L’Année liturgique : temps de la Septuagésime, historique, mystique et pratique. Prières.

L’ANNÉE LITURGIQUE

 

par le

 

R. P. DOM PROSPER Guéranger

ABBÉ DE SOLESMES

 

LE TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME

 

ONZIÈME ÉDITION

 

 

De licentia Superiorum

IMPRIMATUR !

+ HENRICUS, Episc. Pictaviensis.

2 Februarii 1900.

 

 

 

LIBRAIRIE RELIGIEUSE H. OUDIN

PARIS

10, RUE DE MÉZIÈRES

POITIERS

rue de l’Éperon, 4

 

 

1900

L’ANNÉE LITURGIQUE

 

PRÉFACE

    Cette troisième section de l’Année liturgique est moins étendue que les deux précédentes ; mais elle n’en offre pas moins un sérieux intérêt. Le Temps de la Septuagésime ne contient que trois semaines au Propre du Temps, et les fêtes des Saints y sont assez clairsemées. Néanmoins nous espérons que les fidèles puiseront dans ce volume de transition quelque secours pour passer saintement une période qui n’est plus le Temps de Noël, sans être encore le Carême, et qu’ils reconnaîtront en cette partie moins colorée de l’Année Ecclésiastique, la profondeur du sentiment, la suite d’une même et sublime pensée, enfin la matière d’un véritable profit pour leurs âmes.

    Cesser de suivre l’Église au Temps de la Septuagésime, ce serait briser le Cycle dont cette période forme une partie essentielle, ainsi qu’on Je verra par l’enseignement des trois premiers chapitres de ce volume, et par l’ensemble des rites, des formules et des lectures que la sainte Église emploi dans cette période de l’Année liturgique.

 

LE TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME

CHAPITRE PREMIER. HISTORIQUE DU TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Le Temps de la Septuagésime comprend la durée des trois semaines qui précèdent immédiatement le Carême. Il forme une des divisions principales de l’Année liturgique, et il est partagé en trois sections hebdomadaires, dont la première porte seulement le nom de Septuagésime, la seconde celui de Sexagésime, et enfin la troisième celui de Quinquagésime.

    On voit, dès le premier abord, que ces noms expriment une relation numérique avec le mot Quadragésime, dont notre mot Carême est dérivé. Or, le mot Quadragésime signifie la série des quarante jours qu’il faut traverser pour arriver à la grande fête de Pâques. Les mots Quinquagésime, Sexagésime et Septuagésime nous montrent cette solennité dans un lointain plus prolongé ; mais elle n’en est pas moins le grand objet qui commence à préoccuper la sainte Église, et qu’elle propose à ses enfants comme le but vers lequel désormais doivent tendre tous leurs désirs et tous leurs efforts.

    Or, la fête de Pâques exige pour préparation quarante jours de recueillement et de pénitence ; cette sainte carrière est l’un des principaux incidents de l’Année liturgique, et le plus puissant moyen qu’emploie l’Église pour raviver dans le cœur et dans l’esprit des fidèles le sentiment de leur vocation. Il est du plus haut intérêt pour eux de ne pas laisser s’écouler cette période de grâces, sans en avoir profité pour le renouvellement de leur vie tout entière. Il était donc convenable de les préparer à ce temps de salut, qui est lui-même une préparation, afin que les bruits du monde s’éteignant peu à peu dans leurs cœurs, ils fussent plus attentifs à l’avertissement solennel que l’Église leur doit faire, en imposant la cendre sur leurs fronts, à l’ouverture de la sainte Quarantaine.

    Ce prélude aux saintes tristesses du Carême n’était pas en usage aux premiers siècles du christianisme; l’institution paraît en avoir commencé dans les Églises d’Orient. La coutume de celle de Constantinople étant de ne pas jeûner le samedi, elle commence le jeûne rigoureux dès notre lundi de Quinquagésime, et s’y prépare progressivement dans les semaines précédentes en la manière que nous ferons connaître en son lieu.

    D’autres Églises orientales, signalées par Ratramne dans sa Controverse avec les Grecs 1 se trouvaient amenées par la coutume de ne pas jeûner non plus le jeudi à ouvrir l’observance quadragésimale neuf semaines avant Pâques. En cette manière même, elles n’avaient que trente-six jours de jeûne ainsi que les Grecs. Mais primitivement l’Occident lui-même ne dépassait pas ce nombre, qui formait pour Dieu, dit encore saint Grégoire le Grand, la dîme de l’année 2 . Un passage de saint Maxime de Turin nous montre qu’au V° siècle, l’addition des quatre jours qui précèdent aujourd’hui le premier Dimanche de Carême, était seulement le fait de la dévotion de quelques-uns, et non une coutume générale 3 .

    C’est donc postérieurement que les derniers jours de la semaine de Quinquagésime, à partir du Mercredi appelé des Cendres, ont été ajoutés au Carême, afin de compléter le nombre de quarante jours de jeûne. Il est certain toutefois que déjà, au IX° siècle, cet usage avait force de loi généralement dans l’Église latine. Amalaire, qui décrit en détail la Liturgie de ce siècle, nous assure que le jeûne commençait bien dès lors quatre jours avant le premier Dimanche de Carême. Cette disposition se trouve confirmée dans le même siècle par les conciles de Meaux et de Soissons. Déjà tous les manuscrits du Sacramentaire grégorien sont unanimes à désigner ce Mercredi par les mots In capite jejunii, c’est-à-dire commencement du jeûne. Toutefois, dans son respect pour la forme du service divin établie primitivement, l’Église n’a admis aucun changement considérable dans ses Offices, durant ces quatre jours. Elle garde le rite de la semaine de Quinquagésime jusqu’aux Vêpres du samedi, auxquelles commence le rite quadragésimal.

    Au XII° siècle, Pierre de Blois exprimait ainsi la pratique de son temps : « Tous les religieux commencent le Carême à la Septuagésime, les « Grecs à la Sexagésime , les Ecclésiastiques à la Quinquagésime ; enfin, toute l’armée des chrétiens qui milite sur la terre, le Mercredi suivant 4 . » On voit par ce passage que le clergé séculier était astreint au jeûne quadragésimal quelques jours avant les simples fidèles. Cette abstinence ne commençait toutefois que le lundi, ainsi qu’il paraît par la Vie de saint Udalric, évêque d’Augsbourg, qui a été écrite au X° siècle. Le concile de Clermont, présidé par Urbain II en 1095, contient un décret qui sanctionne l’obligation pour les Clercs de s’abstenir de viande à partir de la Quinquagésime. Ce dimanche était appelé Dominica carnis privii, et encore Carnis priviam sacerdotum ; mais il faut entendre cette appellation en ce sens qu’on y proclamait l’abstinence comme devant commencer le lendemain. Nous observerons un usage analogue dans l’Église grecque pour les trois dimanches qui précèdent le Carême. Au XIII° siècle, les Clercs étaient encore obligés à ces deux jours de subrogation, comme on le voit par un concile d’Angers, qui frappe de suspense les prêtres qui ne commenceraient pas le Carême le lundi de Quinquagésime. Cet usage cessa néanmoins peu après; le clergé séculier et les moines eux-mêmes, dès le XV° siècle, commençaient le jeûne quadragésimal le Mercredi des Cendres avec tous les fidèles.

    On sait que la Liturgie gallicane avait conservé plusieurs usages des Églises d’Orient, auxquelles elle devait en partie son origine, et ce ne fut pas sans difficulté qu’on parvint à introduire dans les Gaules l’abstinence et le jeûne du samedi. Avant que nos Églises eussent adopté sur ce point la coutume romaine, elles se trouvaient, comme celles de l’Orient, dans la nécessité d’anticiper le jeûne du Carême. Le premier concile d’Orléans, tenu au commencement du vie siècle, ordonne aux fidèles d’observer avant Pâques Quadragésime et non Quinquagésime, afin, dit le Canon, de maintenir l’unité des usages. Vers la fin de ce siècle, le quatrième concile tenu dans la même ville répète la même défense, et en explique les intentions par l’injonction qu’il fait de jeûner les samedis de Carême. Déjà le premier et le second conciles d’Orange, en 511 et 541, avaient attaqué le même abus, en défendant pareillement d’obliger les fidèles à commencer le jeûne dès la Quinquagésime. L’introduction de la Liturgie Romaine en France, par les soins de Pépin et de Charlemagne, acheva d’établir chez nous l’usage déconsidérer le samedi comme un jour de pénitence; et, comme on vient de le voir, l’anticipation du Carême au lundi de Quinquagésime ne fut plus pratiquée que par le clergé. Au XIII° siècle, de toutes les Églises du patriarcat d’Occident, il n’y avait plus que celles de Pologne qui fussent dans l’usage de commencer le Carême avant l’Église Romaine; elles l’ouvraient au lundi de Septuagésime, par suite de leurs relations avec les rites des Églises orientales. Cette coutume fut abolie en 1248 par Innocent IV.

    Mais si l’Église Romaine, au moyen d’une anticipation de quatre jours seulement, parvint à compléter d’une manière précise la sainte Quarantaine que le Sauveur lui-même avait inaugurée par son exemple, en même temps qu’elle maintenait son antique usage de considérer le samedi comme un jour propre aux exercices de la pénitence, elle emprunta volontiers à l’Église grecque l’usage de prévenir, par les saintes tristesses de la Liturgie, durant trois semaines entières, l’ouverture du Carême. On voit par Amalaire que, dès le commencement du IX° siècle, on suspendait déjà l’Alléluia et le Gloria in excelsis, à la Septuagésime. Les moines se conformèrent à cet usage, quoique la Règle de saint Benoît exprimât une disposition contraire. Enfin le règlement du Pape Alexandre II, dans la seconde moitié du XI° siècle, établit partout l’uniformité, en prescrivant la suspension absolue de l’Alléluia aux Vêpres du samedi qui précède le dimanche de Septuagésime. Ce Pontife ne faisait que renouveler une disposition déjà sanctionnée par saint Léon IX, et consignée au Corps du Droit 5 .

    C’est ainsi que cette importante période de l’Année liturgique, après divers essais, finit par s’établir sur le Cycle, où elle figure depuis plus de mille ans. Le nom qu’on lui a donné exprime, ainsi que nous l’avons dit, une relation numérique avec le Carême; mais il n’y a en réalité que soixante-trois jours du dimanche de Septuagésime à Pâques. Une intention mystérieuse a présidé à cette dénomination ; nous en parlerons au chapitre suivant. Le premier dimanche de Carême portant le nom de Quadragésime, on est remonté en rétrogradant jusqu’aux trois dimanches qui précèdent, en gardant l’ordre par dizaine, de quarante à soixante-dix.

    Le temps de la Septuagésime étant fondé sur l’époque de la Pâque, il est, par là même, sujet au retard ou à l’anticipation, selon le mouvement de cette fête. On appelle le 18 janvier et le 22 février Clefs de la Septuagésime, parce que le Dimanche qui porte ce nom ne peut pas remonter plus haut que la première de ces deux époques, ni descendre plus bas que la seconde.

 

CHAPITRE II. MYSTIQUE DU TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Le temps où nous entrons renferme de profonds mystères ; mais ces mystères ne sont point propres seulement aux trois semaines que nous devons traverser pour arriver à la sainte Quarantaine ; ils s’étendent sur toute la période de temps qui nous sépare de la grande fête de Pâques.

    Le nombre septénaire est le fondement de ces mystères. Nous avons vu comment la sainte Église avait été en travail pour la partie du Cycle que nous parcourons présentement. Aujourd’hui elle en est en possession, et elle nous invite à méditer les enseignements renfermés sous les symboles qui nous y sont proposés. Mais il est nécessaire de reprendre la doctrine de plus haut. Saint Augustin nous servira d’introducteur à tant de merveilleux secrets. « Il y a deux temps, dit ce grand Docteur dans son Enarration sur le Psaume CXLVIII : l’un, celui qui s’écoule maintenant dans les tentations et les tribulations de cette vie ; l’autre, celui qui doit se passer dans une sécurité et dans une allégresse éternelles. Ces deux temps, nous les célébrons, le premier avant la Pâque, le second après la Pâque. Le temps avant la Pâque exprime les angoisses de la vie présente ; celui que nous célébrons après la Pâque signifie la béatitude que nous goûterons un jour. Voilà pourquoi nous passons le premier de ces deux temps dans le jeûne et la prière, tandis que le second est consacré aux cantiques de joie ; et, pendant sa durée, le jeûne est suspendu. » L’Église, interprète des saintes Écritures, nous signale deux lieux différents qui sont en rapport direct avec les deux temps dont parle saint Augustin : ces deux lieux sont Babylone et Jérusalem. Babylone est le symbole de ce monde de péché, au milieu duquel le chrétien doit passer le temps de l’épreuve ; Jérusalem est la patrie céleste au sein de laquelle il se reposera de tous ses combats. Le peuple d’Israël, dont toute l’histoire n’est qu’une grande figure de l’humanité, fut littéralement exilé de Jérusalem et retenu captif à Babylone.

    Or, cette captivité loin de Sion dura soixante-dix ans ; et c’est pour exprimer ce mystère que, selon Alcuin, Amalaire, Yves de Chartres, et généralement tous les princes de la Liturgie, l’Église a définitivement fixé le nombre septuagénaire pour les jours de l’expiation, prenant, selon l’usage des saintes Écritures, le nombre ébauché pour le nombre parfait.

    La durée du monde lui-même, comme portent les antiques traditions chrétiennes, se partage aussi selon le septénaire. La race humaine doit traverser sept âges, avant le lever du jour de la vie éternelle. Le premier âge s’est étendu depuis la création d’Adam jusqu’à Noé ; le second depuis Noé et le renouvellement qui suit le déluge jusqu’à la vocation d’Abraham; le troisième commence à cette première ébauche du peuple de Dieu, et va jusqu’à Moïse par les mains duquel le Seigneur donna la loi ; le quatrième s’étend de Moïse à David, en qui la royauté commence dans la maison de Juda ; le cinquième embrasse la série des siècles puis le règne de David jusqu’à la captivité des Juifs à Babylone ; le sixième est la période qui s’écoula depuis le retour de la captivité jusqu’à la naissance de Jésus-Christ. Vient enfin le septième âge, qui s’est ouvert à l’apparition miséricordieuse du Soleil de justice, et doit durer jusqu’à l’avènement redoutable du Juge des vivants et des morts. Telles sont les sept grandes fractions des temps, après lesquelles il n’y a plus que l’éternité.

    Pour encourager nos cœurs, au milieu des combats dont la route est semée, l’Église, qui luit comme un flambeau au milieu des ombres de ce séjour terrestre, nous montre un autre septénaire qui doit faire suite à celui que nous allons traverser. Après la Septuagésime de tristesse, la radieuse Pâque viendra avec ses sept semaines d’allégresse nous apporter un avant-goût des consolations et des délices du ciel. Après avoir jeûné avec le Christ et compati à ses souffrances, le jour viendra où nous ressusciterons avec lui, où nos cœurs le suivront au plus haut des cieux ; et, peu après, nous sentirons descendre en nous l’Esprit divin avec ses sept dons. Or, ainsi que le remarquent les mystiques interprètes des rites de l’Église, la célébration de tant de merveilles ne nous demandera pas moins de sept semaines entières, de Pâques à la Pentecôte.

