L’année liturgique : Temps de Noël du 26 décembre à la vigile de l’Epiphanie

    XXVI DÉCEMBRE. SAINT Étienne, PREMIER MARTYR.

 

    Saint Pierre Damien ouvre son Sermon sur la présente solennité par ces paroles :

    « Nous tenons encore entre nos bras le Fils de la Vierge, et nous honorons par nos caresses l’enfance d’un Dieu. Marie nous a conduits à l’auguste berceau ; belle entre les filles des hommes, bénie entre les femmes, elle nous a présenté Celui qui est beau entre tous les enfants des hommes, et plus qu’eux tous, comblé de bénédictions. Elle soulève pour nous le voile des prophéties, et nous montre les desseins de Dieu accomplis. Qui de nous pourrait distraire ses yeux de la merveille d’un tel enfantement ? Néanmoins, tandis que le nouveau-né nous accorde les baisers de sa tendresse, et nous tient dans l’étonnement par de si grands prodiges, tout à coup, Étienne, plein de grâce et de force, opère des choses merveilleuses au milieu du peuple. (Act. VI, 8.) Laisserons-nous donc le Roi pour tourner nos regards sur un de ses soldats ? Non certes, à moins que le Prince lui-même ne nous le commande. Or, voici que le Roi, Fils de Roi, se lève lui-même, et vient assister au combat de son serviteur. Courons donc à un spectacle auquel il court lui-même, et considérons le porte-étendard des Martyrs. »

    La sainte Église, dans l’Office d’aujourd’hui, nous fait lire ce début d’un Sermon de saint Fulgence sur la fête de saint Étienne : « Hier, nous avons célébré la Naissance temporelle de notre Roi éternel ; aujourd’hui, nous célébrons la Passion triomphale de son soldat. Hier notre Roi, couvert du vêtement de la chair, est sorti du sein de la Vierge et a daigné visiter le monde ; aujourd’hui, le combattant est sorti de la tente de son corps, et est monté triomphant au ciel. Le premier, tout en conservant la majesté de son éternelle divinité, a ceint l’humble baudrier de la chair, et est entré dans le camp de ce siècle pour combattre ; le second, déposant l’enveloppe corruptible du corps, est monté au palais du ciel pour y régner à jamais. L’un est descendu sous le voile de la chair, l’autre est monté sous les lauriers empourprés de son sang. L’un est descendu du milieu de la joie des Anges ; l’autre est monté du milieu des Juifs qui le lapidaient. Hier, les saints Anges, dans l’allégresse, ont chanté : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Aujourd’hui, ils ont reçu Étienne dans leur compagnie avec jubilation. Hier, le Christ a été pour nous enveloppé de langes : aujourd’hui, Étienne a été par lui revêtu de la robe a d’immortalité. Hier, une étroite crèche a reçu le Christ enfant : aujourd’hui l’immensité du ciel a reçu Étienne dans son triomphe. »

    Ainsi, la divine Liturgie unit les joies de la Nativité du Seigneur avec l’allégresse que lui inspire le triomphe du premier des Martyrs ; et encore Étienne ne sera pas le seul à venir partager les honneurs de cette glorieuse Octave. Après lui, nous célébrerons Jean, le bien-aimé Disciple ; les Innocents de Bethléem ; Thomas, le Martyr de la liberté de l’Église ; Sylvestre, le Pontife delà Paix. Mais, dans cette brillante escorte du Roi nouveau-né, la place d’honneur appartient à Étienne, ce Proto-martyr qui, ainsi que le chante l’Église, « a rendu le premier au Sauveur la mort que le Sauveur a soufferte pour lui ». Ainsi méritait d’être honoré le Martyre, ce témoignage sublime qui acquitte avec plénitude envers Dieu les dons octroyés à notre race, et scelle par le sang de l’homme la vérité que le Seigneur a confiée à la terre.

    Pour bien comprendre ceci, il est nécessaire de considérer le plan divin pour le salut du monde. Le Verbe de Dieu est envoyé afin d’instruire les hommes ; il sème sa divine parole, et ses œuvres rendent témoignage de lui. Mais, après son Sacrifice, il remonte à la droite de son Père ; et son témoignage, pour être reçu par les hommes qui n’ont pas vu ni entendu ce Verbe de vie, a besoin d’un témoignage nouveau. Or, ce témoignage nouveau, ce sont les Martyrs qui le donneront ; et ce ne sera pas simplement par la confession de leur bouche, mais par l’effusion de leur sang qu’ils le rendront. L’Église s’élèvera donc par la Parole et le Sang de Jésus-Christ ; mais elle se soutiendra, elle traversera les âges, elle triomphera de tous les obstacles par le sang des Martyrs, membres du Christ ; et ce sang se mêlera avec celui de leur Chef divin, dans un même Sacrifice.

    Les Martyrs auront toute ressemblance avec leur Roi suprême. Ils seront, comme il l’a dit, « semblables à des agneaux au milieu des loups ». (MATTH. X, 16.) Le monde sera fort contre eux ; devant lui, ils seront faibles et désarmés ; mais, dans cette lutte inégale, la victoire des Martyrs n’en sera que plus éclatante et plus divine. L’ Apôtre nous dit que le Christ crucifié est la force et la sagesse de Dieu (I Cor. I, 24) ; les Martyrs immolés, et cependant conquérants du monde, attesteront, d’un témoignage que le monde même comprendra, que le Christ qu’ils ont confessé, et qui leur a donné la constance et la victoire, est véritablement la force et la sagesse de Dieu. Il est donc juste qu’ils soient associés à tous les triomphes de l’Homme-Dieu, et que le cycle liturgique les glorifie, comme l’Église elle-même les honore en plaçant sous la pierre de l’autel leurs sacrés ossements, en sorte que le Sacrifice de leur Chef triomphant ne soit jamais célébré sans qu’ils soient offerts avec lui dans l’unité de son Corps mystique.

    Or, la liste glorieuse des Martyrs du Fils de Dieu commence à saint Étienne ; il y brille par son beau nom qui signifie le Couronné, présage divin de sa victoire. Il commande, sous le Christ, cette blanche armée que chante l’Église, ayant été appelé le premier, avant les Apôtres eux-mêmes, et ayant répondu dignement à l’honneur de l’appel. Étienne a rendu un fort et courageux témoignage à la divinité de l’Emmanuel, en présence de la Synagogue des Juifs ; il a irrité leurs oreilles incrédules, en proclamant la vérité ; et bientôt une grêle de pierres meurtrières a été lancée contre lui par les ennemis de Dieu, devenus les siens. Il a reçu cet affront, debout, sans faiblir ; on eût dit, suivant la belle expression de saint Grégoire de Nysse, qu’une neige douce et silencieuse tombait sur lui à flocons légers, ou encore qu’une pluie de roses descendait mollement sur sa tête. Mais, à travers ces pierres qui se choquaient entre elles en lui apportant la mort, une clarté divine arrivait jusqu’à lui : Jésus, pour qui il mourait, se manifestait à ses regards ; et un dernier témoignage à la divinité de l’Emmanuel s’échappait avec force de la bouche du Martyr. Bientôt, à l’exemple de ce divin Maître, pour rendre son sacrifice complet, le Martyr répand sa dernière prière pour ses bourreaux ; il fléchit les genoux et demande que le péché ne leur soit pas imputé. Ainsi tout est consommé ; et le type du Martyre est montré à la terre pour être imité et suivi dans toutes les générations, jusqu’à la consommation des siècles, jusqu’au dernier complément du nombre des Martyrs. Étienne s’endort dans le Seigneur, et il est enseveli dans la paix, in pace, jusqu’à ce que sa tombe sacrée soit retrouvée, et que sa gloire se répande de nouveau dans toute l’Église, par cette miraculeuse Invention, comme par une résurrection anticipée.

    Étienne a donc mérité de faire la garde auprès du berceau de son Roi, comme le chef des vaillants champions de la divinité du céleste Enfant que nous adorons. Prions-le,avec l’Église, de nous faciliter l’approche de l’humble couche où repose notre souverain Seigneur. Demandons-lui de nous initier aux mystères de cette divine Enfance que nous devons tous connaître et imiter dans le Christ. Dans la simplicité de la crèche, il n’a point compté le nombre de ses ennemis, il n’a point tremblé en présence de leur rage, il n’a point fui leurs coups, il n’a point imposé silence à sa bouche, il a pardonné à leur fureur ; et sa dernière prière a été pour eux. O fidèle imitateur de l’Enfant de Bethléem ! Jésus, en effet, n’a point foudroyé les habitants de cette cité qui refusa un asile à la Vierge-Mère, au moment où elle allait enfanter le Fils de David. Il dédaignera d’arrêter la fureur d’Hérode qui bientôt le cherchera pour le faire périr ; il aimera mieux fuir en Égypte, comme un proscrit, devant la face de ce tyran vulgaire ; et c’est à travers toutes ces faiblesses apparentes qu’il montrera sa divinité, et que le Dieu-Enfant sera le Dieu-Fort. Hérode passera, et sa tyrannie ; le Christ demeurera, plus grand dans sa crèche où il fait trembler un roi, que ce prince sous sa pourpre tributaire des Romains ; plus grand que César-Auguste lui-même, dont l’empire colossal a pour destinée de servir d’escabeau à l’Église que vient établir cet Enfant si humblement inscrit sur les rôles de la ville de Bethléem.

 

    A LA MESSE.

    La sainte Église débute par les paroles du saint Martyr qui, empruntant le langage de David, rappelle le conseil tenu contre lui par les méchants, et l’humble confiance qui Ta fait triompher de leurs persécutions. Depuis l’effusion du sang d’Abel jusqu’aux futurs Martyrs que doit immoler l’Antéchrist, l’Église est toujours persécutée ; son sang ne cesse de couler dans une contrée ou dans une autre ; mais son refuge est dans sa fidélité à son Époux, et dans la simplicité que l’Enfant de la Crèche est venu lui enseigner par son exemple.

    INTROÏT.

Sederunt principes,et adversum me loquebantur; et iniqui persecuti sunt me; adjuva me, Domine Deus meus, quia servus tuus exercebatur in tuis justificationibus.
Ps. Beati immaculati in via, qui ambulant in lege Domini. V. Gloria Patri. Sederunt. 

 

    Les princes se sont assis, et ils ont prononcé contre moi, et les méchants m’ont persécuté ; secourez-moi, Seigneur mon Dieu ; car votre serviteur s’est exercé dans la pratique de votre loi.

    Ps. Heureux ceux qui sont purs dans la voie, qui marchent dans la loi du Seigneur. Gloire au Père. Les princes.

 

    Dans la Collecte, l’Église demande, pour elle-même et pour ses enfants, cette force divine qui produit dans les saints Martyrs le pardon des injures, et met le sceau à leur témoignage et à leur ressemblance avec le Sauveur. Elle glorifie saint Étienne, qui en a donné le premier exemple sous la loi nouvelle.

    COLLECTE.

Da nobis, quaesumus, Domine, imitari quod colimus: ut discamus et inimicos diligere; quia ejus natalitia celebramus, qui novit etiam pro persecutoribus exorare Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum. Qui tecum. 

    ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, d’imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer même nos ennemis ; puisque nous célébrons la fête de celui qui sut aussi implorer pour ses persécuteurs Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit et règne, etc.

 

    Mémoire de Noël.    

Oremus.
Concede, quaesumus, omnipotens Deus: ut nos Unigeniti tui nova per carnem nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet. Per eumdem.

PRIONS.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

    EPITRE.

Lectio Actuum Apostolorum. Cap. VI. et VII.

In diebus illis, Stephanus, plenus gratia et fortitudine, faciebat prodigia et signa magna in populo. Surrexerunt autem quidam de synagoga, quae appellatur Libertinorum. et Cyrenensium, et Alexandrinorum, et eorum qui erant a Cilicia et Asia, disputantes cum Stephano, et non poterant resistere sapientiae, et Spiritui qui loquebatur. Audientes autem haec, dissecabantur cordibus suis, et stridebant dentibus in eum. Cum autem esset Stephanus plenus Spiritu Sancto, intendens in coelum, vidit gloriam Dei et Jesum stantem a dextris Dei. Et ait: Ecce video coelos apertos, et Filium hominis stantem a dextris Dei. Exclamantes autem voce magna continuerunt aures suas, et impetum fecerunt unanimiter in eum. Et ejicientes eum extra civitatem, lapidabant. Et testes deposuerunt vestimenta sua secus pedes adolescentis, qui vocabatur Saulus. Et lapidabant Stephanum invocantem, et dicentem: Domine Jesu, suscipe spiritum meum. Positis autem genibus, clamavit voce magna, dicens: Domine, ne statuas illis hoc peccatum. Et cum hoc dixisset, obdormivit in Domino. 

 

    Lecture des Actes des Apôtres. Chap. VI et VII.

    En ces jours-là, Étienne, plein de grâce et de force, faisait des prodiges et de grands miracles parmi le peuple. Or, quelques-uns de la synagogue qui est appelée des Affranchis, et de celle des Cyrénéens, des Alexandrins, des gens de la Cilicie et de l’Asie, s’élevèrent contre Étienne, et disputèrent avec lui ; et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l’Esprit qui parlait en lui. Ayant entendu son discours, leurs cœurs furent déchirés par la rage, et ils grinçaient des dents contre lui. Mais Étienne étant rempli du Saint-Esprit, et levant les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus se tenant debout à la droite du Dieu tout-puissant, et il dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’Homme debout à la droite du Dieu tout-puissant. » Mais ils poussèrent tous de grands cris, et se bouchant les oreilles, ils se jetèrent tous ensemble sur lui. Et l’ayant entraîné hors de la ville, ils le lapidaient. Et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul. Et ils lapidèrent Étienne, qui priait et disait : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. » S’étant mis à genoux,il cria d’une voix haute et dit : « Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. » Et ayant dit cela, il s’endormit dans le Seigneur.

 

    Ainsi, ô glorieux Prince des Martyrs, vous fûtes conduit hors des portes de la ville pour être immolé, et vous fûtes mis à mort par le supplice des blasphémateurs. Le disciple devait être en tout semblable au Maître. Mais ni l’ignominie de cette mort, ni la cruauté du supplice n’épouvantèrent votre grande âme : vous portiez le Christ dans votre cœur, et avec lui vous étiez plus fort que tous vos ennemis. Mais quelle fut votre joie, lorsque les cieux s’étant ouverts au-dessus de votre tête, ce Dieu Sauveur vous apparut dans sa chair glorifiée se tenant debout à la droite de Dieu, lorsque les yeux de ce divin Emmanuel rencontrèrent les vôtres ! Ce regard d’un Dieu sur sa créature qui va souffrir pour lui, de la créature vers le Dieu pour qui elle s’immole, vous ravit hors de vous-même. En vain les pierres cruelles pleuvaient sur votre tête innocente : rien ne put vous distraire de la vue de ce Roi éternel qui, pour vous, se levait de son trône, et qui venait à vous, portant cette Couronne qu’il vous avait tressée de toute éternité, et que vous obteniez à cette heure. Demandez, dans la gloire où vous régnez aujourd’hui, que nous aussi soyons fidèles, et fidèles jusqu’à la mort, à ce Christ qui ne s’est pas seulement levé pour nous, mais qui est descendu jusqu’à nous sous la forme de l’enfance.

    GRADUEL.

Sederunt principes, et adversum me loquebantur: et iniqui persecuti sunt me.
V. Adjuva me, Domine Deus meus; salvum me fac propter misericordiam tuam. Alleluia, alleluia.
V. Video coelos apertos, et Jesum stantem a dextris virtutis Dei. Alleluia.

 

    Les princes se sont assis, et ils ont prononcé contre moi, et les méchants m’ont persécuté.

    V/. Secourez-moi, Seigneur mon Dieu ; sauvez-moi par votre miséricorde.     Alleluia, alleluia.

    V/. Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’Homme debout à la droite du Dieu tout-puissant. Alleluia.

    

Évangile.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XXIII.

In illo tempore: dicebat Jesus scribis et Pharisaeis: Ecce ego mitto ad vos Prophetas, et sapientes, et scribas; et ex illis occidetis, et crucifigetis, et ex eis flagellabitis in synagogis vestris, et persequemini de civitate in civitatem: ut veniat super vos omnis sanguis Justus, qui effusus est super terram, a sanguine Abel justi usque ad sanguinem Zachariae, filii Barachiae, quem occidistis inter templum et altare. Amen dico vobis, venient haec omnia super generationem istam. Jerusalem, Jerusalem, quae occidis Prophetas, et lapidas eos qui ad te missi sunt, quoties volui congregare filios tuos, quemadmodum gallina congregat pullos suos sub alas, et noluisti! Ecce relinquetur vobis domus vestra deserta. Dico enim vobis, non me videbitis amodo, donec dicatis: Benedictus qui venit in nomine Domini.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XXIII.

    En ce temps-là, Jésus disait aux Scribes et aux Pharisiens : Voici que je vais vous envoyer des Prophètes, des Sages et des Docteurs, et vous tuerez les uns, vous crucifierez les autres ; vous en fouetterez plusieurs dans vos synagogues, et vous les poursuivrez de ville en ville ; afin que tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, retombe sur vous, depuis le sang d’Abel le Juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel. En vérité, je vous le dis, toutes ces choses viendront fondre sur cette génération. Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les Prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! Voici que votre demeure va être déserte et abandonnée. Car, je vous le déclare, vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur !

 

    Les Martyrs sont donnés au monde pour continuer sur la terre le ministère du Christ, en rendant témoignage à sa parole, et en scellant de leur sang ce témoignage. Le monde les a méconnus ; comme leur Maître, ils ont lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne les ont point compris. Cependant, plusieurs ont reçu leur témoignage, et ont germé à la foi, sur cette féconde semence. La Synagogue a été rejetée pour avoir versé le sang d’Étienne, après celui du Christ ; malheur donc à quiconque méconnaît le mérite des Martyrs ! Recueillons plutôt les hautes leçons que nous donne leur sacrifice ; et que notre religion envers eux témoigne de notre reconnaissance pour le sublime ministère qu’ils ont rempli et qu’ils remplissent tous les jours dans l’Église. L’Église, en effet, n’est jamais sans Martyrs, comme elle n’est jamais sans miracles ; c’est le double témoignage qu’elle rendra jusqu’à la fin des siècles, et par lequel se manifeste la vie divine que son auteur a déposée en elle.

    Pendant l’Offrande, la sainte Église rappelle les mérites et la mort sublime d’Étienne, pour montrer que le sacrifice du saint Diacre s’unit à celui de Jésus-Christ lui-même.

 

    OFFERTOIRE.

Elegerant Apostoli Stephanum Levitam, plenum fide et Spiritu Sancto; quem lapidaverunt Judaei orantem, et dicentem: Domine Jesu, accipe spiritum meum. Alleluia. 

    Les Apôtres élurent pour diacre Étienne, plein de foi et du Saint-Esprit ; les Juifs le lapidèrent pendant qu’il priait et disait : Seigneur Jésus, recevez mon esprit. Alleluia.

 

    SECRETE.

Suscipe, Domine, munera pro tuorum commemoratione Sanctorum; ut sicut illos passio gloriosos effecit,  ita nos devotio reddat innocuos. Per Dominum.

    Recevez, Seigneur, les offrandes que nous vous faisons en l’honneur de vos Saints ; afin que comme leur Passion les a rendus glorieux, ainsi notre piété envers eux nous rende l’innocence. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Mémoire de Noël.

Oblata, Domine, munera,  nova Unigeniti tui nativitate sanctifica, nosque a peccatorum nostrorum maculis emunda. Per eumdem.

    Sanctifiez, Seigneur, par la nouvelle naissance de votre Fils unique, ces dons que nous vous offrons, et purifiez-nous des taches de nos péchés. Parle même Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Unie à son divin Époux par la sainte Communion, l’Église voit aussi les cieux ouverts, et Jésus debout à la droite de Dieu. Elle envoie à ce Verbe incarné tous les sentiments de son amour, et puise dans la nourriture céleste cette mansuétude qui lui fait supporter les outrages de ses ennemis, pour les gagner tous à la foi et à la charité de Jésus-Christ. C’est dans la participation à cet aliment céleste qu’Étienne avait puisé la force surhumaine qui lui mérita la victoire et la couronne.

 

    COMMUNION.

    Video coelos apertos, et Jesum stantem a dextris virtutis Dei: Domine Jesu, accipe spiritum meum, et ne statuas illis hoc peccatum. 

Je vois les cieux ouverts, et Jésus debout à la droite du Dieu tout-puissant. Seigneur Jésus ! recevez mon esprit, et ne leur imputez pas ce péché.

 

    POSTCOMMUNION.

Auxilientur nobis, Do mine, sumpta mysteria: et intercedente beato Stephano, Martyre tuo, sempiterna protectione confirment. Per Dominum.

    Faites, Seigneur, que les Mystères que nous venons de recevoir soient pour nous un secours, et que, par l’intercession du bienheureux Étienne, votre Martyr, nous en recevions une continuelle protection. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Mémoire de Noël.

Praesta, quaesumus, omnipotens Deus; ut natus hodie Salvator mundi, sicut divinae nobis generationis est auctor, ita et immortalitatis sit ipse largitor. Qui tecum. 

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant , que le Sauveur du monde, qui naît aujourd’hui, de même qu’il est en nous l’auteur d’une naissance divine, nous accorde aussi le don de l’immortalité ; lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous.

 

    A VEPRES.

 

    La solennité de l’Octave de Noël dont nous a, en quelque manière, distrait la fête de saint Étienne, reparaît aux Vêpres dans toute sa splendeur. L’Église y chante les Psaumes du jour de Noël, avec leurs Antiennes, et ne recommence à s’occuper du saint Martyr qu’à partir du Capitule. Elle observe cet usage à toutes les autres fêtes qui se rencontrent pendant l’Octave.

    Les Psaumes et Antiennes se trouvent ci-dessus, page 127.

    

    CAPITULE. (Act. VI.)

Stephanus autem plenus gratia et fortitudine faciebat prodigia, et signa magna in populo.

    Plein de grâce et de force, Étienne faisait des prodiges et de grands miracles au milieu du peuple.

    HYMNE.

Deus tuorum militum
Sors, et corona, praemium,
Laudes canentes Martyris
Absolve nexu criminis.

Hic nempe mundi gaudia,
Et blanda fraudum pabula,
Imbuta felle deputans,
Pervenit ad coelestia. 

Poenas cucurrit fortiter,
Et sustulit viriliter,
Fundensque pro te sanguinem
Aeterna dona possidet.

Ob hoc precatu supplici
Te poscimus, Piissime,
In hoc triumpho Martyris,
Dimitte noxam servulis. 

Jesu tibi sit gloria,
Qui natus es de Virgine,
Cum Patre et almo Spiritu,
In sempiterna saecula.
Amen.

V. Stephanus vidit coelos apertos.
R. Vidit et introivit; beatus homo cui coeli patebant. 

 

    O Dieu ! le partage, la couronne et la récompense de vos soldats, délivrez des liens de leurs péchés ceux qui chantent les louanges de votre Martyr.

    Les joies du monde et ses perfides caresses, il les a jugées vaines, et il est arrivé au séjour céleste.

    Il a couru intrépidement au supplice ; il l’a supporté avec courage , et par son sang versé pour vous, il possède les biens éternels.

    C’est pourquoi d’une humble prière nous vous supplions, ô Dieu très clément ! en ce jour du triomphe de votre Martyr, remettez les offenses de vos serviteurs.

    A vous soit la gloire, ô Jésus ! qui êtes né de la Vierge : gloire au Père et à l’Esprit divin dans les siècles éternels.

    Amen.

    V/. Étienne vit les cieux ouverts :

    R/. Il les vit et il y entra : heureux mortel pour qui s’ouvraient les cieux.

 

Ant. Sepelierunt Stephanum viri timorati, et fecerunt planctum magnum super eum. 

    Ant. Des hommes craignant Dieu ensevelirent Étienne, et firent ses funérailles avec un grand deuil.    

Oremus.
Da nobis, quaesumus, Domine, imitari quod colimus: ut discamus et inimicos diligere; quia ejus natalitia celebramus, qui novit etiam pro persecutoribus exorare Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum. Qui tecum.

PRIONS

    ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, d’imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer nos ennemis ; puisque nous célébrons la naissance de celui qui sut aussi implorer pour ses persécuteurs Jésus-Christ, notre Seigneur, votre Fils.

 

    Mémoire de saint Jean L ‘Évangéliste.

Ant. Iste est Joannes, qui supra pectus Domini in coena recubuit: beatus Apostolus, cui revelata sunt secreta coelestia.

V. Valde honorandus est beatus Joannes.
R. Qui, supra pectus Domini in coena recubuit.

Oremus.
Ecclesiam tuam, Domine, benignus illustra, ut beati Joannis Apostoli tui et Evangelistae illuminata doctrinis, ad dona perveniat sempiterna.

 

    Ant. Celui-ci est Jean, qui, durant la Cène, reposa sur la poitrine du Seigneur. Heureux Apôtre à qui furent révélés les secrets célestes !

    V/. Il est vraiment digne d’honneur, le bienheureux Jean,

    R/. Qui, durant la Cène, reposa sur la poitrine du Seigneur.

PRIONS.

    Daignez, Seigneur, dans votre bonté, répandre la lumière sur votre Église,afin que, étant illuminée par les enseignements du bienheureux Jean, votre Apôtre et Évangéliste, elle parvienne à la possession des dons éternels.

 

    Mémoire de Noël.

Ant. Hodie Christus natus est; hodie Salvator apparuit; hodie in terra canunt Angeli laetantur Archangeli: hodie exsultant justi, dicentes: Gloria in excelsis Deo, alleluia.

V. Notum fecit Dominus, alleluia.
R. Salutare suum, alleluia. 

Oremus.
Concede, quaesumus, omnipotens Deus, ut nos Unigeniti tui nova per carnem nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet. Per eumdem.

 

    Ant. Aujourd’hui est né le Christ ; aujourd’hui le Sauveur a apparu ; aujourd’hui, sur la terre, chantent les Anges, se réjouissent les Archanges ; aujourd’hui les justes tressaillent et répètent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, alleluia.

    V/. Le Seigneur a manifesté, alleluia.

    R/. Le Sauveur qu’il avait promis, alleluia.

PRIONS

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant , que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    A la gloire du premier des Martyrs, nous donnerons ici quelques-uns des chants que la Liturgie des diverses Églises consacre à célébrer ses mérites. Nous commencerons par une Hymne empruntée au Bréviaire de l’Église de Milan.

    HYMNE.

Stephano primo Martyri
Cantemus novum canticum,
quod dulce sit psallentibus,
Opem ferat credentibus.

Psallamus hoc discipuli,
Laudem dicamus Martyri,
Qui primus, post Redemptorem,
Christi secutus est crucem.

Hic enim per Apostolos
Probatus in laudem Dei,
Vexilla mortis rapuit.
Ut praeferretur omnibus.

O praeferenda gloria!
O beata victoria!
Hoc meruisse Stephanum
Ut sequeretur Dominum.

Ipse martyr egregius,
Amore Christi praedicans,
Sancto repletus Spiritu,
Vultum gerens Angelicum.

Ille levatis oculis,
Vidit Patrem cum Filio,
Monstrans in coelis vivere,
Quem plebs quaerebat perdere.

Judaei magis saeviunt,
Saxaque prensant manibus,
Currebant, ut occiderent
Sacratum Christi militem.

Iste paratus vertice,
Gaudens suscepit lapides,
Rogans pro eis Dominum,
Gaudens tradidit spiritum.

Gloria tibi, Domine,
Gloria Unigenito,
Una cum Sancto Spiritu,
In sempiterna saecula.
Amen.

 

    A Étienne , le premier Martyr, chantons un cantique nouveau ; qu’il soit doux dans son harmonie ; qu’il soit salutaire aux croyants.

    Chantons-le, disciples de la foi ; redisons la louange du Martyr, qui, le premier après son Rédempteur, n’a pas craint d’embrasser la croix.

    Éprouvé dans le service de Dieu par les Apôtres eux-mêmes, il a porté l’étendard du martyre, il a été préféré à tous.

    O glorieuse préférence ! ô bienheureuse victoire ! Étienne a mérité de suivre le Seigneur.

    Martyr plein de vaillance, il prêche le Christ avec amour ; il est rempli de l’Esprit Saint ; son visage est le visage d’un Ange.

    Il a levé les yeux : il a vu le Père avec le Fils ; il a fait voir vivant au ciel Celui que son peuple avait voulu faire périr.

    La fureur des Juifs redouble ; ils arment de pierres leurs mains ; ils courent, pour mettre à mort le pieux soldat du Christ.

    Sa tête est prête, et avec joie, il reçoit cette grêle de pierres ; il prie le Seigneur pour ses bourreaux ; d’un cœur joyeux, il rend son âme.

    Gloire à vous, Seigneur ; gloire à votre Fils unique ; avec le Saint-Esprit, dans les siècles éternels.

    Amen.

    Le Sacramentaire Gallican, à la fête de saint Étienne, glorifiait Dieu en ces termes, pour les mérites qu’il a daigné conférer au premier des Martyrs :

    (Missa S. Stefani.)

Deus omnipotens, qui Ecclesiae tuae sanctum Stephanum martyrem primum messis tuae manipulum dedisti, et primitivam oblationem novellae confessionis ostendisti praeconem, quod fructus maturescentes exhibuit; praesta universo coetui, intercessione martyris meriti, ut Ecclesiam tuam juvet suffragio, quam ornavit ministerio. 

 

    Dieu tout-puissant, qui avez donné à votre Église le Martyr saint Étienne comme la première gerbe de votre moisson, et qui avez fait de cette offrande primitive d’un fruit si promptement mûr, le prédicateur de votre doctrine nouvellement promulguée ; accordez à l’assemblée des fidèles, et aux prières d’un martyr si rempli de mérites, que par ses suffrages Étienne protège votre Église , qu’il a honorée par son ministère.

 

    L’Église Gothique d’Espagne consacre à saint Étienne ces magnifiques éloges, dans son Missel Mozarabe :

    (In natali S. Stephani, Contestatio.)

Dignum et justum est; aequum et justum est: te laudare, teque benedicere, tibi gratias agere, omnipotens sempiterne Deus, qui gloriaris in conventu Sanctorum tuorum; quos ante mundi constitutionem praeelectos spirituali in coelestibus benedictione signasti: quosque Unigenito tuo per adsumptionem carnis, et crucis redemptionem sociasti. In quibus Spiritum tuum Sanctum regnare fecisti; per quem ad felicis martyrii gloriam pietatis tuae favore venerunt. Digne igitur tibi, Domine virtutum, festa solemnitas agitur; tibi haec dies sacrata celebratur; qua beati Stephani primi martyris tui sanguis in tuae veritatis testimonio profusus, magnificum nominis tui honorem signavit. Hic est enim illius Nominis primus Confessor, quod est supra omne nomen: in quo unicum salutis nostrae praesidium. Pater aeterne, posuisti. Hic in Ecclesia tua quam splendidum ad cunctorum animos confirmandos, unicae laudis praecessit exemplum! Hic post passionem Domini nostri Jesu Christi, victoriae palmam primus invasit. Hic ut levitico ministerio per Spiritum Sanctum ab Apostolis consecratus est; niveo candore confestim emicuit, martyrii cruore purpureus. O benedictum Abrahae semen, Apostolicae doctrinae, et dominicae crucis prior omnium factus imitator et testis! Merito coelos apertos vidit et Jesum stantem ad dexteram Dei. Digne igitur et juste talem sub tui nominis confessione laudamus, omnipotens Deus; quem ad tantam gloriam vocare dignatus es. Suffragia ejus nobis pro tua pietate concede. Talis pro hac plebe precetur; qualem illum post trophaea venientem exsultans Christus excepit. Illi pro nobis oculi sublimentur; qui adhuc in hoc mortis corpore constituti, stantem ad dexteram Patris Filium Dei in ipsa passionis hora viderunt. Hic pro nobis obtineat, qui pro persecutoribus suis dum lapidaretur, orabat ad te, sancte Deus, Pater omnipotens, per Dominum Jesum Christum Filium tuum, qui pro peccatis nostris nasci carne per Virginem, et pati dignatus est mortem: ut martyres suos suo pati doceret exemplo. Cum merito omnes Angeli atque Archangeli sine cessatione proclamant, dicentes: Sanctus, Sanctus, Sanctus.

 

    Il est digne et juste de vous louer, de vous bénir, de vous rendre grâces, Dieu tout-puissant et éternel, qui vous glorifiez dans l’assemblée de vos Saints. Vous les avez élus dès avant la création du monde, vous les avez marqués pour le ciel d’une bénédiction spirituelle, et vous les avez associés à votre Fils unique par l’Incarnation et par la rédemption de la croix. Vous avez fait régner en eux votre Esprit Saint, et par lui, votre miséricorde les favorisant, ils sont parvenus à la gloire d’un heureux martyre. C’est donc avec raison, ô Seigneur des armées, que cette solennité vous est consacrée ; que nous fêtons, pour votre gloire, ce jour sacré, que le sang du bienheureux Étienne, votre premier martyr, répandu pour le témoignage de votre vérité, a marqué magnifiquement pour la gloire de votre Nom. En effet, il est le premier Confesseur de ce Nom qui est au-dessus de tout nom, et dans lequel, ô Père éternel, vous avez placé l’unique secours de notre salut. Dans votre Église, quel exemple éclatant et glorieux il a laissé pour raffermir les cœurs ! Le premier, après la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, il a saisi Ta palme de la victoire. Consacré, par l’Esprit Saint et le choix des Apôtres, au ministère lévitique, il a éclaté aussitôt par une pureté semblable à celle de la neige, et par la pourpre sanglante du martyre. O rejeton béni d’Abraham ! premier imitateur et témoin de la croix du Seigneur ! il a mérité de voir les cieux ouverts, et Jésus assis à la droite de Dieu. C’est avec raison et avec justice que, célébrant votre Nom, ô Dieu tout-puissant, nous honorons celui que vous avez daigné appeler à une si grande gloire. Dans votre miséricorde, faites-nous jouir de son suffrage. Qu’il prie pour ce peuple, dans cette gloire que le Christ lui a départie, lorsqu’il l’a reçu avec triomphe après son combat victorieux. Que ces yeux s’élèvent pour nous, ces yeux qui, étant encore dans ce corps de mort, à l’heure même de sa passion, ont vu le Fils de Dieu debout à la droite du Père. Qu’il obtienne pour nous vos grâces, celui qui, pendant qu’on le lapidait, vous implorait, Dieu saint, Père tout-puissant, par Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils, qui a daigné naître de la Vierge, selon la chair, pour nos péchés, et souffrir la mort, afin d’instruire ses martyrs à souffrir par son exemple. A lui tous les Anges et les Archanges chantent sans jamais cesser, disant : Saint ! Saint ! Saint !

 

    Nous entendrons maintenant l’Église Grecque, et nous emprunterons quelques strophes à ses Menées, pour la louange du Protomartyr.

    (XXVI Decembris, in magno Vespertino, et passim.)

Mente illustratus Spiritus gratia, forma velut Angelus videris, Stephane, dato tibi in corpore qui intus erat splendore, et mente tua cernentibus manifestante fulgorem quo fruitus es, luminisque contemplationes, coelis tibi mirabiliter apertis, o martyrum caput et gloria.

Quasi gradus scalae, ad coelestem ingressum tibi fuerunt lapidum flocci, super quos ascendens contemplatus es stantem Dominum ad Patris dexteram, tibi offerentem homonymam coronam sua vivifica dextera, cui vicinus adstas victor gloriosus, athletarumque primitiae.

Signis et miraculis coruscans, coelestibus documentis, impiorum combussisti synedrium, et ab illis necatus lapidibusque obrutus, pro injectantium tu deprecatus es venia, vocem imitatus Salvatoris, in cujus manus commendasti sacratissimum spiritum tuum, Stephane.

Regi et Domino omnium nato in terra Stephanus perlucidus offertur, non pretiosis decoratus gemmis, sed ex proprio sanguine floridus: at, o martyrum amatores, venite, decerptis carminum floribus cingamus sertis tempora, et hymnis alternantes canamus: qui sapientia et charitate coruscas mente, protomartyr Christi Dei, deprecare pro nobis pacem et magnam misericordiam.

Tu ad auxilium Apostolorum Christi digne vocatus es, et ut fidelis diaconus, o vere nominate Stephane, administrasti; tamquam Christus per sanguinem transivisti.

Clarissimus, sicut sol, O Deifer, ad orientem exorsus es, radios emittens confessionis tuae, et magnae fortitudinis atque generosissimae oppugnationis.

Illum qui ex Matre viri-nescia apud nos hospitatus est, martyrum primus, in immutabili Patris divinitate stantem et gloria, in coelis contemplatus es.

Heri apud nos per carnem hospitabatur Dominus, hodie e carne dehospitatur servus; hodie lapidatur famulus, et ideo perficitur Protomartyr divinusque Stephanus.

Stella fulgida hodie in Christi nativitate resplenduit Protomartyr Stephanus, omnes mundi fines suis illuminans fulgoribus; at Judaeorum omnem extinxit impietatem, sapientiae verbis illos animadvertens et de Scripturis disserens; illisque suadens natum ex Virgine Jesum ipsum Dei esse Filium: illorum impiam confundit malitiam Protomartyr et divinus Stephanus.

Laudum, Stephane, omnem superasti modum, et fers ineffabiliter et sine dolo tuas victorias palmas; non enim potest mens mortalis tuis dignam praeconiis coronam intexere.

Primus in diaconis et primus in martyribus demonstratus est sanctissime Stephane; iter enim fuisti Sanctis, et multos ad Dominum perduxisti martyres; ideo coelum tibi apertum est, et Deus tibi apparuit: ipsum deprecare salvare animas nostras.

 

    Tu as paru tout rayonnant dans ton âme de la grâce de l’Esprit, et, dans ton visage, pareil à un Ange, ô Étienne ! La splendeur qui t’illuminait au dedans rejaillit sur ton corps, et ton âme laissa échapper aux regards l’éclat dont tu fus frappé, et les reflets de tes contemplations lumineuses, quand les cieux te furent ouverts, ô chef glorieux des martyrs !

    Ces pierres lancées sur toi comme les flocons de la neige, te servirent de degrés, et comme d’échelle pour monter aux parvis célestes ; t’élevant sur leur amas glorieux, tu as contemplé le Seigneur assis à la droite du Père, t’offrant de sa vivifiante droite la couronne que ton nom présageait ; près de lui, tu assistes maintenant en vainqueur glorieux, prémices des athlètes.

    Illustre en prodiges et en miracles, et en la céleste doctrine, tu as livré aux flammes la chaire des impies ; par eux mis à mort et accablé de pierres, tu as demandé grâce pour tes bourreaux : imitant même par tes paroles celles du Sauveur, entre les mains duquel tu as remis ton âme très sacrée, ô Étienne !

    Le glorieux Étienne est présenté, en ce jour, au Seigneur Roi nouveau-né ; il n’est pas resplendissant de joyaux, mais tout fleuri par l’éclat de son sang. O amis des martyrs ! venez, cueillons des fleurs, couronnons nos fronts et chantons tour à tour : Toi qui brilles en ton âme par l’éclat de la sagesse et delà charité, ô premier martyr du Christ Dieu ! demande pour nous la paix et une grande miséricorde.

    Tu as dignement été appelé en aide aux apôtres du Christ, et tu as administré en diacre fidèle, ô Étienne, vraiment digne de ton nom ! Comme le Christ , tu as passé à travers le sang.

    Aussi brillant que le soleil, ô homme portant Dieu ! tu t’es levé à l’orient, lançant de toutes parts les rayons de ton témoignage, de ton grand courage et de ta résistance généreuse.

    Celui qui, né d’une Vierge-Mère, est venu habiter parmi nous, le premier des martyrs l’a contemplé dans les cieux, debout dans l’immuable divinité et dans la gloire du Père.

    Hier, le Seigneur, revêtu de notre chair, est venu habiter parmi nous ; aujourd’hui, le serviteur a quitté sa demeure de chair ; aujourd’hui, le serviteur est lapidé, et ainsi achève sa course le Proto-martyr et divin Étienne.

    Une étoile resplendissante a brillé aujourd’hui en la Nativité du Christ ; c’est Étienne, premier martyr, qui illumine de ses clartés la terre entière. Il a éteint toute l’impiété des Juifs, les reprenant par des paroles de sagesse, leur parlant d’après les Écritures, et leur prouvant que Jésus, né d’une Vierge, est le propre Fils de Dieu ; il confond leur sacrilège malice, le Proto-martyr et divin Étienne.

    Tu as dépassé tous termes de louanges, ô Étienne ! et tu portes vraiment et ineffablement tes palmes de victoire ; et aucun esprit mortel ne peut tresser une couronne digne de ta gloire.

    Tu as été le premier entre les diacres, le premier entre les martyrs, ô très saint Étienne ! car tu as ouvert la voie aux saints, et tu as conduit au Seigneur d’innombrables martyrs : c’est pourquoi le ciel t’a été ouvert, et Dieu s’est montré à tes regards ; supplie-le de sauver nos âmes.

 

    Le moyen âge des Églises d’Occident a produit de nombreuses pièces liturgiques, spécialement dans le genre des Proses ou Séquences, à la louange de saint Étienne. Nous en omettrons plusieurs, comme étant moins remarquables ; mais nous donnerons ici celle d’Adam de Saint-Victor. Nous nous faisons toujours un devoir d’honorer les œuvres de ce grand poète liturgique, dont les compositions rehaussèrent, durant tant de siècles, le Missel de l’Église de Paris, et furent si longtemps populaires dans l’Allemagne, l’Angleterre, et généralement dans toutes les Églises du nord de l’Europe.

    SEQUENCE.

    Heri mundus exsultavit,
Et exsultans celebravit
Christi natalitia.

Heri chorus Angelorum
Prosecutus est coelorum
Regem cum laetitia.

Protomartyr et Levita
Clarus fide, clarus vita,
Clarus et miraculis.

Sub hac luce triumphavit
Et triumphans insultavit
Stephanus incredulis.

Fremunt ergo tamquam ferae.
Quia victi defuere
Lucis adversarii.

Falsos testes statuunt,
Et linguas exacuunt
Viperarum filii.

Agonista, nulli cede,
Certa certus de mercede,
Persevera, Stephane.

Insta falsis testi bus,
Confuta sermonibus
Synagogam Satanae.

Testis tuus est in coelis,
Testis verax et fidelis,
Testis innocentiae.

Nomen habes Coronati: 
Te tormenta decet pati 
Pro corona gloriae.

Pro corona non marcenti
Perfer brevis vim tormenti:
Te manet victoria.

Tibi fiet mors Natalia,
Tibi poena terminalis
Dat vitae primordia.

Plenus Sancto Spiritu,
Penetrat intuitu
Stephanus coelestia.

Videns Dei gloriam,
Crescit ad victoriam,
Suspirat ad praemia.

En a dextris Dei stantem
Jesum pro te dimicantem,
Stephane, considera.

Tibi coelos reserari,
Tibi Christum revelari,
Clama, voce libera.

Se commendat Salvatori
Pro quo dulce ducit mori.
Sub ipsis lapidibus.

Saulus servat omnium
Vestes lapidantium,
Lapidans in omnibus.

            His a quibus lapidatur,

Genu ponit et precatur
Condolens insaniae.

In Christo sic obdormivit,
Qui Christo sic obedivit!
Et cum Christo semper vivit
Martyrum primitiae.

Quod sex suscitaverit
Mortuos in Africa,
Augustinus asserit,
Fama refert publica.

Hujus, Dei gratia,
Revelato corpore,
Mundo datur pluvia
Siccitatis tempore.

Solo fugat hic odore
Morbos et daemonia,
Laude dignus et honore
Jugique memoria.

Martyr, cujus est jucundum
Nomen in Ecclesia,
Languescentem fove mundum
Coelesti fragrantia.
Amen.

 

Hier a tressailli le monde, et son allégresse fêtait la Nativité du Christ.

    Hier un chœur d’Anges se pressait autour du Roi des Cieux, en grande liesse.

    Voici le Protomartyr et Lévite, fameux par sa foi, par sa vie fameux, fameux aussi par ses miracles.

    En ce jour Étienne a triomphé , et dans son triomphe, il a bravé les Juifs incrédules.

    Ils frémissent d’une fureur sauvage ; car ils sont vaincus, ils défaillent, les ennemis de la Lumière.

    Ils produisent de faux témoins ; ils aiguisent leur langue, ces fils de vipères.

    Ne cède pas, ô athlète ! combats, sûr de la récompense : ô Étienne, persévère.

    Résiste aux faux témoins ; confonds, par tes discours, la Synagogue de Satan.

    Ton témoin est au ciel, témoin véritable et fidèle, témoin de ton innocence.

    Tu portes le nom de Couronné : il te faut, par les tourments, mériter la couronne de gloire.

    Pour une couronne inflétrissable, supporte le supplice d’un moment ; la victoire t’attend.

    La mort te sera une Naissance ; ton dernier tourment sera pour toi le premier instant d’une vie nouvelle.

    Rempli de l’Esprit Saint, Étienne, par son regard, pénètre les régions célestes.

    Il voit la gloire de Dieu, il s’élance à la victoire, il aspire à la récompense.

    Considère , debout à la droite de Dieu, Jésus qui combat pour toi, ô Étienne !

    Pour toi les cieux s’ouvrent, à toi le Christ se révèle : publie-le d’une voix intrépide.

    Il se recommande au Sauveur, pour qui la mort lui paraît douce, jusque sous les pierres qui fondent sur lui.

    Saul garde les vêtements des bourreaux ; il lapide Étienne parla main de tous.

    Que le péché ne soit pas imputé à ceux qui le lapident ; Étienne, à genoux, le demande , compatissant à leur fureur aveugle.

    Ainsi il s’endormit dans le Christ, ainsi il fut fidèle au Christ, et avec le Christ il vit à jamais, celui qui est appelé les prémices des Martyrs.

    Par lui six morts ressuscitèrent, aux plages africaines ; Augustin l’atteste ; la renommée l’a répété.

    Dieu veut, dans sa miséricorde, que ses ossements soient révélés ; une pluie alors se répand sur le monde tourmenté par la sécheresse.

    La seule odeur de ses reliques met en fuite les maladies et les démons ; il est digne de louange et d’honneur, digne d’éternelle mémoire.

    O Martyr, dont le nom est un sujet de joie pour l’Église : par ton céleste parfum, ranime ce monde languissant.

    Amen.

 

    Nous nous unissons à ces éloges que vous envoient tous les siècles chrétiens, ô vous le premier et le prince des Martyrs ! Nous vous félicitons d’avoir été choisi par la sainte Église pour assister, au poste d’honneur, près du berceau du souverain Seigneur de toutes choses. Qu’elle est glorieuse, la confession que vous avez rendue, au milieu des cailloux meurtriers qui brisaient vos membres généreux ! Qu’elle est éclatante, la pourpre qui vous couvre comme un triomphateur ! Qu’elles sont lumineuses, les cicatrices de ces blessures que vous reçûtes pour le Christ ! Qu’elle est nombreuse et brillante, l’armée des Martyrs qui vous suit comme son chef, et qui continue ses glorieux enrôlements jusqu’à la consommation des siècles !

    Dans ces jours de la Naissance de notre commun Sauveur, nous vous prions, ô Étienne, de nous faire pénétrer dans les profondeurs dés mystères du Verbe incarné. Fidèle gardien de sa Crèche, c’est à vous de nous introduire auprès du céleste Enfant qui y repose. Vous avez rendu témoignage à sa divinité et à son humanité ; vous l’avez prêché, cet Homme-Dieu, au milieu des cris furieux de la Synagogue. En vain les Juifs se bouchèrent les oreilles ; il leur fallut entendre votre voix tonnante qui leur dénonçait le déicide qu’ils avaient commis, en mettant à mort Celui qui est tout à la fois le Fils de Marie et le Fils de Dieu. Montrez-le-nous aussi, ce Rédempteur du monde, non point encore triomphant à la droite du Père, mais humble et doux, dans ces premières heures de sa manifestation, enveloppé de langes et couché dans la crèche. Nous voulons aussi lui rendre témoignage, annoncer sa Naissance pleine d’amour et de miséricorde, faire voir par nos œuvres qu’il est né aussi dans nos cœurs. Obtenez-nous ce dévouement à l’Enfant divin, qui vous a rendu fort au jour de l’épreuve. Nous l’aurons, si nous sommes simples et sans crainte, comme vous l’avez été, si nous avons l’amour de cet Enfant ; car l’amour est plus fort que la mort. Qu’il ne nous arrive jamais d’oublier que tout chrétien doit être prêt au martyre, par cela seul qu’il est chrétien. Que la vie du Christ qui commence en nous, s’y développe par notre fidélité et nos œuvres, en sorte que nous arrivions, comme dit l’Apôtre, à la plénitude du Christ. (Ephes. IV, 13.)

    Mais souvenez-vous, ô glorieux Martyr, souvenez-vous de la sainte Église, dans ces contrées où les arrêts du Seigneur exigent qu’elle résiste jusqu’au sang Obtenez que le nombre de vos frères se complète de tous ceux qui sont éprouvés, et que pas un ne défaille dans le combat. Que ni l’âge ni le sexe ne faiblissent, afin que le témoignage soit entier, et que l’Église cueille encore, dans sa vieillesse, les palmes et les couronnes immortelles qui ont honoré ces premières années dont vous fûtes l’ornement. Mais, ô Étienne, priez, afin que le sang des Martyrs soit fécond, comme aux anciens jours ; que la terre ingrate ne l’absorbe pas, mais qu’il lui fasse germer de riches moissons. Que l’infidélité recule de plus en plus ses tristes frontières ; que l’hérésie s’éteigne et cesse de dévorer, comme une lèpre, des membres dont la vigueur ferait la gloire et la consolation de l’Église. Que le Seigneur, touché par vos prières, accorde à nos derniers Martyrs l’accomplissement des espérances qui ont fait battre leur cœur, au moment où ils courbaient la tête sous le glaive, ou rendaient leur âme au milieu des tourments.

 

    Nous ne terminerons pas cette seconde journée de l’Octave de Noël sans nous arrêter auprès du berceau de notre Emmanuel, sans contempler ce divin Fils de Marie. Déjà deux jours se sont écoulés depuis que sa Mère l’a couché dans l’humble crèche ; et ces deux jours valent plus pour le salut du monde que les milliers d’années qui ont précédé la naissance de cet Enfant. L’œuvre de notre rédemption avance, et les vagissements du nouveau-né, ses pleurs commencent à réparer nos crimes. Considérons donc aujourd’hui, dans cette fête du premier des Martyrs , les larmes qui mouillent les joues enfantines de Jésus, et qui sont les premiers indices de ses douleurs. « Il pleure, cet Enfant, dit saint Bernard ; mais non comme les autres enfants, ni pour la même raison. Les enfants des hommes pleurent de besoin et de faiblesse ; Jésus pleure de compassion et d’amour pour nous. » Recueillons chèrement ces larmes d’un Dieu qui s’est fait notre frère, et qui ne pleure que sur nos maux. Apprenons à déplorer le mal du péché qui vient attrister, par les souffrances prématurées du tendre Enfant que le ciel nous envoie, la douce allégresse que sa venue nous a causée.

    Marie aussi voit ces larmes, et son cœur de mère en est troublé. Elle pressent déjà qu’elle a mis au jour un homme de douleurs ; bientôt elle le saura mieux encore. Unissons-nous à elle pour consoler le nouveau-né par l’amour de nos cœurs. C’est le seul bien qu’il soit venu chercher à travers tant d’humiliations ; c’est pour cet amour qu’il est descendu du ciel, qu’il a accompli toutes les merveilles dont nous sommes environnés. Aimons-le donc de toute la plénitude de nos âmes, et prions Marie de lui faire agréer le don de notre cœur. Le Psalmiste a chanté, et il a dit : Le Seigneur est grand et digne de toute louange ; ajoutons avec saint Bernard : Le Seigneur est petit, et digne de tout amour !

    Le pieux et éloquent Père Faber, qui fut aussi un grand poète, a célébré, dans le plus gracieux des Noëls, le mystère de l’Enfant-Jésus sous l’aspect que nous contemplons en ce moment .

Dear Little One ! how sweet Thou art,

    Thine eyes how bright they shine,

    So bright they almost seem to speak

    When Mary’s look meets Thine !

    How faint and feeble is Thy y

    Like plaint of harmless dove,

    When Thou dost murmur in Thy sleep

    Of sorrow and of love.

    When Mary bids Thee sleep Thou sleepst,

    Thou wakest when she calls

    Thou art content upon her lap,

    Or in the rugged stalls.

    Simplest of Babes ! with what a grace

    Thou dost Thy Mother’s will

    Thine infant fashions well betray

         The Godhead’s hidden skill.

    When Joseph takes Thee in his arms,

    And smooths Thy little cheek,

    Thou lookest up into his face

    So helpless and so meek.

    Yes ! Thou art what Thou seemst to be,

    A thing of smiles and tears ;

    Yet Thou art God, and heaven and earth

    Adore Thee with their fears.

    Yes ! dearest Babe ! those tiny hands,

    That play with Mary’s hair,

    The weight of ail the mighty world

    This very moment bear.

    While Thou art clasping Mary’s neck

    In timid tight embrace,

    The boldest Seraphs veil themselves

    Before Thine infant Face.

    When Mary hath appeased Thy thirst,

    And hushed Thy feeble cry,

    The hearts of men lie open still

    Before Thy s’umbering eye.

    Art Thou, weak Babe ! my very God ?

    Oh ! must love Thee then,

    Love Thee, and yearn to spread Thy love

    Among forgetful men.

    O sweet, O wakeful-hearted Child !

    Sleep on, dear Jesus ! sleep ;

    For Thou must one day wake for me

    To suffer and to weep.

    A scourge, a Cross, a cruel Crown

    Have I in store for Thee ;

    Yet why ? one little tear, O Lord !

    Ransom enough would be.

    But no ! death is Thine own sweet will,

    The price decreed above ;

    Thou wilt do more than save our souls,

    For Thou wilt die for love.

 

« Cher petit enfant, s’écrie-t-il, que tu es doux ! De quel éclat brillent tes yeux ! Ils semblent presque parler, quand le regard de Marie rencontre le tien.— Combien faible est ton petit cri ! Semblable au gémissement de l’innocente colombe, est ta plainte de douleur et d’amour, dans ton sommeil. — Quand Marie te dit de dormir, tu dors ; à son appel tu t’éveilles ; content sur ses genoux, content aussi dans la crèche rustique.— O le plus simple des enfants ! avec quelle grâce tu cèdes à la volonté de ta mère ! Tes manières enfantines trahissent la science d’un Dieu qui se cache. Lorsque Joseph te prend dans ses bras, et qu’il caresse tes petites joues, tu le regardes dans les yeux avec ton innocence et ta douceur. — Oui, tu es bien ce que tu parais être : une petite créature de sourires et de pleurs ; et pourtant tu es Dieu, et le ciel et la terre t’adorent en tremblant. — Oui, Enfant chéri, tes petites mains qui se jouent dans les cheveux de Marie, soutiennent au même moment le poids du vaste univers. — Tandis que tu serres le cou de Marie d’une étreinte tendre et timide, les plus fiers Séraphins se voilent devant ta face, ô divin Enfant ! — Quand Marie a étanché ta soif, et calmé tes faibles cris, les cœurs des hommes demeurent encore ouverts devant ton œil endormi. Faible enfant, serais-tu donc mon Dieu lui-même ? Oh ! alors, il faut que je t’aime ; oui, que je t’aime, que j’aspire à étendre ton amour chez les oublieux mortels. Dors, doux Enfant, au cœur vigilant ; dors, Jésus chéri : pour moi un jour tu veilleras ; tu veilleras pour souffrir et pour pleurer. — Des fouets, une croix, une couronne cruelle, c’est ce que pour toi j’ai a en réserve. Et cependant une petite larme, ô Seigneur, serait rançon suffisante. — Mais non ; la mort, c’est le choix de ton cœur ; c’est le prix décrété là-haut. Tu veux faire plus que sauver nos âmes ; c’est par amour que tu veux mourir. »

    

    A ces touchants accents de la piété de notre âge, faisons succéder cette antique Séquence de l’Abbaye de Saint-Gall, composée par le B. Notker. Elle célèbre le combat de l’Emmanuel contre notre ennemi, et sa victoire, qui a été le principe de celle qu’ont remportée Étienne et tous les Martyrs.

    SÉQUENCE.

Eia, recolamus Laudibus piis digna.

Hujus diei carmina, In quo nobis lux oritur Gratissima.

Noctis inter nebulosa, Pereunt nostri criminis Umbracula.

Hodie saeculo Maris Stella Est enixa Novae salutis gaudia.

Quem tremunt barathra, Mors cruenta pavet ipsa, A quo peribit mortua.

Gemet capta Pestis antiqua. Coluber lividus perdit spolia.

Homo lapsus, Ovis obducta, Revocatur ad aeterna Gaudia.

Gaudent in hoc die Agmina Angelorum coelestia,
Quia erat drachma decima Perdita, Et est inventa.

O proles Nimium beata, Qua redempta Est natura.
Deus, qui creavit omnia, Nascitur ex femina.

Mirabilis natura, Mirifice induta, Assumens quod non erat, Manens quod erat.

Induitur natura Divinitas humana: Quis audivit talia, Die, rogo, facta?

Quaerere venerat Pastor pius quod perierat
Induit galeam, Certat ut miles armatura.

Prostratus In sua propria Ruit hostis spicula.

Auferuntur tela In quibus fidebat, Divisa sunt illius spolia, Capta praeda sua.

