L’année liturgique : Temps de Noël I, historique, mystique, pratique et prières

L’ANNÉE LITURGIQUE

par le

R. P. DOM PROSPER GUERANGER

ABBÉ DE SOLESMES

 

LE TEMPS DE NOEL

Tome 1

QUATORZIÈME ÉDITION

1900

De licentia Superiorum

IMPRIMATUR :

+ HENRICUS, Episc. Pictaviensis

 

LIBRAIRIE RELIGIEUSE H. OUDIN

Paris, 10, rue de Mézières, 10

Poitiers, 4, rue de l’éperon, 4

 

L’ANNÉE LITURGIQUE

 

PREFACE.

 

    L’abondance des matières nous a contraint de diviser en deux volumes la seconde section de cette Année Liturgique qui renferme le Temps de Noël. Du jour de la Nativité du Sauveur à celui de la Purification de Notre-Dame, tant et de si hauts mystères se pressent, les fêtes des Saints sont si nombreuses et si remplies d’intérêt, qu’il nous a été impossible de nous restreindre davantage.

    Nous avons gardé la marche déjà tracée dans l’Avent, à cette différence que nous mêlons les fêtes du Calendrier avec le Propre du Temps. La mobilité des Dimanches après l’Épiphanie et de la Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime, ne nous permettait pas d’établir les semaines d’une manière suivie.

    Pour tout le reste, nous avons suivi la méthode déjà tracée dans notre Avent. Les trésors de la Liturgie Romaine nous ont offert des richesses inappréciables, et nous n’avons rien négligé pour y réunir ce que les monuments des antiques Liturgies renferment de plus remarquable sous le rapport de Fonction et de la magnificence du style. La variété de ton a souvent rendu difficile l’œuvre de la traduction ; on nous tiendra compte de nos efforts, plus ou moins heureux, pour faire passer dans notre langue tant de poésies qui présentent souvent entre elles autant de dissemblance dans la manière que d’unité dans le fond.

    Daigne l’Emmanuel, dont la Naissance met en joie toute l’Église, agréer les efforts que nous avons faits pour honorer les quarante premiers jours de sa vie mortelle ! Veuillent aussi les fidèles de l’Église Catholique, dont la piété trouverait quelque aliment dans ce faible recueil, se souvenir de nous à la Crèche de l’Enfant divin, et obtenir de sa miséricorde les bénédictions dont nous avons besoin, pour mener heureusement à terme cette Année Liturgique que nous leur avons consacrée !

LE TEMPS DE NOËL

 

CHAPITRE PREMIER. HISTORIQUE DU TEMPS DE NOËL.

    Nous donnons le nom de Temps de Noël à l’intervalle de quarante jours qui s’étend depuis la Nativité de notre Seigneur, le 25 décembre, jusqu’à la Purification de la sainte Vierge, le 2 février. Cette période forme, dans l’Année Liturgique, un ensemble spécial, comme l’Avent, le Carême, le Temps Pascal, etc. ; la célébration d’un même mystère y domine tout, et ni les fêtes des Saints qui se pressent dans cette saison, ni l’occurrence encore assez fréquente de la Septuagésime, avec ses sombres couleurs, ne paraissent distraire l’Église de la joie immense que lui ont évangélisée les Anges 1 , dans cette nuit radieuse attendue par le genre humain durant quatre mille ans, et dont la commémoration liturgique a été précédée du deuil des quatre semaines qui forment l’Avent.

    Le coutume de célébrer par quarante jours de fête ou de mémoire spéciale la solennité de la Naissance du Sauveur, est fondée sur le saint Évangile lui-même, qui nous apprend que la très pure Marie, après quarante jours passés dans la contemplation du doux fruit de sa glorieuse maternité, se rendit au Temple pour y accomplir, dans une humilité parfaite, tout ce que la loi prescrivait au commun des femmes d’Israël, quand elles étaient devenues mères.

    La commémoration de la Purification de Marie est donc indissolublement liée à celle de la Naissance même du Sauveur ; et l’usage de célébrer cette sainte et joyeuse quarantaine parait être d’une haute antiquité dans l’Église romaine. D’abord, pour ce qui est de la Nativité du Sauveur au 25 décembre, saint Jean Chrysostome, dans son Homélie sur cette Fête, nous apprend que les Occidentaux l’avaient dès l’origine célébrée en ce jour. Il s’arrête même à justifier cette tradition, en faisant observer que l’Église romaine avait eu tous les moyens de connaître le véritable jour de la naissance du Sauveur, puisque les actes du dénombrement exécuté par l’ordre d’Auguste en Judée se conservaient dans les archives publiques de Rome. Le saint Docteur propose un second argument tiré de l’Évangile de saint Luc, en faisant remarquer que, d’après l’écrivain sacré, ce dut être au jeûne du mois de septembre que le Prêtre Zacharie eut dans le Temple la vision, à la suite de laquelle son épouse Élisabeth conçut saint Jean-Baptiste : d’où il suit que la très sainte Vierge Marie ayant elle-même, suivant le récit du même saint Luc, reçu la visite de l’Archange Gabriel et conçu le Sauveur du monde au sixième mois de la grossesse d’Élisabeth, c’est-à-dire en mars, elle devait l’enfanter au mois de décembre.

    Les Églises d’Orient, néanmoins, ne commencèrent qu’au quatrième siècle à célébrer la Nativité de notre Seigneur au mois de décembre. Jusqu’alors elles l’avaient solennisée, tantôt au six de janvier, en la confondant, sous le nom générique d’Épiphanie, avec la Manifestation du Sauveur aux Gentils, en la personne des Mages ; tantôt, si l’on en croit Clément d’Alexandrie, au 25 du mois Pachon (15 de mai), ou au 25 du mois Pharmuth (20 avril). Saint Jean Chrysostome dans l’Homélie que nous venons de citer, et qu’il prononça en 386, atteste que l’usage de célébrer avec l’Église romaine la Naissance du Sauveur au 25 décembre, ne datait encore que de dix ans dans l’Église d’Antioche. Ce changement paraît avoir été intimé par l’autorité du Siège Apostolique, à laquelle vint se joindre, vers la fin du quatrième siècle, un édit des Empereurs Théodose et Valentinien, qui décrétait la distinction des deux fêtes de la Nativité et de l’Épiphanie. La seule Église d’Arménie a gardé l’usage de célébrer au 6 janvier ce double mystère ; sans doute parce que ce pays était indépendant de l’autorité des Empereurs, et qu’il fut d’ailleurs soustrait de bonne heure par le schisme et l’hérésie aux influences de l’Église romaine.

    La fête de la Purification de la sainte Vierge, qui clôt les quarante jours de Noël, paraît remonter dans l’Église latine à une si haute antiquité, qu’il est impossible d’assigner l’époque précise de son institution. Tous les liturgistes conviennent qu’elle est la plus ancienne des fêtes de la sainte Vierge, et qu’ayant son principe dans le récit même de l’Évangile, il est naturel qu’elle ait été célébrée dès les premiers siècles du Christianisme. Ceci doit s’entendre de l’Église romaine : car, pour ce qui est de l’Église orientale, nous n’y voyons cette fête définitivement établie au 2 février que sous l’empire de Justinien, au VI° siècle. Il est vrai qu’antérieurement à cette époque, la commémoration du mystère lui-même semblé n’avoir pas été totalement inconnue aux Orientaux ; mais elle n’était pas d’un usage aussi universel ; et, pour l’ordinaire, on la célébrait peu après la fête de Noël, et non au propre jour auquel la Mère de Dieu monta au Temple pour accomplir la loi.

    Si maintenant nous venons à considérer le caractère du Temps de Noël dans la Liturgie latine, nous sommes à même de reconnaître que ce temps est spécialement voué à la jubilation qu’excite dans toute l’Église l’avènement du Verbe divin dans la chair, et particulièrement consacré aux félicitations qui sont dues à la très pure Marie pour l’honneur de sa maternité. Cette double pensée d’un Dieu enfant et d’une Mère vierge se trouve exprimée à chaque instant dans les prières et dans les usages de la Liturgie.

    Ainsi, aux jours de Dimanche et à toutes les fêtes qui ne sont pas du rite double, dans tout le cours de cette joyeuse quarantaine, l’Église fait mémoire de la virginité féconde 2 de la Mère de Dieu, par trois Oraisons spéciales, dans la célébration du saint Sacrifice. En ces mêmes jours, aux Offices de Laudes et de Vêpres, elle implore le suffrage de Marie, en confessant hautement sa qualité de Mère de Dieu et la pureté inviolable 3 qui est demeurée en elle, même après l’enfantement. Enfin, l’usage de terminer chaque Office par la solennelle Antienne du moine Herman Contract, à la louange de la Mère du Rédempteur 4 , se continue jusqu’au jour même de la Purification.

    Telles sont les manifestations d’amour et de vénération par lesquelles l’Église, honorant le Fils dans la Mère, témoigne de sa religieuse allégresse, en cette saison de l’Année liturgique que nous désignons sous le nom de Temps de Noël. Il y faut joindre l’usage antique observé dans les provinces ecclésiastiques de France, dont l’Église métropolitaine est dédiée sous le titre de la Sainte Vierge, de suspendre en son honneur l’abstinence du samedi, durant cette quarantaine qui rappelle d’une manière si touchante la gloire et le bonheur de celle qui est à la fois la Mère du Créateur et la Mère du genre humain.

    Tout le monde sait que le Calendrier Ecclésiastique contient jusqu’à six dimanches après l’Épiphanie, pour les années où la fête de Pâques atteint ses dernières limites au mois d’avril. La quarantaine de Noël à la Purification renferme quelquefois jusqu’à quatre de ces dimanches. Souvent aussi elle n’en contient que deux, et quelquefois même qu’un seul, lorsque l’anticipation de la Pâque en certaines années contraint de faire remonter jusqu’en janvier le Dimanche de Septuagésime, et celui même de Sexagésime. Rien n’est innové cependant, ainsi que nous l’avons dit, dans les rites de cette joyeuse quarantaine, hors la couleur violette et l’omission de l’Hymne angélique, en ces dimanches précurseurs du Carême.

    Quoique la sainte Église honore avec une religion particulière, dans tout le cours du Temps de Noël, le mystère de l’Enfance du Sauveur, la marche du Calendrier qui, dans les années même où la fête de Pâques est le plus retardée, donne moins de six mois pour la célébration de l’œuvre de notre salut tout entière, savoir de Noël à la Pentecôte, oblige cette même Église d’anticiper, dans les lectures du saint Évangile, sur les événements de la vie active du Christ ; la Liturgie n’en demeure pas moins fidèle à nous rappeler les charmes de l’Enfant divin et la gloire incommunicable de sa Mère, jusqu’au jour où elle viendra le présenter au Temple.

    Les Grecs font aussi, dans leurs Offices, de fréquentes Mémoires de la maternité de Marie, dans toute cette saison ; mais ils ont surtout une vénération spéciale pour les douze jours qui s’écoulent de la fête de Noël à celle de l’Épiphanie : intervalle désigné dans leur Liturgie sous le nom de Dodécaméron. Durant ce temps, ils ne gardent aucune abstinence de viande ; et les Empereurs d’Orient avaient même statué que, pour le respect d’un si grand mystère, les œuvres serviles seraient interdites, et que les tribunaux eux-mêmes vaqueraient jusqu’après le 6 janvier.

    Telles sont les particularités historiques et les faits positifs qui servent à déterminer le caractère spécial de cette seconde partition de l’Année liturgique que nous désignons sous le nom de Temps de Noël. Le chapitre suivant développera les intentions mystiques de l’Église en cette saison si chère à la piété de ses enfants.

 

CHAPITRE II. MYSTIQUE DU TEMPS DE NOËL.

    Tout est mystérieux dans les jours où nous sommes. Le Verbe de Dieu, dont la génération est avant l’aurore, prend naissance dans le temps ; un Enfant est un Dieu ; une Vierge devient Mère et reste Vierge ; les choses divines sont mêlées avec les choses humaines, et la sublime et ineffable antithèse exprimée par le disciple bien-aimé dans ce mot de son Évangile : LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, s’entend répétée sur tous les tons et sous toutes les formes dans les prières de l’Église : car elle résume admirablement le grand événement qui vient d’unir dans une seule personne divine la nature de l’homme et la nature de Dieu.

    Mystère éblouissant pour l’intelligence, mais suave au cœur des fidèles, il est la consommation des desseins de Dieu dans le temps, l’objet de l’admiration et de l’étonnement des Anges et des Saints dans leur éternité, en même temps que le principe et le moyen de leur béatitude. Voyons en quelle manière la sainte Église le propose à ses enfants, sous les symboliques enveloppes de la Liturgie.

    Après l’attente des quatre semaines de préparation, image des quatre millénaires de l’ancien monde, nous voici arrivés au vingt-cinquième jour du mois de décembre, comme en une station désirée ; et tout d’abord il nous est naturel d’éprouver quelque étonnement en voyant ce jour garder à lui seul l’immuable prérogative de célébrer la Nativité du Sauveur ; tandis que le Cycle liturgique tout entier paraît en travail, chaque année, pour enfanter cet autre jour sans cesse variable auquel est attachée la mémoire du mystère de la Résurrection.

    Des le quatrième siècle, saint Augustin se trouvait amené à rendre raison de cette différence, dans sa fameuse Épître ad Januarium ; et il en donne ce motif, que nous ne célébrons le jour de la Naissance du Sauveur que pour nous remettre en mémoire cette Naissance opérée pour notre salut, sans que le jour même auquel elle a eu lieu renferme en soi quelque signification mystérieuse ; tandis que le propre jour de la semaine auquel s’est accomplie la Résurrection a été choisi dans les décrets éternels, pour exprimer un mystère dont il doit être fait une commémoration expresse jusqu’à la fin des siècles. Saint Isidore de Séville et l’ancien interprète des rites sacrés, qu’on a longtemps cru être le savant Alcuin, adoptent, sur cette matière, la doctrine de l’évêque d’Hippone ; et leurs paroles sont développées par Durand, dans son Rational.

    Ces auteurs observent donc que, suivant les traditions ecclésiastiques, la création de l’homme ayant eu lieu le vendredi, et le Sauveur ayant souffert la mort en ce même jour pour réparer le péché de l’homme ; d’autre part, la résurrection de Jésus-Christ s’étant accomplie le troisième jour après, c’est-à-dire le Dimanche, jour auquel la Genèse assigne la création de la lumière, « les solennités de la Passion et delà Résurrection, comme dit saint Augustin, n’ont pas seulement pour but de remettre en mémoire les faits qui se sont accomplis ; mais par-dessus cela, elles représentent et signifient quelque autre chose de mystérieux et de saint 5 . »

    Gardons-nous de croire cependant que, pour n’être attachée à aucun des jours de la semaine en particulier, la célébration de la fête de Noël au 25 décembre ait été complètement déshéritée de l’honneur d’une signification mystérieuse. D’abord, nous pourrions déjà dire, avec les anciens liturgistes, que la fête de Noël parcourt successivement les divers jours de la semaine, pour les purifier tous et les dégager de la malédiction que le péché d’Adam avait déversée sur chacun d’eux. Mais nous avons un bien plus sublime mystère à déclarer dans le choix du jour de cette solennité : mystère qui, s’il ne se rapporte pas à la division du temps dans les limites de cet ensemble que Dieu s’est tracé lui-même, et qu’on nomme la Semaine, vient se lie » de la manière la plus expressive au cours du grand astre parle moyen duquel la lumière et la chaleur, c’est-à-dire la vie, renaissent et s’entrÉtiennent sur la terre. Jésus-Christ, notre Sauveur, la Lumière du monde 6 , est né au moment où la nuit de l’idolâtrie et du crime s’épaississait le plus profondément en ce monde. Et voici que le jour de cette nativité, vingt-cinq décembre, se trouve être précisément celui où le soleil matériel, dans sa lutte avec les ombres, prêt à s’éteindre, se ranime tout à coup et prépare son triomphe.

    Dans l’Avent, nous avons signalé, avec les saints Pères, la décroissance de la lumière physique comme le triste emblème de ces jours de l’attente universelle ; nous avons crié avec l’Église vers le divin Orient, le Soleil de Justice, qui seul peut nous arracher aux horreurs delà mort du corps et de l’âme. Dieu nous a entendus ; et c’est au jour même du solstice d’hiver, fameux par les terreurs et les réjouissances de l’ancien monde, qu’il nous donne à la fois la lumière matérielle et le flambeau des intelligences.

    Saint Grégoire de Nysse, saint Ambroise, saint Maxime de Turin, saint Léon, saint Bernard, et les plus illustres liturgistes, se complaisent en ce profond mystère que le Créateur de l’univers a empreint d’un seul coup dans son œuvre à la fois naturelle et surnaturelle ; et nous verrons les prières de l’Église continuer d’y faire allusion au Temps de Noël, comme au Temps de l’Avent.

    « En ce jour que le Seigneur a fait, dit saint Grégoire de Nysse, dans son Homélie sur la Nativité, les ténèbres commencent à diminuer, et la lumière prenant accroissement, la nuit est refoulée au delà de ses frontières. Certes, mes Frères, ceci n’arrive ni par hasard, ni au gré d’une volonté étrangère, en ce jour même où resplendit Celui qui est la vie divine de l’humanité. C’est la nature qui, sous ce symbole, révèle un arcane à ceux dont l’œil est pénétrant, et qui sont capables de comprendre cette circonstance de l’avènement du Seigneur. Il me semble l’entendre dire : O homme, sache que sous les choses que tu vois, te sont révélés des mystères cachés. La nuit, tu l’as vu, était parvenue à sa plus longue durée, et tout à coup elle s’arrête. Songe à la funeste nuit du péché qui était arrivée au comble par la réunion de tous les artifices coupables : c’est aujourd’hui que son cours a été tranché. A partir de ce jour, elle est réduite, et bientôt anéantie. Vois maintenant les rayons du soleil plus vifs, l’astre lui-même plus élevé dans le ciel, et contemple en même temps la vraie lumière de l’Évangile qui se lève sur l’univers entier. »

    « Réjouissons-nous, mes Frères, s’écrie à son tour saint Augustin : car ce jour est sacré, non à cause du soleil visible, mais par la naissance de l’invisible créateur du soleil. Le Fils de Dieu a choisi ce jour pour naître, comme il s’est choisi une Mère, lui créateur à la fois et du Jour et de la Mère. Ce jour, en effet, auquel la lumière reprend accroissement, était propre à signifier l’œuvre du Christ qui, par sa grâce, renouvelle sans cesse notre homme intérieur. L’éternel Créateur ayant résolu de naître dans le temps, il fallait que le jour de sa naissance fût en harmonie avec la création temporelle 7 . »

    Dans un autre Sermon sur la même fête, l’évêque d’Hippone nous donne la clef d’une parole mystérieuse de saint Jean-Baptiste qui confirme merveilleusement la pensée traditionnelle de l’Église. Cet admirable Précurseur avait dit, en parlant du Christ : Il faut qu’il croisse, et il faut que moi-même je diminue 8 . Sentence prophétique qui, dans son sens littéral, signifiait que la mission de saint Jean-Baptiste touchait à sa fin, du moment que le Sauveur lui-même entrait dans l’exercice de la sienne ; mais voyons-y aussi, avec saint Augustin, un second mystère : « Jean est venu en ce monde dans le temps où les jours commencent à diminuer ; le Christ est né au moment où les jours commencent à croître 9 . »     Ainsi, tout est mystique : et le lever de l’astre du Précurseur au solstice d’été, et l’apparition du divin Soleil en la saison des ombres.

    La science courte et déjà surannée des Dupuis et des Volney pensait avoir grandement ébranlé les bases de la superstition religieuse, pour avoir constaté, chez les peuples anciens, l’existence d’une fête du soleil au solstice d’hiver ; il leur semblait qu’une religion ne pouvait plus passer pour divine, du moment que les usages de son culte eussent offert des analogies avec les phénomènes d’un monde que, suivant la Révélation, Dieu n’a cependant créé que pour le Christ et pour son Église. Nous, catholiques, nous trouvons la confirmation de notre foi, là même où ces hommes crurent un moment apercevoir sa ruine.

    Ainsi donc nous avons expliqué le mystère fondamental de notre joyeuse quarantaine, en dévoilant le grand secret caché dans la prédestination éternelle du vingt-cinquième jour de décembre à devenir le jour de la Naissance d’un Dieu sur la terre. Scrutons maintenant avec respect un second mystère, celui du lieu où s’accomplit cette Naissance.

    Ce lieu est Bethléem. C’est de Bethléem que doit sortir le chef d’Israël. Le Prophète l’a prédit 10  ; les Pontifes juifs le savent et sauront bien le déclarer, sous peu de jours, à Hérode 11 . Mais par quelle raison cette ville obscure a-t-elle été choisie de préférence à toute autre, pour devenir le théâtre d’un si sublime événement ? Soyez attentifs, ô chrétiens ! Le nom de cette cité de David signifie maison du Pain : voilà pourquoi le Pain vivant descendu du ciel 12 l’a choisie pour s’y manifester. Nos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts   13 ; mais voici le Sauveur du monde qui vient soutenir la vie du genre humain, au moyen de sa chair qui est vraiment nourriture 14 . Jusqu’ici Dieu était loin de l’homme ; désormais, ils ne feront plus qu’une môme chose. L’Arche d’Alliance qui ne renfermait que la manne des corps est remplacée par l’Arche d’une Alliance nouvelle ; Arche plus pure, plus incorruptible que l’ancienne : l’incomparable Vierge Marie, qui nous présente le Pain des Anges, l’aliment qui transforme l’homme en Dieu ; car le Christ a dit : Celui qui mange ma chair demeure en moi, et moi en lui 15 .

    C’est là cette divine transformation que le monde attendait depuis quatre mille ans, vers laquelle l’Église a soupiré durant les quatre semaines du Temps de l’Avent. L’heure est enfin venue, et le Christ va entrer en nous, si nous voulons le recevoir 16 . Il demande à s’unir à chacun de nous, comme il s’est uni à la nature humaine en général, et pour cela il se veut faire notre Pain, notre nourriture spirituelle. Son avènement dans les âmes, en cette saison mystique, n’a pas d’autre but. Il ne vient pas juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui 17 , pour que tous aient la vie, et une vie toujours plus abondante 18 . Il n’aura donc point de repos, ce divin ami de nos âmes, qu’il ne se soit substitué lui-même à nous, en sorte que nous ne vivions plus nous-mêmes en nous, mais lui en nous-mêmes ; et pour que ce mystère s’exécute avec plus de suavité, c’est d’abord sous la forme d’un enfant qu’il se dispose, ce doux fruit de Bethléem, à pénétrer en nous, pour y croître ensuite en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes 19 .

    Et lorsque, nous ayant ainsi visites par sa grâce et par l’aliment d’amour, il nous aura changés en lui-même, alors s’accomplira un nouveau mystère Devenus une même chair, un même cœur avec Jésus, Fils du Père céleste, nous deviendrons par là même les fils de ce même Père ; en sorte que le Disciple bien aimé s’écrie : O mes petits enfants ! voyez quelle charité nous a donnée le Père, que nous soyons les fils de Dieu, non pas seulement de nom, mais en réalité 20  ! Mais nous parlerons ailleurs, et à loisir, de cette suprême félicité de l’âme chrétienne, et des moyens qui lui sont offerts pour la maintenir et l’accroître.

