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Home Le moine Enchiridion Préface à l'Enchiridion benedictinum
Préface à l'Enchiridion benedictinum PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Samedi, 02 Mai 2009 08:02

AUX RÉVÉRENDS PÈRES

ET CHERS FRÈRES

DE LA CONGRÉGATION ANGLAISE

DE L’ORDRE DE SAINT-BENOÎT,


en témoignage de ses sentiments de profond respect et d'affection fraternelle, fr. Prosper Louis Pascal Guéranger, abbé de Saint-Pierre de Solesmes.



Enfin, nous avons la joie de vous envoyer cet Enchiridion tant désiré ! Vous pourrez y trouver les saintes traditions du monachisme occidental, les enseignements sublimes de notre illustre Patriarche, les trésors de perfection de la vie religieuse, et enfin les secrets des grâces de choix réservées à la vie contemplative. Ce n'est, il est vrai, qu'un petit livre ; il contient cependant sous des formes lumineuses toute la doctrine capable d’encourager l'âme et de l'aider à se purifier de ses vices, en réformant ses inclinations naturelles, en la faisant aspirer à la vie surnaturelle et en l’y maintenant une fois qu’elle y est parvenue. Ce petit livre recèle encore une lumière toute céleste faite pour éclairer l'esprit avide de pénétrer les saints mystères ; il est la clef qui introduit dans le sanctuaire de l'immortelle Vérité. Enfin, il découvre tout ce qui est capable d'entraîner la volonté à goûter le souverain Bien, s'y attacher fortement, mieux encore, se transformer en lui, autant qu'il est possible ici-bas à la condition humaine.

Quant à nous, vénérés Pères et très chers Fils de celui que la vie monastique eut comme principal législateur, nous avons facilement sous la main dans ce recueil, la Règle qu'il nous trace, le récit de ses actions qui nous indiquent le chemin que nous devons suivre, les enseignements d'une très sainte école dont il a été le maître admirable. Nous avons là à notre disposition ces secours excellents à l'aide desquels, pourvu que nous ayons assez d'énergie pour nous en servir, nous dépouillerons le vieil homme et nous revêtirons le nouveau. Alors, le cœur dilaté, nous courrons vers le terme bienheureux que le Christ Seigneur a montré à ceux qu'il a choisis, dans 1'unique but de les rapprocher le plus possible de lui. Ce sont ceux-là à qui il a ouvert la voie de ses conseils ; ceux-là que, dans son immense amour, il a attirés vers la jouissance de la meilleure part dont il a lui-même fait l'éloge. Cette part délectable, il l'a réservée à ceux qui aiment à vivre dans le secret de la face du Seigneur, sous son regard divin, tout préoccupés de psalmodier en la présence des anges auxquels ils sont associés. Tout brûlants de zèle pour la gloire de Dieu et d'amour envers la Sainte Église, ils sont prêts à se dépenser sans compter, afin de communiquer aux âmes rachetées par le Christ le souci de recourir aux moyens nécessaires au salut et de progresser toujours dans la vertu.

Dans notre recueil est donc exposée la doctrine ancienne et toujours nouvelle de notre grand Patriarche, doctrine qui nous apprend la manière de chercher Dieu, elle se résume dans le mépris du monde, la mortification corporelle, la pratique de l'humilité, la promptitude à obéir, la charité fraternelle, la simplicité du cœur, la ferveur de l'âme, la joie de l’Esprit Saint, ainsi qu'il convient tout à fait à des fils. Une seule vertu cependant pourrait résumer toute la doctrine de notre bienheureux Père Benoît : la discrétion. C'est là vraiment son don propre, ainsi que l'a célébré Grégoire, grand sous tous les rapports, pasteur de l’Église universelle et apôtre des Anglais.


I. - En tête de ce recueil se présente un document glorieux qu'il nous faut recevoir avec une vénération filiale, car c’est le précepte du Maître et l'avertissement d'un tendre Père. Nous avons nommé la sainte Règle par laquelle, à l'instar d'Abraham, saint Benoît est devenu le père d'innombrables générations, c'est-à-dire de l'ordre monastique. Par elle, il a mis sur un pied de guerre redoutable d'immenses armées, enrôlées sous l'étendard du Seigneur pour combattre les démons et, en même temps, les vices et les erreurs. Par elle, il a peuplé le ciel de myriades de saints, preuve éclatante du prestige surnaturel qu'a exercé par sa parole et ses actes cet incomparable moissonneur d’âmes.

Oui, par sa Règle, Benoît se survit et nous parle encore ; il faut y voir son testament authentique. Pour ses fils qu’il a engendrés à la vie monastique, sa Règle est une relique bien plus précieuse que ses saints ossements, car avant la résurrection future ils peuvent périr ou être enlevés, tandis que sa parole - nous voulons dire la Règle qu'il a écrite et qui, depuis plus de quatorze siècles est répandue dans l'univers - est en quelque sorte immortelle et toujours féconde en fruits salutaires.

