L’ANNÉE LITURGIQUE
par le
R. P. DOM PROSPER GUERANGER
ABBÉ DE SOLESMES
L’AVENT
QUATORZIÈME ÉDITION
1900
De licentia Superiorum
IMPRIMATUR :
+ HENRICUS, Episc. Pictaviensis
LIBRAIRIE RELIGIEUSE H. OUDIN
Paris, 10, rue de Mézières, 10
Poitiers, 4, rue de l’éperon, 4
A SA GRANDEUR
MONSEIGNEUR DENIS-AUGUSTE AFFRE
ARCHEVEQUE DE PARIS.
Monseigneur,
Un ouvrage entrepris dans le but d’aider les enfants de l’Église catholique à pénétrer les intentions de leur Mère, dans le divin Service qu’elle offre à son céleste Époux, devait paraître sous le patronage de quelqu’un des premiers Pasteurs de cette sainte Église.
J’ai songé à vous l’offrir, Monseigneur, pour honorer en vous votre illustre patron et prédécesseur saint Denys, qui a posé les fondements de la science liturgique, dans ce Livre de la HIERARCHIE ECCLESIASTIQUE, que l’Église Romaine appelle un Livre admirable et tout céleste.
J’ai voulu aussi rendre hommage à l’illustre Église de Paris, qui s’honore, Monseigneur, de vous avoir pour Prélat ; elle, dont la gloire liturgique fut si grande, aux siècles de foi, que la plupart des Églises de l’Occident se faisaient un honneur de recevoir d’elle les suaves et pieuses mélodies dont elle semblait être la source.
Je me suis rappelé aussi avec joie que dans cette importante Lettre Pastorale, dans laquelle vous avez, Monseigneur, posé les bases de la régénération des Études Ecclésiastiques, vous avez restitué son rang à la Science Liturgique, et donné par là une impulsion qui ne saurait manquer de produire d’heureux résultats.
Enfin, Monseigneur, le souvenir précieux de l’indulgente bonté avec laquelle vous avez toujours daigné m’accueillir, s’est uni à tous ces motifs pour m’engager à vous offrir ce léger tribut des travaux du cloître. Vous avez bien voulu
l’agréer ; daignez aussi bénir l’auteur et son livre. C’est le vœu que forme, en vous présentant l’hommage de son profond respect et de sa parfaite gratitude,
MONSEIGNEUR,
DE VOTRE GRANDEUR
Le très humble et très obéissant serviteur,
Fr. Prosper Guéranger,
Abbé de Solesmes.
L’ANNÉE LITURGIQUE
PRÉFACE GÉNÉRALE.
La prière est pour l’homme le premier des biens. Elle est sa lumière, sa nourriture, sa vie même, puisqu’elle le met en rapport avec Dieu, qui est lumière [Johan. VIII, 12.], nourriture [Ibid. VI, 35.] et vie [Ibid. XIV, 6.]. Mais, de nous-mêmes, nous ne savons pas prier comme il faut [Rom. VIII. 26.] ; il est nécessaire que nous nous adressions à Jésus-Christ, et que nous lui disions comme les Apôtres : Seigneur, enseignez-nous à prier [Luc. XI, 1]. Lui seul peut délier la langue des muets, rendre diserte la bouche des enfants, et il fait ce prodige en envoyant son Esprit de grâce et de prières [Zach. XII, 10.], qui prend plaisir à aider notre faiblesse, suppliant en nous par un gémissement inénarrable [Rom. VIII. 26.].
Or, sur cette terre, c’est dans la sainte Église que réside ce divin Esprit. Il est descendu vers elle comme un souffle impétueux, en même temps qu’il apparaissait sous l’emblème expressif de langues enflammées. Depuis lors, il fait sa demeure dans cette heureuse Épouse ; il est le principe de ses mouvements ; il lui impose ses demandes, ses vœux, ses cantiques de louange, son enthousiasme et ses soupirs. De là vient que, depuis dix-huit siècles, elle ne se tait ni le jour, ni la nuit ; et sa voix est toujours mélodieuse, sa parole va toujours au cœur de l’Époux.
Tantôt, sous l’impression de cet Esprit qui anima le divin Psalmiste et les Prophètes, elle puise dans les Livres de l’ancien Peuple le thème de ses chants ; tantôt, fille et sœur des saints Apôtres, elle entonne les cantiques insérés aux Livres de la Nouvelle Alliance ; tantôt enfin, se souvenant qu’elle aussi a reçu la trompette et la harpe, elle donne passage à l’Esprit qui l’anime, et chante à son tour un cantique nouveau [Psalm. CXLIII.] ; de cette triple source émane l’élément divin qu’on nomme la Liturgie.
La prière de l’Église est donc la plus agréable à l’oreille et au cœur de Dieu, et, partant, la plus puissante. Heureux donc celui qui prie avec l’Église, qui associe ses vœux particuliers à ceux de cette Épouse, chérie de l’Époux et toujours exaucée ! Et c’est pourquoi le Seigneur Jésus nous a appris à dire notre Père, et non mon Père ; donnez nous, pardonnez-nous, délivrez-nous, et non donnez-moi, pardonnez-moi, délivrez-moi. Aussi pendant plus de mille ans, voyons-nous que l’Église, qui prie dans ses temples sept fois le jour et encore au milieu de la nuit, ne priait point seule. Les peuples lui faisaient compagnie, et se nourrissaient avec délices de la manne cachée sous les paroles et les mystères de la divine Liturgie. Initiés ainsi au Cycle divin des mystères de l’Année
Chrétienne, les fidèles, attentifs à l’Esprit, savaient les secrets de la vie éternelle ; et sans autre préparation, un homme était souvent choisi par les Pontifes pour dÈvenir Prêtre ou Pontife lui-même, afin de répandre sur le peuple chrétien les trésors de doctrine et d’amour qu’il avait amassés à leur source.
Car si la prière faite en union avec l’Église est la lumière de l’intelligence, elle est aussi, pour le cœur, le foyer de la divine charité. L’âme chrétienne ne se retire pas à l’écart pour converser avec Dieu et louer ses grandeurs et ses miséricordes, parce qu’elle sait bien que la société de l’Épouse du Christ ne l’enlève pas à elle-même. Ne fait-elle pas elle-même partie de cette Église qui est l’Épouse, et Jésus-Christ n’a-t-il pas dit : Mon Père, qu’ils soient un en la manière que nous sommes un [JOHAN. XVII, II.] ? Et quand plusieurs sont rassemblés en son nom, le même Sauveur ne nous assure-t-il pas qu’il est au milieu d’eux [MATTH. XVIII, 20.] ? L’âme pourra donc converser à l’aise avec son Dieu qui témoigne être si près d’elle ; elle pourra psalmodier comme David, en présence des Anges, dont la prière éternelle s’unit dans le temps à la prière de l’Église.
Mais trop de siècles déjà se sont écoulés depuis que les peuples, préoccupés d’intérêts terrestres, ont abandonné les saintes Veilles du Seigneur et les Heures mystiques du jour. Quand le rationalisme du XVIe siècle s’en vint les décimer au profit de l’erreur, il y avait déjà longtemps qu’ils avaient réduit aux seuls Dimanches et Fêtes les jours où ils continueraient de s’unir extérieurement à la prière de la sainte Église. Le reste de l’année, les pompes de la Liturgie s’accomplissaient sans le concours des peuples qui, de génération en gêné ration, oubliaient de plus en plus ce qui avait fait la forte nourriture de leurs pères. La prière individuelle se substituait à la prière sociale : le chant, qui est l’expression naturelle des vœux et des plaintes même de l’Épouse, était réservé pour les jours solennels. Ce fut une première et triste révolution dans les mœurs chrétiennes.
Mais, du moins, le sol de la Chrétienté était encore couvert d’églises et de monastères qui retentissaient, le jour et la nuit, des accents de la prière sacrée des âges antiques. Tant de mains levées vers le ciel en faisaient descendre la rosée, dissipaient les orages, assuraient la victoire. Ces serviteurs et ces servantes du Seigneur, qui se répondaient ainsi dans la louange éternelle, étaient députés solennellement par les sociétés encore catholiques d’alors, pour acquitter intégralement le tribut d’hommages et de reconnaissance dû à Dieu, à la glorieuse Vierge Marie et aux Saints. Ces vœux et ces prières formaient le bien commun ; chaque fidèle aimait encore à s’y unir ; et si quelque douleur, quelque espérance, le conduisait parfois au temple de Dieu, il aimait à y entendre, à quelque heure que ce fût, cette voix infatigable qui montait sans cesse vers le ciel pour le salut de la Chrétienté. Bien plus, le Chrétien fervent s’y unissait en vaquant à ses fonctions ou à ses affaires ; et tous possédaient encore l’intelligence générale des mystères de la Liturgie.
La Réforme vint, et elle frappa tout d’abord sur l’organe de la vie dans les sociétés chrétiennes : elle fit cesser le sacrifice de louanges. Elle joncha la Chrétienté des ruines de nos églises ; les Clercs, les Moines, les Vierges furent chassés ou massacrés, et les temples qui survécurent furent condamnés à demeurer muets dans une partie de l’Europe. Dans l’autre, mais surtout en France, la voix de la prière s’affaiblit ; car beaucoup de sanctuaires dévastés ne se relevèrent pas de leurs ruines. Aussi vit-on la foi diminuer, le rationalisme prendre des dÈveloppements menaçants, et enfin, de nos jours, la société humaine chanceler sur ses bases.
Car les destructions violentes qu’avait opérées le Calvinisme ne furent pas les dernières. La France et d’autres pays catholiques encore furent livrés à cet esprit d’orgueil qui est ennemi de la prière, parce que, dit-il, la prière n’est pas l’action ; comme si toute œuvre bonne de l’homme n’était pas un don de Dieu, un don qui suppose la demande qu’on en a faite et l’action de grâces qu’on en rend. Il se rencontra donc des hommes qui dirent : Faisons cesser les fêtes de Dieu sur la surface de la terre [Psalm. LXXIII, 8.] ; et alors descendit sur nous cette calamité universelle, que le pieux Mardochée suppliait le Seigneur d’écarter de dessus son peuple, quand il disait : Ne fermez pas, Seigneur, les bouches de ceux qui chantent vos louanges [Esther, XIII, 17.]. Mais, par la miséricorde de Dieu, nous n’avons pas été entièrement consumés [Thren. III, 22] ; les restes d’Israël ont été réservés [Act. V, 14.3.] ; et voici que le nombre des croyants s’est accru dans le Seigneur [Isai. I, 5.]? Que s’est-il donc passé dans le cœur du Seigneur notre Dieu pour motiver ce retour miséricordieux ? C’est que la prière a repris son cours. De nombreux chœurs de vierges sacrées, auxquels se joint, quoique en nombre bien inférieur encore, le chant plus mâle des fils du cloître, se font entendre sur notre terre, comme la voix de la tourterelle [Cant, II, 12.]. Cette voix prend plus de force chaque jour : daigne le Seigneur l’agréer, et faire enfin briller son arc-en-ciel sur la nue ! Puissent bientôt les échos de nos Cathédrales se rÈveiller aux accents de cette solennelle prière qu’ils ont répétée si longtemps ! Puissent la foi et la munificence des fidèles faire revivre les prodiges de ces siècles passés, qui ne furent si grands que parce que les institutions publiques elles-mêmes rendaient alors hommage à la toute-puissance de la prière !
Mais cette prière liturgique deviendrait bientôt impuissante, si les fidèles la laissaient retentir sans s’y joindre de cœur, quand ils ne peuvent y prendre une part extérieure. Elle ne vaut pour le salut des nations qu’autant qu’elle est comprise. Dilatez donc vos cœurs, enfants de l’Église catholique, et venez prier de la prière de votre mère. Venez par votre adhésion compléter cette harmonie qui charme l’oreille de Dieu. Que l’esprit de prière se ranime à sa source naturelle. Laissez-nous vous rappeler cette exhortation de l’Apôtre aux premiers fidèles : Que la paix du Christ tressaille dans vos cœurs : que le Verbe du Christ habite en vous en toute sagesse ; et vous-mêmes instruisez-vous et exhortez-vous mutuellement dans les Psaumes, les Hymnes et les Cantiques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs, par sa grâce [Col. III, 15, 16].
Assez longtemps, pour remédier à un malaise vaguement senti, on a cherché l’esprit de prière et la prière elle-même dans des méthodes, dans des livres qui renferment, il est vrai, des pensées louables, pieuses même, mais des pensées humaines. Cette nourriture est vide ; car elle n’initie pas à la prière de l’Église : elle isole au lieu d’unir. Tels sont tant de recueils de formules et de considérations, publiés sous divers titres depuis deux siècles, et dans lesquels on s’est proposé d’édifier les fidèles, et de leur suggérer, soit pour l’assistance à la sainte Messe, soit pour la réception des Sacrements, soit pour la célébration des Fêtes de l’Église, certaines affections plus ou moins banales, et toujours puisées dans l’ordre d’idées et de sentiments le plus familier à l’auteur du livre. De là encore la couleur si diverse de ces sortes d’écrits qui servent, il est vrai, faute de mieux, aux personnes déjà pieuses, mais demeurent sans influence quand il s’agit d’inspirer le goût et l’esprit de la prière à ceux qui ne l’ont pas encore.
On dira peut-être qu’en réduisant tous les livres pratiques de la piété chrétienne au simple commentaire de la Liturgie, on s’expose à affaiblir et même à anéantir, par des formes trop positives, l’esprit d’Oraison et de Contemplation qui est un si précieux don de l’Esprit-Saint à l’Église de Dieu. A cela nous répondrons d’abord qu’en proclamant l’incontestable supériorité de la prière liturgique sur la prière individuelle, nous n’allons pas jusqu’à dire qu’on doive abolir les méthodes individuelles : nous voulons seulement les mettre à leur place. Nous dirons ensuite que si, dans la divine psalmodie, on compte plusieurs degrés, en sorte que les inférieurs s’appuient encore sur la terre et sont accessibles aux âmes qui sont dans les labeurs de la Vie purgative ; à mesure aussi qu’elle s’élève sur cette échelle mystique, l’âme se sent illuminée d’un rayon céleste, et, parvenue au sommet, trouve l’union et le repos dans le souverain bien. En effet, ces saints docteurs des premiers siècles, ces divins Patriarches de la solitude, où puisaient-ils la lumière et la chaleur qui étaient en eux, et qu’ils ont laissées si vivement empreintes dans leurs écrits et dans leurs œuvres, si ce n’est dans ces longues heures de la Psalmodie, durant lesquelles la vérité simple et multiforme passait sans cesse devant les yeux de leur âme, la remplissant, à grands flots, de lumière et d’amour ? Qui a donné au séraphique Bernard cette onction merveilleuse qui coule en fleuve de miel dans tous ses écrits ; à l’auteur de l’Imitation, cette suavité, cette manne cachée qui, après tant de siècles, ne s’affadit jamais ; à Louis de Blois, cette douceur et cette tendresse inénarrables qui émeuvent tout homme qui voudra lui prêter son cœur : si ce n’est L’usage habituel de la Liturgie au milieu de laquelle leur vie s’écoulait avec un mélange de chants et de soupirs ?
Que l’âme, épouse du Christ, prÈvenue des désirs de l’Oraison, ne craigne donc point de se dessécher au bord de ces eaux merveilleuses de la Liturgie, qui tantôt murmurent comme le ruisseau, tantôt comme le torrent roulent en grondant, tantôt inondent comme la mer ; qu’elle approche et boive cette eau limpide et pure qui jaillit jusqu’à la vie éternelle [JOHAN. IV, 14.] ; car cette eau émane des fontaines mêmes du Sauveur [Isai. XII, 3.], et l’Esprit de Dieu la féconde de sa vertu, afin qu’elle soit douce et nourrissante au cerf altéré [Psalm. XLI, 2.]. Que l’âme, séduite par les charmes delà Contemplation, ne s’effraie point non plus de l’éclat et de l’harmonie des chants de la prière liturgique. N’est-elle pas elle-même un instrument d’harmonie sous la touche divine de cet Esprit qui la possède ? Certes, elle ne doit pas entendre le céleste Colloque autrement que le Psalmiste lui-même, cet organe de toute vraie prière, accepté de Dieu et de l’Église ? Or, n’est-ce pas à sa harpe qu’il a recours, quand il veut allumer dans son cœur la flamme sacrée, et qu’il dit : Mon cœur est prêt, ô Dieu ! mon cœur est prêt ; je chanterai donc, je ferai retentir le Psaume. Lève-toi, ô ma gloire ! lève-toi, ô ma harpe ! Dès le matin, je m’Èveillerai ; je vous chanterai, Seigneur, devant les peuples ; je psalmodierai en présence des nations : car votre miséricorde est grande au-dessus des deux, et votre vérité au delà des nuages [Psalm. CVII.]. D’autres fois, emporté au delà du monde sensible, il est entré dans les puissances du Seigneur [Psalm. LXX], et s’abandonne à une sainte ivresse. Afin de soulager l’ardeur qui le consume, il éclate alors dans l’Épithalame sacré : Mon cœur, dit-il, a conçu un poème sublime ; c’est au Roi lui-même que je vais dédier mon cantique ; et il redit la beauté de l’Époux vainqueur et les grâces de l’Épouse [Psalm. XLIV.]. Ainsi, pour l’homme de contemplation, la prière liturgique est tantôt le principe, tantôt le résultat des visites du Seigneur.
Mais elle est surtout divine en ce qu’elle est à la fois le lait des enfants et le pain des forts ; en ce que, semblable au pain miraculeux du désert, elle prend à la fois tous les goûts de ceux qui s’en nourrissent. Ceux même qui ne sont pas du nombre des enfants de Dieu, admirent quelquefois en elle cette incommunicable propriété, et conviennent que l’Église catholique seule connaît les mystères de la prière ; et c’est parce qu’il n’y a pas à proprement parler de prière liturgique chez les protestants, qu’ils n’ont pas non plus d’écrivains ascétiques. Sans doute, le divin Sacrement de l’Eucharistie étant le centre de la Religion, son absence suffirait bien pour rendre raison de ce défaut absolu d’onction qui caractérise tous les produits de la Réforme ; mais la Liturgie est tellement liée à l’Eucharistie dont elle forme la glorieuse auréole, que les Heures Canoniales ont cessé, et devaient cesser en effet, partout où le dogme de la Présence réelle était aboli.
Jésus-Christ même est donc le moyen, aussi bien que l’objet de la Liturgie, et c’est pourquoi l’Année Ecclésiastique que nous nous proposons de dÈvelopper dans cet ouvrage, n’est autre que la manifestation de Jésus-Christ, et de ses mystères dans l’Église et dans l’âme fidèle. C’est là le Cycle divin où rayonnent à leur place toutes les œuvres de Dieu : le Septénaire de la Création ; la Pâque et la Pentecôte de l’ancien peuple ; l’ineffable Visite du Verbe incarné, son Sacrifice, sa Victoire ; la descente de son Esprit ; la divine Eucharistie ; les gloires inénarrables de la Mère de Dieu, toujours Vierge ; la splendeur des Anges ; les mérites et les triomphes des Saints : en sorte que l’on peut dire qu’il a son point de départ sous la Loi des Patriarches, ses progrès dans la Loi écrite, sa consommation toujours croissante sous la Loi d’amour, jusqu’à ce qu’étant enfin complet, il s’évanouisse dans l’éternité, comme la Loi écrite tomba d’elle-même, au jour où l’invincible force du Sang de l’Agneau déchira en deux le voile du Temple.
Combien nous voudrions pouvoir raconter dignement les merveilles saintes de ce Calendrier mystique, dont l’autre n’est que la figure et l’humble support ! Que nous serions heureux de faire bien comprendre toute la gloire qui revient à l’auguste Trinité, au Sauveur, à Marie, aux Esprits bienheureux et aux Saints, de cette annuelle commémoration de tant de merveilles ! Si l’Église renouvelle chaque année sa jeunesse, comme l’aigle [Psalm. CII.], c’est parce que, au moyen du Cycle liturgique, elle est visitée par son Époux dans la proportion de ses besoins. Chaque année, elle le revoit enfant dans la crèche, jeûnant sur la montagne, s’offrant sur la croix, ressuscitant du sépulcre, fondant son Église et instituant ses Sacrements, remontant à la droite de son Père, envoyant l’Esprit Saint aux hommes ; et les grâces de ces divins mystères se renouvellent tour à tour en elle, en sorte que, fécondé selon le besoin, le Jardin de l’Église envoie à l’Époux en tout temps, sous le souffle de l’Aquilon et de l’Auster, la délicieuse senteur de ses parfums [Cant. IV, 16.]. Chaque année, l’Esprit de Dieu reprend possession de sa bien-aimée, et lui assure lumière et amour ; chaque année, elle puise un surcroît de vie dans les maternelles influences que la Vierge bénie épanche sur elle, aux jours de ses joies, de ses douleurs et de ses gloires ; enfin, les brillantes constellations que forment dans leur radieux mélange les Esprits des neuf chœurs et les Saints des divers ordres d’Apôtres, de Martyrs, de Confesseurs et de Vierges, versent sur elle chaque année de puissants secours et d’inexprimables consolations.
Or, ce que l’Année Liturgique opère dans l’Église en général, elle le répète dans l’âme de chaque fidèle attentif à recueillir le don de Dieu. Cette succession des saisons mystiques assure au Chrétien les moyens de cette vie surnaturelle, sans laquelle toute autre vie n’est qu’une mort plus ou moins déguisée ; et il est des âmes tellement éprises de ce divin successif qui se déploie dans le Cycle catholique, qu’elles arrivent à en ressentir physiquement les évolutions, la vie surnaturelle absorbant l’autre, et le Calendrier de l’Église celui des astronomes.
Puissent donc les lecteurs catholiques de cet ouvrage se garder de cette tiédeur de la foi, de ce sommeil de l’amour qui ont presque effacé le Cycle qui fut autrefois, et qui doit toujours être la joie des peuples, la lumière des doctes, le livre des humbles !
De tout ceci, le lecteur conclura, nous l’espérons, que notre intention n’est pas ici de mettre en œuvre les ressources de notre esprit tel quel pour bâtir un système, et faire de l’éloquence, de la philosophie, ou toute autre belle chose, à propos des mystères de l’Année Ecclésiastique. Nous n’avons qu’un but, et nous demandons humblement à Dieu de l’atteindre : c’est de servir d’interprète à la sainte Église, de mettre les fidèles à portée de la suivre dans sa prière de chaque saison mystique, et même de chaque jour et de chaque heure. A Dieu ne plaise que nous nous permettions jamais de mettre nos pensées d’un jour à côté de celles que notre Seigneur Jésus-Christ, qui est la divine Sagesse, inspire par son Esprit à celle qui est son Épouse bien-aimée ! Toute notre application sera de saisir l’intention de l’Esprit Saint dans les diverses phases de l’Année Liturgique, nous inspirant de l’étude attentive des plus anciens et des plus vénérables monuments de la prière publique, et aussi des sentiments des saints Pères et des interprètes antiques et approuvés ; en sorte qu’à l’aide de tous ces secours, nous puissions offrir aux fidèles la moelle des prières Ecclésiastiques, et réunir, s’il est possible, l’utilité pratique et cette agréable variété qui soulage et qui réjouit.
Dans cet ouvrage, nous insisterons sur le culte des Saints, parce qu’il est un des grands besoins de la piété dans tous les temps, mais surtout au temps présent. La dévotion à la personne adorable du Sauveur a repris, chez nous, une vigueur nouvelle ; le culte de la sainte Vierge s’étend et s’accroît ; que la confiance dans les Saints renaisse aussi, et alors auront disparu les traces de cette déviation dans laquelle l’influence sourde du Jansénisme entraînait la piété française. Néanmoins, comme il faut savoir se borner, nous traiterons rarement des Saints que le Calendrier Romain ne porte pas.
Toutefois la Liturgie Romaine, base sacrée de cette Année Liturgique, ne sera pas la seule dont nous emprunterons les formules : l’Ambrosienne, la Gallicane, la Gothique ou Mozarabe, la Grecque, l’Arménienne, la Syrienne, etc., déposeront tour à tour le tribut de leurs richesses dans notre trésor de prières ; en sorte que jamais la voix de l’Église ne se sera fait entendre plus pleine ni plus imposante. Le moyen âge des Églises d’Occident a produit, dans le genre liturgique, des Séquences d’une rare beauté ; un de nos premiers soins sera d’initier les fidèles qui nous liront à ces sources si pures de tendresse et de vie.