    Nous aurions trop à dire, s’il nous fallait présentement montrer dans toute sa gloire le cortège-mystique qui environne la fête de Noël, sur le Cycle liturgique, à partir du jour même de la Nativité du Sauveur, jusqu’à celui de la Purification de la sainte Vierge. La plus magnifique pléiade de Saints et de Saintes se trouve avoir été semée autour du berceau de l’Enfant-Dieu. Sans parler des quatre grands astres qui rayonnent près de notre divin Soleil, duquel ils empruntent toute leur splendeur : saint Étienne, saint Jean l’Évangéliste, les saints Innocents et saint Thomas de Cantorbéry ; quelle autre fraction du Cycle présente, dans un si court espace, une aussi merveilleuse constellation ? Le Collège Apostolique fournit ses deux grands luminaires, saint Pierre et saint Paul, l’un sur sa Chaire Romaine, l’autre dans le miracle de sa Conversion ; l’armée des Martyrs nous envoie les valeureux champions du Christ : Timothée, Ignace d’Antioche, Polycarpe, Vincent et Sébastien ; la radieuse succession des Pontifes Romains détache quatre de ses plus glorieux noms : Sylvestre, Télesphore, Hygin et Marcel ; l’école sublime des Docteurs présente Hilaire, Jean Chrysostome, Ildefonse et l’angélique de Sales ; auxquels s’ajoute, comme eux Pasteur des peuples, Julien le Thaumaturge. La milice des Ascètes députe Paul l’ermite ; Antoine, le vainqueur de Satan ; Maur, l’apôtre des cloîtres ; Pierre Nolasque, le rédempteur des captifs ; Raymond de Pennafort, l’oracle du droit et le législateur des consciences. Au rang des défenseurs de la sainte Église éclate le pieux Canut, qui rencontra le martyre en la servant, et ce Charles dont le nom signifie la grandeur. Le chœur des Vierges sacrées est gracieusement représenté par la douce Agnès, la généreuse Emérentienne, l’invincible Martine, la secourable Geneviève ; enfin, dans les rangs plus humbles des veuves, nous vénérons Paule, l’amante de la Crèche, et la reine Bathilde, qui goûta le mystère de Bethléem. Mais n’anticipons pas sur les temps, et laissons se dérouler l’un après l’autre, dans toute la durée de notre quarantaine, les glorieux anneaux de cette chaîne triomphante.

    Il nous reste un mot à dire sur les couleurs symboliques que l’Église revêt dans cette saison. La blanche est celle qu’elle a adoptée durant les vingt premiers jours qui s’étendent jusqu’à l’Octave même de l’Épiphanie. Elle n’y déroge que pour honorer la pourpre des martyrs Étienne et Thomas de Cantorbéry, et aussi pour s’unir au deuil de Rachel qui pleure ses enfants, dans la fête des saints Innocents ; hors de ces trois occasions, la blancheur des vêtements sacrés exprime l’allégresse à laquelle les Anges ont convié les hommes, l’éclat du divin Soleil naissant, la pureté de la Vierge-Mère, la candeur des âmes fidèles qui se pressent autour du berceau de l’Enfant divin.

    Dans les vingt derniers jours, la multitude des fêtes des Saints exige que la parure de l’Église se montre en harmonie, tantôt avec les roses des Martyrs, tantôt avec les immortelles qui forment la couronne des Pontifes et des Confesseurs, tantôt avec les lis qui décorent les Vierges. Aux jours de dimanche, s’il ne se rencontre point quelque fête du rite double qui impose la couleur rouge ou blanche, et si la Septuagésime n’a pas encore ouvert la sombre série des semaines qui précèdent les douleurs du Christ, les vêtements de l’Église sont de la couleur verte. Le choix de cette couleur montre, suivant les liturgistes, que dans la Naissance du Sauveur, qui est la fleur des champs 21 est née aussi l’espérance de notre salut, et qu’après l’hiver de la gentilité et du judaïsme, le verdoyant printemps de la grâce a commencé son cours.

    Nous bornerons ici cette explication mystique des usages généraux du Temps de Noël. Il nous reste sans doute encore de nombreux symboles à dévoiler ; mais les mystères auxquels ils se rattachent, étant propres à certains jours en particulier, plutôt qu’à l’ensemble même de cette portion de l’Année liturgique, nous les traiterons en détail, jour par jour, et sans en omettre aucun.

    

CHAPITRE III. PRATIQUE DU TEMPS DE NOËL.

    Le moment est venu où l’âme fidèle va recueillir le fruit des efforts qu’elle a faits dans la carrière laborieuse de l’Avent, pour préparer une demeure au Fils de Dieu, qui veut prendre naissance en elle. Le jour des noces de l’Agneau est arrivé, et l’Épouse s’est préparée 22 . Or, l’Épouse, c’est la sainte Église ; l’Épouse, c’est toute âme fidèle. L’inépuisable Seigneur se donne tout entier, et avec une particulière tendresse, à tout le troupeau et à chacune des brebis du troupeau. Quelle parure revêtirons-nous donc pour aller au-devant de l’Époux ? Quelles perles, quels joyaux orneront nos âmes dans cette entrevue fortunée ? La sainte Église, dans sa Liturgie, nous instruit sur ce point ; et nous ne pouvons mieux faire, sans doute, que de l’imiter en tout, puisqu’elle est toujours agréée, et qu’étant notre Mère, nous la devons écouter sans cesse.

    Mais avant de parler de l’Avènement mystique du Verbe dans les âmes, avant de raconter les secrets de cette sublime familiarité du Créateur et de la créature, traçons d’abord, avec l’Église, les devoirs que la nature humaine et chacune de nos âmes ont à rendre à l’Enfant divin que tes cieux nous ont enfin donné comme une rosée bienfaisante. Durant l’Avent, nous nous sommes unis aux saints de l’ancienne Alliance pour implorer la venue de ce Messie Rédempteur ; maintenant qu’il est descendu, considérons quels hommages il convient de lui offrir.

    Or, l’Église, en ce saint temps, offre au Dieu-Enfant le tribut de ses profondes adorations, les transports de ses joies ineffables, l’hommage d’une reconnaissance sans bornes, la tendresse d’un amour non pareil. Ces sentiments, adoration, allégresse, reconnaissance, amour, forment aussi l’ensemble des devoirs que toute âme fidèle doit offrir à l’Emmanuel dans son berceau. Les prières de la Liturgie en fourniront l’expression la plus pure, la plus complète ; mais pénétrons la nature de ces sentiments, afin de les concevoir mieux, et de nous approprier plus intimement encore la forme sous laquelle la sainte Église les exprime.

    Notre premier devoir à remplir auprès du berceau du Sauveur est celui de l’adoration. L’adoration est le premier acte de la religion ; mais on peut dire que, dans le mystère de la Nativité, tout semble contribuer à rendre ce devoir plus sacré encore. Au ciel, les Anges se voilent la face et s’anéantissent devant le trône de Jéhovah ; les vingt-quatre vieillards abaissent continuellement leurs diadèmes devant la majesté de l’Agneau : que ferons-nous, pécheurs, membres indignes de la tribu rachetée, quand Dieu lui-même se montre à nous abaissé, anéanti à cause de nous ? quand, par le plus sublime renversement, les devoirs de la créature à l’égard du Créateur sont remplis par le Créateur lui-même ? quand le Dieu éternel s’incline, non plus seulement devant la Majesté infinie, mais devant l’homme pécheur ?

    Il est donc juste qu’à la vue d’un si étonnant spectacle, nous nous efforcions de rendre, par nos profondes adorations, au Dieu qui s’abaisse pour nous, quelque chose du moins de ce que son amour pour l’homme et sa fidélité aux ordres de son Père lui enlève. Il nous faut, sur la terre, imiter, en ce qui nous est possible, les sentiments des Anges dans le ciel, et n’approcher jamais du divin Enfant sans lui présenter tout d’abord l’encens d’une adoration sincère, la protestation de notre dépendance, enfin l’hommage d’anéantissement dû à cette Majesté infinie, d’autant plus digne de nos respects que c’est pour nous-mêmes qu’elle s’abaisse. Malheur donc à nous, si, rendus trop familiers par la faiblesse apparente du divin Enfant, par la douceur même de ses caresses, nous pensions pouvoir retrancher quelque chose de ce premier des devoirs, et oublier un moment ce qu’il est et ce que nous sommes !

    L’exemple de la très pure Marie servira puissamment à maintenir en nous cette humilité. Marie était humble devant son Dieu, avant d’être Mère ; devenue Mère, elle devient plus humble encore devant son Dieu et son Fils. Nous donc, viles créatures, pécheurs mille fois graciés, adorons de toutes nos puissances Celui qui, de si haut, descend jusqu’à notre bassesse, et efforçons-nous de le dédommager par nos abaissements, de sa crèche, de ses langes, de cette éclipse de sa gloire. Toutefois, c’est en vain que nous chercherions à descendre jusqu’au niveau de son humiliation ; il faudrait être un Dieu pour atteindre aux abaissements d’un Dieu.

    Mais la sainte Église n’offre pas seulement au Dieu-Enfant le tribut de ses profondes adorations ; le mystère de l’Emmanuel, du Dieu avec nous, est pour elle la source d’une ineffable allégresse. Le respect dû à un Dieu se concilie admirablement, dans ses sublimes cantiques, avec cette joie qu’ont recommandée les Anges. Elle tient à cœur d’imiter l’allégresse des bergers qui vinrent en hâte et tressaillants à Bethléem 23 , et cette joie aussi des Mages, lors-qu’au sortir de Jérusalem, ils aperçurent de nouveau l’étoile 24 . Delà vient que la chrétienté tout entière, l’ayant compris, célébrait l’Enfantement divin par ces chants joyeux et populaires, connus sous le nom de Noëls : usage précieux, dont les dernières traces vont s’effaçant parmi nous avec les douces traditions de la foi, mais que Rome notre Mère retrouve encore chaque année avec transport, lorsque descendent des Apennins ces musiciens champêtres qui viennent faire retentir de leurs joyeux accents les places et les rues de la Cité sainte.

    Or sus, chrétiens, associons-nous à cette jubilante allégresse ; il n’est plus temps de soupirer, ni de verser des larmes : Un petit Enfant nous est né 25 . Celui que nous attendions est enfin venu, et il est venu pour habiter avec nous. Aussi longue a été l’attente, aussi enivrant soit le bonheur de la possession. Le jour viendra assez tôt où cet enfant qui naît aujourd’hui, devenu homme, sera l’homme des douleurs. Nous lui compatirons alors ; présentement, ils nous faut nous réjouir de sa venue, et chanter auprès de son berceau avec les Anges. Ces quarante jours passeront vite ; acceptons à cœur ouvert la joie qui nous vient d’en haut comme un présent céleste. La divine Sagesse nous apprend que le cœur du juste est une fête continuelle 26 , parce que la paix est en lui : or, la Paix, en ces jours, nous est apportée sur la terre, la Paix aux hommes de bonne volonté.

    A cette allégresse mystique et délicieuse vient s’unir comme de lui-même le sentiment de la reconnaissance envers Celui qui, sans être arrêté par notre indignité, ni retenu par les égards dus à sa Majesté suprême, a voulu se choisir une mère parmi les filles des hommes, un berceau dans une étable : tant il avait à cœur de pousser l’œuvre de notre salut, d’écarter tout ce qui pourrait nous inspirer quelque crainte ou quelque timidité à son égard, de nous encourager par son exemple divin dans la voie d’humilité où il nous faut cheminer pour remonter au ciel d’où notre orgueil nous a fait déchoir.

    Recevons donc avec un cœur touché ce don précieux d’un libérateur Enfant. C’est le Fils unique du Père, de ce Père qui a tant aimé le monde, qu’il a livré son propre Fils 27  ; c’est ce Fils unique lui-même qui ratifie pleinement la volonté de son Père, et qui vient s’offrir pour nous parce qu’il le veut bien 28 . Certes, en nous le donnant, comme parle l’Apôtre, le Père ne nous a-t-il pas tout donné avec lui 29  ? O présent inestimable ! quelle gratitude pourrions-nous offrir comparable au bienfait, quand, du fond de notre misère, nous sommes incapables d’en apprécier même la valeur ? Dieu seul, dans ce mystère, sait bien ce qu’il nous donne, et l’Enfant divin qui, au fond de son berceau, en garde le secret.

    Mais, si la reconnaissance est hors de proportion avec le bienfait, qui donc acquittera la dette ? L’amour seul le pourra faire, parce que, tout fini qu’il est, du moins il ne se mesure pas et peut croître toujours. C’est pourquoi la sainte Église, en présence de la crèche, après avoir adoré, loué, rendu grâces, se sent éprise d’une indicible tendresse. Elle dit : Que vous êtes beau, ô mon bien-aimé 30  ! Que votre lever est doux à ma vue, ô divin Soleil de justice ! Que votre chaleur est vivifiante à mon cœur ! Combien votre triomphe est assuré sur mon âme, quand vous l’attaquez avec les armes de la faiblesse, de l’humilité et de l’enfance ! Et toutes ses paroles se changent en paroles d’amour ; et l’adoration, la louange, l’action de grâces, ne sont dans ses Cantiques que l’expression variée et intime de l’amour qui transforme tous ses sentiments.

    Nous aussi, chrétiens, suivons l’Église notre Mère, et portons nos cœurs à l’Emmanuel. Les Pasteurs lui font offre de leur simplicité, les Mages lui apportent de riches présents ; les uns et les autres nous enseignent que nul ne doit paraître en présence du divin Enfant, sans lui rendre un don digne de lui. Or, sachons-le bien : il dédaigne tout autre trésor que celui qu’il est venu chercher. L’amour l’a fait descendre du ciel ; plaignons le cœur qui ne lui rendrait pas l’amour !

    Telle est donc la matière des devoirs que nos âmes ont à rendre à Jésus-Christ dans ce premier Avènement, où il vint en chair et en infirmité, comme dit saint Bernard, non pour juger le monde, mais pour le sauver.

    Pour ce qui est de l’Avènement dans la gloire et de la majesté terrible du dernier jour, nous l’avons assez médité durant les semaines de l’Avent. La crainte de cette colère à venir a dû réveiller nos cœurs de leur assoupissement, et les préparer par l’humilité à recevoir la visite du Sauveur dans cet Avènement intermédiaire qui s’accomplit en secret au fond des âmes, et dont il nous reste à raconter l’ineffable mystère.

    Nous avons montré ailleurs comment le temps de l’Avent appartient à cette période de la vie spirituelle que la Théologie Mystique désigne sous le nom de Vie purgative, et durant laquelle l’âme se dégage du péché et des liens du péché, par la crainte des jugements de Dieu, par la mortification et la lutte corps à corps contre la concupiscence. Nous supposons donc que toute âme fidèle a traversé cette vallée d’amertume, pour être admise à ce festin auquel l’Église, par la bouche du Prophète Isaïe, convoquait tous les peuples au nom du Seigneur, en ce jour où l’on doit chanter : Voici notre Dieu : nous l’avons attendu ; il vient enfin nous sauver ; nous avons supporté ses délais ; tressaillons d’allégresse dans le salut qu’il nous apporte 31 . Il est même vrai de dire que, comme il y a dans la maison du Père céleste plusieurs demeures 32  ; ainsi, dans cette grande solennité, l’Église aperçoit parmi la multitude de ses enfants qui se presse en ces jours autour de la table où se distribue le Pain de vie, une grande variété de sentiments et de dispositions. Les uns étaient morts à la grâce, et les secours du saint temps de l’Avent les ont fait revivre ; les autres, vivant déjà, ont par leurs soupirs ravivé leur amour, et l’entrée dans Bethléem a été pour eux comme un renouvellement de la vie divine.

    Or, toute âme introduite dans Bethléem, c’est-à-dire dans la Maison du Pain, unie à Celui qui est la Lumière du monde 33 , cette âme ne marche plus dans les ténèbres. Le mystère de Noël est un mystère d’illumination, et la grâce qu’il produit dans notre âme l’établit, si elle est fidèle, dans ce second état de la vie mystique qui est appelé Vie illuminative. Désormais, nous n’avons plus à nous affliger dans l’attente du Seigneur ; il est venu, il a lui sur nous, et sa lumière ne s’éteint plus. Elle doit même croître à mesure que le Cycle liturgique va se développer. Puissions-nous réfléchir assez fidèlement dans nos âmes le progrès de cette lumière, et parvenir par son aide au bien de l’union divine qui couronne à la fois le Cycle et l’âme sanctifiée par le Cycle !

    Mais dans le mystère de Noël et des quarante jours de la Naissance, la lumière est encore proportionnée à notre faiblesse. C’est le Verbe divin, sans doute, la Sagesse du Père, qui nous est proposé à connaître et à imiter ; mais ce Verbe, cette Sagesse, apparaissent sous les traits de l’enfance. Que rien donc ne nous empêche d’approcher. Ce n’est pas ici un trône, c’est un berceau ; ce n’est pas un palais, c’est une étable ; il ne s’agit pas encore de travaux, de sueurs, de croix et de sépulcre ; moins encore de gloire et de triomphe ; il n’est question que de douceur, de silence, de simplicité. Approchez donc, nous dit le Psalmiste, et vous serez illuminés 34 .

    Qui pourrait dignement raconter le mystère de l’enfance du Christ dans les âmes, et de l’enfance des âmes dans le Christ ? Ce double mystère qui s’accomplit en ce saint temps, a été merveilleusement rendu par saint Léon dans son sixième Sermon sur la Nativité du Sauveur, quand il dit : « Quoique cette enfance que n’a pas dédaignée la majesté du Fils de Dieu ait successivement fait place à l’âge de l’homme parfait, et qu’après le triomphe de la Passion et de la Résurrection, toute la suite des actes de l’humilité dont le Verbe s’était revêtu pour nous soit à jamais achevée, la solennité présente renouvelle pour nous la Naissance de Jésus par la Vierge Marie ; et en adorant la Naissance de notre Sauveur, il advient que c’est notre propre origine que nous célébrons. En effet, cette génération temporelle du Christ est la source du peuple chrétien, et la naissance du Chef est à la fois celle du corps. Sans doute, chacun des appelés a son rang propre, et les enfants de l’Église sont distincts les uns des autres par la succession des temps ; toutefois l’ensemble des fidèles, sorti de la fontaine baptismale, de même qu’il est crucifié avec le Christ dans sa Passion, ressuscité dans sa Résurrection, placé à la droite du Père dans son Ascension, est aussi enfanté avec lui dans cette Nativité. Tout homme, en quelque partie du monde des croyants qu’il habite, est régénéré dans le Christ ; l’ancienneté de sa première génération est tranchée ; il renaît en un nouvel homme, et désormais il ne se trouve plus dans la filiation de son père charnel, mais bien dans la nature même de ce Sauveur qui s’est fait Fils de l’homme, afin que nous puissions devenir fils de Dieu. »

    Le voilà, le mystère de Noël ! C’est bien là ce que nous dit le Disciple bien-aimé dans la Leçon du saint Évangile que l’Église nous propose à la troisième Messe de cette grande fête. A ceux qui ont bien voulu le recevoir, il leur a donné de devenir fils de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. Donc, tous ceux qui après avoir purifié leur âme, après s’être affranchis de la servitude de la chair et du sang, après avoir renoncé à tout ce qu’ils tiennent de l’homme pécheur, veulent ouvrir leur cœur au Verbe divin, à cette LUMIERE qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres n’ont point comprise, ceux-là naissent avec Jésus-Christ, ils naissent de Dieu ; ils commencent une vie nouvelle, comme le Fils de Dieu lui-même dans ce mystère.

    Qu’ils sont beaux ces préludes de la vie chrétienne ! Qu’elle est grande la gloire de Bethléem, c’est-à-dire de la sainte Église, la véritable Maison du Pain, au sein de laquelle en ces jours, par toute la terre, se produit une si immense multitude de fils de Dieu ! O perpétuité de nos Mystères que rien n’épuise ! l’Agneau immolé dès le commencement du monde s’immole à jamais depuis son immolation réelle ; et voilà que, né une fois de la Vierge Marie, il met sa gloire à renaître sans fin dans les âmes. Et ne pensons pas que l’honneur de la Maternité divine en soit diminué, comme si chacune de nos âmes se trouvait atteindre désormais à la dignité de Marie. « Loin de là, nous dit le Vénérable Bède dans son commentaire sur saint Luc, il nous faut élever la voix du milieu de la foule, comme cette femme de l’Évangile qui figurait l’Église catholique, et dire au Sauveur : Heureux le sein qui vous a porté et les mamelles qui vous ont allaité ! » Prérogative incommunicable, en effet, et qui établit à jamais Marie Mère de Dieu et Mère du genre humain. Mais ce n’est pas à dire pour cela qu’il nous faille oublier la réponse que le Sauveur fit à la femme dont parle saint Luc : Plus heureux encore, lui dit-il, ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique 35  ! « Par cette sentence, poursuit le Vénérable Bède, le Christ déclare bienheureux non plus seulement celle qui eut la faveur d’engendrer corporellement le Verbe de Dieu, mais aussi tous ceux qui s’appliqueront à concevoir spirituellement ce même Verbe par l’obéissance de la foi, et qui, par l’application aux bonnes œuvres, l’enfanteront dans leur propre cœur et dans celui de leurs frères, et l’y nourriront avec un soin maternel. Si donc la Mère de Dieu est appelée justement bienheureuse parce qu’elle a été le ministre de l’incarnation du Verbe dans le temps, combien plus heureuse est-elle d’être demeurée toujours dans son amour ! »

    N’est-ce pas la même doctrine que nous déclare le Sauveur dans une autre circonstance, quand il dit : Celui qui fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, il est ma sœur, il est ma mère 36 . Et pourquoi l’Ange fut-il député à Marie préférablement à toute autre des filles d’Israël, si ce n’est parce qu’elle avait déjà conçu le Verbe divin dans son cœur, par l’intégrité de son amour, la grandeur de son humilité, l’incomparable mérite de sa virginité ? De même aussi, quelle est la cause de cette splendeur de sainteté qui reluit en la Mère de Dieu jusque dans l’éternité, si ce n’est parce que cette bénie entre toutes les femmes ayant une fois conçu et enfanté selon la chair le Fils de Dieu, elle le conçoit et l’enfante à jamais selon l’esprit, par sa fidélité à toutes les volontés du Père céleste, par son amour pour la lumière incréée du Verbe divin, par son union avec l’Esprit de sanctification qui habite en elle.

    Mais nul de la race humaine n’est déshérité de l’honneur de suivre Marie, quoique de loin, dans la prérogative de cette maternité spirituelle, maintenant que cette auguste Vierge a rempli la tâche glorieuse de nous ouvrir le chemin par l’enfantement temporel que nous célébrons, et qui a été pour le monde l’initiation aux mystères de Dieu. Dans les semaines de l’Avent, nous avons dû préparer la voie du Seigneur ; déjà nous devons l’avoir conçu lui-même dans nos âmes ; hâtons-nous de l’enfanter dans nos œuvres, afin que le Père céleste, ne nous voyant plus nous-mêmes en nous, mais seulement son Verbe qui croîtra en nous, puisse dire de nous, dans sa miséricorde, comme autrefois il dit dans sa vérité : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances 37 .

    Pour cela, soyons attentifs à la doctrine du séraphique saint Bonaventure, qui nous montre disertement comment s’opère la naissance de Jésus-Christ dans les âmes. « Cette heureuse naissance a lieu, dit le saint Docteur dans une Exhortation sur la Fête de Noël , quand l’âme, préparée par une longue considération, passe enfin à l’action ; quand la chair étant soumise à l’esprit, l’œuvre bonne arrive à son tour : alors la paix et la joie intérieures renaissent dans l’âme. Dans cette nativité, il n’y a ni lamentations, ni douleurs, ni larmes ; tout est admiration, tressaillement et gloire. Mais si Cet enfantement t’agrée, o âme dévote ! songe à être Marie. Or, ce nom signifie amertume : pleure amèrement tes péchés ; il signifie encore illuminatrice : deviens brillante de vertus ; il signifie enfin maîtresse : sache dominer sur les passions de la chair. Alors le Christ naîtra de toi, sans douleur et sans travail. C’est alors que l’âme connaît et goûte combien est doux le Seigneur Jésus. Elle l’éprouve, cette douceur, quand, par de saintes méditations, elle nourrit cet Enfant divin ; quand elle le baigne dans ses larmes ; quand elle l’enveloppe de ses chastes désirs ; quand elle le presse dans les embrassements d’une tendresse sainte ; quand elle le réchauffe dans le plus intime de son cœur. O heureuse crèche de Bethléem ! en toi je trouve le Roi de gloire ; mais plus heureux que toi est le cœur pieux qui contient spirituellement Celui que tu n’as pu contenir que corporellement. »

    Or, pour passer ainsi de la conception du Verbe à sa naissance dans nos âmes, en un mot, pour passer de l’Avent au Temps de Noël, il nous faut avoir sans cesse les yeux de notre cœur sur Celui qui veut naître en nous, et en qui renaît la nature humaine. Nous devons nous montrer jaloux de reproduire ses traits dans notre faible et lointaine imitation, et d’autant plus que l’Apôtre nous dit que c’est l’image de son Fils que le Père céleste cherchera en nous, lorsqu’il s’agira de nous déclarer capables de la divine prédestination 38 .

