L’Année liturgique : temps de la Septuagésime, propre du temps

PROPRE DU TEMPS

 

    De même que l’anticipation de la fête de Pâques peut entraîner la suppression de plusieurs des Dimanches après l’Épiphanie, de même le retard de la solennité Pascale oblige, en certaines années, à porter jusqu’au nombre de six ces Dimanches qui précèdent la Septuagésime. Nous avons donné les quatre premiers dans le Temps de Noël ; deux nous restent à traiter ici.

    Durant cette courte période, l’Église cesse de s’occuper des mystères de l’enfance du Rédempteur ; elle s’instruit de ses leçons, elle s’édifie de ses miracles, sans se proposer en particulier aucune des circonstances de sa vie. Les vêtements sacrés qu’elle revêt sont de la couleur verte dont nous avons expliqué ailleurs l’intention symbolique. Souvent aussi quelques fêtes d’un Saint du rite Double se rencontrent, et l’emportent sur le Dimanche, qui n’obtient plus alors qu’une simple commémoration.

    Nous nous contenterons de placer ici les Messes et les Vêpres de ces deux Dimanches, qui seront d’ailleurs d’un usage assez peu fréquent, et nous ne nous arrêterons pas sur les jours de la semaine, attendu qu’ils n’offrent aucun mystère particulier. On pourra suppléer cette lacune, peu considérable d’ailleurs, en recourant au Propre des Saints pour les Fêtes qui tomberaient en ces jours.

LE CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS L’ÉPIPHANIE.

    A LA MESSE.

    INTROÏT

Adorate Deum omnes Angeli ejus: audivit et laetata est Sion: et exsultaverunt filiae Judae.
Ps. Dominus regnavit: exsultet terra, laetentur insulae multae. V. Gloria Patri. Adorate.

 

    Anges de Dieu; adorez-le, vous tous. Sion a appris que le Seigneur est venu, et elle s’est réjouie, et les filles de Juda ont tressailli d’allégresse.

    Ps. Le Seigneur règne : que la terre se réjouisse ; que les îles soient dans l’allégresse. Gloire au Père. Anges de Dieu.

    COLLECTE

Familiam tuam, quaesumus Domine, continua pietate custodi: ut quae in sola spe gratiae coelestis innititur, tua semper protectione muniatur. Per Dominum.

 

    Nous vous supplions, Seigneur, de garder votre famille par une continuelle miséricorde, et de défendre par votre constante protection celle qui se repose sur la seule espérance de votre grâce. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    SECONDE COLLECTE.

A cunctis nos, quaesumus Domine, mentis et corporis defende periculis: et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria, cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo atque beato N. et omnibus Sanctis, salutem nobis tribue benignus et pacem; ut destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia tua secura tibi serviat libertate.

 

    PRESERVEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, de tous les périls de l’âme et du corps ; et vous laissant fléchir par l’intercession de la bienheureuse et glorieuse Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. (on nomme ici le Saint titulaire de l’Église) et de tous les Saints, accordez-nous dans votre bonté le salut et la paix, afin que toutes les erreurs et les adversités étant écartées, votre Église vous serve dans une liberté tranquille.

    Le Prêtre ajoute une troisième Collecte, à son choix.

 

ÉPÎTRE

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Colossenses. Cap. III.

Fratres, induite vos, sicut electi Dei, sancti, et dilecti, viscera misericordiae, benignitatem, humilitatem, modestiam, patientiam supportantes invicem, et donantes vobismetipsis, si quis adversus aliquem habet querelam: sicut et Dominus donavit vobis, ita et vos. Super omnia autem haec, charitatem habete, quod est vinculum perfectionis: et pax Christi exsultet in cordibus vestris, in qua et vocati estis in uno corpore; et grati estote. Verbum Christi habitet in vobis abundanter, in omni sapientia, docentes, et commonentes vosmetipsos, psalmis, hymnis, et canticis spiritualibus, in gratia cantantes in cordibus vestris Deo. Omne quodcumque facitis, in verbo aut in opere, omnia in nomine Domini nostri Jesu Christi, gratias agentes Deo et Patri per Jesum Christum Dominum nostrum

 

    Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Colossiens. Chap. III.

    Mes Frères, revêtez-vous, comme il convient à des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde , de bonté , d’humilité, de modestie, de patience ; vous supportant mutuellement , vous pardonnant les uns aux autres, si quelqu’un a des sujets de plainte contre son frère. Comme le Seigneur vous a pardonné, ainsi faites vous-mêmes. Mais, sur toutes choses, ayez la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix de Jésus-Christ tressaille dans vos cœurs, cette paix à laquelle vous avez été appelés pour ne former qu’un seul corps, et soyez-en reconnaissants. Que la parole du Christ habite en vous avec plénitude, en toute sagesse. Instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs avec édification. Quoi que vous fassiez, parole ou action, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces au Dieu et Père, par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Instruit à l’école de l’Homme-Dieu, qui a daigné habiter cette terre, le chrétien doit s’exercer à la miséricorde envers ses frères. Ce monde, purifié par la présence du Verbe incarné, deviendra pour nous l’asile de la paix, si nous savons mériter les titres que nous donne l’Apôtre, d’élus de Dieu, saints et bien-aimés. Cette paix doit remplir d’abord le cœur de chaque chrétien, et l’établir dans une joie continuelle qui aime à s’épancher dans le chant des louanges de Dieu. Mais c’est principalement le Dimanche, que les fidèles, en s’unissant à la sainte Église, « dans ses psaumes et ses cantiques », accomplissent ce devoir si cher à leur cœur. Dans l’usage ordinaire de la vie, souvenons-nous aussi du conseil que nous donne l’Apôtre, à la lin de cette Épître, et songeons à faire toutes nos actions au nom de Jésus-Christ, afin d’être agréables en tout à notre Père céleste.

    GRADUEL.

Timebunt gentes Nomen tuum, Domine, et omnes regas terrae gloriam tuam.
V. Quondam aedificavit Dominus Sion, et videbitur in majestate sua.

Alleluia, alleluia.

V. Dominus regnavit: exsultet terra, laetentur insulae multae. Alleluia.

 

    Les nations craindront votre Nom, Seigneur, et tous les rois de la terre redouteront votre gloire.

    V/. Car le Seigneur a bâti Sion, et il s’y montrera dans sa majesté.

    Alléluia, Alléluia.

    V/. Le Seigneur règne ; que la terre se réjouisse, que les îles soient dans l’allégresse. Alléluia.

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XIII.

In illo tempore: Dixit Jesus turbis parabolam hanc. Simile factum est regnum coelorum homini, qui seminavit bonum semen in agro suo. Cum autem dormirent homines, venit inimicus ejus, et superseminavit zizania in medio tritici, et abiit. Cum autem crevisset herba, et fructum fecisset, tunc apparuerunt et zizania. Accedentes autem servi patrisfamilias, dixerunt ei: Domine, nonne bonum semen seminasti in agro tuo? Unde ergo habet zizania: Et ait illis: Inimicus homo hoc fecit. Servi autem dixerunt ei: Vis, imus et colligimus ea? Et ait: Non: ne forte colligentes zizania, eradicetis simul et triticum. Sinite utraque crescere usque ad messem, et in tempore messis dicam messoribus: Colligite primum zizania, et alligate ea in fasiculos ad comburendum, triticum autem congregate in horreum meum.

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu, Chap. XIII.

    En ce temps-là, Jésus dit à la foule cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ ; mais pendant que les hommes dormaient, l’ennemi vint, sema de l’ivraie parmi le froment, et se retira. Quand l’herbe eut poussé et qu’elle fut montée en épi, l’ivraie commença aussi à paraître. Les serviteurs du père de famille vinrent lui dire : Seigneur, n’avez-vous donc pas semé de bon grain dans votre champ ? d’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Et il leur répondit : C’est l’homme ennemi qui a fait cela. Ses serviteurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions l’arracher ? Non, leur répondit-il,de peur qu’en cueillant l’ivraie , vous n’arrachiez en même temps le froment. Laissez-les croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs: Cueillez premièrement l’ivraie et liez-là en bottes pour la brûler ; mais amassez le froment dans mon grenier.

    Le royaume des cieux dont parle ici le Sauveur est son Église militante, la société de ceux qui croient en lui Néanmoins, ce champ qu’il a cultivé avec tant de soins, est parsemé d’ivraie; les hérésies s’y sont glissées, les scandales s’y multiplient : devons-nous pour cela douter de la prévoyance de celui qu connaît tout, et sans la permission duquel rien n’arrive ? Loin de nous cette pensée. Le Maître nous apprend lui-même qu’il en doit être ainsi. L’homme a reçu la liberté du bien et du mal; c’est à lui d’en user, et c’est à Dieu de faire tourner tout à sa gloire. Que l’hérésie donc s’élève comme une plante maudite, nous savons que le jour viendra où elle sera arrachée; plus d’une fois même on la verra sécher sur sa propre tige, en attendant le jour où elle doit être arrachée et jetée au feu. Où sont aujourd’hui les hérésies qui désolèrent l’Église à son premier âge ? Où seront dans cent ans d’ici celles qui, depuis trois siècles, ont causé tant de maux sous le beau nom de réforme? Il en est de même des scandales qui s’élèvent au sein même de l’Église. Cette ivraie est un fléau ; mais il faut que nous soyons éprouvés. Le Père de famille ne veut pas que l’on arrache cette herbe parasite, dans la crainte de nuire au pur froment. Pourquoi? parce que le mélange des bons et des mauvais est un utile exercice pour les premiers, en leur apprenant à ne pas compter sur l’homme, mais à s’élever plus haut. Pourquoi encore ? parce que telle est la miséricorde du Seigneur, que ce qui est ivraie peut quelquefois, par la grâce divine, se transformer en froment. Ayons donc patience ; mais, parce que l’ennemi ne sème l’ivraie que pendant le sommeil des gardiens du champ, prions pour les pasteurs, et demandons pour eux à leur divin Chef cette vigilance qui est la première garantie du salut du troupeau, et qui est signifiée, comme leur première qualité, par le nom que l’Église leur a imposé.

    OFFERTOIRE.

Dextera Domini fecit virtutem, dextera Domine exaltavit me: non moriar, sed vivam, et narrabo opera Domini.

    La droite du Seigneur a signalé sa force ; la droite du Seigneur m a eleve en gloire. Je ne mourrai point, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres du Seigneur.

    SECRÈTES.

Hostias tibi, Domine, placationis offerimus, ut et delicta nostra miseratus absolvas, et nutantia corda tu dirigas. Per Dominum.

Exaudi nos, Deus Salutaris noster, ut per hujus Sacramenti virtutem, a cunctis nos mentis et corporis hostibus tuearis, gratiam tribuens in praesenti, et gloriam in futuro.

    Nous vous offrons, Seigneur, ces hosties de propitiation, afin que dans votre miséricorde vous pardonniez nos péchés, et que vous conduisiez nos cœurs chancelants. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur , et par la vertu de ce Sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de l’âme et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie, et votre gloire en l’autre.

    Le Prêtre ajoute une troisième Secrète, à son choix.

 

    COMMUNION.

Mirabantur omnes de his, quae procedebant de ore Dei.

Tous étaient ravis en admiration des choses qui sortaient de la bouche de Dieu.

    POSTCOMMUNIONS.

Quaesumus, omnipotens Deus, ut illius salutaris capiamus effectum, cujus per haec mysteria pignus accepimus. Per Dominum.

Mundet et muniat nos, quaesumus, Domine, divini Sacramenti munus oblatum: et, intercedente beata Virgine Dei genitrice Maria, cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato N. et omnibus Sanctis, a cunctis nos reddat et perversitatibus expiatos, et adversitatibus expeditos.

 

    Faites, ô Dieu tout-puissant, que nous obtenions l’effet du salut dont nous avons déjà reçu le gage dans ces Mystères. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Que l’oblation du divin Sacrement nous purifie et nous protège, Seigneur, nous vous en supplions ; et par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. et de tous les Saints , qu’elle soit pour nous l’expiation de tous nos péchés, et la délivrance de toute adversité.

    Le Prêtre ajoute une troisième Postcommunion, à son choix.

 

    A VÊPRES.

    Les Psaumes, les Antiennes, le Capitule, l’Hymne et le Verset, pages 42 et suivantes.

    ANTIENNE de Magnificat.

Colligite primum zizania,  et alligate ea in fasciculos  ad comburendum: triticum  autem congregate in horreum meum, dicit Dominus.

    Cueillez premièrement l’ivraie et liez-la en bottes pour la brûler ; mais amassez le froment dans mon grenier.

    ORAISON.

Familiam tuam, quaesumus Domine, continua pietate custodi: ut quae in sola spe gratiae coelestis innititur, tua semper protectione muniatur. Per Dominum.

    Nous vous supplions, Seigneur, de garder votre famille par une continuelle miséricorde, et de défendre par votre constante protection celle qui se repose sur la seule espérance de votre grâce. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

LE SIXIÈME DIMANCHE APRÈS L’ÉPIPHANIE.

    A LA MESSE.

    INTROÏT.

Adorate Deum omnes Angeli ejus: audivit et laetata est Sion: et exsultaverunt filiae Judae.
Ps. Dominus regnavit: exsultet terra, laetentur insulae multae. V. Gloria Patri. Adorate.

    Anges de Dieu, adorez-le vous tous. Sion a appris que le Seigneur est venu, et elle s’est réjouie, et les filles de Juda ont tressailli d’allégresse.

    Ps. Le Seigneur règne : que la terre se réjouisse, que les iles soient dans l’allégresse. Gloire au Père. Anges de Dieu.

    COLLECTE.

Praesta quaesumus omnipotens Deus: ut semper rationabilia meditantes, quae tibi sunt placita, et dictis exsequamur et factis. Per Dominum.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que, sans cesse occupés de pensées raisonnables, nous cherchions constamment à vous plaire dans nos paroles et dans nos actions. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On ajoute les Collectes ci-dessus à la Messe du cinquième Dimanche, page 55.

 

    ÉPÎTRE.

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Thessalonicenses. I. Cap. i.

Fratres, gratias agimus Deo semper pro omnibus vobis, memoriam vestri facientes in orationibus nostris sine intermissione, memores operis fidei vestrae, et laboris, et charitatis, et sustinentiae spei Domini nostri Jesu Christi, ante Deum et Patrem nostrum: scientes, fratres dilecti a Deo, electionem vestram: quia Evangelium nostrum non fuit ad vos in sermone tantum, sed et in virtute, et in Spiritu Sancto, et in plenitudine multa, sicut scitis quales fuerimus in vobis propter vos. Et vos imitatores nostri facti estis et Domini, excipientes verbum in tribulatione multa, cum gaudio Spiritus Sancti: ita ut facti sitis forma omnibus credentibus in Macedonia, et in Achaia. A vobis enim diffamatus est sermo Domini, non solum in Macedonia, et in Achaia, sed et in omni loco fides vestra, quae est ad Deum, profecta est, ita ut non sit nobis necesse quidquam loqui. Ipsi enim de nobis annuntiant qualem introitum habuerimus ad vos: et quomodo conversi estis ad Deum a simulacris, servire Deo vivo, et vero, et exspectare Filium ejus de coelis (quem suscitavit ex mortuis) Jesum, qui eripuit nos ab ira ventura.

    Lecture de l’Épître de saint Paul aux Thessaloniciens. Chap. I.

    Mes Frères, nous rendons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous, et nous faisons continuellement mémoire de vous dans nos prières. Nous nous souvenons devant notre Dieu et Père des œuvres de votre foi, de vos travaux, de votre charité, et de la fermeté d’espérance que vous avez en notre Seigneur Jésus-Christ. Nous savons, Frères chéris de Dieu, quelle a été votre élection; car notre Évangile au milieu de vous n’a pas été seulement en paroles, mais accompagné de prodiges, soutenu de l’Esprit-Saint, et favorisé d’une abondante plénitude. Vous savez aussi de quelle manière étant parmi vous, nous avons été à votre égard. Et vous, vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur , ayant reçu la parole parmi de grandes tribulations, avec la joie de l’Esprit-Saint, en sorte que vous êtes devenus l’exemple de tous ceux qui ont embrassé la foi dans la Macédoine et dans l’Achaïe. Et non seulement vous êtes cause que la parole du Seigneur s’est répandue avec éclat dans la Macédoine et dans l’Achaïe ; mais la foi que vous avez en Dieu est devenue si célèbre, qu’il n’est pas même nécessaire que nous en parlions. Eux-mêmes racontent, en parlant de nous, le succès de notre arrivée parmi vous, et comment, ayant quitté les idoles, vous vous êtes convertis à Dieu, pour servir ce Dieu vivant et véritable, et pour attendre du ciel son Fils Jésus, qu’il a ressuscité d’entre les morts, et qui nous a délivrés de la colère à venir.

 

    L’éloge que fait ici saint Paul de la fidélité des chrétiens de Thessalonique à la foi qu’ils avaient embrassée, éloge que l’Église nous remet aujourd’hui sous les yeux, semblerait plutôt un reproche pour les chrétiens de nos jours. Livrés encore la veille au culte des idoles, ces néophytes s’étaient élancés avec ardeur dans la carrière du christianisme, au point de mériter l’admiration de l’Apôtre. De nombreuses générations chrétiennes nous ont précédés ; nous avons été régénérés dès notre entrée en cette vie ; nous avons sucé, pour ainsi dire, avec le lait, la doctrine de Jésus-Christ : et cependant notre foi est loin d’être aussi vive, nos mœurs aussi pures que l’étaient celles de ces premiers fidèles. Toute leur occupation était de servir le Dieu vivant et véritable, et d’attendre l’avènement de Jésus-Christ ; notre espérance est la même que celle qui faisait battre leurs cœurs ; pourquoi n’imitons-nous pas la foi généreuse de nos ancêtres ? Le charme du présent nous séduit. L’incertitude de ce monde passager est-elle donc ignorée de nous, et ne craignons-nous pas de transmettre aux générations qui nous suivront un christianisme amoindri et stérile, tout différent de celui que Jésus-Christ a établi, que les Apôtres ont prêché, que les païens des premiers siècles embrassaient au prix de tous les sacrifices ?

    GRADUEL.

Timebunt gentes Nomen tuum, Domine, et omnes reges terrae gloriam tuam.
V. Quoniam aedificavit Dominus Sion, et videbitur in majestate sua.

Alleluia, alleluia.
V. Dominus regnavit: exsultet terra, laetentur insulae multae.
Alleluia.

 

    Les nations craindront votre Nom, Seigneur, et tous les rois de la terre redouteront votre gloire.

    V/. Car le Seigneur a bâti Sion, et il s’y montrera dans sa majesté.

    Alléluia, Alléluia.

    V/. Le Seigneur règne : que la terre se réjouisse ; que les îles soient dans l’allégresse. Alléluia.

 

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. Xiii.

In illo tempore: Dixit Jesus turbis parabolam hanc: Simile est regnum coelorum grano sinapis, quod accipiens homo seminavit in agro suo, quod minimum quidem est omnibus seminibus: cum autem creverit, majus est omnibus oleribus, et fit arbor, ita ut volucres coeli veniant, et habitent in ramis ejus. Aliam parabolam locutus est eis. Simile est regnum coelorum fermento, quod acceptum mulier abscondit in farinae satis tribus, donec fermentatum est totum. Haec omnia locutus est Jesus in parabolis ad turbas: et sine parabolis non loquebatur eis: ut impleretur quod dictum erat per Prophetam dicentem: Aperiam in parabolis os meum, eructabo abscondita a constitutione mundi.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XIII.

    En ce temps-là, Jésus dit à la foule cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ : c’est la plus petite de toutes les graines ; mais, quand elle a poussé, c’est le plus grand de tous les légumes, et cette plante devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses rameaux. Il leur dit encore cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à un levain qu’une femme prend et qu’elle cache dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée. Jésus dit toutes ces choses au peuple en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles, afin que cette parole du Prophète fût accomplie : J’ouvrirai ma bouche pour dire des paraboles ; je publierai des choses qui ont été cachées depuis la création du monde.

 

    Notre Seigneur nous donne ici deux symboles bien expressifs de son Église, qui est son Royaume, et qui commence sur la terre pour s’achever au ciel. Quel est ce grain de sénevé, caché dans l’obscurité du sillon, inconnu à tous les regards, reparaissant ensuite comme un germe à peine perceptible, mais croissant toujours jusqu’à devenir un arbre : sinon cette Parole divine répandue obscurément dans la terre de Judée, étouffée un instant par la malice des hommes jusqu’à être ensevelie dans un sépulcre, puis s’échappant victorieuse et s’étendant bientôt sur le monde entier ? Un siècle ne s’était pas écoulé depuis la mort du Sauveur, que déjà son Église comptait des membres fidèles, bien au delà des limites de l’Empire romain. Depuis lors, tous les genres d’efforts ont été tentés pour déraciner ce grand arbre : la violence, la politique, la fausse sagesse, y ont perdu leur temps. Tout ce qu’elles ont pu faire a été d’arracher quelques branches ; mais la sève vigoureuse de l’arbre les a aussitôt remplacées. Les oiseaux du ciel qui viennent chercher asile et ombrage sous ses rameaux, sont, selon l’interprétation des Pères, les âmes qui, éprises des choses éternelles, aspirent vers un monde meilleur. Si nous sommes dignes du nom de chrétiens, nous aimerons cet arbre, et nous ne trouverons de repos et de sécurité que sous son ombre tutélaire. La femme dont il est parlé dans la seconde parabole, est l’Église notre mère. C’est elle qui, au commencement du christianisme, a caché, comme un levain secret et salutaire, la divine doctrine dans la masse de l’humanité. Les trois mesures de farine qu’elle a fait lever pour en former un pain délectable sont les trois grandes familles de l’espèce. humaine, issues des trois enfants de Noé, et auxquelles remontent tous les hommes qui habitent la terre. Aimons cette mère, et bénissons ce levain céleste auquel nous devons d’être devenus enfants de Dieu, en devenant enfants de l’Église.

 

    OFFERTOIRE.

Dextera Domini fecit virtutem, dextera Domini exaltavit me: non moriar, sed vivam, et narrabo opera Domini.

    La droite du Seigneur a signalé sa force; la droite du Seigneur m’a élevé en gloire. Je ne mourrai point, mais je vivrai et je raconterai les œuvres du Seigneur.

    SECRÈTE

Haec nos oblatio, Deus, mundet, quaesumus, et renovet, gubernet, et protegat. Per Dominum.

    Faites, s’il vous plaît, ô Dieu, que cette oblation nous purifie et nous renouvelle, qu’elle nous régisse et nous protège. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On ajoute les Secrètes ci-dessus à la Messe du cinquième Dimanche, page 57.

    COMMUNION.

Mirabantur omnes de his, quae procedebant de ore Dei.

Tous étaient ravis en admiration des choses qui sortaient de la bouche de Dieu.

    POSTCOMMUNION.

Coelestibus, Domine, pasti deliciis, quaesumus, ut semper eadem, per quae veraciter vivimus, appetamus. Per Dominum.

    Vous nous avez nourris, Seigneur, de vos célestes délices ; faites, s’il vous plaît, que nous aspirions sans cesse à cette nourriture par laquelle nous obtenons la véritable vie. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On ajoute les Postcommunions ci-dessus, à la Messe du cinquième Dimanche, page 57.

 

    A VÊPRES.

    Les Psaumes, les Antiennes, le Capitule, l’Hymne et le Verset, pages 42 et suivantes.

    ANTIENNE de Magnificat.

Simile est regnum coelorum fermento, quod acceptum mulier abscondit in farinae satis tribus, donec fermentatum est totum.

 

    Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend et qu’elle cache dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

    ORAISON.

Praesta, quaesumus omnipotens Deus: ut semper rationabilia meditantes, quae tibi sunt placita, et dictis exsequamur et factis. Per Dominum.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que, sans cesse occupés de pensées raisonnables, nous cherchions constamment à vous plaire dans nos paroles et dans nos actions. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

LE SAMEDI AVANT LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME.

SUSPENSION DE L’ALLÉLUIA.

    Le mouvement du Cycle doit ramener prochainement la commémoration des douleurs du Christ et les joies de sa Résurrection ; neuf semaines seulement nous séparent de ces grandes solennités. Il est temps pour le chrétien de préparer son âme à une nouvelle visite du Seigneur, plus sacrée et plus décisive encore que celle qu’il a daigné nous faire dans sa miséricordieuse Nativité.

    La sainte Église, qui sent le besoin de réveiller nos cœurs de leur assoupissement, et de leur donner une forte impulsion vers les choses célestes, accomplit aujourd’hui une grande mesure dans cette intention. Elle nous sèvre du divin Alléluia, ce chant du Ciel qui nous associait aux concerts des Anges. Nous ne sommes que des hommes fragiles, pécheurs courbés vers la terre; comment ce cri d’une meilleure patrie a-t-il pu sortir de notre bouche? Sans doute, l’Emmanuel, le divin réconciliateur de Dieu et des hommes, nous l’a apporté du Ciel, au milieu des joies de sa Naissance, et nous avons osé le répéter; nous le redirons même encore, avec un nouvel enthousiasme, dans l’allégresse de sa Résurrection ; mais, pour chanter dignement l’Alléluia, il faut aspirer au séjour d’où il nous est venu. Ce n’est pas là un vain mot, une mélodie profane ou insignifiante ; c’est le souvenir de la patrie dont nous sommes exilés, c’est l’élan vers le retour.

    Le mot Alléluia signifie Louez Dieu; mais son accent est particulier. L’Église ne suspendra pas, durant neuf semaines, l’exercice du devoir qui l’oblige à louer Dieu. Elle substituera à ce terme échappé d’un monde meilleur un autre cri qui proclame aussi la louange : Laus tibi, Domine, Rex œternœ gloriœ ! Louange à vous, Seigneur, Roi de l’éternelle gloire ! Mais ce dernier cri part de la terre, tandis que l’autre est descendu du Ciel. « L’Alléluia, dit le pieux Rupert, est comme une goutte de la joie suprême dont tressaillit la Jérusalem supérieure. Les Patriarches et les Prophètes le portèrent au fond de leur âme ; l’Esprit-Saint le produisit avec plus de plénitude sur les lèvres des Apôtres. Il signifie l’éternel festin des Anges et des âmes bienheureuses, qui consiste à louer Dieu sans cesse, à contempler sans fin la face du Seigneur, à chanter sans jamais se lasser des merveilles toujours nouvelles. L’indigence de notre vie actuelle n’arrive pas à goûter ce festin ; la perfection en cette vie est d’y prendre part au moyen des joies de l’espérance, d’en avoir faim, d’en avoir soif. C’est pour cela que ce mot mystérieux Alléluia n’a pas été traduit, et qu’il est resté en hébreu, comme pour signifier, plutôt qu’il ne la saurait exprimer, une allégresse trop étrangère à notre vie présente 1 . »

    Durant ces jours où il nous faut sentir la dureté de notre exil, sous peine d’être laissés comme transfuges au sein de la perfide Babylone, il importait que nous fussions prémunis contre les entraînements du dangereux séjour où se passe notre captivité. Voilà pourquoi l’Église, prenant pitié de nos illusions et de nos périls, nous donne un si solennel avertissement. Elle nous dit, en nous enlevant le cri de l’allégresse, que nos lèvres ont besoin d’être purifiées avant d’être admises à prononcer de nouveau la parole des Anges et des Saints ; que nos cœurs, souillés par le péché et par l’amour des biens terrestres, doivent être épurés par le repentir. Elle va dérouler sous nos yeux le triste spectacle de la chute de notre premier père, événement lamentable d’où sont sortis tous nos malheurs, avec la nécessité d’une rédemption. Elle pleure sur nous, cette Mère tendre, et elle veut que nous nous affligions avec elle.

    Acceptons donc la loi qui nous est faite ; et si déjà les joies pieuses sont suspendues pour nous, comprenons qu’il est temps de faire trêve avec les frivolités du monde. Mais, avant tout, écartons-nous du péché : assez longtemps il a régné en nous. Le Christ approche avec sa croix ; il vient tout réparer par le fruit surabondant de son Sacrifice. Nous ne voulons pas, sans doute, que son sang tombe inutilement sur nos âmes, comme la rosée du matin sur les sables encore tièdes du désert. Confessons d’un cœur humble que nous sommes pécheurs, et, semblables au publicain de l’Évangile qui n’osait leverses regards, reconnaissons qu’il est juste que l’on nous retire, au moins pendant quelques semaines, ces chants auxquels notre bouche coupable s’était trop familiarisée, ces sentiments d’une confiance trop présomptueuse qui combattaient dans nos cœurs la sainte crainte de Dieu.

    L’insouciance pour les formes liturgiques, qui est l’indice le plus sensible de l’affaiblissement de la foi dans une chrétienté, et qui règne si universellement autour de nous, est cause que beaucoup de chrétiens, de ceux même qui fréquentent l’Église et les Sacrements, voient chaque année, sans en être émus, cette suspension de l’Alléluia. C’est à peine si plusieurs d’entre eux y donnent une attention légère et distraite, préoccupés qu’ils sont des habitudes d’une piété toute privée et en dehors de la pensée de l’Église. Si ces lignes leur tombent quelque jour sous les yeux, nous les engageons à réfléchir sur la souveraine autorité et sur la profonde sagesse de notre Mère commune, qui considère la suspension de l’Alléluia comme l’un des incidents les plus graves et les plus solennels de l’Année liturgique. Peut-être leur sera-t-il avantageux d’écouter un moment les accents si touchants que l’interruption forcée du cri céleste arrachait à la piété de nos pères, à l’époque où la foi chrétienne était encore la loi suprême des individus comme des sociétés.

    Les adieux à l’Alléluia dans les diverses Églises, au moyen âge, étaient empreints, comme on va le voir, de sentiments divers selon les lieux. On profitait de la circonstance pour exprimer tout ce que cette parole céleste inspirait de tendresse ou d’enthousiasme ; d’autres fois, le regret des fidèles pour le céleste compagnon de leurs prières s’épanchait en accents plus tristes.

    Nous commencerons par nos vieilles Églises de l’âge carlovingien, et nous produirons d’abord ces adieux d’une familiarité naïve, par lesquels nos pères du IX° siècle se séparaient de l’Alléluia, en annonçant toutefois l’espérance de le revoir, quand la victoire du Christ aurait ramené la sérénité au ciel de la sainte Église. Nous empruntons les deux Antiennes qui suivent, et dont l’origine paraît être romaine, à l’Antiphonaire de Saint-Corneille de Compiègne, publié par dom Denys de Sainte-Marthe.

ANT. Angelus Domini bonus comitetur tecum, Alleluia, et bene disponat itineri tuo, ut iterum cum gaudio revertaris ad nos, Alleluia, Alleluia.

ANT. Alleluia, mane apud nos hodie, et crastina proficisceris, Alleluia ; et dum ortus fuerit dies, ambulabis vias tuas, Alleluia, Alleluia, Alleluia.

    Ant. Que le bon Ange du Seigneur t’accompagne , Alléluia ; qu’il rende l’on voyage prospère, afin que tu reviennes avec nous dans la joie, Alléluia, Alléluia.

    Ant. Alléluia, reste encore avec nous aujourd’hui ; demain, tu partiras, Alléluia ; et quand le jour se lèvera, tu te mettras en route, Alléluia, Alléluia, Alléluia.

 

    Voici maintenant les chants par lesquels l’Église gothique d’Espagne saluait l’ Alléluia, à la veille du jour où il devait cesser. Nous prenons seulement les principaux traits d’un ensemble liturgique qui forme, pour ainsi dire, un Office entier :

    HYMNE.

Alleluia piis edite laudibus, Cives aetherei, psallite unanimiter Alleluia perenne.

Hinc vos perpetui luminis accola, Ad summum resonate hymniferis choris Alleluia perenne.

Vos urbs eximia suscipiet Dei, Quae lotis resonans cantibus, excitat Alleluia perenne.

Almum sidereae jam tria decus Victores capite, quo canere possitis Alleluia perenne.

Illic Regis honor vocibus inclytis Jocundum reboat carmine perpetim Alleluia perenne.

Hoc fessis requies, hoc cibus, hoc potus Oblectans reduces, haustibus affluens Alleluia perenne.

Te suavis onis Conditor affatim Rerum carminibus, laudeque pangimus Alleluia perenne.

Te Christo celebrat gloria vocibus Nostris, omnipotens, ac tibi dicimus Alleluia perenne

Alleluia perenne. Amen.

Felici reditu gaudia, sumite, Reddentes Domino glorificum melos, Alleluia perenne.

 

    Habitants du ciel, faites résonner l’Alléluia dans vos sacrés cantiques ; d’un concert unanime chantez l’Alléluia éternel.

    Vous qui vivez au sein de la lumière qui ne s’éteindra jamais, dans vos chœurs mélodieux, chantez avec ardeur l’Alléluia éternel.

    Remontez vers cette heureuse cité de Dieu qui va vous recevoir, et qui, retentissante de cantiques joyeux, répète l’Alléluia éternel.

    Dans votre victoire, prenez possession des honneurs de la patrie céleste, où il vous appartient de chanter l’Alléluia éternel.

    C’est là que des voix augustes font résonner à jamais, à la gloire du grand Roi , le cantique joyeux , l’Alléluia éternel.

    Repos après le labeur, nourriture, breuvage, il fait les délices de ceux qui rentrent dans la patrie, il les enivre à longs traits, l’Alléluia éternel.

    Nous aussi, Auteur des êtres, nous célébrons dans nos cantiques mélodieux, nous chan l’on s à votre louange l’Alléluia éternel.

    Christ tout-puissant, nos voix te glorifient, et nous disons à ta gloire l’Alléluia éternel, l’Alléluia éternel. Amen.

    À son heureux retour, jubilez d’allégresse ; rendez au Seigneur le tribut de gloire et de mélodie, l’Alléluia éternel.

 

    CAPITULE.