Quant au système que nous suivrons dans chacun des tomes de cette Année Liturgique, il est subordonné au genre spécial des matières qu’il se trouvera contenir. Nous réserverons pour nos Institutions tout ce qui tient à la partie purement scientifique de la Liturgie, nous bornant ici aux détails nécessaires pour initier les lecteurs aux intentions de la sainte Église dans chacune des saisons mystiques de l’année. Les formules saintes seront expliquées et adaptées à l’usage commun, au moyen d’une glose dans laquelle nous tâcherons d’éviter les inconvénients d’une froide traduction, et aussi la pesanteur d’une paraphrase lourde et affadie.
Comme, ainsi que nous l’avons dit, notre but est d’offrir aux fidèles la partie la plus substantielle et la plus nourrissante de la Liturgie, nous avons été dirigé dans le choix des pièces par cette intention même, laissant de côté tout ce qui n’allait pas directement à ce but. Cette observation se rapporte principalement aux morceaux empruntés aux livres d’Offices de l’Église grecque. Rien de plus riche et de plus pieux que cette Liturgie, quand on ne la connaît que par extraits ; rien aussi de moins attrayant, si on veut la lire dans les sources elles-mêmes. Les redites y abondent d’une manière fastidieuse, et le sentiment s’y épuise trop souvent dans des répétitions sans fin. Nous n’avons donc pris que la fleur, et glané seulement dans cette moisson trop exubérante. Ceci s’applique particulièrement aux Menées et à l’Anthologie de l’Église grecque. Les pièces Liturgiques des autres Églises de l’Orient sont généralement rédigées avec plus de goût et de sobriété.
Afin de nous conformer aux volontés du Siège Apostolique, nous ne donnons, dans aucun des volumes de cette Année Liturgique, la traduction littérale de l’Ordinaire et du Canon de la Messe : nous tâchons d’y suppléer, en fournissant aux personnes qui n’entendent pas la langue latine, le moyen de produire des actes qui les mettent en rapport immédiat avec tout ce que le Prêtre accomplit et récite à l’autel.
La première partie de l’Année Liturgique est consacrée à l’Avent. La seconde renfermera l’explication du service divin, de Noël à la Purification. La troisième conduira la Liturgie de la Purification au Carême, sous le nom de Temps de la Septuagésime. La quatrième sera consacrée aux quatre premières semaines du Carême. La cinquième renfermera seulement la Semaine de la Passion et la Semaine Sainte. La sixième aura pour objet le Temps Pascal. La septième traitera d’abord des fêtes de la Trinité, du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur de Jésus ; elle sera consacrée, pour le reste, à la longue période du Temps après la Pentecôte.
Cet ensemble, dont le plan est tracé par la sainte Église elle-même, fournit le drame le plus sublime qui puisse être offert à l’admiration humaine. L’intervention de Dieu pour le salut et la sanctification des hommes, la conciliation de la justice avec la miséricorde, les humiliations, les douleurs et les gloires de l’Homme-Dieu, la venue et les opérations de l’Esprit-Saint dans l’humanité et dans l’âme fidèle, la mission et l’action de l’Église : tout y est exprimé de la manière la plus vive et la plus saisissante ; tout arrive à sa place par l’enchaînement sublime des anniversaires. Il y a dix-huit siècles qu’un fait divin s’accomplissait ; son anniversaire se reproduit dans la Liturgie, et vient rajeunir chaque année dans le peuple chrétien le sentiment de ce que Dieu opéra il y a tant de siècles. Quelle intelligence humaine eût pu concevoir une telle pensée ! Qu’ils sont faibles en présence de nos réalités impérissables, ces hommes téméraires et légers qui croient prendre le christianisme en défaut, qui osent le juger comme un débris antique, et ne se doutent pas à quel point il est vivace et immortel par l’Année liturgique chez les chrétiens ! Qu’est-ce donc que la Liturgie, sinon une incessante affirmation, sinon une solennelle adhésion aux faits divins qui se sont passés une fois, mais dont la réalité est inattaquable, parce que chaque année, depuis lors, en a vu renouveler la mémoire ? N’avons-nous pas nos écrits apostoliques, nos Actes des Martyrs, nos antiques décrets des Conciles, nos écrits des Pères, nos monuments figurés, dont la succession remonte à l’origine, et qui nous rendent le témoignage le plus précis sur la tradition de nos fêtes ? Le Cycle liturgique ne vit dans sa plénitude et son progrès qu’au sein de l’Église catholique ; mais les sectes séparées soit par le schisme, soit par l’hérésie, lui rendent elles-mêmes témoignage par les débris qu’elles en ont conservés, et c’est sur ces restes qu’elles végètent encore.
Mais si la Liturgie nous émeut annuellement en présentant à nos regards le renouvellement hautement dramatique de tout ce qui s’est opéré dans l’intérêt du salut de l’homme et de sa réunion avec Dieu, il y a ceci d’admirable que la succession d’une année à l’autre n’enlève rien à la fraîcheur ni à la force des émotions, lorsqu’il nous faut commencera nouveau le cours du Cycle dont nous venons de tracer les partitions. L’Avent est toujours imprégné de la saveur d’une attente douce et mystérieuse ; Noël nous attire toujours par les joies incomparables de la naissance de l’Enfant divin ; nous entrons avec la même émotion sous les ombres de la Septuagésime ; le Carême nous abat devant la justice de Dieu, et notre cœur est alors saisi d’une crainte salutaire et d’une componction qu’il semble que nous n’avions pas ressenties l’année précédente. La Passion du Rédempteur, suivie jour par jour, heure par heure, ne nous apparaît-elle pas comme nouvelle ? Les splendeurs de la Résurrection n’apportent-elles pas à nos cœurs une allégresse qu’ils ont, ce semble, jusqu’alors ignorée ? La triomphante Ascension ne nous ouvre-t-elle pas, sur toute l’économie de la divine incarnation, des vues que nous n’avions pas encore ? Lorsque l’Esprit Saint descend à la Pentecôte, n’est-il pas vrai que nous sentons sa présence renouvelée, et que les émotions de l’année précédente en ce grand jour sont en ce moment dépassées ? La fête du Saint-Sacrement, qui revient à son tour si radieuse et si touchante, trouve-t-elle nos cœurs accoutumés au don ineffable que Jésus nous fit la veille de sa Passion ? N’entrons-nous pas plutôt comme dans une nouvelle possession de cet inépuisable mystère ? Chaque retour des fêtes de Marie nous révèle des aspects inattendus sur ses grandeurs ; et nos saints bien-aimés, lorsqu’ils reviennent nous visiter sur le Cycle, nous semblent plus beaux que jamais : nous les pénétrons mieux, nous sentons plus vivement le lien qui les rattache à nous.
Cette puissance rénovatrice de l’Année liturgique, sur laquelle nous insistons en finissant, est un mystère de l’Esprit Saint, qui féconde incessamment l’œuvre qu’il a inspirée à la sainte Église, dans le but de sanctifier le temps assigné aux hommes pour se rendre dignes de Dieu. Admirons aussi, de cette sublime dispensation, le progrès qu’elle opère dans l’intelligence des vérités de la foi et dans le dÈveloppement de la vie surnaturelle. Il n’est pas un seul point de la doctrine chrétienne qui ne soit non seulement énoncé dans le cours de l’Année liturgique, mais inculqué avec l’autorité et l’onction que la sainte Église a su déposer dans son langage et dans ses rites si expressifs. La foi du fidèle s’éclaire ainsi d’année en année, le sens théologique se forme en lui ; la prière le conduit à la science. Les mystères restent mystères ; mais leur splendeur devient si vive que l’esprit et le cœur en sont ravis, et nous arrivons à prendre une idée des joies que nous apportera la vue éternelle de ces divines beautés qui, à travers le nuage, ont déjà pour nous un tel charme.
Et quelle source de progrès pour l’âme du chrétien, lorsque l’objet de la foi lui apparaît toujours plus lumineux, lorsque l’espérance du salut lui est comme imposée par le spectacle de tant de merveilles que la bonté de Dieu a opérées en faveur de l’homme, lorsque l’amour s’enflamme en lui sous le souffle du divin Esprit, qui a établi la Liturgie comme le centre de ses opérations dans les âmes ! La formation du Christ en nous [Gal. IV, 19.] n’est-elle pas le résultat de la communion à ses divers mystères joyeux, douloureux et glorieux ? Or, ces mystères, passent en nous, s’incorporent à nous chaque année, par l’effet de la grâce spéciale qu’apporte leur communication dans la Liturgie, et l’homme nouveau s’établit insensiblement sur les ruines de l’ancien. S’il est besoin que l’impression du type divin en nous soit favorisée par un rapprochement avec les membres de la famille humaine qui l’ont le mieux réalisé, l’enseignement pratique et l’encouragement ne nous arrivent-ils pas par nos chers Saints dont le Cycle est comme étoile ? En les contemplant nous arrivons à connaître la voie qui mène au Christ, comme le Christ nous offre en lui-même la Voie qui conduit au Père. Mais au-dessus de tous les Saints, Marie resplendit plus éclatante que tous, offrant en elle-même le Miroir de justice, où se reflète toute la sainteté possible dans une pure créature.
Enfin, l’Année Liturgique, dont nous venons de tracer le plan, nous initiera à la plus sublime poésie que l’homme ait pu atteindre ici-bas. Non seulement nous obtiendrons par elle l’intelligence des chants divins de David et des Prophètes, qui sont comme le fond de la louange liturgique ; mais le Cycle dans son cours ne cessera d’inspirer à la sainte Église les cantiques les plus beaux, les plus profonds, les plus dignes du sujet. Tour à tour nous entendrons les diverses races de l’humanité, réunies en une seule par la foi, épancher leur admiration et leur amour en des accents où l’harmonie la plus parfaite dans les pensées et les sentiments s’unit à la variété la plus marquée dans le génie et l’expression. Nous repoussons, comme il est juste, de notre recueil certaines compositions modernes, trop souvent imitées d’une littérature profane, et qui, n’ayant pas recula bénédiction de la sainte Église, ne sont pas destinées à vivre toujours ; mais nous cueillons dans tous les âges les produits du génie liturgique : pour l’Église latine, depuis Sédulius et Prudence jusqu’à Adam de Saint-Victor et ses émules ; pour l’Église orientale, depuis saint Éphrem jusqu’aux derniers hymnographes catholiques de l’Église byzantine. La poésie ne fera pas plus défaut dans les prières qui sont rédigées en simple prose cadencée, que dans celles qui se présentent ornées d’un rythme régulier. Dans la Liturgie, comme dans les Écritures inspirées, elle est partout, parce qu’elle seule est à la hauteur de ce qui doit être exprimé ; et le recueil des monuments delà prière publique, en se complétant, devient aussi le plus riche dépôt de la poésie chrétienne, de celle qui chante sur la terre les mystères du ciel et nous prépare aux cantiques de l’éternité.
Qu’il nous soit permis, en terminant cette Préface générale, de rappeler à nos lecteurs que, dans un travail de la nature de celui-ci, l’œuvre de l’écrivain est tout entière sous la dépendance du divin Esprit qui souffle où il veut [JOHAN. III, 8], et non de l’homme auquel appartient tout au plus de planter et d’arroser [I Cor. III, 6.]. Nous osons donc supplier les enfants de la sainte Église qui s’intéressent au retour des traditions antiques de la prière, de nous aider de leur suffrage auprès de Dieu, afin que notre indignité ne soit point un obstacle à l’œuvre que nous entreprenons, et que nous sentons si fort au-dessus de nos moyens.
Il ne nous reste plus qu’à déclarer que nous soumettons notre œuvre, tant pour le tond que pour la forme, au souverain et infaillible jugement de la sainte Église Romaine, qui seule garde, avec les secrets de la Prière, les Paroles de la vie éternelle.
L'AVENT
CHAPITRE PREMIER. HISTORIQUE DE L’AVENT.
On donne, dans l’Église latine, le nom d’Avent [Du mot latin Adventus, qui signifie Avènement.] au temps destiné par l’Église à préparer les fidèles à la célébration de la fête de Noël, anniversaire de la Naissance de Jésus-Christ. Le mystère de ce grand jour méritait bien sans doute l’honneur d’un prélude de prière et de pénitence : aussi serait-il impossible d’assigner d’une manière certaine l’institution première de ce temps de préparation, qui n’a reçu que plus tard le nom d’Avent. Il paraît toutefois que cette observance aurait commencé d’abord en Occident ; car il est indubitable que l’Avent n’a pu être affecté comme préparation à la fête de Noël, que depuis que cette fête a été définitivement fixée au vingt-cinq décembre : ce qui n’a eu lieu pour l’Orient que vers la fin du IV° siècle, tandis qu’il est certain que l’Église de Rome la célébrait en ce jour longtemps auparavant.
L’Avent doit être considéré sous deux points de vue différents : comme un temps de préparation proprement dite à la Naissance du Sauveur, par les exercices de la pénitence, ou comme un corps d’Offices Ecclésiastiques organisé dans le même but. Nous trouvons, dès le V° siècle, l’usage de faire des exhortations au peuple pour le disposer à la fête de Noël ; il nous reste même sur ce sujet deux sermons de saint Maxime de Turin, sans parler de plusieurs autres attribués autrefois à saint Ambroise et à saint Augustin, et qui paraissent être de saint Césaire d’Arles. Si ces monuments ne nous apprennent point encore la durée et les exercices de cette sainte carrière, nous y voyons du moins l’ancienneté de l’usage qui marque par des prédications particulières le temps de l’Avent. Saint Yves de Chartres, saint Bernard, et plusieurs autres docteurs des XI° et XII° siècles, ont laissé des sermons spéciaux de Adventu Domini, totalement distincts des Homélies Dominicales sur les Évangiles de ce temps. Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, de l’an 846, les Évêques représentent à ce prince qu’il ne doit pas les retirer de leurs Églises pendant le Carême, ni pendant l’Avent, sous prétexte des affaires de l’Etat, ou de quelque expédition militaire, parce qu’ils ont des devoirs particuliers à remplir, et principalement celui de la prédication, durant ce saint temps.
Le plus ancien document où l’on trouve le temps et les exercices de l’Avent précisés d’une manière tant soit peu claire, est un passage de saint Grégoire de Tours, au deuxième livre de son Histoire des Francs, dans lequel il rapporte que saint Perpétuus, l’un de ses prédécesseurs, qui siégeait vers l’an 480, avait statué que les fidèles jeûneraient trois fois la semaine, depuis la fête de saint Martin jusqu’à Noël. Par ce règlement, saint Perpétuus établissait-il une observance nouvelle, ou sanctionnait-il simplement une loi établie ? C’est ce qu’il est impossible de déterminer avec exactitude aujourd’hui. Remarquons du moins cet intervalle de quarante jours ou plutôt de quarante-trois jours, désigné expressément, et consacré par la pénitence comme un second Carême, quoique avec une moindre rigueur.
Nous trouvons ensuite le neuvième canon du premier Concile de Mâcon, tenu en 582, qui ordonne que, durant le même intervalle de la Saint-Martin à Noël, on jeûnera les lundis, mercredis et vendredis, et qu’on célébrera le sacrifice suivant le rite Quadragésimal. Quelques années auparavant, le deuxième Concile de Tours, tenu en 567, avait enjoint aux moines de jeûner depuis le commencement du mois de décembre jusqu’à Noël. Cette pratique de pénitence s’étendit bientôt à la quarantaine tout entière pour les fidèles eux-mêmes ; et on lui donna vulgairement le nom de Carême de saint Martin. Les Capitulaires de Charlemagne, au livre sixième, n’en laissent plus aucun doute ; et Rhaban Maur atteste la même chose au livre second de l’Institution des Clercs. On faisait même des réjouissances particulières à la fête de saint Martin, en la manière qu’on en fait encore aux approches du Carême et à la fête de Pâques.
L’obligation de ce Carême, qui, commençant à poindre d’une manière presque imperceptible, s’était accrue successivement jusqu’à dÈvenir une loi sacrée, se relâcha insensiblement ; et les quarante jours de la Saint-Martin à Noël se trouvèrent réduits à quatre semaines. On a vu que la coutume de ce jeûne avait commencé en France ; mais de là elle s’était répandue en Angleterre, comme nous l’apprenons par l’Histoire du Vénérable Bède ; en Italie, ainsi qu’il conste d’un diplôme d’Astolphe, roi des Lombards, de l’an 753 ; en Allemagne, en Espagne, etc., comme on en peut voir les preuves dans le grand ouvrage de Dom Martène sur les anciens Rites de l’Église. Le premier indice que nous rencontrons delà réduction de l’Avent à quatre semaines se trouve être, dès le IX° siècle, la lettre du pape saint Nicolas Ier aux Bulgares. Le témoignage de Rathier de Vérone et d’Abbon de Fleury, tous deux auteurs du même siècle, sert aussi à prouver que dès lors il était grandement question de diminuer d’un tiers la durée du jeûne de l’Avent. Il est vrai que saint Pierre Damien, au XI° siècle, suppose encore que le jeûne de l’Avent était de quarante jours, et que saint Louis, deux siècles après, l’observait encore en cette mesure ; mais peut-être ce saint roi le pratiquait-il ainsi par un mouvement de dévotion particulière.
La discipline des Églises de l’Occident, après s’être relâchée sur la durée du jeûne de l’Avent, se radoucit bientôt au point de transformer ce jeûne en une simple abstinence ; et encore trouve-t-on des Conciles dès le XII° siècle, tels que ceux de Selingstadt, en 1122, et d’Avranches, en 1172, qui semblent n’astreindre que les clercs à cette abstinence. Le Concile de Salisbury, en 1281, paraît même n’y obliger que les moines. D’un autre côté, telle est la confusion sur cette matière, sans doute parce que les diverses Églises d’Occident n’en ont pas fait l’objet d’une discipline uniforme, que, dans sa lettre à l’Évêque de Brague, Innocent III atteste que l’usage de jeûner pendant tout l’Avent se conservait à Rome de son temps, et que Durand, au même XIII° siècle, dans son Rational des divins Offices, témoigne pareillement que le jeûne était continuel en France durant tout le cours de cette sainte carrière.
Quoi qu’il en soit, cet usage tomba de plus en plus en désuétude, en sorte que tout ce que put faire, en 1302, le pape Urbain V pour en arrêter la chute complète, ce fut d’obliger tous les clercs de sa cour à garder l’abstinence de l’Avent, sans aucune mention du jeûne, et sans comprendre aucunement les autres clercs, et moins encore les laïques, sous cette loi. Saint Charles Borromée chercha aussi à ressusciter l’esprit, sinon la pratique des temps anciens, chez les peuples du Milanais. Dans son quatrième Concile, il enjoignit aux curés d’exhorter les fidèles à communier au moins tous les dimanches du Carême et de l’Avent, et adressa ensuite à ses diocésains eux-mêmes une lettre pastorale, dans laquelle, après leur avoir rappelé les dispositions avec lesquelles on doit célébrer ce saint temps, il faisait instance pour les engager à jeûner au moins les lundis, les mercredis et les vendredis de chaque semaine de l’Avent. Enfin Benoît XIV encore ArchÉvêque de Bologne, marchant sur de si glorieuses traces, a consacré sa onzième Institution Ecclésiastique à rÈveiller dans l’esprit des fidèles de son diocèse la haute idée que les chrétiens avaient autrefois du saint temps de l’Avent, et à combattre un préjugé répandu dans cette contrée, savoir que l’Avent ne regardait que les personnes religieuses, et non les simples fidèles. Il montre que cette assertion, à moins qu’on ne l’entende simplement du jeûne et de l’abstinence, est à proprement parler téméraire et scandaleuse, puisqu’on ne saurait douter qu’il existe, dans les lois et les usages de l’Église universelle, tout un ensemble de pratiques destinées à mettre les fidèles dans un état de préparation à la grande fête de la Naissance de Jésus-Christ.
L’Église grecque observe encore le jeûne de l’Avent, mais avec beaucoup moins de sévérité que celui du Carême. Il se compose de quarante jours, à partir du 14 novembre, jour où cette Église célèbre la fête de l’Apôtre saint Philippe. Pendant tout ce temps, on garde l’abstinence de la viande, du beurre, du lait et des œufs ; mais on y use de poisson, d’huile et de vin, toutes choses interdites durant le Carême. Le jeûne proprement dit n’est d’obligation que pour sept jours sur les quarante ; et tout l’ensemble s’appelle vulgairement le Carême de saint Philippe. Les Grecs justifient ces adoucissements, en disant que le Carême de Noël n’est que de l’institution des moines, tandis que celui de Pâques est d’institution apostolique.
Mais si les pratiques extérieures de pénitence qui consacraient autrefois le temps de l’Avent, chez les Occidentaux, se sont peu à peu mitigées, en sorte qu’il n’en reste plus maintenant aucun vestige hors des monastères, l’ensemble de la Liturgie de l’Avent n’a pas changé ; et c’est dans le zèle à s’en approprier l’esprit que les fidèles feront preuve d’une véritable préparation à la fête de Noël.
La forme liturgique de l’Avent, telle qu’elle se garde aujourd’hui dans l’Église Romaine, a souffert quelques variations. Saint Grégoire paraît avoir le premier dressé cet Office qui aurait d’abord embrassé cinq dimanches, ainsi qu’on est à même de le voir par les plus anciens Sacramentaires de ce grand Pape. On peut même dire à ce sujet, d’après Amalaire de Metz et Bernon de Reichnaw, qui sont suivis en cela par Dom Martène et Benoît XIV, que saint Grégoire semblerait être l’auteur du précepte ecclésiastique de l’Avent, bien que l’usage de consacrer un temps plus ou moins long à se préparer à la fête de Noël soit d’ailleurs immémorial, et que l’abstinence et le jeûne de ce saint temps aient d’abord commencé en France. Saint Grégoire aurait déterminé, pour les Églises du rite romain, la forme de l’Office durant cette espèce de Carême, et sanctionné le jeûne qui l’accompagnait, laissant toutefois quelque latitude aux diverses Églises dans la manière de le pratiquer.
Le Sacramentaire de saint Gélase ne porte aucune Messe, ni Office de préparation à Noël ; les premières que l’on rencontre sont au Sacramentaire grégorien, et, ainsi que nous venons de le dire, les Messes y sont au nombre de cinq. Il est remarquable qu’alors on comptait ces dimanches à rebours, appelant premier dimanche celui qui était le plus voisin de Noël, et ainsi des autres. Dès les IX° et X° siècles, ainsi qu’on le voit par Amalaire, saint Nicolas Ier, Bernon de Richenaw, Rathier de Vérone, etc., les dimanches étaient déjà réduits à quatre ; c’est aussi le nombre que porte le Sacramentaire grégorien donné par Pamélius, et qui semble avoir été transcrit à cette époque. Depuis lors, dans l’Église Romaine, la durée de l’Avent n’a pas varié, et il a toujours consisté en quatre semaines, dont la quatrième est celle même dans laquelle tombe la fête de Noël, à moins que cette fête n’arrive le dimanche. On peut donc assigner déjà à l’usage actuel une durée de mille ans, du moins dans l’Église Romaine ; car il y a des preuves que jusqu’au XIII° siècle certaines Églises de France ont gardé l’usage des cinq dimanches.
L’Église ambrosienne, aujourd’hui encore, compte six semaines dans sa liturgie de l’Avent ; le Missel gothique ou mozarabe garde la même coutume. Pour l’Église gallicane, les fragments que Dom Mabillon nous a conservés de sa liturgie ne nous apprennent rien à ce sujet ; mais il est naturel de penser avec ce savant homme, dont l’autorité est encore fortifiée par celle de Dom Martène, que l’Église des Gaules suivait en ce point, comme dans un grand nombre d’autres, les usages de l’Église gothique, c’est-à-dire que la liturgie de son Avent se composait également de six dimanches et de six semaines.
Quant aux Grecs, leurs Rubriques pour le temps de l’Avent se lisent dans les Menées, après l’Office du 14 novembre. Ils n’ont point d’Office propre de l’Avent, et ne célèbrent point pendant ce temps la Messe des Présanctifiés, comme ils le font en Carême. On trouve seulement, dans le corps même des Offices des Saints qui remplissent l’intervalle du 15 novembre au dimanche le plus proche de Noël, plusieurs allusions à la Nativité du Sauveur, à la maternité de Marie, à la grotte de Bethléhem, etc. Le dimanche qui précède Noël, ils font ce qu’ils appellent la Fête des saints Aïeux, c’est-à-dire la Commémoration des Saints de l’Ancien Testament, pour célébrer l’attente du Messie. Les 20, 21, 22 et 23 décembre sont décorés du titre d’Avant-Fête de la Nativité ; et quoique, en ces jours, on célèbre encore l’Office de plusieurs Saints, le mystère de la prochaine Naissance du Sauveur domine toute la Liturgie.