    Écoutons donc la voix des Anges, et passons jusqu’à Bethléem. Voici votre signe, nous est-il dit : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche 39 . Donc, O chrétiens, il vous faut devenir enfants ; il vous faut de nouveau connaître les langes de l’enfance ; il vous faut descendre de votre hauteur, et venir auprès du Sauveur descendu du ciel, vous cacher aussi dans l’humilité de la crèche. Ainsi, commencerez-vous avec lui une nouvelle vie ; ainsi la lumière, qui va toujours croissant jusqu’au jour parfait 40 , vous éclairera-t-elle sans plus jamais vous quitter ; et, commençant par voir Dieu dans cet éclat naissant qui laisse encore place à la foi, vous mériterez de le voir dans la splendeur de la Transfiguration divine, et vous vous préparerez pour la félicité de cette UNION qui n’est plus seulement la lumière, mais la plénitude et le repos de l’amour.

    Jusqu’ici nous avons parlé pour les membres vivants de l’Église ; nous avons eu en vue et ceux qui sont venus au Seigneur durant la sainte carrière de l’Avent, et ceux qui, vivants de la grâce de l’Esprit Saint lorsque finit le Cycle dernier, ont commencé le nouveau dans l’attente et la préparation, et se disposent à renaître avec le divin Soleil ; mais nous ne devons pas oublier ceux de nos frères qui ont voulu mourir, et que ni l’approche de l’Emmanuel, ni l’attente universelle, n’ont pu réveiller dans leurs sépulcres. Nous devons aussi leur annoncer, au sein de cette mort volontaire, mais guérissable, qu’ils ont voulue, que la bénignité et la miséricorde de notre Dieu Sauveur ont apparu au monde 41 . Si donc notre livre tombait par hasard entre les mains de quelques-uns de ceux qui, sollicités de se rendre à l’Enfant tout-puissant, ne l’auraient pas fait encore, et qui, au lieu de soupirer vers lui durant les semaines qui viennent de s’écouler, auraient passé cette sainte carrière dans le péché et l’indifférence, nous voudrions leur rappeler l’ancienne pratique de l’Église, attestée par le quinzième Canon du Concile d’Agde, en 5o6. dans lequel est décrétée pour tous les fidèles l’obligation de s’approcher de la divine Eucharistie en la Fête de Noël, aussi bien qu’en celles de Pâques et de la Pentecôte, sous peine de n’être plus tenus pour Catholiques. Nous aimerions à leur dépeindre la joie de l’Église, qui, dans le monde entier, malgré le refroidissement de la charité, voit encore en ces jours d’innombrables fidèles célébrer la Naissance de l’Agneau qui ôte les péchés du monde, parla participation réelle à son corps et à son sang.

    Sachez-le donc bien, ô pécheurs : cette fête de Noël est une fête de grâce et de miséricorde, dans laquelle le juste et l’injuste se trouvent réunis à la même table. Pour la naissance de son Fils, le Père céleste a résolu d’octroyer grâce à de nombreux coupables ; il veut même n’exclure du pardon que ceux qui s’obstineraient eux-mêmes à repousser la miséricorde. Ainsi, et non autrement, doit être célébrée la venue de l’Emmanuel.

    Au reste, ces paroles d’invitation, nous ne les proférons point de notre chef et avec imprudence ; c’est au nom de l’Église même, qui vous invite à commencer l’édifice de votre vie nouvelle, en ce jour où le Fils de Dieu ouvre le cours de sa vie humaine. Nous les empruntons à un grand et saint Évêque du moyen âge, le pieux Rhaban Maur, qui, dans une Homélie sur la Naissance du Sauveur, ne craignait pas de convier les pécheurs avenir s’asseoir à côté des justes, dans cette heureuse Étable où les animaux dépourvus de raison surent reconnaître leur Maître.

    « Je vous en supplie, Frères bien-aimés, disait-il, recevez de bon cœur les paroles que le Seigneur me donnera pour vous, dans cette très douce journée qui donne la componction aux infidèles mêmes et aux pécheurs, en cette jour-ci née qui voit le pécheur implorer le pardon dans les larmes de la componction, le captif ne plus désespérer de son retour à la patrie, le blessé désirer son remède. C’est en ce jour que naît l’Agneau qui ôte les péchés du monde, le Christ, notre Sauveur : nativité qui est la source d’une joie délicieuse pour celui dont la conscience est en paix ; qui réveille la crainte en celui dont le cœur était malade ; jour vraiment doux et rempli de pardon pour les âmes pénitentes. Je n vous le promets donc, ô mes petits enfants ! et je le dis avec certitude : quiconque, en ce jour, voudra se repentir et ne retourner plus au vomissement de son péché, tout ce qu’il demandera lui sera accordé. Une seule condition lui sera imposée : qu’il ait une foi sans hésitation, et qu’il ne recherche plus ses vains plaisirs.

    « Certes, aujourd’hui que le péché du monde entier est détruit, comment le pécheur pourrait-il désespérer ? En ce jour où naît le Seigneur, promettons, Frères très chers, promettons à ce Rédempteur, et tenons nos promesses, ainsi qu’il est écrit : Venez au Seigneur votre Dieu, et rendez-lui vos vœux. Promettons avec paix et confiance ; il saura bien nous donner le moyen de tenir nos engagements. Toutefois, comprenez bien qu’il ne s’agit point ici d’offrir des choses périssables et terrestres. Chacun de nous doit offrir cela même que le Sauveur a racheté en nous, savoir son âme. Que si vous me dites : Et comment offrirai-je mon âme au Sauveur, qui déjà l’a dans sa puissance ? je vous répondrai : Vous offrirez votre âme par des mœurs pieuses, des pensées chastes, des œuvres vivantes, en vous détournant du mal, en vous tournant vers le bien, en aimant Dieu et le prochain, en faisant miséricorde, parce que nous fûmes nous-mêmes misérables avant de recevoir miséricorde ; en pardonnant à ceux qui pèchent contre nous, parce que nous-mêmes avons été en péché ; en foulant sous nos pieds l’orgueil, parce que c’est l’orgueil qui égara le premier homme. »

    Ainsi s’exprime la miséricorde de la sainte Église conviant les pécheurs au festin de l’Agneau jusqu’à ce que la salle soit remplie 42 . Cette Épouse de Jésus-Christ est dans la joie par l’effet de la grâce de renaissance que lui octroie le divin Soleil. Une nouvelle année commence pour elle, et doit être féconde comme toutes les autres en fleurs et en fruits. L’Église renouvelle sa jeunesse comme celle de l’aigle ; elle va présider encore une fois sur cette terre au développement du Cycle sacré, et répandre tour à tour sur le peuple fidèle les grâces dont ce Cycle est le moyen. Présentement, c’est la connaissance et l’amour du Dieu enfant qui nous sont offerts : soyons dociles à cette initiation première, pour mériter de croître avec le Christ en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes 43 . Le mystère de Noël est la porte de tous les autres ; mais il est de la terre et non du ciel. « Nous ne pouvons pas encore, dit saint Augustin (Sermon XI° sur la Naissance du Seigneur), nous ne pouvons pas encore contempler l’éclat de Celui qui est engendré par le Père avant l’aurore 44  ; visitons Celui qui est né d’une Vierge aux heures de la nuit. Nous ne comprenons pas comment son Nom est avant le soleil 45  ; confessons qu’il a placé son tabernacle dans celle qui est pure comme le soleil 46 . Nous ne voyons pas encore le Fils unique qui habite au sein du Père ; remettons-nous en mémoire l’Époux qui sort de sa chambre nuptiale 47 . Nous ne sommes pas encore mûrs pour le festin de notre Père ; reconnaissons la Crèche de Jésus-Christ notre Maître 48 . »

 

CHAPITRE IV. PRIÈRES DU MATIN ET DU SOIR, AU TEMPS DE NOËL.

 

    Au temps de Noël, le chrétien, dès son réveil, s’unira à la sainte Église qui, dans l’Office des Matines de la Nativité du Sauveur, convoque tous les fidèles à venir adorer le Messie par ces solennelles paroles :

Christus natus est nobis : venite adoremus !

Le Christ nous est né : venez, adorons-le !

 

    Il adorera profondément cette Majesté devenue si familière, et accomplira sous cette impression les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l’Église elle-même, la forme de ses sentiments.

    

    PRIÈRE DU MATIN

 

    D’abord la louange et l’adoration à la très sainte Trinité

    V/ Benedicamus Patrem et Filium, cum Sancto Spiritu.

    R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.

    V/. Gloria Patri, et Filio et Spiritui Sancto ;

    R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

 

    V/ Bénissons Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

    R/. Louons-le et exaltons-le dans tous les siècles.

    V/. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    R/. Comme il était au commencement , maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.     Amen.

    Puis la louange à Jésus- Christ, notre Sauveur :

    V/. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi ;

    R/. Quia per sanctam Crucem tuam redemisti mundum.

    V/. Nous vous adorons, ô Christ ! et nous vous bénissons ;

    R/. Parce que, par votre sainte Croix, vous avez racheté le monde.

    Ensuite, l’invocation au Saint-Esprit :

    Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium,et tui amoris in eis ignem accende.

    Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre     amour.

    Après ces actes fondamentaux, on récitera l’Oraison Dominicale, demandant à Dieu , Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il veuille bien glorifier son saint nom sur la terre, maintenant qu’il a envoyé son Fils, sur le berceau duquel les Anges ont chanté : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Ce divin Messie vient établir le règne de Dieu ; il vient faire la volonté de son Père, et nous apprendre à la faire sur la terre comme on la fait au ciel. Associons-nous à ses divines intentions. Demandons avec instance de participer à ce Pain céleste qui vient de naître en Bethléhem.

    L’ORAISON DOMINICALE

    Pater noster, qui es in cœlis, sanctificetur Nomen tuum : adveniat regnum tuum : fiat voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.

    Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libera nos a malo. Amen.

    Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

    Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonnez-nous nos offenses. comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.

 

    On adressera ensuite la Salutation Angélique à Marie. C’est maintenant qu’elle est bénie entre toutes les femmes : son sein virginal a produit le Fruit divin que la terre attendait ; et toute créature doit la proclamer Mère de Dieu.

    LA SALUTATION ANGÉLIQUE.

    Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.

    Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.

    Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

    Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.

    Il faut réciter ensuite le Symbole de la Foi , en prononçant avec une attention particulière ces paroles : Est né de la Vierge Marie ; et, adorant le Sauveur qui a daigné descendre des cieux dans une étable.

    LE SYMBOLE DES APÔTRES.

    Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae

    Et in Jesum Christum Filium ejus unicum, Dominum nostrum : qui conceptus est de Spiritu Sancto : natus ex Maria Virgine, passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus et sepultus : descendit ad in coelos, tertia die resurrexit a mortuis : ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis : inde venturus est judicare vivos et mortuos.

    Credo in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam Catholicam , Sanctorum communionem, remissionem peccatorum, carnis resurrectionem, vitam aeternam. Amen.

    Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

    Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est ne de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce-Pilate et a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts ; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; d’où il viendra juger les vivants et les morts.

    Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, la communion des Saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.

 

    Après la Profession de Foi, on s’efforcera d’entrer dans des sentiments de pénitence et de componction au souvenir des péchés qu’on a commis, et on s’excitera à une vive reconnaissance envers le divin Agneau qui vient à nous laver nos crimes dans son sang, et nous donner part à sa divinité. On pourra emprunter ces belles strophes d’une Hymne de l’Eglise, pour célébrer ces ineffables mystères, dont le souvenir doit à jamais entretenir dans nos cœurs le regret d’avoir offensé une Majesté si miséricordieuse.

    HYMNE.

A solis ortus cardine
adusque terrae limitem
Christum canamus Principem,
natum Maria Virgine.
Beatus auctor saeculi
servile corpus induit,
ut carne carnem liberans
non perderet quod condidit.

Feno iacere pertulit,
praesepe non abhorruit,
parvoque lacte pastus est
per quem nec ales esurit.
Gaudet chorus caelestium
et Angeli canunt Deum,
palamque fit pastoribus
Pastor, Creator omnium.

Du point où se lève le soleil, jusqu’aux limites de la terre, chantons le Christ Roi, né de la Vierge Marie.

Le glorieux Auteur du monde revêt un corps de servitude ; par la chair il délivre la chair ; il sauve de leur perte ceux qu’il avait crées.

Il a accepté pour couche un peu de paille ; il n’a pas eu horreur d’une crèche ; il s’est nourri d’un peu de lait, lui qui rassasie jusqu’au petit oiseau.

Les chœurs célestes se réjouissent, et les Anges chantent à Dieu ; il se manifeste aux bergers, le Pasteur Créateur de tous les êtres.

    

    Puis on confessera humblement ses péchés, en se servant pour cela de la formule générale usitée dans l’Église.

    LA CONFESSION DES PÉCHÉS.

    Confiteor Deo omnipotenti, beatae Mariae semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptistae, sanctis Apostolis Petro et Paulo, et omnibus Sanctis, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

    Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum , beatum Johannem Baptistam , sanctos Apostolos Petrum et Paulum, et omnes Saoctos, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

    Misereatur nostri omnipotens Deus, et dimissis peccatis nostris, perducat nos ad vitam aeternam. Amen.

    Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. Amen.

 

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les Saints, que j’ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres : par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute.

    C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul et tous les Saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

    Que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous, qu’il nous pardonne nos péchés et nous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

    Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il.

 

    Ici on pourra faire la Méditation, si l’on est dans l’usage de ce saint exercice. Elle doit principalement porter, au temps de Noël, sur la Naissance de Jésus-Christ dans nos âmes. Dans cette période de l’année liturgique, il nous faut reprendre par la base notre édifice spirituel, et prêter une docilité d’enfant aux mouvements que nous communiquera le divin Esprit. Pour objet de contemplation, et aussi d’encouragement, nous avons présent sous les yeux le Verbe incarné enveloppé de langes, couché dans la crèche, présenté au Temple, puis transporté en Égypte. Captif de son amour dans ces nécessités d’une enfance volontaire, il se montre tout à fait imitable à notre faiblesse. Saint Luc nous apprend de la très pure Marie qu’elle conservait le souvenir de tous ces mystères, et qu’elle les repassait dans son cœur. Profitons de l’exemple que nous donne la Vierge bénie, et nourrissons notre âme de cette manne céleste. Laissons-nous illuminer par les rayons de cette splendeur cachée mais pénétrante ; et si nous voulons monter avec Jésus sur le Thabor, suivons-le aujourd’hui dans la voie du dénûment, de la simplicité et de l’humilité. Plus l’édifice que l’architecte veut bâtir doit être élevé, plus il a soin d’en creuser profondément les fondations. Le Christ ne descend non plus à cet abaissement, que parce que l’œuvre qu’il a entreprise doit s’achever dans les hauteurs du ciel. Associés, nous-mêmes qui sommes ses membres, à sa destinée, il nous faut donc lui tenir fidèle compagnie dans son humble berceau comme plus tard sur sa croix, pour avoir droit de nous asseoir avec lui à la droite du Père, au jour de la glorification.

    La Méditation étant achevée, et même dans le cas où l’on eût été empêché de la faire, on demandera à Dieu par les prières suivantes la grâce d’éviter toute sorte de péchés durant la journée qui commence, disant toujours avec l’Église :

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Domine, Deus omnipotens, qui ad principium hujus diei nos pervenire fecisti, tua nos hodie salva virtute, ut in hac die ad nullum declinemus peccatum ; sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procedant eloquia, dirigantur cogitationes et opera. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus , per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur, Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de ce jour, sauvez-nous aujourd’hui par votre puissance, afin que, durant le cours de cette journée, nous ne nous laissions aller à aucun péché ; mais que nos paroles, nos pensées et nos envies tendent toujours à l’accomplissement de votre justice. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

        Puis s’unissant à l’Église qui implore la venue de Jésus-Christ aux Heures de l’Office divin, et dans l’action du saint Sacrifice, on dira en union avec elle :

    V. Verbum caro factum est. Alleluia.

    R. Et habitavit in nobis. Alleluia.

    V. Le Verbe s’est fait chair. Alleluia.

    R. Et il a habité parmi nous. Alleluia.

        ORAISON.

    Da nobis, quaesumus, omnipotens Deus, ut qui nova incarnati Verbi tui luce perfundimur; hoc in nostro resplendeat opere quod per fidem fulget in mente. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

        Dieu tout-puissant, qui daignez nous inonder de la nouvelle lumière de votre Verbe en son incarnation ; daignez faire resplendir en nos œuvres de même éclat, qui, par la foi, illumine déjà nos âmes. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Dans le cours de la journée, il sera convenable de s’occuper des lectures et prières qui sont assignées ci-après, pour chacun des jours de cette quarantaine, tant au Propre du Temps qu’au Propre des Saints. Le soir étant arrivé, on pourra faire la Prière en la manière suivante.

 

    PRIERE DU SOIR.

 

    Après le signe de la Croix, on commencera par adorer et louer le Fils de Dieu incarné et visitant les hommes pour les sauver, et l’on empruntera les strophes suivantes à l’une des Hymnes dont se sert l’Église dans ce saint temps :

    Jesu, Redemptor omnium,

    Quem lucis ante originem

    Parem paternoe glorias

    Pater supremus edidit ;

    Tu lumen et splendor Patris,

    Tu spes perennis omnium,

    Intende quas fundunt preces,

    Tui per orbem servuli.

    Memento, rerum Conditor,

    Nostri quod olim corporis

    Sacrata ab alvo Virginis

    Nascendo formam sumpseris.

    Jesu, tibi sit gloria

    Qui natus es de Virgine,

    Cum Patre et almo Spiritu

    In sempiterna sœcula. Amen.

 

    Jésus, Rédempteur de tous les hommes ; vous que le souverain Père a engendré semblable à sa propre gloire, avant le lever de la première aurore ;

    Lumière et splendeur de ce Père divin , espérance immortelle de nous tous, écoutez les prières que font monter vers vous, par tout l’univers, vos humbles serviteurs.

    Souvenez-vous, Créateur de la nature, qu’un jour vous naquîtes de l’auguste sein d’une Vierge , ayant daigné prendre notre forme corporelle.

    A vous donc la gloire, ô Jésus, fils de la Vierge ! Gloire aussi au Père et à l’Esprit de fécondité, dans les siècles éternels. Amen.

 

    Après cette Hymne, on récitera l’Oraison Dominicale, la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres, en la manière qui a été marquée ci-dessus pour la Prière du Matin.

    On fera ensuite l’Examen de conscience, en repassant dans son esprit toutes les fautes de la journée, reconnaissant combien le péché nous rend indignes des desseins de Dieu sur nous, et prenant la résolution ferme de l’éviter à l’avenir, d’en faire pénitence et d’en fuir les occasions.

    L’Examen étant terminé, on récitera le Confiteor avec une componction sincère, et on ajoutera un acte explicite de Contrition, pour lequel on pourra su servir de cette formule que nous empruntons à la Doctrine chrétienne ou Catéchisme du Vénérable Cardinal Bellarmin :

    ACTE DE CONTRITION.

    Mon Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir offensé, et je me repens de tout mon cœur de mes pèches : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre mal, parce que, en péchant, non seulement j’ai perdu le Paradis et mérité l’Enfer, mais bien plus encore parce que je vous ai offensée, Bonté infime, digne d’être aimée par-dessus toutes choses. Je fais un ferme propos de ne jamais plus vous offenser à l’avenir, moyennant votre divine grâce, et de fuir l’occasion du péché.

    On pourra ajouter les Actes de Foi, d’Espérance et de Charité, à la récitation desquels Benoît XIV a attaché sept ans et sept quarantaines d’indulgence pour chaque fois.

    ACTE DE FOI.

    Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Église Catholique-Apostolique-Romaine m’ordonne de croire, parce que vous le lui avez révèle, vous qui êtes la Vérité même.

ACTE D’ESPÉRANCE.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes tout-puissant, infiniment bon et miséricordieux, j’espère que, par les mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle que vous avez promise à quiconque fera les œuvres d’un bon Chrétien, comme je me propose de faire avec votre secours.

    ACTE DE CHARITÉ.

    Mon Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus dessus toutes choses ; je suis disposé atout perdre plutôt que de vous offenser ; et aussi, pour votre amour, j aime et veux aimer mon prochain comme moi-même.

        On s’adressera ensuite à la très sainte Vierge, récitant en l’honneur de son ineffable Maternité l’Antienne suivante :

    ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.

    Alma Redemptoris Mater, quae pervia cœli

    Porta manes, et Stella maris, succurre cadenti,

    Surgere qui curat populo : tu quae genuisti,

    Natura mirante, tuum sanctum Genitorem.

    Virgo prius ac posterius,

    Gabrielis ab ore

    Sumens illud Ave, peccatorum miserere.

    V/. Post partum, Virgo, inviolata permansisti.

    R/. Dei Genitrix, intercede pro nobis.

    OREMUS

Deus, qui salutis aeternae, beatae Marie virginitate fecunda, humano generi praemia praestitisti: tribue, quaesumus, ut ipsam pro nobis intercedere sentiamus, per quam meruimus auctorem vitae suscipere, Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum. Amen.

 

    Féconde Mère du Rédempteur, vous qui êtes la Porte du ciel sans cesse ouverte et l’Etoile de la mer, secourez ce peuple qui tombe, mais qui désire se relever. Au grand étonnement de la nature, vous avez donné naissance à votre divin Auteur. Vierge dans la conception, Vierge après l’enfantement, vous à qui Gabriel adresse le salut, daignez prendre pitié des pauvres pécheurs.

    V/. Vous êtes demeurée sans tache après l’enfantement, ô Vierge !

    R/. Mère de Dieu, intercédez pour nous.

    PRIONS.

    O Dieu qui, par la féconde virginité de la bienheureuse Vierge Marie, avez procuré au genre humain le don du salut éternel ; daignez, nous vous en supplions, nous faire éprouver l’intercession de cette Vierge par laquelle nous avons eu le bonheur de recevoir l’auteur de la vie, Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur. Amen.

    Il sera convenable d’ajouter ici les Litanies de la sainte Vierge, à la récitation desquelles les souverains Pontifes ont accordé trois cents jours d’indulgence pour chaque fois.

    LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE.

    Kyrie, eleison.

    Christe, eleison.

    Kyrie, eleison.

    Christe, audi nos.

    Christe, exaudi nos.

    Pater de cœlis, Deus,miserere nobis.

    Fili, Redemptor mundi, Deus, miserere nobis.

    Spiritus Sancte, Deus, miserere nobis.

    Sancta Trinitas , unus Deus, miserere nobis.

    Sancta Maria, ora pro nobis.

    Sancta Dei Genitrix, ora, etc.

    Sancta Virgo virginum.

    Mater Christi.

    Mater divinae gratiae

    Mater purissima.

    Mater castissima.

    Mater inviolata.

    Mater intemerata.

    Mater amabilis.

    Mater admirabilis.

    Mater Creatoris.

    Mater Salvatoris.

    Virgo prudentissima.

    Virgo veneranda.

    Virgo praedicanda.

    Virgo potens.

    Virgo clemens.

    Virgo fidelis.

    Speculum justitiae.

    Sedes Sapientiae.

    Causa nostrae laetitiae.

    Vas spirituale.

    Vas honorabile.

    Vas insigne devotionis.

    Rosa mystica.

    Turris Davidica

    Turris eburnea.

    Domus aurea.

    Fœderis arca.

    Janua cœli.

    Stella matutina.

    Salus infirmorum.

    Refugium peccatorum.