Christi pugna Fortissima Salus nostra est vera,

Qui nos suam Ad patriam Duxit post victoriam.

In qua sibi laus est Aeterna. Amen.

 

    Oui, reprenons nos cantiques pieux, et qu’ils soient dignes

    De ce jour où sur nous se lève la plus chère lumière.

    Au milieu des ténèbres de la nuit, s’effacent les ombres de nos péchés.

    Aujourd’hui, l’Étoile de la mer enfante au monde les joies d’un salut nouveau :

    Celui qui fait frémir l’enfer qui frappe de terreur l’affreuse mort ; car elle doit périr sous ses coups.

    L’antique peste gémit captive ; le dragon livide a perdu ses dépouilles.

    L’homme tombé, brebis égarée, est ramené aux joies éternelles.

    Jour d’allégresse pour les célestes bataillons des Anges ;

    Car elle était perdue, la dixième drachme, et la voilà retrouvée.

    O heureux Enfant ! qui rachètes la nature humaine !

    Le Dieu qui a tout créé, prend naissance de la femme.

    Sa nature admirable se revêt de chair par un merveilleux prodige ; elle prend ce qu’elle n’était pas ; elle demeure ce qu’elle était.

    La divinité se couvre de la nature humaine ; dites-moi si jamais vous ouïtes un tel prodige.

    Le bon Pasteur venait chercher ce qui avait péri.

    Il prend le casque, il combat armé comme un soldat.

    Terrassé, l’ennemi tombe sur son propre dard.

    On lui arrache ses armes dans lesquelles il se confiait ; ses dépouilles sont livrées en partage, sa proie lui est ravie.

    C’est la forte bataille du Christ, c’est notre salut véritable,

    Du Christ qui, après sa victoire, nous mène en sa patrie :

    Là soit à lui louange éternelle. Amen.

 

    A la glorieuse Mère de Dieu, nous présenterons notre hommage, en lui consacrant cette gracieuse Prose du Missel de Cluny, de 1523.

    SEQUENCE.

Angelicae nos respice,O dignitatis Domina.

Cum Filio in solio Coelo regnas per saecula.

Dulcis Maria, Vere dulcis, vere pia, Vere mitissima.

Tota affluens pietate, Clementia, Tota melliflua.

Tu flebili Theophili Culpae ades propitia.

Te auspice, A fornice Surgit rea Aegyptia.

O mater misericordiae, O lapsorum spes unica.

Votiva servorum Hodie infer coelo Suspiria.

Tu decus Israel, Tu mundi gloria.

Nostro Emmanuel Tu reconcilia,
Quem lactasti tua sacra mamilla.

Ilia ejus membra Fovens dulcia.

Mediatrix nostra. Nobis hunc placa.

In illa oramus die Tremenda.

Oblaturi hic adsumus Deo Patri tuae prolis Pignora.

Quorum virtute, quaesumus, Reos munda, Trementes corrobora.

Tu bona, tu clemens, Tu spes nostra, O Maria.

Amen dicat mens devota.

 

    Jetez sur nous un regard, Reine du noble empire des Anges.

    Avec votre Fils, sur le trône des cieux, vous régnez pour jamais.

    Douce Marie ! vraiment douce, vraiment très bénigne ;

    Toute pleine de miséricorde, de clémence, toute suave comme le miel.

    Aux larmes de Théophile vous accourez, pour obtenir le pardon de sa faute.

    Sous vos auspices, la pécheresse égyptienne s’arrache à la honte.

    O Mère de miséricorde ! ô le seul espoir de l’homme tombé !

    En ce jour, portez au ciel les vœux et les soupirs de vos serviteurs.

    Vous êtes l’honneur d’Israël ; vous êtes la gloire du monde.

    Réconciliez-nous à notre Emmanuel ;

    Vous l’avez allaité de vos mamelles sacrées.

    Vous avez réchauffé ses membres délicats.

    Notre médiatrice, rendez-nous-le favorable.

    C’est notre prière en ce jour redoutable.

    Nous voici présentant au Dieu Père votre Fils, notre gage.

    Par la vertu de ce gage, purifiez les coupables, rassurez les pécheurs tremblants.

    Vous êtes bonne, vous êtes clémente, vous êtes notre espérance, ô Marie !

    Que toute âme dévote dise et répète : Amen.

 

    XXVII DÉCEMBRE. SAINT JEAN, APOTRE ET EVANGELISTE.

 

    Après Étienne, le premier des Martyrs, Jean, l’Apôtre et l’Évangéliste, assiste le plus près à la crèche du Seigneur. Il était juste que la première place fût réservée à celui qui a aimé l’Emmanuel jusqu’à verser son sang pour son service ; car, comme le dit le Sauveur lui-même, il n’est point de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (JOHAN. XV, 13) ; et le Martyre a toujours été considéré par l’Église comme le dernier effort de la charité, ayant même la vertu de justifier le pécheur dans un second Baptême. Mais après le sacrifice du sang, le plus noble, le plus courageux, celui qui gagne par-dessus tout le cœur de l’Époux des âmes, c’est le sacrifice de la virginité. Or, de même que saint Étienne est reconnu pour le type des Martyrs, saint Jean nous apparaît comme le Prince des Vierges. Le Martyre a valu à Étienne la couronne et la palme ; la Virginité a mérité à Jean des prérogatives sublimes, qui, en même temps qu’elles démontrent le prix de la chasteté, placent aussi ce Disciple parmi les principaux membres de l’humanité.

    Jean eut l’honneur de naître du sang de David, dans la famille même de la très pure Marie ; il fut donc parent de notre Seigneur, selon la chair. Un tel honneur lui fut commun avec saint Jacques le Majeur, son frère, fils de Zébédée comme lui ; avec saint Jacques le Mineur et saint Jude, fils d’Alphée ; mais, dans la fleur de sa jeunesse, Jean laissa, non seulement sa barque et ses filets, non seulement son père, mais sa fiancée, au moment de célébrer de chastes noces. Il suivit le Christ et ne regarda pas en arrière ; c’est pourquoi la tendresse particulière du cœur de Jésus lui fut acquise ; et tandis que les autres étaient Disciples et Apôtres, il fut l’Ami du Fils de Dieu. La raison de cette rare prédilection fut donc, ainsi que le proclame l’Église, le sacrifice de virginité que Jean offrit à l’Homme-Dieu. Or, il convient de relever ici, au jour de sa fête, les grâces et les prérogatives qui ont découlé pour lui de l’heureux avantage de cette amitié céleste.

    Ce seul mot du saint Évangile : Le Disciple que Jésus aimait, en dit plus, dans son admirable concision, que tous les commentaires. Pierre, sans doute, a été choisi pour être le Chef des autres Apôtres et le fondement de l’Église ; il a été plus honoré ; mais Jean a été plus aimé. Pierre a reçu l’ordre d’aimer plus que les autres ; il a pu répondre au Christ, par trois fois, qu’il en était ainsi ; cependant, Jean a été plus aimé du Christ que Pierre lui-même, parce qu’il convenait que la virginité fût honorée.

    La chasteté des sens et du cœur a la vertu d’approcher de Dieu l’homme qui la conserve, et d’attirer Dieu vers lui ; c’est pourquoi, dans le moment solennel de la dernière Cène, de cette Cène féconde qui devait se renouveler sur l’autel jusqu’à la fin des temps, pour ranimer la vie dans les âmes et guérir leurs blessures, Jean fut placé auprès de Jésus lui-même, et non seulement il eut cet honneur insigne, mais dans ces derniers épanchements de l’amour du Rédempteur, ce fils de sa tendresse osa reposer sa tête sur la poitrine de l’Homme-Dieu. Ce fut alors qu’il puisa, à leur source divine, la lumière et l’amour ; et cette faveur, qui était déjà une récompense, devint le principe de deux grâces signalées qui recommandent spécialement saint Jean à l’admiration de toute l’Église.

    En effet, la Sagesse divine ayant voulu manifester le mystère du Verbe, et confier à l’écriture des secrets que jusqu’alors aucune plume humaine n’avait été appelée à raconter, Jean fut choisi pour ce grand œuvre. Pierre était mort sur la croix, Paul avait livré sa tête au glaive, les autres Apôtres avaient successivement scellé leur témoignage de leur sang ; Jean restait seul debout, au milieu de l’Église ; et déjà l’hérésie, blasphémant l’enseignement apostolique, cherchait à anéantir le Verbe divin, et ne voulait plus le reconnaître pour le Fils de Dieu, consubstantiel au Père. Jean fut invité par les Églises à parler, et il le fit dans un langage tout du ciel. Son divin Maître lui avait réservé, à lui, pur de toute souillure, d’écrire de sa main mortelle des mystères que ses frères n’avaient été appelés qu’à enseigner : le Verbe, Dieu éternel, et ce même Verbe fait chair pour le salut de l’homme. Par là il s’éleva, comme l’Aigle, jusqu’au divin Soleil ; il le contempla sans en être ébloui, parce que la pureté de son âme et de ses sens l’avait rendu digne d’entrer en rapport avec la Lumière incréée. Si Moïse, après avoir conversé avec le Seigneur dans la nuée, se retira de ces divins entretiens le font orné de merveilleux rayons, combien radieuse devait être la face vénérable de Jean, qui s’était appuyée sur le Cœur même de Jésus, où, comme parle l’Apôtre, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science 1 ! combien lumineux ses écrits ! combien divin son enseignement ! Aussi, ce type sublime de l’Aigle montré par Ézéchiel, et confirmé par saint Jean lui-même dans sa Révélation, lui a-t-il été appliqué par l’Église, avec le beau nom de Théologien que lui donne toute la tradition.

    A cette première récompense qui consiste dans la pénétration des mystères, le Sauveur joignit pour son bien-aimé Disciple une effusion d’amour inaccoutumée, parce que la chasteté, en désintéressant l’homme des affections grossières et égoïstes, l’élève à un amour plus pur et plus généreux. Jean avait recueilli dans son cœur les discours de Jésus : il en fit part à l’Église, et surtout il révéla le divin Sermon de la Cène, où s’épanche l’âme du Rédempteur, qui, ayant aimé les siens, les aima jusqu’à la fin 2 . Il écrivit des Épîtres, et ce fut pour dire aux hommes que Dieu est amour 3  ; que celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu 4  ; que la charité bannit la crainte 5 . Jusqu’à la fin de sa vie, jusque dans les jours de son extrême vieillesse, il insista sur l’amour que les hommes se doivent les uns aux autres, à l’exemple du Dieu qui les a aimés ; et de même qu’il avait annoncé plus clairement que les autres la divinité et la splendeur du Verbe, ainsi plus que les autres se montra-t-il l’Apôtre de cette infinie charité que l’Emmanuel est venu allumer sur la terre.

    Mais le Seigneur lui réservait un don véritablement digne du Disciple vierge et bien-aimé. En mourant sur la croix, Jésus laissait Marie sur la terre ; déjà, depuis plusieurs années, Joseph avait rendu son âme au Seigneur. Qui veillerait donc sur un si sacré dépôt ? qui serait digne de le recevoir ? Jésus enverrait-il ses Anges pour garder et consoler sa Mère : car quel homme sur la terre mériterait un tel honneur ? Du haut de sa croix, le Sauveur aperçoit le disciple vierge : tout est fixé. Jean sera un fils pour Marie, Marie sera une mère pour Jean ; la chasteté du disciple Ta rendu digne de recevoir un legs si glorieux. Ainsi, suivant la belle remarque de saint Pierre Damien, Pierre recevra en dépôt l’Église, Mère des hommes ; mais Jean recevra Marie, Mère de Dieu. Il la gardera comme son bien, il remplacera auprès d’elle son divin Ami ; il l’aimera comme sa propre mère ; il en sera aimé comme un fils.

    Environné de tant de lumière, réchauffé par tant d’amour, nous étonnerons-nous que Jean soit devenu l’ornement de la terre, la gloire de l’Église ? Aussi, comptez, si vous pouvez, ses titres ; énumérez ses qualités. Parent du Christ par Marie, Apôtre, Vierge, Ami de l’Époux, Aigle divin, Théologien sacré, Docteur de la Charité, fils de Marie, il est encore Évangéliste par le récit qu’il nous a laissé de la vie de son Maître et Ami ; Écrivain sacré par ses trois Épîtres inspirées de l’Esprit Saint ; Prophète par sa mystérieuse Apocalypse, qui renferme les secrets du temps et de l’éternité. Que lui a-t-il donc manqué ? la palme du Martyre ? On ne le saurait dire ; car, s’il n’a pas consommé son sacrifice, il a néanmoins bu le calice de son Maître lorsque, après une cruelle flagellation, il fut plongé dans l’huile bouillante, devant la Porte-Latine, à Rome. Jean fut donc Martyr de désir et d’intention, sinon d’effet ; et si le Seigneur, qui le voulait conserver dans son Église comme un monument de son estime pour la chasteté et des honneurs qu’il réserve à cette vertu, arrêta miraculeusement l’effet d’un affreux supplice, le cœur de Jean n’en avait pas moins accepté le Martyre dans toute son étendue.

    Tel est le compagnon d’Étienne, près du berceau dans lequel nous honorons l’Enfant divin. Si le Proto-martyr éclate par la pourpre de son sang, la blancheur virginale du fils adoptif de Marie n’est-elle pas éblouissante au-dessus de celle de la neige ? Les lis de Jean ne peuvent-ils pas marier leur innocent éclat à la vermeille splendeur des roses de la couronne d’Étienne ? Chantons donc gloire au Roi nouveau-né, dont la cour brille de si riantes et de si fraîches couleurs. Cette céleste compagnie s’est formée sous nos yeux. D’abord nous avons vu Marie et Joseph seuls dans l’étable auprès de la crèche ; l’armée des Anges a bientôt paru avec ses mélodieuses cohortes ; les bergers sont venus ensuite avec leurs cœurs humbles et simples ; puis, voici Étienne le Couronné, Jean le Disciple chéri ; et en attendant les Mages, d’autres viendront bientôt accroître l’éclat de la pompe, et réjouir de plus en plus nos cœurs. Quelle Naissance que celle de notre Dieu ! Si humble qu’elle paraisse, combien elle est divine ! et quel Roi de la terre, quel Empereur a jamais eu autour de son splendide berceau des honneurs pareils à ceux de l’Enfant de Bethléem ? Unissons nos hommages à ceux qu’il reçoit de tous ces heureux membres de sa cour ; et si nous avons hier ranimé notre foi, à la vue des palmes sanglantes d’Étienne, aujourd’hui réveillons en nous l’amour de la chasteté, à l’odeur des célestes parfums que nous envoient les fleurs de la virginale couronne de l’Ami du Christ.

 

    A LA MESSE.

    La sainte Église ouvre les chants du divin Sacrifice par les paroles du livre de l’Ecclésiastique qu’elle applique à saint Jean. Le Seigneur a placé son disciple bien-aimé sur la chaire de son Église, pour lui faire proclamer les mystères. Dans ses sublimes entretiens, il l’a rempli d’une sagesse infinie ; il l’a revêtu d’une robe éclatante de blancheur, afin d’honorer sa virginité.

    INTROÏT.

    In medio Ecclesiae aperuit os ejus; et implevit eum Dominus Spiritu sapientiae et intellectus; stolam gloriae induit eum.

Ps. Bonum est confiteri Domino, et psallere nomini tuo, Altissime. R. Gloria. In medio. 

Au milieu de l’Église, le Seigneur lui a ouvert la bouche ; il l’a rempli de l’Esprit de sagesse et d’intelligence, et il l’a revêtu de la robe de gloire.

    Ps. Il est bon de louer le Seigneur, et de chanter à la gloire de votre Nom, ô Très-Haut ! Gloire au Père. Au milieu.

 

    Dans la Collecte, l’Église demande le don de la Lumière qui est le Verbe de Dieu, et dont saint Jean a été le dispensateur par ses divins écrits. Elle aspire à posséder à jamais cet Emmanuel qui est venu illuminer la terre, et qui a révélé à son disciple les secrets célestes.

OREMUS    

Ecclesiam tuam, Domine, benignus illustra: ut beati Joannis, Apostoli tui et Evangelistae illuminata doctrinis, ad dona perveniat sempiterna. Per Dominum.

PRIONS

    Répandez, Seigneur, dans votre bonté, la lumière sur votre Église, afin qu’étant illuminée par les enseignements du bienheureux Jean, Apôtre et Évangéliste, elle parvienne aux dons éternels. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Mémoire de Noël.    

OREMUS

Concede, quaesumus, omnipotens Deus, ut nos Unigeniti tui nova per carnem nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet.

PRIONS.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché.

 

    Mémoire de saint Étienne.

OREMUS

    Da nobis, quaesumus, Domine, imitari quod colimus: ut discamus et inimicos diligere, quia ejus natalitia celebramus, qui novit etiam pro persecutoribus exorare, Dominum nostrum Jesum  Christum Filium tuum. Qui tecum vivit.

ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, d’imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer nos ennemis, puisque nous célébrons la solennité de celui qui a su implorer même pour ses persécuteurs Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils.

 

    EPITRE

Lectio libri Sapientiae. Eccli. cap, XV.

Qui timet Deum, faciet bona, et qui continens est justitiae, apprehendet illam, et obviabit illi quasi mater honorificata. Cibabit illum pane vitae et intellectus, et aqua sapientiae salutaris potabit illum; et firmabitur in illo, et non flectetur; et continebit illum, et non confundetur; et exaltabit illum apud proximos suos; et in medio Ecclesiae aperiet os ejus, et adimplebit illum Spiritu sapientiae et intellectus, et stolam gloriae vestiet illum  jucunditatem et exsultationem thesaurizabit super illum, et nomine aeterno haereditabit illum Dominus Deus noster.

 

    Lecture du livre de la Sagesse. Eccli. Chap. XV.

    Celui qui craint Dieu fera le bien, et celui qui possède la justice acquerra la Sagesse ; et elle viendra à lui comme une mère pleine d’honneur. Elle le nourrira du pain de vie et d’intelligence, et elle le désaltérera de l’eau d’une doctrine salutaire. Et elle s’affermira en lui et le rendra inébranlable, et elle le soutiendra, et il ne sera point confondu ; et elle l’exaltera au milieu des siens. Elle lui ouvrira la bouche, et le Seigneur le remplira de l’Esprit de sagesse et d’intelligence. Et elle le revêtira de la robe de gloire. La Sagesse lui amassera un trésor de joie et d’allégresse ; et le Seigneur, notre Dieu, lui donnera pour héritage un nom éternel.

 

    Cette suprême Sagesse est le Verbe divin, qui est venu au-devant de saint Jean, en l’appelant à l’apostolat. Ce Pain de vie dont elle l’a nourri est le Pain immortel de la dernière Cène ; cette Eau d’une doctrine salutaire, c’est celle que le Sauveur promettait à la Samaritaine, et dont il a été donné à Jean de se désaltérer à longs traits dans sa source même, quand il reposa sur le Cœur de Jésus. Cette force inébranlable est celle qu’il a fait paraître dans la garde vigilante et courageuse de la chasteté, et dans la confession du Fils de Dieu en présence des ministres de Domitien. Ce trésor que la divine Sagesse a amassé pour lui, c’est cet ensemble de glorieuses prérogatives que nous avons énumérées. Enfin, ce nom éternel est celui de Jean le Disciple bien-aimé.

    GRADUEL.

Exiit sermo inter fratres, quod discipulus ille non moritur; at non dixit Jesus: Non moritur;
V. Sed: Sic eum volo manere, donec veniam; tu me sequere.

Alleluia, alleluia. 
V. Hic est discipulus ille, Qui testimonium perbibet de his: et scimus quia verum est testimonium ejus. Alleluia. 

 

    Il courut un bruit parmi les frères, que ce. disciple ne mourrait point ; et Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ;

    V/. Mais : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ; pour toi, suis-moi.

    Alleluia, alleluia.

    V/. C’est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses, et nous savons que son témoignage est véritable. Alleluia.

 

    Évangile.

    Sequentia sancti Evangelii secundum Joannem. Cap. XXI.

In illo tempore, dixit Jesus Petro: Sequere me. Conversus Petrus vidit illum discipulum quem diligebat Jesus, sequentem, qui et recubuit in coena super pectus ejus, et dixit: Domine, quis est qui tradet te? Hunc ergo cum vidisset Petrus, dixit Jesu: Domine hic autem quid? Dicit ei Jesus: Sic eum volo manere donec veniam, quid ad te? Tu me sequere. Exiit ergo sermo iste inter fratres, quia discipulus ille non moritur. Et non dixit ei Jesus: Non moritur: sed: Sic eum volo manere donec veniam, quid ad te? Hic est discipulus ille, qui testimonium perhibet de his, et scripsit haec; et scimus quia verum est testimonium ejus.

 

La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. XXI.

    En ce temps-là, Jésus dit à Pierre : Suis-moi. Pierre se retournant vit venir après lui le disciple que Jésus aimait : celui-là même qui, pendant la Cène, s’était reposé sur la poitrine de Jésus, et lui avait dit : Seigneur, quel est celui qui vous trahira ? Pierre donc l’ayant vu, dit à Jésus : Et celui-ci, Seigneur, que deviendra-t-il ? Jésus lui dit : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ; que t’importe ? Pour toi, suis-moi. Il courut donc un bruit parmi les frères, que ce disciple ne mourrait point. Et Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; mais : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ; que t’importe ? C’est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses et qui a écrit ceci, et nous savons que son témoignage est véritable.

 

    Ce passage de l’Évangile a beaucoup occupé les Pères et les commentateurs. On a cru y voir la confirmation du sentiment de ceux qui ont prétendu que saint Jean a été exempté de la mort corporelle, et qu’il attend encore, dans la chair, la venue du Juge des vivants et des morts. Il n’y faut voir cependant, avec la plupart des saints docteurs, que la différence des deux vocations de saint Pierre et de saint Jean. Le premier suivra son Maître, en mourant, comme lui, sur la croix ; le second sera réservé ; il atteindra une heureuse vieillesse ; et il verra venir à lui son Maître qui l’enlèvera de ce monde par une mort tranquille.

    Pendant l’Offrande, l’Église célèbre les palmes fleuries du Disciple bien-aimé ; elle nous montre autour de lui les générations de fidèles qu’il a enfantées, les Églises qu’il a fondées, et qui se multipliaient autour de lui, comme les jeunes cèdres, sous l’ombrage de leurs pères majestueux qui s’élèvent sur le Liban.

    OFFERTOIRE.

Justus ut palma florebit; sicut cedrus, quae in Libano est multiplicabitur. 

    Le juste fleurira comme le palmier ; il se multipliera comme le cèdre qui est sur le Liban.

 

SECRETE.

Suscipe, Domine, munera quae in ejus tibi solemnitate deferimus, cujus nos confidimus patrocinio liberari. Per Dominum.

    Recevez, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons dans la solennité de celui par la protection duquel nous avons la confiance d’être délivrés. Par Jésus-Christ notre-Seigneur.

 

    Mémoire de Noël

Oblata, Domine, munera, nova Unigeniti tui nativitate sanctifica: nosque a peccatorum nostrorum maculis emunda. 

    Sanctifiez, Seigneur, les dons que nous vous offrons dans la nouvelle Nativité de votre Fils unique, et purifiez-nous des taches de nos péchés.

 

    Mémoire de saint Étienne.

Suscipe, Domine, munera, pro tuorum commemoratione Sanctorum; ut sicut illos passio gloriosos effecit, ita nos devotio reddat innocuos. Per Dominum. 

    Recevez, Seigneur, les dons que nous vous offrons en mémoire de vos Saints ; afin que, comme leur Passion les a rendus glorieux, ainsi notre religion envers eux nous restitue à l’innocence. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Les mystérieuses paroles que nous avons lues, il y a peu d’instants, dans l’Évangile, reviennent ici, en ce moment où le Prêtre et le peuple communient à la Victime du salut, comme une assurance que celui qui mange de ce Pain, s’il meurt selon le corps, n’en vivra pas moins pour attendre la venue du juge et rémunérateur suprême.

    COMMUNION.

    Exiit sermo inter fratres quod discipulus ille non moritur. Et non dixit Jesus: Non moritur; sed: Sic eum volo manere donec veniam.

Il courut un bruit parmi les frères, que ce disciple ne mourrait point ; cependant Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; mais : Je veux qu’il demeure ainsi, jusqu’à ce que je vienne.

 

    POSTCOMMUNION.

Refecti cibo potuque coelesti, Deus noster, te supplices deprecamur; ut in cujus haec commemoratione percepimus, et precibus ejus muniamur. Per Dominum. 

    Étant rassasiés de la nourriture et du breuvage célestes, nous vous supplions, notre Dieu, de permettre que nous soyons protégés par les prières de celui en mémoire duquel nous avons reçu cette divine nourriture. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Mémoire de Noël.

Praesta, quaesumus, omnipotens Deus: ut natus hodie Salvator mundi, sicut divinae nobis generationis est auctor, ita et immortalitatis sit ipse largitor.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout puissant, que le Sauveur du monde, qui, en naissant aujourd’hui, est pour nous-mêmes l’auteur d’une naissance divine, nous accorde aussi l’immortalité.

 

    Mémoire de saint Étienne.

Auxilientur nobis, Domine, sumpta mysteria; et intercedente beato Stephano, Martyre tuo, sempiterna protectione confirment. Per Dominum.

    Faites, Seigneur, que les Mystères auxquels nous avons participé, soient pour nous un secours, et que, par l’intercession du bienheureux Étienne, votre Martyr, nous en recevions une continuelle protection.

 

    A VÊPRES.

 

    On chante d’abord, comme au jour de saint Étienne, les Antiennes et les Psaumes de Noël, page 127 ; après quoi, l’Office de saint Jean reprend son cours.

    CAPITULE. (Eccli. XV.)

Qui timet Deum, faciet bona: et qui continens est justitiae, apprehendet illam, et obviabit illi quasi mater honorificata. 

    Celui qui craint Dieu fera le bien, et celui qui possède la justice acquerra la Sagesse ; et elle viendra à lui comme une mère pleine d’honneur.

    HYMNE.

Exsultet orbis gaudiis:
Coelum resultet laudibus;
Apostolorum gloriam
Tellus et astra concinunt.

Vos saeculorum judices,
Et vera mundi lumina:
Votis precamur cordium,
Audite voces supplicum.
Qui templa coeli clauditis,
Serasque verbo solvitis,
Nos a reatu noxios
Solvi jubete quaesumus.
Praecepta quorum protinus
Languor salusque sentiunt;
Sanate mentes languidas,
Augete nos virtutibus.
Ut cum redibit Arbiter
In fine Christus saeculi,
Nos sempiterni gaudii
Concedat esse compotes.
Jesu tibi sit gloria,
Qui natus es de Virgine:
Cum Patre et almo Spiritu
In sempiterna saecula. Amen.

V. Valde honorandus est beatus Joannes.
R. Qui supra pectus Domini in coena recubuit. 

    Que la terre tressaille d’allégresse ; que le ciel retentisse de louanges ; c’est la gloire des Apôtres que célèbrent la terre et le ciel.

    Juges des siècles, vraies lumières du monde, du fond de nos cœurs nous vous offrons des vœux ; écoutez nos voix suppliantes.

    D’une parole vous fermez le temple du ciel ; d’une parole vous l’ouvrez : daigner délier les liens de nos péchés.

    La maladie et la santé obéissent à votre commandement : guérissez nos âmes languissantes ; augmentez en nous les vertus.

    Afin que, au jour où le souverain Arbitre, le Christ, reviendra à la fin de ce monde, il nous accorde d’être participants de l’éternelle joie.

    A vous soit la gloire, ô Jésus ! qui êtes né de la Vierge ; gloire au Père et à l’Esprit Saint, dans les siècles éternels. Amen.

    V/. Il est vraiment digne d’honneur, le bienheureux Jean,

    R/. Qui, durant la Cène, reposa sur la poitrine du Seigneur.

 

    ANTIENNE de Magnificat.

Ant. Exiit sermo inter fratres, quod discipulus ille non moritur: et non dixit Jesus: Non moritur; sed: Sic eum volo manere donec veniam.

OREMUS.
Ecclesiam tuam, Domine, benignus illustra, ut beati Joannis Apostoli tui et Evangelistae illuminata doctrinis, ad dona perveniat sempiterna. Per Dominum.

    Ant. Il courut un bruit parmi les frères, que ce disciple ne mourrait point ; cependant Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; mais : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne.

PRIONS.

    Répandez, Seigneur, dans votre bonté, la lumière sur votre Église, afin qu’étant illuminée par les enseignements du bienheureux Jean, Apôtre et Évangéliste, elle parvienne aux dons éternels. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Mémoire des saints Innocents.

Ant. Hi sunt, qui cum mulieribus non sunt coinquinati: virgines enim sunt, et sequuntur Agnum quocumque ierit.
V. Herodes iratus occidit multos pueros.
R. In Bethlehem Judae, civitate David.

OREMUS.
Deus cujus hodierna die praeconium Innocentes martyres non loquendo, sed moriendo confessi sunt, omnia in nobis vitiorum mala mortifica: ut fidem tuam, quam lingua nostra loquitur, etiam moribus vita fateatur. 

    Ant. Ceux-là ne se sont pas souillés avec les femmes : car ils sont vierges, et ils suivent l’Agneau partout où il va.

    V/. Hérode irrité fit mettre à mort beaucoup d’enfants.

    R/. Dans Bethlehem de Juda, cité de David.

PRIONS

    O Dieu, dont les Innocents Martyrs ont confessé aujourd’hui la gloire, non par leurs paroles, mais par leur mort ; mortifiez en nous les passions et les vices, afin que votre foi, que notre langue publie, soit aussi confessée par nos mœurs.

 

    Mémoire de Noël.

Ant. Hodie Christus natus est: hodie Salvator apparuit: hodie in terra canunt Angeli, laetantur Archangeli: hodie exsultant justi, dicentes: Gloria in excelsis Deo. Alleluia.

V. Notum fecit Dominus, alleluia. R. Salutare suum, alleluia.

OREMUS. 
Concede, quaesumus, omnipotens Deus, ut nos Unigeniti tui nova per carnem Nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet.

    Ant. Aujourd’hui le Christ est né ; aujourd’hui, le Sauveur a apparu ; aujourd’hui, sur la terre, chantent les Anges, se réjouissent les Archanges ; aujourd’hui les justes répètent dans l’allégresse : Gloire à Dieu au plus haut des cieux. Alleluia.

    V/. Le Seigneur a manifesté, alleluia,

    R/. Le Sauveur qu’il avait promis, alleluia.

PRIONS.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché.

 

    Mémoire de saint Étienne.

Ant. Sepelierunt Stephanum viri timorati, et fecerunt planctum magnum super eum.

V. Stephanus vidit coelos apertos. 
R. Vidit et introivit: beatus homo cui coeli patebant.

OREMUS.
Da nobis, quaesumus. Domine imitari quod colimus, ut discamus et inimicos diligere: quia ejus natalitia celebramus, qui novit etiam pro persecutoribus exorare Dominum nostrum Jesum 
Christum, Filium tuum, Qui tecum.

    Ant. Des hommes craignant Dieu ensevelirent Étienne, et firent ses funérailles avec un grand deuil.

    V/. Étienne vit les cieux ouverts :

    R/. Il les vit, et il y entra : heureux mortel pour qui s’ouvraient les cieux !

PRIONS.

    ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît. Seigneur, d’imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer nos ennemis, puisque nous célébrons la solennité de celui qui a su implorer même pour ses persécuteurs Jésus-Christ, notre Seigneur, votre Fils.

 

    Entendons maintenant les diverses Églises proclamer la gloire de saint Jean, dans leurs éloges liturgiques. Nous’ commencerons par la sainte Église Romaine, à qui nous emprunterons cette belle Préface du Sacramentaire Léonien.

    PREFACE.

Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi gratias agere. Pater omnipotens, beati Apostoli tui Joannis Evangelistae natalitia venerantes. Qui Domini nostri Jesu Christi Filii tui vocatione suscepta, terrenum respuit patrem, ut posset invenire coelestem: retia saeculi, quibus implicabatur, abjecit, ut aeternitatis dona mente libera sectaretur: nutantem fluctibus navem reliquit, ut in ecclesiasticae gubernationis tranquillitate consisteret: a piscium captione cessavit, ut animas mundanis gurgitibus immersas, calamo doctrinae salutaris abstraheret: destitit pelagi profundari mari, secretorum scrutator redditus divinorum. Eo usque procedens, ut et in coenae mysticae sacrosancto convivio in ipsius recumberet pectore Salvatoris; et eum in cruce Dominus constitutus, vicarium sui, Matri Virgini Filium subrogaret, et in principio Verbum, quod Deus erat apud Deum, prae caeteris ostenderet praedicandum.

 

    C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces, Père tout-puissant, en ce jour où nous vénérons la naissance de votre bienheureux Apôtre, Jean l’Évangéliste. Ayant été appelé par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, il laissa un père terrestre pour trouver un Père céleste. Il jeta loin de lui les filets du siècle dans lesquels il était embarrassé, pour rechercher d’un cœur affranchi les biens de l’éternité ; il abandonna sa barque agitée par les flots, pour goûter la tranquillité dans le gouvernement de l’Église ; il renonça à la pêche des poissons, pour retirer, par la ligne de la doctrine du salut, les âmes plongées dans les abîmes du monde ; il cessa de sonder les profondeurs de la mer, pour devenir le scrutateur des secrets divins. 11 s’est élevé jusqu’à reposer sur la poitrine du Sauveur lui-même, au festin sacré de la Cène mystique. Le Seigneur, attaché à la Croix, le subrogea en sa place pour être le fils de la Vierge-Mère ; et Jean prêcha avec plus de lumière que les autres écrivains sacrés, le Verbe qui, au commencement, était Dieu en Dieu.

 

    L’Église de Milan, dans son Missel Ambrosien, chante ainsi la gloire du Disciple bien-aimé :

Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi gratias agere, aeterne Deus: beati Joannis Evangelistae merita recolentes, quem Dominus Jesus Christus non solum peculiari semper decore ornavit; sed et in cruce positus, tamquam haereditario munere prosecutus, vicarium pro se Matri Filium clementer attribuit. Quem ad eum usque dignitatis gradum divina benignitas evexit, ut et fac tus ex piscatore Discipulus, et humanae dispensationis modum excedens, ipsam Verbi tui sine initio Deitatem prae caeteris et mente conspiceret, et voce perferret.

 

    C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces, Dieu éternel, quand nous honorons les mérites du bienheureux Jean l’Évangéliste. Notre Seigneur Jésus-Christ, non seulement le favorisa toujours d’une particulière distinction ; mais comme il était sur la croix, il le substitua à soi-même, dans sa tendresse, pour être le fils de Marie, qu’il lui légua en héritage. Lai divine bonté l’éleva jusqu’à ce degré d’honneur , que. de pêcheur, elle le fit disciple, et, surpassant pour lui la mesure des mystères du salut de l’homme, le rendit capable de contempler, par son intelligence, et de proclamer par sa voix, plus que les autres Apôtres, la Divinité éternelle de votre Verbe.

 

    Le Missel Mozarabe consacre à notre saint Apôtre et Évangéliste l’Oraison suivante

    ORAISON.

Genite ingeniti Filius Dei summi; qui sacrum illud arcanum pectoris tui dilecto tuo Joanni Apostolo reserasti: cum in sinu tuo recubans Evangelii sui fluenta ex ipso pectoris tui fonte haurire promeruit. Tu nos intuere propitius, ut per te abdita cognoscamus, per te bona quae manifesta sunt impleamus. Reserans nobis pectoris tui occulta, quibus possimus cognoscere, et conditionis nostrae infirmitatem, et ad tuae divinitatis pervenire cognitionem. Manifestans de te quid amemus, indicans de nobis quid corrigamus. Quo hujus dilecti tui suffragiis, moribus nostris in melius commutatis, aufugiat pestis, dispereat languor, pellatur mucro. Quidquid adversum est fidei christianae intereat; quidquid prosperum, convalescat. Arceantur fames, sedentur lites, haeresum obtrudantur fautores. Foecundetur frugibus terra, vestiatur virtutibus anima; atque cuncta nobis in commune proveniant bona. Quo tibi Deo nostro fideliter servientes, et his sine peccato utamur concessis, et post deliciis fruamur aeternae possessionis. Amen.

 

    Fils engendré du Dieu souverain et non engendré, qui avez ouvert à votre bien-aimé Apôtre Jean les divins secrets de votre cœur, lorsque, reposant sur votre poitrine, il lui fut permis d’y puiser les eaux, vives de son Évangile : daignez nous regarder favorablement, afin que, par vous, nous connaissions les choses secrètes, et que, par vous, nous accomplissions le bien qui nous est manifesté. Dévoilez-nous les mystères cachés dans votre sein, afin que nous puissions comprendre l’infirmité de notre condition, et parvenir à la connaissance de votre divinité. Manifestez-nous sur vous-même ce que nous devons aimer ; et indiquez-nous, sur nous-mêmes, ce que nous devons corriger. Par le suffrage de ce disciple bien-aimé, que nos mœurs deviennent plus pures, que la peste soit éloignée, que les maladies soient dissipées, que le glaive soit repoussé. Que tout ce qui est contraire à la foi chrétienne soit détruit ; que tout ce qui lui est favorable prenne de l’accroissement. Que la famine s’éloigne, que les discussions s’apaisent, que les fauteurs de l’hérésie soient confondus. Que la terre soit féconde en moissons ; que nos âmes soient ornées de vertus ; enfin que l’ensemble de tous les biens nous advienne ; en sorte que, fidèlement attachés a votre service, ô notre Dieu ! nous usions de vos dons sans péché, et, après cette vie, nous jouissions des délices de votre éternelle possession. Amen.

 

    L’Hymne de la Liturgie de Milan, que nous donnons ci-après, est attribuée à saint Ambroise ; elle en est digne par la majesté de la diction et la grandeur des pensées.

    HYMNE.

Amore Christi nobilis
Et filius Tonitrui,
Arcana Joannes Dei
Fatu revelavit sacro.

Captis solebat piscibus
Patris senectam pascere;
Turbante dum natat salo
Immobilis ude stetit.

Hamum profundo merserat,
Piscatus est Verbum Dei;
Jactavit undis retia,
Vitam levavit hominum.

Piscis bonus pia est Fides,
Mundi supernatans salum.
Subnixa Christi pectore,
Sancto locuta Spiritu:
« In principio erat Verbum,
Et Verbum erat apud Deum,
Et Deus erat Verbum. Hoc erat
In principio apud Deum. »

« Omnia per ipsum facta sunt. »
Sed ipse laude resonet;
Et laureatus Spiritu,
Scriptis coronetur suis.

Commune multis passio,
Cruorque delictum lavans;
Hoc morte praestat Martyrum.
Quod fecit esse Martyres.

Vinctus tamen ab impiis,
Calente olivo dicitur
Tersisse mundi pulverem,
Stetisse victor aemuli.

Gloria tibi, Domine,
Qui natus es de Virgine;
Cum Patre et Sancto Spiritu
In sempiterna saecula. Amen.

 

    Illustre par l’amour que lui porta le Christ, Jean, l’enfant du Tonnerre, révéla, de sa bouche sacrée, les secrets de Dieu.

    D’abord, il nourrit la vieillesse de son père par la pêche du poisson ; un jour qu’il voguait sur l’onde agitée, la foi vint lui donner l’immutabilité.

    Il a lancé sa ligne dans les profondeurs, il a retiré le Verbe même de Dieu ; il a jeté ses filets dans les ondes éternelles, il a levé Celui qui est la vie de tous.

    La Foi pieuse est le poisson véritable qui surnage sur la mer du monde ; elle s’appuie sur le sein du Christ, et parle ainsi dans l’Esprit Saint :

    « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commence cernent en Dieu.

    « Toutes choses par lui ont été faites. » Que la louange de Jean retentisse, qu’on lui offre les lauriers de l’Esprit Saint ; qu’il soit couronné pour ses divins écrits.

    Le martyre a été commun à un grand nombre de fidèles ; cette effusion du sang lave le péché ; mais il est quelque chose au-dessus de la mort des Martyrs, c’est d’avoir révélé ce qui fait les Martyrs.

    Toutefois il fut lié un jour par les impies,et plongé dans l’huile bouillante. Ce bain enleva la poussière du monde, et Jean demeura vainqueur de l’ennemi.

    Gloire à vous, Seigneur, qui êtes né de la Vierge ; gloire au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

 

    Nous donnerons maintenant quelques strophes des Cantiques que l’Église grecque, dans son langage pompeux , consacre à la louange de saint Jean, dont elle célèbre la fête le 26 septembre.

    (XXVI Septembris, in magno Vespertino, et passim.)

Venite, sapientiae abyssum et orthodoxorum scriptorem dogmatum, Fideles, hymnis coronemus divinis hodie, Joannem gloriosum et dilectum: is enim intonuit: Verbum erat in principio. Ideo voce tonitru simili demonstratus est, quasi Evangelio mundum illuminans, multisapiens et celeberrimus.

Vere aperteque tu manifestatus es amicus ex corde magnus Christi magistri; pectori enim illius incubuisti, unde hausisti sapientiae dogmata, quibus tamquam Dei praeco divinus, ditas omnem terrae circuitum, quam possidens jucunda Christi Ecclesia nunc gaudens exornat. 

Gaude, vere theologe, gaude, Matris Domini fili amabilissime: tu enim stans juxta crucem Christi divinam audisti vocem Magis tri: Ecce nunc mater tua, ad te clamantis. Ideo digne te omnes ut Christi Apostolum magnum et dilectum beatificamus. 

Contemplator ineffabilium revelationum, et interpres supernorum Dei mysteriorum Zebedaei filius, scribens nobis Christi Evangelium, divine loqui Patrem, et Filium, et Spiritum nos docuit. 

Lyra a Deo mota coelestium odarum, mysticus ille scriptor, os divina loquens, Canticum canticorum dulciter decantat, et precatur salvari nos.

Tonitru filium, divinorum sermonum fundamentum, theologiae ducem, et primum praeconem verae sapientiae dogmatum, Joannem dilectum et virginem, o mortalium genus, multis laudemus acclamationibus. 

Flumina theologiae, ex venerando ore tuo salierunt, Apostole, quibus Ecclesia Dei potata, adorat, orthodoxe, Trinitatem consubstantialem; et nunc deprecare, Joannes theologe, stabiliri et salvari animas nostras.

Virgultum puritatis, boni odoris unguentum apparuit nobis in hodierna festivitate; ad ipsum igitur clamemus: Tu qui supra pectus recubuisti Dominicum tu qui mundo stillare fecisti Verbum, Joannes Apostole; qui Virginem custodivisti ut pupillam oculi, postula pro nobis apud Christum magnam misericordiam.

Apostolorum celsitudinem, theologiae tubam, spiritalem ducem, qui orbem terrarum Deo subegit, venite, fideles, beatificemus Joannem illustrissimum, e terra sublatum et non ablatum, sed viventem et exspectantem terribilem Domini secundum adventum; cui ut inculpabiliter assistamus deprecare, amice mystice Christi pectori ejus innixe cum amore, tuam memoriam celebrantes.

 

    Venez, Fidèles, couronnons aujourd’hui de cantiques divins l’abîme de la Sagesse, l’écrivain des dogmes orthodoxes, Jean le glorieux, le bien-aimé ; car c’est lui qui a tonné : Le Verbe était au commencement. C’est pourquoi il a paru comme une voix de tonnerre, illuminant le monde par son Évangile, illustre maître de la sagesse.

    Tu as paru vraiment, aux yeux de tous, le grand ami de cœur du Christ maître : car tu t’es appuyé sur sa poitrine, et là, tu as puisé les dogmes de sagesse dont, ô divin prêcheur de Dieu, tu as enrichi toute la terre, laquelle l’aimable Église du Christ possède, et orne maintenant avec allégresse.

    Réjouis-toi, ô vrai théologue ! réjouis-toi, fils très aimable de la Mère du Seigneur ; car, debout au pied delà croix du Christ, tu as entendu la voix divine du Maître qui te criait : Voici maintenant ta mère. C’est pourquoi nous te rendons de dignes louanges, comme au bien-aimé et grand Apôtre du Christ.

    Le contemplateur des révélations ineffables, l’interprète des sublimes mystères de Dieu, le fils de Zébédée, écrivant pour nous l’Évangile du Christ, nous a appris à discourir théologiquement sur le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

    Lyre aux célestes cantiques, touchée par Dieu lui-même, écrivain mystique, bouche aux paroles divines, il chante avec douceur le Cantique des cantiques, et prie pour notre salut.

    Exaltons par de nombreuses acclamations, ô race des mortels, célébrons le Fils du tonnerre, le fondement des divines paroles, le guide sacré de la théologie, le premier prêcheur de la vraie sagesse, Jean le bien-aimé, le disciple vierge.

    Les fleuves de la théologie jaillirent de ta bouche vénérable, ô Apôtre ! et l’Église de Dieu, qui s’y désaltère, adore, ô orthodoxe, la Trinité consubstantielle ; et maintenant, ô Jean le théologue, fais par tes prières que nos âmes soient affermies et qu’elles soient sauvées.

    Le noble rejeton de la pureté, le parfum d’agréable odeur, nous est apparu en la présente solennité ; crions-lui donc : O toi qui as reposé sur la poitrine du Seigneur ! toi qui as comme fait distiller sur le monde le Verbe divin, ô Jean, Apôtre ! toi qui as gardé la Vierge comme la prunelle de l’œil, demande pour nous au Christ une grande miséricorde.

    La sommité des Apôtres, la trompette de la théologie, le guide spirituel qui a soumis à Dieu l’univers, venez, fidèles, célébrons son bonheur : c’est le très illustre Jean, transporté de la terre et non enlevé à la terre ; mais vivant et attendant le second et terrible avènement du Seigneur, auquel, pour assister sans reproches, nous qui célébrons ta mémoire, daigne nous recommander, ô ami mystique du Christ, toi qui amoureusement reposas sur sa poitrine.

 

    Nous terminerons, suivant notre usage, cet ensemble de louanges à la gloire de saint Jean, par une Séquence du moyen âge des Églises d’Occident, que nous emprunterons au recueil de l’abbaye de Saint-Gall. Elle est de la composition de Notker, et a été, pendant de longs siècles, en usage dans nos Missels Romains-Français.

    SÉQUENCE.

Joannes, Jesu Christo Multum dilecte virgo.

Tu ejus amore Carnalem in navi Parentem liquisti.

Tu leve conjugis Pectus respuisti, Messiam secutus,
Ut ejus pectoris Sacra meruisses Fluenta potare.

Tuque in terris positus, Gloriam conspexisti Filii Dei,
Quae solum Sanctis In vita creditur Contuenda esse perenni.

Te Christus In cruce triumphans, Matri suae dedit custodem;
Ut Virgo Virginem servares, Atque curam suppeditares.

Tute carcere Flagrisque fractus, Testimonio pro Christo Es gavisus.

Idem mortuos suscitas, Inque Jesu nomine Venenum forte vincis.
Tibi summus tacitum Prae caeteris Verbum suum Pater revelat.

Tu nos omnes Sedulis precibus Apud Deum

Semper commenda, Joannes, Christi care. Amen.

 

    Jean, disciple vierge, tant aimé de Jésus !

    C’est toi qui, par son amour, as laissé dans ta barque ton père selon la chair ;

    Toi qui, pour suivre le Messie, as dédaigné le cœur d’une jeune épouse ;

    Toi qui méritas de goûter les eaux sacrées qui jaillissent du cœur de ce Messie ;

    Toi qui, sur cette terre, as contemplé la gloire du Fils de Dieu :

    Cette gloire qu’il n’est donné de voir, et nous le croyons ainsi, qu’aux seuls Saints dans la vie éternelle.

    C’est toi que le Christ, sur sa croix triomphale, donna pour gardien à sa Mère.

    Vierge, tu reçus sous ta garde la Vierge ; et elle fut commise à tes soins.

    Captif dans un cachot, brisé par les fouets, tu t’es réjoui de rendre témoignage au Christ.

    C’est encore toi qui ressuscitas les morts, et qui, par le nom de Jésus, as vaincu le poison.

    A toi, le Père suprême révèle son Verbe caché, plus qu’aux autres mortels.

    Toi donc, par d’assidues prières, recommande-nous tous à Dieu,

    O Jean, cher au Christ ! Amen.

 

    Disciple chéri de l’Enfant qui nous est né, combien votre félicité est grande ! combien admirable est la récompense de votre amour et de votre virginité ! En vous s’est accomplie la parole du Maître : Heureux ceux dont le cœur est pur, car ils verront Dieu. Et non seulement vous l’avez vu, ce Dieu-Homme, mais vous avez été son Ami, vous avez reposé sur son cœur. Jean-Baptiste tremble d’étendre sa main pour plonger dans le Jourdain sa tête divine ; Madeleine, assurée par lui-même d’un pardon immense comme son amour, n’ose lever la tête, et s’arrête à ses pieds ; Thomas attend son ordre pour oser mettre son doigt dans les cicatrices de ses plaies : et vous, en présence de tout le Collège Apostolique, vous prenez auprès de lui la place d’honneur, vous appuyez votre tête mortelle sur son sein. Et non seulement vous jouissez de la vue et delà possession de ce Fils de Dieu dans la chair ; mais, parce que votre cœur est pur, vous volez avec la rapidité de l’aigle, et vous fixez d’un regard assuré le Soleil de Justice, au sein même de cette lumière inaccessible qu’il habite éternellement avec le Père et l’Esprit Saint.

    Tel est donc le prix de la fidélité que vous lui avez montrée en conservant pour lui, pur de toute atteinte, le précieux trésor de la chasteté. Souvenez-vous de nous, ô vous le favori du grand Roi ! Aujourd’hui, nous confessons la divinité de ce Verbe immortel que vous nous avez fait connaître ; mais nous voudrions aussi approcher de lui, dans ces jours où il se montre si accessible, si humble, si plein d’amour, sous les livrées de l’enfance et de la pauvreté. Hélas ! nos péchés nous retiennent ; notre cœur n’est pas pur, comme le vôtre ; nous avons besoin d’un protecteur qui nous introduise à la crèche de notre Maître. (ISAI. I, 3.) Pour jouir de ce bonheur, ô bien-aimé de l’Emmanuel, nous espérons en vous. Vous nous avez dévoilé la divinité du Verbe dans le sein du Père ; conduisez-nous en présence du Verbe fait chair. Que par vous nous puissions entrer dans l’étable, nous arrêter auprès de la crèche, voir de nos yeux, toucher de nos mains le doux fruit de la vie éternelle. Qu’il nous soit donné de contempler les traits si pleins de charmes de Celui qui est notre Sauveur et votre Ami, d’entendre les battements de ce cœur qui vous a aimé et qui nous aime ; de ce cœur qui, sous vos yeux, fut ouvert parle fer delà lance, sur la croix. Obtenez que nous demeurions près de ce berceau, que nous ayons part aux faveurs du céleste Enfant, que nous imitions comme vous sa simplicité.

    Enfin, ô vous qui êtes le fils et le gardien de Marie, présentez-nous à votre Mère qui est aussi la nôtre. Qu’elle daigne, à votre prière, nous communiquer quelque chose de cette tendresse avec laquelle elle veille près du berceau de son divin Fils ; qu’elle voie en nous les frères de ce Jésus que ses flancs ont porté, qu’elle nous associe à l’affection maternelle qu’elle a ressentie pour vous, heureux dépositaire des secrets et des affections de l’Homme-Dieu.

    Nous vous recommandons aussi l’Église de Dieu, ô saint Apôtre ! Vous l’avez plantée, vous l’avez arrosée, vous l’avez embaumée de la céleste odeur de vos vertus, vous l’avez illuminée de vos divins enseignements ; priez maintenant que toutes ces grâces qui sont venues par vous, fructifient jusqu’au dernier jour ; que la foi brille d’un nouvel éclat, que l’amour du Christ se ranime dans les cœurs, que les mœurs chrétiennes s’épurent et refleurissent, et que le Sauveur des hommes, quand il nous dit, par les paroles de votre Évangile : Vous n’êtes plus mes serviteurs, mais mes amis, entende sortir de nos bouches et de nos cœurs une réponse d’amour et de courage qui l’assure que nous le suivrons partout, comme vous l’avez suivi.

 

    Considérons le sommeil de l’Enfant Jésus, dans ce troisième jour de sa naissance. Admirons ce Dieu de bonté descendu du ciel pour inviter tous les hommes à chercher entre ses bras le repos de leurs âmes, se soumettant à prendre son propre repos dans leur demeure terrestre, et sanctifiant par ce divin sommeil la nécessité que nous impose la nature. Tout à l’heure nous nous plaisions à le contempler offrant sur sa poitrine un lieu de reposa saint Jean et à toutes les âmes qui voudront l’imiter dans sa pureté et dans son amour ; maintenant nous le voyons lui-même endormi doucement dans son humble couchette, ou sur le sein de sa Mère.

    Saint Alphonse de Liguori, dans un de ses délicieux cantiques, célèbre ainsi le sommeil du divin Enfant et la tendresse de la Vierge-Mère :

    Fermarono i cieli La loro armonia, Cantando Maria La nanna a Gesù.

    Con voce divina La Virgine bella, Più vaga che stella, Diceva cosi :

    Mio figlio, mio Dio, Mio caro tesoro, Tu dormi, ed io moro Per tanta beltà.

    Dormendo, mio bene, Tua Madre non miri, Ma l’aura che spiri, E foco per me.

    Cogli occhi serrati Voi pur mi ferite ;    Or quando li aprite, Per me che sarà ?

    La guance di rose Mi rubano il core : O Dio ! che si more Quest’ alma per te.

    Mi sforza a baciarti Un labbro si raro : Perdonami, caro, Non posso più, no.

Si tacque, ed al petto Stringendo il Bambino, Al volto divino     Un baci donò.

    Si desta il diletto ; E tutto amoroso, Con ecchio vezzoso La madre guardò.

    Ah Dio ! ch’alia madre Quegli occhi , quel guardo Fu strale, fu dardo, Che l’alma feri.

    E tu non languisci, O dur’ alma mia, Vedendo Maria Languir per Gesù.

    Se tardi v’amai, Bellezze divine, Ormai senza fine Per voi arderò.

    Il Figlio e la Madre, La Madre col Figlio, La rosa col giglio Quest’alma vorrà.

 

    « Les cieux ont suspendu leur douce harmonie, lorsque Marie a chanté pour endormir Jésus. — De sa voix divine, la Vierge de beauté, plus brillante qu’une étoile, disait ainsi : — Mon fils, mon Dieu, mon cher trésor, tu dors ; et moi je meurs d’amour pour ta beauté. — Dans ton sommeil, ô mon bien, tu ne regardes pas ta mère ; mais l’air que tu respires est du feu pour moi. — Tes yeux fermés me pénètrent de leurs traits ; que sera-ce de moi quand tu les ouvriras ? — Tes joues de rose ravissent mon cœur ! O Dieu ! mon âme se meurt pour toi. — Tes lèvres charmantes attirent mon baiser ; pardonne, ô chéri, je n’en puis plus. — Elle se tait, et pressant l’enfant sur son sein, elle dépose un baiser sur son divin visage. — Mais l’enfant aimé se réveille ; et de ses beaux yeux pleins d’amour, il regarde sa mère. — O Dieu ! pour la mère, ces yeux, ces regards, quel trait d’amour qui blesse et traverse son cœur ! — Et toi, mon âme, si dure, tu ne languis pas à ton tour, en voyant Marie languir de tendresse pour son Jésus ? — Divines beautés, je vous ai aimées tard, mais désormais je brûlerai pour vous sans fin. — Le Fils et la Mère, la Mère avec le Fils, la rose avec le lis, ont pour jamais tous mes amours. »

 

    Honorons donc le sommeil de Jésus enfant ; rendons nos hommages au nouveau-né dans cet état de repos volontaire, et songeons aux fatigues qui l’attendent au réveil. Il grandira, cet enfant ; il deviendra un homme, et il marchera, à travers tous les labeurs, à la recherche de nos âmes, pauvres brebis égarées. Que du moins, dans ces premières heures de sa vie mortelle, son sommeil ne soit pas troublé ; que la pensée de nos péchés n’agite pas son cœur ; que Marie jouisse en paix du bonheur de contempler le repos de cet Enfant qui doit plus tard lui causer tant de larmes. Le jour viendra assez tôt où il dira : « Les renards ont leurs tanières, les oiseaux du ciel ont leurs nids ; et le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête. »

    Pierre de Celles dit admirablement, dans son quatrième Sermon sur la Nativité du Seigneur : « Le Christ a eu trois endroits où reposer sa tête. « D’abord, le sein de son Père éternel. Il dit : Je suis dans le Père, et le Père est en moi . Quel repos plus délectable que cette complaisance du « Père dans le Fils, et du Fils dans le Père ? Dans une mutuelle et ineffable dilection, ils sont heureux par l’union. Mais, tout en conservant ce lieu de repos éternel, le Fils de Dieu en a cherché un second au sein de la Vierge. Il l’a couverte de l’ombre de l’Esprit Saint, et il a pris en elle un long sommeil, pendant que se formait en elle son corps humain. La très pure Vierge n’a point troublé le sommeil de son Fils ; elle a tenu toutes les puissances de son âme dans un silence digne du ciel, et ravie en elle-même, elle entendait des mystères qu’il n’est pas donné à l’homme de répéter. Le troisième lieu du repos du Christ est en l’homme. Il est dans un cœur purifié par la foi, dilaté par la charité, élevé par la contemplation, renouvelé par l’Esprit Saint. Un tel cœur offrira au Christ, non pas une demeure terrestre, mais une habitation toute céleste, et l’Enfant qui nous est né ne refusera pas d’y prendre son repos. »

    A la gloire de ce Verbe éternel, fait chair pour notre salut, nous consacrerons cette Hymne de notre grand poète ecclésiastique, Prudence

 

    HYMNE.