    Après avoir jeté un regard d’espérance sur cet avenir consolateur qui nous attend, et qui pourtant n’est que la figure de cet autre avenir que le Seigneur nous prépare dans les splendeurs de son éternité, il nous faut revenir aux réalités présentes. Que sommes-nous ici-bas? exilés, captifs, en proie à tous les périls que Babylone recèle. Si nous aimons la patrie, si nous avons à cœur de la revoir, nous devons rompre avec les faux attraits de cette perfide étrangère, et repousser loin de nous la coupe dont elle enivre un grand nombre de nos frères de captivité. Elle nous convie à ses jeux et à ses ris ; mais nos harpes doivent demeurer suspendues aux saules des rives de son fleuve maudit, jusqu’au signal qui nous sera donné de rentrer dans Jérusalem 6 . Elle voudrait nous engager à faire du moins entendre les chants de Sion dans sa profane enceinte, comme si notre cœur pouvait être à l’aise loin de la patrie, et quand nous savons qu’un exil éternel peut être la peine de notre infidélité ; mais comment pourrions-nous chanter les cantiques du Seigneur dans une terre étrangère 7 ? »

    Tels sont les sentiments que la sainte Église cherche à nous inspirer durant ces longs jours de deuil, en appelant notre attention sur les dangers qui nous environnent, et au dedans de nous-mêmes et de la part des créatures. Dans tout le reste de l’année, elle nous provoque à répéter le chant du ciel, le divin Alléluia ! et voilà qu’aujourd’hui elle met la main sur notre bouche pour arrêter ce cri d’allégresse qui ne doit pas retentir dans Babylone. « Nous sommes en voyage, loin du Seigneur 8 » ; gardons nos cantiques pour le moment où nous arriverons près de lui. Nous sommes pécheurs, et trop souvent complices des profanes qui nous environnent ; purifions-nous par le repentir ; car il est écrit que « la louange du Seigneur perd toute sa beauté dans la bouche du pécheur 9 . »

    Le trait le plus caractéristique de la sainte carrière où nous entrons est donc la suspension rigoureuse de l’Alléluia, qui ne doit plus se faire entendre sur la terre jusqu’au moment où, ayant participé à la mort du Christ, ayant été ensevelis avec lui, nous ressusciterons avec lui pour une vie nouvelle 10 .

    Le beau cantique des Anges, Gloire à Dieu au plus haut des cieux, que nous avons fait retentir chaque dimanche, depuis la naissance du Rédempteur, nous est enlevé en même temps ; il ne nous sera permis de le répéter que les jours où l’on célébrera sur la semaine quelque fête en l’honneur des Saints. L’Office de la nuit, le Dimanche, va perdre aussi jusqu’à la Pâque son magnifique Hymne Ambrosien, Te Deum laudamus. Lorsque le Sacrifice sera achevé, le diacre ne congédiera plus l’assemblée des fidèles par ces solennelles paroles : Ite, Missa est ; il invitera seulement le peuple chrétien à continuer sa prière dans le silence, en bénissant le Dieu de miséricorde, qui a daigné ne pas nous rejeter malgré nos iniquités.

    Après le Graduel de la Messe, à l’endroit où l’Alléluia, trois fois répété, préparait nos cœurs à s’ouvrir pour écouter la voix du Seigneur lui-même, dans la lecture de son saint Évangile, nous entendrons l’expressive mélodie du Trait, qui rendra les sentiments de repentir, d’instante supplication, d’humble confiance, qui doivent être les nôtres en ces jours.

    Afin que nos yeux aussi soient avertis que la période où nous entrons est un temps de deuil et de tristesse, la sainte Église revêtira, le Dimanche et les jours où elle n’aura pas à fêter quelque Saint, la sombre couleur violette. Elle laisse cependant encore, jusqu’au Mercredi des Cendres, le diacre se parer de la dalmatique et le sous-diacre de la tunique ; mais, à partir de ce jour, ils devront déposer ces vêtements de joie, en attendant que l’austère Quarantaine, qui doit s’ouvrir alors, inspire à la sainte Église d’exprimer de plus en plus ses tristesses, par la suppression de tout ce qui ressentirait encore en quelque chose la pompe dont elle aimait, en d’autres temps, à environner les autels du Dieu qu’elle adore.

 

CHAPITRE III. PRATIQUE DU TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Les joies du temps de Noël semblent avoir fui loin de nous. A peine avons-nous pu jouir quarante jours de l’allégresse que nous avait apportée la naissance de l’Emmanuel, et déjà le ciel de la sainte Église s’est assombri, et on nous annonce que bientôt il apparaîtra couvert de teintes plus lugubres encore. Avons-nous donc perdu pour jamais celui que nous attendîmes avec tant d’anxiétés et d’espérances durant les semaines mélancoliques de l’Avent ; et celui qui se montra enfin à nous comme le Soleil de justice, a-t-il donc détourné sa course, pour la diriger loin d’une terre coupable?

    Rassurons-nous. Le Fils de Dieu, le fils de Marie, ne nous a point quittés. Le Verbe s’est fait chair, et c’est afin d’habiter parmi nous. Une gloire plus grande encore que celle de sa naissance au milieu des concerts angéliques, lui est réservée, et nous devons la partager avec lui. Mais cette gloire, il doit l’acheter au prix de mille souffrances : il ne l’obtiendra que par la plus cruelle et la plus ignominieuse des morts; et, si nous voulons avoir part au triomphe de sa Résurrection, il nous faut le suivre dans la voie douloureuse qu’il arrose de ses larmes et qu’il teint de son sang.

    Bientôt la voix sévère et maternelle de l’Église se fera entendre pour nous convier à la pénitence quadragésimale ; mais, auparavant, dans le cours rapide des trois semaines de préparation à ce laborieux baptême, elle veut que nous nous arrêtions à sonder la profondeur des plaies que le péché a faites à nos âmes. Rien n’égale, sans doute, les charmes et la douceur de l’Enfant qui nous est né ; mais les leçons d’humilité et de simplicité qu’il nous a données ne suffisent plus aux besoins de nos âmes. Cette victime de la plus redoutable justice a crû rapidement ; déjà l’autel sur lequel on l’immolera se dresse ; et comme c’est pour nous qu’elle y doit expirer, le temps presse de nous demander compte à nous-mêmes des obligations que nous avons contractées envers cette justice qui s’apprête à sacrifier l’innocent à la place des coupables.

    Le mystère d’un Dieu qui daigne s’incarner pour les hommes a ouvert pour nous les sentiers de la Vie illuminative ; mais nos yeux sont appelés à contempler une lumière plus vive encore. Que notre cœur ne se trouble pas ; les divines merveilles de Bethléhem seront dépassées au jour de la victoire de l’Emmanuel ; mais notre œil, s’il veut contempler ces merveilles, a besoin de s’épurer, en plongeant sans faiblesse son regard jusqu’au fond de l’abîme de nos misères. La lumière de Dieu ne nous sera pas refusée pour accomplir cette œuvre de justice ; et si nous parvenons à nous connaître nous-mêmes, à nous rendre compte de la profondeur de la chute originelle, à apprécier la malice de nos fautes personnelles, à comprendre, du moins en quelque degré, l’immense miséricorde du Seigneur envers nous, c’est alors que nous serons préparés aux salutaires expiations qui nous attendent, aux joies ineffables qui doivent les suivre.

    Le temps où nous entrons est donc consacré aux plus graves pensées, et nous ne saurions mieux exprimer les sentiments que l’Église attend du chrétien dans cette partie de l’année, qu’en traduisant ici quelques traits de l’éloquente exhortation que, dans le XI° siècle, le grand Yves de Chartres adressait à son peuple, à l’ouverture de la Septuagésime. « L’Apôtre l’a dit : « Toute créature gémit, et elle est dans les douleurs de l’enfantement. Nous-mêmes, qui avons les prémices de l’Esprit, nous gémissons aussi, attendant l’adoption des enfants et le rachat de notre corps 11 . Cette créature qui gémit, c’est l’âme retirée de la corruption du péché, et qui, déplorant son sort d’être assujettie encore à tant de vanités, souffre les douleurs de l’enfantement, aussi longtemps qu’elle est éloignée de la patrie. C’est le cri du Psalmiste : Hélas ! pourquoi mon exil se prolonge-t-il 12 ? L’Apôtre lui-même, qui avait reçu l’Esprit-Saint, étant l’un des premiers membres de l’Église, dans son anxiété de recevoir en effet l’adoption des enfants que déjà il possédait en espérance, disait : Je voudrais mourir et être avec Jésus-Christ 13 . Nous devons donc durant ces jours, plus encore qu’en tout autre temps, nous livrer aux gémissements et aux larmes, pour mériter, par l’amertume et les lamentations de notre cœur, de retourner dans cette patrie dont nous exilèrent ces joies qui donnent la mort. Pleurons donc durant le voyage pour nous réjouir au terme ; parcourons l’arène de la vie présente, de manière à saisir au bout le prix de l’appel céleste. Ne soyons pas ces voyageurs insensés qui oublient leur patrie, s’attachent au lieu de l’exil et restent en route. Ne soyons pas ces malades insensibles qui ne savent pas chercher le remède à leurs maux. On désespère de la vie de celui qui n’a pas conscience de son mal. Courons au médecin du salut éternel. Découvrons-lui nos blessures ; faisons-lui entendre ce cri intime : Ayez pitié de moi, Seigneur, car je suis infirme : guérissez-moi, Seigneur, car tous mes os sont ébranlés 14 . C’est alors que notre médecin nous pardonnera nos iniquités, qu’il guérira toutes nos langueurs, qu’il comblera tous nos désirs pour le bien. »

    Comme on le voit, le chrétien au temps de la Septuagésime, s’il veut entrer dans l’esprit de l’Église, doit faire trêve à cette fausse sécurité, à ce contentement de soi qui s’établissent trop souvent au fond des âmes molles et tièdes, et n’y produisent que la stérilité. Heureux encore lorsque ces dispositions n’amènent pas insensiblement l’extinction du véritable sens chrétien ! Celui qui se croit dispensé de cette vigilance continuelle tant recommandée par le Sauveur 15 , est déjà sous la main de l’ennemi ; celui qui ne sent le besoin d’aucun combat, d’aucune lutte pour se maintenir et pour cheminer dans le bien, à moins d’avoir été honoré d’un privilège aussi rare que dangereux, doit craindre de ne pas être dans la voie de ce royaume de Dieu qui ne s’enlève que de vive force 16 ; celui qui oublie les péchés que la miséricorde de Dieu lui a pardonnes, doit redouter d’être le jouet d’une illusion périlleuse 17 . Rendons gloire à Dieu dans ces jours que nous allons consacrer à la courageuse contemplation de nos misères, et venons puiser, dans la connaissance de nous-mêmes, des motifs nouveaux d’espérer en celui que nos faiblesses et nos fautes n’ont point empêché de s’abaisser jusqu’à nous, pour nous relever jusqu’à lui.

 

CHAPITRE IV. PRIÈRES DU MATIN ET DU SOIR, AU TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME .

    Au temps de la Septuagésime, le chrétien, à son réveil, s’unira à la sainte Église qui, dès le point du jour, commence la psalmodie des Laudes par ces paroles du Roi-Prophète :

    Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam.

    Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre grande miséricorde.

    Il adorera profondément cette Majesté que le pécheur devrait craindre, et qu’il offense cependant avec tant d’audace et d’ingratitude, et il accomplira sous cette impression les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l’Église elle-même, la forme de ses sentiments.

 

    PRIERE DU MATIN.

    D’abord, la louange et l’adoration à la très sainte Trinité :

    V/ Benedicamus Patrem et Filium, cum Sancto Spiritu.

    R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.

    V/. Gloria Patri, et Filio et Spiritui Sancto ;

    R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

    V/ Bénissons Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

    R/. Louons-le et exaltons-le dans tous les siècles.

    V/. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    R/. Comme il était au commencement , maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

 

    Puis la louange à Jésus- Christ, notre Sauveur :

    V/. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi ;

    R/. Quia per sanctam Crucem tuam redemisti mundum.

    V/. Nous vous adorons, ô Christ ! et nous vous bénissons ;

    R/. Parce que, par votre sainte Croix, vous avez racheté le monde.

    Ensuite, l’invocation au Saint-Esprit :

    Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium,et tui amoris in eis ignem accende.

    Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.

    Après ces actes fondamentaux, on récitera l’Oraison Dominicale, demandant à Dieu qu’il daigne se souvenir de ses miséricordes, et pardonner nos offenses, nous aider dans les tentations et dans les périls dont notre condition est semée, et enfin nous délivrer du mal, en effaçant en nous jusqu’aux dernières traces du péché qui est le mal de Dieu, et qui entraîne après lui le souverain mal de l’homme.

    L’ORAISON DOMINICALE

    Pater noster, qui es in cœlis, sanctificetur Nomen tuum : adveniat regnum tuum : fiat voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.

    Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libera nos a malo. Amen.

    Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

    Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonnez-nous nos offenses. comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.

    On adressera ensuite la Salutation Angélique à Marie, en lui rappelant avec amour et confiance qu’elle est le refuge assuré des pécheurs qui l’implorent.

    LA SALUTATION ANGÉLIQUE.

    Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.

    Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.

    Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

    Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.

    Il convient de réciter ensuite le Symbole de la Foi qui contient les dogmes que nous devons croire, et en particulier celui qui doit remplir nos cœurs d’espérance, le dogme de la rémission des péchés. Animons-nous à mériter, par une sincère pénitence, que le Sauveur, après la sainte Quarantaine, nous dise à nous aussi ces paroles si douces au cœur de l’homme repentant : Allez, vos péchés vous sont remis.

    LE SYMBOLE DES APÔTRES.

    Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae.

    Et in Jesum Christum Filium ejus unicum, Dominum nostrum : qui conceptus est de Spiritu Sancto : natus ex Maria Virgine, passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus et sepultus : descendit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis : ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis : inde venturus est judicare vivos et mortuos.

    Credo in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam Catholicam , Sanctorum communionem, remissionem peccatorum, carnis resurrectionem, vitam aeternam. Amen.

 

    Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

    Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est ne de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce-Pilate et a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts ; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; d’où il viendra juger les vivants et les morts.

    Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, la communion des Saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.

 

    Après la Profession de Foi, on s’efforcera d’entrer dans des sentiments de regret et de componction au souvenir des péchés qu’on a commis, et on récitera un des sept Psaumes de la Pénitence, en plaçant le premier au Dimanche, le second au lundi, et ainsi de suite. Ces admirables cantiques, qui ont servi d’expression aux douleurs de David après son péché, ne auraient être trop familiers au chrétien dans le temps de la Septuagésime. Nous les avons placés à la fin de ce volume.

    Puis, on confessera humblement ses péchés, en se servant pour cela de la formule générale usitée dans l’Église.    

    LA CONFESSION DES PÉCHÉS.

    Confiteor Deo omnipotenti, beatae Mariae semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptistae, sanctis Apostolis Petro et Paulo, et omnibus Sanctis, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

    Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum , beatum Johannem Baptistam , sanctos Apostolos Petrum et Paulum, et omnes Saoctos, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

    Misereatur nostri omnipotens Deus, et dimissis peccatis nostris, perducat nos ad vitam aeternam. Amen.

    Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. Amen.

 

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les Saints, que j’ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres : par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute.

    C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint-Pierre et saint Paul, et tous les Saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

    Que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous, qu’il nous pardonne nos pèches et nous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

    Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il.

 

    Ici, on pourra faire la Méditation, si l’on est dans l’usage de ce saint exercice. Elle doit principalement avoir pour objet, au temps de la Septuagésime, sur l’état auquel l’homme s’est trouvé réduit après son péché ; sur la nécessité de combattre sans relâche une nature corrompue, dont les penchants et les entraînements ne vont qu’à nous perdre ; sur la gravité du péché actuel, les biens dont il prive l’homme, et les châtiments qu’il amène à sa suite ; sur l’ineffable bonté de Dieu qui vient lui-même offrir la réconciliation au pécheur, et qui fera succéder aux saintes tristesses du temps présent et aux expiations qui doivent s’y joindre, une joie sans mélange, une douce paix et tout le bonheur d’une vie renouvelée en Jésus-Christ.

    La Méditation étant achevée, et même dans le cas où l’on eût été empêché de la faire, on demandera à Dieu par les prières suivantes la grâce d’éviter toute sorte de péchés durant la journée qui commence, disant toujours avec l’Église :

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Domine, Deus omnipotens, qui ad principium hujus diei nos pervenire fecisti, tua nos hodie salva virtute, ut in hac die ad nullum declinemus peccatum ; sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procedant eloquia, dirigantur cogitationes et opera. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus , per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur, Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de ce jour, sauvez-nous aujourd’hui par votre puissance, afin que, durant le cours de cette journée, nous ne nous laissions aller à aucun péché ; mais que nos paroles, nos pensées et nos envies tendent toujours à l’accomplissement de votre justice. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    On implorera ensuite bien faire toutes les actions trois fois :

    V/ Deus in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    ORAISON.

    Dirigere et sanctificare, regere et gubernare dignare, Domine Deus, Rex cœli et terrae, hodie corda et corpora nostra, sensus, sermones et actus nostros , in lege tua, et in operibus mandatorum tuorum : ut hic et in aeternum, te auxiliante, salvi et liberi esse mereamur, Salvator mundi. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.

    Daignez, Seigneur Dieu, Roi du ciel et de la terre, diriger, sanctifier, conduire et gouverner, en ce jour, nos cœurs et nos corps, nos sentiments, nos discours et nos actes, selon votre loi et les œuvres de vos préceptes ; afin que, ici-bas et dans l’éternité, nous méritions, par votre secours, ô Sauveur du monde, d’être sauvés et affranchis. Vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Amen.

    Dans le cours de la journée, il sera convenable de s’occuper des lectures qui sont assignées ci-après, au Propre du Temps et au Propre des Saints. Le soir étant arrivé, on pourra faire la Prière en la manière suivante.

 

    PRIERE DU SOIR.

    Après le signe de la Croix, adorons la Majesté divine qui a daigné nous conserver pendant cette journée, et multiplier sur nous, à chaque heure, ses grâces et sa protection. On pourra emprunter, à cet effet, l’Hymne suivante que l’Église chante à l’Office du soir :

    HYMNE.

IAM sol recedit igneus: Tu lux perennis Unitas, nostris, beata Trinitas, infunde lumen cordibus.

Te mane laudum carmine, Te deprecamur vespere; digneris ut te supplices laudemus inter caelites.

Patri, simulque Filio, tibique sancte Spiritus, sicut fuit, sit jugiter saeclum per omne gloria. Amen.
V. Vespertina oratio ascendit ad te, Domine

R. Et descendat super nos misericordia tua.

 

Le soleil a disparu avec ses feux; Lumière éternelle, Unité divine, Trinité bienheureuse, répandez vos clartés dans nos cœurs.

Dès le matin, nous vous offrons nos louanges; le soir, nous vous adressons encore le tribut de nos prières; daignez nous admettre à vous louer un jour parmi les habitants des cieux.

Gloire soit à jamais comme elle fut toujours, au Père, au Fils , et à vous, Esprit-Saint. Amen.
V. Que notre prière du soir monte vers vous, Seigneur;

R. Et que votre miséricorde descende sur nous.

    Après cette Hymne, on récitera l’Oraison Dominicale, la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres, en la manière qui a été marquée ci-dessus pour la Prière du Matin.

    On fera ensuite l’Examen de conscience, en repassant dans son esprit toutes les fautes de la journée, reconnaissant combien le péché nous rend indignes des desseins de Dieu sur nous, et prenant la résolution ferme de l’éviter à l’avenir, d’en faire pénitence et d’en fuir les occasions.

    L’Examen étant terminé, on récitera le Confiteor avec une componction sincère, et on ajoutera un acte explicite de Contrition, pour lequel on pourra su servir de cette formule que nous empruntons à la Doctrine chrétienne ou Catéchisme du Vénérable Cardinal Bellarmin :

    ACTE DE CONTRITION.

    Mon Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir offensé, et je me repens de tout mon cœur de mes pèches : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre mal, parce que, en péchant, non seulement j’ai perdu le Paradis et mérité l’Enfer, mais bien plus encore parce que je vous ai offensée, Bonté infime, digne d’être aimée par-dessus toutes choses. Je fais un ferme propos de ne jamais plus vous offenser à l’avenir, moyennant votre divine grâce, et de fuir l’occasion du péché.

    On pourra ajouter les Actes de Foi, d’Espérance et de Charité, à la récitation desquels Benoît XIV a attaché sept ans et sept quarantaines d’indulgence pour chaque fois.

    ACTE DE FOI.

    Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Église Catholique-Apostolique-Romaine m’ordonne de croire, parce que vous le lui avez révèle, vous qui êtes la Vérité même.

    ACTE D’ESPÉRANCE.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes tout-puissant, infiniment bon et miséricordieux, j’espère que, par les mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle que vous avez promise à quiconque fera les œuvres d’un bon Chrétien, comme je me propose de faire avec votre secours.

    ACTE DE CHARITÉ.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus dessus toutes choses ; je suis disposé atout perdre plutôt que de vous offenser ; et aussi, pour votre amour, j aime et veux aimer mon prochain comme moi-même.

    On s’adressera ensuite à la très sainte Vierge, récitant en son honneur l’Antienne que l’Église lui consacre depuis la fête de la Purification jusqu’à Pâques.

    ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.

    Ave Regina cœlorum, Ave Domina Angelorum :

    Salve Radix, salve Porta,     Ex qua mundo lux est orta :

    Gaude, Virgo gloriosa, Super omnes speciosa :

    Vale, o valde decora, Et pro nobis Christum exora.

    V/. Dignare me laudare te, Virgo sacrata.

    R/. Da mihi virtutem contra hostes tuos.

 

    Salut, Reine des cieux ! Salut, Souveraine des Anges ! Salut, Tige féconde ! Salut, Porte du ciel, par laquelle la lumière s’est levée sur le monde ! Jouissez de vos honneurs, ô Vierge-glorieuse, qui l’emportez sur toutes en beauté ! Adieu, ô toute belle, et implorez le Christ en notre faveur.

    V/. Sourirez , ô Vierge sainte, que je célèbre vos louanges.

    R/. Donnez-moi courage contre vos ennemis.

    ORAISON.

    Concede, misericors Deus, fragilitati nostræ praesidium : ut, qui sanctæ Dei Genitricis memoriam agimus, intercessionis ejus auxilio, a nostris iniquitatibus resurgamus. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Daignez, ô Dieu plein de miséricorde ! venir au secours de notre fragilité, afin que nous, qui célébrons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions, à l’aide de son intercession, nous affranchir des liens de nos iniquités. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

    Il est convenable d’ajouter ici les Litanies de la sainte Vierge, à la récitation desquelles les Souverains Pontifes ont accordé trois cent jours d’indulgence pour chaque fois.

    LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE

    Kyrie, eleison.

    Christe, eleison.

    Kyrie, eleison.

    Christe, audi nos.

    Christe, exaudi nos.

    Pater de cœlis, Deus, miserere nobis.

    Fili, Redemptor mundi, Deus, miserere nobis.

    Spiritus Sancte, Deus, miserere nobis.

    Sancta Trinitas, unus Deus, miserere nobis.

    Sancta Maria, ora pro nobis.

    Sancta Dei Genitrix, ora, etc.

    Sancta Virgo virginum.

    Mater Christi.

    Mater divine gratiae.

    Mater purissima.

    Mater castissima.

    Mater inviolata.

    Mater intemerata.

    Mater amabilis.

    Mater admirabilis.

    Mater boni consilii.

    Mater Creatoris.

    Mater Salvatoris.

    Virgo prudentissima.

    Virgo veneranda.

    Virgo praedicanda.

    Virgo potens.

    Virgo clemens.

    Virgo fidelis.

    Speculum justitiae

    Sedes Sapientiae.

    Causa nostrae laetitiae.

    Vas spirituale.

    Vas honorabile.

    Vas insigne devotionis.

    Rosa mystica.

    Turris Davidica.

    Turris eburnea.

    Domus aurea.

    Fœderis arca.

    Janua cœli.

    Stella matutina.

    Salus infirmorum.

    Refugium peccatorum.

    Consolatrix afflictorum.

    Auxilium Christianorum.

    Regina Angelorum.

    Regina Patriarcharum.

    Regina Prophetarum.

    Regina Apostolorum.

    Regina Martyrum.

    Regina Confessorum.

    Regina Virginum.

    Regina Sanctorum omnium.

    Regina sine labe originali concepta.

    Regina sacratissimi Rosarii.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.

    Agnus Dei,qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    V/. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix :

    R/. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

 

    Seigneur, ayez pitié de nous.

    Christ, ayez pitié de nous.

    Seigneur, ayez pitié de nous.

    Christ, écoutez-nous.

    Christ, exaucez-nous.

    Dieu Père, du haut des cieux, ayez pitié de nous.

    Dieu Fils, Rédempteur du monde, ayez pitié de nous.

    Dieu Saint-Esprit, ayez pitié de nous.

    Trinité Sainte, un seul Dieu, ayez pitié de nous.

    Sainte Marie, priez pour nous.

    Sainte Mère de Dieu, priez, etc.

    Sainte Vierge des vierges.

    Mère du Christ.

    Mère de la divine grâce.

    Mère très pure.

    Mère très chaste.

    Mère inviolable.

    Mère sans tache.

    Mère aimable .

    Mère admirable.

    Mère du bon conseil.

    Mère du Créateur.

    Mère du Sauveur.

    Vierge très prudente.

    Vierge digne de tout honneur.

    Vierge digne de toute louange.

    Vierge puissante.

    Vierge clémente.

    Vierge fidèle.

    Miroir de justice.

    Siège de la Sagesse.

    Cause de notre joie.

    Vase spirituel.

    Vase honorable.

    Vase insigne de dévotion.

    Rose mystique.

    Tour de David.

    Tour d’ivoire.

    Maison d’or.

    Arche d’alliance.

    Porte du ciel.

    Étoile du matin.

    Salut des infirmes.

    Refuge des pécheurs.

    Consolatrice des affligés.

    Secours des Chrétiens.

    Reine des Anges.

    Reine des Patriarches.

    Reine des Prophètes.

    Reine des Apôtres.

    Reine des Martyrs.

    Reine des Confesseurs.

    Reine des Vierges.

    Reine de tous les Saints.

    Reine conçue sans tache.

    Reine du très saint Rosaire.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    V/. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu ;

    R/. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

    

    ORAISON.

    CONCEDE nos famulos tuos, quaesumus Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa beatae Mariae semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia, et aeterna perfrui Laetitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Seigneur Dieu, daignez accorder à nous vos serviteurs, la grâce de jouir constamment de la santé de l’âme et du corps ; et, par la glorieuse intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, délivrez- nous de la tristesse du temps présent, et faites-nous jouir de l’éternelle félicite. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    On s’adressera ensuite aux saints Anges, dont la protection nous est si nécessaire à toute heure, et surtout au milieu des ténèbres de la nuit, en disant avec l’Église :

    Sancti Angeli, custodes nostri, defendite nos in praelio, ut non pereamus in tremendo judicio.

    V/. Angelis suis Deus mandavit de te,

    R/. Ut custodiant te in omnibus viis tuis.

    Saints Anges, nos gardiens, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du jugement redoutable.

    V/. Dieu a commandé à ses Anges,

    R/. De vous garder dans toutes vos voies.

    ORAISON.

    Deus, qui ineffabili providentia sanctos Angelos tuos ad nostram custodiam mittere dignaris : largire supplicibus tuis, et eorum semper protectione defendi, et aeterna societate gaudere. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    O Dieu ! qui, par une providence ineffable, daignez commettre vos saints Anges à notre garde, accordez à vos humbles serviteurs d’être sans cesse défendus par leur protection et de jouir éternellement de leur société. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Puis on implorera, toujours avec l’Église, le suffrage des Saints par la prière suivante :

    Ant. Sancti Dei omnes, intercedere dignemini pro nostra omniumque salute.

    Ant. Saints de Dieu , daignez tous intercéder pour notre salut et celui de tous.

ORAISON

Protege, Domine, populum tuum, et Apostolorum tuorum Petri et Pauli, et aliorum Apostolorum patrocinio confidentem, perpetua defensione conserva.

Omnes Sancti tui, quæsumus, Domine, nos ubique adjuvent, ut dum eorum merita recolimus, patrocinia sentiamus: et pacem tuam nostris concede temporibus, et ab Ecclesia tua cunctam repelle nequitiam: iter, actus, et voluntates nostras, et omnium famulorum tuorum, in salutis tuæ prosperitate dispone: benefactoribus nostris sempiterna bona retribue: et omnibus fidelibus defunctis requiem æternam concede. Per Christum Dominum nostrum. Amen

 

Protégez, Seigneur, votre peuple, et pour la confiance qu’il a en l’intercession de vos Apôtres Pierre et Paul et des autres Apôtres, daignez le conserver par une assistance continuelle.    

Que tous vos saints, nous vous en supplions, Seigneur, nous aident en toute rencontre ; afin que, honorant leurs mérites, nous ressentions leur patronage. Accordez votre paix en nos jours ; éloignez de votre Église toute sorte de malice : conduisez nos voies, nos actions et nos volontés, et celles de tous vos serviteurs, dans la prospérité dus salut que vous nous préparez ; donnez les biens célestes pour récompense à nos bienfaiteurs, et accordez à tous les fidèles défunts le repos éternel. Par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

    On pourra faire ici une mention spéciale des Saints auxquels on aurait une dévotion particulière, comme des saints Patrons et autres, et aussi de ceux dont l’Église fait l’Office ou la Mémoire ce jour-là.

    Après quoi on s’occupera des besoins de l’Église souffrante, demandant à Dieu pour les âmes du Purgatoire un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix, et récitant à cet effet les prières accoutumées.

    PSAUME CXXIX.

    De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam.

    Fiant aures tuae intendentes : in vocem deprecationis meae.

    Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?

    Quia apud te propitiatio est : et propter legem tuam sustinui te, Domine.