    Consolatrix afflictorum.

    Auxilium Christianorum.

    Regina Angelorum.

    Regina Patriarcharum.

    Regina Prophetarum.

    Regina Apostolorum.

    Regina Martyrum.

    Regina Confessorum.

    Regina Virginum.

    Regina Sanctorum omnium.

    Regina sine labe originali concepta.

    Regina sacratissimi Rosarii.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Christe, audi nos.

    Christe, exaudi nos.

    V/. Ora pro nobis , sancta Dei Genitrix ;

    R/. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

 

    Seigneur , ayez pitié de nous.

    Christ, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.

    Christ, écoutez-nous. Christ, exaucez-nous.

    Dieu Père , du haut des cieux, ayez pitié de nous.

    Dieu Fils, Rédempteur du monde ayez pitié de nous.

    Dieu Saint Esprit, ayez pitié de nous.

    Trinité Sainte, un seul Dieu, ayez pitié de nous.

    Sainte Marie, priez pour nous.

    Sainte Mère de Dieu, priez, etc.

    Sainte Vierge des vierges.

    Mère du Christ.

    Mère de la divine grâce.

    Mère très pure.

    Mère très chaste.

    Mère inviolable.

    Mère sans tache.

    Mère aimable.

    Mère admirable.

    Mère du Créateur.

    Mère du Sauveur.

    Vierge très prudente.

    Vierge digne de tout honneur.

    Vierge digne de toute louange.

    Vierge puissante.

    Vierge clémente.

    Vierge fidèle.

    Miroir de justice.

    Siège de la Sagesse.

    Cause de notre joie.

    Vase spirituel.

    Vase honorable.

    Vase insigne de dévotion.

    Rose mystique.

    Tour de David.

    Tour d’ivoire.

    Maison d’or.

    Arche d’alliance.

    Porte du ciel.

    Étoile du matin.

    Salut des infirmes.

    Refuge des pécheurs.

    Consolatrice des affligés.

    Secours des Chrétiens.

    Reine des Anges.

    Reine des Patriarches.

    Reine des Prophètes.

    Reine des Apôtres.

    Reine des Martyrs.

    Reine des Confesseurs.

    Reine des Vierges.

    Reine de tous les Saints.

    Reine conçue immaculée.

    Reine du très saint Rosaire.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Christ, écoutez-nous.

    Christ, exaucez-nous.

    V/. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu ;

    R/. Afin que nous soyons Rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oremus.
Concede nos famulos tuos, quaesumus, Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere; et gloriosa beatae Mariae semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia, et aeterna perfrui laetitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

ORAISON.

    Seigneur Dieu, daignez accorder à nous vos serviteurs, la grâce de jouir constamment de la santé de l’âme et du corps ; et, par la glorieuse intercession de la bienheureuse Marie toujours vierge, délivrez-nous de la tristesse du temps présent, et faites-nous jouir de l’éternelle félicité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    On s’adressera ensuite aux saints Anges, dont la protection nous est si nécessaire à toute heure, et surtout au milieu des ténèbres de la nuit, en disant avec l’Église :

 

Sancti Angeli, custodes nostri, defendite nos in praelio, ut non pereamus in tremendo judicio.

    V/. Angelis suis Deus mandavit de te,

    R/. Ut custodiant te in omnibus viis tuis.

Saints Anges, nos gardiens, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du jugement redoutable.

    V/. Dieu a commandé à ses Anges,

    R/. De vous garder dans toutes vos voies.

OREMUS.
Deus qui ineffabili providentia sanctos angelos tuos ad nostram custodiam mittere dignaris: largire supplicibus tuis, et eorum semper protectione defendi, et aeterna societate gaudere. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

ORAISON.

    O Dieu ! qui, par une providence ineffable, daignez commettre vos saints Anges à notre garde, accordez à vos humbles serviteurs d’être sans cesse défendus par leur protection et de jouir éternellement de leur société. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    Puis on implorera, toujours avec l’Église, le suffrage des Saints par la prière suivante :

Ant. Sancti Dei omnes, intercedere dignemini pro nostra omniumque salute.

Ant. Saints de Dieu, daignez tous intercéder pour notre salut et celui de tous.

    On pourra faire ici une mention spéciale des Saints auxquels on aurait une dévotion particulière, comme des saints Patrons et autres, et aussi de ceux dont l’Église fait l’Office ou la Mémoire ce jour-là.

    Après quoi on s’occupera des besoins de l’Église souffrante, demandant à Dieu pour les âmes du Purgatoire un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix, et récitant à cet effet les prières accoutumées :

    PSAUME CXXIX.

    De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam.

    Fiant aures tuae intendentes : in vocem deprecationis meae.

    Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?

    Quia apud te propitiatio est : et propter legem tuam sustinui te, Domine.

    Sustinuit anima mea in verbo ejus : speravit anima mea in Domino.

    A custodia matutina usque ad noctem : speret Israël in Domino.

Quia apud Dominum misericordia : et copiosa apud eum redemptio.

    Et ipse redimet Israël : ex omnibus iniquitatibus.

    Requiem aeternam dona eis, Domine :

    Et lux perpetua luceat eis.

    V/. A porta inferi,

    R/. Erue, Domine, animas eorum.

    V/. Requiescant in pace.

    R/. Amen.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.

    Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.

    Si vous recherchez les iniquités, Seigneur : Seigneur, qui pourra subsister ?

    Mais, parce que la miséricorde est avec vous, et à cause de votre loi, je vous ai attendu,     Seigneur.

    Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon âme a espéré en lui.

    Du point du jour à l’arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur.

    Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.

    Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.

    Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel :

    Et que la lumière qui ne s’éteint pas luise sur eux.

    V/. Des portes de l’enfer,

    R/. Arrachez leurs âmes, Seigneur.

    V/. Qu’ils reposent en paix.

    R/. Amen.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Fidelium Deus omnium Conditor et Redemptor, animabus famulorum famularumque tuarum, remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. Amen.

    O Dieu ! Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin que. par la prière de votre Église. elles obtiennent le pardon qu’elles désirèrent toujours ; vous qui vivez et régnez dans les siècles de siècles. Amen.

 

    C’est ici le lieu de prier en particulier pour les âmes îles défunts qui nous intéressent spécialement ; après quoi on demandera à Dieu son secours pour traverser sans danger les périls de la nuit. On dira donc encore avec l’Église :

    Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.

    V/. Dignare, Domine, nocte ista,

    R/. Sine peccato nos custodire.

    V/. Miserere nostri, Domine.

    R/. Miserere nostri.

    V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,

    R/. Quemadmodum speravimus in te.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

    V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

    R/. Nous préserver de tout péché.

    V/. Ayez pitié de nous, Seigneur.

    R/. Ayez pitié de nous.

    V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,

    R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    ORAISON.

    Visita, quæsumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant, et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Visitez s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

    Enfin, pour terminer la journée en la manière qu’on la commencée, on glorifiera encore une fois le divin mystère de l’Incarnation.

    v. Notum fecit Dominus, alleluia. R . Salutare suum. Alleluia

    v. Le Seigneur a fait connaître, alleluia. R. Le salut qu’il nous réservait. Alleluia.

    ORAISON

    Deus, qui sacratissimam noctem veri luminis fecisti illustratione clarescere; da, quaesumus, ut cujus lucis mysteria in terra cognovimus, ejus quoque gaudiis in coelo perfruamur. Qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen.

    O Dieu, qui avez illuminé la plus sacrée des nuits par les splendeurs de Celui qui est la vraie Lumière : faites, nous vous en supplions, qu’après avoir connu ici-bas cette lumière mystérieuse, nous puissions jouir au ciel des délices dont est la source Celui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

 

CHAPITRE V. DE L’ASSISTANCE A LA SAINTE MESSE AU TEMPS DE NOËL.

 

    Le nombre et l’importance des fêtes qui se succèdent dans une partie considérable du Temps de Noël, amènent fréquemment les fidèles au pied de l’autel pour y assister au saint sacrifice de la Messe. Ils doivent s’empresser avec d’autant plus d’ardeur de prendre part à la célébration de ce divin mystère, que l’Agneau qui s’immole est celui même que nous avons demandé avec tant d’instances durant l’Avent, lorsque nous disions avec Isaïe : Envoyez, Seigneur, l’Agneau qui doit dominer sur la terre 49 .

    Il est donc venu, ce tendre Agneau ; le petit Enfant nous est né 50 , et déjà nous le voyons sur l’autel de son sacrifice. Le Christ, dès son entrée dans le monde, dit l’Apôtre, s’adresse à son Père et lui dit : Les holocaustes ne vous ont point été agréables, mais vous m’avez donné un corps : c’est pourquoi me voici ; je viens faire votre volonté 51 . Il est vrai que le sacrifice de la Croix, dont celui de la Messe n’est que la continuation, a été le sacrifice de Jésus-Christ parvenu à l’âge parfait ; mais dans ces jours où nous avons tant à apprendre du mystère d’un Dieu enfant, nous entrerons tout à fait dans l’esprit de l’Église, si, en assistant à la sainte Messe, nous ne considérons pas seulement la Victime sanglante du Calvaire, mais aussi le doux Agneau de Bethléem. Et d’ailleurs, du sein de la crèche, Jésus ne s’offre-t-il pas déjà pour nous à son Père aussi bien que du haut de la croix ? Nous lisons même dans les Actes des Saints que, plus d’une fois, ce divin Médiateur ayant voulu manifester sa présence réelle dans l’hostie sacrée, pour récompenser la foi et l’amour de ses serviteurs, daigna apparaître sous la forme d’un tendre enfant.

    L’iconographie liturgique des Grecs a adopté, pour représenter le mystère de l’Eucharistie, le symbole d’un enfant couché sur une patène ; et nos Missels Romains-Français, jusque vers la fin du XVI° siècle, sont souvent ornés d’une grande vignette sur laquelle le Prêtre est représenté en chasuble, à l’autel, et tenant entre les mains le corps du Sauveur qui apparaît aussi sous la forme d’un enfant.

    Les fidèles se présenteront donc à l’Église dans les sentiments qui animèrent les bergers et les Mages lorsqu’ils se rendirent à Bethléem, la Maison du Pain. Eux aussi, ils viendront en hâte 52 , du milieu de la nuit de ce siècle, vers cette lumière qui luit au milieu des ténèbres 53 , Ils approcheront de l’autel comme de la crèche, et, dans la joie de ce mystère, ils feront hommage de leurs cœurs au nouveau-né. Ensuite, s’unissant à Marie et à la sainte Église, ils offriront l’Agneau de Dieu au Père céleste, et s’offriront eux-mêmes avec lui, dans l’humilité et la simplicité de l’enfance.

    Nous allons maintenant essayer de réduire à la pratique ces sentiments dans une explication des mystères de la sainte Messe, nous efforçant d’initier les fidèles à ces divins secrets, non par une stérile et téméraire traduction des formules sacrées, mais au moyen d’actes destinés à mettre les assistants en rapport suffisant avec les actions et les sentiments de l’Église et du Prêtre.

    Dans une partie notable du Temps de Noël, la Messe est célébrée en mémoire des grands mystères qui se sont accomplis à cette époque de l’Année liturgique ; on trouvera ci-après, en détail, les prières que l’Église emploie en ces jours solennels. Dans le reste de la quarantaine, le saint Sacrifice est offert en l’honneur des Saints, à moins qu’il ne se rencontre un dimanche qui ne soit pas déjà occupé par une fête Double. Il faut toutefois excepter les dimanches de Septuagésime et de Sexagésime, lorsqu’ils tombent au Temps de Noël ; leur prérogative est de ne céder la place qu’au Patron du lieu, au Titulaire ou à la Dédicace de l’Église.

    A toutes les Messes des dimanches et à celles des fêtes du degré simples et semi-double, le Prêtre fait mémoire de la sainte Vierge comme Mère de Dieu, par trois Oraisons que nous aurons soin d’indiquer en leur lieu. Nous avons parlé ailleurs des couleurs dont l’Église use en ce saint temps.

    Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l’Aspersion de l’Eau bénite, et en beaucoup d’églises la Procession, devront d’abord intéresser la piété.

    Pendant l’Aspersion, on s’unira aux intentions de la sainte Église dans ce rite antique, et on demandera la pureté de cœur nécessaire pour mériter d’être admis dans cette heureuse étable où le Verbe fait chair a apparu aux hommes.

    ANTIENNE DE L’ASPERSION.

    Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor : lava bis me, et super nivem dealbabor.

    Ps. Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Gloria Patri. Asperges me.

    V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

    R/. Et Salutare tuum da nobis.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    Vous m’arroserez, Seigneur, avec l’hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.

    Ps. O Dieu, ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde. Gloire au Père. Nous m’arroserez.

    V/. Montrez-nous , Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous le Salut que vous nous avez préparé.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri monte jusqu’à vous.

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    ORAISON.

    Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens, reterne Deus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat. foveat, protegat, visitet, atque defendat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Exaucez-nous, Seigneur saint,Père tout-puissant, Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, protège, visite et défende tous ceux qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

    La Procession qui précède la Messe rappellera le voyage des bergers et des Mages vers Bethléem, lesquels, après avoir marché en diligence, trouvèrent, au terme du voyage, Marie, Joseph et l’Enfant couché dans la crèche.

    Enfin, le moment du Sacrifice est arrivé. Le Prêtre est au pied de l’autel, Dieu est attentif, les Anges adorent, toute l’Église est unie au Prêtre qui n’a qu’un même sacerdoce, une même action avec Jésus-Christ le souverain Prêtre. Faisons le signe de la Croix.

 

    L’ORDINAIRE DE LA MESSE.

 

In nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti. Amen.

    V/. Introibo ad altare Dei,

    R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me.

    Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me reppulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ?

    Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua.

    Et introibo ad altare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus : quare tristis es, anima mea : et quare conturbas me ?

    Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus.

    Gloria Patri, et Filio. er Spiritui Sancto.

    Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.

    V/. Introibo ad altare Dei,

    R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.

    V/. Adjutorium nostrum in nomine Domini,

    R/. Qui fecit cœlum et terram.

 

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Je m’unis, ô mon Dieu, a votre sainte Église qui tressaille dans l’espoir de contempler bientôt au sein des splendeurs de sa résurrection Jésus-Christ votre Fils, l’Autel véritable.

    Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.

    C’est en vous que j’ai mis mon espérance ; et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des embûches qui me sont tendues.

    Faites-moi donc voir, lorsque mon cœur en sera digne, celui qui est la Lumière et la Vérité : c’est lui qui nous ouvrira l’accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.

    Il est le médiateur, l’Autel vivant ; je m’approcherai de lui, et je serai dans la joie. Quand je l’aurai vu, je chanterai avec allégresse. O mon âme ! ne t’attriste donc plus, ne sois plus troublée.

    Espère en lui ; bientôt il se montrera à toi, vainqueur de cette mort qu’il aura subie en ta place ; et tu ressusciteras avec lui.

    Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ;

    Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

    Je vais donc m’approcher de l’autel de Dieu, et sentir la présence de Celui qui veut rajeunir mon âme.

    Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de mon Créateur.

    Cette pensée qu’il va paraître devant le Seigneur fait naître dans l’âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu’il est pécheur et indigne d’une telle grâce. Écoutez avec respect cette confession de l’homme de Dieu, et demandez sincèrement au Seigneur qu’il daigne lui faire miséricorde ; car le Prêtre est votre père ; il est responsable de votre salut, pour lequel il expose le sien tous les jours.

    Faites ensuite votre confession, avec le ministre, disant à votre tour avec contrition :

    Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Maria ; semper Virgini, beato Michaeli Archangelo , beato Johanni Baptista ; sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater, quia peccavi nimis, cogitatione, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, Pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

    Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et a vous, mon Père, que j’ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

 

    Recevez avec reconnaissance le souhait paternel du Prêtre qui vous dit :

    V/. Misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis peccatis vestris, perducat vos ad vitam aeternam.

    R/. Amen.

    V/. Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum, tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus.

    R/. Amen.

    V/. Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu’il vous remette vos péchés, et vous conduise à la vie éternelle.

    R/. Amen.

    V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés.

    R/. Amen.

    Relevez maintenant la tête, et appelez le secours divin pour vous approcher de Jésus-Christ.

    V/. Deus, tu conversus vivificabis nos ;

    R/. Et plebs tua laetabitur in te.

    V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;

    R/. Et Salutare tuum da nobis.

    V/. Domine, exaudi orationem meam ;

    R/. Et clamor meus ad te veniat.

 

    V/. O Dieu, d’un seul regard vous nous donnerez la vie ;

    R/. Et votre peuple se réjouira en vous.

    V/. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;

    R/. Et donnez-nous de connaître et d’aimer le Sauveur que vous nous avez envoyé.

    V/. Seigneur, exaucez ma prière ;

    R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

    Le Prêtre vous salue, en vous quittant, pour monter a l’autel.

    V/. Dominus vobiscum ;

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    Répondez-lui avec révérence :

    R/. Et cum spiritu tuo.

    R/. Et avec votre esprit.

    Il monte les degrés et arrive au Saint des Saints, Demandez pour lui et pour vous la délivrance des péchés.

    OREMUS.

    Aufer a nobis, quaesumus Domine, iniquitates nostras ; ut ad Sancta Sanctorum puris mereamur mentibus introire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    PRIONS.

    Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de vous être présentés ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur.

    Quand le Prêtre baise l’autel par respect pour les os des Martyrs qu’il couvre, on dira :

    Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt, et omnium Sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen.

    Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.

    Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l’autel avec pompe. Cette fumée qui s’exhale de toutes les parties de l’autel signifie la prière de l’Église qui s’adresse à Jésus-Christ, et que ce divin Médiateur fait ensuite monter, avec la sienne propre, vers le trône de la majesté de son Père.

    Le Prêtre dit ensuite l’Introït. Cette Antienne solennelle est un chant d’ouverture dans lequel l’Église laisse s’échapper tout d’abord les sentiments qui l’animent.

    Il est suivi de neuf cris plus expressifs encore, car ils demandent miséricorde. En les proférant, l’Église s’unit aux neuf chœurs des Anges réunis autour de l’Autel du ciel, qui est le même que celui de la terre.

    Au Père qui a daigné envoyer son Fils :

    Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kyrie, eleison.

    Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Au Fils qui est descendu:

    Christe, eleison. Christe, eleison. Christe, eleison.

    Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié !

    Au Saint-Esprit , dont l’opération accomplit le mystère:

    Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kvrie, eleison.

    Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !

    Puis, mêlant sa voix à celle de la milice céleste, le Prêtre entonne le sublime Cantique de Bethléhem qui annonce à Dieu la gloire , et à l’homme la paix. Instruite des divins secrets, l’Église continue de son propre fonds l’hymne des Anges. Elle célèbre avec enthousiasme l’Agneau divin qui efface les péchés du monde, et pour racheter les abaissements de la crèche, elle le proclame seul Saint, seul Seigneur, seul Très-Haut. Entrez dans ces sentiments d’adoration profonde, de confiance et de tendresse envers le céleste Agneau.

    L’HYMNE ANGÉLIQUE.

    Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bona ; voluntatis.

    Laudamus te : benedicimus te : adoramus te : glorificamus te : gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.

    Domine Deus, Rex coelestis, Deus Pater omnipotens.

    Domine, Fili unigenite, Jesu Christe.

    Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.

    Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.

    Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.

    Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.

 

    Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.

    Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.

    Seigneur Dieu, Roi céleste. Dieu Père tout-puissant !

    Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !

    Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !

    Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Vous qui ôtez les péchés du monde, recevez notre humble prière.

    Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.

    Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur, vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus-Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.

    Le Prêtre salue encore le peuple, comme pour s’assurer de sa persévérance dans l’attention religieuse que réclame l’Action sublime qui se prépare. Les paroles de ce salut ont une beauté particulière au temps de Noël : Le Seigneur soit avec nous ! Isaïe l’avait prédit, et l’Ange du Seigneur le confirme à saint Joseph : Il sera appelé Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous.

    Vient ensuite la Collecte ou Oraison, dans laquelle l’Église expose à Dieu, d’une manière expresse, ses intentions particulières dans la Messe qui se célèbre. On pourra s’unir à cette prière en récitant avec le Prêtre les Oraisons qui se trouvent ci-après, au Propre du Temps, ou au Propre des Saints, et surtout en répondant Amen avec le ministre qui sert la Messe.

    On lira ensuite l’Épître, qui est, pour l’ordinaire, un fragment des Lettres des Apôtres, ou quelquefois un passage des livres de l’Ancien Testament. En faisant cette lecture, on remerciera Celui qui, non content de nous avoir entretenus maintes fois pas ses envoyés, a daigné enfin nous parle par ce Fils bien-aimé, en qui il a mis toutes ses complaisances. (Heb. 1,2).

    Le Graduel est un intermède entre la lecture de l’Épître et celle de l’Évangile. Il remet sous nos veux les sentiments qui ont déjà été exprimés dans l’Introït. On doit le lire avec dévotion, pour s’en bien pénétrer, et s’élever plus avant dans les hauteurs du mystère.

    Le cri de louange, le divin Alléluia ne tarde pas à se faire entendre : unissons-nous aux saints Anges qui, au moment de la naissance de l’Agneau, prêtent aux hommes le secours de leur musique céleste.    

    Un des princes de cette sainte milice, s’adressant aux bergers, leur dit : Voici que je vous évangélise une grand joie : c’est qu’il vous est né un Sauveur en Bethléhem. Les Apôtres sont venus ensuite, et ils ont évangélisé cette joie au monde entier ; et le livre qui contient le récit de la félicité des hommes s’appelle l’Évangile. Or, voici le moment où un passage de ce livre divin va être proclamé solennellement dans l’assemblée ; nous allons donc entendre le récit inspiré qui nous révèle Celui qui s’est fait petit pour converser avec les petits.

    Si c’est une Messe solennelle que l’on célèbre, le Diacre se dispose à remplir son noble ministère qui consiste à annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Il prie Dieu de purifier son cœur et ses lèvres ; puis il demande à genoux la bénédiction du Piètre, et l’ayant obtenue, il se rend au lieu d’où il doit chanter l’Évangile.

    Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :

    Munda cor meum, ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiae Prophetae calculo mundasti ignito : ita me tua grata miseratione dignare mundare, ut sanctum Evangelium tuum digne valeam nuntiare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Dominus sit in corde meo, et in labiis meis : ut digne et competenter annuntiem Evangelium suum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

    Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle, afin que j’entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.

    Donnez à vos ministres la grâce d’être les fidèles interprètes de votre loi, afin que, pasteurs et troupeau, nous nous réunissions tous en vous à jamais.

 

    On se tiendra debout, par respect, pendant la lecture de l’Évangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre. Que le cœur donc soit prêt, et qu’il se montre docile. L’Épouse du Cantique dit : Mon âme s’est fondue en moi comme la cire, pendant que le Bien-Aimé me parlait. Mais tous n’ont pas cet amour. Disons-lui du moins, avec l’humble soumission de Samuel : Parlez, Seigneur ; votre serviteur écoute.

    Après l’Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on le dira avec lui. La foi est le don suprême de Dieu : c’est par elle que nous percevons la lumière qui luit au milieu des ténèbres, et que les ténèbres de l’incrédulité n’ont point comprise. La foi nous montre Celui qu’il faut aimer : elle nous fait redevenir enfants, comme il convient d’être pour avoir accès au berceau de Celui que le grand Clément d’Alexandrie, dans son Hymne sublime, appelle le Roi des enfants, le Christ. Disons donc avec l’Église Catholique :

    LE SYMBOLE DE NICÉE.

    Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.

    Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de cœlis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : ET HOMO FACTUS EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.

    Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi Amen.

 

    Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant. qui a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles.

    Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n’a pas été fait, mais engendré : consubstantiel au Père : par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit ; ET QUI S’EST FAIT HOMME. Qui a été aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Et qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n’aura point de fin.

    Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les Prophètes. Je crois l’Église qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu’il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

 

    Le cœur du Prêtre et celui du peuple doivent maintenant être prêts : il est temps de préparer l’offrande elle-même. Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation, et qui fait suite à celle qu’on désigne sous le nom de Messe des Catéchumènes, parce qu’elle était autrefois la seule à laquelle les aspirants au Baptême eussent le droit de prendre part.