Corde natus ex parentis
Ante mundi exordium
A et O cognominatus:
Ipse fons et clausula
Omnium quae sunt, fuerunt,
Quaeque post futura sunt.

Ipse jussit, et creata,
Dixit ipse, et facta sunt;
Terra, coelum, fossa ponti,
Trina rerum machina,
Quaeque in his vigent sub alto
Solis et lunae globo.

Corporis formam caduci,
Membra morti obnoxia
Induit, ne gens periret
Primoplasti ex germine,
Merserat quem lex profundo
Noxialis Tartaro.

O beatus ortus ille,
Virgo cum puerpera
Edidit nostram salutem,
Foeta Sancto Spiritu,
Et puer Redemptor orbis 
Os sacratum protulit.

Psallat altitudo coeli,
Psallite, omnes Angeli,
Quidquid est virtutis usquam,
Psallat in laudem Dei:
Nulla linguarum silescat,
Vox et omnia consonet.

Ecce quem vates vetustis
Concinebant saeculis,
Quem Prophetarum fideles
Paginae spoponderant,
Emicat promissus olim:
Cuncta collaudent eum.

Te senes et te juventus,
Parvulorum te chorus,
Turba matrum, virginumque,
Simplices puellulae,
Voce concordes pudicis
Perstrepant concentibus.

Fluminum lapsus, et undae
Littorum crepidines,
Imber, aestus, nix, pruinae,
Silva et aura, nox, dies,
Omnibus te concelebrent
Saeculorum saeculis.
Amen.

 

    NÉ du sein du Père, avant le commencement du monde, appelé l’Alpha et l’Oméga , le Verbe est la source et le terme de tout ce qui est, de tout ce qui fut, de tout ce qui sera.

    Il a commandé, et toutes choses ont été créées ; il a dit, et tout a été fait : la terre, le ciel, les abîmes de la mer, la triple sphère, tout ce qui vit sous le soleil et sous la lune.

    Pour sauver de la mort la famille du premier homme, qu’une loi funeste avait plongé dans les profondeurs de l’enfer, il a revêtu la forme d’un corps fragile, des membres sujets à la mort.

    O heureuse naissance ! quand une Vierge-Mère, féconde par l’Esprit Saint,mit au jour notre salut, et que l’Enfant , Rédempteur du monde, nous fit voir ses traits sacrés !

    Que les hauteurs du ciel retentissent de concerts ; chantez , Esprits célestes ; que tout ce qui respire entonne un cantique à la louange de Dieu ; que nulle langue ne se taise ; que toute voix s’unisse.

    Voici Celui que les poètes divins chantaient dans les siècles antiques, que les pages fidèles des prophètes avaient annoncé. Ce Messie, promis autrefois, parait : que toute créature entonne ses louanges.

    Verbe incarné ! que les vieillards et les jeunes hommes, que le chœur des enfants, que la troupe des mères, des vierges, des jeunes filles au cœur simple, unissant leurs voix, éclatent en concerts pudiques.

    Que les fleuves et leurs cascades, que la mer, ses côtes et ses rivages, que les pluies, les ardeurs de l’été, les neiges, les brouillards, les forêts, les airs, la nuit, le jour, célèbrent ta naissance dans les siècles des siècles. Amen.

 

    A la très sainte et très miséricordieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, nous offrirons cette Prose gracieuse tirée de nos anciens Missels Romains-Français.

    SEQUENCE.

Laetare, puerpera,
Laeto puerperio,
Cujus casta viscera
Foecundantur Filio.

Lacte fluunt ubera
Cum pudoris lilio;
Membra foves tenera,
Virgo, lacte proprio.

Patris Unigenitus,
Per quem fecit saecula.
Hic degit humanitus.
Sub Matre paupercula.

Ibi sanctos reficit
Angelos laetitia:
Hic sitit et esurit
Degens ab infantia.

Ibi regit omnia.
Hic a Matre regitur:
Ibi dat imperia,
Hic ancillae subditur.

Ibi summi culminis
Residet in solio;
Hic ligatus fasciis
Vagit in praesepio.

O homo! considera,
Revocans memoriae,
Quanta sint haec opera
Divinae clementiae.

Non desperes veniam,
Si multum deliqueris,
Ubi tot insignia
Charitatis videris.

Sub Matris refugio
Fuge, causa veniae:
Nam tenet in gremio
Fontem indulgentiae.

Hanc salutes saepius
Cum spei fiducia,
Dicens, flexis genibus:
Ave plena gratia.

Quondam flentis lacrymas
Sedabas uberibus:
Nunc iratum mitigas
Pro nostris excessibus.

Jesu, lapsos respice,
Piae Matris precibus;
Emendatos effice
Dignos coeli civibus. Amen.

 

    Réjouissez-vous, Vierge-Mère, de votre joyeux enfantement, vous dont les chastes entrailles devenues fécondes ont conçu un Fils.

    Vos mamelles distillent le lait, sous le lis de la pudeur ; Vierge, vous nourrissez d’un lait qui est à vous les membres délicats de votre Fils.

    Le Fils unique du Père, par qui il a fait les siècles, habite ici-bas dans l’humanité, soumis à une Mère pauvre.

    Au ciel, il repaît d’allégresse les saints Anges ; ici, il a soif, il a faim, dès son enfance.

    Au ciel, il régit toutes choses ; ici, il est conduit par une Mère. Au ciel, il donne les empires ; ici, il se soumet à sa servante.

    Au ciel, il réside sur le trône suprême ; ici, lié de bandelettes, il vagit dans une crèche.

    O homme ! considère, rappelle à ta mémoire combien grandes sont les œuvres de la divine clémence.

    Ne désespère pas du pardon, si tu as beaucoup péché, quand tu vois les merveilles d’un tel amour.

    Fuis sous la protection de la Mère, l’instrument de ton pardon : car elle tient entre ses bras la source de miséricorde.

    Salue-la bien souvent dans l’espoir et la confiance ; fléchis tes genoux, et dis-lui : Salut, ô pleine de grâce !

    Autrefois, quand il pleurait, vous lui présentiez votre sein, et ses larmes s’arrêtaient ; aujourd’hui, apaisez-le, irrite par nos péchés.

    Jésus nous sommes tombés ! tournez vers nous vos regards : par les prières d’une Mère si tendre, amendez-nous et rendez-nous dignes citoyens du ciel. Amen.

 

    XXVIII DÉCEMBRE. LES SAINTS INNOCENTS.

 

    La fête du Disciple bien-aimé succède la solennité des saints Innocents ; et le berceau de l’Emmanuel, auprès duquel nous avons vénéré le Prince des Martyrs et l’Aigle de Pathmos, nous apparaît aujourd’hui environné d’une troupe gracieuse de petits enfants, vêtus de robes blanches comme la neige, et tenant en main des palmes verdoyantes. Le divin Enfant leur sourit ; il est leur Roi, et toute cette petite cour sourit aussi à l’Église de Dieu. La force et la fidélité nous ont introduits auprès du Rédempteur ; l’innocence aujourd’hui nous convie à rester près de la crèche.

    Hérode a voulu envelopper le Fils de Dieu même dans un immense massacre d’enfants ; Bethléem a entendu les lamentations des mères ; le sang des nouveau-nés a inondé toute la contrée ; mais tous ces efforts de la tyrannie n’ont pu atteindre l’Emmanuel ; ils n’ont fait que préparer pour l’armée du ciel une nombreuse recrue de Martyrs. Ces enfants ont eu l’insigne honneur d’être immolés pour le Sauveur du monde ; mais le moment qui a suivi leur immolation leur a révélé tout à coup des joies futures et prochaines, bien au-dessus de celles d’un monde qu’ils ont traversé sans le connaître. Le Dieu riche en miséricordes n’a pas demandé d’eux autre chose qu’une souffrance de quelques instants ; et ils se sont réveillés au sein d’Abraham, francs et libres de toute autre épreuve, purs de toute souillure mondaine, appelés au triomphe comme le guerrier qui a donné sa vie pour sauver celle de son chef.

    Leur mort est donc un Martyre, et c’est pourquoi l’Église les honore du beau nom de Fleurs des Martyrs, à cause de leur âge tendre et de leur innocence. Ils ont donc droit de figurer aujourd’hui sur le Cycle, à la suite des deux vaillants champions du Christ que nous avons célébrés. Saint Bernard, dans son Sermon sur cette fête, explique admirablement l’enchaînement de ces trois solennités : « Nous avons, dit-il, dans le bienheureux Étienne, l’œuvre et la volonté du Martyre ; dans le bienheureux Jean, nous remarquons seulement la volonté du Martyre ; et dans les bienheureux Innocents, l’œuvre seule du Martyre. Mais qui doutera, néanmoins, de la couronne obtenue par ces enfants ? Demanderez-vous où sont leurs mérites pour cette couronne ? Demandez plutôt à Hérode le crime qu’ils ont commis pour être ainsi moissonnés ? La bonté du Christ sera-t-elle vaincue par la cruauté d’Hérode ? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents ; et le Christ ne pourrait couronner ceux qui ne sont morts qu’à cause de lui ?

    « Étienne aura donc été Martyr aux yeux des hommes qui ont été témoins de sa Passion subie volontairement, jusque-là qu’il priait pour ses persécuteurs, se montrant plus sensible à leur crime qu’à ses propres blessures. Jean aura donc été Martyr aux yeux des Anges qui, étant créatures spirituelles, ont vu les dispositions de son âme. Certes, ceux-là aussi auront été vos Martyrs, ô Dieu ! dans lesquels ni l’homme, ni l’Ange n’ont pu, il est vrai, découvrir de mérite, mais que la faveur singulière de votre grâce s’est chargée d’enrichir. C’est de la bouche des nouveau-nés et des enfants à la mamelle que vous vous êtes plu à faire sortir votre louange. Quelle est cette louange ? Les Anges ont chanté : Gloire à Dieu, au plus haut des deux ; et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! C’est là, sans doute, une louange sublime ; mais elle ne sera complète que lorsque Celui qui doit venir aura dit : Laissez venir à moi les petits enfants ; car le Royaume des deux est à ceux qui leur ressemblent ; paix aux hommes, même à ceux qui n’ont pas l’usage de leur volonté : tel est le mystère de ma miséricorde. »

    Dieu a daigné faire pour les Innocents immolés à cause de son Fils ce qu’il fait tous les jours par le sacrement de la régénération, si souvent appliqué à des enfants que la mort enlève dès les premières heures de la vie ; et nous, baptisés dans l’eau, nous devons rendre gloire à ces nouveau-nés, baptisés dans leur sang, et associés à tous les mystères de l’enfance de Jésus-Christ. Nous devons aussi les féliciter, avec l’Église, de l’innocence que cette mort glorieuse et prématurée leur a conservée. Purifiés d’abord parie rite sacré qui, avant l’institution du Baptême, enlevait la tache originelle, visités antérieurement par une grâce spéciale qui les prépara à l’immolation glorieuse pour laquelle ils étaient destinés, ils ont habité cette terre, et ils ne s’y sont point souillés. Que la société de ces tendres agneaux soit donc à jamais avec l’Agneau sans tache ! et que ce monde, vieilli dans le péché, mérite miséricorde en s’associant, par ses acclamations, au triomphe de ces élus de la terre qui, semblables à la colombe de l’arche, n’y ont pas trouvé où poser leurs pieds !

    Néanmoins, dans cette allégresse du ciel et de la ferre, la sainte Église Romaine ne perd pas de vue la désolation des mères qui virent ainsi arracher de leur sein, et immoler par le glaive des soldats ces gages chéris de leur tendresse. Elle a recueilli le cri de Rachel, et ne cherche point à la consoler, si c n’est en compatissant à son affliction. Pour honorer cette maternelle douleur, elle consent à suspendre aujourd’hui une partie des manifestations de la joie qui inonde son cœur durant cette Octave du Christ naissant. Elle n’ose revêtir dans ses vêtements sacrés la couleur de pourpre des Martyrs, pour ne pas rappeler trop vivement ce sang qui jaillit jusque sur le sein des mères ; elle s’interdit même la couleur blanche, qui marque l’allégresse et va mal à de si poignantes douleurs. Elle revêt la couleur violette, qui est celle du deuil et des regrets. Aujourd’hui même, si la fête ne tombe pas le Dimanche, elle va jusqu’à suspendre le chant du Gloria in excelsis, qui pourtant lui est si cher en ces jours où les Anges l’ont entonné sur la terre ; elle renonce au joyeux Alleluia, dans la célébration du Sacrifice ; enfin elle se montre, comme toujours, inspirée par cette délicatesse sublime et chrétienne dont la sainte Liturgie est une si merveilleuse école.

    Mais, après cet hommage rendu à la tendresse maternelle de Rachel, et qui répand sur tout l’Office des saints Innocents une touchante mélancolie, elle ne perd pas de vue la gloire dont jouissent ces bienheureux enfants ; et elle consacre à leur solennelle mémoire une Octave entière, comme elle l’a fait pour saint Étienne et pour saint Jean. Dans ses Cathédrales et ses Collégiales, elle honore aussi, en ce jour, les enfants qu’elle appelle à joindre leurs voix innocentes à celles des prêtres et des autres ministres sacrés. Elle leur accorde de gracieuses distinctions, jusque dans le chœur même ; elle jouit de l’allégresse naïve de ces jeunes coopérateurs qu’elle emploie à rehausser ses pompes mystérieuses ; en eux, elle rend gloire au Christ Enfant, et à l’innocente cohorte des tendres rejetons de Rachel.

    A Rome, la Station qui, le jour de saint Étienne, s’est tenue dans l’Église de ce premier des Martyrs, sur le Mont Coelius, et le jour de saint Jean, dans la Basilique de Saint-Jean-de-Latran, où le Disciple bien-aimé partage les honneurs de Jean le Précurseur, a lieu aujourd’hui dans la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, dont le trésor se glorifie de posséder plusieurs des corps des saints Innocents. Au xvie siècle ; Sixte-Quint en enleva une partie, pour les placer dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, près de la Crèche du Sauveur.

 

    A LA MESSE.

    La sainte Église exalte la sagesse de Dieu, qui a su déjouer les calculs de la politique d’Hérode, et tirer sa gloire de la cruelle immolation des enfants de Bethléem, en les élevant à la dignité de Martyrs du Christ, dont ils célèbrent les grandeurs dans une reconnaissance éternelle.

    INTROÏT.

Ex ore infantium, Deus, et lactentium perfecisti laudem propter inimicos tuos.
Ps. Domine, Dominus noster, quart admirabile est Nomen tuum in universa terra!
Gloria Patri. Ex ore .

    Vous avez tiré, ô Dieu ! votre louange de la bouche des nouveau-nés et des enfants à la mamelle, pour confondre vos ennemis.

    Ps. Que votre Nom est admirable par toute la terre, Seigneur notre Dieu ! Gloire au Père. Vous avez tiré.

    Dans la Collecte, l’Église demande que ses fidèles confessent à leur tour la foi de Jésus-Christ par leurs œuvres. Autre est le témoignage des enfants qui ne parlent qu’en souffrant ; autre est le témoignage du chrétien parvenu à l’âge de raison, et auquel la foi a été donnée pour qu’il la confesse, devant les tyrans s’il s’en élève, mais toujours devant le monde et les passions. Nul n’a été appelé au divin caractère du chrétien pour en garderie secret.

    COLLECTE.

Deus, cujus hodierna die praeconium Innocentes Martyres non loquendo, sed monendo confessi sunt: omnia in nobis vitiorum mala mortifica, ut fidem tuam, quam lingua nostra loquitur, etiam moribus vita fateatur. Per Dominum.

    O Dieu ! dont les Innocents Martyrs ont confessé aujourd’hui la gloire, non parleurs paroles, mais par leur mort ; mortifiez en nous les passions et les vices, afin que votre foi que notre langue publie , soit aussi confessée par nos mœurs. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Mémoire de Noël.

Oremus

Concede, quaesumus, omnipotens Deus; ut nos Unigeniti tui nova per carnem Nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet.

PRIONS.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle Naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché.

 

    Mémoire de saint Étienne.

Da nobis, quaesumus, Domine, imitari quod colimus; ut discamus et inimicos diligere; quia ejus natalitia celebramus, qui novit etiam pro persecutoribus exorare Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum.

    ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, d’imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer nos ennemis, puisque nous célébrons la solennité de celui qui a su implorer même pour ses persécuteurs , Jésus-Christ notre Seigneur votre Fils.

 

    Mémoire de saint Jean.

Ecclesiam tuam, Domine, benignus illustra: ut beati Joannis, Apostoli tui et Evangelistae, illuminata doctrinis, ad dona perveniat sempiterna. Per Dominum.

    Répandez, Seigneur, dans la votre bonté, votre lumière sur votre Église, afin qu’étant illuminée par les enseignements du bienheureux Jean, votre Apôtre et Évangéliste, elle parvienne aux dons éternels. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    EPITRE.

Lectio libri Apocalypsis beati Joannis Apostoli. Cap. XIV.

In diebus illis: Vidi supra montem Sion Agnum stantem, et cum eo centum quadraginta quatuor millia, habentes nomen ejus; et nomen Patris ejus scriptum in frontibus suis. Et audivi vocem de coelo, tamquam vocem aquarum multarum, et tamquam vocem tonitrui magni; et vocem quam audivi, sicut citharaedorum citharizantium in citharis suis. Et cantabant quasi canticum novum ante sedem, et ante quatuor animalia et seniores; et nemo poterat dicere canticum, nisi illa centum quadraginta quatuor millia, qui empti sunt de terra. Hi sunt qui cum mulieribus non sunt coinquinati: virgines enim sunt. Hi sequuntur Agnum quocumque ierit. Hi empti sunt ex hominibus, primitiae Deo et Agno, et in ore eorum non est inventum mendacium: sine macula enim sunt ante thronum Dei.

 

    Lecture du Livre de l’Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap. XIV.

    En ces jours-là, je vis l’Agneau qui était debout sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes qui avaient son Nom et celui de son Père écrits sur leurs fronts. Et j’entendis une voix du ciel, comme la voix des grandes eaux, et comme la voix d’un grand tonnerre. Et la voix que j’entendis était comme le son de plusieurs harpes touchées par un chœur de musiciens. Et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône de Dieu et les quatre animaux et les vieillards ; et nul ne pouvait chanter ce cantique, que ces cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont ceux-là qui ne se sont pas souillés avec les femmes ; car ils sont vierges. Ceux-là suivent l’Agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, pour être les prémices offertes à Dieu et à l’Agneau ; et le mensonge ne s’est pas trouvé dans leur bouche ; car ils sont sans tache devant le trône de Dieu.

 

    Par le choix de ce passage mystérieux de l’Apocalypse, l’Église nous montre l’estime qu’elle fait de l’innocence, et l’idée que nous en devons avoir. Les Innocents suivent l’Agneau , parce qu’ils sont purs. Leurs œuvres personnelles sur la terre n’ont pas frappé les regards, mais ils ont traversé rapidement la voie de ce monde, sans avoir été atteints de ses souillures. Moins éprouvée que celle de Jean, leur pureté, empourprée de leur sang, n’en a pas moins attiré les regards de l’Agneau ; et ils lui sont donnés pour compagnie. Que le chrétien donc soupire après cette innocence qui mérite de si hautes distinctions. S’il l’a conservée, qu’il la garde et la défende avec la jalousie qu’on met à veiller sur un trésor ; s’il l’a perdue, qu’il la répare par les labeurs de la pénitence ; et quand il l’aura recouvrée, qu’il réalise la parole du Maître qui a dit : « Celui qui a été lavé est pur désormais. » (JOHAN. XIII, 10.)

    Dans le Graduel, les Innocents bénissent le Seigneur qui a brisé pour eux le filet dans lequel le monde les voulait tenir captifs. Comme le passereau ils se sont envolés ; et leur vol rapide, que rien n’appesantissait, les a portés jusqu’au ciel.

    Le Trait exhale l’indignation de Rachel sur la cruauté d’Hérode et de ses soldats. Il appelle la vengeance céleste qui ne manqua pas d’éclater contre cette ignoble famille de tyrans.

    GRADUEL.

Anima nostra, sicut passer, erepta est de laqueo venantium.
V. Laqueus contritus est, et nos liberati sumus: adjutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit coelum et terram.

    Notre âme s’est arrachée, comme le passereau , du filet de l’oiseleur.

    V/. Le filet a été rompu, et nous nous sommes échappés ; notre secours est dans le Nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

    TRAIT.

Effuderunt sanguinem Sanctorum, velut aquam, in circuitu Jerusalem.
V. Et non erat qui sepeliret.
V. Vindica, Domine, sanguinem Sanctorum tuorum, qui effusus est super terram.

    V/. Ils ont répandu le sang des Saints comme l’eau autour de Jérusalem.

    V/. Et il n’y avait personne pour les ensevelir.

    V/. Vengez, Seigneur, le sang de vos Saints, qui a été répandu sur la terre.

 

    Si la fête des saints Innocents tombe le Dimanche, pour adoucir un peu la tristesse de ses chants, l’Église reprend l’Alleluia.

Alleluia, alleluia.
V. Laudate pueri Dominum, laudate nomen Domini.
Alleluia.

    Alleluia, alleluia.

    Enfants, louez le Seigneur ; glorifiez le Nom du Seigneur.

    Alleluia.

 

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. II.

    In illo tempore: Angelus Domini apparuit in somnis Joseph, dicens: surge, et accipe puerum et matrem ejus, et fuge in Aegyptum, et esto ibi usque dum dicam tibi. Futurum est enim, ut Herodes quaerat puerum ad perdendum eum. Qui consurgens, accepit puerum et matrem ejus nocte, et secessit in Aegyptum, et erat ibi usque ad obitum Herodis; ut adimpleretur quod dictum est a Domino per Prophetam dicentem: Ex Aegypto vocavi Filium meum. Tunc Herodes videns quoniam illusus esset a Magis, iratus est valde: et mittens, occidit omnes Pueros qui erant in Bethlehem, et in omnibus finibus ejus, a bimatu et infra, secundum tempus quod exquisierat a Magis. Tunc adimpletum est quod dictum est per Jeremiam Prophetam dicentem: Vox in Rama audita est, ploratus et ululatus multus: Rachel plorans filios suos; et noluit consolari, quia non sunt.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. II

    En ce temps-là, l’Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et lui dit : Lève-toi et prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte, et y demeure jusqu’à ce que je te dise d’en partir ; car Hérode cherchera l’enfant pour le faire périr. Joseph, se levant, prit l’enfant et sa mère, durant la nuit, et se retira en Égypte, et il y demeura jusqu’à la mort d’Hérode, afin que fût accomplie cette parole que le Seigneur avait dite par le Prophète : J’ai rappelé mon Fils de l’Égypte. Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les Mages, entra dans une grande colère, et envoya tuer tous les enfants qui étaient dans Bethléem et tout le pays d’alentour, âgés de deux ans et au-dessous, selon le temps qu’il s’était fait expliquer par les Mages. Alors fut accompli ce qui avait été dit par le Prophète Jérémie : Une voix s’est fait entendre dans Rama, des pleurs et des cris lamentables : c’est Rachel qui pleure ses enfants, et elle ne veut pas se consoler, parce qu’ils ne sont plus.

 

    Le saint Évangile raconte avec sa sublime simplicité le Martyre des Innocents. Hérode envoya tuer tous les enfants. Cette riche moisson pour le ciel fut coupée, et la terre ne s’en émut pas. Les lamentations de Rachel montèrent seules jusqu’au ciel, et bientôt le silence se fit dans Bethléem. Mais les heureuses victimes n’en étaient pas moins enlevées par le Seigneur, pour former la cour de son Fils. Jésus, du fond de son berceau, les contemplait et les bénissait ; Marie compatissait à leurs courtes souffrances, et à la douleur des mères ; l’Église qui allait bientôt naître devait glorifier, dans tous les siècles, cette immolation de tendres agneaux, et fonder les plus grandes espérances sur le patronage de ces enfants devenus tout d’un coup si puissants sur le cœur de son céleste Époux.

    Pendant l’Offrande, la voix des Innocents se fait encore entendre ; ils répètent leur touchant Cantique ; simples passereaux, rendus à la liberté, ils remercient la main qui a brisé le lacs où ils pouvaient périr.

    OFFERTOIRE.

Anima nostra, sicut passer erepta est de laqueo venantium: laqueus contritus est, et nos liberati sumus.

    Notre âme s’est arrachée comme le passereau du filet de l’oiseleur : le filet a été rompu, et nous nous sommes échappés.

 

    SECRETE.

Sanctorum tuorum, Domine, nobis pia non desit oratio; quae et munera nostra conciliet, et tuam nobis indulgentiam semper obtineat. Per Dominum.

    Que la dévote prière de vos Saints ne nous fasse pas défaut, Seigneur ; qu’elle vous rende agréables nos offrandes, et qu’elle nous obtienne toujours votre indulgence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Mémoire de Noël.

Oblata, Domine, munera, nova Unigeniti tui Nativitate sanctifica, nosque a peccatorum nostrorum maculis emunda.

    Sanctifiez, Seigneur, les dons que nous vous offrons, dans la nouvelle Nativité de votre Fils unique, et purifiez-nous des taches de nos péchés.

 

    Mémoire de saint Étienne.

Suscipe, Domine, munera, pro tuorum commemoratione Sanctorum: ut sicut illos passio gloriosos effecit, ita nos devotio reddat innocuos.

    Recevez, Seigneur, les dons que nous vous offrons en mémoire de vos Saints ; afin que, comme leur Passion les a rendus glorieux, ainsi notre religion envers eux nous restitue à l’innocence.

    

Mémoire de saint Jean.

Suscipe, Domine, munera, quae in ejus nos tibi solemnitate deferimus, cujus nos confidimus patrocinio liberari. Per Dominum.

    Recevez, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons dans la solennité de celui par la protection duquel nous avons la confiance d’être délivrés. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Dans l’Antienne de la Communion, on entend retentir encore la voix de Rachel. L’Église, nourrie du divin mystère de charité, n’a garde d’oublier la désolation des mères. Elle y compatit jusqu’à la fin ; mais, au fond de son cœur, elle s’élève jusqu’à celui qui peut seul consoler de telles douleurs.

    COMMUNION.

Vox in Rama audita est, ploratus et ululatus: Rachel plorans filios suos; et noluit consolari, quia non sunt.

    Une voix s’est fait entendre dans Rama, des pleurs et des cris lamentables : c’est Rachel qui pleure ses enfants, et elle ne veut pas se consoler, parce qu’ils ne sont plus.

 

    POSTCOMMUNION

Votiva, Domine, dona percepimus: quae Sanctorum nobis precibus, et praesentis quaesumus vitae, pariter et aeternae tribue conferre subsidium. Per Dominum.

    Nous avons participé, Seigneur, aux offrandes que nous vous avions vouées ; faites, par les prières de vos Saints, qu’elles nous procurent les secours de la vie présente et ceux de la vie éternelle. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Mémoire de Noël.

Praesta, quaesumus, omnipotens Deus: ut natus hodie Salvator mundi, sicut divinae nobis generationis est auctor, ita et immortalitatis sit ipse largitor.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que le Sauveur du monde, qui, en naissant aujourd’hui, est pour nous-mêmes l’auteur d’une naissance divine, nous accorde aussi l’immortalité.

 

    Mémoire de saint Étienne.

Auxilientur nobis, Domine, sumpta mysteria, et intercedente beato Stephano, Martyre tuo, sempiterna protectione confirment.

    Faites, Seigneur, que les Mystères auxquels nous avons participé, soient pour nous un secours, et que, par l’intercession du bienheureux Étienne, votre Martyr, nous en recevions une continuelle protection.

 

    Mémoire de saint Jean

Refecti cibo potuque coelesti, Deus noster, te supplices deprecamur, ut in cujus haec commemoratione percepimus, ejus muniamur et precibus. Per Dominum nostrum.

    Étant rassasiés de la nourriture et du breuvage célestes, nous vous supplions, notre Dieu, de permettre que nous soyons protégés par les prières de celui en mémoire duquel nous avons reçu cette divine nourriture. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    A VEPRES.

 

    On chante d’abord, comme aux Fêtes de saint Étienne et de saint Jean, les Antiennes et les Psaumes de Noël, pages 127-131 ; après quoi l’Office des saints Innocents reprend son cours.

 

    CAPITULE. (Apoc. XIV.)

Beatus vir qui suffert tentationem: quoniam, cum probatus fuerit, accipiet coronam vitae, quam repromisit Deus diligentibus se.

Je vis l’Agneau qui était debout sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes qui avaient son Nom, et le Nom de son Père, écrits sur leurs fronts.

    HYMNE.

SALVETE, flores martyrum,
quos lucis ipso in limine
Christi insecutor sustulit
ceu turbo nascentes rosas.

Vos prima Christi victima,
grex immolatorum tener,
aram sub ipsam simplices
palma et coronis luditis.

Iesu, tibi sit gloria,
qui natus es de Virgine,
cum Patre et almo Spiritu,
in sempiterna saecula. Amen.

 

Salut, ô fleurs des Martyrs ! que, sur le seuil même de la vie, un fer cruel a moissonnés, comme la tempête brise des roses naissantes.

    Premières victimes du Christ, tendre troupeau d’enfants immolés ! sous l’autel, avec simplesse, vous vous jouez dans vos palmes et vos couronnes.

    A vous soit la gloire, ô Jésus ! qui êtes né de la Vierge ; gloire au Père et au Saint-Esprit dans les siècles éternels ! Amen.

 

V. Sub throno Dei omnes Sancti clamant:
R. Vindica sanguinem nostrum, Deus noster.

    V/. Sous le trône de Dieu les Saints font entendre ce cri :

    R/. Vengez notre sang, ô notre Dieu !

 

    ANTIENNE DE Magnificat.

Ant. Innocentes pro Christo infantes occisi sunt, ab iniquo rege lactentes interfecti sunt: ipsum sequuntur Agnum sine macula, et dicunt semper: Gloria tibi, Domine.

    Ant. Les enfants Innocents ont été immolés pour le Christ, un roi inique a fait périr ceux qui étaient encore à la mamelle ; ils suivent l’Agneau sans tache, et disent à jamais : Gloire à vous, ô Seigneur !

    ORAISON.

Deus, cujus hodierna die praeconium Innocentes Martyres non loquendo, sed moriendo confessi sunt, omnia in nobis vitiorum mala mortifica: ut fidem tuam, quam lingua nostra loquitur, etiam moribus vita fateatur. Per Christum.

    O Dieu, dont les Innocents Martyrs ont confessé aujourd’hui la gloire, non par leurs paroles, mais par leur mort, mortifiez en nous les passions et les vices, afin que votre foi, que notre langue publie, soit aussi confessée par nos mœurs, par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Mémoire de saint Thomas de Cantorbéry, Évêque et Martyr.

Ant. Iste Sanctus pro lege Dei sui certavit usque ad mortem, et a verbis impiorum non timuit : fundatus enim erat supra firmam petram.
V. Gloria et honore coronasti eum, Domine.
R. Et constituisti eum super opera manuum tuarum.

    Ant. Ce saints a combattu jusqu’à la mort pour la loi de son Dieu ; et il n’a pas tremblé devant les menaces des impies ; car il était fondé sur la pierre ferme.

    V/. Vous l’avez couronné de gloire et d’honneur, Seigneur !

    R/. Et vous l’avez établi sur les ouvrages de vos mains.

    ORAISON.

Deus, pro cujus Ecclesia gloriosus Pontifex Thomas gladiis impiorum occubuit: praesta, quaesumus, ut omnes qui ejus implorant auxilium, petitionis suae salutarem consequantur effectum.

    O Dieu, pour l’Église duquel le glorieux pontife Thomas est tombé sous le glaive des impies ; faites, s’il vous plaît, que tous ceux qui implorent son secours, obtiennent l’effet salutaire de leurs demandes.

 

    Mémoire de Noël.

Ant. Hodie Christus natus est, hodie Salvator apparuit, hodie in terra canunt Angeli, laetantur Archangeli: hodie exsultant justi, dicentes: Gloria in excelsis Deo, alleluia.

V. Notum fecit Dominus, alleluia.
R. Salutare suum, alleluia.

    Aujourd’hui est né le Christ ; aujourd’hui le Sauveur a apparu ; aujourd’hui, sur la terre, chantent les Anges, se réjouissent les Archanges ; aujourd’hui les justes tressaillent et répètent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, alleluia.

    V/. Le Seigneur a manifesté, alleluia,

    R/. Le Sauveur qu’il avait promis, alleluia.

ORAISON.

Concede, quaesumus, omnipotens Deus: ut nos Unigeniti tui nova per carnem Nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet.

    Faites, s’il vous plaît, Dieu tout puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché.

 

    Mémoire de saint Étienne.

Ant. Sepelierunt Stephanum viri timorati, et fecerunt planctum magnum super eum. 

V.Stephanus vidit coelos apertos.

R. Vidit et introivit : beatus homo cui coeli patebant.

    Ant. Les hommes craignant Dieu ensevelirent Étienne, et firent ses funérailles avec un grand deuil.

    V/. Étienne vit les cieux ouverts.

    R/. Il les vit, et il y entra : heureux mortel pour qui s’ouvraient les cieux !

    ORAISON.

Da nobis, quaesumus, Domine, imitari quod colimus: ut discamus et inimicos diligere; quia ejus natalitia celebramus, qui novit etiam pro persecutoribus exorare Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum.

    ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, d’imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer nos ennemis ; puisque nous célébrons la naissance de celui qui sut aussi implorer pour ses persécuteurs, Jésus-Christ, notre Seigneur, votre Fils.

 

    Mémoire de saint Jean.

Ant. Exiit sermo inter fratres, quod discipulus ille non moritur: et non dixit Jesus: Non moritur; sed: Sic eum volo manere donec veniam.

Valde honorandus est beatus Johannes:

R. Qui supra pectus Domini in coena recubuit.

    Ant. Il courut un bruit parmi les frères, que ce disciple ne mourrait point ; cependant, Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; mais : Je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne.

    V/. Il est vraiment digne d’honneur, le bienheureux Jean,

    R/. Qui, durant la Cène, reposa sur la poitrine du Seigneur.

    ORAISON.

    Ecclesiam tuam, Domine, benignus illustra: ut beati Johannis, Apostoli tui et Evangelistae, illuminata doctrinis, ad dona perveniat sempiterna. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Daignez, Seigneur, dans votre bonté, répandre la lumière sur votre Église, afin qu’étant illuminée par les enseignements du bienheureux Jean, votre Apôtre et Évangéliste, elle parvienne à la possession des dons éternels. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Nous écouterons maintenant les diverses Églises célébrant le triomphe des saints Innocents, dans des chants pleins de mélodie et de mystères. L’Église de Milan, dans son Missel Ambrosien, nous fournira d’abord cette belle Préface qui se trouve aussi au Sacramentaire Léonien.

    PREFACE.

Vere dignum et justum est, aequum et salutare: nos in pretiosa morte parvulorum te, sancte Pater omnipotens, gloriosius collaudare: quos propter Filii tui Domini nostri Salvatoris infantiam immani saevitia Herodes funestus occidit: immensa clementiae tuae dona cognoscimus. Fulget namque sola magis gratia, quam voluntas: et clara est prius confessio, quam loquela. Ante passio, quam membra passionis existerent: testes Christi, qui ejus nondum fuerant agnitores, O infinita benignitas Omnipotentis: cum pro suo nomine trucidatis, etiam nescientibus, aeternae meritum glorias perire non patitur; sed proprio cruore perfusis et salus regenerationis expletur et imputatur corona martyrii!

 

    C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre gloire, Père tout-puissant, dans la mort précieuse des enfants que la barbarie farouche du cruel Hérode a massacrés, à l’occasion de l’enfance de notre Seigneur et Sauveur votre Fils ; car vous nous y avez manifesté l’immensité des dons de votre clémence. En effet, votre grâce brille en eux plus que leur volonté ; et leur confession éclate déjà quand leur bouche n’a pas parlé encore ; leur Passion précède le développement des membres dans lesquels ils l’ont soufferte ; ils rendent témoignage au Christ, avant même de l’avoir reconnu. O bénignité infinie, qui ne veut pas frustrer du mérite de la gloire ceux qui, pour son Nom, furent immolés, et qui ne le surent pas : en sorte que, par l’effusion de leur sang, le salut de la régénération leur est octroyé, et en même temps, leur est imputée la couronne du martyre !

 

    Le Missel Mozarabe nous donnera la pièce suivante, pleine d’onction et d’éloquence :

    IMMOLATIO MISSAE.

Dignum et justum est: vere dignum et justum est, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine, sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, pro his praecipue, quorum hodierno die annua festivitate recolentes memoriam passionis celebramus: quos Herodianus satelles lactantum matrum uberibus abstraxit. Qui jure dicuntur Martyrum flores; qui in medio frigore infidelitatis exorti, velut primas erumpentes Ecclesiae gemmas quaedam persecutionis pruina discussit, rutilante fonte in Bethlehem civitate. Infantes enim quia aetate loqui non poterant, laudem Domini cum gaudio resonabant. Occisi praedicant: quod vivi non poterant. Loquuntur sanguine, quod lingua nequiverunt. Contulit his Martyrium laudem; quibus abnegaverat lingua sermonem. Praemittit infantes Infans Christus ad coelos; transmittit nova xenia Patri; primitias exhibet Genitori parvulorum prima martyria, Herodis scelere perpetrata. Praestat hostis corporis dum nocet, beneficium tribuit; dum occidit, moriendo vivitur: cadendo resurgitur: victoria per interitum comprobatur.

 

    C’est une chose digne et juste, oui vraiment digne et juste, que nous vous rendions grâces toujours et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, principalement pour ceux dont nous célébrons aujourd’hui la Passion dans une solennité annuelle. Ce sont ceux que le satellite d’Hérode a arrachés des mamelles des mères qui les allaitaient. Ils sont appelés à bon droit fleurs des Martyrs, ceux qui, au milieu du froid de l’infidélité, ont éclaté comme les premières perles de l’Église, et sont tombés sous le vent glacé de la persécution ; dont le sang a coulé comme une source, dans la cité de Bethléem. Ils sont enfants, car l’âge leur refusait la parole ; cependant ils firent entendre avec joie la louange du Seigneur. Ils prêchent, immolés, Celui que vivants ils ne pouvaient annoncer. Ils parlent par leur sang, quand leur langue se tait encore ; et le martyre initie à la louange ceux dont la bouche ne pouvait encore parler. Le Christ enfant envoie au ciel, avant lui, des enfants ; il transmet à son Père des gages nouveaux ; il lui consacre, pour prémices, un premier martyre d’enfants, accompli par le forfait d’Hérode. L’ennemi rend service à leurs corps, au moment même où il les immole : il les égorge, et la vie sort de cette mort ; en tombant, ils ressuscitent ; leur victoire se prouve par leur trépas.

 

    Nous devons au Vénérable Bède la touchante et mélodieuse Hymne qui suit :

    HYMNE.

Hymnum canentes Martyrum
Dicamus Innocentium,
Quos terra flendo perdidit,
Gaudens sed aethra suscipit.

Vultum Patris per saecula,
Quorum tuentur Angeli,
Ejusque laudant gratiam,
Hymnum canentes Martyrum.

Quos rex peremit impius,
Pius sed Auctor colligit,
Secum beatos collocans,
In luce regni perpetis.

Qui mansiones singulis
Largitus in domo Patris;
Donat supernis sedibus,
Quos rex peremit impius.

Bimos et infra parvulos,
Herodis ira perculit;
Bethlemiticos,
Sancto respersit sanguine.

Praeclara Christo splenduit
Mors innocens fidelium:
Coelis ferebant Angeli
Bimos et infra parvulos.

Vox in Rama percrebuit,
Lamenta luctus maximi,
Rachel suos, cum lacrymis
Perfusa, flevit filios.

Gaudent triumpho perpeti,
Tormenta quique vicerant,
Quorum gemens ob verbera,
Vox in Rama percrebuit.

Ne, grex pusille, formides
Dentes leonis perfidos!
Pastor bonus nam pascua
Vobis dabit coelestia.

Agnum Dei qui candidum

Mundo sequens tramite;
Manus latronis impias
Ne, grex pusille formides.

Absterget omnem lacrymam
Vestris Pater de vultibus;
Mors vobis ultra non nocet,
Vitae receptis moenibus.

Qui seminant in lacrymis,
Longo metent in gaudio,
Genis lugentum Conditor
Absterget omnem lacrymam.

O quam beata civitas,
In qua Redemptor nascitur:
Natoque primae Martyrum
In qua dicantur hostiae.

Nunquam vocaris parvula,
In civitatum millibus,
Ex qua novus dux ortus est;
O quam beata civitas.

Adstant nitentes fulgidis
Ejus throno nunc vestibus,
Stolas suas qui laverant
Agni rubentes sanguine.

Qui perpetis pro patriae
Regno gementes fleverant:
Laeti Deo cum laudibus
Adstant nitentes fulgidis.

 

    Chantons l’hymne des Martyrs ; célébrons les Innocents, que la terre, avec tristesse, a vus périr, que le ciel joyeux a reçus.

    Leurs Anges contemplent à jamais la face du Père céleste ; ils célèbrent le miracle de sa grâce, chantant l’hymne des Martyrs.

    Un roi impie les a moissonnés ; leur Créateur les a recueillis dans sa bonté ; il les a placés avec lui dans la félicité, dans la lumière du royaume éternel.

    Celui qui donne à ses élus chacun leur demeure dans la maison de son Père, leur a assigné un rang sublime : un roi impie les a moissonnés.

    Enfants de deux ans et au-dessous, la fureur d’Hérode les a immolés ; d’un sang pur elle a inondé toute la contrée de Bethléem.

    La mort innocente de ces fidèles a resplendi autour du Christ ; les Anges les emportaient aux cieux, enfants de deux ans et au-dessous.

    Une voix retentit dans Rama, des lamentations, un deuil immense : Rachel, baignée dans ses larmes, a pleuré ses fils.

    Ils jouissent d’un triomphe éternel, eux qui ont vaincu les tourments, et sur leurs douleurs gémissante, une voix retentit dans Rama.

    Ne crains rien, petit troupeau, des dents perfides du lion : le bon Pasteur te donnera les pâturages célestes.

    Tu suivras, d’un pas pudique, le candide Agneau de Dieu ; des mains impies du larron, ne crains rien, petit troupeau.

    Il essuiera toutes les larmes, le Père, de vos visages ; la mort ne vous nuira plus, vous êtes entrés dans les murs de la Cité de la vie.

    Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans une joie immense ; le Créateur les consolera, et, sur les joues de ceux qui pleurent, il essuiera toutes les larmes.

    O heureuse cité ! au sein de laquelle naît le Rédempteur : dans laquelle sont offertes au divin Enfant ces prémices des Martyrs !

    Tu ne seras plus appelée petite parmi les mille cités de Juda, depuis que le Chef est né en toi, ô heureuse cité !

    Sous des vêtements brillants de gloire, ils assistent maintenant autour du trône, les Innocents qui ont lavé leur tunique dans le sang vermeil de l’Agneau.

    Ils gémirent,ils pleurèrent pour le royaume de l’éternelle patrie ; maintenant, pleins d’allégresse, ils louent Dieu, sous des vêtements brillants de gloire.

 

    L’Église Grecque est abondante, comme toujours, sur la louange des saints Innocents. Nous allons extraire quelques strophes de ses Ménées.

    (XXVI Decembris, in magno Vespertino, et passim.)

Thesaurum occultatum exquirens impius, Innocentes pueros immolavit, et Rachel inconsolabilis exundantem intuens cladem iniquam, mortemque praematuram: quos ploravit, imis visceribus commota, eos nunc in sinu Abraham contemplata gaudet.

Regem sine tempore sub tempore natum, rex impius exquirebat, et non inveniens quomodo occideret, puerorum messuit malinesciam multitudinem, quos (et non cogitabat) fecit Martyres, supernique regni habitatores, et illius in saecula impietatem exprobrantes.

Te ex Virgine nato, antesaecularis Domine, teque parvulo, ob tuam bonitatem facto; parvulorum chorus tibi oblatus est in Martyrum sanguine; limpida anima justissime fulgidus; quos inhabitare fecisti in mansionibus sempiternis, Herodis infamantes malitiam et crudelissimam iniquitatem.

Rachel clamans lacrymatur, ut scriptum est, super filios: parvulos enim Herodes occidens impius implebat Scripturam, Judaeam inundans innocuo sanguine; nam terra rubescebat infantium sanguinibus, Ecclesiaque ex gentibus mystice purificatur, et stola induitur. Venit Veritas, sedentibus in umbra mortis Deus apparuit, ex Virgine natus ad salvandum nos.

Sursum et deorsum exsultantibus omnibus in Regis omnium manifestatione, solus Herodes tristatur cum Prophetarum homicidis Judaeis; decet enim illos solos lamentari deinceps enim non amplius regnant, sed regnum Domini posthac dominabitur, inimicorum depulsans audaciam, et multitudinem Fidelium convocans, ad videndum cum venerandis pueris ilium qui in praesepio jacet velut infans.

Herbivirentem agellum puerorum impius Herodes mittens emessuit praematurum timidus; et natum Dominum cum nequit interficere, omni impletur confusione.

Plorat Rachel infantes, et in Rama vox magna audita hodie: Herodes furit et impie fremescit: Joannes fugit ad montes, petra matrem recipit, Zacharias in templo caeditur, et Christus fugit, desertam linquens Hebraeorum habitationem.

Immaculatae tuae Nativitati, Domine, prima hostia fuerunt infantes; Herodes enim manu apprehendere te imprehensibilem volens deceptus est, Martyrum adducens tibi chorum; ideo te deprecamur hominem factum salvare animas nostras.

Ad aures Domini Sabaoth pervenit caedes vestra, Infantes honorandi; per eam enim sanguinem effudistis, et in sinu Abrahae requiescitis, Herodis in saecula odiosam malitiam repellentes, virtute Christi nati.

Odiosa Herodis puerorum internecio per illius cruentam militiam, et veneranda puerorum hostia, qui Christi coaetanei praesacrificati et praepassi sunt: noli flere, Rachel, filios, recordata Abrahae sinum, ubi eorum omnium laetantium est cohabitatio.

 

    L’impie, recherchant avec fureur le trésor caché, a immolé les jeunes Innocents ; et Rachel, inconsolable à la vue des flots de sang de l’inique massacre, et de la mort prématurée de ses enfants, contemple dans l’allégresse, au sein d’Abraham, ceux qu’elle a pleurés au plus profond de ses entrailles.

    Le roi impie recherchait le Roi qui, sans connaître le temps, a voulu naître dans le temps, et ne trouvant point comment il pourrait l’immoler, il a moissonné une multitude d’enfants innocents, et, sans y penser, en a fait des Martyrs, des habitants du ciel, où ils condamnent son impiété dans les siècles des siècles.

    Sitôt que tu fus né d’une Vierge, Seigneur avant les siècles, et que, par miséricorde, tu te fus fait enfant, un chœur d’enfants te fut offert, brillant par le sang du martyre, et l’âme toute rayonnante de limpide clarté ; tu leur as fait habiter les demeures éternelles ; et là ils proclament à sa honte la cruelle iniquité d’Hérode.

    Rachel en pleurs se lamente sur ses fils, ainsi qu’il est écrit ; car l’impie Hérode a accompli l’Écriture en massacrant ces jeunes enfants, et inondant la Judée d’un sang innocent. La terre était rougie sous les flots du sang de ces enfants. L’Église des Gentils en est mystiquement purifiée, et ornée comme d’un vêtement. La Vérité est venue ; Dieu a apparu à ceux qui étaient assis à l’ombre de la mort, né d’une Vierge pour nous sauver.

    Pendant que tout au ciel et sur la terre se réjouit en la manifestation du Roi de toutes choses, Hérode seul est attristé avec les Juifs meurtriers des Prophètes. 11 convient en effet qu’eux seuls se lamentent ; car, à partir de ce jour, ils ont cessé de régner ; désormais le règne du Seigneur est ouvert ; le Seigneur repousse l’audace des ennemis et convoque la multitude des fidèles pour contempler, avec les glorieux enfants, celui qui gît, petit enfant, dans la crèche.

    L’impie et lâche Hérode, envoyant à la recherche, a moissonné le champ verdoyant en sa primeur, et ne pouvant mettre à mort le Seigneur, il demeure cou » vert de confusion.

    Rachel pleure ses enfants, et un grand cri se fait entendre aujourd’hui dans Rama. Hérode impie est furieux et frémissant. Jean fuit dans les montagnes ; une caverne reçoit sa mère ; Zacharie est massacré dans le temple ; et le Christ se retire, laissant déserte la terre des Hébreux.

    Les enfants furent la première hostie offerte à ton immaculée Nativité ; car Hérode voulant se saisir de toi, ô Seigneur que nul ne pourrait atteindre, il s’est trompé et t’a fourni un chœur de Martyrs ; c’est pourquoi nous te prions, ô Seigneur fait homme, de sauver nos âmes.

    Les cris de votre massacre sont venus aux oreilles du Dieu des armées, glorieux Enfants ; par cette immolation, vous avez répandu votre sang, et, par la vertu du Christ nouveau-né, vous reposez au sein d’Abraham, proclamant éternellement l’odieuse iniquité d’Hérode.

    Il est odieux, le massacre des enfants qu’Hérode a égorgés en sa cruelle malice ; il est vénérable, ce sacrifice des jeunes contemporains du Christ, qui les premiers ont été immolés et ont souffert avant lui. Ne pleure pas tes fils, ô Rachel ! Souviens-toi du sein d’Abraham où ils habitent tous ensemble dans la gloire et l’allégresse.

 

    Dans cet accord sublime de toutes les Liturgies, nous admettrons celles du moyen âge des Églises Latines, en insérant cette Séquence, composition du XI° siècle, qui se trouve dans la plupart de nos anciens Missels Romains-Français.

    SÉQUENCE.

Celsa pueri concrepent melodia,
Pia Innocentum colentes tripudia.
Quos infans Christus hodie vexit ad astra,
Hos trucidavit frendens insania
Herodianae fraudis, ob nulla crimina,
In Bethlehem ipsius cuncta.
Et per confinia,
A bimatu et infra,
Juxta nascendi tempora.
Herodes rex, Christi nati
Verens, infelix! imperia,
Infremit totus, erigit arma
Superba dextera.
Quaerit lucis et coeli Regem,
Cum mente turbida;
Ut extinguat, qui vitam praestat,
Per sua jacula.
Dum non valet intueri lucem splendidam,
Nebulosa quaerentis pectora.
Ira fervet, fraudes auget Herodes saevus,
Ut perdat piorum agmina.
Castra militum dux iniquus aggregat,
Ferrum figit in membra tenera.
Inter ubera lac effundit,
Antequam sanguinis fierent coagula.
Hostis naturae natos eviscerat
Atque jugulat:
Ante prosternit, quam aetas parvula
Sumat robora.
Quam beata sunt Innocentum caesa
Corpuscula!
Quam felices existunt matres,
Fuderunt quae talia pignora!
O dulces Innocentum acies!
O pia lactantum pro Christo certamina!

Parvorum trucidantur millia:
Membris ex teneris manant lactis flumina.
Cives angelici veniunt obviam,
Mira victoria,
Vitae captat merita
Turba candidissima.
Te, Christe, petimus, mente devotissima,
Nostra qui venisti reformare saecula,
Innocentum gloria
Perfrui nos concedas per aeterna.
Amen.

 

    Enfants, éclatez en bruyantes mélodies.

    Célébrez les saints et joyeux triomphes des Innocents.

    Aujourd’hui, le Christ enfant les a enlevés au ciel.

    Une fureur insensée les a égorgés ;

    C’est la ruse d’Hérode ; et ils ne sont coupables d’aucun crime.

    Cet attentat est commis en Bethléem,

    Et ses alentours ;

    Tendres enfants de deux ans et au-dessous,

    Selon leur naissance.

    Ce misérable roi Hérode a craint l’Empire du Christ, nouveau-né ;

    Il a frémi jusqu’au fond de son âme ; et sa droite orgueilleuse a brandi le fer.

    Troublé au fond de son âme, il cherche le Roi de la lumière et des cieux.

    Il veut, par ses traits, exterminer Celui qui donne la vie.

    Mais son cœur ténébreux ne peut contempler la resplendissante lumière qu’il poursuit ;

    Il bouillonne en sa rage, il machine de cruelles fraudes, le barbare Hérode, pour perdre cet essaim de tendres enfants.

    Un chef inique rassemble des cohortes de soldats ; il plonge le glaive dans ces membres délicats.

    Le sang des victimes n’est pas formé encore ; c’est du lait au lieu de sang qui coule de leurs plaies, sur le sein de leurs mères.

    Un ennemi dénaturé arrache les entrailles à ces enfants ; il les égorge.

    Ils tombent, et leur âge si tendre n’avait point encore développé leurs forces.

    Heureux ces petits corps des Innocents immolés !

    Heureuses les mères qui enfantèrent de tels gages !

    O aimables légions des Innocents !

    O saints combats ! que livrent pour le Christ ces athlètes à la mamelle !

    C’est par milliers que ces petits sont massacrés ; de leurs faibles membres, le lait coule à torrents.

    Les Anges, citoyens du ciel, viennent à leur rencontre.

    La petite troupe, vêtue de blanc, saisit la couronne de vie par une merveilleuse victoire.

    Vous, ô Christ ! qui êtes venu réformer ce monde, nous vous supplions très dévotement :

    De la gloire des Innocents, faites-nous jouir éternellement.

    Amen.

 

    Et nous aussi, bienheureux Enfants, nous rendons hommage à votre triomphe, et nous vous félicitons d’avoir été choisis pour les compagnons du Christ au berceau. Quel glorieux réveil a été le vôtre, lorsqu’après avoir passé par le glaive, vous avez connu que bientôt la lumière éblouissante de la vie éternelle allait être votre partage ! Quelle reconnaissance vous avez témoignée au Seigneur qui vous choisissait ainsi, entre tant de milliers d’autres enfants, pour honorer par votre immolation le berceau de son Fils ! La couronne a ceint votre front avant le combat ; la palme est venue d’elle-même se poser dans vos faibles mains, avant que vous eussiez pu faire un effort pour la cueillir : c’est ainsi que le Seigneur s’est montré plein de munificence, et nous a fait voir qu’il est maître de ses dons. N’était-il pas juste que la Naissance du Fils de ce souverain Roi fût marquée par quelque magnifique largesse ? Nous n’en sommes point jaloux, ô Martyrs innocents ! Nous glorifions le Seigneur qui vous a choisis, et nous applaudissons avec toute l’Église à votre inénarrable félicité.

    O fleurs des Martyrs ! permettez que nous mettions en vous notre confiance, et que nous osions vous supplier, par la récompense gratuite qui vous a été octroyée, de n’oublier pas vos frères qui combattent au milieu des hasards de ce monde de péché. Ces palmes et ces couronnes, dans lesquelles se joue votre innocence, nous les désirons aussi. Nous travaillons rudement à nous les assurer, et souvent nous nous sentons au moment de les perdre pour jamais. Le Dieu qui vous a glorifiés est aussi notre fin ; en lui seul aussi nous trouverons le repos ; priez, afin que nous arrivions jusqu’à lui.

    Demandez pour nous la simplicité, l’enfance du cœur, cette naïve confiance en Dieu qui va jusqu’au bout dans l’accomplissement de ses volontés. Obtenez que nous supportions avec calme sa croix, quand il nous l’envoie ; que nous ne désirions que son bon plaisir. Au milieu du sanglant tumulte qui vint rompre votre sommeil, votre bouche enfantine souriait aux bourreaux ; vos mains semblaient se jouer avec ce glaive qui devait percer votre cœur ; vous étiez gracieux en face de la mort. Obtenez que nous aussi, nous soyons doux envers la tribulation, quand le Seigneur nous l’envoie. Qu’elle soit pour nous un martyre par la tranquillité de notre courage, par l’union de notre volonté avec celle du Maître souverain, qui n’éprouve que pour récompenser. Que les instruments dont il se sert ne nous soient point odieux ; que la charité ne s’éteigne point dans notre cœur ; et que rien n’altère cette paix sans laquelle l’âme du chrétien ne saurait plaire à Dieu.

    Enfin, ô tendres agneaux immolés pour Jésus, vous qui le suivez partout où il va, parce que vous êtes purs, donnez-nous d’approcher de l’Agneau céleste qui vous conduit. Établissez-nous en Bethléem avec vous ; que nous ne sortions plus de ce séjour d’amour et d’innocence. Présentez-nous à Marie, votre Mère, plus tendre encore que Rachel ; dites-lui que nous sommes ses enfants, que nous sommes vos frères ; et comme elle a compati à vos douleurs d’un instant, qu’elle daigne avoir pitié de nos longues misères.

