, et terrenarum est oblitus escarum : quia illum et gloriae tuae clarificabat aspectus, et, influente Spiritu, Dei sermo pascebat. Hunc panem etiam nobis ministrare non desinas, quem ut indesinenter esuriamus hortaris.

 

    Il est juste et digne, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui dans ce saint temps du jeûne nourrit la foi des fidèles, élève leur espérance et fortifie leur charité. C’est lui qui est le pain vivant et véritable, qui est l’aliment de l’éternité et la nourriture de la vertu. Votre Verbe, Seigneur, par qui tout a été fait, est non seulement l’aliment des âmes humaines, mais le Pain des Anges mêmes. Fortifié de ce Pain, Moïse votre serviteur, lorsqu’il reçut la loi, jeûna quarante jours et quarante nuits : il s’abstint de la nourriture charnelle, afin d’être plus en état de savourer votre douceur. Il ne sentait pas la faim dans son corps, et il oubliait la nourriture terrestre, parce que la vue de votre gloire l’illuminait ; et que, par le souffle de l’Esprit, la parole de Dieu le nourrissait. Ne cessez donc pas, Seigneur, de nous donner à nous aussi ce Pain pour lequel vous nous exhortez d’entretenir en nous une faim continuelle.

 

LE LUNDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME.

    Chacune des féries du Carême a sa Messe propre, au lieu que, dans les fériés de l’Avent, on répète simplement la Messe du Dimanche précèdent. Cette richesse de la Liturgie dans la sainte Quarantaine nous aide puissamment à entrer dans la pensée de l’Église, en multipliant l’expression des sentiments qu’elle veut nous inspirer. Nous extrairons de chacune de ces Messes fériales la Collecte, qui est toujours la prière la plus solennelle, l’Épître, l’Évangile et l’Oraison qui se dit sur le peuple à la fin de la Messe. Cet ensemble renferme la plus solide instruction, et nous fait passer en revue tout ce que les saintes Écritures contiennent de plus substantiel et de plus convenable au temps où nous sommes.

    A Rome, la Station est aujourd’hui dans l’Église de Saint-Pierre-aux-Liens. Bâtie au V° siècle par l’impératrice Eudoxie, femme de Valentinien III, elle garde avec honneur les chaînes du Prince des Apôtres. Nous aurons occasion de parler encore de cette Basilique au 1er août, lorsque le Cycle nous ramènera la fête de saint Pierre délivre de prison.

    COLLECTE.

    Converte nos, Deus salutaris noster : et ut nobis jejunium quadragesimale proficiat , mentes nostras cœlestibus instrue disciplinis. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Dieu notre Sauveur, convertissez-nous : et afin que le jeûne du Carême nous profite, éclairez nos âmes de vos célestes instructions. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Ézechielis Prophetae. Cap. XXXIV.

    Haec dicit Dominus Deus : Ecce ego ipse requiram oves meas, et visitabo eas. Sicut visitat pastor gregem suum, in die quando fuerit in medio ovium suarum dissipatarum : sic visitabo oves meas, et liberabo eas de omnibus locis in quibus dispersas fuerant in die nubis et caliginis. Et educam eas de populis, et congregabo eas de terris , et inducam eas in terram suam, et pascam eas in montibus Israël, in rivis, et in cunctis sedibus terra ;. In pascuis uberrimis pascam eas, et in montibus excelsis Israël erunt pascua earum : ibi requiescent in herbis virentibus, et in pascuis pinguibus pascentur super montes Israël. Ego pascam oves meas : et ego eas accubare faciam, dicit Dominus Deus. Quod perierat, requiram, et quod abjectum erat, reducam, et quod confractum fuerat, alligabo, et quod infirmum fuerat, consolidabo, et quod pingue et forte, custodiam : et pascam illas in judicio, dicit Dominus omnipotens.

    Lecture du Prophète Ézéchiel. Chap. XXXIV.

    Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je rechercherai moi-même mes brebis, et je les visiterai. Comme un pasteur visite son troupeau pendant le jour, quand il est au milieu de ses brebis dispersées, ainsi je visiterai mes brebis, et je les délivrerai de tous les lieux où elles avaient été dispersées au jour plein de nuage et d’obscurité. Et je les retirerai du milieu des peuples, et je les rassemblerai de divers pays, et je les ramènerai dans leur propre terre, et je les ferai paître sur les montagnes d’Israël, au bord des ruisseaux et dans tous les lieux du pays. Je les mènerai paître dans les pâturages les plus fertiles ; les hautes montagnes d’Israël seront le lieu de leur pâture : c’est là qu’elles se reposeront sur l’herbe verdoyante, et elles paîtront les gras pâturages des montagnes d’Israël. Je ferai moi-même paître mes brebis, et je les ferai reposer moi-même, dit le Seigneur Dieu. J’irai à la recherche de ce qui était perdu, je relèverai ce qui était tombé, je banderai tout membre brisé, je fortifierai tout ce qui était faible, je conserverai tout ce qui était resté gras et fort, et je les ferai paître dans la justice, dit le Seigneur tout-puissant.

 

    Le Seigneur nous apparaît ici sous les traits d’un Pasteur plein de tendresse pour ses brebis : c’est en effet ce qu’il est pour les hommes, en ces jours de miséricorde et de pardon. Une partie de son troupeau s’était égarée et dispersée, au milieu des ténèbres de ce monde ; mais Jésus n’a point oublié ses brebis. Il s’est mis en marche pour les aller chercher et les réunir. Il n’est point de désert si écarté, point de montagne si abrupte, point de hallier si épineux, qu’il ne visite pour les retrouver. Il fait entendre à toutes sa voix par celle de la sainte Église qui les convie au retour ; et dans la crainte qu’elles ne se troublent à cause de leurs égarements, et qu’elles ne soient inquiètes de reparaître devant lui, il daigne les rassurer. Qu’elles reviennent seulement, qu’elles se laissent trouver ; et les plus doux pâturages sont pour elles, au bord des eaux, sur l’herbe la plus verdoyante, sur des montagnes pleines de délices. Elles sont blessées, le divin Pasteur bandera leurs plaies ; elles sont faibles, il les rendra fortes. Il les réunira aux brebis fidèles qui ne l’avaient pas quitté, et il demeurera toujours avec elles. Que le pécheur se laisse donc enfin fléchir à la vue de tant de bonté, et qu’il ne craigne plus les efforts qu’il lui faut faire pour se rapprocher du Seigneur son Dieu. Le retour lui semble pénible, l’expiation effraie sa faiblesse ; qu’il se rappelle les jours où il habitait dans la sécurité du bercail, sous l’œil du plus tendre Pasteur ; ces jours peuvent renaître pour lui. La porte de la bergerie est ouverte ; de nombreuses brebis, naguère égarées, s’y précipitent remplies de joie et de confiance ; qu’il les suive, et qu’il se rappelle « qu’il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence 6 ».

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XXV.

    In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis : Cum venerit Filius hominis in majestate sua, et omnes Angeli cum eo, tuae sedebit super sedem majestatis suas : et congregabuntur ante eum omnes gentes, et separabit eos ab invicem, sicut pastor segregat oves ab hoedis : et sta-tuet oves quidem a dextris suis, hœdos autem a sinistris. tuae dicet Rex his qui a dextris ejus erunt : Venite, benedicti Patris mei, possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi. Esurivi enim, et dedistis mihi manducare : sitivi, et dedistis mihi bibere : hospes eram, et collegistis me : nudus, et cooperuistis me : infirmus, et visitastis me : in carcere eram, et venistis ad me. Tunc respondebunt ei justi, dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, et pavimus te ? sitientem, et dedimus tibi potum ? Quando autem te vidimus hospitem, et collegimus te ? aut nudum, et cooperuimus te ? aut quando te vidimus infirmum, aut in carcere, et venimus ad te ? Et respondens Rex, dicet illis : Amen dico vobis, quamdiu fecistis uni ex his fratribus meis minimis, mihi fecistis. Tunc dicet et his, qui a sinistris erunt : Discedite a me, maledicti, in ignem aeternum, qui paratus est diabolo et angelis ejus. Esurivi enim, et non dedistis mihi manducare : sitivi, et non dedistis mihi potum : hospes eram, et non collegistis me : nudus, et non cooperuistis me : infirmus, et in carcere, et non visitastis me. Tunc respondebunt ei et ipsi dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, aut sitientem, aut hospitem, aut nudum, aut infirmum, aut in carcere, et non ministravimus tibi ? Tunc respondebit illis, dicens : Amen dico vobis, quamdiu non fecistis uni de minoribus his, nec mihi fecistis. Et ibunt hi in supplicium aeternum justi autem in vitam aeternam.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XXV.

    En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Quand le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, et tous ses Anges avec lui, alors il s’assiéra sur le trône de sa majesté. Et toutes les nations seront rassemblées devant lui, et il séparera les uns d’avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d avec les boucs. Et il placera les brebis à sa droite, les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père ; possédez le royaume préparé pour vous dès l’origine du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais sans asile, et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu ayant faim, et que nous vous avons rassasié ; avant soif, et que nous vous avons donné à boire ? Quand est-ce que nous vous avons vu sans asile, et que nous vous avons recueilli ; nu, et que nous vous avons vêtu ? Et quand est-ce que nous vous avons vu malade, ou en prison, et que nous sommes venus à vous ? Et le Roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait au moindre de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Il dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel, préparé pour le diable et ses anges ; car j’ai eu faim, et vous ne m’avez point donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez point donné à boire ; j’étais sans asile, et vous ne m’avez point recueilli ; nu, et vous ne m’avez point vêtu ; malade, en prison, et vous ne m’avez point visité. Alors eux aussi lui diront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu ayant faim, ou soif, ou sans asile, ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne vous avons point assisté ? Mais il leur répondra : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’ un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. Et ceux-ci s’en iront au supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle.

    Tout à l’heure, un Prophète de l’Ancien Testament nous invitait de la part de Dieu à répondre aux avances du Pasteur de nos âmes ; le Seigneur épuisait tous les moyens de sa tendresse pour faire naître dans le cœur de ses brebis égarées le désir de se rallier autour de lui ; et voici que la sainte Église, le même jour où elle nous a montre ce grand Dieu sous les traits d’un Pasteur si compatissant, nous le découvre sous l’aspect terrible d’un juge que rien ne saurait fléchir. Comment le caractère si débonnaire de notre Sauveur, du charitable médecin de nos âmes, s’est-il ainsi transformé ? « Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel ! » et c’est dans l’Évangile même, dans le code de la loi de l’amour, que l’Église a trouvé ce formidable récit. Cependant, pécheur, ne vous y trompez pas ; lisez attentivement, et vous reconnaîtrez avec épouvante en celui qui prononce cet affreux anathème, le même Dieu dont le Prophète vous a décrit la miséricorde, la patience, le zèle pour toutes ses brebis. Sur son tribunal, il porte encore les traits d’un Pasteur : voyez, il sépare les brebis des boucs ; il place les unes à sa droite, les autres à sa gauche ; c’est toujours d’un troupeau qu’il s’agit. Le Fils de Dieu veut remplir la charge de berger jusqu’au dernier jour. Mais les conditions sont changées ; il n’y a plus de temps, l’éternité ouvre ses profondeurs ; le règne de la justice commence : justice qui accorde aux amis de Dieu la récompense promise ; justice qui précipite le pécheur impénitent dans l’abîme sans fond. Il serait trop tard alors de songer à la pénitence ; elle n’a lieu que dans le temps, et le temps n’est plus. Comment le chrétien qui sait que nous devons tous nous trouver réunis au pied de ce tribunal, hésite-t-il à se rendre aux invitations de l’Église qui le presse de satisfaire pour ses péchés ? Comment dispute-t-il à Dieu la faible expiation dont sa miséricorde veut bien encore se contenter aujourd’hui ? En vérité, l’homme est à lui-même son plus cruel ennemi, lorsqu’il écoute avec insensibilité cette parole de son Sauveur présent, de son Juge à venir : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous 7 ».

 

    Humilitate capita vestra Deo

    Humiliez vos têtes devant Dieu

    ORAISON.

    Absolve , quaesumus Domine, nostrorum vincula peccatorum : et quidquid pro eis meremur, propitiatus averte. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Déliez, s’il vous plaît , Seigneur, les liens de nos péchés, et, dans votre miséricorde, détournez les maux que nous méritons à cause d’eux. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Terminons cette journée, en récitant cette belle Hymne composée par saint Grégoire le Grand, et que l’Église emploie, dans le Carême, à l’Office des Matines.

 

    HYMNE

    Ex more docti mystico, Servemus hoc jejunium, Deno dierum circulo Ducto quater notissimo.

    Lex et Prophetae primitus    Hoc praetulerunt, postmodum Christus sacravit, omnium Rex atque factor temporum.

    Utamur ergo parcius Verbis, cibis et potibus, Somno, jocis, et arctius Perstemus in custodia.

    Vitemus autem noxia, Quae subruunt mentes vagas : Nullumque demus callidi Hostis locum tyrannidi.

    Flectamus iram vindicem, Ploremus ante judicem, Clamemus ore supplici, Dicamus omnes cernui :

    Nostris malis offendimus Tuam , Deus , clementiam : Effunde nobis desuper Remissor indulgentiam.

    Memento quod sumus tui, Licet caduci, plasmatis : Ne des honorem Nominis Tui, precamur, alteri.

    Laxa malum quod fecimus, Auge bonum quod poscimus : Placere quo tandem tibi Possimus hic et perpetim.

    Praesta, beata Trinitas. Concede, simplex Unitas, Ut fructuosa sint tuis Jejuniorum munera. Amen.

 

    Fidèles à la tradition mystérieuse , gardons avec soin ce jeûne célèbre qui parcourt le cercle de quarante journées.

    La Loi et les Prophètes l’inaugurèrent autrefois ; auteur et roi de toutes les choses créées, le Christ daigna lui-même le consacrer.

    Il nous faut restreindre l’usage de la parole, du manger, du boire, du sommeil et des délassements ; veillons plus strictement sur la garde de nous-mêmes.

    Évitons ces périls où succombe l’âme inattentive ; gardons-nous de laisser la moindre entrée à notre tyran perfide.

    Fléchissons la colère vengeresse ; pleurons aux pieds de notre juge ; poussons des cris suppliants, et, prosternés devant notre juge, disons-lui :

    O Dieu ! par nos péchés, nous avons offensé votre clémence, daignez étendre sur nous votre pardon.

    Souvenez-vous que, malgré notre fragilité, nous sommes l’œuvre de vos mains ; ne cédez pas à un autre l’honneur de votre Nom.

    Pardonnez-nous le mal que nous avons fait ; donnez-nous avec abondance la grâce que nous implorons, afin que nous puissions vous plaire ici-bas et dans l’éternité.

    Trinité bienheureuse, Unité parfaite, rendez profitable à vos fidèles le bienfait du jeûne. Amen.

 

LE MARDI DE LA PREMIERE SEMAINE DE CAREME.

    A Rome, la Station est dans l’Église de Sainte-Anastasie, la même où l’on célébrait, dans l’antiquité, la Messe de l’Aurore, le jour de Noël. C’est sous la protection de cette sainte Martyre, immolée le jour même de la naissance du Sauveur, que nos vœux sont aujourd’hui présentés au Père des miséricordes.

    COLLECTE.

    Respice, Domine, familiam tuam, et praesta , ut apud te mens nostra tuo desiderio fulgeat, quae se carnis maceratione castigat. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Regardez favorablement votre famille, Seigneur, et faites que notre âme, en se châtiant par la mortification de la chair, se distingue à vos yeux par l’ardeur de ses désirs. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Isaia ; Prophetae. Cap. LV.

    In diebus illis : Locutus est Isaias Propheta, dicens : Quaerite Dominum, dum inveniri potest : invocate eum, dum prope est. Derelinquat impius viam suam et vir iniquus cogitationes suas : et revertatur ad Dominum, et miserebitur ejus, et ad Deum nostrum, quoniam multus est ad ignoscendum. Non enim cogitationes meae, cogitationes vestrae ; neque viae vestrae, viae meae, dicit Dominus. Quia sicut exaltantur cœli a terra, sic exaltatae sunt vias meas a viis vestris, et cogitationes meae a cogitationibus vestris. Et quomodo descendit imber, et nix de caelo, et illuc ultra non revertitur, sed inebriat terram, et infundit eam et germinare eam facit, et dat semen serenti, et panem comedenti : sic erit verbum meum quod egredietur de ore meo : non revertetur ad me vacuum ; sed faciet quaecumque volui, et prosperabitur in his ad quae misi illud, ait Dominus omnipotens.

    Lecture du Prophète Isaïe.

    Chap. LV.

    En ces jours-là, le prophète Isaïe parla, et dit : Cherchez le Seigneur pendant qu’on peut le trouver ; invoquez-le pendant qu’il est proche. Que l’impie quitte sa voie, et l’homme injuste ses pensées ; qu’il retourne au Seigneur, et il aura pitié de lui : à notre Dieu, car il est empressé de pardonner. Mes pensées ne sont pas vos pensées, ni vos voies mes voies, dit le Seigneur ; mais autant sont élevés les cieux au-dessus de la terre, autant sont élevées mes voies au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus de vos pensées ; et de même que la pluie et la neige descendent du ciel et n’y retournent plus, mais elles abreuvent la terre, la fécondent et lui font produire le germe, afin qu’elle donne la semence pour semer, et le pain pour s’en nourrir : ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne retournera point à moi sans effet ; mais elle fera tout ce que j’aurai voulu, et remplira le but pour lequel je l’ai envoyée, dit le Seigneur tout-puissant.

    

    Le Prophète nous annonce de la part du Seigneur que si notre retour est sincère, la miséricorde descendra sur nous. En vain l’homme cherchera-t-il à mesurer la distance infinie qui sépare la souveraine sainteté de Dieu de l’état de souillure où est L’âme du pécheur ; rien de tout cela n’empêchera la réconciliation de la créature avec son Créateur. La toute-puissante bonté de Dieu créera un cœur pur 8 dans l’homme repentant, et « la grâce surabondera où le péché avait abondé 9 ». La parole du pardon descendra du ciel, comme une pluie bienfaisante sur une terre stérile et desséchée, et cette terre donnera une abondante moisson. Que le pécheur néanmoins écoute la prophétie tout entière. L’homme est-il maître d’accepter ou de refuser cette parole qui vient d’en haut ? Peut-il la laisser tomber aujourd’hui, dans la pensée que peut-être il la recueillera plus tard, à la fin de sa vie ? Non ; Dieu nous dit par son Prophète : « Cherchez le Seigneur, pendant qu’on peut le trouver : invoquez-le pendant qu’il est proche. » Nous ne pouvons donc pas toujours à volonté trouver le Seigneur ; il n’est donc pas toujours aussi proche de nous. Prenons garde, il a ses moments ; l’heure des miséricordes a sonné ; celle des justices la suivra. « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite 10 », criait Jonas dans les rues de cette superbe cité. Ninive ne laissa point passer les quarante jours sans revenir au Seigneur, sans l’apaiser dans le jeûne, sous la cendre et le cilice : et Dieu pardonna à Ninive. Entrons dans les sentiments de cette ville coupable et repentante ; ne défions pas la justice divine en refusant la pénitence, ou en l’accomplissant d’une manière imparfaite. Le Carême que nous célébrons est peut-être le dernier que la bonté divine nous préparait ; s’il ne nous convertissait pas, qui sait si le Seigneur reviendrait ? Méditons ces paroles de l’Apôtre qui se rapportent à celles d’Isaïe : « La terre qui se pénètre de la pluie dont elle est arrosée, et qui produit la verdure qu’en attend le cultivateur, est une terre bénie de Dieu ; celle qui ne produit que des ronces et des épines est réprouvée ; la malédiction est près d’elle, « et sa fin sera d’être dévorée par le feu 11 . »

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XXI.

    In illo tempore : Cum intrasset Jesus Jerosolymam, commota est universa civitas, dicens : Quis est hic ? Populi autem dicebant : Hic est Jesus Propheta a Nazareth Galilaea ?. Et intravit Jésus in templum Dei, et ejiciebat omnes vendentes et ementes in templo, et mensas nummulariorum, et cathedras vendentium columbas evertit : et dicit eis : Scriptum est : Domus mea, domus orationis vocabitur : vos autem fecistis illam speluncam latronum. Et accesserunt ad eum caeci et claudi in templo : et sanavit eos. Videntes autem principes sacerdotum et scribae mirabilia quae fecit, et pueros clamantes in templo et dicentes : Hosanna filio David ; indignati sunt et dixerunt ei : Audis quid isti dicunt ? Jésus autem dixit eis : Utique. Numquam legistis : Quia ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem ? Et relictis illis, abiit foras extra civitatem in Bethaniam, ibique mansit.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XXI.

    En ce temps-là, Jésus étant entré en Jérusalem, toute la ville fut émue, et chacun demandait : Quel est celui-ci ? Et le peuple qui l’accompagnait disait : C’est Jésus, le prophète de Nazareth, en Galilée. Et Jésus entra dans le temple de Dieu, et il chassa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le temple, et il renversa les tables des changeurs et les sièges de ceux qui vendaient des colombes. Il leur dit : Il est écrit : Ma maison est appelée la maison de la prière ; mais vous en avez fait une caverne de voleurs. Et des aveugles et des boiteux s’approchèrent de lui dans le temple, et il les guérit. Or, les princes des prêtres et les scribes, voyant les merveilles qu’il faisait et les enfants qui criaient dans le temple : Hosannah au fils de David, s’indignèrent et lui dirent : Entendez-vous ce que disent ceux-ci ? Jésus leur répondit : Oui ; mais n’avez-vous jamais lu cette parole : Vous avez mis la louange dans la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle ? Et les laissant là, il s’en alla hors de la ville, à Béthanie, et il s’y arrêta.

    

    Notre pieuse Quarantaine est à peine à son début, et avant qu’elle soit terminée nous aurons assisté au supplice du Juste. Voici déjà ses implacables ennemis qui se dressent devant lui. En vain, leurs yeux viennent d’être témoins de ses prodiges : l’envie et l’orgueil qui dessèchent leur cœur n’ont rien voulu comprendre. Ces infidèles gardiens de la maison de Dieu sont demeures muets quand tout à l’heure ils ont vu Jésus faire acte d’autorité dans le temple ; un étonnement mêlé de terreur les a saisis. Ils n’ont pas même réclamé quand il a appelé le temple sa maison : tant ils éprouvaient l’ascendant de sa vertu, tant ils redoutaient son pouvoir surhumain. Maintenant, ils ont repris leur audace : la voix des enfants qui crient encore Hosannah frappe leur oreille, et ils s’indignent. Ils osent se plaindre de cet innocent hommage rendu au fils de David qui passe en faisant le bien. Ces docteurs de la Loi, aveuglés par la passion, ne savent même plus reconnaître les prophéties, ni en découvrir l’accomplissement. C’est l’application de l’oracle d’Isaie que nous venons de lire. Pour n’avoir pas cherché le Seigneur quand il était près d’eux, ils ne peuvent plus le reconnaître, lors même qu’ils lui parlent. Les enfants le sentent et le bénissent ; les sages d’Israël ne voient en lui qu’un ennemi de Dieu, un blasphémateur. Nous, du moins, profitons de la visite de Jésus, afin qu’il ne nous quitte pas, comme il quitta ces faux sages. Il se relira d’auprès d’eux, et, laissant la ville, il retourna à Béthanie qui était proche de Jérusalem. C’est là qu’habitait Lazare, avec ses deux sœurs Marthe et Marie-Madeleine ; là aussi qu’était retirée Marie Mère de Jésus, dans l’attente du terrible événement qui bientôt devait s’accomplir. Saint Jérôme remarque que le mot Béthanie signifie Maison d’obéissance : ce qui nous apprend que le Sauveur s’éloigne des cœurs rebelles à sa grâce, et qu’il aime à se reposer dans les cœurs obéissants 12 . Acceptons la leçon tout entière, et dans ces jours de salut, montrons, par notre obéissance à l’Église et par notre soumission au guide de notre conscience, que nous avons enfin reconnu qu’il n’y a pour nous de salut que dans l’humiliation de l’orgueil et dans la simplicité du cœur.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Ascendant ad te, Domine, preces nostrae : et ab Ecclesia tua cunctam repelle nequitiam. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Que nos prières, Seigneur, montent jusqu’à vous, et daignez éloigner de votre Église toutes sortes d’embûches. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    L’Église gothique d’Espagne, dans son Missel Mozarabe, nous présente ce cantique de pénitence, dont le lecteur chrétien sentira toute la beauté.

    PRECES

    Dominica II in Quadragesima

    Miserere et parce, clementissime Domine, populo tuo ;

    Quia peccavimus tibi.

    V/. Prostrati omnes lacrymas producimus : pandentes tibi occulta quae admisimus, a te, Deus, veniam deposcimus.

    R/. Quia peccavimus tibi.

    V/. Orationes sacerdotum accipe, et quaeque postulant affluenter tribue : ac tuas plebi miserere, Domine.

    R/. Quia peccavimus tibi.

    V/. Furorem tuum adduxisti super nos : nostra delicta dira curvaverunt nos : et absque ulla spe defecimus.

    R/.Quia peccavimus tibi.

    V/. Traditi sumus malis quae nescimus, et omne malum irruit super nos : et invocamus : et non audivimus.

    R/. Quia peccavimus tibi.

    V/. Omnes clamamus : omnes te requirimus : te pœnitentes lacrymis prosequimur : cujusque iram ipsi provocavimus.

    R/. Quia peccavimus tibi.

    V/. Te deprecantes, te gementes poscimus : te, Jesu Christe, prosternati petimus : tua potestas jam sublevet miseros.

    R/. Quia peccavimus tibi.

    V/. Confessionem tuae plebis accipe : quam lamentantes coram te effundimus : et pro admissis corde ingemiscimus.

    R/. Quia peccavimus tibi.

    V/. Pacem rogamus , pacem nobis tribue : amove bella et nos omnes erue : humili prece postulamus, Domine.

    R/. Quia peccavimus tibi.

    V/. Inclina aurem, Deus clementissime ; jam abluentur delictorum maculae : et a periculis tu benignus exime.

    R/. Miserere et parce.

 

    Seigneur plein de miséricorde, ayez pitié de votre peuple et pardonnez-lui ;

    Car nous avons péché contre vous.

    V/. Prosternés, nous versons toutes nos larmes ; nous manifestons Les péchés secrets que nous avons commis ; nous implorons votre pardon, ô Dieu !

    R/. Car nous avons péché contre vous.

    V/. Acceptez la prière des prêtres ; accordez abondamment tout ce qu’ils demandent ; ayez pitié de votre peuple, Seigneur !

    R/. Car nous avons péché contre vous.

    V/. Vous avez appesanti votre colère sur nous ; nos cruels péchés nous ont accablés ; nous sommes tombés en défaillance, privés d’espoir ;

    R/. Car nous avons péché contre vous.

    V/. Nous avons été livrés à des malheurs que nous ne connaissions pas, tous les maux ont fondu sur nous ; nous vous avons invoqué, et nous n’avons pas reçu de réponse ;

    R/. Car nous avons péché contre vous.

    V/. A cette heure nous crions tous, nous vous cherchons tous ; nous vous poursuivons avec les larmes de la pénitence, nous avons provoqué la colère de tout le monde ;

    R/.Car nous avons péché contre vous.

    V/. Jésus-Christ, nous vous implorons par nos prières et nos gémissements ; prosternés, nous vous supplions ; par votre pouvoir, relevez enfin ces misérables ;

    R/. Car nous avons péché contre vous.

    V/. Recevez la confession de votre peuple, nous la répandons devant vous avec des cris ; nous déplorons du tond du cœur nos iniquités ;

    R/. Car nous avons péché contre vous.

    V/. Nous demandons la paix ; accordez-nous la paix ; écartez la guerre, délivrez-nous tous : nous vous le demandons d’une humble prière, Seigneur !

    R/. Car nous avons péché contre vous.

    V/. Dieu très clément, inclinez votre oreille ; effacez la tache de nos péchés ; dans votre bonté, sauvez-nous du péril !

    R/. Ayez pitié et pardonnez.

 

LE MERCREDI DES QUATRE-TEMPS DE CARÊME.

    Au jeûne quadragésimal vient se joindre aujourd’hui celui des Quatre-Temps. Vendredi et Samedi, nous aurons pareillement un double motif de pratiquer la pénitence. C’est la saison du printemps qu’il s’agit de consacrer à Dieu, lui en offrant les prémices dans le jeune et la prière ; c’est l’ordination des Prêtres et des Ministres sacrés sur laquelle il faut appeler les bénédictions d’en haut. Ayons donc un souverain respect pour ces trois jours.

    Jusqu’au XI° siècle, le jeûne des Quatre-Temps du Printemps fut attaché à la première semaine de mars, et ceux de l’Été à la seconde semaine de juin. Un décret de saint Grégoire VII les fixa aux époques où nous les célébrons aujourd’hui : les Quatre-Temps du Printemps à la première semaine de Carême, et ceux de l’Été à la semaine de la Pentecôte.

    La Station est aujourd’hui dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure. Honorons la Mère de Dieu, refuge des pécheurs, et prions-la d’offrir elle-même à notre juge l’humble tribut de nos satisfactions.

    COLLECTE.

    Devotionem populi tui, quaesumus Domine, benignus intende : ut qui per abstinentiam macerantur in corpore, per fructum boni operis reficiantur in mente. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Regardez avec bonté, Seigneur, la dévotion de votre peuple, afin que ceux qui mortifient leurs corps par l’abstinence soient nourris et fortifiés selon l’esprit par le fruit des bonnes œuvres. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    L’Église, qui, dans les Mercredis des Quatre-Temps, nous offre toujours deux lectures de la sainte Écriture, à la place de l’Épître de la Messe, réunit aujourd’hui les deux grands types du Carême dans l’Ancien Testament, Moïse et Élie, afin de relever dans nos pensées la dignité du jeûne quadragésimal, auquel Jésus-Christ lui-même est venu donner un caractère plus sacré encore, en réalisant dans sa personne ce que la Loi et les Prophètes n’avaient accompli qu’en figure.

    PREMIERE LEÇON.

    Lectio libri Exodi. Cap. XXIV.

    In diebus illis : Dixit Dominus ad Moysen : Ascende ad me in montem et esto ibi, daboque tibi tabulas lapideas, et legem ac mandata, quae scripsi, ut doceas filios Israël. Surrexerunt Moyses et Josue minister ejus. Ascendensque Moyses in montem Dei, senioribus ait : Exspectate hic donec revertamur ad vos. Habetis Aaron et Hur vobiscum. Si quid natum fuerit quaestionis, referetis ad eos. Cumque ascendisset Moyses, operuit nube montem, et habitavit gloria Domini super Sinai, tegens illum nube sex diebus : septimo autem die vocavit eum de medio caliginis. Erat autem species gloria ; Domini, quasi ignis ardens super verticem montis in conspectu filiorum Israël. Ingressusque Moyses médium nebulae, ascendit in montem : et fuit ibi quadraginta diebus et quadraginta noctibus.

 

    Lecture du livre de l’Exode. Chap. XXIV.

    En ces jours-là, le Seigneur dit à Moïse : Monte vers moi sur la montagne pour y faire séjour, et je te donnerai les tables de pierre sur lesquelles j’ai écrit la loi et les commandements, afin que tu les enseignes aux enfants d’Israël. Moïse et Josué son serviteur se levèrent ; et Moïse, en montant sur la montagne de Dieu, dit aux anciens : Attendez ici jusqu’à ce que nous revenions à vous ; vous avez Aaron et Hur avec vous ; s’il s’élève quelque difficulté, vous leur en ferez le rapport. Et Moïse étant monté, une nuée couvrit la montagne, et la gloire du Seigneur habita sur le Sinaï, le couvrant d’un nuage durant six jours. Le septième jour, Dieu appela Moïse du milieu du nuage ; or l’éclat de la gloire du Seigneur paraissait aux enfants d’Israël comme un feu ardent sur le sommet de la montagne. Et Moïse, pénétrant par le milieu du nuage, monta sur la montagne, et il y demeura quarante jours et quarante nuits.

    DEUXIÈME LEÇON.

    Lectio libri Regum. III. Cap. XIX.

    In diebus illis : Venit Elias in Bersabee Juda, et dimisit ibi puerum suum, et perrexit in desertum, viam unius diei. Cumque venisset, et sederet subter unam juniperum, petivit anima ; suae ut moreretur, et ait : Sufficit mihi, Domine : tolle animam meam : neque enim melior sum quam patres mei Projecitque se et obdormivit in umbra juniperi : et ecce Angelus Domini tetigit eum, et dixit illi : Surge, et comede. Respexit, et ecce ad caput suum subcinericius panis, et vas aquae : comedit ergo et bibit, et rursum obdormivit. Reversusque est Angelus Domini secundo, et tetigit eum, dixitque illi : Surge, comede : grandis enim tibi restat via. Qui cum surrexisset, comedit et bibit, et ambulavit in fortitudine cibi illius quadraginta diebus et quadraginta noctibus usque ad montem Dei Horeb.

 

    Lecture du livre des Rois. III. Chap. XIX.

    En ces jours-là, Élie, étant arrivé à Bersabée de Juda, renvoya son serviteur, et s’avança dans le désert une journée de chemin. Et étant venu sous un genièvre, il s’y assit et souhaita de mourir. Et il dit : C’est assez, Seigneur ; retirez mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères. Il s’étendit parterre, et s’endormit à l’ombre du genièvre. Et voici qu’un Ange du Seigneur le toucha et lui dit : Lève-toi et mange. Il regarda derrière lui, et aperçut près de sa tête un pain cuit sous la cendre et un vase d’eau. Il mangea donc, et il but, et il se rendormit. Et l’Ange du Seigneur, revenant une seconde fois, le toucha encore et lui dit : Lève-toi, mange ; car il te reste une longue route. Et s’étant levé, il mangea et but, et étant fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits, jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu.

    

    Moïse et Élie jeûnent quarante jours et quarante nuits, parce qu’ils vont s’approcher de Dieu. Il faut que l’homme s’épure, qu’il se dégage du poids du corps, s’il veut se meure en rapport avec celui qui est l’Esprit. Néanmoins, la vision de Dieu dont furent favorisés ces deux saints hommes fut très imparfaite : ils sentirent que le Seigneur était près d’eux, mais ils ne virent pas sa gloire. Depuis, le Seigneur s’est manifesté dans la chair, et l’homme l’a vu, il l’a entendu, il l’a touché de ses mains 13 . Nous ne sommes pas du nombre de ces heureux mortels qui conversèrent avec le Verbe de vie ; mais, dans la divine Eucharistie, il fait plus que de se laisser voir : il entre en nous, il devient notre substance. Le plus humble fidèle dans l’Église possède Dieu plus pleinement que Moise sur le Sinai, et Élie sur Horeb. Ne soyons donc pas étonnés si l’Église, pour nous préparer à cette faveur, dans la fête de Pâques, veut que nous traversions auparavant une épreuve de quarante jours, mais beaucoup moins rigoureuse que celle qui fut pour Moise et Élie la condition de la grâce que Jéhovah daigna leur faire.

 

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XII.

    In illo tempore : Responderunt Jesu quidam de Scribis et Pharisaeis, dicentes : Magister, volumus a te signum videre. Qui respondens, ait illis : Generatio mala et adultéra signum quaerit : et signum non dabitur ei, nisi signum Jonae prophetae. Sicut enim fuit Jonas in ventre ceti tribus diebus et tribus noctibus, sic erit Filius hominis in corde terrae tribus diebus et tribus noctibus. Viri Ninivitae surgent in judicio cum generatione ista, et condemnabunt eam : quia paenitentiam egerunt in praedicatione Jonae , et ecce plus quam Jonas hic. Regina Austri surget in judicio cum generatione ista, et condemnabit eam : quia venit a finibus terrae audire sapientiam Salomonis, et ecce plus quam Salomon hic. Cum autem immundus spiritus exierit ab homine, ambulat per loca arida, quaerens requiem, et non invenit. Tunc dicit : Revertar in domum meam, unde exivi. Et veniens invenit eam vacantem, scopis mundatam, et ornatam. Tunc vadit, et assumit septem alios spiritus secum nequiores se, et intrantes habitant ibi : et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus. Sic erit et generationi huic pessimae. Adhuc eo loquente ad turbas, ecce mater ejus et fratres stabant foris quaerentes loqui ei. Dixit autem ei quidam : Ecce mater tua, et fratres tui foris stant, quaerentes te. At ipse respondens dicenti sibi, ait : Quae est mater mea, et qui sunt fratres mei ? Et extendens manum in discipulos suos, dixit : Ecce mater mea, et fratres mei : quicumque enim fecerit voluntatem Patris mei, qui in cœlis est, ipse meus frater, et soror, et mater est.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XII.

    En ce temps-là,des Scribes et des Pharisiens s’approchèrent de Jésus, et lui dirent : Maître, nous voudrions voir un signe de vous. Il leur répondit : Cette génération perverse et adultère demande un signe, et il ne lui sera donné d’autre signe que le signe du prophète Jonas : car de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, ainsi le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre. Les hommes de Ninive se lèveront au jugement contre cette génération, et ils la condamneront, parce qu’ils firent pénitence à la prédication de Jonas ; et il y a ici plus que Jonas. La reine du Midi se lèvera au jugement contre cette génération et la condamnera ; car des confins de la terre elle vint écouter la sagesse de Salomon ; et il y a ici plus que Salomon. Lorsqu’un esprit immonde est sorti d’un homme, il s’en va errant par des lieux arides, cherchant le repos et ne le trouvant pas. Alors il se dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. Et y revenant, il la trouve libre , nettoyée et parée. Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus méchants que lui, et ils entrent dans la maison, et ils y demeurent. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il de cette génération perverse. Il parlait encore à la foule, et voici que sa mère et ses frères étaient au dehors et demandaient à lui parler. Quelqu’un lui dit : Voici dehors votre mère et vos frères qui vous demandent. Mais il lui répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Et étendant la main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère.

 

    Le Sauveur dénonce à Israël les châtiments qui l’attendent pour son aveuglement volontaire et pour la dureté de son cœur. Israël veut des prodiges pour croire ; il en est entouré, et il ne les voit pas. Tels sont les hommes de nos jours. Pour reconnaître le christianisme comme divin, il leur faudrait des preuves ; et cependant l’histoire est ouverte devant eux. Les événements présents rendent aussi leur témoignage ; mais rien ne les réveille. Ils s’en tiennent à leurs systèmes toujours déçus, et ils n’arriveront à comprendre que l’Église catholique est le fondement de la société, qu’au jour où la société qu’ils ont isolée eux-mêmes de l’Église s’écroulera dans l’abîme creusé par leurs mains. « Génération perverse et adultère », dit le Seigneur, contre laquelle s’élèveront les peuples infidèles qui n’ont point connu les institutions chrétiennes, et qui les eussent peut-être aimées et conservées. Craignons le sort des Juifs, auxquels le siège de Jérusalem, sa ruine même, ne purent ouvrir les yeux, et qui restent encore fidèles aux illusions de leur orgueil après un esclavage de dix-huit siècles. Au milieu des périls de la société, que les enfants de l’Église comprennent aussi leur responsabilité. Qu’ils se demandent pourquoi les sages du monde, les politiques de ce monde, ont cesse de compter avec eux ? Pourquoi, aujourd’hui encore, ces hommes ont tant de peine à apercevoir quelque part l’élément catholique ? C’est que les catholiques avaient délaissé l’Église et ses saintes pratiques. Chaque jour, une solitude plus grande se faisait remarquer dans nos Églises, les sacrements n’étaient plus fréquentés, le Carême n’était plus qu’un mot sur le calendrier. Revenons non seulement à la foi de nos pères, mais à l’observation des lois chrétiennes : c’est alors que le Seigneur aura pitié de son peuple infidèle, à cause des justes qui seront dans son sein. L’apostolat de l’exemple produira ses fruits ; et si un faible faisceau de fidèles fut pour les peuples de l’empire romain ce levain dont parle le Sauveur, qui fait fermenter toute la pâte 14  : au milieu d’une société qui conserve encore plus d’éléments catholiques qu’elle ne le pense, notre zèle à confesser et à pratiquer les devoirs de la milice chrétienne ne demeurera point sans résultat.

 

    Humilitate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Mentes nostras, quaesumus Domine, lumine tuae claritatis illustra : ut videre possimus quae agenda sunt, et quae recta sunt, agere valeamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Seigneur , éclairez nos âmes de l’éclat de votre splendeur, afin que nous puissions voir ce que nous devons faire, et accomplir ce qui est juste. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen

    L’Église grecque nous fournira aujourd’hui ces pieuses stances sur le jeûne, que nous empruntons à son Triodion.

    (Feria II Hebbdomadae IIae Jejuniorum.)

    Mirabilia arma oratio, et jejunium ; hoc Moysem legislatorem effecit, et Heliam inter sacrificia zelatorem : huic firmiter insistentes, fideles, ad Salvatorem clamemus : Peccavimus tibi soli, miserere nostri.

    Spirituale jejunium jejunemus, tortuosos laqueos omnes abrumpamus, declinemus panier malorum exemplorum nequitiam, dimittamusque fratribus débita, ut nobis quoque delicta nostra dimittantur ; ita enim clamare poterimus : Dirigatur, Domine, oratio nostra, sicut incensum, in conspectu tuo.

    Solus bonus, fons misericordiae, Agnus Dei, qui, utpote Deus, tollis peccata mundi. serva me criminum procellis agitatum, et ad paenitentiae semitas dirige.

    Purum jejunium, fuga peccati, pravorum affectuum abscessus, charitas erga Deum, orationis studium , lacryma cum compunctione, et pauperum cura, quemadmodum Christus in Scripturis praecepit.

    Animam peccati gladio transfossam, multisque criminibus lancinatam sana, o animarum nostrarum medice, utpote benefactor, adhibens mihi sapientium mandatorum tuorum remedia, o clemens !

    Compunctioni idoneum nacti praesens jejunii tempus, magnopere lugeamus, atque ingemamus, manusque ad solum Redemptorem, ut animas nostras solvat, expandamus.

    Utinam mihi quoque detur pravos affectus omnes exstinguere, et tui amorem, Christe, concipere, divinis ditescere, mi bone Jesu, tibique famulatum impendere.

    Vide, attende, anima, ne forte dum jejunas, crapulae loco tibi sint injurie, inimicitiae, contentiones adversus proximum, atque a Deo propter tuam negligentiam excidas.

    Qua ratione, Christe meus, iram tuam sustinebo, dum ad judicandum veneris ? quidve illic respondebo , cum jussa tua neque fecerim, neque peregerim, Christe ? quare mihi ante exitum ignosce.

    E cupiditatum tyrannide vindica. Domine, animam meam, ut libere voluntatem tuam implens, gaudeam , atque glorificem potentiam tuam in saecula.

    Oderis, anima mea , Esau intemperantiam , et Jacobi bona aemuleris, Belial abstinentia supplantes, divina thesaurizes, et laudes Deum in saecula.

    Tranquillum iejunii mare nobis nulla actis tempestate praetergredi tribue,donec ad portum Resurrectionis tuas perveniamus, misericors, te in saecula celebrantes.

 

    Le jeûne aidé de la prière est une armure admirable ; c’est lui qui fit de Moïse un législateur, et d’Élie un zélateur, au milieu des sacrifices. Observons-le avec fermeté, ô fidèles ; crions au Sauveur : Nous avons péché contre toi seul, aie pitié de nous.

    Jeûnons d’un jeûne spirituel , rompons les filets du tortueux serpent ; éloignons-nous de la perversité du mauvais exemple ; remettons à nos frères ce qu’ils nous doivent, afin que nos propres péchés nous soient remis ; c’est ainsi que nous pourrons dire : Seigneur, notre prière s’élève vers toi comme l’encens.

    Agneau de Dieu, seul bon, source de miséricorde, qui par ton divin pouvoir ôtes es péchés du monde, je suis agité des tempêtes du péché, sauve-moi, et conduis-moi dans les sentiers de la pénitence.

    Le vrai jeûne, c’est la fuite du péché, la rupture des affections perverses, la charité envers Dieu, le zèle de la prière, les larmes de la componction, le soin des pauvres, comme le Christ ordonne dans les Écritures.

    Bienfaisant médecin de nos âmes, guéris la mienne blessée du glaive du péché, mise en lambeaux par mes nombreux crimes ; applique-moi le remède de tes sages commandements, Sauveur plein de clémence !

    Le temps du jeûne convient à la componction : livrons-nous aux pleurs, gémissons, tendons nos mains vers l’unique Rédempteur, afin qu’il sauve nos âmes.

    Qu’il me soit donné d’éteindre tous mes mauvais penchants, de concevoir ton amour, ô Christ ! de m’enrichir de tes dons divins, bon Jésus ! de me livrer à ton service.

    Vois, mon âme, sois attentive, de peur que, tout en jeûnant, tu ne remplaces l’intempérance par les injures, les inimitiés, les rixes contre le prochain, et que tu ne te sépares de Dieu par ta négligence.

    O mon Christ ! comment soutiendrai-je ta colère , quand tu viendras pour juger ? que répondrai-je, ô Christ ! moi qui n’ai pas accompli tes préceptes ? pardonne-moi avant ma sortie de ce monde.

    Arrache mon âme, Seigneur, à la tyrannie des passions, afin que, rendu à la liberté, j’accomplisse ta volonté avec joie, et que je glorifie ta puissance dans les siècles.

    Déteste, ô mon âme, l’intempérance d’Esau , imite les vertus de Jacob, remplace Bélial par l’abstinence, amasse un trésor divin et loue Dieu à jamais.

    Accorde-nous, ô Christ miséricordieux ! de traverser sans aucune tempête la mer tranquille du jeûne , afin que nous arrivions au port de la Résurrection pour célébrer à jamais ta gloire.

 

LE JEUDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CAREME.

    La Station d’aujourd’hui est dans l’Église de Saint-Laurent in Paneperna, l’une de celles que la piété romaine a élevées en l’honneur du plus célèbre Martyr de la ville sainte.

    COLLECTE.

    Devotionem populi tui, quaesumus Domine, benignus intende, ut qui per abstinentiam macerantur in corpore, per fructum boni operis reficiantur in mente. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Regardez, Seigneur, d’un œil favorable la dévotion de votre peuple, afin que ceux qui mortifient leur corps par l’abstinence soient nourris selon l’esprit par le fruit des bonnes œuvres. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Ézechielis Prophetae. Cap. XVIII.

    In diebus illis : Factus est sermo Domini ad me, dicens : Quid est quod inter vos parabolam vertitis in proverbium istud in terra Israël , dicentes : Patres comederunt uvam acerbam, et dentes filiorum obstupescunt ? Vivo ego, dicit Dominus Deus, si erit ultra vobis parabola haec in proverbium in Israël. Ecce omnes animae meae sunt ; ut anima patris, ita et anima filii mea est : anima quae peccaverit, ipsa morietur. Et vir, si fuerit justus, et fecerit judicium et justitiam, in montibus non comederit, et oculos suos non levaverit ad idola domus Israël : et uxorem proximi sui non violaverit, et ad mulierem menstruatam non accesserit : et hominem non contristaverit : pignus debitori reddiderit : per vim nihil rapuerit : panem suum esurienti dederit, et nudum operuerit vestimento : ad usuram non commodaverit, et amplius non acceperit : ab iniquitate averterit manum suam. et judicium verum fecerit inter virum et virum : in praeceptis meis ambulaverit, et judicia mea custodierit, ut faciat veritatem ; hic justus est, vita vivet, ait Dominus omnipotens.

 

    Lecture du Prophète Ézéchiel. Chap. XVIII.

    En ces jours-là, le Seigneur me parla, et me dit : D’où vient que vous vous servez parmi vous de cette parabole, et que vous l’avez tournée en proverbe dans la terre d’Israël, disant : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en sont agacées ? Par ma vie, dit le Seigneur, cette parabole ne passera plus en proverbe parmi vous dans Israël ; car toutes les âmes sont à moi : l’âme du fils est à moi comme celle du père. L’âme qui aura péché, mourra elle-même ; et si un homme est juste, s’il fait l’équité et la justice, s’il ne mange point de viandes immolées sur les montagnes, s’il ne levé point les yeux vers les idoles de la maison d’Israël, s’il ne souille point la femme de son prochain , s’il ne s’approche point de sa propre femme lorsqu’elle souffre son incommodité naturelle, s’il ne contriste point son prochain, s’il rend à son débiteur le gage qu’il en avait reçu, s’il ne prend rien par violence, s’il donne de son pain à celui qui a faim, et des vêtements à celui qui est nu, s’il ne prête point à usure et ne reçoit point plus qu’il n’a donné ; s’il détourne sa main de l’iniquité, s’il rend un jugement équitable entre un homme et un homme, s’il marche dans mes préceptes et garde mes commandements, pour agir selon la vérité : celui-là est juste, il vivra de la vie, dit le Seigneur tout-puissant.

    

    Cette lecture du Prophète nous donne à apprécier la miséricorde de Dieu envers les Gentils, qui vont bientôt passer des ténèbres à la lumière, par la grâce du saint Baptême. En vain le proverbe juif prétend que « les dents des enfants sont agacées, parce que celles des pères ont broyé les raisins verts » : Dieu, dès l’Ancien Testament, déclare que les péchés sont personnels, et que le fils de l’impie, s’il veut suivre la justice, trouvera la miséricorde et la vie. La prédication de l’Évangile par les Apôtres et leurs disciples fut un appel qui retentit dans toute la Gentilité ; et l’on vit bientôt les fils des races idolâtres se presser autour de la piscine du salut, abjurer les mauvaises œuvres de leurs pères, et devenir l’objet des complaisances du Seigneur. La même merveille apparut dans la conversion des barbares de l’Occident ; elle se continue de nos jours chez les peuples infidèles ; et de nombreux catéchumènes, cette année encore, recevront la régénération à la fête de Pâques.

    Dans l’ordre temporel. Dieu punit souvent dans les fils l’iniquité des pères ; cette disposition de sa providence est utile à l’instruction des hommes, qui reçoivent par là de salutaires leçons ; mais, dans l’ordre moral, chacun est traité selon ses mérites ; et de même que Dieu n’impute pas au fils vertueux les iniquités du père, de même la vertu du père ne rachètera pas l’iniquité du fils. Saint Louis fut l’aïeul de Philippe le Bel, et Louis XVI était le petit-fils de Louis XV : ces contrastes se rencontrent dans beaucoup de familles. « Dieu a laissé l’homme dans la main de son conseil ; l’homme a devant lui la vie et la mort, le bien et le mal ; on lui donnera ce qu’il préfère 15 . » Mais telle est la miséricorde du Seigneur notre Dieu, que lorsque l’homme a fait un mauvais choix, s’il repousse le mal qu’il avait d’abord préféré, et s’il se tourne vers le bien, lui aussi vivra de la vie, et la pénitence lui rendra ce qu’il avait perdu.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthœum. Cap. XV.

    In illo tempore : Egressus Jesus, secessit in partes Tyri et Sidonis. Et ecce mulier Chananaea a finibus illis egressa clamavit, dicens ei : Miserere mei, Domine, fili David : filia mea male a daemonio vexatur. Qui non respondit ei verbum. Et accedentes discipuli ejus rogabant eum, dicentes : Dimitte eam, quia clamat post nos. Ipse autem respondens, ait : Non sum missus nisi ad oves quae perierunt domus Israël. At illa venit, et adoravit eum, dicens : Domine, adjuva me. Qui respondens, ait : Non est bonum sumere panem filiorum, et mittere canibus. At illa dixit : Etiam, Domine : nam et catelli edunt de micis quae cadunt de mensa dominorum suorum. Tunc respondens Jesus, ait illi : O mulier, magna est fides tua : fiat tibi sicut vis. Et sanata est filia ejus ex illa hora.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XV.

    En ce temps-là, Jésus se retira du côté de Tyr et de Sidon ; et voilà qu’une femme Chananéenne, sortant de ces contrées, lui dit avec grands cris : Ayez pitié de moi, Seigneur, fils de David ; ma fille est cruellement tourmentée par le démon. Mais il ne lui répondit pas un mot. Et ses disciples s’approchant de lui le priaient, disant : Renvoyez-la, car elle crie après nous. Mais il leur répondit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Elle s’approcha cependant et l’adora, disant : Seigneur, aidez-moi. Il lui répondit : Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le donner aux chiens. Mais elle lui dit : Il est vrai, Seigneur ; mais les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Alors Jésus lui répondit : O femme, ta foi est grande : qu’il te soit fait comme tu désires. Et sa fille fut guérie à l’heure même.

 

    Jésus admire la foi de cette femme ; il la loue, il la recommande à notre imitation. Cette femme cependant était d’une race païenne ; peut-être jusqu’alors avait-elle adoré les idoles ; mais elle vient au Sauveur ; l’amour maternel l’amène aux pieds de Jésus. Elle y obtient la guérison de sa fille, et sans doute aussi celle de son âme. C’est une application de la vérité consolante que nous trouvions tout à l’heure dans le Prophète : les élus sortent de toute race, même de la race maudite de Chanaan. Le Seigneur traite cette femme avec une dureté apparente, bien qu’il ait résolu de l’exaucer ; il veut que sa foi s’élève, qu’elle soit digne d’être récompensée. Trions donc avec instance dans ces jours de miséricorde. La fille de la Chananéenne était tourmentée par le démon dans son corps ; que d’âmes, dans toute l’Église, sont la proie de cet esprit infernal par le pèche mortel qui habite en elles ! Sentent-elles leur mal ? Songent-elles à crier vers le libérateur ? et si d’abord il fait attendre la grâce du pardon, savent-elles s’humilier comme la femme de l’Évangile, qui accepte avec tant de simplicité le mépris que le Sauveur semble avoir pour elle ? Brebis perdues de la maison d’Israël, profitez du temps où vous possédez encore le Pasteur. Avant quarante jours, il sera misa mort, « et le peuple qui l’aura renié ne sera plus son peuple 16 ». Avant quarante jours aussi, nous célébrerons l’anniversaire de ce grand Sacrifice ; et tout pécheur qui n’aura pas converti ses voies, qui ne sera pas venu à Jésus avec l’humilité de la Chananéenne, aura mérité d’être rejeté sans retour. Hâtons-nous donc de nous rendre dignes de la réconciliation. La table des enfants de Dieu est déjà dressée ; et telle est la générosité du père de famille, que si nous voulons revenir à lui du tond de notre cœur, ce ne sont point seulement les miettes tombées de cette table qu’il nous permettra de recueillir : c’est Jésus, le Pain de vie, qu’il nous donnera, en signe d’éternelle réconciliation.

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Da quaesumus Domine, populis christianis, et quae profitentur agnoscere : et cœleste munus diligere, Quod frequentant. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    DAIGNEZ accorder , Seigneur, aux peuples chrétiens, de reconnaître la dignité de leur profession, et d’aimer le don céleste qu’ils reçoivent si souvent. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Lisons aujourd’hui cette belle Préface du Missel Mozarabe, où le Sauveur nous est montré comme le Pain de vie qui doit soutenir les fidèles dans le jeûne.

    ILLATION.

    Missale gothicum. Feria VI post Dominicam II Quadragesimae.

    Dignum et justum est, æquum vere et salutare est : nos tibi gratias agere, omnipotens Pater, et Jesu Christo Filio tuo Domino nostro ; in quo jejunantium fides alitur : spes provehitur, charitas roboratur Ipse est enim panis vivus et verus qui est et substantia aeternitatis , et esca virtutis. Verbum enim tuum est, per quod facta sunt omnia : quia non solum humanarum mentium : sed ipsorum quoque panis est Angelorum. Hujus panis alimento Moyses famulus tuus quadraginta diebus ac noctibus legem suscipiens jejunavit: et a carnalibus cibis, ut tua ; suavitatis capacior esset, abstinuit : de Verbo tuo vivens et valens, cujus et dulcedinem bibebat in spiritu, et lucem accipiebat in vultu. Inde nec famem sensit. et terrenarum est oblitus escarum : quia illum et gloriae tuae glorificabat aspectus : et influente Spiritu Sancto sermo pascebat interius. Hunc panem etiam nobis ministrare non desinis : sed ut eum indeficienter esuriamus hortaris. Cujus carne dum pascimur, roboramur : et sanguinem dum potamus, abluimur.

 

    Il est digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces, à vous, Père tout puissant, et à Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur , en qui, dans le cours de ce jeûne, la foi trouve sa nourriture, l’espérance son avancement, la charité sa force. Il est en effet le Pain vivant et véritable, l’assurance de l’éternité, l’aliment des vertus. Il est votre Verbe, par qui tout a été fait ; il est le pain, non seulement de nos âmes, mais des Anges eux-mêmes. C’est soutenu par ce Pain que Moïse votre serviteur, lorsqu’il reçut la Loi, jeûna quarante jours et quarante nuits, et qu’il s’abstint de la nourriture matérielle, pour pouvoir goûter votre douceur. Vivant de votre Verbe, et fortifié par lui, son esprit en goûtait la suavité, et son visage en empruntait la lumière. Il n’éprouva pas la faim, il oublia la nourriture terrestre ; car l’aspect de votre gloire le glorifiait lui-même, et par l’influence de l’Esprit-Saint, votre parole le repaissait intérieurement. Ce Pain, vous ne cessez de nous le servir ; mais vous nous exhortez à entretenir pour lui en nous une faim continuelle. Cette chair, quand nous la mangeons, est notre force ; ce sang, quand nous le buvons, lave nos souillures.

 

LE VENDREDI DES QUATRE-TEMPS DE CARÊME.

    La Station est dans la Basilique des Douze-Apôtres, l’une des plus augustes de Rome, enrichie des corps des deux Apôtres saint Philippe et saint Jacques le Mineur

    COLLECTE.

    Esto, Domine, propitius plebi tuas : et quam tibi facis esse devotam, benigno refove miseratus auxilio. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Soyez, Seigneur, propice à votre peuple ; vous lui inspirez la piété envers vous ; que votre miséricorde le soutienne maintenant de son bienfaisant secours. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Ézechielis prophetae, Cap. XVIII.

    Haec dicit Dominus Deus : Anima quae peccaverit, ipsa morietur : filius non portabit iniquitatem patris, et pater non portabit iniquitatem filii : justitia justi super eum erit, et impietas impii erit super eum. Si autem impius egerit paenitentiam ab omnibus peccatis suis, quae operatus est, et custodierit omnia praecepta mea, et fecerit judicium et justitiam : vita vivet, et non morietur. Omnium iniquitatum ejus, quas operatus est, non recordabor : in justitia sua, quam operatus est, vivet. Numquid voluntatis meae est mors impii, dicit Dominus Deus, et non ut convertatur a viis suis, et vivat ? Si autem averterit se justus a justitia sua, et fecerit iniquitatem secundum omnes abominationes quas operari solet impius , numquid vivet ? Omnes justitia ; ejus, quas fecerat, non recordabuntur : in praevaricatione qua praevaricatus est, et in peccato suo quod peccavit, in ipsis morietur. Et dixistis : Non est æqua via Domini. Audite ergo, domus Israël : Numquid via mea non est æqua, et non magis viae vestrae pravae sunt ? Cum enim averterit se justus a justitia sua, et fecerit iniquitatem, morietur in eis : in injustitia, quam operatus est, morietur. Et cum averterit se impius ab impietate sua, quam operatus est, et fecerit judicium et justitiam : ipse animam suam vivificabit. Considerans enim, et avertens se ab omnibus iniquitatibus suis, quas operatus est, vita vivet, et non morietur, ait Dominus omnipotens.

 

    Lecture du prophète Ézéchiel. Chap. XVIII.

    Voici ce que dit le Seigneur Dieu : L’âme qui aura péché mourra elle-même ; mais le fils ne portera point l’iniquité du père, et le père ne portera point l’iniquité du fils. La justice du juste sera sur lui, et l’impiété de l’impie sera sur lui. Mais si l’impie fait pénitence de tous les péchés qu’il avait commis, s’il garde tous mes préceptes, et s’il agit selon l’équité et la justice, il vivra certainement, et il ne mourra pas. Je ne me souviendrai plus de toutes les iniquités qu’il avait commises, il vivra par les œuvres de justice qu’il aura faites. Est-ce que je veux la mort de l’impie, dit le Seigneur Dieu ; et ne veux-je pas plutôt qu’il se retire de sa mauvaise voie et qu’il vive ? Mais si le juste se détourne de sa justice, et s’il fait l’iniquité et toutes les abominations que l’impie commet d’ordinaire, vivra-t-il ? Toutes les œuvres de justice qu’il avait faites, on ne s’en souviendra plus. Il mourra dans la prévarication où il est tombé, et dans le péché qu’il a commis. Et cependant vous avez dit : La voie du Seigneur n’est pas juste. Écoutez donc, ô maison d’Israël : Est-ce ma voie qui n’est pas juste ; et ne sont-ce pas plutôt vos voies qui sont perverses ? Car lorsque le juste se sera détourné de sa justice, qu’il aura commis l’iniquité, et qu’il sera mort en cet état, il mourra dans l’œuvre injuste qu’il aura commise ; et lorsque l’impie se sera détourné de son impiété qu’il avait commise, et qu’il aura agi selon l’équité et la justice, il rendra ainsi la vie à son âme. Comme il a considéré son état, et qu’il s’est détourné de toutes ses iniquités qu’il avait commises, il vivra de vie et ne mourra pas, dit le Seigneur tout-puissant.