    Voici donc que le pain et le vin vont être offerts à Dieu, comme les plus nobles éléments de la création matérielle, puisqu’ils sont destines à la nourriture de l’homme ; mais ce n’est là qu’une figure grossière de leur destination dans le Sacrifice chrétien.

    Leur substance va bientôt s’évanouir ; il n’en demeurera plus que les apparences. Heureuses créatures qui cèdent la place au Créateur ! Nous aussi, nous sommes appelés à éprouver une ineffable transformation, lorsque, comme dit l’Apôtre, ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie 54 . En attendant, offrons-nous à Dieu, au moment où le pain et le vin lui vont être présentés ; et préparons-nous pour l’arrivée de celui qui, en prenant notre nature humaine, nous a rendus participants de la nature divine 55 .

    Le Prêtre salue encore le peuple, pour l’avertir d’être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l’Offertoire, et, quand il présente à Dieu l’Hostie, joignons-nous à lui et disons :

    Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus , hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis , et pro omnibus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus Christianis vivis atque defunctis : Ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aeternam. Amen.

    Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recevez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d’eux-mêmes.

 

    Quand le Prêtre met dans le calice le vin, auquel il mêle ensuite un peu d’eau, afin de représenter l’union de la nature divine à la faible nature humaine de Jésus-Christ, pensez au divin mystère de l’Incarnation, principe de notre salut et de nos espérances, et dites :

    Deus, qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti , da nobis per humus aquae et vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps , Jesus Christus, Filius tuus, Dominus noster ; qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur, qui êtes la véritable Vigne, et dont le sang, comme un vin généreux, s’est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d’eau ; venez nous taire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.

    Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d’eau, priant Dieu d’avoir pour agréable cette oblation dont la figure va bientôt se transformer en réalité ; pendant ce temps, dites en union avec lui :

    Offerimus tibi , Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae Majestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.

    Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu’ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui. de cette simple offrande de créatures, va faire l’instrument du salut du monde.

 

    Puis le Prêtre s’incline, après avoir élevé les dons ; humilions-nous avec lui et disons :

    In spiritu humilitatis, et in animo contrito suscipiamur a te, Domine : et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie , ut placeat tibi, Domine Deus.

    Si nous avons la hardiesse d’approcher de votre autel, Seigneur, ce n’est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, afin que nous puissions paraître en la présence de votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.

    Invoquons ensuite l’Esprit-Saint, dont l’opération va bientôt produire sur l’autel la présence du Fils de Dieu, comme elle la produisit au sein de la Vierge Marie, dans le divin mystère de l’Incarnation.

    Veni, Sanctificator omnipotens , aeterne Deus , et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini praeparatum.

    Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l’autel, et produire en nous celui que nos cœurs attendent.

    Si c’est une Messe solennelle, le Prêtre, avant de passer outre, prend pour la seconde fois l’encensoir. Il encense le pain et le vin qui viennent d’être offerts, et ensuite l’autel lui-même ; afin que la prière des fidèles, signifiée par la fumée de ce parfum, devienne de plus en plus ardente, à mesure que le moment solennel approche davantage. Saint Jean nous dit que l’encens qui brûle sur l’Autel du ciel est formé par les prières des Saints ; au temps de l’Avent, nous devons considérer, sous l’emblème de ce nuage odorant qui environne l’Autel de la terre, les soupirs des Patriarches et des Prophètes vers le Messie, et nous y joindre de toute l’ardeur de nos désirs.

    Mais la pensée de son indignité se ranime plus forte au cœur du Prêtre. La confession publique qu’il a faite au pied de l’autel ne suffit plus à sa componction. A l’autel même, il donne, en présence du peuple, un témoignage solennel du pressant besoin qu’il éprouve de se purifier à l’approche de Dieu : il lave ses mains. Or, les mains signifient les œuvres ; et le Prêtre, s’il porte en lui-même, comme Prêtre, le caractère de Jésus-Christ, est un homme par les œuvres. Que les fidèles s’humilient en contemplant ainsi l’humilité de leur Père, et disent comme lui :

    DU PSAUME XXV.

    Lavabo inter innocentes manus meas : et circumdabo altare tuum , Domine.

    Ut audiam vocem laudis : et enarrem universa mirabilia tua.

    Domine, dilexi decorem domus tua : : et locum habitationis gloriae tuae.

    Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam : et cum viris sanguinum vitam meam.

    In quorum manibus iniquitates sunt : dextera eorum repleta est muneribus.

    Ego autem in innocentia mea ingressus sum : redime me, et miserere mei.

    Pes meus stetit in directo : in ecclesiis benedicam te, Domine.

    Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

    Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.

 

    Je veux laver mes mains. Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l’innocence, pour être digne d’approcher de votre autel, d’entendre vos sacrés Cantiques, et de raconter vos merveilles. J’aime la beauté de votre Maison, le lieu dont vous allez faire l’habitation de votre gloire. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens. Depuis que votre miséricorde m’en a retiré, je suis revenu à l’innocence, en rentrant en grâce avec vous ; mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore, vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

 

    Le Prêtre, rassuré par l’acte d’humilité qu’il vient d’accomplir, reparaît au milieu de l’autel et s’incline respectueusement. Il demande à Dieu de recevoir avec bonté le Sacrifice qui va lui être offert, et détaille les intentions de ce Sacrifice. Offrons avec lui.

    Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam Passionis , Resurrectionis, et Ascensionis Jesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Johannis Baptistae , et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium Sanctorum : ut illis proficiat ad honorem , nobis autem ad salutem : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Trinité sainte, agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Église y joigne l’intention d’honorer la glorieuse Vierge qui nous a donné le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, et les Saints dont aujourd’hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu’ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut.

 

    Le Prêtre se retourne une dernière fois vers le peuple. Il sent le besoin de raviver encore l’ardeur des fidèles. La pensée de son indignité ne l’abandonne point. Il veut s’appuyer sur les prières de ses frères, avant d’entrer dans la nuée avec le Seigneur. Il dit donc :

    Orate , Fratres : ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem.

    Priez, mes Frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.

    Cela dit, il se retourne ; et les fidèles ne verront plus sa face, jusqu’à ce que le Seigneur lui-même soit descendu. Rassurez-le, en lui répondant par ce souhait :

    Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam Nominis sui , ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae.

    Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Église.

 

    Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, dans lesquelles il offre les vœux de toute l’Église pour l’acceptation du Sacrifice ; et bientôt il s’apprête à remplir l’un des plus grands devoirs de la Religion, l’Action de grâces. Jusqu’ici, il a adoré, il a demandé miséricorde ; il lui reste encore à rendre grâces pour les bienfaits octroyés par la munificence du Père, et dont le principal, en ces jours, est la faveur qu’il nous accorde de pouvoir satisfaire à sa justice par les expiations de ce saint temps ; le Prêtre, au nom de l’Église, va ouvrir la bouche et épancher la reconnaissance du monde entier. Afin donc de réveiller la piété des fidèles qui priaient en silence avec lui, il termine son Oraison à haute voix :

    Per omnia sæcula sæculorum.

    Dans tous les siècles des siècles.

    Réunissez-vous à lui, et répondez : Amen !

    Il vous salue en disant :

    Dominus vobiscum.

     Le Seigneur soit avec vous.

    Répondez-lui :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Puis il dit :

    Sursum corda !

    Les cœurs en haut !

    Répondez avec vérité :

    Habemus ad Dominum.

    Nous les avons vers le Seigneur.

    Puis il ajoute :

    Gratias agamus Domino Deo nostro.

    Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.

    Protestez du fond de votre âme :

    Dignum et justum est.

    C’est une chose digne et juste.

 

    Alors, le Prêtre :

    PREFACE.

    Vere dignum et justum est, æquum et salutare , nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens , æterne Deus ; Quia per incarnati Verbi mysterium nova mentis nostrae oculis lux tuae claritatis infulsit: ut, dum visibiliter Deum cognoscimus, per hunc invisibilium amorem rapiamur. Et ideo cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus cumque omni militia caelestis exercitus hymnum gloriae tuae canimus, sine fine dicentes:

    Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire , de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant , Dieu éternel ; de ce que , par le mystère de l’incarnation du Verbe, un nouveau rayon de votre splendeur est venu luire aux yeux de notre âme. O bienfait digne d’une éternelle reconnaissance ! Dieu se fait connaître à nous d’une manière visible, afin que, par cette vue nous soyons ravis en l’amour des beautés invisibles. Donc, avec les Anges et les ARCHANGES ? AVEC LES TRÖNES ET LES Dominations ? Avec l’armée entière des cieux, nous chantons l’hymne de votre gloire, disant, sans jamais cesser : Saint ! Saint ! Saint ! 56

    Unissez-vous au Prêtre, qui lui-même s’unit aux Esprits bienheureux, pour honorer la suprême Majesté, et dites aussi :

    Sanctus, Sanctus,Sanctus Dominus Deus sabaoth !

    Pleni sunt cœli et terra gloria tua.

    Hosanna in excelsis !

    Benedictus qui venit in Nomine Domini.

    Hosanna in excelsis !

 

    Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !

    Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.

    Hosannah au plus haut des cieux !

    Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l’envoie.

    Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !

 

    Le Canon s’ouvre après ces paroles : prière mystérieuse, au milieu de laquelle le ciel s’abaisse, et Dieu descend. On n’entendra plus retentir la voix du Prêtre ; le silence se fait, même à l’autel. Ce fut aussi, dit le livre de la Sagesse, « au milieu du silence, et au sein des ombres d’une nuit mystérieuse, que le Verbe tout-puissant s’élança de sa royale demeure. » Qu’un respect profond apaise nos distractions, contienne toutes nos puissances ; suivons d’un œil respectueux les mouvements du Prêtre.

    LE CANON DE LA MESSE.

    Dans ce colloque mystérieux avec le grand Dieu du ciel et de la terre, la première prière du sacrificateur est pour l’Église catholique, sa Mère et la nôtre.

    Te igitur , clementissime Pater, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas,et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata ; in primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum, una cum famulo tuo Papa nostro N., et Antistite nostro N., et omnibus orthodoxis, atque catholicae et apostolica ; fidei cultoribus.

    O Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des Mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Église, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s’opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l’unité ; conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre : dirigez notre Évêque qui est pour nous le lien sacré de l’unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l’Église Catholique-Apostolique-Romaine.

    Priez maintenant, avec le Prêtre, pour les personnes qui vous intéressent davantage :

    Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N., et omnium circumstantium, quorum tibi fides cognita est, et nota devotio : pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suae, tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero.

    Permettez-moi, ô mon Dieu, de vous demander de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes , pour lesquels vous savez que j’ai une obligation particulière de prier… Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.

    Faisons mémoire des Saints, qui sont la partie déjà glorieuse du Corps de Jésus-Christ.

    Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ, semper Virginis Mariæ, Genitricis Dei et Domini nostri Jesu Christi : sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum Pétri et Pauli , Andriae, Jacobi, Johannis,Tomae, Jacobi, Philippi, Bartholomaei, Matthæi, Simonis et Thaddæi, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmae et Damiani, et omnium Sanctorum tuorum : quorum meritis precibusque concedas , ut in omnibus protectionis tua ; muniamur auxilio. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Mais non seulement, ô mon Dieu , l’offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l’épreuve : il resserre aussi nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l’offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, de laquelle est né notre Sauveur ; des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot de tous les Justes, afin qu’ils nous aident par leur puissant secours à devenir dignes de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de votre gloire.

        Le Prêtre, qui jusque-là priait les mains étendues, les unit et les impose sur le pain et le vin. Il imite ainsi le geste du Pontife de l’ancienne loi sur la victime figurative, pour désigner ces dons d’une manière spéciale à l’œil de la Majesté divine, comme l’offrande matérielle qui atteste notre dépendance, et qui va bientôt faire place à l’Hostie vivante sur laquelle ont été placées toutes nos iniquités.

    Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed et cunctae familiae tuae, quaesumus Domine, ut placatus accipias ; diesque nostros in tua pace disponas, atque ab alterna damnatione nos eripi , et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Quam oblationem tu Deus in omnibus, quaesumus, benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris ; ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.

    Daignez recevoir, ô Dieu ! cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l’hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va paraître.

    Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous introduire en la présence de ce divin Fils notre Sauveur.

    Ici le Prêtre cesse d’agir en homme ; il n’est plus simplement le député de l’Église. Sa parole devient celle de Jésus-Christ ; elle en a la puissance et l’efficacité. Prosternez-vous, car Dieu lui-même va descendre sur l’autel.

    Qui pridie quam pateretur, accepit panem in sanctas ac venerabiles manus suas ; et elevatis oculis in cœlum, ad te Deum Pat rem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes : HOC EST ENIM CORPUS MEUM.

    Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre ! Sauveur ! Messie tant désiré ! si ce n’est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, de vous offrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! Venez !

 

    L’Agneau divin est maintenant au milieu de nous. Gloire et amour soient à lui ! Mais il ne vient que pour être immolé ; c’est pourquoi le Prêtre, ministre des volontés du Très-Haut, prononce tout aussitôt sur le calice ces paroles sacrées qui opèrent la mort mystique par la séparation du Corps et du Sang de la victime. La substance du pain et du vin s’est évanouie, les espèces seules sont restées comme un voile sur le Corps et le Sang du Rédempteur, afin que la terreur ne nous éloigne pas d’un mystère qui ne s’accomplit que pour rassurer nos cœurs. Unissons-nous aux Anges qui contemplent en tremblant cette divine merveille.

    Simili modo postquam coenatum est, accipiens et hunc praeclarum Calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes. HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET AETERNI TESTAMENTI : MYSTERIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. Haec quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis.

    Sang divin, prix de mon salut, je vous adore. Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige. Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.

 

     Le Prêtre est maintenant face à face avec Dieu ; il élève de nouveau ses bras, et représente au Père céleste que l’Oblation qui est devant lui n’est plus une offrande matérielle, mais le Corps et le Sang, la personne tout entière de son divin Fils.

    Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae Passionis, nec non et ab inferis Resurrectionis, sed et in cœlos gloriosae Ascensionis : offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis ac datis Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam : Panem sanctum vitae aeternae, et Calicem salutis perpetuae.

    Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium Patriarchae nostri Abrahae, et quod tibi obtulit summus Sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam.

    La voici donc, ô Père saint ! l’Hostie si longtemps attendue. Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils ; mais il est aussi notre Hostie, Hostie pure et sans tache, notre Pain et notre Breuvage d’immortalité.

    Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel ; le sacrifice qu’Abraham vous fit de son fils Isaac, immolé sans perdre la vie ; enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. Recevez ici l’Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.

 

    Le Prêtre s’incline vers l’autel, et le baise comme le trône d’amour sur lequel réside le Sauveur des hommes. Saluez-le comme la crèche en laquelle est couché, enveloppé des langes eucharistiques, le Verbe qui a dit aux hommes : Je suis le Pain de vie.

    Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime Altare tuum, in conspectu divinæ Majestatis tuae : ut quotquot ex hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem sumpserimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    Mais , ô Dieu tout-puissant, ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l’Autel sublime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu’un même autel, sur lequel s’accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l’auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.

 

    Mais le moment est favorable aussi pour implorer un soulagement à l’Église souffrante. Demandons que le Libérateur, qui est descendu, daigne visiter les sombres demeures du Purgatoire par un rayon de sa lumière consolatrice ; et que, découlant de cet autel, le sang de l’Agneau, comme une miséricordieuse rosée, rafraîchisse ces âmes haletantes. Prions particulièrement pour celles qui nous sont chères.

    Memento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos praecesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

    N’excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la cité sainte avec ses élus ; nos veux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont dans le lieu des expiations. Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.

 

    Ce devoir de charité étant rempli, prions pour nous-mêmes pécheurs, qui profitons si peu de la visite que le Sauveur daigne nous faire, et frappons notre poitrine avec le Prêtre :

    Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et Martyribus ; cum Iohanne, Stephano, Mathia, Barnaba, Ignatio, Alexandro, Marcellino, Petro, Felicitate, Perpetua, Agatha, Lucia, Agnete, Caecilia, Anastasia et omnibus Sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non aestimator meriti, sed veniae, quaesumus, largitor admitte : per Christum Dominum nostrum. Per quem haec omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis : per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria.

    Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C’est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l’unité du Saint-Esprit, soit à vous honneur et gloire à jamais.

 

    En disant ces dernières paroles, le Prêtre a pris l’Hostie sainte qui reposait sur l’autel ; il l’a placée au-dessus de la coupe, réunissant ainsi le Corps et le Sang de la divine victime, afin de montrer qu’elle est maintenant immortelle ; puis, élevant à la fois le Calice et l’Hostie, il a présenté à Dieu le plus noble et le plus complet hommage que puisse recevoir la Majesté infinie.

    Cet acte sublime et mystérieux met fin au Canon ; le silence des Mystères est suspendu. Le Prêtre a terminé ses longues supplications ; il sollicite pour ses prières l’acquiescement du peuple fidèle, en prononçant à haute voix les dernières paroles :

    Per omnia sæcula sæculorum.

    Dans tous les siècles des siècles.

    Répondez avec foi et dans un sentiment d’union avec la sainte Église :

    Amen.

    Amen ! je crois le mystère qui s’est opéré, je m’unis à l’offrande qui a été faite et aux demandes de l’Église.

    Il est temps de répéter la prière que le Sauveur lui-même nous a apprise. Qu’elle s’élève jusqu’au ciel avec le Sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Pourrait-elle n’être pas agréée, en ce moment où celui-là même qui nous l’a donnée est entre nos mains, pendant que nous la proférons ? Cette prière étant le bien commun de tous les enfants de Dieu, le Prêtre la récite à haute voix, afin que tous puissent s’y unir. Prions, dit-il.

    Oremus. Praeceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati, audemus dicere :

    Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l’instruction divine qui nous a été donnée, nous osons dire :

        L’ORAISON DOMINICALE.

    Pater noster, qui es in cœlis : Sanctificetur Nomen tuum : Adveniat regnum tuum : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : Et ne nos inducas in tentationem.

    Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre Pain quotidien ; et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

    Répondons avec l’accent de notre misère :

    Sed libera nos a malo.

    Mais délivrez-nous du mal.

 

    Le Prêtre retombe dans le silence des Mystères. Sa prière insiste sur cette dernière demande : Délivrez-nous du mal ; et certes avec raison ; car le mal nous déborde ; et c’est pour l’expier et le détruire que nous a été envoyé l’Agneau.

    Libera nos, quaesumus Domine, ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus et futuris : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria , cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque Andrea, et omnibus Sanctis , da propitius pacem in diebus nostris : ut ope misericordiae tuae adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum , qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus.

    Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c’est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c’est-à-dire les taches actuellement empreintes sur cette pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l’assiègent ; enfin les maux à venir, c’est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l’Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d’agréer en notre faveur l’entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.

 

    Le Prêtre, qui vient de demander à Dieu la Paix, et qui l’a obtenue, s’empresse de l’annoncer ; il conclut l’Oraison à haute voix :

    Per omnia sæcula sæculorum. R/. Amen.

    Dans tous les siècles des siècles. R/. Amen.

    Puis il dit :

    Pax Domini sit semper vobiscum.

    Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !

    Répondez à ce souhait paternel :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

 

    Le Mystère touche à sa fin ; Dieu va s’unir à l’homme, et l’homme va s’unir à Dieu parla Communion ; mais auparavant un rite imposant et sublime doit s’accomplir dans le silence de l’autel. Jusqu’ici le Prêtre a annoncé l’immolation du Seigneur ; il est temps qu’il annonce sa Résurrection. Il divise donc l’Hostie sainte avec révérence, et l’ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans le Calice, réunissant ainsi le Corps et le Sang de l’immortelle Victime. Adorez et dites :

    Haec commixtio et consecratio Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi, fiat accipientibus nobis in vitam aeternam. Amen.

    Gloire à vous, Sauveur du monde, qui avez souffert que. dans votre Passion, votre précieux Sang fût séparé de votre sacré Corps, et qui les avez réunis ensuite par votre vertu !

 

    Priez maintenant l’Agneau divin , toujours vivant, que saint Jean a vu sur l’autel du ciel, debout, quoique immolé, et dites à ce souverain Roi :

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

    Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

    Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-nous la Paix.

 

    La Paix est le grand objet de la venue du Sauveur en ce monde : il est le Prince de la Paix : le divin Sacrement de l’Eucharistie doit donc être le Mystère de la Paix, le lien de l’Unité catholique ; puisque, comme parle l’Apôtre, nous ne sommes tous qu’un seul Pain et un seul Corps, nous tous qui participons au même Pain. C’est pourquoi le Prêtre, au moment de communier à l’Hostie sainte, demande la conservation de la paix fraternelle, principalement dans cette portion de la sainte Église qui est là réunie autour de l’autel. Implorez-la avec lui.

    Domine Jesu Christe, qui dixisti Apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuae : eamque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et regnas Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos Apôtres : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté. Vous qui étant Dieu, vivez et régnez dans tous les siècles de siècles. Amen.

 

    Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de Paix, si la Messe est solennelle, donne le baiser fraternel au Diacre qui le donne lui-même au Sous-Diacre, lequel va le porter au Chœur. Pendant ce temps, ranimez en vous les sentiments de la charité chrétienne, et pardonnez à vos ennemis, si vous en avez. Dites ensuite avec le Prêtre :

    Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu Sancto, per mortem tuam mundum vivificasti : libera me per hoc sacrosanctum Corpus, et Sanguinem tuum, ab omnibus iniquitatibus meis, et universis malis, et fac me tuis semper inhaerere mandatis, et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Patre et Spiritu Sancto vivis et régnas Deus in sæcula sæculorum, Amen.

    Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi par ce saint et sacré Corps, et par votre Sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m’attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous.

    Si vous devez communier à cette Messe, dites la troisième Oraison qui suit ; autrement, préparez-vous à faire la Communion spirituelle.

    Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere præsumo, non mihi proveniat in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietate prosit mihi ad testamentum mentis et corporis, et ad medelam percipiendam. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    Seigneur Jésus-Christ , faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j’en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation ; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu’il me soit un remède salutaire.

    Quand le Prêtre prend l’Hostie et se dispose à s’en communier, dites :

    Panem coelestem accipiam, et Nomen Domini invocabo.

    Venez, Seigneur Jésus !

    Quand il frappe sa poitrine et confesse son indignité, répétez avec lui, trois fois, dans les sentiments du Centurion de l’Évangile :

    Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea.

    Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.

    Au moment où il consomme la sainte Hostie, si vous devez vous-même communier, adorez profondément votre Dieu qui s’apprête à descendre en vous, et dites encore avec l’Épouse : Venez, Seigneur Jésus ! (Apoc. XXII, 20.)

    Si vous ne devez pas communier sacramentellement, communiez en ce moment spirituellement, et adorant Jésus-Christ qui visite votre âme par sa grâce, dites :

        Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.

        Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon             plaisir.

    Puis le Prêtre prend le Calice avec action de grâces, disant :

    Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et Nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero.

    Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu’il m’a faits ? Je prendrai le Calice du salut, j’invoquerai le Nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.

    Si vous devez communier, dans le moment où le Prêtre prend le Calice pour s’abreuver du Sang divin, adorez encore le Dieu qui s’approche de vous, et dites toujours : Venez, Seigneur Jésus !

    Si, au contraire, vous faites seulement la Communion spirituelle, adorez de nouveau Jésus-Christ, et dites :

    Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.

    Je m’unis à vous, ô mon Sauveur ! unissez-vous à moi ; que nous ne nous séparions jamais !

    C’est à ce moment, si vous devez communier, que le Prêtre vous donnera le Corps de Jésus-Christ. Les sentiments que l’on doit apporter à la Sainte Communion, au Temps du Carême, sont développés ci-après, Chapitre VI.

    La Communion étant faite, pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la première fois, dites :

    Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiat nobis remedium sempiternum.

    Vous m’avez visité dans le temps , ô mon Dieu ! Faites que je garde les fruits de cette visite pour l’éternité.

 

    Pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la seconde fois, dites :

    Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhaereat visceribus meis : et praesta ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt Sacramenta. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.