 

    En cette quatrième journée de la Naissance du Rédempteur, visitons l’Étable, et adorons notre Emmanuel. Considérons cette miséricorde qui Fa porté à se faire enfant pour se rapprocher de nous, et soyons dans l’étonnement de voir un Dieu si près de sa créature. « Celui, dit le pieux Abbé Guerric dans son cinquième Sermon sur la Nativité du Christ, Celui qui est insaisissable même pour la subtile intelligence des Anges, a daigné se rendre palpable aux sens1 grossiers de l’homme. Dieu ne pouvait nous parler comme à des êtres spirituels, charnels que nous sommes ; son Verbe s’est fait chair, afin que toute chair pût non seulement l’entendre, mais même le voir ; le monde n’ayant pu connaître la Sagesse de Dieu, cette Sagesse a daigné se faire a folie. Seigneur du ciel et de la terre, vous avez donc caché votre sagesse aux sages et aux prudents du monde, pour la révéler aux petits. Les hauteurs de l’orgueil ont horreur de l’humilité de cet Enfant ; mais ce qui est haut aux yeux des hommes, est abominable devant Dieu. Cet Enfant ne se plaît qu’avec les enfants ; il ne se repose qu’avec les humbles et les cœurs paisibles. Que les petits se glorifient donc en lui, et qu’ils chantent : Un petit Enfant nous est né ; comme lui, de son côté, se félicite, disant par Isaïe : Me voici, moi et mes enfants que le Seigneur m’a donnés. En effet, pour lui fournir une compagnie en rapport avec son âge, le Père a voulu que la gloire des Martyrs commençât par l’innocence des enfants : l’Esprit Saint voulant montrer par là que le royaume des cieux n’est que pour ceux qui leur ressemblent. »

    Honorons cette enfance de notre grand Roi, en lui consacrant aujourd’hui l’Hymne gracieuse et touchante qu’un des plus hauts génies de l’Église primitive, Clément d’Alexandrie, a offerte au Christ, Roi des enfants.

 

    HYMNE.

Fraenum pullorum indocilium,
Penna volucrum non errantium,
Verus clavus infantium,
Pastor agnorum regalium,
Tuos simplices
Pueros congrega,
Ad sancte laudandum,
Sincere canendum,
Ore innoxio,
Christum puerorum ducem.

Rex sanctorum,
Verbum, qui domas omnia,
Patris altissimi
Sapientiae rector,
Laborum sustentaculum,
Aevo gaudens,
Humani generis
Servator, Jesu,

Pastor, arator,
Clavus, fraenum,
Penna coelestis
Sanctissimi regis,
Piscator hominum
Qui salvi fiunt;
Pelagi vitii,
Pisces castos
Unda ex infesta,
Dulci vita inescans.

Sis dux, ovium
Rationalium pastor;
Sancte, sis dux,
Rex puerorum intactorum:
Vestigia Christi,
Via coelestis.

Verbum perenne,
Aevum infinitum,
Lux aeterna,
Fons misericordiae,
Operatrix virtutis,
Honesta vita
Deum laudantium,
Christe Jesu,

Lac coeleste,
Dulcibus uberibus
Nymphae gratiarum,
Sapientiae tuae expressum,
Infantuli
Ore tenero
Enutriti,

Mammae rationalis
Roscido spiritu
Impleti,
Laudes simplices,
Hymnos veraces
Regi Christo.

Mercedes sanctas
Vitae doctrinae
Canamus simul
Canamus simpliciter
Puerum valentem.
Chorus pacis,
Christo geniti,
Populus modestus,
Psallamus simul Deum pacis.

    Frein des jeunes coursiers indomptés, aile des oiseaux qui point ne s’égarent, gouvernail assuré de l’enfance, pasteur des agneaux du Roi, tes simples enfants, rassemble-les, pour louer saintement, chanter avec candeur, d’une bouche innocente, le chef des enfants, le Christ.

    O Roi des Saints ! Verbe, triomphateur suprême, dispensateur de la sapience du Père, du Très-Haut ; toi, l’appui dans les peines, heureux de toute éternité, Sauveur de la race mortelle, Jésus !

    Pasteur, agriculteur, frein, gouvernail, aile céleste du très saint troupeau ; pêcheur des hommes rachetés, amorçant à l’éternelle vie l’innocent poisson, arraché à l’onde ennemie de la mer du vice.

    Sois leur guide, ô pasteur des brebis spirituelles ! ô Saint, sois leur guide, Roi des enfants sans tache ! les vestiges du Christ sont la voie du ciel.

    Parole incessante, éternité sans bornes, lumière sans fin, source de miséricorde, auteur de toute vertu, vie irréprochable de ceux qui louent Dieu.

    O Christ ! ô Jésus ! nous qui, de nos tendres bouches, suçons le lait céleste exprimé des douces mamelles de ta sagesse, la grâce des grâces ; petits enfants abreuvés de la rosée de l’esprit qui découle de ta parole nourrissante, chantons ensemble des louanges ingénues, des hymnes sincères à Jésus-Christ Roi.

    Chantons les saintes récompenses de la doctrine de vie. Chantons avec simplesse l’Enfant tout-puissant. Chœur pacifique, enfants du Christ, troupe innocente, chantons ensemble le Dieu de la paix.

 

    Saluons aussi Marie, la Mère de cet Enfant divin, avec cette belle Séquence empruntée aux anciens Missels de l’Allemagne.

    

    SÉQUENCE.

Imperatrix gloriosa,
Potens et imperiosa,
Jesu Christi generosa
Mater atque filia:
Radix Jesse speciosa,
Virga florens et frondosa
Quam rigavit copiosa
Deitatis gratia.

Auster levis te perflavit,
Et perflando foecundavit,
Aquilonem qui fugavit
Sua cum potentia.
Florem ergo genuisti,
Fructum ex quo protulisti,
Gabrieli dum fuisti
Paranympho credula.

Joseph, justus vir, expavit,
Ista dum consideravit,
Sciens quod non irrigavit
Florescentem virgulam:

Bene tamen conservavit
Arcanum, nec divulgavit;
Sponsam sed magnificavit,
Honorans ut Dominam.

Coeli quoniam roraverunt,
Nubes ex quo concreverunt,
Concretaeque stillaverunt
Virginis in utero.
Res miranda! res novella!
Nam procedit sol de stella,
Regem dum parit puella,
Viri tori nescia.

Ergo clemens et benigna,
Cunctorumque laudum digna,
Tuo nato nos consigna
Pia per suffragia:
Ut mortali quo gravamur,
Compede sic absolvamur,
Ut soluti transferamur
Ad coeli palatia.
Amen.

    Glorieuse impératrice, puissante souveraine, de Jésus-Christ noble Mère et fille ; tige de Jessé, pleine de beauté, verge fleurie au vert feuillage, qu’arrose la grâce abondante de la divinité.

    Un léger souffle du t’a réchauffée, et de sa chaleur t’a fécondée ; loin de toi, il a chassé l’Aquilon et sa puissance. Par lui tu as produit la fleur de laquelle est sorti ton fruit, toi qui crus à la parole de Gabriel ton paranymphe.

    Joseph, le juste, s’étonna en considérant ce mystère, songeant qu’il avait respecté la branche fleurie confiée à sa garde ; néanmoins il garda le secret divin ; sa bouche ne s’ouvrit pas pour le divulguer ; mais il glorifia son épouse, et l’honora comme sa Dame.

    Les cieux avaient répandu leur rosée ; les nuées, enflées d’une pluie féconde, la versèrent au sein de la Vierge. Chose admirable ! prodige inouï ! Le soleil sortit de l’étoile au jour où la jeune fille, ignorant le lit nuptial, enfanta le grand Roi.

    Donc, ô Vierge clémente et bénie ! digne de la louange de tous les êtres, recommande-nous à ton Fils. Fais, par tes pieux suffrages, que, délivrés des mortelles entraves qui nous accablent, nous soyons affranchis, et qu’un jour nous soyons transportés dans les célestes palais.

    Amen.

 

    XXIX DÉCEMBRE. SAINT THOMAS, ARCHÉVÊQUE DE CANTORBERY, ET MARTYR.

    (Si le 29 Décembre est un Dimanche, la fête de saint Thomas est remise au 3o, et on fait alors l’Office du Dimanche, ainsi qu’il est marqué ci-après, sous la date du 30 Décembre.)

 

    Un nouveau Martyr vient réclamer sa place auprès du berceau de l’Enfant-Dieu. Il n’appartient point au premier âge de l’Église ; son nom n’est point écrit dans les livres du Nouveau Testament, comme ceux d’Étienne, de Jean, et des enfants de Bethléem. Néanmoins, il occupe un des premiers rangs dans cette légion de Martyrs qui n’a cessé de se recruter à chaque siècle, et qui atteste la fécondité de l’Église et la force immortelle dont l’a douée son divin auteur. Ce glorieux Martyr n’a pas versé son sang pour la foi ; il n’a point été amené devant les païens, ou les hérétiques, pour confesser les dogmes révélés par Jésus-Christ et proclamés par l’Église. Des mains chrétiennes l’ont immolé ; un roi catholique a prononcé son arrêt de mort ; il a été abandonné et maudit par le grand nombre de ses frères, dans son propre pays : comment donc est-il Martyr ? comment a-t-il mérité la palme d’Étienne ? C’est qu’il a été le Martyr de la Liberté de l’Église.

    En effet, tous les fidèles de Jésus-Christ sont appelés à l’honneur du martyre, pour confesser les dogmes dont ils ont reçu l’initiation au Baptême. Les droits du Christ qui les a adoptés pour ses frères s’étendent jusque-là. Ce témoignage n’est pas exigé de tous ; mais tous doivent être prêts de rendre, sous peine de la mort éternelle dont la grâce du Sauveur les a rachetés. Un tel devoir est, à plus forte raison, imposé aux pasteurs de l’Église ; il est la garantie de l’enseignement qu’ils donnent à leur propre troupeau : aussi, les annales de l’Église sont-elles couvertes, à chaque page, des noms triomphants de tant de saints Évêques qui ont, pour dernier dévouement, arrosé de leur sang le champ que leurs mains avaient fécondé, et donné, en cette manière, le suprême degré d’autorité à leur parole.

    Mais si les simples fidèles sont tenus d’acquitter la grande dette de la foi par l’effusion de leur sang ; s’ils doivent à l’Église de confesser, à travers toute sorte de périls, les liens sacrés qui les unissent à elle, et par elle, à Jésus-Christ, les pasteurs ont un devoir de plus à remplir, le devoir de confesser la Liberté de l’Église. Ce mot de Liberté de l’Église sonne mal aux oreilles des politiques. Ils y voient tout aussitôt l’annonce d’une conspiration ; le monde, de son côté, y trouve un sujet de scandale, et répète les grands mots d’ambition sacerdotale ; les gens timides commencent à trembler, et vous disent que tant que la foi n’est pas attaquée, rien n’est en péril. Malgré tout cela, l’Église place sur ses autels et associe à saint Étienne, à saint Jean, aux saints Innocents, cet ArchÉvêque anglais du XII° siècle, égorgé dans sa Cathédrale pour la défense des droits extérieurs du sacerdoce. Elle chérit la belle maxime de saint Anselme, l’un des prédécesseurs de saint Thomas, que Dieu n’aime rien tant en ce monde que la Liberté de son Église ; et au XIX° siècle, comme au XII°, le Siège Apostolique s’écrie, par la bouche de Pie VIII, comme elle l’eût fait par celle de saint Grégoire VII : C’est par l’institution même de Dieu que l’Église, Épouse sans tache de l’Agneau immaculé Jésus-Christ, est LIBRE, et qu’elle n’est soumise à aucune puissance terrestre 6 .

    Or, cette Liberté sacrée consiste en la complète indépendance de l’Église à l’égard de toute puissance séculière, dans le ministère de la Parole, qu’elle doit pouvoir prêcher, comme parle l’Apôtre, à temps et à contre-temps, à toute espèce de personnes, sans distinction de nations, de races, d’âge, ni de sexe ; dans l’administration de ses Sacrements, auxquels elle doit appeler tous les hommes sans exception, pour les sauver tous ; dans la pratique, sans contrôle étranger, des conseils aussi bien que des préceptes évangéliques ; dans les relations, dégagées de toute entrave, entre les divers degrés de sa divine hiérarchie ; dans la publication et l’application des ordonnances de sa discipline ; dans le maintien et le développement des institutions qu’elle a créées ; dans la conservation et l’administration de son patrimoine temporel ; enfin dans la défense des privilèges que l’autorité séculière elle-même lui a reconnus, pour assurer l’aisance et la considération de son ministère de paix et de charité sur les peuples.

    Telle est la Liberté de l’Église : et qui ne voit qu’elle est le boulevard du sanctuaire lui-même ; que toute atteinte qui lui serait portée peut mettre à découvert la hiérarchie, et jusqu’au dogme lui-même ? Le Pasteur doit donc la défendre d’office, cette sainte Liberté : il ne doit ni fuir, comme le mercenaire ; ni se taire, comme ces chiens muets qui ne savent pas aboyer, dont parle Isaïe ( LVI, 10). Il est la sentinelle d’Israël ; il ne doit pas attendre que l’ennemi soit entré dans la place pour jeter le cri d’alarme, et pour offrir ses mains aux chaînes, et sa tête au glaive. Le devoir de donner sa vie pour son troupeau commence pour lui du moment où l’ennemi assiège ces postes avancés, dont la franchise assure le repos de la cité tout entière. Que si cette résistance entraîne de graves conséquences, c’est alors qu’il faut se rappeler ces belles paroles de Bossuet, dans son sublime Panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry, que nous voudrions pouvoir ici citer tout entier : « C’est une loi établie, dit-il, que l’Église ne peut jouir d’aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants, et que, pour affermir ses droits, il faut qu’elle répande du sang. Son Époux l’a rachetée par le sang qu’il averse pour elle, et il veut qu’elle achète par un prix semblable les grâces qu’il lui accorde. C’est par le sang des Martyrs qu’elle a étendu ses conquêtes bien loin au. delà de l’empire romain ; son sang lui a procuré et la paix dont elle a joui sous les empereurs chrétiens, et la victoire qu’elle a remportée sur les empereurs infidèles. Il paraît donc qu’elle devait du sang à l’affermissement de son autorité, comme elle en avait donné à l’établissement de sa doctrine ; et ainsi la discipline, aussi bien que la foi de l’Église, a dû avoir ses Martyrs. »

    Il ne s’est donc pas agi, pour saint Thomas et pourtant d’autres Martyrs de la Liberté ecclésiastique, de. considérer la faiblesse des moyens qu’on pourrait opposer aux envahissements des droits de l’Église. L’élément du martyre est la simplicité unie à la force ; et n’est-ce pas pour cela que de si belles palmes ont été cueillies par de simples fidèles, par de jeunes vierges, par des enfants ? Dieu a mis au cœur du chrétien un élément de résistance humble et inflexible qui brise toujours toute autre force. Quelle inviolable fidélité l’Esprit Saint n’inspire-t-il pas à l’âme de ses pasteurs qu’il établit comme les Époux de son Église, et comme autant de murs imprenables de sa chère Jérusalem ? « Thomas, dit encore l’Évêque de Meaux, ne cède pas à l’iniquité, sous prétexte qu’elle est armée et soutenue d’une main royale ; au contraire, lui voyant prendre son cours d’un lieu éminent, d’où elle peut se répandre avec plus de force, il se croit plus obligé de s’élever contre, comme une digue que l’on élève à mesure que l’on voit les ondes enflées. »

    Mais, dans cette lutte, le Pasteur périra peut-être ? Et, sans doute, il pourra obtenir cet insigne honneur. Dans sa lutte contre le monde, dans cette victoire que le Christ a remportée pour nous, il a versé son sang, il est mort sur une croix ; et les Martyrs sont morts aussi ; mais l’Église, arrosée du sang de Jésus-Christ, cimentée parle sang des Martyrs, peut-elle se passer toujours de ce bain salutaire qui ranime sa vigueur, et forme sa pourpre royale ? Thomas l’a compris ; et cet homme, dont les sens sont mortifiés par une pénitence assidue, dont les affections en ce monde sont crucifiées par toutes les privations et toutes les adversités, a dans son cœur ce courage plein de calme, cette patience inouïe qui préparent au martyre. En un mot, il a reçu l’Esprit de force, et il lui a été fidèle.

    « Selon le langage ecclésiastique, continue Bossuet, la force a une autre signification que dans le langage du monde. La force selon le monde s’étend jusqu’à entreprendre ; la force selon l’Église ne va pas plus loin que de tout souffrir : voilà les bornes qui lui sont prescrites. Écoutez l’Apôtre saint Paul : Nondum usque ad sanguinem restitistis ; comme s’il disait : Vous n’avez pas tenu jusqu’au bout, parce que vous ne vous êtes pas défendus jusqu’au sang. Il ne dit pas jusqu’à attaquer, jusqu’à verser le sang de vos ennemis, mais jusqu’à répandre le vôtre.

     « Au reste, saint Thomas n’abuse point de ces maximes vigoureuses. Il ne prend pas par fierté ces armes apostoliques, pour se faire valoir dans le monde : il s’en sert comme d’un bouclier nécessaire dans l’extrême besoin de l’Église. La force du saint Évêque ne dépend donc pas du concours de ses amis, ni d’une intrigue finement menée. Il ne sait point étaler au monde a sa patience, pour rendre son persécuteur plus odieux, ni faire jouer de secrets ressorts pour soulever les esprits. Il n’a pour lui que les prières des pauvres, les gémissements des veuves et des orphelins. Voilà, disait saint Ambroise, les défenseurs des Évêques ; voilà leurs gardes, voilà leur armée. Il est fort, parce qu il a un esprit également incapable et de crainte et de murmure. Il peut dire véritablement à Henri, roi d’Angleterre, ce que disait Tertullien, au nom de toute l’Église, à un magistrat de l’Empire, grand persécuteur de l’Église : Non te terremus, qui nec timemus. Apprends à connaître quels nous sommes, et vois quel homme c’est qu’un chrétien : Nous ne pensons pas à te faire peur, et nous sommes incapables de te craindre. Nous ne sommes ni redoutables ni lâches : nous ne sommes pas redoutables, parce que nous ne savons pas cabaler ; et nous ne sommes pas lâches, parce que nous savons mourir. »

    Mais laissons encore la parole à l’éloquent prêtre de l’Église de France, qui fut lui-même appelé aux honneurs de l’épiscopat dans l’année qui suivit celle où il prononça ce discours ; écoutons-le nous raconter la victoire de l’Église par saint Thomas de Cantorbéry :

    « Chrétiens, soyez attentifs : s’il y eut jamais un martyre qui ressemblât parfaitement à un sacrifice, c’est celui que je dois vous représenter. Voyez les préparatifs : l’Évêque est à l’église avec son clergé, et ils sont déjà revêtus. Il ne faut pas chercher bien loin la victime : le saint Pontife est préparé, et c’est la victime que Dieu a choisie. Ainsi tout est prêt pour le sacrifice, et je vois entrer dans l’église ceux qui doivent donner le coup. Le saint homme va au-devant d’eux, à l’imitation de Jésus-Christ ; et pour a imiter en tout ce divin modèle, il défend à son clergé toute résistance, et se contente de demander sûreté pour les siens. Si c’est moi que vous » cherchez, laissez, dit Jésus, retirer ceux-ci. Ces choses étant accomplies, et l’heure du sacrifice étant arrivée, voyez comme saint Thomas en commence la cérémonie. Victime et Pontife tout ensemble, il présente sa tête et fait sa prière. Voici les vœux solennels et les paroles mystiques de ce sacrifice : Et ego pro Deo mori paratus sum, et pro assertione justitiœ, et pro Ecclesiae libertate ; dummodo effusione sanguinis mei pacem et libertatem consequatur. Je s suis prêt à mourir, dit-il, pour la cause de Dieu et de son Église ; et toute la grâce que je demande, c’est que mon sang lui rende la paix et la liberté qu’on veut lui ravir. Il se prosterne devant Dieu ; et comme dans le Sacrifice solennel nous appelons les Saints nos intercesseurs, il n’omet pas une partie si considérable de cette cérémonie sacrée : il appelle les saints Martyrs et la sainte Vierge au secours de l’Église opprimée ; il ne parle que de l’Église ; il n’a que l’Église dans le cœur et dans la bouche ; et, abattu par le coup, sa langue froide et inanimée semble encore nommer l’Église. »

    Ainsi ce grand Martyr, ce type des Pasteurs de l’Église, a consommé son sacrifice ; ainsi il a remporté la victoire ; et cette victoire ira jusqu’à l’entière abrogation de la coupable législation qui devait entraver l’Église, et l’abaisser aux yeux des peuples. La tombe de Thomas deviendra un autel ; et au pied de cet autel, on verra bientôt un Roi pénitent solliciter humblement sa grâce. Que s’est-il donc passé ? La mort de Thomas a-t-elle excité les peuples à la révolte ? le Martyr a-t-il rencontré des vengeurs ? Rien de tout cela n’est arrivé. Son sang a suffi à tout. Qu’on le comprenne bien : les fidèles ne verront jamais de sang-froid la mort d’un pasteur immolé pour ses devoirs ; et les gouvernements qui osent faire des Martyrs en porteront toujours la peine. C’est pour l’avoir compris d’instinct, que les ruses de la politique se sont réfugiées dans les systèmes d’oppression administrative , afin de dérober habilement le secret de la guerre entreprise contre la Liberté de l’Église. C’est pour cela qu’ont été forgées ces chaînes non moins déliées qu’insupportables, qui enlacent aujourd’hui tant d’Églises. Or, il n’est pas dans la nature de ces chaîner de se dénouer jamais ; elles ne sauraient être que brisées ; mais quiconque les brisera, sa gloire sera grande dans l’Église de la terre et dans celle du ciel ; car sa gloire sera celle du martyre. Il ne s’agira ni de combattre avec le fer, ni de négocier par la politique ; mais de résister en face et de souffrir avec patience jusqu’au bout.

    Écoutons une dernière fois notre grand orateur, relevant ce sublime élément qui a assuré la victoire à la cause de saint Thomas :

    « Voyez, mes Frères, quels défenseurs trouve l’Église dans sa faiblesse, et combien elle a raison de dire avec l’Apôtre : Cum infirmor, tunc potens sum. Ce sont ces bienheureuses faiblesses qui lui donnent cet invincible secours, et qui arment en sa faveur les plus valeureux soldats et les plus puissants conquérants du monde, je veux dire, les saints Martyrs. Quiconque ne ménage pas l’autorité de l’Église, qu’il craigne ce sang précieux des Martyrs, qui la consacre et la protège. »

    Or, toute cette force, toute cette victoire émanent du berceau de l’Enfant-Dieu ; et c’est pour cela que Thomas s’y rencontre avec Étienne. Il fallait un Dieu anéanti, une si haute manifestation d’humilité, de constance et de faiblesse selon la chair, pour ouvrir les yeux des hommes sur la nature de la véritable force. Jusque-là on n’avait soupçonné d’autre vigueur que celle des conquérants à coups d’épée, d’autre grandeur que la richesse, d’autre honneur que le triomphe ; et maintenant, parce que Dieu venant en ce monde a apparu désarmé, pauvre et persécuté, tout a changé de face. Des cœurs se sont rencontrés qui ont voulu aimer, malgré tout, les abaissements de la Crèche ; et ils y ont puisé le secret d’une grandeur d’âme que le monde, tout en restant ce qu’il est, n’a pu s’empêcher de sentir et d’admirer.

    Il est donc juste que la couronne de Thomas et celle d’Étienne, unies ensemble, apparaissent comme un double trophée aux côtés du berceau de l’Enfant de Bethléem ; et quant au saint Archevêque, la Providence de Dieu a marqué divinement sa place sur le Cycle, en permettant que son immolation s’accomplît le lendemain de la fête des saints Innocents, afin que la sainte Église n’éprouvât pas d’incertitude sur le jour qu’elle devrait assigner à sa mémoire. Qu’il garde donc cette place si glorieuse et si chère à toute l’Église de Jésus-Christ ; et que son nom reste, jusqu’à la fin des temps, la terreur des ennemis de la Liberté de l’Église, l’espérance et la consolation de ceux qui aiment cette Liberté que le Christ a acquise aussi par son sang.

    Nous entendrons maintenant la sainte Église, dans ses divins Offices, raconter les actions et les souffrances de saint Thomas de Cantorbéry.

THOMAS Londini in Anglia natus, Theobaldo successit Cantuariensi episcopo : et qui antea in administrando Concellariae munere praeclare se gesserat, in Episcopali officio fortis et invictus fuit. Cum enim Henricus Secundus Angliae Rex, convocatis ad se Episcopis et Proceribus regni, leges ferret utilitati ac dignitati Ecclesiasticae repugnantes, adeo constanter obstitit regiae cupiditati, ut neque pollicitationibus neque terroribus de sententia decedens, proxime conjiciendus in carcerem clam recesserit. Inde propinqui ejus omnis aetatis ejecti, amici, fautores omnes, iis quibus per aetatem liceret, jure-jurando adstrictis, universos Thomam adituros, si fortasse miserabili suorum calamitatis aspectu moveretur, qui a sancto proposito privatis incommodis deterreri minime potuisset. Non respexit carnem aut sanguinem, neque ullus in eo humanitatis sensus pastoralis officii constantiam labefactavit.

CONTULIT igitur se ad Alexandrum Tertium Pontificem, a quo benigne acceptus est : et inde profectus , monachis Pontiniacensis monasterii , Cisterciensis Ordinis, ab eodem commendatus. Quod ut cognovit Henricus, missis ad Conventum Fratrum Cisterciensium minacibus litteris , Thomam e Pontiniaco monasterio exturbare conatur. Quare vir sanctus veritus ne sua causa mali aliquid Cisterciensis familia pateretur, sponte discessit, et Ludovicum Gallia: regem, ejus invitatu convenit : ubi tamdiu fuit, quoad, Pontifice Maximo et ipso Rege agentibus, ab exsilio summa totius regni gratulatione revocatur. Qui dum boni pastoris officium securus exsequitur, ecce calumniatores ad regem deferunt eum multa contra regnum et publicam quietem moliri : ut propterea saepius conquereretur rex, se in suo regno cum uno sacerdote pacem habere non posse.

Ex qua regis voce nefarii satellites sperantes gratum se regi facturos,Si Thomam e medio tollerent ; clam convenientes Cantuariam, Episcopum in templo Vespertinis horis operam dantem a6grediuntur. Qui clericis templi aditus praecludere conantibus accurrens, ostium aperuit, illis usus verbis ad suos : Non est Dei Ecclesia custodienda more castrorum ; et ego pro Ecclesia Dei libenter mortem subibo. Tum ad milites : Vos Dei jussu cavete ne cuipiam meorum noceatis. Deinde flexis genibus, Deo, beatae Mariae , sancto Dionysio , et reliquis Sanctis ejus Ecclesiae patronis, Ecclesiam et seipsum commendans , sacrum caput ea dem constantia, qua iniquissimi regis legibus restiterat, impio ferro praecidendum obtulit, quarto calendas januarii, anno Domini millesimo centesimo septuagesimo primo, cujus cerebro respersum est totius templi pavimentum. Quem multis postea illustrem miraculis idem Alexander Pontifex retulit in Sanctorum numerum.

 

    Thomas, né à Londres, en Angleterre, succéda à Thibault, évêque de Cantorbéry. Il avait exercé auparavant, et avec honneur, la charge de chancelier, et il se montra fort et invincible dans l’office de l’épiscopat. Henri II, roi d’Angleterre, ayant voulu, dans une assemblée des prélats et des grands de son royaume, porter des lois contraires à l’intérêt et à la dignité de l’Église, Thomas s’opposa à la cupidité du roi avec tant de constance , que , n’ayant voulu fléchir, ni devant les promesses ni devant les menaces, il se vit obligé de se retirer secrètement, parce qu’il allait être emprisonné. Bientôt tous ses parents, ses amis et ses partisans furent chassés du royaume,après qu’on eut fait jurer à tous ceux dont l’âge le permettait, d’aller trouver Thomas, afin d’ébranler, par la vue de l’état pitoyable des siens, cette sainte résolution, qui n’avait pu être arrêtée par celle de ses propres intérêts. Il n’eut égard ni à la chair ni au sang, et aucune faiblesse humaine n’ébranla sa constance pastorale.

    Il se rendit auprès du pape Alexandre III, qui le reçut avec bonté, et le recommanda aux moines du monastère de Pontigny, Ordre de Citeaux, chez lesquels il se rendit. Henri , l’ayant connu, écrivit des lettres menaçantes au Chapitre de Citeaux, à l’effet de faire chasser Thomas du monastère de Pontigny. Le saint homme, craignant que cet Ordre n’eût à souffrir quelque persécution à cause de lui, se retira de lui-même, et, sur l’invitation de Louis, roi de France, il alla demeurer auprès de lui. Il y resta jusqu’à ce que, par l’intervention du souverain Pontife et du roi, il fut rappelé de l’exil, et rentra en Angleterre, à la grande satisfaction du royaume entier. Comme il s’appliquait, sans rien craindre, à remplir les devoirs d’un bon pasteur, des calomniateurs viennent rapporter au roi qu’il entreprend beaucoup de choses contre le royaume et la tranquillité publique : en sorte que ce prince se plaignait souvent de ce que, dans tout son royaume, il n’y avait qu’un évêque avec qui il ne pût avoir la paix.

    Ces paroles du roi ayant fait croire à quelques détestables satellites qu’ils lui feraient un grand plaisir, s’ils exterminaient Thomas, ils se rendirent secrètement à Cantorbéry, et allèrent attaquer l’évêque dans l’église même où il célébrait l’Office des Vêpres. Les clercs voulant leur fermer l’entrée de l’église, Thomas accourut aussitôt, et ouvrit lui-même la porte en disant aux siens : « L’Église de Dieu ne doit pas être gardée comme un camp ; pour moi, je souffrirai volontiers la mort pour l’Église de Dieu. » Puis s’adressant aux soldats : « De la part de Dieu, dit-il, je vous défends de toucher à aucun des miens. » Il se mit ensuite à genoux, et, après avoir recommandé l’Église et soi-même à Dieu, à la bienheureuse Marie, à saint Denys et aux autres saints patrons de sa cathédrale, il présenta sa tète au fer sacrilège avec la même constance qu’il avait mise à résister aux lois très injustes du roi. Ceci arriva le quatre des calendes de janvier , l’an du Seigneur onze cent soixante-onze ; et la cervelle du martyr jaillit sur le pavé de l’église. Dieu l’ayant bientôt illustré par un grand nombre de miracles , le même pape Alexandre le mit au nombre des Saints.

 

    La Liturgie de l’Église d’Angleterre rendait à saint Thomas un culte plein de tendresse et d’enthousiasme. Nous extrairons plusieurs pièces de l’ancien Bréviaire de Salisbury, et nous donnerons d’abord un ensemble formé de la plupart des Antiennes des Matines et des Laudes. Tout l’Office est rimé, suivant l’usage du xin° siècle, auquel ces compositions appartiennent.

 

Summo sacerdotio Thomas sublimatus, est in virum alium subito mutatus.

Monachus sub clerico clam ciliciatus, carnis, carne fortior edomat conatus.

Cultor agri Domini tribulos evellit, et vulpes a vineis arcet et expellit.

Nec in agnos sustinet lupos desaevire, nec in hortum olerum tineam transire.

Exsulantis praedia praeda sunt malignis, sed in igne positum non exurit ignis.

Satanae satellites irrumpentes et em plu m, inauditum perpetrant sceleris exemplum.

Strictis Thomas ensibus obviam procedit, non minis, non gladiis, sed nec morti cedit.

Felix locus, felix ecclesia in qua Thomae vivit memoria felix terra quae dedit praesulem , felix illa quae
fovit exsulem!

Granum cadit, copiam germinat frumenti : alabastrum frangitur, , fragrat vis unguenti.

Totus orbis Martyris certat in amorem, cujus signa singulos agunt in stuporem.

 

    Thomas, élevé au souverain sacerdoce, se trouve tout à coup changé en un autre homme.

    Sous ses vêtements de clerc, il revêt secrètement le cilice du moine ; plus fort que la chair, il réprime les révoltes de la chair.

    Agriculteur fidèle, il arrache les ronces du champ du Seigneur ; de ses vignes il repousse et il chasse les renards.

    Il ne souffre point que les loups dévorent les agneaux, ni que les animaux malfaisants traversent le jardin confié à sa garde.

    On l’exile ; ses biens sont la proie des méchants ; mais, au milieu du feu de la tribulation, Thomas n’est pas atteint.

    Des satellites de Satan pénètrent dans le temple ; ils en font le théâtre d’un forfait inouï.

    Thomas marche au-devant des épées menaçantes ; il ne cède ni aux menaces, ni aux glaives, pas même à la mort.

    Lieu fortuné, heureuse église où vit la mémoire de Thomas ! heureuse terre qui a produit un tel prélat ! heureuse contrée qui, avec amour, recueillit son exil !

    Le grain tombe, et c’est pour produire une abondance de froment ; le vase d’albâtre est brisé, et c’est pour répandre la suavité du parfum.

    L’univers entier s’empresse à témoigner son amour pour le Martyr ; ses prodiges multipliés excitent en tout lieu l’étonnement.

 

    Les pièces qui suivent ne sont pas moins dignes de mémoire, pour l’affection et la confiance qu’elles expriment à notre grand Martyr.

ANT. Pastor caesus in gregis medio, pacem emit cruoris pretio : laetus dolor intristi gaudio ! Grex respirat, pastore mortuo plangens plaudit mater in filio, quia vivit victor sub gladio.

MUNDI florem a mundo conteri, Rachel plorans, jam cessa conqueri ; Thomas caesus dum datur funeri, novus Abel succedit veteri.

ANT. SALVE, Thoma, virga iustitiae, mundi jubar, robur Ecclesiae, plebis amor, cleri deliciae. Salve, gregis tutor egregie, salva ture gaudentes gloriae.

 

    Ant. Le Pasteur immolé, au milieu de son troupeau achète la paix au prix de son sang. O douleur pleine d’allégresse ! ô joie remplie de tristesse ! par la mort du Pasteur, le troupeau respire ; la mère en pleurs applaudit à son fils, vivant et victorieux sous le glaive.

    R/. Cesse tes plaintes, ô Rachel cesse de pleurer sur la fleur de ce monde, que le monde a brisée ; Thomas immolé, enseveli est un nouvel Abel qui succède à l’ancien.

    Ant. Salut, Thomas ! sceptre de justice, splendeur du monde, vigueur de l’Église, amour du peuple, délices du clergé. Tuteur fidèle du troupeau, salut ! daignez sauver ceux qui applaudissent à votre gloire.

 

    Nous empruntons au même Bréviaire de Salisbury le Répons qui suit. Il est remarquable, dans sa forme, par l’insertion d’une Prose entière, en manière de Verset, après laquelle la Réclame revient, selon l’usage du XIV° siècle. Nous n’avons pas besoin de relever la beauté naïve de cette pièce liturgique.

 

Jacet granum pressura palea, justus caesus pravorum framea, * Coelum domo commutans lutea. V. Cadit custos vitis in vinea, dux in castris, cultor in area. * Coelum commutans lutea.

PROSA. Clangat pastor in tuba cornea, Ut libera sit Christi vinea, Quam assumpsit , sub carnis trabea,

Liberavit cruce purpurea. Adversatrix ovis erronea, Fit pastoris caede sanguinea. Pavimenta Christi marmorea Sacro madent cruore rubea. Martyr, vitae donatus laurea, Velut granum purgatum palea, In divina transfertur horrea.* Coelum domo commutans lutea.

 

    R/. L’ épi succombe opprimé par la paille ; le juste est immolé par l’épée des méchants : * Il échange contre le ciel cette demeure de boue.

    V/. Le gardien de la vigne succombe dans la vigne même, le capitaine dans son

    camp, le cultivateur dans son aire. * Il échange contre le ciel cette demeure de boue.

    Prose

    Que le Pasteur fasse retentir la trompette de force ;

    Qu’il réclame la liberté de la vigne du Christ,

    De cette vigne que le Christ, sous le manteau de la chair, a choisie pour sienne.

    Qu’il a affranchie par le sang de sa croix.

    Une brebis égarée s’est élevée contre Thomas,

    Elle s’est baignée dans le sang du pasteur immolé.

    Le pavé de marbre de la maison du Christ

    S’est rougi d’un sang précieux.

    Le Martyr, décoré de la couronne de vie,

    Semblable au grain dégagé de la paille,

    Est transféré dans les greniers divins.

    Il échange contre le ciel cette demeure de boue.

 

    L’Église de France témoigna aussi par la Liturgie sa vive admiration pour l’illustre Martyr. Adam de Saint-Victor composa jusqu’à trois Séquences pour célébrer un si noble triomphe. Nous donnerons ici les deux plus belles. Elles respirent la plus ardente sympathie pour le sublime athlète de Cantorbéry, et montrent à quel point était chère la Liberté de l’Église aux fidèles de ces temps, et comment la cause dont saint Thomas fut le martyr était regardée alors comme celle de la société chrétienne tout entière. Obligé de nous restreindre, nous regrettons de ne pouvoir insérer ici la belle Prose des Missels de Liège : Laureata novo Thoma.

    1ère SEQUENCE.

GAUDE, Sion, et laetare,Voce, voto jocundare Solemni laetitia.

Tuus Thomas trucidatur : Pro te, Christe, immolatur Salutaris hostia.

Archipraesul et legatus, Nullo tamen est elatus Honoris fastigio.

Dispensator sum mi Regis Pro tutela sui gregis Damnatur exsilio.

Telo certans pastorali, Ense cinctus spiritali, Triumphare meruit.

Hic pro Dei sui lege, Et pro suo mori grege, Decertare studuit.

Tunc rectore desolatam, Et pastore viduatam, Se plangebat Cantua.

Versa vice, plausu mi-Exsultavit tanto viro Senonensis Gallia.

Quo absente infirmatur, Infirmata conculcatur Libertas Ecclesiae.

Sic nos, pastor, reliquisti, Nec a vero recessisti Tramite iustitiae.

Quondam coetu curiali Primus eras, et regali Militans palatio.

Plebis aura favorali, Et, ut mos est, temporali Plaudebas praeconio.

Consequenter es mutatus, Praesulatu sublimatus, Novus homo reparatus Felici commercio.

Ex adverso ascendisti, Et te murum objecisti, Caput tuum obtulisti Christi sacrificio.

Carnis tuae morte spreta, Triumphalis es athleta ; Palma tibi datur laeta, Quod testantur insueta Plurima miracula.

Cleri gemma, clare Thoma, Motus carnis nostrae doma Precum efficacia.
Ut in Christo, vera vite, Radicati, vera vitae Capiamus praemia. Amen.

 

    Réjouis-toi, Sion, et sois dans l’allégresse ; par tes chants, par tes vœux, éclate dans une solennelle réjouissance.

    Ton pasteur Thomas est égorgé ; pour toi, ô Christ ! il est immolé, comme une hostie salutaire.

    Archevêque et légat, nul degré d’honneur n’a enflé son âme.

    Dispensateur fidèle du souverain Roi, pour avoir défendu son troupeau, il est condamné à l’exil.

    Il combat avec les armes du pasteur ; il est ceint du glaive spirituel ; il a mérité le triomphe.

    Pour la loi de son Dieu, pour le salut de ses brebis, il a voulu combattre et mourir.

    Privée de son chef, veuve de son pasteur, Cantorbéry se lamentait.

    Plus heureuse et battant des mains, la Gaule Sénonnaise saluait un si grand homme.

    Par son absence est affaiblie, foulée aux pieds, la liberté de l’Église.

    Ainsi, tu nous quittas, ô Pasteur ! Mais rien ne te fit reculer du vrai sentier de la justice.

    Naguère, en la cour des seigneurs, tu étais le premier : tu occupais le poste d’honneur au palais du roi.

    Le vent de la faveur populaire était pour toi, et tu jouissais de ces applaudissements du siècle, qui ne durent qu’un temps.

Élève à la prélature, tu changeas bientôt ; par un heureux échange, tu devins un homme nouveau.

    Tu résistas à l’adversaire, tu t’opposas comme un mur, tu offris ta tête dans un sacrifice comme celui du Christ.

    Tu as bravé la mort de ta chair, athlète triomphant !

    Une palme glorieuse est dans tes mains ; des miracles inouïs l’attestent en grand nombre.

    Illustre Thomas ! la perle du clergé, par tes prières efficaces, dompte les assauts de notre chair.

    Afin que, enracinés dans le Christ, la vraie vigne, nous obtenions la couronne de la vie véritable. Amen.

 

IIe SEQUENCE.

 

Pia mater plangat Ecclesia Quod patravit major Britannia Factum detestabile ; Pietate movetur Francia Luget coelum, tellus et maria, Scelus exsecrabile !

Scelus, inquam, non dicendum, Grande scelus et horrendum Perpetravit Anglia. Patrem suum praedamnavit, Et in sede trucidavit Restitutum propria.

Thomas totius Angliae Flos vernans, et Ecclesiae Specialis gloria, In templo Cantuariae Pro legibus iustitiae Fit sacerdos et hostia.

Inter templum et altare, Templi super liminare Concutitur, nec frangitur; Sed gladiis conscinditur Velum templi medium. Eliseus decalvatur, Zacharias trucidatur ;

Pax tradita dissolvitur, Et organum convertitur In lamentum flentium.

Prope festum Innocentum, Innocenter ad tormentum Pertrahitur, concutitur. Et cerebrum effunditur Cuspide mucronis. Ad decoris ornamentum, Templi rubet pavimentum, Quod sanguine respergitur, Dum Sacerdos induitur Veste passionis.

Furor ingens debacchatur, Sanguis justus condemnatur, Ense caput amputatur In conspectu Domini; Cum sacrabat, hic sacratur, Immolator immolatur, Ut virtutis relinquatur Hoc exemplum homini.

Holocaustum medullatum, Jam per orbem propalatum, In odorem Deo gratum Est pontifex oblatus ; Pro corona quae secatur Duplex stola praeparatur, Ubi sedes restauratur Archiepiscopatus.

Synagoga derogat, ridet paganismus, Insultant idololatriae , quod Christianismus Foedus violaverit, Nec patri pepercerit Christianitatis. Rachel plorat filium, nec vult consolari, Quem in matris utero videt trucidari, Super cujus obitum Dant in fletu gemitum Mentes pietatis.

Hic est ille Pontifex, Quem supernus opifex In ccelorum culmine Magnum stabilivit, Postquam pertransivit Gladios Anglorum.

Qui mori non timuit, Sed cervicem praebuit Et in suo sanguine ; Ut abhinc exivit, Semel introivit In Sancta Sanctorum.

Cujus mortem pretiosam Testantur miracula Ipse nobis suffragetur Per aeterna saecula. Amen.    

    

    O Église, ô tendre Mère, déplore dans tes chants le forfait commis naguère par la Grande-Bretagne.

    O France, sois émue de compassion ; le ciel lui-même, la terre et les mers, pleurent sur ce crime exécrable.

    Oui, l’Angleterre a commis un crime qu’on n’ose raconter, un forfait immense et qui saisit d’horreur. Elle a condamné son propre père ; elle l’a massacré sur son siège, auquel il venait d’être rendu.

    Thomas, lui, la fleur vermeille de l’Angleterre, la gloire première de l’Église, a été immolé dans le temple de Cantorbéry ; prêtre et victime, il a succombé pour la justice.

    Entre le temple et l’autel, sur le seuil même de l’église, on l’a atteint, mais non vaincu ; le voile du temple a été fendu en deux par le glaive. Élisée a reçu le coup sur sa tête vénérable ; Zacharie a été égorgé ; la paix qui venait de se conclure a été violée ; et les chants d’allégresse se sont changés en lamentations.

    Le lendemain de la fête des Innocents, le Pontife innocent comme eux est traîné à la mort ; on le frappe, on répand sa cervelle sur le pavé avec la pointe du glaive. Le temple acquiert une nouvelle gloire par le sang qui rougit ses dalles, au moment où le Pontife revêt la robe empourprée du martyre.

    La fureur des meurtriers est au comble ; ils ont conspiré contre la vie du juste, et leur épée s’est abattue sur sa tête en présence même du Seigneur. Le Pontife accomplissait l’œuvre de sanctification : là même il est sanctifié ; il immolait, et on l’immole. Il laisse ainsi aux hommes l’exemple de son sublime courage.

    Cet holocauste choisi devient célèbre dans tout l’univers ; c’est le Pontife lui-même offert à Dieu, comme une victime d’agréable odeur ; on a frappé sa tête à l’endroit où la couronne la rendait plus sacrée ; en retour, il a reçu une double tunique d’honneur ; et le privilège de son trône archiépiscopal est désormais reconnu.

    Le Juif regarde avec insolence, le païen idolâtre poursuit de ses sarcasmes des chrétiens qui ont violé le pacte sacré, et dont la rage n’a pas su épargner même un des pères de la chrétienté Rachel repousse les consolations ; elle pleure le fils qu’elle a vu immoler jusque sur son sein maternel, le fils dont le trépas arrache tant de larmes aux chrétiens pieux.

    C’est là le Pontife que le suprême architecte a placé glorieux au faite de l’édifice céleste, parce qu’il a triomphé du glaive homicide des Anglais.

    Pour n’avoir pas craint la mort, pour avoir livré sa tête avec son sang, au sortir de ce séjour terrestre, il est entré pour jamais dans le Saint des Saints.

    Les prodiges attestent combien fut précieuse sa mort ; que ses prières, nous soient un secours favorable pour l’éternité.

    Amen.

 

    Ainsi s’épanchait, par la voix sacrée de la Liturgie, l’amour du peuple catholique pour saint Thomas de Cantorbéry. Ainsi la victoire de l’Église était-elle réputée la victoire de l’humanité elle-même, dans les siècles catholiques. Il n’entre point dans notre plan d’écrire la vie des Saints dans cette Année liturgique dé]à si remplie ; nous ne pourrons donc développer ici en détail le caractère de ce grand Martyr de la plus sacrée des libertés. Cependant, nous croyons faire plaisir à nos lecteurs, en produisant sois leurs yeux un témoignage touchant de l’affection et de l’estime qu’avait inspirées Thomas à ceux qui avaient été témoins des vertus évangéliques de ce prélat fidèle et désintéressé, auquel le roi son ami, et plus tard son meurtrier, ne pardonna jamais de s’être démis des hautes fonctions de Chancelier du royaume d’Angleterre, le jour où il fut promu à l’archevêché de Cantorbéry. La lettre qu’on va lire fut écrite par un Français, Pierre de Blois, Archidiacre de Bath, et adressée aux Chanoines de Beauvoir, peu de jours après le martyre du Saint, quand son sang était encore chaud sur le pavé de l’Église Primatiale de l’Angleterre. Cette lettre est un cri de victoire ; mais combien la victoire de l’Église, dans laquelle elle ne verse d’autre sang que le sien, est pure et paisible !

    « Il est décédé, le Pasteur de nos âmes, lui dont je voulais pleurer le trépas ; mais que dis-je ? il s’est retiré plutôt qu’il n’est décédé ; il s’en est allé, il n’est pas mort. En effet, la mort par laquelle le Seigneur a glorifié son Saint n’est pas une mort, mais un sommeil. C’est un port, c’est la porte de la vie, l’entrée dans les délices de la patrie céleste, dans les puissances du Seigneur, dans l’abîme de l’éternelle clarté. Prêt à partir pour un voyage lointain, il a pris a avec lui les subsides de la route, pour revenir à la pleine lune. Son âme, qui s’est retirée de son corps riche de mérites, rentrera, opulente, dans cette ancienne demeure, au jour de la résurrection générale. La mort envieuse et pleine de ruse a voulu voir si, dans ce trésor, il se trouvait quelque chose qui appartînt à son domaine. Lui, en homme prudent et circonspect, n’avait pas voulu risquer sa vraie vie. Dès longtemps il t désirait la dissolution de son corps pour être avec Jésus-Christ ; dès longtemps il aspirait à sortir de ce corps de mort. Il a donc jeté un peu de poussière à la face de cette vieille ennemie, comme un tribut. C’est delà qu’est sortie cette rumeur populaire et fausse qu’une bête féroce avait dévoré Joseph. La tunique dont on l’a dépouillé n’était donc qu’une fausse messagère de sa mort ; car Joseph est vivant, et il domine sur toute la terre d’Égypte. Sa bienheureuse âme, débarrassée de l’enveloppe de cette poussière corruptible, s’est envolée libre au ciel.

    « Oui, il a été appelé au ciel, cet homme dont le monde n’était pas digne. Cette lumière n’est pas éteinte ; un souffle passager l’a inclinée, afin qu’elle brillât ensuite avec plus de clarté, afin qu’elle ne fût plus sous le boisseau, mais éclatât davantage aux yeux de ceux qui sont dans la maison. Aux regards des insensés il a paru mourir ; mais sa vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. La mort a semblé l’avoir vaincu et dévoré ; mais la mort a été ensevelie dans a son triomphe. Vous lui avez accordé, Seigneur, u le désir de son cœur ; car longtemps il milita pour vous, fidèle à votre service, à travers les voies les plus dures. Dès son adolescence, il montra la maturité de la vieillesse ; et on le vit réprimer les révoltes de la chair par les veilles, par les jeûnes, par les disciplines, par le cilice et la garde d’une continence perpétuelle. Le Seigneur se le choisit pour Pontife, afin qu’il fût, au milieu de son peuple, un chef, un docteur, un miroir de vie, un modèle de pénitence, un exemplaire de sainteté. Le Dieu des sciences lui » avait donné une langue éloquente, et avait répandu en lui avec abondance l’esprit d’intelligence et de sagesse, afin qu’il fût entre les doctes le plus docte, entre les sages le plus sage, entre les bons le meilleur, entre les grands le plus grand. Il était le héraut de la parole divine, la trompette de l’Évangile, l’ami de l’Époux, la colonne du clergé, l’œil de l’aveugle, le pied du boiteux, le sel de la terre, la lumière de la patrie, le ministre du Très-Haut, le vicaire du Christ, le Christ même du Seigneur.

    « Il était droit dans le jugement, habile dans le gouvernement, discret dans le commandement, modeste dans le parler, circonspect dans les conseils, tempérant dans la nourriture, pacifique dans la colère, un ange dans la chair, doux au milieu des injures, timide dans la prospérité, ferme dans l’adversité, prodigue dans les aumônes, tout entier à la miséricorde. Il était la gloire des moines, les délices du peuple, la terreur des princes, le Dieu de Pharaon. D’autres, quand ils sont élevés sur le siège éminent de l’Épiscopat, se montrent tout aussitôt enclins à flatter la chair ; ils craignent toute souffrance du corps comme un supplice ; leur désir en toutes choses est de jouir longtemps de la vie. Celui-ci, au contraire, dès le jour de sa promotion, désira avec passion la fin de cette vie, ou plutôt le commencement d’une vie meilleure ; c’est pour cela que, se revêtant de la livrée du pèlerin, il a bu, sur la voie, l’eau du torrent, et pour cela, son nom est élevé en gloire dans la patrie. Ainsi, nos seigneurs et frères, les Moines de l’Église cathédrale, sont-ils devenus tout à coup des pupilles qui ont perdu leur Père. »

    Le seizième siècle vint encore ajouter à la gloire de saint Thomas, lorsque l’ennemi de Dieu et des hommes, Henri VIII d’Angleterre, osa poursuivre de sa tyrannie le Martyr de la Liberté de l’Église jusque dans la châsse splendide où il recevait depuis près de quatre siècles les hommages de la vénération de l’univers chrétien. Les sacrés ossements du Pontife égorgé pour la justice furent arrachés de l’autel ; un procès monstrueux fut instruit contre le Père de la patrie, et une sentence impie déclara Thomas criminel de lèse-majesté royale. Ces restes précieux furent placés sur un bûcher ; et dans ce second martyre, le feu dévora la glorieuse dépouille de l’homme simple et fort dont l’intercession attirait sur l’Angleterre les regards et la protection du ciel. Aussi, il était juste que la contrée qui devait perdre la foi par une désolante apostasie ne gardât pas dans son sein un trésor qui n’était plus estimé à son prix ; et d’ailleurs le siège de Cantorbéry était souillé. Cranmer s’asseyait sur la chaire des Augustin, des Dunstan, des Lanfranc, des Anselme, de Thomas enfin ; et le saint Martyr, regardant autour de lui, n’avait trouvé parmi ses frères de cette génération que le seul Jean Fischer, qui consentît à le suivre jusqu’au martyre. Mais ce dernier sacrifice, tout glorieux qu’il fût, ne sauva rien. Dès longtemps la Liberté de l’Église avait péri en Angleterre : la foi n’avait plus qu’à s’éteindre.

    INVINCIBLE défenseur de l’Église de votre Maître, glorieux Martyr Thomas ! nous venons à vous, en ce jour de votre fête, pour honorer les dons merveilleux que le Seigneur a déposés en votre personne. Enfants de l’Église, nous aimons à contempler celui qui l’a tant aimée, et qui a tenu à si grand prix l’honneur de cette Épouse du Christ, qu’il n’a pas craint de donner sa vie pour lui assurer l’indépendance. Parce que vous avez ainsi aimé l’Église aux dépens de votre repos, de votre bonheur temporel, de votre vie même ; parce que votre sacrifice sublime a été le plus désintéressé de tous, la langue des impies et celle des lâches se sont aiguisées contre vous, et votre nom a souvent été blasphémé et calomnié. O véritable Martyr ! digne de toute croyance dans son témoignage, puisqu’il ne parle et qu’il ne résiste que contre ses intérêts terrestres. O Pasteur associé au Christ dans l’effusion du sang et dans la délivrance du troupeau ! nous vous vénérons de tout le mépris que vous ont prodigué les ennemis de l’Église ; nous vous aimons de toute la haine qu’ils ont versée sur vous, dans leur impuissance. Nous vous demandons pardon pour ceux qui ont rougi de votre nom, et qui ont regardé votre martyre comme un embarras dans les Annales de l’Église. Que votre gloire est grande, ô Pontife fidèle ! d’avoir été choisi pour accompagner avec Étienne, Jean et les Innocents, le Christ, au moment où il fait son entrée en ce monde ! Descendu dans l’arène sanglante à la onzième heure, vous n’avez pas été déshérité du prix qu’ont reçu vos frères de la première heure ; loin de là, vous êtes grand parmi les Martyrs. Vous êtes donc puissant sur le cœur du divin Enfant qui naît en ces jours mêmes pour être le Roi des Martyrs. Permettez que, sous votre garde, nous pénétrions jusqu’à lui. Comme vous, nous voulons aimer son Église, cette Église chérie dont l’amour l’a forcé à descendre du ciel ; cette Église qui nous prépare de si douces consolations dans la célébration des grands mystères auxquels votre nom se trouve si glorieusement mêlé. Obtenez-nous cette force qui fasse que nous ne reculions devant aucun sacrifice, quand il s’agit d’honorer notre beau titre de Catholiques.

    Assurez l’Enfant qui nous est né, Celui qui doit porter sur son épaule la Croix comme le signe de sa principauté, que, moyennant sa grâce, nous ne nous scandaliserons jamais ni de sa cause, ni de ses défenseurs ; que, dans la simplicité de notre attachement envers la sainte Église qu’il nous a donnée pour Mère, nous placerons toujours ses intérêts au-dessus de tous les autres ; car elle seule a les paroles de la vie éternelle, elle seule a le secret et l’autorité de conduire les hommes vers ce monde meilleur qui seul est notre terme, seul ne passe pas, tandis que tous les intérêts de la terre ne sont que vanité, illusion, et le plus souvent obstacles à l’unique fin de l’homme et de l’humanité.

    Mais, afin que cette Église sainte puisse accomplir sa mission et sortir victorieuse de tant de pièges qui lui sont tendus dans tous les sentiers de son pèlerinage, elle a besoin par-dessus tout de Pasteurs qui vous ressemblent, ô Martyr du Christ ! Priez donc afin que le Maître de la vigne envoie des ouvriers, capables non seulement de la cultiver et de l’arroser, mais encore de la défendre à la fois du renard et du sanglier qui, comme nous en avertissent les saintes Écritures, cherchent sans cesse à y pénétrer pour la ravager. Que la voix de votre sang devienne de plus en plus tonnante en ces jours d’anarchie, où l’Église du Christ est asservie sur tant de points de cette terre qu’elle est venue affranchir. Souvenez-vous de l’Église d’Angleterre qui lit un si triste naufrage, il y a trois siècles, par l’apostasie de tant de prélats, tombés victimes de ces mêmes maximes contre lesquelles vous aviez résisté jusqu’au sang. Aujourd’hui qu’elle semble se relever de ses ruines, tendez-lui la main, et oubliez les outrages qui furent prodigués à votre nom, au moment où l’Ile des Saints allait sombrer dans l’abîme de l’hérésie. Souvenez-vous aussi de l’Église de France qui vous reçut dans votre exil, et au sein de laquelle votre culte fut si florissant autrefois. Obtenez pour ses Pasteurs l’esprit qui vous anima ; revêtez-les de cette armure qui vous rendit invulnérable dans vos rudes combats contre les ennemis de la Liberté de l’Église. Enfin, quelque part, en quelque manière que cette sainte Liberté soit en danger, accourez au secours, et que vos prières et votre exemple assurent une complète victoire à l’Épouse de Jésus-Christ.

    Considérons notre Roi nouveau-né, sur son trône, en ce cinquième jour de sa Naissance. Les saintes Écritures nous apprennent que le Seigneur est assis sur les Chérubins dans le ciel : sur la terre, au temps delà loi des figures, il choisit pour son siège l’Arche de son alliance. Gloire à lui de nous avoir ainsi révélé le mystère de son trône ! Mais le Psalmiste nous avait annoncé encore un autre lieu de la séance du Seigneur. Adorez, nous avait-il dit, l’escabeau de ses pieds. (Psalm. XCVIII.) Cette adoration qui nous est demandée, non plus pour Dieu seulement, mais pour le lieu sur lequel se pose sa Majesté, semblait former un contraste avec tant d’autres passages des saints Livres dans lesquels le grand Dieu se montre si jaloux de retenir pour lui seul nos adorations. En ces jours, comme nous l’enseignent les Pères, le mystère est déclaré. Le Fils de Dieu a daigné prendre notre humanité ; il l’a unie à sa divine nature en une seule personne, et il veut que nous adorions cette humanité même, ce corps, cette âme semblables aux nôtres, qui sont le trône de sa gloire, l’escabeau sublime de ses pieds.