    Sustinuit anima mea in verbo ejus : speravit anima mea in Domino.

    A custodia matutina usque ad noctem : speret Israël in Domino.

    Quia apud Dominum misericordia : et copiosa apud eum redemptio.

    Et ipse redimet Israël : ex omnibus iniquitatibus.

    Requiem aeternam dona eis, Domine :

    Et lux perpetua luceat eis.

    V/. A porta inferi,

    R/. Erue, Domine, animas eorum.

    V/. Requiescant in pace.

    R/. Amen.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.

    Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.

    Si vous recherchez les iniquités, Seigneur : Seigneur, qui pourra subsister ?

    Mais, parce que la miséricorde est avec vous, et à cause de votre loi, je vous ai attendu, Seigneur.

    Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon âme a espéré en lui.

    Du point du jour à l’arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur.

    Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.

    Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.

    Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel :

    Et que la lumière qui ne s’éteint pas luise sur eux.

    V/. Des portes de l’enfer,

    R/. Arrachez leurs âmes, Seigneur.

    V/. Qu’ils reposent en paix.

    R/. Amen.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Fidelium Deus omnium Conditor et Redemptor, animabus famulorum famularumque tuarum, remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. Amen.

    O Dieu ! Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin que. par la prière de votre Église. elles obtiennent le pardon qu’elles désirèrent toujours ; vous qui vivez et régnez dans les siècles de siècles. Amen.

    C’est ici le lieu de prier en particulier pour les âmes îles défunts qui nous intéressent spécialement ; après quoi on demandera à Dieu son secours pour traverser sans danger les périls de la nuit. On dira donc encore avec l’Église :

    Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.

    V/. Dignare, Domine, nocte ista,

    R/. Sine peccato nos custodire.

    V/. Miserere nostri, Domine.

    R/. Miserere nostri.

    V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,

    R/. Quemadmodum speravimus in te.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

    V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

    R/. Nous préserver de tout péché.

    V/. Ayez pitié de nous, Seigneur.

    R/. Ayez pitié de nous.

    V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,

    R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Visita, quæsumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant, et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Visitez s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    Enfin, pour terminer la journée dans les sentiments avec lesquels on l’a commencée, on adressera encore au Seigneur les paroles du Roi-Prophète :

    Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam.

    Ayez pitié de moi, ô mon Dieu, selon votre grande miséricorde.

CHAPITRE V. DE L’ASSISTANCE A LA SAINTE MESSE, AU TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Le chrétien, dans les jours de la Septuagésime, s’il sait entrer dans l’esprit de l’Église, voit croître en lui ce sentiment de la crainte de Dieu qui, selon le Psalmiste, est « le commencement de la sagesse » . La vue de sa misère originelle, le souvenir de ses péchés, l’attente des jugements de Dieu, l’arrachent à la mollesse dans laquelle il a trop longtemps vécu. Il lui faut donc un refuge, un secours puissant et salutaire qui ranime en son cœur cette espérance chrétienne, sans laquelle il ne peut être enfant de Dieu. Il lui faut plus encore: il a besoin d’une Victime de propitiation qui apaise en sa faveur la colère céleste, d’un Sacrifice au moyen duquel il puisse désarmer ce bras redoutable qu’il sent levé contre ses iniquités.

    Cette Victime est prête, ce Sacrifice d’un mérite infini est mis à notre disposition. L’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde est encore sur cette terre. Sa naissance nous a comblés de bonheur ; les joies que nous avons goûtées près de son berceau, et qui tout à coup 0nt fait place à d’austères pensées, renaîtront plus vives au jour de son triomphe ; mais en attendant ce jour fortuné qui nous ramènera près de lui purifiés et animés d’une nouvelle vie, nous pouvons toujours compter sur ses mérites pour opérer la régénération de nos âmes. Lors donc que nous voulons présenter à Dieu le sacrifice de notre cœur contrit et humilié, si nous voulons le rendre plus acceptable, approchons-nous de l’autel, et supplions la Victime qui s’y offre pour nous, de joindre ses mérites infinis à nos faibles œuvres. Quand nous sortirons de la maison de Dieu, le poids de nos péchés sera déjà grandement allégé, la confiance en la divine miséricorde aura pris un nouvel accroissement ; et, renouvelé par la componction, l’amour s’élèvera vers Dieu plus fort et plus sincère.

    Nous allons maintenant essayer de réduire à la pratique ces sentiments, dans une explication des Mystères de la sainte Messe, nous efforçant d’initier les fidèles à ces divins secrets, non par une stérile et téméraire traduction des formules sacrées, mais au moyen d’Actes destinés à mettre les assistants en rapport suffisant avec les paroles et les sentiments de l’Église et du Prêtre.

    Aux trois dimanches de Septuagésime, de Sexagésime et de Quinquagésime, la Messe est toujours célébrée selon le rite sévère du temps où nous sommes. Ces dimanches ne céderaient la place qu’au Patron ou à la Dédicace de l’Église dans laquelle on célèbre. La prérogative du Mercredi des Cendres est plus inviolable encore : la Messe de cette Férie n’est jamais omise. Hors ces quatre jours, il se rencontre, dans le temps de la Septuagésime, un nombre considérable de Fêtes en l’honneur des Saints. L’Église alors dépose ses couleurs de deuil, et célèbre le saint Sacrifice à la mémoire de ces amis de Dieu.

    Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l’Aspersion de l’eau bénite, et, en beaucoup d’églises, la Procession, devront d’abord intéresser la piété.

    Pendant l’Aspersion, nous demanderons avec David, dont l’Église emprunte les paroles, que nos âmes, purifiées par l’hysope de l’humilité, redeviennent plus blanches que la neige.

 

    ANTIENNE DE L’ASPERSION.

    Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor : lava bis me, et super nivem dealbabor.

    Ps. Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Gloria Patri. Asperges me.

    V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

    R/. Et Salutare tuum da nobis.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

 

    Vous m’arroserez, Seigneur, avec l’hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.

    Ps. O Dieu, ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde. Gloire au Père. Nous m’arroserez.

    V/. Montrez-nous , Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous le Salut que vous nous avez préparé.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri monte jusqu’à vous.

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    ORAISON.

    Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens, reterne Deus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat. foveat, protegat, visitet, atque defendat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Exaucez-nous, Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, protège, visite et défende tous ceux qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La Procession nous montre l’Église qui se met en marche pour aller au-devant du Seigneur. Suivons-la avec empressement, et souvenons-nous qu’il est écrit que le Seigneur est plein de bonté pour l’âme qui le cherche sincèrement 18 .

    Enfin, le moment du Sacrifice est arrivé. Le Prêtre est au pied de l’autel, Dieu est attentif, les Anges adorent, toute l’Église est unie au Prêtre qui n’a qu’un même sacerdoce, une même action avec Jésus-Christ, le souverain Prêtre. Faisons avec lui le signe de la Croix.

 

    L’ORDINAIRE DE LA MESSE.

    In nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti. Amen.

    V/. Introibo ad altare Dei,

    R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me.

    Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me repulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ?

    Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua.

    Et introibo ad altare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus : quare tristis es, anima mea : et quare conturbas me ?

    Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus.

    Gloria Patri, et Filio. er Spiritui Sancto.

    Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.

    V/. Introibo ad altare Dei,

    R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    V/. Adjutorium nostrum in nomine Domini,

    R/. Qui fecit cœlum et terram.

 

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Je m’unis, ô mon Dieu, a votre sainte Église qui tressaille dans l’espoir de contempler bientôt au sein des splendeurs de sa résurrection Jésus-Christ votre Fils, l’Autel véritable.

    Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.

    C’est en vous que j’ai mis mon espérance ; et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des embûches qui me sont tendues.

    Faites-moi donc voir, lorsque mon cœur en sera digne, celui qui est la Lumière et la Vérité : c’est lui qui nous ouvrira l’accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.

    Il est le médiateur, l’Autel vivant ; je m’approcherai de lui, et je serai dans la joie. Quand je l’aurai vu, je chanterai avec allégresse. O mon âme ! ne t’attriste donc plus, ne sois plus troublée.

    Espère en lui ; bientôt il se montrera à toi, vainqueur de cette mort qu’il aura subie en ta place ; et tu ressusciteras avec lui.

    Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ;

    Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

    Je vais donc m’approcher de l’autel de Dieu, et sentir la présence de Celui qui veut rajeunir mon âme.

    Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de mon Créateur.

 

    Cette pensée qu’il va paraître devant le Seigneur fait naître dans l’âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu’il est pécheur et indigne d’une telle grâce. Écoutez avec respect cette confession de l’homme de Dieu, et demandez sincèrement au Seigneur qu’il daigne lui faire miséricorde ; car le Prêtre est votre père ; il est responsable de votre salut, pour lequel il expose le sien tous les jours.

    Faites ensuite votre confession, avec le ministre, disant à votre tour avec contrition :

    Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Maria ; semper Virgini, beato Michaeli Archangelo , beato Johanni Baptista ; sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater, quia peccavi nimis, cogitatione, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, Pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

 

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et a vous, mon Père, que j’ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

    Recevez avec reconnaissance le souhait paternel du Prêtre qui vous dit :

    V/. Misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis peccatis vestris, perducat vos ad vitam aeternam.

    R/. Amen.

    V/. Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum, tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus.

    R/. Amen.

 

    V/. Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu’il vous remette vos péchés, et vous conduise à la vie éternelle.

    R/. Amen.

    V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés.

    R/. Amen.

    Relevez maintenant la tête, et appelez le secours divin pour vous approcher de Jésus-Christ.

    V/. Deus, tu conversus vivificabis nos ;

    R/. Et plebs tua laetabitur in te.

    V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

    R/. Et Salutare tuum da nobis.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    V/. O Dieu, d’un seul regard vous nous donnerez la vie ;

    R/. Et votre peuple se réjouira en vous.

    V/. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous de connaître et d’aimer le Sauveur que vous nous avez envoyé.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    Le Prêtre vous salue, en vous quittant, pour monter a l’autel.

    V/. Dominus vobiscum ;

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    Répondez-lui avec révérence :

    R/. Et cum spiritu tuo.

    R/. Et avec votre esprit.

    Il monte les degrés et arrive au Saint des Saints, Demandez pour lui et pour vous la délivrance des péchés.

    ORAISON

    Aufer a nobis, quaesumus Domine, iniquitates nostras ; ut ad Sancta Sanctorum puris mereamur mentibus introire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de vous être présentés ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur.

    Quand le Prêtre baise l’autel par respect pour les os des Martyrs qu’il couvre, on dira :

    Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt, et omnium Sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen.

    Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.

 

    Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l’autel avec pompe. Cette fumée qui s’exhale de toutes les parties de l’autel signifie la prière de l’Église qui s’adresse à Jésus-Christ, et que ce divin Médiateur fait ensuite monter, avec la sienne propre, vers le trône de la majesté de son Père.

    Le Prêtre dit ensuite l’Introït. Cette Antienne solennelle est un chant d’ouverture dans lequel l’Église laisse s’échapper tout d’abord les sentiments qui l’animent.

    Il est suivi de neuf cris plus expressifs encore, car ils demandent miséricorde. En les proférant, l’Église s’unit aux neuf chœurs des Anges réunis autour de l’Autel du ciel, qui est le même que celui de la terre.

    Au Père :

    Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kyrie, eleison.

    Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Au Fils :

    Christe, eleison. Christe, eleison. Christe, eleison.

    Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié !

    Au Saint-Esprit :

    Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kyrie, eleison.

    Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Ainsi que nous l’avons exposé plus haut, l’Église s’interdit, en Carême, l’Hymne céleste que les Anges entonnèrent sur le berceau du Messie. Cependant, si elle doit célébrer la fête d’un Saint, elle reprend, pour ce jour-là, ce beau cantique dont le début semble plutôt convenir au ciel qu’à la terre. La seconde partie est plus en rapport avec les besoins et les craintes de l’homme pécheur. Nous y rappelons au Fils éternel du Père qu’il est aussi l’ Agneau, qu’il est descendu pour effacer nos péchés. Nous le supplions d’avoir pitié de nous, d’écouter notre humble prière. Insistons sur ces sentiments qui conviennent si particulièrement au temps où nous sommes.

    L’HYMNE ANGÉLIQUE.

    Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bona ; voluntatis.

    Laudamus te : benedicimus te : adoramus te : glorificamus te : gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.

    Domine Deus, Rex coelestis, Deus Pater omnipotens.

    Domine, Fili unigenite, Jesu Christe.

    Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.

    Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.

    Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.

    Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.

 

    Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.

    Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.

    Seigneur Dieu, Roi céleste. Dieu Père tout-puissant !

    Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !

    Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !

    Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Vous qui ôtez les péchés du monde, recevez notre humble prière.

    Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.

    Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur, vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus-Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.

 

    Le Prêtre salue encore le peuple, comme pour s’assurer de sa persévérance dans l’attention religieuse que réclame l’Action sublime qui se prépare.

    Vient ensuite la Collecte ou Oraison, dans laquelle l’Église expose à Dieu, d’une manière expresse, ses intentions particulières dans la Messe qui se célèbre. On pourra s’unir à cette prière en récitant avec le Prêtre les Oraisons qui se trouvent ci-après, au Propre du Temps, ou au Propre des Saints, et surtout en répondant Amen avec le ministre qui sert la Messe.

    On lira ensuite l’Épître, qui est, pour l’ordinaire, un fragment des Lettres des Apôtres, ou quelquefois un passage des livres de l’Ancien Testament ; et en faisant cette lecture, on demandera à Dieu de profiter des enseignements qu’elle renferme.

    Le Graduel est un intermède entre la lecture de l’Épître et celle de l’Évangile. Il remet sous nos veux les sentiments qui ont déjà été exprimés dans l’Introït. On doit le lire avec dévotion, pour s’en bien pénétrer, et s’élever plus avant dans les hauteurs du mystère.

    Dans les autres temps de l’année, l’Église fait ici retentir le divin Alléluia ; mais elle a suspendu cette marque suprême de son allégresse, jusqu’à ce que son Époux ait traversé cette mer d’amertume où nos péchés l’ont submergé. En place, elle fait entendre quelques versets des Psaumes en rapport avec l’ensemble des prières de chaque Messe : ce chant s’appelle le Trait ; nous en avons parlé ailleurs.

    Si c’est une Messe solennelle que l’on célèbre, le Diacre se dispose à remplir son noble ministère qui consiste à annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Il prie Dieu de purifier son cœur et ses lèvres ; puis il demande à genoux la bénédiction du Piètre, et l’ayant obtenue, il se rend au lieu d’où il doit chanter l’Évangile. A la Messe basse, le Prêtre le lit lui-même.

    Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :

    Munda cor meum, ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiae Prophetae calculo mundasti ignito : ita me tua grata miseratione dignare mundare, ut sanctum Evangelium tuum digne valeam nuntiare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Dominus sit in corde meo, et in labiis meis : ut digne et competenter annuntiem Evangelium suum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

 

    Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle, afin que j’entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.

    Donnez à vos ministres la grâce d’être les fidèles interprètes de votre loi, afin que, pasteurs et troupeau, nous nous réunissions tous en vous à jamais.