    Béni soyez-vous, ô mon Sauveur, qui m’avez initié au sacré mystère de votre Corps et de votre Sang. Que mon cœur et mes sens conservent, par votre grâce, la pureté que vous leur avez donnée, et que votre sainte présence demeure toujours en moi. Amen.

 

    Le Prêtre ayant lu l’Antienne dite Communion, qui est le commencement de l’Action de Grâces pour le nouveau bienfait que Dieu vient de nous accorder en renouvelant en nous sa présence, se retourne enfin vers le peuple et le salue ; après quoi il récite les Oraisons appelées Postcommunion, qui sont le complément de l’Action de Grâces. Joignez-vous encore à lui, remerciant Dieu pour le bien inénarrable dont il vous a comblé, et demandez avec ardeur l’Avènement du Messie, qui vient accomplir les augustes mystères dont le renouvellement sur l’autel est le principal soutien de la vie chrétienne.

    Les Oraisons terminées, le Prêtre se tourne de nouveau vers le peuple, et lui envoie le salut, pour se féliciter avec lui de l’insigne faveur que Dieu vient d’accorder à l’assistance ; il dit :

    Dominus vobiscum.

    Le Seigneur soit avec vous.

     Répondez-lui :

    Et cum spiritu tuo.

    Et avec votre esprit.

    Le Diacre ensuite, ou le Prêtre lui-même, si la Messe n’est pas solennelle, dit ces paroles :

    Benedicamus Domino.

    Bénissons le Seigneur.

    Si la Messe n’est pas du Dimanche, ou d’une Férié du Carême, il dit à l’ordinaire :

    Ite, Missa est.

    Retirez-vous : la Messe est finie.

    Remerciez Dieu de la grâce qu’il vient de vous faire, en répondant :

    Deo gratias.

    Grâces soient rendues à Dieu.

 

    Le Prêtre prie une dernière fois avant de vous bénir ; priez avec lui :

    Placeat tibi , sancta Trinitas, obsequium servitutis meae et praesta ut sacrificium, quod oculis tuae Majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

    Grâces vous soient rendues, adorable Trinité, pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d’assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j’ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.

    Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant :

    Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Amen.

    Que le Dieu tout-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ! Amen.

 

    Il lit enfin la Leçon de l’Évangile selon saint Jean, qui annonce l’éternité du Verbe et la miséricorde qui l’a porté à prendre notre chair et à habiter en nous, afin de nous arracher à nos ténèbres et de nous rendre Enfants de Dieu.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    LE DERNIER Évangile.

    Initium sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. I.

    In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera, quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in Nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratia et veritatis.

 

    Le commencement du saint Évangile selon saint Jean. Chap. I.

    Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n’a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même. ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, et il a habité en nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.

 

    CHAPITRE VI. PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION AU TEMPS DE NOËL.

 

    La sainte Communion, au temps de l’Avent, préparait les âmes fidèles à l’avènement visible de leur céleste Époux. Il daignait les admettre à ses faveurs mystérieuses, en attendant la nuit fortunée dans laquelle il se révélerait enfin sous les charmes ineffables de son enfance, qui ravirent à la fois les Anges, les bergers et les rois. Elles goûtaient alors quelque chose de la félicité de Marie portant en elle, sentant vivre et se développer en son chaste sein Celui que ses yeux n’avaient pas vu encore.

    Mais au temps de Noël, maintenant qu’un petit enfant nous est né, qu’il repose à Bethléem, dans la Maison du Pain, que les Anges ont invité les bergers, que l’étoile a convié les Mages avenir le reconnaître et l’adorer, la sainte Communion doit initier les âmes plus avant à la connaissance du Verbe de Dieu, les illuminer d’une vive splendeur, et produire en elles un plus ardent désir de posséder Celui dont la douceur et l’amour se révèlent déjà d’une manière si victorieuse, à travers l’humilité des langes et de la crèche.

    Ce n’est donc plus ce Jésus invisible, préludant par le silence et l’immobilité à sa laborieuse mission de la conquête des âmes ; c’est le libérateur du genre humain parti déjà pour courir la carrière ; c’est le Soleil de justice lançant ses premiers rayons sur le monde ; c’est l’hôte céleste demandant asile à notre cœur ; c’est le Dieu qui a fait les âmes et qui les aime 57 s’offrant à notre tendresse.

    Allons à lui afin de le connaître, connaissons-le afin de l’aimer, aimons-le afin de lui devenir semblables. Or, il veut, dans ce mystère de Noël, que nous devenions enfants comme lui : c’est maintenant l’unique moyen de le posséder, l’unique voie pour aller à son Père. Approchez donc, âmes fidèles, et soyez illuminées 58 . Pour vous aider dans l’œuvre de préparation à cette heureuse visite que vous désirez faire à l’Enfant de Bethléem, nous avons osé formuler les Actes suivants ; puissiez-vous en tirer quelque profit, et aussi vous souvenir alors de Celui qui ne les a écrits que pour vous !

 

    AVANT LA COMMUNION.

    ACTE DE FOI.

    Vous vous apprêtez à descendre en moi, ô Dieu éternel, et rien n’annonce l’approche de votre divine majesté. De même que dans la nuit sacrée de Bethléem votre entrée fut humble et silencieuse, aucun bruit, aucun éclat n’annoncera la visite que vous allez me faire. Un petit enfant enveloppé des langes eucharistiques va venir en moi sous l’apparence d’un pain léger et vil aux yeux de la chair, et je posséderai en moi-même Celui qui a tiré toutes choses du néant, le Juge suprême des vivants et des morts ! Oh ! combien je dois anéantir ma raison en présence d’un si haut mystère ! Mais combien aussi j’aime à contempler ces abaissements incompréhensibles d’un Dieu qui ne s’humilie que pour me relever ! Ma raison ne l’eût jamais pressenti, je le sais ; mais, bien loin de savoir ce que peut l’amour infini d’un Dieu pour ses créatures, sais-je seulement ce que c’est que mon néant et mon péché, cet autre abîme, au fond duquel vous descendez, ô mon Sauveur, pour me chercher ? O Dieu-Enfant, mon cœur touché et reconnaissant croit à votre amour, et votre amour lui révèle votre puissance. Je viens à vous sans raisonner, comme vinrent les bergers à la parole de l’Ange. Il leur fut dit : Il vous est né un Sauveur qui est le Christ du Seigneur ; vous le reconnaîtrez à la faiblesse de l’enfance, à l’humilité des langes, à la pauvreté de la crèche. Aussitôt ils partirent, et étant arrivés ils trouvèrent ce qui leur avait été annoncé, et ils crurent en lui. Ainsi je veux faire moi-même, ô Jésus ! C’est votre enfance, ce sont vos langes, c’est votre crèche que je cherche. Agréez donc, sous les voiles qui vous couvrent, l’hommage de ma foi, et recevez-moi comme l’un de ces humbles bergers à qui leur simplicité mérita la première place au céleste festin de Bethléem.

    ACTE D’HUMILITÉ.

    Mais, ô Dieu enfant, les bergers de Bethléem ne vous furent pas seulement agréables par la simplicité de leur foi ; ils vous plurent aussi par l’humilité de leur cœur. Vous aimez les petits, ô mon souverain Roi ! et c’est pour cela même que ces heureux pasteurs obtinrent l’insigne gloire d être préférés à tout le genre humain, dans l’honneur qu’ils eurent de saluer les premiers votre berceau. Ainsi l’humilité de Marie a été l’aimant qui vous attira du ciel dans ses chastes flancs, et l’humilité des bergers vous porta à les appeler d’abord pour former, avec Marie et Joseph, avec les saints Anges, votre auguste cour, dans cette étable devenue un vrai paradis. Quelle admirable leçon vous me donnez, ô mon Sauveur, à moi qui dois marcher à leur suite ; bien plus, qui vais vous recevoir en moi-même ! Abaissez donc, ô Jésus, toutes les hauteurs de mon esprit ; humiliez toutes les répugnances de mon cœur. Abattez-moi au pied de votre crèche, afin que je ne m’élève plus dans mon orgueil. Mais, ô mon Jésus, non seulement vous aimez les petits ; vous daignez encore vous faire petit pour vous unir à ma bassesse. C’est comme un faible enfant que vous venez à moi, c Dieu suprême ! A votre approche, je me confonds, je m’abîme dans mon néant, moi, jusqu’ici si éloigné de l’humilité et de la simplicité de l’enfance. Dans votre sagesse souveraine, vous cherchez l’étable et la crèche pour y naître : entrez dans mon cœur. Bethléem ne vous offrit rien d’aussi digne de cette grandeur qui aime à descendre dans ce qu’il y a de plus infime, de cette lumière qui se plaît à illuminer les plus profondes ténèbres.

    ACTE DE CONTRITION.

    Mais, ô Dieu de sainteté, l’étable et la crèche, tout indignes qu’elles fussent de votre majesté, n’avaient du moins rien qui blessât vos regards. Dans ce monde, ouvrage de vos mains, quel lieu, quel objet eussent été dignes de vous servir de berceau ou de palais ? Votre grandeur, votre divinité que vous portez partout, suffiraient à changer en habitation digne de vous tout recoin de ce monde que vous eussiez daigné choisir pour y naître. Il n’y avait qu’un lieu indigne de vous, et dans lequel votre gloire pût refuser de descendre : le cœur de l’homme pécheur. C’est là l’étable vraiment infecte, la crèche avilissante pour votre majesté. Pourquoi faut-il, ô mon Sauveur, que les restes du péché que je sens en moi, les cicatrices encore saignantes des blessures qu’il m’a faites, m’avertissent que mon cœur a été cette étable, cette crèche honteuse que vous ne pouviez visiter qu’après les avoir purifiées par votre grâce ? Je déplore, ô mon Sauveur, l’état dans lequel le péché m’avait mis par ma faute. A vous voir ainsi humilié sous les livrées de l’enfance, je comprends tout à la fois la grandeur de ma malice qui demandait de tels remèdes, et l’immensité de votre amour qui n’a pas dédaigné de me les apporter. Oh ! combien je renonce de tout mon cœur au péché ! Combien je veux le poursuivre désormais en moi, jusqu’à ce que j’en aie extirpé les dernières racines ! O Jésus ! je me souviens de cette parole : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. Le moment est venu où je vais vous voir et approcher de votre berceau ; purifiez donc mon cœur, et chassez-en à jamais le péché et l’attache au péché.

    ACTE D’AMOUR.

    Puisse donc, ô Dieu-Enfant, ce cri de mon cœur qui déteste son péché, arriver jusqu’à vous et m’obtenir votre clémence ! Quand du fond de votre crèche vous vous pencherez vers moi, quand vous arrêterez sur ma misère vos yeux si doux et si pleins de pardon, mon âme tressaillira, et je sentirai alors que tout est oublié, ô Dieu de miséricorde ! Mais je ne veux pas seulement vous apporter un cœur qui cric merci. Je sais, ô Jésus, que si vous exigez en moi la componction de mes fautes, vous voulez surtout l’amour de mon cœur. Ce mystère de votre enfance, qu’est-il autre chose qu’un mystère d’amour ? Vous venez à moi parce que vous m’aimez : vous venez avec la faiblesse de l’enfance pour encourager mon amour, en bannissant toutes mes craintes. C’est donc l’amour que je dois vous offrir en ce moment. Mais, ô Jésus, où le prendrai-je, cet amour qui soit digne d’être mis en rapport avec le vôtre, si généreux, si immense, si tendre surtout : l’amour d’un Dieu-Enfant qui daigne traiter l’homme comme un frère bien-aimé ? J’oserai pourtant vous le dire en présence de cette crèche et de ces langes, magnifiques trophées d’un amour jusqu’alors inconnu : Je vous aime, ô Jésus-Enfant ! Je m’approche de vous pour vous aimer davantage. Je ne veux plus vous fuir ; vous désirez vous unir à moi par l’amour : je ne cesserai de soupirer pour vous, jusqu’à ce que je vous aie reçu dans mon cœur ; jusqu’à ce que, consommé dans l’unité avec vous, je ne fasse plus qu’une même chose avec vous, suivant votre parole : Celui qui mange ma chair demeure en moi, et moi en lui. O Jésus, échauffez mon cœur, comme celui des bergers aux approches de l’étable ; comme celui des Mages à la vue de l’étoile, au moment où elle fixe le terme de leur voyage en s’arrêtant sur Bethléem, la Maison du Pain ; comme celui du vieillard Siméon quand il aperçoit le Christ du Seigneur entre les bras de Marie sa mère, et qu’il voit enfin s’accomplir toutes les promesses qu’il avait reçues de l’Esprit Saint. Mon cœur vous présente, ô Jésus, en ce moment, tout l’amour de ces saints, et aussi tout l’amour de Marie elle-même, tout l’amour des saints Anges et de tous les élus ; agréez donc, ô Sauveur si riche en amour, ce supplément à la pauvreté de mon cœur, et daignez venir en lui pour l’enrichir de l’or précieux de la charité.

    ACTE DE DÉSIR.

    Je vous aime, ô Dieu-Enfant ! et c’est pour cela que je vous désire et que je vous appelle. Et comment ne vous désirerais-je pas, vous le désiré des collines éternelles ? N’est-ce pas vous quiètes la lumière et la vie ? Oh ! venez, divin Soleil de justice, illuminer mes ténèbres, rendre la vie à mon âme qui défaille sans vous. Les nations vous attendent comme leur libérateur. L’Église votre Épouse languit d’amour, jusqu’à ce que vous veniez la visiter. Abraham, dans les limbes, et tous les Patriarches soupirent après votre jour. Joseph, l’heureux époux de Marie, tressaille de voir enfin venue l’heure sacrée où les chastes flancs delà Vierge ne cacheront plus le Fils de l’Éternel. Les bergers disent : Hâtons-nous de passer jusqu’à Bethléem, et voyons Celui que le Seigneur nous a manifesté. Les Mages ont à peine vu l’étoile, qu’ils s’élancent vers Celui qui est l’Étoile de Jacob. Siméon, poussé par l’Esprit divin, s’avance, malgré les années, au-devant du Sauveur que Dieu a préparé. Anne la prophétesse survient tout à coup avec une ardeur inconnue à sa vieillesse, et vient contempler Celui qui est la consolation d’Israël. Tout s’ébranle, ô Jésus ! toute la création court au-devant de vous ; les Anges eux-mêmes descendent du ciel pour vous voir, vous adorer dans la crèche et sous les langes. Daignez donc permettre que, moi aussi, je m’empresse vers vous ; que mon cœur vous appelle et vous désire avec une ardeur sinon égale, du moins aussi vive qu’il la peut concevoir. Je vous appelle donc, ô divin Enfant ! je vous offre tous ces vœux, tous ces désirs de tant de Saints ; j’y joins les miens, tout faibles qu’ils sont. Venez donc, descendez vers moi ; que mon cœur enfin vous rencontre et s’unisse à vous. O Marie, Vierge Mère du Messie, aidez-moi en ce moment à l’aimer comme vous l’avez aimé : introduisez-moi en Bethléem dont vous êtes la Reine. Saints Anges, recevez-moi dans vos chœurs, entourez-moi de vos célestes influences, couvrez ma nudité de vos ailes sacrées. Saints et Saintes de Dieu, par les délices que vous avez goûtées dans le Dieu de Bethléem, ne me délaissez pas à cette heure ; soyez près de moi, au moment où le souverain Seigneur qui vous remplit de son amour et de sa lumière, va daigner descendre au milieu de mes ténèbres et de ma misère.

    Pour compléter cette préparation, suivez avec foi et avec une religieuse attention tous les mystères de la Messe à laquelle vous devez communier, produisant les actes que nous avons exposés au Chapitre V ; et quand vous aurez reçu la visite du Seigneur, vous pourrez vous aider des prières suivantes, dans l’Action de grâces qui vous reste à faire.

    APRÈS LA COMMUNION.

    ACTE D’ADORATION.

    Vous êtes donc descendu en moi, ô mon souverain Seigneur ! vous reposez donc en mon cœur comme dans le berceau que vous avez choisi, Enfant divin ! Mon cœur est donc en ce moment comme une nouvelle Bethléem, ô Pain des Anges ! Je m’anéantis dans mes adorations, à la vue d’une si haute majesté qui a daigné descendre jusque dans de si abjectes profondeurs. Gloire à vous, ô Jésus, dans les hauteurs du ciel, disent les saints Anges ; j’ajouterai : Gloire à vous, ô Jésus, dans les abîmes de misère et de faiblesse que vous visitez avec tant de clémence ! Qui me donnera en ce moment, ô céleste Enfant, de vous présenter un hommage digne de vous ? Marie, votre très pure et très heureuse Mère, vous ayant glorieusement enfanté, vous plaça dans la crèche avec ses mains virginales, puis celle qui était votre Mère se prosterna comme votre servante, et elle vous adora profondément. Vous daignâtes, ô Jésus, agréer cet hommage, le plus glorieux que votre majesté eût jamais reçu sur cette terre coupable. Souffrez que je l’imite, cette Mère si chérie de vous, que je vous adore en ce moment avec elle, ô mon souverain Roi ! Ne voyez que son hommage dans le mien : elle est aussi ma Mère ; tous ses biens, tous ses mérites m’appartiennent. Je vous offre encore les adorations de cet homme juste, le chaste époux de la Vierge, l’admirable Joseph, confident des mystères de Nazareth, témoin aussi de la touchante merveille de Bethléem. Que ne puis-je arriver à la grandeur des sentiments de cet homme simple et fort, choisi entre les mortels pour veiller sur votre enfance ! Enfin, ô Jésus, je vous adore avec les Anges, avec les Bergers, avec les Mages, avec Siméon, avec Anne, avec toute l’Église de la terre et du ciel qui contemple dans son admiration le sublime miracle de vos abaissements.

    ACTE DE REMERCIEMENT.

    Mais ce n’est point assez, ô divin Enfant, de vous adorer dans ma bassesse ; il me faut encore vous remercier dans ma reconnaissance. Quel honneur ne me faites-vous pas ? quelles délices ne me procurez-vous pas ? Voici que par votre bonté je suis devenu, moi pécheur, une Bethléem vivante, qui possède en soi le Pain de vie ; mon cœur a été choisi non plus pour trône, mais pour berceau, par votre insigne Majesté descendue jusqu’à moi. Les saints Anges vous adorent et vous louent ; mais vous ne reposez pas dans leurs bras. Les bergers vous contemplent avec simplesse et amour ; mais vous ne vous laissez pas toucher par leurs mains. Les Mages déposent à vos pieds leurs présents ; mais, suivant la prophétie, ils ne font que baiser la terre autour de votre berceau. Heureux donc le vieillard Siméon qui vous reçoit dans ses bras ; mais plus heureux moi-même qui vous ai reçu dans ma bouche, ô Pain de vie, et qui vous garde présentement dans mon cœur ! Soyez donc béni et exalté, ô Dieu, si accessible à la plus indigne de vos créatures ! Je vous rends grâces, je vous glorifie avec les bergers qui, venus en toute hâte à Bethléem, s’en retournèrent glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils avaient vu et entendu ; à quoi l’Évangéliste ajoute que tous ceux qui les entendirent furent ravis d’admiration. Moi aussi, j’ouvrirai la bouche, et, empruntant la parole du fils de Bethléem, David votre aïeul, je dirai dans ma joie : O vous tous qui craignez le Seigneur, venez, et je vous raconterai quels biens il a faits à mon âme.

    ACTE D’AMOUR.

    Vous m’avez donc aimé, ô mon Hôte divin, puisque vous m’avez ainsi comblé des dons de votre amour ! Comment ne vous aimerais-je pas moi-même de toute l’étendue de ce cœur que vous habitez ? Soyez donc aimé, ô divin Enfant ! C est dans ce but que vous avez déposé tout votre éclat, anéanti toute votre grandeur ; que vous êtes amoindri jusqu’à cette forme d’esclave, et d’esclave enfant. Non, je ne tremble plus à votre aspect ; je vous approche sans être ému d’autre sentiment que celui de la confiance et de l’amour. O vous qui deviez être mon juge terrible, vous reposez maintenant dans mon cœur, comme dans le berceau que vous avez choisi ; vous vous êtes mis à ma discrétion ; vous êtes à moi, et je suis à vous, suivant votre parole. Ah 1 ne me quittez jamais, Sauveur si aimable ! Vivez, croissez dans mon cœur ; régnez-y par l’amour. Je vous offre, comme supplément à mon ime puissance, l’amour avec lequel Marie votre très pur-Mère vous pressait sur son sein virginal dans ces premiers jours de votre vie mortelle ; l’amour avec lequel Joseph, son chaste époux, et votre père nourricier, vous prodiguait tous les soins de sa tendresse ; l’amour avec lequel les pasteurs de Bethléem contemplaient, sous les langes et dans la crèche, la merveille d’un Sauveur né pour eux ; l’amour avec lequel les Mages déposaient à vos pieds leurs trésors, et oubliaient, à la vue de votre berceau, les fatigues d’une longue course à la suite de l’étoile ; l’amour avec lequel l’heureux Siméon, vous prenant dans ses bras, sentait défaillir sa vie mortelle et poindre pour lui le four de l’éternité ; enfin l’amour des saints Anges, dont la félicité, comme nous l’apprend le saint Apôtre, est de reposer éternellement leurs regards sur votre immortelle beauté, devenue ici-bas, sous les doux traits de l’enfance, accessible aux yeux mêmes des pécheurs. Recevez donc, ô mon divin trésor, recevez mon cœur avec tous ces cœurs qui vous aiment, et demeurez à jamais en moi et moi en vous.

    ACTE D’OFFRANDE.

    Mais ce n’est pas assez de vous aimer, ô céleste Enfant ! Il faut encore que je me donne à vous. Vous m’êtes venu chercher, si bas que je fusse descendu ; et afin que je ne vous fuie plus, vous êtes venu prendre votre habitation dans mon cœur, dont vous avez fait votre Bethléem, ô Pain de vie ! Vous voulez que je devienne enfant comme vous, que j’abaisse toutes mes hauteurs, toutes mes révoltes au pied de votre berceau ; que ma fausse sagesse s’anéantisse devant les leçons de votre crèche ; que mes yeux accoutumés à une lumière trompeuse se renouvellent en contemplant la simplicité de vos langes. O Jésus ! vous êtes le Roi des enfants, comme le dit un grand génie chrétien : je me donne donc à vous pour être enfant à votre suite. Agréez l’hommage de ma docilité ; faites qu’elle soit constante, et qu’elle procède toujours de l’amour. J’abjure, ô mon Sauveur, tout ce qui, dans ma vie passée, dans mes idées et mes affections, a été contraire à vos vues : vous m’avez introduit trop près de vous pour que je ne sois pas désormais tout à vous. Je veux donc imiter les Mages qui, après vous avoir adoré, s’en retournèrent par une autre voie dans leur patrie. Puisse cette enfance que j’ai commencée près de vous, devenir en moi le principe d’une vie nouvelle, qui n’aura plus rien de commun avec l’ancienne ! Siméon, vous ayant reçu dans ses bras, ne voulut plus vivre que pour l’éternité ; moi qui vous possède dans mon cœur, je vous demande de vivre avec vous dans le temps : je m’offre à vous servir toute ma vie, pour mériter de vous être uni à jamais dans la gloire et la félicité de votre paradis.

    O Mère de Dieu, Marie ! conservez en moi les fruits de la visite qu’a daigné me faire votre divin Fils. Anges de Dieu, qui l’adorez en moi, veillez à la sainteté et à la pureté de cette demeure qu’il s’est choisie. Saints et Saintes, priez, afin que je sois fidèle à Celui que vous avez aimé sur la terre, et que vous aimerez éternellement au ciel.

 

    CHAPITRE VII. DE L’OFFICE DE TIERCE, SEXTE ET NONE AU TEMPS DE NOËL.