Alleluia in coelo, et in terra : in coelo perpetuatur, et in terra cantatur. Ibi sonat jugiter : hic fideliter. Illic perenniter, hic suaviter. Illic feliciter, hic concorditer Illic ineffabiliter,hic instanter. Illic sine syllabis hic modulis. Illic ab angelis, hic a populis, quam Christo Domino nascente in laude et confessione nimis ejus, non solum in coelo, sed et in terra collicellvs cecinerunt dura gloriam in excelsis Deo, et pacem in terra bonae voluntatis hominibus nuntiaverunt. quæsumus ergo, Domine, ut quorum ministeria nitimur imitari laudando, eorum mereamur consortium beatæ vitae vivendo.

 

    L’Alléluia est du ciel, et il est de la terre ; au ciel il dure toujours, mais sur la terre il peut être chanté. Au ciel, il retentit sans interruption ; sur la terre, il trouve du moins des bouches fidèles. Au ciel, il éclate à jamais; ici-bas, il n’est pas sans douceur. Au ciel, il exprime l’enthousiasme du bonheur; sur la terre, il exprime la concorde. Au ciel, il est ineffable ; ici-bas, on le répète avec instance. Au ciel, il n’a pas besoin de syllabes ; sur la terre, il lui faut encore le secours de nos faibles mélodies. Au ciel, il est chanté par les Anges ; ici-bas, par les peuples. Ce ne fut pas seulement au ciel, mais sur la terre, que les bienheureux le chantèrent à la naissances du Christ Seigneur, lorsqu’il annoncèrent la gloire à Dieu, au plus haut des cieux, et la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Faites donc, Seigneur, que par nos actes nous méritions d’être réunis dans la vie bienheureuse à ceux dont nous cherchons à imiter l’office, en répétant vos louanges.

    ANTIENNE.

Ibis, Alleluia. Prosperum iter habebis Alleluia ; et iterum cum gaudio revertaris ad nos, Alleluia. In manibus enim suis portabunt te : ne unquam offendas ad lapidem pedem tuum. Et iterum cum gaudio revertaris ad nos, Alleluia.

    Tu nous quittes, Alléluia. l’on voyage sera heureux, Alléluia : tu reviendras à nous avec allégresse, Alléluia. liste porteront sur leurs bras, afin que l’on pied ne heurte pas contre la pierre, et tu reviendras à nous avec allégresse, Alléluia.

    BENEDICTION.

Alleluia, nomen pium, atque jocundum, dilatetur ad laudem Dei in ora omnium populorum.

R. Amen.

Sit in vocibus credentium clara, quae in angelorum ostenditur concentibus gloriosa.

R. Amen.

R. Amen.

Et, quae in aeternis civibus sine sonorum strepitu enitet, in vestris cordibus effectu planiore fructificet.

R. Amen.

Angelus Domini bonus comitetur tecum, Alleluia ; et omnia bona praeparet itineri tuo. Et iterum cum gaudio revertaris ad nos. Alleluia.

 

    Que l’Alléluia, parole religieuse et pleine d’allégresse , soit proféré, à la louange de Dieu, par la bouche de tous les peuples.

    R/. Amen.

    Qu’elle soit mélodieuse dans la bouche des croyants, cette parole qui dans les concerts des Anges exprime la gloire.

    R/. Amen.

    Les citoyens de l’éternité la font retentir sans le secours d’une harmonie matérielle ; que dans vos cœurs elle fructifie à l’aide d’un sentiment d’amour toujours croissant.

    R/. Amen.

    Que le bon Ange du Seigneur t’accompagne, Alléluia : qu’il te prépare un voyage heureux, et tu reviendras à nous avec allégresse, Alléluia.

 

    Les Églises d’Allemagne, au moyen âge, formulèrent les adieux à l’Alléluia, dans cette magnifique Prose que l’on trouve dans leurs Missels jusqu’au XVe siècle.

    SÉQUENCE.

Cantemus cuncti melodum nunc Alleluia.

In laudibus aeterni regis, haec plebs resultet Alleluia.

Hoc denique coelestes chori cantent in altum Alleluia.

Hoc beatorum per prata Paradisiaca psallat concentus Alleluia.

Quin et astrorum micantia luminaria jubilent altum Alleluia.

Nubium cursus, ventorum volatus, fulgurum coruscatio et tonitruum sonitus, dulce consonent simul Alleluia.

Fluctus et undae,imber et procellae, tempestas et serenitas, cauma, gelu, nix, pruinae, saltus, nemora, pangant Alleluia.

Hinc variae volucres Creatorem laudibus concinite cum Alleluia.

Ast illic respondeant voces altae
diversarum bestiarum Alleluia.

Istinc montium celsi vertices sonent Alleluia.

Hinc vallium profunditates saltent Alleluia.

Tu quoque maris jubilans abysse, dic Alleluia.

Necnon terrarum molis immensitates : Alleluia.

Nunc omne genus humanum laudans exsultet Alleluia.

Et Creatori grates frequentans consonet Alleluia.

Hoc denique nomen audire jugiter delectatur Alleluia.

Hoc etiam carmen coeleste comprobat ipse Christus Alléluia,

Nunc vos socii cantate laetantes : Alleluia.

Et vos pueruli respondete semper : Alleluia.

Nunc omnes canite simul, Alleluia Domino, Alleluia Christo, Pneumatique Alleluia.

Laus Trinitati aeternae. in baptismo Domini quae clarificatur : hinc canamus Alleluia.

 

    Chantons tous Alléluia. A la louange du Roi éternel, que le peuple fasse retentir Alléluia.

    Que les chœurs célestes chantent dans les hauteurs du ciel Alléluia.

    Que le concert des bienheureux, dans les jardins du Paradis, exécute l’Alléluia.

    Que les sphères éclatantes des cieux jubilent en proclamant dans les hauteurs l’Alléluia.

    Que les nuées dans leur cours, les vents dans leur vol rapide, les éclairs dans leur marche étincelante, les tonnerres dans leur fracas, s’unissent pour rendre la douceur de l’Alléluia.

    Flots et ondes, pluies et orages, tempêtes et sérénité, ardeurs et froidure, neiges, frimas, bois et forêts, célébrez l’Alléluia.

    Et vous, race si variée des oiseaux , louez votre créateur avec mélodie par l’Alléluia.

    La grande voix des animaux terrestres s’unira pour répondre Alléluia.

    Puis, les sommets des montagnes renverront à leur tour Alléluia.

    Et la profondeur des vallées répétera en tressaillant Alléluia.

    Toi aussi, abîme des mers, jubile, et dis à l’on tour Alléluia.

    Et que l’immensité des espaces terrestres pousse ce cri : Alléluia.

    Genre humain tout entier, fais entendre avec transport le chant de la louange, Alléluia.

    Et rends au Créateur tes actions de grâces, en répétant sans cesse : Alléluia.

     Ton Créateur se complaît à entendre éternellement cette parole : Alléluia.

    Le Christ aussi accepte ce chant céleste : Alléluia.

    Maintenant donc, frères, chantez dans l’allégresse . Alléluia.

    Et vous, enfants, répondez toujours : Alléluia.

    Chantez tous ensemble, chantez au Seigneur : Alléluia ; au Christ : Alléluia ; à l’Esprit-Saint : Alléluia.

    Louange soit à l’éternelle Trinité qui parut avec gloire au baptême du Seigneur : chantons-lui : Alléluia.

 

    Nos Églises de France, au XIII° siècle, et longtemps encore après, chantaient, aux Vêpres du samedi de Septuagésime, l’Hymne touchante que nous donnons ci-dessous.

    HYMNE.

Alleluia dulce carmen, Vox perennis gaudii, Alleluia laus suavis Est choris coelestibus, Quam canunt Dei manentes In domo per saecula.

Alleluia laeta mater Concivis Jerusalem ; Alleluia vox tuorum Civium gaudentium Exules nos flere cogunt Babylonis flumina.

Alleluia non meremur In perenne psallere : Alleluia vox reatus Cogit intermittere Tempus’ instat quo peracta Lugeamus crimina.

Unde laudando precamur Te , beata Trinitas, Ut tuum nobis videre Pascha des in xthere, Quo tibi laeti canamus Alleluia perpetim. Amen

 

    Alléluia est un chant de douceur, une voix d’allégresse éternelle ; Alléluia est le cantique mélodieux que les chœurs célestes font retentir à jamais, dans la maison de Dieu.

    Alléluia ! céleste Jérusalem, heureuse mère, patrie où nous avons droit de cité ; Alléluia ! c’est le cri de tes fortunés habitants ; pour nous, exilés sur les rives des fleuves de Babylone, nous n’avons plus que des larmes.

    Alléluia ! Nous ne sommes pas dignes de le chanter toujours. Alléluia ! Nos péchés nous obligent à le suspendre ; voici le temps que nous devons employer à pleurer nos crimes.

    Recevez donc, ô heureuse Trinité , ce cantique par lequel nous vous supplions de nous faire assister un jour à votre Pâque céleste, où nous chanterons à votre gloire, au sein de la félicité, l’éternel Alléluia. Amen.

 

    Dans la Liturgie actuelle, les adieux à l’Alléluia sont plus simples ; l’Église se contente de répéter quatre fois cette mystérieuse parole, à la fin des Vêpres du Samedi.

Benedicamus Domino, Alleluia, Alleluia.

Deo gratias, Alleluia, Alleluia.

    Bénissons le Seigneur, Alléluia, Alléluia.

    Rendons grâces à Dieu, Alléluia, Alléluia.

    Désormais, à partir des Complies qui vont suivre, nous n’entendrons plus ce chant du Ciel, jusqu’à l’heure où le cri de la Résurrection éclatera sur la terre.

LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME.

    La sainte Église nous rassemble aujourd’hui pour repasser avec nous le lamentable récit de la chute de notre premier père. Un si affreux désastre nous fait déjà pressentir le dénouement de la vie mortelle du Fils de Dieu fait homme, qui a daigné prendre sur lui la charge d’expier la prévarication du commencement et toutes celles qui l’ont suivie. Pour être en mesure d’apprécier le remède, il nous faut sonder la plaie. Cette semaine sera donc employée à méditer la gravité du premier péché, et toute la suite des malheurs qu’il a entraînés sur l’espèce humaine.

    Autrefois l’Église lisait en ce jour, à l’Office de Matines, la narration simple et sublime par laquelle Moïse a initié toutes les générations à ce triste événement. La disposition actuelle de la Liturgie n’amène pas cette lecture avant le Mercredi de cette semaine, les jours qui précèdent étant employés à lire le récit des six jours de la création. Nous placerons néanmoins dès aujourd’hui cette importante lecture, comme le fondement des enseignements de la semaine.

De Libro Genesis. Cap. iii.

Sed et serpens erat callidior cunctis animantibus terra, quae fecerat Dominus Deus. Qui dixit ad mulierem : Cur praecepit vobis Deus ut non comederetis de omni ligno paradisi ? Cui respondit mulier : De fructu lignorum qua sunt in paradiso vescimur : de fructu vero ligni, quod est in medio paradisi, praecepit nobis Deus ne comederemus, et ne tangeremus illud, ne forte moriamur. Dixit autem serpens ad mulierem : Nequaquam morte muriemini scit enim Deus quod in quocumque die comederitis ex eo, aperientur oculi vestri, et eritis sicut dii, scientes bonum et malum. Vidit igitur mulier, quod bonum esset lignum ad vescendum, et pulchrum oculis, aspectuque delectabile : et tulit de fructu illius, et comedit : deditque viro suo, qui comedit. Et aperti sunt oculi amborum.

Cumque cognovissent se esse nudos, consuerunt folia ficus, et fecerunt sibi perizomata. Et eum audissent vocem Domini Dei deambulantis in paradiso, ad auram post meridiem, abscondit se Adam et uxor ejus a facie Domini Dei, in medio ligni paradisi. Vocavitque Dominus Deus Adam, et dixit ei : Ubi es ? Qui ait : Vocem tuam audivi in paradiso, et timui, eo quod nudus essem et abscondi me. Cui dixit : Quis enim indicavit tibi quod nudus esses, nisi quod ex ligno de quo praeceperam tibi ne comederes, comedisti ? Dixitque Adam : Mulier, quam dedisti mihi sociam dedit mihi de ligno, et comedi. Et dixit Dominus Deus ad mulierem : Quare hoc fecisti ? Qua respondit : Serpens decepit me, et comedi.

Et ait Dominus Deus ad serpentem : Quia fecisti hoc, maledictus es inter omnia animantia, et bestias terne : super pectus tuum gradieris, et terram comedes cunctis diebus vitae tuae. Inimicitias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illius ; ipsa conteret caput tuum, et tu insidiaberis calcaneo ejus. Mulieri quoque dixit : Multiplicabo aerumnas tuas, et conceptus tuos : in dolore paries filios, et sub viri potestate eris, et ipse dominabitur tui. Adae vero dixit : Quia audisti vocem uxoris tuae, et comedisti de ligno, ex quo praeceperam tibi ne comederes, maledicta terra in opera tuo : in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vitae tuae. Spinas et tribulos germinabit tibi, et comedes herbam terne. In sudore vultus tui vesceris pane, donec revertaris in terram, de qua sumptus es : quia pulvis es, et in pulverem reverteris.

 

    Du Livre de la Genèse. Chap. III.

    Or, le serpent était le plus rusé de tous les animaux que le Seigneur Dieu avait formés sur la terre. Il dit à la femme : Pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres du jardin ? La femme lui répondit : Nous mangeons du fruit des arbres qui sont dans le jardin ; mais, pour ce qui est du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu nous a commandé de n’en point manger, et de n’y point toucher, de peur que nous ne mourrions. Le serpent dit à la femme : Assurément, vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que le jour où vous en aurez mangé, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme donc considéra que le fruit de cet arbre était bon à manger, qu’il était beau et agréable à la vue, et, en ayant pris, elle en mangea, et en donna à son mari qui en mangea aussi. Et en même temps , leurs yeux furent ouverts à tous deux.

    Ayant reconnu leur nudité, ils entrelacèrent des feuilles de figuier, et s’en firent des ceintures. Et ayant entendu la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin après midi, à l’heure où il s’élève un vent doux, Adam et son épouse se cachèrent sous l’ombrage des arbres du jardin, pour fuir la face du Seigneur Dieu. Et le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Où es tu ? Il répondit : J’ai entendu votre voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que j’étais nu ; c’est pourquoi je me suis caché. Le Seigneur reprit : Qui t’a appris que tu étais nu, si ce n’est que tu as mangé du fruit de l’arbre dont je t’avais commandé de ne pas manger ? Et Adam répondit : La femme que vous m’avez donnée pour compagne m’a présenté du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. Et le Seigneur Dieu dit à la femme : Pourquoi as-tu fait cela? Elle répondit : Le serpent m’a trompée , et j’en ai mangé.

    Et le Seigneur Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux et les bêtes de la terre. Tu ramperas sur l’on ventre, et tu mangeras la terre tous les jours de ta vie. Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne : elle t’écrasera la tête, et tu tâcheras de la mordre au talon. 11 dit aussi à la femme : Je multiplierai tes angoisses après que tu auras conçu ; tu enfanteras tes fils dans la douleur ; tu seras sous la puissance de l’homme, et il te dominera. Il dit ensuite à Adam : Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit de l’arbre dont je t’avais commandé de ne pas manger, la terre sera maudite à cause de ce que tu as fait : tu tireras d’elle ta nourriture à force de travail, tous les jours de ta vie. Elle te produira des épines et des ronces, et tu te nourriras de l’herbe de la terre. Tu mangeras l’on pain à la sueur de l’on visage, jusqu’à ce que tu retournes en la terre dont tu as été tiré : car tu es poussière, et tu rentreras dans la poussière.

 

    La voilà cette page terrible des annales humaines. Elle seule nous explique la situation présente de l’homme sur la terre. Par elle aussi, nous apprenons l’attitude qui nous convient à l’égard de Dieu. Nous reviendrons sur ce lugubre récit dans les jours qui vont suivre ; dès à présent, il doit faire le principal objet de nos réflexions. Reprenons maintenant l’explication de la Liturgie d’aujourd’hui.

    Dans l’Église grecque, le Dimanche que nous appelons de la Septuagésime est désigné sous le nom de Prosphonésime, c’est-à-dire Proclamation, parce qu’il annonce au peuple le jeûne du Carême qui doit bientôt commencer. Il est aussi appelé le Dimanche de l’Enfant prodigue, parce qu’on y lit cette parabole, comme une invitation aux pécheurs de recourir à la miséricorde de Dieu. Il faut observer néanmoins que ce Dimanche est le dernier jour de la semaine appelée Prosphonésime, laquelle commence dès le lundi précédent, selon la manière de compter des Grecs.

 

    A LA MESSE.

    La Station, à Rome, est dans l’Église de Saint-Laurent-hors-les-Murs. Les anciens liturgistes font remarquer la relation qui existe entre le juste Abel, dont le sang répandu par son frère fait l’objet d’un des Répons des Matines d’aujourd’hui, et le courageux martyr sur le tombeau duquel l’Église Romaine vient ouvrir la Septuagésime.

    L’Introït de la Messe exprime les terreurs de la mort auxquelles Adam et sa race tout entière sont en proie, depuis le péché. Cependant un cri d’espérance se fait entendre, au milieu de cette suprême désolation. Adam et sa race peuvent encore implorer la miséricorde céleste. Le Seigneur a fait une promesse, au jour même de la malédiction; qu’ils confessent leur misère, et le Dieu même qu’ils ont offensé deviendra leur libérateur.

    INTROÏT.

Circumdederunt me gemitus mortis, dolores inferni circumdederunt me : et in tribulatione mea invocavi Dominum, et exaudivit de templo sancto suo vocem meam.

Ps. Diligam te, Domine, fortitudo mea : Dominus firmamentum meum, et refugium meum, et liberator meus. V. Gloria Patri. Circumdederunt.

    Les gémissements de la mort m’ont environné, les douleurs de l’enfer m’ont assiégé ; j’ai invoqué le Seigneur dans ma tribulation, et, de son saint temple, il a écouté ma voix.

    Ps. Je vous aimerai, Seigneur, qui êtes ma force ; le Seigneur est mon appui, mon refuge et mon libérateur. Gloire au Père. Les gémissements.

    Dans la Collecte, l’Église reconnaît que ses enfants ont mérité les châtiments qui sont la suite du péché, et demande pour eux cette miséricorde qui délivre.

    COLLECTE.

Preces populi tui, quaesumus, Domine, clementer exaudi : ut qui juste pro peccatis nostris affligimur, pro tui nominis gloria misericorditer liberemur. Per Dominum nostrum Jesum Christum.

    Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer dans votre clémence les prières de votre peuple, afin que nous qui sommes justement affligés pour nos péchés, soyons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre Nom. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    SECONDE COLLECTE.

A cunctis nos, quaesumus, Domine, mentis et corporis defende periculis : et intercedente beata et gloriosa semperque Virgine Dei Genitrice Maria, cum beato Joseph, beatis apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato N., et omnibus sanctis, salutem nobis tribue benignus et pacem : ut destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia tua se- cura tibi serviat libertate.

 

    PRÉSERVEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, de tous les périls de l’âme et du corps ; et vous laissant fléchir par l’intercession de la bienheureuse et glorieuse Mère de Dieu Marie toujours Vierge, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. (on nomme ici le Saint titulaire de l’Église) et de tous les Saints, accordez-nous, dans votre bonté, le salut et la paix, afin que toutes les erreurs et les adversités étant écartées, votre Église vous serve dans une liberté tranquille.

    Le Prêtre ajoute une troisième Collecte, à son choix.

    ÉPÎTRE.

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. 1 Cap ix.

Fratres, nescitis quod ii qui in stadio currunt, omnes quidem currunt, sed unus accipit bravium ? Sic currite, ut comprehendatis. Omnis autem, qui in agone contendit, ab omnibus se abstinet : et illi quidem ut corruptibilem coronam accipiant, nos autem incorruptam. Ego igitur sic curro, non quasi in incertum : sic pugno, non quasi aerem verberans : sed castigo corpus meum et in servitutem redigo : ne forte cum aliis praedicaverim, ipse reprobus efficiar. Nolo enim vos ignorare, fratres, quoniam patres nostri omnes sub nube fuerunt, et omnes mare transierunt, et omnes in Moyse baptizati sunt, in nube et in mari ; et omnes eamdem escam spiritalem manducaverunt, et omnes eumdem potum spiritalem biberunt (bibebant autem de spiritali, consequente eos petra ; petra autem erat Christus). Sed non in pluribus eorum beneplacitum est Deo.

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. Chap. IX.

    Mes Frères, ne savez-vous pas que, quand on court dans la lice, tous courent, mais qu’un seul remporte le prix ? Courez donc de telle sorte que vous le remportiez. Or, tout athlète garde en toutes choses la tempérance, et ils ne le font que pour gagner une couronne corruptible ; la nôtre au contraire sera incorruptible. Pour moi, je cours, mais non pas comme au hasard ; je combats, mais non pas en donnant des coups en l’air ; je châtie mon corps, et je le réduis en servitude ; de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne devienne moi-même réprouvé. Je ne veux pas que vous ignoriez, mes Frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, qu’ils ont tous passé la mer ; qu’ils ont tous été baptisés sous la conduite de Moïse, dans la nuée et dans la mer ; qu’ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle et bu le même breuvage spirituel. Car ils buvaient de l’eau de la Pierre spirituelle qui les suivait ; et cette Pierre était Jésus-Christ. Mais cependant, sur un si grand nombre, il y en eut peu qui fussent agréables à Dieu.

    La parole énergique de l’Apôtre vient augmenter encore l’émotion que nous apportent les grands souvenirs qui se rattachent à ce jour. Il nous dit que ce monde est une arène dans laquelle il faut courir, et que le prix n’est que pour ceux dont la marche est agile et dégagée. Gardons-nous donc de ce qui pourrait appesantir notre course et nous faire manquer la couronne. Ne nous faisons pas illusion : rien n’est sûr pour nous, tant que nous ne sommes pas au bout de la carrière. Notre conversion n’a pas été plus sincère que celle de saint Paul, nos œuvres plus dévouées et plus méritoires que les siennes; toutefois, il le confesse lui-même, la crainte de devenir réprouvé n’est pas entièrement éteinte dans son cœur. Il châtie son corps, et il le réduit en servitude. L’homme dans l’état actuel n’a plus cette volonté droite qu’avait Adam avant son péché, et dont cependant il sut faire un si malheureux usage. Un penchant fatal nous entraîne, et nous ne pouvons garder l’équilibre qu’en sacrifiant la chair à l’esprit. Cette doctrine paraît dure au grand nombre, et c’est pour cela que beaucoup n’arriveront pas au terme de la carrière, et n’auront pas part à la récompense qui leur était destinée. Comme les Israélites dont parle ici l’Apôtre, ils mériteront d’être ensevelis dans le désert, et ne verront pas la terre promise. Néanmoins, les mêmes merveilles dont turent témoins Josué et Caleb s’étaient accomplies sous leurs yeux ; mais rien ne guérit l’endurcissement d’un cœur qui s’obstine à mettre tout son espoir dans les choses de la vie présente, comme si leur périlleuse vanité ne se révélait pas d’elle-même à chaque heure.

    Mais si le cœur se confie en Dieu, s’il se fortifie par la pensée que le secours divin ne manque jamais à celui qui l’implore, il parcourra sans faiblir l’arène de cette vie, et il arrivera heureusement au terme. Le Seigneur a les yeux constamment ouverts sur celui qui travaille et qui souffre. Tels sont les sentiments exprimés dans le Graduel.

 

    GRADUEL.

Adjutor in opportunitatibus, in tribulatione : sperent in te qui noverunt te, quoniam non derelinquis quaerentes te, Domine.

V. Quoniam non in finem oblivio exit pauperis ; patientia pauperum non peribit in Aeternum : exsurge, Domine, non praevaleat homo.

 

    Vous êtes, Seigneur, notre appui dans le besoin et dans la tribulation : que ceux qui vous connaissent espèrent en vous ; car vous n’abandonnez pas ceux qui vous cherchent.

    V. Le pauvre ne sera pas toujours en oubli ; les souffrances du pauvre ne seront pas perdues pour l’éternité : levez-vous, Seigneur, et que l’homme ennemi ne prévale pas.

    

    Le Trait envoie vers Dieu un cri, du fond de l’abîme de notre déchéance. L’homme est profondément humilié par sa chute ; mais il sait que Dieu est plein de miséricorde, et que sa bonté l’empêche de traiter nos iniquités comme elles le méritent ; autrement, nul de nous ne pourrait espérer le pardon.

    TRAIT

De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam.

V. Fiant aures tua intendentes in orationem servi tui.

V. Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?

V. Quia apud te propitiatio est, et propter legem tuam sustinui te, Domine.

 

    Des profondeurs de l’abîme,j’ai crié vers vous, Seigneur ! Seigneur, écoutez ma voix.

    V/. Que vos oreilles soient attentives à la prière de votre serviteur.

    V/. Seigneur ! si vous considérez mes iniquités : Seigneur ! qui soutiendra votre jugement ?

    V/. Mais la miséricorde est en vous ; c’est pourquoi, à cause de votre parole, je vous ai attendu, Seigneur.

 

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. xx.

In illo tempore, dixit Jesus discipulis suis parabolam liane : Simile est regnum coelorum homini patrifamilias, qui exiit primo mane conducere operarios in vineam suam. Conventione autem facta cumu operariis ex denario diurno, misit eos in vineam suam. Et egressus circa horam tertiam, vidit alios stantes in foro otiosos, et dixit illis: Ite et vos in vineam meam, et quod justum fuerit, dabo vobis. Illi autem abierunt. Iterum autem exiit circa sextam et nonam horam, et fecit similiter. Circa undecimam vero exiit; et invenit alios stantes, et dicit illis: Quid hic statis tota die otiosi? Dicunt ei: Quia nemo nos conduxit. Dixit illis: Ite et vos in vineam meam. Cum sero autem factum esset, dicit Dominus vineae procuratori suo: Voca operarios, et redde illis mercedem, incipiens a novissimis usque ad primos. Cum venissent ergo qui circa undecimam horam venerant, acceperunt singulos denarios. Venientes autem et primi, arbitrati sunt quod plus essent accepturi: acceperunt autem et ipsi singulos denarios. Et accipientes murmurabant adversus patremfamilias, dicentes: Hi novissimi una hora fecerunt, et pares illos nobis fecisti qui portavimus pondus diei et aestus? At ille respondens uni eorum, dixit: Amice, non facio tibi injuriam; nonne ex denario convenisti mecum? Tolle quod tuum est, et vade: volo autem et huic novissimo dare sicut et tibi. Aut non licet mihi quod volo facere? An oculus tuus nequam est, quia ego bonus sum? Sic erunt novissimi primi, et primi novissimi. Multi enim sunt vocati, pauci vero electi.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XX.

    En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples cette parabole: Le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui sortit de grand matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne. Étant demeuré d’accord avec eux d’un denier pour leur journée, il les envoya dans sa vigne. Et étant sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient sur la place sans rien faire, et il leur dit : Allez-vous-en aussi dans ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste. Et ils y allèrent. Il sortit encore sur la sixième et la neuvième heure, et il fit la même chose. Enfin étant sorti sur la onzième heure, il en trouva d’autres qui étaient là, et il leur dit : Pourquoi demeurez-vous ici le long du jour sans travailler ? Et ils lui dirent : Parce que personne ne nous a loués. Il leur dit : Allez-vous-en aussi dans ma vigne. Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et donne-leur le salaire, en commençant par les derniers et finissant par les premiers. Ceux donc qui n’étaient venus que vers la onzième heure, s’étant approchés, reçurent chacun un denier. Ceux qui étaient venus les premiers pensèrent qu’ils allaient recevoir davantage ; mais ils ne reçurent que chacun un denier. Et en le recevant, ils murmuraient contre le père de famille et disaient: Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et vous leur avez donné autant qu’à nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Mais il répondit à l’un d’eux: Mon ami, je ne vous fais point de tort. N’êtes-vous pas convenu avec moi d’un denier? Prenez ce qui vous appartient et vous en allez ; mais je veux donner à ce dernier autant qu’à vous. Est-ce qu’il ne m’est pas permis de faire ce que je veux? Votre œil est-il mauvais parce que je suis bon ? Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers, parce qu’il y en a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.

 

    Il importe de bien saisir ce célèbre passage de l’Évangile, et d’apprécier les motifs qui ont porté l’Église à le placer en ce jour. Considérons d’abord les circonstances dans lesquelles le Sauveur prononce cette parabole, et le but d’instruction qu’il s’y propose directement. Il s’agit d’avertir les Juifs que le jour approche où leur loi tombera pour faire place à la loi chrétienne, et de les disposer à accueillir favorablement l’idée que les Gentils vont être appelés à former alliance avec Dieu. La vigne dont il est ici question est l’Église sous ses différentes ébauches, depuis le commencement du monde, jusqu’à ce que Dieu vînt lui-même habiter parmi les hommes et constituer sous une forme visible et permanente la société de ceux qui croient en lui. Le matin du monde dura depuis Adam jusqu’à Noé ; la troisième heure s’étendit de Noé jusqu’à Abraham ; la sixième heure commença à Abraham pour aller jusqu’à Moïse ; la neuvième heure fut l’âge des Prophètes, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Le Messie est venu à la onzième heure, lorsque le monde semblait pencher à son déclin. Les plus grandes miséricordes ont été réservées pour cette période durant laquelle le salut devait s’étendre aux Gentils par la prédication des Apôtres. C’est ce dernier mystère par lequel Jésus-Christ veut confondre l’orgueil judaïque. Il signale les répugnances que les Pharisiens et les Docteurs de la Loi éprouvaient en voyant l’adoption s’étendre aux nations, par les remontrances égoïstes que les ouvriers des premières heures osent faire au Père de famille. Cette obstination sera punie comme elle le mérite. Israël, qui travaillait avant nous, sera rejeté à cause de la dureté de son cœur; et nous, Gentils, qui étions les derniers, nous deviendrons les premiers, étant faits membres de cette Église catholique, qui est l’Épouse du Fils de Dieu.

    Telle est l’interprétation donnée à cette parabole par les saints Pères, notamment par saint Augustin et saint Grégoire le Grand; mais cet enseignement du Sauveur présente encore un autre sens également justifié par l’autorité de ces deux saints Docteurs. Il s’agit ici de l’appel que Dieu adresse à chaque homme pour l’inviter à mériter le Royaume éternel par les pieux labeurs de cette vie. Le matin, c’est notre enfance ; la troisième heure, selon la manière de compter des anciens, est celle où le soleil commence à monter dans le ciel: c’est l’âge de la jeunesse ; la sixième heure, par laquelle on désignait ce que nous appelons Midi, est l’âge d’homme; la onzième heure précède de peu d’instants le coucher du soleil : c’est la vieillesse. Le Père de famille appelle ses ouvriers à ces différentes heures ; c’est à eux de^ se rendre, dès qu’ils ont entendu sa voix ; mais il n’est pas permis à ceux qui sont conviés dès le matin de retarder leur départ pour la vigne, sous le prétexte qu’ils se rendront plus tard, lorsque la voix du Maître se fera entendre de nouveau. Qui les a assurés que leur vie se prolongera jusqu’à la onzième heure ? Lorsque la troisième sonne, peut-on compter même sur la sixième ? Le Seigneur ne convoquera au travail des dernières heures que ceux qui seront en ce monde lorsqu’elles viendront à sonner; et il ne s’est point engagé à adresser une nouvelle invitation à ceux qui auront dédaigné la première.

 

    A l’Offertoire, l’Église nous convie à célébrer les louanges de Dieu. Le Seigneur a voulu que, dans cette vallée de larmes, les chants à sa gloire fussent notre consolation.

    OFFERTOIRE.

Bonum est confiteri Domino, et psallere nomini tuo, Altissime.

Il est bon de louer le Seigneur, et de chanter votre Nom, ô Très-Haut !

    SECRÈTE.

Muneribus nostris, quaesumus, Domine, precibusque susceptis : et coelestibus nos munda mysteriis, et dementer exaudi. Per Dominum.

    En recevant nos dons et nos prières , Seigneur, daignez nous purifier par vos célestes Mystères, et nous exaucer dans votre clémence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    SECONDE SECRETE.

Exaudi nos, Deus salutaris noster : ut per hujus Sacramenti virtutem, a cunctis nos mentis et corporis hostibus tuearis, gratiam tribuens in praesenti, et gloriam in futuro.

    Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et, par la vertu de ce Sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de l’âme et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie et votre gloire en l’autre.

    Le Prêtre ajoute une troisième Secrète, à son choix.

 

    Dans l’Antienne de la Communion, l’Église demande que l’homme, régénéré par l’aliment céleste, retrouve la ressemblance de Dieu, selon laquelle il avait été créé dans le principe. Plus notre misère est grande, plus nous devons espérer en celui qui est descendu jusqu’à nous pour nous faire remonter jusqu’à lui.

    COMMUNION.

Illumina faciem tuam super servum tuum, et salvum me fac in tua misericordia : Domine, non confundar, quoniam invocavi te.

 

    Renouvelez votre ressemblance en votre serviteur, et sauvez-moi dans votre miséricorde. Seigneur ! Que je ne sois pas confondu, puisque je vous ai invoqué.

    POSTCOMMUNION.

Fideles tui, Deus, per tua dona firmentur : ut eadem et percipiendo requirant, et quaerendo sine fine percipiant. Per Dominum nostrum Jesum Christum.

    Que vos fidèles soient fortifiés par vos dons, afin que, en les recevant, ils ne cessent pas de les rechercher, et qu’en les recherchant, ils les reçoivent pour l’éternité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    SECONDE POSTCOMMUNION.

Mundet et muniat nos, quaesumus Domine, divini Sacramenti munus oblatum, et intercedente beata Virgine Dei Genitrice Maria, cum beato Joseph, beatis apostolis Petro et Paulo, atque beato N. et omnibus sanctis,

 

    Que l’oblation du divin Sacrifice nous purifie et nous protège, Seigneur, nous vous en supplions ; et, par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. et de tous les Saints , qu’elle soit pour nous l’expiation de tous nos péchés, et la délivrance de toute adversité.

    Le Prêtre ajoute une troisième Postcommunion, à son choix.

 

    A VÊPRES.

    Les Psaumes, le Capitule, l’Hymne et le Verset ci-dessus, pages 42 et suivantes.