 

    On se tiendra debout, par respect, pendant la lecture de l’Évangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre. Que le cœur donc soit prêt, et qu’il se montre docile. L’Épouse du Cantique dit : Mon âme s’est fondue en moi comme la cire, pendant que le Bien-Aimé me parlait. Mais tous n’ont pas cet amour. Disons-lui du moins, avec l’humble soumission de Samuel : Parlez, Seigneur ; votre serviteur écoute.

    Après l’Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on le dira avec lui. La foi est le don suprême de Dieu : c’est par elle que nous percevons la lumière qui luit au milieu des ténèbres, et que les ténèbres de l’incrédulité n’ont point comprise. La foi seule nous apprend ce que nous sommes, d’où nous venons, où nous allons. Seule, elle nous enseigne la voie pour retournera Dieu, quand nous nous sommes écartés de lui. Aimons cette foi par laquelle nous serons sauvés, si nous la fécondons par les œuvres, et disons avec l’Église Catholique :

    LE SYMBOLE DE NICÉE.

    Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.

    Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de cœlis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : ET HOMO FACTUS EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.

    Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi Amen.

 

    Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant. qui a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles.

    Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n’a pas été fait, mais engendré : consubstantiel au Père : par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit ; ET QUI S’EST FAIT HOMME. Qui a été aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Et qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n’aura point de fin.

    Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les Prophètes. Je crois l’Église qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu’il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

 

    Le cœur du Prêtre et celui du peuple doivent maintenant être prêts : il est temps de préparer l’offrande elle-même. Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation, et qui fait suite à celle qu’on désigne sous le nom de Messe des Catéchumènes, parce qu’elle était autrefois la seule à laquelle les aspirants au Baptême eussent le droit de prendre part.

    Voici donc que le pain et le vin vont être offerts à Dieu, comme les plus nobles éléments de la création matérielle, puisqu’ils sont destines à la nourriture de l’homme ; mais ce n’est là qu’une figure grossière de leur destination dans le Sacrifice chrétien. Leur substance va bientôt s’évanouir ; il n’en demeurera plus que les apparences. Heureuses créatures qui cèdent la place au Créateur ! Nous aussi, nous sommes appelés à éprouver une ineffable transformation, lorsque, comme dit l’Apôtre, ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie. En attendant, offrons-nous à Dieu, au moment où le pain et le vin lui vont être présentés ; et préparons-nous pour l’arrivée de celui qui, en prenant notre nature humaine, nous a rendus participants de la nature divine.

    Le Prêtre salue encore le peuple, pour l’avertir d’être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l’Offertoire, et, quand il présente à Dieu l’Hostie, joignons-nous à lui et disons :

    Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus , hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis , et pro omnibus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus christianis vivis atque defunctis : Ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aeternam. Amen.

    Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recevez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d’eux-mêmes.

 

    Quand le Prêtre met dans le calice le vin, auquel il mêle ensuite un peu d’eau, afin de représenter l’union de la nature divine à la faible nature humaine de Jésus-Christ, pensez au divin mystère de l’Incarnation, principe de notre salut et de nos espérances, et dites :

    Deus, qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti , da nobis per humus aquae et vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps , Jesus Christus, Filius tuus, Dominus noster ; qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur, qui êtes la véritable Vigne, et dont le sang, comme un vin généreux, s’est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d’eau ; venez nous taire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.

 

    Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d’eau, priant Dieu d’avoir pour agréable cette oblation dont la figure va bientôt se transformer en réalité ; pendant ce temps, dites en union avec lui :

    Offerimus tibi , Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae Majestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.

    Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu’ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui. de cette simple offrande de créatures, va faire l’instrument du salut du monde.

    Puis le Prêtre s’incline, après avoir élevé les dons ; humilions-nous avec lui et disons :

    In spiritu humilitatis, et in animo contrito suscipiamur a te, Domine : et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie , ut placeat tibi, Domine Deus.

    Si nous avons la hardiesse d’approcher de votre autel, Seigneur, ce n’est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, afin que nous puissions paraître en la présence de votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.

    Invoquons ensuite l’Esprit-Saint, dont l’opération va bientôt produire sur l’autel la présence du Fils de Dieu, comme elle la produisit au sein de la Vierge Marie, dans le divin mystère de l’Incarnation.

    Veni, Sanctificator omnipotens , aeterne Deus , et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini praeparatum.

    Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l’autel, et produire en nous celui que nos cœurs attendent.

 

    Si c’est une Messe solennelle, le Prêtre, avant de passer outre, prend pour la seconde fois l’encensoir. Il encense le pain et le vin qui viennent d’être offerts, et ensuite l’autel lui-même ; afin que la prière des fidèles, signifiée par la fumée de ce parfum, devienne de plus en plus ardente, à mesure que le moment solennel approche davantage.

    Mais la pensée de son indignité se ranime plus forte au cœur du Prêtre. La confession publique qu’il a faite au pied de l’autel ne suffit plus à sa componction. A l’autel même, il donne, en présence du peuple, un témoignage solennel du pressant besoin qu’il éprouve de se purifier à l’approche de Dieu : il lave ses mains. Or, les mains signifient les œuvres ; et le Prêtre, s’il porte en lui-même, comme Prêtre, le caractère de Jésus-Christ, est un homme par les œuvres. Que les fidèles s’humilient en contemplant ainsi l’humilité de leur Père, et disent comme lui :

    DU PSAUME XXV.

    Lavabo inter innocentes manus meas : et circumdabo altare tuum , Domine.

    Ut audiam vocem laudis : et enarrem universa mirabilia tua.

    Domine, dilexi decorem domus tua : : et locum habitationis gloriae tuae.

    Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam : et cum viris sanguinum vitam meam.

    In quorum manibus iniquitates sunt : dextera eorum repleta est muneribus.

    Ego autem in innocentia mea ingressus sum : redime me, et miserere mei.

    Pes meus stetit in directo : in ecclesiis benedicam te, Domine.

    Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

    Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.

 

    Je veux laver mes mains. Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l’innocence, pour être digne d’approcher de votre autel, d’entendre vos sacrés Cantiques, et de raconter vos merveilles. J’aime la beauté de votre Maison, le lieu dont vous allez faire l’habitation de votre gloire. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens. Depuis que votre miséricorde m’en a retiré, je suis revenu à l’innocence, en rentrant en grâce avec vous ; mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore, vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

 

    Le Prêtre, rassuré par l’acte d’humilité qu’il vient d’accomplir, reparaît au milieu de l’autel et s’incline respectueusement. Il demande à Dieu de recevoir avec bonté le Sacrifice qui va lui être offert, et détaille les intentions de ce Sacrifice. Offrons avec lui.

    Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam Passionis , Resurrectionis, et Ascensionis Jesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Johannis Baptistae , et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium Sanctorum : ut illis proficiat ad honorem , nobis autem ad salutem : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

 

    Trinité sainte, agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Église y joigne l’intention d’honorer la glorieuse Vierge qui nous a donné le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, et les Saints dont aujourd’hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu’ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut.

    Le Prêtre se retourne une dernière fois vers le peuple. Il sent le besoin de raviver encore l’ardeur des fidèles. La pensée de son indignité ne l’abandonne point. Il veut s’appuyer sur les prières de ses frères, avant d’entrer dans la nuée avec le Seigneur. Il dit donc :

    Orate , Fratres : ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem.

    Priez, mes Frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.

    Cela dit, il se retourne ; et les fidèles ne verront plus sa face, jusqu’à ce que le Seigneur lui-même soit descendu. Rassurez-le, en lui répondant par ce souhait :

    Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam Nominis sui , ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae.

    Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Église.

    Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, dans lesquelles il offre les vœux de toute l’Église pour l’acceptation du Sacrifice ; et bientôt il s’apprête à remplir l’un des plus grands devoirs de la Religion, l’Action de grâces. Jusqu’ici, il a adoré, il a demandé miséricorde ; il lui reste encore à rendre grâces pour les bienfaits octroyés par la munificence du Père, et dont le principal, en ces jours, est la faveur qu’il nous accorde de pouvoir satisfaire à sa justice par les expiations de ce saint temps ; le Prêtre, au nom de l’Église, va ouvrir la bouche et épancher la reconnaissance du monde entier. Afin donc de réveiller la piété des fidèles qui priaient en silence avec lui, il termine son Oraison à haute voix :

    Per omnia sæcula sæculorum.

    Dans tous les siècles des siècles.

    Réunissez-vous à lui, et répondez : Amen !

    Il vous salue en disant :

    Dominus vobiscum.

     Le Seigneur soit avec vous.    

    Répondez-lui :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Puis il dit :

    Sursum corda !

    Les cœurs en haut !

    Répondez avec vérité :

    Habemus ad Dominum.

    Nous les avons vers le Seigneur.

    Puis il ajoute :

    Gratias agamus Domino Deo nostro.

    Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.

    Protestez du fond de votre âme :

    Dignum et justum est.

    C’est une chose digne et juste.

    Alors, le Prêtre :

    PREFACE.

    Vere dignum et justum est, æquum et salutare , nos tibi semper et ubique gratias agere :

Pater omnipotens, aeterne Deus; qui cum unigenito Filio tuo et Spiritu Sancto unus es Deus; unus es Dominus. Non in unius singularitate personae, sed in unitis Trinitate substantiae. Quod enim de tua gloria, revelante te, credimus, hoc de Filio tuo, hoc de Spiritu Sancto, sine differentia discretionis sentimus. Ut in confessione verae sempiternaeque Deitatis, et in personis proprietas, et in essentia unitas, et in majestate adoretur aequalitas. Quam laudant Angeli , atque Archangeli, Cherubim quoque ac Seraphim , qui non cessant clamare quotidie, una voce dicentes:

 

    Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire , de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui, avec votre Fils unique et le Saint-Esprit, êtes un seul Dieu, un seul Seigneur ; non en ne faisant qu’une seule personne, mais trois en une seule substance. Car, ce que nous croyons, sur ce que vous avez révélé, au sujet de votre gloire, nous le croyons aussi, sans aucune différence, de votre Fils et du Saint-Esprit : en sorte que, confessant une véritable et éternelle Divinité, nous adorons la propriété dans les personnes, l’unité dans l’essence et l’égalité dans la majesté. C’est le sujet de la louange éternelle des Anges et des Archanges, des Chérubins et des Séraphins qui ne cessent de crier d’une voix unanime : • Saint ! Saint ! Saint ! etc.

 

    Cette Préface se dit le Dimanche. Nous plaçons ici la Préface commune que l’on emploie à toutes les Messes qui n’en ont pas de propre.

Verum dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere Domine sancte , Pater omnipotens, aeterne Deus, per Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates ; Coeli coelorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concelebrant. Cum quibus et nostras voces, ut admitti jubeas deprecamur, supplici confessione dicentes:

 

Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant , Dieu éternel , par Jésus-Christ notre Seigneur. Par qui les Anges louent votre Majesté, les Dominations l’adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus des cieux, et les heureux Séraphins la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions tous dire dans une humble confession : Saint!Saint!Saint

 

    Unissez-vous au Prêtre, qui lui-même s’unit aux Esprits bienheureux, pour honorer la suprême Majesté, et dites aussi :

    Sanctus, Sanctus,Sanctus Dominus Deus sabaoth !

    Pleni sunt cœli et terra gloria tua.

    Hosanna in excelsis !

    Benedictus qui venit in Nomine Domini.

    Hosanna in excelsis !

 

    Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !

    Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.

    Hosannah au plus haut des cieux !

    Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l’envoie.

    Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !

 

    Le Canon s’ouvre après ces paroles, prière mystérieuse, au milieu de laquelle le ciel s’abaisse, et Dieu descend. On n’entendra plus retentir la voix du Prêtre ; le silence se fait, même à l’autel. Qu’un respect profond apaise nos distractions, contienne toutes nos puissances ; suivons d’un œil respectueux les mouvements du Prêtre.

 

    LE CANON DE LA MESSE.

    Dans ce colloque mystérieux avec le grand Dieu du ciel et de la terre, la première prière du sacrificateur est pour l’Église catholique, sa Mère et la nôtre.

    Te igitur , clementissime Pater, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas,et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata ; in primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum, una cum famulo tuo Papa nostro N., et Antistite nostro N., et omnibus orthodoxis, atque catholicae et apostolica ; fidei cultoribus.

 

    O Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des Mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Église, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s’opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l’unité ; conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre : dirigez notre Evêque qui est pour nous le lien sacré de l’unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l’Église Catholique-Apostolique-Romaine.

    Priez maintenant, avec le Prêtre, pour les personnes qui vous intéressent davantage :

    Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N., et omnium circumstantium, quorum tibi fides cognita est, et nota devotio : pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suae, tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero.

 

    Permettez-moi, ô mon Dieu, de vous demander de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes , pour lesquels vous savez que j’ai une obligation particulière de prier… Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.

    Faisons mémoire des Saints, qui sont la partie déjà glorieuse du Corps de Jésus-Christ.

    Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ, semper Virginis Mariæ, Genitricis Dei et Domini nostri Jesu Christi : sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum Pétri et Pauli , Andreæ, Jacobi, Johannis,Thomæ, Jacobi, Philippi, Bartholomæi, Matthæi, Simonis et Thaddæi, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmae et Damiani, et omnium Sanctorum tuorum : quorum meritis precibusque concedas , ut in omnibus protectionis tua ; muniamur auxilio. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

 

    Mais non seulement, ô mon Dieu , l’offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l’épreuve : il resserre aussi nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l’offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, de laquelle est né notre Sauveur ; des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot de tous les Justes, afin qu’ils nous aident par leur puissant secours à devenir dignes de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de votre gloire.

    Le Prêtre, qui jusque-là priait les mains étendues, les unit et les impose sur le pain et le vin. Il imite ainsi le geste du Pontife de l’ancienne loi sur la victime figurative, pour désigner ces dons d’une manière spéciale à l’œil de la Majesté divine, comme l’offrande matérielle qui atteste notre dépendance, et qui va bientôt faire place à l’Hostie vivante sur laquelle ont été placées toutes nos iniquités.

    Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed et cunctae familiae tuae, quaesumus Domine, ut placatus accipias ; diesque nostros in tua pace disponas, atque ab alterna damnatione nos eripi , et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Quam oblationem tu Deus in omnibus, quaesumus, benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris ; ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.

 

    Daignez recevoir, ô Dieu ! cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l’hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va paraître.

    Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous introduire en la présence de ce divin Fils notre Sauveur.

    Ici le Prêtre cesse d’agir en homme ; il n’est plus simplement le député de l’Église. Sa parole devient celle de Jésus-Christ ; elle en a la puissance et l’efficacité. Prosternez-vous, car Dieu lui-même va descendre sur l’autel.

    Qui pridie quam pateretur, accepit panem in sanctas ac venerabiles manus suas ; et elevatis oculis in cœlum, ad te Deum Pat rem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes : HOC EST ENIM CORPUS MEUM.

 

    Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre ! Sauveur ! Messie tant désiré ! si ce n’est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, de vous offrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! venez !