Toutes les générations sont unanimes à affirmer qu'elle est l'œuvre du Saint-Esprit. Les pontifes se sont levés et l'ont louée. Déjà, nous avons entendu Grégoire le Grand en exalter la céleste discrétion. Trente papes, élevés selon ses principes et préparés par elle au gouvernement de l'Église universelle, ont été son éloge vivant, puisque la plupart ont brillé par leur sainteté.

Au témoignage des souverains pontifes, s'ajoute celui des conciles. Le synode d'Autun, tenu sous saint Léger en 670 a décrété ce qui suit en son 15ème canon : « Les abbés et les moines doivent observer et garder en tout ce que la Règle de saint Benoît enseigne. Si les abbés et les monastères y sont fidèles, Dieu multipliera le nombre des moines et le monde entier sera délivré par leurs continuelles prières des maux qui le corrompent ». En 874, le 21ème concile de Douzy disait : « Le bienheureux Benoît inspiré de l’Esprit Saint, tient dans sa Règle un langage conforme aux saintes Écritures et à la doctrine des Pères orthodoxes ». Et encore : « Le Saint-Esprit qui a inspiré les saints canons a aussi formulé, par le bienheureux Benoît, la Règle des moines ».

Des docteurs de la science divine ont exalté à l'envi en termes magnifiques la sagesse qui éclate dans la sainte Règle ; ils n'hésitent pas à la considérer comme un don du ciel confié à la terre pour conduire les hommes au sommet de la perfection. Ainsi parlent ces grands esprits dont nous rapportons le témoignage dans ce volume. Nous aurions pu en noter un bien plus grand nombre non moins remarquables par leur science et leur piété. Enfin, nous avons recueilli les appréciations vraiment célestes des saints qui ont chanté en termes magnifiques la sagesse de Benoît.

À ces voix de l'au-delà s'unissent celles des princes de la terre, préposés par Dieu au gouvernement de l'humanité. Quel est le moine qui ne partagerait ce sentiment de l’empereur Louis le Pieux écrivant à Egile, abbé de Fulda : « L’homme de Dieu Benoît a écrit en termes lumineux une Règle dont les enseignements n'offrent aucune difficulté à l'esprit ; c'est pourquoi elle n'a pas besoin de commentaire, il suffit de la rappeler. Elle est cette porte étroite, cette voie resserrée qui conduisent jusqu’à Dieu ceux qui passent par elles. À toi qui es abbé, elle recommande la discrétion, la mesure et la charité ; elle t’apprend à tout faire sous l'impulsion de l’amour des âmes, exhortant, retranchant les vices, discrètement a cause des faibles, selon l'exemple de Jacob, et n'oubliant jamais notre propre fragilité ».

Côme de Médicis, grand-duc de Toscane, avait pour la sainte Règle la même estime que le fils de Charlemagne. Un jour qu'on lui demandait pourquoi il avait si souvent en mains la Règle de saint Benoît, il répondit qu'il aimait à la consulter parce qu'il trouvait dans les préceptes du saint Patriarche d'excellents moyens pour gouverner les peuples confiés à sa protection.

Nous proposons ce céleste document aux lecteurs d'après le texte reçu de l'édition du Mont-Cassin ; il est correct et connu des moines de notre Ordre. Nous avons évité, dans un manuel de dévotion, de distraire l'esprit du lecteur en citant les différents textes de la Règle ; nous laissons cela aux érudits. Libre à celui qui cherche, parmi les si nombreux témoins manuscrits ou imprimés au cours des siècles, à connaître le texte primitif, de consulter le pieux Benoît Hæften, l'exact dom Edmond Martène, l'érudit dom Augustin Calmet. Là il trouvera savamment résolues toutes les questions qui le concernent. Mais notre but est tout autre, et il ne convenait pas de grossir outre mesure cet Enchiridion.


II. - Après avoir acquis la connaissance de la doctrine de notre vénérable Maître, rien ne nous est plus nécessaire - personne n’en disconviendra - que de nous initier à la vie qu'il a menée ici-bas. Cette vie est un parfait miroir reproduisant l’image du vrai moine ; elle est la clef d'or qui ouvre le trésor de la Règle ; le théâtre où se passent les actions de son auteur car « il n'a pu enseigner autrement qu'il n’a vécu », comme le dit saint Grégoire le Grand, cette vivante image d'un Père bien-aimé se montrant à ses enfants dans ses gestes comme dans ses paroles. Dans la Vie de saint Benoît, nous trouvons encore les miracles qui accréditèrent son apostolat monastique, nous voulons dire ces prodiges étonnants dont Dieu se servit pour le grandir aux yeux des peuples et pour qu'on allât à lui avec la même confiance, pour ainsi dire, que l'on va au Seigneur qui le conduisait et opérait en lui.