    Mais cette humanité a aussi son trône. Voici que la très pure Marie lève delà crèche l’Enfant divin ; elle le presse contre son cœur, elle l’appuie sur ses genoux maternels, et l’Emmanuel nous apparaît, reposant avec amour et majesté ses pieds sacrés sur l’Arche de la loi nouvelle. Combien alors est dépassée la gloire de ce trône vivant que prêtaient au Verbe éternel les ailes tremblantes des Chérubins ! Et l’Arche de Moïse, formée d’un bois incorruptible, couverte de lames d’or, renfermant la Manne, la Verge des prodiges, les Tables même de la loi, ne disparaît-elle pas en présence de la sainteté, de la dignité de Marie, Mère de Dieu ?

    Que vous êtes grand sur ce trône, ô Jésus ! mais aussi que vous êtes aimable et accessible ! Vos petits bras tendus aux pécheurs, le sourire de Marie, trône vivant, tout nous attire ; et nous sentons notre bonheur d’être les sujets d’un Roi si puissant à la fois et si doux. Marie est Siège de la Sagesse, parce que vous vous appuyez ainsi sur elle, ô Sagesse du Père ! Siégez toujours sur ce trône, ô Jésus ! soyez notre Roi ; dominez-nous ; régnez, comme le chante David, par votre gloire, par votre beauté, par votre mansuétude. (Psalm. XLIV.) Nous sommes vos sujets : à vous notre service

notre amour ; à Marie, que vous nous donnez pour Reine, nos hommages et notre tendresse !

 

    Pour célébrer la divine Naissance de notre Roi, appelons à notre secours aujourd’hui les chants mélodieux de l’Église Grecque dans ses Offices du jour de Noël.

    A L’OFFICE DU SOIR.

NATO Domino Jesu ex sacra Virgine, lucida facta sunt omnia; pastoribus enim de nocte vigilantibus, Magis adorantibus, Angelis hymnificantibus , Herodes turbabatur, quia Deus in carne apparuit Salvator animarum nostrarum.

Regnum tuum, Christe Deus, regnum omnium saeculorum, et dominatio tua in omni generatione et generationem. Qui caro factus est ex Spiritu Sancto et homo factus ex Maria semper virgine, lumen illuxit. Tuus adventus, Christe Deus, lumen de lumine, Patris splendor, omnem creaturam exhilaravit. Omnis spiritus laudavit characterem gloriae Patris : qui es et ante fuisti, et illuxisti ex virgine, Deus, miserere nobis

Quid tibi offeremus, Christe, quia visus es super terram sicut homo pro nobis ? Quaelibet enim creaturarum tibi submissarum ad te profert gratiarum actionem : Angeli hymnum, coeli stellam, magi dona, pastores admirationem, terra speluncam , solitudo praesepium , nos vero

matrem virginem : qui es ante saecula, Deus, miserere nobis.

Regnante Augusto super terram , hominum cessata est polyarchia, et te homine facto ex agna, idolorum debilitata est polytheia ; sub uno mundano civitates factae
sunt regno, et in unam dominationem divinitatis gentes crediderunt. Inscripti sunt populi decreto Caesaris, inscripti sumus fideles sub divinitatis nomine, te homine facto, Deus noster. Magna tua misericordia ; Domine, Gloria tibi.

 

    Quand le Seigneur Jésus fut né de la sacrée Vierge, toutes choses devinrent lumineuses ; car les pasteurs veillaient de nuit, les Mages adoraient, les Anges chantaient des hymnes, Hérode était troublé,parce que Dieu est apparu dans la chair, le Sauveur de nos âmes.

    Ton règne, ô Christ Dieu ! est le règne de tous les siècles ; ta domination s’étend de génération en génération. Celui qui a été fait chair par l’opération du Saint-Esprit, et fait homme de Marie toujours Vierge, a brillé comme une lumière. Ton avènement, ô Christ Dieu, lumière de lumière, splendeur du Père, a réjoui toute créature. Tout esprit a loué le caractère de la gloire du Père ; ô toi qui es et qui as été avant toutes choses ! et as brillé, sortant du sein d’une vierge, ô Dieu ! aie pitié de nous.

    Que t’offrirons-nous, ô Christ ! pour avoir paru pour nous comme homme sur la terre ? Car chaque créature à toi soumise te paie le tribut d’action de grâces : les Anges un hymne, les cieux une étoile, les Mages des présents, les bergers leur admiration, la terre une grotte, la solitude une crèche, nous autres une Vierge-Mère. O toi qui es avant les siècles, aie pitié de nous.

    Pendant qu’Auguste régnait sur la terre, les gouvernements divers cessèrent parmi les hommes ; et quand tu fus fait homme, né de la chaste brebis, le culte des dieux défaillit, les cités furent soumises à un seul royaume terrestre, et les nations crurent en l’unique domination de la divinité. Les peuples furent inscrits d’après un décret de César ; nous fidèles, nous fûmes inscrits sous le nom de la divinité, quand tu fus fait homme , ô notre Dieu ! Grande est ta miséricorde, Seigneur : gloire à toi !

 

    Chantons aussi Marie, Siège de la Sagesse, et consacrons-lui cette belle Séquence, que nous emprunterons au Missel de Cluny de 1523.

    SEQUENCE.

 

AVE, mundi spes, Maria, Ave mitis, ave pia, Ave, plena gratia.

Ave, Virgo singularis, Quae per rubum designaris Non passum incendia.

Ave, rosa speciosa, Ave, Jesse virgula,

Cujus fructus Nostri luctus Relaxavit vincula.

Ave, cujus viscera, Contra mundi foedera, Ediderunt Filium.

Ave, carens simili, Mundo diu flebili Reparasti gaudium.

Ave, virginum lucerna, Per quam fulsit lux superna His quos unda tenuit.

Ave, Virgo de qua nasci Et de cujus lacte pasci Rex coelorum voluit.

Ave, gemma, coeli luminarium.

Ave, Sancti Spiritus sacrarium.

0 quam mirabilis, Et quam laudabilis Haec est virginitas,

In qua per Spiritum Facta Paraclitum Fulsit foecunditas !

0 quam sancta ! Quam serena ! Quam benigna ! Quam amoena Esse virgo creditur !

Per quam servitus finitur, Porta coeli aperitur, Et libertas redditur.

0 castitatis lilium, Tuum precare Filium, Qui salus est humilium.

Ne nos pro nostro vitio, In flebili judicio, Subjiciat supplicio.

Sed nos tua sancta prece Mundans a peccati faece, Collocet in lucis domo.

Amen dicat omnis homo.

 

    Salut ! Marie, espoir du monde ; salut ! pleine de douceur ; salut ! miséricordieuse ; salut ! pleine de grâce.

    Salut ! Vierge admirable, figurée par !e buisson qui ne se consumait pas.

    Salut ! rose de beauté ; salut ! tige de Jessé,

    Dont le fruit a délié les liens de notre infortune.

    Salut ! vous dont les entrailles, contre la loi de la nature , ont enfanté un Fils.

    Salut ! créature sans égale ; au monde si longtemps en pleurs, vous avez rendu la joie.

    Salut ! lampe de virginité, sur laquelle luit la clarté suprême aux nochers errants sur l’onde.

    Salut ! Vierge dont le Roi des cieux voulut naître, et se nourrir de son lait.

    Salut ! perle, flambeau du ciel.

    Salut ! sanctuaire de l’Esprit Saint.

    Oh ! combien est admirable, combien digne de louanges, une telle virginité,

    Où, par l’opération divine, de l’Esprit Consolateur, brille la fécondité.

    Oh ! combien sainte ! combien sereine ! combien débonnaire ! combien délicieuse nous croyons cette vierge !

    Par elle finit la servitude, la porte du ciel est ouverte, la liberté nous est rendue.

    O lis de chasteté ! priez votre Fils, le salut des humbles.

    Pour nos crimes, dans son jugement lamentable, qu’il ne nous condamne pas au supplice ;

    Mais que vos saintes prières, purifiant en nous la souillure du péché,

    Nous placent dans le séjour de la lumière.

    Amen ! ainsi dise tout homme.

 

    XXX DÉCEMBRE. LE DIMANCHE DANS L’OCTAVE DE NOËL OU LE SIXIÈME JOUR DANS L’OCTAVE DE NOËL.

    (Si le Dimanche arrive le jour de Noël, ou quelqu’un des autres jours de l’Octave, différent du 30 Décembre, on fait aujourd’hui l’Office du sixième jour dans l’Octave, à moins que la fête de saint Thomas de Cantorbéry ne se trouve remise au 3o Décembre, comme il a été expliqué ci-dessus.)

 

    De tous les jours de l’Octave de Noël, c’est le seul occupé régulièrement par une fête. Dans les Octaves de l’Épiphanie, de Pâques et de la Pentecôte, l’Église est tellement absorbée de la grandeur du mystère, qu’elle écarte tous souvenirs qui l’en pourraient distraire ; dans celle de Noël, au contraire, les fêtes abondent, et l’Emmanuel ne nous est montré qu’environné du cortège de ses serviteurs. Ainsi l’Église, ou plutôt Dieu même, le premier auteur du Cycle, nous a voulu faire voir combien, dans sa Naissance, l’Enfant divin, Verbe fait chair, se montre accessible à l’humanité qu’il vient sauver.

    Nous avons démontré plus haut que la Nativité du Sauveur s’est opérée le jour du Dimanche, qui est celui où Dieu créa la lumière. Ce sera aussi le Dimanche que nous verrons le Christ ressusciter. Ce premier jour de la création, qui est, en même temps, le premier jour de la semaine, était consacré au Soleil chez les peuples anciens ; il est devenu sacré à jamais par le double lever du Soleil de justice : Noël et Pâques le réclament tour à tour. Mais, pour des raisons particulières que nous avons exposées, si Pâques est toujours célébré le Dimanche, Noël doit sanctifier successivement tous les jours de la semaine. Toutefois, le mystère de la divine Naissance est mieux exprimé dans les années où son glorieux anniversaire tombe le Dimanche ; dans les autres où cette coïncidence n’a pas lieu, les fidèles doivent du moins un honneur particulier à celui des jours de l’Octave qui se trouve dévolu à la célébration expresse du Dimanche. La sainte Église a décoré celui-ci d’une Messe et d’un Office particuliers, que nous allons reproduire ici, pour l’usage des fidèles.

 

    A LA MESSE.

    Ce fut au milieu de la nuit que le Seigneur délivra son peuple de la captivité, par le Passage de son Ange, armé du glaive, sur la terre des Égyptiens ; c’est pareillement au sein du silence nocturne que l’Ange du grand Conseil est descendu de son trône royal, pour apporter la miséricorde sur la terre. Il est juste que l’Église, célébrant ce dernier Passage, chante l’Emmanuel, revêtu de force et de beauté, qui vient prendre possession de son Empire.

    INTROÏT.

Dum medium silentium tenerent omnia, et nox in suo cursus medium iter haberet, omnipotens Sermo tuus, Domine, de coelis, a regalibus sedibus venit.

Ps. Dominus regnavit, decorem indutus est indutus est Dominus fortitudinem, et praecinxit se. Gloria. Dum medium.

 

    Tandis que le monde entier était enseveli dans le silence, et que la nuit était au milieu de sa course, votre Verbe tout-puissant, Seigneur, est descendu de son trône royal du ciel.

    Ps. Le Seigneur règne, il s’est revêtu de gloire : le Seigneur s’est revêtu de force, et il s’est armé. Gloire au Père. Tandis que le monde.

 

    La sainte Église demande, dans la Collecte, d’être dirigée par la règle souveraine qui a apparu dans notre divin Soleil de justice, afin d’éclairer et de conduire tous nos pas dans la voie des bonnes œuvres.

    COLLECTE.    

OMNIPOTENS, Sempiterne Deus, dirige actus nostros in beneplacito tuo ut in Nomine dilecti Filii tui mereamur bonis operibus abundare : qui tecum vivit.

    Dieu tout-puissant et éternel, dirigez nos actions selon la règle de votre bon plaisir ; afin que nous méritions de produire les bonnes œuvres avec abondance, par le Nom de votre Fils bien-aimé, qui vit et règne avec vous.

 

    Les Mémoires des Octaves de Noël, de saint Étienne, de saint Jean et des saints Innocents, ci-dessus à la Messe des saints Innocents, page 172.

    ÉPÎTRE

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Galatas. Cap. IV.

Fratres, Quanto tempore haeres parvulus est, nihil differt a servo, cum sit dominus omnium : sed sub tutoribus et actoribus est usque ad praefinitum tempus a patre : ita et nos, cum essemus parvuli, sub elementis mundi eramus servientes. At ubi vent plenitudo temporis, misit Deus Filium suum factum ex muliere, factum sub lege, at eos, qui sub lege erant, redimeret, ut adoptionem filiorum reciperemus. Quoniam autem estis filii, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra, clamantem : Abba, Pater. Itaque, jam non est servus, sed filius. Quod si filius :

 

Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Galates. Chap. IV.

    Mes Frères, tant que l’héritier est encore enfant, il n’est pas différent du serviteur, quoiqu’il soit le maître de tout ; mais il est sous la puissance des tuteurs et des curateurs, jusqu’au temps marqué par son père. Ainsi, lorsque nous étions encore enfants, nous étions assujettis aux premiers éléments de ce monde ; mais lorsque la plénitude du temps a été venue, Dieu a envoyé son Fils formé de la femme, et assujetti à la Loi, pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, et pour nous rendre enfants d’adoption. Or, parce que vous êtes enfants de Dieu, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : Père ! Père ! » Chacun de vous n’est donc plus serviteur, mais fils. Que s’il est fils, il est aussi héritier par la bonté de Dieu.

 

    L’enfant, né de Marie, couché dans la crèche de Bethléem, élève sa faible voix vers le Père des siècles, et il l’appelle mon Père ! Il se tourne vers nous, et il nous appelle mes Frères ! Nous pouvons donc aussi, en nous adressant à son Père éternel, le nommer notre Père. Tel est le mystère de l’adoption divine, déclarée en ces jours. Toutes choses sont changées au ciel et sur la terre : Dieu n’a plus seulement un Fils, mais plusieurs fils ; nous ne sommes plus désormais, en sa présence, des créatures qu’il a tirées du néant, mais des enfants de sa tendresse. Le ciel n’est plus seulement le trône de sa gloire ; il est devenu notre héritage ; et une part nous y est assurée à côté de celle de notre frère Jésus, fils de Marie, fils d’Ève, fils d’Adam selon l’humanité, comme il est, dans l’unité de personne, Fils de Dieu selon la divinité. Considérons tour à tour l’Enfant béni qui nous a valu tous ces biens, et l’héritage auquel nous avons droit par lui. Que notre esprit s’étonne d’une si haute destinée pour des créatures ; que notre cœur rende grâces pour un bienfait si incompréhensible.

    GRADUEL.

    SPECIOSUS forma prae filiis hominum : diffusa est gratia in labiis tuis.

V. Eructavit cor meum verbum bonum ; dico ego opera mea Regi : lingua na calamus scribae velociter scribentis.

Alleluia, alleluia.

V. Dominus regnavit, decorem induit : induit Dominus fortitudinem, et praecinxit se virtute.

Alleluia.

 

Vous surpassez en beauté tous les enfants des hommes, ô Emmanuel ! la grâce est répandue sur vos lèvres.

    V/. Mon cœur éclate en un cantique excellent ; c’est à la gloire du Christ Roi que je dédie mes chants. Que ma langue soit semblable à la plume de l’écrivain dont la main est rapide.

    Alleluia, alleluia.

    V/. Le Seigneur règne, il s’est revêtu de gloire : le Seigneur s’est revêtu de force, et il s’est armé. Alleluia.

 

    ÉVANGILE.

 

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. CAP. II.

IN illo tempore : Erat 1 Joseph et Maria, mater Jesu, mirantes super bis quae dicebantur de illo. Et benedixit Simeon, et dixit ad Mariam matrem ejus : Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum in Israel, et in signum cui contradicetur : et tuam ipsius animam pertransibit gladius, ut revelentur ex multis cordibus cogitationes. Et erat Anna Prophetissa, filia Phanuel, de tribu Aser. Haec processerat in diebus multis, et vixerat cum viro suo annis septem a virginitate sua. Et haec vidua usque ad annos octoginta quatuor: quae non discedebat de templo, jejuniis et obsecrationibus serviens nocte ac die. Et haec, ipsa hora superveniens, confitebatur Domino, et loquebatur de illo omnibus , qui exspectabant redemptionem Israel. Et ut perfecerunt omnia secundum legem Domini. reversi sunt in Galilaeam, in civitatem suam Nazareth. Puer autem crescebat, et confortabatur, plenus sapientia : et gratia Dei erat in illo

 

    La suite du saint Évangile selon saint LUC. Chap. II.

    En ce temps-là, Joseph et Marie, mère de Jésus, étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui. Et Siméon les bénit, et il dit à Marie sa mère : Cet enfant est pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs en Israël. Et il sera un signe de contradiction ; et un glaive transpercera votre âme, afin que les pensées de plusieurs, qui sont cachées au fond de leur cœur, soient découvertes. Il y avait aussi une Prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser ; elle était fort avancée en âge, et après avoir vécu sept ans avec son mari, qu’elle avait épousé étant vierge, elle était demeurée veuve jusqu’à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne sortait pas du temple, servant Dieu nuit et jour, dans les jeûnes et les prières. Étant donc survenue à la même heure, elle se mit à louer le Seigneur et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël. Et après qu’ils eurent accompli toutes choses selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur cité de Nazareth. Or, l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui.

 

    La marche des récits du saint Évangile contraint l’Église à nous présenter déjà le divin Enfant entre les bras de Siméon, qui prophétise à Marie les destinées de l’homme qu’elle amis au jour. Ce cœur de mère, tout inondé des joies d’un si merveilleux enfantement, sent déjà le glaive annoncé par le vieillard du temple. Le fils de ses entrailles ne sera donc, sur la terre qu’un signe de contradiction ; et le mystère de l’adoption du genre humain ne devra s’accomplir que par l’immolation de cet Enfant devenu un homme. Pour nous, rachetés par ce sang, n’anticipons pas trop sur l’avenir. Nous aurons le temps de le considérer, cet Emmanuel, dans ses labeurs et dans ses souffrances ; aujourd’hui, il nous est permis de ne voir encore que l’Enfant qui nous est né, et de nous réjouir dans sa venue. Écoutons Anne, qui nous parlera de la rédemption d’Israël. Voyons la terre régénérée par l’enfantement de son Sauveur ; admirons et étudions, dans un humble amour, ce Jésus plein de sagesse et de grâce qui vient de naître sous nos yeux.

    Pendant l’Offrande, l’Église célèbre le renouvellement merveilleux qui s’opère en ce monde et qui l’arrache à sa ruine ; elle .exalte le grand Dieu qui est descendu dans l’étable, sans quitter son trône éternel.

    OFFERTOIRE.

DEUS firmavit orbem terrae, qui non commovebitur; parata sedes tua. Deus, ex tunc : a saeculo tu es.

    Dieu a affermi la terre ; elle ne sera point ébranlée ; votre trône, ô Dieu ! est préparé dès l’éternité ; vous étiez avant les siècles.

 

    SECRETE.

Concede, quaesumus omnipotens Deus : ut oculis tuae Majestatis munus oblatum, et gratiam

nobis piae devotionis obtineat, et effectum beatae perennitatis acquirat. Per Dominum nostrum.

    Faites, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant ! que cette offrande que nous mettons sous les yeux de votre Majesté, nous obtienne la grâce d’une pieuse dévotion, et nous acquière la récompense d’une éternité heureuse. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    Les Mémoires des quatre Octaves ci-dessus, page 174.

    Pendant qu’elle distribue la nourriture sacrée aux fidèles, l’Église chante les paroles de l’Ange à Joseph. Elle leur donne cet Enfant, afin qu’ils l’emportent dans leurs cœurs, et leur recommande, de le sauver des embûches que lui tendent ses ennemis. Que le chrétien prenne donc garde qu’il ne lui soit ravi ; par sa vigilance, par ses bonnes œuvres, qu’il anéantisse de plus en plus le péché qui voudrait faire mourir Jésus dans son âme. C’est pourquoi, dans l’Oraison qui vient après, l’Église demande l’extinction de nos vices et l’accomplissement de nos désirs de vertu.

    COMMUNION.

Tolle puerum, et matrem ejus, et vade in terram Israel ; defuncti sunt enim qui quaerebant pueri.

    Prends l’enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël ; car ils sont morts, ceux qui poursuivaient la vie de l’enfant.

 

    POSTCOMMUNION.

Per hujus, Domine, operationem mysterii, et vitia nostra purgentur, et justa desideria compleantur. Per Dominum nostrum.

    Faites, Seigneur, par l’opération de ce Mystère, que nos vices soient effacés, et nos justes désirs accomplis. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

    Les Mémoires des quatre Octaves ci-dessus, page 175.

 

    A VEPRES.

    On chante d’abord les Antiennes et les Psaumes du jour de Noël, pages 127-131 ; après quoi l’Office du Dimanche reprend son cours.

 

    CAPITULE. (Gal. IV.)

Fratres, quanto tempore haeres parvulus est, nihil differt a servo, cum sit dominus omnium ; sed sub tutoribus et actoribus est usque ad praefinitum tempus a patre.

    Mes Frères, tant que l’héritier est encore enfant, il n’est pas différent du serviteur, quoiqu’il soit le maître de tout ; mais il est sous la puissance des tuteurs et des curateurs, jusqu’au temps marqué par son père.

 

    Vient ensuite l’Hymne du jour de Noël : Jesu, Redemptor omnium, ci-dessus, page 131.

V. Verbum caro factum est, alleluia.
R. Et habitavit in nobis, alleluia.

V/. LE Verbe s’est chair, alleluia.

        R/. Et il a habité parmi nous, alleluia.

 

    ANTIENNE DE Magnificat.

Ant. Puer Jesus proficiebat aetate et sapientia coram Deo et hominibus.

Ant. L’enfant Jésus croissait en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes.

    ORAISON.

OMNIPOTENS sempiterne Deus. Dirige actus nostros in beneplacito tuo : ut in Nomine dilecti Filii tui mereamur bonis operibus abundare. Qui tecum vivit et regnat.

    Dieu tout-puissant et éternel, dirigez nos actions selon la règle de votre bon plaisir, afin que nous méritions de produire les bonnes œuvres avec abondance. par le Nom de votre Fils bien-aimé, qui vit et règne avec vous.

 

    On fait enfin les Commémorations des Octaves de Noël, de saint Étienne, de saint Jean et des Innocents, ci-dessus, aux Vêpres des saints Innocents, page 132.

    

    Considérons, dans ce sixième jour de la Naissance de notre Emmanuel, le divin Enfant étendu dans la crèche d’une étable, et réchauffé par l’haleine de deux animaux. Isaïe l’avait annoncé : Le bœuf, avait-il dit, connaîtra son maître, et l’âne la crèche de son seigneur ; Israël ne me connaîtra pas. (I, 3.) Telle est l’entrée en ce monde du grand Dieu qui a fait ce monde. L’habitation des hommes lui est fermée par leur dureté et leur mépris : une étable lui offre seule un abri hospitalier, et il vient au jour dans la compagnie des êtres dépourvus de raison.

    Mais ces animaux sont son ouvrage. Il les avait assujettis à l’homme innocent. Cette création inférieure devait être vivifiée et ennoblie par l’homme ; et le péché est venu briser cette harmonie. Toutefois , comme nous l’enseigne l’Apôtre , elle n’est point restée insensible à la dégradation forcée que le pécheur lui fait subir. Elle ne se soumet à lui qu’avec résistance (Rom. VIII, 20) ; elle le châtie souvent avec justice ; et au jour du jugement, elle s’unira à Dieu pour tirer vengeance de l’iniquité à laquelle trop longtemps elle est demeurée asservie. (Sap. V, 21.)

    Aujourd’hui, le Fils de Dieu visite cette partie de son oeuvre ; les hommes ne Payant pas reçu, il se confie à ces êtres sans raison ; c’est de leur demeure qu’il partira pour commencer sa course ; et les premiers hommes qu’il appelle à le reconnaître et à l’adorer, sont des pasteurs de troupeaux, des cœurs simples qui ne se sont point souillés à respirer l’air des cités.

    Le bœuf, symbole prophétique qui figure auprès du trône de Dieu dans le ciel, comme nous l’apprennent à la fois Ézéchiel et saint Jean, est ici l’emblème des sacrifices de la Loi. Sur l’autel du Temple, le sang des taureaux a coulé par torrents ; hostie incomplète et grossière, que le monde offrait dans l’attente de la vraie victime. Dans la crèche, Jésus s’adresse à son Père et dit : Les holocaustes des taureaux et des agneaux ne vous ont point apaisé ; me voici. (Hebr. X, 6.)

    Un autre Prophète annonçant le triomphe pacifique du Roi plein de douceur, le montrait faisant son entrée dans Sion sur l’âne et le fils de l’ânesse. (Zachar. IX, 9.) Un jour cet oracle s’accomplira comme les autres ; en attendant, le Père céleste place son Fils entre l’instrument de son pacifique triomphe et le symbole de son sacrifice sanglant.

    Telle a donc été, ô Jésus ! créateur du ciel et de la terre, votre entrée dans ce monde que vous avez formé. La création tout entière, qui eût dû venir à votre rencontre, ne s’est pas ébranlée ; aucune porte ne vous a été ouverte ; les hommes ont pris leur sommeil avec indifférence, et lorsque Marie vous eut déposé dans une crèche, vos premiers regards y rencontrèrent les animaux, esclaves de l’homme. Toutefois, cette vue ne blessa point votre cœur ; vous ne méprisez point l’ouvrage de vos mains ; mais ce qui afflige ce cœur, c’est la présence du péché dans nos âmes, c’est la vue de votre ennemi qui tant de fois est venu y troubler votre repos. Nous serons fidèles, ô Emmanuel, à suivre l’exemple de ces êtres insensibles que nous recommande votre Prophète : nous voulons toujours vous reconnaître comme notre Maître et notre Seigneur. C’est à nous qu’il appartient de donner une voix à toute la nature, de l’animer, de la sanctifier, de la diriger vers vous ; nous ne laisserons plus le concert de vos créatures monter vers vous, sans y joindre désormais l’hommage de nos adorations et de nos actions de grâces.

    Pour rendre nos hommages au divin Enfant, insérons ici cette Séquence qui est d’Adam de Saint-Victor, et l’une des plus mystérieuses que l’on rencontre dans les Missels du moyen âge.

    SEQUENCE.

 

SPLENDOR Patris et figura, Se conformans homini,

Potestate, non nature,Partum dedit virgini.

Adam vetus,Tandem laetus, Novum promat canticum;

Fugitivus , Et captivus, Prodeat in publicum.

Eva luctum, Vitae fructum Virgo gaudens edidit.

Nec sigillum Propter ilium, Castitatis perdidit.

Si crystallus sit humecta, Atque soli sit obiecta, Scintillat igniculum

Nec crystallus rumpitur, Nec in partu solvitur Pudoris signaculum.

Super tali genitura, Stupet usus et natura, Deficitque ratio.

Res est ineffabilis Tam pia, tam humilis Christi generatio.

Frondem, florem, nucem, sicca Virga profert, et pudica Virgo Dei Filium.

Fert coelestem Vellus rorem, Creatura Creatorem, Creaturae pretium.

Frondis, floris, Nucis, roris: Pietati Salvatoris Congruunt mysteria.

Frons est Christus, Protegendo ; Flos, dulcore; Nux, pascendo :Ros, coelesti gratia.

Cur quod Virgo peperit Est Judaeis scandalum, Cum virga produxerit Sicca sic amygdalum ?Contemplemur adhuc nucem : Nam prolata flux in lucem Lucis est mysterium.

Trinam gerens unionem, Tria confert, unctionem, Lumen et edulium.

Nux est Christus ; cortex nucis, Circa carnem poena crucis Testa, corpus osseum.

Carne tecta deitas, Et Christi suavitas, Signatur per nucleum.

Lux est caecis, et unguentum Christus aegris, et fomentum Piis animalibus.

0 quam dulce sacramentum! Foenum carnis in frumentum Convertit fidelibus.

Quos sub umbra Sacramenti, Jesu, pascis in praesenti, Tuo vultu satia.

Splendor, Patri coaeterne, Nos hinc transfer ad paternae Claritatis gaudia.

 

    Celui qui est la splendeur du Père et sa forme incréée, a pris la forme de l’homme.

    Sa puissance, et non la nature, a rendu féconde une vierge.

    Que le vieil Adam se console enfin ; qu’il chante un cantique nouveau.

    Longtemps fugitif et captif, qu’il paraisse au grand jour.

    Ève enfanta le deuil ; une vierge, dans l’allégresse, enfante le fruit de vie.

    Et ce fruit n’a point lésé le sceau de sa virginité.

    Si le cristal humide est offert aux feux du soleil, le rayon scintille au travers ;

    Et le cristal n’est point rompu : ainsi n’est point brisé le sceau de la pudeur dans l’enfantement de la Vierge.

    A cette naissance, la nature est dans l’étonnement, la raison est confondue.

    C’est chose inénarrable, cette génération du Christ, si pleine d’amour et si humble.

    D’une branche aride sont sorties la feuille, la fleur et la noix ; et de la Vierge pudique, le Fils de Dieu.

    La toison a porté la rosée céleste, la créature le Créateur, rédempteur de la créature.

    La feuille, la fleur, la noix, la rosée : emblèmes mystérieux de l’amour du Sauveur.

    Le Christ est la feuille qui protège, la fleur qui embaume, la noix qui nourrit, la rosée de céleste grâce.

    Pourquoi l’enfantement de la Vierge est-il un scandale au Juif, quand il a vu l’amandier fleurir sur une verge desséchée ?

    Contemplons encore la noix ; car la noix, mise en lumière, offre un mystère de lumière.

    En elle trois choses sont réunies ; elle nous présente trois bienfaits : onction, lumière, aliment.

    La noix est le Christ ; l’écorce amère de la noix est la croix dure à la chair ; l’enveloppe marque le corps.

    La divinité, revêtue de chair, la suavité du Christ, c’est le fruit caché dans la noix.

    Le Christ, c’est la lumière des aveugles, l’onction des infirmes, le baume des cœurs pieux.

    Oh ! qu’il est suave, ce mystère qui change la chair, cette herbe fragile, en divin froment pour les fidèles !

    Ceux que, dans cette vie, tu nourris, ô Jésus ! sous les voiles de ton Sacrement, rassasie-les un jour de l’éclat de ta face.

    Coéternelle splendeur du Père, enlève-nous de ce séjour jusqu’aux joies des clartés paternelles.     Amen.

 

    L’Église Syrienne, ayant pour chantre saint Ephrem, nous offre cette Hymne du saint Diacre d’Edesse, à laquelle nous empruntons les strophes suivantes :

    HYMNE.

 

Qui sciret quonam tuam, Domine, Genitricem nomine appellare deberet, nemo fuit : Virginemne diceret ? At ejus in oculis omnium prostabat natus : Nuptamne affirmaret ? at ad

ejus nuptias neminem pervenisse certum erat.

Jam si Matrem tuam mente intelligentiaque assequi nemo potest, quis te attingere se posse credat ? Mater tua Maria est , Si solam cogito alioquin soror, Si cum reliquis confundo feminis.

Facta tibi Mater est, et in communi sanctarum feminarum choro soror quoque et sponsa: video, ut omnibus illam decorasti modis, o matris tuae decus.

Sponsa tibi data est, antequam venires ;venisti, teque concepit, et hoc supra naturam, sicut et illud, quod te peperit et Virgo permansit.

Omnium nuptarum praerogativas habuit Maria citra viri operam viscera prole, lacte implevit ubera ; te jubente, statim fons lacteus erupit e terra sitiente.

Adspectu illo tuo magno recreata Mater te gestat, nec tamen ipso gravatur onere; cibum ministrat esurire volenti, porri,git poculum tibi ipsi ultro scienti Si illi amplexari te licuit, tua istud praestitit benignitas, prunam ardentem, ne pectus eius exureret, attemperans.

 

    Quel mortel saura jamais le nom qu’il faut donner, Seigneur, à celle qui fut ta Mère ? Vierge ? Son fils était sous les yeux de tous. Épouse ? Nul ne célébra jamais les noces charnelles avec Marie.

    L’intelligence ne peut atteindre jusqu’à ta Mère : qui donc pourrait te comprendre toi-même ? Si je considère Marie seule en ce monde, elle est ta Mère : si je la confonds avec le reste des femmes, elle est ta Sœur.

    Oui, elle est vraiment ta Mère, et parmi les chœurs des saintes femmes, elle est ta Sœur et ton Épouse ; tu l’as honorée en toutes manières, toi, la gloire de celle qui t’enfanta.

    Elle te fut donnée pour épouse avant ta venue en ce monde ; tu vins, et elle te conçut ; tout surpasse, en ce mystère, les forces de la nature : et son enfantement, et la permanence de son titre virginal.

    Marie connut toutes les prérogatives de l’épouse. Sans le secours de l’homme, son fils s’anima dans son sein ; le lait des mères abonda dans ses mamelles. Tu dis, et aussitôt cette blanche fontaine jaillit, comme une source, du sein d’une terre altérée.

    Soutenue par ta présence au milieu d’elle-même, ta Mère trouva des forces pour te porter, et ce fardeau ne l’écrasa jamais ; elle t’offrit la nourriture, à toi qui voulais avoir faim ; elle te présenta le breuvage, à toi qui, volontairement, connaissais la soif. Désirait-elle te presser contre son cœur ? Ta tendresse lui accordait cette faveur. Tu daignais alors tempérer l’ardeur de tes feux, pour ne pas consumer sa poitrine.

 

    XXXI DECEMBRE. SAINT SILVESTRE, PAPE ET CONFESSEUR.

 

    Jusqu’ici, nous avons contemplé les Martyrs au berceau de l’Emmanuel. Étienne, qui a succombé sous les cailloux du torrent ; Jean, Martyr de désir, qui a passé par le feu ; les Innocents immolés par le glaive ; Thomas, égorgé sur le pavé de sa cathédrale : tels sont les champions qui font la garde auprès du nouveau Roi. Cependant, si nombreuse que soit la troupe des Martyrs, tous les fidèles du Christ ne sont pas appelés à faire partie de ce bataillon d’élite ; le corps de l’armée céleste se compose aussi des Confesseurs qui ont vaincu le monde, mais dans une victoire non sanglante. Si la place d’honneur n’est pas pour eux, ils ne doivent pas cependant être déshérités de l’avantage de servir leur Roi. La palme, il est vrai, n’est pas dans leurs mains ; mais la couronne de justice ceint leurs têtes. Celui qui les a couronnés se glorifie aussi de les voir à ses côtés.

    Il était donc juste que la sainte Église, pour réunir, dans cette triomphante Octave, toutes les gloires du ciel et de la terre, inscrivît en ces jours, sur le Cycle, le nom d’un saint Confesseur qui dût représenter tous les autres. Ce Confesseur est Silvestre, Époux de la sainte Église Romaine, et par elle de l’Église universelle, un Pontife au règne long et pacifique, un serviteur du Christ orné de toutes les vertus, et donné au monde le lendemain de ces combats furieux qui avaient duré trois siècles, dans lesquels avaient triomphé, par le martyre, des millions de chrétiens, sous la conduite de nombreux Papes Martyrs, prédécesseurs de Silvestre.

    Silvestre annonce aussi la Paix que le Christ est venu apporter au monde, et que les Anges ont chantée en Bethléem. Il est l’ami de Constantin, il confirme le Concile de Nicée, il organise la discipline ecclésiastique pour l’ère de la Paix. Ses prédécesseurs ont représenté le Christ souffrant : il figure le Christ dans son triomphe. Il complète, dans cette Octave, le caractère du divin Enfant qui vient dans l’humilité des langes, exposé à la persécution d’Hérode, et cependant Prince de la Paix, et Père du siècle futur. (ISAI. IX, 6.)

    Lisons l’histoire de son tranquille Pontificat, dans le récit de la sainte Église. La nature de cet ouvrage exclut les discussions critiques ; c’est pourquoi nous ne dirons rien des difficultés qu’on a élevées sur le fait du Baptême de Constantin, à Rome, par saint Silvestre. Il suffira de rappeler que la tradition romaine, à ce sujet, est adoptée par de savants hommes, tels que Baronius, Schelestrate, Bianchini, Marangoni, Vignoli, etc.

 

Sylvester Romanus , patre Rufino, a prima aetate operam dedit Cyrino presbytero, cujus doctrinam et mores egregie imitatus est. Hic, saeviente persecutione , in Soracte monte latitaverat , et trigesimum annum agens, Presbyter six a Marcellino Pontifice creatur. Quo in munere cum omni laude clericis allis antecelleret, in Melchiadis postea locum successit, imperatore Constantino, qui antea pacem Ecclesiae Christi lege publica dederat. Vix Ecclesiae gubernacula tractanda susceperat, Constantinum jam Crucis signo coelitus illustratum, et de hoste Maxentio victorem, ad tuendam propagandamque christianam religionem impense fovit. Quem etiam, uti vetus Ecclesiae Romanae refert traditio, Apostolorum imagines recognoscere fecit, sacro baptismate tinxit, et ab infidelitatis lepra mundavit.

ITAQUE, auctore Silvestro, Pius imperator quam Christi fidelibus publice templa exstruendi tribuerat facultatem, eam exemplo suo confirmavit; multas enim erexit Basilicas, scilicet Lateranensem Christo Servatori, Vaticanam sancto Petro, Ostiensem sancto Paulo, sancto Laurentio in Agro Verano, sanctae Cruci in atrio Sessoriano, sancto Petro et Marcellino ac sanctae Agneti in viis Lavicana et Nomentana, et alias, quas sacris imaginibus splendide exornavit, et, muneribus praediisque attributis, magnificentissime locupletavit. Hoc Pontifice habitum est Concilium Nicaenum primum, ubi praesidentibus éjus legatis,praesenteque Constantino, et trecentis decem et octo Episcopis, sancta et catholica Fides explicata est, Ario ejusque sectatoribus condemnatis ; quod etiam Concilium , petentibus Patribus, confirmavit in

Synodo Romae habita, ubi iterum Arius condemnatus est. Multa item decreta fecit Ecclesiae Dei utilia, quae sub ejus nomine recensentur ; id est : Ut a solo Episcopo Chrisma conficeretur Ut presbyter Chrismate baptizati summum liniret verticem ; Ut Diaconi dalmaticis in Ecclesia, et palla linostima ad laevam uterentur ; Ut in lineo tantum velo Sacrificium altaris conficeretur.

IDEM praescripsisse traditur tempus omnibus qui Ordinibus initiati essent, exercendi singulos ordines in Ecclesia, antequam quisque ad altiorem gradum ascenderet ; ut laicus clerico non inferret crimen; ne clericus apud profanum judicem causam diceret. Sabbati, et Dominici diei nomine retento, reliquos hebdomade dies Feriarum nomine distinctos, ut jam ante in Ecclesia vocari coeperant, appellari voluit quo significaretur quotidie clericos, abjecta caeterarum rerum cura, uni eo prorsus vacare debere. Huic coelesti prudentiae, qua Ecclesiam administrabat, insignis vite sanctitas, et benignitas in pauperes perpetuo respondit. Quo in genere providit, ut clericis copiosis egentes conjungeret ; et sacris virginibus, quae ad victum necessaria essent, suppeditarentur. Vixit in Pontificatu annos viginti unum, menses decem, diem unum. Sepultus est in coemeterio Priscillae, via Salaria. Fecit ordinationes septem mense decembri, quibus creavit Presbyteros quadraginta duos, Diaconos viginti quinque, Episcopos per diversa loca sexaginta quinque.

 

    Silvestre, Romain, fils de Rufin, fut placé, dès son bas âge, sous la discipline du prêtre Cyrinus, dont il imita parfaitement la doctrine et les mœurs. Pendant que sévissait la persécution, il vécut caché sur le mont Soracte. Agé de trente ans, il fut créé prêtre de la sainte Église Romaine par le Pape Marcellin. S’étant acquitté de cet emploi d’une manière digne de louange, et surpassant en mérite les autres clercs, il succéda au Pape Melchiade, sous l’empire de Constantin. Cet empereur avait auparavant, par une loi publique, donné la paix à l’Église de Jésus-Christ. Déjà marqué par le ciel du signe de la Croix, et vainqueur de Maxence, il se fit le défenseur et le propagateur de la religion chrétienne ; l’encourager dans cette voie fut la grande œuvre à laquelle s’adonna le nouveau Pontife. Selon que le porte l’antique tradition de l’Église Romaine, il fit reconnaître les portraits des Apôtres à l’empereur , le lava dans le bain du saint baptême, et le guérit de la lèpre de l’infidélité.

    Aussi, d’après les conseils de Silvestre, le pieux empereur confirma par son exemple le droit qu’il avait accordé aux chrétiens de bâtir publiquement leurs temples ; car il éleva un grand nombre de Basiliques, à savoir celle du Latran au Christ Sauveur, celle du Vatican à saint Pierre, celle de la voie d’Ostie à saint Paul, celles de saint Laurent dans l’Agro Verano, de Sainte-Croix au palais de Sessorius, des saints Pierre et Marcellin et de sainte Agnès sur les voies Lavicane et Nomentane, d’autres encore, qu’il orna splendidement d’images saintes et dota magnifiquement en possessions et privilèges. Ce fut pendant son pontificat que se tint le premier Concile de Nicée, dans lequel, sous la présidence de ses légats, en présence de Constantin et de trois cent dix-huit Évêques, la sainte et catholique Foi fut expliquée, Arius et ses sectateurs condamnés ; et ce Concile fut confirmé par Silvestre, à la demande des Pères, dans un Synode tenu à Rome, où Arius fut condamné de nouveau. Silvestre fit aussi plusieurs décrets avantageux à l’Église de Dieu qui sont rapportés sous son nom ; savoir : que le Chrême serait fait par l’Évêque seul ; que le prêtre oindrait du Chrême le sommet de la tête du baptisé ; que les diacres se serviraient de la dalmatique dans l’Église, et porteraient sur le bras gauche un ornement de lin ; que le Sacrifice de l’autel se célébrerait sur un voile de lin.

    Il prescrivit également, dit-on, à tous ceux qui seraient initiés aux Ordres, le temps durant lequel ils doivent exercer, chacun, les fonctions de leur Ordre dans l’Église, avant de monter à un degré plus élevé. Il interdit aux laïques la fonction d’accusateur public contre les clercs, et défendit aux clercs de plaider devant les juges séculiers. Retenant seulement le nom de Samedi et de Dimanche, il voulut que les autres jours de la semaine fussent appelés du nom de Fériés, comme il était déjà d’usage dans l’Église, pour signifier que les clercs doivent, chaque jour, vaquer uniquement au service de Dieu, et se dégager de tout autre soin. L’admirable sainteté de sa vie, et sa bonté envers les pauvres, répondirent toujours à cette prudence céleste avec laquelle il gouvernait l’Église. 11 veilla à ce que les clercs pauvres vécussent en commun avec les autres clercs plus riches, et que les vierges sacrées ne manquassent pas des choses nécessaires à la vie. Il vécut dans le pontificat vingt-un ans, dix mois et un jour. Il fut enseveli au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria. Il célébra sept ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa quarante-deux prêtres , vingt-cinq diacres, et soixante-cinq Évêques pour divers lieux.

 

    D’anciens livres liturgiques de l’Italie avaient un Office propre de saint Silvestre. Nous avons trouvé dans le Bréviaire de l’antique Église abbatiale, aujourd’hui collégiale de Sainte-Barbe, à Mantoue, le bel Office auquel nous empruntons les traits suivants, pris dans les Antiennes et les Répons dont il est composé.

 

    SEDATIS persecutionum fluctibus, beato Silvestro Pontifice, in omnem romani imperii ditionem propagatur Christi Domini religio.

Omnia pie Silvester administravit, fidem propagavit, evangelicaeque praedicationi in urbe cui

regna subjiciuntur, libertatem et fiduciam dedit.

Multa sustinuit ad meritum vite, multa constituit ad documentum scientiae.

Erat Silvester vir sanctus, ac coelestem in terris vitam prae se ferebat ut insigni sanctitate fuit, sic coelesti prudentia administravit Ecclesiam Dei.

Electus Dei Pontifex, tyranni Maxentii declinans immanitatem, in Soracte monte latitans,

Dominum exorabat, ut pacem suam tandem daret Ecclesiæ.

Dum latitat, Apostolorum Petri et Pauli admonitu. ab imperatore Constantino vocatur quem lepra laborantem salutari baptismi lavacro recreat ac sanat.

Constantinum Caesarem in Christi fide plenius instruens, Augusti basilicam in Salvatoris nomine Ecclesiam primus publice consecravit.

De gloria Dei et hominum salute sollicitus Silvester, salutaris doctrinae praeceptis populum

instruens, eum a versuti serpentis dogmate, mirabiliter liberavit.

In mystico Sacerdotum numero universalem Nicaenam Synodum convocans, haereticorum machinas Spiritus Sancti virtute prostravit.

Hic est sanctus Pontifex, cujus temporibus Christus pacem dedit Ecclesiæ, et romanum imperium sublimem antiquae gloriae apicem sacerdotis pedibus inclinavit.

0 beate Pontifex, et universae Ecclesia: Pastor mirifice, quem Dominus in conspectu

omnium gentium magnificavit et romano Caesari celsiorem praeposuit, in coelesti

gloria exsultans, ora pro nobis Dominum.

0 lux et splendor coruscans, beate Silvestri sanctissime, cujus temporibus persecutioni

nubes a fideli populo disjectae sunt, et pacis tranquillitas apparuit, tuis nos precibus adjuva, ut quietis munere gaudeamus in aeternum.

 

Les flots des persécutions étant tombés, sous le bienheureux Silvestre, la religion du Seigneur Christ se propage dans toute l’étendue de l’empire romain.

    Silvestre a pieusement administré toutes choses ; il a propagé la foi, et assuré liberté et confiance à la prédication évangélique dans cette ville à qui obéissent les royaumes.

    Il a supporté beaucoup de tribulations, qui ont accru le mérite de sa vie ; il a établi beaucoup de règlements dans lesquels éclate sa science.

    Silvestre était un homme saint : sa vie sur la terre était céleste ; et comme sa sainteté était insigne, il administra l’Église de Dieu avec une prudence digne du ciel.

    Élu Pontife de Dieu, pour fuir la cruauté du tyran Maxence, il chercha une retraite sur le Soracte ; et de là, il priait le Seigneur de donner enfin la paix à son Église.

    Pendant qu’il est ainsi caché, l’empereur Constantin, sur l’avertissement des Apôtres Pierre et Paul, le fait appeler ; Silvestre soulage et guérit dans le bain salutaire du baptême ce prince affligé de la lèpre.

    Il instruit pleinement le César Constantin dans la foi du Christ, et, le premier, consacre publiquement en Église, sous le nom du Sauveur, la basilique de cet Auguste.

    Tout occupé de la gloire de Dieu et du salut des hommes, Silvestre instruit le peuple des préceptes de la doctrine du salut ; il le délivre, par une merveilleuse doctrine, des atteintes du serpent plein d’artifices.

    Convoquant le Synode universel de Nicée , où figure un nombre mystique de Pontifes, il renverse les machinations des hérétiques par la vertu de l’Esprit Saint.

    C’est là le saint Pontife dans les jours duquel le Christ a donné la paix à l’Église ; et l’empire romain a incliné, sous les pieds d’un prêtre, le faite sublime de son antique gloire.

    O bienheureux Pontife ! Pasteur admirable de l’Église universelle, vous que le Seigneur a glorifié en présence de toutes les nations, et a élevé au-dessus du César de Rome, maintenant triomphant dans la gloire céleste, priez pour nous le Seigneur.

    O lumière et splendeur éclatante ! très saint et bienheureux Silvestre, aux jours duquel la nuée des persécutions, qui menaçait le peuple fidèle, s’est dissipée, et la tranquillité de la paix a apparu, aidez-nous par vos prières ; que par elles nous jouissions éternellement du bienfait du repos.

 

    L’Église Grecque célèbre saint Silvestre par des chants d’enthousiasme. On remarquera, dans les strophes que nous empruntons à ses Menées, qu’elle rapporte à ce grand Pontife tout l’honneur de la décision de Nicée, et qu’elle l’honore comme ayant détruit l’hérésie arienne.

    (In magno Vespertino, et passim.)

 

PATER, hierarcha, Silvester, sanctitatis lumine sancte illuminatus, fideles illuminasti luciferis documentis ad adorandam unitatem naturae tripersonalem, et depulsisti haereseon tenebras;

ideoque splendide tuam hodie fulgentem memoriam gaudentes hymnificamus.

Pater Deifer, Silvester, visibilis columna ignis sacre praegradiens sancto agmini, nubes umbrifera, educens semper fideles ex Aegypti errore tuis inerrabilibus praeceptis ; gloriosam ideo atque sacratissimam tuam veneramur memoriam.

Pater divine loquens, Silvester,fluminibus tuarum precum multiformem luto inclusisti draconem ; sacer et mirabilis, ethnicorum ad Deum Hebraeorum humiliasti audaciam, miracula maxima operans ante illorum oculos sapienter ; ideo te honoramus et beatificamus.

Legi divinitus obediens divinae, divineque inspiratae Scripturae cognitione deornatus, ethnicorum sapientes veritatem docuisti, et Christum confiteri cum Patre et Spiritu, clamantes

Cantemus Domino : gloriose enim magnificatus est.

Hierarcha a Deo inspiratus, ungens Sacerdotes in divino Spiritu demonstratus es, Silvester Pater, et populos illuminans, o sacerrime. Haereseon errorem effugasti, gregem pavisti, pietatis saure faciens undas in divinae cognitionis gramina.

Tuorum sermonum nodis omnino solvisti vanum ligamen, et ad divinam fidem errore ligatos

alligasti, adaperiens, Pater, illorum mentem Scripturarum explicatione, hierarcha beatissime.

Immobilem et aeternaliter conclusum fecisti, precibus tuis, malignum, invidiosa peste infestantem eos qui ad te accedebant, o beate, qui draconibus, velut portas et pessulos, crucis sigillum imposuisti.

 

    Père, hiérarque, Silvestre ! saintement illuminé de la lumière de sainteté, tu as éclairé les fidèles par la lueur de tes enseignements ; tu leur as fait adorer l’unité de nature en trois personnes, et tu as chassé les ténèbres des hérésies : c’est pourquoi, aujourd’hui, nous chantons avec joie, dans des hymnes splendides, ta brillante mémoire.

    Père qui portes Dieu, Silvestre ! visible colonne de feu, qui t’avances d’un pas sacré, à la tête de la sainte armée ; nuée dont l’ombre protège, qui fais sortir les fidèles des erreurs de l’Égypte par tes enseignements infaillibles, nous vénérons ta glorieuse et très sacrée mémoire.

    Père aux paroles divines, Silvestre ! par le torrent de tes prières, tu as arrêté et emprisonné le dragon aux mille formes. Homme admirable et sacré, tu as conduit à Dieu des multitudes de païens, tu as humilié l’audace des Juifs, opérant sous leurs yeux de grands miracles : c’est pourquoi nous t’honorons et te proclamons bienheureux.

    Divinement obéissant à la loi divine, divinement orné de la science des Écritures inspirées, tu as enseigné la vérité aux sages des païens ; tu leur as appris à confesser le Christ avec le Père et l’Esprit, et à répéter : Chantons au Seigneur, car il a fait éclater magnifiquement sa gloire. »

    Hiérarque inspiré de Dieu, Silvestre notre père ! tu as paru donnant l’onction aux Pontifes dans l’Esprit divin, et illuminant les peuples, ô homme très sacré ! Tu as mis en fuite l’erreur des hérésies, tu as fait paître le troupeau, et jaillir les eaux fertilisantes de la piété sur les moissons appelées à la connaissance de Dieu.

    Par l’habileté de tes discours, tu as délié à jamais les vains nœuds de l’erreur ; ceux que l’erreur avait enchaînés, tu les as enchaînés toi-même à la divine foi, ouvrant leur âme, ô Père et bienheureux hiérarque , à l’explication des Ecritures.

    Tu as rendu immobile par tes prières, tu as renfermé pour jamais le serpent de malice, qui, dans son envie, infectait de son haleine ceux qui approchaient de toi, ô bienheureux. ! toi qui as imposé à la demeure des dragons le sceau de la croix, plus inviolable pour eux que les portes et les verrous.

 

    Pontife suprême de l’Église de Jésus-Christ, vous avez donc été choisi entre tous vos frères pour décorer de vos glorieux mérites la sainte Octave de la Naissance de l’Emmanuel. Vous y représentez dignement le chœur immense des Confesseurs, vous qui avez tenu, avec tant de vigueur et de fidélité, le gouvernail de l’Église après la tempête. Le diadème pontifical orne votre front ; et la splendeur du ciel se réfléchit sur les pierres précieuses dont il est semé. Les clefs du Royaume des cieux sont entre vos mains : et vous l’ouvrez pour y faire entrer les restes de la gentilité qui passent à la foi du Christ ; et vous le fermez aux Ariens, dans cet auguste Concile de Nicée, où vous présidez par vos Légats, et auquel vous donnez autorité, en le confirmant de votre suffrage apostolique. Bientôt des tempêtes furieuses se déchaîneront de nouveau contre l’Église ; les vagues de l’hérésie viendront battre la barque de Pierre ; vous serez déjà rendu au sein de Dieu ; mais vous veillerez, avec Pierre, sur la pureté de la Foi Romaine. Vous soutiendrez Jules, vous sauverez Libère ; et, par vos prières, l’Église Romaine sera le port où Athanase trouvera enfin quelques heures de paix.

    Sous votre règne pacifique, Rome chrétienne reçoit le prix de son long martyre. Elle est reconnue Reine de l’humanité chrétienne, et son empire le seul empire universel. Le fils de votre zèle, Constantin, s’éloigne de cette ville de Romulus, aujourd’hui la cité de Pierre ; la seconde majesté ne veut pas être éclipsée par la première ; et, Byzance fondée, Rome demeure eux mains de son Pontife. Les temples des faux dieux croulent, et font place aux basiliques chrétiennes qui reçoivent la dépouille triomphale des saints Apôtres et des Martyrs. Enfin, la victoire de l’Église sur le Prince de ce monde est marquée, ô Silvestre, par la défaite de ce dragon qui infectait les hommes de son haleine empoisonnée, et que votre bras enchaîna pour jamais.

    Étant honoré de dons si merveilleux, ô Vicaire du Christ, souvenez-vous de ce peuple chrétien qui a été le vôtre. Dans ces jours, il vous demande de l’initier au divin mystère du Christ Enfant. Par le sublime symbole qui contient la foi de Nicée, et que vous avez confirmé et promulgué dans toute l’Église, vous nous apprenez à le reconnaître Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, engendré et non fait, consubstantiel au Père. Vous nous conviez à venir adorer cet Enfant, comme Celui par qui toutes choses ont été faites. Confesseur du Christ, daignez nous présenter à lui, comme l’ont daigné faire les Martyrs qui vous ont précédé. Demandez-lui de bénir nos désirs de vertu, de nous conserver dans son amour, de nous donner la victoire sur le monde et nos passions, de nous garder cette couronne de justice à laquelle nous osons aspirer, pour prix de notre Confession.

    Pontife de la Paix, du séjour tranquille où vous vous reposez, considérez l’Église de Dieu agitée par les plus affreuses tourmentes, et sollicitez Jésus, le Prince de la Paix, de mettre fin à de si cruelles agitations. Abaissez vos regards sur cette Rome que vous aimez et qui garde si chèrement votre mémoire ; protégez, dirigez son Pontife. Qu’elle triomphe de l’astuce des politiques, de la violence des tyrans, des embûches des hérétiques, de la perfidie des schismatiques, de l’indifférence des mondains, de la mollesse des chrétiens. Qu’elle soit honorée, qu’elle soit aimée, qu’elle soit obéie. Que la majesté du sacerdoce se relève ; que la puissance spirituelle s’affranchisse, que la force et la charité se donnent la main ; que le règne de Dieu commence enfin sur la terre, et qu’il n’y ait plus qu’un troupeau et qu’un Pasteur.

    Veillez, ô Silvestre, sur le sacré dépôt de la foi que vous avez conservé avec tant d’intégrité ; que sa lumière triomphe de tous ces faux et audacieux systèmes qui s’élèvent de toutes parts, comme les rêves de l’homme dans son orgueil. Que toute intelligence créée s’abaisse sous le joug des mystères, sans lesquels la sagesse humaine n’est que ténèbres ; que Jésus, Fils de Dieu, Fils de Marie, règne enfin, par son Église, sur les esprits et sur les cœurs.

    Priez pour Byzance, autrefois appelée la nouvelle Rome, et devenue sitôt la capitale des hérésies, le triste théâtre de la dégradation du Christianisme. Obtenez que les temps de son humiliation soient abrégés. Qu’elle revoie les jours de l’unité ; qu’elle consente enfin à honorer le Christ dans son Vicaire ; qu’elle obéisse, afin d’être sauvée. Que les races égarées et perdues par son influence, recouvrent cette dignité humaine que la pureté de la foi seule maintient, que seule elle peut régénérer.