    L’Agneau divin est maintenant au milieu de nous. Gloire et amour soient à lui ! Mais il ne vient que pour être immolé ; c’est pourquoi le Prêtre, ministre des volontés du Très-Haut, prononce tout aussitôt sur le calice ces paroles sacrées qui opèrent la mort mystique par la séparation du Corps et du Sang de la victime. La substance du pain et du vin s’est évanouie, les espèces seules sont restées comme un voile sur le Corps et le Sang du Rédempteur, afin que la terreur ne nous éloigne pas d’un mystère qui ne s’accomplit que pour rassurer nos cœurs. Unissons-nous aux Anges qui contemplent en tremblant cette divine merveille.

    Simili modo postquam coenatum est, accipiens et hunc praeclarum Calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes. HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET AETERNI TESTAMENTI : MYSTERIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. Haec quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis.

 

    Sang divin, prix de mon salut, je vous adore. Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige. Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.

     Le Prêtre est maintenant face à face avec Dieu ; il élève de nouveau ses bras, et représente au Père céleste que l’Oblation qui est devant lui n’est plus une offrande matérielle, mais le Corps et le Sang, la personne tout entière de son divin Fils.

    Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae Passionis, nec non et ab inferis Resurrectionis, sed et in cœlos gloriosae Ascensionis : offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis ac datis Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam : Panem sanctum vitae aeternae, et Calicem salutis perpetuae.

    Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium Patriarchae nostri Abrahae, et quod tibi obtulit summus Sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam.

 

    La voici donc, ô Père saint ! l’Hostie si longtemps attendue. Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils ; mais il est aussi notre Hostie, Hostie pure et sans tache, notre Pain et notre Breuvage d’immortalité.

    Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel ; le sacrifice qu’Abraham vous fit de son fils Isaac, immolé sans perdre la vie ; enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. Recevez ici l’Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.

    Le Prêtre s’incline vers l’autel, et le baise comme le trône d’amour sur lequel réside le Sauveur des hommes.

    Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime Altare tuum, in conspectu divinæ Majestatis tuae : ut quotquot ex hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem sumpserimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Mais , ô Dieu tout-puissant, ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l’Autel su blime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu’un même autel, sur lequel s’accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l’auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.

    Mais le moment est favorable aussi pour implorer un soulagement à l’Église souffrante. Demandons que le Libérateur, qui est descendu, daigne visiter les sombres demeures du Purgatoire par un rayon de sa lumière consolatrice ; et que, découlant de cet autel, le sang de l’Agneau, comme une miséricordieuse rosée, rafraîchisse ces âmes haletantes. Prions particulièrement pour celles qui nous sont chères.

    Memento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos praecesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    N’excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la cité sainte avec ses élus ; nos veux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont dans le lieu des expiations. Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.

    Ce devoir de charité étant rempli, prions pour nous-mêmes pécheurs, qui profitons si peu de la visite que le Sauveur daigne nous faire, et frappons notre poitrine avec le Prêtre :

    Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et Martyribus ; cum Iohanne, Stephano, Mathia, Barnaba, Ignatio, Alexandro, Marcellino , Petro , Felicitate , Perpetua, Agatha, Lucia, Agnete, Concilia, Anastasia et omnibus Sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non aestimator meriti, sed veniae, quaesumus, largitor admitte : per Christum Dominum nostrum. Per quem haec omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis : per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria.

 

    Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C’est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l’unité du Saint-Esprit, soit à vous honneur et gloire à jamais.

    En disant ces dernières paroles, le Prêtre a pris l’Hostie sainte qui reposait sur l’autel ; il l’a placée au-dessus de la coupe, réunissant ainsi le Corps et le Sang de la divine victime, afin de montrer qu’elle est maintenant immortelle ; puis, élevant à la fois le Calice et l’Hostie, il a présenté à Dieu le plus noble et le plus complet hommage que puisse recevoir la Majesté infinie.

    Cet acte sublime et mystérieux met fin au Canon ; le silence des Mystères est suspendu. Le Prêtre a terminé ses longues supplications ; il sollicite pour ses prières l’acquiescement du peuple fidèle, en prononçant à haute voix les dernières paroles :

    Per omnia sæcula sæculorum.

    Dans tous les siècles des siècles.

    Répondez avec foi et dans un sentiment d’union avec la sainte Église :

    Amen.

    Amen ! je crois le mystère qui s’est opéré, je m’unis à l’offrande qui a été faite et aux demandes de l’Église.

    Il est temps de répéter la prière que le Sauveur lui-même nous a apprise. Qu’elle s’élève jusqu’au ciel avec le Sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Pourrait-elle n’être pas agréée, en ce moment où celui-là même qui nous l’a donnée est entre nos mains, pendant que nous la proférons ? Cette prière étant le bien commun de tous les enfants de Dieu, le Prêtre la récite à haute voix, afin que tous puissent s’y unir. Prions, dit-il.

    Oremus. Praeceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati, audemus dicere :

    Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l’instruction divine qui nous a été donnée, nous osons dire :

    L’ORAISON DOMINICALE.

    Pater noster, qui es in cœlis : Sanctificetur Nomen tuum : Adveniat regnum tuum : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : Et ne nos inducas in tentationem.

    Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre Pain quotidien ; et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

    Répondons avec l’accent de notre misère :

    Sed libera nos a malo.

    Mais délivrez-nous du mal.

    Le Prêtre retombe dans le silence des Mystères. Sa prière insiste sur cette dernière demande : Délivrez-nous du mal ; et certes avec raison ; car le mal nous déborde ; et c’est pour l’expier et le détruire que nous a été envoyé l’Agneau.

    Libera nos, quaesumus Domine, ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus et futuris : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria, cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque Andrea, et omnibus Sanctis , da propitius pacem in diebus nostris : ut ope misericordiae tuae adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum , qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus.

 

    Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c’est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c’est-à-dire les taches actuellement empreintes sur cette pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l’assiègent ; enfin les maux à venir, c’est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l’Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d’agréer en notre faveur l’entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.

    Le Prêtre, qui vient de demander à Dieu la Paix, et qui l’a obtenue, s’empresse de l’annoncer ; il conclut l’Oraison à haute voix :

    Per omnia sæcula sæculorum. R/. Amen.

    Dans tous les siècles des siècles. R/. Amen.

    Puis il dit :

    Pax Domini sit semper vobiscum.

    Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !

    Répondez à ce souhait paternel :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Le Mystère touche à sa fin ; Dieu va s’unir à l’homme, et l’homme va s’unir à Dieu parla Communion ; mais auparavant un rite imposant et sublime doit s’accomplir dans le silence de l’autel. Jusqu’ici le Prêtre a annoncé l’immolation du Seigneur ; il est temps qu’il annonce sa Résurrection. Il divise donc l’Hostie sainte avec révérence, et l’ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans le Calice, réunissant ainsi le Corps et le Sang de l’immortelle Victime. Adorez et dites :

    Haec commixtio et consecratio Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi, fiat accipientibus nobis in vitam aeternam. Amen.

    Gloire à vous, Sauveur du monde, qui avez souffert que. dans votre Passion, votre précieux Sang fût séparé de votre sacré Corps, et qui les avez réunis ensuite par votre vertu !

    Priez maintenant l’Agneau divin qui a pris sur lui toutes nos iniquités, afin de les laver dans son sang, et dites-lui avec la sainte Église :

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-nous la Paix.

    La Paix est le grand objet de la venue du Sauveur en ce monde : il est le Prince de la Paix : le divin Sacrement de l’Eucharistie doit donc être le Mystère de la Paix, le lien de l’Unité catholique ; puisque, comme parle l’Apôtre, nous ne sommes tous qu’un seul Pain et un seul Corps, nous tous qui participons au même Pain. C’est pourquoi le Prêtre, au moment de communier à l’Hostie sainte, demande la conservation de la paix fraternelle, principalement dans cette portion de la sainte Église qui est là réunie autour de l’autel. Implorez-la avec lui.

    Domine Jesu Christe, qui dixisti Apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuae : eamque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et regnas Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos Apôtres : « Je vous laisse ma « paix », je vous donne ma « paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté.

    Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de Paix, si la Messe est solennelle, donne le baiser fraternel au Diacre qui le donne lui-même au Sous-Diacre, lequel va le porter au Chœur. Pendant ce temps, ranimez en vous les sentiments de la charité chrétienne, et pardonnez à vos ennemis, si vous en avez. Dites ensuite avec le Prêtre :

    Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu Sancto, per mortem tuam mundum vivificasti : libera me per hoc sacrosanctum Corpus, et Sanguinem tuum, ab omnibus iniquitatibus meis, et universis malis, et fac me tuis semper inhaerere mandatis, et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Patre et Spiritu Sancto vivis et régnas Deus in sæcula sæculorum, Amen.

 

    Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi par ce saint et sacré Corps, et par votre Sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m’attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous.

    Si vous devez communier à cette Messe, dites la troisième Oraison qui suit ; autrement, préparez-vous à faire la Communion spirituelle.

    Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere præsumo, non mihi proveniat in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietate prosit mihi ad testamentum mentis et corporis, et ad medelam percipiendam. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ , faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j’en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation ; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu’il me soit un remède salutaire.

    Quand le Prêtre prend l’Hostie et se dispose à s’en communier, dites :

    Panem coelestem accipiam, et Nomen Domini invocabo.

    Venez, Seigneur Jésus !

    Quand il frappe sa poitrine et confesse son indignité, répétez avec lui, trois fois, dans les sentiments du Centurion de l’Évangile :

    Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea.

    Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.

    Au moment où il consomme la sainte Hostie, si vous devez vous-même communier, adorez profondément votre Dieu qui s’apprête à descendre en vous, et dites encore avec l’Épouse : Venez, Seigneur Jésus ! (Apoc. XXII, 20.)

    Si vous ne devez pas communier sacramentellement, communiez en ce moment spirituellement, et adorant Jésus-Christ qui visite votre âme par sa grâce, dites :

    Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon plaisir.

    Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.

    Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon plaisir.

    Puis le Prêtre prend le Calice avec action de grâces, disant :

    Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et Nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero.

    Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu’il m’a faits ? Je prendrai le Calice du salut, j’invoquerai le Nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.

    Si vous devez communier, dans le moment où le Prêtre prend le Calice pour s’abreuver du Sang divin, adorez encore le Dieu qui s’approche de vous, et dites toujours : Venez, Seigneur Jésus !

    Si, au contraire, vous faites seulement la Communion spirituelle, adorez de nouveau Jésus-Christ, et dites :

    Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.

    Je m’unis à vous, ô mon Sauveur ! unissez-vous à moi ; que nous ne nous séparions jamais !

    C’est à ce moment, si vous devez communier, que le Prêtre vous donnera le Corps de Jésus-Christ. Les sentiments que l’on doit apporter à la Sainte Communion, au Temps du Carême, sont développés ci-après, Chapitre VI.

    La Communion étant faite, pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la première fois, dites :

    Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiat nobis remedium sempiternum.

    Vous m’avez visité dans le temps , ô mon Dieu ! Faites que je garde les fruits de cette visite pour l’éternité.

    Pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la seconde fois, dites :

    Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhaereat visceribus meis : et praesta ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt Sacramenta. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.

    Béni soyez-vous, ô mon Sauveur, qui m’avez initié au sacré mystère de votre Corps et de votre Sang. Que mon cœur et mes sens conservent, par votre grâce, la pureté que vous leur avez donnée, et que votre sainte présence demeure toujours en moi. Amen.

    Le Prêtre ayant lu l’Antienne dite Communion, qui est le commencement de l’Action de Grâces pour le nouveau bienfait que Dieu vient de nous accorder en renouvelant en nous sa présence, se retourne enfin vers le peuple et le salue ; après quoi il récite les Oraisons appelées Postcommunion, qui sont le complément de l’Action de Grâces. Joignez-vous encore à lui, remerciant Dieu pour le bien inénarrable dont il vous a comblé, et demandez avec ardeur que l’esprit de componction vous accompagne toujours.

    Les Oraisons terminées, le Prêtre se tourne de nouveau vers le peuple, et lui envoie le salut, pour se féliciter avec lui de l’insigne faveur que Dieu vient d’accorder à l’assistance ; il dit :

    Dominus vobiscum.

    Le Seigneur soit avec vous.

     Répondez-lui :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Le Diacre ensuite, ou le Prêtre lui-même, si la Messe n’est pas solennelle, dit ces paroles :

    Benedicamus Domino.

    Bénissons le Seigneur.

    Si la Messe n’est pas du Dimanche, ou d’une Férié du Carême, il dit à l’ordinaire :

    Ite, Missa est.

    Retirez-vous : la Messe est finie.

    Remerciez Dieu de la grâce qu’il vient de vous faire, en répondant :

    Deo gratias.

    Grâces soient rendues à Dieu.

    Le Prêtre prie une dernière fois avant de vous bénir ; priez avec lui :

    Placeat tibi , sancta Trinitas, obsequium servitutis meae et praesta ut sacrificium, quod oculis tuae Majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Grâces vous soient rendues, adorable Trinité, pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d’assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j’ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.

    Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant :

    Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Amen.

    Que le Dieu tout-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ! Amen.

    Il lit enfin la Leçon de l’Évangile selon saint Jean, qui annonce l’éternité du Verbe et la miséricorde qui l’a porté à prendre notre chair et à habiter en nous, afin de nous arracher à nos ténèbres et de nous rendre Enfants de Dieu.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    LE DERNIER ÉVANGILE.

    Initium sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. I.

    In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera, quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in Nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratia et veritatis.

 

    Le commencement du saint Évangile selon saint Jean. Chap. I.

    Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n’a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même. ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, et il a habité en nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.

 

CHAPITRE VI. PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION, AU TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Nous l’avons dit précédemment, le chrétien auquel les fortes impressions du Temps de la Septuagésime ont révélé plus clairement sa misère originelle et la malice de ses propres fautes, doit s’empresser d’autant plus ardemment d’assister au divin Sacrifice dans lequel est offerte l’Hostie du salut. Mais devra-t-il, parce qu’il s’en reconnaît plus indigne que jamais, s’abstenir de participer à la chair vivifiante et purifiante de cette victime universelle ? Telle n’est pas l’intention du Rédempteur, qui est descendu du ciel, non pour nous juger, mais pour nous sauver 19 . Il sait combien est longue et austère la voie qu’il nous reste à parcourir jusqu’au jour où nous nous reposerons avec lui dans les joies de sa Résurrection. Il a pitié de nous ; il craint de nous voir défaillir dans la route 20 ; et, pour cela, il nous offre l’aliment divin qui donne aux âmes lumière et force, et qui les soutient dans le labeur. Nous sen l’on s le besoin de nous purifier davantage ; allons donc, d’un cœur humble et contrit, à celui qui est venu pour rendre à nos âmes leur beauté première. En même temps, souvenons-nous de cet avertissement solennel qu’il a daigné nous donner : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez point la vie en vous 21 . »

    Si donc le péché ne règne plus en nous, si nous l’avons effacé par une vraie contrition et une confession sincère, rendues efficaces par l’absolution du Prêtre, quelque grandes que nous apparaissent nos infirmités, ne nous éloignons pas du Pain de Vie 22 ; car c’est pour nous que la table du Seigneur est dressée. Si nous sen l’on s que les liens du péché nous captivent encore ; si, en réfléchissant sur nous-mêmes, au flambeau de la Vérité qui luit maintenant à nos yeux, nous découvrons dans nos âmes des taches que les préjugés mondains et une dangereuse mollesse nous avaient jusqu’ici empêché d’apercevoir, cherchons promptement la piscine du salut, et quand nous aurons fait notre paix avec le Dieu des miséricordes, hâ l’on s-nous de venir recevoir le gage de notre réconciliation.