    Antienne de Magnificat.

Ant. Dixit paterfamilias operariis suis : Quid hic statis tota die otiosi ? At illi respondentes, dixerunt : Quia nemo nos conduxit. Ite et vos in vineam meam : et quod justum fuerit, dabo vobis.

    Ant. Le père de famille dit à ses ouvriers : Pourquoi demeurez-vous ici tout le long du jour sans travailler? Et ils lui répondirent : Parce que personne ne nous a loués. — Allez-vous-en aussi dans ma vigne ; et je vous donnerai ce qui sera juste.

    ORAISON

Preces populi tui, quaesumus Domine, clementer exaudi, ut qui juste pro peccatis nostris affligimur, pro tui nominis gloria misericorditer liberemur. Per Dominum.

    Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer dans votre clémence les prières de votre peuple, afin que nous, qui sommes justement affligés pour nos péchés, soyons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre Nom. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous plaçons à chacun des jours de cette semaine quelques-unes des stances que la Liturgie grecque consacre à déplorer la chute du premier homme, dans l’Office du Dimanche qui précède le jeûne du Carême.

IN DOMINICA TYROPHAGI.

Excidit e paradiso voluptatis Adamus, Domini praeceptum, amaro cibo intemperanter degustato, transgressus, damnatusque fuit terrae unde desumptus fuerat colendae, suoque pani per sudorem multum comedendo ; nos igitur temperantiam appetamus, ne velut ille extra paradisum ploremus, sed intus admittamur.

Conditor meus Dominus, pulvere e terra accepto, me vivifico spiritu animavit, atque visibilium omnium super terram dominatione, Angelorumque consortio dignatus est ; dolosus autem Satan, serpentis instrumento usus, esca decepit, et a Dei gloria procul amandavit, mortique in infimis terne addixit tu vero, utpote Do- minus, atque benignus, ab exilio me revoca.

Stola divinitus texte spoliatus fui miser ego, divino praecepto tuo, Domine, ex inimici fraude violato, fo- bisque ficulneis et pelliceis tunicis modo circumdor ; panem laboris in sudore manducandi sententiam excepi, utque spinas et tribulos tenus mihi ferat, diris devota est ; sed qui postremis temporibus e Virgine incarnatus es, revocatum me in paradisum restitue.

Paradise, omni honore dignissime, pulcherrima species, tabernaculum divinitus structum, perenne gaudium et oblectamentum, gloria justorum, prophetarum laetitia, sanctorumque domicilium, foliorum tuorum sonitu Conditorem universorum deprecare, ut fores, quas praevaricatione clausi, mihi adaperiat, utque dignus efficiar ligni vite participatione, coque gaudio quod dulcissime prius in temetipso degustavi.

 

    Pour avoir transgressé le précepte du Seigneur et goûté, dans son intempérance, un mets rempli d’amertume, Adam fut banni du jardin de délices, et condamné à cultiver la terre d’où il avait été tiré, et à manger son pain après beaucoup de sueurs ; nous donc, aspirons à la tempérance, dans la crainte d’être réduits comme lui à pleurer hors du Paradis, et méritions d’être admis dans son sein.

    Le Seigneur, mon créateur, ayant façonné la poussière de la terre, m’anima d’un esprit de vie, il me donna l’empire sur toutes les créatures visibles de la terre avec la compagnie des Anges ; mais Satan plein d’artifice, empruntant la forme du serpent, m’a séduit par un fruit, m’a repoussé loin de la gloire de Dieu, et m’a livré à la mort dans les abîmes de la terre ; vous, qui êtes le Seigneur et rempli de bonté, rappelez-moi de mon exil.

    Malheureux que je suis ! pour avoir violé par la fraude de l’ennemi votre commandement, Seigneur, je me suis vu dépouillé du vêtement que vous m’aviez divinement tissu ; maintenant je n’ai pour me couvrir que des feuilles de figuier et des tuniques de peau, .l’ai été condamné à manger au prix de mes sueurs le pain du travail ; la terre maudite ne porte plus pour moi que des épines et des ronces : mais vous qui, dans les derniers temps, avez pris chair au sein d’une Vierge, rappelez-moi, dans le Paradis, et rétablissez-moi dans mon premier état.

    Paradis, séjour digne de tout honneur, beauté incomparable , tabernacle dressé parla main de Dieu, asile des délices éternelles, toi qui es la gloire des justes, la joie des Prophètes, l’habitation des Saints : supplie par le bruit de tes feuilles le Créateur de l’univers de m’ouvrir les portes que j’ai fermées par ma prévarication ; qu’il me rende digne de manger le fruit de l’arbre de vie, et de recouvrer les joies que je goûtais si douces dans l’on enceinte.

 

LE LUNDI DE LA SEPTUAGÉSIME

    Le serpent dit à la femme : « Pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres du Jardin? » Tel est le début de l’entretien que notre première mère consent à lier avec l’ennemi de Dieu ; et déjà le salut du genre humain est en péril.

    Rappelons-nous tout ce qui s’est passé jusqu’à cette heure fatale. Dieu, dans sa puissance et dans son amour, a créé deux êtres sur lesquels il a versé toutes les richesses de sa bonté. Il a ouvert devant eux une destinée immortelle, accompagnée de toutes les conditions d’un bonheur parfait. La nature entière leur est soumise ; une postérité innombrable doit sortir d’eux et les entourer à jamais de sa tendresse filiale. Bien plus, le Dieu de bonté qui les a créés daigne descendre jusqu’à la familiarité avec eux, et dans leur innocence, cette condescendance adorable ne les surprend pas. Mais ceci n’est rien encore. Après l’épreuve qui doit les en rendre dignes, le Dieu qu’ils ne connaissent jusque-là que par des bienfaits d’un ordre inférieur, leur prépare une félicité au-dessus de toutes leurs pensées. Il a résolu de se faire connaître à eux tel qu’il est, de les associer à sa gloire, de rendre infini leur bonheur, en même temps qu’il sera éternel. Voilà ce que Dieu a fait, ce qu’il a préparé pour ces deux êtres qui, tout à l’heure, étaient encore dans le néant.

    En retour de tant de dons gratuits et magnifiques, Dieu ne leur demande qu’une seule chose : qu’ils reconnaissent son domaine sur eux. Rien ne doit leur être plus doux ; rien aussi n’est plus juste en soi. Tout ce qui est en eux et hors d’eux n’est qu’un produit de l’inépuisable munificence du Dieu qui les a arrachés au néant ; leur vie tout entière ne doit donc être que fidélité, amour et reconnaissance. Comme expression de cette fidélité, de cet amour et de cette reconnaissance, le Seigneur ne leur a posé qu’un seul précepte, qui consiste à s’abstenir du fruit d’un seul arbre. L’observation de ce commandement facile est l’unique compensation qu’il exige pour tous les bienfaits qu’il a répandus sur eux. Cette compensation suffit à la souveraine équité ; elle doit donc être acceptée par eux avec un saint orgueil, comme le lien qui les unit à Dieu, comme le seul moyen qu’ils ont de s’acquitter envers lui.

    Mais voici ce qui arrive. Une voix qui n’est pas celle de Dieu, la voix d’une créature se fait entendre à la femme. Pourquoi Dieu vous a-t-il fait ce commandement ? » Et la femme s’arrête à écouter cette voix, et son cœur n’est pas saisi d’indignation d’entendre demander pourquoi le divin bienfaiteur a porté tel ou tel précepte ? Elle ne fuit pas avec horreur celui qui ose peser la valeur des ordres de Dieu ; elle ne lui déclare pas qu’une telle question lui semble sacrilège. Elle reste, et va répondre. L’honneur de Dieu ne la touche plus. Que nous paierons cher cette insensibilité et cette imprudence !

    Ève répond : « Nous mangeons du fruit des arbres qui sont dans le jardin ; mais pour ce qui est des fruits de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu nous a commandé de n’en point mante ger et de n’y point toucher, de peur que nous ne mourrions » Ainsi, la femme ne se contente pas d’écouter la question du serpent : elle répond, elle engage conversation avec l’esprit pervers qui la tente. Elle s’expose au danger ; sa fidélité est déjà compromise. Si les termes dont elle use dans sa réponse font voir qu’elle n’avait pas oublié le commandement du Seigneur, on y sent déjà comme un doute qui tient de l’orgueil et de l’ingratitude.

    L’esprit du mal s’aperçoit qu’il a éveillé dans ce cœur l’amour de l’indépendance, et que s’il peut rassurer sa victime sur les suites de la désobéissance, elle est à lui désormais. Il poursuit donc, avec autant d’audace que de perfidie : « Assurément vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que le jour où vous en aurez mangé, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » C’est la rupture même avec Dieu que le serpent propose ici à la femme. Il vient d’allumer en elle ce perfide amour de soi, qui est le souverain mal de la créature, et qu’elle ne peut satisfaire qu’en brisant les liens qui l’attachent au Créateur. Le souvenir des bienfaits, le cri de la reconnaissance,l’intérêt personnel, tout est oublié. Comme l’ange rebelle, l’homme ingrat veut devenir Dieu ; comme lui il sera brisé.

IN DOMINICA TYROPHAGI.

Adesdum anima mea infelix, actus tuos hodie defle, memoria recolens priorem in Eden nuditatem, propter quam deliciis et perenni gaudio excidisti.

Pro multa pietate atque miserationibus, Conditor creatune et factor universorum, me pulvere prius animatum una cum angelis

tuis te collaudare praecepisti.

Propter bonitatis divitias, plantas tu, Conditor et Domine, paradisi delicias in Eden, jubens me speciosis jucundisque minimeque caducis fructibus oblectari.

Hei mihi ! anima mea misera, fruendarum Eden voluptatum facultatem a Deo acceperas, vetitumque tibi ne scientiae lignum manducares : qua de causa Dei legem violasti ?

(Virgo Dei Genitrix, utpote Adami ex genere filia per gratiam vero Christi Dei Mater, nunc me revoca ex Eden ejectum.)

Serpens dolosus honorent meum quondam mihi invidens, in Evœ auribus dolum insusurravit, unde ego deceptus, hei mihi ! e vitae sede exsulavi.

Manu temere extensa, scientiae lignum degustavi, quod ne contingerem mihi Deus omnino praescripserat, et cura acerbe doloris sensu divinam gloria m exsul amisi.

Hei mihi ! misera anima mea, quomodo dolum non nosti ? Quomodo fraudem et inimici invidiam minime sensisti ? Sed mente obtenebrata Conditoris tui mandatum neglexisti.

(Spes et protectio mea, O veneranda, quae sola olim lapsi Adami nuditatem cooperuisti puerperio tuo, rursus, O pura, me incorruptionis veste circumda.)

 

    Réveille-toi, mon âme infortunée ; pleure aujourd’hui sur tes actions : viens repasser le souvenir de ce malheur qui fit paraître la nudité dans Eden, au jour où tu te vis privée des délices et des joies éternelles de ce séjour.

    Créateur de toutes choses, dans votre bonté et votre miséricorde, après m’avoir tiré de la poussière et m’avoir donné une âme, vous me fîtes le commandement de vous louer avec vos Anges.

    Créateur et Seigneur, dans la munificence de votre bonté, vous aviez planté un jardin délicieux dans Eden, et vous m’aviez commandé de jouir de ses fruits si beaux, si agréables, et qui ne devaient pas se flétrir.

    O mon âme infortunée ! tu avais reçu de Dieu la faculté de jouir des voluptés d’Eden, à la condition de ne pas manger le fruit défendu de la science ; pourquoi as-tu violé la loi de Dieu?

    (Vierge, Mère de Dieu, fille d’Adam par le sang, mais devenue Mère du Christ-Dieu par la grâce, rappelez-moi dans Eden d’où j’ai été expulsé.)

    Le serpent trompeur, envieux de ma gloire, a murmuré la fourberie aux oreilles d’Ève ; j’ai été trompé à mon tour ; hélas ! me voilà exilé du séjour de vie.

    J’ai étendu une main téméraire et goûté le fruit de la science, que Dieu m’avait défendu même de toucher, et tout aussitôt en proie à la plus cruelle angoisse, j’ai perdu la gloire divine.

    O mon âme infortunée ! comment n’as-tu pas pressenti la tromperie ? Comment n’as-tu pas deviné la fraude et la jalousie de l’ennemi ? Mais non, l’on esprit s’est obscurci, et tu as oublié le commandement de l’on auteur.

    (O mon espoir ! ô ma protection ! Vierge auguste ! vous qui seule avez pu voiler la nudité d’Adam tombé, par votre merveilleux enfantement : vous, ô très pure, enveloppez-moi d’un vêtement d’incorruptibilité.)

LE MARDI DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Les promesses du serpent avaient suffi pour étouffer au cœur de la femme tout sentiment d’amour envers celui qui l’avait créée et comblée de biens ; elle rêvait déjà l’égalité avec lui. La foi aussi s’était obscurcie en elle ; elle s’arrêtait à penser que Dieu pouvait l’avoir trompée en la menaçant de mort dans le cas où elle aurait le malheur d’enfreindre son précepte. Vaincue par l’orgueil, elle lève ses regards vers le fruit défendu ; il lui semble « bon à manger, beau et agréable à la vue » . Ses sens conspirent avec son âme à désobéir à Dieu et à la perdre. La prévarication est déjà commise dans son cœur ; il ne reste plus qu’à la consommer par un acte formel. Enivrée d’elle-même, comme si Dieu n’existait plus, elle étend une main audacieuse, saisit le fruit et le porte à sa bouche.

    Dieu avait prédit la mort à l’infidèle qui violerait son commandement ; cependant Ève a péché, et elle sent encore en elle la vie. Son orgueil triomphe, et se croyant plus forte que Dieu, elle veut associer Adam à sa coupable victoire. D’une main assurée, elle lui présente ce fruit qu’elle croit avoir mangé impunément. Soit qu’il se sentît rassuré par l’impunité du crime de son épouse, soit que, par le sentiment d’un amour aveugle, il voulût partager le sort de celle qui était la chair de sa chair et l’os de ses os, notre premier père oublie à son tour ce qu’il doit à son Créateur et sacrifie l’amitié de Dieu. Par une lâche complaisance pour sa femme, il mange le fruit, et en se perdant, il perd toute sa postérité.

    Mais à peine ont-ils l’un et l’autre brisé le lien qui les unissait à Dieu, que tout aussitôt ils retombent sur eux-mêmes. Dieu habitant dans la créature qu’il a élevée à l’état surnaturel, lui donne un être complet ; si la créature le chasse d’elle-même par le péché, elle se trouve dans un état pire que le néant ; elle est dans le mal Cette âme naguère si belle et si pure n’est plus qu’ une ruine effrayante. Réduits désormais à eux-mêmes, nos premiers parents sont saisis d’une honte inénarrable. Ils ont voulu devenir des dieux, s’élever jusqu’à l’Être infini ; et les voilà en proie à la lutte de la chair contre l’esprit. Leur nudité jusqu’alors innocente les effraie ; ils cherchent à la voiler, afin de ne pas rougir d’eux-mêmes, eux tout à l’heure pleins d’une si noble assurance, au milieu de ce monde soumis à leur empire.

    L’amour d’eux-mêmes qui les a séduits a obscurci en eux le souvenir de la grandeur et des bienfaits de Dieu, et ils ont foulé aux pieds son commandement ; ce même aveuglement leur enlève jusqu’à la pensée de confesser leur faute et d’implorer la pitié du maître qu’ils ont offensé. Saisis de stupeur, ils ne savent que fuir et se cacher.

    IN DOMINICA TYROPHAGI.

Miser ego, honore a te, Domine, in Eden affectus fui : hei mihi ! quomodo in errorem inductus, et diabolica invidia appetitus, depulsus sum e facie tua ?

Angelorum ordines, paradisi ornamenta, et plantarum quae illic sunt decus, me fraude misera abductum et a Deo longius digressum lugete.

Pratum beatum, plantatae a Deo arbores, paradisi delicie, e foliis velut ex oculis lacrymas nunc effundite super me, nudum et a Dei gloria abdicatum.

(Domina sancta, quae fidelibus omnibus paradisi ianuas ab Adam per in obedientiam quondam clausas aperuisti, misericordiae mihi fores expande.)

Invidens mihi olim inimicus, hominum osor, beatum paradisi domicilium me specie serpentis supplantavit, atque ab aeterna gloria submovit.

Lugeo et animo discrucior, oculisque lacrymarum multitudinem adjungere exopto, respiciens et intelligens partam mihi ex transgressione nuditatem.

Dei menus me e terra plasmavit ; at in terram rursus revertendi miser legem accepi ; quisnam me ejectum a Deo, et inferos pro Eden assecutum, non defleat ?

(Te, labis munis expers Dei Genitrix, fideles universi mysticum gloria thalamum annuntiamus, unde lapsum me, precor, o pure, ‘aptum fac paradisi thalamum.)

 

    Moi misérable, je fus par vous, Seigneur, comblé d’honneur dans Eden. Hélas ! comment me laissai-je induire en erreur! Victime de la jalousie de Satan, j’ai mérité d’être chassé de devant votre face.

    Chœurs des Anges, arbres du Paradis qui en faites la gloire, pleurez sur moi qu’une indigne tromperie a séparé de vous, et a chassé loin de Dieu.

    Plaines verdoyantes, ombrages plantés par la main de Dieu, vous qui êtes les délices de ce jardin, que vos feuillages versent des larmes sur moi qui suis nu et privé de la gloire de Dieu.

    (Sainte et puissante Princesse, qui avez ouvert à tous les fidèles les portes du Paradis que nous ferma la désobéissance d’Adam, abaissez devant moi les barrières de la miséricorde.)

    L’ennemi plein d’envie contre moi, l’adversaire des hommes, sous la forme du serpent, m’a ravi l’heureux séjour du Paradis, et m’a arraché à la gloire éternelle.

    Je pleure, et mon âme est en proie à l’angoisse ; je voudrais multiplier mes larmes, lorsque je considère et que je comprends enfin la nudité qui m’est échue, par suite de ma transgression.

    La main de Dieu m’avait formé de terre ; ô malheur ! j’ai entendu prononcer sur moi un arrêt qui me condamne à retourner dans la terre. Repoussé loin de Dieu, au lieu d’Eden je trouve la tombe; qui ne pleurerait mon sort ?

    (Mère de Dieu, exempte de toute tache, nous, fidèles, nous célébrons le trône mystique de votre gloire ; daignez, ô toute pure, me préparer pour les joies du Paradis, moi qui ai eu part à la chute.)

LE MERCREDI DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Les deux grands coupables comparaissent devant le souverain Seigneur qu’ils ont outragé, et loin d’avouer leur faute, ils cherchent tour à tour à la rejeter sur autrui. La justice divine aura son cours; et la sentence retentira jusque dans la postérité humaine la plus reculée. Le crime avait été commis par deux êtres comblés de tous les dons de la nature et de la grâce. Le penchant qui nous entraîne au mal, l’ignorance, la distraction qui offusquent l’intelligence de l’homme déchu, n’existaient pas en eux : un excès d’ingratitude les avait donc précipités dans le mal. Ils avaient d’abord hésité, lorsqu’il eût fallu vaincre par la fuite ; peu à peu le mal avait perdu de sa noirceur à leurs yeux, parce qu’ils commençaient à y soupçonner leur intérêt. Enfin, l’amour d’eux-mêmes remplaçant celui qu’ils devaient à Dieu, ils avaient voulu déclarer leur indépendance. Le Seigneur cependant eut pitié d’eux, à cause de leur postérité.

    Les Anges, créés tous en un même moment, furent soumis individuellement à l’épreuve qui devait être la condition de leur bonheur éternel : chacun d’eux fut à même de choisir la fidélité ou la révolte. Éternellement la malédiction pèsera sur ceux qui se déclarèrent contre Dieu. La divine miséricorde, au contraire, daigne éclater sur la race humaine, contenue tout entière dans nos deux premiers parents, et entraînée par eux et avec eux dans l’abîme de la réprobation.

    Une triple sentence sort de la bouche de Dieu; la plus cruelle est celle qui regarde le serpent. La malédiction qui pèse déjà sur lui est aggravée encore, et le pardon promis à l’humanité ne sera annoncé, ce jour-là, qu’en forme d’anathème contre l’esprit pervers qui a osé poursuivre Dieu lui-même dans son œuvre.

    « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, et elle t’écrasera la tête. » Telle est la vengeance que Dieu tire de son ennemi. Le trophée dont celui-ci était si fier tourne à sa honte et ne proclame que sa défaite. Dans son astuce, il ne s’est pas d’abord attaqué à l’homme ; il a préféré se mesurer avec un être faible et crédule, espérant, hélas ! avec fondement, qu’une complaisance trop tendre porterait l’homme à trahir Dieu. Mais voilà que le Seigneur allume lui-même au cœur de la femme une haine implacable contre son ennemi et le nôtre. En vain, le serpent lèvera sa tête altière jusqu’à obtenir l’adoration des hommes; un jour viendra où le pied d’une femme écrasera cette tête qui a refusé de fléchir devant Dieu. Cette fille d’Ève, que toutes les générations proclameront bienheureuse, sera figurée dans la suite des âges par d’autres femmes, les Debbora, les Judith, les Esther, toutes célèbres par leurs victoires sur le serpent ; elle sera suivie, jusqu’à la fin des temps, par cette succession non interrompue de vierges et d’épouses chrétiennes qui, dans leur faiblesse même, se montreront les puissantes coopératrices de Dieu; en sorte que, comme parle l’Apôtre, « l’homme infidèle sera sanctifié par la femme fidèle 2 ».

    Ainsi Dieu brisera l’orgueil du  serpent. Avant d’appliquer à nos premiers pères la sentence qu’ils avaient méritée, il signala sa clémence envers leur postérité, et fit luire un rayon d’espérance dans leur cœur.

    IN DOMINICA TYROPHAGI.

Tunc sedit Adamus, ploravitque contra paradisi delicias, oculos manibus feriens, atque dicebat : Misericors, miserere mei lapsi.

Intuitus Adamus angelum impellentem claudentemque divini horti fores, ingemuit vehementer, dicebatque : Misericors, miserere mei lapsi.

Doleas vices, paradise, domini tui ad mendicitatem detrusi, foliorumque tuorum sonitu Conditorem deprecare ne te claudat. Misericors, miserere mei lapsi.

 

    Adam s’assit, et, tourné vers le jardin de délices, il se livra à ses pleurs, et, mettant la main sur ses yeux, il disait : O miséricordieux, ayez pitié de moi qui suis tombé.

    Adam regarda l’Ange qui le chassait et qui fermait les portes du divin Jardin, et il se mit à pousser des sanglots avec violence. Il disait: O miséricordieux, ayez pitié de moi qui suis tombé.

    Plains, ô Paradis, plains le sort de celui qui fut l’on maître, et qui maintenant est réduit à la misère. Que le bruit de tes feuillages supplie le Créateur de ne pas te fermer pour jamais. O miséricordieux, ayez pitié de moi qui suis tombé.

LE JEUDI DE LA SEPTUAGÉSIME.

    Le pardon est annoncé ; mais l’expiation est nécessaire. Il faut que la justice divine soit satisfaite, et que toutes les générations sachent qu’on ne se joue pas impunément de Dieu. Ève est la plus coupable ; c’est elle qui est appelée à recevoir sa sentence après le serpent. Créée pour aider l’homme à remplir la terre d’habitants heureux et fidèles, issue de l’homme, la chair de sa chair et l’os de ses os, elle devait marcher son égale ; or voici le changement qui s’opère par l’effet de la sentence divine. Malgré l’humiliation de la concupiscence, l’union conjugale est maintenue sainte et sacrée ; mais elle n’a plus que le second rang. La virginité, qui ignore les convoitises de la chair, la dépassera en honneur devant Dieu et devant les hommes.

    La femme deviendra mère, comme elle l’eût été dans l’état d’innocence ; mais les fils qu’elle portera dans ses entrailles seront pour elle un poids accablant. Leur pénible naissance ne s’opérera qu’au milieu des plus poignantes douleurs ; plus d’une fois même ils n’arriveront à la lumière qu’aux dépens de la vie de celle qui les conçut. Le souvenir d’Ève et de sa prévarication planera sur tout enfantement, et la nature s’étonnera de voir celui qui devait régner sur elle n’arriver à la vie que par violence.

    Appelée d’abord aux mêmes honneurs que l’homme, la femme perdra pour jamais son indépendance. L’homme sera son maître, et son devoir à elle sera d’obéir. Durant de longs siècles, cette obéissance ne se distinguera pas de l’esclavage, jusqu’à ce que la Vierge attendue depuis quatre mille ans, celle qui doit écraser la tête du serpent par son humilité, vienne relever son sexe, et créer pour la femme chrétienne cet empire de douceur et de persuasion, qu’elle seule a su concilier avec le devoir de soumission que la sentence divine lui a imposé pour jamais.

    IN DOMINICA TYROPHAGI.

Dominator saeculorum omnium Domine, qui me voluntate tua procreasti, dolosi draconis invidia quondam afflictum, teque, Salvator, ad iracundiam concitantem, ne despicias, Deus, sed revoca me.

Hei mihi ! pro stola splendida, turpitudinis indumentis obvolutus, lugeo, Salvator, exitium meum, et fide ad te clame ; no despicias me bone Deus, sed revoca.

Serpentium ferarumque &minus effectus, quo pacto serpenti animabus exitiali familiariter congressus es, inimico veluti bono consiliario usus ? O errorem tuum, miserrima anima mea !

(Canimus te, Maria, Dei gratia plena, lucidum incarnationis tabernaculum ; quare me cupiditatibus foede obtenebratum illumina, fons misericordiae, spes eorum quos omnis spes dereliquit.)

 

    Roi des siècles, Seigneur de toutes choses, qui par votre volonté m’avez créé, l’envie du perfide serpent me perdit et provoqua contre moi votre colère, ô Sauveur; ne me dédaignez pas, ô Dieu, mais rappelez-moi.

    Hélas ! au lieu de la gloire qui me couvrait, je n’ai plus qu’un vêtement d’ignominie Je pleure, ô Sauveur, sur mon désastre, et je crie vers vous avec foi: Dieu bon, ne me dédaignez pas, mais rappelez-moi.

    J’étais le maître des serpents et des autres animaux: Comment, ô Adam, t’es-tu livré à un entretien familier avec le serpent si funeste aux âmes ? Pourquoi as-tu pris l’on ennemi pour un conseiller plein d’intérêt pour toi? Oh! quelle erreur a été la tienne, mon âme infortunée !

    (Nous vous chantons, ô Marie, pleine de la grâce de Dieu, splendide tabernacle de la divine incarnation ! Éclairez-moi qui suis en proie aux ténèbres honteuses de mes passions, vous qui êtes la source de miséricorde, l’espérance de tous ceux que l’espérance a abandonnés.)

LE VENDREDI DE LA  SEPTUAGESIME.

    La malédiction qui pèsera désormais sur tout homme a été déclarée à Ève ; celle qui regarde la terre elle-même est dirigée contre Adam. « Parce que tu as écouté la voix de l’on épouse, et que tu as mangé du fruit défendu, la terre sera maudite à cause de ce que tu as fait. » Le Seigneur n’admet pas l’excuse de notre premier père; cependant il daigne prendre acte de sa faiblesse et se souvenir que l’homme a moins péché par amour de soi que par une aveugle tendresse pour la créature fragile qui était sortie de lui-même. Il n’est pas la cause première de la désobéissance. Dieu a déterminé pour lui un châtiment particulier : ce sera l’humiliation personnelle et le travail. Hors du jardin de délices s’étend l’immense désert de la terre, la vallée des larmes, triste exil pour celui qui, pendant plus de neuf cents ans, doit garder au fond de son âme désolée le souvenir des heures si rapides du Paradis. Ce désert est stérile ; il faudra que l’homme le féconde, et qu’il en fasse sortir, à force de sueurs, sa chétive subsistance et celle de sa famille. Dans la suite des âges, plusieurs des fils d’Adam sembleront soustraits à la loi du travail; mais cette exception ne fera que confirmer la vérité de la sentence portée. Ils se reposeront quelques jours, parce que d’autres ont longuement travaillé pour eux; et leur repos ne sera légitime qu’autant qu’ils  se mettront en devoir d’encourager par leurs exemples de vertu et leurs bienfaits ce nombre immense de leurs frères sur lesquels la sentence s’accomplit à la lettre. Si le travail s’arrête sur la terre, les ronces et les épines en couvriront la surface ; et telle est d’ailleurs l’importance de cette loi à laquelle est soumis l’homme déchu, que l’oisiveté énerve les forces de son corps et déprave son cœur.

    Naguère les arbres du Paradis inclinaient leurs rameaux pour que l’homme se nourrit de leurs fruits délicieux ; maintenant, c’est du sein de la terre qu’il devra faire sortir avec effort la plante dont la graine doit le nourrir. Rien ne pouvait mieux exprimer la relation qui existe désormais entre lui et la terre, qui a été son origine et qui doit être son tombeau, que cette nécessité où il est d’arracher à celle-ci l’aliment à l’aide duquel il doit prolonger sa vie. Toutefois, la bonté divine paraîtra encore ici dans son temps, lorsque, Dieu étant apaisé, il sera donné à l’homme de s’unir à son Créateur en mangeant le Pain de vie qui est descendu du ciel, et dont la vertu sera plus efficace pour nourrir nos âmes, que ne l’eût été le fruit de l’arbre de vie pour soutenir nos corps.

    IN DOMINICA TYROPHAGI.

Dulcis ad vescendum fructus scientiae in Eden visus est mihi, amore capto ; at demum in bilem conversus est. Hei mihi ! misera anima, quomodo intemperantia te e paradisi laribus exturbavit ?

Deus universorum, misericordiae Domine, ad humilitatem meam benigne respice, nec a divino Eden longe me ejicias, quo venustates unde excidi aspiciens, fletibus rursus amissa bona recipiam.

Fleo, ingemo, atque lamentor Cherubim ad paradisi ingressum custodiendum igneo ense locata conspiciens, transgressoribus omnibus, hei mihi ! inaccessum, nisi tu, Salvator, aditum mihi facilem praestes.

Confido in multitudine misericordiae tuae, Christo salvator, ac divini lateris tui sanguine, unde hominum naturam sanctificasti, et colentibus te aperuisti, o bone, paradisi portas antea Adamo praeclusas.

(Vitae porta, impervia, spiritualis, virgo Deipara, innupta, pande mihi precibus tuis, paradisi clausas olim fores, quo te meam post Deum auxiliatricem firmumque refugium glorificem.)

 

    Le fruit de la science dans Eden me sembla doux à manger ; je fus transporté du désir de m’en nourrir; mais il s’est changé en poison. O mon âme infortunée! comment l’intempérance a-t-elle pu te chasser du Paradis ?

    Dieu de  l’univers, Seigneur de miséricorde, jetez un regard de bonté sur mon humiliation; ne me rejetez pas pour toujours loin du divin Eden. Qu’il me soit permis, en considérant les beautés que j’ai perdues, de rentrer un jour par mes larmes dans ces biens dont je me suis privé.

    Je pleure, je gémis, je me lamente à la vue du Chérubin qui garde avec une épée de feu l’entrée du Paradis désormais inaccessible, hélas ! aux transgresseurs, à moins que vous-même, ô Sauveur, ne m’en rouvriez l’entrée.

    Je me confie dans votre grande miséricorde, ô Christ Sauveur, et dans le sang de votre divin côté, par lequel vous avez sanctifié la nature humaine, et rouvert pour ceux qui vous servent, ô Dieu plein de bonté, les portes du Paradis jusqu’alors fermées à Adam.

    (Porte de la vie, porte inaccessible et spirituelle, Vierge Mère de Dieu, franche du joug de l’homme, par vos prières ouvrez-moi les portes du Paradis fermées autrefois, afin que je vous rende gloire comme à celle qui, après Dieu, a été mon secours et mon refuge assuré.)

LE SAMEDI DE LA SEPTUAGÉSIME.

    L’arrêt que le Seigneur prononçait contre nos premiers parents devait envelopper toute leur postérité ; mais, quelque sévères que fussent les peines portées contre nous tous,la plus dure et la plus humiliante conséquence de la première faute était la transmission du péché d’origine, qui infectera toutes les générations de la race humaine, jusqu’à son dernier jour. Sans doute, les mérites du Rédempteur promis pourront être appliqués à chaque homme selon le mode établi de Dieu ; mais cette régénération spirituelle, tout en enlevant sans retour la lèpre qui nous couvrait, et en rétablissant l’homme dans les droits d’enfant de Dieu, ne fera pas disparaître toutes les cicatrices de notre mortelle blessure. Sauvés de la mort et rendus à la vie, nous sommes demeurés malades. L’ignorance obscurcit notre esprit sur les grands intérêts qui devraient occuper toutes nos pensées, et un attrait déplorable nous fait aimer nos illusions. La concupiscence tend sans cesse en nous à captiver l’âme sous le joug du corps ; et pour échapper à cette abjection, la vie de l’homme doit être une lutte continuelle. Un amour effréné de l’indépendance nous porte continuellement au désir de l’affranchissement, comme si nous n’étions pas créés pour servir. Le mal a pour nous des charmes, et la vertu ne nous paie guère en ce monde que par le sentiment d’un devoir rempli.

    C’est pourquoi nous vous saluons avec autant d’admiration que d’amour, ô vous la plus pure des créatures de Dieu, et cependant notre sœur. Fille d’Ève, qui n’avez point été conçue dans le péché, vous êtes l’honneur de la race humaine. Le sang de notre première mère et le nôtre coule dans vos veines ; vous êtes bien la chair de notre chair, et cependant vous êtes Immaculée. Le décret qui nous condamnait à la flétrissure ne devait pas être appliqué à votre très pure Conception ; et le serpent, au jour où votre pied vainqueur lui écrasa la tête, sentit que jamais il n’avait eu de droits sur vous. En vous, ô Marie, nous révérons notre nature telle qu’elle était au sortir des mains de Dieu ; vous êtes le Miroir de la justice éternelle.