Et maintenant, révérends Pères et bien chers Frères, voyez quel est cet écrivain que l'Esprit Saint a suscité pour écrire la Vie d'un si grand homme. C'est Grégoire le Grand, lui-même disciple de Benoît, et quatrième docteur de l’Église. Faisant trêve aux labeurs et aux soucis du pontificat suprême, il mettait ses délices à retracer, avec une parfaite ressemblance, les traits et le caractère de celui que « Dieu, comme il le dit lui-même, avait rempli de l'esprit de tous les justes ». Et remarquez quelle indiscutable autorité donnent à ces faits merveilleux l'éminente gravité, la probité inattaquable et la science profonde de ce grand homme. Il décrit des faits contemporains, et tout ce qu'il rapporte, il l’a recueilli de la bouche même de quatre disciples de l'homme de Dieu, qui étaient les compagnons journaliers de sa vie. Quel charme, quel agrément dans ces pages ingénues, où l'écrivain, en un style limpide malgré sa profondeur parfois surprenante, et d'une manière qui rappelle la Sainte Écriture, fait passer sous nos yeux comme le ferait un peintre de talent tant de scènes vivantes et gracieuses, si bien que nous sommes émus comme le seraient de réels spectateurs.

C’est pourquoi nous n’hésitons pas à l’affirmer : Quiconque n'étudie pas et ne connaît pas à fond la Vie de saint Benoît, jamais il ne comprendra et ne se pénétrera de sa Règle ; car sa Vie en est le meilleur et le plus remarquable commentaire ; il ignorera pour ainsi dire son Père tellement cette Vie répand de lumière pour bien apprécier notre Législateur, tellement elle découvre de secrets conduisant au véritable esprit et à la parfaite intelligence de l'institution monastique. Là en effet, et nulle part ailleurs, nous ne pourrons aussi parfaitement voir cette force d’âme, cette charité, cette gravité, cette simplicité qui ont valu à saint Benoît d’être le patriarche de la vie monastique en Occident. C'est que là apparaît tout entier ce pasteur de nos âmes, que Dieu, par ses disciples, a fait le soutien de l’Église, la colonne du Siège Apostolique, le civilisateur de l'Europe.


III. - Aussi bien, qui pourrait se rassasier ou se lasser d'entendre parler du bienheureux Benoît ? Qui plutôt, animé d'un cœur filial, ne désirerait écouter cet immense concert de louange et d'amour qu'au cours des siècles tant de saints et d'illustres docteurs lui ont prodigué d'une voix unanime ? Nous avons essayé de satisfaire ce désir légitime, en formant à l'honneur de notre bienheureux Père un bouquet de fleurs les mieux choisies, dont le parfum et la beauté charmeraient le cœur de ses enfants.

En premier lieu, nous rapportons une citation de saint Grégoire prise en dehors de sa Vie du saint Patriarche ; c'est une parole bien faite pour réjouir les âmes pieuses, une perle de prix que nous n'avons pas voulu laisser dans l'oubli : « Si tu es serviteur de Dieu, lui fait dire Benoît par un de ses disciples, que ce ne soit pas une chaîne de fer, mais la chaîne du Christ qui te retienne ». Vient ensuite le poème remarquable du moine Marc, disciple immédiat de Benoît ; on y trouve des détails nouveaux sur la vie de l'homme de Dieu. Cette poésie élégante et de style soigné est un spécimen du goût littéraire en faveur sur la sainte Montagne [le Mont-Cassin] au temps où enseignait Benoît.

Et pourquoi n'écouterions-nous pas Benoît lui-même dans ce discours si digne et si paternellement affectueux, où notre illustre Père célèbre avec un saint enthousiasme les palmes et les couronnes de ses fils ? L'auteur des Actes de saint Placide, notre protomartyr, nous l'a conservé. Quelle joie encore d'entendre la voix de notre Père dans les Actes de saint Maur ! C'est son adieu au disciple chéri en partance pour les Gaules ; il porte dans ses mains la sainte Règle, et il va prendre possession de cette terre qui bientôt va porter Cluny ! Ô paroles d'une valeur immense, paroles qui êtes pour nous comme un supplément de la Règle ; paroles qui ouvrez le cœur de l'ami de Dieu, et nous initiez à ces colloques sublimes et débordants de charité, qu'il entretenait avec ses disciples ! Vous êtes le dernier écho de sa voix mille fois bénie.

Après ces documents qui complètent la Vie de notre bienheureux Père, viennent les chants de l’antique poète anglais, Aldhelm de Sherborne, moine et évêque ; prêtez l’oreille, vénérés Pères et chers Frères, à ses vers harmonieux sur Benoît et Grégoire ; il associe dans un même poème ces deux pères de l'Île des saints. Vient ensuite Paul, diacre du Cassin ; il célèbre magnifiquement les gestes de Benoît, et témoigne que sa renommée remplit l’univers. Voici qu’à l’érudit secrétaire de Charlemagne succède le fameux maître de l'illustre empereur, Flaccus dit Alcuin ; écoutez-le recommander, en vers d'une touchante piété, au saint Patriarche, sa communauté monastique réunie au tombeau de saint Martin. Smaragde le suit ; il a composé une poésie en guise de préface à son commentaire de la Règle de notre Maître ; il se laisse aller à tout l'enthousiasme que lui inspirent ces préceptes admirables qui font l'aliment du moine. Après lui, c’est le célèbre martyr du Mont-Cassin, l'abbé et docteur Berthaire ; il s’est plu à décrire, comme savent le faire les saints, cette bienheureuse nuit que Benoît et Scholastique passèrent ensemble à parler suavement des joies de la patrie céleste. Mais il ne suffit pas à Berthaire d'exalter Benoît en prose, il lui faut chanter en vers sa filiale piété envers un tel Père.