    Portons nos regards sur les pénitents publics que l’Église se prépare à rétablir bientôt dans la participation des Mystères. Mais auparavant ils ont besoin d’être réconciliés avec Dieu qu’ils ont offensé. Leur âme est morte par le péché ; pourra-t-elle donc revivre ? Oui, le Seigneur nous l’atteste ; et la lecture du Prophète Ézéchiel, que l’Église commençait hier pour les Catéchumènes, elle la continue aujourd’hui en faveur des pénitents publics. « Que l’impie, dit le Seigneur, fasse pénitence de tous les péchés qu’il a commis ; qu’il garde désormais mes préceptes : il vivra certainement, et il ne mourra pas. » Cependant ses iniquités sont là, qui s’élèvent contre lui ; leur voix est montée jusqu’au ciel et provoque une vengeance éternelle. Assurément, il en est ainsi ; mais voici que le Seigneur qui sait tout, qui n’oublie rien, nous déclare qu’il ne se souviendra plus de l’iniquité rachetée par la pénitence. Telle est la tendresse de son cœur paternel, qu’il veut bien oublier l’outrage qu’il a reçu d’un fils, si ce fils revient sincèrement à son devoir. Ainsi nos pénitents seront réconciliés, et au jour de la Résurrection du Sauveur, ils se mêleront aux justes, parce que Dieu ne gardera plus souvenir de leurs iniquités ; ils seront devenus justes eux-mêmes. En remontant par la pensée le cours des âges, nous nous retrouvons ainsi en face de ce grand spectacle de la pénitence publique, dont la Liturgie, qui ne change pas, a seule conservé les traces aujourd’hui. De nos jours, les pécheurs ne sont plus mis à part ; la porte de l’église ne leur est plus fermée ; ils se tiennent souvent tout près des saints autels, mêlés aux justes ; et quand le pardon descend sur eux, l’assemblée des fidèles n’en est point avertie par des rites spéciaux et solennels. Admirons la miséricorde divine, et profitons de l’indulgence de notre mère la sainte Église. A toute heure et sans éclat, la brebis égarée peut rentrer au bercail : qu’elle use donc de la condescendance dont elle est l’objet, et qu’elle ne quitte plus désormais le Pasteur qui a daigné l’accueillir encore. Quant au juste, qu’il ne s’élève pas par une vaine complaisance, en se comparant à la pauvre brebis égarée ; qu’il médite ces paroles : « Si le juste se détourne de la justice, s’il commet l’iniquité, toutes les œuvres de justice qu’il avait faites, on ne s’en souviendra plus ». Craignons donc pour nous-mêmes, et ayons pitié des pécheurs. La prière des fidèles pour les pécheurs, durant le Carême, est un des grands moyens sur lesquels compte l’Église pour obtenir leur réconciliation.

    

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. V.

    In illo tempore : Erat dies festus Judaeorum, et ascendit Jésus Jerosolymam. Est autem Jerosolymis Probatica piscina, quae cognominatur hebraïce Bethsaida, quinque porticus habens. In his jacebat multitudo magna languentium, caecorum, claudorum, aridorum, exspectantium aquæ motum. Angelus autem Domini descendebat secundum tempus in piscinam : et movebatur aqua. Et qui prior descendisset in piscinam post motionem aqure, sanus fiebat a quacumque detinebatur infirmitate. Erat autem quidam homo ibi, triginta et octo annos habens in infirmitate sua. Hunc cum vidisset Jesus jacentem, et cognovisset quia jam multum tempus haberet, dicit ci : Vis sanus fieri ? Respondit ei languidus Domine, hominem non habeo, ut cum turbata fuerit aqua, mittat me in piscinam : dum venio enim ego, alius ante me descendit. Dicit ei Jesus : Surge, tolle grabatum tuum et ambula. Et statim sanus factus est homo ille : et sustulit grabatum suum, et ambulabat. Erat autem sabbatum in die illo. Dicebant ergo Judaei illi qui sanatus fuerat : Sabbatum est, non licet tibi tollere grabatum tuum. Respondit eis : Qui me sanum fecit, ille mihi dixit : Tolle grabatum tuum et ambula. Interrogaverunt ergo eum : Quis est ille homo qui dixit tibi : Tolle grabatum tuum, et ambula ? Is autem qui sanus fuerat effectus, nesciebat quis esset. Jesus enim declinavit a turba constituta in loco. Postea invenit eum Jesus in templo, et dixit illi : Ecce sanus factus es : jam noli peccare, ne deterius tibi aliquid contingat. Abiit ille homo,et nuntiavit Iudaeis quia Jesus esset, qui fecit eum sanum.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. V.

    En ce temps-là, le jour de la fête des Juifs étant venu, Jésus monta à Jérusalem. Or il y a à Jérusalem la piscine Probatique, appelée en hébreu Bethsaïda. Elle a cinq portiques, sous lesquels gisait une grande multitude de malades, d’aveugles, de boiteux, de gens dont les membres étaient desséchés, attendant le mouvement des eaux. Car l’Ange du Seigneur descendait, en un certain temps, dans la piscine, et l’eau s’agitait. Et celui qui le premier descendait dans la piscine, après le mouvement de l’eau, était guéri de son infirmité, quelle qu’elle tut. Or il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus l’ayant vu étendu par terre, et sachant qu’il était malade depuis fort longtemps, lui dit : Veux-tu être guéri ? Le malade lui répondit : Seigneur, je n’ai point d’homme pour me jeter dans la piscine, lorsque l’eau est agitée, et pendant le temps que je mets à m’y rendre, un autre descend avant moi. Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton grabat et marche. Et cet homme fut guéri à l’instant, et prenant son grabat il marchait. Et ce jour-là était un jour de Sabbat. Les Juifs donc disaient à celui qui avait été guéri : C’est aujourd’hui le Sabbat : il ne t’est pas permis d’emporter ton grabat. Il leur répondit : Celui qui m’a guéri m’a dit : Prends ton grabat, et marche. Ils lui demandèrent : Quel est cet homme qui t’a dit : Prends ton grabat, et marche ? Mais celui qui avait été guéri ne savait pas lui-même qui il était ; car Jésus s’était retiré delà foule qui était en ce lieu. Jésus ensuite le trouva dans le temple et lui dit : Te voilà guéri, ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire. Cet homme s’en alla et annonça aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri.

    

    Revenons encore sur nos pénitents de l’antiquité ; le passage sera facile à ceux d’aujourd’hui et à nous-mêmes. Nous venons devoir par le Prophète la disposition du Seigneur à pardonner au pécheur repentant. Mais comment ce pardon sera-t-il appliqué ? par qui la sentence d’absolution sera-t-elle prononcée ? notre Évangile nous l’apprend. Ce malheureux paralytique de trente-huit ans figure le pécheur invétéré ; cependant il est guéri, et le voici qui marche. Que s’est-il donc passé ? Écoutons-le d’abord : « Seigneur, dit-il, je n’ai point d’homme pour me « jeter dans la piscine ». L’eau de cette piscine l’eût sauvé ; mais il lui fallait un homme pour l’y plonger. Le Fils de Dieu sera cet homme ; c’est parce qu’il s’est fait homme que nous sommes guéris. Comme homme, il a reçu le pouvoir de remettre les péchés, et avant de monter aux cieux, il dit à d’autres hommes : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ». Nos pénitents seront donc réconciliés avec Dieu, en vertu de ce pouvoir surnaturel ; et le paralytique levant avec facilite son grabat, et l’emportant sur ses épaules, comme un trophée de sa guérison, est la figure du pécheur auquel l’Église de Jésus-Christ, en vertu du divin pouvoir des clefs, a remis ses iniquités.

    Au IIIe siècle du christianisme, un hérétique, Novatien, osa enseigner que l’Église n’avait pas le pouvoir de remettre les péchés commis depuis le baptême. Cette erreur désespérante fut proscrite par les conciles et les saints docteurs ; et, pour exprimer aux veux des fidèles l’auguste puissance que le Fils de l’homme a reçue pour purifier toute âme pénitente, on peignit, dans les lieux où les chrétiens s’assemblaient, le paralytique de notre Évangile marchant libre et dégage, son grabat sur les épaules. Cette consolante image se rencontre fréquemment sur les fresques des Catacombes de Rome, contemporaines de l’âge des Martyrs. Nous apprenons sur ces monuments l’intention de cette lecture de l’Évangile que l’Église, depuis tant de siècles, a fixée à ce jour.

    L’eau de la piscine Probatique était aussi un symbole ; mais il était destiné à l’instruction des Catéchumènes. C’est par l’eau qu’ils devaient être guéris, et par une eau divinement fécondée d’en haut. Ce miracle, dont Dieu favorisait encore la Synagogue, ne servait chez les Juifs qu’à la guérison du corps, et seulement pour un seul homme, à rares intervalles ; mais depuis que l’Ange du grand Conseil est descendu des cieux et qu’il a sanctifie l’eau du Jourdain, la piscine est partout ; à chaque heure son eau rend la santé aux âmes, depuis l’enfant naissant jusqu’au vieillard. L’homme est le ministre de cette grâce ; mais c’est le Fils de Dieu devenu Fils de l’homme qui opère. Disons aussi un mot des malades que l’Évangile nous représente comme rassemblés dans l’attente de la guérison. C’est l’image de la société chrétienne, en ces jours. Il y a des languissants, hommes tièdes qui ne rompent jamais franchement avec le mal ; des aveugles, chez lesquels l’œil de l’âme est éteint ; des boiteux, dont la marche dans la voie du salut est chancelante ; des malheureux dont les membres sont desséchés, impuissants à toute espèce de bien ; ils espèrent dans le moment favorable. Jésus va venir à eux ; il va leur demander, comme au paralytique : Voulez-vous être guéris ? Question remplie d’une charité divine ! Qu’ils y répondent avec amour et confiance, et ils seront guéris.

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Exaudi nos, misericors Deus, et mentibus nostris gratiae tuae lumen ostende. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Exaucez-nous, ô Dieu de miséricorde ! et faites voir à nos âmes la lumière de votre grâce. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Rendons hommage au céleste médecin de nos âmes, en lui exprimant nos vœux par ces strophes de l’Église grecque, dans son Triodion :

    ( Feria VI Hebdomadae Iae Jejuniorum.)

    Qui passionibus tuis tradidisti omnibus vacuitatem a passionibus, effice, Domine, ut divina cruce carnis meae affectionibus exstinctis, sanctam pariter Resurrectionem tuam conspiciam.

    Puritatis fons, conserva nos, misericors, jejunii ope, respice ad nos ante te procidentes, attende elevationi manuum nostrarum, qui manus tuas in ligno pro mortalibus omnibus crucifixus expandisti, Angelorum unus Dominus.

    Inimici fraudibus obtenebratum me illumina, Christe meus, qui cruci suspensus solem quondam obscurasti, et vero remissionis lumine fideles palam irradiasti, quo in mandatorum tuorum luce ambulans, purus ad salutifera ; resurrectionis tuae splendorem perveniam.

    Salvator, vitis instar e ligno pendens, incorruptionis mero fines terra ; irrigasti, o Christe ! Unde exclamo : Mihi temulentia peccatorum miserum in modum semper obcaecato dulcem verse compunctionis succum largitus, praebe nunc vires ut jejunare a voluptatibus valeam, utpote bonus, atque misericors.

    O crucis tunc potentiam ! hoc abstinentiae germen in Ecclesia efflorescere fecit, prisca in Eden Adami intemperantia radicitus evulsa ; ex hac siquidem mors in homines derivavit, ex illa vero incorruptus immortalitatis latex mundo effluit, veluti ex alio paradisi fonte, vivifico sanguine tuo, atque aqua simul effusis, unde universa vitam receperunt ; indeque dulces nobis effice jejunii delicias, Deus Israël, qui magnam habes misericordiam.

 

    Toi qui par tes souffrances as délivré l’homme des mauvaises passions, fais, Seigneur, que ta divine croix éloigne les penchants de ma chair, et que je contemple ta sainte Résurrection.

    Source de pureté. Seigneur miséricordieux, conserve-nous par le mérite de ce jeûne ; vois-nous prosternés à tes pieds, vois nos mains élevées vers toi qui as étendu les tiennes sur le bois pour tous les mortels, unique Seigneur des Anges.

    Les illusions de l’ennemi m’ont jeté dans les ténèbres ; éclaire-moi, ô mon Christ ! toi qui, suspendu à la croix, as obscurci la lumière du soleil et fait luire sur tes fidèles la lumière du pardon. Que je marche à la lueur de tes préceptes, et que j’arrive purifié aux splendeurs salutaires de ta Résurrection.

    O Sauveur ! ô Christ ! semblable à une vigne attachée au bois, tu as arrosé toute la terre du vin de l’immortalité. Je m’écrie : Déjà tu m’as versé, à moi aveuglé par mes péchés, le suc de la douce componction ; maintenant donne-moi la force de jeûner des plaisirs coupables, toi qui es bon et miséricordieux.

    O puissance de ta croix ! c’est elle qui a fait fleurir dans l’Église le germe de l’abstinence, en arrachant l’ancienne intempérance qui, dans Eden, fit tomber Adam ; celle-ci a été une source de mort pour les hommes ; celle-là est pour le monde un fleuve d’immortalité toujours pur, qui coule comme d’un autre paradis dans ton sang vivifiant uni avec l’eau ; c’est de là que tout a repris la vie ; par ce fleuve , fais-nous goûter des délices dans le jeûne, ô Dieu d’Israël ! toi dont la miséricorde est si grande.

 

LE SAMEDI DES QUATRE-TEMPS DE CARÊME.

    La Station est dans la Basilique de Saint-Pierre au Vatican, où le peuple se réunissait sur le soir pour assister à l’Ordination des Prêtres et des ministres sacrés. Ce jour était appelé le Samedi aux douze Leçons, parce qu’on lisait d’abord douze passages des saintes Écritures, comme au Samedi saint. La Messe à laquelle se conférait l’Ordination avait lieu dans la nuit, déjà sur le Dimanche. Dans la suite, on a anticipé au Samedi cette Messe de l’Ordination ; mais, en mémoire de l’antique usage, on n’a pas assigné d’autre Évangile pour le Dimanche que celui qui se lit maintenant au Samedi : ce qui amène la répétition de cet Évangile deux jours de suite. Nous avons observé la même particularité au Samedi des Quatre-Temps de l’Avent, parce que la Messe de l’Ordination y a été pareillement avancée d’un jour.

    COLLECTE.

    Populum tuum, quaesumus Domine, propitius respice : atque ab eo flagella tuae iracundiae clementer averte. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Regardez, Seigneur, votre peuple d’un œil favorable, et, dans votre clémence, détournez de lui les fléaux de votre colère. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Deuteronomii. Cap. XXVI.

    In diebus illis : Locutus est Moyses ad populum, dicens : Quando compleveris decimam cunctarum frugum tuarum, loqueris in conspectu Domini Dei tui : Abstuli quod sanctificatum est de domo mea, et dedi illud Levita ; et advenae, et pupillo ac viduae, sicut jussisti mihi : non præterivi mandata tua, nec sum oblitus imperii tui. Obedivi voci Domini Dei mei, et feci omnia sicut praecepisti mihi. Respice de sanctuario tuo, et de excelso cœlorum habitaculo, et benedic populo tuo Israël, et terrae quam dedisti nobis, sicut jurasti patribus nostris, terrae lacte et melle mananti. Hodie Dominus Deus tuus praecepit tibi ut facias mandata haec atque judicia ; et custodias et impleas ex toto corde tuo, et ex tota anima tua. Dominum elegisti hodie, ut sit tibi Deus, et ambules in viis ejus, et custodias caeremonias illius, et mandata atque judicia, et obedias ejus imperio. Et Dominus elegit te hodie, ut sis ei populus peculiaris, sicut locutus est tibi, et custodias omnia praecepta illius : et faciat te excelsiorem cunctis gentibus quas creavit, in laudem, et nomen, et gloriam suam : ut sis populus sanctus Domini Dei tui, sicut locutus est.

 

    Lecture du livre du Deutéronome. Chap. XXVI.

    En ces jours-là, Moïse parla au peuple et lui dit : Quand tu auras donné la dîme de tous tes fruits, tu diras ceci devant le Seigneur ton Dieu : J’ai ôté de ma maison ce qui vous était consacré, et je l’ai donné au Lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve, comme vous me l’avez ordonné. Je n’ai point négligé vos préceptes, ni oublié votre commandement. J’ai obéi à la voix du Seigneur mon Dieu, et j’ai tout fait comme vous me l’aviez prescrit. Regardez donc, Seigneur, de votre sanctuaire, et du haut des cieux où vous habitez, et bénissez votre peuple d’Israël, et la terre que vous nous avez donnée, selon que vous l’aviez juré à nos pères, cette terre où coulent en ruisseaux le lait et le miel. Le Seigneur ton Dieu t’a commandé aujourd’hui d’observer ces ordonnances et ces préceptes, de les garder et accomplir de tout ton cœur et de toute ton âme. Tu as aujourd’hui choisi le Seigneur, afin qu’il soit ton Dieu, afin que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses cérémonies, ses préceptes et ses ordonnances, et que tu obéisses à son commandement ; et le Seigneur t’a choisi aujourd’hui, afin que tu sois son peuple particulier, selon qu’il te l’a déclaré, et que tu gardes tous ses préceptes, et qu’il fasse de toi la plus illustre des nations qu’il a créées, pour sa louange, pour son nom et pour sa gloire, afin que tu sois le peuple saint du Seigneur ton Dieu, selon qu’il te l’a dit.

 

    Le Seigneur nous apprend, dans ce passage de Moïse, qu’une nation fidèle à garder toutes les prescriptions du service divin sera bénie entre toutes les autres. L’histoire est là pour attester la vérité de cet oracle. De toutes les nations qui ont péri, il n’en est pas une seule qui ne l’ait mérite par son oubli de la loi de Dieu ; et il en doit être ainsi. Quelquefois le Seigneur attend avant de frapper ; mais c’est afin que le châtiment soit plus solennel et plus exemplaire. Veut-on se rendre compte de la solidité des destinées d’un peuple ? Que l’on étudie son degré de fidélité aux lois de l’Église. Si son droit public a pour base les principes et les institutions du christianisme, cette nation peut avoir quelques germes de maladie ; mais son tempérament est robuste ; les révolutions l’agiteront sans la dissoudre. Si la masse des citoyens est fidèle à l’observation des préceptes extérieurs ; si elle garde, par exemple, le jour du Seigneur, les prescriptions du Carême, il y a là un fonds de moralité qui préservera ce peuple des dangers d’une dissolution. De tristes économistes n’y verront qu’une superstition puérile et traditionnelle, qui n’est bonne qu’à retarder le progrès ; mais que cette nation, jusqu’alors simple et fidèle, ait le malheur d’écouter ces superbes et niaises théories, un siècle ne se passera pas sans qu’elle ait à s’apercevoir qu’en s’émancipant de la loi rituelle du christianisme, elle a vu baisser chez elle le niveau de la morale publique et privée, et que ses destinées commencent à chanceler. L’homme peut dire et écrire tout ce qu’il voudra ; Dieu veut être servi et honoré par son peuple, et il entend être le maître des formes de ce service et de cette adoration. Tous les coups portés au culte extérieur, qui est le véritable lien social, retomberont de tout leur poids sur l’édifice des intérêts humains. Quand bien même la parole du Seigneur n’y serait pas engagée, il est de toute justice qu’il en soit ainsi.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XVII.

    In illo tempore : Assumpsit Jesus Petrum, et Jacobum, et Johannem fratrem ejus, et duxit illos in montem excelsum seorsum : et transfiguratus est ante eos. Et resplenduit facies ejus sicut sol, vestimenta autem ejus facta sunt alba sicut nix. Et ecce apparuerunt illis Moyses et Elias cum eo loquentes. Respondens autem Petrus dixit ad Jesum : Domine, bonum est nos hic esse : si vis, faciamus hic tria tabernacula, tibi unum, Moysi unum, et Eliae unum. Adhuc eo loquente, ecce nubes lucida obumbravit eos. Et ecce vos de nube, dicens : Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui : ipsum audite. Et audientes discipuli, ceciderunt in faciem suam, et timuerunt valde. Et accessit Jesus, et tetigit eos, dixitque eis : Surgite et nolite timere. Levantes autem oculos suos, neminem viderunt nisi solum Jesum. Et descendentibus illis de monte, praecepit eis Jesus dicens : Nemini dixeritis visionem , donec Filius hominis a mortuis resurgat.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XVII.

    En ce temps-là, Jésus prit Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les conduisit à part sur une haute montagne, et il fut transfiguré devant eux. Et sa face resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Elle leur apparurent conversant avec lui. Pierre, s’adressant à Jésus, lui dit : Seigneur, il nous est bon d’être ici : si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Élie. Comme il parlait encore, une nuée lumineuse vint les couvrir. Et voilà que de la nuée sortit une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu ; écoutez-le. Et les disciples, entendant cette voix, tombèrent sur leur face et furent saisis d’une grande frayeur. Et Jésus, s’approchant d’eux, les toucha et leur dit : Levez-vous et ne craignez point. Alors élevant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Et comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur lit ce commandement : Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

 

    Cette lecture du saint Évangile, qui nous scia proposée demain encore, est destinée à accompagner aujourd’hui l’Ordination ; les anciens liturgistes, à la suite du savant Abbé Rupert, nous en donnent l’intelligence. L’Église veut porter notre pensée sur la sublime dignité dont viennent d’être honorés les Prêtres qui ont reçu aujourd’hui l’onction sacrée. Ils sont figurés dans ces trois Apôtres que Jésus conduit avec lui sur la montagne, et qui seuls contemplent sa gloire. Les autres disciples du Sauveur sont demeurés dans la plaine ; Pierre, Jacques et Jean sont seuls montés sur le Thabor. C’est d’eux que les autres disciples, que le monde entier apprendront, quand il en sera temps, de quelle gloire Jésus a paru environné, et avec quel éclat la voix du Père céleste a tonné sur le sommet de la montagne pour déclarer la grandeur et la divinité du Fils de l’homme. « Cette voix du ciel, nous l’avons entendue, dit saint Pierre, quand nous étions avec lui sur la sainte montagne. Elle disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le 17 . » De même, ces nouveaux Prêtres qui viennent d’être consacrés sous vos yeux, pour lesquels vous avez offert vos jeûnes et vos prières, ils entreront dans la nue où réside le Seigneur. Ils sacrifieront la victime de votre salut dans le silence du Canon sacré. Dieu descendra pour vous entre leurs mains ; et, sans cesser d’être mortels et pécheurs comme vous, ils seront chaque jour en communication avec la divinité. Le pardon que vous attendez de Dieu, en ce temps de réconciliation, passera par leurs mains ; leur pouvoir surhumain ira le chercher pour vous jusque dans le ciel. C’est ainsi que Dieu a apporté le remède à notre orgueil. Le serpent nous dit aux premiers jours : « Mangez ce fruit, et vous serez comme des dieux. » Nous avons eu le malheur d’adhérer à cette perfide suggestion ; et la mort a été le seul fruit de notre prévarication. Dieu cependant voulait nous sauver ; mais pour abattre nos prétentions, c’est par des hommes qu’il nous applique ce salut. Son Fils éternel s’est fait homme, et il a laissé d’autres hommes après lui, auxquels il a dit : « Comme mon Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie 18 ». Honorons donc Dieu en ces hommes qui viennent d’être aujourd’hui l’objet d’une si sublime distinction, et comprenons que le respect du sacerdoce fait partie de la religion de Jésus-Christ.

    

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Fideles tuos, Deus , benedictio desiderata confirmet : quae eos et a tua voluntate nunquam faciat discrepare, et tuis semper indulgeat beneficiis gratulari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu, fortifiez vos fidèles par la bénédiction qu’ils implorent, afin qu’ils ne s’écartent jamais de votre volonté, et qu’ils se réjouissent toujours de vos bienfaits. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    En ce jour du Samedi, recourons à Marie, l’Avocate des pécheurs ; et, plaçant sous sa protection maternelle les faibles œuvres de notre pénitence, offrons-lui cette Prose naïve des anciens Missels de Cluny :

    SEQUENCE.

    Salvatoris Mater pia, Mundi hujus spes     Maria, Ave plena gratia.

    Porta cœli, Templum Dei, Maris portus ad quem rei Currunt cum fiducia.

    Summi Regis sponsa digna, Cunctis clemens et benigna, Operum suffragio.

    Caecis lumen, Claudis via, Nudis Martha et Maria, Mentis desiderio.

    Inter spinas flos fuisti : Sic flos flori patuisti, Pietatis gratia.

    Verbum verbo concepisti,     Regem regum peperisti, Virgo viri nescia.

    Regi nato adhaesisti, Quem lactasti et pavisti, More matris debito.

    Quae conjuncta nunc eidem, Et regina facta pridem, Operum pro merito.

    Reis ergo fac, Regina, Apud Regem ut ruina Relaxentur debita.

    Et regnare fac renatos A reatu expurgatos, Pietate solita. Amen.

 

    Tendre Mère du Sauveur, Marie, espoir de ce monde : salut, ô pleine de grâce !

    Porte du ciel, temple de Dieu, port assuré où les pécheurs se retirent avec confiance.

    Digne Épouse du souverain Roi, clémente à tous et pleine de tendresse, tu nous aides par tes efforts.

    Lumière pour l’aveugle, sentier sûr pour nos pas chancelants, Marthe et Marie pour nos besoins, ton affection est pour nous.

    Entre les épines tu fus la fleur, fleur qui s’ouvrit pour la Fleur céleste, par ton grand amour.

    Par ta parole tu conçus le Verbe, tu enfantas le Roi des rois, ô Vierge franche du joug de l’homme.

    Fidèle au Roi né de ton sein, tu l’allaitas, tu le nourris, comme font les mères.

    Dès longtemps à lui réunie, tu es devenue reine, pour prix de tes vertus.

    O Reine ! daigne auprès du Roi intercéder pour les coupables ; qu’il leur accorde le pardon ;

    Qu’il daigne dans sa bonté les rendre à la vie, les purifier de leurs souillures. les faire régner avec toi. Amen.

 

LE DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME.

    La sainte Église propose aujourd’hui à nos méditations un sujet d’une haute portée pour le temps où nous sommes. La leçon que le Sauveur donna un jour à trois de ses Apôtres, elle nous l’applique à nous-mêmes, en ce second Dimanche de la sainte Quarantaine. Efforçons-nous d’y être plus attentifs que ne le furent les trois disciples de notre Évangile, lorsque leur Maître daigna les préférer aux autres pour les honorer d’une telle faveur.

    Jésus s’apprêtait à passer de Galilée en Judée pour se rendre à Jérusalem, où il devait se trouver pour la fête de Pâques. C’était cette dernière Pâque qui devait commencer par l’immolation de l’agneau figuratif, et se terminer par le Sacrifice de l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Jésus ne devait plus être inconnu à ses disciples. Ses œuvres avaient rendu témoignage de lui, aux yeux même des étrangers ; sa parole si fortement empreinte d’autorité, sa bonté si attrayante, sa patience à souffrir la grossièreté de ces hommes qu’il avait choisis pour sa compagnie : tout avait dû contribuera les attacher à lui jusqu’à la mort. Ils avaient entendu Pierre, l’un d’entre eux, déclarer par un mouvement divin qu’il était le Christ, Fils du Dieu vivant 19  ; mais cependant l’épreuve qui se préparait allait être si redoutable pour leur faiblesse, que Jésus voulut, avant de les y soumettre, leur accorder encore un dernier secours, afin de les prémunir contre la tentation.

    Ce n’était pas seulement, hélas ! pour la synagogue que la Croix pouvait devenir un sujet de scandale 20  ; Jésus, à la dernière Cène, disait devant ses Apôtres réunis autour de lui : « Vous serez tous scandalisés, en cette nuit, à mon sujet 21 . Pour des hommes charnels comme eux, quelle épreuve de le voir traîné chargé de chaînes par la main des soldats, conduit d’un tribunal à l’autre, sans qu’il songe même à se défendre ; de voir réussir cette conspiration des Pontifes et des Pharisiens si souvent confondus par la sagesse de Jésus et par l’éclat de ses prodiges ; de voir le peuple qui tout à l’heure lui criait hosannah demander sa mort avec passion ; de le voir enfin expirer sur une croix infâme, entre deux larrons, et servir de trophée à toutes les haines de ses ennemis !

    Ne perdront-ils pas courage, à l’aspect de tant d’humiliations et de souffrances, ces nommes qui depuis trois années se sont attachés à ses pas ? Se souviendront-ils de tout ce qu’ils ont vu et entendu ? La frayeur, la lâcheté ne glaceront-elles pas leurs âmes, au jour où vont s’accomplir les prophéties qu’il leur a faites sur lui-même ? Jésus du moins veut tenter un dernier effort sur trois d’entre eux qui lui sont particulièrement chers : Pierre, qu’il a établi fondement de son Église future, et à qui il a promis les clefs du ciel ; Jacques, le fils du tonnerre, qui sera le premier martyr dans le collège apostolique, et Jean son frère, qui est appelé le disciple bien-aimé. Jésus veut les mener à l’écart, et leur montrer, durant quelques instants, l’éclat de cette gloire qu’il dérobe aux yeux des mortels jusqu’au jour de la manifestation.

    Il laisse donc les autres disciples dans la plaine, près de Nazareth, et se dirige, avec les trois préférés, vers une haute montagne appelée le Thabor, qui tient encore à la chaîne du Liban, et dont le Psalmiste nous a dit qu’elle devait tressaillir au nom du Seigneur 22 . A peine Jésus est-il arrivé sur le sommet de cette montagne que tout à coup, aux yeux étonnés des trois Apôtres, son aspect mortel disparaît ; sa face est devenue resplendissante comme le soleil ; ses vêtements si humbles ont pris l’éclat d’une neige éblouissante. Deux personnages dont la présence était inattendue sont là sous les yeux des Apôtres, et s’entrÉtiennent avec leur Maître sur les souffrances qui l’attendent à Jérusalem. C’est Moïse, le législateur, couronné de rayons ; c’est Élie, le prophète, enlevé sur un char de feu, sans avoir passé par la mort. Ces deux grandes puissances de la religion mosaïque, la Loi et la Prophétie, s’inclinent humblement devant Jésus de Nazareth. Et non seulement les yeux des trois Apôtres sont frappés de la splendeur qui entoure leur Maître et qui sort de lui ; mais leur cœur est saisi d’un sentiment de bonheur qui les arrache à la terre. Pierre ne veut plus descendre de la montagne ; avec Jésus, avec Moïse et Élie, il désire y fixer son séjour. Et afin que rien ne manque à cette scène sublime, où les grandeurs de l’humanité de Jésus sont manifestées aux Apôtres, le témoignage divin du Père céleste s’échappe du sein d’une nuée lumineuse qui vient couvrir le sommet du Thabor, et ils entendent Jehovah proclamer que Jésus est son Fils éternel.

    Ce moment de gloire pour le Fils de l’homme dura peu ; sa mission de souffrances et d’humiliations l’appelait à Jérusalem. Il retira donc en lui-même cet éclat surnaturel ; et lorsqu’il rappela à eux les Apôtres, que la voix tonnante du Père avait comme anéantis, ils ne virent plus que leur Maître. La nuée lumineuse du sein de laquelle la parole d’un Dieu avait retenti s’était évanouie ; Moïse et Élie avaient disparu. Se souviendront-ils du moins de ce qu’ils ont vu et entendu, ces hommes honorés d’une si haute faveur ? La divinité de Jésus demeurera-t-elle désormais empreinte dans leur souvenir ? Quand l’heure de l’épreuve sera venue, ne désespéreront-ils pas de sa mission divine ? ne seront-ils pas scandalisés de son abaissement volontaire ? La suite des Évangiles nous répond.

    Peu de temps après, ayant célébré avec eux sa dernière Cène, Jésus conduit ses disciples sur une autre montagne, sur celle des Oliviers, à l’orient de Jérusalem. Il laisse à l’entrée d’un jardin le plus grand nombre d’entre eux ; et ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il pénètre avec eux plus avant dans ce lieu solitaire. « Mon âme est triste jusqu’à la mort, leur dit-il ; demeurez ici, veillez un peu avec moi 23 . » Et il s’éloigne à quelque distance pour prier son Père. Nous savons quelle douleur oppressait en ce moment le cœur du Rédempteur. Quand il revient vers ses trois disciples, une agonie affreuse avait passé sur lui ; une sueur de sang avait traversé jusqu’à ses vêtements. Au milieu d’une crise si terrible, les trois Apôtres veillent-ils du moins avec ardeur, dans l’attente du moment où ils vont avoir à se dévouer pour lui ? Non ; ils se sont endormis lâchement ; car leurs veux sont appesantis 24 . Encore un moment, et tous s’enfuiront, et Pierre, le plus ferme de tous, jurera qu’il ne le connaît pas.

    Plus tard, les trois Apôtres, témoins de la résurrection de leur Maître, désavouèrent par un repentir sincère cette conduite honteuse et coupable ; et ils reconnurent la prévoyante bonté avec laquelle le Sauveur les avait voulu prémunir contre la tentation, en se faisant voir à eux dans sa gloire, si peu de temps avant les jours de sa Passion. Nous, chrétiens, n’attendons pas de l’avoir abandonné et trahi, pour reconnaître sa grandeur et sa divinité. Nous touchons à l’anniversaire de son Sacrifice ; nous aussi, nous allons le voir humilié par ses ennemis et écrasé sous la main de Dieu. Que notre foi ne défaille pas à ce spectacle ; l’oracle de David qui nous le représente semblable à un ver de terre 25 que Ton foule aux pieds, la prophétie d’Isaïe qui nous le dépeint comme un lépreux, comme le dernier des hommes, l’homme de douleurs 26 : tout va s’accomplir à la lettre. Souvenons-nous alors des splendeurs du Thabor, des hommages de Moïse et d’Élie, de la nuée lumineuse, delà voix du Père immortel des siècles. Plus Jésus va s’abaissera nos yeux, plus il nous faut le relever par nos acclamations, disant avec la milice des Anges, et avec les vingt-quatre vieillards que saint Jean, l’un des témoins du Thabor, a entendus dans le ciel : « Il est digne, l’Agneau qui a été immolé , de recevoir la puissance et la divinité, la sagesse et la force, l’honneur , la gloire et la bénédiction 27  ! »

    Le deuxième Dimanche de Carême est appelé Reminiscere, du premier mot de l’Introït de la Messe, et quelquefois aussi le Dimanche de la Transfiguration, à cause de l’Évangile que nous venons d’exposer.

    La Station, à Rome, est dans l’Église de Sainte-Marie in Domnica, sur le mont Cœlius. Une tradition nous représente cette Basilique comme l’antique Diaconie où présidait saint Laurent, et dans laquelle il distribuait les aumônes de l’Église.

 

    A LA MESSE.

    L’Église, dans l’Introït, nous excite à la confiance en la miséricorde de Dieu, qui nous délivrera de nos ennemis, si nous l’invoquons du fond de notre cœur. Nous avons deux bienfaits à obtenir de lui, dans le Carême : le pardon de nos fautes, et sa protection pour n’y pas retomber.

 

    INTROÏT.

    Reminiscere miserationum tuarum. Domine, et misericordiae tuae, quae a saeculo sunt : ne unquam dominentur nobis inimici nostri : libera nos, Deus Israël, ex omnibus angustiis nostris.

    Ps. Ad te, Domine, levavi animam meam : Deus meus, in te confido, non erubescam. Gloria. Reminiscere.

    Souvenez-vous, Seigneur, de vos miséricordes, qui sont éternelles ; ne laissez jamais dominer sur nous nos ennemis : Dieu d’Israël, délivrez-nous de tous les maux, qui nous pressent.

    Ps. Vers vous, ô mon Dieu ! j’ai élevé mon âme ; en vous j’ai mis ma confiance, je n’aurai point à en rougir. Gloire au Père. Souvenez-vous.

 

    Dans la Collecte, nous implorons pour nos besoins intérieurs et extérieurs : Dieu nous accordera les uns et les autres, si notre prière est humble et sincère ; il veillera sur nos nécessités corporelles, et défendra nos âmes contre les suggestions de l’ennemi, qui cherche à souiller jusqu’à nos pensées.

    COLLECTE.

    Deus qui conspicis omni nos virtute destitui, interius exteriusque custodi : ut ab omnibus adversitatibus muniamur in corpore, et a pravis cogitationibus mundemur in mente. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    O Dieu ! qui voyez que nous n’avons de nous-mêmes aucune force, gardez-nous au dedans et au dehors, afin que notre corps soit préservé de toute adversité, et notre âme purifiée de toute pensée mauvaise. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La seconde et la troisième Collecte, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 67.

    ÉPÎTRE

    Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Thessalonicenses. I, Cap. IV.

    Fratres, Rogamus vos et obsecramus in Domino Jesu, ut quemadmodum accepistis a nobis, quomodo oporteat vos ambulare, et placere Deo, sic et ambuletis ut abundetis magis. Scitis enim quae praecepta dederim vobis per Dominum Jesum. Haec est enim voluntas Dei sanctificatio vestra : ut abstineatis vos a fornicatione, ut sciat unusquisque vestrum vas suum possidere in sanctificatione et honore : non in passione desiderii, sicut et Gentes quae ignorant Deum : et ne quis supergrediatur, neque circumveniat in negotio fratrem suum : quoniam vindex est Dominus de his omnibus, sicut praediximus vobis, et testificati sumus. Non enim vocavit nos Deus in immunditiam. sed in sanctificationem : in Christo Jesu Domino nostro.

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Thessaloniciens. I, Chap. IV.

    Mes Frères, nous vous supplions et nous vous conjurons dans le Seigneur Jésus, qu’ayant appris de nous comment vous devez marcher et plaire à Dieu, ainsi vous marchiez de telle sorte, que vous avanciez de plus en plus. Vous savez quels préceptes je vous ai donnés de la part du Seigneur Jésus. La volonté de Dieu est que vous soyez saints, que vous vous absteniez de la fornication, que chacun de vous sache posséder le vase de son corps dans la sainteté et l’honnêteté, et non dans la fougue des désirs, comme les Gentils, qui ignorent Dieu. Que personne aussi n’opprime son frère, ni ne lui fasse tort dans aucune affaire ; car le Seigneur est le vengeur de tous ces péchés, ainsi que nous vous l’avons déclare et attesté. En effet, Dieu ne nous a pas appelés à être impurs, mais à être saints en Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    L’Apôtre insiste, en ce passage, sur la sainteté des mœurs qui doit reluire dans le chrétien ; et l’Église, qui nous propose ces paroles, avertit les fidèles de songer à profiter du temps où nous sommes pour rétablir en eux la pureté de l’image de Dieu, selon laquelle la grâce baptismale les avait produits. Le chrétien est un vase d’honneur, préparé et embelli par la main de Dieu ; qu’il se préserve donc de l’ignominie qui le dégraderait, et le rendrait digne d’être brisé et jeté sur le fumier avec les immondices. C’est la gloire du Christianisme d’avoir relevé l’homme jusqu’à faire participer le corps à la sainteté de l’âme ; mais sa doctrine céleste nous avertit en même temps que cette sainteté de l’âme s’altère et se perd par la souillure du corps. Relevons donc en nous l’homme tout entier, à l’aide des pratiques de cette sainte Quarantaine. Purifions notre âme par la confession de nos fautes, par la componction du cœur, par l’amour du Seigneur miséricordieux, et réhabilitons notre corps, en lui faisant porter le joug de l’expiation, afin que désormais il demeure le serviteur de l’âme et son docile instrument, jusqu’au jour où celle-ci, entrée en possession d’un bonheur sans fin et sans limites, versera sur lui la surabondance des délices dont elle sera inondée.

    Dans le Graduel, l’homme, à la vue des périls qui le menacent, crie vers le Seigneur qui seul peut l’en affranchir, et lui donner la victoire sur l’ennemi intérieur dont il subit trop souvent les insultes.

    Le Trait est un cantique inspiré par la confiance dans la divine miséricorde, et en même temps une demande que l’Église adresse à son Époux en faveur du peuple fidèle qu’il daignera visiter et sauver dans la grande Fête, si éloignée encore, mais vers laquelle cependant nous avançons chaque jour.

    GRADUEL

    Tribulationes cordis mei dilatatae sunt : de necessitatibus meis eripe me, Domine.

    V/. Vide humilitatem meam et laborem meum : et dimitte omnia peccata mea.

    Les tribulations de mon cœur se sont accrues ; Seigneur, délivrez-moi de mes nécessités.

    V/. Voyez mon humiliation et mon labeur, et pardonnez-moi tous mes péchés.

    TRAIT.

    Confitemini Domino, quoniam bonus : quoniam in saeculum misericordia ejus.

    V/. Quis loquetur potentias Domini, auditas faciet omnes laudes ejus ?

    V/. Beati qui custodiunt judicium, et faciunt justitiam in omni tempore.

    V/. Memento nostri, Domine, in beneplacito populi tui : visita nos in salutari tuo.

    Célébrez le Seigneur, parce qu’il est bon, parce que sa miséricorde est à jamais.

    V/. Qui racontera les effets de la puissance du Seigneur ? Qui publiera toutes ses louanges ?

    V/. Heureux ceux qui gardent l’équité et pratiquent la justice en tout temps !

    V/. Souvenez-vous de nous, Seigneur, dans votre amour pour votre peuple : visitez-nous pour nous sauver.

 

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XVII.

    In illo tempore : Assumpsit Jesus Petrum, et Jacobum, et Johannem fratrem ejus, et duxit illos in montem excelsum seorsum : et transfiguratus est ante eos. Et resplenduit facies ejus sicut sol : vestimenta autem ejus facta sunt alba sicut nix. Et ecce apparuerunt illis Moyses et Elias cum eo loquentes. Respondens autem Petrus, dixit ad Jesum : Domine, bonum est nos hic esse : si vis, faciamus hic tria tabernacula, tibi unum, Moysi unum, et Eliae unum. Adhuc eo loquente, ecce nubes lucida obumbravit eos. Et ecce vox de nube, dicens : Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui : ipsum audite. Et audientes discipuli, ceciderunt in faciem suam, et timuerunt valde. Et accessit Jesus, et tetigit eos, dixitque eis. Surgite, et nolite timere. Levantes autem oculos suos, neminem viderunt, nisi solum Jesum. Et, descendentibus illis de monte, praecepit eis Jesus, dicens : Nemini dixeritis visionem, donec Filius hominis a mortuis resurgat.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XVII.

    En ce temps-là, Jésus prit Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les conduisit à part sur une haute montagne, et il fut transfiguré devant eux. Et sa face resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Élie leur apparurent, conversant avec lui. Pierre, s’adressait à Jésus, lui dit : Seigneur, il nous est bon d’être ici : si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Élie Comme il parlait encore, une nuée lumineuse vint les couvrir. Et voilà que de la nuée sortit une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu : écoutez-le. Et les disciples entendant cette voix, tombèrent sur leur face, et furent saisis d’une grande frayeur. Et Jésus, s’approchant d’eux, les toucha et leur dit : Levez-vous, et ne craignez point. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Et comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit ce commandement : Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

 

    C’est ainsi que le Sauveur venait en aide à ses Apôtres à la veille de l’épreuve, et cherchait à imprimer profondément son image glorieuse dans leur pensée, pour le jour où l’œil de la chair n’apercevrait plus en lui que faiblesse et ignominie. O prévoyance de la grâce divine qui ne manque jamais à l’homme, et qui justifie toujours la bonté et la justice de Dieu ! Comme les Apôtres, nous avons péché ; comme eux, nous avons négligé le secours qui nous avait été envoyé du ciel, nous avons fermé volontairement les yeux à la lumière, nous avons oublié son éclat qui d’abord nous avait ravis, et nous sommes tombés. Nous n’avons donc point été tentés au delà de nos forces 28 , et nos péchés nous appartiennent bien en propre. Les trois Apôtres furent exposés à une violente tentation, au jour où leur Maître sembla avoir perdu toute sa grandeur ; mais il leur était facile de se fortifier par un souvenir glorieux et récent. Loin de là, ils se laissèrent abattre, ils ne songèrent point à renouveler leur courage dans la prière ; et les fortunés témoins du Thabor se montrèrent lâches et infidèles au Jardin des Oliviers. Il ne leur resta plus d’autre ressource que de se recommander à la clémence de leur Maître, quand il eut triomphé de ses méprisables ennemis ; et ils obtinrent leur pardon de son cœur généreux.

    Nous aussi, venons à notre tour implorer cette miséricorde sans bornes. Nous avons abusé de la grâce divine ; nous l’avons rendue stérile par notre infidélité. La source de cette grâce, fruit du sang et de la mort du Rédempteur, n’est point encore tarie pour nous, tant que nous vivons en ce monde ; préparons-nous à y puiser de nouveau. C’est elle déjà qui nous sollicite à l’amendement de notre vie. Cette grâce, elle descend sur les âmes avec abondance au temps où nous sommes ; elle est renfermée principalement dans les saints exercices du Carême. Élevons-nous sur la montagne avec Jésus ; à cette hauteur, on n’entend déjà plus les bruits de la terre. Établissons-y notre tente pour quarante jours en la compagnie de Moïse et d’Élie qui, comme nous et avant nous, sanctifièrent ce nombre par leurs jeûnes ; et, quand le Fils de l’homme sera ressuscité d’entre les morts, nous publierons les faveurs qu’il daigna nous accorder sur le Thabor.

    L’Église, dans l’Offertoire, nous avertit de méditer les commandements divins. Puissions-nous les aimer comme les aima le Roi-Prophète, dont nous répétons ici les paroles !

    OFFERTOIRE.

    Meditabor in mandatis tuis, quae dilexi valde : et levabo manus meas ad mandata tua, quae dilexi.

    Je méditerai vos préceptes, pour lesquels j’ai conçu un amour ardent, et j’étendrai mes mains vers vos commandements que je chéris.

    

    Puisons dans l’assistance au saint Sacrifice cette dévotion dont il est la source, comme l’Église le demande pour nous dans la Secrète. Cette hostie qui va s’offrir bientôt est le gage et la rançon de notre salut ; par elle nos cœurs fidèlement préparés obtiendront ce qui leur manquerait encore pour être réconcilies au Seigneur.

    SECRETE.

    Sacrificiis praesentibus, Domine quaesumus, intende placatus : ut et devotioni nostra ? proficiant, et saluti. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Daignez regarder favorablement, Seigneur, le présent Sacrifice, afin qu’il serve à l’accroissement de notre dévotion et à notre salut. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La seconde et la troisième Secrète, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 71.

    A la vue de celui qui est son Sauveur et son juge, rendu présent dans cet ineffable mystère, l’âme pénitente crie vers lui avec ardeur et avec confiance. Telle est l’intention des paroles du Psalmiste qui forment l’Antienne de la Communion.

    COMMUNION.

    Intellige clamorem meum : intende voci orationis meae, Rex meus et Deus meus : quoniam ad te orabo, Domine.

    Entendez mes cris, écoutez la voix de ma prière, ô mon Roi et mon Dieu ! car c’est à vous que j’adresse mes vœux, Seigneur.

    

    L’Église recommande spécialement à Dieu, dans la Postcommunion, ceux de ses enfants qui ont participé à la victime qu’elle vient d’offrir. Jésus les a nourris de sa propre chair ; il est juste qu’ils lui fassent honneur par le renouvellement de leur vie.

    POSTCOMMUNION.

    Supplices te rogamus. omnipotens Deus, ut quos tuis reficis Sacramentis, tibi etiam placitis moribus diqnanter deservire concedas. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Dieu tout-puissant, nous vous supplions humblement de faire que ceux que vous nourrissez de vos Sacrements vous servent dignement par une conduite qui vous soit agréable. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La seconde et la troisième Postcommunion, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 72.

 

    A VEPRES.

    Les Psaumes se trouvent aux Vêpres du Dimanche, ci-dessus, page 52.

    CAPITULE.

    Fratres, rogamus vos, et obsecramus in Domino Jesu : ut quemadmodum accepistis a nobis quomodo vos oporteat ambulare, et placere Deo : sic et ambuletis, ut abundetis magis.

    Mes Frères, nous vous supplions et nous vous conjurons dans le Seigneur Jésus, qu’ayant appris de nous comment vous devez marcher et plaire à Dieu, ainsi vous marchiez de telle sorte que vous avanciez de plus en plus.

    L’Hymne et le Verset, ci-dessus, page 55.

    ANTIENNE de Magnificat.

    Visionem quam vidistis, nemini dixeritis, donec a mortuis resurgat Filius hominis.

    La vision que vous avez vue, n’en parlez à personne, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

    ORAISON.

    Deus qui conspicis omni nos virtute destitui, interius exteriusque custodi : ut ab omnibus adversitatibus muniamur in corpore, et a praxis cogitationibus mundemur in mente. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    O Dieu ! qui voyez que nous n’avons de nous-mêmes aucune force, gardez-nous au dedans et au dehors, afin que notre corps soit préservé de toute adversité, et notre âme purifiée de toute pensée mauvaise. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous achèverons la journée en récitant cette belle prière que le Bréviaire Mozarabe nous fournit pour ce Dimanche :

    CAPITULA.

    (Breviar. Gothicum. In II Dominica Quadragesimae.)

    Christe Deus, luminis perenne principium, qui septimum diei curriculum sanctificatione potius, quam operatione voluisti esse confitentium ; quaerimus ecce faciem tuam, sed impedimur conscientiae nostrae tenebra consueta : conamur adsurgere, sed relabimur in maerorem ; non ergo abjicias te quaerentes, qui non quaerentibus apparere dignatus es. Ecce dierum nostrorum decimas sancto tuo Nomini annuis recursibus persolventes, septimum nunc ex ipsis decimis peregimus diem ; da ergo nobis adjutorium in hujus laboriosi itineris via, quo inlibata tibi nostra dedicentur obsequia : ut labores nostros amoris tui desiderio releves, et socordiam sensus nostri fervida dilectionis tuae ubertate exsuscites : ut in te vita nostra non habeat casum, sed fides inveniat praemium.

 

    O Christ ! ô Dieu, source, principe éternel de la lumière ! vous qui avez voulu que le septième jour fût consacré plutôt a la sanctification de nos âmes qu’au travail, nous cherchons aujourd’hui votre face ; mais les ténèbres habituelles de notre conscience nous retiennent ; nous nous efforçons de nous relever, mais nous retombons dans la tristesse. Ne rejetez pas cependant ceux qui vous cherchent, vous qui avez daigné apparaître à ceux qui ne vous cherchaient pas. Nous voici en devoir de vous payer la dîme de nos jours, dans cette saison de l’année, et déjà nous avons accompli la septième journée de cette dîme ; donnez-nous secours pour continuer cette route laborieuse, afin que nous puissions vous offrir un service sans tache. Soulagez nos fatigues par le sentiment de votre amour, et réveillez la lâcheté de nos sens par la ferveur de votre dilection ; afin qu’en vous notre vie soit exempte de chute, et que notre foi trouve sa récompense.

 

LE LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est dans l’Église de Saint-Clément, Pape et Martyr. De toutes les Églises de Rome elle est celle qui a le plus conservé l’antique disposition des premières basiliques chrétiennes. Sous son autel repose le corps du saint Patron, avec les restes de saint Ignace d’Antioche et du consul saint Flavius Clémens.

    COLLECTE.

    Praesta, quaesumus omnipotens Deus, ut familia tua quae se, affligendo carnem, ab alimentis abstinet, sectando justitiam, a culpa jejunet. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Daignez faire, ô Dieu tout-puissant ! que vos fidèles qui, pour mortifier leur chair, se privent dans leur nourriture, jeûnent aussi du péché, en pratiquant la justice. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Danielis prophetae. Cap. IX.

    In diebus illis : Oravit Daniel Dominum, dicens : Domine, Deus noster, qui eduxisti populum tuum de terra Aegypti in manu forti, et fecisti tibi nomen saecundum diem hanc : peccavimus, iniquitatem fecimus, Domine, in omnem justitiam tuam : avertatur, obsecro, ira tua et furor tuus activitate tua Jerusalem, et a monte sancto tuo. Propter peccata enim nostra, et iniquitates patrum nostrorum, Jérusalem et populus tuus in opprobrium sunt omnibus per circuitum nostrum. Nunc ergo exaudi, Deus noster, orationem servi tui et preces ejus : et ostende faciem tuam super Sanctuarium tuum, quod desertum est, propter temetipsum. Inclina, Deus meus, aurem tuam, et audi : aperi oculos tuos, et vide desolationem nostram, et civitatem super quam invocatum est Nomen tuum : neque enim in justificationibus nostris prosternimus preces ante faciem tuam, sed in miserationibus tuis multis. Exaudi, Domine ; placare, Domine : attende et fac : ne moreris propter temetipsum, Deus meus : quia Nomen tuum invocatum est super civitatem et super populum tuum, Domine Deus noster.

 

    Lecture du prophète Daniel. Chap. IX.

    En ces jours-là, Daniel fit cette prière au Seigneur : Seigneur notre Dieu, qui avez tiré votre peuple de la terre d’Égypte par la force de votre bras, et qui en le faisant vous êtes acquis une gloire qui dure jusqu’aujourd’hui ; nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, Seigneur, en enfreignant tous vos justes préceptes. Détournez, je vous en conjure, votre colère et votre fureur de Jérusalem, votre cité, et de votre montagne sainte. C’est à cause de nos pèches et des iniquités de nos pères, que Jérusalem et votre peuple sont en opprobre aujourd’hui à toutes les nations qui nous environnent. Maintenant donc, Seigneur notre Dieu, exaucez la prière de votre serviteur et ses supplications ; faites paraître votre face sur votre Sanctuaire abandonné : faites-le pour vous-même. Inclinez votre oreille, ô mon Dieu ! et écoutez ; ouvrez les yeux, et considérez notre désolation et cette ville qui est connue par votre Nom ; car ce n’est point par confiance en notre justice que nous humilions nos prières devant votre face, mais c’est en songeant à la multitude de vos miséricordes. Exaucez, Seigneur ; apaisez-vous. Seigneur : considérez et agissez. Pour l’amour de vous-même, ne différez pas, mon Dieu, parce que cette cité et ce peuple qui est à vous ont l’honneur de porter votre Nom, ô Seigneur notre Dieu !

 

    Cette lamentable supplication que Daniel adressait à Dieu du sein de la captivité de Babylone fut exaucée ; et après soixante-dix ans d’exil, Israël revit sa patrie, releva le Temple du Seigneur, et reprit le cours de ses destinées merveilleuses. Mais voici qu’aujourd’hui encore, et depuis dix-huit siècles, ces tristes paroles du Prophète sont à peine l’expression suffisante de la nouvelle désolation qui est venue fondre sur Israël. La fureur de Dieu est sur Jérusalem, les ruines mêmes du temple ont péri, le peuple toujours vivant est dispersé par toute la terre et donné en spectacle aux nations. Une malédiction pèse sur lui ; il est errant comme Caïn ; et Dieu veille à ce qu’il ne soit jamais anéanti. Terrible problème pour la science rationaliste ; mais pour le chrétien, châtiment toujours visible du plus grand des forfaits. Telle est l’explication de ce phénomène : « La lumière est venue au milieu des ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise 29 . » Si les ténèbres eussent accepté la lumière, aujourd’hui elles ne seraient plus ténèbres ; mais il n’en fut pas ainsi : Israël a mérité son abandon. Plusieurs de ses fils ont consenti à reconnaître le Juste, et ils sont devenus enfants de la lumière ; et c’est même par eux que la lumière s’est levée sur le monde entier. Quand le reste d’Israël ouvrira-t-il les yeux ? Quand ce peuple consentira-t-il à adresser au Seigneur la prière de Daniel ? Il la possède, il la lit souvent : et elle ne pénètre point jusqu’à son cœur fermé par l’orgueil. Nous, les derniers venus de la famille, prions pour nos aînés. Quelques-uns d’entre eux, chaque année, se séparent de la masse maudite ; ils viennent demander à Jésus de les admettre dans le nouvel Israël. Que leur arrivée soit bénie ; et daigne le Seigneur, dans sa bonté, faire que leur nombre s’accroisse de plus en plus, afin que toute créature humaine adore en tous lieux le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avec son Fils Jésus-Christ qu’il a envoyé !

 

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. VIII.

    In illo tempore : Dixit Jesus turbis Iudaeorum : Ego vado, et quaeretis me, et in peccato vestro moriemini. Quo ego vado, vos non potestis venire. Dicebant ergo Iudaei : Numquid interficiet semetipsum, quia dicit :Quo ego vado, vos non potestis venire ? Et dicebat eis :Vos de deorsum estis ; ego de supernis sum. Vos de mundo hoc estis ; ego non sum de hoc mundo. Dixi ergo vobis, quia moriemini in peccatis vestris : si enim non credideritis quia ego sum, moriemini in peccato vestro. Dicebant ergo ei : Tu quis es ? Dixit eis Jesus : Principium, qui et loquor vobis. Multa habeo de vobis loqui, et judicare. Sed qui me misit, verax est ; et ego quae audivi ah eo, haec loquor in mundo. Et non cognoverunt quia Patrem ejus dicebat Deum. Dixit ergo eis Jesus : Cum exaltaveritis Filium hominis, tuae cognoscetis quia ego sum, et a meipso fecio nihil, sed sicut docuit me Pater, haec loquor : et qui me misit, mecum est, et non reliquit me solum : quia ego, quae placita sunt ei, facio semper.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. VIII.

    En ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs : Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Où je vais, vous ne pouvez venir. Les Juifs disaient : Se tuera-t-il lui-même, qu’il dit : Où je vais, vous ne pouvez venir ? Et il leur dit : Vous êtes d’ici-bas : moi je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde ; moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai dit que vous mourriez dans votre péché ; car si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous ? Jésus leur dit : Le Principe, moi-même qui vous parle. J’ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous ; mais celui qui m’a envoyé est vrai, et moi ce que j ai entendu de lui, je le dis dans ce monde. Et ils ne comprirent point qu’il disait que son Père était Dieu. Jésus donc leur dit : Lorsque vous aurez élevé en haut le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez qui je suis, et que je ne fais rien de moi-même, et que je parle selon ce que mon Père m’a enseigné. Et celui qui m’a envoyé est avec moi, et il ne m’a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.

    

    Je m’en vais : parole terrible ! Jésus est venu pour sauver ce peuple ; il n’a rien épargné pour lui prouver son amour. Ces jours derniers, nous l’avons vu repousser durement la Chananéenne, et dire qu’il n’est venu que pour les brebis perdues de la maison d’Israël ; et ces brebis perdues méconnaissent leur pasteur. Il avertit les Juifs qu’il va se retirer bientôt, et qu’ils ne pourront le suivre où il va : cette parole ne les éclaire pas. Ses œuvres attestent qu’il est venu du ciel ; mais eux ne songent qu’à la terre. Toute leur espérance est dans un Messie terrestre et glorieux à la façon des conquérants. C’est donc en vain que Jésus passe au milieu d’eux en faisant le bien 30 , en vain que la nature est soumise à ses lois, en vain que sa sagesse et sa doctrine surpassent tout ce que les hommes ont entendu de plus sublime ; Israël est sourd, il est aveugle. Les plus farouches passions fermentent dans son cœur ; elles ne seront satisfaites que le jour où la Synagogue pourra laver ses mains dans le sang du Juste. Mais en ce jour, la mesure sera comblée, et la colère de Dieu fera un exemple qui doit retentir dans tous les siècles. On frissonne en songeant aux horreurs de ce siège de Jérusalem, de cette extermination de la ville et du peuple qui avaient demandé la mort de Jésus. Le Sauveur lui-même nous dit que depuis le commencement du monde il n’y avait jamais eu un si affreux désastre, et que la suite des siècles n’en verra pas un pareil. Dieu est patient ; il attend avec longanimité ; mais quand sa fureur si longtemps contenue vient à éclater, elle entraîne tout, et les monuments de ses vengeances sont l’effroi de toutes les générations qui viennent après. O pécheurs, qui jusqu’aujourd’hui n’avez tenu aucun compte des avertissements de l’Église, qui n’avez pas songé encore à convertir votre cœur au Seigneur votre Dieu, tremblez à cette parole : Je m’en vais. Si ce Carême passe comme les autres, sans vous avoir changés. sachez que cette menace vous regarde : Vous mourrez dans votre péché. Voulez-vous aussi demander la mort du Juste, dans quelques jours ? crierez-vous aussi : Qu’il soit crucifié ? Prenez-y garde : il a brisé un peuple entier, un peuple qu’il avait comblé de faveurs, qu’il avait protégé et sauvé mille fois ; ne vous flattez pas qu’il vous ménage. Il faut qu’il triomphe ; si ce n’est par la miséricorde, ce sera par la justice.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Adesto supplicationibus nostris, omnipotens Deus : et quibus fiduciam sperandae pietatis indulges, consuetae misericordiae tribue benignus effectum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Dieu tout-puissant, soyez attentif à nos supplications, et daignez accorder l’effet de votre miséricorde accoutumée à ceux à qui vous donnez la confiance de l’espérer de votre bonté. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous plaçons, aujourd’hui et les jours suivants, la belle Hymne de Prudence sur le Jeûne. Comme elle est d’une grande longueur, nous la partageons en fragments, réservant pour le Lundi de la semaine de la Passion ce qui a rapport à la pénitence de Ninive. Cette Hymne, en usage autrefois, pour quelques-unes de ses strophes, dans plusieurs Églises de la Liturgie Romaine, est employée tout entière au Bréviaire Mozarabe.

    HYMNE.

    O Nazarene, lux Bethlem, Verbum Patris,

    Quem partus alvi virginalis protulit,

    Adesto castis, Christe, parcimoniis,

    Festumque nostrum Rex serenus aspice,

    Jejuniorum dum litamus victimam.