CHAPITRE II. MYSTIQUE DE L’AVENT.
Si maintenant, après avoir détaillé les caractères qui distinguent le temps de l’Avent de tout autre temps, nous voulons pénétrer dans les profondeurs du mystère qui occupe l’Église à cette époque, nous trouvons que ce mystère de l’Avènement de Jésus-Christ est à la fois simple et triple. Il est simple, car c’est le même Fils de Dieu qui vient ; triple, car il vient en trois temps et en trois manières.
« Dans le premier Avènement, dit saint Bernard au Sermon cinquième sur l’Avent, il vient en chair et infirmité ; dans le second, il vient en esprit et en puissance ; dans le troisième, il vient en gloire et en majesté ; et le second Avènement est le moyen par lequel on passe du premier au troisième. »
Tel est le mystère de l’Avent. Écoutons maintenant l’explication que Pierre de Blois va nous donner de cette triple visite du Christ, dans son sermon troisième de Adventu : « Il y a trois Avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l’âme, le troisième par le jugement. Le premier eut lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l’Évangile : Au milieu de la nuit un cri s’est fait entendre : Voici l’Époux ! Et ce premier Avènement est déjà passé : car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. Nous sommes présentement dans le second Avènement : pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse ainsi venir à nous ; car il a dit que si nous l’aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second Avènement est donc pour nous une chose mêlée d’incertitude ; car quel autre que l’Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d’eux-mêmes, savent bien quand il vient ; cependant, ils ne savent pas d’où il vient ni où il va. Quand au troisième Avènement, il est très certain qu’il aura lieu ; très incertain quand il aura lieu : puisqu’il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le jour de la mort. Au moment où l’on parlera de paix et de sécurité, dit le Sage, c’est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l’enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir. Le premier Avènement fut donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d’amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier Avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justes par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité : Agneau dans le premier Avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second [De Adventu, Sermo III.]. »
Les choses étant telles, la sainte Église, pendant l’Avent, attend avec larmes et impatience la venue du Christ Rédempteur en son premier Avènement. Elle emprunte pour cela les expressions enflammées des Prophètes, auxquelles elle ajoute ses propres supplications. Dans la bouche de l’Église, les soupirs vers le Messie ne sont point une pure commémoration des désirs de l’ancien peuple : ils ont une valeur réelle, une influence efficace sur le grand acte de la munificence du Père céleste qui nous a donné son Fils. Dès l’éternité, les prières de l’ancien peuple et celles de l’Église chrétienne unies ensemble ont été présentes à l’oreille de Dieu ; et c’est après les avoir toutes entendues et exaucées, qu’il a envoyé en son temps sur la terre cette rosée bénie qui a fait germer le Sauveur.
L’Église aspire aussi vers le second Avènement, suite du premier, et qui consiste, comme nous venons de le voir, en la visite que l’Époux fait à l’Épouse. Chaque année cet Avènement a lieu dans la fête de Noël ; et une nouvelle naissance du Fils de Dieu délivre la société des Fidèles de ce joug de servitude que l’ennemi voudrait faire peser sur elle [Collecte du jour de Noël.], L’Église, durant l’Avent, demande donc d’être visitée par celui qui est son chef et son Époux, visitée dans sa hiérarchie, dans ses membres, dont les uns sont vivants et les autres sont morts, mais peuvent revivre ; enfin dans ceux qui ne sont point de sa communion, et dans les infidèles eux-mêmes, afin qu’ils se convertissent à la vraie lumière qui luit aussi pour eux. Les expressions de la Liturgie que l’Église emploie pour solliciter cet amoureux et invisible Avènement, sont les mêmes que celles par lesquelles elle sollicite la venue du Rédempteur dans la chair ; car, sauf la proportion, la situation est la même. En vain le Fils de Dieu serait venu, il y a dix-huit siècles, visiter et sauver le genre humain, s’il ne rÈvenait, pour chacun de nous et à chaque moment de notre existence, apporter et fomenter cette vie surnaturelle dont le principe n’est que de lui et de son divin Esprit. Mais cette visite annuelle de l’Époux ne satisfait pas l’Église ; elle aspire après le troisième Avènement qui consommera toutes choses, en ouvrant les portes de l’éternité. Elle a recueilli cette dernière parole de l’Époux : Voilà que je viens tout à l’heure [Apoc. XXII, 20.] ; et elle dit avec ardeur : Venez, Seigneur Jésus [Ibid.] ! Elle a hâte d’être délivrée des conditions du temps ; elle soupire après le complément du nombre des élus, pourvoir paraître sur les nuées du ciel le signe de son libérateur et de son Époux. C’est donc jusque-là que s’étend la signification des vœux qu’elle a déposés dans la Liturgie de l’Avent ; telle est l’explication de la parole du disciple bien-aimé dans sa prophétie : Voici les noces de l’Agneau, et l’Épouse s’est préparée [Ibid. XIX. 7.].
Mais ce jour de l’arrivée de l’Époux sera en même temps un jour terrible. La sainte Église souvent frémit à la seule pensée des formidables assises devant lesquelles comparaîtront tous les hommes. Elle appelle ce jour » un jour de colère, duquel David et la Sibylle ont dit qu’il doit réduire le monde en cendres ; un jour de larmes et d’épouvante. » Ce n’est pas cependant qu’elle craigne pour elle-même, puisque ce jour fixera à jamais sur son front la couronne d’Épouse ; mais son cœur de Mère s’inquiète en songeant qu’alors plusieurs de ses enfants seront à la gauche du Juge, et que, privés de toute part avec les élus, ils seront jetés pieds et mains liés dans ces ténèbres où il n’y aura que des pleurs et des grincements de dents. Voilà pourquoi, dans la Liturgie de l’Avent, l’Église s’arrête si souvent à montrer l’Avènement du Christ comme un Avènement terrible, et choisit dans les Écritures les passages les plus propres à rÈveiller une terreur salutaire dans l’âme de ceux de ses enfants qui dormiraient d’un sommeil de péché.
Tel est donc le triple mystère de l’Avent. Or, les formes liturgiques dont il est revêtu, sont de deux sortes : les unes consistent dans les prières, lectures et autres formules, où la parole elle-même est employée à rendre les sentiments que nous venons d’exposer ; les autres sont des rites extérieurs propres à ce saint temps, et destinés à compléter ce qu’expriment les chants et les paroles.
Remarquons d’abord le nombre des jours de l’Avent. La quarantaine est la première forme qu’ait adoptée l’Église pour cette période ; et cette forme est restée dans le rite ambrosien et chez les Orientaux. Si, plus tard, l’Église Romaine et celles qui la suivent Font abandonnée, le quaternaire n’en est pas moins exprimé dans les quatre semaines qui ont été substituées aux quarante jours. La nouvelle Naissance du Rédempteur a lieu après quatre semaines, comme la première Naissance eut lieu après quatre mille années, selon la supputation de l’Hébreu et de la Vulgate.
Au temps de l’Avent comme en celui du Carême, les Noces sont suspendues, afin que les joies humaines ne viennent pas distraire les chrétiens des pensées graves que doit leur inspirer l’attente du souverain Juge, ni les amis de l’Époux [Johan. III, 29.] de l’espérance qu’ils nourrissent chèrement d’être bientôt conviés aux Noces de l’éternité.
Les yeux du peuple sont avertis de la tristesse qui préoccupe le cœur de la sainte Église par la couleur de deuil dont elle se couvre. Hors les fêtes des Saints, elle ne revêt plus que le violet ; le Diacre dépose la Dalmatique, et le Sous-diacre la Tunique. Autrefois même, on usait de la couleur noire en plusieurs lieux, comme à Tours, au Mans, etc. Ce deuil de l’Église marque avec quelle vérité elle s’unit aux vrais Israélites qui attendaient le Messie sous la cendre et le cilice, et pleuraient la gloire de Sion éclipsée, et « le sceptre ôté de Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et qui est l’attente des nations [Gen. XLIX, 10.] ». Il signifie encore les œuvres de la pénitence, par lesquelles elle se prépare au second Avènement plein de douceur et de mystère, qui a lieu dans les cœurs, en proportion de ce qu’ils se montrent touchés de la tendresse que leur témoigne cet Hôte divin qui a dit : Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes [Prov. VIII, 31.]. Il exprime enfin la désolation de cette veuve attendant l’Époux qui tarde à paraître. Elle gémit sur la montagne, comme la tourterelle, jusqu’à ce que la voix se fasse entendre qui dira : « Viens du Liban, mon Épouse ; viens pour être couronnée, car tu as blessé mon cœur [Cant. V, 8.] ».
Pendant l’Avent, l’Église suspend aussi, excepté aux Fêtes des Saints, l’usage du Cantique Angélique : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis. En effet, ce chant merveilleux ne s’est fait entendre qu’en Bethléhem sur la crèche de l’Enfant divin ; la langue des Anges n’est donc pas déliée encore ; la Vierge n’a pas déposé son divin fardeau ; il n’est pas temps de chanter, il n’est pas encore vrai de dire : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté !
De même, à la fin du Sacrifice, la voix du Diacre ne fait plus entendre ces paroles solennelles qui congédient l’assemblée des fidèles : Ite, Missa est ! les remplace par cette exclamation ordinaire : Benedicamus Domino ! comme si l’Église craignait d’interrompre les prières du peuple, qui ne sauraient être trop prolongées en ces jours d’attente.
A l’Office de la Nuit, la sainte Église retranche aussi, dans les mêmes jours, l’hymne de jubilation, Te Deum laudamus. C’est dans l’humilité qu’elle attend le bienfait souverain, et, durant cette attente, elle ne peut que demander, supplier, espérer. Mais à l’heure solennelle, quand, au milieu des ombres les plus épaisses, le Soleil de justice viendra à se lÈver tout à coup, elle retrouvera sa voix d’action de grâces ; et le silence de la nuit fera place, par toute la terre, à ce cri d’enthousiasme : « Nous vous louons, ô Dieu ! Seigneur, nous vous célébrons ! O Christ ! Roi de gloire, Fils éternel du Père ! pour la délivrance de l’homme, vous n’avez point eu horreur du sein d’une faible Vierge ».
Dans les jours de Férié, avant de conclure chaque heure de l’Office, les Rubriques de l’Avent prescrivent des prières particulières qui doivent se faire à genoux ; le chœur doit aussi se tenir dans la même posture, aux mêmes jours, durant une partie considérable de la Messe. Sous ce rapport, les usages de l’Avent sont totalement identiques à ceux du Carême.
Toutefois, il est un trait spécial qui distingue ces deux temps : c’est que le chant de l’allégresse, le joyeux Alléluia, n’est pas suspendu durant l’Avent, si ce n’est aux jours de Férie. A la Messe des quatre dimanches, on continue de le chanter ; et il forme contraste avec la couleur sombre des ornements. Il est même un de ces dimanches, le troisième, où l’orgue retrouve sa grande et mélodieuse voix, et où la triste parure violette peut un moment faire place à la couleur rose. Ce souvenir des joies passées, qui se retrouve ainsi au fond des saintes tristesses de l’Église, dit assez que, tout en s’unissant à l’ancien peuple pour implorer la venue du Messie, et payer ainsi la grande dette de l’humanité envers la justice et la clémence de Dieu, elle n’oublie cependant pas que l’Emmanuel est déjà venu pour elle, qu’il est en elle, et qu’avant même qu’elle ait ouvert la bouche pour demander le salut, elle est déjà rachetée et marquée pour l’union éternelle. Voilà pourquoi l’Alleluia se mêle à ses soupirs, pourquoi sont empreintes en elle toutes les joies et toutes les tristesses, en attendant que la joie surabonde à la douleur, en cette nuit sacrée qui sera plus radieuse que le plus brillant des jours.
CHAPITRE III. PRATIQUE DE L’AVENT
Si la sainte Église, notre mère, passe le temps de l’Avent dans cette solennelle préparation au triple avènement de Jésus-Christ ; si à l’exemple des vierges sages, elle tient sa lampe allumée pour l’arrivée de l’Époux, nous qui sommes ses membres et ses enfants, nous devons participer aux sentiments qui l’animent, et prendre pour nous cet avertissement du Sauveur : « Que vos reins soient ceints d’une ceinture comme ceux des voyageurs ; que des flambeaux allumés brillent dans vos mains ; et soyez semblables à des serviteurs qui attendent leur maître [LUC. XIII, 35.] ». En effet, les destinées de l’Église sont les nôtres ; chacune de nos âmes est, de la part de Dieu, l’objet d’une miséricorde, d’une prÈvenance, semblables à celles dont il use à l’égard de l’Église elle-même. Elle n’est le temple de Dieu, que parce qu’elle est composée de pierres vivantes ; elle n’est l’Épouse, que parce qu’elle est formée de toutes les âmes qui sont conviées à l’éternelle union. S’il est écrit que le Sauveur s’est acquis l’Église par son sang [Act. XX, 28.], chacun de nous peut dire en parlant de soi-même, comme saint Paul : Le Christ m’a aimé et s’est livré pour moi [Gal, II. 20.]. Les destinées étant donc les mêmes, nous devons nous efforcer, durant l’Avent, d’entrer dans les sentiments de préparation dont nous venons de voir que l’Église elle-même est remplie.
Et d’abord, c’est pour nous un devoir de nous joindre aux Saints de l’ancienne Loi pour demander le Messie, et d’accomplir ainsi cette dette du genre humain tout entier envers la divine miséricorde. Afin de nous animer à remplir ce devoir, transportons-nous, par la pensée, dans le cours de ces quatre mille ans, représentés par les quatre semaines de l’Avent, et songeons à ces ténèbres, à ces crimes de tout genre au milieu desquels l’ancien monde s’agitait. Que notre cœur sente vivement la reconnaissance qu’il doit à celui qui a sauvé sa créature de la mort, et qui est descendu pour voir de plus près et partager toutes nos misères, hors le péché. Qu’il crie, avec l’accent de la détresse et de la confiance, vers Celui qui voulut sauver l’œuvre de ses mains, mais qui veut aussi que l’homme demande et implore son salut. Que nos désirs et notre espérance s’épanchent donc dans ces ardentes supplications des anciens Prophètes, que l’Église nous met à la bouche en ces jours d’attente ; prêtons nos cœurs, dans toute leur étendue, aux sentiments qu’ils expriment.
Ce premier devoir étant rempli, nous songerons à l’Avènement que le Sauveur veut faire en notre cœur : Avènement, comme nous avons vu, plein de douceur et de mystère, et qui est la suite du premier, puisque le bon Pasteur ne vient pas seulement visiter le troupeau en général, mais qu’il étend sa sollicitude à chacune des brebis, même à la centième qui s’était perdue. Or, pour bien saisir tout cet ineffable mystère, il faut se rappeler que, comme nous ne pouvons être agréables à notre Père céleste qu’autant qu’il voit en nous Jésus-Christ, son Fils, ce Sauveur plein de bonté daigne venir en chacun de nous, et, si nous y voulons consentir, nous transformer en lui, en sorte que nous ne vivions plus de notre vie, mais de la sienne. Et tel est le but du Christianisme tout entier, de diviniser l’homme par Jésus-Christ : telle est la tâche sublime imposée à l’Église. Elle dit aux Fidèles avec saint Paul : « Vous êtes mes petits enfants ; car je vous donne une « seconde naissance, afin que Jésus-Christ soit formé en vous [Gal. IV, 19.]. »
Mais, de même que, dans son apparition en ce monde, le divin Sauveur s’est d’abord montré sous la forme d’un faible enfant, avant de parvenir à la plénitude de l’âge parfait qui était nécessaire pour que rien ne manquât à son sacrifice, il tend à prendre en nous les mêmes dÈveloppements. Or, c’est à la fête de Noël qu’il aime à naître dans les âmes, et qu’il répand par toute son Église une grâce de Naissance, à laquelle, il est vrai, tous ne sont pas fidèles.
Car voici la situation des âmes à l’approche de cette ineffable solennité. Les unes, et c’est le petit nombre, vivent avec plénitude de la vie du Seigneur Jésus qui est en elles, et aspirent à chaque heure après l’accroissement de cette vie. Les autres, en plus grand nombre, sont vivantes, il est vrai, par la présence du Christ ; mais elles sont malades et languissantes, faute de désirer le progrès de cette vie divine ; car leur charité s’est refroidie [Apoc. II, 4.]. Le reste des hommes ne jouit point de cette vie, et ils sont dans la mort ; car le Christ a dit : Je suis la vie [JOHAN. XIV, 6.].
Or, dans les jours de l’Avent, le Sauveur s’en va frappant à la porte de toutes ces âmes, tantôt d’une manière sensible, tantôt d’une manière cachée. Il vient leur demander si elles ont place pour lui, afin qu’il naisse en elles. Mais, quoique la maison qu’il réclame soit à lui, puisqu’il l’a bâtie et la conserve, il s’est plaint que les siens ne l’ont pas voulu recevoir [JOHAN. I, II.] ; au moins le grand nombre d’entre eux. « Quant à ceux qui l’ont reçu, il leur a donné de dÈvenir fils de Dieu, et non plus enfants de la chair et du sang [Ibid. 12-13]. »
Préparez-vous donc à le voir naître en vous plus beau, plus radieux, plus fort encore que vous ne l’avez connu, ô vous, âmes fidèles qui le gardez en vous comme un dépôt chéri, et qui, dès longtemps, n’avez point d’autre vie que sa vie, d’autre cœur que son cœur, d’autres œuvres que ses œuvres. Sachez démêler, dans les paroles de la sainte Liturgie, ces mots cachés qui vont à votre amour, et qui charmeront le cœur de l’Époux.
Dilatez vos portes pour le recevoir dans sa nouvelle entrée, vous qui déjà l’aviez en vous, mais sans le connaître ; qui le possédiez, mais sans le goûter. Il revient avec une nouvelle tendresse ; il a oublié vos dédains ; il veut renouveler toutes choses [Apoc. XXI, 5.]. Faites place à l’Enfant divin ; car il voudra croître en vous. Le moment approche : que votre cœur donc se rÈveille ; et dans la crainte que le sommeil ne vous ait surpris quand il passera, veillez et chantez. Les paroles de la liturgie sont aussi pour vous ; car elles parlent de ténèbres que Dieu seul peut dissiper, de plaies que sa bonté seule peut guérir, de langueurs qui ne cesseront que par sa vertu.
Et vous, Chrétiens, pour qui la bonne nouvelle est comme si elle n’était pas, parce que vos cœurs sont morts par le péché ; soit que cette mort vous retienne dans ses liens depuis longues années, soit que la blessure qui l’a causée ait été plus récemment portée à votre âme : voici venir celui qui est la vie. « Pourquoi donc voudriez-vous mourir ? Il ne veut pas la mort du pécheur, mais bien qu’ils se convertisse et qu’il vive [EZECH. XVIII, 31.]. » La grande Fête de sa Naissance sera un jour de miséricorde universelle pour tous ceux qui voudront bien lui donner entrée. Ceux-là recommenceront à vivre avec lui ; toute autre vie antérieure sera abolie, et la grâce surabondera, là même où avait abondé l’iniquité [Rom. v, 20.].
Que si la tendresse, la douceur de cet Avènement mystérieux ne vous séduisent pas, parce que votre cœur appesanti ne saurait encore comprendre la confiance, parce que, ayant longtemps avalé l’iniquité comme l’eau, vous ne savez ce que c’est que d’aspirer par l’amour aux caresses d’un père dont vous aviez méprisé les invitations ; songez à l’Avènement plein de terreur, qui suivra celui qui s’accomplit silencieusement dans les âmes. Entendez les craquements de l’univers à l’approche du Juge redoutable ; voyez les cieux s’enfuir devant lui, et se rouler comme un livre à sa vue [Apoc. VI, 14.] ; soutenez, si vous pouvez, son aspect, ses regards étincelants ; regardez sans frémir le glaive à deux tranchants qui s’élance de sa bouche [Ibid. i, 16.] ; écoutez enfin ces cris lamentables : Montagnes, tombez sur nous ; rochers, couvrez-nous, dérobez-nous sa vue effrayante [LUC. XXIII, 3o.] ! Ces cris sont ceux que feront entendre, en vain, les âmes infortunées qui n’ont pas su connaître le temps de la visite [LUC. XXIII, 19, 44.]. Pour avoir fermé leur cœur à cet Homme-Dieu qui pleura sur elles, tant il les aimait ! elles descendront vivantes dans ces ardeurs éternelles, dont la flamme est si vive qu’elle dévore le germe de la terre et les fondements les plus cachés des montagnes [Deut. XXXVII, 22.]. C’est là que l’on sent le ver éternel d’un regret qui ne meurt jamais [MARC, IX, 43.].
Que ceux-là donc que n’attendrit pas la douce nouvelle de l’approche du céleste Médecin, du généreux Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, méditent pendant l’Avent sur l’affreux et pourtant incontestable mystère de la Rédemption rendue inutile par le refus que l’homme fait trop souvent de s’associer à son propre salut. Qu’ils sondent leurs forces, et s’ils dédaignent l’Enfant qui va naître [ISAI. IX, 6], qu’ils voient s’ils seront en mesure de lutter avec le Dieu fort, au jour où il viendra non plus sauver, mais juger. Pour le connaître de plus près, ce Juge devant qui tout doit trembler, qu’ils interrogent la sainte Liturgie : là, ils apprendront à le craindre.
Au reste, cette crainte n’est pas seulement le propre des pécheurs, elle est un sentiment que tout chrétien doit éprouver. La crainte, si elle est seule, fait l’esclave ; si elle balance l’amour, elle convient au fils coupable, qui cherche le pardon de son père qu’il a irrité ; même quand c’est l’amour qui la chasse dehors [JOHAN. IV, 18.], elle revient parfois comme un éclair rapide ; et jusqu’en ses fondements le cœur fidèle en est heureusement ébranlé. Il sent alors se rÈveiller le souvenir de sa misère et de la gratuite miséricorde de l’Époux. Nul ne doit donc se dispenser, dans le saint temps de l’Avent, de s’associer aux pieuses terreurs de l’Église qui, tout aimée qu’elle est, dit chaque jour, dans l’Office de Sexte : Percez ma chair, Seigneur, de l’aiguillon de votre crainte ! Mais cette partie de la Liturgie sera utile surtout à ceux qui commencent à se donner au service de Dieu.
De tout ceci, on doit conclure que l’Avent est un temps principalement consacré aux exercices de la Vie Purgative ; ce qui est signifié par cette parole de saint Jean-Baptiste, que l’Église nous répète si souvent dans ce saint temps : Préparez la voie du Seigneur ! Que chacun donc travaille sérieusement à aplanir le sentier par lequel Jésus-Christ entrera dans son âme. Que les justes, suivant la doctrine de l’Apôtre, oublient ce qu’ils ont fait dans le passe [Phil. III, 13.], et travaillent sur de nouveaux frais. Que les pécheurs se hâtent de rompre les liens qui les retiennent, de briser les habitudes qui les captivent ; qu’ils affaiblissent la chair, et commencent le dur travail de la soumettre à l’esprit ; qu’ils prient surtout avec l’Église ; et quand le Seigneur viendra, ils pourront espérer qu’il ne franchira pas le seuil de leur porte, mais qu’il entrera ; car il a dit, en parlant de tous : « Voici que je suis à la porte et que je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre, j’entrerai chez lui [Apoc, III, 20.] ».
CHAPITRE IV. PRIÈRES DU MATIN ET DU SOIR AU TEMPS DE L’AVENT.
Au temps de l’Avent, le chrétien, dès son rÈveil, s’unira à la sainte Église qui, dans l’Office des Matines, vient de faire entendre ces paroles solennelles par la bouche des serviteurs et servantes de Dieu, dont les chants ont interrompu le silence de la nuit par la divine Psalmodie.
Regem ventúrum Dóminum, veníte, adorémus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
Il adorera profondément cette Majesté que le pécheur devrait craindre, et qu’il a néanmoins offensée avec tant d’audace et d’ingratitude, et il accomplira sous cette impression les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l’Église elle-même, la forme de ses sentiments.
PRIERE DU MATIN.
D’abord, la louange et l’adoration à la très sainte Trinité :
v. Benedicamus Patrem et Filium, cum Sancto Spiritu.
V/ Bénissons Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
r. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.
r. Louons-le et exaltons-le dans tous les siècles.
v. Gloria Patri, et Filio et Spiritui Sancto ;
v. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
r. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.
r. Comme il était au commencement , maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Puis la louange à Jésus- Christ, notre Sauveur :
v. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi ;
v. Nous vous adorons, ô Christ ! et nous vous bénissons ;
r. Quia per sanctam Crucem tuam redemisti mundum.
r. Parce que, par votre sainte Croix, vous avez racheté le monde.