    Dans la splendeur sans nuage de votre sainteté, daignez vous souvenir de nous qui gémissons sous les conséquences d’un crime dont vous n’avez pas contracté la solidarité. Vous êtes l’irréconciliable ennemie du serpent ; veillez sur nous, afin que sa dent meurtrière ne nous atteigne pas. Conçus dans le péché, enfantés dans la douleur, que notre vie du moins échappe à la malédiction. Condamnés au travail, aux souffrances et à la mort, que notre expiation, par vos mérites et votre secours, nous devienne salutaire. Trahis sans cesse par les penchants de notre cœur, enivrés du présent, si prompts à oublier, si ardents à nous tromper nous-mêmes, le mal nous dévorerait, si la grâce de votre divin Fils ne nous était sans cesse offerte pour triompher de nos ennemis intérieurs et extérieurs. Vous êtes, ô Immaculée ! la Mère de la divine grâce. Obtenez-la pour nous toujours plus abondante, et versez-la sur ceux qui se glorifient en songeant qu’ils n’ont point un autre sang que le vôtre.

    Pour louer Marie, en ce jour du Samedi, nous emprunterons la Prose suivante aux anciens Missels de Cluny :

    SEQUENCE.

Ad laudem Matris Dei Modulemur licet rei, Poscentes remedia.

Haec nostrae forma spei, Spes mirandae speciei, Quae vernat in gloria.

Haec virtutis nutrimentum, Spes solaris, sole laris Terreni fiducia.

Stella maris quae vocaris, Passus rectos et directos, Da pacis suffragia.

Sicut sidus naufrago, Fulgens dux in pelago, Tu praeclara.

Mundi lux in tenebris, Stella nitens celebris, Deo cara.

In sede coelica Residens, haec mellica Admitte cantica, Virgo pia.

Paventi psallere, Trementi pro scelere Des ausus, Tu plausus, Veri vena.

Tu coeli regina, Mundi medicina, Munda scelus nostrum, Piissima.

In mortis ruina, Nos ad vitam mina, Placans Deum, Tu benignissima.

Cara parens, 0 Maria, Patris parens, Virgo pia, Nos in umbrae mortis via Sedentes illumina!

Ut te nobis stella duce, Tui Nati tuti cruce, Mereamur coeli lute Per te frui, Domina. Amen.

 

    Chantons, tout pécheurs que nous sommes, les louanges de la Mère de Dieu ; implorons d’elle le remède à nos maux.

    Elle est le principe de notre confiance ; elle est notre espérance qui brille aux cieux d’un éclat non-pareil.

    Elle soutient et nourrit les vertus ; en elle se contient les mondes supérieurs ; en elle espère notre demeure terrestre.

    Vous que l’on nomme Étoile de la mer, conduisez et dirigez nos pas ; soyez pour nous Médiatrice de la paix.

    Comme l’astre qui luit au ciel et dirige le naufragé sur les flots, ainsi vous brillez pour nous.

    Vous êtes la lumière de ce monde, malgré ses ténèbres, l’astre resplendissant, ô vous tant aimée de Dieu !

    Assise sur le trône du ciel, écoutez la mélodie de nos cantiques, Vierge compatissante.

    A celui qui, tremblant pour ses péchés, n’ose chanter vos grandeurs, donnez le courage de vous louer, source de vérité.

    Reine du ciel, remède de la terre, purifiez nos crimes, ô très clémente.

    De la mort où nous sommes, rendez-nous à la vie ; apaisez Dieu, ô miséricordieuse !

    Vous êtes, ô Marie, la Mère de celui qui vous créa, la Mère qu’il aime, la Vierge pleine de bonté ; nous sommes assis dans l’ombre de la mort : daignez nous éclairer.

    Conduits par vos rayons, protégés par la Croix de votre Fils, puissions-nous mériter de jouir un jour de la lumière céleste, par vous, ô notre Dame ! Amen.

LE DIMANCHE DE LA SEXAGESIME.

    DANS le cours de la semaine qui commence aujourd’hui, la sainte Église présente à notre attention l’histoire de Noé et du déluge universel. Malgré la sévérité de ses avertissements, Dieu n’a pu obtenir la fidélité et la soumission de la race humaine. Il est contraint d’employer un châtiment terrible contre ce nouvel ennemi. Toutefois, il a trouvé un homme juste, et, dans sa personne, il fera encore alliance avec nous. Mais auparavant il veut faire sentir qu’il est le souverain Maître, et que tout aussitôt qu’il lui plaira, l’homme si fier d’un être emprunté s’abîmera sous les ruines de sa demeure terrestre.

    Nous placerons d’abord ici, comme base des enseignements de cette semaine, quelques lignes du Livre de la Genèse empruntées à l’Office des Matines d’aujourd’hui.

 

De Libro Genesis. Cap. vi.

Videns autem Deus quod multa malitia hominum esset in terra, et cuncta cogitatio cordis intenta esset ad malum omni tempore, paenituit eum quod hominem fecisset in terra. Et tactus dolore cordis intrinsecus : Delebo, inquit, hominem quem creavi, a facie terne, ab homine usque ad animantia, a reptili usque ad volucres coeli. Poenitet enim me fecisse eos. Noë vero invenit gratiam coram Domino.

Hae sunt generationes Noë : Noë vir justus atque perfectus fuit in generationibus suis, cum Deo ambulavit. Et genuit tres filios, Sem, Cham, et Japheth. Corrupta est autem terra coram Deo, et repleta est iniquitate. Cumque vidisset Deus terram esse corruptam (omnis quippe taro corruperat viam suam super terram) dixit ad Noë : Finis universae carnis venit coram me : repleta est terra iniquitate a facie eorum, et ego disperdam eos cum terra.

 

    Du Livre de la Genèse. Chap. VI.

    Dieu voyant que la malice des Hommes était extrême sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se tournaient continuellement vers le mal, il se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre. Et, étant touché de douleur jusqu’au fond du cœur, il dit: J’exterminerai de  dessus la terre l’homme que j’ai créé ; je les détruirai tous, depuis l’homme jusqu’aux animaux, depuis ceux qui rampent sur la terre jusqu’aux oiseaux du ciel ; car je me repens de les avoir faits. Mais Noé trouva grâce devant le Seigneur.

    Voici les enfants qu’engendra Noé : Noé, homme juste et parfait dans toute la conduite de sa vie, marcha avec Dieu, et engendra trois fils, Sem, Cham et Japheth. Or la terre était corrompue devant Dieu, et remplie d’iniquité. Dieu, voyant donc cette corruption de la terre (car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre), dit à Noé : J’ai résolu de faire périr tous les hommes ; ils ont rempli la terre d’iniquité; je les exterminerai avec la terre.

 

    La catastrophe qui fondit alors sur l’espèce humaine fut encore le fruit du péché ; mais du moins un homme juste s’était rencontré,et le monde fut sauvé d’une ruine totale par lui et par sa famille. Après avoir daigné renouveler son alliance, Dieu permit que la terre se repeuplât, et que les trois enfants de Noé devinssent les pères des trois grandes races qui l’habitent.

    Tel est le mystère de l’Office durant cette semaine. Celui de la Messe, qui est figuré par le précédent, est plus important encore. Dans le sens moral, la terre n’est- elle pas submergée sous un déluge de vices et d’erreurs ? Il faut qu’elle se peuple d’hommes craignant Dieu, comme Noé. Cette génération nouvelle, c’est la Parole de Dieu, semence de vie, qui la suscite. C’est elle qui produit ces heureux enfants dont parle le Disciple bien-aimé, « qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même 3 . » Efforçons-nous d’entrer dans cette famille, et, si nous en sommes déjà membres, gardons chèrement notre bonheur. Il s’agit, dans ces jours, d’échapper aux flots du déluge, de chercher un abri dans l’arche du salut ; il s’agit de devenir cette bonne terre dans laquelle la semence fructifie au centuple. Songeons à fuir la colère à venir, pour ne pas périr avec les pécheurs, et montrons-nous avides de la Parole de Dieu qui éclaire et convertit les âmes 4 .

    Chez les Grecs, ce Dimanche est le septième jour de la semaine qu’ils appellent Apocreos, laquelle commence dès le lundi qui suit notre Dimanche de la Septuagésime. Cette semaine est ainsi nommée dans l’Église grecque, parce qu’elle annonce et précède immédiatement celle où l’on suspend déjà l’usage de la viande, jusqu’à la fête de Pâques.

    

    A LA  MESSE.

    A Rome, la Station est dans la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs. C’est autour du tombeau du Docteur des nations, du propagateur de la divine semence, du père de tant de peuples par sa prédication, que l’Église Romaine réunit les fidèles en ce jour où elle veut leur rappeler que le Seigneur a épargné la terre, à la condition qu’elle se peuplera de vrais croyants et d’adorateurs de son Nom.

    L’Introït, emprunté au livre des Psaumes, implore le secours du Seigneur. La race humaine est réduite aux abois, elle va s’éteindre; c’est pourquoi elle supplie son auteur de la féconder de nouveau. La sainte Église s’associe à ce cri, en demandant au divin Sauveur de multiplier aujourd’hui les enfants de la Parole, comme aux jours antiques.

    INTROÏT.

Exsurge, quare obdormis, Domine ? Exsurge, et ne repellas in finem ; quare faciem tuam avertis, oblivisceris tribulationem nostram ? Adhaesit in terra venter noster : exsurge, Domine,; adjuva nos, et libera nos.

Ps. Deus, auribus nostris audivimus : patres nostri annuntiaverunt nobis. V. Gloria Patri. Exsurge.

    Levez-vous, Seigneur; pourquoi dormez-vous ? Levez-vous, et ne nous rejetez pas pour jamais. Pourquoi détournez-vous de nous votre visage ? Pourquoi oubliez-vous notre pauvreté et notre misère ? Notre poitrine est collée contre terre : levez-vous, Seigneur ; assistez-nous et délivrez-nous.

    Ps. O Dieu ! nous avons ouï de nos oreilles ; nos pères nous ont annoncé vos œuvres. Gloire au Père. Levez-vous.

 

    Dans la Collecte, l’Église exprime sa confiance dans l’intercession du grand Apôtre saint Paul, ce puissant ministre de la semence divine, qui a travaillé plus que tous les autres à la répandre parmi les Gentils.

    COLLECTE.

Deus, qui conspicis quia ex nulla nostra, actione confidimus : concede propitius, ut contra adversa omnia, Doctoris Gentium protectione, muniamur. Per Dominum.

    O Dieu qui voyez  que ne nous confions en aucune de nos œuvres, daignez nous accorder d’être protégés contre tous les maux par l’assistance du Docteur des Gentils. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On ajoute les autres Collectes, comme à la Messe de la Septuagésime, page 70.

 

    L’Épître est ce beau passage d’une des Lettres du grand Apôtre dans lequel, contraint pour l’honneur et le succès de son ministère d’avoir recours à l’apologie contre ses ennemis, il nous apprend à quel prix les hommes apostoliques ont semé la divine Parole dans les champs arides de la gentilité, et opéré la régénération chrétienne.

    EPITRE.

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. 2 Cap. xi.

    Fratres, libenter suffertis insipientes, cum sitis ipsi sapientes. Sustinetis enim si quis vos in servitutem redigit, si quis devorat, si quis accipit, si quis extollitur, si quis in faciem vos caedit. Secundum ignobilitatem dico, quasi nos infirmi fuerimus in hac parte. In quo quis audet (in insipientia dico), audeo et ego. Hebraei sunt, et ego. Israelitae sunt, et ego. Semen Abrahae sunt, et ego. Ministri Christi sunt (ut minus sapiens dico), plus ego : in laboribus plurimis, in carceribus abundantius, in plagia supra modum, in mortibus frequenter. A Iudaeis quinquies quadragenas, una minus, accepi. Ter virgis caesus sum, semel lapidatus sum, ter naufragium feci, nocte et die in profundo maris fui ; in itineribus saepe, periculis fluminum, periculis latronum, periculis ex genere, periculis ex gentibus, periculis in civitate, periculis in solitudine, periculis in mari, periculis in falsis fratribus ; in labore et aerumna, in vigiliis multis, in fame et siti, in jejuniis multis, in frigore et nuditate. Praeter illa, quae extrinsecus sunt, instantia mea quotidiana, sollicitudo omnium Ecclesiarum. Quis infirmatur, et ego non infirmor ? Quis scandalizatur, et ego non uror ? Si gloriari oportet, quae infirmitatis meae sunt, gloriabor. Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, qui est benedictus in saecula, scit quod non mentior Damasci praepositus gentis Aretae regis, custodiebat civitatem Damascenorum, ut me comprehenderet ; et per fenestram in sporta dimissus sum per murum, et sic effugi manus ejus. Si gloriari oportet (non expedit quidem), veniam autem ad visiones et revelationes Domini. Scio hominem in Christo ante annos quatuordecim (sive in corpore nescio, sive extra corpus nescio, Deus scit), raptum hujusmodi usque ad tertium coelum. Et scio hujusmodi hominem (sive in corpore, sive extra corpus nescio, Deus scit), quoniam raptus est in paradisum, et audivit arcana verba quae non licet homini loqui. Pro hujusmodi gloriabor ; pro me autem nihil gloriabor, nisi in infirmitatibus meis. Nam, et si voluero gloriari, non ero insipiens ; veritatem enim dicam parce, autem, ne quis me existimet supra id quod videt in me, sut aliquid audit ex me. Et ne magnitudo revelationum extollat me, datus est mihi stimulus carnis meae, angelus Satanae, qui me colaphizet. Propter quod ter Dominum rogavi ut discederet a me : et dixit mihi : Sufficit tibi gratia mea ; nam virtus in infirmitate perficitur. Libenter igitur gloriabor in infirmitatibus meis, ut inhabitet in me virtus Christi.

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. II, Chap. XI.

    Mes Frères, étant sages comme vous êtes, vous supportez sans peine les imprudents , puisque vous souffrez même qu’on vous réduise en servitude , qu’on vous dévore, qu’on vous pille , qu’on s’élève contre vous, qu’on vous frappe au visage. C’est à ma confusion que je rappelle cela : puisque nous passons pour avoir été trop faibles dans des épreuves semblables. Cependant aucun d’eux (excusez mon imprudence) ne saurait se glorifier de rien que je ne le puisse aussi moi-même. Sont-ils Hébreux ? je le suis aussi. Sont-ils enfants d’Israël ? je le suis aussi. Sont-ils de la race d’Abraham ? j’en suis aussi. Sont-ils ministres du Christ? au risque de passer encore comme imprudent, j’ose dire que je le suis plus qu’eux : j’ai plus souffert de travaux, plus enduré de prisons , plus reçu de coups. Souvent je me suis vu près de la mort. J’ai reçu des Juifs, à cinq différentes fois, trente-neuf coups de fouet; j’ai été battu de verges trois fois ; j’ai été lapidé une fois ; j’ai fait naufrage trois fois ; j’ai passé un jour et une nuit au fond de la mer. Fréquemment j’ai été en péril dans les voyages ; en péril sur les fleuves ; en péril du côté des voleurs ; en péril de la part de ceux de ma nation ; en péril de la part des gentils ; en péril dans les villes ; en péril dans les solitudes ; en péril sur la mer; en péril au milieu des faux frères. J’ai souffert toutes sortes de travaux et de fatigues, des veilles fréquentes, fa faim, la soif, des jeûnes réitérés, le froid et la nudité. A ces maux extérieurs ajoutez mes préoccupations quotidiennes, la sollicitude de toutes les Églises. Qui est faible, sans que je me fasse faible avec lui ? Qui est scandalisé, sans que j’en sois brûlé ? Que s’il est permis de se glorifier, je me glorifierai de mes souffrances. Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui est béni dans tous les siècles , sait que je ne mens pas. A Damas, le gouverneur de la province pour le roi Arétas faisait faire la garde dans la ville pour m’arrêter prisonnier : on me descendit par une fenêtre, le long de la muraille, dans une corbeille ; et je m’échappai ainsi de ses mains. S’il faut se glorifier, quoique cela ne convienne pas, je viendrai maintenant aux visions et aux révélations du Seigneur. Je connais en Jésus-Christ un homme qui fut ravi, il y a quatorze ans ; si ce fut en son corps, ou hors de son corps, je n’en sais rien, Dieu le sait ; qui fut ravi, dis-je, jusqu’au troisième ciel. Et je sais que cet homme, si ce fut en son corps, ou hors de son corps, je ne sais, Dieu le sait ; que cet homme, dis-je , fut ravi dans le Paradis, et qu’il entendit des paroles mystérieuses qu’il n’est pas permis à un homme de rapporter. Je pourrais me glorifier en parlant d’un tel homme ; mais, pour moi, je ne veux me glorifier que dans mes infirmités. Ce ne serait cependant pas imprudence à moi, si je voulais me glorifier, car je dirais la vérité ; mais je me retiens, de peur que quelqu’un ne m’estime au-dessus de ce qu’il voit en moi, ou de ce qu’il entend de moi. Aussi, de peur que la grandeur des révélations ne me causât de l’orgueil, il m’a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan, qui me donne des soufflets. C’est pourquoi j’ai prié trois fois le Seigneur de l’éloigner de moi, et il m’a répondu : Ma grâce te suffit ; car la force se perfectionne dans l’infirmité. Je prendrai donc plaisir à me glorifier dans mes infirmités, afin que la force du Christ habite en moi.

 

    Dans le Graduel, l’Église implore le secours du D Seigneur contre ceux qui s’opposent à la mission qu’elle a reçue de susciter partout des adorateurs au vrai Dieu, un peuple nouveau.

    GRADUEL.

Sciant gentes, quoniam nomen tibi Deus : tu solus Altissimus super omnem terram.

V. Deus meus, pone illos ut rotam, et sicut stipulam ante faciem venti.

    Que les  nations sachent que votre  nom  est Dieu ; vous êtes le seul Très-Haut sur toute la terre.

    V/. Mon Dieu , que mes ennemis soient devant vous comme la roue qui tourne sous l’effort du vent, comme la paille devant le souffle de la tempête.

 

    Au milieu des commotions de la terre, de ces révolutions violentes qui renouvellent parfois les scènes terribles du déluge, au sein des nations sur lesquelles elles s’accomplissent, l’Église prie pour ses fidèles enfants, afin qu’ils soient épargnés, et que l’espérance du monde ne périsse pas en eux. C’est l’objet du Trait qui précède l’Évangile.

    TRAIT.

Commovisti, Domine, terram, et conturbasti eam.

V. Sana contritiones ejus, quia mota est.

V. Ut fugiant a facie arcus : ut liberentur electi tui.

    Seigneur, vous  avez ébranlé la terre, et vous avez entr’ouvert son sein.

    V/. Refermez ses  blessures, car elle est ébranlée.

    V/. Protégez la fuite de vos élus devant l’arc bandé contre eux, et qu’ils soient délivrés.

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. viii.

    In illo tempore, cum turba plurima convenirent, et de civitatibus properarent ad Jesum, dixit per similitudinem : Exiit, qui seminat, seminare semen suum : et dum seminat, aliud cecidit secus viam, et conculcatum est, et volucres coeli comederunt illud. Et aliud cecidit supra petram : et natum, aruit ; quia non habebat humorem. Et aliud cecidit inter spinas, et simul exortu spinae suffocaverunt illud. Et aliud cecidit in terram bonam • et ortum fecit fructum centuplum. Huc dicens clamabat : Qui habet aures audiendi, audiat. Interrogabant autem eum discipuli ejus, quae esset haec parabola. Quibus ipso dixit : Vobis datura est nosse mysterium regni Dei, caeteris autem in parabolis ; ut videntes non videant, et audientes non intelligant. Est autem haec parabola. Semen est verbum Dei. Qui autem secus viam, hi sunt qui audiunt : deinde venit diabolus, et tollit verbum de corde eorum, ne credentes salvi fiant. Nam qui supra petram : qui cum audierint, cum gaudio suscipiunt verbum : et hi radices non habent : quia ad tempus credunt, et in tempore tentationis recedunt. Quod autem in spinas cecidit, hi sunt qui audierunt, et a sollicitudinibus, et divitiis, et voluptatibus vitae, euntes, suffocantur, et non referunt fructum. Quod autem in bonam terram : hi sunt, qui in corde bono et optimo audientes verbum retinent,et fructum afferunt in patientia.

 

    La  suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. VIII.

    En ce temps-là, le peuple s’assemblant en foule et se pressant de sortir  des villes pour venir au-devant de Jésus, il leur dit en parabole :  Celui qui  sème s’en alla pour semer son grain ; et comme il  semait , une partie de la semence tomba le long du chemin, où elle fut  foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent.  Et  une  autre partie tomba sur la pierre ,  et , après avoir levé, elle sécha, parce qu’elle n’avait point d’humidité. Et une  autre tomba au milieu des épines, et les épines croissant avec la semence l’étouffèrent. Et une autre partie tomba sur de bonne terre, et  ayant levé, elle porta du fruit, cent pour un. En disant cela, il criait : Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre.  Ses disciples l’interrogèrent sur  le sens de cette parabole, et il leur dit : Pour vous, il vous a été donné de connaître le mystère du  royaume de Dieu ; mais pour  les autres, il ne leur est proposé qu’en paraboles, de sorte que voyant ils ne voient point, et qu’entendant ils ne comprennent point. Voici donc le sens de cette parabole : La semence est la Parole de Dieu. Ceux qui sont marqués par ce qui tombe le long du chemin , sont ceux qui écoutent ; mais le diable vient, et enlève de leurs cœurs la parole, de peur que croyant, ils ne soient sauvés. Ceux qui sont marqués par ce qui tombe sur la pierre, sont ceux qui, avant écouté la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont point de racines ; ils croient pour un temps, et ils se retirent à l’heure de la tentation. Ce qui tombe dans es épines, ce sont ceux qui  écoutent la parole, mais en qui elle est étouffée par les inquiétudes, par les richesses et parles plaisirs de cette vie, et ils ne portent point de fruit. Enfin, ce qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant écouté la parole, la conservent dans un cœur bon et excellent, et portent du fruit par la patience.

 

    Saint Grégoire le Grand observe avec raison que la parabole qui vient d’être lue n’a pas besoin d’explication, la Sagesse éternelle s’étant chargée elle-même de nous en donner la clef. Il ne nous reste donc plus qu’à profiter d’un si précieux enseignement, et qu’à recevoir en bonne terre la semence céleste qui tombe sur nous. Combien de fois jusqu’ici ne l’avons-nous pas laissée fouler aux passants, ou enlever par les oiseaux du ciel ? Combien de fois ne s’est-elle pas desséchée sur le rocher de notre cœur, ou n’a-t-elle pas été étouffée par de funestes épines ?Nous écoutions la Parole; elle avait pour nous un certain charme qui nous rassurait. Souvent même nous la reçûmes avec joie et empressement; mais, si quelquefois elle germait en nous, sa croissance était bientôt arrêtée. Désormais, il nous faut produire et fructifier ; et telle est la vigueur de la semence qui nous est confiée, que le divin Semeur en attend cent pour un. Si la terre de notre cœur est bonne, si nous avons soin de la préparer en mettant à profit les secours que nous offre la sainte Église, la moisson sera abondante au jour où le Seigneur, s’échappant vainqueur de son sépulcre, viendra associer ses fidèles croyants aux splendeurs de sa Résurrection.

    Ranimés par cette espérance, et pleins de confiance en celui qui daigne ensemencer de nouveau une terre si longtemps rebelle à ses soins, chantons avec l’Église, dans l’Offertoire, ces belles paroles du Roi-Prophète par lesquelles l’Église demande pour nous la fermeté et la persévérance.

    OFFERTOIRE.

Perfice gressus meos in semitis tuis, ut non moveantur vestigia mea : inclina aurem tuam et exaudi verba mea : mirifica misericordias tuas, qui salvos facis sperantes in te, Domine

    Affermissez mes pas dans vos sentiers, afin que mes pieds ne soient pas chancelants ; inclinez votre oreille, et exaucez mes paroles. Montrez vos miséricordes, ô vous, Seigneur ! qui sauvez ceux qui espèrent en vous.

    SECRETE.

Oblatum tibi, Domine, sacrificium vivificet nos semper, et muniat. Per Dominum

    Faites, Seigneur, que le Sacrifice qui vous est offert nous vivifie, et nous fortifie toujours. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On ajoute les autres Secrètes, comme au Dimanche de la Septuagésime, page 73.

 

    La visite du Seigneur dans le Sacrement de son amour est le grand moyen qui fertilisera notre âme et la rendra féconde. C’est pour cette raison que l’Église nous invite, dans l’Antienne de la Communion, à nous approcher de l’autel de Dieu ; notre cœur y recouvrera sa vigueur et sa jeunesse.

    COMMUNION.

Introibo ad altare Dei, ad Deum qui laetificat juventutem meam.    

Je m’approcherai de l’autel de Dieu, du Dieu qui réjouit ma jeunesse.

    POSTCOMMUNION.

Supplices te rogamus, omnipotens Deus; ut quos tuis reficis sacramentis, tibi etiam placitis moribus dignanter deservire concedas. Per Dominum.

    Nous vous supplions, Dieu tout-puissant, de faire la grâce à ceux que vous nourrissez de vos Sacrements, de vous servir d’une manière digne de vous, par des mœurs qui vous soient agréables. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On ajoute les autres Postcommunions comme ci-dessus, au Dimanche de la Septuagésime, page 74.

 

    A VÊPRES.

    Les Psaumes, le Capitule, l’Hymne et le Verset ci-dessus, pages 42 et suivantes.

 

    ANTIENNE DE MAGNIFICAT.

Vobis datum est nosse mysterium regni Dei, caeteris autem in parabolis, dixit Jesus discipulis suis.

    A vous il a été donné de connaître les mystères du royaume  de  Dieu : aux autres, seulement en paraboles, dit Jésus à ses disciples.

    ORAISON.

Deus, qui conspicis quia ex nulla nostra actione confidimus : concede propitius, ut contra adversa omnia, Doctoris Gentium protectione, muniamur. Per Dominum.

    O Dieu , qui voyez que nous ne nous confions en aucune de nos œuvres, daignez nous accorder d’être protégés contre tous les maux par l’assistance du Docteur des Gentils. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Nous terminerons cette journée par une Hymne que nous empruntons aux anciens Bréviaires des Églises de France, et qui exprime les sentiments dont les fidèles doivent être animés au temps de la Septuagésime.

    HYMNE.

Dies absoluti praetereunt; Dies observabiles redeunt. Tempus adest sobrium : Quaeramus puro corde Dominum.

Hymnis et in confessionibus Judex complacabitur Dominus. Non negabit hic veniam, Qui vult ut homo quaerat gratiam.

Post jugum servile Pharaonis, Post catenas dira Babylonis: Liber homo patriam Quaerat coelestem Hierosolymam

Fugiamus de hoc exilio : Habitemus cum Dei Filio : Hoc decus est famuli Si sit cohaeres sui Domini.

Sis Christe nobis dux hujus vite : Memento quod sumus oves tuae, Pro quibus ipse tuam Pastor ponebas morte animam.

Gloria sit Patri et Filio : Sancto simul honor Para- dito : Sicut erat pariter In principio et nunc et semper. Amen.

 

    Les jours de liberté s’écoulent ; ceux des saintes observances arrivent : le temps de la sobriété est proche ; d’un cœur pur cherchons le Seigneur.

    Nos cantiques et nos louanges apaiseront celui qui est notre juge et Seigneur : il ne refuse pas le pardon, lui qui veut que l’homme implore de lui sa grâce.

    Après avoir subi  le joug de Pharaon , après avoir porté les chaînes de la cruelle Babylone , que l’homme affranchi cherche la céleste Jérusalem, sa patrie.

    Fuyons de cet exil; cherchons demeure auprès du Fils de Dieu : la plus grande gloire pour le serviteur, c’est de devenir le cohéritier de son maître.

    O Christ ! soyez notre guide dans cette nouvelle souvenez-vous que nous sommes vos brebis pour lesquelles, ô pasteur, vous avez donné votre vie et subi la mort.

    Au Père, au Fils, soit la gloire; honneur pareil au saint Paraclet ; comme il était au commencement, et maintenant et toujours.

    Amen.

LE LUNDI DE LA SEXAGESIME.

    « Toute chair avait  corrompu sa voie. » Ainsi la  terrible leçon qu’avaient reçue les hommes lorsqu’ils furent expulsés du Paradis  de  délices en la personne des deux premiers parents, avait été perdue. Ni la certitude d’une mort plus ou moins prochaine,  qui  devait les amener aux pieds du Juge incorruptible, ni  les humiliations  de leur entrée en cette vie, ni les douleurs et les fatigues dont elle est semée, rien n’avait pu les réduire à la soumission envers le souverain Maître dont la main pesait sur eux. L’espérance d’être un jour sauvés et de recouvrer par le Médiateur, fils de la femme, la félicité et les honneurs qu’ils avaient perdus, ne relevait pas leur cœur et ne l’arrachait pas  à ses instincts mauvais. L’exemple du premier père, courbé durant tant de siècles sous le joug de la pénitence, témoin vivant des bontés et des justices du Seigneur,  perdait de jour en jour son empire sur les fils qui se multipliaient autour de lui ; et quand l’infortuné vieillard fut descendu dans la tombe, sa race se montra plus oublieuse encore des liens de service et de dépendance qui l’enchaînaient à Dieu. La longue vie dont avaient été gratifiés les  hommes de ce premier âge du monde fut une nouvelle arme qu’ils tournèrent contre  Dieu ;  et les enfants de Seth contractant alliance avec la famille de Caïn, l’espèce humaine tout entière sembla vouloir protester contre son auteur et n’adorer plus qu’elle-même.

    Dieu néanmoins ne les avait pas abandonnés sans défense au penchant déréglé de leurs cœurs. Le divin secours de la grâce leur était offert pour vaincre l’orgueil et l’entraînement de la sensualité. Les mérites du Rédempteur à naître étaient déjà présents devant la suprême justice, et le sang de l’Agneau immolé, comme parle saint Jean, dès le commencement du monde 5 , imputait ses divins mérites aux générations qui devaient s’écouler avant le grand Sacrifice. Les hommes pouvaient donc tous être justes comme Noé, et mériter comme lui les complaisances de l’Éternel ; mais les pensées de leurs cœurs se dirigeaient vers le mal de préférence au bien, et la terre se peuplait d’ennemis de Dieu. Ce fut alors que, selon la naïve et sublime expression de Moïse, Dieu se repentit de les avoir créés. Il décréta d’abréger la vie de l’homme, afin que le souvenir de la mort fût plus près de lui, et d’éteindre toute cette race perverse, sauf une seule famille, sous les eaux d’un déluge universel. Réduit à recommencer ses destinées, le genre humain, après une si effroyable catastrophe, connaîtrait mieux peut-être sa dépendance à l’égard de son auteur.

 

    Le Missel Mozarabe nous fournira aujourd’hui cette belle formule liturgique, qui convient si parfaitement au temps de la Septuagésime.

        (Dominica ante carnes tollendas.)

    MISSA

Ecce jam in proximo sunt dies illi salutis, in quibus revoluto anni circulo, per salutaris abstinentiae opus, remedia cupimus suscipere pravorum actuum nostrorum. Etenim sicut ait apostolus : Hoc est acceptabile tempus, et hi sunt dies salutis, in quibus spiritualis medela exquirenti adveniat anima, et mala dulcia scrabra peccaminum evellantur a mente ; ut qui consuetudine noxia semper cogimur deorsum fluere, tandem di- vina nos erigente clementia, conemur sursum surgere, ut horum dierum votiva exhibentes susceptione, et malorum nostrorum levemur a crimine, et beatitudinis electorum mereamur compotes esse. Amen.

 

    Ils sont proches, ces jours de salut que nous ramène le cours de l’année, et durant lesquels nous nous efforçons de chercher un remède à nos œuvres mauvaises dans les travaux d’une salutaire abstinence. Comme parle l’Apôtre : C’est là le temps favorable, ce sont là les jours de salut. C’est alors que le remède spirituel est appliqué à l’âme qui le désire, et que le mal qui, par sa fausse douceur, produit l’ulcère du péché, est déraciné des âmes. Nous qui par une funeste habitude sommes portés à décliner sans cesse, la divine miséricorde s’apprête à nous relever ; il nous faudra diriger nos efforts pour remonter en haut. Voyons donc arriver avec joie ces saints jours, et nous mériterons d’être affranchis de la culpabilité de nos crimes, et d’être rendus participants de la béatitude des élus. Amen.

LE MARDI DE LA SEXAGÉSIME.

    LORSQUE nous repassons en nous-mêmes les graves événements qui signalèrent le premier âge du monde, la perversité humaine qui osa s’y déployer sous les yeux de Dieu nous semble incompréhensible. Comment la voix tonnante du Seigneur en Eden put-elle être sitôt oubliée? Comment le spectacle de la pénitence d’Adam ne porta-t-il pas ses fils à s’humilier devant Dieu, et à marcher dans ses voies ? Comment la promesse d’un Médiateur qui devait leur rouvrir les portes du Paradis n’éveilla-t-elle pas dans leurs cœurs le désir de se rendre dignes d’être ses ancêtres, et d’avoir part à la régénération qu’il apporterait aux hommes ? Cependant, les siècles qui suivirent la mort d’Adam furent des siècles de crime et de scandale ; et l’on sait que lui-même vit de ses propres yeux l’un de ses deux premiers enfants devenir le meurtrier de l’autre. Devons-nous donc tant nous étonner de la perversité de ces premiers hommes ? Aujourd’hui, que six mille ans de bienfaits ont été versés du ciel sur la terre, que six mille ans de justice ont été exercés, les hommes ont-ils le cœur moins appesanti, moins ingrat, moins rebelle ? La dure leçon du Paradis terrestre, le châtiment formidable du déluge, que sont-ils pour la plupart des hommes qui daignent accepter ces faits ? Un souvenir, qui n’arrive pas même à empreindre dans leur vie le sentiment de la justice de Dieu. Plus heureux que leurs ancêtres, ils savent que le ciel n’a plus de Messie à envoyer, que Dieu est descendu, qu’il s’est fait homme, qu’il a brisé le sceptre de Satan, que la voie du ciel est devenue facile au moyen des secours déposés par le Médiateur dans les divins Sacrements ; et cependant le péché règne et triomphe au milieu du christianisme. Sans doute, les justes sont maintenant plus nombreux qu’aux jours de Noé ; mais aussi quels trésors de grâces le Sauveur n’a-t-il pas épanchés sur notre race dégénérée, par le ministère de l’Église son Épouse ? Oui, des chrétiens fidèles se rencontrent sur la terre, le nombre des élus se complète chaque jour ; mais la multitude vit dans la disgrâce de Dieu, et mène une conduite en contradiction avec sa foi.