    Nil hoc profecto purius mysterio,

    Quo fibra cordis expiatur vividi :

    Intemperata quo domantur viscera,

    Arvina putrem ne resudans crapulam,

    Obstrangulata ; mentis

    ingenium premat.

    Hinc subjugatur luxus et turpis gula ;

    Vini, atque somni degener socordia, Libido sordens, inverecundus lepos,

    Variaeque pestes languidorum sensuum

    Parcam subacta ; disciplinam sentiunt.

    Nam si licenter diffluens potu, et cibo,

    Jejuna rite membra non coerceas,

    Sequitur, frequenti marcida oblectamine

    Scintilla mentis ut tepescat nobilis,

    Animusque pigris stertat in praecordiis.

    Fraenentur ergo corporum cupidines,

    Detersa et intus emicet prudentia :

    Sic excitato perspicax acumine.

    Liberque flatu laxiore spiritus

    Rerum parentem rectius precabitur.

 

    O Fils de Nazareth, astre de Bethléhem,Verbe du Père, toi qu’enfanta pour nous un sein virginal ; ô Christ ! agrée nos chastes abstinences. O Roi ! nous t’offrons la victime du jeûne : d’un œil serein regarde notre fête.

    Rien de plus saint que ce rite mystérieux qui purifie la fibre vivante du cœur, qui dompte l’intempérance jusque dans son siège, de peur que la plénitude du corps n’étouffe l’ardeur de l’esprit.

    Le jeûne subjugue la liberté des sens et la gourmandise honteuse ; l’assoupissement que produisent le vin et le sommeil, la licence qui souille, la mollesse impudente, tous les vices de notre nature paresseuse y ressentent le joug d’une étroite discipline.

    Si l’homme se laisse aller sans frein au manger et au boire, s’il ne contient ses membres par le jeûne, la noble flamme de l’esprit s’attiédit bientôt ; elle s’amoindrit dans des jouissances qui la flétrissent ; l’âme s’endort dans la lâcheté du corps.

    Refrénons donc le désir de la chair ; que la prudence se ravive et brille au dedans de nous-mêmes ; la pointe de notre esprit s’aiguisera, l’âme aspirera d’un souffle plus libre, et sa prière s’adressera plus dignement à celui qui l’a créée.

 

LE MARDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est dans l’Église de Sainte-Balbine. Cette vierge romaine était fille du tribun Quirinus, qui souffrit le martyre sous le pontificat du pape saint Alexandre, au second siècle. Elle consacra à Dieu sa virginité, et vécut dans les bonnes œuvres jusqu’à son heureuse mort.

    COLLECTE.

    Perfice, quaesumus Domine, benignus in nobis observantias sanctas subsidium : ut quas, te auctore, facienda cognovimus, te operante impleamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Continuez de nous assister, Seigneur, dans l’observation de ce saint jeûne, afin que par votre secours nous accomplissions cette œuvre que nous avons appris à faire par votre exemple. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Regum. III, Cap. XVII.

    In diebus illis : Factus est sermo Domini ad Eliam Thesbiten, dicens : Surge, et vade in Sarephta Sidoniorum, et manebis ibi : praecepi enim ibi mulieri viduae ut pascat te. Surrexit et abiit in Sarephta. Cum quae venisset ad portam civitatis, apparuit ei mulier vidua colligens ligna, et vocavit eam, dixitque ei : Da mihi paululum aquas in vase, ut bibam. Cumque illa pergeret ut afferret, clamavit post tergum ejus, dicens : Affer mihi, obsecro, et buccellam panis in manu tua. Quae respondit : Vivit Dominus Deus tuus , quia non habeo panem, nisi quantum pugillus capere potest farinae in hydria, et paululum olei in lecytho : en colligo duo ligna ut ingrediar et faciam illud mihi et lilio meo, ut comedamus, et moriamur. Ad quam Elias ait : Noli timere, sed vade, et fac sicut dixisti : verumtamen mihi primum fac de ipsa farinula subcinericium panem parvulum, et affer ad me : tibi autem et filio luo facies postea. Haec autem dicit Dominus Deus Israël : Hydria farinas non deficiet, nec lecythus olei minuetur usque ad diem in qua Dominus daturus est pluviam super faciem terras . Quas abiit, et fecit juxta verbum Elias ; et comedit ipse, et illa, et domus ejus : et ex illa die hydria farinas non defecit, et lecythus olei non est imminutus, juxta verbum Domini, quod locutus fuerat in manu Eliae.

 

    Lecture du livre des Rois. III, Chap. XVII.

    En ces jours-là, la parole du Seigneur se fit entendre à Élie de Thesbé, et lui dit : Lève-toi et va à Sarepta, dans la terre de Sidon, et tu y demeureras : car j’ai commandé à une femme veuve de cette ville d’avoir soin de te nourrir. Élie se leva et alla à Sarepta. Et lorsqu’il fut arrivé à la porte de la ville, il aperçut une femme veuve qui ramassait du bois, et l’ayant appelée, il lui dit : Donne-moi un peu d’eau dans un vase, afin que je boive. Comme elle allait lui en chercher, il lui cria par derrière : Apporte-moi aussi dans ta main une bouchée de pain. Elle lui répondit : Vive le Seigneur votre Dieu ! En fait de pain, je n’ai qu’un peu de farine dans un pot, autant qu’il en peut tenir dans le creux de la main, et un peu d’huile dans un petit vase. Je suis à ramasser deux morceaux de bois, afin d’apprêter ce peu de chose à moi et à mon fils, pour manger et mourir ensuite. Élie lui dit : Ne crains pas : va et fais comme tu as dit ; mais auparavant fais pour moi de ce petit reste de farine un pain cuit sous la cendre, et apporte-le-moi ; tu en feras après cela pour toi et pour ton fils. Car voici ce que dit le Seigneur Dieu d’Israël : La farine qui est dans ce pot ne finira point, et l’huile du petit vase ne diminuera point jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie sur la terre. Elle alla, et elle fit selon la parole d’Élie. Il mangea, et elle aussi, avec toute sa maison ; et depuis ce jour, la farine du petit pot ne manqua point, ni l’huile du petit vase ne diminua, selon la parole que le Seigneur avait prononcée par Élie.

    

    L’instruction des Catéchumènes se poursuit, à l’aide des faits évangéliques qui vont se développant de jour en jour ; et l’Église continue de prendre dans l’Ancien Testament les indices prophétiques qui se réaliseront dans la malédiction des Juifs et la vocation des Gentils. Aujourd’hui, c’est Élie, ce personnage mystérieux qui nous tient fidèle compagnie pendant le Carême ; c’est lui qui vient mettre en action les jugements que Dieu portera un jour sur son peuple ingrat. Une sécheresse de trois ans a réduit aux abois le royaume d’Israël, sans qu’il ait songé à se convertir au Seigneur. Élie cherche encore quelqu’un qui veuille le nourrir. Nourrir le Prophète de Dieu, c’est une grande faveur, car Dieu est avec lui. Cet homme de miracle se dirigera-t-il vers quelque maison du royaume d’Israël ? Passera-t-il dans la terre de Juda ? Non ; il se tourne vers les régions de la gentilité ; c’est au pays de Sidon qu’il se rend, à Sarepta, chez une pauvre veuve. C’est chez cette humble femme qu’il transporte la bénédiction d’Israël. Le Sauveur lui-même a relevé cette circonstance, où paraît si visiblement la justice de Dieu contre les Juifs et sa miséricorde envers nous. « En vérité, je vous le dis, il y avait dans Israël beaucoup de veuves au temps d’Élie ; et cependant il ne fut envoyé à aucune d’elles, mais bien à la veuve de Sarepta, dans la terre de Sidon 31 . »

    Cette pauvre femme est donc le type de la gentilité appelée à la foi. Aussi, voyons quels caractères frappants nous présente cette histoire symbolique. Il s’agit d’une veuve sans appui, sans protection ; c’est la gentilité délaissée, n’ayant personne qui la défende contre l’ennemi du genre humain. Pour nourrir la mère et l’enfant, il ne reste plus qu’un peu de farine et un peu d’huile, après quoi il faudra mourir ; c’est l’image de l’affreuse disette de vérités que souffrait le monde païen, dont la vie était près de s’éteindre quand l’Évangile lui fut annoncé. Dans cette extrémité, la veuve de Sarepta reçoit le Prophète avec humanité et confiance ; elle ne doute point de sa parole, et elle est sauvée, elle et son fils. C’est ainsi que la gentilité accueillit les Apôtres, lorsque, secouant la poussière de leurs pieds, ils se virent contraints de tourner le dos à l’infidèle Jérusalem. Nous voyons la veuve tenant dans ses mains deux morceaux de bois ; ce double bois, au jugement de saint Augustin, de saint Césaire d’Arles et de saint Isidore de Séville, échos de la tradition primitive du christianisme, est la figure de la Croix. Avec ce bois, la veuve cuit le pain qui doit la nourrir, parce que c’est de la Croix que procède pour les gentils la nourriture et la vie, par Jésus qui est le Pain vivant. Tandis qu’Israël demeure dans la disette et la sécheresse, l’Église des Gentils ne voit défaillir en son sein ni la farine du froment céleste, ni l’huile, symbole de force et de douceur. Gloire soit donc à Celui qui nous a appelés du sein des ténèbres à l’admirable lumière 32 de la foi ! Mais tremblons à la vue des malheurs que l’abus des grâces a attirés surtout un peuple. Si la justice de Dieu n’a pas reculé devant la réprobation d’une nation, s’arrêtera-t-elle devant notre endurcissement volontaire ?

    

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XXIII.

    In illo tempore : Locutus est Jésus ad turbas, et ad discipulos suos, dicens : Super cathedram Moysi sederunt Scribae et Pharisaei. Omnia ergo quaecumque dixerint vobis, servate et tacite : secundum opera vero eorum nolite facere : dicunt enim et non faciunt. Alligant enim onera gravia, et importabilia, et imponunt in humeros hominum : digito autem suo nolunt ea movere. Omnia vero opera sua faciunt ut videantur ab hominibus : dilatant enim phylacteria sua, et magnificant fimbrias. Amant autem primos recubitus in cœnis, et primas cathedras in synagogis, et salutationes in foro, et vocari ab hominibus Rabbi. Vos autem nolite vocari Rabbi. Unus est enim Magister vester, omnes autem vos fratres estis. Et patrem nolite vocare vobis super terram : unus est enim Pater vester, qui in cœlis est. Nec vocemini magistri : quia Magister vester unus est, Christus. Qui major est vestrum, erit minister vester. Qui autem se exaltaverit, humiliabitur : et qui se humiliaverit, exaltabitur.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XXIII.

    En ce temps-là, Jésus, s’adressant à la foule et à ses disciples, leur dit : Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse : observez donc et faites tout ce qu’ils vous disent ; mais ne faites pas selon leurs œuvres ; car ils disent et ne font pas. Ils lient et placent sur les épaules des hommes des fardeaux pesants et insupportables, qu’ils ne veulent pas même remuer du doigt. Ils font leurs œuvres pour être vus des hommes, ils portent des phylactères plus larges et des franges plus longues. Ils aiment les premières places dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, et qu’on les salue dans les lieux publies, et que les hommes les appellent Maître. Mais vous, ne recherchez point à être appelés Maître ; car il n’y a qu’un Maître pour vous, et vous êtes tous frères. N’appelez Père qui que ce soit sur la terre ; car vous n’avez qu’un Père, qui est dans les cieux. Qu’on ne vous appelle pas non plus Maîtres ; car vous n’avez qu’un Maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur ; mais quiconque s’élèvera sera abaissé ; et quiconque s’abaissera sera élevé.

 

    Les docteurs de la Loi sont encore assis sur la chaire de Moïse ; Jésus veut qu’on écoute leur enseignement. Mais cette chaire, qui est une chaire de vérité, malgré l’indignité de ceux qui y sont assis, ne restera plus longtemps au sein d’Israël. Caïphe prophétisera encore, parce qu’il est pontife en cette année ; mais sa chaire, qu’il a souillée par d’indignes passions, va bientôt être enlevée et transférée au milieu de la gentilité. Jérusalem, qui aura renié le divin libérateur, va perdre ses honneurs ; et bientôt Rome, le centre de la puissance païenne, verra s’élever dans ses murs cette même chaire qui était la gloire d’Israël, du haut de laquelle se proclamaient les prophéties si visiblement accomplies en Jésus. Cette chaire ne sera plus ébranlée désormais, quelle que soit la fureur des portes de l’enfer ; elle sera toujours l’espoir fidèle des nations qui recevront d’elle l’indéfectible témoignage de la vérité. C’est ainsi que le flambeau de la foi qui luisait dans Jacob a été déplacé, mais ne s’est pas éteint. Jouissons de sa lumière, et méritons par notre humilité que ses rayons viennent toujours jusqu’à nous.

    Quelle a été la cause de la perte d’Israël ? Son orgueil. Il s’est complu dans les dons que Dieu avait accumulés sur lui ; il n’a pas voulu reconnaître un Messie dépourvu de toute gloire humaine ; il s’est révolté d’entendre dire à Jésus que les Gentils participeraient au salut, et il a voulu, par le plus grand des forfaits, étouffer cette voix qui lui reprochait la dureté de son cœur. Ces hommes superbes, à la veille du jour de la vengeance divine, que tout leur annonce être prochain, n’ont rien perdu de leur arrogance. C’est toujours le même faste, le même mépris impitoyable pour les pécheurs. Le Fils de Dieu s’est fait le fils de l’homme ; il est notre maître, et c’est lui qui nous sert ; apprenons à cet exemple le prix de l’humilité. Si on nous nomme Maître, si on nous appelle Père, n’oublions pas que nul n’est maître, que nul n’est père que par le Seigneur notre Dieu. Le maître digne de ce nom est celui par la bouche duquel Jésus-Christ enseigne ; et celui-là seul est vraiment père qui reconnaît que son autorité paternelle ne vient que de Dieu ; car, comme le dit l’Apôtre, « c’est du Père de notre Seigneur Jésus-Christ que découle toute paternité au ciel et sur la terre 33 ».

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Propitiare, Domine, supplicationibus nostris, et animarum nostrarum medere languoribus : ut remissione percepta, in tua semper benedictione laetemur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Soyez propice à nos supplications, Seigneur, et guérissez les langueurs de nos âmes ; afin que, ayant reçu le pardon de nos péchés, nous ressentions toujours la joie de votre bénédiction. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Nous continuons aujourd’hui l’Hymne du prince des poètes chrétiens, que nous avons commencé de lire hier.

 

    HYMNE.

    Helia tali crevit observantia,

    Vetus sacerdos ruris hospes aridi :

    Fragore ab omni quem remotum, et segregem

    Sprevisse tradunt criminum frequentiam,

    Casto fruentem syrtium silentio.

    Sed mox in auras igneis jugalibus,

    Curruque raptus evolavit praepeti,

    Ne de propinquo sordium contagio

    Dirus quietum mundus afflaret virum,

    Olim probatis inclytum jejuniis.

    Non ante coeli Principem septemplicis

    Moses tremendi fidus interpres throni

    Potuit videre, quam decem recursibus

    Quater volutis sol peragrans sidera,

    Omni carentem cerneret substantia.

    Victus precanti solus in lacrymis fuit :

    Nam flendo pernox irrigatum pulverem

    Humi madentis ore pressit cernuo :

    Donec loquentis voce praestrictus Dei

    Expavit ignem non ferendum visibus.

    Johannes hujus artis haud minus potens,

    Dei perennis praecucurrit Filium,

    Curvos viarum qui retorsit tramites,

    Et flexuosa corrigens dispendia,

    Dedit sequendam calle recto lineam.

    Hanc obsequelam praeparabat nuntius,

    Mox affuturo construens iter Deo,

    Clivosa planis, confragosa ut lenibus

    Converterentur, neve quidquam devium Illapsa terris inveniret Veritas.

    Non usitatis ortus hic natalibus,

    Oblita lactis jam vieto in pectore

    Matris tetendit serus infans ubera :

    Nec ante partu de senili effusus est,

    Quam praedicaret Virginem plenam Deo.

    Post in patentes ille solitudines,

    Amictus hirtis bestiarum pellibus,

    Setisve tectus, hispida et lanugine,

    Secessit, horrens inquinari ac pollui

    Contaminatis oppidorum moribus.

    Illic dicata parcus abstinentia,

    Potum, cibumque vir severae industriae

    In usque serum respuebat vesperum,

    Parvum locustis, et favorum agrestium

    Liquore pastum corpori suetus dare.

    Hortator ille primus et doctor novae

    Fuit salutis : nam sacrato in flumine

    Veterum piatas lavit errorum notas :

    Sed tincta postquam membra defaecaverat,

    Cœlo refulgens influebat Spiritus.

 

    L’observance du jeûne ajouta encore à la grandeur d’Élie, ce vieux prêtre, hôte d’un désert aride. Ce prophète, fuyant le bruit des cités et la vue de tant de crimes, goûtait le tranquille silence de la solitude.

    Mais bientôt il s’envola dans les airs, entraîné par des chevaux de feu sur un char rapide, de peur que le monde, trop voisin encore, n’exhalât la contagion de ses vices sur cet homme paisible qu’illustrait la rigueur des jeûnes qu’il avait accomplis.

    Moïse, fidèle interprète du trône redoutable, ne put contempler le Roi du ciel aux sept régions, avant que le soleil, dans sa course à travers le firmament, ne l’eût revu quarante fois privé de toute nourriture.

    Il priait, et son seul aliment étaient ses larmes. Il veillait, et son front pressait la terre arrosée de ses pleurs, jusqu’à ce que, averti par la voix de Dieu, son regard tremblant se dirigea vers ce feu dont il ne pouvait supporter l’éclat.

    Jean, qui fut le précurseur du Fils du Dieu éternel, ne fut pas moins puissant dans le jeûne, lui qui abaissa les sentiers raboteux et redressa les voies tortueuses , enseignant aux hommes la voie droite qu’ils avaient à suivre.

    Il préparait à son tour les mortels à l’observance du jeûne, ce messager chargé d’ouvrir un chemin au Dieu qui allait venir, enseignant que les montagnes devaient s’aplanir, les voies rocailleuses s’adoucir, afin que la Vérité, descendant sur la terre, ne rencontrât plus aucun sentier négligé.

    Sa naissance eut lieu contre les lois ordinaires de la nature : enfant tardivement mis au jour, il suça les mamelles d’une mère au sein de laquelle le lait était tari ; mais sa vieille mère ne l’avait pas encore mis au jour que déjà l’enfant avait annoncé la Vierge qui portait Dieu.

    Bientôt il se retira dans un vaste désert ; il se couvrit de peaux de bête au poil dur et hérissé, à la laine grossière, fuyant avec horreur la souillure que produisent les mœurs impures des cités.

    Là, se livrant à la règle de l’abstinence, cet homme aux mœurs sévères renvoyait au soir la nourriture et le breuvage, ne donnant à son corps pour aliment que des sauterelles et quelques gouttes de miel sauvage.

    Le premier, il prêcha ; le premier, il enseigna le salut nouveau ; ce fut lui qui clans le fleuve sacre purifia les taches qui longtemps avaient souillé les consciences ; mais s’il lavait ainsi les membres des pécheurs, l’Esprit devait bientôt du haut du ciel répandre ses influences dans leurs cœurs.

 

LE MERCREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est dans la basilique de Sainte-Cécile. Ce temple auguste, l’un des plus vénérables de Rome, fut autrefois la maison de l’illustre Vierge et Martyre dont il porte le nom. Le corps de sainte Cécile y repose sous l’autel majeur, avec ceux des saints Valérien, Tiburce et Maxime, et des pontifes martyrs Urbain et Lucius.

    COLLECTE.

    Populum tuum, quæsumus Domine, propitius respice : et quos ab escis carnalibus præcipis abstinere, a noxiis quoque vitiis cessare concede Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Daignez, Seigneur, regarder favorablement votre peuple, et faites que ceux auxquels vous ordonnez l’abstinence des viandes, s’abstiennent aussi des vices qui nuisent à leurs âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Esther. Cap. XIII.

    In diebus illis : Oravit Mardochæus ad Dominum, dicens : Domine, Domine, Rex omnipotens, in ditione enim tua cuncta sunt posita, et non est qui possit tua ; resistere voluntati, si decreveris salvare Israël. Tu fecisti caelum et terram, et quidquid caeli ambitu continetur. Dominus omnium es, nec est qui resistat majestati tuæ. Et nunc, Domine Rex, Deus Abraham, miserere populi tui, quia volunt nos inimici nostri perdere, et haereditatem tuam delere. Ne despicias partem tuam, quam redemisti tibi de Aegypto. Exaudi deprecationem meam, et propitius esto sorti et funiculo tuo, et converte luctum nostrum in gaudium, ut viventes laudemus Nomen tuum, Domine, et ne claudas ora te canentium, Domine Deus noster.

 

    Lecture du livre d’Esther. Chap. XIII.

    En ces jours-là, Mardochée fit sa prière au Seigneur et lui dit : Seigneur, Seigneur, Roi tout-puissant, tout est soumis à votre empire, et nul ne peut résister à votre volonté, si vous avez résolu de sauver Israël. Vous avez fait le ciel et la terre, et tout ce qui est sous le ciel ; vous êtes le Seigneur de toutes choses, et rien ne résiste à votre Majesté. Maintenant donc, Seigneur Roi, Dieu d’Abraham, ayez pitié de votre peuple, parce que nos ennemis ont résolu de nous perdre et d’exterminer votre héritage. Ne méprisez pas ce peuple que vous avez racheté de l’Égypte pour être à vous. Exaucez ma prière, et soyez propice à la nation qui est devenue votre partage. Changez notre deuil en joie, afin que, conservant la vie, nous puissions louer votre Nom : et ne fermez pas la bouche de ceux qui célèbrent vos louanges, ô Seigneur notre Dieu !

 

    Ce cri, poussé vers le ciel en faveur d’un peuple condamné à périr tout entier, représente les supplications des justes de l’Ancien Testament pour le salut du monde. Le genre humain était en butte à la rage de l’ennemi infernal figuré par Aman. Le Roi des siècles avait prononcé l’arrêt fatal : Vous mourrez de mort. Qui pouvait désormais faire révoquer la sentence ? Esther l’osa auprès d’Assuérus, et elle fut écoutée. Marie s’est présentée devant le trône de l’Éternel ; et c’est elle qui, par son Fils divin, écrase la tête du serpent auquel nous devions être livrés. L’arrêt sera donc annulé, et nul ne mourra, si ce n’est ceux qui voudront mourir. L’Église aujourd’hui, émue des dangers auxquels est en proie un si grand nombre de ses enfants, qui si longtemps ont vécu dans le poché, intercède pour eux, en empruntant la prière de Mardochée. Elle supplie son Époux de se rappeler qu’autrefois il les tira de la terre d’Égypte ; qu’ils sont devenus par le baptême les membres de Jésus-Christ, l’héritage du Seigneur. Elle le conjure de remplacer leur deuil par les joies pascales, et de ne pas fermer par la mort ces bouches trop souvent coupables, mais qui aujourd’hui ne s’ouvrent que pour demander grâce, et qui, lorsque le pardon sera descendu, éclateront en cantiques de reconnaissance envers le divin libérateur.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XX.

    In illo tempore : Ascendens Jesus Jerosolymam, assumpsit duodecim discipulos sccreto, et ait illis : Ecce ascendimus Jerosolymam, et Filius hominis tradetur principibus sacerdotum et scribis et condemnabunt eum morte, et tradent eum gentibus ad illudendum, et flagellandum, et crucifigendum, et tertia die resurget. Tunc accessit ad eum mater filiorum Zebedaei eum filiis suis, adorans et petens aliquid ab eo. Qui dixit ei : Quid vis ? Ait illi : Die ut sedeant hi duo filii mei, unus ad dexteram tuam, et unus ad sinistram in regno tuo. Respondens autem Jésus, dixit : Nescitis quid petatis. Potestis bibere calicem, quem ego bibiturus sum ? Dicunt ei : Possumus. Ait illis : Calicem quidem meum bibetis : sedere autem ad dexteram meam vel sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est a Patre meo. Et audientes decem, indignati sunt de duobus fratribus. Jésus autem vocavit eos ad se, et ait : Scitis quia principes gentium do-minantur eorum : et qui majores sunt, potestatem exercent in eos. Non ita erit inter vos : sed quicumque voluerit inter vos major fieri, sit vester minister : et qui voluerit inter vos primus esse, erit vester servus. Sicut Filius hominis non venit ministrari, sed ministrare, et dare animam suam redemptionem pro multis.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XX.

    En ce temps-là, Jésus, montant à Jérusalem, prit à part ses douze disciples et leur dit : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livre aux princes des prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort, et le livreront aux gentils pour être moqué, et flagellé, et crucifie : et il ressuscitera le troisième jour. Alors la mère des enfants de Zébédée s’approcha de lui avec ses fils, et elle se prosterna pour lui faire une demande. Il lui dit : Que voulez-vous ? Elle répondit : Ordonnez que mes deux fils que voici soient assis, l’un à votre droite et l’autre à votre gauche dans votre royaume. Jésus leur dit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire ? Ils lui répondirent : Nous le pouvons. Il leur dit : Vous boirez en effet mon calice ; mais d’être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne dépend pas de moi de vous le donner ; mais ceci est pour ceux à qui mon Père l’a préparé. Les dix autres, entendant cela, s’indignèrent contre les deux frères ; mais Jésus, les appelant à soi, leur dit : Vous savez que les princes des nations les dominent, et que les grands exercent la puissance sur elles. Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; mais que celui qui voudra être le plus grand parmi vous soit votre serviteur, et que celui qui voudra être le premier parmi vous soit votre esclave : de même que le Fils de l’homme n’est point venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie pour racheter celle de plusieurs.

    

    Le voici devant nous celui qui s’est dévoué pour apaiser la colère du Roi des siècles et pour sauver son peuple de la mort. C’est lui, le fils de la nouvelle Esther et aussi le Fils de Dieu, qui s’approche pour briser l’orgueil d’Aman, au moment même où ce perfide croit triompher. Il se dirige vers Jérusalem, car c’est là que doit se donner le grand combat. Il avertit ses disciples de tout ce qui va se passer. Il sera livré aux princes des prêtres, qui le déclareront digne de mort ; ceux-ci le mettront au pouvoir du gouverneur et des soldats romains. Il sera couvert d’opprobres, flagellé et crucifié ; mais, le troisième jour, il ressuscitera glorieux. Les Apôtres entendirent tous cette prophétie que Jésus leur fit, les ayant tirés à part ; car l’Évangile nous dit que ce fut aux douze qu’il parla. Judas était présent, et aussi Pierre, Jacques et Jean, que la transfiguration de leur Maître sur le Thabor avait mieux instruits que les autres de la sublime dignité qui résidait en lui. Et cependant tous l’abandonnèrent. Judas le vendit, Pierre le renia, et la terreur dispersa le troupeau tout entier, lorsque le Pasteur fut en butte à la violence de ses ennemis. Nul ne se souvint qu’il avait annoncé sa résurrection pour le troisième jour, si ce n’est peut-être Judas, que cette pensée rassura, quand une basse cupidité lui fit commettre la trahison. Tous les autres ne virent que le scandale de la croix ; et c’en fut assez pour éteindre leur foi et pour les faire rompre avec leur Maître. Quelle leçon pour les chrétiens de tous les siècles ! Combien elle est rare, cette estime de la croix qui la fait considérer, pour soi-même et pour les autres, comme le sceau de la prédilection divine !

    Hommes de peu de foi, nous nous scandalisons des épreuves de nos frères, et nous sommes tentés de croire que Dieu les a abandonnés parce qu’il les afflige ; hommes de peu d’amour, la tribulation de ce monde nous semble un mal, et nous regardons comme une dureté de la part du Seigneur ce qui est pour nous le comble de sa miséricorde. Nous sommes semblables à la mère des fils de Zébédée : il nous faut près du Fils de Dieu une place glorieuse, apparente, et nous oublions que, pour la mériter, il faut boire le calice qu’il a bu lui-même, le calice de la Passion. Nous oublions aussi la parole de l’Apôtre, « que pour entrer en part avec Jésus dans sa gloire, il faut avoir goûté à ses souffrances 34 » ! Le Juste n’est point entré dans son repos par les honneurs et parles délices ; le pécheur ne l’y suivra point sans avoir traversé la voie de l’expiation.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Deus innocentiæ restitutor et amator, dirige ad te tuorum corda servorum : ut Spiritus tui fervore concepto, et in fide inveniantur stabiles, et in opere efficaces. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu ! ami et réparateur de l’innocence, tournez vers vous les cœurs de vos serviteurs, afin qu’ayant conçu la ferveur de votre Esprit, ils soient trouvés stables dans la foi et actifs dans les œuvres. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Le poète chrétien continue de célébrer le mérite du jeûne, qu’il nous montre aujourd’hui sanctifié par l’exemple de Jésus-Christ lui-même.

    HYMNE.

    Sed cur vetustæ gentis exemplum loquor ? Pridem caducis quum gravatus artubus Jesus, dicato corde jejunaverit : Praenuncupatus ore qui prophetico Emmanuel est, sive nobiscum Deus.

    Qui corpus istud molle naturaliter, Captumque laxo sub voluptatum jugo, Virtutis arcta Loge fecit liberum, Emancipator servientis plasmatis, Regnantis ante victor et cupidinis.

    Inhospitali namque secretus loco, Quinis diebus octies labentibus, Nullam ciborum vindicavit gratiam, Firmans salubri scilicet jejunio Vas appetendis imbecillum gaudiis.

    Miratur hostis, posse limum tabidum Tantum laboris sustinere ac perpeti, Explorat arte sciscitator callida, Deusne membris sit receptus terreis : Sed, increpata fraude, post tergum ruit.

 

    Pourquoi citerai-je en faveur du jeûne l’exemple d’un peuple ancien, quand nous savons que Jésus, vivant encore sous le poids de ses membres mortels, jeûna autrefois, malgré la sainteté de son cœur, lui annoncé par la bouche du Prophète comme l’Emmanuel, le Dieu avec nous ?

    Lui qui, par la loi sévère de la vertu, a rendu libre notre corps, dont la nature est la mollesse, et que le joug facile des voluptés tenait captif ; lui qui a émancipe sa créature jusqu’alors asservie ; lui vainqueur des appétits qui régnaient alors ?

    Retiré à l’écart dans un lieu inhospitalier, il se refuse pendant quarante jours le bienfait de la nourriture, fortifiant par un jeûne salutaire ce corps dont la faiblesse aspire aux jouissances.

    L’ennemi s’étonne qu’un limon périssable puisse supporter et souffrir tant de fatigues. Par d’habiles artifices, il explore si ce n’est point un Dieu caché sous des membres terrestres ; mais il s’entend reprocher sa fraude, et n’a plus qu’à s’enfuir.

 

LE JEUDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME

    La Station est aujourd’hui dans la célèbre basilique de Sainte-Marie-au-delà-du Tibre, la première église de Rome consacrée à Marie, dès le IIIe siècle, sous le pontificat de saint Calliste.

    COLLECTE.

    Praesta nobis, quæsumus Domine , auxilium gratis tuae, ut jejuniiset orationibus convenienter intenti, liberemur ab hostibus mentis et corporis. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Daignez, Seigneur, nous accorder le secours de votre grâce, afin que, demeurant fidèles au jeûne et à la prière , nous soyons affranchis des ennemis de l’âme et du corps. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Jeremiæ prophetae. Cap. XVII.

    Haec dicit Dominus Deus : Maledictus homo qui confidit in homine, et ponit carnem brachium suum, et a Domino recedit cor ejus. Erit enim quasi myricæ in deserto, et non videbit cum venerit bonum ; sed habitabit in siccitate in deserto, in terra salsuginis et inhabitabili. Benedictus vir, qui confidit in Domino, et erit Dominus fiducia ejus. Et erit quasi lignum quod transplantatur super aquas, quod ad humorem mittit radices suas : et non timebit cum venerit æstus. Et erit folium ejus viride, et in tempore siccitatis non erit sollicitum, nec aliquando desinet facere fructum. Pravum est cor omnium et inscrutabile : quis cognoscet illud ? Ego Dominus scrutans cor, et probans renes : qui do unicuique juxta viam suam, et juxta fructum adinventionum suarum, dicit Dominus omnipotens.

 

    Lecture du prophète Jérémie. Chap. XVII.

    Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Maudit est l’homme qui met sa confiance en l’homme, qui se fait un bras de chair, et dont le cœur se retire du Seigneur ; car il sera semblable à la bruyère du désert ; et quand le bien arrivera, il ne le verra pas ; mais il demeurera dans l’aridité du désert, dans une terre saline et inhabitable. Celui-là est béni, qui met sa confiance dans le Seigneur, et dont le Seigneur est l’espérance. Et il sera semblable à un arbre transplanté au bord des eaux, qui pousse ses racines vers l’eau qui l’humecte, et qui ne craint point la chaleur, lorsqu’elle est venue. Et son feuillage sera toujours vert, et il ne sera point en peine au temps de la sécheresse, et il ne cessera jamais de porter du fruit. Le cœur de l’homme est mauvais et impénétrable. Qui pourra le connaître ? Moi, le Seigneur, qui sonde le cœur et qui éprouve les reins ; qui rends à chacun selon sa voie et selon le fruit de ses pensées, dit le Seigneur tout-puissant.

 

    Les lectures de ce jour sont consacrées à fortifier dans nos cœurs les principes de la morale chrétienne. Détournons un instant les yeux du triste spectacle que nous offre la malice des ennemis du Sauveur ; reportons-les sur nous-mêmes, afin de connaître les plaies de nos âmes et d’en préparer le remède. Le prophète Jérémie nous présente aujourd’hui le tableau de deux situations pour l’homme ; laquelle des deux est la nôtre ? Il y a l’homme qui met sa confiance dans un bras de chair, c’est-à-dire qui ne considère sa vie que dans les conditions du présent, qui voit tout dans les créatures, et se trouve par là même entraîné à violer la loi du Créateur. Tous nos péchés sont venus de cette source ; nous avons perdu de vue nos fins éternelles, et la triple concupiscence nous a séduits. Hâtons-nous de revenir au Seigneur notre Dieu : autrement, nous aurions à craindre le sort dont le Prophète menace le pécheur : Quand le bien arrivera, il ne le verra pas. La sainte Quarantaine avance dans son cours ; les grâces les plus choisies se multiplient à chaque heure ; malheur à l’homme qui, distrait par la vaine figure de ce monde qui passe 35 , ne s’aperçoit de rien, et demeure, en ces saints jours, stérile pour le ciel, comme la bruyère du désert l’est pour la terre ! Qu’il est grand, le nombre de ces aveugles volontaires, et que leur insensibilité est effrayante ! Enfants fidèles de la sainte Église, priez pour eux, priez sans cesse ; offrez au Seigneur à leur intention les œuvres de votre pénitence, les largesses de votre charité. Chaque année, plusieurs d’entre eux rentrent au bercail, dont la porte leur a été ouverte par les pieux suffrages de leurs frères ; faisons violence à la divine miséricorde.

    Le Prophète nous dépeint ensuite l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, et qui, n’ayant pas d’autre espérance que lui, veille sans cesse à lui être fidèle. C’est un bel arbre au bord des eaux, dont le feuillage est toujours vert, et dont les fruits sont abondants. « Je vous ai établis, dit le Sauveur, afin que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure 36 . » Devenons cet arbre béni et toujours fécond. L’Église, en ce saint temps, répand sur ses racines l’eau de la componction ; laissons agir cette eau bienfaisante. Le Seigneur pénètre nos cœurs ; il sonde nos désirs de conversion ; et, quand la Pâque sera venue, « il rendra à chacun selon sa voie ».

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. XVI.

    In illo tempore : Dixit Jesus Pharisæis : Homo quidam erat dives, qui induebatur purpura et bysso : et epulabatur quotidie splendide. Et erat quidam mendicus. nomine Lazarus, qui jacebat ad januam ejus, ulceribus plenus, cupiens saturari de micis quæ cadebant de mensa divitis, et nemo illi dabat ; sed et canes veniebant, et lingebant ulcera ejus. Factum est autem ut moreretur mendicus, et portaretur ab Angelis in sinum Abrahae. Mortuus est autem et dives, et sepultus est in inferno. Elevans autem oculos suos, cum esset in tormentis, vidit Abraham a longe, et Lazarum in sinu ejus : et ipse clamans dixit : Pater Abraham miserere mei, et mitte Lazarum ut intingat extremum digiti sui in aquam, ut refrigeret linguam meam, quia crucior in hac flamma. Et dixit illi Abraham : Fili, recordare quia recepisti bona in vita tua, et Lazarus similiter mala : nunc autem hic consolatur, tu vero cruciaris. Et in his omnibus, inter nos et vos chaos magnum firmatum est : ut hi, qui volunt hinc transire ad vos, non possint, neque inde hue transmeare. El ait : Rogo ergo te, pater, ut mittas eum in domum patris mei ; habeo enim quinque fratres, ut testetur illis, ne et ipsi veniant in hune locum tormentorum. Et ait illi Abraham : Habent Moysen et Prophetas : audiant illos. At ille dixit : Non, pater Abraham ; sed si quis ex mortuis ierit ad eos, paenitentiam agent. Ait autem illi : Si Moysen et Prophetas non audiunt, neque si quis ex mortuis resurrexerit, credent.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. XVI.

    En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens : Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de lin ; et chaque jour il taisait une chère splendide. Et il v avait aussi un mendiant nommé Lazare qui était étendu à sa porte, couvert d’ulcères, qui eût bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; et personne ne lui en donnait ; mais les chiens venaient lécher ses ulcères. Or il arriva que le mendiant mourut, et il fut porté par les Anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l’enfer. Comme il était dans les tourments, il leva les yeux et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. Et jetant un cri, il dit : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare, afin qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau pour rafraîchir ma langue ; car je souffre extrêmement dans cette flamme. Et Abraham lui dit : Mon fils, souvenez-vous que pendant votre vie vous avez reçu les biens, et Lazare les maux pendant la sienne ; et maintenant il est consolé , et vous êtes dans les tourments. Et dans cet état de choses, il y a un immense abîme placé entre vous et nous, en sorte que ceux qui voudraient passer d’ici à vous, ou venir ici de là où vous êtes, ne le pourraient. Et le riche dit : Père, je vous prie donc de l’envoyer dans la maison de mon père, où j’ai cinq frères, afin qu’il leur atteste ces choses, de peur qu’ils ne viennent eux aussi dans ce lieu de tourments. Et Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent. Et il dit : Non, père Abraham ; mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils feront pénitence. Mais Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes , quelqu’un des morts ressusciterait, qu’ils ne le croiraient pas non plus.

 

    Nous voyons dans ce récit la sanction des lois divines, le châtiment du péché ; combien le Seigneur nous y apparaît redoutable ! et « qu’il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant ! » Un homme est aujourd’hui dans le repos, dans les jouissances, dans la sécurité ; l’inévitable mort vient fondre sur lui, et le voilà enseveli tout vivant dans l’enfer. Haletant au milieu des flammes éternelles, il implore une goutte d’eau, et cette goutte d’eau lui est refusée. D’autres hommes, ses semblables, qu’il a vus de ses yeux, il y a peu d’heures, sont dans un autre séjour, dans le séjour d’une félicité éternelle, et un immense abîme le sépare d’eux pour jamais. Sort effroyable ! désespoir sans fin ! Et des hommes, sur la terre, vivent et meurent souvent sans avoir un seul jour sondé cet abîme, même de leur simple pensée ! Heureux donc ceux qui craignent ! Car cette crainte peut les aider à soulever le poids qui les entraînerait dans le gouffre sans fond. Quelles épaisses ténèbres le péché a répandues dans l’âme de l’homme ! Des gens sages, prudents, qui ne commettront jamais une faute dans la gestion de leurs affaires de ce monde, sont insensés, stupides, quand il s’agit de l’éternité. Quel affreux réveil ! et le malheur est sans remède. Afin de renJre la leçon plus efficace, le Sauveur ne nous a pas raconté la réprobation d’un de ces grands scélérats dont les crimes font horreur, et que les mondains eux-mêmes regardent comme la proie de l’enfer ; il nous représente un de ces hommes tranquilles, d’un commerce aimable, faisant honneur à leur position. Ici, point de forfaits, point d’atrocités ; le Sauveur nous dit simplement qu’il était vêtu avec luxe, qu’il faisait tous les jours bonne chère. Il y avait bien un pauvre mendiant à sa porte ; mais il ne le maltraitait pas ; il eût pu le chasser plus loin ; il le souffrait sans insulter à sa misère. Pourquoi donc ce riche sera-t-il dévoré éternellement par les ardeurs de ce feu que Dieu a allumé dans sa colère ? C’est parce que l’homme qui vit dans le luxe et la bonne chère, s’il ne tremble pas à la pensée de l’éternité, s’il ne comprend pas qu’il doit « user de ce monde comme n’en usant pas 37 », s’il est étranger à la croix de Jésus-Christ, est déjà vaincu par la triple concupiscence. L’orgueil , l’avarice, la luxure, se disputent son cœur, et finissent par y dominer d’autant plus qu’il ne songe pas même à rien faire pour les abattre. Cet homme ne lutte pas : c’est qu’il est vaincu ; et la mort s’est établie dans son âme. Il ne maltraite pas le pauvre ; mais il se souviendra trop tard que le pauvre est plus que lui, et qu’il fallait l’honorer et le soulager. Ses chiens ont eu plus d’humanité que lui ; et voilà pourquoi Dieu l’a laissé s’endormir jusqu’au bord de l’abîme où il doit tomber. Dira-t-il qu’il n’a pas été averti ? Il avait Moïse et les Prophètes ; plus que cela, il avait Jésus et son Église. Il a en ce moment la sainte Quarantaine qui a été annoncée pour lui ; mais se donne-t-il la peine de savoir même ce que c’est que ce temps de grâce et de pardon ? Il l’aura traversé sans s’en être douté ; mais il aura en même temps fait un pas de plus vers l’éternel malheur.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Adesto, Domine, famulis tuis, et perpetuam benignitatem largire poscentibus : ut iis qui te auctore et gubernatore gloriantur, et congregata restaures, et restaurata conserves. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Assistez, Seigneur, vos serviteurs, et accordez-leur les effets de cette continuelle miséricorde qu’ils implorent ; et comme ils se glorifient d’avoir été créés et d’être régis par vous, rétablissez en eux les biens que vous y avez réunis, et maintenez ce que vous aurez rétabli. Par Jésus-Christ notre Seigneur . Amen.

 

    Terminons aujourd’hui l’Hymne de Prudence que nous avons suivie avec tant d’intérêt depuis plusieurs jours.

    HYMNE.

    Hoc nos sequamur quisque nunc pro viribus, Quod consecrati tu magister dogmatis Tuis dedisti, Christe, sectatoribus ; Ut quum vorandi vicerit libidinem, Late triumphet imperator spiritus.

    Hoc est, quod atri livor hostis invidet, Mundi, polique quod gubernator probat, Altaris aram quod facit placabilem, Quod dormientis excitat cordis fidem, Quod limat aegram pectorum rubiginem.

    Perfusa non sic amne flamma exstinguitur, Nec sic calente sole, tabescunt nives, Ut turbidarum scabra culparum seges Vanescit almo trita sub jejunio, Si blanda semper misceatur largitas.

    Est quippe et illud grande virtutis genus     Operire nudos, indigentes pascere,     Opem benignam ferre supplicantibus, Unam, paremque sortis humanæ vicem Inter potentes, atque egenos ducere.

    Satis beatus quisque dextram porrigit Laudis rapacem, prodigam pecuniæ, Cujus sinistra dulce factum nesciat. Illum perennes protinus complent opes. Ditatque fructus fœnerantem centuplex.

 

    Puissions-nous, ô Christ ! ô Maître de la doctrine sacrée ! imiter selon nos forces l’exemple que tu donnas à tes disciples, afin que, victorieuse des appétits brutaux, notre âme, devenue maîtresse, triomphe dans tout son empire.

    C’est là ce que nous envie la noire jalousie de notre adversaire ; c’est là ce qui plaît au Maître souverain de la terre et des cieux, ce qui rend propice l’autel mystérieux, ce qui réveille la foi d’un cœur qui s’endormait, ce qui enlève la rouille d une âme languissante.

    Comme la flamme s’éteint sous les eaux qu’elle rencontre, comme la neige se fond sous un ardent soleil ; ainsi la triste moisson de nos péchés s’anéantit broyée par le jeûne sacré, quand l’aumône vient y joindre sa bienveillance.

    Car c’est aussi une grande œuvre de vertu de couvrir celui qui est nu, de repaître l’indigent, de porter aux suppliants un bienfaisant secours, de reconnaître une seule et même destinée humaine entre le pauvre et le puissant.

    Assez heureux est celui qui, ravissant la vraie gloire, étend sa main droite pour prodiguer l’argent, tandis que sa main gauche ignore ce bienfait. Un trésor éternel est là pour le dédommager ; il prête, et ce qu’il avance lui rendra au centuple.

LE VENDREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est aujourd’hui dans l’Église de Saint-Vital, Martyr, père des deux illustres martyrs milanais saint Gervais et saint Protais.

    COLLECTE.

    Da, quæsumus omnipotens Deus , ut sacro nos purificante jejunio, sinceris mentibus ad sancta Ventura facias pervenire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Faites, ô Dieu tout-puissant ! que, purifiés par ce jeûne sacré, nous arrivions d’un cœur sincère aux saintes solennités qui approchent. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Genesis. Cap. XXXVII.

    In diebus illis : Dixit Joseph fratribus suis : Audite somnium meum quod vidi : Putabam nos ligare manipulos in agro et quasi consurgere manipulum meum, et stare. vestrosque manipulos circumstantes adorare manipulum meum. Responderunt fratres ejus : Numquid rex noster eris ? aut subjiciemur ditioni tuae ? Hæc ergo causa somniorum atque sermonum, invidiae et odii fomitem ministravit. Aliud quoque vidit somnium, quod narrans fratribus ait : Vidi per somnium quasi solem, et lunam, et stellas undecim adorare me. Quod eu ni patri suo, et fratribus retulisset, increpavit eum pater suus, et dixit : Quid sibi vult hoc somnium quod vidisti ? Num ego, et mater tua, et fratres tui adorabimus te super terram ? Invidebant ei igitur fratres sui : pater vero rem tacitus considerabat. Cumque fratres illius in pascendis gregibus patris morarentur in Sichem, dixit ad eum Israël : Fratres tui pascunt oves in Sichimis : veni, mittam te ad eos. Quo respondente : Praesto sum, ait ei : Vade, et vide si cuncta prospéra sint erga fratres tuos, et pecora : et renuntia mihi quid agatur. Missus de valle Hebron, venit in Sichem : invenitque eum vir errantem in agro, et interrogavit quid quæreret. At ille respondit : fratres meos quæro : indica mihi ubi pascant grèges. Dixitque ei vir : Recesserunt de loco isto ; audivi autem eos dicentes : Eamus in Dothain. Perrexit ergo Joseph post fratres suos, et invenit eos in Dothain. Quicum vidissent eum procul, antequam accederet ad eos, cogitaverunt illum occidere, et mutuo loquebantur : Ecce somniator venit : venite, occidamus eum, et mittamus in cisternam veterem : dicemusque : Fera pessima devoravit eum, et tuae apparebit quid illi prosint somnia sua. Audiens autem hoc Ruben, nitebatur liberare eum de manibus eorum, et dicebat : Non interficiatis animam ejus ? nec effundatis sanguinem ; sed projicite eum in cisternam hanc, quæ est in solitudine, manusque vestras servate innoxias. Hoc autem dicebat, volens eripere eum de manibus eorum, et reddere patri suo.

 

    Lecture du livre de la Genèse. Chap. XXXVII.

    En ces jours-là, Joseph dit à ses frères :

    Écoutez le songe que j’ai eu. Il me semblait que je liais avec vous des gerbes dans un champ, et que ma gerbe se levait et se tenait debout, tandis que les vôtres entouraient la mienne et l’adoraient Ses frères lui répondirent : Seras-tu donc notre roi, et serons-nous soumis à ta domination ? Ces songes et ces entretiens allumèrent davantage l’envie et la haine contre lui. Il eut encore un autre songe, qu’il raconta à ses frères en leur disant : J’ai vu comme le soleil, la lune et onze étoiles qui m’adoraient. Lorsqu’il eut rapporté ceci à son père et à ses frères, son père le réprimanda, et lui dit : Que veut dire ce songe que tu as eu ? Est-ce que moi, ta mère et tes frères devons t’adorer sur la terre ? Ses frères étaient donc pleins d’envie contre lui ; mais son père considérait la chose avec attention et dans le silence. Il arriva que ses frères, paissant les troupeaux de leur père, s’arrêtèrent en Sichem, et Israël dit à Joseph : Tes frères paissent les brebis dans Sichem ; viens donc, afin que je t’envoie vers eux. Il répondit : Je suis prêt. Jacob lui dit : Va, et vois si tes frères se portent bien, et si les troupeaux sont en bon état ; et tu me rapporteras ce qui se passe. Étant donc parti de la vallée d’Hébron, il vint à Sichem ; et un homme, l’ayant trouvé errant dans la campagne, lui demanda ce qu’il cherchait. Il répondit : Je cherche mes frères ; indiquez-moi où ils paissent leurs troupeaux. Et cet homme lui dit : Ils se sont retirés de ce lieu ; et je les ai entendus se dire : Allons vers Dothain. Joseph alla donc après ses frères, et il les trouva en Dothain. Eux, l’apercevant de loin, avant qu’il tût arrivé à eux, eurent la pensée de le tuer ; et ils se disaient l’un à l’autre : Voici le songeur qui vient. Venez, tuons-le et jetons-le dans cette vieille citerne. Nous dirons : Une bête féroce l’a dévoré ; et alors nous verrons à quoi lui auront servi ses songes. Mais Ruben, entendant ceci, s’efforçait de le délivrer de leurs mains, et il disait : Ne le tuez pas, et ne répandez pas son sang ; mais jetez-le dans cette vieille citerne qui est au désert, et conservez vos mains pures. Il disait ceci dans le dessein de l’arracher de leurs mains et de le rendre à son père.

 

    La sainte Église reporte aujourd’hui notre attention sur la prévarication des Juifs, et sur ce qui en est résulté pour la vocation des Gentils ; dans cette instruction destinée aux Catéchumènes, puisons notre propre édification. Prenons d’abord dans une figure de l’Ancien Testament la notion du fait que nous allons voir accompli dans notre Évangile. Joseph est l’objet des complaisances de son père Jacob, qui voit en lui le fils de Rachel, son épouse préférée, et qui l’aime pour son innocence. Des songes prophétiques ont annoncé la future grandeur de cet enfant ; mais il a des frères ; et ces frères, poussés par une noire envie, ont résolu de le faire périr. Ce dessein impie n’est pas mis à exécution dans toute son étendue ; mais il s’accomplit dans une certaine mesure : Joseph ne reverra plus la terre qui l’a vu naître. Il est vendu à des marchands étrangers ; bientôt un noir cachot devient son séjour. Mais il en sort pour dicter des lois, non dans la terre de Chanaan qui l’a repoussé, mais au sein de l’Égypte païenne. Par lui, cette région de la gentilité, livrée à la plus affreuse famine, retrouve l’abondance et la paix ; et pour ne pas périr eux-mêmes dans le pays d’où ils l’ont exilé, les frères de Joseph sont réduits à descendre en Égypte et à venir implorer la clémence de celui qui fut leur victime. Qui ne reconnaît dans cette merveilleuse histoire le type de notre divin Rédempteur, Fils de Dieu et de Marie, en butte à la jalousie de sa propre nation, malgré les signes prophétiques qui se réalisent en lui jusqu’au dernier ? Sa mort est résolue comme celle de Joseph ; comme lui il est indignement vendu. Il traverse les ombres de la mort, pour reparaître ensuite plein de gloire et de puissance. Mais ce n’est plus à Israël qu’il prodigue les marques de sa prédilection ; il s’est tourné vers les Gentils, et il demeure avec eux désormais. C’est là que les restes d’Israël viendront le chercher, lorsque, voulant enfin rassasier la faim qui les presse, ils consentiront à reconnaître pour le véritable Messie ce Jésus de Nazareth, leur Roi, qu’ils ont crucifié.

 

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XXI.

    In illo tempore : Dixit Jesus turbis Judæorum, et principibus sacerdotum parabolam hanc : Homo erat pater-familias, qui plantavit vincam, et sepem circumdedit ei, et fodit in ea torcular, et aedificavit turrim, et locavit eam agricolis, et peregre profectus est. Cum autem tempus fructuum appropinquasset, misit servos suos ad agricolas, ut acciperent fructus ejus. Et agricolae, apprehensis servis ejus, alium ceciderunt, alium occiderunt, alium vero lapidaverunt. Iterum misit alios servos plures prioribus, et fecerunt illis similiter. Novissime autem misit ad eos filium suum, dicens : Verebuntur filium meum. Agricolae autem videntes filium, dixerunt intra se : Hic est haeres : venite, occidamus eum, et habebimus haereditatem ejus. Et apprehensum eum ejecerunt extra vineam, et occiderunt. Cum ergo venerit dominus vineæ, quid faciet agricolis illis ? Aiunt illi : Malos male perdet : et vincam suam locabit aliis agricolis, qui reddant ei fructum temporibus suis. Dicit illis Jesus : Numquam legistis in Scripturis : Lapidem quem reprobaverunt aedificantes, hic factus est in caput anguli ? A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris. Ideo dico vobis, quia auferetur a vobis regnum Dei, et dabitur genti facienti fructus ejus. Et qui ceciderit super lapidem istum, confringetur : super quem vero ceciderit, conteret eum. Et cum audissent principes sacerdotum et Pharisaei parabolas ejus, cognoverunt quod de ipsis diceret. Et quærentes eum tenere, timuerunt turbas : quoniam sicut Prophetam eum habebant.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XXI.

    En ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs et aux princes des prêtres cette parabole : il y avait un homme père de famille qui planta une vigne et l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, et y bâtit une tour, et l’ayant louée à des vignerons, il partit pour un pays lointain. Or, comme le temps de la vendange approchait, il envoya vers les vignerons ses serviteurs pour recueillir ses fruits. Et les vignerons, s’étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, et en lapidèrent un autre. Il envoya de nouveau d’autres serviteurs en plus grand nombre ; et ils les traitèrent de même. Enfin il leur envoya son fils, disant : Du moins ils respecteront mon fils ! Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. Et l’ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. lors donc que viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons ? Ils lui répondirent : Il châtiera sévèrement ces méchants, et il louera sa vigne à d’autres vignerons qui lui en rendront les fruits en leur temps. Jésus leur dit : N’axez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’avaient rejetée ceux qui bâtissaient , est devenue le sommet de l’angle : c’est l’œuvre du Seigneur ; elle est admirable à nos yeux ? C’est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera ôté, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. Et celui qui tombera sur cette pierre se brisera ; et celui sur qui elle tombera , elle l’écrasera. Les princes des prêtres et les Pharisiens, entendant ses paraboles, connurent qu’il parlait d’eux, et cherchèrent à se saisir de lui ; mais ils craignirent le peuple, parce qu’il le considérait comme un Prophète.

 

    Ce ne sont plus ici les ombres et les figures de l’antique alliance, qui ne nous montraient notre Rédempteur que dans le lointain et sous des traits empruntés ; nous sommes en face de la réalité même. Encore un peu de temps, et la victime trois fois sainte aura succombé sous les coups de ses envieux. Qu’elle est terrible et solennelle la parole de Jésus dans ces dernières heures ! Ses ennemis en sentent tout le poids ; mais, dans leur orgueil, ils veulent lutter jusqu’à la fin contre celui qui est la Sagesse du Père, s’obstinant à ne pas reconnaître en lui cette Pierre redoutable qui brise celui qui la heurte, et qui écrase celui sur lequel elle tombe. Cette Vigne, c’est la Vérité révélée, la règle de la foi et des mœurs, l’attente du Messie Rédempteur, l’ensemble des moyens du salut ; c’est aussi la famille des enfants de Dieu, son héritage, son Église. Dieu avait choisi la Synagogue pour être dépositaire d’un tel trésor ; il voulait que sa vigne fût gardée fidèlement, qu’elle fructifiât entre les mains des vignerons, qu’ils la reconnussent toujours pour son bien à lui, l’objet de ses complaisances. Mais dans son cœur sec et avare, la Synagogue a voulu s’approprier la Vigne du Seigneur. En vain a-t-il envoyé à diverses reprises ses Prophètes pour revendiquer ses droits : les vignerons infidèles les ont fait périr. Le Fils de Dieu, l’héritier, vient lui-même en personne. Le recevront-ils du moins avec honneur et déférence ? rendront-ils hommage à son divin caractère ? Non ; ils ont formé l’affreux projet de le tuer, et, après l’avoir expulsé comme un étranger sacrilège, ils le mettront à mort. Accourez donc, ô Gentils ! venez exercer la vengeance du Père ; ne laissez pas pierre sur pierre dans cette ville coupable qui a crié : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !. » Mais vous ne serez pas seulement les ministres de la justice céleste ; vous êtes devenus l’objet de la prédilection du Seigneur. La réprobation de ce peuple ingrat vous ouvre les portes du salut. Soyez désormais les gardiens de la vigne jusqu’à la fin des siècles ; nourrissez-vous de ses fruits ; ils sont à vous. De l’Orient à l’Occident, du Midi à l’Aquilon, venez à la grande Pâque qui se prépare ; il y a place pour vous tous Descendez dans la piscine du salut, peuple nouveau formé de tous les peuples qui sont sous le ciel. Soyez la joie de L’Église votre Mère, qui ne cesse d’enfanter, jusqu’à ce que le nombre des élus étant rempli, son Époux descende comme un juge formidable pour condamner « ceux qui n’auront pas connu le temps de sa visite 38 ».

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Da, quæsumus Domine, populo tuo salutem mentis et corporis : ut bonis operibus inhaerendo, tua ; semper virtutis mereatur protectione defendi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Donnez, s’il vous plaît, Seigneur, à votre peuple, la santé de l’âme et du corps, afin que, s’appliquant aux bonnes œuvres, il se rende digne d’être toujours assiste de votre puissante protection. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous empruntons à la Liturgie grecque cette Hymne composée par saint André de Crète ; elle servira aujourd’hui d’expression aux sentiments de notre pénitence.

    (Feria V quintae Hebdomadae)

    Unde primum miseræ vita ; meæ actiones lamenter ? quod, Christe, hodierni planctus initium faciam ? enim vero, qui misericors sis debitorum veniam concede.

    Veni, misera anima, tua carne comite, omnium confitere Creatori, deincepsque antiqua abstine aliena a ratione affectione, ac Deo lacrymas pœnitens exhibe.

    Qui Adam protoplastum praevaricando sim æmulatus ; Deo, æternoque regno et voluptate, meis cognovi peccatis me nudatum.

    Heu me, misera anima ! ut quid prima ; Evae similis facta es ? male quippe vidisti, direque vulnerata es ; ac manum admovisti ligno, petulansque escam absonam gustasti.

    Jure merito Adam, ut qui unum tuum mandatum, o Salvator, non custodivisset, Eden illa ejectus est : at ego, qui continue vivifica eloquia tua spernam, quid sustinuero ?

    Tempus est pœnitentia ; : ad te accedo, fictorem meum : grave a me tolle peccati jugum : mihique, ut misericors, tribue veniam delictorum.

    Ne me, Salvator, abomineris, ne projicias a facie tua : grave a me tolle peccati jugum : mihique, ut misericors, tribue veniam delictorum.

    Voluntaria mea debita præterque voluntatem, manifestaque et occulta, cognita omnia et incognita, tu Salvator, condona, velut Deus indulgens ; propitius esto, ac me salvum facito.

 

    Par où commencer ma lamentation sur les actes de ma misérable vie ? O Christ ! comment débuterai-je aujourd’hui dans ce chant de deuil ? Toi qui es miséricordieux, accorde-moi le pardon de mes péchés.

    Viens, âme misérable, viens, accompagnée de ton corps ; confesse tout à ton Créateur ; réprime tes désirs si longtemps contraires à la raison, et fais voir à Dieu les larmes de ta pénitence.

    J’ai imité la prévarication d’Adam le premier père ; je me suis vu nu, dépouillé de Dieu, du royaume éternel et de ses délices.

    Malheur à toi, âme misérable ! Quoi ! as-tu été semblable à la première Eve ? tes yeux ont mal vu, et tu as été blessée cruellement ; tu as mis la main sur l’arbre, et dans ton entraînement tu as goûté le fruit dangereux.

    C’est avec justice, ô Sauveur ! qu’Adam, pour n’avoir pas gardé ton unique commandement, fut chassé de l’Eden ; mais moi, qui sans cesse ai méprisé tes préceptes vivifiants, qu’ai-je mérité ?

    C’est le temps de la pénitence : je viens à toi, mon Créateur ; enlève le joug du péché qui pèse sur moi, et, puisque tu es miséricordieux, pardonne-moi mes offenses.

    N ‘aie pas horreur de moi, ô Sauveur ! ne me rejette pas de devant ta face ; enlève le joug du péché qui pèse sur moi, et puisque tu es miséricordieux, pardonne-moi mes offenses.

    O Sauveur ! comme un Dieu compatissant, pardonne les péchés de ma volonté et ceux auxquels elle n’a pas pris part, mes péchés manifestes et ceux qui sont cachés, mes péchés connus et ceux que je ne connais pas ; sois moi propice et sauve-moi.