    Enfin, ô vainqueur de Satan, retenez le Dragon infernal dans la prison où vous l’avez enfermé ; brisez son orgueil, déjouez ses plans ; veillez à ce qu’il ne séduise plus les peuples ; mais que tous les enfants de l’Église, selon la parole de Pierre, votre prédécesseur, lui résistent par la force de leur foi. (I Petr. V, 9.)

 

    Considérons, dans ce septième jour de l’Octave de Noël, le Sauveur qui nous est né, enveloppé des langes de l’enfance. Les langes sont la livrée de la faiblesse ; l’enfant qu’ils couvrent n’est pas encore un homme ; il n’a pas encore de vêtement à lui. Il attend qu’on le délie ; et ses mouvements ne deviennent libres que par le secours d’autrui. Ainsi a paru sur la terre, captif dans notre infirmité, celui qui donne la vie et le mouvement à toute créature.

    Contemplons Marie, enveloppant avec un tendre respect les membres du Dieu son Fils dans ces langes, et adorant les abaissements qu’il est venu chercher en ce monde, pour sanctifier tous les âges de l’homme, sans oublier le plus faible et le plus dépendant. Telle était la plaie de notre orgueil, qu’il lui fallait un si extrême remède. Comment maintenant refuserions-nous d’être enfants, lorsque Celui qui vient nous en intimer le précepte, daigne joindre à sa parole un exemple si entraînant ? Nous vous adorons, ô Jésus ! dans les langes de la faiblesse, et nous aspirons à vous devenir semblables en tout.

    « Ne vous scandalisez donc pas, mes Frères, dit le pieux Abbé Guerric, de cette livrée si humble : que l’œil de votre foi n’en soit pas troublé. De même que Marie enveloppe son Fils de cette vile couverture, ainsi la Grâce, votre mère, couvre d’ombres et de symboles la vérité et la secrète majesté de ce Verbe divin. Quand je vous annonce par mes paroles cette Vérité qui est le Christ, que fais-je autre chose qu’envelopper le Christ lui-même sous d’humbles langes ? Heureux cependant celui aux yeux duquel le Christ, sous ces haillons, ne semble pas vil ! Que votre piété contemple donc le Christ dans les langes dont sa Mère le couvre, afin de mériter de voir, dans l’éternelle félicité, la gloire et l’éclat dont le Père l’a revêtu comme son Fils unique. »

    Célébrons encore la joyeuse Naissance, en empruntant à nos anciens Missels Romains-Français cette antique Prose, où respire la piété des siècles de foi.

    SÉQUENCE.

 

Nato canunt Omnia Domino pie agmina,

Syllabatim neumata Perstringendo organica.

Haec dies sacrata In qua nova sunt gaudia Mundo plene dedita.

Hac nocte praecelsa Intonuit et Gloria, In voce angelica.

Fulserunt immania, Nocte media, Pastoribus lumina.

Dum fovent sua pecora, Subito divina Percipiunt monita :

Est immensa In coelo gloria, Pax et in terra:

Natus alma Virgine Qui exstat ante saecula.

Sic ergo coeli caterva Altissime jubila,

Ut tanto canore tremat alma Poli machina.

Confracta sunt imperia Hostis crudelissima.

Humana concrepant cuncta Deum natum in terra.

Pax in terra reddita, Nunc laetentur omnia Nati per exordia.

Sonet et per omnia Hac in die gloria, Voce clara reddita.

Solus qui tuetur omnia, Solus qui gubernat omnia,

Ipse sua pietate Salvet omnia Pacata regna Amen.

 

    Au Seigneur nouveau-né, tous les êtres en chœur chantent un pieux hommage.

    Chaque parole a pour accord la mélodie de l’orgue.

    Jour sacré, dans lequel des joies nouvelles sont accordées au monde avec plénitude.

    En cette nuit sublime, la Gloire à Dieu a retenti par la voix des Anges.

    Au milieu de la nuit, des clartés inouïes ont éclaté aux yeux des bergers.

    Pendant qu’ils gardent leurs troupeaux, soudain ils entendent le message divin :

    En cette nuit sublime, la Gloire à Dieu a retenti par la voix des Anges.

    Au ciel, gloire immense, et paix sur la terre.

    Il est né de la Vierge féconde, Celui qui est avant les siècles.

    Donc, milice des cieux, éclate dans les plus bruyants transports.

    A ces cris de triomphe, que le monde et ses pôles soient ébranlés.

    Brisé est le sceptre oppresseur de l’ennemi.

    L’humanité tout entière célèbre le Dieu né en terre.

    La paix est rendue à la terre ; que tout se réjouisse de la naissance de cet enfant.

    En ce jour que tout rende gloire, d’une voix mélodieuse et retentissante.

    Seul, il protège toutes choses ;

    Seul, il gouverne tout ;

    Dans sa bonté, qu’il daigne sauver tous les royaumes, et qu’il les pacifie.

    Amen.

 

    En l’honneur de la Vierge-Mère, le pieux Abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, nous fournira

    cette belle Prose, dans laquelle on retrouve toute la tendresse de son âme évangélique.

    SÉQUENCE.

Coelum, gaude ; terra, plaude, Nemo mutus sit in laude.

Ad antiquam originem Redit homo per Virginem.

Virgo Deum est enixa, Unde vetus petit rixa

Perit vetus discordia, Succedit pax et gloria.

Tune de coeno surgit reus, Cum it foeno jacet Deus.

Tunc vile celat stabulum Coelestis escae pabulum

Nutrit Virgo creatorem, Ex se factum Redemptorem.

Latet in pueritia Divina Sapientia.

    Lac matris ubera, Lac fundunt nati viscera,

Dum gratiae dulcedinem Per assumptum dat hominem.

Ergo dulci melodia Personemus , o Maria,

Religiosis vocibus Et clamosis affectibus.

Salve, Virgo b e n edicta, Quae fugasti maledicta.

Salve, Mater Altissimi, Agni Sponsa mitissimi,

Tu serpentem evicisti, Cujus caput contrivisti

Cum Deus ex te genitus Ejus fuit interitus.

Tu coelorum Imperatrix. Tu terrarum reparatrix,

Ad quam suspirant homines, Quam nequam tremunt daemones.

Tu fenestra , porta, vellus, Aula, domus, templum, tellus:

Virginitatis lilium, Et rosa per martyrium:

Hortus clausus, fons hortorum, Sordes lavans peccatorum;

Inquinatos purificans ; Et mortuos vivificans.

Dominatrix Angelorum, Spes, post Deum, saeculorum.

Regis reclinatorium Et deitatis solium.

Stella fulgens Orientis, Umbras fugans Occidentis.

Aurora solis praevia, Et dies noctis nescia.

Parens nostri tu Parentis, Et genitrix nos gignentis.

Piae matris fiducia, Natos Patri concilia.

Ora Mater Deum natum, Nostrum solvat ut reatual,

Et post concessam veniam, ‘ Det gratiam et gloriam. Amen.

 

    Ciel, réjouis-toi ; terre, applaudis ; que nul ne retienne la louange.

    Par la Vierge l’homme remonte à son antique origine.

    La Vierge a enfanté un Dieu, l’antique colère est apaisée.

    La vieille discorde a fini son cours ; la gloire et la paix lui succèdent.

    Le pécheur se lève de son bourbier ; un Dieu est étendu sur la paille.

    Une vile étable contient le Pain de la nourriture céleste.

    La Vierge nourrit son Créateur, le Rédempteur qui est né d’elle.

    Sous la faiblesse de l’enfance, se cache la divine Sagesse.

    Du sein de la mère jaillit le lait : le cœur du Fils le répand aussi ;

    Car, en prenant l’humanité, il nous donne la douceur de sa grâce.

    Donc, par une douce mélodie, nous vous chantons, ô Marie !

    Par nos voix religieuses, et par nos cris d’amour.

    Salut, Vierge bénie, qui avez mis en fuite la malédiction.

    Salut , Mère du Très-Haut, Épouse du très doux Agneau.

    Vous avez vaincu le serpent, vous avez brisé sa tête,

    Quand le Dieu, né de vous, l’a exterminé.

    Vous êtes l’Impératrice des deux, la réparatrice de la terre.

    Vers vous soupirent les hommes ; les démons maudits tremblent sous vos pieds.

    Vous êtes la fenêtre, la porte, la toison, le palais, la maison, le temple, un monde ;

    Lis de virginité, rose par le martyre.

    Jardin fermé, fontaine des jardins, vous lavez les taches des péchés,

    Purifiant ceux qui sont souillés, rendant les morts à la vie.

    Dominatrice des Anges ; après Dieu, l’espérance des siècles.

    Le lieu de repos du Roi, le trône de la divinité.

    Étoile brillante de l’Orient, qui dissipe les ombres de l’Occident.

    Aurore annonçant le soleil, jour qui ne connaît pas de nuit.

    Mère de notre Père, vous enfantez Celui qui nous a créés.

    Mère tendre, objet de notre confiance, réconciliez les fils avec le Père.

    O Mère ! priez le Dieu né en ces jours, qu’il détruise nos péchés,

    Et, après le pardon, qu’il nous donne la grâce et la gloire.

    Amen.

 

    L’année civile achève aujourd’hui son cours. A une nouvelle année se lève sur ce monde ; celle qui l’a précédée disparaît sans retour dans l’abîme de l’éternité. Notre vie fait un pas, et la fin de toutes choses approche d’autant plus. (I Petr. IV, 7.) La Liturgie, qui commence l’année ecclésiastique au premier Dimanche de l’Avent, n’a point produit de prières spéciales dans l’Église Romaine, pour accompagner ce renouvellement de l’année, au premier Janvier ; mais son esprit qui répond à toutes les situations de l’homme et de la société, nous avertit de ne pas laisser passer ce moment solennel sans offrir à Dieu le tribut de nos actions de grâces, pour les bienfaits qu’il a répandus sur nous dans le cours de l’année qui vient de finir.

    Rome nous donne l’exemple. Aujourd’hui, le Souverain Pontife se rend en pompe à l’Église du Jésus, pour y assister au chant du Te Deum ; et la bénédiction du Saint-Sacrement vient confirmer cette solennelle action de grâces, et promettre de nouveaux dons. Des usages analogues ont lieu dans plusieurs de nos Églises de France.

    La seule Église gothique d’Espagne avait songé à associer les sentiments que nous exprimons à l’action même du saint Sacrifice ; et nous croyons être agréable à la piété de nos lecteurs, en donnant ici cette belle prière du Missel Mozarabe. Elle fait partie de la Messe du Dimanche qui précède la fête de l’Épiphanie.

 

    ILLATIO.

    Dignum et justum est nos tibi gratias agere, Domine sancte, Pater aeterne, omnipotens Deus, per Jesum Christum Filium tuum, Dominum nostrum. Qui ante tempus natus ex te, Deo Patre, tecum pariter et cum Spiritu Sancto condidit tempora, dignatus est nasci et ipse sub tempore, ex utero virginis Mariae. Qui tamen cum sit sempiternus, statutos annorum discrevit recursus, per quos evolutus deduceretur hic mundus. Distinguens annum certis atque congruentibus vicissitudinibus temporum, quibus sol certa cursus sui dimensione, anni orbem inconfusa varietate distingueret. Illi etenim Deo vivo hodie et finem expleti anni, et subsequentis initium oblatis muneribus dedicamus per quem et decursum annorum transegimus, et principium alterius inchoamus. Hunc igitur quia in annum nos ad supplicandum sancta et communis fecit devotio convenire, tibi Deus Pater, simplices fundimus preces. Ut qui in nativitate ejusdem Filii tui praesentis temporis curricula consecrasti, praebeas nobis hunc annum habere placabilem, et dies ejus in tua transigere servitute. Terram quoque fructibus reple, animas corporaque facito morbis delictisque carere. Scandala remove,

contere hostem, cohibe famem, et omnes in commune nocivorum casuum eventus a nostris finibus procul exclude. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

 

    Il est digne et juste que nous vous rendions grâce, Seigneur saint, Père éternel et tout-puissant, par Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur, qui avant les temps né de vous, Dieu son Père, a créé le temps, avec vous et l’Esprit Saint ; qui a daigné lui-même naître dans le temps, du sein de la Vierge Marie ; et qui, tout éternel qu’il est, a fixé les révolutions des années au moyen desquelles ce monde accomplit ses propres révolutions. Il a divisé l’année en périodes certaines et harmonieuses, suivant lesquelles le soleil, fidèle aux lois qui règlent sa course, vient répandre sur le cercle de l’année une variété sans confusion. Aujourd’hui, par l’offrande de nos dons, nous venons dédier à ce Dieu vivant, et la fin de l’année écoulée, et le commencement de celle qui la suit. Par lui, nous avons traversé le cours de celle-là ; par lui, nous ouvrons le commencement de celle-ci. Nous donc, qu’une dévotion commune et sainte a rassemblés en ce commencement de l’année, nous répandons devant vous, ô lieu Père ! nos simples prières. Dans la Nativité de votre Fils, vous avez fixé le point de départ de la supputation de nos temps ; faites que cette année soit pour nous une année favorable, et que nous en passions les jours dans votre service. Couvrez la terre de moissons, rendez nos âmes et nos corps exempts de maladies et de péchés. Ôtez les scandales, repoussez les ennemis, chassez la famine, et éloignez de nos frontières tous les fléaux qui pourraient nous nuire. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

     I JANVIER. LA CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR ET L’OCTAVE DE NOËL.

    Le huitième jour de la Naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les Mages approche de Bethléem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’Enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos cœurs.

    Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la Circoncision de Jésus ; le mystère de cette Circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’Incarnation et de l’Enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Église, non seulement durant cette Octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain. Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Église célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine Maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes.

    Autrefois la sainte Église Romaine célébrait deux Messes au premier janvier : l’une pour l’Octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’Office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expression- de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.

    Pour payer son tribut d’hommages à celle qui nous adonné l’Emmanuel, l’Église Grecque n’attend pas le huitième jour de la Naissance de ce Verbe fait chair. Dans son impatience, elle consacre à Marie le propre lendemain de Noël, le 26 décembre, sous le titre de Synaxe de la Mère de Dieu, réunissant ces deux solennités en une seule, en sorte qu’elle n’honore saint Étienne que le 27 décembre.

    Pour nous, fils aînés de la sainte Église Romaine, épanchons aujourd’hui tout l’amour de nos cœurs envers la Vierge-Mère, et conjouissons-nous à la félicité qu’elle éprouve d’avoir enfanté son Seigneur et le nôtre. Durant le saint Temps de l’Avent, nous l’avons considérée enceinte du salut du monde ; nous avons proclamé la souveraine dignité de cette Arche de la nouvelle alliance qui offrait dans ses chastes flancs comme un autre ciel à la Majesté du Roi des siècles. Maintenant, elle l’a mis au jour, ce Dieu enfant ; elle l’adore ; mais elle est sa Mère. Elle a le droit de l’appeler son Fils ; et lui, tout Dieu qu’il est, la nomme en toute vérité sa Mère.

    Ne nous étonnons donc plus que l’Église exalte avec tant d’enthousiasme Marie et ses grandeurs Comprenons au contraire que tous les éloges qu’elle peut lui donner, tous les hommages qu’elle peut lui offrir dans son culte, demeurent toujours beaucoup au-dessous de ce qui est dû à la Mère du Dieu incarné. Personne sur la terre n’arrivera jamais à décrire, pas même à comprendre tout ce que cette sublime prérogative renferme de gloire. En effet, la dignité de Marie provenant de ce qu’elle est Mère d’un Dieu, il serait nécessaire, pour la mesurer dans son étendue, de comprendre préalablement la Divinité elle-même. C’est à un Dieu que Marie a donné la nature humaine ; c’est un Dieu qu’elle a eu pour Fils ; c’est un Dieu qui s’est fait gloire de lui être soumis, selon l’humanité ; la valeur d’une si haute dignité dans une simple créature ne peut donc être estimée qu’en la rapprochant de la souveraine perfection du grand Dieu qui daigne ainsi se constituer sous sa dépendance. Anéantissons-nous donc en présence de la Majesté du Seigneur ; et humilions-nous devant la souveraine dignité de celle qu’il s’est choisie pour Mère.

    Que si nous considérons maintenant les sentiments qu’une telle situation inspirait à Marie à l’égard de son divin Fils, nous demeurons encore confondus par la sublimité du mystère. Ce Fils, qu’elle allaite, qu’elle tient dans ses bras, qu’elle presse contre son cœur, elle l’aime, parce qu’il est le fruit de ses entrailles ; elle l’aime, parce qu’elle est mère, et que la mère aime son fils comme elle-même et plus qu’elle-même ; mais si elle vient à considérer la majesté infinie de Celui qui se confie ainsi à son amour et à ses caresses, elle tremble et se sent près de défaillir, jusqu’à ce que son cœur de Mère la rassure au souvenir des neuf mois que cet Enfant a passés dans son sein, et du sourire filial avec lequel il lui sourit au moment où elle l’enfanta. Ces deux grands sentiments de la religion et de la maternité se confondent dans ce cœur sur ce seul et divin objet. Se peut-il imaginer quelque chose de plus sublime que cet état de Mère de Dieu ; et n’avions-nous pas raison de dire que, pour le comprendre tel qu’il est en réalité, il nous faudrait comprendre Dieu lui-même, qui seul pouvait le concevoir dans son infinie sagesse, et seul le réaliser dans sa puissance sans bornes ?

    Une Mère de Dieu ! tel est le mystère pour la réalisation duquel le monde était dans l’attente depuis tant de siècles ; l’œuvre qui, aux yeux de Dieu, dépassait à l’infini, comme importance, la création d’un million de mondes. Une création n’est rien pour sa puissance ; il dit, et toutes choses sont faites. Au contraire, pour qu’une créature devienne Mère de Dieu, il a dû non seulement intervertir toutes les lois de la nature en rendant féconde la virginité, mais se placer divinement lui-même dans des relations de dépendance, dans des relations filiales, à l’égard de l’heureuse créature qu’il a choisie. Il a dû lui conférer des droits sur lui-même, accepter des devoirs envers elle ; en un mot, en faire sa Mère et être son Fils.

    Il suit de là que les bienfaits de cette Incarnation que nous devons à l’amour du Verbe divin, nous pourrons et nous devrons, avec justice, les rapporter dans un sens véritable, quoique inférieur, à Marie elle-même. Si elle est Mère de Dieu, c’est qu’elle a consenti à l’être. Dieu a daigné non seulement attendre ce consentement, mais en faire dépendre la venue de son Fils dans la chair. Comme ce Verbe éternel prononça sur le chaos ce mot FIAT, et la création sortit du néant pour lui répondre ; ainsi, Dieu étant attentif, Marie prononça aussi ce mot FIAT, qu’il me soit fait selon votre parole, et le propre Fils de Dieu descendit dans son chaste sein. Nous devons donc notre Emmanuel, après Dieu, à Marie, sa glorieuse Mère.

    Cette nécessité indispensable d’une Mère de Dieu, dans le plan sublime du salut du monde, devait déconcerter les artifices de l’hérésie qui avait résolu de ravir la gloire du Fils de Dieu. Selon Nestorius, Jésus n’eût été qu’un homme ; sa Mère n’était donc que la mère d’un homme : le mystère de l’Incarnation était anéanti. De là, l’antipathie de la société chrétienne contre un si odieux système. D’une seule voix, l’Orient et l’Occident proclamèrent le Verbe fait chair, en unité de personne, et Marie véritablement Mère de Dieu, Deipara, Theotocos, puisqu’elle a enfanté Jésus-Christ. Il était donc bien juste qu’en mémoire de cette grande victoire remportée au concile d’Éphèse, et pour témoigner de la tendre vénération des chrétiens envers la Mère de Dieu, des monuments solennels s’élevassent qui attesteraient aux siècles futurs cette suprême manifestation. Ce fut alors que commença dans les Églises grecque et latine le pieux usage de joindre, dans la solennité de Noël, la mémoire de la Mère au culte du Fils. Les jours assignés à cette commémoration furent différents ; mais la pensée de religion était la même.

    A Rome, le saint Pape Sixte III fit décorer l’arc triomphal de l’Église de Sainte-Marie ad Praesepe, de l’admirable Basilique de Sainte-Marie-Majeure, par une immense mosaïque à la gloire de la Mère de Dieu. Ce précieux témoignage delà foi du cinquième siècle est arrivé jusqu’à nous ; et au milieu du vaste ensemble sur lequel figurent, dans leur mystérieuse naïveté, les événements racontés par les saintes Écritures et les plus vénérables symboles, on peut lire encore la noble inscription par laquelle le saint Pontife dédiait ce témoignage de sa vénération envers Marie, Mère de Dieu, au peuple fidèle : XISTUS EPISCOPUS PLEBI DEI.

    Des chants spéciaux furent composés aussi à Rome pour célébrer le grand mystère du Verbe fait homme par Marie. De sublimes Répons, de magnifiques Antiennes, ornés d’un chant grave et mélodieux, vinrent servir d’expression à la piété de l’Église et des peuples, et ils ont porté cette expression à travers tous les siècles. Entre ces pièces liturgiques, il est des Antiennes que l’Église Grecque chante avec nous, dans sa langue, en ces mêmes jours, et qui attestent l’unité de la foi en même temps que la communauté des sentiments, en présence du grand mystère du Verbe incarné.

 

    AUX PREMIÈRES VÊPRES.

    Les premières Vêpres de la Circoncision sont rendues plus solennelles par le chant de cinq des vénérables Antiennes dont nous parlions tout à l’heure ; l’Office se compose en outre des Psaumes assignés, pendant toute l’année, aux Vêpres de la sainte Vierge.

    Le premier de ces Psaumes, en célébrant la Royauté, le Sacerdoce et la suprême Judicature de l’Emmanuel, révèle en même temps la haute dignité de celle qui l’a enfanté. Le second renferme la louange du Dieu qui élève les humbles et qui rend féconde la stérilité ; il annonce magnifiquement les grandeurs et la fécondité de Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes. Les trois derniers Psaumes contiennent l’éloge de Jérusalem, Cité de Dieu et symbole de Marie.

Ant. O admirabile commercium! Creator generis humani animatum corpus sumens, de Virgine nasci dignatus est; et procedens homo sine semine, largitus est nobis suam deitatem.

    Ant. O commerce admirable ! le Créateur du genre humain, prenant un corps et une âme, a daigné naître de la Vierge, et devenu homme sans le concours de l’homme, il nous a fait part de sa divinité.

    PSAUME CIX.

Dixit Dominus Domino meo: * Sede a dextris meis.
Donec ponam inimicos tuos: * scabellum pedum tuorum.
Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion: * dominare in medio inimicorum tuorum.
Tecum principium in die virtutis tuae in splendoribus sanctorum: * ex utero Ante luciferum genui te.
Juravit Dominus, et non poenitebit eum: * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.
Dominus a dextris tuis: * confregit in die irae suae reges.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas: * conquassabit capita in terra multorum.
De torrente in via bibet: * propterea exaltabit caput.

 

    Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur :

    Asseyez-vous à ma droite et régnez avec moi ;

    Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.

    O Christ ! le Seigneur, votre Père, fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c’est de là que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.

    La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.

    Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir ; il a dit en vous parlant : Dieu-Homme, vous êtes Prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech.

    O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère,viendra juger les rois.

    Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.

    Maintenant il vient dans l’humilité ; il s’abaisse pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.

Ant. O admirabile commercium! Creator generis humani animatum corpus sumens, de Virgine nasci dignatus est; et procedens homo sine semine, largitus est nobis suam deitatem.

    Ant. O commerce admirable ! Le Créateur du genre humain, prenant un corps et une âme, a daigné naître de la Vierge, et devenu homme sans le concours de l’homme, il nous a fait part de sa divinité.

 

Ant. Quando natus es ineffabiliter ex Virgine, tunc impletae sunt Scripturae; sicut pluvia in vellus descendisti, ut salvum faceres genus humanum: te laudamus, Deus noster.

    Ant. Quand vous naquîtes ineffablement d’une Vierge, alors s’accomplirent les Écritures. Comme la rosée sur la toison, vous descendîtes pour sauver le genre humain. Nous vous louons, ô notre Dieu !

    PSAUME CXII

Laudate, pueri, Dominum: * laudate nomen Domini.
Sit nomen Domini bene dictum: * ex hoc nunc et usque in saeculum.
A solis ortu usque ad occasum: * laudabile nomen Domini.
Excelsus super omnes gentes Dominus: * et super coelos gloria ejus.
Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat:* et humilia respicit in coelo et in terra?
Suscitans a terra inopem: * et de stercore erigens pauperem.
Ut collocet eum cum principibus: * cum principibus populi sui.
Qui habitare facit sterilem in domo: * matrem filiorum laetantem.

 

    Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

    Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.

    De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

    Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.

    Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ?

    C’est de là que, non content d’abaisser ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre, il a daigné descendre jusqu’à nous.

    Du fond de son berceau, par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,

    Pour le placer avec les princes, avec les princes mêmes de son peuple.

    C’est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui auparavant fut stérile,et qui maintenant est mère de nombreux enfants.

     Ant. Quando natus es ineffabiliter ex Virgine, tunc impletae sunt Scripturae; sicut pluvia in vellus descendisti, ut salvum faceres genus humanum: te laudamus, Deus noster.

    Ant. Quand vous naquîtes ineffablement d’une Vierge, alors s’accomplirent les Écritures. Comme la rosée sur la toison, vous descendîtes pour sauver le genre humain. Nous vous louons, ô notre Dieu !

 

Ant. Rubum, quem viderat Moyses incombustum, conservatam agnovimus tuam laudabilem virginitatem: Dei Genitrix, intercede pro nobis.

    Ant. Le buisson enflammé, mais non consumé, qui apparut à Moïse, nous l’avons reconnu dans votre virginité admirablement conservée : Mère de Dieu, intercédez pour nous.

    PSAUME CXXI.

Laetatus sum in his qua dicta sunt mihi: * In domum Domini ibimus.
Stantes erant pedes nostri: * in atriis tuis, Jerusalem.
Jerusalem qua aedificatur ut civitas: * cujus participatio ejus in idipsum.
Illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini: * testimonium Israel ad confitendum Nomini Domini.
Quia illic sederunt sedes in judicio: * sedes super domum David.
Rogate qua ad pacem sunt Jerusalem: * et abundantia diligentibus te.
Fiat pax in virtute tua: * et abundantia in turribus tuis.
Propter fratres meos et proximos meos: * loquebar pacem de te.
Propter domum Domini Dei nostri: * quaesivi bona tibi.

 

    Je me suis réjoui quand on m’a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.

    Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! notre cœur dans votre amour, ô Marie !

    Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour, sont unis et liés ensemble.

    C’est en elle que se sont donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l’ordre qu’il en a donné à Israël, pour y louer le Nom du Seigneur.

    Là, sont dressés les sièges de la maison de David, et Marie est la fille des Rois.

    Demandez à Dieu, par Marie, la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Église.

    Voix de Marie : Que la paix règne sur tes remparts, ô nouvelle Sion ! et l’abondance dans tes forteresses.

    Moi fille d’Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.

    Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j’ai appelé sur toi tous les biens.

Ant. Rubum, quem viderat Moyses incombustum, conservatam agnovimus tuam laudabilem virginitatem: Dei Genitrix, intercede pro nobis.

    Ant. Le buisson enflammé, mais non consumé, qui apparut à Moïse, nous l’avons reconnu dans votre virginité admirablement conservée : Mère de Dieu, intercédez pour nous.

 

Ant. Germinavit radix Jesse; orta est stella ex Jacob; Virgo peperit Salvatorem: te laudamus, Deus noster.

    Ant. La tige de Jessé a fleuri ; l’étoile est sortie de Jacob ; la Vierge a enfanté le Sauveur. Nous vous louons, ô notre Dieu !

    PSAUME CXXVI

Nisi Dominus aedificaverit domum: * in vanum laboraverunt qui aedificant eam.
Nisi Dominus custodierit civitatem: * frustra vigilat qui custodit eam.
Vanum est vobis ante lucem surgere: * surgite postquam sederitis, qui manducatis panem doloris.
Cum dederit dilectis suis somnum: * ecce haereditas Domini filii: merces, fructus ventris.
Sicut sagittae in manu potentis: * ita filii excussorum.
Beatus vir, qui implevit desiderium suum ex ipsis: * non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.

 

    Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.

    Si le Seigneur ne garde la Cité, inutilement veilleront ses gardiens.

    En vain vous vous lèverez avant le jour : levez-vous après le repos, vous qui mangez le pain de la douleur.

    Le Seigneur donnera un sommeil tranquille à ceux qu’il aime : des fils, voilà l’héritage que le Seigneur leur destine ; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.

    Comme des flèches dans une main puissante ; ainsi seront les fils de ceux que l’on opprime.

    Heureux l’homme qui en a rempli son désir : il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.

Ant. Germinavit radix Jesse; orta est stella ex Jacob; Virgo peperit Salvatorem: te laudamus, Deus noster.

    Ant. La tige de Jessé a fleuri ; l’étoile est sortie de Jacob ; la Vierge a enfanté le Sauveur. Nous vous louons, ô notre Dieu !

 

Ant. Ecce Maria genuit nobis Salvatorem, quem Joannes videns exclamavit, dicens: Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi, alleluia.

    Ant. Voici que Marie nous a enfanté le Sauveur, à la vue duquel Jean s’est écrié : Voici l’Agneau de Dieu ; voici Celui qui ôte les péchés du monde, alleluia.

    PSAUME CXLVII.

Lauda, Jerusalem, Domi num: * lauda Deum tuum, Sion.
Quoniam confortavit seras portarum tuarum: * benedixit filiis tuis in te.
Qui posuit fines tuos pacem, * et adipe frumenti satiat te.
Qui emittit eloquium suum terrae: * velociter currit sermo ejus.
Qui dat nivem sicut lanam: * nebulam sicut cinerem spargit.
Mittit crystallum suam sicut buccellas: ante faciem frigoris ejus quis sustinebit?
Emittet verbum suum, et liquefaciet ea: * flabit spiritus ejus, et fluent aquae.
Qui annuntiat verbum suum Jacob: * justitias, et judicia sua Israel.
Non fecit taliter omni nationi: * et judicia sua non manifestavit eis.

 

    Marie, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur : Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.

    C’est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.

    Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le Pain de vie.

    Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa Parole parcourt le monde avec rapidité.

    Il donne la neige comme des flocons de laine : il répand les frimas comme la poussière.

    Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?

    Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.

    Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.

    Jusqu’aux jours où nous sommes, il n’avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.

Ant. Ecce Maria genuit nobis Salvatorem, quem Joannes videns exclamavit, dicens: Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi, alleluia.

    Ant. Voici que Marie nous a enfanté le Sauveur, à la vue duquel Jean s’est écrié : Voici l’Agneau de Dieu ; voici Celui qui ôte les péchés du monde, alleluia.

 

    CAPITULE. (Tit. II.)

Apparuit gratia Dei Salvatoris nostri omnibus hominibus, erudiens nos, ut abnegantes impietatem et saecularia desideria, sobrie et juste et pie vivamus in hoc saeculo.

    La grâce de Dieu, notre Sauveur, a apparu à tous les hommes, et nous a appris à renoncer à l’impiété et aux désirs du siècle, pour vivre avec tempérance, justice et piété, en ce monde.

 

    On chante ensuite l’Hymne du jour de Noël, Jesu, Redemptor omnium, ci-dessus, page 131.

    V. Verbum caro factum est, alleluia.
R. Et habitavit in nobis, alleluia.

    V. Le Verbe s’est fait chair, alleluia.

R/. Et il a habité parmi nous, alleluia.

 

    ANTIENNE DE Magnificat.

Ant. Propter nimiam charitatem suam qua dilexit nos Deus, Filium suum misit in similitudinem carnis peccati. Alleluia.

    Ant. Par l’immense charité dont Dieu nous a aimés, il a envoyé son Fils sous la ressemblance de la chair de péché, alleluia.

    

Oremus.
Deus, qui salutis aeternae, beatae Mariae virginitate fecunda, humano generi praemia praestitisti: tribue, quaesumus, ut ipsam pro nobis intercedere sentiamus, per quam meruimus auctorem vitae suscipere, Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum. Qui tecum.

PRIONS.

    O Dieu, qui, par la virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel ; accordez-nous, s’il vous plaît, de ressentir les effets de l’intercession de celle par qui nous avons reçu l’auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous.

 

    A LA MESSE.

    La Station est à Sainte-Marie au delà du Tibre. Il était bien juste de glorifier cette Basilique à jamais vénérable entre celles que la piété catholique a consacrées à Marie. La plus ancienne des Églises de Rome dédiées à la sainte Vierge, elle lui fut consacrée par saint Calliste, dès le troisième siècle, dans l’ancienne Taberna Meritoria, lieu célèbre chez les auteurs païens eux-mêmes par cette fontaine d’huile qui en sortit, sous le règne d’Auguste, et coula jusqu’au Tibre. La piété des peuples s’est plu à voir, dans cet événement, un symbole du Christ (unctus) qui devait bientôt naître ; et la Basilique porte encore aujourd’hui le titre de Fons olei.

    L’Introït, comme la plupart des autres pièces chantées de cette Messe, est celui de Noël, à la Messe du Jour. Il célèbre la Naissance de l’Enfant qui nous est né, et qui compte aujourd’hui son huitième jour.

    INTROÏT.

Puer natus est nobis, et Filius datus est nobis; cujus imperium super humerum ejus: et vocabitur nomen ejus magni Consilii Angelus.
Ps. Cantate Domino canticum novum, quia mirabilia fecit. V. Gloria Patri. Puer.

    Un enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; il porte sur son épaule le signe de sa principauté, et il sera appelé l’Ange du grand Conseil.

    Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; car il a opéré des merveilles. Gloire au Père. Un enfant.

 

    Dans la Collecte, l’Église célèbre la virginité féconde de la Mère de Dieu, et nous montre Marie comme la source dont Dieu s’est servi pour répandre le bienfait de l’Incarnation sur le genre humain. Elle représente à Dieu lui-même les espérances que nous fondons sur l’intercession de cette créature privilégiée.

    PRIONS

Deus, qui salutis aeternae, beatae Mariae virginitate fecunda, humano generi praemia praestitisti: tribue, quaesumus, ut ipsam pro nobis intercedere sentiamus, per quam meruimus auctorem vitae suscipere, Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum. Qui tecum.

 

    O Dieu, qui, par la virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel ; accordez-nous, s’il vous plaît, de ressentir les effets de l’intercession de celle par qui nous avons reçu l’auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous.

    

    EPITRE.

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Titum. Cap. II.

Carissime, apparuit gratia Dei Salvatoris nostri omnibus hominibus, erudiens nos, ut abnegantes impietatem et saecularia desideria, sobrie et juste et pie vivamus in hoc saeculo, exspectantes beatam spem, et adventum gloriae magni Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi: qui dedit semetipsum pro nobis, ut nos redimeret ab omni iniquitate et mundaret sibi populum acceptabilem, sectatorem bonorum operum. Haec loquere et exhortare: in Christo Jesu Domino nostro.

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, à Tite. Chap. II.

    Très cher fils, la grâce de Dieu notre Sauveur a apparu à tous les hommes, et nous a appris à renoncer à l’impiété et aux désirs du siècle, pour vivre avec tempérance, justice et piété, en ce monde, dans l’attente de la béatitude que nous espérons et de l’avènement glorieux du grand Dieu, Jésus-Christ, notre Sauveur, qui s’est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, de nous purifier et de nous rendre un peuple agréable à ses yeux, et appliqué aux bonnes œuvres. Prêche ces vérités, et exhorte les hommes en Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    En ce jour où nous plaçons maintenant le renouvellement de notre année civile, les conseils du grand Apôtre viennent à propos pour avertir les fidèles de l’obligation où ils sont de sanctifier le temps qui leur est donné. Renonçons donc aux désirs du siècle ; vivons avec sobriété, justice et piété ; et que rien ne nous distraie de l’attente de cette béatitude que nous espérons. Le grand Dieu et sauveur Jésus-Christ, qui apparaît en ces jours dans sa miséricorde, pour nous enseigner, reviendra dans sa gloire, pour nous récompenser. Le mouvement du temps nous avertit que ce jour approche ; purifions-nous, et devenons un peuple agréable aux yeux du Rédempteur, un peuple appliqué aux bonnes œuvres.

    Le Graduel chante la venue du divin Enfant, et invite toutes les nations à le glorifier, lui et son Père qui l’avait promis et qui nous l’envoie.

    GRADUEL.

Viderunt omnes fines terrae Salutare Dei nostri: jubilate Deo omnis terra.
V. Notum fecit Dominus Salutare suum: ante conspectum gentium revelavit justitiam suam.

Alleluia, alleluia.
V. Multifarie olim Deus loquens patribus in Prophetis, novissime diebus istis locutus est nobis in Filio. Alleluia.

 

    Toute l’étendue de la terre a vu le Sauveur que notre Dieu a envoyé : toute la terre, louez Dieu avec transport.

    V/. Le Seigneur a manifesté le Sauveur qu’il avait promis ; il a révélé sa justice aux yeux des nations.

    Alleluia, alleluia.

    V/. Dieu ayant parlé autrefois à nos pères, en diverses manières, parles Prophètes, nous a parlé, en ces derniers temps, par son Fils. Alleluia.

 

    Évangile.

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. II.

In illo tempore: Postquam consummati sunt dies octo, ut circumcideretur Puer; vocatum est nomen ejus Jesus, quod vocatum est ab Angelo priusquam in utero conciperetur.

 

    La suite du saint Évangile selon saint LUC. Chap. II.

    En ce temps-là, le huitième jour étant venu, auquel l’Enfant devait être circoncis, on lui donna le nom de Jésus, qui était celui que l’Ange lui avait donné, avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

 

    L’enfant est circoncis ; il n’appartient plus seulement à la nature humaine ; il devient, par ce symbole, membre du peuple choisi et voué au service de Dieu. Il se soumet à cette cérémonie douloureuse, à ce signe de servitude, pour accomplir toute justice. Il reçoit en retour le nom de Jésus ; et ce nom veut dire Sauveur ; il nous sauvera donc, mais c’est par son sang qu’il nous sauvera. Telle est la volonté divine, acceptée par lui. La présence du Verbe incarné sur la terre a pour but un Sacrifice, et ce Sacrifice commence déjà. Il pourrait être plein et parfait par cette seule effusion du sang d’un Dieu-Homme ; mais l’insensibilité du pécheur, dont l’Emmanuel est venu conquérir l’âme, est si profonde, que ses yeux contempleront trop souvent, sans l’émouvoir, les torrents du sang divin qui a ruisselé sur la croix. Les quelques gouttes du sang de la circoncision auraient suffi à la justice du Père ; elles ne suffisent pas à la misère de l’homme ; et le cœur du divin Enfant veut par-dessus tout guérir cette misère. C’est pour cela qu’il vient ; et il aimera les hommes jusqu’à l’excès ; car il ne veut point porter en vain le nom de Jésus.

    L’Offertoire célèbre la puissance de l’Emmanuel. En ce moment où il nous apparaît blessé par le couteau de la circoncision, exaltons d’autant plus sa puissance, sa richesse et son indépendance. Célébrons aussi son amour ; car s’il vient partager nos plaies, c’est pour les guérir.

    OFFERTOIRE.

Tui sunt coeli, et tua est terra; orbem terrarum et plenitudinem ejus tu fundasti: justitia et judicium praeparatio sedis tuae.

    Les cieux et la terre sont a vous ; vous avez établi l’univers et tout ce qu’il renferme ; la justice et l’équité sont les bases de votre trône.

 

    SECRETE.

Muneribus nostris, quaesumus, Domine, precibusque susceptis: et coelestibus nos munda mysteriis, et clementer exaudi. Per Dominum.

 

    A près avoir reçu nos dons et nos prières, daignez, Seigneur, nous purifier par vos célestes Mystères, et nous exaucer dans votre clémence. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

    Pendant la Communion, l’Église se réjouit dans le nom du Sauveur qui vient, et qui remplit toute l’étendue de ce nom, en rachetant tous les habitants de la terre. Elle demande ensuite, par l’entremise de Marie, que le divin remède de la Communion soit, pour nos cœurs, la guérison du péché, afin que nous puissions offrir à Dieu l’hommage de cette circoncision spirituelle dont parle l’Apôtre.

    COMMUNION.

Viderunt omnes fines terrae Salutare Dei nostri.

Toutes les contrées de la terre ont vu le Sauveur que notre Dieu a envoyé.

 

POSTCOMMUNION.

Haec nos communio, Do mine, purget a crimine: et intercedente beata Virgine Dei Genitrice Maria, coelestis remedii faciat esse consortes. Per Dominum.

 

    Que cette communion, Seigneur, nous purifie de nos crimes, et par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, nous fasse goûter les effets du céleste remède que nous avons reçu. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

 

    AUX SECONDES VEPRES.

 

    Les Antiennes et les Psaumes sont les mêmes que ceux des premières Vêpres, page 218. On répète aussi le Capitule et l’Hymne d’hier, jusqu’au Verset qui suit.

V. Notum fecit Dominus, alleluia.
R. Salutare suum, alleluia.

V/. Le Seigneur a manifesté, alleluia,

R/. Le Sauveur qu’il avait promis, alleluia.

 

    ANTIENNE DE Magnificat.

Ant. Magnum haereditatis mysterium! Templum Dei factus est uterus nesciens virum: non est pollutus ex ea carnem assumens; omnes gentes venient, dicentes: Gloria tibi, Domine.

    Ant. O grand mystère de l’hérédité divine ! Le sein d’une Vierge est devenu le temple de Dieu ; Celui qui d’elle a pris chair, n’a contracté aucune souillure ; toutes les nations viendront et diront : Gloire à vous, Seigneur !

 

    Oremus.
Deus, qui salutis aeternae, beatae Mariae virginitate fecunda, humano generi praemia praestitisti: tribue, quaesumus, ut ipsam pro nobis intercedere sentiamus, per quam meruimus auctorem vitae suscipere, Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum. Qui tecum.

PRIONS.

    O Dieu, qui, parla virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel, accordez-nous, s’il vous plaît, de ressentir les effets de l’intercession de celle par qui nous avons reçu l’auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous.

 

Mémoire de l’Octave de saint Étienne.

    Ant. Stephanus autem plenus gratia et fortitudine, faciebat signa magna in populo.

V. Stephanus vidit coelos apertos.

R. Vidit et introivit : beatus homo cui coeli patebant.

    Ant. Plein de grâce et de force, Étienne faisait des prodiges au milieu du peuple.

V/. Étienne vit, les cieux ouverts ;

R/. Il les vit, et il y entra : heureux mortel, pour qui les cieux étaient ouverts !

    ORAISON.

Omnipotens sempiterne Deus, qui primitias Martyrum in beatae Levitae Stephani sanguine dedicasti : tribue, quaesumus, ut pro nobis intercessor existat, qui pro suis etiam persecutoribus exoravit Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum, qui tecum vivit et regnat.

    Dieu tout-puissant et éternel, qui avez consacré les prémices des Martyrs par le sang du bienheureux Lévite Étienne, daignez permettre qu’il soit auprès de vous notre intercesseur, lui qui sut aussi prier pour ses persécuteurs, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous.

 

    Nous réunissons ici quelques traits à la louange de la Mère de Dieu, empruntés aux Offices divins du jour de l’Octave de Noël. Les Répons suivants sont extraits des Matines de la Circoncision, au Bréviaire Romain.

R. Congratulamini mihi omnes qui diligitis Domi num: * Quia cum essem parvula, placui Altissimo, et de meis visceribus genui Deum et hominem.
V. Beatam me dicent omnes generationes, quia ancillam humilem respexit Deus. * Quia.

R. Confirmatum est cor Virginis, in quo divina mysteria, Angelo nuntiante, concepit: tunc speciosum forma prae filiis hominum castis suscepit visceribus: * Et benedicta in aeternum, Deum nobis protulit et hominem.

R. Benedicta et venerabilis es, Virgo Maria, quae sine tactu pudoris inventa es Mater Salvatoris: * Jacebat in praesepio, et fulgebat in coelo.
V. Domine, audivi auditionem tuam et timui: consideravi opera tua et expavi: in medio duorum animalium * Jacebat in praesepio, et fulgebat in coelo.

R. Nesciens Mater Virgo virum peperit sine dolore * Salvatorem saeculorum; ipsum Regem Angelorum, sola Virgo lactabat ubere de coelo pleno. 
V. Domus pudici pectoris templum repente fit Dei: intacta nesciens virum, verbo concepit Filium: * Salvatorem.

 

    R/. Réjouissez-vous avec moi, vous qui aimez le Seigneur : * Parce que, comme j’étais petite à mes yeux, j’ai eu le bonheur de plaire au Très-Haut ; et, de mon sein, j’ai enfanté un fils qui est Dieu et homme.

    V/. Toutes les générations m’appelleront bienheureuse : car Dieu a daigné regarder son humble servante. * Parce que.

    R/. Le cœur de la Vierge a été fortifié ; à la parole de l’Ange, elle a conçu les mystères divins : alors, dans ses chastes entrailles, elle a reçu le plus beau des enfants des hommes : * Et bénie à jamais, elle nous a donné Celui qui est Dieu et homme.

    R/. Vous êtes bénie et digne de tout respect, Vierge Marie, qui, sans rien perdre de votre pureté, vous êtes trouvée la Mère du Sauveur : * Il était couché dans la crèche, et il brillait au ciel.

    V/. Seigneur, j’ai ouï ce que vous m’avez fait entendre, et j’ai été saisi de frayeur ; j’ai considéré vos œuvres, et je me suis étonné : entre deux animaux * Il était couché dans la crèche, et il brillait au ciel.

    R/. Une Vierge, mère sans le commerce de l’homme, a enfanté sans douleur * Le Sauveur des siècles, le Roi des Anges ; et seule la Vierge l’allaitait de sa mamelle que le ciel remplissait.

    V/. La demeure d’un sein pudique devient soudain le temple de Dieu ; la Vierge intacte et sans souillure conçoit, à la parole de l’Ange, un fils, * Le Sauveur.

 

    L’Église Grecque, au 26 Décembre, jour consacré par elle à la Mère de Dieu, prodigue de pompeuses louanges à Marie. Nous empruntons à ses Menées les deux seules strophes qui suivent, dont la première est en même temps l’Antienne de Benedictus du jour de la Circoncision, au Bréviaire Romain.

    Mirabile mysterium declaratur hodie: innovantur naturae, Deus homo factus est: id quod fuit permansit, et quod non erat, assumpsit; non commixtionem passus, neque divisionem.

Uvam incultam postquam germinasset vitis mystica, in brachiis velut ramusculis ferebat: Tu, aiebat, fructus meus, tu es vita mea, a te novi quia quod eram adhuc sum, O Deus meus; sigillum enim virginitatis meae videns infractum, praedico te immutabile Verbum caro factum; virum non novi; te autem novi perniciei solutorem. Casta enim sum, te ex me egresso, sicut invenisti, sic uterum meum reliquisti: ideo concinit omnis creatura ad me clamans: Gaude, gratia plena.

 

    Un mystère admirable se manifeste aujourd’hui : les deux natures s’unissent dans un prodige nouveau ; Dieu se fait homme ; il reste ce qu’il était, il prend ce qu’il n’était pas, sans souffrir ni mélange ni division. La vigne mystique, après avoir produit sans culture la céleste grappe, la soutenait sur ses bras, comme sur ses rameaux : Tu es mon fruit, disait-elle, tu es ma vie ; je sais de toi-même que je suis encore ce que j’étais, ô mon Dieu ! car le sceau de ma virginité n’a point été brisé : c’est pourquoi je te proclame immuable et Verbe fait chair. Je n’ai point connu l’homme, mais je te reconnais pour le libérateur de la commune perdition ; je suis toujours chaste, même après ta naissance. Tel tu trouvas mon sein, tel tu l’as laissé : c’est pourquoi toute créature me chante et s’écrie : « Réjouis-toi, ô pleine de grâce ! »

 

    Considérons, en ce huitième jour de la Naissance du divin Enfant, le grand mystère de la Circoncision qui s’opère dans sa chair. C’est aujourd’hui que la terre voit couler les prémices du sang qui doit la racheter ; aujourd’hui que le céleste Agneau, qui doit expier nos péchés, commence à souffrir pour nous. Compatissons à notre Emmanuel, qui s’offre avec tant de douceur à l’instrument qui doit lui imprimer une marque de servitude.

    Marie, qui a veillé sur lui dans une si tendre sollicitude, a vu venir cette heure des premières souffrances de son Fils, avec un douloureux serrement de son cœur maternel. Elle sent que la justice de Dieu pourrait ne pas exiger ce premier sacrifice, ou encore se contenter du prix infini qu’il renferme pour le salut du monde ; et cependant, il faut que la chair innocente de son Fils soit déjà déchirée, et que son sang coule déjà sur ses membres délicats.

    Elle voit avec désolation les apprêts de cette dure cérémonie ; elle ne peut ni fuir, ni considérer son Fils dans les angoisses de cette première douleur. Il faut qu’elle entende ses soupirs, son gémissement plaintif, qu’elle voie des larmes descendre sur ses tendres joues. « Mais lui pleurant, dit saint Bonaventure, crois-tu que sa Mère pût contenir ses larmes ? Elle pleura donc quant et quant elle-même. La voyant ainsi pleurer, son Fils, qui se tenait debout sur le giron d’icelle, mettait sa petite main à la bouche et au visage de sa Mère, comme la priant par signe de ne pas pleurer ; car celle qu’il aimait si tendrement, il la voulait voir cesser de pleurer. Semblablement de son côté, cette douce Mère, de qui les entrailles étaient totalement émues par la douleur et les larmes de son Enfant, le consolait parle geste et les paroles. Et de vrai, comme elle était moult prudente, elle entendait bien la volonté d’icelui, jaçoit qu’il ne parlât encore. Et elle disait : Mon Fils, si vous me voulez voir cesser de pleurer, cessez vous-même ; car je ne puis, vous pleurant, ne point pleurer aussi. Et lors, par compassion pour sa Mère, le petit Fils désistait de sangloter. La Mère lui essuyait alors les yeux, et aussi les siens à elle, et puis elle appliquait son visage sur le visage de son Enfant, l’allaitait et le consolait de toutes les manières qu’elle pouvait 7 . »

    Maintenant, que rendrons-nous au Sauveur de nos âmes, pour la Circoncision qu’il a daigné souffrir, afin de nous montrer son amour ? Nous devrons suivre le conseil de l’Apôtre (Coloss. II, II), et circoncire notre cœur de toutes ses mauvaises affections, en retrancher le péché et ses convoitises, vivre enfin de cette nouvelle vie dont Jésus enfant nous apporte du ciel le simple et sublime modèle. Travaillons à le consoler de cette première douleur ; et rendons-nous de plus en plus attentifs aux exemples qu’il nous donne.

    A la louange du Dieu circoncis, nous chanterons cette belle Séquence empruntée aux anciens Missels de l’Église de Paris.

    SEQUENCE.

Apparuit hodie Mira virtus gratiae, Quae Deum circumcidit.

Nomen ei coelicum, Nomen et salvificum, Quod est Jesus, indidit.

Nomen salus homini, Nomen quod os Domini Ab aeterno nominat.

Dudum Matri Numinis Hoc et sponso Virginis Angelus denuntiat.

Tu nequam vim Zabuli, Tu peccatum saeculi Nomen sacrum superas.

Jesu, nostrum pretium, Jesu, spes moerentium, Mentes sana miseras.

Quod deest in homine Supple tuo nomine, Quod est salutiferum.

Tua circumcisio Cordis sit praecisio, Efficax cauterium.

Sanguis fusus sordidos Lavet, riget aridos, Moestis det solatium.

Anni nunc initio, Pro felici xenio Para, Jesu, praemium. Amen.

 

    Aujourd’hui, est apparue la merveilleuse vertu de la grâce, dans la Circoncision d’un Dieu.

    Un Nom céleste, un Nom de salut, le Nom de Jésus lui est donné.

    C’est le Nom qui sauve l’homme, le Nom que la bouche du Seigneur a prononcé dès l’éternité.

    Dès longtemps, à la Mère de Dieu, dès longtemps, à l’époux de la Vierge, un Ange l’a révélé.

    Nom sacré, tu triomphes de la rage de Satan et de l’iniquité du siècle.

    Jésus, notre rançon, Jésus, espoir des affligés, guérissez nos âmes malades.

    A tout ce qui manque à l’homme suppléez par votre Nom, qui porte avec lui le salut.

    Que votre Circoncision épure notre cœur, cautérise ses plaies.

    Que votre sang répandu lave nos souillures, rafraîchisse notre aridité, qu’il console nos afflictions.

    En ce commencement d’année, pour étrennes fortunées, préparez notre récompense, ô Jésus ! Amen.

 

    Adam de Saint-Victor nous offre, pour louer dignement la Mère de Dieu, cette gracieuse composition liturgique qui a été longtemps un des plus beaux ornements des anciens Missels Romains-Français.

    SÉQUENCE.

Salve, Mater Salvatoris, Vas electum, vas honoris, Vas coelestis gratiae.

Ab aeterno vas provisum, Vas insigne, vas excisum Manu Sapientiae.

Salve Verbi sacra Parens, Flos de spinis, spina carens, Flos spineti gratia.

Nos spinetum, nos peccati Spina sumus cruentati, Sed tu spinae nescia.

Porta clausa, fons hortorum, Cella custos unguentorum, Cella pigmentaria.

Cinnamomi calamum, Myrrham, thus et balsamum Superas fragrantia.

Salve, decus virginum, Mediatrix hominum, Salutis puerpera.

Myrtus temperantiae, Rosa patientiae, Nardus odorifera.

Tu convallis humilis, Terra non arabilis, Qua fructum parturiit.

Flos campi, convallium Singulare lilium: Christus ex te prodiit.

Tu coelestis paradisus, Libanusque non incisus, Vaporans dulcedinem.

Tu candoris et decoris, Tu dulcoris et odoris Habes plenitudinem.

Tu thronus es Solomonis, Cui nullus par in thronis, Arte vel materia.

Ebur candens, castitatis, Aurum fulvum, charitatis Praesignant mysteria.

Palmam praefers singularem, Nec in terris habes parem, Nec in coeli curia.

Laus humani generis, Virtutum prae caeteris Habens privilegia.

Sol luna lucidior, Et luna sideribus: Sic Maria dignior Creaturis omnibus.

Lux eclipsim nesciens Virginis est castitas; Ardor indeficiens, Immortalis charitas.

Salve, mater pietatis Et totius Trinitatis Nobile triclinium.

Verbi tamen incarnati Speciale majestati Praeparans hospitium.

O Maria, stella maris, Dignitate singularis, Super omnes ordinaris Ordines coelestium.

In supremo sita poli, Nos assigna tuae Proli, Ne terrores, sive doli Nos supplantent hostium.

In procinctu constituti, Te tuente, simus tuti; Pervicacis et versuti Tuae cedat vis virtuti, Dolus, providentiae.

Jesu, Verbum summi Patris, Serva servos tuae Matris, Solve reos, salva gratis, Et nos tua claritatis Configura gloriae. Amen.

 

    Salut ! ô Mère du Sauveur ! vase élu, vase d’honneur, vase de céleste grâce.

    Vase prédestiné éternellement, vase insigne, vase richement ciselé par la main de la Sagesse.

    Salut ! Mère sacrée du Verbe, fleur sortie des épines, fleur sans épines ; fleur, la gloire du buisson.

    Le buisson, c’est nous ; nous déchirés par les épines du péché ; mais vous, vous n’avez pas connu d’épines.

    Porte fermée, fontaine des jardins, trésor des parfums, trésor des aromates,

    Vous surpassez en suave odeur la branche du cinnamome, la myrrhe, l’encens et le baume.

    Salut ! la gloire des vierges, la Médiatrice des hommes, la mère du salut.

    Myrte de tempérance, rose de patience, nard odoriférant.

    Vallée d’humilité, terre respectée par le soc, et abondante en moissons.

    La fleur des champs, le beau lis des vallons, le Christ est sorti de vous.

    Paradis céleste, cèdre que le fer n’a point touché, répandant sa douce vapeur.

    En vous est la plénitude de l’éclat et de la beauté, de la douceur et des parfums.

    Trône de Salomon, à qui nul trône n’est semblable, pour l’art et la matière.

    En ce trône, l’ivoire par sa blancheur figure le mystère de chasteté, et l’or par son éclat signifie la charité.

    Votre palme est à vous seule, et vous demeurez sans égale sur la terre et au palais du ciel.

    Gloire du genre humain, en vous sont les privilèges des vertus, au-dessus de tous.

    Le soleil brille plus que la lune, et la lune plus que les étoiles ; ainsi Marie éclate entre toutes les créatures.

    La lumière sans éclipse, c’est la chasteté de la Vierge ; le feu qui jamais ne s’éteint, c’est sa charité immortelle.

    Salut ! mère de miséricorde, et de toute la Trinité l’auguste habitation.

    Mais à la majesté du Verbe incarné vous avez offert un sanctuaire spécial.

    O Marie ! étoile de la mer, dans votre dignité suprême, vous dominez sur tous les ordres de la céleste hiérarchie.

    Sur votre trône élevé du ciel, recommandez-nous à votre Fils ; obtenez que les terreurs ou les tromperies de nos ennemis ne triomphent pas de notre faiblesse.

    Dans la lutte que nous soutenons, défendez-nous par votre appui ; que la violence de notre ennemi plein d’audace et de fourberie cède à votre force souveraine ; sa ruse, à votre prévoyance.