    Lors donc que la sainte Église nous remet en mémoire ces temps « où toute chair avait corrompu sa voie », elle nous presse de penser à notre conversion. En nous rappelant les œuvres perverses des premiers hommes, elle nous avertit de songera nous et de nous juger nous-mêmes. En faisant retentir à nos oreilles le bruit des cataractes du firmament qui s’ouvrirent et submergèrent la terre et ses habitants, elle nous invite à ne pas nous jouer d’un Dieu dont la colère a pu employer de si terribles moyens pour se venger d’une créature révoltée. La semaine précédente, nous avons dû peser la gravité des conséquences du péché d’Adam, péché qui ne nous est pas personnel, mais dont les suites s’étendent néanmoins si cruellement jusqu’à nous. Cette semaine, ce sont nos péchés à nous, nos péchés actuels que nous devons reconnaître et déplorer. Comblés des faveurs de Dieu, éclaires de sa lumière, rachetés dans son sang, fortifiés contre tous les obstacles par sa grâce, nous avons néanmoins corrompu nos voies, et porté le Seigneur au repentir de nous avoir créés. Confessons notre iniquité et reconnaissons humblement que c’est « à sa pure miséricorde que nous devons de n’avoir pas été consumés 6   ».

 

    Nous emprunterons la pièce suivante  au Missel Ambrosien, où elle figure dans le  temps de l’année que nous traversons présentement.

    (Dominica in Septuagesima.)

    TRANSITORIUM.

Convertimini omnes simul ad Deum mundo corde et animo, in oratione, jejuniis, et vigiliis multis. Fundite preces vestras cum lacrymis ; ut deleatis chirographa peccatorum vestrorum, priusquam vobis repentinus superveniat interitus ; antequam vos profundum mortis absorbeat ; et cum Creator noster advenerit, paratos nos inveniat.

 

    CONVERTISSEZ-VOUS tous à Dieu, d’un cœur pur, dans la prière, les jeûnes et les veilles. Versez des larmes avec vos prières, effacez la sentence méritée par vos péchés, avant que la mort ne vienne tout à coup fondre sur vous ; avant que le gouffre de la mort ne vous engloutisse. Quand le Créateur arrivera , qu’il nous trouve prêts.

LE MERCREDI DE LA SEXAGÉSIME.

    Nous avons péché, nous avons abusé de la vie, ô Dieu des justices ! et, quand nous lisons l’histoire des châtiments que votre colère a versés sur les pécheurs des temps anciens, nous sen l’on s que nous avons mérité d’être traités comme eux. Nous avons le bonheur d’être chrétiens et enfants de votre Église ; la lumière de la foi, l’impulsion de votre grâce nous ont ramenés à vous ; mais devons-nous pour cela oublier ce que nous avons été ? Et sommes-nous si fermes dans le bien, que nous puissions nous promettre d’y persévérer toujours ? O Seigneur ! « transpercez nos âmes des traits de votre crainte 7 ». Notre cœur est dur, il a besoin de trembler devant vous ; autrement, il serait en danger de vous trahir encore.

    Ce spectacle du monde submergé, cette extinction de la race humaine sous les flots, nous glacent de terreur; car ils nous montrent que votre patience et votre longanimité peuvent s’épuiser, et faire place à une vengeance sans pitié. Vous êtes juste, Seigneur ; et nul de nous n’a le droit de s’en étonner ni de s’en plaindre.

    C’est cette justice que nous avons défiée, cette vengeance que nous avons bravée ; car si votre parole est engagée à ne plus anéantir désormais sous les eaux la race des pécheurs, nous savons que vous avez allumé dans votre colère un feu qui doit dévorer éternellement ceux qui sortiront de ce monde sans s’être réconciliés avec vous. O dignité de notre faible nature ! Celui qui nous a tirés du néant ne veut voir en nous que des amis ou des ennemis. Et il en devait être ainsi. Créés intelligents et libres, le bien et le mal sont devant nous ; il nous faut choisir, nous ne pouvons rester neutres. Si nous adoptons le bien, Dieu se tourne vers nous avec amour ;  si nous faisons le mal, nous rompons avec lui, qui est le souverain bien. Mais, comme sa miséricorde est infinie envers la faible créature qu’il n’a tirée du néant que par amour, comme il veut d’une volonté sincère que tous soient sauvés, il attend en patience que le pécheur revienne à lui, et il l’attire en mille manières.

    Mais malheur à qui se refuse à l’appel divin, quand cet appel est le dernier ! La justice alors s’accomplit ; et l’Apôtre nous a dit qu’il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant 8 . Apprenons donc à fuir la colère à venir 9 , et hâtons-nous de faire la paix avec le souverain Maître que nous avons irrité. Si déjà nous sommes rentrés en grâce avec lui, marchons dans sa crainte, jusqu’à ce que, l’amour ayant jeté de plus profondes racines dans notre cœur, nous méritions de courir dans la voie des divins commandements 10 .

    

    L’Église gothique d’Espagne, dans son Bréviaire Mozarabe, nous fournira la prière suivante.

    (In capite jejunii.)

    ORATIO.

Averte faciem tuam a peccatis nostris, Domine, et omnes iniquitates nostras dele; remove ab oculis tuis     malarum nostrarum facinus voluptatum, nostraeque confessioni clementer tuum appone auditum. Miserere, quaesumus, rogantibus nobis, qui propitius respicis in adversis, et qui desperatis cor paenitens tribuis ad confessionem gloria tuas. Sed quia publicanus a longe stans et percutiens pectus suum, sola confessione purgatus est, similiter et nos peccatores exaudi ; ut sicut illi meritos petitionis sui fructus donasti, ita et nobis supplicantibus indignis servis tuis veniam digneris impendere peccatis. Amen

 

    Détournez votre face de nos péchés, Seigneur, et effacez toutes nos iniquités ; ôtez de devant vos yeux le mal dans lequel nous entraînèrent nos coupables satisfactions, et prêtez l’oreille de votre clémence à notre humble aveu. Daignez avoir pitié de nos supplications, vous qui êtes propice à ceux qui sont dans l’adversité, et qui accordez au pécheur que son état désespère, un cœur pénitent pour célébrer votre gloire. De même que le publicain qui se tenait loin de l’autel, et frappait sa poitrine, se trouva purifié par le simple aveu de ses fautes, de même nous qui sommes pécheurs, exaucez-nous. Vous lui accordâtes selon son mérite le fruit de sa demande; daignez accorder aussi aux supplications de vos indignes serviteurs le pardon de leurs péchés. Amen.

LE JEUDI DE LA SEXAGESIME.

    Dieu promit solennellement à Noé de ne plus employer contre la terre coupable le terrible châtiment du déluge ; mais sa justice l’a contraint plusieurs fois, pour punir les nations révoltées, de recourir à un moyen sévère, et qui présente plus d’une analogie avec le déluge ; il a déchaîné contre les peuples le fléau des invasions ennemies. L’histoire en présente, dans tout son cours, la suite effrayante ; et toujours la divine Providence s’est justifiée dans ses œuvres. Les invasions étrangères ont été toujours amenées par les crimes des hommes, et il n’en est pas une seule qui n’atteste la suprême équité avec laquelle Dieu gouverne le monde.

    Nous ne rappellerons point ici la succession de ces grandes catastrophes dont le récit forme, pour ainsi dire, les annales de l’humanité, ces conquêtes, ces extinctions de races, ces pertes de nationalités, ces fusions violentes de peuples, dans lesquelles tout un passé est submergé. Qu’on se rappelle seulement les deux grands faits de ce genre qui ont désolé le monde depuis l’ère chrétienne, et qu’on adore la justice de Dieu.

    L’Empire romain avait accumulé les crimes jusqu’au ciel ; l’adoration de l’homme et la licence effrénée des mœurs avaient été portées par son influence au dernier degré dans les nations  qu’il avait perverties. Le Christianisme pouvait sauver les hommes dans l’Empire, mais l’Empire lui-même ne pouvait devenir chrétien. Dieu le voua au déluge des barbares, et il disparut sous les flots de l’invasion qui montaient toujours, jusqu’à ce qu’ils eussent couvert les sommets dorés du Capitule. Les farouches exécuteurs de la vengeance céleste avaient eux-mêmes l’instinct de leur mission, et ils prenaient le nom de Fléaux de Dieu.

    Plus tard, lorsque les nations chrétiennes de l’Orient, celles qui avaient transmis aux Occidentaux le flambeau de la foi qu’elles ont laissé s’éteindre chez elles, eurent assez fatigué la justice divine par les sacrilèges hérésies dont elles défiguraient l’auguste symbole de la foi, Dieu déchaîna sur elles, du fond de l’Arabie, le déluge de l’Islamisme qui engloutit les chrétientés premières, sans épargner même Jérusalem, teinte du sang et témoin de la résurrection de l’Homme-Dieu. Antioche et Alexandrie avec leurs Patriarcats, s’abîmèrent dans l’ignominie de l’esclavage, en attendant que Constantinople à son tour, ayant lassé la patience divine, devînt elle-même le siège du Croissant.

    C’est notre tour maintenant, nations occidentales, si nous ne revenons pas au Seigneur notre Dieu. Déjà les cataractes du Ciel sont entr’ouvertes, et le flot vengeur de la barbarie menace de se précipiter sur nous. Mais aussi, dans notre Europe, toute chair n’a-t-elle pas corrompu sa voie comme aux jours de Noé? n’avons-nous pas conspiré de toutes parts contre le Seigneur et contre son Christ ? n’avons-nous pas crié comme les nations impies dont parle le Psalmiste : « Brisons leurs  liens, et  rejetons leur joug loin de nous 11 » ? Tremblons que le moment ne soit venu, où, en dépit de notre orgueil et de nos fragiles moyens de défense, le Christ irrité, à qui seul les peuples appartiennent, nous régira avec la verge de fer, et « nous brisera comme un vase d’argile 12 ». Le temps presse, profitons du conseil que nous donne le Roi-Prophète : « Servez le Seigneur dans la crainte ; embrassez sa loi, de peur que le Seigneur ne s’irrite, et que vous ne périssiez quand sa colère s’allumera soudain 13 ».

 

    Cette belle formule liturgique appartient au Missel Ambrosien, dans la saison présente.

    (Dominica in Quinquagesima.)

    TRANSITORIUM.

Venite, convertimini ad me, dicit Dominus. Venite flentes, fundamus lacrymas ad Deum : quia nos negleximus, et propter nos terra patitur. Nos iniquitatem fecimus, et propter nos fundamenta commota sunt. Festinemus iram Dei antevertere, flentes, et dicentes : Qui tollis peccata mundi,     miserere nobis.    

 

    Venez, convertissez-vous à moi, dit le Seigneur. Venez, fidèles, versons des larmes devant Dieu ; car nous avons négligé nos âmes, et a cause de nous la terre est dans l’angoisse. Nous avons commis l’iniquité, et pour cela les fondements de la terre sont ébranlés. Hâtons-nous de prévenir la colère de Dieu, pleurons et disons: Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

LE VENDREDI  DE LA SEXAGESIME.

    Le Seigneur qui châtie la terre par le déluge veut néanmoins rester fidèle à ses promesses. Il a annoncé la défaite du serpent ; mais les temps ne sont pas venus encore ; il faut donc que le genre humain soit conservé jusqu’au jour où la promesse s’accomplira. L’arche reçoit dans son sein le juste Noé et sa famille, et si les eaux vengeresses s’élèvent jusqu’au-dessus des plus hautes montagnes, la demeure fragile, mais sûre, à laquelle ils se sont confiés, plane tranquillement sur les flots. Au jour marqué, ses habitants descendront sur la terre purifiée, et ils entendront encore de la bouche de Dieu cette parole qu’il avait d’abord adressée à nos premiers parents : « Croissez et multipliez, et remplissez la terre. »

    C’est donc à l’arche que le genre humain fut redevable de sa conservation : c’est par elle que Dieu nous sauva tous. Qu’il soit donc béni, ce navire hospitalier, dont le Seigneur lui-même daigna donner le plan, et sur lequel glissèrent, sans y pénétrer, toutes les pluies de sa colère ! Mais si nous devons honorer de nos respects ce bois insensible et vil 14 , par lequel les générations humaines furent sauvées, quel ne doit pas être notre amour pour cette autre Arche, dont la première    ne fut que la figure, et qui, depuis dix-huit siècles, nous sauve et nous conduit à Dieu ; pour cette Église sainte, Épouse du Fils de Dieu, hors de laquelle il n’y a pas de salut, et au sein de laquelle nous trouvons la vérité qui délivre de l’erreur et du doute 15 , la grâce qui purifie les cœurs, l’aliment qui les nourrit et les prépare pour l’immortalité !

    Arche sacrée, vous êtes habitée, non plus par une seule famille, mais par des membres de toutes les nations qui sont sous le ciel. Vous voguez sur les tempêtes depuis le jour où le pilote vous lança sur la mer de ce monde, et jamais vous n’avez sombré ; et nous savons que vous aborderez à l’éternité, sans que jamais aucun naufrage vienne accuser la prévoyance de celui qui vous aime et pour vous-même et pour le dépôt que vous lui gardez. C’est par vous qu’il repeuple ce monde, qu’il n’a créé que pour ses élus 16 ; « quand il est irrité contre les nommes, il se ressouvient de sa miséricorde 17 », à cause de vous ; car c’est en vous qu’il a fait alliance avec notre race.

    Asile de sécurité, gardez-nous au milieu de l’affreux déluge. Au jour où l’Empire profane qui s’était enivré du sang des Martyrs 18 disparaissait sous l’invasion des barbares, la génération chrétienne était en sûreté, à l’ombre de vos flancs maternels. Le torrent qui inondait tout s’écoula peu à peu ; et la génération qui s’était confiée à vous, vaincue selon la chair, devint bientôt victorieuse par l’esprit. Le Sicambre s’humilia devant son esclave, et des peuples nouveaux ayant pour première loi l’Évangile commencèrent leurs brillantes destinées sur la terre même qu’avaient corrompue et que n’avaient pu défendre les Césars.

    Lorsque l’inondation sarrasine vint à son tour submerger tant de contrées orientales, menaçant même l’Europe qu’elle eût envahie tout entière, si la vigueur des fils que vous aviez sauvés n’eût refoulé ces hordes barbares, n’est-ce pas dans votre sein, Arche tutélaire, que se sont réfugiés les restes des chrétiens qui, au milieu des scandales et de l’abrutissement dans lesquels le schisme et l’hérésie ont plongé le plus grand nombre de leurs frères, conservent fidèlement le feu sacré ? Sous l’abri que vous leur avez ménagé, ils forment la chaîne non interrompue des témoins de la vérité dans ces régions, jusqu’à ce que le retour de la miséricorde céleste amène des temps meilleurs, et qu’il soit donné à ces nouveaux Sem de se multiplier encore sur cette terre jadis si féconde en fruits de gloire et de sainteté.

    Et nous, ô Église, avec quel bonheur nous nous sen l’on s portés par vous, et par vous garantis contre les vagues de l’océan de l’anarchie qui monte toujours, et que nos péchés ont déchaîné. Nous supplions le Seigneur, afin qu’il dise à cette mer furieuse : « Tu ne viendras que jusqu’ici, et tu briseras là l’orgueil de tes flots   19 » ; mais si la divine justice avait résolu de la laisser prévaloir pour un temps, nous sommes assurés d’échapper au fléau. Dans votre sein tranquille, ô Église, nous trouvons les vrais biens, les biens spirituels « que les voleurs ne peuvent ravir 20 » ; la vie que vous donnez est la seule vie véritable ; la patrie qui est en vous est l’unique patrie. Oh ! gardez-nous, Arche du Christ ; que nous soyons toujours en vous, avec ceux que nous aimons, « jusqu’à ce que les eaux de l’iniquité se soient écoulées 21 » ! Puis, lorsque la terre purifiée devra recevoir de nouveau la semence divine de la Parole qui produit les enfants de Dieu, ceux que vous n’aurez pas déposés encore sur les rivages éternels, descendront pour rendre à toute âme humaine les principes sacrés de l’autorité et du droit, de la famille et de la société, principes qui sont venus du Ciel, et que vous êtes chargée de conserver et d’enseigner, jusqu’à la consommation des siècles.

 

    Nous placerons ici cette belle Oraison du Missel Mozarabe, dans laquelle  l’Église  gothique d’Espagne  implorait  si éloquemment la miséricorde de Dieu.

    (In Dominica V post Epiphaniam.)

    ORAISON.

Exaudi nos Domine Deus noster, et humanae iniquitatis oblitus, divine; solius misericordiae recordare. Exaudi, quaesumus, dum peccare non pateris, dum emendare nos praecipis, dum rogare permittis dum patientia reditum quaerendae correctionis exspectat : dum justitia metum futurae discussionis insinuat dum misericordia locum evadendae mortis ostentat. Inveniant ante oculos tuos sacrificia nostra gratiam : peccata veniam vulnera medicinam suspiria pietatem : flagella consolationem : lamenta temperiem : tempora quietem : officia dignitatem : vota mercedem. Mereatur petitio effectum, contritio solatium, consecratio Sacramentum. Oblatio sanctificatione pinguescat, trepidatio securitate discedat, benedictio salubritate proficiat ; ut in omnibus multiplici pietatis tue gratia redundante, erigas plebem, dum laetificas sacerdotem. Amen.

 

    Exaucez-nous , Seigneur notre Dieu, et, oubliant l’iniquité humaine, daignez ne vous souvenir que de votre miséricorde. Exaucez-nous , nous vous en supplions, vous qui ne souffrez pas le péché, qui prescrivez l’amendement, qui permettez la prière. Votre patience attend notre retour et notre correction ; votre justice nous inspire la crainte du jugement à venir : votre miséricorde nous montre le moyen d’éviter la mort. Que nos offrandes nous fassent trouver grâce devant vos yeux ; accordez pour nos péchés le pardon, pour nos plaies le remède. Que nos soupirs obtiennent votre pitié, nos douleurs la consolation, nos pleurs leur adoucissement. Que nos temps soient tranquilles, nos fonctions honorées, nos vœux exaucés ; que nos demandes méritent leur effet, nos regrets leur consolation, nos paroles sacrées leur résultat mystérieux. Que notre oblation soit féconde en sanctifications ; que nos terreurs s’éloignent devant la sécurité; que notre bénédiction soit fructueuse pour le salut : en sorte que, par l’abondante effusion de votre grâce sur tous, en réjouissant le prêtre, vous consoliez le peuple. Amen.

LE SAMEDI DE LA SEXAGESIME.

    En terminant la semaine précédente, toute pleine des souvenirs de la chute humiliante et désastreuse de nos premiers parents, après avoir reconnu en nous les dures et inévitables conséquences de la prévarication du commencement, nous arrêtions nos regards sur cette heureuse fille de la race humaine qui, par une miséricorde toute spéciale, n’a point participé au déshonneur d’être conçue dans le péché. En ce dernier jour de la semaine consacrée au repentir de ces fautes personnelles dont tout homme, même le plus juste, s’est rendu coupable, nous venons encore, ô Marie, nous prosterner devant vous, et honorer en votre personne la très sainte créature qui, seule entre toutes, n’a point commis le péché.

    Tous, nous avons corrompu nos voies, nous avons désobéi à Dieu, nous avons enfreint sa loi, nous nous sommes recherchés nous-mêmes aux dépens de ce qui lui est dû; et vous, ô Miroir de justice et de sainteté, vous avez constamment été remplie de la divine Charité, qui jamais n’a subi en vous la plus légère altération. Vierge fidèle, la grâce de votre Fils a toujours triomphé dans votre cœur. Rose mystique, vos parfums ont monté jusqu’à lui, à toute heure, sans rien perdre de leur suavité. Tour d’ivoire, nulle tache n’a terni votre incomparable blancheur. Palais dont les murs sont formés d’or, pour signifier l’amour, qui est le plus excellent des dons, vous avez toujours réfléchi les feux du divin Esprit. Ayez donc pitié de nous ; car nous sommes pécheurs.

    Nous avons contraint le Seigneur au repentir de nous avoir créés ; mais en vous il s’est complu, ô Marie, en vous, terre fertile entre toutes, dans laquelle la grâce qu’il avait semée a fructifié avec surabondance. Daignez donc, ô notre sœur, féconder la terre de nos cœurs, en arracher les épines qui étouffent la plante céleste. Nous sommes maculés par le péché ; lavez-nous par le mérite des larmes maternelles que vous répandîtes au pied de la Croix. Si déjà votre Fils nous a pardonné, couvrez de votre manteau les cicatrices de nos plaies. Nous ne redou l’on s pas assez le mal, nous nous exposons à le commettre ; fortifiez nos cœurs chancelants dans le bien ; éveillez en eux cette précieuse susceptibilité pour l’honneur de Dieu, pour son amour, par laquelle nous serons arrachés enfin à cette dangereuse complaisance envers nous-mêmes qui pourrait nous perdre encore.

    Le déluge que nos péchés ont attiré roule ses flots contre nous, ô Mère de bonté ! nous nous hâ l’on s d’entrer dans l’Arche protectrice, certains d’y trouver un asile assuré. Mais, ô puissante médiatrice, nous tournons encore nos regards vers vous. N’est-il pas en votre pouvoir de conjurer la colère du Seigneur, d’arrêter jusqu’au dernier instant le déchaînement de ses vengeances ? Hâtez-vous de secourir le monde qui s’affaisse. Souvenez-vous de tant de pécheurs qui périraient sans retour sous les vagues de la justice divine qu’ils ont bravée. Obtenez que tant d’âmes lavées dans le sang de votre Fils ne soient pas perdues éternellement. Soyez, ô Marie, avant l’inondation, cette Colombe de paix qui n’apporta jadis le rameau d’olivier qu’après que la colère de Dieu fut apaisée. Soyez l’Arc pacifique sur les nuées du ciel, avant qu’elles aient vomi leurs torrents sur la terre. Nous nous adressons à vous, comme à la Reine de miséricorde, et nous vous demandons grâce pour nos péchés, comme à celle dont la pureté et l’innocence n’ont au-dessus d’elles que la sainteté même de Dieu.

 

    Nous détacherons quelques stances de la célèbre complainte à Marie, composée par le moine Euthymius, et que l’Église grecque emploie dans ses Offices.

    CANON.

Quomodo, 0 Domina, vitam meam impuram et immensorum peccatorum meorum multitudinem lamentabor ? Nescio quid dicam tibi, castissima, et male metuo ; sed adjuva me.

Unde exordiar dicere ego miser de improbitate mea, et delictis nefandis ? Ha! quid de me flet ? Verum age, Domina, et mei ante exitum ex hac lute miserere.

Omnem viam peccatorum cum ambulassem, immaculata Virgo, salutis semitam haudquaquam inveni. Sed ad bonitatem tuam confugio ; ne me ex animo poenitentem aspernare.

Mortis horam, O purissima, terribileque tribunal assidue cogito ; sed peccandi consuetudine vehementer ad peccatum illicior. Fer mihi opem.

Bonorum exitiabilis inimicus cernens me nunc nudum, et patrono ac tutore destitutum, et a divinis virtutibus alienissimum, ad devorandum me irruit. Praeveni, et averte ilium, o Domina.

Proh dolor ! imaginem Dei in me ego miser mentis arrogantia contaminavi. Quo in posterum me vertam ? Festina, Virgo, ad auxilium.

Angelorum ordines et exercitus, Virtutes coelorum, potentiam Filii tui contremiscunt, o castissima. Ego vero desperatus omni timore vaco.

In fovea delictorum meorum suffocatum non me derelinquas, Domina. Improbissimus enim hostis me desperatione conflictantem videns, ridet ; sed tu potenti manu tua me erige.

Formidabile est judicium, O misera et stolida anima mea, et ‘ena horribilis atque sempiterna. Nihilominus vel nunc ante Matrem judicis ac Dei tui, supplex procumbe. Cur enim te ipsam desperas ?

O intaminata Virgo, ego ob multitudinem immensorum peccatorum meorum repletus sum tenebris, oculique anima meae, et mens mea immutata sunt. Quare tu luminis tui splendoribus ad dulcedinem in vacuitate passionum sitam celeriter me revoca.

Gemitus perennes mihi largire, Domina, fontemque lacrymarum, ut tam multa flagitia mea vulneraque inexplicabilia eluam, quo vitam aeternam adipiscar.

En ego servus tuus, incorruptissima Virgo, multo cum timore et desiderio ad te accedo : gnarus quantum saepe numero tua valuerit deprecatio. Valet cane plurimum, O benedictissima, apud Filium Matris supplicatio, et ejus viscera commovet.

Judicem misericordem et benignum exspecto Filium tuum, O linguis omnium praedicanda ; ne me despicias, sed cum mihi redde propitium, ut me tune ad dexteram tribunalis sui incorrupti statuat : in te enim speravi.

 

    Comment pourrai-je, o grande Reine, déplorer assez ma vie coupable et la multitude de mes péchés ? Je ne sais plus ce que je dois vous dire, ô très chaste ! la terreur me saisit : venez à mon secours.

    Par où commencerai-je, infortuné, à confesser ma malice et mes criminelles actions ? Oh ! qu’arrivera-t-il de moi ? Au moins, ô ma Souveraine, ayez pitié de moi, avant que mes yeux se ferment à la lumière.

    J’ai marché dans la voie de tout péché, ô Vierge immaculée ! Je n’ai pas su trouver le chemin du salut ; mais j’ai recours à votre bonté: ne me méprisez pas aujourd’hui que mon cœur se repent.

    Je pense sans cesse, ô très pure, à  l’heure de ma mort et au terrible tribunal ; mais l’habitude du péché m’entraîne violemment à le commettre de nouveau ; portez-moi secours.

    Le mortel ennemi de ceux qui cherchent le bien ayant vu combien je suis nu et sans défenseur, combien je suis éloigné des saintes vertus, s’élance pour me dévorer. Prévenez-le et écartez-le, ô grande Reine.

    O douleur ! par l’arrogance de mon esprit, j’ai eu le malheur de souiller en moi l’image de Dieu : hâtez-vous, ô Vierge, d’accourir à mon secours.

    L’armée des Anges, les Vertus des cieux, tout tremble devant la puissance de votre Fils, ô très chaste; et moi, j’ai été sans crainte, comme un désespéré.

    Ne me laissez pas submergé dans l’abîme de mes fautes, ô grande Reine. Mon très cruel ennemi qui me voit luttant avec le désespoir, se rit de mon sort ; mais vous, relevez-moi par votre main puissante.

    Le jugement est redoutable, ô mon âme misérable et insensée ; le châtiment est horrible et sans fin ; néanmoins, viens te prosterner devant la Mère de l’on juge et de l’on Dieu. Pourquoi désespérer de toi-même?

    O Vierge sans tache, je suis rempli de ténèbres par la multitude de mes grands péchés : les yeux de mon âme et mon âme elle-même ont perdu leur éclat. Par les splendeurs de votre lumière, daignez au plus tôt rétablir en moi ce doux repos que produit l’éloignement des passions.

    Donnez-moi, ô Princesse, un gémissement continuel, une fontaine de larmes, afin que j’efface mes nombreux péchés, mes plaies inguérissables, afin que j’obtienne la vie éternelle.

    Me voici, moi votre serviteur, ô Vierge très pure! J’approche de vous avec crainte et avec empressement ; car je sais quelle est la puissance de votre prière. Certes, elle est d’un grand poids, ô très digne, la supplication de la Mère auprès du Fils ; les entrailles du Fils en sont toujours émues.

    O vous que toute langue doit célébrer, j’attends dans votre Fils un juge miséricordieux et plein de bonté ; ne me dédaignez pas ; mais rendez-le-moi propice, afin qu’il me place à la droite de son tribunal; car j’ai espéré en vous.

LE DIMANCHE DE LA QUINQUAGESIME.

    La vocation d’Abraham est le sujet que l’Église offre aujourd’hui à nos méditations. Quand les eaux du déluge se furent retirées, et que le genre humain eut de nouveau couvert la surface de la terre, la corruption des mœurs qui avait allumé la vengeance de Dieu reparut parmi les hommes, et l’idolâtrie, cette plaie que la race antédiluvienne avait ignorée, vint mettre le comble à tant de désordres. Le Seigneur, prévoyant dans sa divine sagesse la défection des peuples, résolut de se créer une nation qui lui serait particulièrement dévouée, et au sein de laquelle se conserveraient les vérités sacrées qui devaient s’éteindre chez les Gentils. Ce nouveau peuple devait commencer par un seul homme, père et type des croyants. Abraham, plein de foi et d’obéissance envers le Seigneur, était appelé à devenir le père des enfants de Dieu, le chef de cette génération spirituelle à laquelle ont appartenu et appartiendront jusqu’à la fin des siècles tous les élus, tant de l’ancien peuple que de l’Église chrétienne.

    Il nous faut donc connaître Abraham, notre chef et notre modèle. Sa vie se résume tout entière dans la fidélité à Dieu, dans la soumission à ses ordres, dans l’abandon et le sacrifice de toutes choses, pour obéir à la sainte volonté de Dieu. C’est le caractère du chrétien ; hâtons-nous donc     de puiser dans la vie de ce grand homme tous les enseignements qu’elle renferme pour nous.

    Le texte de la Genèse que nous donnons ci-après servira de fondement à tout ce que nous avons à dire sur Abraham. La sainte Église le lit aujourd’hui dans l’Office des Matines.

De Libro Genesis. Cap. xii.

Dixit autem Dominus ad Abram : Egredere de terra tua, et de cognatione tua, et de domo patris tui, et veni in terram quam monstrabo tibi. Faciamque te in gentem magnam, et benedicam tibi, et magnificabo nomen tuum, erisque benedictus. Benedicam benedicentibus tibi, et maledicam maledicentibus tibi; atque in te bene dicentur universae cognationes terne. Egressus est itaque Abram sicut praeceperat ei Dominus, et ivit cum eo Lot. Septuaginta quinque annorum erat Abram, cum egrederetur de Haran. Tulitque Saraï uxorem suam, et Lot filium fratris sui, universamque substantiam quam possederant, et animas quas fecerant in Haran : et egressi sunt ut irent in terram Chanaan. Cumque venissent in eam, pertransivit Abram terram ‘usque ad boum Sichem, usque ad convallem illustrem : Chananaeus autem tunc erat in terra. Apparuit autem Dominus Abram, et dixit ei Semini tuo dabo terram hanc. Qui aedificavit ibi altare Domino, qui apparuerat ei. Et inde transgrediens ad montem, qui erat contra orientem Bethel tetendit ibi tabernaculum suum, ab occidente habens Bethel, et ab oriente Haï. Aedificavit quoque ibi altare Domino, et invocavit Nomen ejus.

 

    Du Livre de la Genèse. Chap.  XII.

    Or le Seigneur dit à Abram : Sors de l’on pays, et de ta parente, et de la maison de l’on père, et viens dans la terre que je te montrerai ; et je ferai sortir de toi un grand peuple, et je glorifierai l’on nom, et tu seras béni. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. Abram sortit donc comme le Seigneur le lui avait commandé, et Loth alla avec lui. Or, Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu’il sortit de Haran, et il emmena avec lui Saraï son épouse et Loth fils de son frère, tout ce qu’ils possédaient, et tout ce qui leur était né dans Haran : et ils sortirent pour aller dans la terre de Chanaan. Lorsqu’ils y furent arrivés, Abram pénétra jusqu’au lieu appelé Sichem et jusqu’à la Vallée-Illustre; le Chananéen occupait alors cette terre. Or, le Seigneur apparut à Abram, et lui dit : Je donnerai cette terre à ta postérité. Abram éleva en cet endroit un autel au Seigneur qui lui était apparu, et étant passé de là vers la montagne qui est à l’orient de Bethel, il y dressa sa tente, ayant Bethel à l’occident et Haï à l’orient. Il éleva encore en ce lieu un autel au Seigneur, et il invoqua son Nom.

    Quelle plus vive image pouvait nous être offerte du disciple de Jésus-Christ que celle de ce saint Patriarche, si docile et si généreux à suivre la voix de Dieu qui l’appelle ? Avec quelle admiration ne devons-nous pas dire, en répétant la parole des saints Pères : « O homme véritablement chrétien avant même que le Christ fût venu ! ô homme évangélique avant l’Évangile ! ô homme apostolique avant les Apôtres ! » A l’appel du Seigneur, il quitte tout, sa patrie, sa famille, la maison de son père, et il s’avance vers une région qu’il ne connaît pas. Il lui suffit que Dieu le conduise ; il se sent en sûreté, et ne regarde pas en arrière. Les Apôtres eux-mêmes ont-ils fait davantage ? Mais voyez la récompense. En lui toutes les familles de la terre seront bénies; ce Chaldéen porte dans ses veines le sang qui doit sauver le monde. Il clora néanmoins ses paupières, avant de voir se lever le jour où, après bien des siècles, un de ses petits-fils, né d’une vierge et unie personnellement au Verbe divin, rachètera toutes les générations passées, présentes et futures. Mais en attendant que le ciel s’ouvre pour le Rédempteur et pour l’armée des justes qui auront déjà conquis la couronne, les honneurs d’Abraham dans le séjour de l’attente seront dignes de sa vertu et de ses mérites. C’est dans son sein 22 , autour de lui, que nos premiers parents purifiés par la pénitence, que Noé, Moïse, David, tous les justes en un mot, jusqu’à Lazare l’indigent, ont goûté les prémices de ce repos, de cette félicité qui devait les préparer à l’éternelle béatitude. Ainsi Dieu reconnaît l’amour et la fidélité de sa créature.