LE SAMEDI DE LA DEUXIEME SEMAINE DE CARÊME,

    La Station est à l’Église des saints Pierre et Marcellin, célèbres martyrs de Rome sous la persécution de Dioclétien, et dont les noms ont l’honneur d’être inscrits au Canon de la Messe.

    COLLECTE.

    Da, quæsumus Domine, nostris effectum jejuniis salutarem : ut castigatio carnis assumpta, ad nostrarum vegetationem transeat animarum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Donnez, s’il vous plaît, Seigneur, un effet salutaire à nos jeûnes, afin que la mortification de notre chair soit profitable à la santé de nos âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Genesis. Cap. XXVII.

    In diebus illis : Dixit Rebecca filio suo Jacob : Audivi patrem tuum loquentem cum Esau fratre tuo et dicentem ei : Affer mihi de venatione tua, et fac cibos ut comedam, et benedicam tibi coram Domino antequam moriar. Nunc ergo, fili mi, acquiesce consiliis meis : et pergens ad gregem, affer mihi duos hœdos optimos, ut faciam ex eis escas patri tuo, quibus libenter vescitur : quas cum intuleris, et comederit, benedicat tibi priusquam moriatur. Cui ille respondit :Nosti quod Esau frater meus homo pilosus sit et ego lenis : si attrectaverit me pater meus, et senserit, timeo ne putet me sibi voluisse illudere, et inducam super me maledictionem pro benedictione. Ad quem mater : In me sit, ait, ista maledictio, fili mi : tantum audi vocem meam, et pergens affer quae dixi. Abiit, et attulit, deditque matri. Paravit illa cibos, sicut velle noverat patrem illius. Et vestibus Esau valde bonis, quas apud se habebat domi, induit eum : pelliculasque hoedorum circumdedit manibus, et colli nuda protexit. Deditque pulmentum, et panes quos coxerat tradidit. Quibus illatis dixit : Pater mi ! At ille respondit : Audio. Quis es tu, fili mi ? Dixitque Jacob : Ego sum primogenitus tuus Esau :feci sicut praecepisti mihi : surge, sede, et comede de venatione mea, ut benedicat mihi anima tua. Rursumque Isaac ad filium suum : Quomodo, inquit, tam cito invenire potuisti, fili mi ? Qui respondit : Voluntas Dei fuit, ut cito occurreret mihi quod volebam. Dixitque Isaac :Accede huc, ut tangam te, fili mi, et probem utrum tu sis filius meus Esau, an non. Accessit ille ad patrem, et palpato eo, dixit Isaac : Vox quidem, vox Jacob est : sed manus, manus sunt Esau. Et non cognovit eum, quia pilosae manus similitudinem majoris expresserant. Benedicens ergo illi, ait : Tu es filius meus Esau ? Respondit : Ego sum. At ille : Affer mihi, inquit, cibos de venatione tua, fili mi, ut benedicat tibi anima mea. Quos cum oblatos comedisset, obtulit ei etiam vinum. Quo hausto, dixit ad eum : Accede ad me, et da mihi osculum, fili-mi. Accessit, et osculatus est eum. Statimque ut sensit vestimentorum illius fragrantiam, benedicens illi, ait : Ecce odor lilii mei, sicut odor agri pleni, cui benedixit Dominus. Det tibi Deus de rore cœli, et de pinguedine terne, abundantiam frumenti et vini. Et serviant tibi populi, et adorent te tribus : esto dominus fratrum tuorum, et incurventur ante te filii matris tuae. Qui maledixerit tibi, sit ille maledictus : et qui benedixerit tibi, benedictionibus repleatur. Vis Isaac sermonem impleverat : et egresso Jacob foras, venit Esau, coctosque de venatione cibos intulit patri, dicens : Surge, pater mi, et comede de venatione filii tui, ut benedicat mihi anima tua. Dixitque illi Isaac : Quis enim es tu ? Qui respondit : Ego sum filius tuus primogenitus Esau. Expavit Isaac stupore vehementi, et ultra quam credi potest, admirans, ait : Quis igitur ille est, qui dudum captam venationem attulit mihi, et comedi ex omnibus priusquam tu venires ? Benedixique ei, et erit benedictus. Auditis Esau sermonibus patris, irrugiit clamore magno : et consternatus, ait : Benedic etiam et mihi, pater mi. Qui ait : Venit germanus tuus fraudulenter, et accepit benedictionem tuam. At ille subjunxit : Juste vocatum est nomen ejus Jacob : supplantavit enim me en altera vice : primogenita mea ante tulit, et nunc secundo surripuit benedictionem meam. Rursumque ad patrem : Numquid non reservasti, ait, et mihi benedictionem ? Respondit Isaac : Dominum tuum illum constitui, et omnes fratres ejus servituti illius subjugavi : frumento et vino stabilivi eum ; et tibi post haec, fili mi, ultra quid faciam ? Cui Esau : Num unam, inquit, tantum benedictionem habes, pater ? Mihi quoque obsecro ut benedicas. Cumque ejulatu magno fleret, motus Isaac, dixit ad eum : In pinguedine terræ, et in rore cœli desuper erit benedictio tua.

 

    Lecture du livre de la Genèse. Chap. XXVII.

    En ces jours-là, Rebecca dit à son fils Jacob : J’ai entendu ton père qui parlait à Esaü ton frère et qui lui disait : Apporte-moi quelque chose de ta chasse, et apprête-le-moi à manger, afin que je te bénisse devant le Seigneur avant que je meure. Maintenant donc, mon fils, obéis à mon conseil. Va au troupeau et apporte-moi deux chevreaux excellents, afin que j’en prépare à ton père un ragoût qu’il mange volontiers, et qu’après que tu le lui auras présenté, et qu’il en aura mangé, il te bénisse avant qu’il meure. Jacob lui répondit : Vous savez que mon frère Esaü est velu, et que moi je suis sans poil. Si mon père me touche de la main et me reconnaît, j’ai peur qu’il ne croie que j’ai voulu me jouer de lui, et que je n’attire sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction. Sa mère lui repartit : Que cette malédiction soit sur moi, mon fils ; écoute seulement ma voix ; va, et apporte ce que je te dis. Il alla donc, il l’apporta et le donna à sa mère. Celle-ci prépara le mets, comme elle savait que le père l’aimait. Elle revêtit Jacob de très bons vêtements d’Esaü qu’elle gardait chez elle ; elle lui mit autour des mains de la peau des chevreaux, et lui en garnit le cou, là où il était découvert. Elle lui donna ensuite le ragoût et les pains qu’elle avait cuits. Il porta le tout devant Isaac, et lui dit : Mon père ! Le vieillard répondit : J’entends. Qui es-tu, mon fils ? Jacob répondit : Je suis Esaü votre premier-né ; j’ai fait ce que vous m’avez commandé : levez-vous, mettez-vous sur votre séant, et mangez de ma chasse, afin que votre âme me bénisse. Isaac dit encore à son fils : Comment as-tu pu, mon fils, trouver sitôt la matière de ce mets ? Il répondit : La volonté de Dieu a été que ce que je désirais se présentât de suite à moi. Isaac dit encore : Approche-toi d’ici, mon fils, que je te touche, et que je connaisse si tu es mon fils Esaü, ou non. Jacob s’approcha de son père, et celui-ci, lavant touché, dit : Pour la voix, c’est la voix de Jacob ; mais les mains sont les mains d’Esaü. Et il ne le reconnut pas, parce que ses mains couvertes de poil lui donnaient la ressemblance de son aine. Isaac donc le bénissant lui dit : Es-tu mon fils Esaü ? Il répondit : Je le suis. Mon fils, dit le père, apporte-moi à manger de ta chasse, afin que mon âme te bénisse. Jacob lui en présenta ; et après qu’il en eut mangé, il lui présenta aussi du vin. Isaac, en ayant bu, lui dit : Approche-toi de moi, et donne-moi un baiser, mon fils. Il s’approcha donc du père et le baisa. Celui-ci, aussitôt qu’il eut senti l’odeur de ses vêtements, lui dit en le bénissant : Voici que l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ fertile que le Seigneur a béni. Que Dieu te donne l’abondance du froment et du vin par la rosée du ciel et la graisse de la terre. Que les peuples te servent, et que les tribus t’adorent. Sois le seigneur de tes frères, et que les fils de ta mère se courbent devant toi. Celui qui te maudira, qu’il soit maudit ; et celui qui te bénira, qu’il soit comblé de bénédictions. Isaac venait d’achever ces paroles, et Jacob était à peine sorti, lorsque Esaü entra, et, présentant à son père les mets qu’il avait apprêtés de sa chasse, il lui dit : Levez-vous, mon père, et mangez de la chasse de votre fils, afin que votre âme me bénisse. Isaac lui dit : Qui es-tu donc ? Il répondit : Je suis Esaü, votre premier-né. Isaac, frappé d’un étonnement extrême, et surpris au delà de ce qu’on peut croire, lui dit : Quel est donc celui qui m’a déjà apporté sa chasse et qui m’a fait manger de tout, avant que tu fusses arrivé ? C’est lui que j’ai béni, et il sera béni. En entendant ces paroles de son père, Esaü poussa un grand cri comme un rugissement, et dans sa consternation il dit : Bénissez-moi aussi, mon père. Isaac répondit : Ton frère est venu par surprise, et il a reçu ta bénédiction Esaü reprit : C’est avec raison pu il a été appelé Jacob ; car il m’a supplanté déjà une autre fois : d’abord il m’a enlevé mon droit d’aînesse, et, tout à l’heure, par une seconde fraude, il vient de me dérober votre bénédiction. Il dit encore à son père : N’avez-vous pas réservé pour moi aussi une bénédiction ? Isaac lui répondit : Je l’ai établi ton seigneur, et j’ai soumis tous ses frères à sa domination ; je l’ai affermi dans la possession du blé et du vin, et, après cela, mon fils, que me reste-t-il a faire en ta faveur ? Esaü repartit : N’avez-vous donc, mon père, qu’une seule bénédiction ? Bénissez-moi aussi, je vous en conjure. Comme il pleurait et poussait de grands cris, Isaac, touché de son état, lui dit : Ta bénédiction sera dans la graisse de la terre et dans la rosée qui descend du haut du ciel.

 

    Les deux enfants de Jacob nous manifestent à leur tour la suite des jugements de Dieu sur Israël et sur la gentilité ; et l’initiation de nos Catéchumènes poursuit son cours. Voici deux frères, l’aîné et le plus jeune. Esaü est le type du peuple juif : il possède le droit d’aînesse, et la plus haute destinée l’attend ; Jacob, né après lui, quoique d’un même enfantement, n’a pas le droit de compter sur la bénédiction réservée à l’aîné : il figure la gentilité. Cependant, les rôles sont changés : c’est Jacob qui reçoit cette bénédiction, et son frère en est frustré. Que s’est-il donc passé ? Le récit de Moïse nous l’apprend. Esaü est un homme charnel ; ses appétits le dominent. La jouissance qu’il attend d’un mets grossier lui a fait perdre de vue les biens spirituels attachés à la bénédiction de son père. Dans son avidité, il cède à Jacob pour un plat de lentilles les droits sublimes que lui confère son aînesse. Nous venons de voir comment l’industrie d’une mère servit les intérêts de Jacob, et comment le vieux père, instrument de Dieu sans le savoir, confirma et bénit cette substitution dont il avait ignoré l’existence. Esaü, de retour auprès d’Isaac, comprit l’étendue de la perte qu’il avait faite ; mais il n’était plus temps ; et il devint l’ennemi de son frère. C’est ainsi que le peuple juif, livré à ses idées charnelles, a perdu son aînesse sur les Gentils. Il n’a pas voulu suivre un Messie pauvre et persécuté ; il rêvait triomphes et grandeurs mondaines, et Jésus rie promettait qu’un royaume spirituel. Israël a donc dédaigne ce Messie ; mais les Gentils l’ont reçu, et ils sont devenus les aînés. Et parce que le peuple juif ne veut pas reconnaître cette substitution qu’il a cependant consentie, au jour où il criait : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous 39 » : maintenant il voit avec dépit que toutes les faveurs du Père céleste sont pour le peuple chrétien. Les enfants d’Abraham selon la chair sont déshérités à la vue de toutes les nations, tandis que les enfants d’Abraham par la foi sont manifestement les fils de la promesse, selon la parole du Seigneur à cet illustre Patriarche : « Je multiplierai ta race au-dessus des étoiles du ciel et des sables de la mer et toutes les nations seront bénies en celui qui sortira de toi 40 . »

    

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. XV.

    In illo tempore : Dixit Jesus Pharisaeis et scribis parabolam istam : Homo quidam habuit duos filios : et dixit adolescentior ex illis patri : Pater, da mihi portionem substantiae qua ; me contingit. Et divisit illis substantiam. Et non post multos dies, congregatis omnibus, adolescentior filius peregre profectus est in regionem longinquam, et ibi dissipavit substantiam suam vivendo luxuriose. Et postquam omnia consummasset, facta est famés valida in regione illa, et ipse cœpit egere. Et abiit, et adhæsit uni civium regionis illius. Et misit illum in villam suam ut pasceret porcos. Et cupiebat implere ventrem suum de siliquis quas porci manducabant : et nemo illi dabat. In se autem reversus, dixit : Quanti mercenarii in domo patris mei abundant panibus ; ego autem hic fame pereo ! Surgam, et ibo ad patrem meum, et dicam ei : Pater, peccavi in Coelum et coram te ; jam non sum dignus vocari filius tuus : fac me sicut unum de mercenariis tuis. Et surgens venit ad patrem suum. Cum autem adhuc longe esset, vidit illum pater ipsius, et misericordia motus est, et accurrens cecidit super collum ejus, et osculatus est eum. Dixitque ei filius : Pater, peccavi in Cœlum, et coram te : jam non sum dignus vocari filius tuus. Dixit autem pater ad servos suos : Cito proferte stolam primam, et induite illum, et date annulum in manum ejus, et calceamenta in pedes ejus, et adducite vitulum saginatum, et occidite, et manducemus et epulemur : quia hic filius meus mortuus erat, et revixit : perierat, et inventus est. Et coeperunt epulari. Erat autem filius ejus senior in agro : et cum veniret, et appropinquaret domui, audivit symphoniam, et chorum ; et vocavit unum de servis, et interrogavit quid hæc essent ? Isque dixit illi : Frater tuus venit, et occidit pater tuus vitulum saginatum, quia salvum illum recepit. Indignatus est autem, et nolebat introire. Pater ergo illius egressus, cœpit rogare illum. At ille respondens, dixit patri suo : Ecce tot annis servio tibi, et numquam mandatum tuum praeterivi, et numquam dedisti mihi hœdum, ut cum amicis meis epularer : sed postquam filius tuus hic, qui devoravit substantiam suam cum meretricibus, venit, occidisti illi vitulum saginatum. At ipse dixit illi : Fili, tu semper mecum es, et omnia mea tua sunt : epulari autem et gaudere oportebat, quia frater tuus hic mortuus erat, et revixit : perierat et inventus est.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. XV.

    En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens et aux scribes cette parabole : un homme avait deux fils, et le plus jeune dit à son père : Ion père, donnez-moi la portion de bien qui doit me revenir. Et le père leur fit le partage de son bien Et peu de jours après, le plus jeune des fils ayant rassemblé tout ce qu’il avait, partit pour un pays étranger et lointain, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Et quand il eut tout dépensé, il survint une grande famine dans ce pays ; et il commença à sentir le besoin. Il s’en alla donc, et se mit au service d’un habitant de ce pays ; et celui-ci l’envoya à sa maison des champs pour garder des pourceaux. Et il eût désiré remplir son ventre des écosses que mangeaient les pourceaux ; mais personne ne lui en donnait. Rentrant alors en soi-même, il dit : Combien de mercenaires dans la maison de mon père ont du pain en abondance ; et moi ici je meurs de faim ! Je me lèverai, et j’irai à mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le Ciel et contre vous ; je ne suis plus digne d’être appelé votre fils ; traitez-moi comme l’un de vos mercenaires. Il se leva donc et vint vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut, et il fut ému de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et le fils lui dit : Mon père, j’ai péché contre le Ciel et contre vous ; je ne suis plus digne d’être appelé votre fils. Alors le père dit à ses serviteurs : Apportez vite sa première robe, et l’en revêtez, et mettez-lui au doigt un anneau, et une chaussure aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le ; mangeons et réjouissons-nous : car mon fils que voilà était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à faire le festin. Or le fils aine était dans les champs : et comme il revenait et approchait de la maison, il entendit le bruit de la musique et des danses. Et, appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c’était. Celui-ci lui répondit : Votre frère est revenu, et votre père a tué le veau gras, parce qu’il a recouvré son fils en santé. Et, tout rempli d’indignation, il ne voulait pas entrer. Le père, étant donc sorti, se mit à l’en prier. Mais, répondant à son père, il lui dit : Voilà tant d’années que je vous sers ; je n’ai jamais manqué à aucun de vos commandements ; et vous ne m’avez jamais donné un chevreau pour faire festin avec mes amis. Mais aussitôt que ce fils qui a dévoré son bien avec des courtisanes, est arrivé, vous tuez pour lui le veau gras. Le père lui dit : Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ; mais il fallait faire festin et se réjouir, parce que ton frère que voilà était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé.

 

    C’est ici encore le mystère que nous venons de reconnaître tout à l’heure dans le récit de la Genèse. Deux frères sont en présence, et l’aîné se plaint du sort que la bonté du père a fait au plus jeune. Celui-ci s’en est allé dans une région lointaine, il a fui loin du toit paternel, afin de s’abandonner plus librement à ses désordres : mais quand il s’est vu réduit à la plus extrême disette, il s’est ressouvenu de son père, et il est venu solliciter humblement la dernière place dans cette maison qui aurait dû être un jour la sienne. Le père a accueilli le prodigue avec la plus vive tendresse : non seulement il lui a pardonné, mais il lui a rendu tousses droits de fils. Il a fait plus encore : un festin a été donné pour célébrer cet heureux retour ; et c’est toute cette conduite du père qui excite la jalousie du frère aîné. Mais c’est en vain qu’Israël s’indigne contre la miséricorde du Seigneur : l’heure est venue où la plénitude des nations va être convoquée pour entrer au bercail universel. Si loin que leurs erreurs et leurs passions aient entraîné les Gentils, ils entendront la voix des Apôtres. Grecs et Romains, Scythes et barbares, tous, frappant leurs poitrines, accourront demandant à être admis en participation des faveurs d’Israël. Mais on ne leur donnera pas seulement les miettes qui tomberont de la table, comme le demandait la Chananéenne ; ils seront admis sur le pied d’enfants légitimes et honorés. Les plaintes envieuses d’Israël ne seront pas reçues. S’il refuse de prendre part au banquet, la fête ne s’en célébrera pas moins. Or, cette fête, c’est la Pâque ; ces enfants rentrés nus et exténués dans la maison paternelle, ce sont nos Catéchumènes, sur lesquels le Seigneur s’apprête à répandre la grâce de l’adoption.

    Mais ces enfants prodigues qui viennent se mettre à la merci de leur père offensé, sont aussi les Pénitents publics dont l’Église, en ces jours, préparait la réconciliation. Ce passage de l’Évangile a été choisi pour eux aussi bien que pour les Catéchumènes. L’Église, qui s’est relâchée de sa sévère discipline, propose aujourd’hui cette parabole à tous les pécheurs qui se disposent à faire leur paix avec Dieu. Ils ne connaissaient pas encore l’infinie bonté du Seigneur qu’ils ont abandonné : qu’ils apprennent aujourd’hui combien la miséricorde l’emporte sur la justice dans le cœur de celui qui « a aimé le monde jusqu’à lui donner son propre Fils unique 41 ». Quelque lointaine qu’ait été leur fuite, quelque profonde qu’ait été leur ingratitude, tout est préparé, dans la maison paternelle, pour fêter leur retour. Le père tendre qu’ils ont quitté attend à la porte, prêt à courir au-devant d’eux pour les embrasser ; leur première robe, la robe de l’innocence, va leur être rendue ; l’anneau que portent seuls les enfants de la maison ornera de nouveau leur main purifiée. La table du festin est dressée pour eux, et les Anges vont y faire entendre les mélodies célestes. Qu’ils crient donc du fond de leur cœur : « O Père, j’ai péché contre le Ciel et contre vous ; je ne mérite plus d’être appelé votre fils ; traitez-moi comme l’un de vos mercenaires. » Le regret sincère de leur égarement passé, l’humilité de l’aveu, la ferme résolution d’être désormais fidèles : ce sont là les seules et faciles conditions que le père exige de ses prodigues pour en faire les fils de sa prédilection.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Familiam tuam, quæsumus Domine, continua pietate custodi : ut quae in sola spe gratiae caelestis innititur, caelesti etiam protectione muniatur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Daignez, Seigneur, garder votre famille par l’assistance continuelle de votre bonté, afin que, s’appuyant sur l’unique espérance de la céleste grâce, elle soit soutenue par la protection d’en haut. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    En ce jour du Samedi, implorons aux pieds de Marie, reine de miséricorde, le pardon de nos péchés, en lui présentant cette Prose touchante des anciens Missels de Cluny.

    SÉQUENCE.

    Ave novi luminis Stella promens radium, Quo nostræ propaginis Deletur opprobrium.

    Tu sola spes hominis, Tu nostrum refugium, In hora discriminis Placa nobis Filium.

    Florens Jesse virgula, Vera veris primula, Salutem initians.

    Rosa semper vernula, Tota sine macula, Maculosos expians.

    Uterus virgineus, Fons hortorum, puteus Aquarum viventium.

    Imo thronus aureus, In quo Rex aethereus Coronavit Filium.

    Domus aromatica, Quam arte mirifica Fecit summus Artifex.

    In qua Christus unica Sumpta carnis tunica, Consecratur Pontifex.

    Fons distillans oleum, Imo rorem melleum, Per amoris fistulas.

    Inde surgit balneum, Purgans omne felleum, Et peccati maculas.

    Mater cujus viscera Penetrarunt vulnera Patientis Filii.

    Lac profer et ubera ; Nos a pœnis libera Tremendi judicii. Amen.

 

    Salut, ô étoile, qui lances le rayon d’une nouvelle lumière ; ce rayon qui efface la honte de l’humaine famille.

    Tu es l’unique espoir de l’homme, tu es notre refuge : à l’heure du péril , apaise pour nous ton Fils.

    Branche fleurie de Jessé, primeur du printemps, commencement du salut ;

    Rose toujours nouvelle, toujours sans tache, purifiant nos souillures ;

    Sein virginal , fontaine des jardins, puits des eaux vives ;

    Trône d’or, sur lequel le Roi du ciel a couronné son Fils ;

    Demeure parfumée, que le souverain Créateur a bâtie d’un art merveilleux ;

    Dans laquelle le Christ, couvert du vêtement de la chair, est consacré Pontife ;

    Source d’huile salutaire, rosée de miel délicieux, symbole de ton amour ;

    De toi procède cet heureux bain qui lave nos plaies amères et les taches du péché.

    O Mère, les blessures de ton Fils en proie à la souffrance pénétrèrent ton cœur.

    Rappelle-lui ton lait, présente-lui ton sein, et délivre-nous des supplices du redoutable jugement. Amen.

LE TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME.

    La sainte Église, qui, au premier Dimanche de Carême, nous a proposé la tentation de Jésus-Christ au désert pour sujet de nos méditations, afin de nous éclairer sur la nature de nos propres tentations, et sur la manière dont nous en devons triompher, nous fait lire aujourd’hui un passage de l’Évangile de saint Luc, dont la doctrine est destinée à compléter notre instruction sur la puissance et les manœuvres de nos ennemis invisibles. Durant le Carême, le chrétien doit réparer le passé et assurer l’avenir ; il ne pourrait se rendre compte du premier, ni défendre efficacement le second, s’il n’avait des idées saines sur la nature des périls auxquels il a succombé, et sur ceux qui le menacent encore. Les anciens liturgistes ont donc reconnu un trait de la sagesse maternelle de l’Église dans le discernement avec lequel elle propose aujourd’hui à ses enfants cette lecture, qui est comme le centre des enseignements de la journée.

    Nous serions assurément les plus aveugles et les plus malheureux des hommes, si, environnés comme nous le sommes d’ennemis acharnés à notre perte et très supérieurs à nous en force et en adresse, nous en étions venus à ne pas songer souvent à leur existence, peut-être même à n’y réfléchir jamais. Tel est cependant l’état dans lequel vivent un nombre immense de chrétiens de nos jours : tant « les vérités sont diminuées parmi « les enfants des hommes 42 ». Cet état d’insouciance et d’oubli sur un objet que les saintes Écritures nous rappellent à chaque page, est tellement répandu, qu’il n’est pas rare de rencontrer des personnes aux yeux desquelles l’action continue des démons autour de nous n’est rien autre chose qu’une croyance gothique et populaire qui n’appartient point aux dogmes de la religion. Tout ce qu’en racontent l’histoire de l’Église et la vie des Saints est pour eux comme s’il n’existait pas. Pour eux, Satan semble n’être qu’une pure abstraction sous laquelle on aurait personnifié le mal.

    S’agit-il d’expliquer le péché en eux-mêmes ou dans les autres ? ils vous parlent du penchant que nous avons au mal, du mauvais usage de notre liberté ; et ils ne veulent pas voir que l’enseignement chrétien nous révèle en outre dans nos prévarications l’intervention d’un agent malfaisant, dont la puissance est égale à la haine qu’il nous porte. Cependant, ils savent, ils croient sincèrement que Satan a conversé avec nos premiers parents et les a entraînés dans le mal, en se montrant à eux sous la forme d’un serpent. Ils croient que ce même Satan a osé tenter le Fils de Dieu incarné, qu’il l’a enlevé par les airs jusque sur le sommet du temple, et de là sur une haute montagne. Ils lisent aussi dans l’Évangile et ils croient qu’un des malheureux possédés qui furent délivrés par le Sauveur était assiégé d’une légion entière d’esprits infernaux, que l’on vit, sur la permission qu’ils en reçurent, fondre sur un troupeau de porcs et le précipiter dans le lac de Génézareth. Ces faits et mille autres sont l’objet de leur foi ; et avec cela tout ce qu’ils entendent dire de l’existence des démons, de leurs opérations, de leur adresse à séduire les âmes, leur semble fabuleux. Sont-ils chrétiens, ou ont-ils perdu le sens ? On ne saurait répondre, surtout lorsqu’on les voit se livrer de nos jours à des consultations sacrilèges du démon, à l’aide de moyens renouvelés des siècles du paganisme, sans qu’ils paraissent se rappeler, ni même savoir qu’ils commettent un crime que Dieu, dans l’ancienne loi, punissait de mort, et que la législation de tous les peuples chrétiens, durant un grand nombre de siècles, a frappé du dernier supplice.

    Mais s’il est une époque de l’année où les fidèles doivent méditer ce que la foi et l’expérience nous apprennent sur l’existence et les opérations des esprits de ténèbres, c’est assurément ce temps où nous sommes, durant lequel nous avons tant à réfléchir sur les causes de nos péchés, sur les dangers de notre âme, sur les moyens de la prémunir contre de nouvelles chutes et de nouvelles attaques. Écoutons donc le saint Évangile. Il nous apprend d’abord que le démon s’était emparé d’un homme, et que l’effet de cette possession avait été de rendre cet homme muet. Jésus délivre ce malheureux, et l’usage de la parole revient aussitôt que l’ennemi a été chassé. Ainsi, la possession du démon non seulement est un monument de l’impénétrable justice de Dieu ; mais elle peut produire des effets physiques sur ceux qui en sont l’objet. L’expulsion du malin esprit rend l’usage de la langue à celui qui gémissait sous ses liens. Nous n’insistons pas ici sur la grossière malice des ennemis du Sauveur, qui veulent attribuer son pouvoir sur les démons à l’intervention de quelque prince de la milice infernale ; nous voulons seulement constater le pouvoir des esprits de ténèbres sur les corps, et confondre par le texte sacré le rationalisme de certains chrétiens. Qu’ils apprennent donc à connaître la puissance de nos adversaires, et qu’ils évitent de leur donner prise sur eux, par l’orgueil de la raison.

    Depuis la promulgation de l’Évangile, le pouvoir de Satan sur les corps s’est trouvé restreint par la vertu de la Croix, dans les pays chrétiens ; mais il reprend une nouvelle extension, si la foi et les œuvres de la piété chrétienne diminuent. De là toutes ces horreurs diaboliques qui, sous divers noms plus ou moins scientifiques, se commettent d’abord dans l’ombre, sont ensuite acceptées dans une certaine mesure par les gens honnêtes, et pousseraient au renversement de la société, si Dieu et son Église n’y mettaient enfin une digue. Chrétiens de nos jours, souvenez-vous que vous avez renoncé à Satan, et prenez garde qu’une ignorance coupable ne vous entraîne dans l’apostasie. Ce n’est pas à un être de raison que vous avez renoncé sur les fonts baptismaux : c’est à un être réel, formidable, et dont Jésus-Christ nous dit qu’il a été homicide dès le commencement 43 .

    Mais si nous devons redouter l’affreux pouvoir qu’il peut exercer sur les corps, et éviter tout intact avec lui dans les pratiques auxquelles il préside, et qui sont le culte auquel il aspire, nous devons aussi craindre son influence sur nos âmes. Voyez quelle lutte la grâce divine a dû engager pour l’arracher de votre âme. En ces jours, l’Église nous offre tous ses moyens pour triompher de lui : le jeûne uni à la prière et à l’aumône. Vous arriverez à la paix ; et votre cœur, vos sens purifiés, redeviendront le temple de Dieu. Mais n’allez pas croire que vous ayez anéanti votre ennemi. Il est irrité ; la pénitence l’a expulsé honteusement de son domaine, et il a juré de tout tenter pour y rentrer. Craignez donc la rechute dans le péché mortel ; et pour fortifier en vous cette crainte salutaire, méditez la suite des paroles de notre Évangile.

    Le Sauveur nous y apprend que cet esprit immonde, chassé d’une âme, s’en va errant dans les lieux arides et déserts. C’est là qu’il dévore son humiliation, et qu’il sent davantage les tortures de cet enfer qu’il porte partout avec lui, et dont il voudrait se distraire, s’il le pouvait, par le meurtre des âmes que Jésus-Christ a rachetées. L’Ancien Testament nous montre déjà les démons vaincus, réduits à fuir dans des solitudes éloignées : c’est ainsi que le saint Archange Raphaël relégua dans les déserts de l’Égypte supérieure l’esprit infernal qui avait fait périr les sept maris de Sara 44 . Mais l’ennemi de l’homme ne se résigne pas à rester ainsi toujours éloigné de la proie qu’il convoite. La haine le pousse, comme au commencement du monde, et il se dit : « Il faut que je retourne à ma maison d’où je suis sorti ». Mais il ne viendra pas seul ; il veut triompher, et pour cela il amènera, s’il le faut, avec lui sept autres démons plus pervers encore. Quel choc se prépare pour la pauvre âme, si elle n’est pas vigilante, fortifiée ; si la paix que Dieu lui a rendue n’a pas été une paix armée ! L’ennemi sonde les abords de la place ; dans sa perspicacité, il examine les changements qui se sont opérés pendant son absence. Qu’aperçoit-il dans cette âme où il avait naguère ses habitudes et son séjour ? Notre Seigneur nous le dit : le démon la trouve sans défense, toute disposée à le recevoir encore ; point d’armes dirigées contre lui. Il semble que l’âme attendait cette nouvelle visite. C’est alors que, pour être plus sûr de sa conquête, l’ennemi va chercher ses renforts. L’assaut est donné ; rien ne résiste ; et bientôt, au lieu d’un hôte infernal, la pauvre âme en recèle une troupe ; « et, ajoute le Sauveur, le dernier état de cet homme devient pire que le premier ».

    Comprenons l’avertissement que nous donne la sainte Église, en nous faisant lire aujourd’hui ce terrible passage de l’Évangile. De toutes parts, des retours à Dieu se ménagent ; la réconciliation va s’opérer dans des millions de consciences ; le Seigneur va pardonner sans mesure ; mais tous persévéreront-ils ? Lorsque le Carême reviendra dans un an convoquer les chrétiens à la pénitence, tous ceux qui, dans ces jours, vont se sentir arraches à la puissance de Satan, auront-ils maintenu leurs âmes franches et libres de son joug ? Une triste expérience ne permet pas à l’Église de l’espérer. Beaucoup retomberont, et peu de temps après leur délivrance, dans les liens du péché. Oh ! s’ils étaient saisis par la justice de Dieu en cet état ! Cependant, tel sera le sort de plusieurs, d’un grand nombre peut-être. Craignons donc la rechute ; et pour assurer notre persévérance, sans laquelle il nous eût peu servi de rentrer pour quelques jours seulement dans la grâce de Dieu, veillons désormais, prions, défendons les abords de notre âme, résignons-nous au combat ; et l’ennemi, déconcerté de notre contenance, ira porter ailleurs sa honte et ses fureurs.

    Le troisième Dimanche de Carême est appelé Oculi, du premier mot de l’Introït de la Messe. Dans l’Église primitive, on le nommait le Dimanche des scrutins, parce que c’était en ce jour que l’on commençait l’examen des Catéchumènes qui devaient être admis au Baptême dans la nuit de Pâques. Tous les fidèles étaient invités à se présenter à l’église pour rendre témoignage de la vie et des mœurs de ces aspirants à la milice chrétienne. A Rome, ces examens, auxquels on donnait le nom de Scrutins, avaient lieu en sept séances, à raison du grand nombre des aspirants au Baptême ; mais le principal Scrutin était celui du Mercredi de la quatrième semaine. Nous en parlerons plus loin.

    Le Sacramentaire Romain de saint Gélase nous donne la forme de la convocation des fidèles pour ces assemblées ; elle est conçue en ces termes : « Frères très chers, vous savez que le jour du Scrutin dans lequel nos élus doivent recevoir l’instruction divine est proche ; vous voudrez donc bien vous réunir avec zèle tel jour de cette semaine, à l’heure de Sexte, afin que nous soyons en mesure, avec l’aide de Dieu, d’accomplir sans erreur le mystère céleste qui ouvre la porte du royaume des cieux, et anéantit le diable avec toutes ses pompes. » Cette invitation se répétait, s’il était besoin, chacun des Dimanches suivants. Dans celui que nous célébrons aujourd’hui, le Scrutin ayant déjà procuré l’admission d’un certain nombre de candidats, on plaçait leurs noms dans les diptyques de l’autel, ainsi que ceux de leurs parrains et marraines, et on les récitait au Canon de la Messe.

    La Station avait lieu et se tient encore dans la Basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs. On voulait, en réveillant le souvenir du plus célèbre des Martyrs de Rome, rappeler aux Catéchumènes quels sacrifices la foi dans laquelle ils allaient s’enrôler pourrait exiger d’eux.

    Ce Dimanche est célèbre, dans l’Église grecque, par la solennelle adoration de la Croix qui précède la semaine appelée Mésonestime, c’est à-dire milieu des jeûnes.

 

    A LA MESSE.

    Le Catéchumène admis à la grâce du Baptême, le Pénitent qui espère sa prochaine réconciliation, expriment dans l’Introït l’ardeur de leurs désirs. Ils confessent leur misère avec humilité ; mais ils sont remplis d’espérance en Celui qui bientôt brisera leurs liens.

    INTROÏT.

    Oculi mei semper ad Dominum, quia ipse evellet de laqueo pedes meos : respice in me, et miserere mei, quoniam unicus et pauper sum ego.

    Ps. Ad te, Domine, levavi animam meam : Deus meus, in te confido, non erubescam. Gloria. Oculi.

    Mes yeux sont toujours vers le Seigneur ; car c’est lui qui dégagera mes pieds des filets qu’on m’a tendus ; regardez-moi, mon Dieu, et ayez pitié de moi : car je suis seul et je suis pauvre.

    Ps. Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon cœur ; c’est en vous, mon Dieu, que je me confie ; je n’aurai point à en rougir. Gloire au Père. Mes yeux.

    Au moment de livrer une lutte aussi terrible à l’ennemi des hommes, l’Église, dans la Collecte, demande d’être assistée du secours de la droite de Dieu.

    COLLECTE.

    Quaesumus, omnipotens Deus, vota humilium respice : atque ad defensionem nostram, dexteram tua ; majestatis extende. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Dieu tout-puissant, daignez regarder favorablement les vœux de notre humilité, et étendre pour nous protéger le bras de votre Majesté. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La deuxième et la troisième Collectes, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 67.

    ÉPÎTRE.

    Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Ephesios. Cap. V.

    Fratres, Estote imitatores Dei, sicut filii charissimi : et ambulate in dilectione, sicut et Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis. Fornicatio autem, et omnis immunditia, aut avaritia, nec nominetur in vobis, sicut decet sanctos : aut turpitudo, aut stultiloquium, aut scurrilitas, quæ ad rem non pertinet ; sed magis gratiarum actio. Hoc enim scitote intelligentes, quod omnis fornicator, aut immundus, aut avarus, quod est idolorum servitus, non habet haereditatem in regno Christi et Dei. Nemo vos seducat inanibus verbis ; propter hæc enim venu ira Dei in filios diffidentiae. Nolite ergo effici participes eorum. Eratis enim aliquando tenebræ : nunc autem lux in Domino. Ut filii lucis ambulate : fructus enim lucis est in omni bonitate, et iustitia, et veritate.

 

    Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Ephésiens. Chap. V.

    Mes Frères, soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés, et marchez dans la charité comme Jésus-Christ nous a aimés, et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant à Dieu comme une oblation et une victime d’agréable odeur. Qu’on n’entende même pas nommer parmi vous la fornication, ni quelque impureté que ce soit, ni l’avarice, ainsi qu’il convient à des saints. Qu’on n’entende chez vous ni paroles déshonnêtes, ni propos insensés, ni bouffonneries, ce qui ne convient pas à votre état, mais plutôt les paroles d’actions de grâces. Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, ce qui est une idolâtrie, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c’est pour ces choses que la colère de Dieu tombe sur les enfants de l’infidélité. N’ayez donc rien de commun avec eux. Car vous étiez autrefois ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme les fils de la lumière. Or le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.

 

    L’Apôtre, s’adressant aux fidèles d’Éphèse, leur rappelle qu’ils étaient autrefois ténèbres, et qu’ils sont devenus lumière dans le Seigneur. Quelle joie pour nos Catéchumènes d’apprendre que le même sort leur est réservé ! Jusqu’à présent, ils ont vécu dans la dépravation païenne, et maintenant ils possèdent les arrhes de la sainteté par leur admission au Baptême. Asservis naguère à ces faux dieux dont le culte était l’aliment du vice, ils entendent aujourd’hui l’Église exhorter ses enfants à imiter la sainteté du Dieu des chrétiens ; et la grâce qui les rendra capables d’aspirer à reproduire en eux les perfections divines est sur le point de leur être communiquée. Mais il leur faudra combattre pour se maintenir à cette élévation ; et deux ennemis surtout chercheront à se relever : l’impureté et l’avarice. Le premier de ces vices, l’Apôtre ne veut même pas qu’il soit nommé désormais ; le second, il le flétrit en le comparant au culte des idoles, auquel les élus vont renoncer. Tels sont les enseignements que l’Église prodigue à ses futurs enfants ; mais nous qui avons été sanctifiés dès notre entrée en ce monde, sommes nous demeurés fidèles à notre Baptême ? Nous avons été lumière ; pourquoi sommes-nous ténèbres aujourd’hui ? que sont devenus les traits de la ressemblance divine qui avait été imprimée en nous ? Hâtons-nous de les faire revivre, en renonçant à Satan et à ses idoles ; et faisons en sorte que la pénitence nous rétablisse dans cet état de lumière dont le fruit consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.

    Le Graduel exprime les sentiments de l’âme environnée d’ennemis et implorant le secours du Seigneur qui s’apprête à les renverser.

    Le Trait est formé du Psaume CXXII°, cantique de confiance et d’humilité. L’aveu sincère de notre misère fait toujours descendre sur nous la miséricorde de Dieu.

    GRADUEL.

    Exsurge, Domine, non praevaleat homo : judicentur gentes in conspectu tuo.

    V/. In convertendo inimicum meum retrorsum, infirmabuntur, et peribunt a facie tua.

    Levez-vous, Seigneur ; que l’homme ne prévale pas : que les nations soient jugées en votre présence.

    V/. Lorsque mon ennemi sera mis en fuite, ils tomberont dans l’abattement, et périront devant votre face.

    TRAIT

    Ad te levavi oculos meos, qui habitas in cœlis.

    V/. Ecce sicut oculi servorum in manibus dominorum suorum :

    V/. Et sicut oculi ancillae in manibus dominae suae : ita oculi nostri ad Dominum Deum nostrum, donec misereatur nostri.

    V/. Miserere nobis, Domine, miserere nobis.

    J’ai élevé vers vous mes regards, ô vous qui habitez dans les cieux.

    V/. Comme les yeux des serviteurs sont fixés sur les mains de leurs maîtres,

    V/. Et les yeux de la servante sur les mains de sa maîtresse : ainsi nous arrêtons nos yeux sur le Seigneur notre Dieu, jusqu’à ce qu’il prenne pitié de nous.

    V/. Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. XI.

    In illo tempore : Erat Jesus ejiciens daemonium, et illud erat mutum. Et cum ejecisset dæmonium, locutus est mutus, et admiratae sunt turbae. Quidam autem ex eis dixerunt : In Beelzebub principe dæmoniorum, ejicit daemonia. Et alii tentantes, signum de cœlo quærebant ab eo. Ipse autem ut vidit cogitationes eorum, dixit eis : Omne regnum in seipsum divisum desolabitur, et domus supra domum cadet. Si autem et Satanas in seipsum divisus est, quomodo stabit regnum ejus ? Quia dicitis in Beelzebub principe daemoniorum me ejicere dæmonia. Si autem ego in Beelzebub ejicio daemonia, filii vestri in quo ejiciunt ? Ideo ipsi judices vestri erunt. Porro si in digito Dei ejicio dæmonia, profecto pervenit in vos regnum Dei Cum fortis armatus custodit atrium suum, in pace sunt ea quæ possidet. Si autem fortior eo superveniens vicerit eum, universa arma ejus auferet, in quibus confidebat, et spolia ejus distribuet. Qui non est cæcum, contra me est ; et qui non colligit mecum, dispergit. Cum immundus spiritus exierit de homine, ambulat per loca inaquosa, quaerens requiem : et non inveniens, dicit : Revertar in domum mea munde exivi. Et cum venerit, invenit eam scopis mundatam et ornatam. Tunc vadit et assumit septem alios spiritus secum, nequiores se, et ingressi habitant ibi. Et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus. Factum est autem, cum hæc diceret, extollens vocem quaedam mulier de turba, dixit illi : Beatus venter qui te portavit, et ubera quæ suxisti. At ille dixit : Quinimo beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. XI.

    En ce temps-là, Jésus chassa un démon, et ce démon était muet. Et lorsqu’il eut chassé le démon, le muet parla, et la foule fut dans l’admiration. Mais quelques-uns d’entre eux dirent : C’est par Béelzébuth, prince des démons, qu’il chasse les démons. Et d’autres, pour le tenter, lui demandaient un signe du ciel. Mais lui, ayant vu leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et toute maison divisée contre elle-même s’écroulera. Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son royaume tiendra-t-il debout ? Cependant vous dites que c’est par Béelzébuth que je chasse les démons. Mais si je . chasse les démons par Béelzébuth, par qui vos enfants les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront vos juges. Que si je chasse les démons par le doigt de Dieu, le royaume de Dieu est donc venu jusqu’à vous. Lorsque le fort armé garde sa maison, tout ce qu’il possède Mais s’il survient un plus fort que lui qui le surmonte, il emporte toutes ses armes dans lesquelles il se confiait, et il distribue ses dépouilles. Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui ne recueille pas avec moi dissipe. Lorsqu’un esprit immonde est sorti d’un homme, il s’en va errant par des lieux arides, cherchant le repos ; et comme il ne le trouve pas, il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. Et quand il revient, il la trouve nettoyée et parée. Alors il s’en va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et, étant entrés dans cette maison, ils y demeurent. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Comme il disait ces choses, une femme élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles qui vous ont nourri ! Et Jésus dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent !

 

    Le démon dont Jésus délivra le possédé de notre Évangile rendait cet homme muet ; et la sortie de l’esprit de ténèbres affranchit la langue du malheureux qu’il tyrannisait. Ce fait nous donne une image du pécheur captif de son redoutable vainqueur, et réduit par lui au mutisme. Si ce pécheur parlait pour confesser ses fautes, pour demander grâce, il serait délivré. Que de démons muets, répandus de toutes parts, empêchent les hommes de faire cet aveu salutaire qui les sauverait ! Cependant, la sainte Quarantaine avance dans son cours, les jours de grâce s’écoulent ; profitons du temps favorable ; et si nous sommes dans l’amitié de Dieu, prions instamment pour les pécheurs, afin qu’ils parlent, qu’ils s’accusent et qu’ils soient pardonnes.

    Écoutons aussi dans une religieuse terreur ce que nous apprend le Sauveur sur nos ennemis invisibles. Avec leur puissance, leur adresse, leurs moyens de nuire, qui pourrait subsister devant eux, si Dieu ne nous soutenait pas, s’il n’avait pas député ses Anges pour veiller sur nous et pour combattre avec nous ? Par le péché cependant, nous nous étions livrés à ces impurs et odieux esprits ; nous avions préféré leur empire tyrannique au joug si suave et si léger de notre compatissant Rédempteur. Maintenant nous sommes affranchis, ou nous allons bientôt l’être ; remercions notre libérateur ; mais prenons garde de ne plus retomber au pouvoir de ces hôtes infernaux. Le Sauveur nous avertit du péril qui nous menace. Ils reviendront, ils essaieront de forcer la demeure de notre âme sanctifiée par l’Agneau de la Pâque. Si nous sommes vigilants, si nous sommes fidèles, ils se retireront pleins de confusion ; mais si nous étions tièdes et lâches, si nous perdions de vue le prix de la grâce et les obligations qui nous enchaînent à celui qui nous a sauvés, notre perte serait certaine ; et. selon la terrible parole de Jésus-Christ, « le second état deviendrait pire que le premier ».

    Voulons-nous éviter un si grand malheur ? méditons cette autre parole du Sauveur dans notre Évangile : « Qui n’est pas avec moi est contre moi ». Ce qui fait que l’on retombe dans les liens du démon, que l’on oublie tout ce que l’on doit au divin libérateur, c’est qu’on ne prend pas franchement parti pour Jésus-Christ en présence des occasions où le devoir exige que le chrétien se prononce avec fermeté. On ménage, on dissimule, on temporise : cependant l’énergie de l’âme s’affaiblit ; Dieu ne donne plus qu’avec mesure ses grâces d’abord si abondantes ; et la rechute devient imminente. Marchons donc d’un pas ferme et assuré, et souvenons-nous que le soldat de Jésus-Christ doit toujours se faire honneur de son divin Chef.

    L’Offertoire célèbre la douceur des consolations que l’âme enlevée au pouvoir de Satan goûte à suivre les volontés du divin Pasteur.

    OFFERTOIRE.

    Justitiae Domini rectae, laetificantes corda, et judicia ejus dulciora super mel et favum : nam et servus tuus custodit ea.

    Les préceptes du Seigneur sont droits et répandent la joie dans les cœurs. Ses commandements sont plus doux que le rayon de miel. O Dieu ! votre serviteur les garde avec fidélité.

    Dans la Secrète, l’Église exprime la confiance que lui inspire le Sacrifice qui va s’offrir, et dont la vertu purifiante sur le Calvaire a effacé les péchés des hommes.

    SECRÈTE.

    Haec hostia, Domine, quæsumus, emundet nostra delicta : et ad sacrificium celebrandum, subditorum tibi corpora mentesque sanctificet. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Que cette hostie, Seigneur, nous purifie de nos péchés, et qu’elle sanctifie les corps et les âmes de vos serviteurs, afin qu’ils célèbrent dignement ce Sacrifice. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La deuxième et la troisième Secrètes se trouvent ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 71.

    Empruntant encore les paroles de David, l’Église exprime dans l’Antienne de la Communion le bonheur de l’âme unie à Dieu dans le sacrement d’amour. C’est le sort auquel seront appelés bientôt les heureux Catéchumènes dont l’admission au Baptême vient d’être prononcée ; ce sera aussi celui des Pénitents qui auront lavé dans leurs larmes les souillures de leur vie passée.

    COMMUNION.

    Passer invenit sibi domum, et turtur nidum, ubi reponat pullos suos : altaria tua, Domine virtutum, Rex meus et Deus meus : beati qui habitant in domo tua : in saeculum saeculi laudabunt te.

    Le passereau a trouvé sa retraite ; la tourterelle le nid où déposer ses petits ; vos autels sont en ma demeure, Seigneur des armées, mon Roi et mon Dieu ! Heureux ceux qui habitent dans votre maison ! ils vous loueront dans les siècles des siècles.

    L’Église, dans la Postcommunion, supplie le Seigneur, au nom des Mystères auxquels les fidèles ont participé, de vouloir bien absoudre les pécheurs, et les délivrer des périls éternels qu’ils ont eu le malheur d’encourir.

    POSTCOMMUNION.

    A cunctis nos, quaesumus Domine, reatibus et periculis propitiatus absolve : quos tanti mysterii tribuis esse participes. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Daignez, Seigneur, nous délivrer de tous péchés et de tous périls, nous que vous rendez participants d’un si grand mystère. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La deuxième et la troisième Postcommunions, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 72.

 

    A VÊPRES.

    Les Psaumes se trouvent au Dimanche, ci-dessus, page 52.

    CAPITULE.

    Fratres : estote imitatores Dei, sicut filii charissimi : et ambulate in dilectione, sicut et Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis, oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis.

    R/. Deo gratias.

    Mes Frères, soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés, et marchez dans la charité, comme Jésus-Christ nous a aimés, et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant à Dieu comme une oblation et une victime d’agréable odeur.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    L’Hymne et le Verset ci-dessus, page 55.

    ANTIENNE DE Magnificat

    Extollens vocem quædam mulier de turba, dixit : Beatus venter qui te portavit, et ubera quæ suxisti. At Jesus ait illi : Quinimo beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud.

    Une femme, élevant la voix du milieu de la foule, dit : Heureux le sein qui vous a porté et les mamelles qui vous ont nourri ! Mais Jésus lui dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent !

    ORAISON.

    Quaesumus, omnipotens Deus, vota milium respice : atque ad defensionem nostram, dexteram tuæ majestatis extende. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Dieu tout-puissant, daignez regarder favorablement les vœux de notre humilité, et étendre pour nous protéger le bras de votre Majesté. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Le Bréviaire Mozarabe nous fournit cette belle prière, au commencement de la troisième semaine de Carême.

    CAPITULA.

    (Brev. Gothicum. In Dominica III Quadragesimae.)

    Quarti nunc et decimi diei de nostrorum dierum decimis curriculo jam peracto, ad te levamus oculos nostros, Domine, qui habitas in cœlis ; impende jam et misericordiam miseris, et medelam porrige vulneratis ; tu nobis adgressum iter placidum effice : tu cor nostrum in mandatorum tuorum semitis dirige : per te lucis inveniamus viam : per te luminosa amoris tui capiamus incendia : tu laboribus requiem, tu laborantibus tribue mansionem ; ut horum dierum observatione tibi placentes, gloriae tuae mereamur esse participes.

 

    Déjà quatorze jours sur cette carrière qui forme la dîme de l’année, sont écoulés ; nous levons nos yeux vers vous, Seigneur, qui habitez les cieux. Répandez votre miséricorde sur les misérables : appliquez le remède aux blessés ; rendez-nous sereine cette voie où nous sommes entrés ; dirigez notre cœur dans le sentier de vos préceptes. Faites nous trouver le chemin de la lumière. Éclairez-nous et embrasez-nous de votre amour. Donnez le repos après le travail, l’habitation tranquille après les fatigues, afin que, nous étant rendus agréables à vos yeux par l’observance de ces saints jours, nous méritions d’être participants de votre gloire.

LE LUNDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est dans l’Église de Saint-Marc, bâtie au IVe siècle en l’honneur de l’Évangéliste de ce nom, parle pape saint Marc, dont le corps y repose encore aujourd’hui.

    COLLECTE.

    Cordibus nostris, quæsumus Domine, gratiam tuam benignus infunde : ut sicut ab escis carnalibus abstinemus, ita sensus quoque nostros a noxiis retrahamus excessibus. Per Christum Dominum nostrum Amen.

    Daignez, Seigneur, verser votre grâce dans nos cœurs, afin qu’en pratiquant l’abstinence des viandes, nous retirions aussi nos sens des excès qui nous furent nuisibles. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Regum. IV, Cap. V.

    In diebus illis :Naaman, princeps militiae regis Syriæ, erat vir magnus apud dominum suum, et honoratus : per illum enim dedit Dominus salutem Syriæ : erat autem vir fortis et dives, sed leprosus. Porro de Syria egressi fuerant latrunculi, et captivam duxerant de terra Israël puellam parvulam, quæ erat in obsequio uxoris Naaman. Quæ ait ad dominam suam : Utinam fuisset dominus meus ad Prophetam, qui est in Samaria : profecto curasset eum a lepra quam habet. Ingressus est itaque Naaman ad dominum suum, et nuntiavit ei, dicens : Sic et sic locuta est puella de terra Israël. Dixitque ei rex Syriæ : Vade, et mittam litteras ad regem Israël. Qui cum profectus esset, et tulisset secum decem talenta argenti, et sex millia aureos, et decem mutatoria vestimentorum, detulit litteras ad regem Israël, in haec verba : Cum acceperis epistolam hanc, scito quod miserim ad te Naaman servum meum, ut cures eum a lepra sua. Cumque legisset rex Israël litteras, scidit vestimenta sua, et ait : Numquid Deus ego sum, ut occidere possim et vivificare, quia iste misit ad me, ut curem hominem a lepra sua ? Animadvertite et videte quod occasiones quærat adversum me. Quod cum audisset Elisaeus vir Dei, scidisse videlicet regem Israël vestimenta sua, misit ad eum dicens : Quare scidisti vestimenta tua ? Veniat ad me, et sciat esse Prophetam in Israël. Venu ergo Naaman cum equis et curribus, et stetit ad ostium domus Elisaei : misitque ad eum Elisaeus nuntium,dicens : Vade, et lavare septies in Jordane, et recipiet sanitatem caro tua, atque mundaberis. Iratus Naaman recedebat, dicens : Putabam quod egrederetur ad me, et stans invocaret nomen Domini Dei sui, et tangeret manu sua locum leprae et curaret me. Numquid non meliores sunt Abana et Pharphar fluvii Damasci omnibus aquis Israël, ut laver in eis et munder ? Cum ergo vertisset se, et abiret indignans, accesserunt ad eum servi sui, et locuti sunt ei : Pater, et si rem grandem dixisset tibi Propheta, certe facere debueras : quanto magis quia nunc dixit tibi : Lavare, et mundaberis ? Descendit, et lavit in Jordane septies juxta sermonem viri Dei, et restituta est caro ejus, sicut caro pueri parvuli, et mundatus est. Reversusque ad virum Dei cum universo comitatu suo, venit et stetit coram eo, et ait : Vere scio quod non sit alius Deus in universa terra, nisi tantum in Israël.

 

    Lecture du livre des Rois. IV, Chap. V.

    En ces jours-là, Naaman, général de l’armée du roi de Syrie, était un homme puissant et en grand honneur auprès de son maître ; car le Seigneur avait sauvé par lui la Syrie. Il était vaillant et riche, mais lépreux. Or il arriva que des voleurs sortis de Syrie firent captive une jeune fille de la terre d’Israël, et que celle-ci fut attachée au service de la femme de Naaman. Cette fille dit à sa maîtresse : Plût à Dieu que mon maître eût été trouver le Prophète qui est en Samarie ! il aurait été assurément guéri de sa lèpre. Naaman alla donc trouver son maître et lui dit : Une fille de la terre d’Israël a dit ceci et cela. Le roi de Syrie lui dit : Va, et j’écrirai pour toi au roi d’Israël. Naaman partit donc, et prit avec lui dix talents d’argent, six mille écus d’or et dix habillements neufs, et il porta au roi d’Israël la lettre du roi de Syrie ainsi conçue : Lorsque vous aurez reçu cette lettre, elle vous apprendra que j’ai envoyé vers vous Naaman mon serviteur, afin que vous le guérissiez de sa lèpre. Le roi d’Israël, ayant lu cette lettre, déchira ses vêtements, et dit : Suis-je donc un Dieu pour pouvoir ôter et rendre la vie, que celui-ci m’envoie un homme à guérir de la lèpre ? Considérez et voyez que ce roi cherche une occasion contre moi. Élisée, l’homme de Dieu, ayant appris que le roi d’Israël avait ainsi déchiré ses vêtements, lui envoya dire : Pourquoi avez-vous déchiré vos vêtements ? Que cet homme vienne à moi, et qu’il sache qu’il y a un Prophète en Israël. Naaman vint donc avec tous ses chevaux et ses chariots, et il s’arrêta à la porte de la maison d’Élisée. Et Élisée lui envoya dire par quelqu’un : Allez, et lavez-vous sept fois dans le Jourdain, et votre chair se guérira et deviendra nette. Naaman irrite se retirait déjà, en disant : Je croyais qu’il serait venu me trouver, qu’il invoquerait sur moi le nom du Seigneur son Dieu, qu’il toucherait de sa main ma lèpre, et qu’il me guérirait. N’avons-nous pas à Damas les fleuves d’Abana et de Pharphar qui sont meilleurs que toutes les eaux d’Israël, pour aller m’y laver et me rendre le corps net ? Comme donc il avait déjà détourné sa face et s’en allait plein d’indignation, ses serviteurs s’approchèrent de lui et lui dirent : Père, si le Prophète vous eût enjoint quelque chose de bien difficile, vous auriez dû néanmoins le faire : combien plus devez-vous aujourd’hui lui obéir, lorsqu il vous dit : Allez vous laver, et vous deviendrez net ? Il descendit, et se lava sept fois dans le Jourdain selon la parole de l’homme de Dieu ; et sa chair redevint aussi saine que la chair d’un petit enfant, et il se trouva guéri. Il retourna donc vers l’homme de Dieu avec toute sa suite, et il vint se présenter devant lui, et lui dit : Je sais fermement qu’il n’y a point d’autre Dieu sur toute la terre, que celui qui est en Israël.

 

    Hier, la sainte Église annonçait l’approche du Baptême pour nos Catéchumènes ; aujourd’hui, elle leur présente une histoire de l’Ancien Testament qui renferme un symbole de ce bain salutaire que leur a préparé la miséricorde divine. La lèpre de Naaman est la figure du péché ; cette hideuse maladie n’a pour l’officier syrien qu’un seul remède : il faut qu’il se baigne sept fois dans les eaux du Jourdain, et il sera guéri. Le Gentil, l’infidèle, l’enfant qui naît avec la tache originelle, tous peuvent devenir justes et saints, mais par l’eau seulement et par l’invocation de la glorieuse Trinité. Naaman trouve qu’un tel remède est trop vulgaire ; il doute, il hésite ; dans sa sagesse humaine, il voudrait un moyen plus digne de lui, un prodige sensible qui pût lui faire honneur autant qu’au Prophète. Au temps de la prédication apostolique, plus d’un Gentil raisonna de même ; mais ceux qui crurent avec simplicité à la vertu de l’eau sanctifiée par Jésus-Christ reçurent la régénération ; et la fontaine baptismale enfanta un nouveau peuple formé de tous les peuples qui sont sous le ciel. Naaman, figure de la gentilité, se résolut enfin à croire ; et sa foi fut récompensée par une guérison complète. Ses chairs putréfiées devinrent semblables à celles de l’enfant chez qui les sources de la vie n’ont point encore été altérées. Glorifions Dieu qui a donné cette vertu aux eaux, et qui, par sa grâce, produit dans les âmes dociles cette foi à laquelle il réserve une si précieuse récompense.

 

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. IV.

    In illo tempore : Dixit Jesus Pharisæis : Utique dicetis mihi hanc similitudinem : Medice, cura teipsum : quanta audivimus facta in Capharnaum, fac et hic in patria tua. Ait autem : Amen dico vobis, quia nemo propheta acceptus est in patria sua. In veritate dico vobis, multae viduae erant in diebus Eliæ in Israël, quando clausum est cœlum annis tribus et mensibus sex cum facta esset fames magna in omni terra : et ad nullam illarum missus est Elias, nisi in Sarephta Sidoniae ad mulierem viduam. Et multi leprosi erant in Israël sub Elissa propheta : et nemo eorum mundatus est, nisi Naaman Syrus. Et repleti sunt omnes in synagoga ira, hæc audientes. Et surrexerunt, et ejecerunt illum extra civitatem : et duxerunt illum usque ad supercilium montis, super quem civitas illorum erat aedificata, ut praecipitarent eum. Ipse autem transiens per medium illorum, ibat.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap, IV.

    En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens : Vous m’appliquerez sans doute ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même ; vous me direz : Les grandes choses que nous avons ouï dire avoir été accomplies par vous à Capharnalim, faites-les ici dans votre patrie. Et il ajouta : En vérité, je vous le dis, nul prophète n’est accueilli dans sa patrie. Je vous le dis en vérité, il y avait plusieurs veuves en Israël aux joursd’Élie, lorsque le ciel lut fermé durant trois ans et six mois, et qu’il y eut une grande famine par toute la terre ; néanmoins Élie ne fut envoyé à aucune d’elles, si ce n’est à la veuve de Sarepta des Sidoniens. Et il y avait de même plusieurs lépreux en Israël aux jours du prophète Élisée, et néanmoins nul d’entre eux ne fut guéri, mais seulement Naaman le Svrien. En entendant ceci, ils furent tous remplis de colère dans la synagogue. Et se levant ils le jetèrent hors de la ville, et le menèrent au sommet d’un mont sur lequel leur ville était bâtie, pour le précipiter ; mais lui, passant au milieu d’eux, se retira.