    Allons donc à la table sainte, en ces jours de la Septuagésime, avec le sentiment profond de notre indignité. Plus d’une fois peut-être nous y sommes-nous présentés, dans le passé, avec une familiarité trop grande, faute de comprendre assez notre néant, notre misère et la souveraine sainteté de celui qui s’unit ainsi à l’homme pécheur. Désormais, notre cœur se rendra plus de justice, et, réunissant dans un même sentiment l’humilité et la confiance, il répétera avec une entière sincérité ces paroles que l’Église emprunte au Centurion de l’Évangile, et qu’elle nous invite à redire au moment où elle nous donne le Pain de Vie : «Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi ; mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie »

    Nous formulerons ici, selon notre usage, les Actes pour la préparation à la sainte Communion dans ce saint temps, à l’usage des personnes qui sentiraient le besoin d’être aidées en cette manière, et nous ajouterons, pour complément, les Actes de l’Action de grâces.

 

AVANT LA COMMUNION.

    ACTE DE FOI.

    La grâce insigne que vous m’avez accordée, ô mon Dieu, de me faire connaître les plaies de mon âme, m’a révélé toute la profondeur de mes maux. J’ai compris que je n’étais que ténèbres, et quel besoin j’avais de votre divine lumière. Mais si le flambeau de la foi a éclairé pour moi les tristes ombres de ma nature, il m’a fait voir aussi tout ce que votre amour pour une créature ingrate vous a fait entreprendre, dans le but de la relever et de la sauver. C’est pour moi que vous avez pris naissance dans une chair mortelle ; c’est pour moi que vous accomplissez en ce moment, dans le désert, un jeûne si rigoureux ; c’est pour moi que bientôt vous donnerez votre sang sur l’arbre de la croix : tels sont les prodiges de votre bonté que vous m’ordonnez de croire. Je les crois, ô mon Dieu, avec autant de soumission que de reconnaissance. Mais je crois aussi d’une foi non moins vive que dans peu d’instants, par le plus ineffable des mystères, vous allez venir vous unir à moi dans votre sacrement. Votre parole est formelle ; malgré le cri de mon indignité, je m’abaisse devant votre souveraine raison. Il n’y a rien de commun entre le Dieu de toute sainteté et ma misère coupable ; cependant, vous dites que c’est vous-même qui venez à moi. Je tremble, mais je crois en vous, ô Vérité éternelle ! Je confesse que votre amour pour moi est infini, et que rien ne saurait l’arrêter, quand il a résolu de se communiquer à une humble et infidèle créature.

    ACTE D’HUMILITÉ.

    Lorsque naguère je vous contemplais, ô mon Dieu ! descendant des splendeurs de votre gloire au sein     d’une fille des hommes, unissant à votre divine substance notre faible et mortelle nature, naissant enfin dans la crèche abandonnée d’une pauvre étable, de tels abaissements d’un Dieu, en même temps qu’ils touchaient mon cœur, me révélaient toute la profondeur de mon néant. Je sentais mieux quelle distance infinie sépare la créature de son Créateur, et je confessais avec bonheur ma bassesse, à la vue des miracles de votre amour. Aujourd’hui, ô mon Sauveur, ce n’est plus seulement la faiblesse de ma nature que je reconnais en moi ; le néant n’est pas coupable de n’être que le néant ; mais ce que je considère avec effroi, c’est le mal qui m’a si longtemps dominé, qui règne encore par ses suites, par les tendances qu’il m’a inspirées, par la faiblesse avec laquelle je le combats. Adam, après son péché, alla se cacher, comme pour fuir vos regards ; et vous m’appelez en ce moment, non pour prononcer contre moi une trop juste sentence, mais pour me donner la plus grande marque de votre amour, pour m’unira vous. Et vous êtes, ô mon Dieu, la sainteté même ! Je me rends à votre appel, car vous êtes mon maître, et nul ne saurait vous résister ; mais je m’humilie et m’anéantis devant votre majesté offensée, la suppliant de considérer que c’est par ses ordres seulement que j’ose approcher d’elle.

    ACTE DE CONTRITION.

    Mais que me servirait de reconnaître, ô mon Sauveur, la grandeur et le nombre de mes fautes, si mon cœur n’était pas dans la résolution de s’en détacher pour jamais ? Vous voulez vous réconcilier avec votre ennemi, le presser contre votre cœur ; et il se contenterait de reconnaître l’honneur que vous lui faites, sans rompre avec la malheureuse cause qui lui fit encourir votre disgrâce et le mit en hostilité avec vous ! Il n’en peut être ainsi, ô mon Dieu 1 Je ne chercherai pas, comme mon premier père, à fuir inutilement l’œil de votre justice ; comme le Prodigue, je me lève et je vais vers mon Père ; comme Madeleine, j’ose entrer dans la salle du festin ; je me rends tout tremblant à l’invitation de votre amour. Mais mon cœur a renoncé sincèrement au péché ; je hais, je déteste cet ennemi de votre gloire et de mon bonheur. Désormais, je veux l’éviter et le poursuivre en moi sans ménagement. Je romps avec cette mollesse qui engourdissait ma volonté, avec cette indifférence calculée qui endormait ma conscience, avec ces habitudes dangereuses qui entraînaient mon âme loin de vous. Ne rejetez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié.

    ACTE D’AMOUR.

    Tel est, ô mon Sauveur, votre amour pour nous en ce monde, que, selon votre consolante promesse, vous n’êtes pas venu pour juger, mais pour sauver. Je ne m’acquitterais donc pas avec vous, en ce moment, si je n’avais à vous offrir que cette crainte si salutaire qui m’a ramené à vous, que cette confusion si légitime qui porte le pécheur à trembler en votre présence. C’est dans votre amour que vous venez me visiter. Le sacrement qui va m’unir à vous est le sacrement de votre amour. Vous l’avez dit, ô Pasteur plein de tendresse : C’est celui à qui on a remis davantage qui aime le plus son bienfaiteur. Il faut donc que mon cœur ose vous aimer, qu’il vous aime avec plénitude, que le souvenir de ses infidélités accroisse de plus en plus en lui le besoin et le sentiment de votre amour. Aidez-le, ô mon Dieu, rassurez-le ; chassez ses terreurs, et faites-vous sentir à lui. C’est parce qu’il vous a craint, qu’il s’est tourné vers vous ; s’il vous aime, il vous demeurera fidèle.

    O Marie, refuge du pécheur, aidez mon cœur à aimer celui qui est votre fils et notre frère. Saints Anges, qui vivez éternellement de cet amour qui ne s’est jamais éteint en vous, souvenez-vous qu’il m’a créé, comme vous-mêmes, pour l’aimer. Saints et Saintes, par l’amour dont il vous enivre au ciel, daignez vous souvenir de moi, et préparer mon cœur à s’unir à lui.

 

APRÈS LA COMMUNION.

    ACTE D’ADORATION.

    Vous êtes en moi, Majesté de mon Dieu ! Vous résidez en ce moment dans le cœur d’un pécheur : c’est là votre temple, votre trône, le lieu de votre repos. Que ferai-je pour vous adorer dignement, vous qui avez daigné descendre jusque dans l’abîme de ma bassesse et de ma misère ? Les Esprits bienheureux se voilent la face devant vous ; vos Saints déposent à vos pieds leurs couronnes immortelles ; et moi, qui suis encore dans la condition de pécheur, puis-je m’anéantir assez devant vous, qui êtes infini en puissance, en sagesse, en bonté ? Cette âme, dans laquelle vous résidez en ce moment, osa se mesurer avec vous ; souvent elle eut l’audace de vous désobéir et d’enfreindre vos volontés ; et vous venez en elle, et vous y faites descendre toutes vos grandeurs ! Recevez, ô mon Dieu ! l’hommage qu’elle vous offre en cette heure où elle succombe sous le poids de l’insigne honneur que vous lui faites. Oui, mon Dieu, je vous adore, je vous reconnais pour le souverain Être, pour l’auteur et Je conservateur de toutes choses, pour mon Maître absolu ; je confesse avec bonheur ma dépendance, et j’ose vous offrir mon humble service.

    ACTE DE REMERCIEMENT.

    Vous êtes grand, ô mon Dieu ! mais vous êtes aussi plein de bonté envers votre humble créature. Votre présence en moi n’est pas seulement un trait de cette puissance qui se glorifie de la manière qu’elle veut ; elle est un nouveau gage de votre amour pour moi. Vous venez vous unir à mon âme, la rassurer, la rémunérer, lui apporter tous les biens. Oh ! qui me donnera de sentir un tel bienfait, de vous en remercier dignement ? Je ne le puis faire, ô mon Dieu ! car, dans ma faiblesse, je suis incapable de mesurer toute l’étendue de votre amour, tout le besoin que j’avais de votre présence. Et si je viens à considérer les moyens qui sont à ma disposition pour reconnaître la faveur que vous me faites, je tombe accablé sous mon impuissance. Cependant vous voulez, ô mon Dieu, que ce cœur, tout faible qu’il est, vous rende grâces ; vous prenez plaisir à recevoir l’hommage de sa chétive reconnaissance. Agréez-le donc ; mon âme tout entière vous l’offre, en vous suppliant de lui révéler de plus en plus l’immensité de .vos dons, et de prendre pitié de son insuffisance.

    ACTE D’AMOUR.

    Mais je ne puis m’acquitter avec vous que par l’amour, ô mon souverain bien ! Vous m’avez aimé, vous m’aimez ; il faut que je vous aime. Vous m’avez supporté, vous m’avez pardonné, vous venez de me combler d’honneur et de richesse : l’amour vous a fait accomplir tous ces prodiges, et c’est mon amour que vous demandez en retour du vôtre. La reconnaissance ne suffit pas ; vous voulez être aimé. Si je jette un regard sur le passé, ces longs jours qui s’écoulèrent loin de vous dans la désobéissance se présentent à ma pensée, et il me semble que je devrais fuir vos bontés. Mais où irai-je, ô mon Dieu, que je ne vous y porte avec moi, maintenant que vous êtes établi au centre de mon âme ? Je resterai donc ; et, comme si jamais je ne vous eusse trahi, je réunirai toutes les forces de mon cœur, pour vous dire que je vous aime, que votre divine charité a rassuré mon âme, que cette âme est à vous, qu’elle vous préfère à tout, qu’elle met désormais toute sa joie, tout son bonheur, à vous complaire, à faire vos volontés.

    ACTE D’OFFRANDE.

    Je sais, ô mon Dieu, que ce que vous demandez de moi, ce n’est pas l’effusion passagère d’un cœur touché de vos bontés. Vous m avez aimé de toute éternité, vous m’avez gardé votre prédilection, alors même que je ne vous servais p ; s. Tant de lumières que vous m’avez données sur l’état de mon âme, tant e protection contre votre propre justice, tant de miséricorde à me pardonner, tant d’amour a vous incliner vers moi en ce moment ; toutes ces œuvres de votre droite n’avaient qu’un seul but : celui de m’attacher à vous, de m’amener à vivre enfin pour vous. Ce but, vous avez voulu l’atteindre, en me donnant aujourd’hui le précieux gage de votre amour. Vous avez dit, en parlant de ce don ineffable : De même que je vis par mon Père, ainsi celui qui mange ma chair vivra par moi. Vous êtes désormais, ô Pain vivant descendu du ciel, le principe de ma vie : elle est donc à vous, plus que jamais. Je vous la donne ; je vous dévoue mon âme, mon corps, mes facultés, mon existence tout entière. Dirigez-moi, réglez-moi : je m’abandonne à vous. Je suis aveugle, mais votre lumière me conduira ; je suis faible, mais votre force me soutiendra ; je suis inconstant, mais votre fermeté me maintiendra. Je me repose de tout sur votre miséricorde, qui ne manque jamais à ceux qui espèrent en vous.

    O Marie ! gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure que votre Maître a daigné habiter. Saints et Saintes de Dieu, priez pour le pécheur auquel il a donné un tel gage de réconciliation.

CHAPITRE VII. DE L’OFFICE DES VÊPRES DES DIMANCHES ET DES FÊTES, AU TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Les Vêpres, ou Office du soir, se composent d’abord de cinq Psaumes accompagnés d’Antiennes. Nous les donnons ci-après, en les faisant précéder, selon notre usage, de quelques lignes dans lesquelles nous nous attachons à relever les expressions de ces divins Cantiques, qui se rapportent plus directement au temps de l’Année liturgique que nous parcourons.

    L’Office commence par le cri ordinaire de l’Église :

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

    Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.

    Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ.

 

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.

    Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

    Louange à vous, Seigneur, Roi de l’éternelle gloire.

 

    Le premier Psaume est prophétique sur les grandeurs du Messie. Nous y voyons l’Homme-Dieu dans son triomphe, après ses humiliations et sa Croix, s’asseyant à la droite de son Père. Mais il reviendra pour juger le monde, pour briser contre terre la tète des pécheurs. En célébrant ses grandeurs, n’oublions pas ses justices.

    PSAUME CIX.

    Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis.

    Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.

    Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum.

    Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.

    Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.

    Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges.

    Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.

    De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.

 

    Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;

    Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.

    O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.

    La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.

    Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu – Homme , vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.

    O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.

    Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.

    Il s’est abaissé pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.

 

    Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple, l’Alliance promise, la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses promesses ; mais il nous apprend aussi que le Nom du Seigneur est terrible, parce qu’il est saint, et il nous avertit que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse.

    PSAUME CX.

    Confitebor. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.

    Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.

    Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.

    Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se.

    Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.

    Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium.

    Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate.

    Redemptionem misit populo suo : * mandavit in aeternum testamentum suum.

    Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini.

    Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi.

 

    Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l’assemblée des justes.

    Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.

    Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.

    Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.

    Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.

    Il donnera à son Église l’héritage des nations : tout ce qu’il fait est justice et vérité.

    Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.

    Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.

    Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.

    La lumière et l’intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

 

    Le troisième Psaume chante la félicité de l’homme juste et ses espérances au jour où le Seigneur viendra. Il exprime aussi la confusion et le désespoir du pécheur qui aura été sourd à ses propres intérêts et aux invitations de la sainte Église.

    PSAUME CXI.

    Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.

    Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.

    Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.

    Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors , et miserator, et justus.

    Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur.

    In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.

    Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.

    Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.

    Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.

 

    Heureux l’homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !

    Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.

    La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.

    Une lumière s’est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c’est le Seigneur, le Dieu miséricordieux , clément et juste, qui s’est donné aux hommes.

    Heureux l’homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu’à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.

    La mémoire du juste sera éternelle ; s’il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.

    Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.

    Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.

    Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.

 

    Le quatrième Psaume est un Cantique de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et a daigné aplanir les voies pour nous ramener à lui.

    PSAUME CXII.

    Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.

    Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.

    A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.

    Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.

    Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?

    Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.

    Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.

    Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.

 

    Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

    Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.

    De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

    Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.

    Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.

    Par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,

    Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.

    C’est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.

 

    Le cinquième Psaume rappelle les prodiges de l’ancienne Alliance, qui se renouvelleront en nous, si nous voulons retourner au Seigneur notre Dieu : Israël délivré de la servitude de l’Égypte, les Gentils arraches au culte des idoles, une bénédiction universelle répandue sur quiconque veut craindre et aimer Dieu.