    Quand les temps furent accomplis, le Fils de Dieu, en même temps fils d’Abraham, annonça la puissance de son Père, qui s’apprêtait à faire sortir une nouvelle race d’Enfants d’Abraham des pierres même de la gentilité. Nous sommes, nous chrétiens, cette nouvelle génération ; mais sommes-nous dignes de notre Père ? voici ce que dit l’Apôtre des Gentils : « Plein de foi, Abraham obéit au Seigneur ; il partit sans délai pour se rendre dans le lieu qui devait être son héritage, et il se mit en route, ne sachant pas où il allait. Plein de foi, il habita cette terre qui lui avait été promise, comme si elle lui eût été étrangère, vivant sous la tente, avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la promesse; car il attendait cette cité dont les fondements ont Dieu même pour auteur et pour architecte 23 . »

    Si donc nous sommes les enfants d’Abraham, nous devons, ainsi que la sainte Église nous en avertit, en ce temps de la Septuagésime, nous regarder comme des exilés sur la terre, et vivre déjà, par l’espérance et l’amour, dans cette unique patrie dont nous sommes exilés, mais dont nous nous rapprochons chaque jour, si, comme Abraham, nous sommes fidèles à occuper les diverses stations que le Seigneur nous indique. Dieu veut que nous usions de ce monde comme n’en usant pas 24 ; que nous reconnaissions à toute heure qu’il n’est point pour nous ici-bas de cité permanente 25 , et que notre plus grand malheur et notre plus grand danger serait d’oublier que la mort doit nous séparer violemment de tout ce qui passe.

    Combien donc sont loin d’être de véritables enfants d’Abraham ces chrétiens qui, aujourd’hui et les deux jours suivants, se livrent à l’intempérance et à une dissipation coupable, sous le prétexte que la sainte Quarantaine va bientôt s’ouvrir ! On s’explique aisément comment les mœurs naïves de nos pères ont pu concilier avec la gravité chrétienne ces adieux à une vie plus douce que le Carême venait suspendre, de même que la joie de leurs festins dans la solennité Pascale témoignait de la sévérité avec laquelle ils avaient gardé les prescriptions de l’Église. Mais si une telle conciliation est toujours possible, combien de fois n’arrive-t-il pas que cette chrétienne pensée des devoirs austères que l’on aura bientôt à remplir, s’efface devant les séductions d’une nature corrompue, et que l’intention première de ces réjouissances domestiques finit par n’être plus même un souvenir ? Qu’ont-ils de commun avec les joies innocentes que l’Église tolère dans ses enfants, ceux pour qui les jours du Carême ne se termineront pas par la réception des Sacrements divins qui purifient les cœurs et renouvellent la vie de l’âme ? Et ceux qui se montrent avides de recourir à des dispenses qui les mettent plus ou moins sûrement à couvert de l’obligation des lois de l’Église, sont-ils fondés à préluder par des têtes à une carrière durant laquelle, peut-être, le poids de leurs péchés, loin de s’alléger, deviendra plus lourd encore?

    Puissent de telles illusions captiver moins les âmes chrétiennes ! puissent ces âmes revenir à la liberté des enfants de Dieu, liberté à l’égard des liens de la chair et du sang, et qui seule rétablit l’homme dans sa dignité première! Qu’elles n’oublient donc jamais que nous sommes dans un temps où l’Église elle-même s’interdit ses chants d’allégresse, où elle veut que nous sentions la dureté du joug que la profane Babylone fait peser sur nous, que nous rétablissions en nous cet esprit vital, cet esprit chrétien qui tend toujours à s’affaiblir. Si des devoirs ou d’impérieuses convenances entraînent durant ces jours les disciples du Christ dans le tourbillon des plaisirs profanes, qu’ils y portent du moins un cœur droit et préoccupé des maximes de l’Évangile. A l’exemple de la vierge Cécile, lorsque les accords d’une musique profane retentiront à leurs oreilles, qu’ils chantent à Dieu dans leurs cœurs, et qu’ils lui disent avec cette admirable Épouse du Sauveur : « Conservez-nous purs, Seigneur, et que rien n’altère la sainteté et la dignité qui doivent toujours résider en nous ». Qu’ils évitent surtout d’autoriser, en y prenant part, ces danses libertines, où la pudeur fait naufrage, et qui seront la matière d’un si terrible jugement pour ceux et celles qui les encouragent. Enfin qu’ils repassent en eux-mêmes ces fortes considérations que leur suggère saint François de Sales: Tandis que la folle ivresse des divertissements mondains semblait avoir suspendu tout autre sentiment que celui d’un plaisir futile et trop souvent périlleux, d’innombrables âmes continuaient d’expier éternellement sur les brasiers de l’enfer les fautes commises au milieu d’occasions semblables ; des serviteurs et servantes de Dieu, à ces mêmes heures, s’arrachaient au sommeil pour venir chanter ses louanges et implorer ses miséricordes sur vous ; des milliers de vos semblables expiraient d’angoisses et de misère sur leur triste grabat ; Dieu et ses Anges vous considéraient attentivement du haut du Ciel ; enfin, le temps de la vie s’écoulait, et la mort avançait sur vous d’un degré qui ne reculera pas 26 .

    Il était juste, nous en convenons, que ces trois premiers jours de la Quinquagésime, ces trois derniers jours encore exempts des saintes rigueurs du Carême, ne s’écoulassent pas sans offrir quelque aliment à ce besoin d’émotions qui tourmente tant d’âmes. Dans sa prévision maternelle, l’Église y a songé ; mais ce n’est pas en abondant dans le sens de nos vains désirs d’amusements frivoles, et des satisfactions de notre vanité. A ceux de ses enfants sur lesquels la foi n’a pas encore perdu son empire, elle a préparé une diversion puissante, en même temps qu’un moyen d’apaiser le colère de Dieu, que tant d’excès provoquent et irritent. Durant ces trois jours, l’Agneau qui efface les péchés du monde est exposé sur les autels. Du haut de son trône de miséricorde, il reçoit les hommages de ceux qui viennent l’adorer et le reconnaître pour leur roi ; il agrée le repentir de ceux qui regrettent à ses pieds d’avoir suivi trop longtemps un autre maître que lui ; il s’offre à son Père pour les pécheurs qui, non contents d’oublier  ses bienfaits, semblent  avoir résolu  de l’outrager  en ces jours plus que dans tout autre temps de l’année.

    Cette sainte et heureuse pensée d’offrir une compensation à la divine Majesté pour les péchés des hommes, au moment même où ils se multiplient davantage, et d’opposer aux regards du Seigneur irrité son propre Fils, médiateur entre le ciel et la terre, fut inspirée dès le XVI° siècle au pieux cardinal Gabriel Paleotti, Archevêque de Bologne, contemporain de saint Charles Borromée et émule de son zèle pastoral. Ce dernier s’empressa d’adopter lui-même pour son diocèse et pour sa province une coutume si salutaire. Plus tard, au XVIII° siècle, Prosper Lambertini, qui gouverna avec tant d’édification la même Église de Bologne, eut à cœur de suivre les traditions de Paleotti son prédécesseur, et d’encourager son peuple à la dévotion envers le très saint Sacrement, dans les trois jours du Carnaval ; et étant monté sur la Chaire de saint Pierre sous le nom de Benoît XIV, il ouvrit le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui, durant ces mêmes jours, viendraient visiter notre Seigneur dans le divin mystère de son amour, et implorer le pardon des pécheurs. Cette faveur ayant d’abord été restreinte aux Églises de l’État romain, Clément XIII, en 1765, daigna l’étendre à l’univers entier, en sorte que cette dévotion, dite communément des Quarante heures, est devenue l’une des plus solennelles manifestations de la piété catholique. Empressons-nous donc d’y prendre part ; comme Abraham, dérobons-nous aux profanes influences qui nous assiègent, et cherchons le Seigneur notre Dieu; faisons trêve pour quelques instants aux dissipations mondaines, et venons mériter, aux pieds du Sauveur, la grâce de traverser celles qui nous seraient inévitables, sans y avoir attaché notre cœur.

    Considérons maintenant la suite des mystères du Dimanche de la Quinquagésime. Le passage de l’Évangile que l’Église nous y présente contient la prédiction que le Sauveur fit à ses Apôtres sur sa passion qu’il devait bientôt souffrir à Jérusalem. Cette annonce si solennelle prélude aux douleurs que nous célébrerons bientôt. Qu’elle soit donc reçue dans nos cœurs avec attendrissement et reconnaissance ; qu’elle les aide dans ces efforts qui les arracheront à eux-mêmes pour les mettre à la disposition de Dieu, comme fut le cœur d’Abraham, Les anciens liturgistes ont remarqué aussi la guérison de l’aveugle de Jéricho, symbole de l’aveuglement des pécheurs, en ces jours où les bacchanales du paganisme semblent si souvent revivre au milieu des chrétiens. L’aveugle recouvra la vue, parce qu’il sentait son mal, et qu’il désirait voir. La sainte Église veut que nous formions le même désir, et elle nous promet qu’il sera satisfait.

    Chez les Grecs, ce Dimanche est appelé Tyrophagie, parce qu’il est le dernier jour auquel il soit permis de faire usage des aliments blancs, par lesquels ils désignent les laitages qui, selon leur discipline, étaient encore permis depuis le lundi précédent jusqu’aujourd’hui. A partir de demain, cette nourriture leur est interdite, et le Carême commence dans toute la rigueur avec laquelle l’observent les Orientaux.

 

    A LA MESSE.

    La Station est dans la Basilique de Saint-Pierre, au Vatican. Cette église paraît avoir été choisie à cet effet, comme on le voit par le Traité des divins Offices de l’Abbé Rupert, à l’époque où on lisait encore, en ce Dimanche, le récit de la Loi donnée à Moïse; ce Patriarche ayant été regardé, comme on le sait, par les premiers chrétiens de Rome, comme le type de saint Pierre. L’Église ayant depuis placé en ce jour le mystère de la Vocation d’Abraham et retardé la lecture de l’Exode jusqu’au Carême, la Station romaine est restée dans la Basilique du Prince des Apôtres, qui d’ailleurs a été aussi figuré par Abraham, dans sa qualité de Père des croyants.

    L’Introït nous offre les sentiments de l’homme aveugle et abandonné comme le pauvre de Jéricho, implorant la pitié du Rédempteur qui daignera être son guide et le nourrir.

    INTROÏT.

Esto mihi in Deum pro tectorem, et in locum refugii, ut salvum me facias : quoniam firmamentum meum, et refugium meum es tu et propter nomen tuum dux mihi eris et enutries me.

Ps. In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : in justitia tua libera me, et eripe me. V. Gloria Patri. Esto mihi.

    Soyez-moi un Dieu protecteur et un lieu de refuge, pour me sauver ; car vous êtes mon appui, mon asile, et pour la gloire de votre Nom. vous serez mon guide, et vous me nourrirez.

    Ps. En vous, Seigneur, j’ai espéré; que je ne sois jamais confondu ! délivrez-moi par votre justice, et sauvez-moi. Gloire au Père. Soyez-moi un Dieu.

    221

    COLLECTE.

Preces nostras, quæsumus, Domine, clementer exaudi : atque a peccatorum vinculis absolutos, ab omni nos adversitate custodi. Per Dominum nostrum Jesum Christum.

    Daignez, Seigneur, exaucer nos prières dans votre clémence, et après nous avoir dégagés des liens de nos péchés, gardez-nous de toute adversité. Par Jésus-Christ notre-Seigneur. Amen.

    On ajoute les  autres  Collectes,  comme à la Messe de la Septuagésime, page 70.

    EPITRE.

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. Cap. xiii.

    Fratres, si linguis hominum loquar, et angelorum, charitatem autem non habeam, factus sum velut aes sonans, aut cymbalum tinniens. Et si habuero prophetiam, et noverim mysteria omnia, et omnem scientiam : et si habuero omnem fidem, ita ut montes transferam, charitatem autem non habuero, nihil sum. Et si distribuero in cibos pauperum omnes facultates meas : et si tradidero corpus meum ita ut ardeam, charitatem autem non habuero, nihil mihi prodest. Charitas patiens est, benigna est : charitas non aemulatur, non agit perperam, non inflatur, non est ambitiosa, non quaerit quae sua surit, non irritatur, non cogitat malum, non gaudet super iniquitate, congaudet autem veritati omnia suffert, omnia credit, omnia sperat, omnia sustinet. Charitas nunquam excidit : sive prophetin evacuabuntur, sive linguae cessabunt, sive scientia destruetur. Ex parte enim cognoscimus, et ex parte prophetamus. Cum autem venerit quod perfectum est, evacuabitur quod ex parte est. Cum essem parvulus, loquebar ut parvulus, sapiebam ut parvulus, cogitabam ut parvulus. Quando autem factus sum vir, evacuavi quae erant parvuli. Vide- mus nunc per speculum in aenigmate : tune autem facie ad faciem. Nunc cognosco ex parte : tune autem cognoscam sicut et cognitus sum. Nunc autem manent fides, spes, charitas, tria hoc : major autem horum est charitas.

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. XIII.

    Mes Frères, quand je parlerais toutes les langues des hommes et des Anges mêmes, si je n’ai la charité, je ne suis que comme un airain sonnant ou une cymbale retentissante. Et quand j’aurais le don de prophétie et que je pénétrerais tous les mystères, et que j’aurais toute science ;quand j’aurais toute la foi possible, jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand j’aurais distribué tout mon bien pour nourrir les pauvres, et que j’aurais livré mon corps pour être brûlé, si je n ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est douce ; la charité n’est point envieuse, elle n’est point téméraire et précipitée, elle ne s’enfle  point  d’orgueil, elle n’est point ambitieuse, elle ne cherche point ses intérêts; elle ne pense point le mal;  elle  ne  se  réjouit point de l’iniquité, mais elle se réjouit de la vérité ; elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. La charité ne finira jamais, au lieu que le don de prophétie cessera,  le don des langues finira,  le don de science sera aboli; car ce don de science et ce don de prophétie sont  incomplets. Mais quand sera venu ce  qui est parfait,  ce qui n’est  qu’imparfait cessera. Quand j’étais enfant, je parlais en enfant, je jugeais en enfant, je raisonnais en enfant ;  mais  en  devenant homme, je me suis défait de tout ce qui tenait de l’enfant.  Nous voyons maintenant comme dans un miroir, et  en  énigme ; mais alors nous verrons face  à face. Je ne connais  maintenant qu’imparfaitement ;  mais alors je connaîtrai  comme je suis moi-même connu. Présentement la foi, l’espérance, la charité, trois vertus, demeurent ; mais la charité est la plus excellente des trois.

 

    C’ est avec raison que l’Église nous fait lire aujourd’hui le magnifique éloge que saint Paul fait de la charité. Cette vertu, qui renferme l’amour de Dieu et du prochain, est la lumière de nos âmes ; si elles en sont dépourvues, elles demeurent dans les ténèbres, et toutes leurs œuvres sont frappées de stérilité. La puissance même des prodiges ne saurait rassurer sur son salut celui qui n’a pas la Charité; sans elle les œuvres en apparence les plus héroïques ne sont qu’un piège de plus. Demandons au Seigneur cette lumière, et sachons que, si abondante qu’il daigne nous l’accorder ici-bas, il nous la réserve sans mesure pour l’éternité. Le jour le plus éclatant dont nous puissions jouir en ce monde n’est que ténèbres auprès des clartés éternelles. La foi s’évanouira en présence de la réalité contemplée à jamais ; l’espérance sera sans objet, dès que la possession commencera pour nous ; l’amour seul régnera, et c’est pour cela qu’il est plus grand que la foi et l’espérance qui doivent l’accompagner ici-bas. Telle est la destinée de l’homme racheté et éclairé par Jésus-Christ; doit-on s’é l’on ner qu’il quitte tout pour suivre un tel Maître? Mais ce qui surprend, ce qui prouve notre dégradation, c’est que des chrétiens baptisés dans cette foi et cette espérance, et qui ont reçu les prémices de cet amour, se précipitent en ces jours dans des désordres grossiers, si raffinés qu’ils paraissent quelquefois. On dirait qu’ils aspirent à éteindre en eux-mêmes jusqu’au dernier rayon de la lumière divine, comme s’ils avaient fait un pacte avec les ténèbres. La Charité, si elle règne en nous, doit nous rendre sensibles à l’outrage qu’ils font à Dieu, et nous porter en même temps à solliciter sa miséricorde envers ces aveugles qui sont nos frères.

    Dans le Graduel et dans le Trait, l’Église célèbre les bontés de Dieu envers ses élus. Il les a affranchis du joug du monde en les éclairant de sa lumière; ils sont son peuple, et les heureuses brebis de ses pâturages.

 

    GRADUEL.

Tu es Deus qui facis mirabilia solus : notam fecisti in gentibus virtutem tuam.

V. Liberasti in brachio    tuo populum tuum, filios Israel et Joseph.    

    Vous êtes le Dieu qui seul opérez des merveilles : vous avez manifesté votre puissance au milieu des nations.

    V/. Par la force de votre bras, vous avez délivré votre peuple, les enfants d’Israël et de Joseph.

    TRAIT.

Jubilate Deo omnis terra : servite Domino in laetitia.

V. Intrate in conspectu ejus, in exsultatione ; scitote quoniam Dominus ipse est Deus.

V. Ipse fecit nos, et non ipsi nos : nos autem populus ejus et oves pascuae ejus.

    Jubilez à Dieu, habitants de la terre : servez le Seigneur dans l’allégresse.

    V/. Entrez en sa présence, avec des transports de joie : sachez que ce Seigneur , c’est Dieu lui-même.

    V/. C’est lui qui nous a faits, et non pas nous. Nous sommes son peuple et les brebis de ses pâturages.

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. xviii.

    In illo tempore, assumpsit Jesus duodecim, et ait illis : Ecce ascendimus Jerosolymam, et consummabuntur omnia quae scriptae sunt per prophetas de Filio hominis. Tradetur enim gentibus, et illudetur, et flagellabitur, et conspuetur, et postquam flagellaverint, occident eum, et tertia die resurget. Et ipsi nihil horum intellexerunt, et erat verbum istud absconditum ab eis, et non intelligebant qui dicebantur. Factum est autem, cum appropinquaret Jericho, caecus quidam sedebat secus viam, mendicans. Et cum audiret turbam praetereuntem, interrogabat quia hoc esset. Dixerunt autem ei, quod Jesus Nazarenus transiret Et clamavit dicens : Jesu, fili David, miserere mei. Et qui praeibant, increpabant eum ut taceret. Ipse vero multo magis clamabat : Fili David, miserere mei. Stans autem Jesus, jussit ilium adduci ad se. Et cum appropinquasset, interrogavit ilium dicens : Quid tibi vis faciam ? At ille dixit : Domine, ut videam. Et Jesus dixit illi : Respice, fides tua te salvum fecit. Et confestim vidit, et sequebatur ilium, magnificans Deum. Et omnis plebs ut vidit, dedit laudem Deo.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. XVIII.

    En ce temps-là, Jésus prit à part ses douze disciples, et leur dit : Voilà que nous mon l’on s à Jérusalem, et que tout ce que les Prophètes ont écrit du Fils de l’homme va s’accomplir. Car il sera livré aux gentils, et moqué, et fouetté, et couvert de crachats, et après qu’ils l’auront fouetté, ils le tueront, et le troisième jour il ressuscitera. Et ils ne comprirent  rien à cela,  et cette parole leur était cachée, et ils ne comprenaient point  ce qui leur était dit. Comme  il approchait de Jéricho,  il  arriva  qu’un aveugle était assis  au bord du chemin, demandant l’aumône. Et entendant passer la foule,  il s’enquit de ce que  c’était. On lui dit que c’était Jésus de Nazareth qui passait. Et il cria, disant : Jésus, fils de David, ayez pitié  de moi ! Et ceux qui allaient devant le gourmandaient pour le faire  taire ; mais il criait plus fort encore :  Fils de David, ayez pitié de  moi ! Jésus alors s’arrêtant, commanda qu’on le lui  amenât ;  et  lorsqu’il se fut approché, il l’interrogea, disant : Que veux-tu que je te fasse ? Il répondit : Seigneur, que  je voie. Et Jésus lui dit : Vois ; c’est ta foi qui t’a sauvé. Et au même instant il vit, et il le suivait,  glorifiant Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, loua Dieu.

 

    La voix du Christ annonçant sa douloureuse Passion vient de se faire entendre, et les Apôtres qui ont reçu cette confidence de leur Maître n’y ont rien compris. Ils sont trop grossiers encore pour rien entendre à la mission du Sauveur ; du moins ils ne le quittent pas, et ils restent attachés à sa suite. Mais combien sont plus aveugles les faux chrétiens qui, dans ces jours, loin de se souvenir qu’un Dieu a donné pour eux son sang et sa vie, s’efforcent d’effacer dans leurs âmes jusqu’aux derniers traits de la ressemblance divine. Adorons avec amour la divine miséricorde qui nous a retirés comme Abraham du milieu d’un peuple abandonné, et, à l’exemple de l’aveugle de Jéricho, crions vers le Seigneur, afin qu’il daigne nous éclairer davantage : Seigneur, faites que je voie; c’était sa prière. Dieu nous a donné sa lumière; mais elle nous servirait peu, si elle n’excitait pas en nous le désir de voir toujours davantage. Il promit à Abraham de lui montrer le lieu qu’il lui destinait ; qu’il daigne aussi nous faire voir cette terre des vivants; mais, auparavant, prions-le de se montrer à nous, selon la belle pensée de saint Augustin, afin que nous l’aimions, et de nous montrer à nous-mêmes, afin que nous cessions de nous aimer.

    Durant l’Offertoire, l’Église demande pour ses enfants la lumière de vie qui consiste à connaître la loi de Dieu ; elle veut que nos lèvres apprennent à prononcer sa doctrine et les divins commandements qu’il a apportés du Ciel.

    OFFERTOIRE.

Benedictus es, Domine, doce me justificationes tuas :in labiis meis pronuntiavi omnia judicia oris tui.

    Vous êtes béni, Seigneur; enseignez-moi votre loi : mes lèvres ont prononcé tous les commandements de votre bouche.

    SECRETE.

Haec hostia, Domine, quæsumus, emundet nostra delicta ; et ad sacrificium celebrandum, subditorum tibi corpora, mentesque sanctificet. Per Dominum.

    Que cette hostie, Seigneur, efface, s’il vous plaît, nos péchés, et qu’elle sanctifie les corps et les âmes de vos serviteurs, pour célébrer dignement ce Sacrifice. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On ajoute les autres Secrètes, comme au Dimanche de la Septuagésime, page 73.

 

    L’Antienne de la Communion rappelle le souvenir de la manne qui nourrit au désert la postérité d’Abraham ; néanmoins cette nourriture, quoique venue du ciel, ne les empêcha pas de mourir. Le Pain vivant descendu du Ciel établit les âmes dans la lumière éternelle, et celui qui le mange dignement ne mourra point.

    COMMUNION

Manducaverunt et saturati sunt nimis, et desiderium eorum attulit eis     Dominus : non sunt fraudati a desiderio suo.

    Ils mangèrent, et ils furent pleinement rassasiés, et le Seigneur leur donna ce qu’ils avaient souhaité, et ils ne furent pas frustrés dans leurs désirs.

    POSTCOMMUNION.

Quaesumus, omnipotens Deus ; ut qui coelestia alimenta percepimus, per haec contra omnia adverse muniamur. Per Dominum.

    Faites, Dieu tout-puissant, nous vous en supplions, que nous qui avons reçu l’aliment céleste, nous en soyons fortifiés contre toute adversité. Par Jésus Christ notre Seigneur. Amen.

    On ajoute les autres Postcommunions, comme au Dimanche de la Septuagésime, page 74.

 

    A VÊPRES.

    Les Psaumes, le Capitule,  l’Hymne et le Verset ci-dessus, pages 42 et suivantes.

    ANTIENNE de Magnificat.

Stans autem Jesus, jussit caecum adduci ad se, et ait illi : Quid vis ut faciam tibi ? Domine, ut videam. Et Jesus ait illi : Respice, fides tua te salvum fecit. Et confestim vidit, et sequebatur ilium, magnificans Deum.

    Jésus, s’étant arrêté, commanda qu’on lui amenât l’aveugle, et il lui dit : Que veux-tu que je te fasse ? — Seigneur, que je voie. Et Jésus lui dit : Vois, c’est ta foi qui t’a sauvé. Et au même instant il vit, et il le suivait glorifiant Dieu.

    ORAISON.

Preces nostras, quaesumus, Domine, clementer exaudi : atque a peccatorum vinculis absolutos, ab omni nos adversitate custodi. Per Dominum.

    Daignez, Seigneur, exaucer nos prières dans votre clémence, et après nous avoir dégagés des liens du péché, gardez-nous de toute adversité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous terminerons cette journée par les strophes suivantes dans lesquelles l’Église grecque fait au peuple l’annonce du Carême, qui va ramener les expiations annuelles.

    (FERIA II TVROPHAGI.)

Advenit nunc, ver designans, prae-purgatrix hebdomas haec sacrorum jejuniorum, omnino veneranda, corporibus et animabus omnium lucem ministrans.

En reserata est poenitentiae janua, Dei amatores ; adeste igitur, alacriter

ingrediamur, priusquam a Christo nobis velut indignis claudatur.

Puritatem, abstinentiam, et modestiam, et fortitudinem, ac prudentiam, orationes et lacrymis comparemus, fratres, per quae patet nobis iustitiae semita.

Ne corpori saginando, neque ciborum deliciis incumbamus, mortales, imo vero parcimonia ipsum pinguefaciamus, quo semper in pugnis cura adversario, animae junctum praevaleat.

Primum jejunium praeviae expiationis animarum et corporum nostrorum ortum est hodie, spargens in cordibus nostris, Dei amatores, sacra et venerandae Christi Passionis, luminis instar, largum splendorem.

Laeto animo amplectamur jejunium, o populi : advenit siquidem spiritualium certaminum exordium : abjiciamus carnis mollitudinem, animae charismata
augeamus, compatiamur, ut servi Christi, quo tanquam filii Dei conglorificemur, animasque nostras Spiritus sanctus in nobis inhabitans illuminabit.

Alacriter excipiamus, fideles, divinitus inspiratum jejunii nuntium, ut olim Ninivitae, itemque meretrices, et publicani ab Joanne poenitentiae praedicationem acceperunt. Praeparemur per abstinentiam ad participationem Dominici in Sion sacrificii ; prius lacrymis quam divina ejus lotione purgemur, petamus typici ibi Paschatis consummationem, et veri demonstrationem intueri ; parati sinus ad crucis et Resurrectionis Christi Dei adorationem, clamantes ad ipsum : Ne confundas nos ab exspectatione nostra, o philanthrope.

 

    Elle est arrivée, annonçant l’approche du printemps, cette semaine de la première purification, semaine vénérable par ses jeûnes  sacrés, et qui vient apporter la lumière pour le corps et pour l’âme des fidèles.

    Elle est ouverte, la porte de la pénitence ; arrivez, amis de Dieu, hâ l’on s-nous d’entrer, de peur que le Christ ne nous la ferme comme à des indignes.

    O frères, munissons-nous de la pureté, de l’abstinence, de la modestie, de la force, de la prudence, de la prière et des larmes ; c’est par ces vertus que s’ouvrira pour nous le sentier de la justice.

    Gardons-nous, mortels, d’engraisser nos corps par des nourritures recherchées : rendons-leur, par l’abstinence, une vigueur véritable, afin que, d’accord avec l’âme, ils soient toujours vainqueurs dans leurs luttes avec l’adversaire.

    Aujourd’hui commence le jeûne qui doit purifier d’avance nos âmes et nos corps, et répandre dans nos cœurs, ô amis de Dieu, le souvenir de la sainte et de la vénérable Passion du Christ, comme une lumière éblouissante

    Livrons-nous au jeûne d’un cœur joyeux, ô peuples fidèles ; car voici le commencement des combats spirituels; rejetons loin de nous la mollesse de la chair; venons accroître les dons de l’âme ; serviteurs du Christ, souffrons avec lui, afin d’être avec lui glorifiés comme des enfants de Dieu ; et l’Esprit-Saint habitera en nous et illuminera nos âmes.

    Recevons avec ardeur, ô fidèles, le messager divinement inspiré qui vient nous annoncer le jeûne, comme firent autrefois les Ninivites, comme les pécheresses et les publicains accueillirent Jean qui leur prêchait la pénitence. Préparons-nous par l’abstinence à participer au Sacrifice du Seigneur en Sion. Il doit opérer en nous une purification divine ; lavons d’abord nos âmes dans les larmes. Demandons la grâce de contempler alors la consommation de la Pâque figurative, et la manifestation de la Pâque véritable. Préparons-nous à adorer la Croix et la Résurrection du Christ Dieu, et crions vers lui : Ne nous confondez pas dans notre attente, ô ami des hommes !

LE LUNDI DE LA QUINQUAGÉSIME.

    La vie du chrétien fidèle que  nous avons reconnue dans  Abraham, n’est  autre chose qu’une marche courageuse  par laquelle il se dirige vers le séjour que Dieu lui destine. Il nous faut donc laisser tout ce qui fait obstacle,  et ne pas regarder en arrière. Cette doctrine est sévère ; mais pour peu que l’on réfléchisse  sur  les dangers que court ici-bas l’homme tombé, sur les expériences que chacun de nous a été  à même de faire, on cesse de s’étonner que  le Sauveur ait placé  la  condition essentielle de notre salut dans le renoncement à nous-mêmes. Et d’ailleurs, sommes-nous donc si sages et  si forts,  que nous ne sentions pas qu’il vaut mieux laisser à Dieu l’arrangement de notre vie, que d’en assumer  nous-mêmes la conduite ? Au reste, quelles que soient nos réclamations et nos résistances, Dieu est notre maître, et s’il nous laisse libres de lui résister ou de le suivre, il n’entend pas  abdiquer  ses droits. Notre refus de lui obéir ne peut compromettre que nous-mêmes.

    Il ne tenait qu’à Abraham, après avoir entendu l’appel divin, de rester dans la Chaldée, et de ne pas entreprendre une migration qui déracinait son existence terrestre. Dieu, alors, choisissait un autre homme auquel serait dévolu l’honneur de devenir le père du peuple choisi, et, ce qui est bien plus, l’ancêtre du Messie. Ces substitutions terribles sont fréquentes dans l’ordre de la grâce. Parce qu’une âme a refusé le salut, ce n’est pas une raison de penser que le ciel perde pour cela un seul de ses élus. Dieu, méprisé par celui qu’il a daigné appeler, se tourne vers un autre qui sera plus docile.

    La vie chrétienne est tout entière dans cette dépendance absolue pratiquée jusqu’à la fin. D’abord, cet esprit de soumission retire l’âme du péché et de la mort où elle languissait ; des ténèbres de la Chaldée, il la transporte dans la terre promise. Puis, quand l’âme est entrée dans la voie droite, Dieu, craignant qu’elle ne succombe aux périls qu’elle porte en elle-même, la tient en haleine par les sacrifices qu’elle exige d’elle. Nous retrouvons encore ici l’exemple d’Abraham pour lumière et pour guide. Cet illustre ami de Dieu reçoit pour récompense la plus magnifique des promesses ; un fils en devient le gage, et bientôt Dieu lui-même, pour sonder le cœur du saint Patriarche, lui commande d’immoler ce fils sur lequel reposent tant d’espérances.

    Telle est la voie de l’homme sur la terre. Nous ne pouvons sortir du mal que par un effort contre nous-mêmes, et nous ne pouvons nous maintenir dans le bien qu’à la condition d’entreprendre de nouvelles luttes. Élevons donc notre regard, comme Abraham, vers les collines éternelles, et, à son exemple, considérons l’habitation de ce monde comme une tente dressée pour un jour. Le Sauveur l’a dit : Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive ; je suis venu pour séparer, pour diviser 27 ; nous devons donc compter sur l’épreuve, et puisqu’elle nous est imposée par Celui qui nous a aimés jusqu’à se rendre semblable à nous, reconnaître qu’elle nous est salutaire. Mais il a dit aussi : Où est votre trésor, là est aussi votre cœur 28 . Chrétiens, pouvons-nous avoir notre trésor en cette terre qui est au-dessous de nous? Il n’en peut être ainsi. Notre trésor est donc plus haut : quelle main d’homme pourrait nous le ravir?

    Telles sont les pensées que propose l’Église à ses enfants, en ces jours à l’issue desquels nous rencontrerons la sainte Quarantaine. Que notre cœur s’épure donc, et qu’il aspire à Dieu. Les péchés des hommes se multiplient autour de nous, le bruit du scandale retentit jusqu’à notre oreille. Demandons que le règne de Dieu arrive pour nous, et aussi pour ces pécheurs aveugles qui sont ces pierres qu’une puissante miséricorde peut transformer, s’il lui plaît, en enfants d’Abraham. Elle le fait tous les jours ; peut-être a-t-elle daigné le faire pour nous qui, comme parle l’Apôtre, après avoir été loin, sommes maintenant proche de Dieu, dans le sang de Jésus-Christ 29 ».

 

    Prions pour nous et pour tous les pécheurs, en empruntant cette belle formule liturgique au Bréviaire Mozarabe.

    ORAISON.

Dum te, omnipotens Deus, nostrae delinquentiae reddunt adversum, tua inspiratione, quaesumus, nostra te invocatio propitium et confessio faciat esse placatum : ut, te miserante, nec tribulatio saecularis nostram mentem dejiciat, nec persuasio nociva possideat, nec infidelitas tenebrosa concludat ; sed vultus tui super nos signato lumine fulgeamus, semperque in eodem splendore stabilitate verne fidei gradiamur. Amen.

 

Nos péchés, o Dieu tout-puissant, vous irritent contre nous : daignez vous rendre propice aux prières que vous nous inspirez, et vous laissez apaiser par nos louanges. Dans votre miséricorde, empêchez que les tribulations de ce monde n’abattent notre âme, que des erreurs nuisibles ne l’envahissent, que les ténèbres de l’infidélité ne la circonviennent ; mais que la lumière de votre visage se réfléchisse sur nos âmes, et que, marchant toujours dans sa splendeur , nous soyons stables dans la vraie foi. Amen

LE MARDI DE LA QUINQUAGESIME.