 

    Nous venons d’entendre le Sauveur proclamer encore le mystère de la vocation des Gentils à la place des Juifs incrédules ; et notre Naaman est cité ici comme un exemple de cette miséricordieuse substitution. Jésus rappelle aussi la veuve de Sarepta, l’hôtesse d’Élie, dont nous avons lu l’histoire il y a quelques jours. Cette effrayante résolution du Seigneur de transporter sa lumière d’un peuple à l’autre irrite les pharisiens de Nazareth contre le Messie. Ils savent que Jésus, qui, à ce moment, n’était encore qu’au début de sa prédication, vient d’opérer de grandes merveilles dans Capharnaum : ils voudraient le voir illustrer leur petite ville par quelques signes semblables ; mais Jésus sait qu’ils ne se convertiraient pas. Le connaissent-ils seulement ? Il a atteint au milieu d’eux l’âge de trente ans, « croissant toujours en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes 45 » ; mais ces puissants du siècle ne faisaient guère attention à un pauvre ouvrier, au fils du charpentier. Savent-ils môme que, si Jésus a fait un long séjour à Nazareth, ce n’est cependant pas dans cette ville, mais à Bethléhem, qu’il est né ? Devant eux, dans la synagogue de Nazareth 46 , il vient d’expliquer le prophète Isaïe avec une éloquence et une grâce merveilleuses ; il annonçait que le temps de la miséricorde était arrivé. Son discours, qui étonna et ravit l’assistance, a moins frappé les sages de la ville que le bruit des prodiges qu’il vient d’opérer dans un pays voisin. Ils veulent lui voir faire quelque miracle sous leurs yeux, comme un vain spectacle ; ils ne l’obtiendront pas. Qu’ils se rappellent le discours que Jésus a fait dans la synagogue, et surtout qu’ils tremblent en l’entendant annoncer le retour des Gentils. Mais le divin Prophète n’est point écouté dans sa propre ville ; et si sa puissance ne l’eût soustrait à la férocité de ses indignes compatriotes, le sang du Juste eût été répandu dès ce jour-là. C’est la triste gloire de l’ingrate Jérusalem, « que nul prophète ne doit périr, si ce n’est dans ses murs 47 ».

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Subveniat nobis, Domine, misericordia tua : ut ab imminentibus peccatorum nostrorum periculis, te mereamur protegente, eripi, te liberante, salvari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Que votre miséricorde, Seigneur, nous assiste, afin que nous méritions d’être arrachés par votre protection aux périls pressants où nos péchés nous engagent, et d’en être sauvés par votre secours libérateur. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Offrons à Dieu, en cette journée, cette solennelle Supplication , empruntée à la Liturgie gothique :

    PRECES.

    (Missale Gothicum. In Dominica III Quadragesimae.)

    Rogamus te, Rex saeculorum, Deus sancte, jam miserere peccavimus tibi.

    V/. Audi clamantes, Pater altissime, et quae precamur, clemens attribue : exaudi nos, Domine.

    R/. Jam miserere.

    V/. Bone Redemptor, supplices quæsumus de toto corde nentes : requirimus, adsiste propitius.

    R/. Jam miserere.

    V/. Emitte manum , Deus omnipotens : et invocantes potenter protege ex alto, piissime.

    R/. Jam miserere.

    V/. Fertilitatem et pacem tribue : remove belia, et famem cohibe, Redemptor sanctissime.

    R/. Jam miserere.

    V/. Indulge lapsis : indulge perditis : dimitte noxia : ablue crimina : acclines tu libera.

    R/. Jam miserere.

    V/.Gemitus vide : fletus intellige : extende manum : peccantes redime.

    R/. Jam miserere.

    V/. Hanc nostram , Deus, hanc pacem suscipe : supplicum voces placatus suscipe : et parce, piissime.

    R/. Rogamus te, Rex sæculorum, Deus sancte, jam miserere : peccavimus tibi.

 

    Roi des siècles, Dieu saint, nous avons péché contre vous ; nous vous en prions, ayez enfin pitié.

    V/. Père très haut, écoutez nos cris ; dans votre bonté, octroyez nos demandes ; exaucez-nous, Seigneur.

    R/. Ayez enfin pitié.

    V/. Rédempteur plein de bonté, nous vous supplions, pleurant de tout notre cœur ; nous sommes devant vous, soyez propice ; assistez-nous.

    R/. Ayez enfin pitié.

    V/. Dieu tout-puissant, étendez votre main du haut du ciel : ô miséricordieux, dans votre puissance, protégez ceux qui vous invoquent.

    R/. Ayez enfin pitié.

    V/. Donnez la fertilité et la paix, écartez les guerres, repoussez la famine, ô Rédempteur très saint !

    R/. Ayez enfin pitié.

    V/. Pardonnez à ceux qui sont tombés ; pardonnez à ceux qui se sont perdus ; remettez les fautes, lavez les crimes ; délivrez ceux qui sont devant vous prosternés.

    R/. Ayez enfin pitié.

    V/. Voyez les gémissements, considérez lespleurs, étendez la main, rachetez ceux qui ont péché.

    R/. Ayez enfin pitié.

    V/. Acceptez, ô Dieu ! cette réconciliation ; accueillez ces voix suppliantes, et pardonnez, vous plein de bonté.

    R/. Roi des siècles, Dieu saint, nous avons péché contre vous, nous vous en prions, ayez enfin pitié de nous.

LE MARDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est dans l’Église de sainte Pudentienne, petite-fille du sénateur Pudens. Cette vierge illustra Rome chrétienne au II° siècle par sa piété, sa charité et son zèle à ensevelir les corps des Martyrs. Son église est bâtie sur l’emplacement de la maison qu’elle habitait avec son père et sa sœur sainte Praxède, maison qui avait été, sous son aïeul, honorée de la présence de saint Pierre.

    COLLECTE.

    Exaudi nos, omnipotens et misericors Deus ; et continentiae salutaris propitius nobis dona concede. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Exaucez-nous, Dieu tout-puissant et miséricordieux, et daignez nous accorder le don d’une abstinence si salutaire à nos âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Regum. IV, Cap. IV.

    In diebus illis : Mulier quædam clamabat ad Elisaeum Prophetam, dicens : Servus tuus vir meus mortuus est ; et tu nosti quia servus tuus fuit timens Dominum : et ecce creditor venit ut tollat duos filios meos ad serviendum sibi. Cui dixit Elisaeus : Quid vis ut faciam tibi ? Die mihi, quid habes in domo tua ? At illa respondit : Non habeo ancilla tua quidquam in domo mea, nisi parum olei, quo ungar. Cui ait : Vade, pete mutuo ab omnibus vicinis tuis vasa vacua non pauca. Et ingredere, et claude ostium tuum, cum intrinsecus fueris tu et filii tui : et mitte inde in omnia vasa haec : et cum plena fuerint, tolles. Ivit itaque mulier, et clausit ostium super se, et super filios suos : illi offerebant vasa, et illa infundebat. Cumque plena fuissent vasa, dixit ad filium suum : Affer mihi adhuc vas. Et ille respondit : Non habeo. Stetitque oleum. Venit autem illa, et indicavit homini Dei. Et ille : Vade inquit, vende oleum, et redde creditori tuo : tu autem et filii tui vivite de reliquo.

 

    Lecture du livre des Rois, IV, Chap. IV.

    En ces jours-là, une femme s’adressa avec des cris au prophète Élisée, et lui dit : Mon mari, votre serviteur, est mort ; et vous savez que votre serviteur était craignant Dieu, et maintenant son créancier vient pour prendre mes deux fils, et en faire ses esclaves. Élisée lui dit : Que voulez-vous que je vous fasse ? Dites-moi, qu’avez-vous dans votre maison ? Elle répondit : Votre servante n’a plus dans sa maison qu’un peu d’huile pour s’en oindre. Il lui dit : Allez, empruntez de tous vos voisins des vases vides ; puis entrez, fermez votre porte, et quand vous serez au dedans, vous et vos fils, versez de cette huile dans tous ces vases ; et quand ils seront pleins, vous les ôterez. Cette femme alla donc et ferma la porte sur elle et sur ses fils ; ceux-ci lui présentaient les vases, et elle versait dedans. Lorsque les vases furent pleins, elle dit à son fils : Apporte-moi encore un vase. Et il répondit : Je n’en ai plus. Et l’huile s’arrêta. Elle vint donc et rendit compte à l’homme de Dieu. Et il lui dit : Allez, vendez cette huile, et payez votre créancier : et vivez de ce qui reste, vous et vos fils.

 

    Le mystère de cette lecture est facile à saisir. Le créancier de l’homme est Satan, à qui nos péchés ont donné sur nous d’immenses droits. Le seul moyen de nous acquitter est l’huile, c’est-à-dire la miséricorde, dont l’huile est le symbole par sa douceur. « Heureux ceux qui sont miséricordieux : car ils obtiendront eux-mêmes miséricorde 48 » En ces jours de salut, préparons donc notre réconciliation par notre empressement à soulager nos frères, joignant l’aumône au jeûne, et pratiquant les œuvres de miséricorde. Par ce moyen, nous déchirons le cœur de Dieu ; et nous remettant lui-même notre dette, il enlèvera à Satan le titre qu’il s’apprêtait à faire valoir contre nous. Profitons de l’exemple de cette femme de l’Écriture : c’est loin des regards des hommes qu’elle remplit ses vases de l’huile mystérieuse ; fermons aussi notre porte pour faire le bien ; et « que notre main gauche ignore ce qu’aura fait notre main droite 49 ». Observons encore ceci : l’huile ne s’arrête que lorsqu’il n’y a plus de vases à remplir. Ainsi notre miséricorde envers le prochain doit être proportionnée à nos moyens d’action. Dieu les connaît, et il ne veut pas que nous restions en deçà de ce que nous pouvons faire. Soyons donc larges en ce saint temps, et prenons la résolution de l’être toujours. Quand les ressources matérielles nous manqueront, soyons encore miséricordieux par nos désirs, par nos instances auprès des hommes, par nos prières auprès de Dieu.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XVIII.

    In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis : Si peccaverit in te frater tuus, vade, et corripe eum inter te et ipsum solum. Si te audierit, lucratus eris fratrem tuum. Si autem te non audierit, adhibe tecum adhuc unum vel duos, ut in ore duorum vel trium testium stet omne verbum. Quod si non audierit eos, die Ecclesiae. Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. Amen dico vobis : quaecumque alligaveritis super terram, erunt ligata et in cælo ; et quaecumque solveritis super terram, erunt soluta et in cœlo. Iterum dico vobis, quia si duo ex vobis consenserint super terram, de omni re quamcumque petierint, fiet illis a Patre meo, qui in coelis est. Ubi enim sunt duo vel tres congregati in nomine meo, ibi sum in medio corum. Tunc accedens Petrus ad eum, dixit : Domine, quoties peccabit in me frater meus, et dimittam ei ? Usque septies ? Dicit illi Jesus : Non dico tibi usque septies ; sed usque septuagies septies.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XVIII.

    En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Si votre frère a péché contre vous, allez et le reprenez seul entre vous et lui. S’il vous écoute, vous aurez gagné votre frère. Mais s’il ne vous écoute pas, prenez encore avec vous une ou deux personnes, afin que tout soit avéré par la parole de deux ou trois témoins. Que s’il ne les écoute pas, dites-le à l’Église ; et s’il n’écoute pas l’Église, qu’il vous soit comme un païen et un publicain. En vérité, je vous le dis, tout ce que vous aurez lié sur la terre, sera lié aussi dans le ciel : et tout ce que vous aurez délié sur la terre, sera aussi délié dans le ciel. Je vous le dis encore, si deux d’entre vous se réunissent sur la terre, quoi que ce soit qu’ils demandent, ils l’obtiendront de mon Père qui est dans les cieux : car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, j’y suis au milieu d’eux. Pierre alors, s’approchant de lui. lui dit : Seigneur, combien de fois mon frère péchant contre moi, le lui remettrai-je ? Jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois.

 

    La miséricorde que le Seigneur veut voir en nous ne consiste pas seulement à répandre l’aumône corporelle et spirituelle dans le sein des malheureux ; elle embrasse encore le pardon et l’oubli des injures. C’est ici que Dieu nous attend pour éprouver la sincérité de notre conversion. « La mesure dont vous aurez usé envers les autres, dit-il, sera celle dont on usera envers vous 50 . » Si nous pardonnons du fond du cœur à nos ennemis, le Père céleste nous pardonnera sans restriction à nous-mêmes. En ces jours de réconciliation, efforçons-nous de gagner nos frères, comme dit le Seigneur ; et pour cela, pardonnons, quand bien même il le faudrait faire septante fois sept fois. Nos rixes d’un jour sur le chemin de l’éternité ne doivent pas nous faire manquer le terme du voyage. Remettons donc les torts et les injures, et imitons la conduite de Dieu lui-même à notre égard.

    Remarquons encore dans notre Évangile ces paroles qui sont le fondement de notre espérance, et qui doivent retentir jusqu’au fond de nos cœurs reconnaissants : Tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Quel nombre immense de pécheurs vont faire l’expérience de cette heureuse promesse ! Ils confesseront leurs péchés, ils offriront à Dieu l’hommage d’un cœur contrit et humilié ; et au moment où le prêtre les déliera sur la terre, la main de Dieu au ciel les dégagera des liens qui les tenaient enchaînés pour les supplices éternels.

    Enfin, n’oublions pas non plus cette autre parole qui est liée à la précédente : Si quelqu’un n’écoute pas l’Église, qu’il vous soit comme un païen et un publicain. Qu’est-ce donc que cette Église dont il est parlé ici ? Des hommes auxquels Jésus-Christ a dit : Qui vous écoute m’écoute ; qui vous méprise me méprise ; des hommes par la bouche desquels la vérité, qui seule peut sauver, arrive à l’oreille du Chrétien ; des hommes qui seuls sur la terre peuvent réconcilier le pécheur avec Dieu, lui fermer l’enfer et lui ouvrir le ciel. Devons-nous donc nous étonner après cela que le Sauveur, qui les a voulus pour ses intermédiaires entre lui et les hommes, menace de regarder comme un païen, comme un homme sans baptême, celui qui ne reconnaît pas leur autorité ? En dehors de leur enseignement, point de vérité révélée ; en dehors des Sacrements qu’ils administrent, point de salut ; en dehors de la soumission aux lois spirituelles qu’ils imposent, point d’espérance en Jésus-Christ.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Tua nos, Domine, protectione defende : et ab omni semper iniquitate custodi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Défendez-nous, Seigneur, par votre protection, et gardez-nous sans cesse de toute iniquité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Demandons à la Liturgie grecque quelques accents de pénitence,pour les offrira Dieu aujourd’hui. Elle nous présente cette Hymne de saint André de Crète :

    (In V Feria V Hebdomadae.)

    Audivit Propheta adventum tuum, Domine, et timuit : quod esses nasciturus ex Virgine et mundo exhibendus ; dixitque : Audivi auditum tuum et timui. Sit gloria, Domine, tuæ potentiæ.

    Ne despexeris tua opera, ac tuum figmentum, juste judex, neglexeris : quamquam peccavi solus, tu o clemens, qua homo supra hominem omnem, potestatem tamen dimittendi peccata, qua es Dominas universorum, habes.

    Prope est finis, o anima, prope est, nec es sollicita ? non te praeparas ? tempus urget, exsurge : prope est judex in januis : velut somnium, velut flos, vita decurrit ; ut quid vero frustra conturbamur ?

    Resipisce, o anima mea : actus quos es operata, recogita, eosque ob oculos statue, atque ab oculis lacrymarum stillas funde. Die palam Christo actiones tuas et cogitationes, et justificare.

    Non fuerit in vita peccatum, actiove, aut malitia, quam ego, Salvator, intellectu et cogitatione atque proposito non peccaverim, affectu, mentis judicio, et actione, ut nemo unquam gravius peccaverit.

    Inde etiam damnationis incurri reatum ; inde, miser ego, conscientia propria judice, qua nihil mundus violentius habet, causa cecidi : tu judex et redemptor, cognitorque meus, parce et libera, salvumque fac servum tuum.

    Tempus vitae meae exiguum est, laboribusque et molestia plenum : verum pœnitentem suscipe, et revoca agnoscentem. Ne fiam alieni possessio et esca : tu ipse Salvator, mei miserere.

    Jam grandiloquum ago, et corde temere audacem. Ne me condemnes cum Pharisaeo : imo Publicani, qui solus misericors sis, humilitatem concede : tu me, juste judex, huic adcense.

    Ipse mihi factus sum idolum, vitiis corrumpens animam : verum pœnitentem suscipe, et revoca agnoscentem. Ne efficiar alieno in possessionem et escam : tu ipse Salvator, mei miserere.

 

    Le Prophète ayant appris votre futur avènement, Seigneur : que vous deviez naître d’une Vierge et vous montrer au monde, fut saisi de crainte, et il dit : J’ai entendu le bruit de votre arrivée, et je me suis effrayé. Gloire soit à votre puissance, Seigneur !

    Juste Juge, ne méprisez pas l’ouvrage de vos mains ; ne dédaignez pas votre œuvre. Quoique j’aie moi seul péché, vous, ô Dieu clément, supérieur à tous les hommes dans votre humanité, vous avez encore le pouvoir de remettre les péchés, étant le Seigneur de tous.

    La fin s’approche, ô mon âme ! elle est tout près, et tu ne t’inquiètes pas ? tu ne te prépares pas r Le temps presse, lève-toi : le juge est a la porte. La vie passe comme un songe, se flétrit comme une fleur : pourquoi donc nos vaines agitations ?

    Rentre en toi-même, ô mon âme ! repasse tes œuvres, remets-les devant tes veux, verse d’abondantes larmes. Raconte au Christ tes actions et tes pensées, et deviens juste.

    O Sauveur ! il n’est point dans la vie de l’homme de péchés, d’actions mauvaises que je n’aie commises, dans la pensée du moins et dans l’intention ; personne n’a été plus coupable que moi dans l’affection au mal, dans les jugements de l’esprit et dans les œuvres.

    C’est pourquoi j’ai encouru la damnation ; c’est pourquoi, malheureux, je suis tombé avec justice, et ma conscience est pour moi un juge plus terrible que tout ce que renferme le monde. O juge ! ô rédempteur ! tu me connais ; pardonne, délivre et sauve ton serviteur.

    Le temps de ma vie est court, plein de fatigues et d’ennuis ; reçois en moi un vrai pénitent ; rappelle près de toi celui qui te reconnaît. Que je ne sois point la possession et la proie de l’étranger ; tu es mon Sauveur, aie pitié de moi.

    Je suis encore trop parleur, trop audacieux dans la témérité de mon cœur ; ne me condamne pas avec le Pharisien, toi qui seul es miséricordieux ; donne-moi l’humilité du Publicain. Juste juge, place-moi avec lui.

    J’ai été ma propre idole ; j’ai corrompu mon âme par le péché ; reçois en moi un vrai pénitent ; rappelle près de toi celui qui te reconnaît ; que je ne sois point la possession et la proie de l’étranger : tu es encore mon Sauveur, aie pitié de moi.

 

LE MERCREDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station, à Rome, est dans l’Église de Saint-Sixte, sur la Voie Appienne. On l’appelle aujourd’hui Saint-Sixte-le-Vieux, pour la distinguer d’une autre église consacrée à la mémoire du même saint Pape et Martyr.

    COLLECTE.

    Praesta nobis, quaesumus Domine, ut salutaribus jejuniis eruditi, a noxiis quoque vitiis abstinentes, propitiationem tuam facilius impetremus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Faites, Seigneur, que ces jeûnes salutaires contribuant à nous éclairer, nous parvenions à nous abstenir des péchés qui nous sont si dangereux, et que nous obtenions plus promptement votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Exodi. Cap. XX.

    Haec dicit Dominus Deus : Honora patrem tuum, et matrem tuam, ut sis longaevus super terram, quam Dominus Deus tuus dabit libi. Non occides. Non mœchaberis. Non furtum facies. Non loqueris contra proximum tuum falsum testimonium. Non concupisces domum proximi tui, nec desiderabis uxorem ejus, non servum, non ancillam, non bovem, non asinum, nec omnia quæ illius sunt. Cunctus autem populus videbat voces, et lampades, et sonitum buccinas, montemque fumantem : et perterriti, ac pavore concussi steterunt procul, dicentes Moysi : Loquere tu nobis, et audiemus : non loquatur nobis Dominus, ne forte moriamur Et ait Moyses ad populum : Nolite timere : ut enim probaret vos venit Deus ; et ut terror illius esset in vobis, et non peccaretis. Stetitque populus de longe. Moyses autem accessit ad caliginem, in qua erat Deus. Dixit praeterea Dominus ad Moysen : Haec dices filiis Israël : Vos vidistis quod de cœlo locutus sim vobis. Non facietis deos argenteos, nec deos aureos facietis vobis. Altare de terra facietis mihi, et offeretis super eo holocausta et pacifica vestra, oves vestras, et boves, in omni loco in quo memoria fuerit Nominis mei.

 

    Lecture du livre de l’Exode. Chap. XX.

    Voici ce que dit le Seigneur : Honore ton père et ta mère, afin de vivre longtemps sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera. Tu ne tueras point. Tu ne commettras point d’adultère. Tu ne déroberas point. Tu ne porteras point faux témoignage contre ton prochain. Tu ne désireras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à lui. Or tout le peuple entendait le bruit de la voix et le son de la trompette ; il voyait les éclairs et la montagne fumante ; et, dans la crainte et l’effroi dont ils étaient saisis, ils se tinrent loin de la montagne, et dirent à Moïse : Parlez-nous vous-même, et nous écouterons ; mais que le Seigneur ne nous parle plus, de peur que nous ne mourions. Et Moïse dit au peuple : Ne craignez point : car Dieu est venu pour vous éprouver, et afin que sa terreur soit en vous, et que vous ne péchiez point. Le peuple donc demeura bien loin ; mais Moïse entra dans l’obscurité où Dieu était. Le Seigneur dit encore à Moïse : Tu diras ceci aux enfants d’Israël : Vous avez vu que je vous ai parlé du ciel. Vous ne vous ferez point de dieux d’argent, ni de dieux d’or. Vous me dresserez un autel en terre, et vous offrirez dessus vos holocaustes et vos hosties pacifiques, vos brebis et vos bœufs, en tous les lieux où la mémoire de mon Nom sera établie.

 

    L’Église nous rappelle aujourd’hui les préceptes du Seigneur qui ont rapport au prochain, en commençant par celui qui prescrit le respect des parents. Dans ce temps de réforme et de conversion, il est utile aux fidèles de se souvenir que c’est sur l’autorité de Dieu que reposent nos devoirs envers les hommes : d’où il suit que c’est Dieu même que nous avons offensé, quand nous avons péché contre nos semblables. Le Seigneur réclame d’abord ses propres droits ; il veut être adoré et servi ; il défend le culte grossier des idoles ; il prescrit l’observation du Sabbat, les sacrifices, les cérémonies ; mais en même temps il veut que l’homme aime son prochain comme lui-même ; il se déclare le vengeur de nos frères. quand nous les avons lésés, si nous ne réparons pas le tort ou l’injure. La voix de Jéhovah est aussi tonnante sur le Sinai, quand elle réclame les droits de notre prochain, que lorsqu’elle retentit pour déclarer à l’homme ses obligations envers son Créateur. Étant ainsi éclairés sur l’origine de nos devoirs, nous comprendrons mieux l’état de nos consciences, et combien nous sommes redevables à la justice de Dieu. Mais si l’ancienne loi, gravée sur des tables de pierre. sanctionne avec tant d’autorité le précepte de l’amour du prochain ; combien plus la nouvelle. scellée du sang de Jésus-Christ mourant sur la croix pour ses frères ingrats, nous révélera-t-elle l’étendue du précepte de la charité fraternelle ! Ces deux lois sont devant nous ; elles sont le double texte sur lequel nous serons jugés ; hâtons-nous donc de nous conformer à ce qu’elles prescrivent, afin que cette parole du Sauveur s’accomplisse en nous : « Tout le monde verra que vous « êtes mes disciples à l’affection que vous aurez les uns pour les autres 51 . »

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XV.

    In illo tempore : Accesserunt ad Jesum ab Jerosolymis Scribae et Pharisaei, dicentes : Quare discipuli tui transgrediuntur traditionem seniorum ? non enim lavant manus suas cum panem manducant. Ipse autem respondens, ait illis : Quare et vos transgredimini mandatum Dei propter traditionem vestram ? Nam Deus dixit : Honora patrem et matrem. Et : Qui maledixerit patri vel matri, morte moriatur. Vos autem dicitis : Quicumque dixerit patri vel matri : Munus quodcumque est ex me tibi prodent : et non honorificabit patrem suum aut matrem suam : et irritum fecistis mandatum Dei propter traditionem vestram. Hypocrite, bene prophetavit de vobis Isaias, dicens : Populus hic labiis me honorat : cor autem eorum longe est a me. Sine causa autem colunt me, docentes doctrinas et mandata hominum. Et convocatis ad se turbis, dixit eis : Audite, et intelligite. Non quod intrat in os, coinquinat hominem : sed quod procedit ex ore, hoc coinquinat hominem. Tunc accedentes discipuli ejus, dixerunt ei : Scis quia Pharisaei, audito verbo hoc scandalizati sunt ? At ille respondens, ait : Omnis plantatio quam non plantavit Pater meus cœlestis, eradicabitur. Sinite illos : caeci sunt, et duces caecorum. Caecus autem si caeco ducatum praestet, ambo in foveam cadunt. Respondens autem Petrus, dixit ei : Edissere nobis parabolam istam. At ille dixit : Adhuc et vos sine intellectu estis ? Non intelligitis quia omne quod in os intrat, in ventrem vadit, et in secessum emittitur ? Quae autem procedunt de ore, de corde exeunt, et ea coinquinant hominem : de corde enim exeunt cogitationes malæ, homicidia, adulteria, fornicationes, furta, falsa testimonia, blasphemiae. Haec sunt quae coinquinant hominem. Non lotis autem manibus manducare, non coinquinat hominem.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XV.

    En ce temps-là, des Scribes et des Pharisiens venus de Jérusalem s’approchèrent de Jésus, et lui dirent : Pourquoi vos disciples transgressent-ils les traditions des Anciens ? Car ils ne lavent pas leurs mains, lorsqu’ils mangent du pain ? Mais il leur répondit : Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu par votre tradition ? Car Dieu a dit : Honore ton père et ta mère ; et : Quiconque maudira son père ou sa mère, mourra de mort. Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : Tout don que j’offre à Dieu vous est utile, satisfait à la loi, encore qu’après cela il n’honore point son père ni sa mère. Et ainsi vous avez rendu inutile le commandement de Dieu par votre tradition. Hypocrites, c’est bien d,e vous qu’Isaïe a prophétisé, lorsqu’il a dit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ; le culte qu’ils me rendent est vain, et ils enseignent des doctrines et des ordonnances humaines. Puis, ayant appelé le peuple, il leur dit : Écoutez, et comprenez. Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est là ce qui souille l’homme. Alors ses disciples, s’approchant, lui dirent : Savez-vous que les Pharisiens, entendant cette parole, se sont scandalisés ? Mais il leur répondit : Toute plante que mon Père céleste n’a point plantée, sera arrachée. Laissez-les : ce sont des aveugles et des conducteurs d’aveugles. Or, si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse. Pierre, reprenant, lui dit : Expliquez-nous cette parabole. Mais il lui répondit : Êtes-vous donc encore, vous aussi, sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre par la bouche va au ventre, et est rejeté ensuite en un lieu secret ? Mais ce qui sort de la bouche part du cœur, et c’est là ce qui souille l’homme. Car c’est du cœur que sortent les mauvaises pensées, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes. C’est là ce qui souille l’homme ; mais manger sans avoir lavé ses mains, ne souille point l’homme.

 

    La loi que Dieu avait donnée à Moïse prescrivait un grand nombre de pratiques et de cérémonies extérieures ; et les Juifs fidèles les observaient avec zèle et ponctualité. Jésus lui-même, bien qu’il fût le législateur suprême, s’y conforma en toute humilité. Mais les Pharisiens avaient ajouté des traditions humaines et superstitieuses aux lois et aux ordonnances divines, et ils faisaient consister la religion dans ces inventions de leur orgueil. Le Sauveur vient au secours des faibles et des simples que ce faux enseignement pouvait égarer, et il rétablit le véritable sens des prescriptions extérieures. Les Pharisiens pratiquaient dans le cours de la journée un grand nombre de lotions, prétendant que s’ils ne se fussent pas ainsi lavé les mains, et même une fois par jour tout le corps, leur nourriture aurait été impure, à raison des souillures qu’ils avaient contractées par la rencontre ou le contact de mille choses qui n’étaient point signalées dans la loi. Jésus veut arracher les Juifs à ce joug humiliant et arbitraire, et il reproche aux Pharisiens d’avoir perverti la loi de Moïse.

    Venant ensuite à juger le fond de ces pratiques, il enseigne qu’il n’y a point de créature impure par elle-même, que la conscience d’un homme ne saurait être souillée par le seul fait de la nourriture qui descend dans son estomac. « Ce qui a rend l’homme coupable, ce sont, dit le Sauveur, les pensées mauvaises, les œuvres mauvaises, qui montent du cœur. » Les hérétiques ont prétendu trouver dans ces paroles la réprobation des pratiques extérieures qu’impose l’Église, et spécialement la condamnation des abstinences qu’elle prescrit ; mais en cela ils méritent qu’on leur applique à leur tour ce que Jésus-Christ disait aux Pharisiens : « Ce sont des aveugles qui conduisent d’autres aveugles. » En effet, de ce que les péchés que l’homme commet à propos des choses matérielles doivent être mis sur le compte de la volonté qui est spirituelle, il ne s’ensuit pas que cette volonté puisse innocemment user des choses matérielles, lorsque Dieu, ou son Église qui commande en son nom, le défendent. Dieu défendit à nos premiers pères, sous peine de mort, de manger du fruit d’un certain arbre ; ils en mangèrent et furent coupables. Est-ce parce que le fruit en lui-même était impur ? Non ; ce fruit était une créature de Dieu comme les autres fruits du jardin ; mais le cœur de nos premiers parents accueillit la pensée de la désobéissance et s’y livra : voilà comment le péché fut commis à l’occasion d’un fruit. Par sa loi donnée sur le Sinaï, Dieu avait interdit aux Hébreux l’usage de la chair de certaines espèces d’animaux ; s’ils en mangeaient, ils devenaient coupables, parce qu’ils avaient désobéi au Seigneur, et non parce que ces viandes étaient maudites en elles-mêmes. Les préceptes de l’Église relatifs au jeûne et à l’abstinence sont de même nature que ceux que nous venons de rappeler. Afin de nous donner lieu d’appliquer en nous, et uniquement dans notre intérêt, le principe de la pénitence chrétienne, l’Église nous prescrit l’abstinence dans une certaine mesure ; si nous violons sa loi, ce ne sont pas les mets dont nous usons qui nous souillent : c’est la révolte contre un pouvoir sacré que Jésus-Christ recommandait hier à notre respect avec tant d’énergie, qu’il ne faisait pas difficulté de nous dire que quiconque n’écoute pas l’Église doit être tenu par nous au rang des païens.

    

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Concede, quæsumus omnipotens Deus : ut qui protectionis tuae gratiam quaerimus, liberati a malis omnibus, secura tibi mente serviamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Daignez faire, ô Dieu tout-puissant, que nous, qui réclamons la grâce de votre protection, étant délivrés de-tous les maux, nous vous servions dans un esprit tranquille. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    L’Église gothique d’Espagne nous offrira encore aujourd’hui une des solennelles Supplications qu’elle adressait à Dieu, pendant le Carême.

    PRECES.

    (Breviar. Mozarab. Ad Sextam in IV Feria V Hebdomadae.)

    Ad te, Redemptor omnium, rex summe, oculos nostros sublevamus flentes : exaudi, Christe, supplicantium preces.

    R/. Et miserere.

    V/. Dextra Patris, lapis angularis, via salutis, janua cœlestis, ablue nostri maculas delicti.

    R/. Et miserere.

    V/. Rogamus. Deus, tuam majestatem : auribus sacris gemitus exaudi : crimina nostra placidus indulge.

    R/. Et miserere.

    V/. Tibi fatemur crimina admissa, contrito corde pandimus occulta : tua, Redemptor, pietas ignoscat

    R/. Et miserere.

    V/. Innocens captus, nec repugnans ductus : testibus falsis pro impiis damnatus : quos redemisti, tu conserva, Christe.

    R/. Et miserere.

 

    Rédempteur de tous, roi suprême, nous élevons vers vous nos yeux baignés de pleurs ; exaucez, ô Christ, vos suppliants.

    R/. Ayez pitié.

    V/. Droite du Père, pierre angulaire, voie du salut, porte du ciel, lavez les taches de nos péchés.

    R/. Ayez pitié.

    V/. Nous prions, ô Dieu, votre majesté ; que votre oreille sacrée écoute nos gémissements ; dans votre indulgence , remettez nos crimes

    R/. Ayez pitié.

    V/. Nous vous confessons le mal commis ; d’un cœur contrit nous révélons nos secrets ; ô Rédempteur, que votre bonté pardonne !

    R/. Ayez pitié.

    V/. O vous l’innocent chargé de fers, entraîné par vos ennemis sans résistance, condamné sur de faux témoignages à la mort pour les impies ; conservez, ô Christ, ceux que vous avez rachetés.

    R/. Ayez pitié.

 

LE JEUDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    Le jour marque le milieu de la sainte Quarantaine, et c’est pour cela qu’il est appelé le Jeudi de la mi-Carême. Nous accomplissons en effet aujourd’hui le vingtième jeune sur quarante que nous impose l’Église en ce saint temps. Chez les Grecs, c’est la journée d’hier qui est comptée comme Mésonestime à proprement parler, ou milieu des jeûnes ; au reste, ils donnent ce nom. ainsi que nous l’avons vu, à la semaine tout entière, qui est, dans leur liturgie, la quatrième des sept dont est formé leur Carême. Mais le Mercredi de cette semaine est. chez eux. l’objet d’une fête solennelle, un jour de réjouissance, où l’on ranime son courage pour achever la carrière. Les nations catholiques de l’Occident, sans considérer le jour où nous sommes parvenus comme une fête, ont toujours eu la coutume de le passer dans une certaine allégresse. La sainte Église Romaine s’est unie à cette pratique ; mais afin de ne pas donner prétextée une dissipation qui pourrait nuire à l’esprit du jeûne, elle a remis l’expression plus marquée de cette joie innocente au Dimanche suivant, comme nous le verrons ci-après. Toutefois il n’est pas contre l’esprit du Christianisme de fêter aujourd’hui le jour central du Carême, en réunissant, à la manière de nos pères, de plus nombreux convives, et en servant la table avec plus de recherche et d’abondance, pourvu toutefois que l’abstinence et le jeûne soient respectés. Mais, hélas ! avec le relâchement qui règne aujourd’hui dans notre malheureux pays, combien de gens, qui se disent catholiques, n’ont guère fait autre chose depuis vingt jours que de violer ces lois du jeûne et de l’abstinence, sur la foi de dispenses légitimes ou extorquées ! Quel sens peuvent avoir pour eux les joies naïves que goûtent aujourd’hui, en de lointaines provinces, ces familles de vieux chrétiens qui n’ont point encore laissé périr chez eux les saintes traditions ? Mais ces joies, pour les éprouver, il faut les avoir méritées par quelques privations, par un peu de gêne imposée au corps : et c’est ce que trop de catholiques de nos jours ne savent plus faire. Prions pour eux, afin que Dieu leur donne de comprendre enfin à quoi les oblige la foi qu’ils professent.

    A Rome, la Station est aujourd’hui dans l’Église de Saint-Côme-et-Saint-Damien, au Forum. Le moyen âge, comme nous l’apprenons de Durand, dans son Rational des divins Offices, cherchait la raison du choix de cette Station dans la profession de médecins que ces deux saints Martyrs ont exercée. On pensait que l’Église voulait implorer non seulement pour les âmes, mais aussi pour les corps de ses enfants déjà fatigués par le jeûne et l’abstinence, la protection de ces puissants amis de Dieu qui, sur la terre, consacraient les ressources de Fart médical au soulagement corporel de leurs frères. Le savant liturgiste Gavantus commente longuement cette idée qui, si elle n’a pas inspiré le choix de cette église pour la Station d’aujourd’hui, n’en est pas moins propre à édifier les fidèles, en les engageant à recourir aux deux illustres frères médecins, et à demander par leur intercession la constance et les forces nécessaires pour achever dignement et fidèlement la carrière si heureusement commencée.

    COLLECTE.

    Magnificet te, Domine, sanctorum tuorum Cosmæ et Damiani beata solemnitas : qua et illis gloriam sempiternam, et opem nobis ineffabili providentia contulisti. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Que l’heureuse solennité de vos saints Côme et Damien vous glorifie, Seigneur, qui leur avez donne l’éternelle félicité, et nous avez secourus par votre ineffable providence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Jeremiae Prophetae. Cap. VII.

    In diebus illis : Factum est verbum Domini ad me dicens : Sta in porta domus Domini, et praedica ibi verbum istud, et die : Audite verbum Domini, omnis Juda, qui ingredimini per portas has, ut adoretis Dominum. Hæc dicit Dominus excercituum, Deus Israël : Bonas facite vias vestras, et studia vestra : et habitabo vobiscum in loco isto. Nolite confidere in verbis mendacii, dicentes : Templum Domini, templum Domini, templum Domini est. Quoniam si bene direxeritis vias vestras, et studia dia vestra si feceritis judicium inter virum et proximum ejus : advenæ et pupillo, et viduae non feceritis calumniam, nec sanguinem innocentem effuderitis in loco hoc, et post deos alienos non ambulaveritis in malum vobis metipsis : habitabo vobiscum in loco isto, in terra quam dedi patribus vestris, a sæculo et usque in saeculum, ait Dominus omnipotens.

 

    Lecture du Prophète Jérémie. Chap. VII.

    En ces jours-là, la parole du Seigneur descendit vers moi, et me dit : Tiens-toi à la porte de la maison du Seigneur, prêches-y ces paroles, et dis : Écoutez la parole du Seigneur, vous tous, peuple de Juda, qui entrez par ces portes pour venir adorer le Seigneur. Voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d’Israël : Redressez vos voies et vos désirs, et j’habiterai en ce lieu avec vous. Ne mettez point votre confiance dans des paroles de mensonge, en disant : Le temple est au Seigneur, le temple est au Seigneur, le temple est au Seigneur. Car si vous avez soin de redresser vos voies et vos désirs ; si vous rendez la justice à ceux qui plaident ensemble ; si vous ne faites point violence à l’étranger, au pupille et à la veuve ; si vous ne répandez point en ce lieu le sang innocent, et si vous ne suivez point les dieux étrangers pour votre malheur, j’habiterai avec vous de siècle en siècle en ce lieu et en cette terre que j’ai donnée à vos pères, dit le Seigneur tout-puissant.

 

    La sainte Église ne manque à aucun de ses devoirs à L’égard de ses enfants. Si elle insiste pour obtenir d’eux l’accomplissement des obligations extérieures de la religion, quelque pénibles qu’elles soient à leur lâcheté, elle les avertit aussi de ne pas penser que les observances corporelles, si exactement qu’on les remplisse, pourraient tenir lieu des vertus intérieures commandées à l’homme et au chrétien. Dieu n’accepte pas l’hommage de l’esprit et du cœur, si l’homme, par orgueil ou par mollesse, néglige d’offrir en même temps le service du corps ; mais réduire sa religion aux œuvres purement matérielles, ce n’est pas non plus honorer Dieu qui veut être servi en esprit et en vérité 52 . Les Juifs étaient fiers de posséder le temple de Jérusalem, où habitait la majesté de Dieu ; mais cet avantage, qui les mettait au-dessus de toutes les autres nations, tournait trop souvent à leur perte, parce que se contentant d’un stérile respect pour cette maison sainte, ils ne s’élevaient pas plus haut, et ne songeaient point à reconnaître un si grand bienfait, en pratiquant la loi de Dieu. Ainsi feraient parmi nous des chrétiens qui, remplis d’une fidélité purement extérieure au jeûne et à l’abstinence, ne se mettraient pas en peine de corriger leur vie, en y introduisant l’esprit de justice, de charité, d’humilité. Ils mériteraient que le Seigneur les flétrît par ces paroles qu’il prononça autrefois contre Israël : « Ce peuple m’honore des lèvres ; mais son cœur est loin de moi 53 ». Ce pharisaïsme chrétien est devenu assez rare de nos jours. Le relâchement presque universel à l’égard des pratiques extérieures est bien plutôt la plaie d’aujourd’hui ; et les personnes fidèles aux observances de l’Église ne sont pas, pour l’ordinaire, en retard sous le rapport des autres vertus chrétiennes. Cependant cette fausse conscience se rencontre quelquefois, et produit un scandale qui retarde chez plusieurs l’avancement du royaume de Dieu. Attachons-nous donc à la loi tout entière. Offrons à Dieu un service spirituel qui consiste dans l’obéissance du cœur à tous les préceptes, et joignons-y, comme complément nécessaire, l’hommage de notre corps, en pratiquant tout ce que l’Église nous prescrit pour l’élever à la hauteur de l’âme, dont il doit partager les destinées.

    

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. IV.

    In illo tempore : Surgens Jesus de synagoga, introivit in domum Simonis Socrus autem Simonis tenebatur magnis febribus : et rogaverunt illum pro ea. Et stans super illam, imperavit febri : et dimisit illam. Et continuo surgens, ministrabat illis. Cum autem sol occidisset, omnes qui habebant infirmos vanis languoribus, ducebant illos ad eum. At ille singulis manus imponens, curabat eos. Exibant autem daemonia a multis, clamantia et dicentia : Quia tu es Filius Dei ; et increpans non sinebat ea loqui : quia sciebant ipsum esse Christum. Facta autem die, egressus ibat in desertum locum, et turba ; requirebant eum, et venerunt usque ad ipsum ; et detinebant illum ne discederet ab eis. Quibus ille ait : Quia et aliis civitatibus oportet me evangelizare regnum Dei, quia ideo missus sum ; et erat praedicans in synagogis Galilaeae.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. IV.

    En ce temps-là, Jésus, étant sorti de la synagogue, entra dans la maison de Simon. Or la belle-mère de Simon était retenue par une grosse fièvre ; et ils le prièrent pour elle. Et s’approchant d’elle, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta. Et se levant aussitôt, elle les servait. Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses langueurs les amenaient à Jésus. Et lui, imposant les mains sur chacun d’eux, les guérissait. Les démons sortaient de plusieurs, en criant et disant : Vous êtes le Fils de Dieu ; et les menaçant, il ne leur permettait pas de dire ce qu’ils savaient, qu’il était le Christ. Lorsqu’il fut jour, il sortit pour aller en un lieu désert ; et le peuple le cherchait, et ils vinrent jusqu’à lui, et ils le retenaient, dans la crainte qu’il ne s’éloignât d’eux. Et il leur dit : Il faut que j’évangélise en d’autres villes le royaume de Dieu ; car je suis envoyé pour cela. Et il prêchait dans les synagogues de Galilée.

 

    Admirons la honte du Sauveur, qui daigne employer son pouvoir à la guérison des corps, et comprenons qu’il est plus empressé encore de subvenir aux infirmités de nos âmes. Nous sommes travaillés de la fièvre des passions : lui seul peut la chasser. Imitons pour notre propre compte le zèle des habitants de la Galilée, qui apportent leurs malades aux pieds de Jésus ; supplions-le aussi de nous guérir. Nous voyons avec quelle bonté il accueille tous ces malheureux ; présentons-nous à leur suite. Faisons-lui instance pour qu’il ne s’éloigne pas, pour qu’il demeure toujours avec nous ; et il daignera rester. Prions pour les pécheurs ; les jours du jeune s’écoulent ; déjà nous entrons dans la seconde moitié du Carême, et la Pâque de notre délivrance approche. Voyez ces multitudes qui ne s’ébranlent pas, ces âmes fermées à la lumière qui ne s’ouvrent pas, ces cœurs endurcis que rien n’émeut, tant de chrétiens qui vont ajouter une chance de plus à leur réprobation éternelle. Offrons pour eux notre pénitence, et demandons à Jésus, par les mérites de sa Passion dont l’heure ne doit pas tarder, qu’il daigne faire un dernier effort de miséricorde, et arracher au démon ces âmes pour lesquelles il va répandre son sang.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Subjectum tibi populum, quæsumus Domine, propitiatio cœlestis amplificet : et tuis semper faciat servire mandatis. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Que votre céleste miséricorde, Seigneur, daigne accroître le peuple qui vous est soumis, et le rendre toujours fidèle à garder vos commandements. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    La Liturgie Mozarabe nous fournit cette belle exhortation pour ranimer notre courage dans la carrière qui nous reste à parcourir.

 

    MISSA.

    (Missale Gothicum. Dominica IV in Quadragesima.)

    Exspectantes beatam illam spem passionis ac resurrectionis Filii Dei, fratres charissimi : et manifestationem gloria : beati et Salvatoris nostri Jesu Christi, resumite virium fortitudinem : et non quasi futuro terreamini de labore : qui ad Paschalis Dominica : cupitis anhelando pervenire celebritatem. Sacratae etenim Quadragesimae tempore mediante arripite de futuro labore fiduciam : qui præteriti jejunii jam transegistis aerumnas. Dabit Jesus lassis fortitudinem : qui pro nobis dignatus est infirmari. Tribuet perfectionem futuri : qui initia donavit praeteriti. Aderit in auxilio, filii : qui suae nos cupit praestolari gloriam Passionis. Amen.

 

    Dans l’attente de l’heureux espoir que nous avons , Frères très chers, de célébrer la Passion et la Résurrection du Fils de Dieu, et de voir la manifestation de la gloire de notre bienheureux Sauveur Jésus-Christ, ranimez vos forces et votre courage. Ne vous effrayez pas des fatigues qui restent encore à subir, vous qui désirez avec tant d’ardeur arriver à la solennité de la Pâque du Seigneur. En ce milieu de la sainte Quarantaine, vous qui déjà avez traversé une partie des labeurs du jeûne, prenez confiance pour ceux qui restent à accomplir. Jésus, qui a daigné se taire infirme pour nous, donnera le courage à ceux qui sont fatigués ; il nous a donné de fournir le commencement de la carrière, il en accordera la continuation. Il vous viendra en aide, très chers fils, lui qui veut que nous vivions dans l’attente de sa glorieuse Passion. Amen.

 

LE VENDREDI DE LA TROISIEME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est à l’Église de Saint-Laurent in Lucina, antique et célèbre sanctuaire, où l’on conserve le gril sur lequel le saint Archidiacre de l’Église Romaine consomma son martyre.

    COLLECTE.

    Jejunia nostra, quaesumus Domine, benigno favore prosequere : ut, sicut ab alimentis abstinemus in corpore, ita a vitiis jejunemus in mente. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Nous vous supplions, Seigneur, d’agréer favorablement nos jeûnes, afin que, comme nos corps observent l’abstinence des viandes, ainsi nos âmes s’abstiennent du péché. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Numerorum. Cap. XX.

    In diebus illis : Convenerunt filii Israël adversum Moysen et Aaron : et versi in seditionem, dixerunt : Date nobis aquam, ut bibamus. Ingressusque Moyses et Aaron, dimissa multitudine, tabernaculum fœderis, corruerunt proni in terram, clamaveruntque ad Dominum, atque dixerunt : Domine Deus. audi clamorem hujus populi, et aperi eis thesaurum tuum , fontem aquae vivæ, ut satiati, cesset murmuratio eorum. Et apparuit gloria Domini super eos. Locutusque est Dominus ad Moysen, dicens : Tolle virgam, et congrega populum, tu et Aaron frater tuus, et loquimini ad petram coram eis, et illa dabit aquas. Cumque eduxeris aquam de petra, bibet omnis multitudo, et jumenta ejus. Tulit igitur Moyses virgam, quae erat in conspectu Domini, sicut praeceperat ei, congregata multitudine ante petram, dixitque eis : Audite rebelles et increduli : num de petra hac vobis aquam poterimus ejicere ? Cumque elevasset Moyses manum, percutiens virga bis silicem, egressae sunt aquæ largissimae ita ut populus biberet, et jumenta. Dixitque Dominus ad Moysen et Aaron : Quia non credidistis mihi, ut sanctificaretis me coram filiis Israël, non introducetis hos populos in terram quam dabo eis. Haec est aqua contradictionis, ubi jurgati sunt filii Israël contra Dominum, et sanctificatus est in eis.

 

    Lecture du livre des Nombres. Chap. XX.

    En ces jours-là, les enfants d’Israël s’assemblèrent contre Moïse et Aaron, et ayant formé une sédition, ils leur dirent : Donnez-nous de l’eau, afin que nous buvions. Moïse et Aaron, ayant congédié le peuple, entrèrent dans le tabernacle de l’alliance, et s’étant prosternés le visage contre terre, ils crièrent vers le Seigneur. et dirent : Seigneur Dieu, exaucez le cri de ce peuple, et ouvrez-lui votre trésor en lui donnant une source d’eau vive, afin que, étant désaltérés, ils cessent leurs murmures. Et la gloire du Seigneur parut au-dessus d’eux, et le Seigneur parla à Moïse et lui dit : Prends la verge et rassemble le peuple . toi et Aaron ton frère ; parle en leur présence à la roche, et elle vous donnera des eaux. Et lorsque tu auras fait sortir l’eau de la pierre, tout le peuple boira, ainsi que les bestiaux. Moïse prit donc la verge, qui était devant le Seigneur, selon qu’il le lui avait ordonné, et ayant rassemblé la multitude devant la pierre, il leur dit : Rebelles et incrédules, écoutez. Pourrons-nous faire sortir de l’eau de cette pierre pour votre usage ? Et Moïse, ayant élevé la main, frappa deux fois la pierre avec la verge, et les eaux sortirent avec grande abondance, en sorte que le peuple eut à boire, ainsi que les bestiaux. Et le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : Parce que vous n’avez pas cru en moi, pour manifester ma sainteté devant les enfants d’Israël, vous n’introduirez pas ces peuples dans la terre que je leur donnerai. C’est là l’eau de contradiction, où les enfants d’Israël murmurèrent contre le Seigneur, et il manifesta sa sainteté sur eux.

 

    C’est ici l’un des plus augustes symboles de l’Ancien Testament, et la figure du Baptême auquel aspirent nos Catéchumènes. L’eau y paraît comme l’objet des désirs de tout un peuple, qui sans cette eau allait périr. Saint Paul, qui nous dévoile les mystères de l’ancienne Alliance, nous apprend que le rocher, la pierre, signifiait Jésus-Christ 54 , dont est sortie la fontaine d’eau vive qui désaltère et purifie les âmes. Les saints Pères sont venus ensuite, qui nous font remarquer que la pierre n’a rendu l’eau vivifiante qu’elle contenait qu’après avoir été frappée par la verge, dont les coups donnés sur le rocher signifient la Passion du Rédempteur. Le bois de cette verge, nous disent aussi les anciens interprètes, est le symbole de la Croix, et le double coup représente le double bois dont elle est formée. Les peintures que l’Église primitive a laissées dans les Catacombes de Rome, nous offrent sans cesse cette image de Moïse frappant le rocher d’où s’écoulent les eaux ; et un verre peint trouvé dans ces souterrains, berceau de notre foi, nous apprend, par l’inscription qu’on y lit encore, que les premiers chrétiens considéraient sous les traits de Moïse, qui n’a agi qu’en figure, saint Pierre lui-même, qui. dans la nouvelle Alliance, a ouvert au vrai peuple de Dieu la source de toute grâce dans sa prédication au jour de la Pentecôte, et plus tard dans celle qu’il fit entendre aux Gentils en la personne du centurion Corneille. Ce symbole de Moïse frappant le rocher, et la plupart de ceux que nous avons reconnus, et que nous reconnaîtrons encore dans les lectures que l’Église destinait à l’instruction des Catéchumènes, non seulement ont été exprimés, aux premiers siècles, sur les fresques des catacombes romaines ; mais de nombreux monuments nous apprennent qu’on les représentait aussi dans toutes les églises de l’Orient et de l’Occident. Plusieurs de ces symboles sont arrivés jusqu’au XIII° siècle et au delà, sur les verrières de nos cathédrales, conservant encore la forme hiératique qu’ils avaient reçue au commencement. Il est triste de voir que des sujets qui excitaient un si vif enthousiasme chez nos pères les martyrs, sont aujourd’hui si peu familiers à leurs derniers neveux. Sortons de cette indifférence qui n’est pas chrétienne, et revenons, par la méditation de la sainte Liturgie, à ces traditions auxquelles nos aïeux empruntèrent leur foi énergique et leur sublime dévouement à Dieu et à leur postérité.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. IV.

    In illo tempore : Venit Jesus in civitatem Samariae, quæ dicitur Sichar, juxta produira auod dedit Jacob Joseph filio suo. Erat autem ibi fons Jacob. Jesus ergo fatigatus ex itinere, sedebat sic supra fontem. Hora erat quasi sexta. Venit mulier de Samaria haurire aquam. Dicit ei Jesus : Da mihi bibere. (Discipuli enim ejus abierant in civitatem ut cibos emerent.) Dicit ergo ei mulier illa samaritana : Quomodo tu, Iudaeus cum sis, bibere a me poscis, quæ sum mulier samaritana ? Non enim coutuntur Iudaei Samaritanis. Respondit Jesus, et dixit ei : Si scires donum Dei, et quis est qui dicit tibi : Da mihi bibere : tu forsitan petisses ab eo, et dedisset tibi aquam vivam. Dicit ei mulier : Domine, neque in quo haurias, habes, et puteus altus est : unde ergo habes aquam vivam ? Numquid tu major es patre nostro Jacob, qui dedit nobis puteum, et ipse ex eo bibit, et filii ejus, et pecora ejus ? Respondit Jesus, et dixit ei : Omnis qui bibit ex aqua hac, sitiet iterum : qui autem biberit ex aqua, quam ego dabo ei, non sitiet in æternum ; sed aqua, quam ego dabo ei, fiet in eo fons aquas salientis in vitam æternam. Dicit adeum mulier : Domine, da mihi hanc aquam, ut non sitiam, neque veniam hue haurire. Dicit ei Jesus : Vade, voca virum tuum, et veni huc. Respondit mulier, et dixit : Non habeo virum. Dicit ei Jesus : Bene dixisti, quia non habeo viram : quinque enim viros habuisti, et nunc quem habes, non est tuus vir : hoc vere dixisti. Dicit ei mulier : Domine, video quia propheta es tu. Patres nostri in monte hoc adoraverunt, et vos dicitis, quia Jerosolymis est locus, ubi adorare oportet. Dicit ei Jesus : Mulier, crede mihi, quia venit hora, quando neque in monte hoc, neque in Jerosolymis adorabitis Patrem. Vos adoratis quod nescitis : nos adoramus quod scimus, quia salus ex Judæis est. Sed venit hora, et nunc est, quando veri adoratores adorabunt Patrem in spiritu et veritate. Nam et Pater tales quærit, qui adorent eum. Spiritus est Deus : et eos qui adorant eum, in spiritu et veritate oportet adorare. Dicit ei mulier : Scio quia Messias venit (qui dicitur Christus). Cum ergo venerit ille, nobis annuntiabit omnia. Dicit ei Jesus : Ego sum, qui loquor tecum. Et continuo venerunt discipuli ejus :et mirabantur quia cum muliere loquebatur. Nemo tamen dixit : Quid quæris, aut quid loqueris cum ea ? Reliquit ergo hydriam suam mulier, et abiit in civitatem, et dicit illis hominibus : Venite, et videte hominem qui dixit mihi omnia quaecumque feci : numquid ipse est Christus ? Exierunt ergo de civitate, et veniebant ad eum. Interea rogabant eum discipuli, dicentes : Rabbi, manduca. Ille autem dicit eis : Ego cibum habeo manducare, quem vos nescitis. Dicebant ergo discipuli ad invicem : Numquid aliquis attulit ei manducare ? Dicit eis Jesus : Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me, ut perficiam opus ejus. Nonne vos dicitis, quod adhuc quatuor menses sunt ; et messis venit ? Ecce dico vobis : Levate oculos vestros, et videte regiones, quia albae sunt jam ad messem. Et qui metit, mercedem accipit ; et congregat fructum in vitam æternam : ut et qui seminat, simul gaudeat, et qui metit. In hoc enim est verbum verum : quia alius est qui seminat, et alius est qui metit. Ego misi vos metere, quod vos non laborastis : alii laboraverunt, et vos in labores eorum introistis. Ex civitate autem illa multi crediderunt in eum Samaritanorum, propter verbum mulieris testimonium perhibentis : Quia dixit mihi omnia quæcumque feci. Dum venissent ergo ad illum Samaritani, rogaverunt eum ut ibi maneret. Et mansit ibi duos dies. Et multo plures crediderunt in eum propter sermonem ejus Et mulieri dicebant : Quia iam non propter tuam loquelam credimus : ipsi enim audivimus, et scimus quia hic est vere Salvator mundi.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. IV.

    En ce temps-là. Jésus vint dans une ville de Samarie nommée Sichar, près de l’héritage que Jacob donna à son fils Joseph. Or, il y avait là un puits nommé la fontaine de Jacob. Jésus, étant donc fatigué de la route, s’assit sur le bord du puits. Il était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire : car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. Cette femme samaritaine lui dit : Comment, vous qui êtes juif, me demandez-vous à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? car les Juifs n’ont point de commerce avec les Samaritains. Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu, et quel est celui qui te dit : Donne-moi à boire, peut-être lui en aurais-tu demandé toi-même, et il t’aurait donné de l’eau vive. La femme lui dit : Seigneur, vous n’avez pas avec quoi en puiser, et le puits est profond : d’où auriez-vous donc de l’eau vive ? Êtes-vous plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et en a bu lui-même, ainsi que ses enfants et ses troupeaux ? Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura soif encore ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine d’eau jaillissante dans la vie éternelle. La femme lui dit : Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus en puiser ici. Jésus lui dit : Va, appelle ton mari, et viens ici. La femme répondit : Je n’ai point de mari. Jésus lui dit : Tu dis vrai, que tu n’as pas de mari ; car tu as eu cinq hommes ; et celui que tu as maintenant, n’est pas ton mari. Tu as dit vrai en cela. La femme lui dit : Seigneur, je le vois, vous êtes un prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous autres, vous dites que Jérusalem est le lieu ou il faut adorer. Jésus lui dit : Femme, crois-moi, l’heure vient où vous n’adorerez plus le Père ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem. Vous adorez, vous autres, ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons : car le salut vient des Juifs. Mais vient l’heure, et elle est déjà venue, oui les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité : cartels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent le doivent adorer en esprit et en vérité. La femme lui dit : Je sais que le Messie, qu’on appelle le Christ, doit venir ; lors donc qu’il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : Je le suis, moi qui parle avec toi. Et en même temps ses disciples arrivèrent, et ils s’étonnaient de ce qu’il parlait avec une femme ; néanmoins, aucun ne lui dit : Que lui demandez-vous, et d’où vient que vous parlez avec elle ? La femme cependant laissa là sa cruche, et s’en alla dans la ville, et elle dit aux habitants : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ? Ils sortirent donc de la ville, et vinrent à lui. Pendant ce temps-là ses disciples le pressaient, disant : Maître, mangez. Mais il leur dit : J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. Et les disciples disaient entre eux : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son oeuvre. Ne dites-vous pas : Encore quatre mois, et la moisson viendra ? Moi, je vous dis : Levez les yeux, et voyez les campagnes qui déjà blanchissent pour la moisson. Et celui qui moissonne reçoit sa récompense et amasse les fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème se réjouisse aussi avec celui qui moissonne. Car ce que l’on dit d’ordinaire est vrai en cette rencontre : autre est celui qui semé, et autre celui qui moissonne. Moi, je vous ai envoyés moissonner là où vous n’avez pas travaillé ; d’autres ont travaillé, et vous, vous êtes entrés dans leurs travaux. Or, plusieurs des Samaritains de cette ville crurent en lui à cause de ce témoignage qu’avait rendu la femme : Il m’a dit tout ce que j’ai fait. Les Samaritains étant donc venus à lui le prièrent de demeurer chez eux, et il y demeura deux jours. Et beaucoup plus crurent en lui à cause de ses paroles. Et ils disaient à la femme : Maintenant, ce n’est plus sur ce que tu nous as dit que nous croyons : car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu il est vraiment le Sauveur du monde.