Voici maintenant le grand Odon ; Cluny, centre de l'ordre monastique au 11ème siècle, le salue comme son Père. Suivez-le à Fleury [Saint-Benoît-sur-Loire] devant ce trésor incomparable qu'est le sépulcre couvrant les saintes dépouilles de Benoît ; il y publie de toute son âme les hauts faits du Patriarche ; exaltant sa renommée, il atteste que nul homme, fût-il roi ou empereur, n’a une telle multitude de sujets. À son tour, Pierre Damien, connu par son éloquence ardente, prend la parole pour louer en un brillant discours le chef des moines. Un contemporain de Pierre, Anselme, primat de Canterbury, apparaît ; c'est un maître en doctrine, mais supérieur encore par sa piété envers Dieu. Prosterné aux pieds de notre très saint Père, il lui avoue humblement ses imperfections, et nous dit comment, si nous voulons opérer la conversion de nos mœurs, nous devons recourir à celui qu'il nomme si bien l'Avocat des moines.

Après Anselme, son contemporain Bruno, le saint évêque de Segni, prend la parole ; c'est un maître de la théologie mystique qui parle. Pour lui, notre grand Benoît est semblable à une fontaine profonde d'où découlent des eaux vives répandant la fraîcheur et le salut dans l'univers. Encore un fils de ce 11ème siècle - dont la principale gloire est notre Grégoire VII - que cet Alphan, moine cassinien, puis archevêque de Salerne. En un splendide poème, il chante les merveilles de la sainte Montagne, l'apostolat de Benoît qui y établit un monastère, et ce temple colossal que construisit, sur le tombeau du saint Patriarche, l'abbé Didier appelé plus tard Victor III, quand il monta sur le siège de saint Pierre.

En tête du chœur des docteurs du 12ème siècle marche dignement Geoffroy, abbé de Vendôme. Il établit un parallèle éloquent entre les lois de Moïse et celle du Seigneur Jésus Christ, l'une de crainte, l'autre d'amour ; il en arrive ensuite à opposer les institutions des anciens Pères, dures et âpres, à la Règle de Benoît si pleine de dilection, du commencement jusqu’à la fin. Qui de nous n'écouterait maintenant avec joie le doux Bernard, tandis qu'avec sa grâce habituelle il assimile notre bienheureux Père à un arbre immense et productif, planté au bord des eaux ? Et son disciple Guerric, le pieux abbé d'Igny, comme il émeut l'âme jusqu’à son être le plus intime quand, cherchant à scruter les significations mystérieuses d'un si grand Patriarche, il nous révèle les intarissables bénédictions que le Seigneur a accumulées sur la tête de cet homme, « Béni », de fait et de nom !

Jusqu'ici nous n'avons entendu que des voix de la terre, des voix d'exilés dans cette vallée de larmes. Mais voici que des accents célestes frappent nos oreilles, et ils s'harmonisent entre eux. Notre Ordre, en effet, n'a pas produit que des apôtres, des martyrs, des pontifes et des docteurs ; Dieu lui a donné des prophètes et même des prophétesses ; par eux, l'Esprit Saint a parlé, l'Église s'en porte garant. La première dans l'ordre des temps est Hildegarde. Ravie en esprit, elle a entendu de la bouche du Père céleste le panégyrique de Benoît son serviteur ; la voyante s'en fait l’interprète et elle nous apprend que la vie de notre saint Patriarche était totalement fixée en Jésus-Christ, que Dieu le Père approuve et recommande la sainte Règle à cause de sa douceur et de sa discrétion, allant même jusqu'à déclarer qu'elle a été dictée par l'Esprit Saint et qu'elle est toute pénétrée de la charité du Fils.

À Hildegarde succède la très douce vierge Gertrude, la colombe du cloître bénédictin ; et qui contempla au ciel la gloire de notre illustre Père. Il lui apparut sous l'image d'un rosier couvert de roses aux couleurs exquises, symbole des vertus et des mérites du Père et des enfants. Ce ne fut pas tout ; pour témoigner la paternelle affection dont il nous entoure, il fait savoir à sa fille stupéfaite devant les prodiges qui accompagnèrent sa précieuse mort, que, dans sa bienveillante bonté, il procurerait un secours très puissant, à l'heure de leur propre mort, à tous ceux qui, durant leur vie, l'auront glorifié d’un si heureux départ de ce monde.

