Dom Guéranger et

L’Immaculée Conception

 La vie spirituelle de Prosper Guéranger, qui n’avait pas connu auparavant de ferveur extraordinaire, bénéficia, dès le début de son séminaire, d’une grâce qui ouvrit son cœur à la piété. Mais l’événement le plus notable fut la faveur qu’il reçut au matin du 8 décembre 1823 et que l’on nommera « la grâce de l’Immaculée Conception ». Il était jusque-là prisonnier de préjugés quelque peu rationalistes sur ce mystère que L’Église n’avait pas encore défini comme dogme. Il n’en avait pas entrevu la relation avec le mystère de l’Incarnation. Soudain, durant sa méditation sur l’objet de la fête, sa raison et son cœur se trouvèrent inclinés à y adhérer. « Aucun transport, mais une douce paix avec une conviction sincère… C’était une nature qui disparaissait pour faire place à une autre. »

Le 8 décembre 1854, le Bienheureux Pie IX, par la bulle Ineffabilis Deus, déclarait et définissait comme dogme de foi que la Très Sainte Vierge Marie, dès le premier instant de sa conception, par un privilège spécial, en vertu des mérites de Jésus-Christ, fut préservée et exempte de toute tache du péché originel. C’est le dogme de l’Immaculée Conception.

    Cette définition dogmatique désirée par le grand nombre, jugée inopportune par certains, avait fait l’objet de travaux considérables dans les années qui la précédèrent. Pie IX, par l’encyclique Ubi primum du 2 février 1849, avait invité tous les évêques
du monde à donner leur avis motivé sur la possibilité et l’opportunité de cette définition. En France, beaucoup d’évêques constituèrent des commissions de théologiens pour préparer leur réponse. C’est à cet intense effort de réflexion sur le privilège de Marie que Dom Guéranger, premier abbé de Solesmes, voulut participer.

    Ce privilège lui était tout particulièrement cher. Il se souvenait en effet de la grande grâce de lumière dont il avait bénéficié le 8 décembre 1823, en la fête de la Conception de Notre Dame, alors qu’il était élève au séminaire et encore lié par des vues trop rationnelles. Il a raconté lui-même l’événement : « Ce fut alors que la très miséricordieuse et très compatissante reine Marie Mère de Dieu vint à mon aide d’une manière aussi triomphante qu’inattendue. Le 8 décembre 1823, je faisais le matin ma méditation avec la communauté, et j’avais abordé mon sujet (le mystère du jour) avec mes vues rationalistes comme à l’ordinaire ; mais voici qu’insensiblement je me sens entraîné à croire Marie immaculée dans sa conception ; la spéculation et le sentiment s’unissent sans effort sur ce mystère, j’éprouve une joie douce dans mon acquiescement ; aucun transport, mais une douce paix avec une conviction sincère. Marie avait daigné me transformer de ses mains bénies, sans secousse, sans enthousiasme : c’était une nature qui disparaissait pour faire place à une autre. Je n’en dis rien à personne, d’autant que j’étais loin encore de sentir toute la portée qu’avait pour moi une telle révélation. J’en fus ému sans doute alors ; mais je le suis bien autrement aujourd’hui que je comprends toute l’étendue de la faveur que la très sainte Vierge daigna me faire ce jour-là. 1  »

    Dom Guéranger, pressé par plus d’un de ses amis, voulut donc écrire un ouvrage pour montrer pourquoi cette croyance en l’Immaculée Conception pouvait faire l’objet d’une définition dogmatique. C’est le Mémoire sur la question de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge, qui parut en avril 1850. Avec une grande clarté et une information très étendue, Dom Guéranger établit cette possibilité. Pour que la croyance puisse être définie comme dogme de foi, explique-t-il, il faut que la Conception immaculée appartienne à la Révélation, consignée dans l’Écriture ou la Tradition, ou soit impliquée dans des croyances antérieurement définies. Il faut ensuite qu’elle ait été proposée à la foi des fidèles par l’enseignement du Magistère ordinaire. Il faut enfin qu’elle soit attestée par la liturgie, les Pères et les écrivains de l’Église. Dom Guéranger montre que ces trois conditions se trouvent réunies, et donc que la définition est possible. « L’Église, dit-il, a dû attendre le temps convenable pour se recueillir en elle-même, pour constater cet universel accord qui est aujourd’hui la preuve que telle est la doctrine de l’Église catholique2  » Il montre ensuite la haute convenance de la définition.

    On peut admirer dans ces pages le grand esprit de foi de Dom Guéranger, son sens profond de l’Église. On y entend parler le moine familier de l’Écriture, des Pères et des prières liturgiques, le contemplatif qui a longuement médité sur le mystère de Marie Immaculée.

    Cet écrit fut connu et apprécié de Pie IX, et c’est pourquoi lors du voyage de l’Abbé de Solesmes à Rome en 1851, le Saint-Père lui demanda de travailler à un projet de texte en vue de la définition.

    Nous avons pensé utile de publier à nouveau cet ouvrage en cette année 2004 où nous célébrons le 150e anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception. Il pourra aider à mieux comprendre la portée de cet acte du Bienheureux Pie IX et la grande lumière qu’il nous apporte.

Dom Guéranger et le projet de bulle Quemadmodum Ecclesia sur l’Immaculée Conception

Lettre aux Amis de Solesmes DOM GUÉRANGER ET LE PROJET DE BULLE« QUEMADMODUM ECCLESIA » POUR LA DÉFINITIONDE L’IMMACULÉE CONCEPTION – extraits […]

Mémoire sur la question de l’Immaculée Conception (1850)

MÉMOIRE SUR LA QUESTION DE L’IMMACULÉE CONCEPTION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE PAR LE R.P. DOM PROSPER GUÉRANGER ABBÉ DE SOLESMES […]
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