 

    Dans le récit de notre Évangile, le Fils de Dieu vient en personne continuer le ministère de Moïse en révélant à la Samaritaine, figure de la gentilité, le mystère de l’Eau qui donne la vie éternelle : aussi retrouvons-nous encore ce sujet sur les peintures murales des catacombes, et sur les bas-reliefs des sarcophages chrétiens des IV° et V° siècles. Méditons donc cette histoire, où tout nous parle de la miséricorde du Rédempteur. Jésus est fatigué de la route qu’il a parcourue ; lui. le Fils de Dieu, à qui le monde n’a coûté qu une parole, il s’est lassé en cherchant ses brebis. Le voilà réduit à s’asseoir pour reposer ses membres harassés ; mais c’est au bord d’un puits, près d’une source d’eau, qu’il vient prendre son repos. Une femme idolâtre est là, qui ne connaît que l’eau matérielle ; Jésus veut lui révéler une eau bien plus précieuse. Mais il commence par lui faire connaître la fatigue dont il est accablé, la soif qui le presse. Donne-moi à boire, lui dit-il ; comme il dira dans peu de jours sur la Croix : J’ai soif. C’est ainsi que, pour arriver à concevoir la grâce du Rédempteur, il faut d’abord l’avoir connu lui-même sous les traits de l’infirmité et de la souffrance.

    Mais bientôt ce n’est plus Jésus qui demande de l’eau ; c’est lui qui en offre, et une eau qui enlève la soif pour jamais, une eau qui rejaillit jusque dans la vie éternelle. La femme aspire à goûter cette eau ; elle ne sait pas encore quel est celui qui lui parle, et déjà elle ajoute foi à ses paroles. Cette idolâtre montre plus de docilité que les Juifs ; cependant elle sait que celui qui lui parle appartient à une nation qui la méprise. L’accueil qu’elle fait au Sauveur lui obtient de nouvelles grâces de sa part. Il commence par l’éprouver. Va, lui dit-il, appelle ton mari, et reviens ici. Cette malheureuse n’avait point de mari légitime ; Jésus veut qu’elle l’avoue. Elle n’hésite pas ; et c’est parce qu’il lui a révèle sa honte qu’elle le reconnaît pour un prophète. Son humilité sera récompensée, et les sources d’eau vive sont pour elle. C’est ainsi que la gentilité s’est rendue à la prédication des Apôtres ; ils venaient révéler à ces hommes abandonnés la gravité du mal et la sainteté de Dieu ; et, loin d’en être repoussés, ils les trouvaient dociles, prêts à tout. La foi de Jésus-Christ avait besoin de martyrs ; ils se rencontrèrent en foule dans ces premières générations enlevées au paganisme et à tous ses désordres. Jésus, voyant cette simplicité dans la Samaritaine, juge, dans sa bonté, qu’il est temps de se révéler à elle. Il dit à cette pauvre pécheresse que le moment est venu où les hommes adoreront Dieu par toute la terre ; que le Messie est descendu, et que lui-même est le Messie. Telle est la divine condescendance du Sauveur pour L’âme simple et docile : il se manifeste a elle tout entier. Les Apôtres arrivent sur ces entrefaites ; mais ils sont trop israélites encore pour comprendre la bonté de leur Maître envers cette Samaritaine ; L’heure approche cependant où ils diront eux-mêmes avec le grand Paul : « Il n’y a plus de juif ni de gentil, plus d’esclave ni d’homme libre, plus d’homme ni de femme ; mais vous êtes tous une même chose en Jésus-Christ 55 . »

    En attendant, la femme de Samarie. transportée d’une ardeur céleste, devient apôtre elle-même. Elle laisse son vase sur le bord du puits ; l’eau matérielle n’a plus de prix à ses yeux, depuis que le Sauveur lui a donné à boire de son eau vive. Elle rentre dans la ville ; mais c’est pour y prêcher Jésus-Christ, pour amener à ses pieds, si elle le pouvait, tous les habitants de Samarie. Dans son humilité, elle donne pour preuve de la grandeur de son Prophète la révélation qu’il vient de lui faire des désordres dans lesquels elle a vécu jusqu’aujourd’hui. Ces païens abandonnés, objet d’horreur pour les Juifs, accourent au puits où Jésus test reste entretenant ses disciples de la moisson prochaine ; ils vénèrent en lui le Messie, le Sauveur du monde ; et Jésus daigne habiter pendant deux jours au milieu de cette ville où régnait l’idolâtrie mêlée à quelques débris des observances judaïques. La tradition chrétienne a conservé le nom de cette femme, qui, après les Mages de l’Orient, compte au nombre des prémices du nouveau peuple : elle se nommait Photine, et répandit son sang pour celui qui s’était tait connaître à elle au bord du puits de Jacob.

    L’Église honore chaque année sa mémoire, au Martyrologe romain, le 20 mars.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Praesta, quæsumus omnipotens Deus : ut qui in tua protectione confidimus, cuncta nobis adversantia, te adjuvante, vincamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Dieu tout-puissant, daignez accorder à la confiance que nous avons en votre protection, de surmonter, par votre assistance, tout ce qui nous est contraire. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    La Liturgie Mozarabe célèbre la vocation de la Samaritaine dans la belle Préface ou Illation que nous donnons ci-après.

    ILLATIO.

    (In Dominica I Quadragesimae.)

    Dignum justum nos tibi semper est nos tibi semper gratias agere, Domine sancte, Pater æterne, omnipotens Deus, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum. Qui ad salvationem humani generis veniens e cœlo : sitiens atque fatigatus sedisse ad puteum dicitur. Ille etenim in quo omnis plenitudo divinitatis corporaliter permanebat : quia nostrae mortalitatis corpus assumpserat : veritatem assumptae carnis quibusdam significationibus demonstrabat. Fatigatum enim eum non aliter credimus ab itinere : nisi infirmatum in carne. Exivit quippe ad currendam viam, per significationem carnis assumpta ; ; ideo igitur etsi fatigatus ille in carne : non tamen nos sinit infirmari in sua infirmitate. Nam quod infirmum est illius : fortius est hominibus. Ideoque per humilitatem veniens eripere mundum a potestate tenebrarum : sedit et sitivit quando aquam mulieri petivit. Ille etenim humiliatus erat in carne : quando sedens ad puteum loquebatur cum muliere. Sitivit aquam : et exegit fidem ab ea. In ea quippe muliere, fidem quam quæsivit, quamque petivit, exegit : atque venientibus dicit de ea discipulis : Ego cibum habeo manducare quem vos nescitis. Ille jam qui in eam creaverat fidei donum : ipse poscebat atque sibi ab ea porrigi potum. Quique eam dilectionis sua ; flamma cremabat : ipse ab ea poculum quo refrigeraretur sitiens postulabat. Ob hoc nos ad ista tantarum virtutum miracula quid apponemus, sancte et immaculate et piissime Deus : nisi conscientiam mundam, et voluntatem dilectioni tuae omni modo praeparatam. Tuo igitur Nomini offerentes victimam mundam : rogamus atque exposcimus : ut opereris in nobis salutem : sicut in muliere illa operatus es fidem. Operare in nobis exstirpationem carnalium vitiorum : qui in illa idololatriæ pertulisti figmentum. Sentiamus quoque te in illa futura examinatione mitissimum : sicut illa te promeruit invenire placatum. Opus enim tuum sumus : qui nisi per te salvari non possumus. Subveni nobis, vera redemptio : pietatis indeficiens plenitudo. Non perdas quod tuum est : quibus dedisti rationis naturam : da æternitatis gloriam indefessam. Ut qui te in hac vita laudamus : in aeterna quoque beatitudine multo magis glorificemus. Tu es enim Deus noster : non nos abjicias a facie tua : sed jam respice quos creasti miseratione gratuita : ut cum abstuleris a nobis omne debitum culpae : et placitos reddideris aspectibus gratiae tuæ : eruti ab illa noxialis putei profunditate facinorum, hydriam nostrarum relinquentes cupiditatum : ad illam aeternam civitatem Hierusalem post hujus vitae transitum convolemus.

 

    Il est digne et juste que nous vous rendions de continuelles actions de grâces, Seigneur saint, Père éternel, Dieu tout-puissant, par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur : qui, venu du haut du ciel pour le salut du genre humain, s’assit, altéré et fatigué, au bord d’un puits. Lui en qui toute la plénitude de la divinité habitait corporellement, s’étant uni le corps de notre mortalité, devait montrer par les faits la vérité de sa chair ; et s’il parait fatigue d’avoir marché, notre foi nous enseigne que cette infirmité n’était que dans sa chair. Il sortit pour se mettre en route, voulant faire voir la réalité du corps qu’il avait pris ; mais si la fatigue apparut dans sa chair, il n’a pas voulu que cette infirmité produisit celle de notre foi ; car ce qui en lui parait faiblesse est plus fort que l’homme. Venant donc dans son humilité arracher le monde à la puissance des ténèbres, il s’assit, et il avait soif, quand il demanda de l’eau à la femme. Ce n’est que dans la chair qu’il était humilié, lorsque, assis au bord du puits, il s’entretenait avec la femme. Il exigeait d’elle la foi en même temps que dans sa soif il désirait l’eau. La foi qu’il réclamait de cette femme, qu’il demandait d’elle, il l’exigeait ; et c’est pour cela qu’il dit aux disciples, quand ils arrivent : J’ai une nourriture à manger que vous ne connaissez pas. Lui qui déjà avait créé en elle le don de la foi, il demandait qu’elle lui donnât aussi à boire. En même temps qu’il la brûlait de l’ardeur de son amour, il implorait d’elle un breuvage pour rafraîchir sa propre soif. En présence de ces prodiges d’une si haute puissance, que devons-nous vous présenter, ô Dieu saint, sans tache et miséricordieux, sinon une conscience pure et une volonté toute préparée à votre amour ? Offrant donc à votre Nom cette victime pure, nous vous prions et vous supplions d’opérer en nous le salut, comme vous avez opéré la foi en cette femme. Extirpez de nous les vices de la chair, vous qui avez daigné supporter dans cette femme les erreurs de l’idolâtrie. Soyez-nous clément au jugement futur, comme elle eut le bonheur de vous trouver apaisé. Nous sommes votre ouvrage, et nous ne pouvons être sauvés que par vous. Rédemption véritable, inépuisable plénitude de bonté, venez à notre secours. Ne perdez pas ce qui est à vous ; donnez la gloire sans fin de l’éternité à ceux auxquels vous avez donné la nature raisonnable. Que nous qui vous louons en cette vie, nous puissions vous glorifier plus dignement encore dans la félicité qui ne finit pas. Vous êtes notre Dieu : ne nous rejetez pas de devant votre face ; mais regardez favorablement ceux que vous avez créés par une miséricorde toute gratuite. Quand vous aurez ôté de nous toutes les traces de nos fautes, rendez-nous agréables aux regards de votre grâce. Retirés de la profondeur du puits funeste de nos crimes, laissant sur le bord le vase de nos passions, puissions-nous, après le passage de cette vie, courir en hâte à l’éternelle cité de Jérusalem !

LE SAMEDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est dans l’Église de sainte Susanne, Vierge romaine et Martyre. La raison qui a porté à choisir cette Église est la lecture que l’on fait aujourd’hui de l’histoire de la chaste Susanne, fille d’Helcias, que l’Église propose à l’imitation des chrétiens.

    COLLECTE.

    Praesta , quaesumus omnipotens Deus : ut qui se, affligendo carnem, ab alimentis abstinent, sectando justitiam, a culpa jejunent. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Daignez, Dieu tout-puissant, accorder à ceux qui, pour mortifier leur chair, pratiquent l’abstinence des viandes, la grâce de jeûner aussi du péché, en pratiquant la justice. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Danielis Prophetae. Cap. XIII.

    In diebus illis : Erat vir habitans in Babylone, et nomen ejus Joakim : et accepit uxorem nomine Susannam , filiam Helciae, pulchram nimis, et timentem Deum : parentes enim illius, cum essent justi, erudierunt filiam suam secundum legem Moysi. Erat autem Joakim dives valde, et erat illi pomarium vicinum domui sua ; : et ad ipsum confluebant Judaei, eo quod esset honorabilior omnium. Et constituti sunt de populo duo senes judices in illo anno : de quibus locutus est Dominus : Quia egressa est iniquitas de Babylone a senioribus judicibus,qui videbantur regere populum. Isti frequentabant domum Joakim, et veniebant ad eos omnes qui habebant judicia. Cum autem populus revertisset per meridiem , ingrediebatur Susanna, et deambulabat in pomario viri sui. Et videbant eam senes quotidie ingredientem et deambulantem : et exarserunt in concupiscentiam ejus : et everterunt sensum suum, et declinaverunt oculos suos ut non viderent cœlum , neque recordarentur judiciorum justorum. Factum est autem, cum observarent diem aptum, ingressa est aliquando sicut heri et nudius tertius, cum duabus solis puellis, voluitque lavari in pomario : aestus quippe erat : et non erat ibi quisquam, praeter duos senes absconditos, et contemplantes eam. Dixit ergo puellis : Afferte mihi oleum, et smigmata, et ostia pomarii claudite, ut laver. Cum autem egressæ essent puellae surrexerunt duo senes, et occurrerunt ad eam, et dixerunt : Ecce ostia pomarii clausa sunt, et nemo nos videt, et nos in concupiscentia tui sumus : quamobrem assentire nobis, et commiscere nobiscum. Quod si nolueris, dicemus contra te testimonium, quod fuerit tecum juvenis, et ob hanc causam emiseris puellas a te. Ingemuit Susanna, et ait : Angustiae sunt mihi undique : si enim hoc egero, mors mihi est : si autem non egero, non effugiam manus vestras. Sed melius est mihi absque opere incidere in manus vestras, quam peccare in conspectu Domini. Et exclamavit voce magna Susanna ; exclamaverunt autem et senes adversus eam. Et cucurrit unus ad ostia pomarii, et aperuit. Cum ergo audissent clamorem famuli domus in pomario, irruerunt per posticum, ut viderent quidnam esset. Postquam autem senes locuti sunt, erubuerunt servi vehementer : quia numquam dictus fuerat sermo hujusce modi de Susanna. Et facta est dies crastina. Cumque venisset populus ad Joakim virum ejus, venerunt et duo seniores pleni iniqua cogitatione adversus Susannam, ut interficerent eam. Et dixerunt coram populo : Mittite ad Susannam filiam Helcia : uxorem Joakim. Et statim miserunt. Et venit cum parentibus, et tiliis, et universis cognatis suis. Flebant igitur sui, et omnes qui noverant eam. Consurgentes autem duo seniores in medio populi, posuerunt manus suas super caput ejus. Quae flens suspexit ad cœlum : erat enim cor ejus fiduciam habens in Domino. Et dixerunt seniores : Cum deambularemus in pomario soli, ingressa est hæc cum duabus puellis : et clausit ostia pomarii, et dimisit a se puellas. Venitque ad eam adolescens, qui erat absconditus, et concubuit cum ea. Porro nos, cum essemus in angulo pomarii, videntes iniquitatem, cucurrimus ad eos, et vidimus eos pariter commisceri. Et illum quidem non quivimus comprehendere, quia fortior nobis erat, et apertis ostiis exilivit : hanc autem cum apprehendissemus, interrogavimus , quisnam esset adolescens, et noluit indicare nobis : hujus ici testes sumus. Credidit eis multitudo quasi senibus et judicibus populi, et condemnaverunt eam ad mortem. Exclamavit autem voce magna Susanna, et dixit : Deus interne, qui absconditorum es cognitor, qui nosti omnia antequam fiant, tu scis quoniam falsum testimonium tulerunt contra me : et ecce morior, cum nihil horum fecerim, quae isti malitiose composuerunt adversum me. Exaudivit autem Dominus vocem ejus. Cumque duceretur ad mortem , suscitavit Dominus spiritum sanctum pueri junioris, cujus nomen Daniel. Et exclamavit voce magna : Mundus ego sum a sanguine hujus. Et conversus ononis populus ad eum, dixit : Quis est iste sermo, quem tu locutus es ? Qui cum staret in medio eorum, ait : Sic fatui filii Israël, non judicantes , neque quod verum est cognoscentes, condemnastis filiam Israël ? Revertimini ad judicium , quia falsum testimonium locuti sunt adversus eam. Reversus est ergo populus cum festinatione. Et dixit ad eos Daniel : Separate illos ab invicem procul, et dijudicabo eos. Cum ergo divisi essent alter ab altero, vocavit unum de eis, et dixit ad eum : Inveterate dierum malorum, nunc venerunt peccata tua, quae operabaris prius, judicans judicia injusta, innocentes opprimens , et dimittens noxios, dicente Domino : Innocentem et justum non interficies. Nunc ergo si vidisti eam, die sub qua arbore videris eos colloquentes sibi. Qui ait : Sub schino. Dixit autem Daniel : Recte mentitus es in caput tuum. Ecce enim Angélus Dei, accepta sententia ab eo, scindet te médium. Et amoto eo, jussit venire alium, et dixit ei : Semen Chanaan, et non Juda, species decepit te, et concupiscentia subvertit cor tuum : sic faciebatis filiabus Israël, et illae timentes loquebantur vobis : sed filia Juda non sustinuit iniquitatem vestram. Nunc ergo die mihi, sub qua arbore comprehenderis eos loquentes sibi. Qui ait : Sub prino. Dixit autem ei Daniel : Recte mentitus es et tu in canut tuum : manet enim Angelus Domini, gladium habens, ut secet te medium, et interficiat vos. Exclamavit itaque omnis cœtus voce magna, et benedixerunt Deum, qui salvat sperantes in se. Et consurrexerunt adversus duos seniores (convicerat enim eos Daniel ex ore suo falsum dixisse testimonium), feceruntque eis sicut male egerant adversus proximum , et interfecerunt eos ; et salvatus est sanguis innoxius in die illa.

 

    Lecture du Prophète Daniel. Chap. XIII.

    En ces jours-là, il y avait un homme qui demeurait à Babylone, et son nom était Joakim. Et il épousa une femme nommée Susanne, fille d’Helcias, qui était parfaitement belle et craignant Dieu : car son père et sa mère étant justes, ils avaient instruit leur fille selon la loi de Moïse. Or, Joakim était fort riche, et il y avait un bosquet près de sa maison. Et les Juifs venaient souvent chez lui, parce qu’il était le plus considérable de tous. On avait établi cette année-là pour juges deux vieillards d’entre le peuple. C’est d’eux que le Seigneur a parlé, lorsqu’il a dit : L’iniquité est sortie de Babylone par les vieillards qui étaient juges, et semblaient conduire le peuple. Ces vieillards fréquentaient la maison de Joakim, et tous ceux qui avaient des affaires venaient les y trouver. Sur le midi, lorsque le peuple s’était retiré, Susanne entrait et se promenait dans le bosquet de son mari. Et ces vieillards , qui l’y voyaient entrer et se promener chaque jour, s’enflammèrent pour elle de concupiscence. Et ils pervertirent leur sens, et détournèrent leurs yeux, pour ne point voir le ciel et pour ne point se souvenir de ses jugements. Or, il arriva qu’un jour où ils cherchaient le moment propice, Susanne entra selon sa coutume dans le bosquet, accompagnée seulement de deux filles, dans l’intention de se baigner : car il faisait chaud. Et il n’y avait alors personne que les deux vieillards qui étaient cachés, et qui l’observaient. Elle dit donc à ses filles : Apportez-moi de l’huile de senteur et des pommades, et fermez les portes du bosquet, afin que je me baigne. Aussitôt que les filles furent sorties, les deux vieillards se levèrent, accoururent vers Susanne, et lui dirent : Voici les portes du bosquet fermées ; personne ne nous voit, et nous brûlons de passion pour vous ; rendez-vous donc à notre désir, et faites ce que nous voulons. Si vous ne le voulez pas, nous porterons témoignage contre vous, et nous dirons qu’il y avait un jeune homme avec vous, et que c’est pour cela que vous avez renvoyé vos filles. Susanne jeta un soupir et dit : De toutes parts le danger m’environne ; car si je fais ceci, c’est la mort pour moi ; et si je ne le fais pas, je n’échapperai pas de vos mains ; mais il m’est meilleur de tomber entre vos mains sans avoir commis le mal, que de pécher en présence du Seigneur. Susanne aussitôt jeta un grand cri, et les vieillards crièrent aussi contre elle ; et l’un d’eux courut à la porte du bosquet et l’ouvrit. Les serviteurs de la maison, ayant entendu crier dans le bosquet, se précipitèrent par la porte de derrière pour voir ce que c’était. Et les vieillards l’ayant dit, les serviteurs en furent couverts de honte, parce que jamais rien de semblable ne s’était dit de Susanne. Et le lendemain, le peuple étant venu à la maison de Joakim son mari, les deux vieillards vinrent aussi, pleins de la résolution criminelle qu’ils avaient formée contre Susanne, de lui faire perdre la vie. Ils dirent donc devant le peuple : Envoyez chercher Susanne , fille d’Helcias, femme de Joakim. On y envoya aussitôt ; et elle vint accompagnée de son père et de sa mère, de ses enfants et de tous ses parents. Les siens et tous ceux qui la connaissaient fondaient en larmes. Mais les deux vieillards, se levant du milieu du peuple, mirent leurs mains sur la tête de Susanne. Elle leva en pleurant les yeux au ciel : car son cœur avait une ferme confiance dans le Seigneur. Et les vieillards dirent : Nous nous promenions seuls dans le bosquet : cette femme est entrée avec deux filles, et ayant fait fermer les portes du bosquet, elle a congédié ses filles. Alors un jeune homme, qui était caché, est venu, et il a commis le crime avec elle. Nous étions retirés dans un coin du bosquet : voyant cette iniquité, nous avons couru à eux, et nous les avons vus dans cette infamie. Nous n’avons pu prendre le jeune homme, parce qu’il était plus fort que nous, et qu’ayant ouvert la porte, il s’est sauvé. Mais ayant pris celle-ci, nous lui avons demandé quel était le jeune homme, et elle n’a pas voulu nous le faire connaître. Voilà ce dont nous sommes témoins. Toute l’assemblée les crut, en leur qualité de vieillards et de juges du peuple, et on la condamna à mort. Alors Susanne jeta un grand cri et dit : Dieu éternel, qui pénétrez ce qu’il y a de plus caché, qui connaissez toutes choses avant même qu’elles soient faites, vous savez qu’ils ont porté contre moi un faux témoignage ; et cependant je meurs, sans avoir rien fait de ce qu’ils ont inventé si malicieusement contre moi. Le Seigneur exauça sa prière ; et lorsqu’on la conduisait à la mort, le Seigneur suscita l’esprit saint d’un jeune entant nommé Daniel, qui s’écria à haute voix : Je suis pur du sang de cette femme. Et tout le peuple se tourna vers lui et lui dit : Quelle est cette parole que tu viens de prononcer ? Daniel, se tenant debout au milieu d’eux, leur dit : Enfants d’Israël, insensés que vous êtes, c’est donc ainsi que, sans juger et sans connaître la vérité, vous avez condamne une fille d’Israël ? Retournez pour la juger de nouveau : car ils ont porté contre elle un faux témoignage. Le peuple retourna donc en grande hâte, et Daniel leur dit : Séparez-les l’un de l’autre, et je les jugerai. Ayant donc été sépares, il appela l’un d’eux et lui dit : Homme envieilli dans le mal, les péchés que tu as commis autrefois retombent aujourd’hui sur toi. Tu rendais des jugements injustes, tu opprimais les innocents, et tu sauvais les coupables, quoique le Seigneur ait dit : Tu ne feras pas mourir l’innocent et le juste. Maintenant donc, si tu as surpris cette femme, dis sous quel arbre tu les as vus parler ensemble. Le vieillard répondit : Sous un lentisque. Daniel lui dit : C’est avec justice que ton mensonge va retomber sur ta tête : car voici l’Ange de Dieu qui a reçu ta sentence, et qui va te couper en deux. Et l’ayant fait retirer, il commanda qu’on fît venir l’autre, et lui dit : Race de Chanaan et non de Juda, la beauté t’a séduit, et la concupiscence a perverti ton cœur. C’est ainsi que vous traitiez les filles d’Israël, et parce qu’elles vous craignaient, elles parlaient avec vous ; mais la fille de Juda n’a pu souffrir votre iniquité. Maintenant donc, dis-moi sous quel arbre tu les as surpris, lorsqu’ils se parlaient. Il lui répondit : sous une yeuse. Daniel lui dit : C’est avec justice que ton mensonge va aussi retomber sur ta tête : car l’Ange du Seigneur est tout prêt, armé du glaive, pour te couper par le milieu, et pour vous tuer tous deux. Toute l’assemblée aussitôt jeta un grand cri , et ils bénirent Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui. Et ils s’élevèrent contre les deux vieillards : car Daniel les avait convaincus de faux témoignage par leur propre bouche ; et ils leur firent souffrir ce qu’eux-mêmes avaient voulu faire à leur prochain, et ils les mirent à mort ; et le sang innocent fut sauvé ce jour-là.

    354

    Hier, nous prenions part à la joie de nos Catéchumènes, aux yeux desquels l’Église dévoilait déjà cette source limpide et vivifiante qui procède du Sauveur, et dans les eaux de laquelle ils vont bientôt puiser une nouvelle vie. Aujourd’hui, renseignement s’adresse aux Pénitents dont la réconciliation approche. Mais comment peuvent-ils encore espérer le pardon, eux qui ont souillé la robe blanche de leur baptême, et foulé aux pieds le sang divin qui les avait rachetés ? Cependant le pardon descendra sur eux, et ils seront sauvés. Que si vous voulez comprendre ce mystère, lisez et méditez les saintes Écritures ; et vous y apprendrez qu’il y a pour l’homme un salut qui procède de la justice, et un salut qui vient de la miséricorde. Aujourd’hui nous avons sous les yeux le type de l’un et de l’autre. Susanne accusée injustement d’adultère, reçoit de Dieu, qui la venge et la délivre, la récompense de sa vertu ; une autre femme véritablement coupable de ce crime est arrachée à la mort par Jésus-Christ lui-même. Que les justes attendent donc avec confiance et humilité la récompense qu’ils ont méritée ; mais aussi que les pécheurs espèrent dans la clémence du Rédempteur, qui est venu pour eux plus encore que pour les justes. C’est ainsi que la sainte Église relève le courage de ses pénitents, et les appelle à la conversion, en leur découvrant les richesses du cœur de Jésus et les miséricordes de la loi nouvelle que ce divin Rédempteur est venu sceller de son sang.

    Dans cette admirable histoire de Susanne, les premiers chrétiens voyaient aussi le type de l’Église de leur temps sollicitée au mal par les païens, et demeurant fidèle à son Époux divin jusqu’au péril de sa vie. Un saint évêque martyr du III° siècle, saint Hippolyte, nous donne la clef de ce symbole 56 ; et les sculptures des antiques sarcophages chrétiens, ainsi que les fresques des catacombes romaines, sont d’accord pour nous présenter la fidélité de Susanne à la loi de Dieu, malgré la mort qui la menace, comme le type des martyrs préférant la mort à l’apostasie, qui, selon le langage des saintes Écritures, est un véritable adultère de l’âme à l’égard de Dieu dont elle est devenue l’épouse par le baptême.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. VIII.

    In illo tempore : Perrexit Jesus in montem Oliveti : et diluculo iterum venit in templum, et omnis populus venit ad cum. Et sedens docebat eos. Adducunt autem scribæ et Pharisaei mulierem in adulterio deprehensam : et statuerunt eam in medio, et dixerunt ei : Magister, haec mulier modo deprehensa est in adulterio. In Lege autem Moyses mandavit nobis hujusmodi lapidare. Tu ergo quid dicis ? Hoc autem dicebant tentantes ilum,ut possent accusare eum. Jesus autem inclinans se deorsum, digito scribebat in terra. Cum ergo perseverarent interrogantes eum, erexit se et dixit eis : Qui sine peccato est vestrum, primus in illam lapidem mittat. Et iterum se in clinans, scribebat in terra. Audientes autem, unus post unum exibant, incipientes a senioribus : et remansit solus Jesus, et mulier in medio stans. Erigens autem se Jesus, dixit ei : Mulier, ubi sunt, qui te accusabant ? Nemo te condemnavit ? Quae dixit : Nemo, Domine. Dixit autem Jesus : Nec ego te condemnabo. Vade, et jam amplius noli peccare.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. VIII.

    En ce temps-là, Jésus s’en alla sur la montagne des Oliviers, et, au point du jour, il retourna au temple. Et tout le peuple vint à lui ; et s’étant assis, il se mit à les enseigner. Or les scribes et les pharisiens lui amenèrent une femme surprise en adultère, et la plaçant debout au milieu du peuple, ils dirent à Jésus : Maître, cette femme vient d’être surprise en adultère : Moïse nous a ordonné dans la Loi de lapider les adultères ; vous donc, que dites-vous ? Ils disaient ceci en le tentant, afin d’avoir de quoi l’accuser. Mais Jésus, se baissant, écrivait sur la terre avec son doigt. Et comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit : Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Et se baissant de nouveau, il écrivait sur la terre. Ayant donc entendu cette parole, ils se retirèrent l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés. Et Jésus demeura seul avec la femme qui était là debout. Alors Jésus, se relevant, lui dit : Femme, où sont tes accusateurs ? Personne ne t’a-t-il condamnée ? Elle lui dit : Personne, Seigneur. Jésus lui dit : Je ne te condamnerai pas non plus : va, et ne pèche plus désormais.

 

        Voici maintenant le salut par la miséricorde. Le crime de cette femme est réel ; la loi la condamne a mort ; ses accusateurs, en requérant la peine, sont fondés en justice : et cependant la coupable ne périra pas. Jésus la sauve, et pour ce bienfait il ne lui impose qu’une seule condition : qu’elle ne pèche plus. Quelle dut être sa reconnaissance envers son libérateur ! Comme elle dut avoir à cœur désormais, de suivre les ordres de celui qui n’avait pas voulu la condamner et à qui elle devait la vie ! Pécheurs que nous sommes, entrons dans ces sentiments à l’égard de notre Rédempteur. N’est-ce pas lui qui a retenu le bras de la divine justice prêt à nous frapper ? N’en a-t-il pas détourné les coups sur lui-même ? Sauvés par sa miséricorde, unissons-nous aux Pénitents de l’Église primitive, et durant ces jours qui nous restent encore, établissons solidement les bases de notre nouvelle vie.

    Jésus ne répond qu’un seul mot aux Pharisiens qui sont venus le tenter au sujet de cette femme ; mais cette parole si brève n’en doit pas moins être recueillie par nous avec respect et reconnaissance : car si elle exprime la pitié divine du Sauveur pour la pécheresse tremblante à ses pieds, elle renferme aussi une leçon pratique pour nous. Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Dans ce temps de réparation et de pénitence, rappelons-nous les médisances dont nous nous sommes rendus coupables envers le prochain, ces pèches de la langue que l’on se reproche si peu, que l’on oublie si vite, parce qu’ils coulent, pour ainsi dire, de source. Si la parole du Sauveur eût retenti, comme elle le devait, au fond de notre cœur ; si nous eussions songé avant tout à tant de côtés répréhensibles qui sont en nous, n’est-il pas vrai que jamais nous n’eussions trouvé le courage d’attaquer la conduite du prochain, de révéler ses fautes, de juger jusqu’à ses pensées et ses intentions ? Prenons-y garde dans l’avenir : Jésus connaissait la vie des accusateurs de cette femme ; il sait la nôtre tout entière : malheur donc à nous si nous ne devenons pas indulgents pour nos frères !

    Considérons enfin la malice des ennemis du Sauveur, et avec quelle perfidie ils lui tendent un piège. S’il prononce en faveur de la vie de cette femme, ils l’accuseront de mépriser la loi de Moïse qui la condamne à être lapidée ; s’il répond conformément à la loi, ils le traduiront au peuple comme un homme cruel et sanguinaire. Jésus, par sa prudence céleste, échappe à leurs embûches ; mais nous devons prévoir déjà quel sort lui est réservé le jour où, s’étant livré entre leurs mains, il n’opposera plus à leurs calomnies et à leurs outrages que le silence et la patience d’une victime vouée à la mort.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Praetende , Domine , fidelibus tuis dexteram cœlestis auxilii : ut te toto corde perquirant ; et quæ digne postulant, consequi mereantur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Étendez, Seigneur, votre main sur vos fidèles, et assistez-les d’un secours céleste, afin qu’ils vous cherchent de tout leur cœur, et qu’ils méritent d’obtenir l’effet de leurs justes demandes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Offrons à Marie, en ce jour du Samedi, notre hommage accoutumé, en lui présentant cette prose naïve tirée de nos anciens Missels Romains-Français.

    SÉQUENCE.

    Mariae praeconio Serviat cum gaudio, Fervens desiderio, Verus amor.

    Amoris suffragio Praesentetur Filio, Matris in obsequio, Cordis clamor.

    Ave salus hominum, Virgo decus virginum, Te decet post Dominum Laus et honor.

    Tu rosa, tu lilium, Cujus Dei Filium Carnis ad connubium Traxit odor.

    Ave manans satie Fons misericordia, Vera mentis sauciae Medicina.

    Tu pincerna veniae, Tu lucerna gratiae, Tu supernae gloriæ Es regina.

    Ave carens carie Speculum munditiae, Venustans Ecclesiæ Sacramentum.

    Tu finis miseriae, Tu ver es lætitiæ, Pacis et concordiae Condimentum.

    O felix puerpera, Nostra pians scelera, Jure matris impera Redemptori.

    Da fidei fœdera, Da salutis opera, Da in vitae vespera Bene mori. Amen.

 

    Que le fidèle plein d’amour pour Marie fasse entendre ses louanges, dans un transport d’allégresse.

    Que le cri du cœur, en célébrant la Mère, monte vers le Fils dans un cantique d’amour.

    Salut des hommes, gloire de la virginité, nous vous rendons hommage ; après le Seigneur, la louange et l’honneur sont à vous.

    Vous êtes la rose, vous êtes le lis dont le parfum attira le Fils de Dieu, quand il s’unit à notre chair.

    Salut, source abondante de miséricorde, vraie médecine de l’âme blessée.

    Ministre du pardon, lumière de grâce, reine entourée d’une gloire souveraine.

    Salut, créature sans tache, miroir de pureté ; vous êtes la beauté du mystère de l’église.

    Vous êtes la fin de nos misères, le printemps de l’allégresse, le lien de la paix et de la concorde.

    Heureuse mère, effacez nos crimes ; par votre droit de mère, commandez au Rédempteur.

    Donnez-nous le lien de la loi : donnez-nous les œuvres du salut ; donnez-nous, au soir de la vie, de bien mourir. Amen.

 

LE QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME.

    Ce Dimanche, appelé Laetare, du premier mot de l’Introït de la Messe, est un des plus célèbres de l’année. L’Église, en ce jour, suspend les saintes tristesses du Carême ; les chants de la Messe ne parlent que de joie et de consolation ; l’orgue, muet aux trois Dimanches précédents, t’ait entendre sa voix mélodieuse ; le diacre reprend la dalmatique, le sous-diacre la tunique : et il est permis de remplacer sur les ornements sacrés la couleur violette par la couleur rose. Nous avons vu, dans l’Avent, ces mêmes rites pratiques au troisième Dimanche appelé Gaudete. Le motif de l’Église, en exprimant aujourd’hui l’allégresse dans la sainte Liturgie, est de féliciter ses enfants du zèle avec lequel ils ont déjà parcouru la moitié de la sainte carrière, et de stimuler leur ardeur pour en achever le cours. Nous avons parlé, au jeudi précédent, de ce jour central du Carême, jour d’encouragement, mais dont la solennité ecclésiastique devait être transférée au Dimanche suivant, dans la crainte qu’une trop grande liberté ne vint altérer en quelque chose l’esprit du jeune : aujourd’hui rien ne s’oppose a la joie des fidèles. et l’Église elle-même les y convie.

    La Station, à Rome, est dans la Basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem, l’une des sept principales de la ville sainte. Élevée au ive siècle par Constantin, dans la villa de Sessorius, ce qui l’a fait appeler aussi la basilique Sessorienne, elle fut enrichie des plus précieuses reliques par sainte Hélène, qui voulait en faire comme la Jérusalem de Rome. Elle y fit transporter, dans cette pensée, une grande quantité de terre prise sur le mont du Calvaire, et déposa dans ce sanctuaire, entre autres monuments de la Passion du Sauveur, l’inscription qui était placée au-dessus de sa tête pendant qu’il expirait sur la Croix, et qu’on y vénère encore sous le nom du Titre de la Croix. Le nom de Jérusalem attaché à cette Basilique, nom qui réveille toutes les espérances du chrétien, puisqu’il rappelle la patrie céleste qui est la véritable Jérusalem dont nous sommes encore exilés, a porté dès l’antiquité les souverains Pontifes à la choisir pour la Station d’aujourd’hui. Jusqu’à l’époque du séjour des Papes à Avignon, c’était dans son enceinte qu’était inaugurée la Rose d’or, cérémonie qui s’accomplit de nos jours dans le palais où le Pape fait sa résidence.

    La bénédiction de la Rose d’or est donc encore un des rites particuliers du quatrième Dimanche de Carême : et c’est ce qui lui a fait donner aussi le nom de Dimanche de la Rose. Les idées gracieuses que réveille cette fleur sont en harmonie avec les sentiments que l’Église aujourd’hui veut inspirer à ses enfants, auxquels la joyeuse Pâque va bientôt ouvrir un printemps spirituel, dont celui de la nature n’est qu’une faible image : aussi cette institution remonte-t-elle très-haut dans les siècles. Nous la trouvons déjà établie dès le temps de saint Léon IX ; et il nous reste encore un sermon sur la Rose d’or, que le grand Innocent III prononça en ce jour, dans la Basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem. Au moyen âge, quand le Pape résidait encore au palais de Latran, après avoir béni la Rose, il partait en cavalcade, la mitre en tête, avec tout le sacré Collège, pour l’Église de la Station, tenant cette fleur symbolique à la main. Arrivé à la Basilique, il prononçait un discours sur les mystères que représente la Rose par sa beauté, sa couleur et son parfum. On célébrait ensuite la Messe. Quand elle était terminée, le Pontife revenait dans le même cortège au palais de Latran, toujours en cavalcade, et traversait l’immense plaine qui sépare les deux Basiliques. portant toujours dans sa main la fleur mystérieuse dont l’aspect réjouissait le peuple de Rome. A l’arrivée au seuil du palais, s’il y avait dans le cortège quelque prince, c’était à lui de tenir l’étrier et d’aider le Pontife à descendre de cheval ; il recevait en récompense de sa filiale courtoisie cette Rose, objet de tant d’honneurs et de tant d’allégresse.

    De nos jours, la fonction n’est plus aussi imposante ; mais elle a conservé tous ses rites principaux. Le Pape bénit la Rose d’or dans la Salle des parements, il l’oint du Saint-Chrême, et répand dessus une poudre parfumée, selon le rite usité autrefois ; et quand le moment de la Messe solennelle est arrivé, il entre dans la chapelle du palais, tenant la fleur mystique entre ses mains. Durant le saint Sacrifice, elle est placée sur l’autel et fixée sur un rosier en or disposé pour la recevoir ; enfin, quand la Messe est terminée, on l’apporte au Pontife, qui sort de la chapelle la tenant encore entre ses mains jusqu’à la Salle des parements. Il est d’usage assez ordinaire que cette Rose soit envoyée par le Pape à quelque prince ou à quelque princesse qu’il veut honorer ; d’autres fois, c’est une ville ou une Église qui obtiennent cette distinction.

    Nous donnerons ici la traduction de la belle prière par laquelle le souverain Pontife bénit la Rose d’or : elle aidera nos lecteurs à mieux pénétrer le mystère de cette cérémonie, qui ajoute tant à la splendeur du quatrième Dimanche de Carême. Voici en quels termes cette bénédiction est conçue : « O Dieu, dont la parole et la puissance ont tout créé, dont la volonté gouverne toutes choses, vous qui êtes la joie et l’allégresse de tous les fidèles ; nous supplions votre majesté de vouloir bien bénir et sanctifier cette Rose, si agréable par son aspect et son parfum, que nous devons porter aujourd’hui dans nos mains, en igné de joie spirituelle : afin que le peuple qui vous est consacre, étant arraché au joug de la captivité de Babylone par la grâce de votre Fils unique qui est la gloire et l’allégresse d’Israël, représente d’un cœur sincère les joies de cette Jérusalem supérieure qui est notre mère. Et comme votre Église, à la vue de ce symbole, a tressaille de bonheur, pour la gloire de votre Nom ; vous. Seigneur, donnez-lui un contente ment véritable et parfait. Agréez la dévotion, remettez les pèches, augmentez la foi : guérissez ar votre pardon, protégez par votre miséricorde ; détruisez les obstacles, accordez tous les biens : afin que cette même Église vous offre le fruit des bonnes œuvres, marchant à l’odeur des parfums de cette Fleur qui. sortie et de la tige de Jessé, est appelée mystiquement la fleur des champs et le lis des vallées, et qu’elle mérite de goûter une joie sans fin au sein de la gloire céleste, dans la compagnie de tous les saints, avec cette Fleur divine qui vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen. »

    Nous avons maintenant à parler d’une autre appellation que l’on a donnée au quatrième Dimanche de Carême, et qui se rapporte à la lecture de l’Évangile que l’Église nous propose aujourd’hui. Ce Dimanche est en effet désigne dans plusieurs anciens documents sous le nom de Dimanche des cinq pains ; et le miracle que ce titre rappelle, en même temps qu’il complète le cycle des instructions quadragésimales, vient encore ajouter aux joies de cette journée. Nous perdons de vue un instant la Passion imminente du Fils de Dieu, pour nous occuper du plus grand de ses bienfaits : car sous la figure de ces pains matériels multipliés par la puissance de Jésus, notre foi doit découvrir ce « Pain de vie descendu du ciel, qui donne la vie au monde 57 . » La Pâque est proche, dit notre Évangile ; et sous peu de jours le Sauveur nous dira lui-même : « J’ai désiré d’un extrême désir manger avec vous cette Pâque 58 ». Avant de passer de ce monde à son Père, il veut rassasier cette foule qui s’est attachée à ses pas, et pour cela il se dispose à faire appel à toute sa puissance. Vous admirez avec raison ce pouvoir créateur à qui cinq pains et deux poissons suffisent pour nourrir cinq mille hommes, en sorte qu’après le festin il reste encore de quoi remplir douze corbeilles. Un prodige si éclatant suffit sans doute à démontrer la mission de Jésus ; n’y voyez cependant qu’un essai de sa puissance, qu’une figure de ce qu’il s’apprête à faire, non plus une ou deux fois, mais tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles ; non plus en faveur de cinq mille personnes, mais pour la multitude innombrable de ses fidèles. Comptez sur la surface de la terre les millions de chrétiens qui prendront place au banquet pascal ; celui que nous avons vu naître en Bethléhem, la Maison du pain, va lui-même leur servir d’aliment ; et cette nourriture divine ne s’épuisera pas. Vous serez rassasiés comme vos pères l’ont été ; et les générations qui vous suivront seront appelées comme vous à venir goûter combien le Seigneur est doux 59 .

    Mais remarquez que c’est dans le désert que Jésus nourrit ces hommes qui sont la figure des chrétiens. Tout ce peuple a quitté le tumulte de la ville pour suivre Jésus ; dans l’ardeur d’entendre sa parole, il n’a craint ni la faim, ni la fatigue ; et son courage a été récompensé. C’est ainsi que le Seigneur couronnera les labeurs de notre jeûne et de notre abstinence, à la fin de cette carrière que nous avons déjà parcourue plus d’à moitié. Réjouissons-nous donc, et passons cette journée dans la confiance de notre prochaine arrivée au terme. Le moment vient où notre âme, rassasiée de Dieu, ne plaindra plus les fatigues du corps qui, unies à la componction du cœur, lui auront mérité une place d’honneur au festin immortel.

    L’Église primitive ne manquait pas de proposer aux fidèles cet éclatant miracle de la multiplication des pains, comme l’emblème de l’inépuisable aliment eucharistique : aussi le rencontre-t-on fréquemment sur les peintures des Catacombes et sur les bas-reliefs des anciens sarcophages chrétiens. Les poissons donnés en nourriture avec les pains apparaissent aussi sur ces antiques monuments de notre foi, les premiers chrétiens ayant l’usage de figurer Jésus-Christ sous le symbole du Poisson, parce que le mot Poisson, en grec, est formé de cinq lettres dont chacune est la première de ces mots : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.

    En ce jour, qui est le dernier de la semaine Mésonestime, les Grecs honorent saint Jean Climaque, illustre Abbé du monastère du Mont-Sinaï, au VI° siècle.

 

    A LA MESSE.

    Les soixante-dix ans de la captivité seront bientôt écoulés. Encore un peu de temps, et les exilés rentreront dans Jérusalem : telle est la pensée de l’Église dans tous les chants de cette Messe. Elle n’ose pas encore faire retentir le divin Alléluia ; mais tous ses cantiques expriment la jubilation, parce que, dans peu de jours, la maison du Seigneur dépouillera le deuil et reprendra toutes ses pompes.

    INTROÏT.

    Laetare, Jérusalem ; et conventum facite omnes, qui diligitis eam : gaudete cum laetitia, qui in tristitia fuistis : ut exsultetis et satiemini ab uberibus consolationis vestrae.

    Ps. Laetatus sum in his quae dicta sunt mihi : In domum Domini ibimus. Gloria Patri. Laetare.

    Réjouis-toi, Jérusalem, et vous tous qui l’aimez, rassemblez-vous ; unissez-vous à sa joie, vous qui avez été dans la tristesse ; tressaillez d’allégresse, rassasiez-vous et soyez consolés dans ses délices.

    Ps. Je me suis réjoui dans cette parole qui m’a été dite : Nous irons dans la maison du Seigneur. Gloire au Père. Réjouis-toi.

    

    Dans la Collecte, l’Église confesse que ses enfants ont mérité la pénitence qu’ils s’imposent ; mais elle demande pour eux la faveur de pouvoir aujourd’hui respirer un peu, en se livrant à l’espérance des consolations qui leur sont réservées.

    Collecte.

    Concede, quaesumus omnipotens Deus : ut qui ex merito nostræ actionis affligimur, tunc gratis consolatione respiremus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, qu’étant justement affligés à cause de nos péchés, nous respirions par la consolation de votre grâce. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La deuxième et la troisième Collectes, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 67.

    ÉPÎTRE.

    Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Galatas. Cap. IV.

    Fratres, Scriptum est : Quoniam Abraham duos filios habuit : unum de ancilla, et unum de libera. Sed qui de ancilla, secundum carnem natus est : qui autem de libera, per repromissionem : quae sunt per allegoriam dicta. Haec enim sunt duo testamenta. Unum quidem in monte Sina, in servitutem generans : quæ est Agar : Sina enim mons est in Arabia, qui conjunctus est ei quæ nunc est Jerusalem, et servit cum filiis suis. Illa autem, quae sursum est Jerusalem, libera est, quæ est mater nostra. Scriptum est enim : Laetare, sterilis, quæ non paris : erumpe et clama, quae non parturis : quia multi filii desertae, magis quam ejus quae habet virum. Nos autem, fratres, secundum Isaac promissionis filii sumus. Sed quomodo tunc is, qui secundum carnem natus fuerat persequebatur eum, qui secundum spiritum : ita et nunc. Sed quid dicit Scriptura ? Ejice ancillam et filium ejus : non enim haeres erit filius ancilla ? cum filio liberae. Itaque, fratres, non sumus ancillae filii, sed liberas : qua libertate Christus nos liberavit.

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Galates. Chap. IV.

    Mes Frères, il est écrit qu’Abraham eut deux fils, l’un de la servante, et l’autre de la femme libre ; mais celui qui naquit de la servante naquit selon la chair ; celui qui naquit de la femme libre naquit en vertu de la promesse. Ceci est une allégorie ; car ces deux femmes sont les deux alliances, dont la première, établie sur le mont Sinaï, engendre pour la servitude : c’est celle que figure Agar. En effet, Sinaï est une montagne d’Arabie qui tient à la Jérusalem d’ici-bas, laquelle est esclave avec ses enfants ; au lieu que la Jérusalem d’en haut est libre ; et c’est elle qui est notre mère. Car il est écrit : Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas ; éclate, pousse des cris de joie, toi qui ne devenais pas mère, parce que celle qui était délaissée a maintenant plus de fils que celle qui a un mari. Nous sommes donc, mes Frères, les enfants de la promesse figurés dans Isaac ; et comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’esprit, ainsi en est-il encore aujourd’hui. Mais que dit l’Écriture ? Chasse la servante et son fils , car le fils de la servante ne sera point héritier avec celui de la femme libre. Ainsi, mes Frères, nous ne sommes pas les fils de la servante, mais de la femme libre, par la liberté que le Christ nous a octroyée.

 

    Réjouissons-nous donc, enfants de Jérusalem et non plus du Sinai ! La mère qui nous a enfantés, la sainte Église, n’est point esclave, elle est libre ; et c’est pour la liberté qu’elle nous a mis au jour. Israël servait Dieu dans la terreur ; son cœur toujours porté à l’idolâtrie avait besoin d’être sans cesse comprimé par la crainte, et le joug meurtrissait ses épaules. Plus heureux que lui, nous servons par amour ; et pour nous « le joug est doux et le fardeau léger 60 ». Nous ne sommes pas citoyens de la terre ; nous ne faisons que la traverser ; notre unique patrie est la Jérusalem d’en haut. Nous laissons celle d’ici-bas au Juif qui ne goûte que les choses terrestres, et qui, dans la bassesse de ses espérances, méconnaît le Christ, et s’apprête à le crucifier. Trop longtemps nous avons rampé avec lui sur la terre ; le péché nous tenait captifs ; et plus les chaînes de notre esclavage s’appesantissaient sur nous, plus nous pensions être libres. Le temps favorable est arrivé, les jours de salut sont venus ; et, dociles à la voix de l’Église, nous avons eu le bonheur d’entrer dans les sentiments et dans les pratiques de la sainte Quarantaine. Aujourd’hui, le péché nous apparaît comme le plus pesant des jougs, la chair comme un fardeau dangereux, le monde comme un tyran impitoyable ; nous commençons à respirer, et l’attente d’une délivrance prochaine nous inspire de vifs transports. Remercions avec effusion notre libérateur qui nous tire de la servitude d’Agar, qui nous affranchit des terreurs du Sinai, et, nous substituant à l’ancien peuple, nous ouvre par son sang les portes de la céleste Jérusalem.

    Le Graduel exprime la joie des gentils convoqués à venir prendre place dans la maison du Seigneur, qui désormais est à eux. Le Trait célèbre la protection de Dieu sur l’Église, la nouvelle Jérusalem qui ne sera point ébranlée comme la première. Cette sainte cité communique à ses enfants la sécurité dont elle jouit : car le Seigneur veille sur son peuple comme sur elle-même.

    GRADUEL.

    Laetus sum in his quæ dicta sunt mihi : In domum Domini ibimus.

    V/. Fiat pax in virtute tua : et abundantia in turribus tuis.

    J’ai été ravi de joie, quand on m’a dit : Nous irons en la maison du Seigneur.

    V/. Que la paix règne sur tes remparts, et l’abondance dans tes palais.

    TRAIT.

    Qui confidunt in Domino , sicut mons Sion : non commovebitur in æternum, qui habitat in Jerusalem.

    V/. Montes in circuitu ejus : et Dominus in circuitu populi sui, ex hoc nunc, et usque in sæculum.

    Ceux qui se confient dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion ; il ne sera jamais ébranlé, celui qui habite en Jérusalem.

    V/. Des montagnes environnent cette ville de toutes parts ; et le Seigneur est le boulevard de son peuple, aujourd’hui et à jamais.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. VI.

    In illo tempore : Abiit Jesus trans mare Galilaeae, quod est Tiberiadis : et sequebatur eum multitudo magna, quia videbant signa quæ faciebat super his qui infirmabantur. Subiit ergo in montem Jesus : et ibi sedebat cum discipulis suis. Erat autem proximum Pascha, dies festus Judæorum. Cum sublevasset ergo oculos Jesus, et vidisset quia multitudo maxima venit ad eum, dixit ad Philippum : Unde ememus panes, ut manducent hi ? Hoc autem dicebat tentans eum : ipse enim sciebat quid esset facturus. Respondit ei Philippus : Ducentorum denariorum panes non sufficiunt eis, ut unusquisque modicum quid accipiat. Dicit ei unus ex discipulis ejus, Andréas, frater Simonis Petri : Est puer unus hic, qui habet quinque panes hordeaceos, et duos pisces : sed haec quid sunt inter tantos ? Dixit ergo Jesus : Facite homines discumbere. Erat autem fœnum multum in loco. Discubuerunt ergo viri, numéro quasi quinque millia. Accepit ergo Jesus panes : et eum gratias egisset, distribuit discumbentibus : similiter et ex piscibus quantum volebant. Ut autem impleti sunt, dixit discipulis suis : Colligite quæ superaverunt fragmenta, ne pereant. Collegerunt ergo, et impleverunt duodecim cophinos fragmentorum ex quinque panibus hordeaceis, quæ superfuerunt his qui manducaverant. Illi ergo homines eum vidissent quod Jesus fecerat signum, dicebant : Quia hic est vere propheta, qui venturus est in mundum. Jesus ergo cum cognovisset quia venturi essent ut raperent eum, et facerent eum regem fugit iterum in montem ipse solus.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. VI.

    En ce temps-là, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée, qui est celle de Tibériade, et une grande multitude le suivait, parce qu’ils voyaient les miracles qu’il faisait sur ceux qui étaient malades. Il monta sur une montagne et il s’y assit avec ses disciples. Or la Pâque, qui est la grande fête des Juifs, était proche. Jésus donc, levant les yeux, et voyant qu’une très grande multitude venait à lui, dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains pour donner à manger à tout ce monde ? Il disait cela pour le tenter : car il savait bien ce qu’il devait faire. Philippe lui répondit : Quand on aurait du pain pour deux cents deniers, cela ne suffirait pas pour en donner à chacun quelque peu. Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un jeune homme qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Jésus dit : Faites-les asseoir. Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille. Et Jésus prit les pains, et ayant rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis ; et pareillement des deux poissons, autant qu’ils en voulaient. Après qu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Recueillez les morceaux qui sont restés, pour qu’ils ne se perdent pas. Ils les recueillirent donc, et remplirent douze corbeilles des morceaux restés des cinq pains d’orge, après que tous en eurent mangé. Ces hommes, ayant donc vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. Mais Jésus, sachant qu’ils devaient venir pour l’enlever et le faire roi, s’enfuit et se retira seul sur la montagne.

 

    Ces hommes que le Sauveur venait de rassasier avec tant de bonté et une puissance si miraculeuse, n’ont plus qu’une pensée : ils veulent le proclamer leur roi. Cette puissance et cette bonté réunies en Jésus le leur font juger digne de régner sur eux. Que ferons-nous donc, nous chrétiens, auxquels ce double attribut du Sauveur est incomparablement mieux connu qu’il ne l’était à ces pauvres Juifs ? 11 nous faut dès aujourd’hui l’appeler à régner sur nous. Nous venons de voir dans l’Épître que c’est lui qui nous a apporté la liberté, en nous affranchissant de nos ennemis. Cette liberté, nous ne la pouvons conserver que sous sa loi. Jésus n’est point un tyran, comme le monde et la chair : son empire est doux et pacifique, et nous sommes plus encore ses enfants que ses sujets. A la cour de ce grand roi, servir c’est régner. Venons donc oublier auprès de lui tous nos esclavages passés ; et si quelques chaînes nous retiennent encore, hâtons-nous de les rompre : car la Pâque est la fête de la délivrance, et déjà le crépuscule de ce grand jour paraît à l’horizon. Marchons sans faiblesse vers le terme ; Jésus nous donnera le repos, il nous fera asseoir sur le gazon comme ce peuple de notre Évangile ; et le Pain qu’il nous a préparé nous fera promptement oublier les fatigues de la route.

    Dans l’Offertoire, l’Église continue d’employer les paroles de David pour louer le Seigneur ; mais c’est sa bonté et sa puissance qu’elle se plaît à célébrer aujourd’hui.

    OFFERTOIRE.

    Laudate Dominum, quia benignus est : psallite Nomini ejus, quoniam suavis est : omnia quascumque voluit, fecit in cœlo et in terra.

    Louez le Seigneur, parce qu’il est bon : chantez à son Nom, parce qu’il est doux : il a fait tout ce qu’il a voulu au ciel et sur la terre.

    La Secrète demande pour le peuple fidèle un accroissement de dévotion, par les mérites du Sacrifice qui va s’offrir, et qui est le principe du salut.

    SECRETE.

    Sacrificiis praesentibus, Domine, quæsumus, intende placatus : ut et devotioni nostrae proficiant et saluti. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Daignez, Seigneur, recevoir favorablement le présent Sacrifice ; et qu’il serve à nourrir notre piété et à nous faire obtenir le salut. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La deuxième et la troisième Secrètes, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 71.

    Dans l’Antienne de la Communion, l’Église exalte la gloire de la Jérusalem céleste, figurée par l’auguste Basilique de Sainte-Croix qui s’honore de ce nom mystérieux. Elle chante l’allégresse des tribus du Seigneur rassemblées dans l’enceinte de ce temple pour y contempler, sous le gracieux symbole de la Rose, le divin Époux de la nature humaine qui attire les fidèles à l’odeur de ses parfums.

    COMMUNION.

    Jerusalem quæ ædifïcatur ut civitas, cujus participatio ejus in idipsum : illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini, ad confitendum Domini tuo, Domine.

    Jérusalem est bâtie comme une ville, dont toutes les parties sont unies et liées ensemble. C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur, pour célébrer votre Nom, ô Seigneur !

 

    En ce jour où le divin mystère du Pain de vie est proposé à notre foi et à notre amour, l’Église demande pour nous, dans la Postcommunion, la grâce d’y participer toujours avec le respect et la préparation qui conviennent à un si auguste mystère.

    POSTCOMMUNION.

    Da nobis, quaesumus misericors Deus : ut sancta tua, quibus incessanter explemur, sinceris tractemus obsequiis. et fideli semper mente sumamus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Dieu de miséricorde, faites-nous la grâce de nous approcher avec un respect sincère de vos Mystères sacrés, dont nous sommes sans cesse nourris, et de les recevoir toujours dans un cœur fidèle. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La deuxième et la troisième Postcommunions, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 72.

 

    A VÊPRES.

    Les Psaumes se trouvent aux Vêpres du Dimanche, ci-dessus, pages 52 et suivantes.

    CAPITULE.

    Fratres : Scriptum est, quoniam Abraham duos filios habuit : unum de ancilla, et unum de libera. Sed qui de ancilla, secundum carnem natus est ; qui autem de libera, per repromissionem : quae sunt per allegoriam dicta.

    R/. Deo gratias.

    Mes Frères, il est écrit qu’Abraham eut deux fils, l’un de la servante et l’autre de la femme libre : celui qui naquit de la servante naquit selon la chair ; mais celui qui naquit de la femme libre naquit en vertu de la promesse : ceci est une allégorie.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    L’Hymne et le Verset, ci-dessus, page 55.

    

    ANTIENNE DE MAGNIFICAT.

    Subiit ergo in montem Jesus, et ibi sedebat cum discipulis suis.

    Jésus monta sur une montagne, et s’y assit avec ses disciples.

    ORAISON.

    Concede, quaesumus omnipotens Deus, ut qui ex merito nostrae actionis affligimur, tuæ gratis consolatione respiremus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, qu’étant justement affligés à cause de nos péchés, nous respirions par la consolation de votre grâce. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous empruntons au Triodion de l’Église grecque les strophes suivantes, qui se rapportent à l’Office d’aujourd’hui, et expriment les sentiments du chrétien, au milieu de la sainte Quarantaine.

    (Dominica IV Jejuniorum.)

    Sacro jejunii stadio jam dimidio super-emenso, ad futurum in laetitia recte curramus, bonorum operum oleo animos ungentes, ut Christi Dei nostri divinas passiones adorare, et ad ejus venerandam et sanctam resurrectionem pervenire mereamur.

    Qui vitem plantavit et operarios vocavit, prope adest Salvator ; venite, jejunii athletas, mercedem capiamus, quia dives est dispensator et misericors ; parum laborantes, animae misericordiam recipiemus.

    O Deus qui das vitam, aperi mihi portas paenitentia : ; vigilat enim ad templum sanctum tuum spiritus meus, templum corporis ferens penitus maculatum : sed tu miserans, purifica me propitiabili misericordia tua.

    Venite, faciamus in mystica vite fructus paenitentiae : in illa laborantes, non epulemur in escis et potibus, sed in precibus et jejuniis, actiones virtutis operantes ; his complacens Dominus operis denarium præbet, per quod ab iniquitatis debito animas liberat solus multum Deus misericors.

 

    Déjà nous avons parcouru plus de la moitié de la carrière du jeûne ; courons dans le stade, et achevons la course avec allégresse ; oignons nos âmes de l’huile des bonnes œuvres, afin que nous méritions d’adorer la divine Passion du Christ notre Dieu, et d’arriver à la sainte Résurrection digne de tous nos hommages.

    Celui qui a planté la vigne et appelé les ouvriers, le Sauveur, est proche ; venez, athlètes du jeûne, recevoir la récompense : car il est riche, ce dispensateur, et plein de miséricorde. Nous avons peu travaillé ; et cependant nos âmes recevront ses faveurs.

    O Dieu ! qui donnes la vie, ouvre-moi les portes de la pénitence. Mon esprit veille dans ton temple saint ; mais le temple du corps qui lui est uni a contracté un grand nombre de taches Prends pitié, et purifie-moi dans ta miséricordieuse bonté.

    Venez, produisons des fruits de pénitence dans la vigne mystique ; travaillons, ne nous livrons point au manger et au boire ; accomplissons des œuvres de vertu dans la prière et le jeûne. Le Seigneur y prendra plaisir ; et, pour prix de notre travail, il nous donnera le denier qui délivre les âmes de la dette du péché, lui le seul Dieu, lui dont la miséricorde est grande.

