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| L'Eglise et son Chef |
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| Écrit par Dom Jean-Philippe Lemaire |
| Dimanche, 11 Mai 2008 12:54 |
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L’Eglise et son Chef Après avoir situé l'Église dans l'Économie de l'Incarnation, dom Guéranger montre, à partir de la Sainte Écriture, comment le Christ, Pierre angulaire, Docteur et Pasteur, a établi un homme vicaire de son autorité, et par conséquent centre visible de l'unité dont il demeure la source invisible. Dom Guéranger choisit trois textes de l'Évangile : en Mt XVI, 13-19, lu à la lumière de Mt VII, 24-25. Dom Guéranger voit le Christ réaliser la première condition de l'unité de son Église : Pierre est constitué centre d'adhésion, fondement visible, représentant unique de la Pierre angulaire, invisible au sommet du temple céleste. En Luc XXII, 32, dom Guéranger montre comment le Christ constitue Pierre comme Docteur, en lui donnant une foi qui ne défaille pas ; cette foi indestructible, qui sera le lien des fidèles, est obtenue par la prière du Christ. Le Seigneur lui dit : "Confirme tes frères", parce que ce don est fait à Pierre non pour luimême, mais pour les autres. Ainsi le Verbe divin qui éclaire tout homme venant en ce monde associe à sa qualité de Docteur Simon, fils de jean : c'est de lui seul que tous dans l'Église recevront l'enseignement de la foi dont l'unité constitue essentiellement la société chrétienne. En Jean XXI, 15-19,qui fait écho à Mt XVI, 19, jésus établit explicitement Pierre comme Pasteur sur tout son troupeau, sur agneaux et brebis ; "en un mot, quiconque reconnaît jésus Christ pour son Pasteur est tenu désormais d'obéir à Pierre." Ici encore, dom Guéranger souligne la permanence de l'économie de l'Incarnation : "Mystère sublime et complément divin de l'œuvre que le Fils de Dieu était venu opérer sur la terre : le salut de l'homme par l'homme, mais par l'homme élevé à la puissance même de Dieu." Lignes fortement inspirées de la solide doctrine de saint Léon, que dom Guéranger cite assez longuement à trois reprises pour commenter les trois textes évangéliques : le grand pape de la primauté de Pierre est, sans doute, une des sources principales de l'ecclésiologie de l'abbé de Solesmes. Au paragraphe premier de la Monarchie Pontificale, "L'infaillibilité personnelle du Pontife romain a-t-elle son fondement dans l'Écriture ?", dom Guéranger reprendra l'exégèse des trois textes cités ici, dans la perspective plus précise de l'infaillibilité. Dans la suite de cet essai, il tire de son étude scripturaire six conclusions que nous allons résumer car elles présentent les grands axes de l'ecclésiologie de dom Guéranger, axes que l'on retrouve dans les deux constitutions Pastor aeternus et Lumen gentium : 1°) L'Église, qui est une monarchie dans les mains de son monarque jésus Christ, est aussi une monarchie dans les mains de Pierre, son vicaire, qui participa à sa triple prérogative. Si l'Église n'a pas jugé bon d'user du terme "monarchie", à coloration trop politique, pour définir le gouvernement de Pierre, elle a reconnu dans la pensée que recouvrait ce terme celle-là même qui allait être enseignée et définie au premier Concile du Vatican. 2°) L'Église, qui a reçu du Christ la perpétuité, ne peut pas plus se séparer de Pierre et de ses successeurs que de Jésus Christ lui-même. 3°) La triple prérogative de Pierre ne lui vient pas de l'Église, mais de Jésus-Christ directement. 4°) La triple prérogative de Pierre a été conférée à sa personne et non à l'Église. 5°) Pierre n'est pas à lui seul toute l'Église, mais il y a dans l'Église divers pasteurs subordonnés à Pierre. Dom Guéranger note ici : "Nous exposerons plus loin toute cette admirable hiérarchie..." ; le temps lui manquera, de même qu'il fera défaut au Concile Vatican I pour donner un enseignement complet sur la constitution de l'Église. Ce n'est que justice d'en tenir compte ; il serait par trop injuste de ne voir en dom Guéranger que l'homme du pape, "le satellite de Pie IX" ; n'écrit-il pas, en conclusion de ce paragraphe : "Pierre n'est pas l'Église, l'Église n'est pas Pierre ; mais comme parle saint Ambroise :"où est Pierre, là est l'Église". C'est dans la parole du Christ qu'il trouve le fondement de la distinction entre Pierre et l'Église, entre le rocher et la maison qu'il porte, entre le pasteur et le trou- peau. Pour compléter sommairement l'ecclésiologie de dom Guéranger, il faudrait se reporter aux pages de l'Année liturgique citées : on y verrait que ce qui est dit des pasteurs et du peuple de Dieu ne peut pas plus être mis en opposition dialectique avec l'enseignement de Vatican II que la doctrine de Vatican I. 6°) Le devoir de se tenir en rapport immédiat d'union et d'obéissance avec Pierre est personnel à tout membre de l'Église. De même que Jésus-Christ est le principe immédiat de la vie spirituelle de chaque fidèle, de même Pierre, qui participe à la triple qualité du Médiateur est "le centre visible de cette même vie."
Dom Guéranger a montré la relation de Pierre au Christ ; il expose maintenant la relation des successeurs de Pierre au Christ. Cette partie a pour titre : "Perpétuité" (on notera le parallélisme avec le chapitre 2 de Pastor aeternus). L’Église durera "jusqu'à la fin des siècles", Pierre est mortel, il lui faut donc un successeur. Dom Guéranger s'appuie ici encore sur l'analogie sacramentelle, qui est manifestement une structure de sa pensée : "De même que les divins sacrements qui sont le remède séculaire du genre humain se sont transmis et se transmettront jusqu'à la dernière génération de notre race, bien que ceux qui reçurent les premiers l'auguste pouvoir de les conférer aient disparu de la terre depuis dix-huit siècles ; ainsi le Christ a veillé à la permanence de son vicaire ici-bas. Dans ce but, il a rendu Pierre immortel dans les successeurs qu'il lui donne."
Pour la première fois, dom Guéranger fait ici allusion au pouvoir de juridiction, mais c'est pour remarquer aussitôt que lorsque l'élu a été canoniquement désigné pour s'asseoir sur la chaire de Pierre, "nul mortel ne l'investit de son pouvoir. Le Christ lui-même l'a institué d'avance, quand il a dit : "Tu es Pierre". Ces paroles ont été dites à Pierre tout entier, à Pierre qui vivra jusqu'à la consommation des siècles... Telle est l'efficacité de ces divines paroles que le Christ a prononcées une fois pour tous les siècles à venir." Dom Jean-Philippe Lemaire, Actes du Colloque (1975) |
| Mise à jour le Jeudi, 15 Mai 2008 11:35 |