Ensuite, l’invocation au Saint-Esprit :
Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium,et tui amoris in eis ignem accende.
Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
Après ces actes fondamentaux, on récitera l’Oraison Dominicale, demandant à Dieu qu’il daigne se souvenir de ses miséricordes, et pardonner nos offenses, nous aider dans les tentations et dans les périls dont notre condition est semée, et enfin nous délivrer du mal, en effaçant en nous jusqu’aux dernières traces du péché qui est le mal de Dieu, et qui entraîne après lui le souverain mal de l’homme.
L’ORAISON DOMINICALE
Pater noster, qui es in cœlis, sanctificetur Nomen tuum : adveniat regnum tuum : fiat voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.
Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libera nos a malo. Amen.
Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonnez-nous nos offenses. comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.
On adressera ensuite la Salutation Angélique à Marie qui, dans ces saints jours, est véritablement pleine de grâce ; possédant dans ses chastes entrailles celui qui est l'auteur de toute grâce. Le Seigneur, fruit de son sein, est avec elle ; et déjà on peut lui donner le titre sublime et incommunicable de Mère de Dieu.
LA SALUTATION ANGÉLIQUE.
Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.
Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.
Il faut ensuite réciter le Symbole de la Foi , en prononçant avec une attention particulière ces paroles : Qui a été conçu du Saint-Esprit, adorant le Sauveur encore caché au sein de Marie.
LE SYMBOLE DES APÔTRES.
Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.
Et in Jesum Christum Filium ejus unicum, Dominum nostrum : qui conceptus est de Spiritu Sancto : natus ex Maria Virgine, passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus et sepultus : descendit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis : ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis : inde venturus est judicare vivos et mortuos.
Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est ne de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce-Pilate et a été crucifié, est mort et a été ensÈveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts ; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Credo in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam Catholicam , Sanctorum communionem, remissionem peccatorum, carnis resurrectionem, vitam aeternam. Amen.
Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église catholique, la communion des Saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.
Après la Profession de Foi, on s’efforcera d’entrer dans des sentiments de pénitence au souvenir des péchés qu’on a commis, et on s’excitera à la reconnaissance envers le divin Agneau qui vient nous sauver, et à la terreur de son dernier Avènement, en disant avec L'Église, dans l’Office des Laudes de ce temps.
HYMNE.
En clara vox redarguit Obscura quaeque personalis: Procul fugentur somnia: Ab alto Jesus promicat.
La voix du Précurseur retentit avec éclat : elle dévoile l’obscurité des figures. Que les songes s'évanouissent; le Christ va se lÈver à l'horizon.
Mens jam resurgat torpida, Non amplius jacens humi: Sidus refulget jam novum, Ut tollat omne noxium.
Que l'âme engourdie se rÈveille enfin: un nouvel astre va briller, qui fera disparaître tous les crimes.
En Agnus ad nos mittiturLaxare gratis debitum: Omnes simul cum lacrimis Precemur indulgentiam:
L'Agneau va descendre du ciel et remettre gratuitement la dette ; joignons nos cris et nos larmes pour obtenir le pardon.
Ut, cum secundo fulserit, Metuque mundum cinxerit, Non pro reatu puniat, Sed nos pius tunc protegat.
Afin qu'au jour où, pour la seconde fois, il apparaîtra et remplira l'univers d'épouvante, il n'ait point à nous punir de nos crimes, mais plutôt à nous protéger de sa miséricorde.
Virtus, honor, laus, gloria Deo Patri cum Filio, Sancto simul Paraclito, In sæculorum saecula.
Louange, honneur, puissance et gloire à Dieu le Père et à son Fils, ainsi qu'au saint Consolateur, dans les siècles des siècles.
Amen.
Puis on confessera humblement ses péchés, en se servant pour cela de la formule générale usitée dans l’Église.
LA CONFESSION DES PÉCHÉS.
Confiteor Deo omnipotenti, beatae Mariae semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptistae, sanctis Apostolis Petro et Paulo, et omnibus Sanctis, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum , beatum Johannem Baptistam , sanctos Apostolos Petrum et Paulum, et omnes Sanctos, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.
Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les Saints, que j’ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres : par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint-Pierre et saint Paul, et tous les Saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.
Misereatur nostri omnipotens Deus, et dimissis peccatis nostris, perducat nos ad vitam aeternam. Amen.
Que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous, qu’il nous pardonne nos pèches et nous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il.
Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. Amen.
Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il.
Ici, on pourra faire la Méditation, si l’on est dans l’usage de ce saint exercice. Elle doit principalement porter, durant l’Avent, sur la destruction des obstacles qui, en nous, s’opposent à l’entrée et au règne de Jésus-Christ. L’amour des sens, la cupidité, l’orgueil, cette triple concupiscence que saint Jean nous dénonce dans sa première Épître, doivent être vaincus pour que la préparation de notre cœur soit suffisante. Et comme le principe de toute Oraison, ou Méditation, est dans la considération de notre Seigneur, il faut, durant l’Avent, le contempler dans le sein de Marie où il est caché, nous donnant, dans cet état d’abaissement, les leçons les plus énergiques de dévouement à la gloire de son Père, d’obéissance aux décrets divins et d’humilité, et aussi le plus éclatant témoignage de son amour pour nous. Il sera facile de déduire de cette considération les motifs et les affections qui nous porteront à briser nos liens. Que si elle ne produisait point assez d’impression, il serait nécessaire de se représenter Jésus-Christ comme Juge, dans tout l’éclat terrible de sa majesté, et dans toute la rigueur de ses inévitables vengeances.
La Méditation étant achevée, et même dans le cas où l’on eût été empêché de la faire, on demandera à Dieu par les prières suivantes la grâce d’éviter toute sorte de péchés durant la journée qui commence, disant toujours avec l’Église :
v. Domine, exaudi orationem meam ;
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et clamor meus ad te veniat.
r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
ORAISON.
Domine, Deus omnipotens, qui ad principium hujus diei nos pervenire fecisti, tua nos hodie salva virtute, ut in hac die ad nullum declinemus peccatum ; sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procedant eloquia, dirigantur cogitationes et opera. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus , per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Seigneur, Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de ce jour, sauvez-nous aujourd’hui par votre puissance, afin que, durant le cours de cette journée, nous ne nous laissions aller à aucun péché ; mais que nos paroles, nos pensées et nos envies tendent toujours à l’accomplissement de votre justice. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
On implorera ensuite le secours divin pour bien faire toutes les actions de la journée, disant trois fois :
V/ Deus in adjutorium meum intende.
v. O Dieu ! venez à mon aide !
r. Domine, ad adjuvandum me festina.
r. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
v. Deus, in adjutorium meum intende.
v. O Dieu ! venez à mon aide !
r. Domine, ad adjuvandum me festina.
r. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
v. Deus, in adjutorium meum intende.
v. O Dieu ! venez à mon aide !
r. Domine, ad adjuvandum me festina.
r. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
ORAISON.
Dirigere et sanctificare, regere et gubernare dignare, Domine Deus, Rex cœli et terrae, hodie corda et corpora nostra, sensus, sermones et actus nostros , in lege tua, et in operibus mandatorum tuorum : ut hic et in aeternum, te auxiliante, salvi et liberi esse mereamur, Salvator mundi. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.
Daignez, Seigneur Dieu, Roi du ciel et de la terre, diriger, sanctifier, conduire et gouverner, en ce jour, nos cœurs et nos corps, nos sentiments, nos discours et nos actes, selon votre loi et les œuvres de vos préceptes ; afin que, ici-bas et dans l’éternité, nous méritions, par votre secours, ô Sauveur du monde, d’être sauvés et affranchis. Vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Amen.
Puis s’unissant à l’Église qui implore la venue de Jésus-Christ aux Heures de l’Office divin, et dans l’action du saint Sacrifice, on dira en union avec elle :
r. Ostende faciem tuam, et salvi erimus.
v. Venez nous délivrer, Seigneur, Dieu des armées.
v. Veni ad liberandum nos, Domine Deus virtutum.
r. Montrez votre visage, et nous serons sauvés.
v. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;
v. Manifestez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;
r. Et Salutare tuam da nobis.
r. Et donnez-nous le Sauveur que vous nous destinez.
v. Super te, Jerusalem, orietur Dominus ;
v. Sur toi, Jérusalem, le Seigneur se lèvera ;
r. Et gloria eius in te videbitur.
r. Et sa gloire apparaîtra en toi.
ORAISONS.
(Pendant la première Semaine.)
Excita, quaesumus, Domine, potentiam tuam, et veni ; ut ab imminentibus peccatorum nostrorum periculis, te mereamur protegente eripi, te liberante, salvari. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.
Faites paraître, Seigneur, votre puissance, et venez, afin que nous méritions d’être arrachés par votre secours aux imminents périls où nos péchés nous engagent, et d’en être sauvés par votre vertu libératrice ; vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
(Pendant la deuxième Semaine.)
Excita, Domine, corda nostra ad praeparandas Unigeniti tui vias; ut, per eius adventum, purificatis tibi mentibus servire mereamur. Qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen
Seigneur, rÈveillez nos cœurs, afin qu’ils préparent la voie de votre Fils unique, et que nous méritions de vous servir avec des âmes purifiées , au moyen de l’Avènement de celui qui vit et règne avec vous dans tous les siècles des siècles. Amen.
(Pendant la troisième Semaine.)
Aurem tuam quaesumus Domine, precibus nostris accommoda : et mentis nostrae tenebras gratia tuae visitationis illustra. Qui vivis et regnas, etc.
Prêtez, Seigneur, votre oreille à nos prières, et éclairez les ténèbres de notre âme par la grâce de votre visite ; vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
(Pendant la quatrième Semaine.)
Excita, quaesumus Domine, potentiam tuam, et veni, et magna nobis virtute succurre : ut, per auxilium gratiae tuae, quod nostra peccata praepediunt, indulgentia tuae propitiationis acceleret. Qui vivis et regnas, etc.
Manifestez, Seigneur, votre pouvoir et venez ; secourez-nous de votre puissante vertu, afin que, par le secours de votre grâce, votre indulgence miséricordieuse daigne accélérer le remède dont nos péchés nous rendent indignes ; vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
On pourra ajouter l’Oraison spéciale que l’Église consacre à l’honneur de Marie Mère de Dieu, au temps de l’Avent.
ORAISON.
Deus, qui de beatae Mariae virginis utero Verbum tuum, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti: praesta supplicibus tuis, ut, qui vere eam genitricem Dei credimus, eius apud te intercessionibus adiuvemur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
O Dieu, qui avez voulu que votre Verbe prit chair, à la parole de l’Ange, dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie, accordez à nos prières que nous qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons aidés de ses intercessions auprès de vous. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Dans le cours de la journée, il sera convenable de s’occuper des lectures et prières qui sont assignées dans le cours de ce volume, pour chacun des jours de l’Avent, tant au Propre du Temps qu’au Propre des Saints. Le soir étant arrivé, on pourra faire la Prière en la manière suivante.
PRIERE DU SOIR
Après le signe de la Croix, adorons la Majesté divine qui a daigné nous conserver pendant cette journée, et multiplier sur nous, à chaque heure, ses grâces et sa protection. On pourra réciter ensuite cette Hymne que l’Église chante à Vêpres au temps de l’Avent.
HYMNE.
Creator alme siderum, Aeterna lux credentium, Jesu, Redemptor omnium. Intende votis supplicum.
Fécond auteur des cieux, lumière éternelle des croyants, Rédempteur de tous les hommes, ô Jésus ! écoutez nos supplications.
Qui daemonis ne fraudibus Periret orbis, impetu Amoris actus, languidi Mundi medela factus es.
Le monde allait périr par les pièges du démon ; dans l’élan de votre amour, vous vous êtes fait le remède de ses maux.
Cujus potestas gloriae Nomenque quum primum sonat, Commune qui mundi nefas Ut expiares, ad crucem, E Virginis sacrario Intacta prodis victima.
Pour expier le crime universel de notre race, victime destinée à la croix, vous sortez de l’auguste sein de la Vierge.
Et coelites et inferi Tremente curvantur genu. Magnum diei judicem, Armis supernae gratiae ;
Au bruit de votre gloire et de votre puissance, à votre Nom seul, tout tremble, cieux et enfer ; tout fléchit le genou.
Te deprecamur, ultimae Defende nos ab hostibus Deo Patri cum Filio, Sancto simul Paraclito, In saeculorum saecula. Amen.
Juge souverain du grand jour, nous vous en supplions, daignez nous défendre de nos ennemis par les armes de la grâce céleste.
Virtus, honor, laus, gloria
Louange, honneur, puissance et gloire à Dieu le Père et à son Fils, ainsi qu’au saint Consolateur, dans les siècles des siècles.
Amen.
Après cette Hymne, on récitera l’Oraison Dominicale, la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres, en la manière qui a été marquée ci-dessus pour la Prière du Matin.
On fera ensuite l’Examen de conscience, en repassant dans son esprit toutes les fautes de la journée, reconnaissant combien le péché nous rend indignes des desseins de Dieu sur nous, et prenant la résolution ferme de l’éviter à l’avenir, d’en faire pénitence et d’en fuir les occasions.
L’Examen étant terminé, on récitera le Confiteor avec une componction sincère, et on ajoutera un acte explicite de Contrition, pour lequel on pourra su servir de cette formule que nous empruntons à la Doctrine chrétienne ou Catéchisme du Vénérable Cardinal Bellarmin :
ACTE DE CONTRITION.
Mon Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir offensé, et je me repens de tout mon cœur de mes pèches : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre mal, parce que, en péchant, non seulement j’ai perdu le Paradis et mérité l’Enfer, mais bien plus encore parce que je vous ai offensée, Bonté infime, digne d’être aimée par-dessus toutes choses. Je fais un ferme propos de ne jamais plus vous offenser à l’avenir, moyennant votre divine grâce, et de fuir l’occasion du péché.
On pourra ajouter les Actes de Foi, d’Espérance et de Charité, à la récitation desquels Benoît XIV a attaché sept ans et sept quarantaines d’indulgence pour chaque fois.
ACTE DE FOI.
Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Église Catholique-Apostolique-Romaine m’ordonne de croire, parce que vous le lui avez révèle, vous qui êtes la Vérité même.
ACTE D’ESPÉRANCE.
Mon Dieu, connaissant que vous êtes tout-puissant, infiniment bon et miséricordieux, j’espère que, par les mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle que vous avez promise à quiconque fera les œuvres d’un bon Chrétien, comme je me propose de faire avec votre secours.
ACTE DE CHARITÉ.
Mon Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus dessus toutes choses ; je suis disposé atout perdre plutôt que de vous offenser ; et aussi, pour votre amour, j aime et veux aimer mon prochain comme moi-même.
On s’adressera ensuite à la très sainte Vierge, récitant, en l’honneur de son ineffable Maternité, l’Antienne suivante :
ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE
Alma Redemptoris mater, quae pervia coeli Porta manes, et stella maris, succurre cadenti. Surgere qui curat, populo : tu quae genuisti, Natura mirante, tuum sanctum Genitorem, Virgo prius ac posterius, Gabrielis ab ore Sumens illud Ave, peccatorum miserere.
Mère féconde du Rédempteur, vous qui êtes la Porte du ciel et l’Étoile de la mer, secourez ce peuple qui tombe, mais qui désire se relÈver. Au grand étonnement de la nature, vous avez donné naissance à votre divin auteur. Vierge dans la conception, Vierge après l’enfantement, vous à qui Gabriel adresse le Salut, daignez prendre pitié des pauvres pécheurs.
v. Angelus Domini nuntiavit Mariæ. r. Et concepit de Spiritu Sancto.
v. L’Ange du Seigneur annonça à Marie ;
r. Et elle conçut du Saint-Esprit.
r. Et elle conçut du Saint-Esprit.
Oremus:
PRIONS.
Gratiam tuam quæsumus, Domine, mentibus nostris infunde; ut qui, angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per passionem eius et crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Répandez, s’il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes, afin que nous qui avons connu, par la voix de l’Ange, l’Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions par sa Passion et sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.
Il sera convenable d’ajouter les Litanies de la sainte Vierge, à la récitation desquelles les Souverains Pontifes ont accordé trois cents jours d’indulgence pour chaque fois.
LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE
Kyrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Christe, eleison.
Christ, ayez pitié de nous.
Kyrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Christe, audi nos.
Christ, écoutez-nous.
Christe, exaudi nos.
Christ, exaucez-nous.
Pater de cœlis, Deus, miserere nobis.
Dieu Père, du haut des cieux, ayez pitié de nous.
Fili, Redemptor mundi, Deus, miserere nobis.
Dieu Fils, Rédempteur du monde, ayez pitié de nous.
Spiritus Sancte, Deus, miserere nobis.
Dieu Saint-Esprit, ayez pitié de nous.
Sancta Trinitas, unus Deus, miserere nobis.
Trinité Sainte, un seul Dieu, ayez pitié de nous.
Sancta Maria, ora pro nobis.
Sainte Marie, priez pour nous.
Sancta Dei Genitrix, ora, etc.
Sainte Mère de Dieu, priez, etc.
Sancta Virgo virginum.
Sainte Vierge des vierges.
Mater Christi.
Mère du Christ.
Mater divine gratiae.
Mère de la divine grâce.
Mater purissima.
Mère très pure.
Mater castissima.
Mère très chaste.
Mater inviolata.
Mère inviolable.
Mater intemerata.
Mère sans tache.
Mater amabilis.
Mère aimable .
Mater admirabilis.
Mère admirable.
Mater boni consilii.
Mère du bon conseil.
Mater Creatoris.
Mère du Créateur.
Mater Salvatoris.
Mère du Sauveur.
Virgo prudentissima.
Vierge très prudente.
Virgo veneranda.
Vierge digne de tout honneur.
Virgo praedicanda.
Vierge digne de toute louange.
Virgo potens.
Vierge puissante.
Virgo clemens.
Vierge clémente.
Virgo fidelis.
Vierge fidèle.
Speculum justitiae
Miroir de justice.
Sedes Sapientiae.
Siège de la Sagesse.
Causa nostrae laetitiae.
Cause de notre joie.
Vas spirituale.
Vase spirituel.
Vas honorabile.
Vase honorable.
Vas insigne devotionis.
Vase insigne de dévotion.
Rosa mystica.
Rose mystique.
Turris Davidica.
Tour de David.
Turris eburnea.
Tour d’ivoire.
Domus aurea.
Maison d’or.
Fœderis arca.
Arche d’alliance.
Janua cœli.
Porte du ciel.
Stella matutina.
Etoile du matin.
Salus infirmorum.
Salut des infirmes.
Refugium peccatorum.
Refuge des pécheurs.
Consolatrix afflictorum.
Consolatrice des affligés.
Auxilium Christianorum.
Secours des Chrétiens.
Regina Angelorum.
Reine des Anges.
Regina Patriarcharum.
Reine des Patriarches.
Regina Prophetarum.
Reine des Prophètes.
Regina Apostolorum.
Reine des Apôtres.
Regina Martyrum.
Reine des Martyrs.
Regina Confessorum.
Reine des Confesseurs.
Regina Virginum.
Reine des Vierges.
Regina Sanctorum omnium.
Reine de tous les Saints.
Regina sine labe originali concepta.
Reine conçue sans tache.
Regina sacratissimi Rosarii.
Reine du très saint Rosaire.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agnus Dei,qui tollis peccata mundi, exaudi nos, Domine.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
v. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix :
v. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu ;
r. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.
r. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.
ORAISON.
CONCEDE nos famulos tuos, quaesumus Domine Deus, perpetua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa beatae Mariae semper Virginis intercessione, a praesenti liberari tristitia, et aeterna perfrui Laetitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Seigneur Dieu, daignez accorder à nous vos serviteurs, la grâce de jouir constamment de la santé de l’âme et du corps ; et, par la glorieuse intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, délivrez- nous de la tristesse du temps présent, et faites-nous jouir de l’éternelle félicite. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On s’adressera ensuite aux saints Anges, dont la protection nous est si nécessaire à toute heure, et surtout au milieu des ténèbres de la nuit, en disant avec l’Église :
Sancti Angeli, custodes nostri, defendite nos in proelio, ut non pereamus in tremendo judicio.
Saints Anges, nos gardiens, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du jugement redoutable.
v. Angelis suis Deus mandavit de te,
v. Dieu a commandé à ses Anges,
r. Ut custodiant te in omnibus viis tuis.
r. De vous garder dans toutes vos voies.
ORAISON.
Deus, qui ineffabili providentia sanctos Angelos tuos ad nostram custodiam mittere dignaris : largire supplicibus tuis, et eorum semper protectione defendi, et aeterna societate gaudere. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
O Dieu ! qui, par une providence ineffable, daignez commettre vos saints Anges à notre garde, accordez à vos humbles serviteurs d’être sans cesse défendus par leur protection et de jouir éternellement de leur société. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Puis on implorera, toujours avec l’Église, le suffrage des Saints par la prière suivante :
Ant.Ecce Dominus veniet, et omnes Sancti ejus cum eo : et erit in die illa lux magna. Alleluia.
Ant.Voici que le Seigneur va venir, et tous ses Saints avec lui : et en ce jour, il y aura une grande lumière. Alleluia.
v. Ecce apparebit Dominus super nubem candidam ;
v. Le Seigneur apparaîtra sur une nuée éclatante de blancheur ;
r. Et cum eo Sanctorum millia.
r. Et des milliers de Saints seront avec lui.
ORAISON
Conscientias nostras, quaesumus Domine, visitando purifica: ut veniens Jesus Christus Filius tuus Dominus noster, cum omnibus Sanctis suis, paratam sibi in nobis inveniat mansionem. Qui tecum vivit, etc.
Purifiez nos consciences, Seigneur, en les visitant par votre grâce, afin que Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur, venant avec tous ses Saints, trouve en nous une demeure préparée pour le recevoir ; lui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
On pourra faire ici une mention spéciale des Saints auxquels on aurait une dévotion particulière, comme des saints Patrons et autres, et aussi de ceux dont l’Église fait l’Office ou la Mémoire ce jour-là.
Après quoi on s’occupera des besoins de l’Église souffrante, demandant à Dieu pour les âmes du Purgatoire un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix, et récitant à cet effet les prières accoutumées.
PSAUME CXXIX.
De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam.
Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.
Fiant aures tuae intendentes : in vocem deprecationis meae.
Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.
Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?
Si vous recherchez les iniquités, Seigneur : Seigneur, qui pourra subsister ?
Quia apud te propitiatio est : et propter legem tuam sustinui te, Domine.
Mais, parce que la miséricorde est avec vous, et à cause de votre loi, je vous ai attendu, Seigneur.
Sustinuit anima mea in verbo ejus : speravit anima mea in Domino.
Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon âme a espéré en lui.
A custodia matutina usque ad noctem : speret Israël in Domino.
Du point du jour à l’arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur.
Quia apud Dominum misericordia : et copiosa apud eum redemptio.
Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.
Et ipse redimet Israël : ex omnibus iniquitatibus.
Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.
Requiem aeternam dona eis, Domine :
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel :
Et lux perpetua luceat eis.
Et que la lumière qui ne s’éteint pas luise sur eux.
v. A porta inferi,
v. Des portes de l’enfer,
r. Erue, Domine, animas eorum.
r. Arrachez leurs âmes, Seigneur.
v. Requiescant in pace.
v. Qu’ils reposent en paix.
r. Amen.
r. Amen.
v. Domine, exaudi orationem meam ;
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et clamor meus ad te veniat.
r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
ORAISON.
Fidelium Deus omnium Conditor et Redemptor, animabus famulorum famularumque tuarum, remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. Amen.
O Dieu ! Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin que. par la prière de votre Église. elles obtiennent le pardon qu’elles désirèrent toujours ; vous qui vivez et régnez dans les siècles de siècles. Amen.
C’est ici le lieu de prier en particulier pour les âmes îles défunts qui nous intéressent spécialement ; après quoi on demandera à Dieu son secours pour traverser sans danger les périls de la nuit. On dira donc encore avec l’Église :
Ant.Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.
Ant.Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.
v. Dignare, Domine, nocte ista,
v. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,
r. Sine peccato nos custodire.
r. Nous préserver de tout péché.
v. Miserere nostri, Domine.
v. Ayez pitié de nous, Seigneur.
r. Miserere nostri.
r. Ayez pitié de nous.
v. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,
v. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,
r. Quemadmodum speravimus in te.
r. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.
v. Domine, exaudi orationem meam ;
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et clamor meus ad te veniat.
r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
ORAISON.