 

LE LUNDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est dans l’antique Église appelée des Quatre-Couronnés, c’est-à-dire des saints martyrs Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin, qui souffrirent la mort sous la persécution de Dioclétien. Leurs corps reposent dans ce sanctuaire, qui s’honore aussi de posséder le chef du grand martyr saint Sébastien.

    COLLECTE.

    Praesta , quæsumus omnipotens Deus : ut observationes sacras annua Jevotione recolentes, et corpore tibi placeamus et mente. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Faites-nous la grâce, Dieu tout-puissant , qu’en observant religieusement chaque année ces saintes pratiques, nous vous soyons agréables et dans nos corps et dans nos âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Regum. III, Cap. III.

    In diebus illis : Venerunt duae mulieres meretrices ad regem Salomonem, steteruntque coram eo, quarum una ait : Obsecro, mi Domine : ego et mulier hæc habitabamus in domo una, et peperi apud eam in cubiculo. Tertia autem die postquam ego peperi, peperit et haec : et eramus simul , nullusque alius nobiscum in domo, exceptis nobis duabus. Mortuus est autem filius mulieris hujus nocte. Dormiens quippe oppressit eum. Et consurgens intempesta ; noctis silentio, tulit filium meum de latere meo ancillae tuas dormientis, et collocavit in sinu suo : suum autem filium, qui erat mortuus, posuit in sinu meo. Cumque surrexissem mane ut darem lac filio meo, apparuit mortuus : quem diligentius intuens clara luce, deprehendi non esse meum, quem genueram. Respondit altera mulier : Non est ita ut dicis, sed filius tuus mortuus est. meus autem vivit. E contrario illa dicebat : Mentiris : filius quippe meus vivit, et filius tuus mortuus est. Atque in hunc modum contendebant coram rege. Tunc rex ait : Hæc dicit : Filius meus vivit, et filius tuus mortuus est. Et ista respondit : Non, sed filius tuus mortuus est, meus autem vivit. Dixit ergo rex : Afferte mihi gladium. Cumque attulissent gladium coram rege : Dividite, inquit, infantem vivum in duas partes, et date dimidiam partem uni, et dimidiam partem alteri. Dixit autem mulier, cujus filius erat vivus, ad regem (commota sunt quippe viscera ejus super lilio suo) : Obsecro, Domine, date illi infantem vivum, et nolite interficere eum. E contrario illa dicebat : Nec mihi, nec tibi sit, sed dividatur. Respondit rex, et ait : Date huic infantem vivum, et non occidatur : haec est enim mater ejus. Audivit itaque omnis Israël judicium quod judicasset rex, et timuerunt regem, videntes sapientiam Dei esse in eo ad faciendum judicium.

 

    Lecture du livre des Rois. III, Chap. III.

    En ces jours-là, deux femmes de mauvaise vie se présentèrent au roi Salomon, et se tinrent devant son tribunal. L’une lui dit : Seigneur, daignez m’écouter : nous demeurions, cette femme et moi, dans une même maison, et je suis accouchée dans la chambre où elle était. Trois jours après, celle-ci est accouchée à son tour. Nous étions ensemble dans cette maison, et il n’y avait personne que nous deux. Or le fils de cette femme est mort pendant la nuit, parce qu’elle l’a étouffé en dormant ; et se levant, sans bruit, au milieu de la nuit, elle a ôté mon fils d’à côté de moi votre servante qui dormais, et l’ayant pris auprès d’elle, elle a mis auprès de moi son fils qui était mort. Lorsque le matin je me suis levée pour allaiter mon fils, il m’a paru qu’il était mort, et l’ayant considéré avec plus d’attention au grand jour, j’ai reconnu que ce n’était pas là celui que j’avais enfanté. L’autre femme répondit : Ce que tu dis n’est pas vrai ; mais c’est ton fils qui est mort, et le mien est vivant. La première au contraire répliquait : Tu mens, car c’est mon fils qui est vivant, et le tien est mort. Et elles disputaient ainsi devant le roi. Alors le roi dit : Celle-ci dit : Mon fils est vivant, et le tien est mort ; et l’autre répond : Non, mais c’est ton fils qui est mort, et le mien est vivant. Le roi ajouta : Qu’on m’apporte une épée. Lorsqu’on eut apporté une épée devant le roi, il dit : Coupez en deux l’enfant qui est vivant, et donnez-en la moitié à l’une, et la moitié à l’autre. Alors la femme dont le fils était vivant dit au roi (car ses entrailles furent émues pour son fils) : Seigneur, donnez-lui, je vous en supplie, l’enfant vivant, et ne le tuez pas. L’autre au contraire disait : Qu’il ne soit ni à moi ni à toi, mais qu’on le partage. Le roi prit la parole et dit : Donnez à celle-ci l’entant vivant, et qu’on ne le tue point : car c’est elle qui est sa mère. Tout Israël ayant donc su la manière dont le roi avait juge ce différend, ils furent saisis de crainte devant lui, voyant que la sagesse de Dieu était en lui pour rendre la justice.

 

    Saint Paul nous expliquait, dans l’Épître de la Messe d’hier, l’antagonisme de la Synagogue et de L’Église, et comment le fils d’Agar persécute le fils de Sara qui lui a été préféré par le père de famille. Aujourd’hui, ces deux femmes qui comparaissent devant Salomon nous présentent encore ce double type. Elles se disputent un enfant ; cet enfant est la Gentilité initiée à la connaissance du vrai Dieu. La Synagogue, figurée par la femme qui a laissé mourir son fils, c’est-à-dire le peuple qui lui était confié, réclame injustement celui que son sein n’a point porté ; et comme cette réclamation ne lui est inspirée que par son orgueil, et non par aucune affection maternelle, il lui est indifférent qu’on l’immole, pourvu qu’il soit arraché à sa vraie mère qui est l’Église. Salomon, le Roi pacifique, figure du Christ, adjuge l’enfant à celle qui l’a conçu, qui l’a enfanté, qui l’a nourri ; et la fausse mère est confondue. Aimons donc notre Mère la sainte Église, l’Épouse de notre Sauveur. C’est elle qui par le Baptême nous a faits enfants de Dieu ; elle qui nous a nourris du Pain de vie ; elle qui nous a donné le Saint-Esprit ; elle enfin qui, lorsque nous avons eu le malheur de retomber dans la mort parle péché, nous a rendu la vie par le divin pouvoir qui est en elle. L’amour filial envers l’Église est le signe des élus, et l’obéissance à ses commandements est la marque d’une âme sur laquelle Dieu règne.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. II.

    In illo tempore : Prope erat Pascha Iudaeorum, et ascendit Jesus Jerosolymam : et invenit in templo vendentes boves, et oves, et columbas , et nummularios sedentes. Et cum fecisset quasi flagellum de funiculis, omnes ejecit de templo, oves quoque, et boves, et nummulariorum effudit aes, et mensas subvertit. Et his, qui columbas vendebant, dixit : Auferte ista hinc, et nolite facere domum Patris mei domum negotiationis. Recordati sunt vero discipuli ejus quia scriptum est : Zelus domus tuae comedit me. Responderunt ergo Judaei, et dixerunt ei : Quod signum ostendis nobis quia hæc facis . Respondit Jesus, et dixit eis : Solvite templum hoc, et in tribus diebus excitabo illud. Dixerunt ergo Judaei : Quadraginta et sex annis aedificatum est templum hoc, et tu in tribus diebus excitabis illud ? Ille autem dicebat de templo corporis sui. Cum ergo resurrexisset a mortuis, recordati sunt discipuli ejus, quia hoc dicebat, et crediderunt Scripturae, et sermoni quem dixit Jésus. Cum autem esset Jerosolymis in Pascha in die festo, multi crediderunt in nomine ejus, videntes signa ejus, quæ faciebat. Ipse autem Jesus non credebat semetipsum eis, eo quod ipse nosset omnes, et quia opus ei non erat ut quis testimonium perhiberet de homine : ipse enim sciebat quid esset in homine.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. II.

    En ce temps-là, la Pâque des Juifs étant proche, Jésus monta à Jérusalem. Et il trouva dans le temple des vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes, et des changeurs assis. Et ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, et aussi les brebis et les bœufs ; et il jeta par terre l’argent des changeurs, et renversa leurs tables. Et il dit à ceux qui vendaient des colombes : Ôtez d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. Alors ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de votre maison me dévore. Les Juifs lui dirent : Quel signe nous montrez-vous, pour faire de telles choses ? Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. Les Juifs dirent : Ce temple a été quarante-six ans à bâtir ; et vous, vous le relèverez en trois jours ? Mais lui parlait du temple de son corps. Lors donc qu’il fut ressuscité d’entre les morts, ses disciples se ressouvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. Jésus étant à Jérusalem pendant la Pâque, au jour de la fête, beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus ne se fiait pas à eux. parce qu’il les connaissait tous, et qu’il n’avait pas besoin que personne lui rendit témoignage d’aucun homme : car il savait lui-même tout ce qu’il y avait dans l’homme.

 

    Nous avons vu déjà, au Mardi de la première semaine, le Seigneur chasser les vendeurs du Temple ; il accomplit en effet deux fois cet acte de justice et de religion. Le récit que nous lisons aujourd’hui se rapporte à la première expulsion de ces profanes du lieu saint. L’Église insiste sur ce fait dans le Carême, parce qu’il nous présente la sévérité avec laquelle Jésus-Christ agira contre l’âme qui se sera laissé envahir par les passions terrestres. Que sont, en effet, nos âmes, sinon le temple de Dieu ? de Dieu qui les a créées et sanctifiées pour y habiter ? Mais il veut que tout y soit digne de cette sublime destination. En ces jours où nous scrutons nos âmes, combien de profanes vendeurs ne trouvons-nous pas établis dans la demeure du Seigneur ? Hâtons-nous de les expulser ; prions même le Seigneur de les chasser lui-même avec le fouet de sa justice, dans la crainte qu’il ne nous arrive de trop ménager ces hôtes dangereux. Le jour où le pardon descendra sur nous est proche ; veillons à être dignes de le recevoir. Avons-nous remarqué dans notre Évangile ce qui est dit de ces Juifs qui, plus sincères que les autres, se mirent à croire en lui, à cause des miracles qu’ils lui voyaient faire ? Jésus cependant ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous. Il y a donc des hommes qui arrivent à croire, à reconnaître Jésus-Christ, sans que pour cela leur cœur soit changé ! O dureté du cœur de l’homme ! ô anxiété cruelle pour la conscience des ministres du salut ! Des pécheurs, des mondains assiègent, en ces jours, les tribunaux de la réconciliation ; ils croient, ils confessent leurs péchés : et l’Église n’ose se fier à leur repentir. Elle sait d’avance que, bien peu de temps après le festin pascal, ils seront redevenus ce qu’ils étaient le jour où elle leur imposa les cendres de la pénitence ; elle tremble en songeant au danger que ces âmes, partagées entre Dieu et le monde, encourent en recevant sans préparation, sans conversion véritable, le Saint des Saints ; d’un autre côté, elle se souvient qu’il est écrit de ne pas éteindre la mèche qui fume encore, de ne pas achever de rompre le roseau déjà éclaté 61 . Prions pour ces âmes dont le sort est si inquiétant, et demandons pour les pasteurs de l’Église quelques rayons de cette lumière par laquelle Jésus connaissait tout ce qu’il y avait dans l’homme.

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Deprecationem nostram, quaesumus Domine, benignus exaudi : et quibus supplicandi praestas affectum, tribue defensionis auxilium. Per Christum Dominum nostrum. Amen

    Exaucez, Seigneur, nos prières, dans votre bonté ; et accordez le secours de votre protection à ceux auxquels vous inspirez le sentiment de s’adresser à vous par la prière. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Prions pour l’entière conversion des pécheurs, en empruntant au Pontifical Romain cette belle Préface que l’Église employait autrefois dans la réconciliation des Pénitents publics.

    PRÉFACE

    Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere. Domine sancte, Pater omnipotens, alterne Deus, per Christum Dominum nostrum : Quem, omnipotens Genitor, ineffabiliter nasci voluisti, ut debitum Adae tibi persolveret aeterno Patri, mortemque nostram sua interficeret, et vulnera nostra in suo corpore ferret, nostrasque maculas sanguine suo dilueret ; ut qui antiqui hostis corrueramus invidia, et ipsius resurgeremus clementia. Te per eum, Domine, supplices rogamus ac petimus, ut pro aliorum excessibus nos digneris exaudire, qui pro nostris non sufficimus exorare. Tu igitur, clementissime Domine, hos famulos tuos, quos a te separaverunt flagitia, ad te revoca pietate solita. Tu namque nec Achab scelestissimi humiliationem despexisti, sed vindictam debitam protelasti. Petrum quoque lacrymantem exaudisti, clavesque postmodum cœlestis regni ipsi tradidisti ; et confitenti latroni ejusdem regni praemia promisisti. Ergo, clementissime Domine, hos, pro quibus preces tibi fundimus, clemens recollige, et tuae Ecclesiae gremio redde, ut nequaquam de eis valent triumphare hostis, sed tibi reconciliet Filius, tibi coæqualis, emundetque eos ab omni facinore, et ad tuae sacratissimæ Cœnæ dapes dignetur admittere. Sicque sua carne, et sanguine reficiat, ut post hujus vitae cursum ad cœlestia regna perducat.

 

    C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tout lieu, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur, dont vous avez décrété la naissance ineffable, afin qu’il acquittât la dette d’Adam envers vous, Père éternel ; qu’il détruisit notre mort par la sienne, qu’il supportât nos blessures en son corps, qu’il effaçât nos taches dans son sang, nous relevant dans sa bonté de la chute où nous avait précipités la jalousie de l’ancien ennemi. C’est par lui, Seigneur, que nous vous supplions humblement d’exaucer nos prières pour les péchés des autres, nous cependant qui ne suffisons pas à vous prier pour les nôtres Daignez donc, Seigneur très clément, rappeler à vous, dans votre bonté accoutumée, ces hommes vos serviteurs, que leurs péchés ont séparés de vous. Vous n’avez pas dédaigné l’humiliation du criminel Achab ; mais vous avez suspendu la vengeance qu’il avait méritée. Vous avez exaucé les pleurs de Pierre, et vous lui avez donné ensuite les clefs du royaume céleste, de ce royaume que vous avez daigné promettre au larron qui confessait ses crimes. Recueillez, miséricordieux Seigneur, ceux pour qui nous vous adressons nos prières ; remettez-les au giron de votre Église ; quel ennemi ne puisse plus triompher d’eux, mais que votre Fils, qui vous est égal, les réconcilie avec vous, qu’il les purifie de tous péchés et daigne les admettre à goûter les mets de votre festin sacré. Qu’il daigne les nourrir de sa chair et de son sang, et les conduise après cette vie au royaume des cieux.

 

LE MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est dans l’Église de Saint-Laurent in Damaso, ainsi appelée parce qu’elle fut bâtie, au IV° siècle, en l’honneur du glorieux Archidiacre de l’Église Romaine, par le Pape saint Damase, dont elle conserve encore aujourd’hui le corps.

    COLLECTE.

    Sacrae nobis, quaesumus Domine, observationis jejunia, et piae conversationis augmentum, et tuae propitiationis continuum praestent auxilium. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Daignez faire, Seigneur, que les jeûnes qu’il nous faut observer dans ce saint temps nous fassent avancer dans la piété, et nous procurent l’assistance continuelle de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Exodi. Cap. XXXII.

    In diebus illis : Locutus est Dominus ad Moysen, dicens : Descende de monte : peccavit populus tuus, quem eduxisti de terra Aegypti. Recesserunt cito de via, quam ostendisti eis : feceruntque sibi vitulum conflatilem, et adoraverunt, atque immolantes ei hostias, dixerunt : Isti sunt dii tui, Israël, qui te eduxerunt de terra Aegypti. Rursumque ait Dominus ad Moysen : Cerno quod populus iste duræ cervicis sit : dimitte me, ut irascatur furor meus contra eos, et deleam eos, faciamque te in gentem magnam. Moyses autem orabat Dominum Deum suum, dicens : Cur, Domine, irascitur furor tuus contra populum tuum, quem eduxisti de terra Aegypti in fortitudine magna, et in manu robusta ? Ne, quaeso, dicant Aegyptii : Callide eduxit eos, ut interficeret in montibus, et deleret e terra : quiescat ira tua, et esto placabilis super nequitia populi tui. Recordare Abraham, Isaac, et Israël servorum tuorum, quibus jurasti per temetipsum, dicens : Multiplicabo semen vestrum sicut stellas cœli : et universam terram hanc, de qua locutus sum, dabo semini vestro, et possidebitis eam semper. Placatusque est Dominus ne faceret malum, quod locutus fuerat adversus populum suum.

 

    Lecture du livre de l’Exode. Chap. XXXII.

    En ces jours-là, le Seigneur parla à Moïse, et lui dit : Descends de la montagne : car ton peuple que tuas tiré de l’Égypte a péché. Ils se sont retirés bientôt de la voie que tu leur avais montrée ; ils ont fondu l’image d’un veau et l’ont adoré ; ils lui ont immolé des victimes, et ils ont dit : O Israël, ce sont là les dieux qui t’ont délivré de la terre d’Égypte Le Seigneur dit encore à Moïse : Je vois que ce peuple a la tête dure : laisse-moi faire, afin que ma colère s’allume contre eux, et que je les extermine ; et je te ferai chef d’un grand peuple. Mais Moïse priait le Seigneur son Dieu, et disait : Pourquoi, Seigneur, votre fureur s’allume-t-elle contre votre peuple que vous avez tiré de la terre d’Égypte, dans votre grande force et votre main puissante ? Ne permettez pas, je vous prie, que les Égyptiens disent : Il les a tait sortir avec adresse pour les tuer sur des montagnes et pour les exterminer de la terre. Que votre colère s’apaise, et laissez-vous fléchir sur la malice de votre peuple. Souvenez-vous d’Abraham, d’Isaac et d’Israël vos serviteurs, auxquels vous avez juré par vous-même, en disant : Je multiplierai votre race comme les étoiles du ciel, et je donnerai à votre postérité toute cette terre dont je vous ai parlé, et vous la posséderez à jamais. Et le Seigneur s’apaisa, et il ne fit point à son peuple le mal dont il l’avait menacé.

    Le crime de l’idolâtrie était le plus répandu dans le monde, à l’époque de la prédication de l’Évangile. Durant plusieurs siècles, toutes les générations de Catéchumènes que l’Église initiait, en ces jours, à la vraie foi, étaient entachées de cette souillure. C’est afin d’inspirer à ces élus une horreur salutaire de leur conduite passée, qu’on leur lisait aujourd’hui ces terribles paroles de Dieu qui, sans l’intervention de Moïse, allait exterminer, en punition de sa rechute dans l’idolâtrie, un peuple en faveur duquel il avait opéré des prodiges inouïs, et auquel il venait en personne donner sa loi. Ce culte grossier des faux dieux n’existe plus parmi nous ; mais il est encore exercé chez des peuples nombreux, rebelles jusqu’ici à la prédication de l’Évangile. Disons tout : il pourrait encore renaître au sein de notre Europe civilisée, si la foi en Jésus-Christ venait à s’y éteindre. La génération qui nous a précédés n’a-t-elle pas vu l’idole de la Raison placée sur l’autel, couronnée de fleurs et recevant l’hommage d’un sacrilège encens ? Un homme ou une société livrés à Satan ne sont pas maîtres de s’arrêter où il leur plaît. Les descendants de Noé devaient sans doute être émus de l’affreuse catastrophe du déluge, dont la terre porta si longtemps les traces ; cependant, l’idolâtrie avait fait déjà d’immenses progrès, lorsque Dieu fut contraint de séquestrer Abraham pour l’en préserver. Soyons reconnaissants envers l’Église qui, par son enseignement et par la morale qui en découle, nous préserve de cette honte et de cet abrutissement, et gardons-nous de suivre nos passions : car toutes conduiraient à l’idolâtrie, si la lumière de la foi nous était enlevée.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. VII.

    In illo tempore : Jam die festo mediante, ascen-dit Jésus in templum, et docebat. Et mirabantur Judan, dicentes : Quomodo hic litteras scit, cum non didicerit ? Respondit eis Jesus, et dixit : Mea doctrina non est mea, sed ejus qui misit me. Si quis voluerit voluntatem ejus facere, cognoscet de doctrina, utrum ex Deo sit an ego a meipso loquar. Qui a semetipso loquitur, gloriam propriam quaerit ; qui autem quærit gloriam ejus qui misit eum, hic verae est, et injustitia in illo non est. Nonne Moyses dedit vobis legem ; et nemo ex vobis facit legem ? Quid me quaeritis interficere ? Respondit turba, et dixit : Daemonium habes : quis te quierit interficere ? Respondit Jesus, et dixit eis : Unum opus feci, et omnes miramini. Propterea Moyses dedit vobis circumcisionem (non quia ex Moyse est, sed ex patribus) : et in Sabbato circumciditis hominem Si circumcisionem accipit homo in Sabbato, ut non solvatur lex Moysi si : mihi indignamini quia totum hominem sanum feci in Sabbato ? Nolite judicare secundum faciem, sed justum iudicium judicate. Dicebant ergo quidam ex Jerosolymis : Nonne hic est quem quaerunt interficere ? Et ecce palam loquitur, et nihil ei dicunt. Numquid vere cognoverunt principes quia hic est Christus ? Sed hunc scimus unde sit : Christus autem eum venerit, nemo scit unde sit. Clamabat ergo Jésus in templo docens, et dicens : Et me scitis, et unde sim scitis : et a meipso non veni, sed est verus qui misit me, quem vos nescitis. Ego scio eum : quia ab ipso sum, et ipse me misit. Quaerebant ergo eum apprehendere : et nemo misit in illum manus, quia nondum venerat hora ejus. De turba autem multi crediderunt in eum.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. VII.

    En ce temps-là, vers le milieu de la fête, Jésus monta au temple, et il y enseignait. Et les Juifs saisis d’étonnement disaient : Comment cet homme sait-il les Écritures, lui qui n’a point étudié ? Jésus leur répondit : Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est de lui, ou si je parle de moi-même. Celui qui parle de soi-même, cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est véritable, et il n’y a point d’iniquité en lui. Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi ? et néanmoins nul de vous n’accomplit la loi. Pourquoi cherchez-vous à me faire périr ? Le peuple lui répondit : Vous avez en vous le démon : qui est-ce qui cherche à vous faire périr ? Jésus leur répondit : Je n’ai fait qu’une œuvre le jour du Sabbat : et vous vous étonnez tous. Cependant Moïse vous ayant donne la circoncision ( bien qu’elle vienne, non de Moïse, mais des patriarches ), vous ne laissez pas de circoncire, le jour du Sabbat. Or, si un homme peut recevoir la circoncision le jour du Sabbat, afin que la loi de Moïse ne soit pas violée, pourquoi vous indignez-vous contre moi, parce que j’ai rendu un homme sain tout entier le jour du Sabbat ? Ne jugez point sur l’apparence, mais jugez avec justice. Quelques-uns de Jérusalem disaient : N’est-ce pas là celui qu’ils cherchent pour le faire mourir ? Voilà qu’il parle publiquement ; et ils ne lui disent rien. Les princes du peuple auraient-ils reconnus qu’il est véritablement le Christ ? Cependant celui-ci, nous savons bien d’où il est ; mais quand viendra le Christ, personne ne saura d’où il est. Jésus néanmoins continuait à enseigner, et disait à haute voix dans le temple : Vous savez qui je suis, et d’où je suis ; et je ne suis point venu de moi-même ; mais celui qui m’a envoyé est plein de vérité, et vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais, parce que je suis de lui, et c’est lui qui m’a envoyé. Ils cherchaient donc à se saisir de lui : et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue. Mais plusieurs du peuple crurent en lui.

 

    La lecture du saint Évangile que l’Église nous propose aujourd’hui, reporte notre pensée sur le prochain sacrifice de l’Agneau divin qui va s’offrir à Jérusalem. L’heure n’est pas encore venue ; mais elle ne doit pas tarder. On le cherche déjà pour le faire mourir. La passion de ses ennemis les aveugle au point de leur faire voir en lui un violateur du Sabbat, parce qu’il guérit les malades par un simple acte de sa volonté, en ce jour du Seigneur. En vain Jésus réfute leurs préjugés, et leur rappelle qu’ils ne font pas difficulté eux-mêmes d’y pratiquer la circoncision, et même, comme il le leur a fait remarquer dans une autre circonstance , de retirer du puits leur bœuf ou leur âne, s’ils y sont tombés. Ils n’écoutent plus rien, ils ne comprennent qu’une seule chose : c’est qu’il faut que Jésus périsse. Ses prodiges sont incontestables, et tous dirigés dans un but de miséricorde pour les hommes ; il refuse seulement d’offrir à la stérile admiration de ses ennemis les signes qu’ils lui demandent d’opérer pour flâner leur curiosité et leur orgueil ; et loin de lui savoir gré de l’usage qu’il daigne faire en faveur des hommes du don des miracles qui brille en lui, ils osent dire, non plus seulement qu’il agit par le pouvoir de Béelzébuth, mais que le démon lui-même est en lui. On frémit d’entendre un si horrible blasphème ; cependant l’orgueil de ces docteurs juifs les entraîne jusqu’à cet excès de déraison et d’impiété ; et la soif du sang s’allume toujours plus ardente dans leur cœur. Pendant qu’une partie du peuple, séduite par ses chefs, se laisse aller à un aveugle fanatisme, d’autres plus indifférents raisonnent sur le Messie, et ne trouvent pas en Jésus les caractères de cet envoyé de Dieu. Ils prétendent que, lorsqu’il paraîtra, on ne saura pas son origine. Cependant, les prophètes ont annoncé qu’il doit sortir du sang de David ; sa généalogie sera un de ses principaux caractères : or, tout Israël sait que Jésus procède de cette race royale. Remarquons d’autre part qu’ils savent aussi que le Messie doit avoir une origine mystérieuse, qu’il doit venir de Dieu. La docilité aux enseignements de Jésus, enseignements confirmés par tant de miracles, les eût éclaires en même temps sur sa naissance temporelle et sur sa filiation divine ; mais l’indifférence et quelque chose de mauvais au fond du cœur de l’homme les empêchaient d’approfondir ; peut-être ceux-là même, au jour du déicide, crieront comme les autres : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. »

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Miserere, Domine, populo tuo : et continuis tribulationibus laborantem, propitius respirare concede. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Ayez pitié, Seigneur, de votre peuple : et dans votre bonté laissez-le respirer, au milieu des tribulations continuelles qui l’accablent. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous emprunterons aujourd’hui à la Liturgie grecque ces pieuses stances, dans lesquelles saint André de Crète offre à la contrition du pécheur une expression si vive et si touchante.

    CANON MAGNUS.

    ( Feria V Hebdomadae V Jejuniorum.)

    Peccavimus, inique egimus, injuste fecimus coram te, nec servivimus, autve fecimus quemadmodum nobis mandasti : verum ne nos, tu Deus patrum, tradideris in finem.

    Peccavi, inique egi, ac mandatum tuum violavi : quippe natus sum in peccatis, addidique vulnus livoribus meis : verum tu velut misericors, qui patrum es Deus, miserere.

    Occulta cordis mei tibi meo judici annuntiavi : vide humilitatem meam ; vide et meam afflictionem, ac intende judicio meo : meique ipse ut misericors, qui es Deus patrum, miserere.

    Obrui tuam imaginem, tuumque mandatum violavi : tota species obscurata est. exstinctaque est lampas, o Salvator ! vitiis : sed misertus ipse, redde mihi laetitiam, ut canit David.

    Convertere ; pœnitere ; revela occulta. Die Deo qui novit omnia : Tu solus Salvator, scis occulta, tu mei, ut psallit David, secundum misericordiam tuam miserere.

    Defecerunt dies mei, sicut somnium ejus qui suscitatur ; quare velut Ezechias in lecto meo lacrymor, ut annos mihi vitae adjicias. Cæterum quis tibi, o anima, Isaias affuerit, præter Deum illum universorum ?

 

    Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons fait l’injustice devant toi ; nous n’avons point obéi, nous n’avons point fait comme tu nous avais commandé ; mais toi, ô Dieu de nos pères ! ne nous abandonne pas jusqu’à la fin.

    J’ai péché, j’ai commis l’iniquité, j’ai violé ton commandement : car je suis né dans le péché ; j’ai ajouté la blessure à mes meurtrissures ; mais toi, miséricordieux, toi qui es le Dieu de nos pères, aie pitié.

    A toi, mon juge, j’ai déclaré les secrets de mon cœur ; vois mon abaissement, vois mon affliction, sois propice dans mon jugement ; toi qui es miséricordieux, toi qui es le Dieu de nos pères, aie pitié.

    J’ai défiguré ton image, j’ai violé ton précepte ; toute ma bonté a été obscurcie, ma lampe s’est éteinte par mes péchés : ô Sauveur ! aie pitié, rends-moi la joie, comme chante David.

    Convertis-toi, mon âme, fais pénitence ; révèle tes plaies cachées ; dis-les à Dieu qui sait tout. Toi seul, ô Sauveur ! tu connais les secrets ; aie pitié de moi selon ta miséricorde, comme chante David.

    Mes jours se sont enfuis comme le songe d’un homme qu’on réveille ; comme Ézéchias, je pleure sur ma couche, je te demande d’ajouter des années à ma vie. Mais quel Isaïe, ô mon âme, peut venir à ton aide, si ce n’est le Dieu de l’univers ?

 

LE MERCREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    Ce jour est la Férie du Grand-Scrutin, parce que, dans l’Église de Rome, après les informations et examens nécessaires, on y consommait l’admission du plus grand nombre des Catéchumènes au Baptême. La Station se tenait dans la Basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, tant à cause de la vaste étendue de cet édifice, que pour faire hommage à l’Apôtre de la Gentilité des nouvelles recrues que l’Église se disposait à faire au sein du paganisme. Le lecteur verra avec intérêt et édification les formes et les cérémonies observées en cette circonstance.

    Les fidèles et les aspirants au Baptême étant réunis dans la Basilique vers l’heure de midi, on recueillait d’abord les noms de ces derniers ; et un acolyte les faisait ranger avec ordre devant le peuple, plaçant les hommes à droite, et les femmes à gauche. Un prêtre récitait ensuite sur chacun d’eux l’Oraison qui les faisait Catéchumènes ; car c’est improprement et par anticipation que nous leur avons jusqu’ici donné ce nom. Il les marquait d’abord du signe de la croix au front, et leur imposait la main sur la tête. Il bénissait ensuite le sel, qui signifie la Sagesse, et le faisait goûter à chacun d’eux.

    Après ces cérémonies préliminaires, on les faisait sortir tous de l’église, et ils demeuraient sous le portique extérieur, jusqu’à ce qu’on les rappelât. Après leur départ, l’assemblée des fidèles étant demeurée dans l’église, on commençait l’Introït, qui est compose des paroles du Prophète Ézéchiel, dans lesquelles le Seigneur annonce qu’il réunira ses élus de toutes les nations, et qu’il répandra sur eux une eau purifiante pour laver toutes leurs souillures. L’acolyte rappelait ensuite tous les Catéchumènes par leur nom, et ils étaient introduits par le portier. On les rangeait de nouveau selon la différence des sexes, et les parrains et marraines se tenaient auprès d’eux. Le Pontife chantait alors la Collecte, après laquelle, sur l’invitation du diacre, les parrains et marraines traçaient le signe de la croix sur le front de chacun des aspirants qu’ils devaient cautionner à l’Église. Des acolytes les suivaient, et prononçaient les exorcismes sur chacun des élus, en commençant par les hommes, et passant ensuite aux femmes.

    Un lecteur lisait ensuite la Leçon du Prophète Ézéchiel que l’on verra ci-après. Elle était suivie d’un premier Graduel composé de ces paroles de David :

    « Venez, mes enfants, écoutez-moi ; je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Approchez de lui, et vous serez illuminés, et vos visages ne seront point dans la confusion. »

    Dans la Collecte qui suivait cette Leçon, on demandait pour les fidèles les fruits du jeûne quadragésimal. et cette prière était suivie d’une seconde Leçon du Prophète Isaie, qui annonce la rémission des péchés pour ceux qui recevront le bain mystérieux.

    Un second Graduel, pareillement tiré des Psaumes, était ainsi conçu :

    « Heureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu, le peuple que le Seigneur a choisi a pour son héritage. »

    Pendant la lecture des deux Leçons et le chant des deux Graduels, avait lieu la cérémonie mystérieuse de l’ouverture des oreilles. Des prêtres allaient successivement toucher les oreilles des Catéchumènes, imitant l’action de Jésus-Christ sur le sourd-muet de l’Évangile, et disant comme lui cette parole : Ephpheta, c’est-à-dire : Ouvrez-vous. Ce rite avait pour but de préparer les Catéchumènes à recevoir la révélation des mystères qui jusqu’alors ne leur avaient été montrés que sous le voile de l’allégorie. La première initiation qu’ils recevaient était relative aux saints Évangiles.

    Après le second Graduel, on voyait sortir du Secretarium, et précédés des cierges et de l’encensoir, quatre diacres portant chacun un des quatre Évangiles. Ils se dirigeaient vers le sanctuaire, et plaçaient les livres sacrés à chacun des quatre angles de l’autel. Le Pontife, ou un simple prêtre par son ordre, adressait alors aux Catéchumènes l’allocution suivante que nous lisons encore au Sacramentaire Gélasien :

    Étant sur le point de vous ouvrir les Évangiles, c’est-à-dire le récit des gestes de Dieu, nous devons d’abord, très chers fils, vous faire connaître ce que sont les Évangiles, d’où ils viennent, de qui sont les paroles qu’on y lit, pourquoi ils sont au nombre de quatre, qui les a écrits ; enfin quels sont ces quatre hommes, qui, annoncés d’avance par l’Esprit-Saint, ont été désignés par le Prophète. Si nous ne vous donnions pas la raison de tous ces détails, nous laisserions de l’étonnement dans vos âmes ; et comme vous êtes venus aujourd’hui pour que vos oreilles soient ouvertes, nous ne devons pas commencer par mettre votre esprit dans l’impuissance. Évangile signifie proprement bonne nouvelle : parce que c’est l’annonce de Jésus-Christ notre Seigneur. L’Évangile est descendu de lui, afin d’annoncer et de montrer que celui qui parlait par les Prophètes est venu dans la chair, ainsi qu’il est écrit : Moi qui parlais, me voici. Ayant à vous expliquer brièvement ce qu’est l’Évangile, et quels sont ces quatre hommes montres d’avance par le Prophète, nous allons désigner leurs noms d’après les figures qui les indiquent. Le Prophète Ézéchiel dit : Et voici leurs traits : un homme et un lion à sa droite, un taureau et un aigle à sa gauche. Nous savons que ces quatre figures sont celles des Évangélistes, et voici leurs noms : Matthieu, Marc, Luc et Jean.

    Après ce grave discours, un diacre, du haut de l’ambon, s’adressant aussi aux Catéchumènes, disait :

    Tenez-vous en silence ; écoutez avec attention.

    Puis, ouvrant l’Évangile de saint Matthieu, qu’il avait pris sur l’autel, il en lisait le commencement jusqu’au verset vingt-unième.

    Cette lecture terminée, un prêtre prenait la parole en ces termes :

    Très chers fils, nous ne voulons pas vous tenir plus longtemps en suspens ; nous vous exposerons donc la figure de chaque Évangéliste. Matthieu a la figure d’un Homme, parce que, au commencement de son livre, il raconte tout au long la généalogie du Sauveur. Voici, en effet, son début : Le livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. Vous voyez donc que ce n’est pas sans raison que l’on a assigné à Matthieu la figure de l’Homme, puisqu’il commence par la naissance humaine du Sauveur.

    Le diacre resté à l’ambon disait encore :

    Tenez-vous en silence ; écoutez avec attention.

    Puis il lisait le commencement de l’Évangile de saint Marc, jusqu’au verset huitième. Après cette lecture, le prêtre reprenait la parole en ces termes :

    L’Évangéliste Marc porte la figure du Lion, parce qu’il commence par le désert, dans ces paroles : La voix qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur ; ou encore, parce que le Sauveur règne invincible. Ce type du Lion est fréquent dans les Écritures, afin de ne pas laisser sans application cette parole : Juda, mon fils, tu es le petit du Lion ; tu es sorti de ma race. Il s’est couché, il a dormi comme un Lion, et comme le petit de la lionne : qui osera le réveiller ?

    Le diacre, ayant ensuite répété son avertissement, lisait le commencement de l’Évangile de saint Luc, jusqu’au verset dix-septième ; et le prêtre reprenant la parole disait :

    L’Évangéliste Luc porte la figure du Taureau, pour rappeler l’immolation de notre Sauveur. Cet Évangéliste commence par parler de Zacharie et d’Élisabeth, desquels naquit Jean-Baptiste, dans leur vieillesse.

    Le diacre ayant annoncé avec la même solennité l’Évangile de saint Jean, dont il lisait les quatorze premiers versets, le prêtre reprenait en ces termes :

    Jean a la figure de l’Aigle, parce qu’il plane dans les hauteurs. C’est lui qui dit : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ; il était dans le principe en Dieu. Et David, parlant de la personne du Christ, s’exprime ainsi : Ta jeunesse sera renouvelée comme celle de l’Aigle : parce que Jésus-Christ notre Seigneur, ressuscité d’entre les morts, est monté jusqu’aux cieux. Ainsi, très chers frères, l’Église qui vous a conçus, qui vous porte encore en son sein, se félicite à la pensée du nouvel accroissement que va recevoir la loi chrétienne, lorsque, au jour vénérable de la Pàque, vous allez renaître dans l’eau baptismale, et recevoir du Christ notre Seigneur, comme tous les saints, le don d’une enfance fidèle.

    La manifestation des quatre Évangélistes était suivie de la cérémonie qu’on appelait tradition du Symbole, par laquelle on proposait aux Catéchumènes le Symbole des Apôtres, et dans les siècles suivants celui de Nicée. Un prêtre faisait d’abord entendre cette allocution :

    Admis à recevoir le Sacrement de Baptême, et devant être l’objet d’une nouvelle création dans le Saint-Esprit, il vous faut en ce moment, très chers fils, concevoir dans votre cœur la foi qui doit vous justifier : il vous faut, par vos esprits changés désormais par l’habitude de la vérité, approcher de Dieu qui est l’illumination de vos âmes. Recevez donc le secret du Symbole évangélique inspiré parle Seigneur, institué par les Apôtres. Il est en peu de mots ; mais les mystères qu’il contient sont grands : car l’Esprit-Saint, qui a dicté cette formule aux premiers maîtres de l’Église, y a formulé la foi qui nous sauve, avec une grande précision de paroles, afin que les vérités que vous devez croire et considérer toujours ne puissent ni se dérober à l’intelligence, ni fatiguer la mémoire. Soyez donc attentifs pour apprendre ce Symbole, et ce que nous vous donnons traditionnellement comme nous l’avons reçu, écrivez-le, non sur une matière corruptible, mais sur les pages de votre cœur. Or donc, la confession de la foi que vous avez reçue commence ainsi.

    On faisait alors avancer un des Catéchumènes, et le prêtre demandait à l’acolyte qui l’avait amené :

    En quelle langue ceux-ci confessent-ils notre Seigneur Jésus-Christ ?

    L’acolyte répondait :

    En grec.

    On sait qu’à Rome, sous les empereurs, l’usage du grec était, pour ainsi dire, aussi répandu que l’usage du latin. Le prêtre disait alors à l’acolyte :

    Annoncez-leur la foi qu’ils croient.

    Et l’acolyte, tenant la main étendue sur la tête du Catéchumène, prononçait le Symbole en grec, sur un récitatif solennel. On faisait ensuite approcher une des femmes catéchumènes de la langue grecque ; l’acolyte répétait le Symbole de la même manière. Le prêtre disait alors :

    Très chers fils, vous avez entendu le Symbole en grec ; écoutez-le maintenant en latin.

    On amenait donc successivement deux Catéchumènes de la langue latine, homme et femme, et l’acolyte récitait deux fois devant eux, et à haute voix, de manière à ce que tous les autres pussent entendre, le Symbole en latin. La tradition du Symbole étant ainsi accomplie, le prêtre prononçait cette allocution :

    Tel est l’abrégé de notre foi, très chers fils, et telles sont les paroles du Symbole, disposées non d’après les pensées de la sagesse humaine, mais selon la raison divine. Il n’est personne qui ne soit capable de les comprendre et de les retenir. C’est là qu’est exprimée la puissance une et égale de Dieu Père et Fils ; là que nous est montré le Fils unique de Dieu, naissant, selon la chair, de la Vierge Marie par l’opération de l’Esprit-Saint ; là que sont racontés son crucifiement, sa sépulture et sa résurrection le troisième jour ; là que l’on confesse son ascension au-dessus des cieux, sa séance à la droite de la majesté du Père, son futur avènement pour juger les vivants et les morts ; là qu’est annoncé le Saint-Esprit qui a la même divinité que le Père et le Fils ; là enfin que sont enseignées la vocation de l’Église, la rémission des péchés et la résurrection de la chair. Vous quittez donc le vieil homme, mes très chers fils, pour être réformés selon le nouveau ; de charnels, vous commencez à devenir spirituels ; de terrestres, célestes. Croyez d’une foi ferme et constante que la résurrection qui s’est accomplie dans le Christ s’accomplira aussi en vous, et que ce prodige qui s’est opéré dans notre Chef se reproduira dans tous les membres de son corps. Le sacrement du Baptême que vous devez bientôt recevoir nous donne une expression visible de cette espérance. Il s’y manifeste comme une mort et comme une résurrection ; on y quitte l’homme ancien, et on y en prend un nouveau. Le pécheur entre dans l’eau, et il en sort justifié. Celui qui nous avait entraînés dans la mort est rejeté ; et l’on reçoit celui qui nous a ramenés à la vie, et qui, par sa grâce qu il vous donnera, vous rendra enfants de Dieu, non par la chair, mais par la vertu du Saint-Esprit. Vous devez donc retenir dans vos cœurs cette courte formule, de manière à user en tout temps, comme d’un secours, de la Confession qu’elle contient. Le pouvoir de cette arme est invincible contre toutes les embûches de l’ennemi ; elle doit être familière aux vrais soldats du Christ. Que le diable, qui ne cesse jamais de tenter l’homme, vous trouve toujours armés de ce Symbole. Triomphez de l’adversaire auquel vous venez de renoncer ; conservez, par le secours du Seigneur, jusqu’à la lin, incorruptible et immaculée la grâce qu’il se prépare à vous faire : afin que celui en qui vous allez recevoir la rémission des péchés vous procure la gloire de la résurrection. Ainsi donc, très chers fils, vous connaissez présentement le Symbole de la foi catholique ; apprenez-le avec soin, sans y changer un seul mot. La miséricorde de Dieu est puissante ; qu’elle vous conduise à la foi du Baptême à laquelle vous aspirez ; et nous-mêmes qui vous ouvrons aujourd’hui les mystères, qu’elle nous fasse parvenir avec vous au royaume des cieux, par le même Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

    Après la tradition du Symbole, on donnait aux Catéchumènes l’Oraison Dominicale. Le diacre annonçait d’abord cette nouvelle faveur, et après qu’il avait recommandé le silence et l’attention, un prêtre adressait aux candidats cette nouvelle allocution :

    Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, entre divers préceptes salutaires, au jour que ses disciples lui demandaient comment ils devaient prier, leur donna cette forme de prière que vous allez entendre, et dont on va vous révéler le sens dans sa plénitude. Que Votre Charité écoute donc maintenant en quelle manière le Sauveur a appris à ses disciples qu’il faut prier le Dieu Père tout-puissant : Lorsque vous prierez, dit-il, entrez dans votre chambre, et ayant ferme la porte, priez votre Père. Ce qu’il entend par la chambre, ce n’est pas un appartement secret, mais l’intime de votre cœur qui n’est connu que de Dieu seul. Quand il dit que l’on doit adorer Dieu après avoir fermé la porte, il nous avertit que nous devons fermer notre cœur aux pensées mauvaises avec la clef mystique, et, les lèvres fermées, parler à Dieu dans la pureté de notre âme. Ce que notre Dieu écoute, c’est a foi, et non le bruit des paroles. Que notre cœur soit donc fermé avec la clef de la foi aux embûches de l’ennemi ; qu’il ne soit ouvert qu’à Dieu dont nous savons qu’il est le temple ; et le Seigneur habitant ainsi dans nos cœurs, il sera propice à nos prières. Le Verbe, la Sagesse de Dieu, le Christ notre Seigneur, nous a donc appris la prière que voici :

    NOTRE PÈRE QUI ÊTES AUX CIEUX.

    Remarquez cette parole de liberté et d’une pleine confiance. Vivez donc de manière à pouvoir être les fils de Dieu et les frères du Christ. Quelle ne serait pas la témérité de celui qui oserait appeler Dieu son père, et qui se montrerait dégénéré de lui en supposant à sa volonté ? Très chers fils, montrez-vous dignes de la divine adoption ; car il est écrit : Tous ceux qui ont cru en lui, il leur a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu.

    QUE VOTRE NOM SOIT SANCTIFIÉ.

    Ce n’est pas que Dieu, qui est toujours saint, ait besoin d’être sanctifié par nous ; nous demandons que son Nom soit sanctifié en nous : en sorte que nous qui sommes rendus saints dans son Baptême, nous persévérions dans le nouvel être que nous avons reçu.

QUE VOTRE RÈGNE ARRIVE.

    Notre Dieu, dont le royaume est immortel, ne règne-t-il donc pas toujours ? assurément ; mais quand nous disons : Que votre règne arrive, nous demandons l’avènement du royaume que Dieu nous a promis, et lui nous a été mérité par le sang et les souffrances du Christ.

    QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL.

    C’est-à-dire : Votre volonté s’accomplisse, en sorte que ce que vous voulez dans le ciel, nous qui sommes sur la terre le fassions fidèlement.

    DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN QUOTIDIEN.

    Entendons ici la nourriture spirituelle : car le Christ est notre pain, lui qui a dit : Je suis le Pain vivant descendu du ciel. Nous l’appelons quotidien, parce que nous devons constamment demander exemption du péché, afin d’être dignes de l’aliment céleste.

    ET PARDONNEZ-NOUS NOS OFFENSES , COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS.

    Ces paroles veulent dire que nous ne pouvons mériter le pardon des péchés, qu’en remettant d’abord aux autres ce qu’ils ont fait contre nous. C’est ainsi que le Seigneur dit dans l’Évangile : Si vous ne remettez pas aux hommes leurs fautes contre vous, votre Père ne vous remettra pas non plus vos péchés.

    ET NE NOUS INDUISEZ PAS EN TENTATION.

    C’est-à-dire, ne souffrez pas que nous y soyons induits par celui qui tente, par l’auteur du mal. L’Écriture, en effet, nous dit : Dieu n’est pas celui qui nous tente pour le mal. C’est le diable qui nous tente ; et pour le vaincre, le Seigneur nous dit : Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation.

    MAIS DÉLIVREZ-NOUS DU MAL.

    Ces paroles se rapportent à ce que dit l’Apôtre : Vous ne savez pas ce qu’il vous convient de demander. Le Dieu unique et tout-puissant doit être supplié par nous, afin que les maux qui ne peuvent être évités par la fragilité humaine le soient cependant par nous, en vertu du secours que daignera nous accorder Jésus-Christ notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

    Après cette allocution, le diacre disait :

    Tenez-vous en ordre et en silence, et prêtez une oreille attentive.

    Et le prêtre reprenait ainsi :

    Vous venez d’entendre, très chers fils, les mystères de l’Oraison Dominicale ; maintenant établissez-les dans vos cœurs, en allant et venant, afin que vous arriviez à devenir parfaits, pour demander et recevoir la miséricorde de Dieu. Le Seigneur notre Dieu est puissant, et vous qui êtes en marche vers la foi, il vous conduira au bain de l’eau qui régénère. Qu’il daigne nous faire arriver avec vous au royaume céleste, nous qui venons de vous livrer les mystères de la foi catholique ; lui qui vit et règne avec Dieu le Père, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

    Après la lecture de l’Évangile dans lequel était racontée la guérison de l’aveugle-né, le diacre, selon l’usage, faisait sortir de l’église tous les Catéchumènes ; leurs parrains et marraines les conduisaient eux-mêmes dehors, et rentraient ensuite dans l’église pour assister au Sacrifice avec les autres fidèles. A l’Offrande, ils venaient présenter à l’autel les noms de leurs clients spirituels ; et le Pontife récitait ces noms, ainsi que ceux des parrains et marraines, dans les prières du Canon. Vers la fin de la Messe, on faisait rentrer les Catéchumènes, et on leur déclarait le jour où ils devraient se présenter à l’église, pour rendre compte du Symbole et des autres instructions qu’ils venaient de recevoir.

    L’imposante cérémonie dont nous venons d’exposer quelques traits, n’avait pas lieu seulement aujourd’hui ; elle se répétait plusieurs fois, selon le nombre des Catéchumènes, et le plus ou moins de temps nécessaire pour recueillir, sur la conduite de chacun d’eux, les renseignements dont l’Église avait besoin pour juger de leur préparation au Baptême. Dans l’Église Romaine , on tenait, comme nous l’avons dit, jusqu’à sept scrutins ; mais le plus nombreux et le plus solennel était celui d’aujourd’hui ; et ils se terminaient tous par la cérémonie que nous venons de décrire.

 

    COLLECTE.

    Deus, quiet justis praemia meritorum, et peccatoribus per jejunium veniam praebes : miserere supplicibus tuis ; ut reatus nostri confessio indulgentiam valeat percipere delictorum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu qui, par le moyen du jeûne, accordez aux justes la récompense de leurs mérites, et aux pécheurs le pardon de leurs crimes, ayez pitié de ceux qui vous supplient, afin que, par la confession de nos offenses, nous méritions d’en obtenir la rémission. Par notre Seigneur Jésus-Christ. Amen.

    PREMIERE LEÇON.

    Lectio Ézechielis Prophetae. Cap. XXXVI.

    Haec dicit Dominus Deus : Sanctificabo Nomen meum magnum, quod pollutum est inter gentes, quod polluistis m medio earum : ut sciant gentes quia ego Dominus, cum sanctificatus fuero in vobis coram eis. Tollam quippe vos de gentibus, et congregabo vos de universis terris, et adducam vos in terram vestram. Et effundam super vos aquam mundam, et mundabimini ab omnibus inquinamentis vestris, et ab universis idolis vestris mundabo vos. Et dabo vobis cor novum, et spiritum novum poenam in medio vestri : et auferam cor lapideum de carne vestra, et dabo vobis cor carneum. Et Spiritum meum ponam in medio vestri : et faciam ut in praeceptis meis ambuletis, et judicia mea custodiatis, et operemini. Et habitabitis in terra quam dedi patribus vestris : et eritis mihi in populum, et ego ero vobis in Deum : dicit Dominus omnipotens.

 

    Lecture du Prophète Ézéchiel. Chap. XXXVI.

    Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je sanctifierai mon grand Nom qui a été profané parmi les nations, et que vous avez déshonoré au milieu d’elles : afin que les nations sachent que je suis le Seigneur, lorsque j’aurai été sanctifié à leurs yeux, au milieu de vous. Car je vous retirerai d’entre les peuples, et je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous amènerai dans la terre qui est à vous. Et je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et je vous purifierai des impuretés de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai un esprit nouveau au milieu de vous. Et j’ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair, et je mettrai mon Esprit au milieu de vous, et je ferai que vous marcherez dans mes préceptes, que vous garderez mes commandements et que vous les pratiquerez. Et vous habiterez dans la terre que j’ai donnée à vos pères ; et vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu, dit le Seigneur tout-puissant.

    Ces magnifiques promesses qui s’accompliront un jour à l’égard de la nation juive, quand la justice du Seigneur sera satisfaite, se réalisent d’abord dans nos Catéchumènes. Ce sont eux que la grâce divine a rassemblés de tous les pays de la gentilité, pour les conduire à leur vraie patrie qui est l’Église. Dans peu de jours, on répandra sur eux cette eau pure qui doit effacer la souillure de l’idolâtrie ; ils recevront un esprit nouveau, un cœur nouveau, et ils seront pour toujours le vrai peuple du Seigneur.

    DEUXIEME LEÇON.

    Lectio Isaiae Prophetae. Cap. I.

    Haec dicit Dominus Deus : Lavamini, mundi estote, auferte malum cogitationum vestrarum ab oculis meis : quiescite agere perverse, discite benefacere : quærite judicium, subvenite oppresso, judicate pupillo, défendite viduam. Et venite, et arguite me, dicit Dominus. Si fuerint peccata vestra ut coccinum, quasi nix dealbabuntur : et si fuerint rubra quasi vermiculus, velut lana alba erunt. Si volueritis, et audieritis me, bona terrae comedetis : dicit Dominus omnipotens.

    Lecture du Prophète Isaïe. Chap. I.

    Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, recherchez l’équité, assistez l’opprimé, faîtes justice à l’orphelin, défendez la veuve, et après cela, venez et soutenez votre cause contre moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige ; et quand ils seraient rouges comme le vermillon, ils deviendront blancs comme la laine la plus blanche. Si vous voulez m’écouter, vous serez rassasiés des biens de la terre promise, dit le Seigneur tout-puissant.

 

    C’est maintenant à ses Pénitents que l’Église adresse ce beau passage d’Isaïe. Pour eux aussi un bain est prépare : bain laborieux, mais efficace pour laver toutes les taches de leurs âmes, s’ils s’y présentent avec une contrition sincère, et disposes a réparer le mal qu’ils ont commis. Se peut-il rien de plus énergique que la promesse du Seigneur ? Les couleurs les plus foncées et les plus éclatantes remplacées en un instant par la pure blancheur de la neige, telle est l’image du changement que Dieu se prépare à opérer dans l’âme du pécheur repentant. L’injuste va devenir juste, les ténèbres vont se transformer en lumière, l’esclave de Satan va être fait enfant de Dieu. Réjouissons-nous avec notre heureuse mère la sainte Église, et, redoublant d’ardeur dans la prière et la pénitence, obtenons que le nombre des réconciliés, au grand jour de la Pâque, surpasse encore ses espérances.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. IX.

    In illo tempore : Praeteriens Jesus vidit hominem caecum a nativitate : et interrogaverunt eum discipuli ejus : Rabbi, quis peccavit, hic, aut parentes ejus, ut cæcus nasceretur ? Respondit Jesus : Neque hic peccavit, neque parentes ejus : sed ut manifestentur opera Dei in illo. Me oportet operari opera ejus, qui misit me, donec dies est : venit nox, quando nemo potest operari. Quamdiu sum in mundo, lux sum mundi. Hæc cum dixisset, exspuit in terram, et fecit lutum exsputo, et linivit lutum super oculos ejus, et dixit ei : Vade, lava in natatoria Siloe (quod interpretatur Missus). Abiit ergo, et lavit, et venit videns. Itaque vicini, et qui viderant eum prius, quia mendicus erat, dicebant : Nonne hic est, qui sedebat, et mendicabat ? Alii dicebant : Quia hic est ; alii autem : Nequaquam, sed similis est ei. Ille vero dicebat : Quia ego sum. Dicebant ergo ei : Quomodo aperti sunt tibi oculi ? Respondit : Ille homo, qui dicitur Jésus , lutum fecit et unxit oculos meos, et dixit mihi : Vade ad natatoria Siloe, et lava. Et abii, lavi, et video. Et dixerunt ei : Ubi est ille ? Ait : Nescio. Adducunt eum ad Pharisaeos, qui cæcus fuerat. Erat autem Sabbatum quando lutum fecit Jésus, et aperuit oculos ejus. Iterum ergo interrogabant eum Pharisæi quomodo vidisset. Ille autem dixit eis : Lutum mihi posuit super oculos, et lavi, et video. Dicebant ergo ex Pharisaeis quidam : Non est hic homo a Deo, qui Sabbatum non custodit. Alii autem dicebant : Quomodo potest homo peccator haec signa facere ? Et schisma erat inter eos. Dicunt ergo caeco iterum : Tu quid dicis de illo, qui aperuit oculos tuos ? Ille autem dixit : Quia propheta est. Non crediderunt ergo Judæi de illo, quia caecus fuisset et vidisset, donec vocaverunt parentes ejus. qui viderat : et interrogaverunt eos, dicentes : Hic est filius vester, quem vos dicitis quia cæcus natus est ? Quomodo ergo nunc videt ? Responderunt eis parentes ejus, et dixerunt : Scimus quia hic est filius noster, et quia caecus natus est : quomodo autem nunc videat, nescimus : aut quis ejus aperuit oculos, nescimus : ipsum interrogate : aetatem habet ; ipse de se loquatur. Haec dixerunt parentes ejus, quoniam timebant Iudaeos : jam enim conspiraverant Judæi, ut si quis eum confiteretur esse Christum , extra synagogam fieret : propterea parentes ejus dixerunt : Quia ætatem habet, ipsum interrogate. Vocaverunt ergo rursum hominem, qui fuerat cæcus. et dixerunt ei : Da gloriam Deo. Nos scimus quia hic homo peccator est. Dixit ergo eis ille : Si peccator est, nescio : unum scio, quia cæcus eum essem, modo video. Dixerunt ergo illi : Quid fecit tibi ? quomodo aperuit tibi oculos ? Respondit eis : Dixi vobis jam, et audistis : quid iterum vultis audire ? numquid et vos vultis discipuli ejus fieri ? Maledixerunt ergo ei, et dixerunt : Tu discipulus illius sis : nos autem Moysi discipuli sumus. Nos scimus quia Moysi locutus est Deus : hunc autem nescimus unde sit. Respondit ille homo, et dixit eis : In hoc enim mirabile est, quia vos nescitis unde sit, et aperuit meos oculos : scimus autem quia peccatores Deus non audit : sed si quis Dei cultor est, et voluntatem ejus facit, hunc exaudit. A saeculo non est auditum, quia quis aperuit oculus caeci nati. Nisi esset hic a Deo, non poterat facere quidquam. Responderunt, et dixerunt ei : In peccatis natus es totus, et tu doces nos ? Et ejecerunt eum foras. Audivit Jesus quia ejecerunt eum foras ; et cum invenisset eum, dixit ei : Tu credis in Filium Dei ? Respondit ille, et dixit : Quis est, Domine, ut credam in eum ? Et dixit ei Jesus : Et vi disti eum : et qui loquitur tecum, ipse est. At ille ait : Credo, Domine. Et procidens adoravit eum.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. IX.

    En ce temps-là, Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance : et ses disciples lui firent cette question : Maître, en quoi celui-ci a-t-il péché, ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n’est point qu’il ait péché, ni ses parents ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. Pendant qu’il est jour, il faut que je fasse les œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; tandis que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Avant dit cela, il cracha à terre, et fit de la boue avec sa salive, et il enduisit de cette boue les yeux de l’aveugle, et il lui dit : Va, et lave-toi dans la piscine de Siloé (qui signifie Envoyé). Il s’en alla donc, se lava, et revint voyant clair. Or, ses voisins et ceux qui l’avaient vu auparavant demander l’aumône, disaient : N’est-ce pas celui-là qui était assis là et qui mendiait ? Les uns disaient : C’est lui ; d’autres : Non ; c’en est un qui lui ressemble. Mais lui disait : C’est moi-même. Ils lui disaient donc : Comment tes yeux se sont-ils ouverts ? Il répondit : Cet homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, en a enduit mes yeux, et m’a dit : Va à la piscine de Siloé, et lave-toi. J’y suis allé, je me suis lavé, et je vois. Et ils dirent : Où est-il ? Il répondit : Je ne sais. Ils amenèrent donc aux Pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or, c’était le jour du Sabbat que Jésus avait fait cette boue, et lui avait ouvert les yeux. Les Pharisiens donc lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur dit : Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. Quelques-uns des Pharisiens disaient : Cet homme n’est pas de Dieu, qui ne garde pas le Sabbat. Mais d’autres disaient : Comment un pécheur peut-il faire ces signes ? Et il y avait division entre eux. Ils dirent donc encore à l’aveugle : Et toi, que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ? Il répondit : C’est un Prophète. lais les Juifs ne crurent pas que cet homme eût été aveugle et qu’il eût reçu la vue, jusqu’à ce qu’ils eussent fait venir les parents de celui qui voyait. Et ils les interrogèrent, disant : Est-ce là votre fils que vous dites être né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant ? Ses parents répondirent : Nous savons que c’est là notre fils, et qu’il est né aveugle ; mais nous ne savons pas comment il voit maintenant, et nous ignorons qui lui a ouvert les veux. Interrogez-le ; il a de l’âge : qu’il parle de lui-même. Les parents dirent cela, parce qu ils craignaient les Juifs : car déjà les Juifs avaient résolu ensemble que quiconque confesserait que Jésus est le Christ serait chassé de la synagogue. Les parents de l’aveugle dirent donc :Il a assez d’âge ; interrogez-le lui-même. Les Juifs appelèrent de nouveau l’homme qui avait été aveugle, et lui dirent : Rends gloire à Dieu. Nous savons que cet homme est un pécheur. Il leur dit : S’il est un pécheur, je n’en sais rien ; tout ce que je sais, c’est que j’étais aveugle, et qu’à présent je vois. Ils lui dirent encore : Que t’a-t-il fait ? et comment t’a-t-il ouvert les yeux ? Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit, et vous l’avez entendu ; pourquoi voulez-vous l’entendre encore ? vous aussi, voulez-vous devenir ses disciples ? Alors ils le maudirent et lui dirent : Sois toi-même son disciple ; nous, nous sommes disciples de Moïse. Nous savons que Dieu a parle à Moïse ; mais celui-ci, nous ne savons d’où il est. Cet homme leur répondit : Cela est surprenant que vous ne sachiez d’où il est ; et cependant il m’a ouvert les yeux Nous savons que Dieu n’écoute point les pécheurs ; mais si quelqu’un honore Dieu et tait sa volonté, il l’exauce. Jamais on n’a ouï dire que personne ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire de semblable. Ils lui répondirent : Tu n’es que péché des le ventre de ta mère, et tu nous enseignes ? Et ils le chassèrent. Jésus, ayant appris qu’ils l’avaient ainsi chassé, et l’avant rencontré, lui dit : Croîs-tu au Fils de Dieu ? Il répondit : Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu l’as vu ; et celui qui te parle, c’est lui-même. Il répondit : Je crois. Seigneur. Et, se prosternant, il l’adora.