    Le principe fondamental de  la conduite chrétienne consiste,  selon l’Évangile tout  entier , à  vivre  en  dehors du monde, à se séparer du monde,  à rompre avec le monde. Le monde est cette terre infidèle dont Abraham, notre  sublime modèle , s’est éloigné par  Tordre  de Dieu ; c’est cette Babylone qui nous retient captifs, et dont le séjour est pour nous si plein de dangers. Le Disciple bien-aimé nous crie : « N’aimez pas le monde et ce qui est dans le monde ; car celui qui aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui 30 ». Le Sauveur si miséricordieux, au moment d’aller offrir son Sacrifice pour tous,  dit cette terrible parole : « Je ne prie pas pour le monde 31 ». Nous-mêmes, nous n’avons été marqués du sceau glorieux et ineffaçable du chrétien, qu’après avoir renoncé aux œuvres et aux pompes du monde, et nous avons renouvelé plus d’une fois cet engagement solennel.

    Que veut dire tout ceci ? Pour être chrétiens, nous faut-il donc fuir dans un désert, et nous isoler de la compagnie de nos semblables? Telle ne peut pas être pour tous l’intention de Dieu, puisque, dans le même livre où il nous ordonne de fuir le monde et de n’aimer pas le monde, il nous impose des devoirs  envers les hommes, il sanctionne et bénit les liens que la disposition de sa Providence a établis entre eux et nous. Son Apôtre nous avertit d’user de ce monde comme n’en usant pas 32 ; l’usage de ce monde ne nous est donc pas interdit. Encore une fois, que veut dire ceci? Y aurait-il contradiction dans la doctrine céleste, et sommes-nous condamnés à errer dans les ténèbres sur les bords d’un précipice dans lequel il nous faut inévitablement tomber?

    Il n’en est point ainsi, et tout s’éclaircira dès que nous voudrons considérer attentivement ce qui nous entoure. Le monde, si nous entendons par ce mot les objets que Dieu a créés dans sa puissance et dans sa bonté, ce monde visible, qu’il a fait pour sa gloire et pour notre service, n’est point indigne de son auteur; et si nous sommes fidèles, il n’est même qu’un ensemble de degrés pour remonter jusqu’à Dieu. Usons-en avec action de grâces ; traversons-le, sans y fixer nos espérances ; ne lui attachons point un amour que nous ne devons qu’à Dieu ; n’y oublions pas nos destinées immortelles, qui ne doivent pas s’y accomplir.

    Mais le grand nombre des hommes n’a pas cette prudence; leur cœur s’arrête en bas, au lieu de s’élever en haut, en sorte que l’auteur du monde ayant daigné le visiter pour le sauver, le monde, n’a pas voulu le connaître 33 . Alors le Seigneur a flétri les hommes ingrats, en les appelant le monde, leur appliquant ainsi le nom de l’objet de leur convoitise, parce qu’ils ont fermé leurs yeux à la lumière et qu’ils sont devenus ténèbres.

    Le monde, dans ce sens maudit, est donc tout ce qui fait opposition  à  Jésus-Christ,  tout ce qui refuse de le reconnaître, de se laisser conduire par lui. Le monde est cet ensemble de maximes qui tend à éteindre ou à comprimer l’élan surnaturel des âmes vers Dieu, à recommander comme avantageux ce qui captive notre cœur sous les liens de cette vie fugitive, à blâmer ou à repousser ce qui élève l’homme au-dessus d’une nature imparfaite ou vicieuse, à charmer ou à séduire notre imprudence par l’appât de ces satisfactions dangereuses qui, loin de nous avancer vers notre fin éternelle, ne font que nous donner le change et nous égarer de notre route.

    Or, ce monde réprouvé est en tous lieux, et il a ses intelligences dans notre cœur. Parle péché, il a pénétré profondément ce monde extérieur que Dieu a fait ; il nous faut l’avoir vaincu et abattu sous nos pieds, si nous voulons ne pas périr avec lui. De toute nécessité, il nous faut être ses ennemis ou ses esclaves. Dans les jours où nous sommes, il triomphe ; il voit son empire assuré sur le grand nombre de ceux qui pourtant lui dirent anathème, au jour où ils furent enrôlés dans la milice de Jésus-Christ. Plaignons-les, prions pour eux, tremblons pour nous-mêmes, et, afin que notre cœur ne défaille pas, méditons, il en est temps, ces paroles consolantes du Sauveur au sujet de ses disciples, dans la dernière Cène. : « Mon Père, je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, et moi-même aussi je ne suis pas du monde. Je ne vous prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du mal 34 . »

 

    Terminons cette journée par cette formule liturgique de l’Église Ambrosienne, qui met en regard la funeste insouciance des mondains et l’attente formidable des jugements de Dieu.

    (Dominica in Quinquagesima.)

    INGRESSA.

Jucunda est praesens vita, et transit : terribile est, Christe, judicium tuum, et permanet. Quapropter incertum amorem relinquamus, et de infinito timore cogitemus, clamantes: Christe, miserere nobis.

    La vie présente a ses plaisirs., mais elle passe ; votre jugement, ô Christ, est terrible, mais il demeure. Laissons donc cet amour que nous portons à ce qui est trompeur ; songeons plutôt à craindre un mal qui est infini, et crions : O Christ, ayez pitié de nous !

LE MERCREDI DES CENDRES.

    Hier le monde s’agitait dans ses plaisirs, les enfants de la promesse eux-mêmes se livraient à des joies innocentes; dès ce matin, la trompette sacrée dont parle le Prophète a retenti 35 . Elle annonce l’ouverture solennelle du jeûne quadragésimal, le temps des expiations, l’approche toujours plus imminente des grands anniversaires de notre salut. Levons-nous donc, chrétiens, et préparons-nous à combattre les combats du Seigneur.

    Mais, dans cette lutte de l’esprit contre la chair, il nous faut être armés, et voici que la sainte Église nous convoque dans ses temples, pour nous dresser aux exercices de la milice spirituelle. Déjà saint Paul nous a fait connaître en détail toutes les parties de notre défense : « Que la vérité, nous a-t-il dit, soit votre ceinture, la justice votre cuirasse, la docilité à l’Évangile votre chaussure, la foi votre bouclier, l’espérance du salut le casque qui protégera votre tête 36 ». Le Prince des Apôtres vient lui-même, qui nous dit : « Le Christ a souffert dans sa chair; armez-vous de cette pensée 37 ». Ces enseignements apostoliques, l’Église aujourd’hui nous les rappelle ; mais elle en ajoute un autre non moins éloquent, en nous forçant à remonter jusqu’au jour de la prévarication, qui a rendu nécessaires les combats auxquels nous allons nous livrer, les expiations par lesquelles il nous faut passer.

    Deux sortes d’ennemis sont déchaînés contre nous : les passions dans notre cœur, les démons au dehors ; l’orgueil a fait tout ce désordre. L’homme a refusé d’obéir à Dieu ; toutefois, Dieu l’a épargné, mais à la dure condition de subir la mort. Il a dit: « Homme, tu n’es que poussière, et tu rentreras dans la poussière 38 ». Oh ! pourquoi avons-nous oublié cet avertissement ? à lui seul il eût suffi pour nous prémunir contre nous-mêmes ; pénétrés de notre néant, nous n’eussions jamais osé enfreindre la loi de Dieu. Si maintenant nous voulons persévérer dans le bien, où la grâce du Seigneur nous a rétablis, humilions-nous ; accep l’on s la sentence , et ne considérons plus la vie que comme un chemin plus ou moins court qui aboutit au tombeau. A ce point de vue, tout se renouvelle, tout s’éclaire. L’immense bonté de Dieu qui a daigné attacher son amour à des êtres dévoués à la mort, nous apparaît plus admirable encore ; notre insolence et notre ingratitude envers celui que nous avons bravé , durant ces quelques instants de notre existence, nous semble de plus en plus digne de regrets, et la réparation qu’il nous est possible de faire, et que Dieu daigne accepter, plus légitime et plus salutaire.

    Tel est le motif qui porta la sainte Église, lorsqu’elle jugea à propos, il y a plus de mille ans, d’anticiper de quatre jours le jeûne quadragésimal, à ouvrir cette sainte carrière en marquant avec la cendre le front coupable de ses enfants, et en redisant à chacun les terribles paroles du Seigneur qui nous dévouent à la mort. Mais l’usage de la cendre, comme symbole d’humiliation et de pénitence, est bien antérieur à cette institution, et nous le trouvons déjà pratiqué dans l’ancienne alliance. Job lui-même, au sein de la gentilité, couvrait de cendres sa chair frappée par la main de Dieu, et implorait ainsi miséricorde, il y a quatre mille ans 39 . Plus tard, le Roi-Prophète, dans l’ardente contrition de son cœur, mêlait la cendre au pain amer qu’il mangeait 40 ; les exemples analogues abondent dans les Livres historiques et dans les Prophètes de l’Ancien Testament. C’est que l’on sentait dès lors le rapport qui existe entre cette poussière d’un être matériel que la flamme a visité, et l’homme pécheur dont le corps doit être réduit en poussière sous le feu de la justice divine. Pour sauver du moins l’âme des traits brûlants de la vengeance céleste, le pécheur courait à la cendre, et reconnaissant sa triste fraternité avec elle, il se sentait plus à couvert de la colère de celui qui résiste aux superbes et veut bien pardonner aux humbles.

    Dans l’origine, l’usage liturgique de la cendre, au Mercredi de la Quinquagésime, ne paraît pas avoir été appliqué à tous les fidèles, mais seulement à ceux qui avaient commis quelqu’un de ces crimes pour lesquels l’Église infligeait la pénitence publique. Avant la Messe de ce jour, les coupables se présentaient à l’église où tout le peuple était rassemblé. Les prêtres recevaient l’aveu de leurs péchés, puis ils les couvraient de cilices et répandaient la cendre sur leurs têtes. Après cette cérémonie, le clergé et le peuple se prosternaient contre terre, et on récitait à haute voix les sept psaumes pénitentiaux. La procession avait lieu ensuite, à laquelle les pénitents marchaient nu-pieds. Au retour, ils étaient solennellement chassés de l’église par l’Évêque, qui leur disait : « Voici que nous vous chassons de l’enceinte de l’Église, à cause de vos péchés et de vos crimes, comme Adam, le premier homme, fut chassé du Paradis, à cause de sa transgression ». Le clergé chantait ensuite plusieurs Répons tirés de la Genèse, dans lesquels étaient rappelées les paroles du Seigneur condamnant l’homme aux sueurs et au travail , sur cette terre désormais maudite. On fermait ensuite les portes de l’église, et les pénitents n’en devaient plus franchir le seuil que pour venir recevoir solennellement l’absolution, le Jeudi-Saint.

    Après le XI° siècle, la pénitence publique commença à tomber en désuétude ; mais l’usage d’imposer les cendres à tous les fidèles, en ce jour, devint de plus en plus général, et il a pris place parmi les cérémonies essentielles de la Liturgie romaine. Autrefois, on s’approchait nu-pieds pour recevoir cet avertissement solennel du néant de l’homme, et, encore au XII° siècle, le Pape lui-même, se rendant de l’Église de Sainte-Anastasie à celle de Sainte-Sabine où est la Station, faisait tout ce trajet sans chaussure, ainsi que les Cardinaux qui l’accompagnaient. L’Église s’est relâchée de cette rigueur extérieure ; mais elle n’en compte pas moins sur les sentiments qu’un rite aussi imposant doit produire en nous.

    Ainsi que nous venons de le dire, la Station, à Rome, est aujourd’hui à Sainte-Sabine, sur le Mont-Aventin.  C’est sous les auspices de cette sainte Martyre que s’ouvre la pénitence quadragésimale.

    La fonction sacrée commence par la bénédiction des cendres que l’Église va imposer sur nos fronts. Ces cendres sont faites des rameaux qui ont été bénis l’année précédente, au Dimanche qui précède la Pâque. La bénédiction qu’elles reçoivent dans ce nouvel état a pour but de les rendre plus dignes du mystère de contrition et d’humilité qu’elles sont appelées à signifier.

    Le chœur chante d’abord cette Antienne, qui implore la divine miséricorde.

    ANTIENNE.

Exaudi nos, Domine, quoniam benigna est misericordia tua : secundum multitudinem miserationum tuarum, respice nos, Domine.

P8. Salvum me fac, Deus : quoniam intraverunt aquae usque ad animam meam. V. Gloria Petri. Exaudi nos.

    Exaucez-nous, Seigneur, car votre miséricorde est compatissante ; selon la multitude de vos miséricordes, jetez un regard sur nous, Seigneur.

    Ps. Sauvez-moi, ô Dieu, car les eaux ont pénétré jusqu’à mon âme. Gloire au Père. Exaucez-nous.

    Le Prêtre, à l’autel, ayant près de lui les cendres mystérieuses, prononce les Oraisons suivantes, par lesquelles il demande à Dieu d’en faire pour nous un moyen de sanctification.

    ORAISON.

Omnipotens sempiterne Deus, parce pœnitentibus ; propitiare supplicantibus et rnittere digneris sanctum angelum tuum de coelis, qui benedicat, et sanctificet hos cineres, ut sint remedium salubre omnibus nomen sanctum tuum humiliter implorantibus, ac semetipsos pro conscientia delictorum suorum accusantibus, ante conspectum divinae clementiæ tune facinora sua deplorantibus, vel serenissimam pietatem tuam suppliciter obnixeque flagitantibus : et praesta, per invocationem sanctissimi nominis tui : ut quicumque per eos aspersi fuerint, pro redemptione peccatorum suorum, corporis sanitatem et anima tutelam percipiant. Per Christum Dominum nostrum. R. Amen.

 

    Dieu tout-puissant et éternel, pardonnez au repentir, soyez propice aux supplications, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange pour bénir et sanctifier ces cendres, afin qu’elles deviennent un remède salutaire à ceux qui implorent humblement  votre saint Nom,  qui,  reconnaissant leurs  péchés, s’accusent eux-mêmes, déplorent leurs méfaits sous les regards de votre divine clémence, et implorent avec ardeur par leurs  supplications votre très douce miséricorde. Daignez  faire que par l’invocation de votre très saint Nom, tous ceux sur lesquels ces cendres seront répandues, pour le rachat de leurs péchés,  reçoivent la  santé du corps et la protection de l’âme. Par  Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    ORAISON.

Deus, qui non mortem sed poenitentium desideras peccatorum : fragilitatem conditionis humanae benignissime respice : et hos cineres, quos causa proferendae humilitatis, atque promerendae veniae, capitibus nostris imponi decernimus, benedicere pro tua pietate dignare : ut, qui nos cinerem esse, et ob pravitatis nostrae demeritum in pulverem reversuros cognoscimus, peccatorum omnium veniam, et praemia pœnitentibus repromissa, misericorditer consequi mereamur. Per Christum Dominum nostrum. R. Amen.

 

    O Dieu, qui ne voulez pas notre mort, mais notre pénitence, considérez avec bonté la fragilité de la condition humaine, et daignez bénir  dans votre miséricorde ces cendres que nous voulons recevoir sur  nos têtes, en signe d’humilité, et pour mériter le pardon ; afin que, reconnaissant que nous ne sommes que cendre, et que nous devons retourner en poussière, pour la punition de notre malice, nous méritions d’obtenir de votre miséricorde le  pardon  de tous nos péchés,  et les récompenses promises aux pénitents. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    ORAISON.

Deus qui humilitone flecteris et satisfactione placaris : aurem tune pietatis inclina precibus nostris : et capitibus servorum tuorum, horum cinerum aspersione contactis, effunde propitius gratiam tuae benedictionis : ut eos et spiritu compunctionis repleas, et quae juste postulaverint, efficaciter tribuas ; et concessa perpetuo stabilita et intacta manere decernas. Per Christum Dominum nostrum. R. Amen.

 

    Mon Dieu, qui vous laissez fléchir par l’humilité et apaiser par la satisfaction, inclinez à nos prières l’oreille de votre miséricorde, et daignez répandre la grâce de votre bénédiction sur les têtes de vos serviteurs, lorsqu’elles auront été marquées de ces cendres ; remplissez vos fidèles de l’esprit de componction, accordez-leur pleinement les demandes justes qu’ils vous présenteront ; affermissez et conservez en eux les faveurs que vous leur aurez accordées. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    ORAISON.

Omnipotens sempiterne Deus, qui Ninivitis in cinere et cilicio poenitentibus indulgentiæ tuae remedia praestitisti :concede propitius, ut sic eos imitemur habitu, quatenus veniae prosequamur obtentu. Per Dominum. R. Amen.

    Dieu tout-puissant et éternel, de qui les Ninivites qui firent pénitence sous la cendre et le cilice reçurent le remède et le pardon, daignez accorder à nous qui les imi l’on s dans l’extérieur, d’être comme eux l’objet de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Après ces Oraisons, le Prêtre asperge les cendres avec l’eau bénite, puis il les parfume avec l’encens. Ces rites étant accomplis, il reçoit lui-même de ces cendres sur la tête par la main du prêtre le plus qualifié dans le clergé qui dessert l’église. Celui-ci les reçoit à son tour du célébrant qui, après les avoir imposées aux ministres de l’autel et au reste du clergé, les distribue au peuple.

    Lorsque le Prêtre s’approchera pour vous marquer du sceau de la pénitence, acceptez avec soumission l’arrêt de mort que Dieu lui-même prononcera sur vous : « Homme, souviens-toi que tu es poussière, et que tu rentreras dans la poussière ». Humiliez-vous, et rappelez-vous que c’est pour avoir voulu être comme des dieux, préférant notre volonté à celle du souverain Maître, que nous avons été condamnés à mourir. Songeons à cette longue suite de péchés que nous avons ajoutés à celui d’Adam, et admirons la clémence de Dieu qui se contentera d’une seule mort pour tant de révoltes.

    Pendant la distribution des cendres, le chœur chante les deux Antiennes et le Répons ci-après.

    ANTIENNE.

Immutemur habitu, in cinere et cilicio : jejunemus et ploremus ante Dominum, quia multum misericors est dimittere peccata nostra Deus noster.

    Changeons nos vêtements, couvrons-nous de la cendre et du cilice, jeûnons et pleurons devant le Seigneur ; car notre Dieu est tout miséricordieux, et il nous remettra nos péchés.

    ANTIENNE.

Inter vestibulum et altare plorabunt sacerdotes ministri Domini, et dicent : Parce, Domine, parce populo tuo : et ne claudas ora canentium te, Domine.

    Entre le vestibule et l’autel, les prêtres ministres du Seigneur pleureront et diront : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne fermez pas la bouche de ceux qui chantent vos louanges, Seigneur.

    REPONS.

Emendemus in melius quae ignoranter peccavimus: ne subito praeoccupati die mortis, quaeramus spatium paenitentiae, et invenire non possimus. * Attende, Domine, et miserere, quia peccavimus tibi.

Ps. Adjuva nos Deus salutaris noster : et propter honorem nominis tui Domine, libera nos. * Attende. V. Gloria Patri. * Attende.

 

    Réparons les péchés que notre aveuglement nous a fait commettre, de peur que, surpris tout à coup par le jour de la mort, nous ne cherchions le temps de la pénitence, sans pouvoir le trouver. * Regardez-nous. Seigneur, et ayez pitié de nous ; car nous avons péché contre vous.

    Ps. Aidez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et , pour l’honneur de votre Nom, Seigneur , délivrez-nous. * Regardez-nous. Gloire au Père. * Regardez-nous.

    La distribution des cendres étant terminée, le Prêtre chante l’Oraison suivante :

    ORAISON.

Concede nobis, Domine, praesidia militiæ christianae sanctis inchoare jejuniis : ut contra spirituales nequitias pugnaturi, continentiae muniamur auxiliis. Per Christum Dominum nostrum. R. Amen.

 

    Accordez-nous, Seigneur, de commencer dignement par ce saint jeûne la carrière de la milice chrétienne , afin que , devant combattre les esprits de malice, nous ayons pour défense contre leurs efforts le secours de l’abstinence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    A LA MESSE.

    Rassurée par l’acte d’humilité qu’elle vient d’accomplir, l’âme chrétienne se laisse aller à la confiance envers le Dieu de miséricorde. Elle ose lui rappeler son amour pour les hommes qu’il a créés, et la longanimité avec laquelle il a daigné attendre leur retour à lui. Ces sentiments sont le sujet de l’Introït, dont les paroles sont empruntées au livre de la Sagesse.

    INTROÏT.

Misereris omnium, Domine, et nihil odisti eorum quae fecisti, dissimulans peccata hominum propter poenitentiam, et parcens illis : quia tu es Dominus Deus noster.    

Ps. Miserere mei Deus, miserere mei ; quoniam in te confidit anima mea. V Gloria Patri. Misereris.

    Vous avez pitié de tous, Seigneur, et vous ne haïssez aucun de ceux que vous avez faits : vous dissimulez les péchés des hommes pour leur laisser le temps de la pénitence, et vous leur pardonnez ; car vous êtes le Seigneur notre Dieu.

    Ps. Ayez pitié de moi, ô Dieu, ayez pitié de moi ; car mon âme se confie en vous. Gloire au Père. Vous avez pitié de tous.

    Dans la Collecte, l’Église demande pour ses enfants que la salutaire pratique du jeûne soit par eux accueillie avec empressement, et qu’ils y persévèrent pour le bien de leurs âmes.

    COLLECTE.

Praesta, Domine, fidelibus tuis, ut jejuniorum veneranda solemnia, et congrua pietate suscipiant, et secura devotione percurrant. Per Dominum.

    Accordez, Seigneur, à vos fidèles d’accepter avec une piété sincère la solennité vénérable de ces jeûnes, et d’en fournir la carrière avec une dévotion que rien ne puisse troubler. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    DEUXIEME  COLLECTE.

A cunctis nos, quaesumus, Domine, mentis et corporis defende periculis : et intercedente beata et gloriosa semperque Virgine Dei Genitrice Maria, cura beato Joseph, beatis apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato N. et omnibus sanctis, salutem nobis tribue benignus et pacem : ut, destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia tua secura tibi serviat libertate.

 

    PRÉSERVEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, de tous les périls de l’âme et du corps ; et vous laissant fléchir par l’intercession de la bienheureuse et glorieuse Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. (on nomme ici le Patron de l’Église) et de tous les Saints, accordez-nous dans votre bonté le salut et la paix, afin que toutes les erreurs et les adversités étant écartées, votre Église vous serve dans une liberté tranquille.

    TROISIEME COLLECTE.

Omnipotens sempiterne Deus, qui vivorum dominaris simul et mortuorum, omniumque misereris, quos tuos fide et opere futuros esse praenoscis: te supplices exoramus ; ut pro quibus effundere preces decrevimus quosque vel praesens saeculum adhuc in carne retinet, vel futurum jam exutos corpore suscepit, intercedentibus omnibus sanctis tuis, pietatis tune clementia, omnium delictorum suorum veniam consequantur. Per Dominum.

 

    Dieu tout-puissant et éternel, qui régnez sur les vivants et sur les morts, et qui répandez votre miséricorde sur tous ceux que vous savez devoir se donner à vous par la foi et par les œuvres: nous vous supplions d’accorder dans votre bonté et votre clémence et par l’intercession . de tous vos Saints, le pardon des péchés à ceux pour qui nous allons répandre devant vous nos prières, soit que le siècle présent  les retienne encore dans la chair, soit que, ayant déposé leurs corps, ils soient déjà entrés dans le siècle futur. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    EPITRE.

Lectio Joelis Prophetae. Cap. ii.

Haec dicit Dominus Convertimini ad me in toto corde vestro, in jejunio, et in fletu, et in planctu. Et scindite corda vestra, et non vestimenta vestra, et convertimini ad Dominum Deum vestrum : quia benignus et misericors est, patiens et multae misericordiae, et praestabilis super malitia. Quis scit si convertatur et ignoscat, et relinquat post se benedictionem, sacrificium et libamen Domino Deo vestro ? Canite tuba in Sion, sanctificate jejunium, vocate coetum, congregate populum, sanctificate Ecclesiam, coadunate senes, congregate parvulos et sugentes ubera : egrediatur sponsus de cubili suo, et sponsa de thalamo suo. Inter vestibulum et altare plorabunt sacerdotes ministri Domini, et dicent : Parce, Domine, parce populo tuo : et ne des haereditatem tuam in opprobrium, ut dominentur eis nationes. Quare dicunt in populis : Ubi est Deus eorum ? Zelatus est Dominus terram suam, et pepercit populo suo. Et respondit Dominus, et dixit populo suo : Ecce ego mittam vobis frumentum, et vinum, et oleum, et replebimini eis et non dabo vos ultra opprobrium in gentibus : dicit Dominus omnipotens.

 

    Lecture  du Prophète Joël. Chap. II.

    Voici  ce que dit le Seigneur  : Convertissez-vous à moi  de tout votre cœur, dans le jeûne, dans les larmes et dans les gémissements. Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements, et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu ; car il est bon et compatissant, patient et riche en miséricorde, et sa  bonté surpasse notre malice. Qui sait s’il  ne se retournera  pas vers vous, s’il ne vous pardonnera pas, et s’il ne laissera pas après lui la  bénédiction,  afin que vous présentiez au Seigneur votre Dieu des sacrifices et des  offrandes ?  Sonnez de la trompette dans Sion, publiez la sainteté du jeûne, convoquez l’assemblée, réunissez le peuple, avertissez-le  qu’il se  purifie ; faites venir les vieillards ; amenez les enfants, même ceux qui sont  encore  à la  mamelle. Que l’époux sorte de sa couche, et l’épouse de son lit nuptial. Que  les prêtres et les ministres du Seigneur pleurent  entre  le vestibule et l’autel, qu’ils  disent : « Pardonnez , Seigneur , pardonnez à votre peuple ; et ne livrez pas votre héritage à l’opprobre, en laissant dominer sur lui les nations. Laisserez-vous dire par les peuples : « Où est leur Dieu ? » Le Seigneur a été ému de compassion pour sa terre, et il a pardonné à son peuple. Et le Seigneur a répondu à son peuple : « Voici que je vais vous envoyer du froment, du vin et de l’huile, et vous en serez rassasiés, et je ne vous abandonnerai plus aux insultes des nations », dit le  Seigneur tout-puissant.

    Ce magnifique passage du Prophète nous révèle l’importance que le Seigneur attache à l’expiation par le jeûne. Quand l’homme contrit de ses péchés afflige sa chair, Dieu se laisse fléchir. L’exemple de Ninive l’a prouvé ; et si le Seigneur pardonna à une ville infidèle, par cela seul que ses habitants imploraient sa pitié sous les livrées de la pénitence, que ne fera-t-il pas en faveur de son peuple, qui sait joindre à l’immolation du corps le sacrifice du cœur ? Entrons donc avec courage dans la voie de la pénitence; et si l’affaiblissement des sentiments de la foi et de la crainte de Dieu semble faire tomber autour de nous des pratiques qui sont aussi anciennes que le christianisme, et sur lesquelles il est pour ainsi dire fondé, gardons-nous d’abonder dans Je sens d’un relâchement qui a porté un terrible préjudice à l’ensemble des mœurs chrétiennes. Songeons surtout à nos engagements personnels avec la justice divine qui ne nous remettra nos fautes et les peines qu’elles méritent, qu’autant que nous nous montrerons empressés à lui offrir la satisfaction à laquelle elle a droit. Nous venons de l’entendre : notre corps que nous flatterions n’est que cendre et poussière, et notre âme, que nous serions si souvent portés à lui sacrifier, a des droits à réclamer contre lui.

    L’Église, dans le Graduel, continue d’épancher les sentiments de sa confiance envers le Dieu de toute bonté ; elle se flatte que ses enfants seront fidèles aux moyens qu’elle leur propose pour le désarmer.

    Le Trait est cette belle prière de David, que l’Église répète trois fois par semaine, dans le cours du Carême, et qu’elle emploie pour désarmer la colère de Dieu dans les temps de calamités.

    GRADUEL.

Miserere mei Deus, miserere mei : quoniam in te confidit anima mea.

V. Misit de coelo, et liberavit me : dedit in opprobrium conculcantes me.

    Ayez pitié de moi, ô mon Dieu, ayez pitié de moi ; car mon âme se confie en vous.

    V/. Le Seigneur m’a envoyé du ciel un secours, et il m’a délivré ; il a couvert de confusion ceux qui me foulaient aux pieds.

    TRAIT.

V. Domine non secundum peccata nostra, quae fecimus nos, neque secundum iniquitates nostras retribuas nobis.

V. Domine, ne memineris iniquitatum nostrarum antiquarum cito anticipent nos misericordiae tuae, quia pauperes facti sumus nimis.

V. Adjuva nos, Deus Salutaris noster : et propter gloriam nominis tui, Domine, libera nos : et propitius esto peccatis nostris, propter nomen tuum.

    V/. Seigneur, ne nous traitez  pas selon les péchés que  nous avons commis, et ne nous rendez pas selon nos iniquités.

    V/. Seigneur, ne vous souvenez plus de nos iniquités passées ; que vos miséricordes se hâtent de nous prévenir; car nous sommes réduits à une extrême misère.

    V/. Secourez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et, pour la gloire de votre Nom, délivrez-nous, Seigneur, et pardonnez-nous nos péchés, à cause de votre Nom.

    ÉVANGILE.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Matthœum. Cap. vi.

    In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis : Cum jejunatis, nolite fieri sicut hypocritae tristes. Exterminant enim facies suas, ut appareant hominibus jejunantes. Amen dico vobis, quia receperunt mercedem suam. Tu autem cura jejunas, unge caput tuum, et faciem tuam lava, ne videaris hominibus jejunans, sed Patri tuo, qui est in abscondito : et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi. Nolite thesaurizare vobis thesauros in terra, ubi aerugo et tinea demolitur, et ubi fures effodiunt, et furantur. Thesaurizate autem vobis thesauros in coelo : ubi neque aerugo, neque tinea demolitur ; et ubi fures non effodiunt, nec furantur. Ubi enim est thesaurus tuus, ibi est et cor tuum.

 

La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. VI.

    En ce temps-là, Jésus dit à ses  disciples :  Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme les hypocrites ; car ils se font un visage pâle et défait, afin que les hommes s’aperçoivent qu’ils jeûnent. Je vous  le dis en vérité : Ils ont reçu leur récompense. Mais vous, lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête et lavez votre visage, afin qu’il ne paraisse pas aux hommes que vous jeûnez, mais  seulement à votre  Père qui est présent dans le secret, et votre Père qui voit dans le secret, vous le rendra. Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la rouille et les vers les consument, et  où  les voleurs fouillent et les dérobent.  Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où il n’y a ni rouille ni vers qui les consument, et où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent. Car, où est votre trésor, là est aussi votre cœur.

    Notre Seigneur ne veut pas que nous recevions l’annonce du jeûne expiatoire comme une nouvelle triste et affligeante. Le chrétien qui comprend combien il est dangereux pour lui d’être en retard avec la justice de Dieu, voit arriver le temps du Carême avec joie et consolation. Il sait à l’avance que s’il est fidèle aux prescriptions de l’Église, il allégera le fardeau qui pèse sur lui. Ces satisfactions, si adoucies aujourd’hui par l’indulgence de l’Église, étant offertes à Dieu avec celles du Rédempteur lui-même, et fécondées par cette communauté qui réunit en un faisceau de propitiation les saintes œuvres de tous les membres de l’Église militante, purifieront nos âmes et les rendront dignes de participer aux joies si pures de la Pâque. Ne soyons donc pas tristes de ce que nous jeûnons ; soyons-le seulement d’avoir, par le péché, rendu notre jeûne nécessaire. Le Sauveur nous donne un second conseil que l’Église nous répétera souvent dans tout le cours de la sainte Quarantaine : celui de joindre l’aumône aux privations du corps. Il nous engage à thésauriser, mais pour le ciel. Nous avons besoin d’intercesseurs: cherchons-les parmi les pauvres.

    Dans l’Offertoire, l’Église chante notre délivrance. Elle se réjouit de voir déjà guéries les plaies de nos âmes ; car elle compte sur notre persévérance.

    OFFERTOIRE.

Exaltabo te, Domine, quoniam suscepisti me, nec delectasti inimicos meos super me : Domine, clamavi ad te, et sanasti me.

    Je vous glorifierai, Seigneur ; car vous m’avez relevé, et vous n’avez pas réjoui mes ennemis de ma ruine. Seigneur, j’ai crié vers vous, et vous m’avez guéri.

    SECRETE.

Fac nos, quaesumus, Domine, his muneribus offerendis convenienter aptari ; quibus ipsius venerabilis sacramenti celebramus exordium. Per Dominum.

    Daignez, Seigneur, nous rendre dignes de vous offrir, comme nous le devons, ces dons sacrés, par l’oblation desquels nous célébrons l’ouverture solennelle de ce temps plein de mystères. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    DEUXIEME SECRETE.

Exaudi nos, Deus Salutaris noster : ut per hujus Sacramenti virtutem, a cunctis nos mentis et corporis hostibus tuearis, gratiam tribuens in praesenti, et gloriam in futuro.

    Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et, par la vertu de ce Sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de l’âme et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie, et votre gloire en l’autre.

    TROISIEME SECRETE.

Deus, cui soli cognitus est numerus electorum in superna felicitate locandus ; tribue quaesumus, ut intercedentibus omnibus sanctis tuis, universorum, quos in oratione commendatos suscepimus, et omnium fidelium nomina, beatae praedestinationis liber adscripta retineat. Per Dominum.

    O Dieu, qui seul connaissez le nombre des élus à qui vous devez donner place dans la céleste béatitude ; accordez, par l’intercession de tous vos Saints, que les noms de tous ceux que nous avons résolu de vous recommander dans notre prière, ainsi que les noms de tous les fidèles, demeurent écrits dans le livre de la bienheureuse prédestination. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    L’Église commence aujourd’hui l’usage  de la Préface quadragésimale.

    PRÉFACE

Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Qui corporali jejunio vitia comprimis, mentem elevas, virtutem largiris et praemia, per Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates Coeli, coelorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concelebrant. Cum quibus et nostras votes, ut admitti jubeas deprecamur, supplici confessione, dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.