Auprès de ces radieuses filles de Benoît apparaît non moins rayonnante, la très célèbre prophétesse Brigitte : bien qu'elle n'appartienne pas à sa famille spirituelle, que de choses vraiment célestes elle a dites touchant sa gloire et le développement de la sainteté dans son Ordre ! Souvent ravie en extase, elle entendit la Reine du Ciel louer le fervent esprit de piété de Benoît. La Mère de Dieu le compara à une étincelle qui finit par devenir un immense brasier communiquant l'incendie de tous côtés. Et, ce qui doit nous causer une extrême joie et relever notre espérance, c'est qu'elle prédit que l'ordre bénédictin recevrait de nouveaux accroissements, et Dieu aidant, reviendrait à sa ferveur première.

Françoise, la veuve romaine, suit de près Brigitte. Elle a eu pour la Règle bénédictine un culte particulier. Écoutons-la attentivement, car elle est le porte-parole de Benoît. Ravie en extase, elle a entendu Benoît lui parler, et sur l'ordre de Dieu, elle nous a fait part de ces communications. Quel magnifique supplément à sa Règle nous envoie là du ciel, l'homme de Dieu ! Avec quel calme majestueux il nous montre le chemin qui conduit le moine au sommet de la perfection ! Avec quelle autorité et quelle science divine il traite de la foi qui mène à la charité, de la charité qui est la forme de la foi, de l'obéissance rendue par amour, de l'abnégation qui comprend et le renoncement à toute chose et la donation de soi-même à un supérieur pour Dieu, de la vérité qui devient la reine de celui qui a pleinement renoncé à soi-même ! Que d'autres mystères célestes il nous communique par sa fille dont il a voulu être lui-même le docteur, afin que nous participions à son instruction !

Notre manuel serait incomplet si l'on n’y trouvait l'expression des sentiments de piété et de respect des fils envers leur excellent Père, si nous n'avions recueilli à sa louange de saintes suppliques que l'Ordre bénédictin lui a offertes en divers lieux et à différentes époques. En premier lieu, nous avons mis cette antique prière qui traduit si bien la révérence et la confiance de nos pères envers ce très saint vieillard, appelé avec raison l'Abraham de la postérité monastique. Ensuite, on aimera à relire l'exercice de piété composé à l'occasion de sa bienheureuse et glorieuse mort ; lui-même a voulu le recommander à sa fille, la vierge Gertrude, comme gage de sa puissante assistance à l'heure de l'agonie. Cet exercice est suivi d'une hymne qui sera chère à la dévotion des enfants de saint Benoît, quand ils sauront qu'on la chante chaque jour au Mont-Cassin devant le sépulcre où reposent partiellement les ossements de celui qu’elle qualifie de Porte-étendard invincible et Chef de la milice sacrée.

Garderons-nous un silence impie sur cette médaille d’une efficacité toute-puissante, que les enfants de saint Benoît regardent comme leur bouclier contre les traits de l'ennemi invisible ? Dieu nous en garde ! Nous avons donc ajouté à notre recueil les prières approuvées par le Siège apostolique et qui y attachent, avec une précieuse bénédiction, l'avantage d'abondantes indulgences pour ceux qui la portent religieusement. Il convenait d'honorer ainsi cette médaille considérée à bon droit comme un don du ciel pour être aux chrétiens une nouvelle force capable de repousser les attaques et les embûches de l'ennemi, un patronage assuré pour protéger ceux qui se confient dans la toute-puissance de la Croix et les mérites du saint Père Benoît, qui par elle a opéré tant de prodiges.

Mais, Pères vénérés et bien chers Frères, vous vous plaindriez à bon droit de nous si, de ce recueil de témoignages de piété envers un Père si béni, nous retranchions cette formule solennelle de prière par laquelle 1'ordre bénédictin tout entier s'unit chaque jour - sans nul doute avec une très heureuse efficacité - pour obtenir de Dieu le renouvellement de l'esprit de notre Règle en chacun des membres de l'ordre, en sorte que la descendance du Patriarche du monachisme occidental, croisse de jour en jour en mérite et en nombre.

Que manque-t-il encore à ce bouquet composé de fleurs si variées et si suaves à la gloire et à la louange de notre saint Patriarche ? Ah ! voici encore ces cinq fameuses promesses que Dieu, selon une très ancienne tradition, daigna faire à saint Benoît pour l'exaltation de son ordre et pour la consolation de ceux d'entre nous qui doivent vivre à la fin des temps. Quoi en effet de plus capable d'exciter notre zèle filial envers la très sainte Épouse du Seigneur Christ, que cette assurance que les membres de notre ordre combattraient un jour contre l'antéchrist et ses adeptes pour la défense de l’Église romaine ? Quoi de plus doux, de plus agréable que cette certitude de salut qui nous est donnée, si nous persévérons sans cesse jusqu’à la mort dans le sein de notre famille religieuse ? Enfin, quoi de plus glorieux que de savoir Dieu lui-même se faire le défenseur de notre saint institut contre nos adversaires, et, selon le témoignage de l’histoire, donnant des preuves, par les justes châtiments qu’il leur inflige, de l'estime qu'il a pour notre saint Législateur ?