    Jésus ! Verbe du Père souverain, gardez les serviteurs de votre Mère ; déliez les pécheurs, sauvez-les par votre grâce, et imprimez sur nous les traits de votre clarté glorieuse. Amen.

 

    II JANVIER. L’OCTAVE DE SAINT Étienne, PREMIER MARTYR.

 

    Nous avons achevé hier l’Octave de la Naissance du Sauveur ; nous finirons aujourd’hui l’Octave de saint Étienne ; mais nous ne perdrons pas de vue, un seul instant, le divin Enfant dont Étienne, Jean le Bien-Aimé et les Innocents forment la cour. Dans cinq jours, nous verrons arriver les Mages au berceau du Roi nouveau-né ; ils sont en marche, et l’étoile commence à approcher de Bethléem. Durant ces heures d’attente, glorifions l’Emmanuel, en proclamant les grandeurs de ceux qu’il a choisis pour ses favoris les plus chers, et admirons encore une fois Étienne dans ce dernier jour de l’Octave que l’Église lui a dédiée. Sur une autre partie du Cycle, nous le retrouverons avec allégresse ; sous les feux d’Août, il apparaîtra réjouissant l’Église par la miraculeuse Invention de ses Reliques, et répandra sur nous de nouvelles faveurs.

    Un antique Sermon attribué longtemps à saint Augustin nous apprend que saint Étienne était dans la fleur d’une brillante jeunesse, lorsqu’il fut appelé par les Apôtres à recevoir, dans l’imposition des mains, le caractère sacré du Diaconat. Six compagnons lui furent donnés ; et cet auguste septénaire, chargé de veiller autour de l’autel de la terre, représentait les sept Anges que saint Jean a vus assistant près de l’Autel sublime du ciel. Mais Étienne était le chef de cette compagnie sacrée ; et le titre d’Archidiacre lui est donné par saint Irénée, dès le second siècle.

    Or, la vertu du Diacre est la fidélité ; et c’est pour cette raison que les trésors de l’Église lui sont confiés ; trésors qui ne consistent pas seulement dans les deniers destinés au soulagement des pauvres, mais dans ce qu’il y a de plus précieux au ciel et sur la terre : le Corps même du Rédempteur, dont le Diacre, par l’Ordre qu’il a reçu, est le dispensateur. Aussi l’Apôtre, dans sa première Épître à Timothée, recommande-t-il aux Diacres de garder le Mystère de la Foi dans une conscience pure.

    Le Diaconat étant donc un ministère de fidélité, il convenait que le premier Martyr appartînt à l’ordre des Diacres, puisque le martyre est une épreuve de fidélité ; et cette merveille est déclarée dans toute l’Église par la glorieuse Passion de ces trois magnifiques athlètes du Christ qui, couverts de la dalmatique triomphale, éclatent à la tête de l’armée des Martyrs : Étienne, la gloire de Jérusalem ; Laurent, les délices de Rome ; Vincent, l’honneur du royaume Catholique. Dans cet heureux Temps de Noël, le 22 Janvier, nous célébrerons Vincent, associé à Étienne pour la garde du berceau du Sauveur. Août nous donnera à la fois Étienne dans l’Invention de ses reliques, et Laurent avec sa palme victorieuse.

    Afin d’honorer le Diaconat dans son premier représentant, l’usage d’un grand nombre d’Églises est de faire remplir aux Diacres, dans la fête de saint Étienne, tous les offices qui ne sont point incompatibles avec leur caractère. Ainsi, dans plus d’une Cathédrale, le Chantre cède à un Diacre son bâton cantoral, d’autres Diacres assistent comme choristes sous leurs dalmatiques ; l’Épître même de la Messe est chantée par un Diacre, parce qu’elle contient le récit du martyre de saint Étienne.

    L’établissement de la fête du premier des Martyrs, et son assignation au lendemain de la Naissance du Sauveur, se perd dans la plus sacrée et la plus haute antiquité. Les Constitutions Apostoliques, recueil compilé au plus tard à la fin du III° siècle, nous la montrent déjà établie, et fixée au lendemain de Noël. Saint Grégoire de Nysse et saint Astère d’Amasée, antérieurs l’un et l’autre à l’époque où les reliques du grand Diacre furent révélées au milieu de tant de prodiges, célèbrent sa solennité dans des Homélies spéciales, et la relèvent entre autres par cette circonstance qu’elle a l’honneur d’être fêtée le jour même qui suit la Naissance du Christ. Quant à son Octave, elle est moins ancienne ; toutefois, on ne saurait donner la date de son institution. Amalaire, au IX° siècle, en parle comme déjà établie, et le Martyrologe de Notker, au X° siècle, la porte expressément.

    On ne doit pas s’étonner que cette fête d’un simple Diacre ait reçu tant d’honneurs, tandis que la plupart de celles des Apôtres demeurent privées d’une Octave. La règle de l’Église, dans la Liturgie, est d’affecter les distinctions de son culte dans la proportion des services qu’elle a reçus des Saints. Ainsi honore-t-elle saint Jérôme, simple prêtre, d’un culte supérieur à celui qu’elle défère à un grand nombre de saints Pontifes. La place et le degré d’élévation qu’elle accorde sur le Cycle, sont en rapport avec sa gratitude envers les amis de Dieu qu’elle y admet ; c’est ainsi qu’elle dirige les affections du peuple fidèle envers les célestes bienfaiteurs qu’il devra vénérer dans les rangs de l’Église triomphante. Étienne, en frayant la voie aux Martyrs, a donné le signal de ce sublime témoignage du sang qui fait la force de l’Église, et ratifie les vérités dont elle est dépositaire et les espérances éternelles qui reposent sur ces vérités. A Étienne donc gloire et honneur jusqu’à la consommation des siècles, sur cette terre fécondée de son sang qu’il a mêlé à celui du Christ !

    Nous avons relevé le caractère de ce premier des Martyrs, pardonnant à ses bourreaux, à l’exemple du Christ ; et nous avons vu la sainte Église puiser dans ce grand fait la matière de son principal éloge envers saint Étienne. Nous appuierons aujourd’hui sur une circonstance du drame si émouvant qui s’accomplit sous les murs de Jérusalem. Parmi les complices de la mort sanglante d’Étienne, était un jeune homme nommé Saul. Fougueux et plein de menaces, il gardait les vêtements de ceux qui lapidaient le saint Diacre ; et comme disent les Pères, il le lapidait par les mains de tous. Un peu après, ce même Saul était renversé par une force divine sur le chemin de Damas, et il se relevait disciple de ce Jésus que la voix éclatante d’Étienne avait proclamé Fils du Père céleste, jusque sous les coups de ses bourreaux. La prière d’Étienne n’avait pas été stérile ; et une telle conquête n’annonçait rien moins que celle de la gentilité, dont le sang d’Étienne enfanta l’Apôtre. « Sublime tableau ! s’écrie saint Augustin. Vous y voyez Étienne qu’on lapide ; vous y voyez Saul gardant les vêtements de ceux qui le lapident. Or, voici que Saul devient Apôtre de Jésus-Christ, tandis qu’Étienne est serviteur o de Jésus-Christ. Tu as été renversé, ô Saul ! tu t’es relevé prédicateur de Celui que tu poursuivais. En tous lieux, on lit tes Épîtres ; en tous lieux, tu convertis au Christ les cœurs rebelles ; en tous lieux, devenu bon Pasteur, tu formes de grands troupeaux. Avec le Christ tu règnes, en la compagnie de celui que tu as lapidé. Tous deux vous nous voyez ; tous deux vous entendez ce que nous disons ; tous deux vous priez pour nous. Celui-là vous exaucera, qui tous deux vous a couronnés. D’abord, l’un était un agneau et l’autre un loup ; maintenant tous deux sont agneaux. Qu’ils nous protègent donc de leurs regards ; qu’ils nous recommandent dans leurs prières ! qu’ils obtiennent une vie paisible et tranquille à l’Église de leur Maître. » Le temps de Noël ne se terminera pas non plus sans que nous ayons réuni dans notre culte Étienne et Paul ; le 25 janvier, nous célébrerons la Conversion de l’Apôtre des Gentils ; il appartenait à sa glorieuse victime de le présenter au berceau de leur commun Sauveur.

    Enfin, la piété catholique, émue par cette mort du premier des Martyrs, cette mort que l’écrivain sacré appelle un sommeil, et qui foi m : un si frappant contraste avec la rigueur du supplice qui l’occasionne, la piété catholique, disons-nous, a désigné saint Étienne comme un de nos intercesseurs pour la grâce d’une heureuse mort. Implorons donc le secours du saint Diacre, pour l’heure où nous aurons à rendre à notre Créateur cette âme qu’il nous a confiée ; et disposons dès maintenant notre cœur à offrir, lorsque le Seigneur le demandera, le sacrifice entier de cette vie fragile qui nous est donnée comme un dépôt, que nous devons être prêts à représenter au moment où il nous sera réclamé.

    Nous insérerons encore ici quelques-uns des éloges que la Liturgie a consacrés à saint Étienne, dans les chants des diverses Églises, en commençant par deux Répons de l’Église Romaine, suivis de l’Oraison qu’elle récite en ce jour de l’Octave.

 

R. STEPHANUS, servus Dei, quem lapidabant Iudaei, vidit coelos apertos : vidit et introivit : * Beatus homo cui coeli patebant.

V. Cum igitur saxorum crepitantium turbine quateretur, inter aethereos aulae coelestis sinus divina ci claritas fulsit. * Beatus homo.

R. Patefactae surit januae coeli Christi Martyri beato Stephano, qui in numero Martyrum inventus est primus : * Et ideo triumphat in coelis coronatus.

Mortem enim, quam Salvator noster dignatus est pro nobis pati, hanc ille primus reddidit Salvatori. * Et ideo.

 

    R/. Étienne, serviteur de Dieu, lapidé par les Juifs, vit les cieux ouverts ; il les vit et il y entra : * Heureux mortel, à qui les cieux étaient ouverts !

    V/. Pendant qu’une grêle de cailloux qui s’entre-choquaient fondait sur sa tête, une clarté divine vint briller à ses regards, à travers les profondeurs des régions célestes. * Heureux mortel.

    R/. Les portes du ciel se sont ouvertes au bienheureux Étienne, Martyr du Christ, qui a été le premier au nombre des Martyrs : * C’est pourquoi il triomphe couronné dans les cieux.

    V/. La mort que notre Sauveur a daigné souffrir pour nous, il l’a rendue le premier au Sauveur.* C’est pourquoi il triomphe.

    ORAISON.

 

OMNIPOTENS sempiterne Deus, qui primitias Martyrum in beati Levitae Stephani sanguine dedicasti : tribue quaesumus, ut pro nobis intercessor exsistat, qui pro suis etiam persecutoribus exoravit Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum.,

 

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez consacré les prémices des Martyrs dans le sang du bienheureux Lévite Étienne ; accordez-nous, s’il vous plaît, qu’il soit notre intercesseur auprès de vous, lui qui implora, pour ses persécuteurs, Jésus-Christ, notre Seigneur, votre Fils.

    L’Église de Milan consacre, dans son Missel Ambrosien, cette Préface à la louange du Prince des Martyrs.

    PRÉFACE.

Vere dignum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, aeterne Deus : qui Levitarum praeconem vocasti Stephanum. Hic tibi primus dedicavit Martyrii nomen : hic tibi inchoavit primus effundere sanguinem : hic meruit videre coelos apertos, et Filium stantem ad dexteram Patris. In terris hominem adorabat, et in coelo Filium Patris esse clamabat. Hic Magistri verba referebat ; quia, quod Christus dixit in cruce, hoc Stephanus docuit in sanguinis sui morte. Christus in cruce indulgentiam seminabat : et Stephanus pro suis lapidatoribus Dominum supplicabat.

 

    C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces, ô Dieu éternel, qui avez appelé Étienne à devenir le premier des Lévites. C’est lui qui, le premier, a consacré pour vous le nom de Martyr ; qui, le premier, a pour vous répandu son sang ; qui a mérité de voir les cieux ouverts et le Fils debout à la droite du Père. Il proclamait cet Homme-Dieu digne d’adoration sur la terre ; il le confessait Fils du Père dans le ciel. Il répétait les paroles de ce Maître ; car, ce que le Christ a dit sur la croix, Étienne l’a dit aussi dans sa mort sanglante. Le Christ, sur la croix, semait le pardon ; Étienne suppliait le Seigneur pour ceux qui le lapidaient.

 

    Enfin, la même Liturgie résume en cette manière ses vœux dans la solennité que nous célébrons :

    ORAISON.

 

MINISTRANTIUM tibi, Deus, eruditor et rector, qui Ecclesiæ tuae primordia beati Levitæ Stephani ministerio, et pretioso martyrii sanguine decorasti ; da quaesumus : ut in excessu nostro veniam consequentes, mereamur exemplis ejus imbui, et intercessionibus adjuvari. Per Dominum nostrum Jesum Christum.

 

    O Dieu, qui instruisez et dirigez vos ministres, et qui avez honoré le commencement de votre Église par le ministère et le précieux sang du bienheureux Lévite Étienne dans son martyre ; faites, s’il vous plaît, qu’au moment de notre mort, obtenant notre pardon, nous méritions d’être nourris par ses exemples et secourus par son intercession. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

 

    La Liturgie des Églises Gothiques d’Espagne nous fournira cette belle prière à saint Étienne, dans le Bréviaire Mozarabe.

    CAPITULE.

 

BEATISSIME Stephane, Protomartyr, vocabitur tibi nomen novum, quod os Domini nominavit. ut qui mortem pro ilio sumeres, coronam per ilium et nomine et virtute susciperes : primus in Martyrio, Primus in praemio ; primus in aula mundi, primus in aula coeli ut hic pro

Christo lapidatus, illic ab ipso coronatus, exsultes ; ut pro quo hic crudelissimam sustinuisti poenam, illic pretiosissimam susciperes coronam : ergo qui exstitisti Ecclesiæ primitivus nunc esto patronus assiduus : ut sit Christus nobis , te precante, propitius, pro quo Martyr exstitisti mirificus.

 

    Bienheureux Étienne, premier Martyr, on vous donnera un nom nouveau que la bouche du Seigneur a prononcé : pour lui, vous avez souffert la mort ; par lui, vous recevrez la couronne et de nom et d’effet. Vous êtes le premier dans le martyre, le premier dans la récompense ; le premier en ce monde, le premier dans les palais du ciel. Lapidé sur la terre pour le Christ, couronné par lui dans les cieux, vous triomphez. Celui pour qui vous avez subi ici-bas un supplice cruel, vous met en possession de la couronne la plus précieuse. Vous donc, qui avez été les prémices de l’Église, soyez maintenant son protecteur assidu ; et que, par vos prières, nous soit propice le Christ, dont vous avez été le Martyr admirable.

 

    L’Hymne suivante, remarquable par l’onction et la simplicité, se trouve dans la plupart des Bréviaires Romains-Français :

    HYMNE.

 

SANCTE Dei pretiose, Protomartyr Stephane, Qui virtute caritatis Circumfultus undique, Dominum pro inimico Exorasti populo.

Tu coelestis primitivus Signifer militiae, Veritatis assertivus, Testis primus gratiae, Fundamento lapis vivus, Basis patientiae.

Saxo caesus, non mucrone, Per saxorum cuspides, Corpus membri passione Circumcidi praevides: Ad decorem sunt coronae Rubricati lapides.

Tu coelorum primus stratam Consternis lapideam, Tu per Christum hebetatam Primus transis rhomphaeam:
Primum granum trituratorum, Ditans Christi aream.

Tibi primum reseratae Coeli patent ianuae Jesum vides potestate, Cui pugnas strenue; Stans cum Patris majestate Tecum est assidue.

Funde preces pro devoto Tibi nunc collegio, Ut tuo propitiatus Interventu Dominus, Nos purgatos a peccatis Jungat coeli civibus.

Gloria et honor Deo, Qui te flore roseo Coronavit et locavit In throno sidereo : Salvet reos, solvens cos A mortis aculeo. Amen.

 

    Saint ami de Dieu, Protomartyr Étienne, qui, richement paré de la vertu de charité, avez prié le Seigneur pour un peuple ennemi.

    Vous êtes le premier porte-étendard de la milice céleste, le héraut de la vérité, le premier témoin de la grâce, la pierre fondamentale et vivante, le modèle de patience.

    Immolé par les pierres, non par le glaive, vous voyez les membres de votre corps déchirés cruellement par le tranchant des cailloux ; ces pierres, teintes de votre sang, sont l’ornement de votre couronne.

    Le premier, vous avez frayé le chemin laborieux du ciel ; le premier, vous avez affronté le glaive déjà émoussé par la mort du Christ ; vous êtes le premier froment foulé dans l’aire du Christ.

    Pour vous le premier, les portes du ciel s’ouvrent : vous y découvrez, dans sa puissance, Jésus pour qui vous combattez vaillamment ; debout, dans la majesté de son Père, il vous assiste fidèlement.

    Versez vos prières pour cette assemblée qui se voue à votre culte ; et que le Seigneur, touché par votre entremise, daigne nous purifier de nos péchés et nous réunir aux habitants du ciel.

    Gloire et honneur à Dieu, qui vous a couronné de roses, et vous a placé sur un trône dans les cieux ; qu’il daigne sauver les pécheurs, en les délivrant de l’aiguillon de la mort. Amen.

 

    Pour terminer par une Séquence, nous emprunterons celle-ci au recueil de Saint-Gall ; elle est de la composition de Notker.

    SÉQUENCE.

 

HANC concordi famulatu, colamus solemnitatem,

Auctoris illius exemplo docti benigno,

Pro persecutorum precantis fraude suorum.

0 Stephane, signifer Regis summe boni, nos exaudi

Proficue qui es pro tuis exauditus inimicis.

Paulus tuis precibus, Stephane, te quondam persecutus, Christo credit.

Et tecum tripudiat in regno, cui nullus persecutor appropinquat.

Nos proinde, nos supplices, ad te clamantes, et precibus te pulsantes,

Oratio sanctissima nos tua semper conciliet Deo nostro.

Te Petrus Christi ministrum statuit : tu Petro normam credendi adstruis, ad dextram summi Patris ostendendo, quem plebs furens crucifixit.

Te sibi Christus eligit, Stephane, per quem fideles suos corroboret, se tibi inter rotatus saxorum solatio manifestans.

Nunc inter inclytas Martyrum purpuras coruscas coronatus. Amen.

 

    D’un zèle unanime, célébrons cette solennité.

    Recueillons l’exemple de charité que nous donne celui que nous fêtons,

    Lorsqu’il prie pour de perfides ennemis.

    O Étienne ! porte-étendard suprême du Roi de bonté, exaucez-nous ;

    Vous qui fûtes pleinement exaucé pour vos ennemis.

    Par vos prières, ô Étienne !

    Paul, d’abord votre persécuteur, a cru dans le Christ ;

    Et avec vous il gaudit, au royaume céleste , duquel n’approche aucun persécuteur.

    Nous donc, nous suppliants, nous qui crions vers vous, et vous sollicitons de nos instances,

    Que votre très sainte prière nous réconcilie toujours à notre Dieu.

    Pierre vous établit ministre du Christ ; vous découvrez à Pierre lui-même un nouveau fondement de la foi, en montrant à la droite du Père souverain Celui qu’un peuple a crucifié.

    C’est vous que le Christ s’est choisi, ô Étienne ! vous par qui il fortifie ses fidèles ; vous qu’il vient consoler par sa vue à travers le choc des pierres qui pleuvent sur vous.

    Aujourd’hui, au milieu des bataillons empourprés des Martyrs, vous resplendissez couronné. Amen.

 

    Grâces vous soient rendues, ô glorieux Étienne ! pour le secours que vous nous avez apporté dans la célébration de la Naissance de notre Sauveur. Il vous appartenait de nous initier à ce haut et touchant mystère d’un Homme-Dieu. Le céleste Enfant nous apparaissait dans votre compagnie, et l’Église vous chargeait de le révéler aux fidèles, comme autrefois vous le révélâtes aux Juifs. Votre mission est remplie : nous l’adorons, cet Enfant, comme le Verbe de Dieu ; nous le saluons comme notre Roi ; nous nous offrons à lui pour le servir comme vous, et nous reconnaissons que cet engagement va jusqu’à lui donner notre sang, s’il le demande. Faites donc, ô Diacre fidèle ! que nous lui abandonnions, dès aujourd’hui, notre cœur ; que nous cherchions tous les moyens de lui plaire, et de mettre toute notre vie et toutes nos affections en harmonie avec ses volontés. Par là, nous mériterons de combattre son combat, sinon dans l’arène sanglante, du moins dans la lutte avec nos passions. Nous sommes les fils des Martyrs, et les Martyrs ont vaincu le monde, comme l’Enfant de Bethléem ; que le monde ne remporte donc plus la victoire sur nous. Obtenez pour notre cœur cette charité fraternelle qui pardonne tout, qui prie pour les ennemis, qui obtient la conversion des âmes les plus rebelles. Veillez sur nous, Martyr de Dieu, à l’heure de notre trépas ; assistez-nous quand notre vie sera au moment de s’éteindre ; montrez-nous alors ce Jésus que vous nous avez fait voir Enfant ; montrez-le-nous glorieux, triomphant, et surtout miséricordieux, tenant en ses mains divines la couronne qui nous est destinée ; et que nos dernières paroles, à cette heure suprême, soient les vôtres : Seigneur Jésus, recevez mon esprit.

 

    III JANVIER. L’OCTAVE DE SAINT JEAN, APÔTRE ET ÉVANGÉLISTE.

 

    Octave de saint Jean achève aujourd’hui son cours : nous avons un dernier tribut d’hommages à rendre au Disciple bien-aimé. Le Cycle sacré nous ramènera encore sa glorieuse mémoire, au six du mois de Mai, lorsque, parmi les joies de la Résurrection de son Maître, nous célébrerons sa courageuse Confession dans Rome, au milieu des feux de la Porte Latine ; aujourd’hui, acquittons notre reconnaissance envers lui pour les faveurs qu’il nous a obtenues de la miséricorde du divin Enfant, en repassant encore quelques-unes des faveurs qu’il a reçues de l’Emmanuel.

    L’Apostolat de Jean fut fécond en œuvres de salut pour les peuples vers lesquels il fut envoyé. La nation des Parthes reçut de lui l’Évangile, et il fonda la plupart des Églises de l’Asie-Mineure : entre lesquelles sept ont été choisies avec leurs Anges par le Christ lui-même dans la divine Apocalypse, pour figurer les diverses classes de pasteurs, et peut-être, comme plusieurs l’ont pensé, les sept âges de l’Église elle-même. Nous ne devons pas oublier que ces Églises de l’Asie-Mineure, encore toutes remplies de la doctrine de saint Jean, députèrent des Apôtres dans les Gaules, et que l’illustre Église de Lyon est une des conquêtes de cette pacifique expédition. Bientôt, dans ce saint Temps de Noël lui-même, nous honorerons l’héroïque Polycarpe, l’Ange de Smyrne, disciple de saint Jean, et dont fut disciple lui-même saint Pothin, qui fut le premier évêque de Lyon.

    Mais les travaux apostoliques de saint Jean ne le détournèrent pas des soins que sa tendresse filiale et la confiance du Sauveur lui imposaient à l’égard de la très pure Marie. Aussi longtemps que le Christ la jugea nécessaire à l’affermissement de son Église, Jean eut l’insigne faveur de jouir de sa société, de pouvoir l’environner des marques de sa tendresse, jusqu’à ce que, après avoir habité Éphèse avec lui, elle retourna dans sa compagnie à Jérusalem, d’où elle s’éleva du désert de ce monde jusqu’au ciel, comme chante l’Église, semblable à un léger nuage de myrrhe et d’encens. Jean eut encore à survivre à cette seconde séparation, et attendit, dans les labeurs de l’apostolat, le jour où il lui serait donné à lui-même de monter vers cette région fortunée où son divin Ami et son incomparable Mère l’attendaient.

    Les Apôtres, ces vives lumières établies sur le chandelier parla main du Christ lui-même, s’éteignaient successivement par la mort du martyre ; et lui, restait seul debout dans l’Église de Dieu. Ses cheveux blancs, comme nous l’apprennent les anciens, étaient ceints d’une lame d’or pour marquer sa qualité de Pontife ; les Églises recueillaient les paroles de sa bouche inspirée comme la règle de leur foi ; et sa prophétie de Pathmos montrait que les secrets de l’avenir de l’Église étaient dévoilés à ses yeux. Au milieu de tant de gloire, Jean était humble et simple comme l’Enfant de Bethléem, et l’on se sent attendri par ces antiques récits qui nous le montrent pressant dans ses mains sacrées un oiseau qu’il caressait avec tendresse.

    Ce vieillard qui, dans ses jeunes années, avait reposé sur la poitrine de Celui dont les délices sont d’être avec les enfants des hommes ; lui, le seul des Apôtres qui l’avait suivi jusqu’à la Croix, et qui avait vu ouvrir parla lance ce Cœur qui a tant aimé le monde, se plaisait surtout à parler de la charité fraternelle. Sa miséricorde pour les pécheurs était digne de l’ami du Rédempteur, et l’on connaît cette poursuite évangélique qu’il entreprit contre un jeune homme dont il avait aimé l’âme d’un amour de père, et qui s’était livré, pendant l’absence du saint Apôtre, à tous les désordres. Malgré son grand âge, Jean l’atteignit dans les montagnes, et le ramena pénitent au bercail. Mais cet homme si merveilleux dans la charité, était inflexible contre l’hérésie qui anéantit la charité dans sa source, en ruinant la foi. C’est de lui que l’Église a reçu sa maxime de fuir l’hérétique comme la peste : Ne lui donnez pas même le salut, dit cet ami du Christ dans sa seconde Épître ; car celui qui le salue communique à ses œuvres de malice. Un jour, étant entré dans un bain public, il sut que l’hérésiarque Cérinthe s’y trouvait avec lui, et il en sortit à l’instant comme d’un lieu maudit. Aussi les disciples de Cérinthe tentèrent-ils de l’empoisonner dans une coupe dont il se servait ; mais le saint Apôtre ayant fait le signe de la croix sur le breuvage, il en sortit un serpent qui témoigna de la malice des sectaires et de la sainteté du disciple du Christ. Cette fermeté apostolique dans la garde du dépôt de la foi le rendit la terreur des hérétiques de l’Asie, et, par là, il justifia ce nom prophétique de Fils du Tonnerre que le Sauveur lui avait donné, ainsi qu’à son frère Jacques le Majeur, l’Apôtre du royaume Catholique.

    En mémoire du miracle que nous venons de rapporter, la tradition des arts catholiques a donné pour emblème à saint Jean un calice duquel sort un serpent ; et, dans plusieurs provinces de la chrétienté, en Allemagne principalement, le jour de la fête de cet Apôtre, on bénit solennellement du vin avec une prière qui rappelle cet événement. On a aussi, dans ces contrées, l’usage de boire, à la fin du repas, un dernier coup qu’on appelle le coup de saint Jean, comme pour mettre sous sa protection la réfection qu’on vient de prendre.

    La place nous manque pour raconter en détail diverses traditions sur notre Apôtre, auxquelles il est fait allusion dans plusieurs des pièces liturgiques du moyen âge que nous avons citées : on peut les voir dans les légendaires ; nous nous bornerons à dire ici quelque chose au sujet de sa mort.

    Le passage de l’Évangile qu’on lit à la Messe de saint Jean a été souvent interprété dans ce sens que le Disciple bien-aimé ne devait pas mourir ; cependant il faut bien reconnaître que le texte s’explique sans recourir à cette interprétation. L’Église Grecque, comme nous l’avons vu dans ses Offices, professe la croyance au privilège de l’exemption de la mort accordé à saint Jean ; et ce sentiment de plusieurs anciens Pères est reproduit dans quelques-unes des Séquences ou Hymnes des Églises d’Occident que nous avons données, ou que nous avons cru devoir promettre. L’Église Romaine semblerait y incliner dans le choix des paroles de l’une des Antiennes des Laudes de la Fête ; cependant on doit reconnaître qu’elle n’a jamais favorisé ce sentiment, bien qu’elle n’ait pas cru devoir l’improuver. D’un autre côté, le tombeau du saint Apôtre a existé à Éphèse ; les monuments de la tradition en font mention, et aussi des prodiges d’une manne miraculeuse qu’on en a retirée pendant plusieurs siècles.

    Il est surprenant toutefois que le corps de saint Jean n’ait été l’objet d’aucune translation ; aucune Église ne s’est jamais vantée de le posséder ; et quant aux reliques particulières de cet Apôtre, elles sont en très petit nombre dans l’Église, et leur nature est demeurée toujours assez vague. A Rome, lorsqu’on demande des reliques de saint Jean, on n’en obtient jamais que de son sépulcre. Il est impossible, après tous ces faits, de ne pas reconnaître quelque chose de mystérieux dans la disparition totale du corps d’un personnage si cher à toute l’Église, tandis que les corps de tous ses autres collègues dans l’Apostolat ont une histoire plus ou moins suivie, et que tant d’Églises se les disputent, par parties ou en entier. Le Sauveur a-t-il voulu glorifier, avant le jour du jugement, le corps de son ami ? L’a-t-il soustrait à tous les regards, comme celui de Moïse, dans les desseins impénétrables de sa sagesse ? Ces questions ne seront probablement jamais résolues sur la terre ; mais on ne saurait s’empêcher de reconnaître, avec tant de saints docteurs, dans le mystère dont le Seigneur s’est plu à environner le corps virginal de saint Jean, comme un nouveau signe de l’admirable chasteté de ce grand Apôtre.

    Réunissons encore une fois à sa louange les voix mélodieuses des diverses Églises dans les chants de la Liturgie. Nous commencerons par extraire quelques Répons de son Office, au Bréviaire de la sainte Église Romaine.

 

R. Iste est Johannes qui supra pectus Domini in coena recubuit : * Beatus Apostolus, cui revelata coelestia.

V. Fluenta Evangelii de ipso sacro Dominici pectoris fonte potavit. * Beatus.

R. Diligebat autem eum Jesus quoniam specialis praerogativo castitatis ampliori dilectione

fecerat dignum : * Quia virgo electus ab ipso, virgo in aevum
permansit.

R. V. In cruce denique moriturus, huic matrem suam virginem virgini commendavit. * Quia.

In ilium diem suscipiam te servum meum, et ponam te sicut signaculum in conspectu meo : * Quoniam ego elegi te, dicit Dominos.

V. Esto fidelis osque ad mortem, et dabo tibi coronam vitae. * Quoniam

 

    R/. Celui-ci est Jean qui se reposa sur la poitrine du Seigneur, pendant la Cène : * Heureux Apôtre à qui furent révélés les secrets célestes !

    V/. Il a puisé les eaux vives de l’Évangile à la source sacrée du Cœur du Seigneur. * Heureux Apôtre.

    R/. Jésus l’aimait ; carie privilège spécial de la chasteté l’avait rendu digne d’un plus grand amour : * Élu vierge par le Christ, il demeura toujours vierge.

    V/. Enfin Jésus, mourant sur la croix, recommanda sa Mère vierge à ce disciple vierge. * Élu vierge.

    R/. En ce jour, je te prendrai pour mon serviteur, et je te placerai comme un sceau sur mon cœur : * Car je t’ai élu, dit le Seigneur.

    V/. Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. * Car je t’ai élu.

 

    Le Bréviaire Mozarabe contient cette belle prière, en l’Office de saint Jean l’Évangéliste :

    CAPITULE.

Ineffabilia sunt, Domine, fluenta uteri mi, quibus proe coeteris dilectus ille a te discipulus, recubans in sinu tuo, satiari promeruit : quaesumus ergo, ut, mortificatis membris nostris, tuis semper mereamur inhaerere vestigiis : ut intercessu hujus sancti Johannis, ita nos ignis amoris tui concremet, et absumat, qualiter beneplacitum nos tibi in toto holocaustum efficiat.

 

    Les sources vives de votre cœur, Seigneur, sont ineffables, ces sources auxquelles votre bien-aimé disciple, appuyé sur votre sein, a mérité de se désaltérer ; accordez-nous donc de nous attacher étroitement à vos traces, par la mortification de nos sens, et faites, par l’intercession de saint Jean, que le feu de votre amour nous brûle et nous consume, jusqu’à nous rendre un holocauste complet et agréable à vos yeux.

    Nous emprunterons aussi la prière suivante au Missel de la même Église Gothique d’Espagne :

    ORATIO

Vide, vide, Deus, quibus gravati delictis obruimur ; qualiterque nobis ipsi quotidie efficimur causa veneni et poena supplicii, dum cum quotidiano carnis nostrae veneno polluimur, et de reparatione melioris vit nullo modo cogitamus. Sed quia certum est quod hoc videas, qui semper es clemens ; et ideo per confessionem nos ad te redituros exspectas: ideo suggerimus, ut Apostolo tuo Johanne intercedente ; qui invocato Nomine tuo lethale ebibens virus, non solum ipse evasit, sed etiam alios ex eodem exstinctos poculo suscitavit ; procul a nobis efficias et incentivam carnis nostrae libidinem, et virus persuasionis hostis antiqui, ut fide te colentes, sicut Johannem Apostolum non nocuit oblatum venenum, ita nos non noceat latentium vitiorum virus occultum.

 

    Voyez, voyez, ô Dieu ! les péchés qui nous accablent, et comment, tous les jours, nos œuvres produisent en nous un poison, et nous méritent des supplices, souillés que nous sommes par le venin journalier de notre chair, sans songer à réparer nos forces par l’amendement d’une vie meilleure. O vous qui êtes toujours clément ! vous voyez ces choses, et vous attendez que nous revenions à vous par une humble confession ; c’est pourquoi nous implorons l’intercession de Jean votre Apôtre, qui, ayant bu un poison mortel, non seulement en fut délivré par l’invocation de votre Nom,mais encore ressuscita ceux que ce breuvage avait fait périr. Éloignez de nous la licence enflammée de notre chair, et le venin des suggestions de l’ancien ennemi, afin que, nous qui vous honorons dans la foi, soyons délivrés du poison secret de nos vices, comme l’Apôtre Jean demeura intact du venin qu’on lui avait présenté.

 

    Voici encore quelques strophes tirées des Menées des Grecs, en l’honneur de l’Apôtre :

 

    EN LA FÊTE DE SAINT JEAN LE THÉOLOGIEN. ( XXVI Septembris.)

 

MARIS abyssum derelinquens, crucis calamo omnes sapienter fidei piscatus es gentes, velut pisces ; nam, ut dixit tibi Christus, apparuisti piscator hominum, carpens eos ad pietatem ; ideo sparsisti Verbi gnosim ; Pathmos et Ephesum sermonibus cepisti tuis, theologe Apostole ; deprecare Christum Deum ut det lapsuum remissionem celebrantibus cum amore tuam sanctam commemorationem.

Lingua tua facta est calamus scriptoris Spiritus Sancti, deifice demonstrans venerabile et divinum Evangelium.

Magnae divinaeque tum theologiae faces totam, gloriose, illuminarunt terram luce trisolari splendentem.

Vere fuit tamquam calamus velociter scribentis, tua lingua theodica, veram pulchre scribens gnosim et legem novissimam in tabulis, theologe, cordium nostrorum.

Coelorum scire celsitudines, marisque explorare abyssos temerarium et intentabile ; astra autem numerare vel littoralem arenam par est. Sic de theologo dici non potest quot ipsum coronis quem amabat coronavit Christus, supra cujus pectus recubuit, et in mystica coena eum lautissime refecit sicut theologum et Christi amicum.

Terrestrem petisti apud Christum sedem habere ; at ille tibi pectus suum donat, o vocate theologe ; tranquilla et permanente sede pulchritudinis ditatus es, Apostolorum gloria.

Virginitatis florem, venerandarum virtutum electum habitaculum, Sapientiae instrumentum. templum Spiritus, os Ecclesiae igniferum, charitatis manifestissimum oculum, venerandissimum Johannem, spiritualibus canticis nunc sursum celebremus tamquam Christi famulum.

Evangelista Johannes, par Angelo, virgo, a Deo docte, limpidissimum latus sanguine et aqua fluens praedicasti, per quem deducimur ad vitam aeternam animabus nostris.

 

    Abandonnant l’abîme de la mer, tu as pêche les nations comme des poissons, et, avec la ligne de la croix, tu les a toutes attirées sagement à la foi ; car, ainsi que te l’a dit le Christ, tu as été pêcheur d’hommes, les amenant à la piété : c’est pourquoi tu as répandu la connaissance du Verbe. Tu as péché Pathmos et Éphèse par tes discours, ô Apôtre théologue ; prie le Christ Dieu, pour qu’il accorde rémission de leurs péchés à ceux qui fêtent avec amour ta sainte mémoire.

    Ta langue, devenue la plume de l’écrivain de l’Esprit Saint, nous a divinement montré le vénérable et divin Évangile.

    Les feux rayonnants de ta grande et divine théologie, ô glorieux Apôtre, illuminèrent la terre resplendissante d’une triple lumière.

    Elle a été vraiment la plume rapide de l’écrivain, ta langue déifique qui a merveilleusement écrit la vraie gnose et la loi nouvelle sur les tables de nos cœurs, ô grand théologue !

    Scruter les hauteurs des cieux, sonder les abîmes de la mer, c’est chose téméraire et impossible, comme de nombrer les étoiles ou le sable de la mer ; ainsi il ne se peut dire du théologue de combien de couronnes l’a couronné le Christ qui l’aimait, et sur la poitrine duquel il a reposé ; qui l’a rassasié en la Cène mystique, comme le théologien par excellence et l’ami du Christ.

    Tu as demandé une place terrestre auprès du Christ ; mais lui t’a donné sa poitrine, ô illustre théologue ! Là tu as été gratifié d’une demeure de beauté, tranquille et permanente, ô toi la gloire des Apôtres !

    Exaltons en louanges spirituelles, comme le serviteur du Christ, celui qui est la fleur de la virginité, la demeure choisie des augustes vertus, l’instrument de la Sagesse, lé temple de l’Esprit Saint, la bouche ardente de l’Église, l’œil clairvoyant de la charité, le très vénérable Jean.

    Évangéliste Jean, semblable à un Ange, vierge, instruit par Dieu même, c’est toi qui nous as révélé le côté du Christ, source limpide d’où découlent le sang et l’eau ; et ainsi tu as conduit nos âmes à la vie éternelle.

 

    Le moyen âge des Églises Latines a été fécond sur la louange de saint Jean, et nous a laissé de nombreuses Séquences en son honneur. Nous en donnerons deux seulement, en commençant par celle d’Adam de Saint-Victor, que nous choisissons comme la plus belle des quatre que le grand lyrique du moyen âge nous a laissées.

    SEQUENCE.

Gratulemur ad festivum, Jocundemur ad votivum Johannis praeconium.

Sic versetur laus in ore, Ne fraudetur cor sapore Quo degustet gaudium.

Hic est Christi praedilectus, Qui reclinans supra pectus, Hausit sapientiam.

Huic in cruce commendavit Matrem Christus ; hic servavit Virgo vini nesciam.

Intus ardens charitate, Foris lucens honestate, Signis et eloquio,

Ut ab aestu criminali, Sic immunis a poenali, Prodiit ex dolio.

Vim veneni superavit, Morti, morbis imperavit, Nec non et daemonibus.

Sed vir tantae potestatis, Non minoris pietatis Erat tribulantibus.

Cum gemmarum partes fractas Solidasset, has distractas Tribuit pauperibus.

Inexhaustum fert thesaurum, Qui de virgis fecit aurum, Gemmas de lapidibus.

Invitatur ab amico Convivari ; Christum dico Visum cum discipulis.

De sepulcro quo descendit Redivivus sic ascendit, Frui summis epulis

Testem habes populum Immo, si vis, oculum, Quod ad ejus tumulum Manna scatet, epulum De Christi convivio.

Scribens Evangelium, Aquilae fert proprium, Cernens solis radium, Scilicet Principium Verbum in Principio.

Hujus signis est conversa Gens gentilis, gens perversa, Gens totius Asiae.

Hujus scriptis illustratur, Illustrata solidatur Unitas Ecclesiae

Salve, salvi vas pudoris, Vas coelestis plenum roris, Mundum intus, clarum foris, Nobile per omnia !

Fac nos sequi sanctitatem Fac per mentis puritatem, Contemplari Trinitatem, In una substantia. Amen.

 

    En la fête de Jean, livrons-nous à la joie ; entonnons avec allégresse un chant à sa gloire.

    Que notre bouche proclame ses louanges ; que notre cœur goûte la douceur des joies que Jean amène avec lui.

    Il est le disciple chéri du Christ ; reposant sur sa poitrine, il a puisé la sagesse.

    A lui le Christ sur la croix a recommandé sa Mère ; vierge, il a été le gardien de la plus pure des vierges.

    Au dedans, la charité brûle son cœur ; au dehors, il brille par la dignité de sa vie, par ses prodiges et son éloquence.

    Affranchi du joug de la concupiscence, il sort aussi victorieux de la chaudière de l’huile brûlante.

    Il a triomphé du poison, commandé en maître à la mort et aux maladies, et terrassé les démons.

    Doué d’un tel empire sur la nature, sa compassion pour les affligés ne fut pas moindre que son pouvoir.

    Il rétablit un jour des pierreries qu’on avait brisées, et les distribua aux pauvres.

    Il portait en lui-même un trésor inépuisable, lui qui transforma des branches d’arbres en or, des cailloux en diamants.

    Le Christ son ami, entouré de ses disciples, vient l’inviter au festin éternel.

    Il remonte vivant du sépulcre où il était descendu, pour s’asseoir à la table des cieux.

    Le peuple en rend témoignage ; tes yeux peuvent le constater ; une manne céleste remplit son tombeau : mets divin qui rappelle le festin du Christ.

    Comme Évangéliste, l’aigle est son symbole ; car il fixe le soleil, lorsqu’il contemple le Verbe Principe dans son Père Principe.

    Par ses prodiges, il a converti le peuple des Gentils, peuple pervers, la province entière de l’Asie.

    Par ses écrits, est éclairée et fortifiée l’Église qui est une.

    Salut, ô vase de chasteté, vase plein de la rosée céleste, pur au dedans, resplendissant au dehors, auguste en toutes choses !

    Fais-nous suivre la voie de la sainteté ; fais que, par la pureté de nos âmes, nous méritions de contempler un jour l’Unité dans la Trinité.

    Amen.

 

    Le beau Cantique qui suit est tiré des anciens Missels des Églises d’Allemagne :

    SÉQUENCE.

 

Verbum Dei, Deo natum, / Quod nec factum nec creatum / Venit de caelestibus,

Hoc vidit, hoc attrectavit, / Hoc de caelo reseravit / Iohannes hominibus.

Inter illos primitivos / Veros veri fontis rivos / Iohannes exsiliit

Toti mundo propinare / Nectar illud salutare. / Quod de throno prodiit.

Coelum transit, veri rotam / Solis videt ibi totam / Mentis figens aciem;  

Speculator spiritalis / Quasi Seraphim sub alis / Dei videt faciem.

Audiit, in giro sedis / Quid psallant cum citharoedis / Quater seni proceres:

De sigillo trinitatis / Nostrae nummo civitatis / Impressit characteres.

Iste custos virginis / Arcanum originis / Divinae mysterium / Scribens evangelium / Mundo demonstravit: /Cordis cui sacrarium / Christus suum lilium / Filio tonitrui / Sub amoris mutui / Pace commendavit.

Haurit virus hic letale, / Ubi corpus virginale / Virtus servat fidei;

Poena stupet, quod in poena / Sit Iohannes sine poena / Bullientis olei.

Hic naturis imperat, / Ut et saxa transferat / In decus gemmarum,

Quo iubente riguit, / Aurum fulvum induit / Virgula silvarum.

Hic infernum reserat, / Morti iubet, referat, / Quos venenum stravit:/ Obstruit, quod Ebion, / Cerinthus et Marcion / Perfide latravit.

Volat avis sine meta, / Quo nec vates nec propheta / Evolavit altius;

Tam implenda quam impleta / Nunquam vidit tot secreta / Purus homo purius.

Sponsus rubra veste tectus / Visus, sed non intellectus, / Redit ad palatium,

Aquilam Ezechielis / Sponsae misit, quae de caelis, / Referre mysterium.

Dic, dilecte, de dilecto, / Qualis hic sit ex dilecto / Sponsus, sponsae nuntia;

Dic, quis cibus angelorum, / Quae sint festa supernorum / De sponsi  praesentia.

Veri panem intellectus, / Cenam Christi supra pectus / Sumptam nobis resera,

Ut cantemus de patrono / Coram agno, coram throno / Laudes super aethera.

 
 

    Le Verbe de Dieu, né de Dieu, ni fait, ni créé, est venu du ciel : Jean l’a vu, il l’a touché, il l’a dévoilé jusque dans le ciel.

    Entre ces sources primitives, vrais ruisseaux de la fontaine de vérité, il a jailli ; il a versé au monde entier ce nectar salutaire qui coule du trône de Dieu.

    Il franchit le ciel, il contemple le disque du vrai soleil ; il y fixe toute l’ardeur du regard de son âme ; contemplateur spirituel, comme le Séraphin sous ses ailes, il voit la face de Dieu.

    Il a entendu autour du trône ce que les vingt-quatre vieillards chantent sur leurs harpes ; il a empreint du sceau de la Trinité l’or de notre cité terrestre.

    Gardien de la Vierge, en écrivant son Évangile, il a fait connaître au monde le mystère secret de la divine naissance. Après l’avoir fait reposer sur le sanctuaire de son cœur, le Christ lui recommande, à lui fils du tonnerre, Marie, son lis sans tache, avec la confiance du mutuel amour qui les unissait.

    On lui fait boire un poison mortel ; mais la vertu de la foi préserve son corps virginal ; le supplice même s’étonne que Jean sorte sans atteinte de l’épreuve de l’huile brûlante.

    Il commande à la nature : il change les pierres en joyaux précieux ; par ses ordres le rameau de la forêt se durcit et devient or.

    Il ouvre les enfers, il commande à la mort de rendre ceux que le poison avait fait périr : il confond d’Ebion, de Cérinthe, de Marcion, les perfides aboiements.

    Aigle, il vole sans limite, plus haut que jamais ne volèrent ni poète, ni prophète ; jamais homme ne vit avec tant de clarté le mystère des choses accomplies, le secret des choses à venir.

    L’époux, couvert de la robe de pourpre, vu par les hommes, mais non compris, remonte au ciel, son palais ; il envoie à l’Épouse l’aigle d’Ézéchiel, pour lui apprendre le mystère des cieux.

    O bien-aimé ! parle de ton bien-aimé ! Dis à l’Épouse quel est l’Époux : dis quelle est la nourriture des Anges, quelles sont les tètes des habitants des cieux, en la présence de l’Époux.

    Révèle le pain qui nous initie à la vérité, cette Cène du Christ que tu goûtas sur la poitrine du Christ : afin que devant l’Agneau, devant son trône, nous chantions par delà les cieux tes louanges, en retour de ta protection.

 

    Nous vous saluons aujourd’hui, le cœur plein de reconnaissance, ô bienheureux Jean ! qui nous avez assistés avec une si tendre charité dans la célébration des mystères de la Nativité de votre divin Roi. En relevant vos ineffables prérogatives, nous rendons gloire à Celui qui vous en a décoré. Soyez donc béni, ô vous l’ami de Jésus, le Fils de la Vierge ! Mais avant de nous quitter, recevez encore nos prières.

    Apôtre de la charité fraternelle, obtenez que nos cœurs se fondent tous dans une sainte union ; que les divisions cessent ; que la simplicité de la colombe, dont vous avez été un exemple si touchant, renaisse au cœur du chrétien de nos jours. Que la foi, sans laquelle la charité ne saurait exister, se maintienne pure dans nos Églises ; que le serpent de l’hérésie soit écrasé, et que ses affreux breuvages ne soient plus présentés aux lèvres d’un peuple complice ou indifférent ; que l’attachement à la doctrine de l’Église soit ferme et énergique dans les cœurs catholiques ; que les mélanges profanes, la lâche tolérance des erreurs ne viennent plus affadir les mœurs religieuses de nos pères ; que les enfants de lumière se tranchent d’avec les enfants de ténèbres.

    Souvenez-vous, ô saint Prophète, de la sublime vision dans laquelle vous fut révélé l’état des Églises de l’Asie-Mineure : obtenez pour les Anges qui gouvernent les nôtres cette fidélité inviolable qui mérite seule la couronne et la victoire. Priez aussi pour les contrées que vous avez évangélisées, et qui méritèrent de perdre la foi. Assez longtemps elles ont souffert l’esclavage et la dégradation ; il est temps qu’elles se régénèrent par Jésus-Christ et son Église Du haut du ciel, envoyez la paix à votre Église d’Éphèse, et à ses sœurs de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée ; qu’elles se réveillent de leur sommeil ; qu’elles sortent de leurs tombeaux ; que l’Islamisme achève promptement ses tristes destinées ; que le schisme et l’hérésie qui dégradent l’Orient s’éteignent, et que tout le troupeau se réunisse dans l’unique bercail. Protégez la sainte Église Romaine qui fut témoin de votre glorieuse Confession, et l’a enregistrée parmi ses plus beaux titres de gloire, à la suite de celles de Pierre et de Paul. Qu’elle reçoive, de nos jours où la moisson blanchit de toutes parts, une nouvelle effusion de lumière et de charité. Enfin, ô Disciple bien-aimé du Sauveur des hommes, obtenez que nous soyons admis, au dernier jour, à contempler la gloire de votre corps virginal ; et après nous avoir présentés sur cette terre à Jésus et à Marie, en Bethléem, présentez-nous alors à Jésus et à Marie, dans les splendeurs de l’éternité.

 

    III JANVIER. SAINTE GENEVIEVE, VIERGE, PATRONNE DE PARIS.

 

    Le Martyrologe de l’Église Romaine nous présente aujourd’hui le nom d’une sainte vierge dont la mémoire est trop chère à l’Église de Paris, et à toutes celles de la France entière, pour qu’il nous soit possible de passer sous silence ses glorieux mérites. Dans la compagnie des Martyrs et du Confesseur et Pontife Silvestre, la vierge Geneviève brille d’un doux éclat à côte de la veuve Anastasie. Elle garde avec amour le berceau de l’Enfant divin dont elle imita la simplicité, et dont elle a mérité d’être l’Épouse. Au milieu des mystères de l’enfantement virginal, il est juste de rendre de solennels honneurs aux Vierges fidèles qui sont venues après Marie. S’il nous était possible d’épuiser les Fastes de la sainte Église, quelle magnifique pléiade d’Épouses du Christ n’aurions-nous pas à glorifier, dans ces quarante jours de la Naissance de l’Emmanuel !

    Déjà nous avons nommé la grande Martyre Eugénie ; nous aimerions à célébrer Colombe de Sens , Euphrosyne d’Alexandrie, Émilienne de Rome, Macra de Reims, Synclétique d’Alexandrie, Véronique de Binasco, Brigitte d’Écosse, Viridiana de Vallombreuse, et tant d’autres ; mais les bornes de notre plan nous contraignent à ne dépasser que rarement les limites tracées par le     Cycle lui-même. Toutefois , empruntant les belles paroles de saint Augustin dans son VIII° Sermon pour la fête de Noël, nous dirons à toutes ces amantes du Dieu nouveau-né : « Saintes Vierges, qui avez méprisé les noces terrestres, célébrez avec allégresse l’enfantement de la Vierge. Celui qui vient combler vos désirs n’a point enlevé à sa Mère cette pureté que vous aimez. Il a guéri en vous la blessure que vous aviez contractée par Ève : il ne pouvait altérer ce qui vous plaît en Marie. Mais ce Fils que vous n’avez pu, comme elle, enfanter selon la chair, vous l’avez senti votre Époux dans votre cœur. Vous n’avez pas été stériles ; car la pureté de la chair est le principe de la fécondité de l’âme. »

    Geneviève a été célèbre dans le monde entier. Elle vivait encore en cette chair mortelle, que déjà l’Orient connaissait son nom et ses vertus ; du haut de sa colonne, le stylite Siméon la saluait comme sa sœur dans la perfection du Christianisme. La capitale de la France lui est confiée ; une simple bergère protège les destinées de Paris, comme un pauvre laboureur, saint Isidore, veille sur la capitale des Espagnes.

    L’élection que le Christ avait daigné faire de la jeune fille de Nanterre pour son Épouse, fut déclarée par l’un des plus grands évêques de la Gaule au V° siècle. Saint Germain d’Auxerre se rendait dans la Grande-Bretagne où le Pape saint Boniface Ier l’envoyait pour combattre l’hérésie pélagienne. Accompagné de saint Loup, évoque de Troyes, qui devait partager sa mission, il s’arrêta au village de Nanterre ; et comme les deux prélats se dirigeaient vers l’église où ils voulaient prier pour le succès de leur voyage, le peuple fidèle les entourait avec une pieuse curiosité. Éclairé d’une lumière divine, Germain discerna dans la foule une petite fille de sept ans, et il fut averti intérieurement que le Seigneur se l’était choisie. Il demanda aux assistants le nom de cette enfant, et pria qu’on l’amenât en sa présence. On fit donc approcher les parents, le père nommé Sévère et la mère appelée Geruntia. L’un et l’autre furent attendris à la vue des caresses dont le saint évêque comblait leur fille. — « Cette enfant est à vous ? » leur dit Germain. — « Oui, seigneur, » répondirent-ils. — « Heureux parents d’une telle fille ! » reprit l’évoque. « A la naissance de cette enfant, sachez-le, les Anges ont fait grande fête dans le ciel. Cette fille sera grande devant le Seigneur ; et, par la sainteté de sa vie, elle arrachera beaucoup d’âmes au joug du péché. » Puis, se tournant vers l’enfant : « Geneviève, ma fille ? » lui dit-il. — « Père saint, » répondit-elle, votre servante écoute. » Alors, Germain : Parle-moi sans crainte : voudrais-tu être consacrée au Christ dans une pureté sans tache, comme son Épouse ? — « Béni soyez-vous, mon Père ! » s’écria l’enfant ; « ce que vous me demandez est le plus cher désir de mon cœur. C’est tout ce que je veux ; daignez prier le Seigneur qu’il me l’accorde. » — « Aie confiance, ma fille, » reprit Germain ; « sois ferme dans ta résolution ; que tes œuvres soient d’accord avec ta foi, et le Seigneur ajoutera sa force à ta beauté. »

    Les deux évêques accompagnés du peuple entrèrent dans l’église, et l’on chanta l’Office de None, qui fut suivi des Vêpres. Germain avait fait amener Geneviève auprès de lui, et durant toute la psalmodie il tint ses mains imposées sur la tête de l’enfant. Le lendemain, au lever du jour, avant de se mettre en route, il se fit amener Geneviève par son père. « Salut, Geneviève, ma fille ! » lui dit-il ; « te souviens-tu de la promesse d’hier ? » — « O Père saint ! » reprit l’enfant, « je me souviens de ce que j’ai promis à vous et à Dieu ; « mon désir est de garder à jamais, avec le secours céleste, la pureté de mon âme et de mon « corps. » A ce moment, Germain aperçut à terre une médaille de cuivre marquée de l’image de la Croix. Il la releva, et, la présentant à Geneviève, il lui dit : « Perce-la, mets-la à ton cou, et garde- la en souvenir de moi. Ne porte jamais ni collier, ni bague d’or ou d’argent, ni pierre précieuse ; car si l’attrait des beautés terrestres venait à dominer ton cœur, tu perdrais bientôt ta parure céleste qui doit être éternelle. » Après ces paroles, Germain dit à l’enfant de penser souvent à lui dans le Christ, et l’ayant recommandée à Sévère comme un dépôt deux fois précieux, il se mit en route pour la Grande-Bretagne avec son pieux compagnon.

    Nous nous sommes complu à retracer cette gracieuse scène, telle qu’elle est racontée dans les Actes des Saints, dans le but de montrer la puissance de l’Enfant de Bethléem, qui agit avec tant de liberté dans le choix des âmes qu’il a résolu de s’attacher par un lien plus étroit. Il s’y conduit en maître, rien ne lui fait obstacle, et son action n’est pas moins visible en ce siècle de décadence et d’attiédissement qu’aux jours de saint Germain et de sainte Geneviève. Quelques-uns, hélas ! s’en irritent ; d’autres s’étonnent ; la plupart ne réfléchissent pas : les uns et les autres sont cependant en face d’un des signes les plus frappants de la divinité de l’Église.

    

    Nous donnerons ici la Légende que le Bréviaire de Paris de 1680 a consacrée à sainte Geneviève, et qui a été conservée dans les éditions suivantes.

Genoveva, Nemptoduri in agro Parisiensi, Severo et Geruntia parentibus nata, inaudito virtutis splendore a teneris annis claruit. Germanis Autissiodorensis in Britanniam transiturus cum Lupo Trecensi, ut pelangianae haeresis reliquias profligaret, conjectis in eam oculis, Deo caram et vitae sanctitate, illustrem fore praedixit. Ad ea cum postulasset num virginitatem Deo consecrare vellet , Genovefa, vultu ad modestiam composito, statim respondit id unum se vehementer optare. Germanus itaque Ecclesiam frequenti populo ingressus, pullae manus imposuit, et inter crebros psalmorum concentus , prolixasque orationes, virginem consecravit. Postridie sciscitanti an voti iam emissi memor esset, memorem vero se, et in eo propositio permansuram. Deo operante, asseveravit. Ille nummum aerum signo crucis insignitum nec sine Dei nutu humi conspicatus, collegit, virgini dedit, praeceptique ut collo appensum gestaret, nec ullis deinceps monilibus, quae sponsae Christi non conveniunt, ornari se pateretur.  