 

    Oui,c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel , qui par le jeûne auquel vous assujettissez nos corps, comprimez la source de nos vices, élevez nos âmes, donnez la force et assurez la récompense : par Jésus-Christ notre Seigneur. C’est par lui que les Anges louent votre Majesté, que les Dominations l’adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les Vertus des cieux la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint !  Saint ! Saint ! etc.

    Les paroles que l’Église fait entendre dans l’Antienne de la Communion sont un conseil important qu’elle nous donne. Durant cette longue carrière, nous aurons besoin de soutenir notre courage ; me;di l’on s la loi du Seigneur et ses mystères. Si nous goû l’on s la Parole de Dieu que l’Église nous proposera chaque jour, ia lumière et l’amour iront toujours croissant en nos cœurs, et lorsque le Sauveur sortira des ombres du sépulcre, ses clartés se réfléchiront sur nous.

    COMMUNION.

Qui meditabitur in legeDomini die ac nocte, dabit fructum suum in tempore suo.

    Celui  qui  méditera  jour et  nuit la loi du  Seigneur, portera son fruit en son temps.

    POSTCOMMUNION.

Percepta nobis, Domine praebeant Sacramenta subsidium : ut tibi grata sint nostra jejunia, et nobis proficiant ad medelam. Per Dominum.

    Que les Sacrements auxquels nous avons participé nous donnent, Seigneur, le secours qui est nécessaire , afin que nos jeûnes vous soient agréables et servent à notre guérison. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    SECONDE POSTCOMMUNION.

Mundet et muniat nos, quaesumus, Domine, divini Sacramenti munus oblatum : et intercedente beata Virgine Dei Genitrice Maria, cura beato Joseph, beatis apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato N. et omnibus sanctis, a cunctis nos reddat et perversitatibus expiatos, et adversitatibus expeditos.

 

    Que l’oblation du divin Sacrifice nous purifie et nous protège , Seigneur, nous vous en supplions ; et, par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. (On nomme ici le Saint titulaire de l’Église) et de tous les Saints, qu’elle soit pour nous l’expiation de tous nos péchés, et la délivrance de toute adversité.

    TROISIÈME POSTCOMMUNION.

Purificent nos, quaesumus, omnipotens et misericors Deus, Sacramenta quae sumpsimus : et intercedentibus omnibus sanctis tuis, praesta ut hoc tuum Sacramentum non sit nobis reatus ad poenam, sed intercessio salutaris ad veniam : sit ablutio scelerum, sit fortitudo fragilium, sit contra omnia mundi pericula firmamentum : sit vivorum atque mortuorum fidelium remissio omnium delictorum. Per Dominum.

 

    Purifiez-nous , ô Dieu tout-puissant et miséricordieux , par les Sacrements que nous avons reçus, et faites, par l’intercession de tous vos Saints, que votre Sacrement ne soit pas en nous un crime digne de châtiment, mais une intercession puissante pour le pardon ; qu’il efface nos péchés, qu’il soit notre force dans notre fragilité, et notre défense contre tous les dangers du monde ; qu’il opère dans les fidèles vivants et défunts la rémission de toutes leurs fautes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Tous les jours du Carême, excepté les Dimanches, avant de congédier l’assemblée des fidèles , le Prêtre prononce sur eux une Oraison particulière, qui est toujours précédée de cet avertissement solennel :

    Humiliate capita vestra  Deo.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

Inclinantes se, Domine, majestati tuae, propitiatus intende : ut qui divino munere sunt refecti, coelestibus semper nutriantur auxiliis. Per Dominum.

    Regardez, Seigneur, d’un œil favorable ceux qui se prosternent devant votre Majesté ; afin que, rassasiés de votre don divin, ils se sentent toujours nourris par ce secours céleste. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

LE JEUDI APRÈS LES CENDRES.

    Bien que la loi du jeûne pèse sur nous depuis hier, nous ne sommes pas encore entrés dans le Carême proprement dit, dont la solennité ne s’ouvrira que samedi prochain, à Vêpres. C’est afin de distinguer du reste de la sainte Quarantaine ces quatre jours surajoutés, que l’Église continue d’y chanter les Vêpres à l’heure ordinaire, et permet à ses ministres de rompre le jeûne avant d’avoir satisfait à cet Office. A partir de samedi, il en sera autrement. Chaque jour , à l’exception du Dimanche, lequel n’admet pas le jeûne, les Vêpres des fériés et des fêtes seront anticipées, en sorte qu’à l’heure où les fidèles prendront leur repas, l’Office du soir sera déjà accompli. C’est un dernier souvenir des usages de l’Église primitive ; autrefois les fidèles ne rompaient pas le jeûne avant le coucher du soleil, auquel correspond l’Office des Vêpres.

    La sainte Église a distingué ces trois jours qui suivent le Mercredi des Cendres, en leur assignant à chacun une lecture de l’Ancien Testament, et une autre du saint Évangile , pour être faites à la Messe. Nous reproduirons ici ces lectures , en les accompagnant de quelques réflexions , et en les faisant précéder de la Collecte de chaque jour.

    La Station à Rome est aujourd’hui dans l’Église de Saint-Georges-au-Voile-d’Or.

    

    COLLECTE.

Deus, qui culpa offenderis, paenitentia placaris : preces populi tui supplicantis propitius respice : et flagella tuae iracundiae, quae pro peccatis nostris meremur, averte. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

    O Dieu, que le péché offense et que la pénitence apaise, écoutez dans votre clémence les prières et les supplications de votre peuple, et daignez détourner les fléaux de votre colère que nos péchés ont mérités. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    ÉPÎTRE.

Lectio Isaiae Prophetae. Cap. xxxviii.

In diebus illis, aegrotavit Ezechias usque ad mortem : et introivit ad eum Isaias filius Amos propheta, et dixit ei : Huc dicit Dominus : Dispono domui tuae, quia morieris tu, et non vives. Et convertit Ezechias faciem suam ad parietem, et oravit ad Dominum, et dixit: Obsecro, Domine, memento, quaeso, quomodo ambulaverim coram te in veritate, et in corde perfecto, et quod bonum est in oculis tuis fecerim. Et flevit Ezechias fletu magno. :Et factum est verbum Domini ad Isaiam dicens : Vade, et die Ezechiae Huc dicit Dominus Deus David patris tui : Audivi orationem tuam, et vidi lacrymas tuas : ecce ego adjiciam super dies tuos quindecim annos : et de manu regis Assyriorum eruam te, et civitatem istam, et protegam eam, ait Dominus omnipotens.

 

    Lecture du Prophète Isaïe. Chap. XXXVIII.

    En ces jours-là, Ézéchias fut malade jusqu’à la mort, et le prophète Isaïe, fils d’Amos, l’étant venu trouver, lui dit : Voici ce que dit le Seigneur: Donne ordre aux affaires de ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus. Et Ézéchias tourna son visage vers la muraille, et priant le Seigneur, il dit : Souvenez-vous, je vous prie, Seigneur, que j’ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et que j’ai fait ce qui est bon à vos yeux. Et Ézéchias pleura avec abondance. Et le Seigneur parla à Isaïe et lui dit : Va, et dis à Ézéchias : Voici ce que dit le Seigneur Dieu de David l’on père : J’ai entendu ta prière et j’ai vu tes larmes. Voici que j’ajouterai encore quinze années à tes jours, et j’arracherai de  la  main du roi des Assyriens toi et cette ville, et je la protégerai, dit le  Seigneur  tout-puissant.

 

    Hier, l’Église nous remettait devant les yeux la certitude de la mort. Nous mourrons : la parole de Dieu y est engagée, et il ne saurait venir dans l’esprit à un homme raisonnable que sa personne puisse être l’objet d’une exception. Mais si le fait de notre mort est indubitable , le jour auquel il nous faudra mourir n’est pas moins déterminé. Dieu juge à propos de nous le cacher, dans les motifs de sa sagesse ; c’est à nous de vivre de manière à n’être pas surpris. Ce soir, peut-être, on viendra nous dire comme à Ezechias: « Donne ordre aux affaires de ta maison; car tu vas mourir». Nous devons vivre dans cette attente ; et si Dieu nous accordait une prolongation de vie comme au saint Roi de Juda, il faudrait toujours en venir tôt ou tard à cette heure suprême, passé laquelle il n’y a plus de temps, mais l’éternité. En nous faisant ainsi sonder la vanité de notre existence, l’Église veut nous fortifier contre les séductions du  présent,  afin que nous soyons tout entiers à cette œuvre de régénération, pour laquelle elle  nous prépare  depuis bientôt trois semaines. Combien de chrétiens ont reçu hier la cendre sur la tête, et qui ne verront pas ici-bas les joies pascales ! La cendre a été pour eux une prédiction de ce qui doit leur arriver, avant un mois peut-être. Ils n’ont cependant pas entendu la  sentence en d’autres termes que ceux qu’on a prononcés sur nous-mêmes. Ne sommes-nous pas du nombre de ces victimes vouées à une mort si prochaine ? Qui de nous oserait affirmer le contraire ? Dans cette incertitude, acceptons avec reconnaissance la parole du Sauveur qui est descendu du ciel pour nous dire : Faites pénitence ; car le Royaume de Dieu est proche 41 .

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. viii.

    In illo tempore : Cum introisset Jesus Capharnaum, accessit ad eum centurio, rogans eum et dicens : Domine, puer meus jacet in domo paralyticus, et male torquetur. Et ait illi Jesus : Ego veniam, et curabo eum. Et respondens centurio, ait : Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum ; sed tantum dic verbo, et sanabitur puer meus. Nam et ego homo sum sub potestate constitutus, habens sub me milites, et dico huic : Vade, et vadit ; et alii : Veni, et venit ; et serve meo : Fac hoc, et facit. Audiens autem Jesus miratus est, et sequentibus se dixit : Amen dico vobis, non inveni tantam fidem in Israel : Dico autem vobis, quod multi ab oriente et occidente venient, et recumbent cum Abraham, et Isaac, et Jacob in regno coelorum ; filii autem regni ejicientur in tenebras exteriores : ibi erit fletus et stridor dentium. Et dixit Jesus centurioni : Vade, et aient credidisti, fiat tibi. Et sanatus est puer in illa hora.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. CHAP. VIII.

    En ce temps-là, Jésus étant entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui, et lui fit cette prière, disant: Seigneur, mon serviteur est chez moi, malade au lit d’une paralysie, et il en soutire beaucoup. Et Jésus lui dit : J’irai et je le guérirai. Et le centurion lui répondant, dit : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Car quoique je sois un homme soumis à d’autres, ayant néanmoins des soldats sous moi, quand je dis à l’un : Va là, il y va ; et à l’autre . Viens ici, il y vient ; et à mon serviteur : Fais cela, il le fait. Or, Jésus, entendant ces paroles, fut dans l’admiration, et il dit à ceux qui le suivaient : En vérité, je vous le dis, je n’ai pas trouvé une si grande foi en Israël. Aussi je vous le déclare, beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident, et auront  place  au  festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux: tandis que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura pleur et grincement de dents. Et Jésus dit au centurion : Va, et comme tu as cru, qu’il te soit fait. Et le serviteur fut guéri à l’heure même.

    Les saintes Écritures, les Pères et les Théologiens catholiques distinguent trois sortes d’œuvres de pénitence : la prière, le jeûne et l’aumône. Dans les lectures qu’elle nous propose, durant ces trois jours qui sont comme l’entrée du Carême, la sainte Église veut nous instruire sur la manière d’accomplir ces différentes œuvres ; aujourd’hui, c’est la prière qu’elle nous recommande. Voyez ce centurion qui vient implorer auprès du Seigneur la guérison de son serviteur. Sa prière est humble ; c’est du fond de son cœur qu’il se juge indigne de recevoir la visite de Jésus. Sa prière est pleine de foi ; il ne doute pas un instant que le Seigneur ne puisse lui accorder l’objet de sa demande. Avec quelle ardeur il la présente! La foi de ce gentil surpasse celle des enfants d’Israël, et mérite l’admiration du Fils de Dieu. Ainsi doit être notre prière, lorsque nous implorons la guérison de nos âmes. Reconnaissons que nous sommes indignes de parler à Dieu, et cependant insistons avec une foi inaltérable dans la puissance et dans la bonté de celui qui n’exige de notre part la prière qu’afin de la récompenser par l’effusion de ses miséricordes. Le temps où nous sommes est un temps de prière ; l’Église redouble ses supplications ; c’est pour nous qu’elle les offre ; ne la laissons pas prier seule. Déposons en ces jours cette tiédeur dans laquelle nous avons langui, et souvenons-nous que si nous péchons tous les jours, c’est la prière qui répare nos fautes, et qui nous préservera d’en commettre de nouvelles.

    Humiliate capita vestra  Deo.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

Parce Domine, parce populo tuo, ut dignis flagellationibus castigatus, in tua miseratione respiret. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, afin qu’après avoir été châtié comme il le méritait par vos fléaux, il respire enfin sous votre miséricorde Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

LE VENDREDI APRES LES CENDRES.

    La Station de ce jour est  à l’Église des saints Martyrs Jean et Paul.

    COLLECTE.

Inchoata jejunia, quaesumus Domine, benigno favore prosequere : ut observantiam, quam corporaliter exhibemus, mentibus etiam sinceris exercere valeamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Favorisez dans votre bonté, Seigneur, les jeûnes dont nous avons commencé le cours ; afin que, remplissant dans nos corps cette observance, nous puissions aussi l’exercer d’un cœur sincère. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    EPITRE.

Lectio Isaiae Prophetae. Cap. lviii.

    Haec dicit Dominus Deus : Clama, ne cesses ; quasi tuba exalta vocem tuam, et annuntia populo meo scelera eorum, et domui Jacob peccata eorum. Me etenim de die in diem quaerunt, et scire vias meas volunt : quasi gens quae justitiam fecerit, et judicium Dei sui non dereliquerit : rogant me judicia justitiae appropinquare Deo volunt. Quare jejunavimus et non aspexisti humiliavimus animas nostras et nescisti ? Ecce in die jejunii vestri invenitur voluntas vestra, et omnes debitores vestros repetitis. Ecce ad lites et contentiones jejunatis, et percutitis pugno impie. Nolite jejunare sicut usque ad hanc diem, ut audiatur in excelso clamor vester. Numquid tale est jejunium, quod elegi, per diem affligere hominem animam suam ? numquid contorquere quasi circulum caput suum, et saccum et cinerem sternere ? numquid istum vocabis jejunium, et diem acceptabilem Domino ? Nonne hoc est magis jejunium, quod elegi ? dissolve colligationes impietatis, solve fasciculos deprimentes, dimitte eos qui confracti sunt liberos, et omne onus disrumpe. Frange esurienti panem tuum, et egenos vagosque indue in domum tuam cum videris nudum, operi eum, et camera tuam ne despexeris. Tune erumpet quasi mane lumen tuum, et sanitas tua citius orietur, et anteibit faciem tuam justitia tua, et gloria Domini colliget te. Tune invocabis, et Dominus exaudiet : clamabis, et dicet Ecce adsum. Quia misericors sum, Dominus Deus tuus.

 

    Lecture du Prophète Isaïe. Chap. LVIII.

    Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Crie, ne cesse de crier ; fais retentir ta voix comme la trompette, et annonce à mon peuple les crimes qu’il a commis, et à la maison de Jacob les péchés dont elle est coupable. Car ils me cherchent tous les jours, et ils témoignent vouloir connaître mes voies, comme un peuple qui eût agi selon la justice, et qui n’eût point abandonné la loi de son Dieu. Ils me demandent  la règle  de la justice, et ils veulent s’approcher de Dieu. Pourquoi avons-nous jeûné, disent-ils,  et vous ne nous avez pas  regardés ?  Pourquoi avons-nous  humilié nos âmes, et vous  ne l’avez pas su ? — C’est  que, au jour même de votre jeûne, votre mauvaise volonté persistait toujours,  et que vous êtes encore sans  pitié pour vos débiteurs.  Vous  ne jeûnez que pour plaider  et pour disputer, et vous   frappez du poing sans miséricorde. Ne jeûnez  plus en la manière que vous l’avez  fait jusqu’à ce jour, en faisant retentir vos clameurs  jusqu’au ciel. Le jeûne que je demande consiste-t-il en ce qu’un homme afflige son âme pendant une  journée, en ce qu’il penche  la  tète comme s’il formait un cercle,  en ce qu’il prenne le sac et la cendre ? Est-ce là ce que vous appelez un jeûne et un jour agréable au Seigneur ? Le jeûne que j’approuve, n’est-ce pas plutôt celui-ci ? Déliez les nœuds de  l’impiété  ; déchargez-vous des fardeaux qui vous accablent ; renvoyez  libres ceux qui sont opprimés; brisez tout joug qui charge les autres. Rompez votre pain à celui qui a faim, et faites entrer  dans votre maison les pauvres et ceux qui n’ont pas d’asile.  Lorsque vous verrez un homme nu, couvrez-le , et ne méprisez  point celui qui est votre propre chair. Alors votre lumière éclatera comme le point du jour , et vous recouvrerez bientôt votre santé, et votre justice marchera devant vous, et la gloire du Seigneur vous protégera. Alors vous invoquerez le Seigneur, et il vous exaucera ; vous crierez, et il dira : Me voici ; car je suis miséricordieux, moi le Seigneur votre Dieu.

 

    Les  dispositions dans lesquelles  le jeûne doit être accompli, tel est l’objet de la lecture que nous venons de  faire  dans le prophète Isaïe. C’est le Seigneur lui-même qui parle, le Seigneur qui lui-même avait prescrit le jeûne à son peuple. Il déclare que le jeûne des aliments matériels n’est rien à ses yeux, si ceux qui s’y livrent n’arrêtent pas enfin le cours de leurs iniquités. Dieu exige le sacrifice du corps;  mais il ne peut l’accepter, si celui de l’âme n’est pas offert en même temps. Le Dieu vivant ne peut consentir à être traité comme les dieux de bois et de pierre qu’adoraient les Gentils. Des hommages  purement extérieurs étaient  tout  ce  qu’il leur fallait ;  car ces dieux étaient aveugles  et insensibles.  Que  l’hérétique cesse donc de reprocher à  l’Église ses pratiques qu’il ose traiter de matérielles ; c’est lui-même qui, en voulant affranchir le corps de tout joug, s’est précipité dans la matière. Les enfants de l’Église jeûnent, parce que les saintes Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament recommandent le jeûne à chaque page, parce que Jésus-Christ lui-même a jeûné quarante jours ; mais ils n’estiment cette pratique qui leur est imposée de si haut, qu’autant qu’elle est relevée et complétée par l’hommage d’un cœur qui a résolu de réformer ses penchants vicieux. Il ne serait pas juste, en effet, que le corps, qui n’est devenu coupable que par la perversité de l’âme, lût dans la souffrance, tandis que celle-ci continuerait le cours de ses mauvaises œuvres. De même aussi, ceux que la faiblesse de leur santé empêche de se soumettre , en ce saint temps, aux satisfactions qui pèsent sur le corps, ne sont point dégagés de l’obligation d’imposer à leur âme ce jeûne spirituel qui consiste dans l’amendement de la vie, dans la fuite de tout ce qui est mal, dans la recherche de toute sorte de bonnes œuvres.

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. v.

    In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis : Audistis quia dictum est : Diliges proximum tuum, et odio habebis inimicum tuum. Ego autem dico vobis : Diligite inimicos vestros, benefacite his qui oderunt vos : et orate pro persequentibus et calumniantibus vos : ut sitis filii Patris vestri, qui in coelis est, qui solem suum oriri facit super bonos et males, et pluit super justos et injustos. Si enim diligitis eos qui vos diligunt, quam mercedem habebitis ? Nonne et publicani hoc faciunt ? Et si salutaveritis fratres vestros tantum : quid amplius facitis ? Nonne et ethnici hoc faciunt ? Estote ergo vos perfecti, sicut et Pater vester coelestis perfectus est. Attendite ne justitiam vestram faciatis coram hominibus, ut videamini ab eis : alioquin mercedem non habebitis apud Patrem vestrum qui in coelis est. Cum ergo facis eleemosynam, noli tuba canere ante te, sicut hypocrite faciunt in synagogis, et in vicis, ut honorificentur ab hominibus. Amen dico vobis, receperunt mercedem suam. Te autem faciente eleemosynam, nesciat sinistra tua, quid faciat dextera tua : ut sit eleemosyna tua in abscondito, et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. CHAP. V.

    En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Vous avez appris  qu’il a été dit : Tu aimeras l’on prochain  et tu haïras l’on ennemi. Mais moi je  vous dis : Aimez  vos ennemis:  faites du bien à ceux qui vous  haïssent,  et priez  pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient : afin que vous soyez les enfants  de  votre Père qui est dans les  cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et descendre la  pluie  sur les justes  et sur  les injustes. Car  si  vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous ? Les publicains ne le font-ils pas ? Et si vous ne saluez que vos  frères, que faites-vous de plus que tous ? Les païens ne le font-ils pas ? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Prenez garde à ne pas faire  vos bonnes œuvres devant  les hommes , afin d’être vus d’eux ; autrement vous n’en recevrez point la récompense de votre  Père qui est dans les cieux. Lors donc que vous faites l’aumône, ne sonnez pas de la trompette  devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et sur les places, afin d’être honorés des hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous faites l’aumône, que votre main gauche ne sache  pas ce que  fait la droite,  afin que votre aumône se fasse dans le secret, et votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra.

 

    Sœur de la prière et du jeûne,  l’aumône est la troisième des œuvres fondamentales qui constituent la pénitence chrétienne. C’est pour cette raison que l’Église aujourd’hui nous propose les enseignements du Sauveur sur la manière dont nous devons  accomplir les  œuvres de miséricorde. Jésus-Christ nous impose l’amour de nos semblables, sans distinction d’amis et d’ennemis. Il nous suffit que Dieu, qui les  a tous créés, les aime lui-même, pour que nous soyons  dans le devoir d’être miséricordieux envers tous. S’il daigne les supporter, lors même qu’ils sont dans le mal, et attendre leur retour jusqu’à la fin de  leur vie, en sorte que pas un ne périt si ce n’est par sa propre faute, que ferons-nous, nous qui sommes pécheurs et qui sommes leurs frères, tirés comme eux du néant? C’est donc un hommage dont le cœur de Dieu est flatté, que de le servir et de l’assister dans les hommes dont il daigne se regarder comme le père. La reine des vertus,  la Charité, renferme essentiellement l’amour du prochain, comme une application de l’amour même de Dieu; et la Charité, en même temps qu’elle  est un devoir sacré pour les membres de la grande famille humaine, est aux yeux de Dieu, dans les actes qu’elle inspire, une œuvre de pénitence, à raison des privations que l’on s’impose et des répugnances que l’on peut avoir à vaincre dans son accomplissement. Remarquons aussi comment le Sauveur nous répète, à propos de l’aumône, le conseil qu’il nous  a  donné sur le jeûne: celui de fuir l’éclat et l’ostentation. La pénitence est humble et  silencieuse , elle ne cherche point les regards des hommes; l’œil de celui qui voit dans le secret lui suffit pour témoin.

    Humiliate capita vestra  Deo.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

Tuere, Domine, populum tuum, et ab omnibus peccatis clementer emunda : quia nulla ei nocebit adversitas, si nulla ei dominetur iniquitas. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Défendez votre peuple, Seigneur, et dans votre clémence purifiez-le de tous ses péchés ; car aucune adversité ne pourra l’atteindre, si aucune iniquité ne domine en lui. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

LE SAMEDI APRÈS LES CENDRES.

    La Station de ce jour est, selon qu’il est marqué au Missel, dans l’Église de Saint-Tryphon, Martyr; mais cette Église ayant été détruite, il y a plusieurs siècles, la Station a lieu présentement dans celle de Saint-Augustin, bâtie tout près de remplacement où fut l’Église de Saint-Tryphon.

    COLLECTE.

Adesto, Domine, supplicationibus nostris, et concede ut hoc solemne jejunium, quod animabus corporibusque ‘curandis salubriter institutum est, devoto     servitio celebremus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Écoutez  favorablement , Seigneur, nos supplications, et donnez-nous de célébrer avec dévotion ce jeûne solennel qui a été institué si à propos pour la guérison de nos âmes et de nos corps. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    EPITRE.

Lectio Isaiae Prophetæ. Cap. lviii.            

    Haec dicit Dominus Deus :Si abstuleris de medio tui catenam, et desieris extendere digitum et loqui quod non prodest ; cum effuderis esurienti animam tuam, et animam afflictam repleveris, orietur in tenebris lux tua, et tenebrae tuae erunt sicut meridies. Et requiem tibi dabit Dominus semper, et implebit splendoribus animam tuam, et ossa tua liberabit, et eris quasi hortus irriguus et sicut fons aqua cujus non deficient aquae. Et aedificabuntur in te deserta saeculorum fundamenta generationis et generationis suscitabis: et vocaberis aedificator sepium, avertens semitas in quietem. Si averteris a Sabbato pedem tuum, facere voluntatem tuam in die sancto meo, et vocaveris Sabbatum delicatum, et sanctum Domini gloriosum, et glorificaveris eum dum non facis vias tuas, et non invenitur voluntas tua, ut loquaris sermonem tune delectaberis super Domino ; et sustollam te super altitudines terre, et cibabo te hereditate Jacob patris tui : os enim Domini locutum est.    

    Lecture du Prophète Isaïe. Chap. LVIII.

    Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Si vous ôtez du milieu de vous la chaîne dont vous chargez vos frères, si vous cessez d’étendre la main sur eux et de dire des paroles qui leur sont nuisibles; si vous assistez le pauvre avec effusion de  cœur, et si vous remplissez de consolation l’âme affligée ; votre lumière se lèvera dans les ténèbres, et vos ténèbres deviendront comme le midi. Et le Seigneur vous donnera un repos qui n’aura pas de fin, et il remplira votre âme de ses splendeurs, et il délivrera vos os de la corruption. Et vous serez comme un jardin toujours arrosé, et comme une fontaine dont les eaux ne tarissent pas. Ce qui en vous était désert depuis des siècles se couvrira d’édifices ; vous relèverez des fondements qui étaient abandonnés depuis plusieurs générations, et l’on dira de vous que vous réparez les brèches et que vous changez les sentiers en demeures paisibles. Si vous retenez votre pied pour lui empêcher de violer le Sabbat, si vous cessez d’agir selon votre caprice au jour qui m’est consacré; si vous le regardez comme un repos plein de délices, comme jour le saint et glorieux du Seigneur, auquel vous rendrez honneur, en ne suivant point vos voies, en ne recherchant point votre volonté, en ne disant point de paroles vaines : alors vous trouverez votre joie dans le Seigneur, et je vous élèverai au-dessus des hauteurs de la terre, et je vous donnerai pour vous nourrir l’héritage de Jacob votre père ;  car la bouche du Seigneur a parlé.

 

    Le Samedi est un jour plein de mystères : c’est le jour du repos de Dieu; c’est le symbole de la paix éternelle que nous goûterons au ciel après les labeurs de cette  vie. L’Église aujourd’hui, en nous faisant lire ce passage d’Isaïe, veut nous apprendre à quelles conditions il nous sera donné de prendre part au Sabbat de l’éternité. Nous sommes à peine entrés dans la carrière de la pénitence que cette Mère tendre vient à nous, pleine de paroles consolatrices. Si nous remplissons de bonnes œuvres cette sainte Quarantaine durant laquelle sont suspendues les préoccupations du monde, la lumière de la grâce se lèvera du milieu même des ténèbres de notre âme. Cette âme trop longtemps obscurcie par le péché et par l’amour du monde et de nous-mêmes, deviendra éclatante comme les splendeurs du midi, la gloire du Christ ressuscité sera la nôtre ; et si nous sommes fidèles, la Pâque du temps nous introduira à la Pâque de l’éternité. Édifions donc ce qui en nous était désert, relevons les fondements, réparons les brèches ; retenons notre pied pour ne pas violer les saintes observances; ne suivons plus nos voies, ne recherchons plus nos volontés, contrairement à celles du Seigneur ; et il nous donnera un repos qui n’aura pas de fin, et il remplira notre âme de ses propres splendeurs.

 

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Marcum. Cap. vi.        

    In illo tempore : Cum sero esset, erat navis in me dio mari, et Jesus solus in terra. Et videns discipulos suos laborantes in remigando (erat enim ventus contrarius eis), et circa quartam vigiliam noctis, venit ad eos ambulans supra mare : et volebat praeterire eos. At illi, ut viderunt eum ambulantem supra mare, putaverunt phantasma esse, et exclamaverunt. Omnes enim viderunt eum, et conturbati sunt. Et statim locutus est cum eis, et dixit eis : Confidite, ego sum, nolite timere. Et ascendit ad illos in navim, et cessavit ventus. Et plus magis intra se stupebant non enim intellexerunt de panibus : erat enim cor eorum obcaecatum. Et cum transfretassent, venerunt in terram Genesareth, et applicuerunt. Cumque egressi essent de navi, continuo cognoverunt eum : et percurrentes universam regionem illam, cœperunt in grabatis eos qui se male habebant circumferre, ubi audiebant eum esse. Et quocumque introibat, in vicos, vel in villas, aut civitates, in plateis ponebant infirmos, et deprecabantur eum, ut vel fimbriam vestimenti ejus tangerent : et quotquot tangebant eum, salvi fiebant.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Marc. Chap. VI.

    En ce temps-là, le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre. Et voyant ses disciples qui se fatiguaient à ramer (car lèvent leur était contraire), vers la quatrième veille de la nuit il vint à eux, marchant sur la mer, et il voulait les devancer. Mais eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c’était un fantôme, et jetèrent des cris ; car tous le virent, et ils furent troublés. Et aussitôt il leur parla et leur dit : Rassurez-vous, c’est moi, ne craignez point. Et il monta avec eux dans la barque, et le vent cessa. Et leur é l’on nement en devint plus grand encore ; car ils n’avaient pas fait assez de réflexion sur le miracle des pains, parce que leur cœur était aveuglé. Et quand ils eurent traversé l’eau, ils vinrent en la terre de Genesareth, et ils y abordèrent. Et quand ils furent sortis de la barque, les gens du pays reconnurent Jésus ; et, parcourant toute la contrée, ils commencèrent à lui apporter dans des lits les malades, partout où ils entendaient dire qu’il était. Et, en quelque lieu qu’il entrât, dans les hameaux, dans les villages ou dans les villes, ils mettaient les malades sur les places publiques, et le priaient de les laisser seulement toucher la frange de son vêtement. Et tous ceux qui le touchaient étaient guéris.

    La barque de la sainte Église est lancée sur la mer ; la traversée durera quarante jours. Les disciples du Christ rament à l’encontre du vent, et déjà l’inquiétude s’empare d’eux; ils craignent de ne pas arriver au port. Mais Jésus vient à eux sur les flots ; il monte avec eux dans la barque ; leur navigation sera désormais heureuse. Les anciens interprètes de la Liturgie nous expliquent ainsi l’intention de l’Église dans le choix de ce passage du saint Évangile pour aujourd’hui. Quarante jours de  pénitence sont bien peu de chose pour toute une vie qui n’a pas appartenu à Dieu; mais quarante jours de pénitence pèseraient à notre lâcheté, si le Sauveur lui-même ne venait les passer avec  nous. Rassurons-nous :  c’est  lui-même.  Durant  cette période salutaire, il prie avec nous, il jeûne avec nous, il exerce avec nous les œuvres de la miséricorde. N’a-t-il pas inauguré lui-même la Quarantaine des expiations ? Considérons-le, et prenons courage. Si nous sen l’on s encore de la faiblesse, approchons de lui,  comme ces malades dont  il vient de nous être parlé. Le contact de ses vêtements suffisait à rendre la santé à ceux qui l’avaient perdue ; allons à lui dans son Sacrement, et la vie divine dont le germe est déjà en nous se développera de plus en plus, et l’énergie qui commençait à faiblir en nos cœurs se relèvera toujours croissante.

    Humiliate capita vestra  Deo.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

    ORAISON.

Fideles tui, Deus, per tua dona firmentur : ut eadem et percipiendo requirant, et quaerendo sine fine percipiant. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Que vos fidèles, Seigneur, soient affermis par le don céleste que vous leur faites goûter, afin qu’en le recevant ils le recherchent avec empressement, et qu’en le recherchant, ils méritent de le recevoir toujours. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    Terminons cette journée du Samedi par un hommage à Marie, avocate des pécheurs ; et pour exprimer notre confiance envers elle, présentons-lui cette Prose naïve et touchante que l’on trouve dans des Missels allemands du XIV° siècle.

    SEQUENCE.

Tibi cordis in altari Decet preces immolari, Virgo sacratissima.

Nam cum in se sit inepta, Tuo Nato sit accepta Per te precum victima.

Pro peccatis immolato Peccatorum praesentato Precum sacrificia.

Per te Deum adit reus, Ad quem per te venit Deus : Amborum tu media.

Nec abhorre peccatores Sine quibus nunquam fores Tanto digna Filio.

Si non essent redimendi, Nulle tibi pariendi Redemptorem ratio.

Sed nec Patris ad consessum Habuisses huc accessum, Si non ex te genitum Esset ibi positum.

Virgo, Virgo sic promota Causa nostri, nostra vota Promovenda suscipe Coram summo Principe.

Amen.

 

    A vous, ô Vierge sacrée, nous offrirons des prières, sur l’autel de notre cœur.

    Nos vœux sont une victime indigne d’être offerte à votre Fils ; il l’agréera présentée par vous.

    A celui qui fut immolé pour les péchés , daignez offrir en sacrifice la prière des pécheurs.

    Par vous le coupable retourne à Dieu ; par vous Dieu s’est rapproché du coupable ; en vous ils se sont réunis.

    Ne repoussez pas les pécheurs ; sans eux vous n’eussiez point connu l’honneur d’être la Mère d’un tel Fils.

    S’il n’y eût pas eu de pécheurs à racheter, la Mère d’un Rédempteur n’eût point été nécessaire.

    Votre séance n’eût pas été près du trône du Père céleste, si vous n’eussiez enfanté un Fils qui partage les honneurs d’un tel Père.

    O Vierge, ô Vierge élevée si haut à cause de nous, prenez nos vœux et portez-les devant le souverain Seigneur.

    Amen.

    

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