Visita, quæsumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant, et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Visitez s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
Enfin, pour terminer la journée dans les sentiments avec lesquels on l’a commencée, on demandera encore une fois l’Avènement du Sauveur :
v. Rorate cœli desuper, et nubes pluant justum.
v. Cieux, envoyez la rosée, et que les nuées répandent le juste comme une pluie ;
r. Aperiatur terra et germinet Salvatorem.
r. Que la terre s’ouvre et germe le Sauveur.
à quoi l’on ajoutera, suivant la semaine, l’une des quatre Oraisons de l’Avent (ci-dessus, page 23), et on se livrera ensuite au sommeil, dans l’attente de celui qui doit venir au milieu de la nuit.
CHAPITRE V. DE L’ASSISTANCE A LA SAINTE MESSE AU TEMPS DE L’AVENT.
Dans toutes les saisons de l’Année Chrétienne, mais surtout au saint temps de l’Avent, il n’est point d’œuvre plus agréable à Dieu, plus méritoire et plus propre à nourrir la véritable piété, que l’assistance au saint Sacrifice delà Messe. Les fidèles doivent donc faire tous leurs efforts pour se procurer ce précieux avantage aux jours mêmes où la sainte Église ne leur en fait pas une obligation.
En assistant au divin Sacrifice dont l’oblation a été l’objet de l’attente du genre humain durant quarante siècles, ils devront éprouver une vive reconnaissance, s’ils réfléchissent que Dieu les a fait naître en ce monde depuis ce grand et miséricordieux événement, et n’a pas marqué leur place parmi ces générations qui se sont éteintes avant même d’en avoir pu saluer l’aurore. Ils ne s’en joindront pas moins avec instance à la sainte Église, pour demander, au nom de toute la création, la venue du Rédempteur, acquittant ainsi avec plénitude la grande dette imposée à tous les hommes, tant à ceux qui ont vécu avant l’accomplissement du mystère de l’Incarnation, qu’à ceux qui ont le bonheur de le voir accompli.
Ils sentiront aussi que le grand Sacrifice qui perpétue sur la terre, jusqu’à la consommation des siècles, l’oblation réelle, quoique non sanglante, du Corps et du Sang de Jésus-Christ, a pour but spécial de préparer, et même d’opérer, dans les cœurs des fidèles, l’Avènement mystérieux du Dieu qui n’est venu délivrer nos âmes que pour en prendre possession.
Enfin, ils aimeront à profiter de la présence et de la conversation du Fils de Dieu, dans ce mystère caché où il sauve le monde, afin qu’au jour où il viendra le juger dans sa majesté terrible, il les reconnaisse comme ses amis et les sauve encore, à cette heure où il n’y aura plus de miséricorde, mais seulement la justice.
Nous allons essayer de réduire à la pratique ces sentiments dans une explication des mystères de la sainte Messe, nous efforçant d’initier les fidèles à ces divins secrets, non par une stérile et téméraire traduction des formules sacrées, mais au moyen d’Actes destinés à mettre les assistants en rapport suffisant avec les actions et les sentiments de l’Église et du Prêtre.
La première chose qui doit occuper les fidèles lorsqu’ils assistent à la sainte Messe dans l’Avent, est de savoir si cette Messe va être célébrée suivant le rite de l’Avent, ou si elle est en l’honneur de la Sainte Vierge, ou de quelque Saint, ou enfin pour les défunts. Pour cela, il leur suffira déconsidérer la couleur des ornements du Prêtre. Ils seront violets, si la Messe est de l’Avent ; d’une autre couleur, blanche ou rouge, si elle est de la Sainte Vierge ou d’un Saint ; enfin noire, si elle est pour les défunts. Si le Prêtre est revêtu de violet, les fidèles s’efforceront d’entrer dans l’esprit de pénitence que l’Église veut exprimer par cette couleur. Ils le feront également dans le cas où le Prêtre serait revêtu d’une autre couleur ; car, quelle que soit la solennité qu’on célèbre en Avent, le célébrant est toujours obligé de faire mémoire de l’Avent en trois endroits, et en usant des mêmes paroles de supplication et de componction qu’il aurait à prononcer dans une Messe propre de l’Avent. Il n’y a d’exception que pour les Messes des défunts.
Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l’Aspersion de l’Eau bénite, et, en beaucoup d’églises, la Procession, devront d’abord intéresser la piété.
Pendant l’Aspersion, on demandera la pureté de cœur nécessaire pour prendre part au double Avènement de Jésus-Christ ; et en recevant sur soi-même cette eau sainte, dont l’aspersion nous prépare à assister dignement au grand Sacrifice dans lequel est épanché, non plus une eau figurative, mais le Sang même de l’Agneau, on pensera au Baptême d’eau par lequel saint Jean-Baptiste préparait les Juifs à cet autre Baptême qui devait être l’effet de la puissance et de la miséricorde du Médiateur.
ANTIENNE DE L’ASPERSION.
Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor : lava bis me, et super nivem dealbabor.
Vous m’arroserez, Seigneur, avec l’hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.
Ps. Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Gloria Patri. Asperges me.
Ps. O Dieu, ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde. Gloire au Père. Vous m’arroserez.
v. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;
v. Montrez-nous , Seigneur, votre miséricorde ;
r. Et Salutare tuum da nobis.
r. Et donnez-nous le Salut que vous nous avez préparé.
v. Domine, exaudi orationem meam ;
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et clamor meus ad te veniat.
r. Et que mon cri monte jusqu’à vous.
v. Dominus vobiscum ;
v. Le Seigneur soit avec vous ;
r. Et cum spiritu tuo.
r. Et avec votre esprit.
ORAISON.
Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens, reterne Deus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat. foveat, protegat, visitet, atque defendat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Exaucez-nous, Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, protège, visite et défende tous ceux qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
La procession qui précède la Messe nous rappellera l'obligation où nous sommes de nous tenir debout, ayant des flambeaux allumés dans nos mains, et près a marcher au-devant de celui qui doit venir. [Luc. XII 35.] L’Église est sans cesse en marche vers son Époux, et nos âmes doivent aussi courir au-devant de leur souverain bien, jusqu'à ce qu'elles l'aient rencontré.
Enfin, le moment du Sacrifice est arrivé. Le Prêtre est au pied de l’autel, Dieu est attentif, les Anges adorent, toute l’Église est unie au Prêtre qui n’a qu’un même sacerdoce, une même action avec Jésus-Christ, le souverain Prêtre. Faisons avec lui le signe de la Croix.
L’ORDINAIRE DE LA MESSE.
In nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti. Amen.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Je m’unis, ô mon Dieu, a votre sainte Église qui tressaille dans l’espoir de contempler bientôt au sein des splendeurs de sa résurrection Jésus-Christ votre Fils, l’Autel véritable.
v. Introibo ad altare Dei,
r. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.
Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me.
Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me reppulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ?
C’est en vous que j’ai mis mon espérance ; et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des embûches qui me sont tendues.
Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua.
Faites-moi donc voir, lorsque mon cœur en sera digne, celui qui est la Lumière et la Vérité : c’est lui qui nous ouvrira l’accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.
Et introibo ad altare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam.
Il est le médiateur, l’Autel vivant ; je m’approcherai de lui, et je serai dans la joie. Quand je l’aurai vu, je chanterai avec allégresse. O mon âme ! ne t’attriste donc plus, ne sois plus troublée.
Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus : quare tristis es, anima mea : et quare conturbas me ?
Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus.
Espère en lui ; bientôt il se montrera à toi, vainqueur de cette mort qu’il aura subie en ta place ; et tu ressusciteras avec lui.
Gloria Patri, et Filio. er Spiritui Sancto.
Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.
Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
v. Introibo ad altare Dei,
r. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
Je vais donc m’approcher de l’autel de Dieu, et sentir la présence de Celui qui veut rajeunir mon âme.
v. Adjutorium nostrum in nomine Domini,
Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de mon Créateur.
r. Qui fecit cœlum et terram.
L'annonce de la venue du Seigneur excite dans l’âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu’il est pécheur et indigne d’une telle grâce. Écoutez avec respect cette confession de l’homme de Dieu, et demandez sincèrement au Seigneur qu’il daigne lui faire miséricorde ; car le Prêtre est votre père ; il est responsable de votre salut, pour lequel il expose le sien tous les jours.
Faites ensuite votre confession, avec le ministre, disant à votre tour avec contrition :
Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Maria ; semper Virgini, beato Michaeli Archangelo , beato Johanni Baptista ; sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater, quia peccavi nimis, cogitatione, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, Pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.
Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et a vous, mon Père, que j’ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.
Recevez avec reconnaissance le souhait paternel du Prêtre qui vous dit :
v. Misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis peccatis vestris, perducat vos ad vitam aeternam.
v. Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu’il vous remette vos péchés, et vous conduise à la vie éternelle.
r. Amen.
r. Amen.
v. Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum, tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus.
v. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés.
r. Amen.
r. Amen.
Relevez maintenant la tête, et appelez le secours divin pour vous approcher de Jésus-Christ.
v. Deus, tu conversus vivificabis nos ;
v. O Dieu, d’un seul regard vous nous donnerez la vie ;
r. Et plebs tua laetabitur in te.
r. Et votre peuple se réjouira en vous.
v. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ;
v. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;
r. Et Salutare tuum da nobis.
r. Et donnez-nous de connaître et d’aimer le Sauveur que vous nous avez envoyé.
v. Domine, exaudi orationem meam ;
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et clamor meus ad te veniat.
r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
Le Prêtre vous salue, en vous quittant, pour monter a l’autel.
v. Dominus vobiscum ;
v. Le Seigneur soit avec vous ;
Répondez-lui avec révérence :
r. Et cum spiritu tuo.
r. Et avec votre esprit.
Il monte les degrés et arrive au Saint des Saints, Demandez pour lui et pour vous la délivrance des péchés.
OREMUS.
PRIONS.
Aufer a nobis, quaesumus Domine, iniquitates nostras ; ut ad Sancta Sanctorum puris mereamur mentibus introire. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de vous être présentés ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur.
Quand le Prêtre baise l’autel par respect pour les os des Martyrs qu’il couvre, on dira :
Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt, et omnium Sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen.
Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.
Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l’autel avec pompe. Cette fumée qui s’exhale de toutes les parties de l’autel signifie la prière de l’Église qui s’adresse à Jésus-Christ, et que ce divin Médiateur fait ensuite monter, avec la sienne propre, vers le trône de la majesté de son Père.
Le Prêtre dit ensuite l’Introït. Cette Antienne solennelle est un chant d’ouverture dans lequel l’Église laisse s’échapper tout d’abord les sentiments qui l’animent.
Il est suivi de neuf cris plus expressifs encore, car ils demandent miséricorde. En les proférant, l’Église s’unit aux neuf chœurs des Anges réunis autour de l’Autel du ciel, qui est le même que celui de la terre.
Au Père qui doit envoyer son Fils :
Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kyrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
Au Fils qui doit venir:
Christe, eleison. Christe, eleison. Christe, eleison.
Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Christ, ayez pitié !
Au Saint-Esprit , dont l'opération accomplira le mystère:
Kyrie, eleison. Kyrie, eleison. Kvrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
Si l'on célèbre une fête ce jour-là, le Prêtre dit l'Hymne Angélique dont L'Église est en possession depuis la naissance du Sauveur ; si la Messe est de l'Avent, L'Église s'interdit ce Cantique de joie, qu'elle ne reprendra qu'en la nuit de la nouvelle Naissance de son Époux.
L’HYMNE ANGÉLIQUE.
Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bona ; voluntatis.
Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.
Laudamus te : benedicimus te : adoramus te : glorificamus te : gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.
Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.
Domine Deus, Rex coelestis, Deus Pater omnipotens.
Seigneur Dieu, Roi céleste. Dieu Père tout-puissant !
Domine, Fili unigenite, Jesu Christe.
Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !
Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.
Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !
Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.
Vous qui ôtez les péchés du monde, recevez notre humble prière.
Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.
Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.
Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.
Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur, vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus- Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.
Le Prêtre salue encore le peuple, comme pour s’assurer de sa persévérance dans l’attention religieuse que réclame l’Action sublime qui se prépare. Les paroles de ce salut ont une beauté particulière au temps de l'Avent : Le Seigneur soit avec nous ! Isaïe l'avait prédit, et l'Ange du Seigneur le confirme à saint Joseph : Il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous.
Vient ensuite la Collecte ou Oraison, dans laquelle l’Église expose à Dieu, d’une manière expresse, ses intentions particulières dans la Messe qui se célèbre. On pourra s’unir à cette prière en récitant avec le Prêtre les Oraisons qui se trouvent ci-après, au Propre du Temps, ou au Propre des Saints, et surtout en répondant Amen avec le ministre qui sert la Messe.
On lira ensuite l’Épître, qui est, pour l’ordinaire, un fragment des Lettres des Apôtres, ou quelquefois un passage des livres de l’Ancien Testament. En faisant cette lecture, en recevant avec respect et soumission la parole des Envoyés de Dieu, on soupirera après celui qui est la parole éternelle, et qui s'apprête à naître parmi les hommes pour converser avec eux.
Le Graduel est un intermède entre la lecture de l’Épître et celle de l’Évangile. Il remet sous nos veux les sentiments qui ont déjà été exprimés dans l’Introït. On doit le lire avec dévotion, pour s’en bien pénétrer, et dÈvelopper en soi, de plus en plus, l'esprit de préparation, à mesure que le Sauveur approche.
L’alléluia est comme un éclair de joie qui traverse l'âme de la sainte Église et la fait tressaillir, en songeant que l’Époux qu'elle attend est toujours avec elle ; mais bientôt elle reprend son attitude de suppliante ; car elle sent qu'elle a besoin qu'il vienne encore.
En attendant qu'il paraisse en personne, le voici qui s'apprête à venir par sa parole qui est esprit et vie. L'Évangile va être proclamé dans l'assemblée ; les pauvres vont être évangélisés. Si c’est une Messe solennelle que l’on célèbre, le Diacre se dispose à remplir son noble ministère qui consiste à annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Il prie Dieu de purifier son cœur et ses lèvres ; puis il demande à genoux la bénédiction du Piètre, et l’ayant obtenue, il se rend au lieu d’où il doit chanter l’Évangile.
Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :
Munda cor meum, ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiae Prophetae calculo mundasti ignito : ita me tua grata miseratione dignare mundare, ut sanctum Evangelium tuum digne valeam nuntiare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle, afin que j’entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.
Dominus sit in corde meo, et in labiis meis : ut digne et competenter annuntiem Evangelium suum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.
Donnez à vos ministres la grâce d’être les fidèles interprètes de votre loi, afin que, pasteurs et troupeau, nous nous réunissions tous en vous à jamais.
On se tiendra debout, par respect, pendant la lecture de l’Évangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre. Que le cœur donc soit prêt, et qu’il se montre docile. L’Épouse du Cantique dit : Mon âme s’est fondue en moi comme la cire, pendant que le Bien-Aimé me parlait. Mais tous n’ont pas cet amour. Disons-lui du moins, avec l’humble soumission de Samuel : Parlez, Seigneur ; votre serviteur écoute.
Après l’Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on le dira avec lui. La foi est le don suprême de Dieu : c’est par elle que nous percevons la lumière qui luit au milieu des ténèbres, et que les ténèbres de l’incrédulité n’ont point comprise. La foi seule nous apprend ce que nous sommes, d’où nous venons, où nous allons. Seule, elle nous enseigne la voie pour retournera Dieu, quand nous nous sommes écartés de lui. Aimons cette foi par laquelle nous serons sauvés, si nous la fécondons par les œuvres, et disons avec l’Église Catholique :
LE SYMBOLE DE NICÉE.
Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant. qui a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles.
Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de cœlis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : ET HOMO FACTUS EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.
Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n’a pas été fait, mais engendré : consubstantiel au Père : par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit ; ET QUI S’EST FAIT HOMME. Qui a été aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Et qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n’aura point de fin.
Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi Amen.
Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les Prophètes. Je crois l’Église qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu’il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.
Le cœur du Prêtre et celui du peuple doivent maintenant être prêts : il est temps de préparer l’offrande elle-même. Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation, et qui fait suite à celle qu’on désigne sous le nom de Messe des Catéchumènes, parce qu’elle était autrefois la seule à laquelle les aspirants au Baptême eussent le droit de prendre part.
Voici donc que le pain et le vin vont être offerts à Dieu, comme les plus nobles éléments de la création matérielle, puisqu’ils sont destines à la nourriture de l’homme ; mais ce n’est là qu’une figure grossière de leur destination dans le Sacrifice chrétien. Leur substance va bientôt s’évanouir ; il n’en demeurera plus que les apparences. Heureuses créatures qui cèdent la place au Créateur ! Nous aussi, nous sommes appelés à éprouver une ineffable transformation, lorsque, comme dit l’Apôtre, ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie [II Cor. V, 4]. En attendant, offrons-nous à Dieu, au moment où le pain et le vin lui vont être présentés ; et préparons-nous pour l’arrivée de celui qui, en prenant notre nature humaine, nous a rendus participants de la nature divine [II Petr. I, 4.].
Le Prêtre salue encore le peuple, pour l’avertir d’être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l’Offertoire, et, quand il présente à Dieu l’Hostie, joignons-nous à lui et disons :
Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus , hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis , et pro omnibus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus Christianis vivis atque defunctis : Ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aeternam. Amen.
Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recÈvez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d’eux-mêmes.
Quand le Prêtre met dans le calice le vin, auquel il mêle ensuite un peu d’eau, afin de représenter l’union de la nature divine à la faible nature humaine de Jésus-Christ, pensez au divin mystère de l’Incarnation, principe de notre salut et de nos espérances, et dites :
Deus, qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti , da nobis per humus aquae et vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps , Jesus Christus, Filius tuus, Dominus noster ; qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Seigneur, qui êtes la véritable Vigne, et dont le sang, comme un vin généreux, s’est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d’eau ; venez nous taire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.
Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d’eau, priant Dieu d’avoir pour agréable cette oblation dont la figure va bientôt se transformer en réalité ; pendant ce temps, dites en union avec lui :
Offerimus tibi , Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae Majestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.
Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu’ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui. de cette simple offrande de créatures, va faire l’instrument du salut du monde.
Puis le Prêtre s’incline, après avoir élevé les dons ; humilions-nous avec lui et disons :
In spiritu humilitatis, et in animo contrito suscipiamur a te, Domine : et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie , ut placeat tibi, Domine Deus.
Si nous avons la hardiesse d’approcher de votre autel, Seigneur, ce n’est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, afin que nous puissions paraître en la présence de votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.
Invoquons ensuite l’Esprit-Saint, dont l’opération va bientôt produire sur l’autel la présence du Fils de Dieu, comme elle la produisit au sein de la Vierge Marie, dans le divin mystère de l’Incarnation.
Veni, Sanctificator omnipotens, aeterne Deus , et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini praeparatum.
Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l’autel, et produire en nous celui que nos cœurs attendent.
Si c’est une Messe solennelle, le Prêtre, avant de passer outre, prend pour la seconde fois l’encensoir. Il encense le pain et le vin qui viennent d’être offerts, et ensuite l’autel lui-même ; afin que la prière des fidèles, signifiée par la fumée de ce parfum, devienne de plus en plus ardente, à mesure que le moment solennel approche davantage. Saint Jean nous dit que l'encens qui brûle sur l'Autel du ciel est formé par les prières des Saints ; au temps de l'Avent, nous devons considérer, sous l'emblème de ce nuage odorant qui environne l'Autel de la terre, les soupirs des Patriarches et des Prophètes vers le Messie, et nous y joindre de toute l'ardeur de nos désirs.
Mais la pensée de son indignité se ranime plus forte au cœur du Prêtre. La confession publique qu’il a faite au pied de l’autel ne suffit plus à sa componction. A l’autel même, il donne, en présence du peuple, un témoignage solennel du pressant besoin qu’il éprouve de se purifier à l’approche de Dieu : il lave ses mains. Or, les mains signifient les œuvres ; et le Prêtre, s’il porte en lui-même, comme Prêtre, le caractère de Jésus-Christ, est un homme par les œuvres. Que les fidèles s’humilient en contemplant ainsi l’humilité de leur Père, et disent comme lui :
DU PSAUME XXV.
Lavabo inter innocentes manus meas : et circumdabo altare tuum , Domine. Ut audiam vocem laudis : et enarrem universa mirabilia tua. Domine, dilexi decorem domus tua : : et locum habitationis gloriae tuae. Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam : et cum viris sanguinum vitam meam. In quorum manibus iniquitates sunt : dextera eorum repleta est muneribus. Ego autem in innocentia mea ingressus sum : redime me, et miserere mei. Pes meus stetit in directo : in ecclesiis benedicam te, Domine. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ; Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.
Je veux laver mes mains. Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l’innocence, pour être digne d’approcher de votre autel, d’entendre vos sacrés Cantiques, et de raconter vos merveilles. J’aime la beauté de votre Maison, le lieu dont vous allez faire l’habitation de votre gloire. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens. Depuis que votre miséricorde m’en a retiré, je suis rÈvenu à l’innocence, en rentrant en grâce avec vous ; mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore, vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Le Prêtre, rassuré par l’acte d’humilité qu’il vient d’accomplir, reparaît au milieu de l’autel et s’incline respectueusement. Il demande à Dieu de recevoir avec bonté le Sacrifice qui va lui être offert, et détaille les intentions de ce Sacrifice. Offrons avec lui.
Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam Passionis, Resurrectionis, et Ascensionis Jesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Johannis Baptistae , et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium Sanctorum : ut illis proficiat ad honorem , nobis autem ad salutem : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Trinité sainte, agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Église y joigne l’intention d’honorer la glorieuse Vierge qui nous a donné le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, et les Saints dont aujourd’hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu’ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut.
Le Prêtre se retourne une dernière fois vers le peuple. Il sent le besoin de raviver encore l’ardeur des fidèles. La pensée de son indignité ne l’abandonne point. Il veut s’appuyer sur les prières de ses frères, avant d’entrer dans la nuée avec le Seigneur. Il dit donc :
Orate , Fratres : ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem.
Priez, mes Frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.
Cela dit, il se retourne ; et les fidèles ne verront plus sa face, jusqu’à ce que le Seigneur lui-même soit descendu. Rassurez-le, en lui répondant par ce souhait :
Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam Nominis sui , ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae.
Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Église.
Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, dans lesquelles il offre les vœux de toute l’Église pour l’acceptation du Sacrifice ; et bientôt il s’apprête à remplir l’un des plus grands devoirs de la Religion, l’Action de grâces. Jusqu’ici, il a adoré, il a demandé miséricorde ; il lui reste encore à rendre grâces pour les bienfaits octroyés par la munificence du Père, et dont le principal, en ces jours, est la faveur qu’il nous accorde de pouvoir satisfaire à sa justice par les expiations de ce saint temps ; le Prêtre, au nom de l’Église, va ouvrir la bouche et épancher la reconnaissance du monde entier. Afin donc de rÈveiller la piété des fidèles qui priaient en silence avec lui, il termine son Oraison à haute voix :
Per omnia sæcula sæculorum.
Dans tous les siècles des siècles.
Réunissez-vous à lui, et répondez : Amen !
Il vous salue en disant :
Dominus vobiscum.
Le Seigneur soit avec vous.
Répondez-lui :
Et cum spiritu tuo.
Et avec votre esprit.
Puis il dit :
Sursum corda !
Les cœurs en haut !
Répondez avec vérité :
Habemus ad Dominum.
Nous les avons vers le Seigneur.
Puis il ajoute :
Gratias agamus Domino Deo nostro.
Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.
Protestez du fond de votre âme :
Dignum et justum est.
C’est une chose digne et juste.
Alors, le Prêtre :
PREFACE.
Vere dignum et justum est, æquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens , æterne Deus ; qui corporali jejunio vitia comprimis, mentem elevas, virtutem largiris et praemia, per Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates, Cœli, cœlorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concelebrant. Cum quibus et nostras voces ut admitti jubeas deprecamur, supplici confessione dicentes :
Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire , de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant , Dieu éternel, qui par le jeûne auquel vous assujettissez nos corps , comprimez la source de nos vices, élÈvez nos âmes, donnez la force et assurez la récompense ; par Jésus-Christ notre Seigneur. C’est par lui que les Anges louent votre Majesté, que les Dominations l’adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les Vertus des cieux la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint ! etc.
Unissez-vous au Prêtre, qui lui-même s’unit aux Esprits bienheureux, pour honorer la suprême Majesté, et dites aussi :
Sanctus, Sanctus,Sanctus Dominus Deus sabaoth !
Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !
Pleni sunt cœli et terra gloria tua.
Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.
Hosanna in excelsis !
Hosannah au plus haut des cieux !
Benedictus qui venit in Nomine Domini.
Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l’envoie.
Hosanna in excelsis !
Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !
Le Canon s’ouvre après ces paroles, prière mystérieuse, au milieu de laquelle le ciel s’abaisse, et Dieu descend. On n’entendra plus retentir la voix du Prêtre ; le silence se fait, même à l’autel. Ce fut aussi, dit le livre de la Sagesse, « au milieu du silence, et au sein des ombres d'une nuit mystérieuse, que le Verbe tout-puissant s'élança de sa royale demeure. » Qu’un respect profond apaise nos distractions, contienne toutes nos puissances ; suivons d’un œil respectueux les mouvements du Prêtre.
LE CANON DE LA MESSE.
Dans ce colloque mystérieux avec le grand Dieu du ciel et de la terre, la première prière du sacrificateur est pour l’Église catholique, sa Mère et la nôtre.
Te igitur , clementissime Pater, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas,et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata ; in primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum, una cum famulo tuo Papa nostro N., et Antistite nostro N., et omnibus orthodoxis, atque catholicae et apostolica ; fidei cultoribus.
O Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des Mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Église, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s’opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l’unité ; conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre : dirigez notre Évêque qui est pour nous le lien sacré de l’unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l’Église Catholique-Apostolique-Romaine.
Priez maintenant, avec le Prêtre, pour les personnes qui vous intéressent davantage :
Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N., et omnium circumstantium, quorum tibi fides cognita est, et nota devotio : pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suae, tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero.
Permettez-moi, ô mon Dieu, de vous demander de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes , pour lesquels vous savez que j’ai une obligation particulière de prier... Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.
Faisons mémoire des Saints, qui sont la partie déjà glorieuse du Corps de Jésus-Christ.
Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ, semper Virginis Mariæ, Genitricis Dei et Domini nostri Jesu Christi : sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum Pétri et Pauli , Andreæ, Jacobi, Johannis,Thomæ, Jacobi, Philippi, Bartholomæi, Matthæi, Simonis et Thaddæi, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmae et Damiani, et omnium Sanctorum tuorum : quorum meritis precibusque concedas , ut in omnibus protectionis tua ; muniamur auxilio. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Mais non seulement, ô mon Dieu , l’offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l’épreuve : il resserre aussi nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l’offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, de laquelle est né notre Sauveur ; des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot de tous les Justes, afin qu’ils nous aident par leur puissant secours à dÈvenir dignes de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de votre gloire.
Le Prêtre, qui jusque-là priait les mains étendues, les unit et les impose sur le pain et le vin. Il imite ainsi le geste du Pontife de l’ancienne loi sur la victime figurative, pour désigner ces dons d’une manière spéciale à l’œil de la Majesté divine, comme l’offrande matérielle qui atteste notre dépendance, et qui va bientôt faire place à l’Hostie vivante sur laquelle ont été placées toutes nos iniquités.
Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed et cunctae familiae tuae, quaesumus Domine, ut placatus accipias ; diesque nostros in tua pace disponas, atque ab alterna damnatione nos eripi , et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Daignez recevoir, ô Dieu ! cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l’hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va paraître.
Quam oblationem tu Deus in omnibus, quaesumus, benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris ; ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.
Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous introduire en la présence de ce divin Fils notre Sauveur.
Ici le Prêtre cesse d’agir en homme ; il n’est plus simplement le député de l’Église. Sa parole devient celle de Jésus-Christ ; elle en a la puissance et l’efficacité. Prosternez-vous, car Dieu lui-même va descendre sur l’autel.
Qui pridie quam pateretur, accepit panem in sanctas ac venerabiles manus suas ; et elevatis oculis in cœlum, ad te Deum Pat rem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes : HOC EST ENIM CORPUS MEUM.
Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre ! Sauveur ! Messie tant désiré ! si ce n’est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, de vous offrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! Venez !
L’Agneau divin est maintenant au milieu de nous. Gloire et amour soient à lui ! Mais il ne vient que pour être immolé ; c’est pourquoi le Prêtre, ministre des volontés du Très-Haut, prononce tout aussitôt sur le calice ces paroles sacrées qui opèrent la mort mystique par la séparation du Corps et du Sang de la victime. La substance du pain et du vin s’est évanouie, les espèces seules sont restées comme un voile sur le Corps et le Sang du Rédempteur, afin que la terreur ne nous éloigne pas d’un mystère qui ne s’accomplit que pour rassurer nos cœurs. Unissons-nous aux Anges qui contemplent en tremblant cette divine merveille.
Simili modo postquam coenatum est, accipiens et hunc praeclarum Calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes. HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET AETERNI TESTAMENTI : MYSTERIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. Haec quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis.
Sang divin, prix de mon salut, je vous adore. Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige. Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.
Le Prêtre est maintenant face à face avec Dieu ; il élève de nouveau ses bras, et représente au Père céleste que l’Oblation qui est devant lui n’est plus une offrande matérielle, mais le Corps et le Sang, la personne tout entière de son divin Fils.
Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae Passionis, nec non et ab inferis Resurrectionis, sed et in cœlos gloriosae Ascensionis : offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis ac datis Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam : Panem sanctum vitae aeternae, et Calicem salutis perpetuae.
La voici donc, ô Père saint ! l’Hostie si longtemps attendue. Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils ; mais il est aussi notre Hostie, Hostie pure et sans tache, notre Pain et notre Breuvage d’immortalité.
Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium Patriarchae nostri Abrahae, et quod tibi obtulit summus Sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam.
Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel ; le sacrifice qu’Abraham vous fit de son fils Isaac, immolé sans perdre la vie ; enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. RecÈvez ici l’Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.
Le Prêtre s’incline vers l’autel, et le baise comme le trône d’amour sur lequel réside le Sauveur des hommes.
Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime Altare tuum, in conspectu divinæ Majestatis tuae : ut quotquot ex hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem sumpserimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Mais , ô Dieu tout-puissant, ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l’Autel sublime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu’un même autel, sur lequel s’accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l’auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.
Mais le moment est favorable aussi pour implorer un soulagement à l’Église souffrante. Demandons que le Libérateur, qui est descendu, daigne visiter les sombres demeures du Purgatoire par un rayon de sa lumière consolatrice ; et que, découlant de cet autel, le sang de l’Agneau, comme une miséricordieuse rosée, rafraîchisse ces âmes haletantes. Prions particulièrement pour celles qui nous sont chères.
Memento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos praecesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
N’excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la cité sainte avec ses élus ; nos veux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont dans le lieu des expiations. Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.
Ce devoir de charité étant rempli, prions pour nous-mêmes pécheurs, qui profitons si peu de la visite que le Sauveur daigne nous faire, et frappons notre poitrine avec le Prêtre :
Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et Martyribus ; cum Iohanne, Stephano, Mathia, Barnaba, Ignatio, Alexandro, Marcellino , Petro , Felicitate , Perpetua, Agatha, Lucia, Agnete, Concilia, Anastasia et omnibus Sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non aestimator meriti, sed veniae, quaesumus, largitor admitte : per Christum Dominum nostrum. Per quem haec omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis : per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria.
Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C’est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l’unité du Saint-Esprit, soit à vous honneur et gloire à jamais.
En disant ces dernières paroles, le Prêtre a pris l’Hostie sainte qui reposait sur l’autel ; il l’a placée au-dessus de la coupe, réunissant ainsi le Corps et le Sang de la divine victime, afin de montrer qu’elle est maintenant immortelle ; puis, élevant à la fois le Calice et l’Hostie, il a présenté à Dieu le plus noble et le plus complet hommage que puisse recevoir la Majesté infinie.
Cet acte sublime et mystérieux met fin au Canon ; le silence des Mystères est suspendu. Le Prêtre a terminé ses longues supplications ; il sollicite pour ses prières l’acquiescement du peuple fidèle, en prononçant à haute voix les dernières paroles :
Per omnia sæcula sæculorum.
Dans tous les siècles des siècles.
Répondez avec foi et dans un sentiment d’union avec la sainte Église :
Amen.
Amen ! je crois le mystère qui s’est opéré, je m’unis à l’offrande qui a été faite et aux demandes de l’Église.
Il est temps de répéter la prière que le Sauveur lui-même nous a apprise. Qu’elle s’élève jusqu’au ciel avec le Sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Pourrait-elle n’être pas agréée, en ce moment où celui-là même qui nous l’a donnée est entre nos mains, pendant que nous la proférons ? Cette prière étant le bien commun de tous les enfants de Dieu, le Prêtre la récite à haute voix, afin que tous puissent s’y unir. Prions, dit-il.
Oremus. Praeceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati, audemus dicere :
Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l’instruction divine qui nous a été donnée, nous osons dire :
L’ORAISON DOMINICALE.
Pater noster, qui es in cœlis : Sanctificetur Nomen tuum : Adveniat regnum tuum : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : Et ne nos inducas in tentationem.
Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre Pain quotidien ; et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
Répondons avec l’accent de notre misère :
Sed libera nos a malo.
Mais délivrez-nous du mal.
Le Prêtre retombe dans le silence des Mystères. Sa prière insiste sur cette dernière demande : Délivrez-nous du mal ; et certes avec raison ; car le mal nous déborde ; et c’est pour l’expier et le détruire que nous a été envoyé l’Agneau.
Libera nos, quaesumus Domine, ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus et futuris : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria , cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque Andrea, et omnibus Sanctis , da propitius pacem in diebus nostris : ut ope misericordiae tuae adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum , qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus.
Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c’est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c’est-à-dire les taches actuellement empreintes sur cette pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l’assiègent ; enfin les maux à venir, c’est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l’Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d’agréer en notre faveur l’entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.
Le Prêtre, qui vient de demander à Dieu la Paix, et qui l’a obtenue, s’empresse de l’annoncer ; il conclut l’Oraison à haute voix :
Per omnia sæcula sæculorum. r. Amen.
Dans tous les siècles des siècles. r. Amen.
Puis il dit :
Pax Domini sit semper vobiscum.
Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !
Répondez à ce souhait paternel :
Et cum spiritu tuo.
Et avec votre esprit.
Le Mystère touche à sa fin ; Dieu va s’unir à l’homme, et l’homme va s’unir à Dieu parla Communion ; mais auparavant un rite imposant et sublime doit s’accomplir dans le silence de l’autel. Jusqu’ici le Prêtre a annoncé l’immolation du Seigneur ; il est temps qu’il annonce sa Résurrection. Il divise donc l’Hostie sainte avec révérence, et l’ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans le Calice, réunissant ainsi le Corps et le Sang de l’immortelle Victime. Adorez et dites :
Haec commixtio et consecratio Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi, fiat accipientibus nobis in vitam aeternam. Amen.
Gloire à vous, Sauveur du monde, qui avez souffert que. dans votre Passion, votre précieux Sang fût séparé de votre sacré Corps, et qui les avez réunis ensuite par votre vertu !
Priez maintenant l’Agneau divin, toujours vivant, que saint Jean a vu sur l'autel du ciel, debout, quoique immolé, et dites à ce souverain Roi :
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-nous la Paix.
La Paix est le grand objet de la venue du Sauveur en ce monde : il est le Prince de la Paix : le divin Sacrement de l’Eucharistie doit donc être le Mystère de la Paix, le lien de l’Unité catholique ; puisque, comme parle l’Apôtre, nous ne sommes tous qu’un seul Pain et un seul Corps, nous tous qui participons au même Pain. C’est pourquoi le Prêtre, au moment de communier à l’Hostie sainte, demande la conservation de la paix fraternelle, principalement dans cette portion de la sainte Église qui est là réunie autour de l’autel. Implorez-la avec lui.
Domine Jesu Christe, qui dixisti Apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuae : eamque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et regnas Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos Apôtres : « Je vous laisse ma « paix », je vous donne ma « paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté. Vous qui étant Dieu, vivez et régnez dans tous les siècles de siècles. Amen.
Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de Paix, si la Messe est solennelle, donne le baiser fraternel au Diacre qui le donne lui-même au Sous-diacre, lequel va le porter au Chœur. Pendant ce temps, ranimez en vous les sentiments de la charité chrétienne, et pardonnez à vos ennemis, si vous en avez. Dites ensuite avec le Prêtre :
Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu Sancto, per mortem tuam mundum vivificasti : libera me per hoc sacrosanctum Corpus, et Sanguinem tuum, ab omnibus iniquitatibus meis, et universis malis, et fac me tuis semper inhaerere mandatis, et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Patre et Spiritu Sancto vivis et régnas Deus in sæcula sæculorum, Amen.
Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi par ce saint et sacré Corps, et par votre Sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m’attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous.
Si vous devez communier à cette Messe, dites la troisième Oraison qui suit ; autrement, préparez-vous à faire la Communion spirituelle.
Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere præsumo, non mihi proveniat in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietate prosit mihi ad testamentum mentis et corporis, et ad medelam percipiendam. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Seigneur Jésus-Christ , faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j’en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation ; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu’il me soit un remède salutaire.
Quand le Prêtre prend l’Hostie et se dispose à s’en communier, dites :
Panem coelestem accipiam, et Nomen Domini invocabo.
Venez, Seigneur Jésus !
Quand il frappe sa poitrine et confesse son indignité, répétez avec lui, trois fois, dans les sentiments du Centurion de l’Évangile :
Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea.
Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.
Au moment où il consomme la sainte Hostie, si vous devez vous-même communier, adorez profondément votre Dieu qui s’apprête à descendre en vous, et dites encore avec l’Épouse : Venez, Seigneur Jésus ! (Apoc. XXII, 20.)
Si vous ne devez pas communier sacramentellement, communiez en ce moment spirituellement, et adorant Jésus-Christ qui visite votre âme par sa grâce, dites :
Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.
Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon plaisir.
Puis le Prêtre prend le Calice avec action de grâces, disant :
Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et Nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero.
Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu’il m’a faits ? Je prendrai le Calice du salut, j’invoquerai le Nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.
Si vous devez communier, dans le moment où le Prêtre prend le Calice pour s’abreuver du Sang divin, adorez encore le Dieu qui s’approche de vous, et dites toujours : Venez, Seigneur Jésus !
Si, au contraire, vous faites seulement la Communion spirituelle, adorez de nouveau Jésus-Christ, et dites :
Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.
Je m’unis à vous, ô mon Sauveur ! unissez-vous à moi ; que nous ne nous séparions jamais !
C’est à ce moment, si vous devez communier, que le Prêtre vous donnera le Corps de Jésus-Christ. Les sentiments que l’on doit apporter à la Sainte Communion, au Temps du Carême, sont dÈveloppés ci-après, Chapitre VI.
La Communion étant faite, pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la première fois, dites :
Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiat nobis remedium sempiternum.
Vous m’avez visité dans le temps , ô mon Dieu ! Faites que je garde les fruits de cette visite pour l’éternité.
Pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la seconde fois, dites :
Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhaereat visceribus meis : et praesta ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt Sacramenta. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen.
Béni soyez-vous, ô mon Sauveur, qui m’avez initié au sacré mystère de votre Corps et de votre Sang. Que mon cœur et mes sens conservent, par votre grâce, la pureté que vous leur avez donnée, et que votre sainte présence demeure toujours en moi. Amen.
Le Prêtre ayant lu l’Antienne dite Communion, qui est le commencement de l’Action de Grâces pour le nouveau bienfait que Dieu vient de nous accorder en renouvelant en nous sa présence, se retourne enfin vers le peuple et le salue ; après quoi il récite les Oraisons appelées Postcommunion, qui sont le complément de l’Action de Grâces. Joignez-vous encore à lui, remerciant Dieu pour le bien inénarrable dont il vous a comblé, et demandez avec ardeur l'Avènement du Messie, qui vient accomplir les augustes mystères dont le renouvellement sur l'autel est le principal soutien de la vie chrétienne.
Les Oraisons terminées, le Prêtre se tourne de nouveau vers le peuple, et lui envoie le salut, pour se féliciter avec lui de l’insigne faveur que Dieu vient d’accorder à l’assistance ; il dit :
Dominus vobiscum.
Le Seigneur soit avec vous.
Répondez-lui :
Et cum spiritu tuo.
Et avec votre esprit.
Le Diacre ensuite, ou le Prêtre lui-même, si la Messe n’est pas solennelle, dit ces paroles :
Benedicamus Domino.
Bénissons le Seigneur.
Si la Messe n’est pas du Dimanche, ou d’une Férié du Carême, il dit à l’ordinaire :
Ite, Missa est.
Retirez-vous : la Messe est finie.
Remerciez Dieu de la grâce qu’il vient de vous faire, en répondant :
Deo gratias.
Grâces soient rendues à Dieu.
Le Prêtre prie une dernière fois avant de vous bénir ; priez avec lui :
Placeat tibi , sancta Trinitas, obsequium servitutis meae et praesta ut sacrificium, quod oculis tuae Majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Grâces vous soient rendues, adorable Trinité, pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d’assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j’ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.
Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant :
Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Amen.
Que le Dieu tout-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ! Amen.
Il lit enfin la Leçon de l’Évangile selon saint Jean, qui annonce l’éternité du Verbe et la miséricorde qui l’a porté à prendre notre chair et à habiter en nous, afin de nous arracher à nos ténèbres et de nous rendre Enfants de Dieu.
v. Dominus vobiscum ;
v. Le Seigneur soit avec vous ;
r. Et cum spiritu tuo.
r. Et avec votre esprit.
Le dernier Évangile.
Initium sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. I.
Le commencement du saint Évangile selon saint Jean. Chap. I.
In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera, quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in Nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratia et veritatis.
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n’a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même. ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, et il a habité en nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.
CHAPITRE VI. PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION AU TEMPS DE L'AVENT.
Bien que toutes choses soient disposées pour l’Avènement du Sauveur en la fête de Noël, et que les fidèles doivent, durant ce saint temps, vivre dans une attente solennelle, telle est cependant l’heureuse condition des enfants de la Loi nouvelle, qu’il ne dépend que d’eux de recevoir, par avance, Celui que L’Église attend, en sorte que cette visite secrète devienne une préparation à la solennelle visite. Que ceux-là donc qui sont déjà vivants par la grâce, ci auxquels le grand jour de la Naissance de Jésus-Christ doit apporter un surcroît de vie spirituelle, n’oublient pas de venir, de temps en temps, préluder à la réception qu’ils comptent faire au céleste Époux, dans la Nuit mystérieuse, par quelques-unes de ces entrevues qui ouvrent le cœur et servent à nourrir en lui les sentiments dont il devra faire l’offrande à celui qui vient plein de grâce et de vérité.
Pour bien comprendre ceci, il suffira de porter sa pensée sur l’auguste Marie, et de méditer sur les sentiments de son âme dans les jours qui précédèrent le divin Enfantement. Certes, cet enfantement est un événement plus décisif pour le salut du genre humain, et pour la gloire de Marie elle-même, que celui qui s’accomplit à l’instant même de l’Incarnation, puisque le Verbe ne s’incarnait que pour naître L’insigne bonheur de voir entre ses bras son Fils et son Dieu, dut rendre plus délicieuse pour elle l’heure sacrée de la Naissance du Sauveur, que ne l’avait été cette autre heure en laquelle l’Esprit-Saint survint en elle, et la rendit divinement féconde ; mais aussi quelle ne fut pas la félicité dont son cœur était inondé, durant les neuf mois où elle le sentit vivre tout à elle, dans son heureux sein ! De pareilles joies préludaient dignement aux joies de la nuit fortunée de Bethléhem.
Ames chrétiennes, la sainte Communion, au temps de l’Avent, doit vous associer à ces joies intimes delà Mère de Dieu. Lors donc que, rendues au pied de l’autel, vous travaillerez, dans le recueillement et la prière, à vous disposer d’une manière prochaine à l’entrée du Sauveur en vous, peut être pourrez-vous tirer quelque profit des sentiments et des affections que nous avons cru pouvoir vous suggérer par les Actes suivants.
AVANT LA COMMUNION.
ACTE DE FOI.
Au moment de vous sentir entrer en moi, ô Dieu éternel, Fils du Père, j’éprouve le besoin de ranimer ma foi. C’est donc vous-même qui allez venir à moi, vous qui êtes descendu en la Vierge Marie, et avez fait de son sein virginal le sanctuaire de votre Majesté ! Vous lui envoyâtes votre Ange, et elle crut à sa parole, quand il lui eut dit : Rien n’est impossible à Dieu ; l’Esprit-Saint surviendra en vous, et la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Elle crut, et conçut dans ses chastes entrailles celui qui l’avait tirée du néant. Vous ne m’avez pas envoyé un Ange, ô mon Sauveur ! pour m’assurer que vous allez venir en moi. Vous avez parlé vous-même, et vous avez dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel, celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. Cette parole que vous avez proférée il y a dix-huit siècles, vous avez voulu qu’elle me parvînt par l’organe de votre Église, afin que j’eusse en même temps la certitude de vous entendre, et le mérite d’abaisser ma raison devant le plus profond des mystères. Je crois donc, ô mon Sauveur ! Aidez la faiblesse de ma foi. Donnez-moi de m’incliner, comme Marie, devant votre souveraine raison ; et puisque voulez venir en moi, je veux dire comme elle, en baissant la tête : Qu’il me soit fait selon votre parole ; car je ne suis que néant et vous n’êtes que sagesse et puissance.
ACTE D’HUMILITE.
Mais, ô mon Sauveur ! en venant choisir votre demeure au sein de la glorieuse Vierge, vous ne descendiez du ciel que pour entrer en un autre Paradis. Vous l’aviez préparée, dès sa conception, par toutes sortes de grâces ; elle-même vous avait été fidèle plus que tous les Anges et tous les hommes ensemble. Comment pourrez-vous donc choisir mon cœur si indigne, pour le lieu de votre repos ? Combien de fois, frappant amoureusement à sa porte, n’avez-vous pas été refusé ? Et, eût-il été toujours fidèle, quelle proportion de sa bassesse à votre souveraine dignité : Élisabeth s’humilie de recevoir la visite de Marie : D’où me vient cet honneur ? dit-elle ; et voici que non plus seulement la Mère de Dieu, mais Dieu même veut me visiter, et d’une manière si intime, qu’il ne se peut d’union plus étroite. Celui qui me . dites-vous, demeure en moi et moi en lui. O Fils de Dieu ! votre œil se plaît donc à rechercher ce qu’il y a de plus infirme, pour que votre cœur prenne ensuite plaisir à s’y attacher ? J’admire cette conduite ; mais lorsque je viens à sentir que j’en suis moi-même l’objet, je m’abîme dans mon néant, et je vous supplie de me le faire mieux connaître encore, afin que tout en moi, quand vous y viendrez, confesse votre gloire, votre miséricorde, votre souverain pouvoir.
ACTE DE CONTRITION.
Encore si je pouvais, ô mon Sauveur ! me rendre le témoignage de ne sentir en moi que mon néant, qui fit obstacle à l’union glorieuse à laquelle vous me conviez ! je m’approcherais de vous à la suite de Marie l’immaculée, mon auguste Reine, et j’oserais porter ma main sur les miettes du festin auquel elle s’assied près de vous. Mais il n’y a rien de commun entre l’innocence et le péché, entre la lumière et les ténèbres. J’ai été votre ennemi, ô mon Sauveur ! et vous voulez entrer en mon cœur à peine cicatrisé de ses plaies honteuses. Vous annoncez vouloir y prendre vos ébats comme en celui de Marie. Oh ! combien vous me faites comprendre par là la malice de mes fautes, puisque c’est à vous, si généreux, si plein d’amour, que j’ai osé m’attaquer ! Que ferai-je donc, en attendant l’instant où vous allez descendre au milieu de mes ténèbres, pour les transformer en lumière, si ce n’est de renouveler le repentir que me causent les péchés si nombreux par lesquels je vous ai perdu, ceux aussi par lesquels je vous ai contristé sans vous perdre ? Agréez ma contrition, ô mon Sauveur ! c’est ainsi que je veux préparer votre voie jusqu’à mon cœur, en redressant en moi tout ce qui s’oppose à la rectitude de votre sainte Loi.
ACTE D’AMOUR.