Miraculorum dono et multitudine excelluit, maxime circa energumenos, quos oleo consecratio inungens a daemonum tyrannide liberabat. Plurima prophetico spiritu edixit atque imprimis, accendente Attila, Hunnorum Rege, cives Parisienses, adhortata est ne, relictis sedibus, fortunas suas alio transferrent, urbem pollicita, subversis aliis munitionibus, perstituram. Rei veritatem probavit eventus, idque Genovefae patrocinio datum. Grassante deinde fame, et in maxima annonae caritate urbem magna frumenti copia, et pauperes innumeros erogatis panibus sustentavit. Neque tamen tot editis miraculis effugere potuit, quin malevolorum odio et contumeliis premeretur. Germanus, in Britanniam, iterum profecturus, eam adiit, et variis impetitam, calumniis divino eloquio consolatus est; habitaque gravi ad populum oratione, quanti esset apud Deum meriti exposuit, et locum, in quo preces illa fundebat, lacrymis eius madefactum ostendit.  

Ab anno aetatis  decimo quinto ad usque quinquagesimum, Dominica tantum die et quinta feria ieiunium solvit, sumpto pane hordeaceo, at modica pulmento, quod ante quindecim dies coctum, ut minus sapidum esset, frigida, temperabat aqua. Post id tempus, suadentibus Episcopis quibus non obtemperare nefas puntabat, pisciculis et lacte usa est. Neque vero intra Galliae limites tanta virtus contineri potuit. Simeon ille Stylites, audita tot miraculorum fama, eius se precibus voluit commendatum. Admirandis denique virtutibus, ut scribit Beda, late claruit, et in Christe servitute ad octoginta et novem annos consenuit. De qua haec etiam Gregorius Turonensis: Sancta Genovefa, quae in corpore posita, tanta virtute praevaluit ut motuum suscitaverit, Lutetiae in Basilica sanctorum Apostolorum Petri et Pauli sepulta est, ad cuius tumulum saepius petitiones datae suffragium obtinent, sed et frigoriticorum febres eius virtute saepissime restringuntur.

 

    Geneviève, née à Nanterre, au territoire de Paris, fille de Sévère et de Géruntia, fit briller dès ses plus tendres années l’éclat d’une rare vertu. L’évêque Germain d’Auxerre, allant en Bretagne avec Loup de Troyes, pour extirper les restes de l’hérésie Pélagienne, ayant aperçu Geneviève, reconnut et prophétisa qu’elle serait agréable à Dieu et illustre par la sainteté de sa vie. Lui ayant demandé si elle voulait consacrer à Dieu sa virginité, Geneviève répondit avec un visage plein de modestie qu’elle le désirait vivement et uniquement. Germain entrant donc dans l’Église, avec un nombreux cortège de peuple, imposa les mains à la jeune fille et la consacra vierge, au milieu du chant des psaumes et des plus solennelles oraisons. Le lendemain, lui ayant demandé si elle se souvenait encore du vœu qu’elle avait fait, elle l’assura qu’elle s’en souvenait, et qu’avec l’aide de Dieu elle persévérerait dans son propos. Alors, l’évêque aperçut à ses pieds, non sans une volonté de Dieu, une pièce de cuivre marquée d’une croix ; il la ramassa, la donna à la vierge, et lui ordonna de la porter à son cou, et de ne plus désormais souffrir la parure d’un collier qui ne sied point à une Épouse du Christ.

    Elle excella par le don et l’abondance des miracles, surtout à l’égard des énergumènes qu’elle délivrait de la tyrannie des démons, en les oignant d’une huile bénite. Elle fit plusieurs prophéties, entre autres à l’approche d’Attila, roi des Huns. Elle exhorta les habitants de Paris à ne point abandonner leurs foyers, et à ne pas transporter ailleurs leurs biens, promettant que la ville tiendrait debout, tandis que d’autres cités plus fortes étaient renversées. L’événement prouva la vérité de la promesse ; et on l’attribua à la protection de Geneviève. Pendant une famine, et dans une grande cherté de vivres, elle fournit à la ville une grande quantité de blé, et distribua des pains à d’innombrables pauvres . Toutefois, malgré tant de miracles, elle ne put échapper à la haine et aux insultes des malveillants. Germain, se rendant une seconde fois en Bretagne, l’alla trouver, et par ses divines paroles la consola de toutes ces calomnies ; puis, adressant au peuple une grave remontrance , il fit voir le grand mérite de Geneviève devant Dieu, et montra le lieu où elle répandait ses prières, tout arrosé de ses larmes.

    De la quinzième à la cinquantième année de son âge, elle ne rompit le jeûne que le dimanche et le jeudi, par un peu de pain d’orge et quelques mets cuits quinze jours à l’avance, afin qu’ils fussent moins succulents : sans autre breuvage que l’eau fraîche. Après ce temps, à la persuasion des Evoques, auxquels elle eût jugé un grand crime de ne pas obéir, elle usa de petits poissons et de lait. Une si grande vertu ne put être longtemps sans franchir les limites de la Gaule. Siméon le Stylite, ayant ouï le bruit de ses miracles, voulut se recommander à ses prières. Enfin ses admirables vertus, comme l’écrit Bède, éclatèrent au loin, et elle vieillit dans le service du Christ jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans. Grégoire de Tours dit encore d’elle : « Sainte Geneviève qui, dans son corps mortel , fut si puissante qu’elle ressuscita un mort, fut ensevelie à Paris dans la basilique des saints Apôtres Pierre et Paul ; les prières faites à son tombeau obtiennent souvent d’être exaucées ; et surtout les fièvres les plus opiniâtres cèdent souvent à la vertu de son intercession ».

    

    Nous donnons ici un chœur de gracieuses Antiennes extraites des anciens livres d’Offices de l’Église de Paris. Ces chants antiques sont purs et naïfs comme la vie de l’humble et sainte bergère.

Virgo Genovefa, cum adhuc junior esset, nihil tamen puerile gessit in opere, sed sola, fugiebat consortia hominum.

Separavit sibi eam Dominus a pueritia, et locutus est ad cor ejus.

Foris pascebat oves patris sui ; intus autem pascebatur a Domino.

Invenit sibi multam requiem in custodia gregis, eratque solitudo cordi s ejus quasi hortus voluptatis coram Deo.

Congratulamini mihi, omnes qui diligitis Dominum, quia cum essem parvula, placui Altissimo.

Ex quo sanctus Antistes dedit mihi coelestem calculum, delectata sum in solo Christo, sicut in

omnibus divitiis.

Servivi Domino i n simplicitate cordis, dum custodirem oves pascuae patris mei.

0 felix ancilla Dei, nos pondere pressos exonera, et fessos mortalibus exue culpis, aetheris ut

pateat, te supplice, janua nobis.

0 pia sponsa Dei, moestis aurora diei ; virgo Francigena, virgo dulcedine plena ; ad te clamantes audi , nec sperne rogantes.

Genovefa virgo clemens, te precantes adspice, tolle pondus culpae, prementes hostes et clades abige, aegrum
corpus et cor gemens salubriter refice.

O Genovefa , respice nos pietatis oculo ; consors lucis angelicae, coelesti clara titulo, Regis assistens vultui, nos Regi reconcilia : da nobis Sponso perfrui, sponsa Sponsique filia. 

 

    La vierge Geneviève, lorsqu’elle était encore jeune, ne fit cependant rien paraître de puéril dans ses actions ; mais, pour trouver la solitude, elle fuyait la compagnie des hommes.

    Le Seigneur la prit pour lui dès l’enfance, et il parla à son cœur.

    Au dehors, elle paissait les brebis de son père ; mais au dedans, le Seigneur était son pasteur.

    Elle trouva un grand repos dans la garde de son troupeau ; et la solitude de son cœur était comme un jardin de délices devant Dieu.

    Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur, de ce qu’étant petite, j’ai plu au Très-Haut.

    Depuis que le saint Pontife m’a donné une pierre céleste, je me suis délectée en Jésus-Christ seul, comme en la plénitude des richesses.

    J’ai servi le Seigneur dans la simplicité de mon cœur, lorsque je gardais les brebis du pâturage de mon père.

    O heureuse servante de Dieu ! déchargez-nous du poids qui nous accable, et dépouillez-nous de ces fautes mortelles qui nous fatiguent, afin que, par vos supplications, la porte du ciel nous soit ouverte.

    O miséricordieuse Épouse de Dieu ! qui êtes l’aurore du jour pour les cœurs tristes : vierge fille de France, vierge pleine de douceur, écoutez ceux qui crient vers vous, ne méprisez point leurs prières.

    Geneviève, vierge clémente, regardez ceux qui vous implorent, enlevez le fardeau de nos fautes, repoussez nos ennemis, rendez la santé à notre corps malade et à notre cœur gémissant.

    O Geneviève ! regardez-nous d’un œil de bonté ; vous qui participez à la lumière angélique, qui brillez d’un titre céleste, qui êtes en présence du souverain Roi, réconciliez-nous avec lui ; donnez-nous de jouir de votre Époux, vous qui êtes l’Épouse et la fille de l’Époux.

 

    Voici maintenant quelques Répons empruntés à la même Liturgie. Le premier est imité du beau Répons de Fulbert pour la Nativité de la sainte Vierge : Stirps Jesse, etc.

R. Flos sudans rorem descendit ad urbis honorem : * Et super hunc florem Deus inspiravit odorem. V. Virgo flos: ros, grata salus: odor, aura salutis. * Et super hunc florem Deus inspiravit odorem.

R. Angelus Domini descendit de coelo, et accedens ad sanctum Praesulem, dedit illi coelestem calculum, quem appendit ollo meo,dicens: Accipe hoc signum, filia carissima, et nullum unquam amatorem admitte nisi : * Dominum Jesum Christum. Vincenti dabo calculum candidum, et in calculo nomen novum scriptum, quod nemo novit, nisi qui diligit * Dominum

Jesum Christum.

R. Nova bella elegit Dominus ; mulier timens Dominum custodit civitatem : * Dumque una virgo proeliabatur, stellae adversus Attilam pugnaverunt. V. Per fidem unius, fortes facti sunt omnes in bello, et castra verterunt exterorum. * Dumque una virgo proeliabatur, stellae
adversus Attilam pugnaverunt.

R. Pauper haec virgo benedicetur a Domino : de panibus enim suis dedit pauperi : * Et mentis

ejus abundaverunt valles nostrae frumento. V. Gratias tibi agimus, Domine, quoniam per ancillam tuam campi nostri repleti sunt ubertate. * Et meritis ejus abundaverunt valles nostrae frumento.

R. Amplificata est Genovefa in mirabilibus suis: * Et adepta est gloriam in conversatione populi. V. Curavit gentem suam, et liberavit eam ab ignitis doloribus. * Et adepta est gloriam in conversatione populi.

R. Humilem et pauperem puellam exaltavit Dominus in Monte sancto, in medio Universitatis, ut confundat sapientiam mundi : * Et doceat omnes quia sapientia saeculi stultitia est ante Deum. R. Infirma mundi Deus elegit, ut confundat fortia. * Et doceat omnes quia sapientia saeculi stultitia est ante Deum.

 

    R/. Une fleur distillant la rosée est descendue pour la gloire de la cité ; * Et sur cette fleur, Dieu a inspiré un parfum. V/. La fleur, c’est la vierge ; la rosée, c’est l’heureuse guérison ; le parfum, c’est le souffle du salut. * Et sur cette fleur, Dieu a inspiré un parfum.

    R/. L’Ange du Seigneur est descendu du ciel, et s’approchant du saint Prélat, lui a donné une pierre céleste, qu’il a pendue à mon cou, disant : Reçois ce gage, ma très chère fille, et ne donne accès à nul amant, si ce n’est * Le Seigneur Jésus-Christ, V/. Je donnerai au vainqueur une pierre blanche, et sur cette pierre sera écrit un nom nouveau que nul ne connaît, sinon celui qui aime * Le Seigneur Jésus-Christ.

    R/. Le Seigneur a inventé de nouveaux combats ; une femme craignant Dieu garde la cité ; * Et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila, V/. Par la foi d’une seule, tous ont été rendus courageux dans la guerre, et ont renversé le camp des étrangers. * Et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila.

    R/. Cette vierge pauvre sera bénie du Seigneur ; car elle a donné de ses pains au pauvre. * Et, par ses mérites, nos vallées ont abondé en froment, V/. Grâces nous vous rendons, Seigneur, de ce que, par votre servante, nos campagnes ont été remplies de fertilité. * Et par ses mérites nos vallées ont abondé en froment.

    R/. Geneviève a été agrandie par l’éclat de ses merveilles ; * Et elle s’est acquis une grande gloire en vivant au milieu de son peuple. V/. Elle a guéri sa nation et l’a délivrée de douleurs enflammées. * Et elle s’est acquis une grande gloire en vivant au milieu de son peuple.

    R/. Le Seigneur a élevé la jeune fille humble et pauvre sur la Montagne sainte, au milieu de l’Université, pour confondre la sagesse du monde, * Et pour apprendre à tous que la sagesse du siècle est folie devant Dieu. V/. Dieu a choisi ce qu’il y a de faible dans le monde, pour confondre ce qui est fort. * Et pour apprendre à tous que la sagesse du siècle est folie devant Dieu.

 

    Il est juste de faire entendre ici la voix d’Adam de Saint-Victor, à qui appartient de droit l’honneur de chanter la noble vierge, patronne de l’Église de Paris, qui fut redevable à ce grand poète d’une si riche collection d’admirables Séquences.

    SÉQUENCE.

 

Genovefae solemnitas  Solemne parit gaudium;  Cordis erumpat puritas  In laudis sacrificium!
Felix ortus infantulae,  Teste Germano praesule: Quod praevidit in spiritu,  Rerum probatur exitu.

Hic ad pectus virgineum,  Pro pudoris signaculo,  Nummum suspendit aeneum,  Crucis insignem titulo.
Genovefam divinitus  Oblato dotat munere,  In templum Sancti Spiritus  Sub Christi dicans foedere.
Insontem manu feriens,  Mater privatur lumine;  Matri virgo compatiens  Lucis dat usum pristinae.
Genovefa magnanimis  Carnem frangit jejunio,  Terramque rigans lacrymis,  Jugi gaudet martyrio.
Coelesti duce praevio,  Coelos lustrat et tartara,  Civesque precum studio  Servat a gente barbara.
Divino diu munere  Sitim levat artificum;  Confractum casu miserae  Matri resignat unicum.
Ad primam precem virginis  Contremiscunt daemonia;  Pax datur energuminis,  Spes aegris, reis venia.
In ejus manus cerei  Reaccenduntur coelitus;  Per hanc in sinus alvei  Redit amnis coercitus.
Ignem sacrum refrigerat,  Post mortem vivens meritis,  Quae prius in se vicerat  Aestus interni fomitis.
Morti, morbis, daemonibus,  Et dementis imperat:  Sic Genovefa precibus  Naturae leges superat.
Operatur in parvulis  Christi virtus magnalia:  Christo, pro tot miraculis,  Laus frequens, jugis gloria! Amen.

 

     De Geneviève la fête solennelle nous amène une solennelle joie.

    Que la pureté du cœur éclate en un sacrifice de louange.

    Heureuse fut la naissance de cette enfant, témoin le Pontife Germain.

    Ce qu’il prévit en esprit est justifié par l’événement.

    Sur la poitrine de la vierge, pour indice de pudeur,

    Il suspend une médaille d’airain marquée du signe de la croix.

    A Geneviève, il offre une dot venue de la main de Dieu,

    La consacrant comme un temple du Saint-Esprit, sous l’alliance du Christ.

    La mère de cette innocente enfant ose la frapper : elle est privée de la lumière.

    Compatissant à sa mère, la vierge lui rend l’usage de la vue.

    Geneviève au grand cœur, mortifie sa chair par le jeûne ; elle arrose la terre de ses larmes, et se réjouit dans un continuel martyre.

    Sur les pas du céleste guide, elle parcourt les cieux et les enfers ; par l’ardeur de ses prières, elle sauve sa ville de l’invasion d’un peuple barbare.

    Par un prodige divin, elle apaise longtemps la soif des travailleurs. Elle rend à une mère désolée son fils unique, qu’une chute a brisé.

    A peine la vierge a-t-elle prié, les démons frémissent, la paix est rendue aux énergumènes, l’espoir aux infirmes, le pardon aux coupables.

    En sa main, des flambeaux se rallument d’une manière céleste ; par elle, un fleuve au vaste lit rentre docilement dans ses rives.

    Après sa mort, vivant encore par ses mérites, elle calme les ardeurs du feu sacré ;

    Elle qui, dans ce monde, avait vaincu en elle-même les feux de la concupiscence.

    La mort, les maladies, les démons, les éléments, obéissent à ses ordres.

    Ainsi Geneviève, par ses prières, domine les lois de la nature.

    Ainsi la vertu du Christ opère de grandes choses dans les plus petites.

    Au Christ donc pour tant de merveilles, louange assidue, gloire éternelle !

    Amen.

    

    Vierge fidèle, ô Geneviève ! nous vous rendons gloire pour les mérites que le divin Enfant s’est plu à réunir en vous. Vous avez apparu sur notre patrie comme un Ange tutélaire ; vos prières ont été longtemps l’objet de la confiance des Français ; et vous vous êtes fait gloire, au ciel et sur la terre, de protéger la capitale du royaume de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis. Des temps dignes d’exécration sont venus, durant lesquels votre culte a été sacrilègement abrogé, vos temples fermés, vos précieuses reliques profanées. Cependant, vous ne nous avez pas abandonnés ; vous avez imploré pour nous des jours meilleurs ; et nous pouvons reprendre quelque confiance, quand nous voyons votre culte refleurir parmi nous, malgré des profanations plus récentes ajoutées aux anciennes.

    En cette époque de l’année qu’embellit et consacre votre nom, bénissez le peuple chrétien. Ouvrez nos cœurs à l’intelligence du mystère de la Crèche. Retrempez cette nation qui vous est toujours chère aux pures sources de la foi, et obtenez de l’Emmanuel que sa Naissance, renouvelée chaque année, devienne enfin une époque de salut et de vraie régénération. Nous sommes malades, nous périssons, parce que les vérités sont diminuées chez nous, selon la parole de David ; et la vérité s’est obscurcie, parce que l’orgueil a pris la place de la foi, l’indifférence celle de l’amour. Jésus connu et aimé dans le mystère de son ineffable Incarnation peut seul nous rendre la vie et la lumière. Vous qui l’avez reçu, qui l’avez aimé, durant votre longue vie si pure, menez-nous à son berceau.

    Veillez, ô puissante bergère, sur la ville qui vous est confiée. Gardez-la des excès qui semblent quelquefois la rendre semblable à une grande cité païenne. Dissipez les tempêtes qui se forment dans son sein ; d’apôtre de l’erreur, qu’elle consente enfin à devenir disciple de la vérité. Nourrissez encore son peuple qui meurt de faim ; mais soulagez surtout ses misères morales. Calmez ces fièvres ardentes qui brûlent les âmes, et sont plus terribles encore que ce mal dévorant qui ne brûlait que les corps. Près de votre sépulcre vide, du haut de la Montagne que domine le vaste temple qui s’élève sous votre nom et reste vôtre de par l’Église et nos pères, en dépit des entreprises répétées de la force brutale, veillez sur cette jeunesse de France qui se presse autour des chaires de la science humaine, jeunesse si souvent trahie par les enseignements mêmes qui devraient la diriger, et assurer à la patrie des générations chrétiennes. La croix brille toujours, malgré l’enfer, sur la coupole de votre sanctuaire profané ; ne permettez pas qu’elle en soit descendue. Que bientôt cette croix immortelle règne de nouveau pleinement sur nous ; qu’elle plane du sommet de votre temple sur toutes les habitations de la cité maîtresse, rendue à son antique foi, à votre culte, à votre ancienne protection.

 

    IV JANVIER. L’OCTAVE DES SAINTS INNOCENTS.

 

    Nous terminons aujourd’hui les huit jours consacrés à honorer la mémoire des bienheureux Enfants de Bethléem. Grâces soient rendues à Dieu, qui nous les a donnés pour intercesseurs et pour modèles ! Leur nom ne paraîtra plus sur le Cycle, jusqu’au retour des solennités de la Naissance de l’Emmanuel : rendons-leur donc aujourd’hui un dernier hommage.

    La sainte Église, qui, au jour de leur fête, a revêtu dans ses habits sacrés une couleur de deuil, par égard pour les douleurs de Rachel, reprend, dans ce jour de l’Octave, la pourpre des Martyrs, dont elle veut honorer ceux qui ont la gloire d’en être comme les prémices. Mais l’Église ne cesse pas pour cela de s’attendrir sur la désolation des mères qui ont vu égorger entre leurs bras les enfants qu’elles allaitaient. A l’Office des Matines, elle lit ce passage si dramatique d’un ancien Sermon attribué autrefois à saint Augustin :

    « A peine le Seigneur est-il né, qu’un deuil commence, non au ciel, mais sur la terre. Les mères se lamentent, les Anges triomphent, les enfants sont enlevés. Un Dieu est né : il faut des victimes innocentes à Celui qui vient condamner la malice du monde. Il faut immoler des agneaux, puisque l’Agneau est venu qui ôte le péché et qui doit être crucifié. Mais les brebis, leurs mères, poussent de grands cris ; car elles perdent leurs agneaux, avant même qu’ils puissent faire entendre le bêlement. Cruel martyre ! le glaive est tiré, et sans motif ; la jalousie seule est en fureur, et Celui qui est né ne fait violence à personne.

    « Mais considérons les mères se lamentant sur leurs agneaux. Une voix a retenti dans Rama, des pleurs et des hurlements : c’est qu’on leur enlève un dépôt qu’elles n’ont pas seulement reçu, mais enfanté. La nature, qui se refusait à leur martyre, en face même du tyran, attestait assez sa puissance. La mère souillait et arrachait les cheveux de sa tête, parce qu’elle en avait perdu l’ornement dans son fils ! Que d’efforts pour cacher cet enfant ! et l’enfant lui-même se trahissait. N’ayant pas encore appris à craindre, il ne savait pas retenir sa voix. La mère et le bourreau luttaient ensemble : celui-ci ci arrachait l’enfant, celle-là le retenait. La mère criait au bourreau : Pourquoi sépares-tu de moi celui qui est sorti de moi ? Mon sein l’a enfanté : aura-t-il donc en vain sucé mon lait ? Je le portais avec tant de précautions, celui que ta main cruelle enlève avec tant de violence ! A peine mes entrailles l’ont-elles produit, que tu l’écrases contre terre. »

    « Une autre mère s’écriait, parce que le soldat se refusait à l’immoler avec son fils : Pourquoi me laisses-tu privée de mon enfant ? Si un crime a été commis, c’est moi qui en suis coupable : fais-moi mourir aussi, et délivre une pauvre mère. » Une autre disait : « Qui cherchez-vous ? Vous n’en voulez qu’à un seul, et vous en tuez un grand nombre, sans pouvoir atteindre le seul que vous cherchez. » Une autre s’écriait : « Venez, oh ! venez, Sauveur du monde : jusqu’à quand vous laisserez-vous chercher ? Vous ne craignez personne : que le soldat vous voie, et qu’il laisse la vie à nos enfants. « Ainsi se mêlaient les lamentations des mères ; et le sacrifice des enfants montait jusqu’au ciel. »

    Parmi les enfants si cruellement immolés depuis l’âge de deux ans et au-dessous, quelques-uns durent appartenir aux bergers de Bethléem qui étaient venus, à la voix de l’Ange, reconnaître et adorer le nouveau-né dans la crèche. Ces premiers adorateurs du Verbe incarné, après Marie et Joseph, offrirent ainsi le sacrifice de ce qu’ils avaient de plus cher au Seigneur qui les avait choisis. Ils savaient à quel Enfant leurs enfants étaient sacrifiés, et ils étaient saintement fiers de cette nouvelle distinction qui venait les chercher au milieu de leur peuple.

    Cependant, Hérode, comme tous les politiques qui font la guerre au Christ et à son Église, était déçu dans ses projets. Son édit d,e carnage embrassait Bethléem et tous ses alentours ; il enveloppait tous les enfants de cette contrée, depuis la naissance jusqu’à l’âge de deux ans ; et malgré cette atroce précaution, l’Enfant tant recherché échappait au glaive et fuyait en Égypte. Le coup était donc manqué comme toujours ; et de plus, contre le gré du tyran, l’Église du ciel ne tarderait pas à recevoir avec triomphe de nouveaux protecteurs pour celle delà terre.

    Ce Roi des Juifs nouveau-né, que la jalousie d’Hérode poursuivait, n’était qu’un Enfant sans armées et sans soldats ; Hérode cependant tremblait devant lui. Un secret instinct lui révélait, comme à tous les tyrans de l’Église, que cette faiblesse apparente cachait une force victorieuse ; mais il se trompait, comme tous ses successeurs, en essayant de lutter avec le glaive contre la puissance de l’Esprit. L’Enfant de Bethléem n’est pas encore arrivé au terme de son apparente faiblesse : il fuit devant la face d’un tyran ; plus tard, quand il sera un homme, il restera sous les coups de ses ennemis : on l’attachera à une croix infâme, entre deux larrons ; mais c’est précisément ce jour-là qu’un gouverneur romain proclamera, dans une inscription écrite de sa propre main : Celui-ci est le Roi des Juifs. Pilate donnera au Christ, d’une manière officielle, ce titre qui fait pâlir Hérode ; et malgré les sollicitations des ennemis du Sauveur, il s’écriera : Ce que j’ai écrit est écrit. Jésus, sur l’arbre de la croix, associera à son propre triomphe un des compagnons de son supplice ; aujourd’hui, dans son berceau, il appelle des enfants à partager sa gloire.

    Glorifions une dernière fois cette troupe innocente, en réunissant encore les chants que la Liturgie a consacrés à leur louange. Nous donnerons d’abord ces trois Répons des Matines au Bréviaire Romain :

R. ISTI, qui amicti sunt stolis qui sunt, et unde venerunt ? Et dixit mihi : * Hi sunt, qui venerunt de tribulatione magna, et laverunt stolas suas, et dealbaverunt eas in sanguine Agni.

V. Vidi sub altare Dei animas interfectorum propter Verbum Dei, et propter testimonium

quod habebant. * Hi sunt.

R. Isti sunt qui non inquinaverunt vestimenta sua : * Ambulabunt mecum in albis, quia digni sunt.

V. Hi sunt qui cum mulieribus non sunt coinquinati : virgines enim sunt. * Ambulabunt.

R. Cantabant Sancti canticum novum ante sedem Dei et Agni : * Et resonabat terra in voces

eorum.

V. Hi empti sunt ex hominibus, primitiae Deo et Agno, et in ore ipsorum non est inventum

mendacium. *Et resonabat.

 

    R/. Ceux-ci, qui sont revêtus de robes blanches, qui sont-ils ? D’où sont-ils venus ? Et il me fut répondu : * Ce sont ceux qui sont venus ici à travers une grande tribulation ; ils ont lavé leurs robes, et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau.

    V/. Je vis, sous l’autel de Dieu, les âmes de ceux qui avaient été tués pour le Verbe de Dieu, et pour le témoignage qu’ils avaient à rendre. * Ce sont ceux.

    R/. Ce sont ceux qui n’ont pas souillé leurs vêtements : * Ils marcheront avec moi, vêtus de blanc, parce qu’ils en sont dignes.

    V/. Ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes ; car ils sont vierges

    * Ils marcheront.

    R/. Ces saints chantaient un cantique nouveau devant le trône de Dieu et de l’Agneau : * Et la terre retentissait de leurs voix.

    V/. Ils ont été achetés d’entre les hommes, pour être les prémices offertes à Dieu et à l’Agneau ; et le mensonge ne s’est point trouvé dans leur bouche.*Et la terre.

 

    Les deux Oraisons qui suivent sont empruntées au Sacramentaire Léonien :

    ORAISON.

DEUS qui licet sis magnus in magnis, mirabilia tamen gloriosius operaris in minimis : da nobis, quaesumus, in eorum celebritate gaudere, qui Filio tuo Domino nostro testimonium praebuerunt etiam non loquentes.

    O Dieu, grand dans les grandes choses, mais qui opérez cependant, avec plus de gloire, vos merveilles dans les petites ; accordez-nous, s’il vous plaît, de nous réjouir dans la solennité de ceux qui, même sans parler, ont rendu témoignage à votre Fils, notre Seigneur.

 

    ORAISON.

Tribue, Domine, quaesumus, fidelibus tuis,non efficiantur pueri sensibus, sed malitia innoxii reperiantur ut parvuli ut Martyres festivitatis hodiernae, quos mentis aequare non possunt, mentis simplicitate sectentur. Per Christum Dominum nostrum.

    Faites, Seigneur, que vos fidèles, selon la parole de l’Apôtre, ne deviennent pas enfants par l’intelligence, mais qu’ils deviennent innocents en fait de malice, comme des enfants ; en sorte qu’ils imitent, par la simplicité de l’âme, les martyrs de la présente solennité, s’ils ne peuvent les égaler en mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

    L’Église Gothique nous donne cette belle prière que nous empruntons au Bréviaire Mozarabe :

    CAPITULA.

 

CHRISTE, inenarrabile lumen mundi, qui adhuc in ipsis cunabulis constitutus, nondum effectus martyr, martyrii palma catervas Infantium dedicasti : qui necdum loqui valentes, sub mucrone saevientium varios fecisti mugitus emittere : quorum animas de abditis infernorum, te spontanee pro nobis omnibus moriente, maluisti eripere; inspira eis, sine intermissione orare pro parvulis : ut, qui propriis non v#1eamus supplicationibus emundari a crimine, eorum, qui te, quocumque ieris, cum hymnis et canticis adsequuntur. et hic et in aeternum postulationibus abluamur.

 

    O Christ, ineffable lumière du monde, qui, encore dans le berceau, n’étant pas encore martyr, avez consacré, par la palme du martyre, la troupe des Innocents ; qui, lorsqu’ils ne parlaient pas encore, leur avez fait pousser des gémissements sous le glaive des soldats ; et qui, au moment de votre mort volontaire pour nous, avez retiré avec joie leurs âmes des profondeurs secrètes de la terre : inspirez-leur de prier sans relâche pour nous qui sommes faibles et petits, afin que nous, dont les prières ne sauraient nous purifier de nos péchés, nous en soyons lavés présentement et à jamais, par les supplications de ceux qui vous accompagnent de leurs hymnes et de leurs cantiques, partout où vous allez.

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    La même Église, nous offre cette autre prière dans son Missel,

 

    ORAISON.

DEUS cujus misericordia per utrumque sexum et per omnem cucurrit aetatem ; ita plurimum Infantibus affectum paternae pietatis indulgens, ut parvulos nec ab Aegypto teneri sineres, nec ab Evangelio prohiberi, dum in Lege cum patribus evaderent mundum ; et in gratia cum perfectis vocarentur ad regnum, atque institutione doctrinae, innocentia expers mali forma induceretur exempli dona nobis famulis tuis, ut malitiae
viribus defecati, in usum concupiscentiae carnalis invalidi, docibilem servemus disciplinis voluntatem. Quo mens nec rigida nec superba, sic sit blanda ne facilis, sic innocens ne imprudens, sic humilis ne imbecillis ; quatenus maturo discretionis judicio sic sufficiat probare quod placeat, ut affectare nesciat quod delinquat. Atque ita salubrem sumat temperantiam, moderante consilio, ut et simplicitatem imitetur infantium, et fortitudinem vindicet pugnatorum. Amen.

 

    O Dieu ! dont la miséricorde s’adresse, avec empressement, à tout sexe et à tout âge, vous avez daigné montrer une affection et une tendresse paternelle aux Innocents, en ne permettant pas que la captivité de l’Égypte retînt ces enfants, ni que l’Évangile leur fût celé, leur faisant éviter les souillures du monde, comme à leurs pères, au moyen de la Loi, et les appelant par grâce dans votre royaume, avec les parfaits : afin que leur innocence, exempte de tout mal, devînt un exemple solennel ; accordez à nous, qui sommes vos serviteurs, que, purgés du virus du péché, affaiblis dans la concupiscence de la chair, nous conservions une volonté docile à vos enseignements. Que notre esprit ne soit ni rigide ni superbe ; qu’il soit doux sans mollesse, innocent et prudent ; qu’il soit humble sans être faible ; afin que, par la maturité d’un jugement discret, il sache discerner ce qui vous plaît, et qu’il ne sache pas entreprendre ce qui vous offense. Enfin qu’il sache employer une salutaire tempérance, un conseil discret, au moyen desquels il puisse imiter la simplicité des enfants, revendiquer le courage des combattants. Amen.

    

    Le chantre des Mystères et des Martyrs, Prudence, à qui l’Église a emprunté les gracieuses strophes Salvete, flores Martyrum, célèbre l’immolation des enfants de Bethlehem, dans sa belle Hymne de l’Épiphanie, à laquelle la Liturgie Romaine a emprunté encore plusieurs de ses chants.

 

Audit tyrannus anxius adesse regum principem, qui nomen Israel regat teneatque David regiam.

Exclamat amens nuntio, successor instat, pellimur; satelles i, ferrum rape, perfunde cunas sanguine.

Mas infans omnis occidat Scrutare nutricum sinus; Interque materna ubera Ensem cruentet pusio.

Suspecta per Bethlem mihi Puerperarum est omnium Fraus, ne qua furtim subtrahat Prolem vitilis indolis.

Transfigit ergo carnifex Mucrone districto furens, Effusa nuper corpora, Animasque rimatur novas.

Locum minutis artubus Vix interemptor invenit, Quo plaga descendat patens, Juguloque major pugio est.

0 barbarum spectaculum! Illisa cervix cautibus Spargit cerebrum lacteum, Oculosque per vulnus vomit.

Aut in profundum palpitans Mersatur infans gurgitem, Cui subter arctis faucibus Singultat unda, et halitus.

Quid proficit tantum nefas, quid crimen Herodem iuvat? unus tot inter funera inpune Christus tollitur.

Inter coaevi sanguinis Fluenta, solus integer, Ferrum, quod orbabat nurus, Partus fefellit Virginis.

Sic stulta Pharaonis mali Edicta quondam fugerat, Christi figuram praeferens, Moses, receptor civium.

 

    Le tyran soucieux a ouï dire que le Roi des rois vient de naître, celui qui doit régir Israël et occuper le trône de David.

    A cette nouvelle, il s’écrie avec transport : « Un compétiteur nous presse ; on nous détrône ; allez, soldats, prenez le fer, inondez de sang les berceaux.

    « Tuez tout enfant mâle, cherchez jusque dans le sein des nourrices ; que l’épée égorge le fils sur la poitrine même de la mère.

    « Je soupçonne quelque fraude de la part des mères de Bethlehem ; je crains que quelqu’une ne soustraie son enfant du sexe mâle. »

    Un bourreau, dans sa fureur, transperce du glaive ces petits Corps à peine nés a la vie ; il poursuit une vie toute nouvelle en eux.

    Sur ces faibles membres, à peine le meurtrier trouve-t-il place aux blessures ; son épée dépasse en largeur la gorge même de ses victimes.

    O spectacle barbare ! la tête des enfants, brisée contre la pierre, répand la cervelle blanche comme le lait, et les yeux sortent par l’horrible blessure.

    Ailleurs l’enfant palpitant est précipité dans un gouffre profond ; son faible gosier dispute cruellement le passage à l’eau.

    A quoi aura servi un tel forfait ? quelle utilité apporte ce crime à Hérode ? Seul le Christ échappe au massacre général.

    Au milieu des flots du sang des enfants d’un même âge, le fruit de la Vierge évite seul les atteintes du fer qui désolait les mères.

    Ainsi fut soustrait à l’édit insensé de l’impie Pharaon, Moïse, libérateur de son peuple et figure du Christ.

    

    Nous terminerons par cette antique Prose de Notker, empruntée au recueil de Saint-Gall :

    SEQUENCE.

LAUS tibi, Christe, Patris optimi Nate Deus omnipotentiae,

Quem coelitus jubilat supra astra manentis plebis decus harmoniae:

Quem agmina infantium sonoris hymnis collaudant aetheris in arce

Quos impius, ob Nominis odium tui, misero straverat vulnere:

Quos pie nunc remuneras in coelis, Christe, pro poenis nitide ;

Solita usus gratia , qua tuos ornas coronis splendide ;

Quorum precibus sacris dele, precamur, nostra pie crimina vit.

Et quos laudibus tuis junxeras, nobis istic dones clemens favere.

Illis aeternae dans lumen gloriae, nobis terrea concede vincere;

Ut liceat serenis actibus pleniter adipisci dona tuae gratiae;

Herodis ut non fiat socius, quisquis in honorem laude se exercet propere;

Sed aeternaliter cum eisdem catervis tecum sit, Domine. Amen.

 

    Louange à vous, ô Christ ! Fils du Père très bon, Dieu de toute-puissance :

    Vous que le brillant concert de ce peuple qui habite au delà des astres, célèbre avec joie dans les cieux ;

    Vous que des troupes d’enfants chantent sur les sommets du firmament, dans des hymnes retentissantes.

    Ce sont ceux qu’un impie, en haine de votre Nom, immola par une cruelle blessure :

    Maintenant, dans les cieux, vous payez, ô Christ, leurs peines par la gloire, dans votre bonté ;

    Usant de votre grâce, par laquelle toujours vous décorez les vôtres de splendides couronnes.

    Par leurs prières sacrées, daignez, nous vous en prions, effacer les crimes de notre vie.

    Et comme vous les associez à votre gloire, faites-les aussi participer pour nous à votre clémence.

    Vous leur donnez la lumière de gloire éternelle : donnez-nous de triompher des choses terrestres ;

    Qu’il nous soit donné d’obtenir pleinement, par des actions pures, l’effusion de votre grâce.

    De tous ceux qui s’empressent à la louange des Innocents, que nul ne devienne compagnon d’Hérode ;

    Mais que tous soient éternellement mêlés à leur troupe glorieuse, en votre présence, Seigneur ! Amen.

 

    Nous vous quittons aujourd’hui, ô fleurs des Martyrs ! mais votre protection demeure sur nous. Dans tout le cours de cette année de la sainte Liturgie, vous veillerez sur nous, vous parlerez pour nous à l’Agneau dont vous êtes les fidèles amis. Nous plaçons sous votre garde les fruits que nos âmes ont produits pendant ces jours de grâce. Nous sommes devenus enfants avec Jésus ; nous recommençons avec lui notre vie : priez, afin que nous croissions comme lui en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes. Par votre suffrage, assurez notre persévérance ; et pour cela, maintenez en nous la simplicité chrétienne, qui est la vertu des enfants du Christ. Vous êtes innocents, et nous sommes coupables ; aimez-nous cependant d’un amour de frères. Vous fûtes moissonnés à l’aurore de la Loi de Grâce ; nous sommes les fils de ces derniers temps dans lesquels le monde envieilli a laissé refroidir la Charité. Tendez vers nous vos palmes victorieuses, souriez à nos combats ; demandez que bientôt notre repentir obtienne cette couronne qui vous fut octroyée par une si divine largesse.

    Enfants Martyrs ! souvenez-vous des jeunes générations qui s’élèvent aujourd’hui sur la terre. Dans cette gloire où vous êtes arrivés avant l’âge d’homme, vous ne sauriez oublier les petits enfants. Ces tendres rejetons de la race humaine dorment aussi dans leur innocence. La grâce du Baptême est entière en eux ; et leurs âmes pures réfléchissent comme un miroir la sainteté du Dieu qui les habite par sa grâce. Hélas ! de terribles périls les attendent, ces nouveau-nés ; beaucoup d’entre eux seront souillés ; leurs robes sans tache perdront bientôt, peut-être, cette blancheur dont elle resplendit. La corruption du cœur et de l’esprit les infectera ; et qui pourra les soustraire à d’affreuses influences ? La voix des mères retentit encore dans Rama ; Rachel chrétienne pleure ses fils immolés ; et rien ne peut la consoler de la perte de leurs âmes. Innocentes victimes du Christ ! priez pour les enfants. Obtenez-leur des temps meilleurs : qu’ils puissent un jour entrer dans la vie, sans avoir à redouter d’y rencontrer la mort dès le premier pas.

 

    V JANVIER. LA VIGILE DE L’ÉPIPHANIE.

 

    La fête de Noël est terminée ; les quatre Octaves ont achevé leur cours ; et nous voici en présence de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur. Une seule journée nous reste pour nous préparer à la Manifestation pleine de mystère que nous doit faire de sa gloire celui qui est l’Ange du grand Conseil. Encore quelques heures, et l’étoile se sera arrêtée, et les Mages frapperont à la porte de la maison de Bethléem.

    Cette Vigile n’est pas, comme celle de Noël, un jour de pénitence. L’Enfant que nous attendions alors, dans la componction et dans l’ardeur de nos désirs, est venu ; il reste avec nous et nous prépare de nouvelles faveurs. Ce jour d’attente d’une nouvelle solennité est un jour de joie comme ceux qui l’ont précédé. Cette Vigile ne sera donc point marquée par le jeûne ; et la sainte Église n’y revêtira point ses habits de deuil. Aujourd’hui, elle se pare de la couleur blanche, comme elle le fera demain. Ce jour est le douzième de la Naissance de l’Emmanuel.

    Si la Vigile de l’Épiphanie tombe le Dimanche, elle partage avec celle de Noël l’honneur de n’être pas anticipée comme les autres Vigiles. Elle jouit de tous les privilèges des Dimanches ; et la Messe est celle du Dimanche dans l’Octave de Noël. Célébrons donc cette Vigile dans l’allégresse de nos cœurs, et préparons nos âmes aux nouvelles faveurs qui leur sont réservées.

    L’Église Grecque observe le jeûne aujourd’hui, en mémoire de la préparation au Baptême qui s’administrait autrefois, principalement en Orient, dans la nuit qui précédait le saint jour de l’Épiphanie. Elle bénit encore les eaux avec une grande solennité en cette fête ; nous parlerons avec détail de cette cérémonie dont les vestiges ne sont pas encore entièrement effacés dans l’Occident.

    La sainte Église Romaine fait mémoire en ce jour d’un de ses Papes Martyrs, saint Télesphore. Ce Pontife monta sur le Siège Apostolique l’an 127 ; et parmi les décrets qu’il rendit, on remarque celui par lequel il établissait l’usage de célébrer la Messe durant la nuit de Noël, pour honorer l’heure delà Naissance du Christ, et un autre dans lequel il décrète que l’Hymne Angélique Gloria in excelsis Deo serait chantée ordinairement au commencement du saint Sacrifice. Cette piété du saint Pape envers le grand mystère que nous célébrons en ces jours, rend sa mémoire plus vénérable encore à l’époque de l’année où elle tombe. Télesphore souffrit un glorieux martyre, selon l’expression de saint Irénée, et fut couronné de la gloire céleste, l’an 138.

 

    A LA MESSE.

    La Messe de la Vigile de l’Épiphanie est la même que celle du Dimanche dans l’Octave de Noël, sauf la commémoration de saint Télesphore et l’Évangile.

    INTROÏT.

    Dum medium silentium, page 201.

    COLLECTE

    Omnipotens, sempiterne Deus, page 201.

Mémoire de saint Télesphore

Deus, qui nos beati Telesphori, Martyris tui atque Pontificis, annua solemnitate laetificas: concede propitius; ut cujus natalitia colimus, de ejusdem etiam protectione gaudeamus.

    O Dieu, qui nous réjouissez par la solennité annuelle du bienheureux Télesphore, votre Martyr et Pontife, accordez à nous qui célébrons sa Naissance, de jouir de sa protection.

 

    Mémoire de la très Sainte Vierge.

    Deus, qui salutis aeternae, page 222.

    ÉPÎTRE.

    Fratres, quanto tempore, page 202.

    GRADUEL.

    Speciosus forma,page 202.

 

ÉVANGILE

In
illo tempore : Defuncto Herode, ecce Angelus Domini apparuit in somnis Joseph in Aegypto, dicens : Surge, et accipe Puerum et Matrem ejus. et vade in terram Israel ; defuncti sunt enim qui quaerebant animam Pueri. Qui consurgens accepit Puerum et Matrem ejus et venit in terram Israel. Audiens autem quod Archelaus regnaret in Judea pro Herode patre suo, timuit illo ire ; et admonitus in somnis, secessit in partes Galilaeae. Et vemens habitavit in civitate quae vocatur Nazareth, ut adimpleretur quod dictum. est per Prophetas quoniam Nazaraeus vocabitur.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. II.

    En ce temps-là, Hérode étant mort, voici que l’Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte, lui disant : Lève-toi, et prends l’Enfant et sa Mère, et va dans la terre d’Israël ; car ils sont morts, ceux qui poursuivaient la vie de l’Enfant. Joseph, s’étant levé, prit l’Enfant et sa Mère, et vint dans la terre d’Israël. Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en Judée, en la place d’Hérode son père , il craignit d’y aller ; et averti en songe, il se retira dans la Galilée. Et il vint habiter dans la ville qui est appelée Nazareth, afin que fût accompli ce qui avait été dit par les Prophètes : Il sera appelé Nazaréen.

    OFFERTOIRE.

    Deus firmavit, page 203.

    SECRÈTE.

    Concede, quaesumus, page 203.

Mémoire de saint Télesphore.

Munera tibi, Domine, dicata sanctificata: et, intercedente beato Telesphoro, Martyre tuo atque Pontifice, per eadem nos placatus intende.

    Sanctifiez, Seigneur, ces dons qui vous sont offerts ; et, par l’intercession du bienheureux Télesphore, votre Martyr et Pontife, qu’ils vous apaisent et attirent sur nous vos regards.

 

    Mémoire de la très sainte Vierge.

    Muneribus nostris, page 223.

    COMMUNION.

    Tolle puerum, page 204.

    POSTCOMMUNION.

    Per hujus, Domine,page 4204

Mémoire de saint Télesphore.

Refecti participatione muneris sacri, quaesumus Domine Deus noster; ut cujus exsequimur cultum, intercedente beato Telesphoro, Martyre tuo atque Pontifice, sentiamus effectum.

    Rassasiés par la participation du don sacré, nous vous prions, Seigneur notre Dieu, par l’intercession du bienheureux Télesphore, votre Martyr et Pontife, de nous faire ressentir l’effet du Mystère que nous célébrons.

    Mémoire de la très sainte Vierge.

    Haec nos communio, page 224.

 

    Pour couronnement des pièces liturgiques qui nous ont aidé si suavement à pénétrer le mystère de Noël, nous avons réservé les strophes suivantes. Nulles autres ne pouvaient mieux convenir à ce jour qui prépare l’introduction des Mages près de la Crèche. Elles sont tirées du poème que le prince des mélodes de l’Église Grecque, saint Romanus, consacra, comme prémices de son génie, à la Vierge Mère. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici le texte même, remis dans nos temps en honneur par un illustre prince de l’Église 8 , et dont aucune traduction ne saurait rendre l’incomparable harmonie.

 

     IN CHRISTI NATIVITATE.

HODIE Virgo Natum edit natura sublimiorem ; et terra speluncam offert inaccesso hospiti. Angeli cum pastoribus cantica geminant Magi, stella duce, iter metiuntur. Propter nos enim natus est, infans novus, Deus ante saecula.

Edemum Bethlehemus aperuit : agedum, videamus ; cibum suavem in abscondito reperimus adeste, sumamus paradisi delicias in spelunca. Ibi emicuit radix sine humore germinans veniam. Ibi inventus est puteus, a nemine fossus, ex quo olim bibere David concupivit. Ibi Virgo, quae puellum peperit. amborum cito explevit sitim, et Adami et Davidis. Ad specum igitur properemus, ubi natus est, infans novus, Deus ante saecula.

Matris pater ultro filius factus est ; salvator infantium infans in praesepio jacuit. Quem ut agnovit, genitrix ait: Quid hoc est, fili! Quonam modo in me satus fuisti, et quo pacto innatus es mihi ? Te intueor, viscera mea, et obstupesco ; lacte enim ubera tument, et innupta sum. Equidem te video in his fasciis, sed virginitatem adhuc sentio a te sigillatam, qui eam servasti, dum nasci dignatus es, infans novus, Deus ante saecula.

O praecelse rex, quid tibi cum egenis ?Tu coelorum conditor, ad terrigenas cur venisti, specu delectatus es et praesepe adamasti ? En nullus est tuae famulae locus in diversorio : neque locum aio solum, sed neque speluncam, haec enim aliena est. Verum Sarae, quum filium peperit, concessa est plurimi agri haereditas mihi autem, ne fovea quidem ; hoc antrum obtinui in quo degere voluisti, infans novus, Deus ante saecula.

Dum haec secum verba tacite volvit , dumque arcanorum cognitorem deprecatur supplex, audit adesse Magos, puellum quaeritantes, ad quos statim: Quinam esti vos? Virgo locuta est. At illi ad eam : Immo tu qualis nata es, quae talem puerum edidisti ? Quis tuus pater, quae genitrix, quum filii sine patre mater effecta sis et nutrix ? Cujus stellam quum vidimus, conjectavimus apparuisse infantem novum, Deum ante saecula.

Diligenter enim nobis Balaam proposuit oraculorum intellectum, quae ipse vaticinatus est, dicens futurum esse lit stella exsurgat, stella quae omnia exstinguat vatum divinationes et omina ; stella quaed issolvat sophorum parabolas, eorumques ententias et aenigmata ; stella hoc sidere quod emicat, eo splendidior, quod scilicet cuncta condidit astra ; de qua praedictum est oriturum esse a Jacobo, ut fulgur, infantem novum, Deum ante saecula.

Stupenda ut verba audiit Maria,. natum ex visceribus suis adoravit cernua, et cum fletu ait : Magna mihi, o fili. Magna omnia quae fecisti cum egestate mea. Ecce enim Magi foris stant, quaerentes te ; orientalium gentium reges Inquirunt vultum tuum, ac videre eum deprecantur divites plebis tuae. Sane illa gens tua est, pro quibus genitus es infans novus, Deus ante saecula.

Quando igitur populus hic tuus est, o fili, jube tuum in specum accedant, ut videant paupertatem opulentam, inopiam honestam ; te namque teneo divitias et gloriam meam, idcirco me non pudet ; in te gratia et veritas ; in tabernaculum annue nunc ingrediantur : haud meam curo inopiam, quae thesaurum te possideo , quem veniunt invisuri reges, regibus magisque scrutantibus, ubi natus sit infans novus, Deus ante saecula.

Jesus ille Christus ac vere Deus noster, clam tetigit matris suae sensus : Hos, inquit, introduc, quos verbo adduxi ; meum enim eloquium, emicans inquirentibus me, stella quidem est oculis, menti autem intelligenti virtus. Comes Magorum fuit, uti minister meus ; et jam substitit, unde suum impleat officium, et radio demonstret locum, in quo natus est infans novus, Deus ante saecula.

Nunc igitur accipe eos, o alma ; accipe qui me receperunt ; in ipsis enim ego sum, sicut tuis in ulnis, neque a te recessi, dum illos comitabar. Aperit illa ostium, et Magorum coetum recipit ; aperit fores, quae
porta est nemini aperta,quam solus permeavit Christus ; aperit fores, quae reserata numquam fuit, cui nihil ex virginitatis thesauris defraudatum est. Haec pandit ostium, per quam edita porta est, infans novus, Deus ante saeculo.

 

    La Vierge aujourd’hui met au monde Celui qui dépasse la nature ; la terre donne une grotte pour gîte à l’inaccessible. Les Anges avec les bergers font assaut de louanges ; les Mages sont en route à la suite de l’étoile. Car pour nous voici qu’est né, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles.

    Voici qu’en Bethléem Eden est ouvert ; venez donc, et voyons : quel mets suave est là caché pour nous ! venez : dans cette grotte, abreuvons-nous des délices du paradis. Là fleurit, sans être arrosée, la tige qui produit la grâce. Là est le puits qu’aucune main n’a creusé , et dont David un jour eût voulu boire. Ici tout d’un coup, grâce à la Vierge qui enfante, d’Adam et de David la soif est apaisée. Donc hâtons-nous d’aller où vient de naître, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles.

    Le père de la mère a voulu être son fils ; le sauveur des enfants gît enfant dans une crèche. Fixant ses yeux sur lui, celle qui l’enfante a dit : « Qu’est-ce cela, ô mon fils ! En quelle manière as-tu pris germe en moi ? en quelle manière as-tu trouvé en moi vie et croissance ? Je te vois, ô fruit de mes entrailles, et suis dans la stupeur ; mon sein s’emplit de lait, et je n’ai point connu d’homme. Et tante dis que je t’admire en ces langes, je contemple la fleur de ma virginité toujours sauve, ô toi qui l’as gardée, en daignant naître, enfant d’un jour, Dieu avant tous les siècles.

    « Roi très-haut, qui t’attire au milieu des mendiants ? Créateur des cieux, pourquoi viens-tu chez les habitants de la terre ? Une grotte fait tes délices, une crèche est ton amour ! Voici bien que pour ta servante il n’y a point de place dans l’hôtellerie ; et non seulement pas de place : pas de grotte même, car celle-ci est à d’autres. Pourtant à Sara, quand elle eut un fils, beaucoup de terre fut donnée : à moi, pas une tanière ; pour tout j’ai cet antre où tu as voulu habiter, enfant d’un jour, Dieu avant tous les siècles. »

    Tandis qu’elle formule ces pensées dans son cœur et s’adresse suppliante à Celui qui connaît les mystères, elle apprend que les Mages sont là, cherchant le nouveau-né. Venant à eux : « Qui êtes-vous ? » dit la Vierge. Ceux-ci lui répondent : « Bien plutôt, quelle est ta naissance, ô toi qui as mis au monde un tel enfant ? De quel père, de quelle mère es-tu descendue, toi qui nourris un fils dont tu es la mère sans qu’il ait eu de père ? A la vue de son étoile, nous avons prononcé de concert qu’elle annonçait, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles.

    « Balaam en effet nous avait avec soin préparés à comprendre les oracles dont il fut le prophète, lorsqu’il prédit le lever d’une étoile : étoile éteignant toutes divinations et présages ; étoile résolvant les paraboles des sages, leurs énigmes et sentences ; étoile dont la lumière l’emporte d’autant mieux sur le soleil qui nous éclaire, qu’elle-même a créé tous les astres ; par elle il était annonce que de Jacob sortirait comme la lumière, l’enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles. »

    Ayant entendu si merveilleux discours , Marie prosternée adora l’enfant né de ses entrailles, et dit en pleurs : « Grandes pour moi, ô mon fils, grandes sont toutes les choses que vous avez faites avec mon indigence. Car voici que dehors se tiennent les Mages, et ils vous cherchent ; les rois des nations de l’Orient désirent votre visage ; le contempler est la prière des riches de votre peuple. Ce peuple n’est-il pas vôtre, en effet, pour qui vous êtes né, enfant d’un jour, Dieu avant tous les siècles ?

    « Puis donc qu’ils sont vôtres, ô mon fils, ordonnez qu’ils entrent sous votre toit, pour voir cette opulente pauvreté, cette noble indigence ; car je vous ai pour richesses et pour gloire, aussi n’ai-je point à rougir, en vous sont la grâce et la vérité ; et maintenant permettez qu’ils viennent en cet abri : comment m’inquiéterais-je de ma misère, vous possédant, vous le trésor que viennent contempler les princes, l’objet de l’étude des rois et des Mages cherchant où est né, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles ? »

    Jésus le Christ et notre vrai Dieu se fit entendre intérieurement au cœur de sa mère, et lui dit : « Introduis ceux qu’amène ma parole ; car cette parole est la lumière de ceux qui me cherchent, étoile aux yeux, force pour l’âme intelligente. C’est elle qui, comme mon serviteur, a conduit les Mages, et maintenant elle s’est arrêtée pour remplir son office et désigner par ses rayons l’endroit où est né, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles.

    « Maintenant donc reçois-les, ô toute belle, reçois ceux qui m’ont reçu ; car je suis en eux, comme je suis dans tes bras, et, o en les accompagnant, je ne t’ai point quittée. » Elle donc ouvre la porte et reçoit l’assemblée des Mages ; elle ouvre, celle qui est la porte fermée à tous, que seul le Christ a traversée ; elle ouvre, celle qui fut toujours close, celle qui jamais rien ne perdit des trésors de la virginité ; elle ouvre, celle par qui fut donnée au monde, porte des cieux, l’enfant d’un jour, Dieu avant tous les siècles.

 

    Les dernières paroles de notre Avent étaient celles de l’Épouse, dans la prophétie du Disciple bien-aimé : Venez, Seigneur Jésus ! venez ! Nous terminerons cette première partie du Temps de Noël par ces paroles d’Isaïe que la sainte Église a répétées avec triomphe : Un petit Enfant nous est né ! Les cieux ont envoyé leur rosée, le juste est descendu du ciel, la terre a enfanté son Sauveur, LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, la Vierge a produit son doux fruit, Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous. Le Soleil de justice brille maintenant sur nous, les ténèbres sont passées ; au ciel, Gloire à Dieu ! sur la terre, Paix aux hommes ! Tous ces biens nous sont venus par l’humble et glorieuse Naissance de cet Enfant. Adorons-le dans son berceau, aimons-le pour tant d’amour ; et préparons les présents que nous irons demain lui offrir avec les Mages. L’allégresse de la sainte Église continue, la nature angélique est dans l’étonnement, toute la création tressaille de bonheur : Un petit Enfant nous est né !

 

FIN DU TOME PREMIER

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