IV. - Après nous être réjouis des hommages rendus de toutes parts à notre saint Patriarche, il convenait d'insérer dans ce manuel les enseignements lumineux de ses plus illustres fils, afin que nous puissions avoir en eux des guides pour comprendre et pratiquer sa sainte Règle. C’est là qu’il fallait puiser la moelle, le meilleur de cette ascèse bénédictine, autrement plus attrayante et plus vivifiante que ces méthodes modernes, sans doute ingénieuses et savantes, mais qui flattent plus l'esprit qu'elles ne touchent le cœur.

Parmi tant de saints initiateurs, nous devions faire un choix, car nous ne pouvions pas les insérer tous dans ce petit volume. Or, nous avons pensé qu'on ne pouvait pas donner de meilleur guide capable de façonner la vie tout entière sur le modèle de la sainte Règle, que le vénérable abbé de Liessies, Louis de Blois, qui, sous le nom de Dacryanus [le pleureur], a publié un excellent Miroir du moine. Héritier et tenant des antiques traditions monastiques, il appartient cependant à l'époque moderne, et de nos jours où la véritable notion du moine est complètement perdue, nul n'est plus propre que lui à la rappeler.

C'est dans ce livre précieux - bien supérieur à l'Institution spirituelle du même auteur , que nous apprendrons parfaitement les motifs


du culte divin et la manière de le rendre, comment nous devons prier en présence de la divine majesté : or, c’est à cela que se passe presque tout entière la vie du moine, puisque sa raison d'être est d'imiter les anges par le chant de la louange divine. Là encore, nous apprendrons dans quel esprit et avec quelle prudence on doit aborder la lecture des livres spirituels, lecture si avantageuse à l'âme : si l’on suit avec soin les règles fixées par l’auteur, ces pieuses lectures apporteront une bienheureuse paix et l’âme sera éclairée des rayons de la lumière de vie. L’oraison mentale expliquée par un tel maître deviendra facile et d'un usage familier, car Louis de Blois conduit directement son disciple à Jésus-Christ, « à l’amour duquel, nous avertit notre saint Patriarche, nous ne devons rien préférer ». Il ne propose point de ces méthodes savantes qui, si peut-être elles affinent l'esprit, laissent trop souvent le cœur dans la sécheresse. Pour lui, la vie et la passion du Verbe incarné, les saints mystères de notre salut font la principale matière qu'il propose à notre contemplation, et en vérité, nous n'ignorons pas que si nous avons Jésus-Christ nous possédons Dieu.

Comme le moine doit passer sa vie dans la componction du cœur, Louis de Blois enseigne le moyen de réparer les ruines causées par le péché et d'arriver à une conversion des mœurs sincère et durable. Il arrivera que le cénobite sera aux prises avec les tentations et les angoisses intérieures ; le vénérable abbé ne le laissera pas désarmé dans la lutte. Avec une charité et une discrétion, une clarté, une maturité remarquables, il donnera de très prudents conseils ; si bien que ses lecteurs se sentiront portés à l’humilité et à la confiance, et se trouveront assez vaillants pour vaincre leurs ennemis.

Il passe ensuite aux principes qui règlent l'extérieur de la vie : ici éclate la rare sagacité de cet homme très entendu dans tout ce qui concerne la perfection de l'état monacal. Enfin, il indique la voie de la sainte abnégation, qui fut toujours le refuge très sûr de la vie religieuse : il nous apprend à nous renoncer nous-mêmes pour acquérir la vraie liberté et cette dilatation du cœur avec laquelle on court dans la voie des commandements de Dieu.


V. - Quand l'âme s'est purifiée de ses vices et affections désordonnées, qu'elle s'est sincèrement et totalement convertie, qu'elle a reconquis cette dignité surnaturelle que la grâce confère, que lui reste-t-il à souhaiter après avoir été illuminée par la contemplation des mystères du Verbe incarné, sinon la jouissance unitive de Dieu, laquelle produit par elle-même la charité parfaite ? Et ici, il faut chercher un autre maître, approuvé, ami de Dieu, qui nous engage à le suivre, qui nous donne et l'exemple et l'enseignement. Or, à qui pourrions-nous nous fier avec plus de sécurité qu'à la vierge Gertrude si parfaitement illuminée d'en haut et unie à Dieu ? Avec raison, on l'appelle Gertrude la Grande, car parmi les épouses du Christ appelées de ce nom, elle fut la plus célèbre, la plus honorée et aussi la plus chère à son divin Époux. Du reste, n’a-t-il pas dit lui-même qu'on le trouverait dans le cœur de Gertrude ? Elle est en effet cette illustre fille de Benoît, cette mère spirituelle des âmes, à qui Celui qui est bon par nature aimait à se communiquer, attiré par ce cœur si libre et détaché de toute créature ; aussi en fit-il dans son Église une source dont les eaux se répandaient partout.