        

    Les limites que nous nous sommes imposées dans cette Année liturgique ne nous permettant pas de donner le texte de tous les Offices de l’Église au Temps de Noël, nous nous bornerons à reproduire ceux auxquels les simples fidèles ont coutume de prendre part, et qui, pour cette raison, se célèbrent avec plus de solennité. Aux Vêpres et aux Complies que nous avons insérées dans l’Avent, nous joignons donc ici les Heures de Tierce, Sexte et None, que l’on chante ordinairement, même dans les Églises paroissiales, aux fêtes de Noël et de l’Épiphanie.

    La forme liturgique est la même pour Tierce, Sexte et None. Après l’invocation du secours divin, on chante une Hymne et trois Psaumes, suivis d’une Antienne, de la petite Leçon appelée Capitule, d’un Chœur avec refrain, connu sous le nom de Répons bref, pour le distinguer des Répons ordinaires qui sont plus longs ; enfin de l’Oraison qui renferme comme le résumé de tous les vœux et de toutes les demandes de l’Église, dans la fête qu’on célèbre.

    Les Psaumes assignés pour ces trois Heures ne sont que des divisions ou fragments du célèbre Psaume cxvm0, que l’Église récite tout entier chaque jour, et qui est considéré comme le cantique de la prière par excellence. Dans ce Psaume, le prophète s’adresse presque toujours au Verbe incarné, qui est tout à la fois la Loi divine et le Législateur. Il ne sera pas difficile de sentir la beauté particulière de ce cantique, au temps de Noël ; mais les mystères de ce saint Temps ne l’épuiseront pas. La prière liturgique est la manne du désert qui s’accommodait au goût de tous ceux qui étaient appelés à s’en nourrir.

 

A TIERCE    

V. Deus, in adjutorium meum intende.

R. Domine, ad adiuvandum me festina.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto;

Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum. Amen. Alleluia.

 

V. O Dieu, venez à mon aide.
R. Hâtez-vous, Seigneur de me secourir.
Gloire au Père et au Fils, et au Sain-Esprit;

Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. Alléluia.

    HYMNE

    (Composée par saint Ambroise)

Nunc, sancte nobis Spiritus,
Unum Patri cum Filio,
Dignare promptus ingeri
Nostro refusus pectori.

Os, lingua, mens, sensus, vigor
Confessionem personent,
Flammescat igne caritas,
Accendat ardor proximos.

Praesta, Pater piissime,
Patrique compar Unice,
Cum Spiritu Paraclito
Regnans per omne saeculum. Amen

 

    Esprit-Saint, substance unique avec le Père et le Fils, daignez, à cette heure, descendre en nous, et vous répandre dans nos cœurs.

Que notre bouche, notre langue, notre esprit, nos sens, nos forces, publient vos louanges : que le feu de la charité s’allume ; que son ardeur embrase tous nos frères.

Exaucez-nous, Père très-miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.

 

    DIVISION DU PSAUME CXVIII

Legem pone mihi Domine viam iustificationum tuarum et exquiram eam semper.
Da mihi intellectum et scrutabor legem tuam et custodiam illam in toto corde meo.
Deduc me in semita mandatorum tuorum quia ipsam volui.
Inclina cor meum in testimonia tua et non in avaritiam.
Averte oculos meos ne videant vanitatem in via tua vivifica me.
Statue servo tuo eloquium tuum in timore tuo.
Amputa obprobrium meum quod suspicatus sum quia iudicia tua iucunda.
Ecce concupivi mandata tua in aequitate tua vivifica me.

Et veniat super me misericordia tua Domine salutare tuum secundum eloquium tuum.
Et respondebo exprobrantibus mihi verbum quia speravi in sermonibus tuis.
Et ne auferas de ore meo verbum veritatis usquequaque quia in iudiciis tuis supersperavi.
Et custodiam legem tuam semper in saeculum et in saeculum saeculi.
Et ambulabam in latitudine quia mandata tua exquisivi.
Et loquebar in testimoniis tuis in conspectu regum et non confundebar.
Et meditabar in mandatis tuis quae dilexi.
Et levavi manus meas ad mandata quae dilexi et exercebar in iustificationibus tuis.

Gloria Patri, etc.

 

Memor esto verbi tui servo tuo in quo mihi spem dedisti.
Haec me consolata est in humilitate mea quia eloquium tuum vivificavit me.
Superbi inique agebant usquequaque a lege autem tua non declinavi.
Memor fui iudiciorum tuorum a saeculo Domine et consolatus sum.
Defectio tenuit me prae peccatoribus derelinquentibus legem tuam.
Cantabiles mihi erant iustificationes tuae in loco peregrinationis meae.
Memor fui in nocte nominis tui Domine et custodivi legem tuam.
Haec facta est mihi quia iustificationes tuas exquisivi.

Portio mea Dominus dixi custodire legem tuam.
Deprecatus sum faciem tuam in toto corde meo miserere mei secundum eloquium tuum.
Cogitavi vias meas et avertisti pedes meos in testimonia tua.
Paratus sum et non sum turbatus ut custodiam mandata tua.
Funes peccatorum circumplexi sunt me et legem tuam non sum oblitus.
Media nocte surgebam ad confitendum tibi super iudicia iustificationis tuae.
Particeps ego sum omnium timentium te et custodientium mandata tua.
Misericordia Domini plena est terra iustificationes tuas doce me.

Gloria Patri, etc.

 

Bonitatem fecisti cum servo tuo Domine secundum verbum tuum.
Bonitatem et disciplinam et scientiam doce me quia mandatis tuis credidi.
Priusquam humiliarer ego deliqui propterea eloquium tuum custodivi.
Bonus es tu et in bonitate tua doce me iustificationes tuas.
Multiplicata est super me iniquitas superborum ego autem in toto corde scrutabor mandata tua.
Coagulatum est sicut lac cor eorum ego vero legem tuam meditatus sum.
Bonum mihi quia humiliasti me ut discam iustificationes tuas.
Bonum mihi lex oris tui super milia auri et argenti.

Manus tuae fecerunt me et plasmaverunt me da mihi intellectum et discam mandata tua.
Qui timent te videbunt me et laetabuntur quia in verba tua supersperavi.
Cognovi Domine quia aequitas iudicia tua et veritate humiliasti me.
Fiat misericordia tua ut consoletur me secundum eloquium tuum servo tuo.
Veniant mihi miserationes tuae et vivam quia lex tua meditatio mea est.
Confundantur superbi quia iniuste iniquitatem fecerunt in me ego autem exercebor in mandatis tuis.
Convertantur mihi timentes te et qui noverunt testimonia tua.
Fiat cor meum inmaculatum in iustificationibus tuis ut non confundar.

Donnez-moi pour loi, Seigneur, la voie de vos volontés pleines de justice, et je ne cesserai de la rechercher.
Donnez-moi l’intelligence, et je scruterai votre loi, et je la garderai de tout mon cœur.

Conduisez-moi dans le sentier de vos préceptes : c’est lui que je désire.

Inclinez mon cœur vers vos commandements, et détournez-le de la cupidité.

Détournez mes yeux, afin qu’ils ne voient pas la vanité ; vivifiez-moi dans votre voie.

Affermissez votre parole en votre serviteur, pare la crainte de vous offenser.
Éloignez de moi l’opprobre que j’appréhende ; car vos jugements sont pleins de douceur.

Voilà que j’ai désiré remplir vos commandements ; dans votre justice donnez-moi la vie ;

Et que votre miséricorde vienne sur moi, ce salut que vous avez promis.

Et je répondrai à ceux qui m’outragent, aux ennemi de mon âme, que j’avais espéré dans votre parole.
Et n’enlevez jamais de ma bouche la parole de votre vérité ; car mon espérance en vos justices a été sans bornes.
Et je garderai votre loi toujours,dans les siècles des siècles.

Et je marcherai dans la vie, avec la joie de mon cœur, parce que j’ai recherché vos commandements.

Et je parlerai de votre loi en présence des rois, et je n’en rougirai point.
Et je méditerai sur vos préceptes, objet de mon amour.

Et je lèverai mes mains vers vos commandements que j’ai aimés, et je m’exercerai dans la pratique de votre justice.
Gloire au Père, etc.

 

Souvenez-vous de votre parole à votre serviteur, par laquelle vous m’avez donné l’espérance.
C’est elle qui m’a consolé en mon humiliation ; car votre parole m’a donné la vie.
Les esprits de superbe m’ont attaqué de toutes parts avec injustice ; mais je ne me suis point détourné de votre loi.
Je me suis souvenu, Seigneur, des jugements que vous avez exercés dès le commencement du monde ; et j’ai été consolé.
La défaillance s’est emparée de moi, à la vue des pécheurs qui désertent votre loi.
Votre loi de justice a été le sujet de mes chants, dans le lieu de mon pèlerinage.
Seigneur, je me suis souvenu de votre nom durant la nuit, et j’ai gardé votre loi.

Ce bonheur m’est arrivé, parce que j’ai recherché vos justices.
J’ai dit : Mon partage, Seigneur, est de garder votre loi.

J’ai imploré votre assistance du fond de mon cœur ; selon votre parole, ayez pitié de moi.

J’ai réfléchi sur mes voies, et j’ai ramené mes pas dans le sentier de vos préceptes.

Je suis prêt et je veux, sans trouble, garder désormais vos commandements.

Les filets des pécheurs m’ont environné, et je n’ai point oublié votre loi.

Je me levais au milieu de la nuit, pour vous rendre gloire sur les jugements de votre justice.

Je suis uni à tous ceux qui vous craignent et qui gardent vos commandements.

Toute la terre est pleine de votre miséricorde, Seigneur : enseignez-moi votre justice.

Gloire au Père, etc.

 

Vous avez signalé votre bonté envers votre serviteur, selon votre parole, Seigneur.

Enseignez-moi la miséricorde, la sagesse et la science ; car j’ai cru à vos préceptes.
Avant que vous m’eussiez humilié, j’ai péché ; c’est pourquoi, éclairé maintenant, j’observe votre loi.

Vous êtes bon ; dans cette bonté, enseignez-moi vos justices.

Mes ennemis superbes ont multiplié sur moi leur iniquité ; mais mon cœur s’attachera tout entier à la recherche de vos commandements.

Leur cœur s’est épaissi comme le lait ; pour moi, j’ai médité votre loi.

Il m’a été bon que vous m’ayez humilié, afin que j’apprisse la justice de vos préceptes.

Votre Verbe qui est la loi sortie de votre bouche, o Père céleste, est plus précieux pour moi que les monceaux d’or et d’argent.

Vos mains m’ont fait et m’ont façonné ; donnez-moi l’intelligence, et j’apprendrai vos décrets.

Ceux qui vous craignent me verront, et se réjouiront ; car j’ai grandement espéré en vos paroles.

J’ai connu, Seigneur, que vos jugements sont l’équité, et que vous m’avez humilié avec justice.

Que votre miséricorde daigne venir me consoler, selon la promesse que vous fîtes à votre serviteur.

Viennent sur moi vos miséricordes, et je vivrai ; car votre loi est toute mon occupation.

Que mes ennemis superbes soient confondus, puisqu’ils m’ont persécuté avec injustice ; moi je m’exercerai sur vos préceptes.

Que ceux qui vous craignent et qui entendent vos oracles se tournent vers moi.

Que mon cœur devienne pur par la pratique de vos préceptes, afin que je ne sois pas confondu, au jour où vous paraîtrez dans votre justice.

 

L’Antienne, le Capitule, le Répons bref, le Verset et l’Oraison qui complètent l’Office de Tierce, se trouve ci-après, dans leurs lieu et place, aux fêtes solennelles dont nous donnons les Offices.

A SEXTE

Deus, in adiutorium, etc.

Gloria Patri, etc.

O Dieu ! Venez à mon aide, etc.

Gloire soit au Père, etc.

HYMNE

(Composée par saint Ambroise)

Rector potens, verax Deus,
qui temperas rerum vices,
splendore mane instruis
et ignibus meridiem,

Extingue flammas litium,
aufer calorem noxium,
confer salutem corporum
veramque pacem cordium

Praesta, Pater piissime,
Patrique compar Unice,
cum Spiritu Paraclito
regnans per omne saeculum. Amen.

 

Arbitre tout-puissant, Dieu de vérité, qui réglez l’ordre de toute choses, vous dispensez au matin sa splendeur, et au midi ses feux.

Éteignez la flamme des discordes, dissipez toute ardeur nuisible; donnez à nos corps la santé, à nos cœurs la paix véritable. Exaucez-nous, Père très miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.

 

DIVISION DU PSAUME CXVIII.

 

Defecit in salutare tuum anima mea in verbum tuum supersperavi.
Defecerunt oculi mei in eloquium tuum dicentes quando consolaberis me.
Quia factus sum sicut uter in pruina iustificationes tuas non sum oblitus.
Quot sunt dies servo tuo quando facies de persequentibus me iudicium.
Narraverunt mihi iniqui fabulationes sed non ut lex tua.
Omnia mandata tua veritas inique persecuti sunt me adiuva me.
Paulo minus consummaverunt me in terra ego autem non dereliqui mandata tua.
Secundum misericordiam tuam vivifica me et custodiam testimonia oris tui.

In aeternum Domine verbum tuum permanet in caelo.
In generationem et generationem veritas tua fundasti terram et permanet.
Ordinatione tua perseverat dies quoniam omnia serviunt tibi.
Nisi quod lex tua meditatio mea est tunc forte perissem in humilitate mea.
In aeternum non obliviscar iustificationes tuas quia in ipsis vivificasti me.
Tuus sum ego salvum me fac quoniam iustificationes tuas exquisivi.
Me expectaverunt peccatores ut perderent me testimonia tua intellexi.
Omni consummationi vidi finem latum mandatum tuum nimis.

Gloria Patri, etc.

Quomodo dilexi legem tuam tota die meditatio mea est.
Super inimicos meos prudentem me fecisti mandato tuo quia in aeternum mihi est.
Super omnes docentes me intellexi quia testimonia tua meditatio mea est.
Super senes intellexi quia mandata tua quaesivi.
Ab omni via mala prohibui pedes meos ut custodiam verba tua.
A iudiciis tuis non declinavi quia tu legem posuisti mihi.
Quam dulcia faucibus meis eloquia tua super mel ori meo.
A mandatis tuis intellexi propterea odivi omnem viam iniquitatis.
Lucerna pedibus meis verbum tuum et lumen semitis meis.
Iuravi et statui custodire iudicia iustitiae tuae.
Humiliatus sum usquequaque Domine vivifica me secundum verbum tuum.
Voluntaria oris mei beneplacita fac Domine et iudicia tua doce me.
Anima mea in manibus meis semper et legem tuam non sum oblitus.
Posuerunt peccatores laqueum mihi et de mandatis tuis non erravi.
Hereditate adquisivi testimonia tua in aeternum quia exultatio cordis mei sunt.
Inclinavi cor meum ad faciendas iustificationes tuas in aeternum propter retributionem.

Gloria Patri, etc.

 

Iniquos odio habui et legem tuam dilexi.
Adiutor meus et susceptor meus es tu in verbum tuum supersperavi.
Declinate a me maligni et scrutabor mandata Dei mei.
Suscipe me secundum eloquium tuum et vivam et non confundas me ab expectatione mea.
Adiuva me et salvus ero et meditabor in iustificationibus tuis semper.
Sprevisti omnes discedentes a iustitiis tuis quia iniusta cogitatio eorum.
Praevaricantes reputavi omnes peccatores terrae ideo dilexi testimonia tua.
Confige timore tuo carnes meas a iudiciis %enim; tuis timui.

Feci iudicium et iustitiam non tradas me calumniantibus me.
Suscipe servum tuum in bonum non calumnientur me superbi.
Oculi mei defecerunt in salutare tuum et in eloquium iustitiae tuae.
Fac cum servo tuo secundum misericordiam tuam et iustificationes tuas doce me.
Servus tuus sum ego da mihi intellectum et sciam testimonia tua.
Tempus faciendi Domino dissipaverunt legem tuam.
Ideo dilexi mandata tua super aurum et topazion.
Propterea ad omnia mandata tua dirigebar omnem viam iniquam odio habui.

Mon âme a défailli dans l’attente du Sauveur que vous aviez promis; mais j’ai mis mon espérance en votre parole.

Mes yeux se sont lassés à relire vos promesses, et je disais : Quand me consolerez-vous ?

Je me suis desséché comme la peau exposé à la gelée ; mais je n’ai point oublié vos justices.

Je disais : Combien de jours restent encore à votre serviteur ? Quand ferez-vous justice de mes persécuteurs ?

Les impies me racontaient leurs fables ; mais ce qu’ils disent n’est pas comme votre loi.

Toutes vos ordonnances sont vérité ; ils me poursuivent injustement : aidez-moi.

Ils m’ont presque anéanti sur la terre ; mais je n’ai point abandonné vos commandements.
Vivifiez-moi selon votre miséricorde ; et je garderai les oracles de votre bouche.
Votre parole, Seigneur, demeure à jamais dans le ciel.

Votre vérité passe de génération en génération. C’est vous qui avez affermi la terre, et elle est stable.
Par votre ordre, le jour subsiste ; car tous vous est assujetti.
Si votre loi n’eût été le sujet de mes méditations, j’airais péri déjà dans mon affliction.

Je n’oublierai jamais vos justices ; car c’est par elles que vous m’avez vivifié.

Je suis à vous ; sauvez-moi : car j’ai recherché vos préceptes.

Les pécheurs m’ont attendu pour me perdre ; mais j’avais fixé mon attention sur vos oracles.

J’ai vu venir la fin de toutes choses ; votre loi seule est infinie.
Gloire au Père, etc.

 

Que j’aime votre loi, Seigneur, toute la journée elle est le sujet de mes méditations.
Vous m’avez rendu plus sage que mes ennemis par les préceptes que vous m’avez donnés : je les ai embrassé à jamais.
J’ai surpassé en intelligence tous mes maîtres , parce que je médite vos oracles.
Je suis devenu plus prudent que les vieillards, parce que j’ai recherché vos commandements.
J’ ai détourné mes pieds de toute mauvaise voie, pour garder vos ordonnances.
Je ne me suis point écarté de vos règles ; car c’est vous-même qui m’avez prescrit la loi.

Que vos paroles sont douces à ma bouche!elles sont plus suaves que le miel à mon palais.

Vos préceptes m’ont donné l’intelligence ; c’est pourquoi je hais toute voie d’iniquité.

Votre parole est la lampe qui éclaire mes pas : elle est la lumière de mes sentiers.

J’ai juré et j’ai résolu de garder les décrets de votre justice.

J’ai été réduit, Seigneur, à une extrême humiliation : rendez-moi la vie selon votre parole.

Agréez, Seigneur, le sacrifice volontaire que vous offre ma bouche, et enseignez-moi vos commandements.

Mon âme est toujours entre mes mains ; et je n’ai point oublié votre loi.

Les pécheurs m’ont tendu des lacs ; mais je ne me suis point écarté de vos ordonnances.

J’ai pris vos préceptes pour être à jamais mon héritage ; car ils sont la joie de mon cœur.

J’ai incliné mon cœur à l’accomplissement de vos commandements pour jamais, à cause de la récompense.

Gloire au Père, etc.

 

J’ai haï les méchants, et j’aime votre loi.

Vous êtes mon secours et mon asile ; en votre parole j’ai mis toute mon espérance.
Retirez-vous de moi, méchants, et je chercherai les précepte de mon Dieu.

Recevez-moi selon votre parole et je vivrai ; ne permettez pas que je soit confondu dans mon attente.

Aidez-moi, et je serai sauvé ; et je méditerai continuellement vos ordonnances.

Vous rejetez avec mépris tous ceux qui s’écartent de vos commandements ; car leur pensée est injuste.

J’ai regardé tous les pécheurs de la terre comme des prévaricateurs ; et pour cela j’ai chéri vos oracles.

Transpercez ma chair de votre crainte ; car vos jugements remplissent mon âme de terreur.

J’ai pratiqué l’équité et la justice : ne me livrez pas aux ennemis qui me calomnient.

Recevez votre serviteur et affermissez-le dans le bien : que les superbes cessent de m’opprimer.

Mes yeux s’étaient épuisés à attendre le salut que vous m’apportez, et l’effet des oracles de votre justice.

Faites donc maintenant selon votre miséricorde avec votre serviteur, et enseignez-moi vos commandements.

Je suis votre serviteur : donnez-moi l’intelligence, afin que je connaisse vos préceptes.

Il est temps d’agir, Seigneur : ils ont dissipé votre loi.

C’est pour cela que j’ai aimé vos commandements plus que l’or et la topaze.

C’est pour cela que je me suis réglé en tout selon vos commandements, et que j’ai haï toute voie injuste.

 

L’Antienne, le Capitule, le Répons bref, le Verset et l’Oraison qui complètent l’Office de Tierce, se trouve ci-après, dans leurs lieu et place, aux fêtes solennelles dont nous donnons les Offices.

 

A NONE

 

Deus, in adiutorium, etc.

Gloria Patri, etc.

O Dieu ! Venez à mon aide, etc.

Gloire soit au Père, etc.

HYMNE

(Composée par saint Ambroise)

Rerum Deus, tenax vigor,
immotus in te permanens, 1
lucis diurnae tempora
successibus determinans,

Largire clarum vespere,
quo vita numquam decidat,
sed praemium mortis sacrae
perennis instet gloria.

Praesta, Pater piissime,
Patrique compar Unice,
cum Spiritu Paraclito
regnans per omne saeculum. Amen.

 

O Dieu dont la puissance soutient tous les êtres, toujours immuable en votre essence, vous partagez le temps par les révolutions de la lumière du jour.

Versez la lumière sur le soir de nos jours ; que notre vie ne s’éloigne jamais d’elle ; et qu’une gloire immortelle soit la récompense d’une mort sainte.
Exaucez-nous, Père très miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles. Amen.

 

DIVISION DU PSAUME CXVIII.

 

Mirabilia testimonia tua ideo scrutata est ea anima mea.
Declaratio sermonum tuorum inluminat et intellectum dat parvulis.
Os meum aperui et adtraxi spiritum quia mandata tua desiderabam.
Aspice in me et miserere mei secundum iudicium diligentium nomen tuum.
Gressus meos dirige secundum eloquium tuum et non dominetur mei omnis iniustitia.
Redime me a calumniis hominum et custodiam mandata tua.
Faciem tuam inlumina super servum tuum et doce me iustificationes tuas.
Exitus aquarum deduxerunt oculi mei quia non custodierunt legem tuam.
Justus es Domine et rectum iudicium tuum.
Mandasti iustitiam testimonia tua et veritatem tuam nimis.
Tabescere me fecit zelus meus quia obliti sunt verba tua inimici mei.
Ignitum eloquium tuum vehementer et servus tuus dilexit illud.
Adulescentulus sum ego et contemptus iustificationes tuas non sum oblitus.
Iustitia tua iustitia in aeternum et lex tua veritas.
Tribulatio et angustia invenerunt me mandata tua meditatio mea.
Aequitas testimonia tua in aeternum intellectum da mihi et vivam.
Gloria Patri, etc.

 

Clamavi in toto corde exaudi me Domine iustificationes tuas requiram.
Clamavi te salvum me fac et custodiam mandata tua.
Praeveni in maturitate et clamavi in verba tua supersperavi.
Praevenerunt oculi mei ad diluculum ut meditarer eloquia tua.
Vocem meam audi secundum misericordiam tuam Domine secundum iudicium tuum vivifica me.
Adpropinquaverunt persequentes me iniquitate a lege autem tua longe facti sunt.
Prope es tu Domine et omnes viae tuae veritas.
Initio cognovi de testimoniis tuis quia in aeternum fundasti ea.

Vide humilitatem meam et eripe me quia legem tuam non sum oblitus.
Iudica iudicium meum et redime me propter eloquium tuum vivifica me.
Longe a peccatoribus salus quia iustificationes tuas non exquisierunt.
Misericordiae tuae multae Domine secundum iudicia tua vivifica me.
Multi qui persequuntur me et tribulant me a testimoniis tuis non declinavi.
Vidi praevaricantes et tabescebam quia eloquia tua non custodierunt.
Vide quoniam mandata tua dilexi Domine in misericordia tua vivifica me.
Principium verborum tuorum veritas et in aeternum omnia iudicia iustitiae tuae.