    PSAUME CXIII

    In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro.

    Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.

    Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.

    Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.

    Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum :

    Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?

    A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.

    Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.

    Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.

    Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?

    Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.

    Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum.

    Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.

    Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.

    Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent , et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo.

    Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.

    Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.

    Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.

    Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.

    Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros.

    Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.

    Cœlum cœli Domino : * terram autem dedit filiis hominum.

    Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.

    Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum.

 

    QUAND Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob élu milieu d’un peuple barbare ;

    La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.

    La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.

    Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.

    O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?

    Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?

    A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,

    Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d’eaux vives.

    Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;

    A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?

    Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu’il a voulu.

    Les idoles des nations ne sont que de l’or et de l’argent, et l’ouvrage des mains des hommes.

    Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.

    Elles ont des oreilles, et n’entendent point ; des narines, et ne sentent point.

    Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.

    Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.

    La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

    La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

    Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.

    Le Seigneur s’est souvenu de nous, et il nous a bénis.

    Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron.

    Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.

    Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.

    Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !

    Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.

    Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;

    Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd’hui et à jamais.

 

    Après les cinq Psaumes, l’Église place une petite Leçon des saintes Écritures, connue sous le nom de Capitule, parce qu’elle est toujours très courte. Les paroles dont se compose celle-ci sont tirées de la deuxième Épître de saint Paul aux Corinthiens. L’apôtre y encourage notre espérance, en portant nos pensées sur la miséricorde de Dieu.

CAPITULE

Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum et Deus totius consolationis, qui consolatur nos in omni tribulatione nostra.

R. Deo gratias.

Béni soit Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations.

R. Rendons grâces à Dieu.

On chante ensuite l’Hymne. Nous plaçons ici celle qui est particulière au Dimanche. Composée par saint Grégoire le Grand, elle célèbre la création et les avantages de la lumière que Dieu, en ce premier jour, fit sortir du néant. Le saint Docteur y demande, pour nous et avec nous, le réveil de notre âme, qui l’arrachera au charme perfide de la vie présente, et la rendra aux préoccupations de l’éternité.

    HYMNE.

LUCIS Creator optime lucem dierum proferens, primordiis lucis novae, mundi parans originem:

Qui mane iunctum vesperi diem vocari praecipis: tetrum chaos illabitur, audi preces cum fletibus.

Ne mens gravata crimine, vitae sit exsul munere, dum nil perenne cogitat, seseque culpis illigat.

Caeleste pulset ostium: vitale tollat praemium: vitemus omne noxium: purgemus omne pessimum.

Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, cum Spiritu Paraclito regnans per omne saeculum. Amen

 

    Dieu bon, créateur de la lumière, qui avez produit le flambeau des jours ; vous avez préludé à l’origine de ce monde, en révélant, dès le premier jour, l’éclat de cette lumière qui jusqu’alors n’avait pas brillé.

    O vous, qui nous apprenez à donner le nom de jour à l’espace qui s’étend du matin jusqu’au soir ; un noir chaos menace encore de nous envelopper, écoutez nos prières et voyez nos larmes.

    Que notre âme appesantie par le péché ne demeure pas exilée de cette vie immortelle que vous lui avez préparée ; cette âme si lâche quand il faut penser à l’éternité, si prompte à tomber dans les liens du péché.

    Qu’elle frappe enfin aux protes des cieux ; qu’elle enlève le prix de la vie ; qu’elle évite tout ce qui peut lui nuire ; qu’elle se purifie de toute iniquité.

    Faite-nous cette grâce, o Père très miséricordieux, et vous, o Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.

 

    Le Verset qui suit est celui du Dimanche.

    V. Dirigatur, Domine, oratio mea. R. Sicut incensum in conspectu tuo.

    V. Que ma prière s’élève vers vous, Seigneur ! R. Comme l’encens monte en votre présence.

    Vient ensuite le Cantique de Marie Mère de Dieu, célébrant sa Maternité divine et tous les biens qui en résultent pour le monde. Ce cantique, si suave dans son ineffable douceur, fait partie essentielle de l’Office des Vêpres. Unissons-nous à toutes les générations, qui ont proclamé bienheureuse la Vierge qui nous a donné le Sauveur ; mais entrons aussi dans les sentiments d’humilité qu’elle nous recommande par ses paroles et par son exemple. C’est elle-même qui nous le dit de sa bouche inspirée : si le grand Dieu dont le triomphe éclatera à nos yeux dans la glorieuse Pâque trouve en nous des cœurs humiliés et soumis, il nous élèvera jusqu’à lui ; si nous confessons devant lui notre indigence, il nous comblera de tous ses biens.

    CANTIQUE DE MARIE.

    Magnificat : * anima mea Dominum.

    Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo.

    Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

    Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.

    Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.

    Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.

    Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.

    Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.

    Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.

    Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula.

 

    Mon âme glorifie le Seigneur,

    Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.

    Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m’appelleront Bienheureuse.

    Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;

    Et sa miséricorde s’étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.

    Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.

    Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.

    Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.

    Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

    Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

 

    L’Oraison ou Collecte qui, à la fin de l’Office des Vêpres, résume tous les vœux de l’Église, se trouve plus loin, en son lieu, aux Vêpres de chacun des Dimanches du Temps de la Septuagésime.

    Les Vêpres se terminent par les Versets suivants :

    V/. Benedicamus Domino.

    R/. Deo gratias.

    V/. Fidelium animae per misericordiam Dei requiescant in pace.

    R/. Amen.

 

    V/. Bénissons le Seigneur.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    V/. Que les âmes des fidèles, par la miséricorde de Dieu, reposent en paix.

    R/. Amen.

CHAPITRE VIII. DE L’OFFICE DE COMPLIES, AU TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Cet Office, qui est la conclusion de tous ceux de la journée, s’ouvre par un avertissement sur les périls de la nuit, lequel est bientôt suivi de la Confession générale des péchés, comme un moyen de se rendre favorable la justice divine, avant d’aller courir les hasards du sommeil, si voisin de la mort.

Le Lecteur s’adresse au Prêtre, et lui dit :

    V/. Jube, Domne, benedicere.

    V/. Mon Père, veuillez me bénir !

    Le Prêtre répond :

    Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens.

    R/. Amen.

    Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse.

    R/. Amen.

    Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la première Épître de saint Pierre :

    Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.

    Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !

    Le Chœur répond :

    R/. Deo gratias.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    Puis le Prêtre :

    V/. Adjutorium nostrum in Nomine Domini.

    V/. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.

    Le Chœur :

    R/. Qui fecit cœlum et terram.

    R/. C’est lui qui a fait le ciel et la terre.

    On récite ensuite l’Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.

    Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d’Absolution, s’écrie :

    V/. Converte nos , Deus, Salutaris noster.

    R/. Et averte iram tuam a nobis.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    Gloria Patri, etc.

 

    V/. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !

    R/. Et détournez votre colère de dessus nous.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide.

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    Gloire au Père, etc.

 

    Le premier Psaume célèbre l’espérance avec laquelle le juste s’endort dans la paix ; mais il reprend aussi les tièdes, dont le cœur appesanti est trop souvent esclave de la vanité et du mensonge. Il les exhorte à examiner avec componction, dans le repos de leur couche, les pensées qu’ils laissent trop souvent dominer dans leurs cœurs.

    PSAUME IV

    Cum invocarem exaudivit me Deus justitiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi.

    Miserere mei : * et exaudi orationem meam.

    Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ?

    Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum.

    Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini.

    Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ?

    Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo.

    A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt.

    In pace in idipsum : * dormiam et requiescam.

    Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me.

 

    Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m’a exaucé ; vous m’avez mis au large, quand j’étais dans l’affliction.

    Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.

    Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?

    Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m’exaucera quand je crierai vers lui.

    Si vous vous irritez, faites-le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.

    Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?

    La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c’est vous qui donnez la joie à mon cœur.

    Pour eux, la richesse est dans l’abondance du vin, de l’huile et du froment.

    Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;

    Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l’espérance.

 

    L’Église a placé ici les six premiers versets du Psaume trentième, parce qu’ils contiennent la prière du Sauveur mourant : Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles qui viennent si à propos dans l’Office du soir.

    PSAUME XXX.

    In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me.

    Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me.

    Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias.

Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me.

    Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus.

    In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis.

 

    En vous, Seigneur, j’ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans votre justice.

    Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.

    Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.

    Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de votre Nom.

    Vous me tirerez du piège qu’on m’a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.

    Je remets mon esprit entre vos mains : c’est vous qui m’avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité !

    Le troisième Psaume expose d’abord les motifs de la confiance du juste, au milieu même des périls de la nuit. Le tableau de cette paix doit faire désirer au pécheur une prompte réconciliation avec Dieu, afin de jouir à son tour de ce repos du cœur et de cette protection divine, sans lesquels le séjour d’ici-bas n’offre ni bonheur ni sécurité.

    PSAUME XC

    Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei coeli commorabitur.

    Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum.

    Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.

    Scapulis suis obumbrabit tibi : * et sub pennis ejus sperabis.

    Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno.

    A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano.

    Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit.

    Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.

    Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.

    Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.

    Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis.

    In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.

    Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.

    Quoniam in me speravit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.

    Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum.

    Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.

 

    Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

    Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j’espérerai en lui.

    Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.

    Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l’espérance sous ses ailes.

    Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,

    Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.

    Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.

    Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l’impie.

    Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut.

    Le mal n’approchera pas de toi, et les fléaux s’éloigneront de ta tente ;

    Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

    Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

    Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

    Dieu dira de toi : Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai,

    Parce qu’il a connu mon nom.

    Il criera vers moi, et je l’exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l’en retirerai et le glorifierai.

    Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

 

    Le quatrième Psaume invite les Serviteurs de Dieu à faire entendre sans relâche la prière nocturne. Les fidèles doivent le réciter dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui suscite dans son Église des adorateurs de son Nom, dont la noble vocation est de lever les mains le jour et la nuit pour le salut d’Israël, et sur la prière desquels le monde se repose et accomplit ses destinées.

    PSAUME CXXXIII.

    Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini.

    Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri.

    In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum.

    Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram.

    Ant. Miserere mihi, Domine , et exaudi orationem meam.

 

    Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.

    Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,

    Élevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.

    Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

    Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.

    HYMNE.

    Te lucis ante terminum, Rerum Creator , poscimus, Ut pro tua clementia, Sis praesul et custodia.

Procul recedant somnia, Et noctium phantasmata, Hostemque nostrum comprime, Ne polluantur corpora.

Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne saeculum. Amen.

 

    Avant que la lumière disparaisse , nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d’être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.

    Que les songes et les fantômes de la nuit s’enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu’il ne profane point nos corps.

    Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux , et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.

    CAPITULE. (Jerem. XIV.)

    Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster.

    R/. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas.

    V/. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo.

    Gloria. In manus tuas.

    V/. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi.

    R/. Sub umbra alarum tuarum protege nos.

 

    Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !

    R/. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.

    V/. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.

    Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.

    V/. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l’œil.

    R/. Protégez-nous à l’ombre de vos ailes.

 

    Le Cantique du vieillard Siméon qui, tenant dans ses bras l’Enfant divin, le proclama la Lumière des nations, et s’endormit ensuite du sommeil des justes, offre une expression touchante du repos que le fidèle dont le cœur est uni à Dieu goûtera en Jésus-Christ, parce que, comme dit l’Apôtre, soit dans la veille, soit dans le sommeil, nous vivons avec celui qui est mort pour nous. (II Thess. V, 10.)

    CANTIQUE DE SIMÉON.

    Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace.

    Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum,

    Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.

    Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël.

    Gloria Patri, et Filio, etc.

    Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.

 

 

    Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison.

    Pater noster, etc.

    V/. Et ne nos inducas in tentationem ;

    R/. Sed libera nos a malo.

    Credo in Deum, etc.

    V/. Carnis resurrectionem,

    R/. Vitam æternam. Amen.

    V/. Benedictus es, Domine Deus patrum nostrorum ;

    R/. Et laudabilis et gloriosus in sæcula.

    V/. Benedicamus Patrem et Filium cum

    Sancto Spiritu ;

    R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.

    V/. Benedictus es, Domine, in firmamento cœli ;

    R/. Et laudabilis, et gloriosus, et superexaltatus in saecula.

    V/. Benedicat, et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus.

    R/. Amen.

    V/. Dignare, Domine, nocte ista,

    R/. Sine peccato nos custodire.

    V/. Miserere nostri, Domine.

    R/. Miserere nostri.

    V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,

    R/. Quemadmodum speravimus in te.

    V/. Domine , exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

 

    C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;

    Parce que mes yeux ont vu le Sauveur

    Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,

    Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d’Israël.

    Gloire au Père, et au Fils, etc.

    Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

    Seigneur, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Notre Père, etc.

    V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ;

    R/. Mais délivrez-nous du mal.

    Je crois en Dieu, etc.

    V/. La résurrection de la chair,

    R/. La vie éternelle. Amen.

    V/. Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères !

    R/. Digne de louange et de gloire dans l’éternité.

    V/. Bénissons le Père et le Fils avec le Saint-Esprit ;

    R/. Louons-le, et exaltons-le dans les siècles.

    V/. Vous êtes béni, Seigneur, au firmament du ciel ;

    R/. Digne de louange, de gloire et de triomphe dans l’éternité.

    V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous bénisse et nous conserve.

    R/. Amen.

    V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

    R/. Nous garder de tout péché.

    V/. Ayez pitié de nous, Seigneur !

    R/. Ayez pitié de nous !

    V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,

    R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.    

    V/. Que le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    ORAISON.

    Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Benedicamus Domino.

    R/. Deo gratias.

    Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.

    R/. Amen.

 

    Visitez, s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    V/. Que le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    V/. Bénissons le Seigneur.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.

    R/. Amen.

        ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.

    Ave Regina coelorum,

    Ave Domina Angelorum :

    Salve Radix, salve Porta,

    Ex qua mundo lux est orta :

    Gaude, Virgo gloriosa,

    Super omnes speciosa :

    Vale, o valde decora.

    Et pro nobis Christum exora.

    V/. Dignare me laudare te, Virgo sacrata.

    R/. Da mihi virtutem contra hostes tuos.

 

    Salut, Reine des Cieux !

    Salut, Souveraine des Anges !

    Salut, Tige féconde !

    Salut, Porte du ciel, par laquelle la lumière s’est levée sur le monde! Jouissez de vos honneurs, ô Vierge glorieuse, qui l’emportez sur toutes en beauté!

    Adieu, ô toute belle, et implorez le Christ en notre faveur.

    V/. Souffrez , ô Vierge sainte, que je célèbre vos louanges.

    R/. Donnez-moi le courage contre vos ennemis.

    ORAISON.

Concede, misericors Deus, fragilitati nostrae praesidium: ut, qui sanctae Dei Genetricis memoriam agimus, intercessionis ejus auxilio, a nostris iniquitatibus resurgamus. Per eumdem Christum Dominum nostrum.

V. Divinum auxilium maneat semper nobiscum.

R. Amen.

 

    Daignez, ô Dieu de miséricorde , venir au secours de notre fragilité , afin que nous , qui célébrons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions, à l’aide de son intercession, nous affranchir des liens de nos iniquités. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

    V/. Que le secours divin demeure toujours avec nous.

    R/. Amen.

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