Or, cette vierge très sainte, épouse très familière du Verbe incarné, écrivit avec une plume céleste, dans l'intérêt des âmes dont elle avait la direction, une série d'Exercices distribués en sept jours. C'est comme une semaine sainte où l'âme, déjà purifiée et illuminée, est amenée à s'élever si haut en Dieu, qu'elle ne forme plus qu'un esprit avec lui. Il est à regretter que ces opuscules absolument remarquables, écrits en latin par une vierge qui possédait la langue de l’Église - comme tant d'autres moniales au Moyen-Age - n’aient pas été plus répandus ; trois ou quatre fois seulement ils ont été imprimés, et rarement traduits en langue vulgaire au grand détriment des âmes religieuses. Il nous a donc paru faire œuvre d'utile piété en faisant réimprimer ces précieux Exercices.

Le premier apprend à l'âme comment ressusciter en elle la grâce du saint Baptême appelé porte des Sacrements et principe de l'initiation chrétienne. C'est lui qui constitue l'alliance entre Dieu et l'homme, l'union des membres avec le Christ leur chef ; c'est lui qui introduit le Saint-Esprit en nous comme dans sa demeure : c'est le baptême, en un mot, qui nous infuse la vie spirituelle. Ne convient-il donc pas que, revenant en esprit à cette époque sacrée de notre vie, nous recevions volontiers et avec reconnaissance l'adoption du Père céleste, en recevant de nouveau dans notre cœur l'infusion mystique de l'eau salutaire, et en renouvelant en nous ces rites vénérables et apostoliques qui signifièrent la grâce qui nous était donnée en cet heureux instant de l'aurore de notre vie ?

Il existe dans le christianisme une vie plus intérieure qu'on appelle vie religieuse, par laquelle nous nous consacrons entièrement à Dieu en vertu d'une vocation céleste. C'est la conversion ou éloignement du siècle, que nous inspira le Saint-Esprit. Rendre grâces dignement pour un si grand bienfait, tel est le but du second Exercice, en même temps qu'il est fait pour faire revivre en nous cette grâce tout comme si aujourd’hui même nous disions pour la première fois adieu au monde, et que nous commencions à nous attacher au Sauveur comme les apôtres. En faisant cet Exercice, nous recevrons de nouveau, spirituellement, le saint habit, dont l'imposition nous a rendus capables, jadis, de recevoir par la suite d’innombrables grâces de Dieu.

Le troisième Exercice traite de la sainte profession qui nous unit et nous consacra au divin Époux des âmes. Avec quelle joie profonde, quel désir de vivre plus fermement, quelle confusion pour les lâchetés de notre vie spirituelle, nous suivrons pas à pas la très pieuse vierge passant en revue toutes les faveurs reçues du Seigneur en ce jour où par les saints vœux il daignait se l'unir étroitement ? Quel est le moine ou la moniale, qui resterait insensible au souvenir de tant de bienfaits, et cet anniversaire de ce noble et heureux pacte qui nous arracha à nous-mêmes, pour devenir la propriété particulière du divin Époux, hors de qui il ne nous est pas permis ni d'expérimenter ni de rechercher notre félicité ? Quelle étude délicieuse que de récapituler ces richesses ineffables, sous la conduite de la vierge Gertrude qui, avec une intelligence si pénétrante et un sentiment si enthousiaste, médite le rituel employé par l’Église à la consécration des vierges ! S'il y a quelque divergence entre ce cérémonial et celui usité à la profession des moines, c'est cependant le même esprit qui les a inspirés tous deux ; au fond, le sens est le même, puisque de part et d'autre il s'agit de l'alliance de l’homme avec Dieu.

Toutefois, ce sujet est si inépuisable, il contient tant de choses admirables et délicieuses, que la noble épouse du Christ en a tiré la matière d'un nouvel Exercice, et c'est le quatrième. Il est composé pour l’âme religieuse qui célèbre l'anniversaire de sa consécration, ou qui à tout autre jour de son choix veut s'appliquer à réfléchir sur cette heure fortunée et renouveler sans cesse les vœux qu'elle a déjà offerts au Seigneur. Ainsi elle arrivera à resserrer toujours plus ces liens bienheureux qui l'unissent à l'Époux céleste à qui elle appartient sans partage.

Tout ce qui a fait jusqu’ici la matière des Exercices, tend à l'union divine ; tout procède d'un amour pur et sublime. Mais il a semblé à la vierge Gertrude que l'amour surnaturel n’avait pas trouvé dans ces pages toute son expression. De là, elle essaie, dans le cinquième Exercice, de faire jaillir, d'allumer et d'entretenir ce feu sacré qui fond et consume l’âme en Dieu. Là se multiplient ces ardents soupirs avec lesquels cette âme vraiment séraphique s'élance vers son Dieu, vers son Époux bien-aimé ; là elle est prise de ces ineffables défaillances où, languissante d'amour, elle semble se consumer sur le cœur de son Bien-Aimé. Ardentes et toutes célestes sont ses expressions mais absolument sincères et d'une beauté littéraire remarquable ; rien d'étonnant, puisque l’Esprit Saint en est l’inspirateur, et que l'Époux lui-même « ordonne en elle la charité (Ct 2, 4) ». Qui, en l’écoutant ou en la lisant ne se sentirait profondément remué ? Qui alors n'éprouverait ces saints transports, et n’aspirerait à s'unir au Christ qui s'est choisi une servante si aimée et si aimante, non assurément parmi les anges, mais entre les filles des hommes ? Bienheureuse donc l'âme religieuse si elle persévère avec fidélité dans sa vocation divine ! Son union à Dieu consommée ici-bas dans la foi, continuera dans l'éternelle lumière.