Gloria Patri, etc.

 

Principes persecuti sunt me gratis et a verbis tuis formidavit cor meum.
Laetabor ego super eloquia tua sicut qui invenit spolia multa.
Iniquitatem odio habui et abominatus sum legem autem tuam dilexi.
Septies in die laudem dixi tibi super iudicia iustitiae tuae.
Pax multa diligentibus legem tuam et non est illis scandalum.
Expectabam salutare tuum Domine et mandata tua dilexi.
Custodivit anima mea testimonia tua et dilexi ea vehementer.
Servavi mandata tua et testimonia tua quia omnes viae meae in conspectu tuo.

Adpropinquet deprecatio mea in conspectu tuo Domine iuxta eloquium tuum da mihi intellectum.
Intret postulatio mea in conspectu tuo secundum eloquium tuum eripe me.
Eructabunt labia mea hymnum cum docueris me iustificationes tuas.
Pronuntiabit lingua mea eloquium tuum quia omnia mandata tua aequitas.
Fiat manus tua ut salvet me quoniam mandata tua elegi.

Concupivi salutare tuum Domine et lex tua meditatio mea.
Vivet anima mea et laudabit te et iudicia tua adiuvabunt me.
Erravi sicut ovis quae periit quaere servum tuum quia mandata tua non sum oblitus.

Vos témoignages sont admirables, o Dieu ! C’est pour cela que mon âme les a recherchés avec ardeur.

La révélation de vos promesses répand la lumière ; elle donne l’intelligence aux petits.

J’ai ouvert la bouche, et j’ai aspiré le souffle ; car j’ai désiré vos commandements.

Jetez un regard sur moi ; ayez pitié de moi, selon votre coutume à l’égard de ceux qui aiment votre loi.

Dirigez mes pas selon votre parole ; que nulle iniquité ne domine en moi.

Délivrez-moi de la calomnie des hommes ; afin que je garde vos commandements.

Faites reluire sur votre serviteur l’éclat de votre visage ; enseignez-moi vos justices.

Mes yeux ont répandu des ruisseaux de larmes, parce que les hommes n’ont pas gardé votre loi.

Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont droits.

Vos commandements prescrivent la justice ; rien n’en peut altérer la vérité.

Mon zèle m’a desséché dans son ardeur ; car mes ennemis ont oublié vos paroles.

Votre Verbe, o Père céleste ! Est un feu consument : c’est pourquoi votre serviteur l’aime avec ardeur.
Je suis jeune et méprisé ; mais je n’ai point oublié vos préceptes.

Votre justice est justice à jamais, et votre loi, vérité.

La tribulation et l’angoisse sont fondu sur moi ; vos oracles ont été tout mon entretien.

Vos jugements sont l’équité éternelle : donnez-moi l’intelligence, et je vivrai.

Gloire au Père, etc.

 

J’ai crié du fond de mon cœur : Seigneur, exaucez-moi ; et je rechercherai vos injustices.

J’ai crié vers vous, sauvez-moi ; et j’accomplirai vos décrets.

J’ai devancé l ‘aurore, et j’ai poussé des cris ; car j’espérais vivement en vos promesses.

Mes yeux se tournaient vers vous dès le point du jour, pour méditer votre loi.

Écoutez ma voix selon votre miséricorde, Seigneur ; vivifiez-moi selon votre justice.

Mes persécuteurs ont embrassé l’iniquité ; ils se sont éloignés de votre loi.

Vous êtes près de nous, Seigneur, et toutes vos voies sont la vérité.

Dès le commencement j’avais reconnu que vous avez établi vos témoignages pour durer éternellement.

Voyez mon humiliation, et délivrez-moi ; car je n’ai pas oublié votre loi.

Jugez ma cause et rachetez-moi ; rendez-moi la vie, à cause de votre parole.

Le salut est loin des pécheurs, parce qu’ils n’ont pas recherché vos commandements.

Vos miséricordes sont infinies, Seigneur ; rendez-moi la vie selon vos oracles.

Ils sont nombreux, ceux qui me persécutent et m’affligent ; mais je ne me suis point écarté de vos préceptes.

J’ai vu les prévaricateurs, et j’en ai séché de douleur ; car il n’ont pas gardé vos ordonnances.
Voyez, Seigneur, que j’ai toujours aimé vos commandements ; rendez-moi la vie, dans votre miséricorde.

Le principe de vos paroles est la vérité : tous les décrets de votre justice demeurent à jamais.

Gloire au Père, etc.

 

Les princes m’ont persécuté injustement ; mais mon cœur n’a craint que votre parole.

Je me réjouirai dans vos promesses comme un homme qui a trouvé de richesses dépouillés.

J’ai haï l’iniquité, et je l’ai eue en horreur ; mais j’ai aimé votre loi.

Sept fois le jour, j’ai chanté vos louanges, sur les jugements de votre justice.
Paix abondante à ceux qui aiment votre loi ; il n’y a pas pour eux de scandale.

Comme Jacob, j’attendais votre Salut, o Seigneur ! Et dans cette attente, j’ai aimé vos commandements.

Mon âme a gardé vos préceptes ; elle les a aimés d’un amour ardent.

J’ai observé vos lois et vos ordonnances ; car toutes mes voies sont en votre présence.
Que ma prière, Seigneur, mont jusqu’à vous ; donnez-moi l’intelligence, selon votre parole.

Que mes supplications pénètrent jusqu’en votre présence : délivrez-moi, selon vos promesses.
Mes lèvres éclateront en cantiques, lorsque vous m’aurez enseigné vos justices.

Ma langue publiera vos oracles ; car tous vos commandements sont l’équité.

Étendez votre main, et sauvez-moi ; car j’ai choisi vos préceptes pour mon partage.

Seigneur, Père saint! j’ai désiré avec ardeur votre Salut promis ; et votre loi est tout mon entretien.

Maintenant qu’il est venu, mon âme vivra, et vous louera ; et vos justices me protégeront.
J’errais comme une brebis perdue : divin Pasteur, descendu du ciel, daignez chercher votre serviteur ; car je n’ai point oublié vos commandements.

 

    L’Antienne, le Capitule, le Répons bref, le Verset et l’Oraison qui complètent l’Office de Tierce, se trouve ci-après, dans leurs lieu et place, aux fêtes de Noël, de l’Épiphanie, du Saint Nom de Jésus et de la Purification de Notre-Dame.

 

CHAPITRE VIII. DE L’OFFICE DES VEPRES DES DIMANCHES ET DES FÊTES, AU TEMPS DE NOËL.

    

    L’Office des Vêpres, ou Office du soir, dans toute l’année, se compose d’abord de cinq Psaumes, accompagnés d’Antiennes. Au Temps de Noël, ces Psaumes sont souvent différents de ceux que l’Église emploie le Dimanche, dans le reste de l’Année liturgique. Nous avons disposé la rédaction de ce. volume de manière à satisfaire le juste désir des fidèles, qui aiment à trouver de la commodité dans les livres qu’ils portent aux Offices divins. Nous placerons donc d’abord ici les Psaumes propres au Dimanche, dont plusieurs figurent entre ceux que chante l’Église aux fêtes du Temps de Noël, et qui d’ailleurs sont tous employés lorsqu’on fait l’Office ordinaire du Dimanche.

    Cet Office commence par le cri ordinaire de l’Église :

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

    Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.

    

    V/. O Dieu ! venez à mon aide !

    R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.

    Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

    Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.     Amen.

    

    Le premier de ces Psaumes est prophétique sur les grandeurs du Messie. Cet enfant qui nous est né dans l’humilité ira s’asseoir un jour à la droite du Père céleste. Il convient de rappeler sa génération éternelle comme Dieu, aujourd’hui qu’il daigne prendre naissance comme homme ; de chanter sa gloire future au milieu de ses abaissements présents.

    PSAUME CIX.

    Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis.

    Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.

    Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum.

    Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.

    Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in sternum secundum ordinem Melchisedech.

    Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges.

    Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.

    De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.

 

    Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;

    Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.

    O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.

    La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.

    Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu – Homme , vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.

    O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.

    Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.

    Il s’est abaissé pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.

 

    Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple : l’Alliance promise, la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses promesses.

    PSAUME CX.

    Confitebor. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.

    Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.

    Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.

    Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se.

    Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.

    Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium.

    Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate.

    Redemptionem misit populo suo : * mandavit in æternum testamentum suum.

    Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini.

    Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi.

 

    Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l’assemblée des justes.

    Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.

    Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.

    Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.

    Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.

    Il donnera à son Église l’héritage des nations : tout ce qu’il fait est justice et vérité.

    Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.

    Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.

    Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.

    La lumière et l’intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

 

    Le troisième Psaume chante la félicité de l’homme juste et ses espérances au jour de la naissance du Seigneur. Il exprime aussi la confusion du pécheur qui aura méconnu le grand mystère d’humilité et d’amour.

    PSAUME CXI.

    Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.

    Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.

    Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.

    Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors , et miserator, et justus.

    Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in     æternum non commovebitur.

    In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.

    Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec     despiciat inimicos suos.

    Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur     in gloria.

    Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum     peribit.

    

    Heureux l’homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !

    Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.

    La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.

    Une lumière s’est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c’est le Seigneur, le Dieu miséricordieux , clément et juste, qui s’est donné aux hommes.

    Heureux l’homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu’à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.

    La mémoire du juste sera éternelle ; s’il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.

    Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.

    Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.

    Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.

 

    Le quatrième Psaume est un cantique de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et a daigné la relever par l’Incarnation.

    PSAUME CXII.

    Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.

    Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.

    A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.

    Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.

    Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in     terra ?

    Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.

    Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.

    Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.

 

    Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

    Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.

    De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

    Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.

    Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là     qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.

    Par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il     languissait,

    Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.

    C’est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.

 

    Le cinquième Psaume rappelle les prodiges de l’ancienne Alliance, figures dont l’accomplissement commence dans ce mystère de la naissance de l’Emmanuel qui vient délivrer Israël de l’Égypte, arracher les Gentils à la servitude des idoles, et répandre une bénédiction universelle sur quiconque voudra craindre et aimer le Seigneur.

    PSAUME CXIII.

    In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro.

    Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.

    Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.

    Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.

    Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum :

    Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?

    A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.

    Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.

    Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.

    Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?

    Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.

    Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum.

    Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.

    Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.

    Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent , et non ambulabunt : * non clamabunt in     gutture suo.

    Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.

    Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

    Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.

    Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.

    Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.

    Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros.

    Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.

    Cœlum cœli Domino : * terram autem dedit filiis hominum.

    Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.

    Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum.

 

    Lorsque Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob élu milieu d’un peuple barbare ;

    La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.

    La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.

    Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.

    O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?

    Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?

    A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,

    Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d’eaux vives.

    Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;

    A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?

    Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu’il a voulu.

    Les idoles des nations ne sont que de l’or et de l’argent, et l’ouvrage des mains des hommes.

    Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.

    Elles ont des oreilles, et n’entendent point ; des narines, et ne sentent point.

    Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.

    Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.

    La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

    La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

    Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.

    Le Seigneur s’est souvenu de nous, et il nous a bénis.

    Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron.

    Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.

    Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.

    Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !

    Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.

    Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;

    Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd’hui et à jamais.

 

    Après les cinq Psaumes, l’Église place une petite Leçon des saintes Écritures, désignée sous le nom de Capitule, parce qu’elle est toujours très courte. On trouvera ces Capitules en leur lieu, dans l’Office des fêtes du Temps de Noël. Nous donnerons seulement ici celui qu’on lit aux dimanches qui se succèdent à partir de l’Octave de l’Épiphanie, jusqu’à la Purification.

    CAPITULE. ( II Cor. I.)

    Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum, et Deus totius consolationis, qui consolatur nos in omni tribulatione nostra.
R. Deo gratias.

 

    Béni soit Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations.

    V/. Rendons grâces à Dieu.

 

    On chante ensuite l’Hymne. Nous plaçons ici celle qui est particulière au Dimanche. Composée par saint Grégoire le Grand, elle célèbre la création et les avantages de la lumière que Dieu, en ce premier jour, fit sortir du néant, et qui est l’image sensible de l’Emmanuel, lumière du monde qui s’est levée à l’Orient sur ceux qui étaient assis dans les ombres de la mort.

    HYMNE.

    Lucis Creator optime

    Lucem dierum proferens :

    Primordiis lucis novae,

    Mundi parans originem.

    Qui mane junctum vesperi

    Diem vocari praecipis :

    Illabitur tetrum chaos,

    Audi preces cum fletibus.

    Ne mens gravata crimine,

    Vitae sit exsul munere :

    Dum nil perenne cogitat,

    Seseque culpis illigat.

    Caeleste pulset ostium,

    Vitale tollat praemium :

    Vitemus omne noxium,

    Purgemus omne pessimum.

    Praesta, Pater piissime,

    Patrique compar Unice,

    Cum Spiritu Paraclito

    Regnans per omne saeculum. Amen.

 

Dieu bon, créateur de la lumière, qui avez produit le flambeau des jours, vous avez préludé à l’origine de ce monde, en produisant, au premier jour, cette lumière qui jusqu’alors n’avait pas brillé.

    O vous, qui nous apprenez à donner le nom de jour à l’espace qui s’étend du matin jusqu’au soir, un noir chaos menace encore de nous envelopper : écoutez nos prières, et voyez nos larmes.

    Que notre âme appesantie par le péché ne demeure pas exilée de cette vie immortelle que vous lui avez préparée, cette âme si lâche quand il faut penser à l’éternité, si prompte à tomber dans les liens du péché.

    Qu’elle frappe enfin aux portes des cieux ; qu’elle enlève le prix de la vie ; qu’elle évite tout ce qui peut lui nuire ; qu’elle se purifie de toute iniquité.

    Faites-nous cette grâce , ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit Consolateur , régnez dans tous les siècles. Amen.

 

    Le Verset qui suit est celui du Dimanche ; on trouvera en leur lieu les Versets propres des fêtes du Temps de Noël.

    V/. Dirigatur, Domine , oratio mea,

    R/. Sicut incensum in conspectu tuo.

    V/. Que ma prière s’élève vers vous , Seigneur !

    R/. Comme l’encens monte en votre présence.

 

    Vient ensuite le Cantique de Marie Mère de Dieu, célébrant sa maternité divine et tous les biens qui en résultent pour le monde. Ce Cantique, si suave dans son ineffable douceur, fait partie essentielle de l’Office des Vêpres ; mais il emprunte une expression toute particulière au Temps de Noël, dans lequel toute l’Église, réjouie du merveilleux enfantement, proclame Bienheureuse l’humble Vierge que la Vertu du Très-Haut a couverte de son ombre, et que l’Esprit Saint a fécondée pour le salut de l’univers.

    CANTIQUE DE MARIE.

 

MAGNIFICAT anima mea Dominum ;

    Et exsultavit spiritus meus : * in Deo Salutari meo.

    Quia respexit humilitatem ancillae sua : : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes     generationes.

    Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.

    Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.

    Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.

    Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.

    Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.

    Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.

    Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in saecula.

 

Mon âme glorifie le Seigneur ; Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur :

Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m’appelleront Bienheureuse.

Il a fait en moi de grandes choses, Celui qui est puissant et de qui le Nom est saint ;

Et sa miséricorde s’étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.

Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.

Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.

Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.

Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et postérité pour jamais.

 

    L’Oraison ou Collecte qui, à la fin de l’Office des Vêpres, résume tous les vœux de l’Église, se trouve plus loin, en son lieu, aux Fêtes et Dimanches du Temps de Noël.

    Les Vêpres se terminent par les Versets suivants :

    V/. Benedicamus Domino.

    R/. Deo gratias.

    V/. Fidelium animae per misericordiam Dei requiescant in pace.

    R/. Amen.

    V/. Bénissons le Seigneur.

    R/. Nous rendons grâces à Dieu.

    V/. Que les âmes des fidèles, par la miséricorde de Dieu, reposent en paix.

    R/. Amen.

 

CHAPITRE IX. DE L’ OFFICE DE COMPLIES, AU TEMPS DE NOËL.

 

    Cet Office, qui est la conclusion de tous ceux de la journée, s’ouvre par un avertissement sur les périls de la nuit, lequel est bientôt suivi de la Confession générale des péchés, comme un moyen de se rendre favorable la justice divine, avant d’aller courir les hasards du sommeil, si voisin de la mort.

    Le Lecteur s’adresse au Prêtre, et lui dit :

    Jube, Domne, benedicere.

    Mon Père, veuillez me bénir !

    Le Prêtre répond :

    Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens.

    R/. Amen.

    Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse.

    R/. Amen.

 

    Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la première Épître de saint Pierre :

    Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.

    Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !

    Le Chœur répond :

    R/. Deo gratias.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    Puis le Prêtre :

    V/. Adjutorium nostrum in Nomine Domini.

    V/. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.

    Le Chœur :

    R/. Qui fecit cœlum et terram.

    R/. C’est lui qui a fait le ciel et la terre.

    On récite ensuite l’Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.

    Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d’Absolution, s’écrie :

    V/. Converte nos , Deus, Salutaris noster.

    R/. Et averte iram tuam a nobis.

    V/. Deus, in adjutorium meum intende.

    R/. Domine, ad adjuvandum me festina.

    Gloria Patri, etc.

 

    V/. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !

    R/. Et détournez votre colère de dessus nous.

    V/. O Dieu ! venez à mon aide.

    R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

    Gloire au Père, etc.

 

    Le premier Psaume célèbre l’espérance avec laquelle le juste s’endort dans la paix ; bien différent du pécheur qui s’agite dans l’inquiétude. Il annonce le Verbe éternel, Lumière du Père, qui s’apprête à luire sur nous.

    PSAUME IV

    Cum invocarem exaudivit me Deus iustitiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi.

    Miserere mei : * et exaudi orationem meam.

    Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ?

    Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum.

    Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini.

    Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ?

    Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo.

    A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt.

    In pace in idipsum : * dormiam et requiescam.

    Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me.

 

    Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m’a exaucé ; vous m’avez mis au large, quand j’étais dans l’affliction.

    Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.

    Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?

    Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m’exaucera quand je crierai vers lui.

    Si vous vous irritez, faites-le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.

    Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?

    La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c’est vous qui donnez la joie à mon cœur.

    Pour eux, la richesse est dans l’abondance du vin, de l’huile et du froment.

    Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;

    Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l’espérance.

 

    L’Église a placé ici les six premiers versets du Psaume trentième, parce qu’ils contiennent la prière du Sauveur mourant : Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles qui viennent si à propos dans l’Office du soir.

    PSAUME XXX.

    In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me.

    Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me.

    Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias.

    Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et     enutries me.

    Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus.

    In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis.

 

    En vous, Seigneur, j’ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans     votre justice.

    Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.

    Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.

    Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de     votre Nom.

    Vous me tirerez du piège qu’on m’a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.

    Je remets mon esprit entre vos mains : c’est vous qui m’avez racheté, Seigneur, Dieu de     vérité !

 

    Le troisième Psaume expose d’abord les motifs de la confiance du juste, au milieu même des périls de la nuit ; ensuite, Dieu parle lui-même et promet de manifester le Sauveur qu’il a promis et préparé.

    PSAUME XC

    Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei coeli commorabitur.

    Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum.

    Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.

    Scapulis suis obumbrabit tibi : * et sub pennis ejus sperabis.

    Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno.

    A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio         meridiano.

    Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit.

    Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.

    Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.

    Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.

    Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis.

    In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.

    Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.

    Quoniam in me speravit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.

    Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et     glorificabo eum.

    Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.

 

    Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

    Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j’espérerai en     lui.

    Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.

    Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l’espérance sous ses ailes.

    Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,

    Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les     attaques du démon du Midi.

    Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.

    Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l’impie.

    Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge     dans le Très-Haut.

    Le mal n’approchera pas de toi, et les fléaux s’éloigneront de ta tente ;

    Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

    Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

    Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

    Dieu dira de toi : Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai,

    Parce qu’il a connu mon nom.

    Il criera vers moi, et je l’exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l’en retirerai et le     glorifierai.

    Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

 

    Le quatrième Psaume invite les Serviteurs de Dieu à faire entendre sans relâche la prière nocturne. Les fidèles doivent le réciter dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui suscite dans son Église des adorateurs de son Nom, dont la noble vocation est de lever les mains le jour et la nuit pour le salut d’Israël, et sur la prière desquels le monde se repose et accomplit ses destinées.

    PSAUME CXXXIII.

    Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini.

    Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri.

    In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum.

    Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram.

    Ant. Miserere mihi, Domine , et exaudi orationem meam.

 

    Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.

    Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,

    Élevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.

    Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

    Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.

 

    HYMNE.

    Te lucis ante terminum,

    Rerum Creator , poscimus,

    Ut pro tua clementia,

    Sis praesul et custodia.

    Procul recedant somnia,

    Et noctium phantasmata,

    Hostemque nostrum comprime,

    Ne polluantur corpora.

    Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito

    Regnans per omne saeculum. Amen.

 

    Avant que la lumière disparaisse , nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d’être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.

    Que les songes et les fantômes de la nuit s’enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu’il ne profane point nos corps.

    Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux , et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.

 

    CAPITULE. (Jerem. XIV.)

    Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne     derelinquas nos, Domine Deus noster.    

    R/. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas.

    V/. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo.

    Gloria. In manus tuas.

    V/. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi.

    R/. Sub umbra alarum tuarum protege nos.

 

    Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !

    R/. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.

    V/. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.

    Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.

    V/. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l’œil.

    R/. Protégez-nous à l’ombre de vos ailes.

 

    Le Cantique du vieillard Siméon qui, tenant dans ses bras l’Enfant divin, le proclama la Lumière des nations, et s’endormit ensuite du sommeil des justes ; ce Cantique convient merveilleusement à l’Office des Complies, au temps de Noël, où l’Église loue Dieu d’avoir dissipé les ombres de la mort par le lever du Soleil de justice, en l’amour duquel elle travaille tout le jour, et se repose la nuit, disant : Je dors, mais mon cœur veille. (Cant v. 2)

    CANTIQUE DE SIMÉON.

    Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace.

    Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum,

    Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.

    Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël.

    Gloria Patri, et Filio, etc.

    Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.

OREMUS.

    Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

    V/. Dominus vobiscum ;

    R/. Et cum spiritu tuo.

    V/. Benedicamus Domino.

    R/. Deo gratias.

    Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. R/. Amen.

 

    C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;

    Parce que mes yeux ont vu le Sauveur

    Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,

    Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d’Israël.

    Gloire au Père, et au Fils, etc.

    Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

PRIONS    

    Visitez, s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

    V/. Que le Seigneur soit avec vous ;

    R/. Et avec votre esprit.

    V/. Bénissons le Seigneur.

    R/. Rendons grâces à Dieu.

    Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.

    R/. Amen.

    

ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE

    Alma Redemptoris Mater, quae pervia cœli

    Porta manes, et Stella maris, succurre cadenti,

    Surgere qui curat populo : tu quae genuisti,

    Natura mirante, tuum sanctum Genitorem.

    Virgo prius ac posterius,

    Gabrielis ab ore

    Sumens illud Ave, peccatorum miserere.

    V/. Post partum, Virgo, inviolata permansisti.

R/. Dei Genitrix, intercede pro nobis.

OREMUS
Deus qui salutis aeternae, beatae Mariae virginitate fecunda humano generi praemia praestitisti: tribue, quaesumus, ut ipsam pro nobis intercedere sentiamus per quam meruimus auctorem vitae suscipere Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum. 
R. Amen.

V. Divinum auxilium maneat semper nobiscum.
R. Amen.

 

    Féconde Mère du Rédempteur, vous qui êtes la Porte du ciel sans cesse ouverte et l’Étoile de la mer, secourez ce peuple qui tombe, mais qui désire se relever. Au grand étonnement de la nature, vous avez donné naissance à votre divin Auteur. Vierge dans la conception, Vierge après l’enfantement, vous à qui Gabriel adresse le salut, daignez prendre pitié des pauvres pécheurs.

V/. Vous êtes demeurée sans tache après l’enfantement, ô Vierge !

R/. Mère de Dieu, intercédez pour nous.

PRIONS.

    O Dieu qui, par la virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel ; accordez-nous, s’il vous plaît, de ressentir les effets de l’intercession de celle par qui nous avons reçu l’auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils. Amen.

    V/. Que le secours divin demeure toujours avec nous.

    R/. Amen.

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