Car, ô mon Sauveur ! je voudrais vous aimer, comme Marie elle-même vous a aimé. N’êtes-vous pas mon Souverain, comme vous étiez le sien ? Et, de plus, ne m’avez-vous pas donné, en me remettant mes péchés, des marques de tendresse qu’elle n’a pas connues ? Je vous aime donc, ô Jésus ! qui allez venir en moi, et je me réjouis de votre venue ; car vous augmenterez mon amour. Marie, jusqu’au moment où vous entrâtes en elle, avait vécu dans la sainteté et la justice ; elle vous avait aimé uniquement ; mais lorsqu’elle vous sentit en elle, lorsqu’elle sentit que vous n’étiez plus qu’une seule et même chose avec elle, son amour s’accrut encore et perdit toute mesure. Qu’il en arrive ainsi de mon cœur, au moment où vous entrerez en lui, ô mon Sauveur ! Mais venez bientôt ; car si, d’une part, je suis indigne de votre visite, de l’autre je suis contraint de la désirer, puisque vous êtes le Pain qui donne la vie au monde, le Pain de chaque jour, à l’aide duquel nous devons prolonger notre vie, jusqu’au jour de l’éternité. Venez donc, Seigneur Jésus ! mon cœur est prêt et se confie en vous. Sainte Vierge Marie, par la joie que vous avez ressentie de posséder en vous Celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, soyez-moi en aide, afin qu’il trouve mon âme purifiée et attentive. Saints Anges qui considériez avec tant d’étonnement et de respect cette simple créature portant Dieu en elle, ayez pitié d’un pécheur, dont le cœur, naguère au démon, va dans un moment dÈvenir le tabernacle de Dieu. Saints et Saintes du ciel, et vous spécialement, mes fidèles Patrons, environnez-moi au moment où va descendre en moi, homme pécheur et mortel, Celui en qui vous vivez à jamais, justes et immortels.
Pour compléter cette Préparation, suivez avec foi et avec une religieuse attention tous les mystères de la Messe à laquelle vous dÈvez communier, produisant les actes que nous avons exposes au Chapitre V ; et quand vous aurez reçu la visite du Seigneur, vous pourrez vous aider des prières suivantes, dans l’Action de grâces qui reste à faire.
APRÈS LA COMMUNION.
ACTE D’ADORATION.
Souveraine Majesté de Dieu, vous avez donc daigné descendre en moi. Ce privilège accordé autrefois à la Vierge bénie est donc aussi le mien. Qui me donnera en ce moment de vous adorer profondément, comme elle vous adora ? Le sentiment de sa bassesse et de son indignité, dans cet instant suprême, l’eût anéantie, si, d’autre part, voire amoureuse tendresse ne l’eût soutenue, en favorisant cette ineffable union du Créateur et de la créature. O mon Dieu ! je ne sens point aussi vivement ma bassesse, et surtout mon indignité, qui pourtant est bien plus grande ; mais je vois du moins qu’il vous a fallu franchir des obstacles infinis pour venir ainsi jusqu’à moi, pour dÈvenir ainsi mon bien et mon trésor. Que ferai-je donc qui soit digne de vous, et qui puisse vous dédommager de l’humiliation que vous encourez pour mon amour ? Je ne puis que vous adorer, que m’humilier, s’il était possible, jusqu’au néant ; et comme cette adoration est trop indigne de vous, j’ose vous représenter en ce moment celle que vous offrit Marie elle-même, au moment où elle se sentit Mère de son Dieu, et durant les neuf mois que vous lui demeurâtes uni. Vous me l’avez donnée pour mère ; souffrez que je dispose ainsi des biens qui sont à elle : elle les tient, pour votre gloire, à la disposition de tous ses enfants.
ACTE DE REMERCIEMENT.
Mais, ô mon Sauveur ! Marie ne se borna pas à vous adorer en elle-même ; son heureux cœur s’épancha bientôt dans l’effusion de la reconnaissance. Elle se voyait distinguée par vous entre toutes les filles de son peuple ; que dis-je ? entre toutes les générations qui l’avaient précédée et toutes celles qui devaient la suivre : son âme tressaillait donc d’allégresse, et sa bouche put à peine rendre l’expression affaiblie de la joie qui était en elle. Oh ! disait-elle, Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses ; il a regardé ma bassesse, et toutes les générations me proclameront Bienheureuse. Et moi, ô mon Sauveur, ne m’avez-vous pas distingué entre mille et entre dix mille, par le bienfait que vous venez de m’accorder ? Vous m’avez fait naître dans les temps qui ont suivi votre Incarnation, et aujourd’hui même à combien d’autres de mes frères ne me préférez-vous pas ? Je vous possède en moi ; je connais le prix de votre Avènement ; mais combien d’hommes ne vous possèdent point ainsi, ne vous connaissent même pas ! Vous les avez tous invités, il est vrai ; mais un grand nombre n’ont pas voulu venir ; et tandis que vous m’avez contraint de venir à vous par les forts et doux moyens de votre miséricorde, vous les avez négligés dans votre justice. Soyez béni, ô mon Dieu, qui aimez toutes les œuvres de vos mains, et voulez que personne ne périsse, sinon par sa faute ; mais qui multipliez en faveur de plusieurs les infinies ressources de votre amour.
ACTE D’AMOUR.
Je vous aimerai donc aussi, ô mon Dieu ! puisque J vous m’avez aimé le premier, et je vous aimerai d’autant plus qu’étant venu en moi, vous ayez centuplé mes forces pour vous aimer. N’en a-t-il pas été ainsi de Marie, lorsque vous eûtes choisi en elle votre habitation ? Jusque-là, nulle créature ne vous avait été plus fidèle, n’avait mieux mérité d’être préférée à toutes les autres pour cette riche faveur que vous destiniez de toute éternité à une fille des hommes. Mais lorsque vous fûtes entré en elle, quand votre personne divine eut touché sa sainte mais faible mortalité, Marie, transformée, pour ainsi dire, en vous, connut un amour que jusque-là elle n’avait pas connu. Ainsi puisse-t-il en être de moi, ô Jésus ! Puisse ma vie propre se perdre dans la vôtre ! car la visite que vous venez de me faire n’est point une visite à la façon de celles que les hommes se rendent entre eux. Vous avez pénétré, non dans ma maison, mais dans le plus intime de mon âme ; et selon la parole de votre saint Apôtre, je ne vis plus, mais c’est vous-même qui vivez en moi. Je dois donc vous aimer, si je m’aime moi-même, puisque vous demeurez en moi et moi en vous, je ne veux plus me séparer de vous ; je veux au contraire n’avoir plus avec vous qu’un seul cœur et une seule vie, jusque dans l’éternité.
ACTE DE DÉVOUEMENT.
Mais, ô mon âme, si tu aimes le Seigneur ton Dieu, songe à vivre pour lui. La présence de Jésus-Christ en Marie ne produit pas seulement en elle, au moment où elle se fait sentir, un dévouement complet aux intérêts et à la gloire de Celui qui est à la fois son Dieu et son fils. Marie puise dans cette présence intime le principe de ce ferme attachement à toutes les volontés divines, qui lui donnera de traverser sans faiblir toutes les épreuves qui l’attendent. Vous avez voulu pareillement, ô mon Sauveur ! m’encourager par cette visite. Jusqu’au jour où je dois sortir de ce monde et paraître devant vous, je sens qu’il me faut cheminer dans une voie souvent semée d’obstacles, et quelquefois dure à gravir. Si je vous aime, je triompherai de tout ; et comment ne vous aimerai-je pas, au seul souvenir de cette visite que vous venez de me faire, et que vous daignerez renouveler toutes les fois que j’en aurai le désir sincère ? Je suis donc à vous, comme vous êtes à moi ; considérez ma grande faiblesse et fortifiez-moi. Je me repose de tout sur votre miséricorde, dont je viens de recevoir la plus riche de toutes les preuves.
O Marie, gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin Fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain bien dont l’immuable possession vous rend à jamais heureux.
CHAPITRE VII. DE L’OFFICE DES VÊPRES DES DIMANCHES ET DES FÊTES, AU TEMPS DE L'AVENT.
Les limites étroites de ce volume ne nous permettant pas de donner le texte de tous les Offices du jour et de la semaine, au temps de l'Avent, nous nous bornons à expliquer ici les Vêpres du Dimanche et les Complies, qui, avec la Messe, sont les seuls Offices auxquels, pour l'ordinaire, les simples fidèles prennent part, durant cette partie de l'Année Liturgique. L’Office des Vêpres, ou Office du soir, se compose d’abord de cinq Psaumes, dont on trouvera les Antiennes à chaque Dimanche, au Propre du Temps.
L’Office commence par le cri ordinaire de l’Église :
v. Deus, in adjutorium meum intende.
v. O Dieu ! venez à mon aide !
r. Domine, ad adjuvandum me festina.
r. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.
Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ.
Louange à vous, Seigneur, Roi de l’éternelle gloire.
Le premier de ces Psaumes est prophétique sur les grandeurs du Messie, et il convient d'autant mieux de confesser en ce temps la gloire du Verbe incarné, qu'il nous apparaît plus anéanti par son amour dans les jours qui précèdent sa divine Naissance.
PSAUME CIX.
Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis.
Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.
Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum.
De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.
Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.
Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;
Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in eternum secundum ordinem Melchisedech.
Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.
Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges.
O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.
Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu - Homme , vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.
O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
Il s’est abaissé pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.
Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple, l’Alliance promise, la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses promesses.
PSAUME CX.
Confitebor. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.
Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l’assemblée des justes.
Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.
Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.
Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.
Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.
Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se.
Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.
Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.
Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.
Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium.
Il donnera à son Église l’héritage des nations : tout ce qu’il fait est justice et vérité.
Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate.
Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.
Redemptionem misit populo suo : * mandavit in æternum testamentum suum.
Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.
Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini.
Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.
Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi.
La lumière et l’intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.
Le troisième Psaume chante la félicité de l’homme juste et ses espérances au jour du second Avènement du Seigneur. Il exprime aussi la confusion du pécheur en ce jour terrible
PSAUME CXI.
Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.
Heureux l’homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !
Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.
Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.
Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi.
La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors , et miserator, et justus.
Une lumière s’est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c’est le Seigneur, le Dieu miséricordieux , clément et juste, qui s’est donné aux hommes.
Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur.
Heureux l’homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu’à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.
In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.
La mémoire du juste sera éternelle ; s’il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.
Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.
Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.
Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.
Il a répandu l’aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.
Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.
Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.
Le quatrième Psaume est un Cantique de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et a daigné la relÈver par l'incarnation.
PSAUME CXII.
Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.
Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.
Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.
Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.
Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.
De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.
Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.
Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?
Par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,
Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.
Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.
Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.
C’est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.
Le cinquième Psaume rappelle les prodiges de l’ancienne Alliance, et doit rÈveiller par là même l'espérance de voir s'accomplir, à la venue du Messie, les figures du peuple d'Israël.
PSAUME CXIII
In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro.
Lorsque Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob élu milieu d’un peuple barbare ;
La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.
Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.
La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.
A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.
Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.
Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.
O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?
Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.
Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?
Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum :
A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,
Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?
Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d’eaux vives.
Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.
Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;
Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.
A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Super misericordia tua, et veritate tua : * ne quando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?
Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu’il a voulu.
Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.
Les idoles des nations ne sont que de l’or et de l’argent, et l’ouvrage des mains des hommes.
Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.
Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.
Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.
Elles ont des oreilles, et n’entendent point ; des narines, et ne sentent point.
Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent , et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo.
Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.
Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.
Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est.
La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.
Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.
Le Seigneur s’est souvenu de nous, et il nous a bénis.
Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.
Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron.
Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros.
Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.
Cœlum cœli Domino : * terram autem dedit filiis hominum.
Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.
Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.
Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !
Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum.
Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.
Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum.
Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;
Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.
Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd’hui et à jamais.
Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.
Après les cinq Psaumes, l’Église place une petite Leçon des saintes Ecritures, connue sous le nom de Capitule, parce qu’elle est toujours très courte. Elle se trouve placée à chaque dimanche. On chante ensuite l’Hymne.
HYMNE.
Creator alme siderum, Aeterna lux credentium,Iesu, Redemptor omnium, Intende votis supplicum.
Fécond auteur des cieux, lumière éternelle des croyants, Rédempteur de tous les hommes, ô Jésus ! écoutez nos supplications.
Qui daemonis ne fraudibus Periret orbis, impetu Amoris actus, languidi Mundi medela factus es.
Le monde allait périr par les pièges du démon ; dans l'élan de votre amour, vous vous êtes fait le remède de ses maux.
Commune qui mundi nefas Ut expiares, ad crucem E Virginis sacrario Intacta prodis victima.
Pour expier le crime universel de notre race, victime destinée à la croix, vous sortez de l'auguste sein de la Vierge
Cuius potestas gloriae, Nomenque cum primum sonat, Et caelites et inferi Tremente curvantur genu.
Au bruit de votre gloire et de votre puissance, à votre Nom seul, tout tremble, cieux et enfer; tout fléchit le genou.
Te deprecamur, ultimae Magnum diei IudicemArmis supernae gratiae Defende nos ab hostibus.
Juge souverain du grand jour, nous vous en supplions, daignez nous défendre de nos ennemis par les armes de la grâce céleste.
Virtus, honor, laus, gloria Deo Patri cum Filio,Sancto simul Paraclito, In saeculorum saecula.Amen.
Louange, honneur, puissance et gloire à Dieu le Père et à son Fils, ainsi qu'au saint Consolateur, dans les siècles des siècles. Amen.
Après l'Hymne, L'Église chante, tous les jours de l'année, à l'Office des Vêpres, le Cantique dans lequel la saine Vierge, toute remplie du Dieu qu'elle portait dans son sein, fit éclater, en présence de sainte Élisabeth, les transports de sa joie et de sa reconnaissance. Ce Cantique convient surtout au temps de l'Avent ; car nous voici maintenant dans les jours où l'auguste Vierge est encore unie à son précieux fardeau. Chantons donc avec elle l'honneur insigne qu'elle a reçu de Dieu, le triomphe de cette humilité profonde qui l'a rendue digne d'un tel honneur, la défaite des esprits superbes chassés du ciel, l'exaltation de la créature humaine, si faible et si misérable, à la place des anges tombés.
CANTIQUE DE MARIE.
Magnificat : * anima mea Dominum.
Mon âme glorifie le Seigneur,
Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo.
Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.
Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m’appelleront Bienheureuse.
Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.
Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;
Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.
Et sa miséricorde s’étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.
Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.
Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.
Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.
Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.
Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula.
Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.
Les Antiennes de Magnificat et les Oraisons se trouvent à chaque Dimanche.
CHAPITRE VIII. DE L’OFFICE DE COMPLIES, AU TEMPS DE CARÊME.
Cet Office, qui est la conclusion de tous ceux de la journée, s’ouvre par un avertissement sur les périls de la nuit, lequel est bientôt suivi de la Confession générale des péchés, comme un moyen de se rendre favorable la justice divine, avant d’aller courir les hasards du sommeil, si voisin de la mort.
Le Lecteur s’adresse au Prêtre, et lui dit :
v. Jube, Domne, benedicere.
v. Mon Père, veuillez me bénir !
Le Prêtre répond :
Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens. r. Amen.
Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse. r. Amen.
Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la première Épître de saint Pierre :
Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.
Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !
Le Chœur répond :
r. Deo gratias.
r. Rendons grâces à Dieu.
Puis le Prêtre :
v. Adjutorium nostrum in Nomine Domini.
v. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.
Le Chœur :
r. Qui fecit cœlum et terram.
r. C’est lui qui a fait le ciel et la terre.
On récite ensuite l’Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.
Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d’Absolution, s’écrie :
v. Converte nos , Deus, Salutaris noster.
v. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !
r. Et averte iram tuam a nobis.
r. Et détournez votre colère de dessus nous.
v. Deus, in adjutorium meum intende.
v. O Dieu ! venez à mon aide.
r. Domine, ad adjuvandum me festina.
r. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
Gloria Patri, etc.
Gloire au Père, etc.
Le premier Psaume célèbre l’espérance avec laquelle le juste s’endort dans la paix ; bien différent du pécheur qui s'agite dans l'inquiétude. Il annonce le Verbe éternel, Lumière du Père, qui s'apprête à luire sur nous.
PSAUME IV
Cum invocarem exaudivit me Deus justitiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi.
Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m’a exaucé ; vous m’avez mis au large, quand j’étais dans l’affliction.
Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ?
Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?
Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.
Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum.
Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini.
La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c’est vous qui donnez la joie à mon cœur.
Sacrificate sacrificium justitiae, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ?
Pour eux, la richesse est dans l’abondance du vin, de l’huile et du froment.
Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo.
In pace in idipsum : * dormiam et requiescam.
Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me.
Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;
Miserere mei : * et exaudi orationem meam.
Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l’espérance.
A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt.
L’Église a placé ici les six premiers versets du Psaume trentième, parce qu’ils contiennent la prière du Sauveur mourant : Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles qui viennent si à propos dans l’Office du soir. Au temps de l'Avent, L’Église s'approprie d'une manière spéciale les endroits de ce Psaume où David implore celui qui est le Libérateur et le Sauveur.
PSAUME XXX.
In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me.
En vous, Seigneur, j’ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans votre justice.
Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me.
Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.
Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias.
Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.
Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me.
Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de votre Nom.
Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus.
Vous me tirerez du piège qu’on m’a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.
In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis.
Je remets mon esprit entre vos mains : c’est vous qui m’avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité !
Le troisième Psaume expose d’abord les motifs de la confiance du juste, au milieu même des périls de la nuit ; ensuite, Dieu parle lui-même et promet de manifester le Sauveur promis.
PSAUME XC
Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei coeli commorabitur.
Celui qui habite dans l’asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.
Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum.
Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j’espérerai en lui.
Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.
Scapulis suis obumbrabit tibi : * et sub pennis ejus sperabis.
Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l’espérance sous ses ailes.
Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno.
Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,
A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano.
Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.
Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit.
Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.
Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l’impie.
Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.
Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut.
Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.
Le mal n’approchera pas de toi, et les fléaux s’éloigneront de ta tente ;
Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis.
Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.
In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.
Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
Quoniam in me speravit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.
Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.
Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum.
Dieu dira de toi : Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai,
Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.
Parce qu’il a connu mon nom.
Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.
Il criera vers moi, et je l’exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l’en retirerai et le glorifierai.
Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.
Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.
Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.
Le quatrième Psaume invite les Serviteurs de Dieu à faire entendre sans relâche la prière nocturne. Les fidèles doivent le réciter dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui suscite dans son Église des adorateurs de son Nom, dont la noble vocation est de lÈver les mains le jour et la nuit pour le salut d’Israël, et sur la prière desquels le monde se repose et accomplit ses destinées.
PSAUME CXXXIII.
Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini.
Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.
Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri.
Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,
In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum.
ÉlÈvez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.
Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram.
Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Ant.Miserere mihi, Domine , et exaudi orationem meam.
Ant.Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.
HYMNE.
Te lucis ante terminum, Rerum Creator , poscimus, Ut pro tua clementia, Sis praesul et custodia.
Avant que la lumière disparaisse , nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d’être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.
Procul recedant somnia, Et noctium phantasmata, Hostemque nostrum comprime, Ne polluantur corpora.
Que les songes et les fantômes de la nuit s’enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu’il ne profane point nos corps.
Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne saeculum. Amen.
Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux , et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l’Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.
CAPITULE. (Jerem. XIV.)
Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster.
Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !
r. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas.
r. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.
v. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo.
v. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.
Gloria. In manus tuas.
Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.
v. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi.
v. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l’œil.
r. Sub umbra alarum tuarum protege nos.
r. Protégez-nous à l’ombre de vos ailes.
Le Cantique du vieillard Siméon qui, tenant dans ses bras l’Enfant divin, le proclama la Lumière des nations, et s’endormit ensuite du sommeil des justes, offre une expression touchante du repos que le fidèle dont le cœur est uni à Dieu goûtera en Jésus-Christ, parce que, comme dit l’Apôtre, soit dans la veille, soit dans le sommeil, nous vivons avec celui qui est mort pour nous. (I Thess. V, 10.)
CANTIQUE DE SIMÉON.
Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace.
C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;
Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum,
Parce que mes yeux ont vu le Sauveur
Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.
Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,
Lumen ad rÈvelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël.
Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d’Israël.
Gloria Patri, et Filio, etc.
Gloire au Père, et au Fils, etc.
Ant.Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace.
Ant.Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.
PRIÈRES
Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison.
Seigneur, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
Pater noster, etc.
Notre Père, etc.
v. Et ne nos inducas in tentationem ;
v. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ;
r. Sed libera nos a malo.
r. Mais délivrez-nous du mal.
Credo in Deum.
Je crois en Dieu, etc.
v. Carnis resurrectionem,
v. La résurrection de la chair,
r. Vitam æternam. Amen.
r. La vie éternelle. Amen.
v. Benedictus es, Domine Deus patrum nostrorum ;
v. Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères !
r. Et laudabilis et gloriosus in sæcula.
r. Digne de louange et de gloire dans l’éternité.
v. Benedicamus Patrem et Filium cum Sancto Spiritu ;
v. Bénissons le Père et le Fils avec le Saint-Esprit ;
r. Laudemus et superexaltemus eum in saecula.
r. Louons-le, et exaltons-le dans les siècles.
v. Benedictus es, Domine, in firmamento cœli ;
v. Vous êtes béni, Seigneur, au firmament du ciel ;
r. Et laudabilis, et gloriosus, et superexaltatus in saecula.
r. Digne de louange, de gloire et de triomphe dans l’éternité.
v. Benedicat, et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus.
v. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous bénisse et nous conserve.
r. Amen.
r. Amen.
v. Dignare, Domine, nocte ista,
v. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,
r. Sine peccato nos custodire.
r. Nous garder de tout péché.
v. Miserere nostri, Domine.
v. Ayez pitié de nous, Seigneur !
r. Miserere nostri.
r. Ayez pitié de nous !
v. Fiat misericordia tua, Domine, super nos,
v. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,
r. Quemadmodum speravimus in te.
r. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.
v. Domine , exaudi orationem meam ;
v. Seigneur, exaucez ma prière ;
r. Et clamor meus ad te veniat.
r. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.
Après ces Prières, que l’on omet si le lendemain on célébrait la fête double d’un Saint, le Prêtre dit :
v. Dominus vobiscum ;
v. Que le Seigneur soit avec vous ;
r. Et cum spiritu tuo.
r. Et avec votre esprit.
ORAISON.
Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Visitez, s’il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l’ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu’ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
v. Dominus vobiscum ;
v. Que le Seigneur soit avec vous ;
r. Et cum spiritu tuo.
r. Et avec votre esprit.
v. Benedicamus Domino.
v. Bénissons le Seigneur.
r. Deo gratias.
r. Rendons grâces à Dieu.
Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.
Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.
r. Amen.
r. Amen.
ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.
Alma Redemptoris Mater, quae pervia cœli Porta manes, et Stella maris, succurre cadenti. Surgere qui curat populo, Tu quae genuisti, Natura mirante, tuum sanctum Genitorem. Virgo prius ac posterius, Gabrielis ab ore Sumens illud Ave, peccatorum miserere.
Mère féconde du Rédempteur, vous qui êtes la Porte du ciel et l’Étoile de la mer, secourez ce peuple qui tombe, mais qui désire se relÈver. Au grand étonnement de la nature, vous avez donné naissance à votre divin auteur. Vierge dans la conception, Vierge après l’enfantement, vous à qui Gabriel adresse le salut, daignez prendre pitié des pauvres pécheurs.
v. Angelus Domini nuntiavit Mariae ;
v. L’Ange du Seigneur annonça à Marie,
r. Et concepit de Spiritu Sancto.
r. Et elle conçut du Saint-Esprit.
OREMUS.
PRIONS.
Gratiam tuam, quaesumus Domine, mentibus nostris infunde, ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per Passionem ejus et Crucem ad Resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. r. Amen.
Répandez, s’il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes, afin que nous qui avons connu, par la voix de l’Ange, l’Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions par sa Passion et sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. r. Amen.
L’AVENT
PROPRE DU TEMPS
Nous comprenons ici, sous le titre de Propre du Temps, l’Office mobile des Dimanches et des Fériés de l’Avent. Dans notre désir de faire goûter aux fidèles la plus pure fleur de la Liturgie de ce saint temps, nous avons éprouvé quelque embarras sur la méthode à suivre. En effet, si nous eussions voulu faire valoir toutes les richesses de ces Offices, quatre volumes à peine eussent pu nous suffire, et nous craignions d’être à charge. Cette considération nous a engagé à nous imposer des limites, et à faire un choix parmi tant de trésors.
Voici le plan auquel nous nous sommes arrêté. Nous donnons en entier la Messe et les Vêpres des quatre Dimanches de l’Avent. Aux jours de Férié, nous produisons au moins une des Leçons d’Isaïe assignées dans l’Office des Matines ; nous plaçons ensuite une Hymne, une Séquence, ou toute autre pièce poétique. Ces pièces ont toutes été empruntées aux sources les plus graves, savoir aux Bréviaires Romain et Mozarabe, à l’Anthologie et aux Menées des Grecs, aux Missels français et étrangers du moyen âge, etc. A la suite de cette Hymne ou Séquence, nous avons placé une Prière éloquente et pleine d’onction, tirée des Missels Ambrosien, Gallican ou Mozarabe ; en sorte que les fidèles trouveront dans notre collection une abondance de formules liturgiques jusqu’ici sans exemple, et dont l’autorité sera d’autant plus grande, que toutes ces pièces sont empruntées à des sources anciennes et approuvées.