Le sixième Exercice, écrit dans le même esprit, comprend la louange et l'action de grâces. Il est manifeste qu'une âme aimante ne peut rester sans voix ; il est donc nécessaire qu'à l'instar des anges, elle s'exprime dans le chant de la psalmodie. Quelles seront ces cantilènes ? De bouche et de cœur, elle proclamera les grandeurs et les suavités de son Seigneur ; ensuite se remémorant avec gratitude ses bienfaits, elle chantera les miséricordes dont elle est prévenue. C'est ainsi que Gertrude nous initie à cette ineffable mélodie qui retentit nuit et jour dans son âme enivrée du saint amour ; ainsi, qu'elle dirige le chœur de ces âmes remplies de Dieu et qui exaltent les divines perfections de leur Créateur, Rédempteur et Sanctificateur qui s'est incliné jusqu’à notre bassesse pour nous relever jusqu’à lui.

Enfin, dans le septième Exercice, l'âme mesurant le chemin qu'elle a parcouru sous la conduite de l’Époux divin, et en même temps se rappelant combien elle a été indigne de tant de faveurs, se sent pressée de recourir à l'indulgence miséricordieuse du Seigneur. Elle appelle donc à elle l'Amour et encore d'autres perfections de Dieu, les chargeant d'apaiser en une ardente dévotion les cruelles souffrances du Christ Rédempteur, elle purifie ses souillures dans ces eaux mystérieuses qui découlent du côté ouvert de son Bien-Aimé, dans le Cœur duquel elle se réfugie. Alors, appuyée sur la miséricorde qu'elle attend avec assurance, elle regarde la mort venir comme une dernière purification, et comme le passage de la foi à la lumière de la vérité, de l'amour qui aspire, à l'amour rassasié par la possession qui sera sans fin.

Rien de plus saint, rien aussi de plus sûr que la doctrine de la grande Gertrude. Elle ne nous a pas conduit par ces sentiers périlleux où s'évanouit la douce lumière de Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie. Ses pensées la portent au ciel, car elle est toujours en quête de la Vérité suprême, et son cœur ne bat que pour le souverain bien ; mais, toujours elle reste unie à son Époux Jésus, et jamais elle ne le laisse partir. N'est-ce pas en lui qu’elle trouve toute Vérité et la Vie ? Sa diction et son style ne s'écartent pas du langage des saintes Écritures quelle a apprises en contemplant et en scrutant assidûment le Verbe incarné, ou bien en méditant les secrets de la sainte Liturgie. Tout ce qui lui parle de Jésus lui est singulièrement savoureux, tout ce qui vient de l'Église la ravit. Assurément, elle n'a rien emprunté aux spéculations d'une vaine philosophie, ni à ces théories humaines qui prétendent imposer à l’âme qui veut s'unir à Dieu des règles déterminées. Elle ne s'est guère souciée non plus de cette psychologie qui peut satisfaire l’esprit, mais qui ne procure au cœur ni la joie ni la vie. Toutes ces choses, la vierge Gertrude les a ignorées, et cependant elle s'est élancée comme une géante sur le chemin de la perfection, jusqu'à ce que parvenue au terme de sa course, elle est entrée dans les hauteurs des cieux. Un seul désir a été le sien, devenir l'épouse de Dieu. Or, ce Dieu dont elle fut l'épouse est celui qui fut et qui demeure à jamais : c'est le Verbe même du Père, fait chair. Ce qu'elle désire, ce qu'elle aime, ce qu'elle choisit comme le sanctuaire où elle se livrera à l'amour, c'est le Cœur du Fils de Dieu. Les trésors de ce Sacré-Cœur lui ont été divinement manifestés ; alors, cet ineffable mystère n'était pas encore divulgué dans l'Église, mais déjà Gertrude lui rendait un culte ; il est d'ailleurs le fondement et le terme de sa doctrine spirituelle.


VI. - Voilà, vénérables Pères et bien chers Frères, ces documents soigneusement recueillis ; nous avons cru devoir en entourer le code sacré de la sainte Règle dont les prescriptions nous tracent la forme nécessaire de toute notre vie. Voilà donc cette somme de préceptes, de secours et de pieuse consolations, avec l'aide desquels nous irons à Dieu, terme de notre espérance, à qui nous nous sommes livrés par sa grâce et qui s’est lui-même livré à nous bien davantage en prenant les devants. Recevez ce faible témoignage de notre déférence et de notre fraternité, et unis de cœur, demandons constamment que notre Ordre prospère de plus en plus. Demeurons unis pour rendre hommage à notre bienheureux Père saint Benoît, et restons immuablement enracinés dans la très douce dilection de Dieu. Amen.

Mise à jour le Samedi, 02 Mai 2009 08:11
 

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