 

    L’Église des premiers siècles désignait le Baptême sous le nom d’Illumination, parce que c est ce Sacrement qui confère à l’homme la foi surnaturelle par laquelle il est éclairé de la lumière divine. C’est pour cette raison qu’on lisait aujourd’hui le récit de la guérison de l’aveugle-né, symbole de l’homme illuminé par Jésus-Christ. Ce sujet est souvent reproduit sur les peintures murales des catacombes et sur les bas-reliefs des anciens sarcophages chrétiens.

    Nous naissons tous aveugles ; Jésus-Christ, par le mystère de son incarnation figuré sous cette boue qui représente notre chair, nous a mérité le don de la vue ; mais pour en jouir, il nous faut aller à la piscine du divin Envoyé, et nous laver dans l’eau baptismale. Alors nous serons éclairés de la lumière même de Dieu, et les ténèbres de notre raison seront dissipées. La docilité de l’aveugle-né, qui accomplit avec tant de simplicité les ordres du Sauveur, est l’image de celle de nos Catéchumènes qui écoutent si docilement les enseignements de l’Église, parce que eux aussi veulent recouvrer la vue. L’aveugle de l’Évangile, dans la guérison corporelle de ses yeux, nous donne la figure de ce que la grâce de Jésus-Christ opère en nous par le Baptême ; mais, afin que l’instruction soit complète, il reparaît à la fin du récit pour nous fournir un modèle de la guérison spirituelle de l’âme frappée de l’aveuglement du péché.

    Le Sauveur l’interroge, comme l’Église nous a interrogés nous-mêmes sur le bord de la piscine sacrée. « Crois-tu au Fils de Dieu ? » lui demande-t-il. Et l’aveugle, rempli d’ardeur pour croire, répond avec empressement : « Qui est-il, a Seigneur, afin que je croie en lui ? » Telle est la foi, qui unit la faible raison de l’homme à la souveraine sagesse de Dieu, et nous met en possession de son éternelle vérité. A peine Jésus a-t-il affirmé sa divinité à cet homme simple, qu’il reçoit de lui l’hommage de l’adoration ; et celui qui d’abord avait été aveugle dans son corps, et qui ensuite avait reçu la vue matérielle, est maintenant chrétien. Quel enseignement complet et lucide pour nos Catéchumènes ! En même temps, ce récit leur révélait et nous rappelle à nous-mêmes l’affreuse perversité des ennemis de Jésus. Il sera bientôt mis à mort, le juste pas excellence ; et c’est par l’effusion de son sang qu’il nous méritera, et à tous les hommes, la guérison de l’aveuglement dans lequel nous sommes nés, et que nos péchés personnels contribuaient encore à épaissir. Gloire donc, amour et reconnaissance à notre divin médecin qui, en s’unissant à la nature humaine, a préparé le collyre par lequel nos yeux sont guéris de leur infirmité, et rendus capables de contempler à jamais les splendeurs de la divinité même !

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Pateant aures misericordiae tuae, Domine, precibus supplicantium : et ut petentibus desiderata concedas, fac eos quæ tibi sunt placita postulare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Que les oreilles de votre miséricorde, Seigneur, soient ouvertes aux prières de ceux qui l’implorent ; et afin que vous leur accordiez ce qu’ils désirent, faites qu’ils vous demandent ce qui vous est agréable. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    La Liturgie Mozarabe nous fournit, dans son Missel, cette belle Préface, ou Illation, qui se rapporte à l’Évangile d’aujourd’hui :

    ILLATIO.

    (Dominica II Quadragesimae.)

    Dignum et justum est nos tibi gratias agere : Domine sancte, Pater alterne, omnipotens Deus, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum. Qui illuminatione sua ; fidei tenebras mundi expulit : et fecit filios esse gratis, qui tenebantur sub legis justa damnatione. Qui ita in judicium in hoc mundo venit : ut non videntes viderent : et videntes caeci essent : qualiter et hi qui in se tenebras confiterentur errorum : perciperent lumen aeternum, per quod carerent tenebris delictorum. Et hi qui de meritis suis arrogantes lumen in semetipsos habere justitiae existimabant, in semetipsis merito tenebrescerent ; qui elevati superbia sua et de justitia confisi propria : ad sanandum medicum non quaerebant. Per Jesum enim, qui ostium esse dixit ad Patrem, poterant introire. Sed quia de meritis elevati sunt improbe, in suar emanserunt nihilominus cæcitate. Proinde humiles nos venientes : nec de meritis nostris praesumentes, aperimus ante altare tuum, sanctissime Pater, vulnus proprium : tenebras nostrorum fatemur errorum : conscientiae nostra : aperimus arcanum Inveniamus, quæsumus, in vulnere medicinam, in tenebris lucem æternam : innocentiae puritatem in conscientia. Cernere etenim totis nisibus volumus faciem tuam : sed impedimur caecati tenebra consueta. Cœlos aspicere cupimus : nec valemus : dum cascati tenebris peccatorum : nec hos pro sancta vita attendimus : qui propter excellentiam vita ; coeli nomine nuncupati sunt. Occurre igitur, Jesu, nobis in templo tuo orantibus : et cura omnes in hac die, qui in virtutibus facientes noluisti Sabbatum custodire. Ecce ante gloriam Nominis tui aperimus vulnera nostra : tu appone nostris infirmitatibus medicinam. Succurre nobis ut promisisti precantibus : qui ex nihilo fecisti quod sumus. Fac collyrium et tange oculos nostri cordis et corporis : ne caecique labamur in tenebrarum erroribus consuetis. Ecce pedes tuos rigamus fletibus : non nos abjicias humiliatos. O Jesu bone ! a vestigiis tuis non recedamus : qui humilis venisti in terris. Audi jam nostrorum omnium precem : et evellens nostrorum criminum cæcitatem : videamus gloriam faciei tuae in pacis alternae beatitudine.

 

    Il est juste et équitable que nous vous rendions grâces, Seigneur saint, Père éternel, Dieu tout-puissant, par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, répandant l’illumination de la foi, a chassé les ténèbres de ce monde, et a fait enfants de la grâce ceux qui étaient captifs sous la juste condamnation de la loi. Il est venu en ce monde pour exercer un jugement selon lequel ceux qui ne voyaient pas seraient appelés à voir, et ceux qui voyaient deviendraient aveugles : en sorte que ceux qui confesseraient les ténèbres de leurs erreurs recevraient la lumière éternelle qui les délivrerait des ombres du péché. Quant à ceux qui, fiers de leurs mérites, pensaient avoir en eux-mêmes la lumière de justice, ils devaient, par une juste raison, s’abîmer dans leurs propres ténèbres. Enflés d’orgueil et pleins de confiance en leur propre justice, ils ne songèrent pas à chercher le médecin qui pouvait les guérir. Ils étaient libres d’entrer par Jésus qui disait : Je suis la porte pour aller au Père ; mais parce que dans leur malice ils s’enorgueillissaient de leurs mérites, ils demeurèrent dans leur aveuglement. Nous venons donc dans l’humilité, ô Père très saint ! Ce n’est point en présumant de nos mérites que nous découvrons nos plaies devant votre autel ; nous confessons les ténèbres de nos erreurs, nous dévoilons le secret de nos consciences. Faites nous trouver le remède à nos blessures, la lumière éternelle pour éclairer nos ténèbres, l’innocence pour purifier nos âmes. Nous désirons avec ardeur contempler votre face ; mais nos ténèbres ordinaires nous tiennent aveuglés. Nous voudrions voir le ciel, et nous ne le pouvons, ayant les yeux obscurcis par nos péchés ; nous n’avons point imité dans leur vie sainte ceux qui, à cause de leurs vertus, ont été appelés les Cieux. Venez donc à nous, ô Jésus ! à nous qui prions dans votre temple, et guérissez-nous tous en ce jour, vous qui n’avez pas voulu astreindre au Sabbat ceux qui opèrent vos merveilles. Nous découvrons nos blessures devant la majesté de votre saint Nom ; appliquez le remède à nos infirmités. Secourez vos suppliants, vous qui de rien nous avez créés, faites un collyre, et touchez les yeux de notre cœur et de notre corps, de peur que notre aveuglement ne nous fasse retomber dans les ténèbres de l’erreur. Nous arrosons vos pieds de nos larmes ; ne repoussez point nos abaissements. O bon Jésus ! que nous ne quittions point vos pieds sacrés, vous qui êtes venu sur la terre dans l’humilité. Écoutez la prière de nous tous, et, dissipant l’aveuglement de nos crimes, faites-nous voir la gloire de votre face dans l’heureux séjour de l’éternelle paix.

LE JEUDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est à l’Église de Saint-Sylvestre-et-Saint-Martin aux Monts, l’une des plus vénérées de la piété romaine. Élevée d’abord par le pape saint Sylvestre, dont elle a retenu le nom et le patronage, elle était consacrée, dès le VI° siècle, au grand thaumaturge des Gaules, saint Martin. Au VIIe siècle on y apporta de la Chersonèse le corps du saint pape Martin, qui avait mérité la couronne du martyre peu d’années auparavant. Cette Église a été le premier titre cardinalice de saint Charles Borromée, et, au siècle dernier, celui du Bienheureux cardinal Joseph-Marie Tommasi, savant liturgiste, dont on y vénère aussi le corps.

    COLLECTE.

    Praesta, quaesumus omnipotens Deus, ut quos jejunia votiva castigant, ipsa quoque devotio sancta laetificet : ut, terrenis affectibus mitigatis, facilius cœlestia capiamus Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Faites, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant, que, mortifiant nos corps par ces jeûnes solennels, nous ressentions la joie d’une dévotion sainte, et que l’ardeur de nos appétits terrestres étant mitigée, nous coûtions plus aisément les choses du ciel. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON

    Lectio libri Regum. IV, Cap. IV.

    In diebus illis : Venit mulier Sunamitis ad Eliseum in montem Carmeli : cumque vidisset eam vir Deie contra, ait ad Giezi puerum suum : Ecce Sunamitis illa. Vade ergo in occursum ejus, et die ei : Rectene agitur circa te, et circa virum tuum, et circa filium tuum ? Quae respondit : Recte. Cumque venisset ad virum Dei in montem , apprehendit pedes ejus : et accessit Giezi ut amoveret eam. Et ait homo Dei : Dimitte illam : anima enim ejus in amaritudine est, et Dominus celavit a me, et non indicavit mihi. Quæ dixit illi : Numquid petivi filium a domino meo ? Numquid non dixi tibi : Ne illudas me ? Et ille ait ad Giezi : Accinge lumbos tuos, et tolle baculum meum in manu tua, et vade. Si occurrerit tibi homo, non salutes eum : et si salutaverit te quispiam, non respondeas illi : et pones baculum meum super faciem pueri. Porro mater pueri ait : Vivit Dominus, et vivit anima tua, non dimittam te. Surrexit ergo, et secutus est eam. Giezi autem praecesserat ante eos, et posuerat baculum super faciem pueri, et non erat vox, neque sensus : reversusque est in occursum ejus, et nuntiavit ci dicens : Non surrexit puer. Ingressus est ergo Eliseus domum, et ecce puer mortuus jacebat in lectulo ejus : ingressusque clausit ostium super se, et super puerum : et oravit ad Dominum. Et ascendit , et incubuit super puerum : posuitque os suum super os ejus, et oculos suos super oculos ejus, et manus suas super manus ejus : et incurvavit se super eum : et calefacta est caro pueri. At ille reversus, deambulavit in domo, semel huc atque illuc : et ascendit, et incubuit super eum : et oscitavit puer septies, aperuitque oculos. At ille vocavit Giezi, et dixit ei : Voca Sunamitidem hanc. Quæ vocata , ingressa est ad eum. Qui ait : Tolle filium tuum. Venit illa, et corruit ad pedes ejus, et adoravit super terram : tulitque filium suum, et egressa est, et Eliseus reversus est in Galgala.

 

    Lecture du livre des Rois. IV. Chap. IV.

    En ces jours-là, il vint une femme de Sunam vers le prophète Élisée, sur la montagne du Carmel. Et l’homme de Dieu, l’ayant aperçue de loin, dit à Giézi son serviteur : Voici cette Sunamite. Va donc au-devant d’elle, et dis-lui : Tout va-t-il bien chez toi ? Ton mari et ton fils se portent-ils bien ? Elle lui répondit : Tout est bien. Et étant venue jusqu’à l’homme de Dieu, sur la montagne, elle embrassa ses pieds, et Giézi s’approcha d elle pour la retirer. Mais l’homme de Dieu lui dit : Laisse-la : car son âme est dans l’amertume ; et le Seigneur me l’a caché, et il ne me l’a pas fait connaître. La femme lui dit alors : Avais-je demandé un fils à mon seigneur ? Ne vous avais-je pas dit : Ne me trompez pas ? Et Élisée dit à Giézi : Ceins tes reins, prends mon bâton à la main, et pars. Si tu rencontres quelqu’un, ne le salue pas ; et si quelqu’un te salue, ne lui réponds pas ; et tu mettras mon bâton sur le visage de l’enfant. Mais la mère de l’enfant dit au prophète : Vive le Seigneur et vive votre âme ! je ne vous quitterai pas. Élisée se leva donc et la suivit.     Cependant Giezi était parti devant eux, et il avait mis le bâton sur le visage de l’enfant ; et ni la voix ni le sentiment ne lui étaient revenus. Il retourna donc au-devant de son maître, et vint lui dire : L’enfant n’est pas ressuscité Élisée entra ensuite dans la maison ; et l’enfant mort était couché sur son lit. Et étant entré, il ferma la porte sur lui et sur l’enfant, et il pria le Seigneur. Après cela, il monta sur le lit et s’étendit sur l’enfant ; il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, et ses mains sur ses mains ; et il couvrit le corps de l’enfant. Et la chair de l’enfant en fut échauffée. Et étant descendu de dessus le lit, il se promena et fit deux tours dans la chambre ; puis il remonta et s’étendit encore sur l’enfant. Alors l’enfant bâilla sept fois et ouvrit les yeux. Élisée appela ensuite Giézi , et lui dit : Appelle cette Sunamite. Elle vint aussitôt et entra dans la chambre. Élisée lui dit : Emmène ton fils. Elle vint, se précipita à ses pieds, et l’adora le visage contre terre ; et, ayant pris son fils, elle s’en alla ; et Élisée retourna à Galgala.

 

    Toutes les merveilles du plan divin pour le salut de l’homme sont réunies dans cette mystérieuse narration ; empressons-nous de les y découvrir, afin que nous n’ayons rien à envier à nos Catéchumènes. Cet enfant mort, c’est le genre humain que le péché a privé de la vie ; mais Dieu a résolu de le ressusciter. D’abord un serviteur est envoyé près du cadavre ; ce serviteur est Moïse. Sa mission est de Dieu ; mais, par elle-même, la loi qu’il apporte ne donne pas la vie. Cette loi est figurée par le bâton que Giézi tient à la main, et dont il essaie en vain le contact sur le corps de l’enfant. La Loi n’est que rigueur : elle établit un régime de crainte, à cause de la dureté du cœur d’Israël ; mais elle triomphe à peine de cette dureté ; et les justes dans Israël, pour être vraiment justes, doivent aspirer à quelque chose de plus parfait et de plus filial que la loi du Sinaï. Le Médiateur, qui doit tout adoucir en apportant du ciel l’élément de la charité, n’est pas venu encore ; il est promis, il est figuré ; mis il ne s’est pas fait chair, il n’a pas encore habité parmi nous. Le mort n’est pas ressuscité. Il faut que le Fils de Dieu descende lui-même.

    Élisée est la figure de ce divin Rédempteur. Voyez comme il se rapetisse à la mesure du corps de l’enfant, comme il s’unit étroitement à tous ses membres dans le mystérieux silence de cette chambre fermée. C’est ainsi que le Verbe du Père, voilant sa splendeur au sein d’une vierge, s’y est uni à notre nature, et, « prenant la forme de l’esclave, s’est anéanti jusqu’à devenir semblable à l’homme 62 », « afin de nous rendre la vie, et une vie plus abondante encore 63 » que celle que nous avions eue au commencement. Observez aussi ce qui se passe dans l’enfant, et quelles sont les marques de la résurrection qui s’opère en lui. Sept fois sa poitrine se dilate, et il aspire, afin de marquer par ce mouvement que l’Esprit aux sept dons reprendra possession de l’âme humaine qui doit être son temple. Il ouvre les yeux, pour signifier la fin de cet aveuglement qui est le caractère de la mort : car les morts ne jouissent plus de la lumière, et les ténèbres du tombeau sont leur partage. Enfin considérez cette femme, cette mère : c’est la figure de l’Église qui implore de notre divin Élisée la résurrection de ses chers Catéchumènes, de tous les infidèles qui sont encore sous les ombres de la mort 64  ; unissons-nous à sa prière, et efforçons-nous d’obtenir que la lumière de l’Évangile s’étende de plus en plus, et que les obstacles qu’apporte à sa propagation la perfidie de Satan, jointe à la malice des hommes, disparaissent sans retour.

 

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. VII.

    In illo tempore : Ibat Jesus in civitatem quæ vocatur Naim : et ibant cum eo discipuli ejus, et turba copiosa. Cum autem appropinquaret portas civitatis, ecce defunctus efferebatur , filius unicus matris suas : et haec vidua erat : et turba civitatis multa cum illa. Quam cum vidisset Dominus, misericordia motus super eam, dixit illi : Noli flere. Et accessit, et tetigit loculum (hi autem qui portabant steterunt). Et ait : Adolescens, tibi dico, surge. Et resedit qui erat mortuus, et cœpit loqui. Et dedit illum matri suas. Accepit autem omnes timor : et magnificabant Deum, dicentes : Quia Propheta magnus surrexit in nobis : et quia Deus visitavit plebem suam.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. VII.

    En ce temps-là, Jésus alla dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples allaient avec lui, et une foule nombreuse. Comme il approchait de la porte de la ville, voilà qu’on emportait un mort, fils unique de sa mère ; et celle-ci était veuve, et beaucoup de personnes de la ville l’accompagnaient. Le Seigneur l’ayant vue, il fut touché de compassion pour elle, et lui dit : Ne pleure pas. Et il s’approcha, et toucha le cercueil : ceux qui le portaient s’arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te le commande , lève-toi. Et le mort se leva, et commença de parler : et Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : Un grand Prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple.

    

    Aujourd’hui et demain encore, la sainte Église ne cesse de nous offrir des types de la résurrection : c’est l’annonce de la Pâque prochaine, et en même temps un encouragement à l’espérance pour tous les morts spirituels qui demandent à revivre. Avant d’entrer dans les deux semaines consacrées aux douleurs du Christ, l’Église rassure ses enfants sur le pardon qui les attend, en leur offrant le spectacle consolant des miséricordes de celui dont le sang est notre réconciliation. Délivrés de toutes nos craintes, nous serons plus à nous-mêmes pour contempler le sacrifice de notre auguste victime, pour compatir à ses douleurs. Ouvrons donc les yeux de l’âme, et considérons la merveille que nous offre notre Évangile. Une mère éplorée conduit le deuil de son fils unique, et sa douleur est inconsolable. Jésus est touché de compassion ; il arrête le convoi ; sa main divine touche le cercueil ; et sa voix rappelle à la vie le jeune homme dont le trépas avait causé tant de larmes. L’écrivain sacré insiste pour nous dire que Jésus le rendit à sa mère. Quelle est cette mère désolée, sinon la sainte Église qui mène le deuil d’un si grand nombre de ses enfants ? Jésus s’apprête à la consoler. Il va bientôt, par le ministère de ses prêtres, étendre la main sur tous ces morts ; il va bientôt prononcer sur eux la parole qui ressuscite ; et l’Église recevra dans ses bras maternels tous ces fils dont elle pleurait la perte, et qui seront pleins de vie et d’allégresse.

    Considérons le mystère des trois résurrections opérées par le Sauveur : celle de la fille du prince de la synagogue 65 , celle du jeune homme d’aujourd’hui, et celle de Lazare, à laquelle nous assisterons demain. La jeune fille ne fait que d’expirer ; elle n’est pas ensevelie encore : c’est l’image du pécheur qui vient de succomber, mais qui n’a pas contracté encore l’habitude et l’insensibilité du mal. Le jeune homme représente le pécheur qui n’a voulu faire aucun effort pour se relever, et chez lequel la volonté a perdu son énergie : on le conduit au sépulcre ; et, sans la rencontre du Sauveur, il allait être rangé parmi ceux qui sont morts à jamais. Lazare est un symbole plus effrayant encore. Déjà il est en proie à la corruption. Une pierre roulée sur le tombeau condamne le cadavre à une lente et irrémédiable dissolution. Pourra-t-il revivre ? Il revivra si Jésus daigne exercer sur lui son divin pouvoir. Or, en ces jours où nous sommes, l’Église prie, elle jeûne ; nous prions, nous jeûnons avec elle, afin que ces trois sortes de morts entendent la voix du Fils de Dieu, et qu’ils ressuscitent. Le mystère de la Résurrection de Jésus-Christ va produire son merveilleux effet à ces trois degrés. Associons-nous aux desseins de la divine miséricorde ; faisons instance, jour et nuit, auprès du Rédempteur, afin que, dans quelques jours, nous puissions, à la vue de tant de morts rendus à la vie, nous écrier avec les habitants de Naïm : « Un grand Prophète s’est levé « parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Populi tui, Deus, institutor et rector, peccata quibus impugnatur expelle : ut semper tibi placitus, et tuo munimine sit securus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu ! instituteur et conducteur de votre peuple, éloignez de lui les péchés qui l’assaillent : afin que, vous étant toujours agréable, il soit en assurance sous votre protection. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous plaçons ici ce beau cantique de l’Église gothique d’Espagne, aux premiers siècles. Il s’adresse aux Catéchumènes admis au Baptême ; mais plus d’un de ses traits peut s’appliquer aux pécheurs qui vont être réconciliés.

    HYMNE.

    (Breviar. gothicum. Sabbato Hebdomadae V in Quadragesima.)

    Vocaris ad vitam, sacrum Dei genus, Creator adsciscens, amat quae condidit : Redemptor attrahit benigno spiritu ; Venite, dicit, vester unus sum Deus.

    Prorsus relicto claritatis lumine, Ingens chaos vos pessime concluserat : Locus beatitudinis jam non erat ; Cruenta terra qua re mors intraverat.

    En, mitis adveni, creans et recreans Deus : Potens, infirmitatis particeps vestræ Valenter vos feram, concurrite ; Ut jam receptet vos ovile gaudii.

    Signo crucis frons praenotetur indito : Aures, et os perfusa signet unctio : Praebete dictis cordis aurem : vividum Confessionis personate canticum.

    Omnes novo estote laeti nomine : Omnes novæ sortis fovet haereditas : Nullus manebit servus hosti subditus : Eritis unius Dei regnum manens.

    Honor sit aeterno Deo, sit gloria Uni Patri, ejusque soli Filio, Cum Spiritu ; quas Trinitas perenniter Vivit potens in sæculorum sæcula. Amen.

 

    On t’appelle à la vie, peuple saint de Dieu ; le Créateur t’invite ; il aime l’œuvre de ses mains. Le Rédempteur dans sa bénignité attire les hommes ; il leur dit : Venez, je suis votre Dieu unique.

    Vous aviez fui l’éclat de la lumière ; un immense chaos vous environnait ; le séjour du bonheur n’était plus pour vous ; la mort sanglante avait fait son entrée sur la terre.

    Moi, le Dieu qui crée et qui ressuscite, je suis arrivé plein de douceur ; je viens participer à votre infirmité ; dans ma puissance je vous porterai sans effort ; accourez à moi ; le bercail joyeux est prêt à vous recevoir.

    Le front va être marqué du signe de la croix ; les oreilles et la bouche seront consacrées par l’onction ; prêtez l’oreille du cœur à l’enseignement ; chantez avec ardeur le Symbole comme un cantique vivifiant.

    Réjouissez vous de votre nom nouveau ; vous êtes appelés à recueillir un nouvel héritage ; nul de vous ne sera désormais l’esclave soumis à son ennemi ; vous serez le royaume permanent du seul Dieu.

    Honneur au Dieu éternel ; gloire au Père unique, au Fils unique aussi et à l’Esprit : Trinité qui vit, à jamais puissante, dans les siècles des siècles. Amen.

 

LE VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    La Station est à l’Église de saint Eusèbe, prêtre de Rome, qui souffrit pour la foi dans la persécution des Ariens, sous l’empereur Constance

    COLLECTE.

    Deus, qui ineffabilibus mundum renovas sacramentis : praesta, quaesumus, ut Ecclesia tua et æternis proliciat institutis, et temporalibus non destituatur auxiliis. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu, qui renouvelez le monde par d’ineffables mystères, daignez faire que votre Église se développe par les moyens éternels que vous lui avez conférés, et qu’elle ne soit point dépourvue de votre secours dans ses besoins temporels. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio libri Regum. III, Cap. XVII.

    In diebus illis : Aegrotavit filius mulieris matrisfamilias, et erat languor fortissimus, ita ut non remaneret in eo halitus. Dixit ergo ad Eliam : Quid mihi et tibi, vir Dei : Ingressus es ad me, ut rememorarentur iniquitates meae, et interficeres filium meum ? Et ait ad eam Elias : Da mihi filium tuum. Tulitque eum de sinu ejus, et portavit in coenaculum ubi ipse manebat, et posuit super lectulum suum. Et clamavit ad Dominum, et dixit : Domine Deus meus, etiamne viduam, apud quam ego utcumque sustentor, afflixisti, ut interficeres filium ejus ? Et expandit se, atque mensus est super puerum tribus vicibus, et clamavit ad Dominum, et ait : Domine Deus meus, revertatur, obsecro , anima pueri hujus in viscera ejus. Et exaudivit Dominus vocem Eliæ : et reversa est anima pueri intra eum, et revixit. Tulitque Elias puerum, et deposuit eum de coenaculo in inferiorem domum, et tradidit matri suae, et ait illi : En vivit filius tuus. Dixitque mulier ad Eliam : Nunc in isto cognovi, quoniam vir Dei es tu, et verbum Domini in ore tuo verum est.

 

    Lecture du livre des Rois. III, Chap. XVII.

    En ces jours-là , le fils d’une mère de famille tomba malade, et la maladie était si violente qu’il en tut suffoqué. Cette femme dit donc à Élie : Qu’y a-t-il entre vous et moi, nomme de Dieu ? Êtes-vous venu chez moi pour renouveler la mémoire de mes pèches, et pour faire mourir mon fils ? Et Élie lui dit : Donne-moi ton fils. Et, l’ayant pris entre ses bras, il le porta dans la chambre où il logeait, et il le mit sur son lit. Et il cria vers le Seigneur et lui dit : Seigneur mon Dieu, avez-vous ainsi affligé cette veuve, jusqu’à l’aire mourir son fils, elle qui a soin de me nourrir comme elle peut ? Et il s’étendit sur l’enfant par trois fois, se mesurant sur lui, et il cria vers le Seigneur et dit : Seigneur mon Dieu, faites, je vous prie, que l’âme de cet enfant rentre dans son corps. Et le Seigneur exauça la voix d’Élie, et l’âme de l’enfant rentra en lui, et il recommença à vivre. Élie prit l’enfant, et, le descendant de sa chambre au bas de la maison, il le remit entre les mains de sa mère, et lui dit : Voici ton fils qui est vivant. Et la femme dit à Élie : Je reconnais maintenant que vous êtes un homme de Dieu, et que la parole du Seigneur est véritable dans votre bouche.

    C’est encore une mère aujourd’hui qui vient, en pleurs, solliciter la résurrection de son fils. Cette mère est la veuve de Sarepta, que nous connaissons déjà comme la figure de l’Église des Gentils. Elle a péché autrefois, elle été idolâtre, et le souvenir de son passé l’inquiète ; mais le Seigneur, qui l’a purifiée et l’a appelée à l’honneur d’être son Épouse, la rassure en rendant son fils à la vie. La charité d’Élie est l’image de celle du Fils de Dieu. Voyez comment ce grand prophète s’étend sur le corps de l’enfant, comment il se fait petit à sa mesure, ainsi que nous avons vu faire à Élisée. Reconnaissons encore ici le divin mystère de l’Incarnation. Par trois fois le prophète touche le cadavre ; et aussi par trois fois nos Catéchumènes seront plongés dans la piscine baptismale, avec l’invocation des trois personnes de l’adorable Trinité. Dans la nuit solennelle de la Pâque, Jésus aussi dira à l’Église son épouse : « Voici tes fils qui vivent maintenant » ; et l’Église, transportée de joie, sentira toujours plus la vérité des promesses du Seigneur. Les païens eux-mêmes la sentirent à leur manière, cette vérité, lorsque, voyant les mœurs de ce peuple nouveau qui sortait régénéré des eaux du Baptême, ils reconnurent que la divinité pouvait seule être le principe d’une si haute vertu dans des hommes. Au sein de l’empire romain en proie à toutes les corruptions, une race pure et toute céleste apparut soudain, et les fils de cette race si sainte étaient encore la veille mêlés à toutes les dépravations païennes. Où avaient-ils puisé cette vertu sublime ? dans la doctrine de Jésus, et dans les remèdes surnaturels qu’elle applique à la dégradation de l’homme. On vit alors les infidèles accourir en foule, bravant l’épreuve du martyre, et l’Église dilater son sein, pour accueillir ces générations qui lui disaient avec amour : « Nous reconnaissons que vous êtes de Dieu, et que la parole du Seigneur est dans votre bouche. »

    

    ÉVANGILE

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. XI.

    In illo tempore : Erat quidam languens Lazarus a Bethania, de castello Maria ; et Martha ; sororis ejus. (Maria autem erat, quæ unxit Dominum unguento, et extersit pedes ejus capillis suis : cujus frater Lazarus infirmabatur.) Miserunt ergo sorores ejus ad eum, dicentes : Domine, ecce quem amas, infirmatur. Audiens autem Jesus, dixit eis : Infirmitas haec non est ad mortem, sed pro gloria Dei, ut glorificetur Filius Dei per eam. Diligebat autem Jesus Martham, et sororem ejus Mariam, et Lazarum. Ut ergo audivit quia infirmabatur, tuae quidem mansit in eodem loco duobus diebus. Deinde post hæc dixit discipulis suis : Eamus in Judæam iterum. Dicunt ei discipuli : Rabbi, nunc quærebant te Judæi lapidare, et iterum vadis illuc ? Respondit Jesus : Nonne duodecim sunt horæ diei ? Si quis ambulaverit in die, non offendit, quia lucem hujus mundi videt : si autem ambulaverit in nocte, offendit, quia lux non est in eo. Hæc ait, et post haec dixit eis : Lazarus amicus noster dormit ; sed vado ut a somno excitem eum. Dixerunt ergo discipuli ejus : Domine, si dormit, salvus erit. Dixerat autem Jesus de morte ejus : illi autem putaverunt quia de dormitione somni diceret. Tunc ergo Jesus dixit eis manifeste : Lazarus mortuus est : et gaudeo propter vos ut credatis, quoniam non eram ibi. Sed camus ad eum. Dixit ergo Thomas qui dicitur Didymus, ad condiscipulos : Eamus et nos, ut moriamur eum eo. Venit itaque Jésus : et invenit eum quatuor dies jam in monumento habentem. (Erat autem Bethania juxta Jerosolymam quasi stadiis quindecim.) Multi autem ex Judaeis venerant ad Martham et Mariam, ut consolarentur eas de fratre suo. Martha ergo ut audivit quia Jésus venit, occurrit illi : Maria autem domi sedebat. Dixit ergo Martha ad Jesum : Domine, si fuisses hic, frater meus non fuisset mortuus. Sed et nunc scio quia quæcumque poposceris a Deo, dabit tibi Deus. Dicit illi Jesus : Resurget frater tuus. Dicit ei Martha : Scio quia resurget in resurrectione in novissimo die. Dixit ei Jesus : Ego sum resurrectio et vita : qui crédit in me, etiamsi mortuus fuerit, vivet : et omnis qui vivit et credit in me, non morietur in aeternum. Credis hoc ? Ait illi : Utique, Domine, ego credidi, quia tu es Christus Filius Dei vivi, qui in hunc mundum venisti. Et eum haec dixisset, abiit, et vocavit Mariam sororem suam silentio, dicens : Magister adest et vocat te. Illa, ut audivit, surgit cito, et venit ad eum ; nondum enim venerat Jesus in castellum, sed erat adhuc in illo loco, ubi occurrerat ei Martha. Judæi ergo, qui erant eum ea in domo, et consolabantur eam, eum vidissent Mariam, quia cito surrexit et exiit, secuti sunt eam, dicentes : Quia vadit ad monumentum, ut ploret ibi. Maria ergo, eum venisset ubi erat Jesus, videns eum, cecidit ad pedes ejus, et dixit ei : Domine, si fuisses hic, non esset mortuus frater meus. Jesus ergo, ut vidit eam plorantem, et Iudaeos qui venerant eum ea, plorantes, infremuit spiritu, et turbavit seipsum, et dixit : Ubi posuistis eum ? Dicunt ei : Domine, veni et vide. Et lacrymatus est Jesus. Dixerunt ergo Judivi : Ecce quomodo amabat eum ! Quidam autem ex ipsis dixerunt : Non poterat hic, qui aperuit oculos caeci nati, facere ut hic non moreretur ? Jesus ergo rursum fremens in semetipso, venit ad monumentum. Erat autem spelunca : et lapis superpositus erat ci. Ait Jesus : Tollite lapidem. Dicit ei Martha, soror ejus qui mortuus fuerat : Domine, jam foetet, quatriduanus est enim. Dicit ei Jesus : Nonne dixi tibi, quoniam si credideris, videbis gloriam Dei ? Tulerunt ergo lapidem : Jesus autem, elevatis sursum oculis, dixit : Pater, gratias ago tibi quoniam audisti me. Ego autem sciebam quia semper me audis, sed propter populum qui circumstat, dixi : ut credant quia tu me misisti. Haec eum dixisset, voce magna clamavit : Lazare, veni foras. Et statim prodiit, qui fuerat mortuus, ligatus pedes et manus institis, et facies illius sudario erat ligata. Dixit eis Jesus : Solvite eum, et sinite abire. Multi ergo ex Judaeis, qui venerant ad Mariam et Martham, et viderant quæ fecit Jesus, crediderunt in eum.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. XI.

    En ce temps-là, un homme nommé Lazare était malade à Béthanie, où demeuraient Marie et Marthe sa sœur. Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile de parfums, et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et Lazare qui était malade était son frère. Ses sœurs donc envoyèrent dire à Jésus : Seigneur, celui que vous aimez est malade. Jésus l’ayant entendu, il dit : Cette maladie n’est pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. Or, Jésus aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare. Ayant donc entendu qu’il était malade, il demeura néanmoins deux jours au lieu où il était. Après ce terme, il dit à ses disciples : Retournons en Judée. Ses disciples lui dirent : Maître, tout à l’heure les Juifs voulaient vous lapider, et vous retournez-là ? Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures au jour ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais s’il marche durant la nuit, il se heurte, parce qu’il n’a point de lumière. Après ces paroles, il leur dit : Lazare notre ami dort ; mais je vais le réveiller. Ses disciples lui dirent : Seigneur, s’il dort, il sera guéri. Or, Jésus parlait de la mort ; mais eux pensaient qu’il avait parlé seulement de l’assoupissement du sommeil Alors Jésus leur dit clairement : Lazare est mort, et à cause de vous je me réjouis de n’avoir pas été là, pour que vous croyiez ; mais allons à lui. Thomas appelé Didyme dit aux autres disciples : Allons aussi, nous ; et mourons avec lui. Jésus vint donc, et trouva qu’il v avait déjà quatre jours qu’il était dans le tombeau. Or, Béthanie était environ à quinze stades de Jérusalem ; et beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler de la mort de leur frère. Marthe, ayant entendu que Jésus venait, alla au-devant de lui ; mais Marie était demeurée assise dans la maison. Marthe dit donc à Jésus : Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort ; cependant, maintenant même, je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous le donnera. Jésus lui dit : Ton frère ressuscitera. Marthe lui dit : Je sais bien qu’il ressuscitera en la résurrection, au dernier jour. Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie ; qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Le crois-tu ? Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. Ayant dit cela, elle s’en alla et appela secrètement Marie sa sœur, disant : Le Maître est là, et il t’appelle. Ce que celle-ci ayant entendu, elle se leva promptement et vint à lui : car Jésus n’était pas encore entré dans le bourg, mais il était au même lieu où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs cependant qui étaient avec Marie dans la maison et la consolaient, l’ayant vue se lever en hâte et sortir, la suivirent, disant : Elle s’en va au sépulcre pour y pleurer. Or Marie, étant venue au lieu où était Jésus, tomba à ses pieds et lui dit : Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. Jésus, voyant qu’elle pleurait, et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, frémit en son esprit et se troubla lui-même. Et il dit : Où l’avez-vous mis ? Ils lui dirent : Seigneur, venez et voyez. Et Jésus pleura. Les Juifs dirent : Voyez comme il l’aimait ! Mais il y en eut aussi quelques-uns qui dirent : Ne pouvait-il pas faire que celui-ci ne mourût point, lui qui a ouvert les yeux d’un aveugle-né ? Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, arriva au sépulcre. C’était une grotte, et l’on avait placé une pierre à l’entrée. Jésus dit : Ôtez la pierre. Marthe, sœur de celui qui était mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais : car il y a quatre jours qu’il est la. Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? Ils ôtèrent donc la pierre. Alors Jésus, levant les yeux en haut, dit : Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m’avez exaucé. Pour moi, je savais bien que vous m’exaucez toujours ; mais j’ai dit cela pour ce peuple qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est vous qui m’avez envoyé. Ayant dit cela, il cria d’une voix forte : Lazare, sors dehors Et aussitôt celui qui avait été mort parut avant les mains et les pieds liés de bandelettes, et le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : Déliez-le, et le laissez aller. Beaucoup d’entre les Juifs qui étaient venus près de Marie et de Marthe, et qui avaient vu ce que fit Jésus, crurent en lui.

    Parcourons avec espérance cet admirable récit qui nous raconte ce que Jésus opère dans les âmes ; rappelons-nous ce qu’il a fait en faveur de la nôtre, et conjurons-le d’avoir enfin pitié’ de nos Pénitents, qui, en si grand nombre, par toute la terre, se disposent à recevoir ce pardon qui doit leur rendre la vie. Aujourd’hui ce n’est plus une mère qui demande la résurrection de son fils ; ce sont deux sœurs qui implorent cette grâce pour un frère chéri ; l’Église, par cet exemple, nous engage à prier pour nos frères. Mais suivons la sublime narration de notre Évangile.

    Lazare a d’abord été malade et languissant ; enfin il est mort. Le pécheur commence par se laisser aller à la tiédeur, à l’indifférence, et bientôt il reçoit la blessure mortelle. Jésus n’a pas voulu guérir l’infirmité de Lazare ; pour rendre ses ennemis inexcusables, il veut opérer un prodige éclatant aux portes même de Jérusalem. Il veut prouver qu’il est le maître de la vie à ceux-là mémo qui, dans quelques jours, seront scandalisés de sa mort. Au sens moral, Dieu juge quelquefois à propos, dans sa sagesse, d’abandonner à elle-même une âme ingrate, bien qu’il prévoie qu’elle tombera dans le péché. Il la relèvera plus tard ; et la confusion qu’elle ressentira de sa chute servira à la maintenir dans l’humilité qui l’eût préservée.

    Les deux sœurs, Marthe et Marie, apparaissent ici avec leurs caractères si tranchés ; toutes deux éplorées, toutes deux unanimes dans leur confiance. A Marthe, Jésus annonce qu’il est lui-même la Résurrection et la Vie, et que celui qui croit en lui ne mourra point de cette mort qui est la seule à craindre ; mais quand il voit les pleurs de Marie, de celle dont il connaissait tout l’amour, il frémit, il se trouble. La mort, châtiment du péché de l’homme, source de tant de larmes, émeut son cœur divin. Arrivé en face du tombeau qui recèle le corps de Lazare son ami, il verse des pleurs : sanctifiant ainsi les larmes que L’affection chrétienne nous arrache sur la tombe de ceux qui nous furent chers. Mais le moment est venu de lever la pierre, d’étaler au grand jour l’affreux triomphe de la mort. Lazare est là depuis quatre jours : c’est le pécheur envieilli dans son péché. N’importe : Jésus ne repousse pas ce spectacle. D’une voix qui commande a toute créature et qui épouvante l’enfer, il crie : Lazare, sors dehors ! et le cadavre s’élance hors du sépulcre. Le mort a entendu la voix ; mais ses membres sont encore enchaînés, son visage est voilé ; il ne peut agir ; la lumière n’a pas lui encore à ses yeux. Jésus commande qu’on le délie ; et par son ordre, des mains humaines rendent aux membres de Lazare la liberté, à ses yeux la vue du soleil. C’est jusqu’à la fin l’histoire du pécheur réconcilié. La voix seule de Jésus pouvait l’appeler à la conversion, émouvoir son cœur, l’amener à confesser son péché ; mais Jésus réserve à la main de ses prêtres de le délier, de l’éclairer, de lui rendre le mouvement. Grâces immortelles au Sauveur qui, par ce prodige opère dans les jours mêmes où nous sommes, mit le comble à la fureur de ses ennemis, et se dévoua par ce dernier bienfait à toute la rage qu’ils avaient conçue contre lui. Désormais il ne s’éloignera plus de Jérusalem ; Béthanie, où il vient d’accomplir le miracle, n’en est qu’à quelques pas. Dans neuf jours, la ville infidèle verra le triomphe pacifique du fils de David ; il retournera ensuite chez ses amis de Béthanie ; mais bientôt il rentrera dans la ville pour y consommer le sacrifice dont les mérites infinis sont le principe de la résurrection du pécheur.

    Cet espoir consolant porta les premiers chrétiens à multiplier sur les peintures des Catacombes l’image de Lazare rappelé à la vie ; et ce type de la réconciliation de l’âme pécheresse, sculpté pareillement sur le marbre des sarcophages des ive et ve siècles, se reproduisit jusque sur les verrières de nos cathédrales. L’ancienne France honorait ce symbole de la résurrection spirituelle par une pieuse coutume qui s’est conservée dans l’insigne abbaye de la Trinité de Vendôme, jusqu’au renversement de nos institutions catholiques. Chaque année, en ce jour, un criminel condamné par la justice humaine était amené à l’Église Abbatiale. Il avait la corde au cou et tenait à la main une torche du poids de trente-trois livres, en mémoire des années du divin Libérateur. Les moines faisaient une procession à laquelle le criminel assistait humblement, ainsi qu’au sermon qui la suivait. On le conduisait ensuite au pied de l’autel, où l’Abbé, après une exhortation, lui enjoignait pour pénitence le pèlerinage de Saint-Martin de Tours. Il lui ôtait ensuite du cou la corde qu’il avait portée jusqu’à ce moment, et il le déclarait libre. Cet usage liturgique, si chrétien et si touchant, remontait à Louis de Bourbon, comte de Vendôme, qui, en 1426, durant sa captivité en Angleterre, avait fait le vœu, si Dieu lui rendait la liberté, d’établir dans l’Église de la Trinité, comme monument de sa reconnaissance, cet hommage annuel au Christ qui délivra Lazare du tombeau. Le Ciel agréant la piété du prince, celui-ci ne tarda pas à recevoir la grâce qu’il implorait avec tant de foi.

    

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Da nobis , quaesumus omnipotens Deus, ut qui, infirmitatis nostræ conscii, de tua virtute confidimus, sub tua semper pietate gaudeamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Dieu tout-puissant, faites, nous vous en prions, que, pleins du sentiment de notre faiblesse et de confiance en votre puissance, nous ayons toujours à nous réjouir des effets de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous prierons aujourd’hui pour la conversion des pécheurs, en empruntant cette touchante prière au Pontifical Romain, dans la réconciliation des pénitents.

    ORAISON.

    Deus, humani generis benignissime conditor, et misericordissime reformator, qui hominem invidia diaboli ab aeternitate dejectum unici filii tui sanguine redemisti, vivifica hos famulos tuos, quos tibi nullatenus mori desideras ; et qui non derelinquis devios , assume correctos ; moveant pietatem tuam, quæsumus Domine, horum famulorum tuorum lacrymosa suspiria ; tu eorum medere vulneribus ; tu jacentibus manum porrige salutarem : ne Ecclesia tua aliqua sui corporis portione vastetur ; ne grex tuus detrimentum sustineat ; ne de familias tua ; damno inimicus exsultet ; ne renatos lavacro salutari mors secunda possideat. Tibi ergo, Domine, supplices fundimus preces, tibi fletum cordis effundimus : tu parce confitentibus, ut imminentibus pœnis sententiam futuri judicii, te miserante non incidant ; nesciant quod terret in tenebris, quod stridet in flammis, atque ab erroris via ad iter reversi iustitia ;, nequaquam ultra novis vulneribus saucientur : sed integrum sit eis, ac perpetuum, et quod gratia tua contulit, et quod misericordia reformavit. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

 

    O Dieu qui, dans votre bonté, avez créé le genre humain, et dans votre miséricorde l’avez réparé, vous qui avez racheté par le sang de votre Fils unique l’homme que l’envie du diable avait fait déchoir de l’immortalité, rendez la vie à ces pécheurs, vos serviteurs, dont vous ne voulez point la mort, vous qui êtes leur vie. Lorsqu’ils s’écartèrent, vous ne les avez pas abandonnés ; maintenant qu’ils sont corrigés, accueillez-les. Que les larmes et les soupirs de ces malheureux, vos serviteurs, émeuvent votre compassion passion, Seigneur ! Guérissez leurs blessures ; ils sont étendus à vos pieds, tendez-leur une main secourable ; que votre Église ne soit point privée d’une partie de son corps ; que votre troupeau n’ait point à souffrir un détriment ; que l’ennemi ne triomphe pas du malheur de votre famille ; que la seconde mort n’envahisse pas ceux qui puisèrent une nouvelle naissance dans le bain du salut. Nous vous offrons donc, Seigneur , nos vœux et nos supplications ; nous répandons des larmes du cœur ; pardonnez à ceux qui confessent leur iniquité ; qu’ils ne tombent pas sous la sentence du jugement futur ; que votre miséricorde leur épargne les peines qui les menacent ; qu’ils ignorent l’horreur des ténèbres, le pétillement des flammes. Quittant le sentier de l’erreur, et rentrant dans le chemin de la justice, qu’ils ne soient plus blessés désormais, mais que le bienfait octroyé par votre grâce et rétabli par votre miséricorde demeure en eux en son entier à jamais. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

LE SAMEDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME.

    Ce jour est célèbre dans l’antiquité sous le nom de Samedi Sitientes, à cause du premier mot de l’Introït de la Messe, dans lequel l’Église, empruntant les paroles d’Isaïe, invite les aspirants au Baptême à venir se désaltérer à la fontaine du salut. A Rome, la Station fut d’abord à la Basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs ; mais l’éloignement rendant cette Église incommode pour la réunion des fidèles, on a désigné de bonne heure pour la remplacer l’Église de Saint-Nicolas in carcere, qui est dans l’intérieur de la ville.

    COLLECTE.

    Fiat, Domine, quæsumus, per gratiam tuam fructuosus nostræ devotionis affectus : quia tuae nobis proderunt suscepta jejunia, si tua ; sint placita pietati. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Faites, Seigneur, par votre grâce, que le sentiment de notre dévotion ne demeure pas sans effet : car c’est alors que les jeûnes que nous avons entrepris, étant agréés de votre bonté, nous seront utiles. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    LEÇON.

    Lectio Isaiae Prophetae. Cap. XLIX.

    Haec dicit Dominus : In tempore placito exaudivi te, et in die salutis auxiliatus sum tui : et servavi te, et dedi te in fœdus populi, ut suscitares terram, et possideres haereditates dissipatas : ut diceres his qui vincti sunt : Exite : et his qui in tenebris : Revelamini. Super vias pascentur, et in omnibus planis pascua eorum. Non esurient, neque sitient, et non percutiet eos aestus et sol : quia miserator eorum reget eos, et ad fontes aquarum potabit eos. Et ponam omnes montes meos in viam, et semitae meae exaltabuntur. Ecce isti de longe venient, et ecce illi ab Aquilone et mari, et isti de terra Australi. Laudate, coeli, et exsulta, terra ; jubilate, montes, laudem : quia consolatus est Dominus populum suum, et pauperum suorum miserebitur. Et dixit Sion : Dereliquit me Dominus, et Dominus oblitus est mei. Numquid oblivisci potest mulier infantem suum, Ut non misereatur filio uteri sui ? et si illa oblita fuerit, ego tamen non obliviscar tui, dicit Dominus omnipotens.

 

    Lecture du Prophète Isaïe. Chap. XLIX.

    Voici ce que dit le Seigneur : Je t’ai exaucé au temps favorable, et je t’ai assisté au jour du salut ; je t’ai réserve, et je t’ai donné pour être le réconciliateur du peuple, pour restaurer la terre, pour posséder les héritages qui étaient dissipés, pour dire à ceux qui étaient dans les fers : Soyez libres ; et à ceux qui étaient dans les ténèbres : Faites-vous voir. Ils paîtront librement le long des chemins, et toutes les plaines leur serviront de pâturages. Ils n’auront plus ni faim ni soif ; les feux du soleil ne les brûleront plus : parce que celui qui est miséricordieux les conduira et les mènera aux sources des eaux. Alors j’aplanirai en chemins toutes mes montagnes, et mes sentiers seront rehaussés. Voici qu’ils arrivent de loin, les uns de l’Aquilon, les autres de la mer du Couchant, et les autres de la terre du Midi. Cieux, louez le Seigneur ; terre, sois en allégresse ; montagnes, faites retentir la louange : car le Seigneur a consolé son peuple, et il aura pitié de ses pauvres. Cependant Sion a dit : Le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée. — Une mère peut-elle oublier son enfant, et n’avoir pas compassion du fils de ses entrailles ? mais quand même elle l’oublierait, moi je ne t’oublierai point, dit le Seigneur tout-puissant.

    

    Que ce langage devait être doux au cœur de nos Catéchumènes ! Jamais la tendresse du Père céleste s’est-elle exprimée d’une manière plus touchante que dans ces paroles qu’il nous transmet par son Prophète ? Il donne à son Fils incarné, à son Christ, la terre entière, non pour la juger et la condamner, comme elle le mérite, mais pour la sauver 66 . Ce divin envoyé convoque tous ceux qui gémissent dans les fers, qui languissent dans les ténèbres ; il les appelle à la liberté, à la lumière. Leur faim sera apaisée, leur soif désaltérée ; naguère haletants sous les rayons d’un soleil brûlant, ils trouveront la plus délicieuse fraîcheur au bord des eaux purifiantes vers lesquelles le miséricordieux pasteur les conduit lui-même. Ils viennent de loin, de tous les points du ciel ; cette fontaine inépuisable est le rendez-vous du genre humain. La Gentilité s’appelle désormais Sion, et le Seigneur aime les portes de cette nouvelle « Sion plus qu’il n’aima les tentes de Jacob 67 ». Non, il ne l’avait point oubliée, durant ces siècles où elle servait les idoles ; la tendresse du Seigneur est égale à celle d’une mère ; et si le cœur de la mère était jamais fermé pour son fils, le Seigneur déclare que le sien restera toujours ouvert pour Sion. Livrez-vous donc à une confiance sans bornes, vous, chrétiens, qui dès l’entrée de cette vie fûtes admis dans l’Église par le Baptême, et qui depuis avez eu le malheur de servir un autre maître que celui qui vous avait adoptés. Si, en ce moment où, prévenus de la grâce divine, soutenus par les saintes pratiques du Carême et par les suffrages de l’Église qui prie pour vous sans cesse, vous préparez votre retour au Seigneur, quelque inquiétude se glisse dans votre âme, relisez ces paroles du grand Dieu. Vous le voyez : c’est à son propre Fils qu’il vous a donnés ; c’est lui qu’il a chargé de vous sauver, de vous guérir, de vous consoler. Vous êtes dans les liens du péché ? Jésus est assez fort pour les rompre. Vous êtes dans les ténèbres du monde ? il est la lumière devant laquelle les ombres les plus épaisses s’évanouissent sans retour. Vous avez faim ? il est le Pain de vie. Vous avez soif ? il est la source des eaux vives. Vous êtes brûlés, défigurés par les ardeurs de la convoitise ? plongez-vous dans la fontaine qui rafraîchit et purifie : non plus, il est vrai, cette première fontaine qui vous donna la vie que vous avez si tristement perdue ; mais cette autre source jaillissante, le divin sacrement de la réconciliation, d’où vos âmes sortiront pures et renouvelées.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. VIII.

    In illo tempore : Locutus est Jesus turbis Judaeorum, dicens : Ego sum lux mundi : qui sequitur me, non amhulat in tenebris, sed habebit lumen vitæ. Dixerunt ergo ei Pharisæi : Tu de te ipso testimonium perhibes ; testimonium tuum non est verum. Respondit Jesus, et dixit eis : Et si ego testimonium perhibeo de meipso, verum est testimonium meum : quia scio unde veni, et quo vado : vos autem nescitis unde venio, aut quo vado. Vos secundum carnem judicatis : ego non judico quemquam : et si judico ego, judicium meum verum est, quia solus non sum : sed ego, et qui misit me, Pater. Et in lege vestra scriptum est, quia duorum hominum testimonium verum est. Ego sum qui testimonium perhibeo de meipso : et testimonium perhibeo de me, qui misit me, Pater. Dicebant ergo ei : Ubi est Pater tuus ? Respondit Jesus : Neque me scitis, neque Patrem meum ; si me sciretis, forsitan et Patrem meum sciretis. Haec verba locutus est Jesus in gazophylacio, docens in templo : et nemo apprehendit eum, quia necdum venerat hora ejus.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. VIII.

    En ce temps-là, Jésus disait à la foule des Juifs : Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche point dons les ténèbres, mais il aura la lumière de vie. Les Pharisiens donc lui dirent : Vous rendez vous-même témoignage de vous ; votre témoignage n’est pas vrai. Jésus leur répondit : Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, parce que je sais d’où je viens et où je vais ; mais pour vous, vous ne savez ni d’où je viens ni où je vais. Vous jugez selon la chair ; moi je ne juge personne ; et si je juge, mon jugement est vrai, parce que je ne suis pas seul, mais moi et le Père qui m’a envoyé. Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux personnes est vrai. Me voici qui rends témoignage de moi-même ; et le Père qui m’a envoyé rend aussi témoignage de moi. Ils lui dirent donc : Où est votre Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi ni mon Père : si vous me connaissiez, peut-être connaîtriez-vous mon Père. Jésus dit ces paroles, enseignant dans le temple, au lieu où est le trésor ; et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue.

    

    Quel contraste entre le langage de Dieu qui invite les hommes à recevoir son Fils comme un libérateur, et la dureté de cœur avec laquelle les Juifs accueillent ce céleste envoyé . Jésus s’est dit le Fils de Dieu, et, en preuve de cette divine origine, il n’a cessé, durant trois années, d’opérer les prodiges les plus éclatants. Beaucoup de Juifs ont cru en lui, parce qu’ils ont pensé que Dieu ne pourrait autoriser l’erreur par des miracles ; et la doctrine de Jésus a été acceptée par eux comme venant du ciel. Les Pharisiens ont la haine de la lumière, l’amour des ténèbres ; leur orgueil ne veut pas s’abaisser devant l’évidence des faits. Tantôt ils nient la vérité des prodiges de Jésus, tantôt ils prétendent les expliquer par une intervention diabolique ; d’autres fois, ils voudraient par leurs questions captieuses amener un prétexte de traduire le Juste comme un blasphémateur ou un violateur de la loi. Aujourd’hui, ils ont l’audace d’objecter à Jésus qu’en se déclarant l’envoyé de Dieu, il se rend témoignage à lui-même. Le Sauveur, qui voit la perversité de leur cœur, daigne encore répondre à leur impie sarcasme ; mais il évite de leur donner une entière explication. On sent que la lumière s’éloigne peu à peu de Jérusalem, et qu’elle se prépare à visiter d’autres régions. Terrible abandon de l’âme qui a abusé de la vérité, qui l’a repoussée par un instinct de haine ! C’est le péché contre le Saint-Esprit, « qui ne sera pardonné, dit Jésus-Christ, ni en ce monde, ni en l’autre 68 .» Heureux celui qui aime la vérité, quoiqu’elle combatte ses penchants et trouble ses idées ! car il rend hommage à la sagesse de Dieu ; et si la vérité ne le gouverne pas encore en tout, du moins elle ne l’a pas abandonné. Mais plus heureux est celui qui, s’étant rendu tout entier à la vérité, s’est mis à la suite de Jésus-Christ, comme son humble disciple ! « Celui-là, nous dit le Sauveur, ne marche point dans les ténèbres ; mais il possède la lumière de vie. » Hâtons-nous donc de nous placer dans cet heureux sentier frayé par celui qui est notre lumière et notre vie. Attachés à ses pas, nous avons gravi l’âpre montagne de la Quarantaine, et nous y avons été témoins des rigueurs de son jeûne ; désormais, en ces jours consacrés à sa Passion, il nous convie à le suivre sur une autre montagne, sur le Calvaire, où nous allons contempler ses douleurs et sa mort. Soyons fidèles au rendez-vous, et nous obtiendrons « la lumière de vie ».

 

    Humiliate capita vestra Deo.

    Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

    Deus, qui sperantibus in te misereri potius eligis quam irasci : da nobis digne flere mala quæ fecimus, ut tunc consolationis gratiam invenire mereamur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu ! qui aimez mieux faire paraître votre miséricorde que votre colère sur ceux qui espèrent en vous, donnez-nous de pleurer, comme nous le devons, les péchés que nous avons commis, afin que nous méritions de recevoir la grâce de votre consolation. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Terminons ces quatre premières semaines du Carême, en offrant à Marie, Mère de miséricorde, en ce jour du Samedi, cette gracieuse Prose de nos anciens Missels Romains-Français.

    SÉQUENCE.

    Ave Maria, Gratia plena. Dominus tecum, Virgo serena.

    Benedicta tu In mulieribus, Quae peperisti Pacem hominibus. Et Angelis gloriam

    Et benedictus Fructus ventris tui, Qui cohaeredes Ut essemus sui, Nos fecit per gratiam.

    Per hoc autem Ave, Mundo tam suave, Contra carnis jura, Genuisti prolem,     Novum Stella solem, Nova genitura.

    Tu parvi et magni, Leonis et Agni, Salvatoris Christi Templum exstitisti ; Sed virgo intacta.

    Tu Solis et Roris, Panis et Pastoris, Virginum regina, Rosa sine spina, Genitrix es facta.

    Tu civitas Regis justitiae, Tu mater es misericordiae, De lacu faecis et miseris Theophilum reformans gratiae.

    Te collaudat cœlestis curia, Tu mater es Regis et filia, Per te reis donatur venia, Per te justis confertur gratia.

    Ergo maris Stella, Verbi Dei cella, Et solis aurora,

    Paradisi porta, Per quam lux est orta, Natum tuum ora,

    Ut nos solvat a peccatis. Et in regno claritatis, Quo lux lucet sedula, Collocet per sæcula. Amen.

 

    Salut, Marie, pleine de grâce !

    Le Seigneur est avec vous ô Vierge sereine !

    Vous êtes bénie entre les femmes ; vous avez enfanté celui qui donne la paix aux hommes, et aux Anges la gloire.

    Et béni est le fruit de vus entrailles, qui par sa grâce nous a faits ses cohéritiers.

    Par cet Ave, si doux à la terre, vous avez enfanté contre les lois de la nature ; étoile, vous avez produit un nouveau soleil par un prodige nouveau.

    Toujours vierge sans tache, vous avez été le temple de celui qui a réuni la petitesse et la grandeur, le Lion et l’Agneau, le Christ sauveur.

    Reine des vierges, rose sans épines, vous êtes devenue la Mère de celui qui est Soleil et Rosée, Pain et Pasteur.

    Vous êtes la cité du Roi de justice, la mère de miséricorde ; vous rendez Théophile à la vie de la grâce, en le tirant du bourbier de sa misère.

    La cour céleste chante vos louanges ; vous êtes la mère et la fille du Roi ; par vous le coupable obtient le pardon ; par vous la grâce descend sur le juste.

    Étoile de la mer, demeure du Verbe divin, aurore du Soleil ;

    Porte du Paradis d’où la lumière se lève, suppliez votre Fils

     Qu’il nous délivre du péché, et qu’il nous place pour toujours au royaume de la splendeur, où la lumière luit à jamais. Amen.

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