Nous n’avons pas jugé à propos de joindre un commentaire à chacune des formules liturgiques que nous réunissons ici. Il nous a paru suffisant d’en donner la clef d’une manière générale, en rédigeant l’ouvrage entier sous la forme d’un commentaire affectif qui suffit pour lier les diverses parties, et pour éclairer le lecteur, sans le fatiguer par des redites ou des banalités.
Nous avons réservé, pour le Propre des Saints, les grandes Antiennes et l’Office de la Vigile de Noël, parce que ces célèbres Antiennes et cette Vigile sont à jour fixe au Calendrier comme les fêtes des Saints, et que pour les insérer au Propre du Temps, en la place qu’elles occupent dans les Bréviaires, il eût été nécessaire d’introduire dans ce livre, destiné aux laïques, de véritables Rubriques dont la complication eût effrayé plusieurs personnes.
LE PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT
Ce Dimanche, le premier de l’Année Ecclésiastique, est appelé, dans les chroniques et les chartes du moyen âge, le Dimanche Ad te levavi, à cause des premiers mots de l’Introït, ou encore le Dimanche Aspiciens a longe, à cause des premières paroles d’un des Répons à l’Office de Matines.
La Station [Les Stations marquées au Missel romain, pour certains jours de l’année, étaient autrefois des Processions dans lesquelles tout le Clergé et tout le peuple se rendaient à une église désignée pour cet effet, et y célébraient l’Office et la Messe. Cet usage, qui remonte aux premiers temps de l’Église Romaine, et dont saint Grégoire le Grand n’a été que le restaurateur, existe encore aujourd’hui dans un certain degré ; et les Stations continuent de s’accomplir, quoique avec moins de pompe et de concours, à tous les jours marqués au Missel.] est à Sainte-Marie-Majeure ; c’est sous les auspices de Marie, dans l’auguste Basilique qui garde la Crèche de Bethléem, et qui pour cela est appelée dans les anciens monuments Sainte-Marie ad Praesepe, que l’Église Romaine recommence chaque année le Cycle sacré. Il était impossible de choisir un lieu plus convenable pour saluer l’approche du divin Enfantement qui doit enfin réjouir le ciel et la terre, et montrer le sublime prodige de la fécondité d’une Vierge. Transportons-nous par la pensée dans ce temple auguste, et unissons-nous aux prières qui s’y font entendre ; ce sont les mêmes que celles qui vont être exposées ici.
A l’Office de la nuit, l’Église commence aujourd’hui la lecture du Prophète Isaïe, celui de tous qui a prédit avec le plus d’évidence les caractères du Messie, et elle continue cette lecture jusqu’au jour même de Noël inclusivement. Efforçons-nous dégoûter les enseignements du saint Prophète, et que l’œil de notre foi découvre avec amour le Sauveur promis, sous les traits tantôt gracieux, tantôt terribles, à l’aide desquels Isaïe nous le dépeint.
Les premières paroles de l’Église, au milieu de la nuit, sont celles-ci :
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
Après avoir rempli ce devoir suprême d’adoration, écoutons l’oracle d’Isaïe qui nous est transmis parla sainte Église.
Incipit liber Isaiae Prophetae. Cap. I
Ici commence le livre du Prophète Isaïe. Chap. I.
Visio Isaiae filii Amos quam vidit super Iudam et Hierusalem in diebus Oziae, Ioatham Achaz, et Ezechiae regum Iuda. Audite caeli et auribus percipe terra quoniam Dominus locutus est filios enutrivi et exaltavi ipsi autem sprÈverunt me. Cognovit bos possessorem suum et asinus praesepe domini sui Israel non cognovit populus meus non intellexit. Vae genti peccatrici populo gravi iniquitate semini nequam filiis sceleratis. Dereliquerunt Dominum blasphemaverunt Sanctum Israel abalienati sunt retrorsum super quo percutiam vos ultra addentes praevaricationem omne caput languidum et omne cor maerens A planta pedis usque ad verticem non est in eo sanitas vulnus et livor et plaga tumens non est circumligata nec curata medicamine neque fota oleo
Vision d’Isaïe, fils d’Amos, qu’il a vue sur Juda et Jérusalem dans les jours d’Ozias, Joathan, Achaz, et Ezéchias, rois de Juda. Cieux, écoutez ; terre, prête l’oreille ; car le Seigneur a dit : J’ai nourri des enfants et je les ai élevés ; mais eux, ils m’ont méprisé. Le bœuf connaît son maître, et l’âne la crèche de son seigneur : mais Israël ne m’a point connu, et mon peuple a été sans intelligence. Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d’iniquités, à la race mauvaise, aux fils scélérats. Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont blasphémé le Saint d’Israël, ils sont retournés en arrière. Où vous frapperai-je de nouveau, vous qui ajoutez sans cesse de nouvelles prévarications ? Toute tête est languissante, et tout cœur désolé. De la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y a rien de sain dans mon peuple. Ce n’est que blessure, que contusion, qu’une plaie enflammée, qui n’a point été bandée, ni pansée avec un médicament, ni adoucie avec l’huile.
Ces paroles du saint Prophète, ou plutôt de Dieu qui parle par sa bouche, doivent faire une vive impression aux enfants de l’Église, à l’entrée de la sainte carrière de l’Avent. Qui ne tremblerait en entendant ce cri du Seigneur méprisé, méconnu, au jour même où il est venu visiter son peuple ? Il a dépouillé son éclat dans la crainte d’effrayer les hommes ; et, loin de sentir la divine force de Celui qui s’abaisse ainsi par amour, ils ne l’ont point connu ; et la crèche qu’il a choisie pour y reposer après sa naissance n’a d’abord été visitée que par deux animaux sans raison. Sentez-vous, chrétiens, combien sont amères les plaintes de votre Dieu ? combien son amour méprisé souffre de votre indifférence ? Il prend à témoin le ciel et la terre, il lance l’anathème à la nation perverse, aux fils ingrats. Reconnaissons sincèrement que jusqu’ici nous n’avons point connu tout le prix de la visite du Seigneur, que nous avons trop imité l’insensibilité des Juifs qui ne s’émurent pas quand il apparut au milieu de leurs ténèbres. Ce fut en vain que les Anges chantèrent au milieu de la nuit, que les bergers furent conviés à l’adorer et à le reconnaître ; en vain que les Mages vinrent d’Orient demander où était son berceau. Jérusalem fut troublée un instant, il est vrai, à la nouvelle qu’un Roi lui était né ; mais elle retomba bientôt dans son insouciance, et ne s’enquit même pas de la grande nouvelle.
C’est ainsi, ô Sauveur ! que vous venez dans les ténèbres, et que les ténèbres ne vous comprennent pas. Oh ! faites que nos ténèbres comprennent la lumière et la désirent. Un jour viendra où vous déchirerez les ténèbres insensibles et volontaires, par l’éclair effrayant de votre justice. Gloire à vous en ce jour, ô souverain Juge ! mais gardez-nous de votre colère, durant les jours de cette vie mortelle. — Où frapperai-je maintenant ? dites-vous. Mon peuple n’est déjà plus qu’une plaie. — Soyez donc Sauveur, ô Jésus ! dans l’Avènement que nous attendons : Toute tête est languissante, et tout cœur désolé : venez relÈver ces fronts que la confusion et trop souvent aussi de viles attaches courbent vers la terre. Venez consoler et rafraîchir ces cœurs timides et flétris. Et si nos plaies sont graves et invétérées, venez, vous qui êtes le charitable Samaritain, répandre sur elles l’huile qui fait disparaître la douleur et rend la santé.
Le monde entier vous attend, ô Rédempteur ! venez vous révéler à lui en le sauvant. L’Église, votre Épouse, commence en ce moment une nouvelle année ; son premier cri est un cri de détresse vers vous ; sa première parole est celle-ci : Venez ! Nos âmes, ô Jésus ! ne veulent pas non plus cheminer sans vous dans le désert de cette vie. Il se fait tard : le jour incline au soir, les ombres sont descendues : lÈvez-vous, divin Soleil ; venez guider nos pas, et nous sauver de la mort.
A LA MESSE.
Pendant que le Prêtre se rend à l’autel pour célébrer le Sacrifice, l’Église débute par ce beau chant qui montre si bien sa confiance d’épouse ; répétons-le avec elle, du fond de notre cœur ; car le Sauveur viendra à nous dans la mesure que nous l’aurons désiré, et fidèlement attendu.
INTROÏT.
Ad te levavi animam meam : Deus meus, in te confido, non erusbescam : neque irrideant me inimici mei : etenim universi qui te expectant non confundentur.
Vers vous, ô mon Dieu ! j’ai élevé mon âme. En vous j’ai mis ma confiance, et je sais que je n’aurai point à en rougir : car vous viendrez au temps marqué. En vain les ennemis de mon salut riront de ma patience : quiconque vous attend ne sera point confondu.
Ps. Vias tuas, Domine, demonstra mihi : et semitas tuis edoce me.
Ps. Seigneur, venez me montrer la voie qui conduit à vous ; venez m’apprendre vos divins sentiers.
v. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
On répète : Ad te levavi.
On répète : Vers vous, ô mon Dieu.
Après le Kyrie eleison, le Prêtre recueille les vœux de toute l’Église dans les Oraisons suivantes, appelées pour cela Collectes.
COLLECTE.
Excita, quaesumus, Domine, potentiam tuam, et veni ; ut ab imminentibus peccatorum nostrorum periculis, te mereamur protegente eripi, te liberante, salvari. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.
Réveillez, s’il vous plaît, Seigneur, votre puissance, et venez, afin que nous méritions d’être arrachés, par votre protection, aux imminents périls où nos péchés nous engagent, et d’en être sauvés par votre secours libérateur : Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. r. Amen.
Il est juste d’implorer aussi, dans ce saint temps, la médiation toute-puissante de celle qui a d’abord été seule dépositaire du grand secret qui devait rendre la vie au monde ; disons donc avec le Prêtre :
En l’honneur de la Sainte Vierge.
Deus, qui de beatae Mariae virginis utero Verbum tuum, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti: praesta supplicibus tuis, ut, qui vere eam genitricem Dei credimus, eius apud te intercessionibus adiuvemur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
O Dieu, qui avez voulu que votre Verbe prît chair, à la parole de l’Ange, dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie ; accordez à la prière de vos serviteurs, que nous qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession.
On ajoute ensuite l’une des deux Oraisons suivantes :
Contre les persécuteurs de l’Église.
Ecclesiae tuae, quaesumus, Domine, preces placatus admitte: ut, destructis adversitatibus et erroribus universis, secura tibi serviat libertate.
Daignez, Seigneur, vous laisser fléchir par les prières de votre Église, afin que, toutes les adversités et toutes les erreurs ayant disparu, elle puisse vous servir dans une paisible liberté.
Pour le Pape.
DEUS omnium fidelium pastor et rector, famulum tuum N., quem pastorem Ecclesiae tuae praeesse voluisti, propitius respice: da ei, quaesumus, verbo et exemplo, quibus praeest, proficere; ut ad vitam, una cum grege sibi credito, perveniat sempiternam. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
O Dieu, qui êtes le Pasteur et le Conducteur de tous les fidèles, regardez d’un œil propice votre serviteur N. que vous avez mis à la tête de votre Église en qualité de Pasteur ; donnez-lui, nous vous en supplions, d’être utile par ses paroles et son exemple à ceux qui sont sous sa conduite, afin qu’il puisse parvenir à la vie éternelle avec le troupeau qui lui a été confié. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Épître.
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Romanos. Cap. XIII.
Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Romains. Chap. XIII.
Fratres: Scientes, quia hora est iam nos de somno surgere. Nunc enim propior est nostra salus, quam cum credidimus. Nox praecessit, dies autem appropinquavit. Abjiciamus ergo opera tenebrarum, et induamur arma lucis. Sicut in die honeste ambulemus: non in comessationibus, et ebrietatibus, non in cubilibus, et impudicitiis, non in contentione, et aemulatione, sed induimini Dominum Iesum Christum.
Mes Frères, nous savons qu’il est temps de nous rÈveiller de notre sommeil ; car notre salut est plus proche que lorsque nous avons commencé à croire. La nuit est sur sa fin, et le jour approche. Jetons donc au loin les œuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière. Marchons dans l’honnêteté, comme on fait en plein jour, et non dans les débauches, dans les excès de la boisson, dans les impudicités, dans les dissolutions, dans les querelles et les envies ; mais revêtez-vous de notre Seigneur Jésus-Christ.
Le Sauveur que nous attendons est donc le vêtement qui couvrira notre nudité. Admirons en cela la bonté de notre Dieu, qui, se souvenant que l’homme s’était caché après son péché, parce qu’il se sentait nu, veut bien lui servir lui-même de voile, et couvrir une si grande misère du manteau de sa divinité. Soyons donc attentifs au jour et à l’heure où il, viendra, et gardons-nous de nous laisser appesantir par le sommeil de l’habitude et de la mollesse. La lumière luira bientôt ; que ses premiers rayons éclairent notre justice, ou du moins notre repentir. Si le Sauveur vient couvrir nos péchés, afin qu’ils ne paraissent plus, nous, du moins, détruisons dans nos cœurs toute affection à ces mêmes péchés ; et qu’il ne soit pas dit que nous avons refusé le salut. Les dernières paroles de cette Épître se trouvèrent à l’ouverture du livre, quand saint Augustin, pressé depuis longtemps par la grâce divine de se donner à Dieu, voulut obéir à la voix qui lui disait : Tolle, lege ; prends, et lis. Elles décidèrent sa conversion ; il résolut tout à coup de rompre avec la vie des sens et de revêtir Jésus-Christ. Imitons son exemple en ce jour : soupirons ardemment après le cher et glorieux vêtement qui sera bientôt placé sur nos épaules par la miséricorde de notre Père céleste, et répétons avec l’Église ces touchantes paroles dont nous ne devons pas craindre de fatiguer l’oreille de notre Dieu :
GRADUEL.
Universi, qui te exspectant, non confundentur, Domine.
Seigneur, tous ceux qui vous attendent ne seront point confondus.
v. Vias tuas, Domine, notas fac mihi: et semitas tuas edoce me. Alleluia, alleluia.
v. Montrez-moi la voie qui conduit à vous, apprenez-moi vos sentiers. Alleluia, alleluia.
v. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam, et salutare tuum da nobis. Alleluia
v. Faites paraître sur nous, Seigneur, votre miséricorde, et donnez-nous le Sauveur que vous nous préparez. Alleluia.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. XXI.
La suite du saint Évangile selon saint LUC. Chap. XXI.
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: Erunt signa in sole, et luna, et stellis, et in terris pressura gentium prae confusione sonitus maris, et fluctuum: arescentibus hominibus prae timore et exspectatione, quae supervenient universo orbi: nam virtutes caelorum movebuntur. Et tunc videbunt Filium hominis venientem in nube cum potestate magna, et maiestate. His autem fieri incipientibus, respicite, et levate capita vestra: quoniam appropinquat redemptio vestra. Et dixit illis similitudinem:Videte ficulneam, et omnes arbores: cum producunt iam ex se fructum, scitis quoniam prope est regnum Dei. Amen dico vobis, quia non praeteribit generatio haec, donec omnia fiant. Caelum et terra transibunt: verba autem mea non transibunt.
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Il y aura des signes dans le soleil, et dans la lune, et dans les étoiles ; et, sur la terre, les peuples seront dans la consternation, par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots. Les hommes sécheront de frayeur dans l’attente des choses qui doivent arriver à l’univers : car les Vertus des cieux seront ébranlées. Et alors il verront le Fils de l’homme venant sur une nuée avec une grande puissance et majesté. Pour vous, lorsque ces choses commenceront d’arriver, regardez en haut et lÈvez vos têtes ; car votre rédemption approche. Et il leur fit cette comparaison : Voyez le figuier et tous les arbres : lorsqu’ils commencent à pousser, vous connaissez que l’été est proche. De même, quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Royaume de Dieu est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n’arrivent. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point.
Nous devons donc nous attendre à voir éclater tout à coup votre Avènement terrible, ô Jésus ! Bientôt vous allez venir dans votre miséricorde pour couvrir notre nudité, comme un vêtement de gloire et d’immortalité ; mais vous reviendrez un jour, et avec une si effrayante majesté que les hommes en sécheront de frayeur. O Christ ! ne me perdez pas, en ce jour de l’embrasement universel. Visitez-moi auparavant dans votre amour : je veux vous préparer mon âme. Je veux que vous preniez naissance en elle, afin qu’au jour où les convulsions de la nature annonceront votre approche, je puisse lÈver la tête, comme vos fidèles disciples, qui, vous portant déjà dans leurs cœurs, ne craindront rien de vos foudres.
Pendant l’offrande du Pain et du Vin, l’Église a les yeux fixés sur Celui qui doit venir, et chante avec persévérance son même cantique :
OFFERTOIRE.
Ad te levavi animam meam: Deus meus, in te confido, non erubescam: neque irrideant me inimici mei: etenim universi, qui te exspectant non confundentur.
Vers vous ô mon Dieu, j’ai élevé mon âme. En vous j’ai mis ma confiance, et je n’aurai point à en rougir. Que mes ennemis ne se rient point de ma patience ; car tous ceux qui vous attendent ne seront point confondus.
Après l’oblation, elle recueille en silence les vœux de tous ses membres dans les Oraisons suivantes :
SECRÈTES.
De l’Avent.
Haec sacra nos, Domine, potenti virtute mundatos, ad suum faciant puriores venire principium. Per Dominum nostrum Iesum Christum. Amen
Que ces Mystères, Seigneur, après nous avoir purifiés par leur vertu puissante, nous donnent de parvenir plus purs à Celui qui est leur principe. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
De la Sainte Vierge.
IN méntibus nostris, quaesumus, Dómine, verae fídei sacraménta confírma: ut, qui concéptum de Vírgine Deum verum et hóminem confitémur ; per ejus salutíferae resurrectiónis poténtiam, ad aetérnam mereámur perveníre laetítiam.
Daignez, Seigneur, confirmer dans nos âmes les Mystères de la vraie foi ; afin que nous qui confessons qu’un Homme-Dieu véritable a été conçu d’une Vierge, nous méritions, par la vertu de sa Résurrection salutaire, de parvenir à l’éternelle félicité.
Contre les persécuteurs de l’Église.
PROTEGE nos, Dómine, tuis mystériis serviéntes: ut, divínis rebus inhaeréntes, et córpore tibi famulémur, et mente.
Protégez-nous, Seigneur, nous qui célébrons vos Mystères, afin que, nous attachant aux choses divines, nous vous servions dans le corps et dans l’âme.
Pour le Pape.
OBLATIS, quaesumus, Dómine, placáre munéribus: et fámulum tuum N., quem pastórem Ecclésiae tuae praeésse voluísti, assídua protectióne gubérna.
Laissez-vous fléchir, Seigneur, par l’offrande de ces dons, et daignez gouverner par votre continuelle protection votre serviteur N. que vous avez voulu établir Pasteur de votre Église. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Après la Communion du Prêtre et du peuple, le Chœur chante ces belles paroles de David, pour célébrer la douceur du Fruit divin que notre Terre va produire, et qui vient de se donner par avance à ses élus. Cette Terre qui est à nous, c’est la Vierge Marie fécondée par la rosée du ciel, et qui s’ouvre, comme nous le dit Isaïe, pour produire le Sauveur.
COMMUNION.
Dominus dabit benignitatem: et terra nostra dabit fructum suum.
Le Seigneur répandra sur nous son bienfait, et notre terre produira son fruit.
Viennent ensuite les Oraisons de conclusion et d’action de grâces.
POSTCOMMUNIONS.
De l’Avent.
Suscipiamus, Domine, misericordiam tuam in medio templi tui: ut reparationis nostrae ventura solemnia congruis honoribus praecedamus. Per Dominum nostrum, Iesum Christum, Amen.
Que nous recevions, Seigneur, votre miséricorde au milieu de votre temple ; et nous célébrerons par une préparation convenable la solennité prochaine de notre régénération. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
De la Sainte Vierge.
GRATIAM tuam, quaesumus, Dómine, méntibus nostris infúnde: ut qui, Angelo nuntiánte, Christi Fílii tui incarnatiónem cognóvimus ; per passiónem ejus et crucem, ad resurrectiónis glóriam perducámur.
RÉPANDEZ, s’il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes, afin que nous, qui avons connu, par la voix de l’Ange, l’Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions, par sa Passion et sa Croix, à la gloire de sa Résurrection.
Contre les persécuteurs de l’Église..
QUAESUMUS, Dómine Deus noster: ut, quos divína tríbuis participatióne gaudére, humánis non sinas subjacére perículis.
Nous vous supplions, Seigneur notre Dieu, de ne pas laisser exposés aux périls de la part des hommes, ceux à qui vous accordez de participer aux Mystères divins.
Pour le Pape.
HAEC nos, quaesumus, Dómine, divíni sacraménti percéptio prótegat: et fámulum tuum N., quem pastórem Ecclésiae tuae praeésse voluísti ; una cum commísso sibi grege, salvet semper et múniat. Per Dóminum nostrum Jesum Christum.
Que la réception de ce divin Sacrement nous protège, Seigneur ; qu’elle sauve aussi et fortifie à jamais, avec le troupeau qui lui est confié, votre serviteur N. que vous avez établi Pasteur de votre Église. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
A VÊPRES.
Les Psaumes du Dimanche se trouvent ci-dessus, page 50. Le Chœur chante après chacun d’eux une des cinq Antiennes suivantes :
1. Ant.In illa die stillabunt montes dulcedinem, et colles fluent lac et mel.
1. Ant.Au jour du Messie, les montagnes distilleront la douceur, et le lait et le miel découleront des collines. Alleluia.
2. Ant.Jucundare * filia Sion, et exsulta satis filia Jerusalem, alleluia
2. Ant.Réjouis-toi, fille de Sion ; tressaille, fille de Jérusalem. Alleluia.
3. Ant.Ecce Dominus veniet, * et omnes Sancti ejus cum eo et erit in die illa lux magna, alleluia
3. Ant.Voici que le Seigneur va venir, et tous ses Saints avec lui ; et il paraîtra en ce jour-là une grande lumière. Alleluia.
4. Ant.Omnes sitientes, venite ad aquas : quaerite Dominum, dum inveniri potest. Alleluia.
4. Ant.Vous tous qui êtes altérés, venez aux fontaines : cherchez le Seigneur pendant qu’on peut le trouver. Alleluia.
5. Ant.Ecce veniet * Propheta magnus, et ipse renovabit Jerusalem, alleluia
5. Ant.Un grand Prophète viendra bientôt, et il renouvellera Jérusalem. Alleluia.
CAPITULE.
Fratres: Hora est jam nos de somno surgere. Nunc enim propior est nostra salus, quam cum credidimus.
Mes Frères, l’heure est venue de sortir du sommeil : car notre salut est plus proche que lorsque nous avons commencé à croire.
L’Hymne Creator alme siderum, et le Cantique Magnificat, ci-dessus, pages 53 et 54.
v. Rorate, coeli, desuper, et nubes pluant Justum.
v. Cieux, répandez la rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste ;
r. Aperiatur terra et germinet Salvatorem.
r. Que la terre s’ouvre et germe le Sauveur.
ANTIENNE de Magnificat.
Ne timeas, Maria ; invenisti gratiam apud Dominum : ecce concipies et paries filium. Alleluia.
Ne craignez point, ô Marie ! car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur : voilà que vous concevrez et enfanterez un fils. Alleluia.
OREMUS
PRIONS
Excita, quaesumus Domine, potentiam tuam, et veni: ut ab imminentibus peccatorum nostrorum periculis, te mereamur protegente eripi, te liberante salvari:Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitáte Spíritus Sancti, Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. r. Amen.
Faites paraître, Seigneur, votre puissance et venez, afin que nous méritions d’être arrachés par votre secours aux imminents périls où nos péchés nous engagent, et d’en être sauvés par votre vertu libératrice. Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. r. Amen.
LE LUNDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta. Cap. I.
Du Prophète Isaïe. Chap. I.
Lavamini, mundi estote, auferte malum cogitationum vestrarum ab oculis meis : quiescite agere perverse, discite benefacere : quaerite judicium, subvenite oppresso, judicate pupillo, defendite viduam. Et venite, et arguite me, dicit Dominus. Si fuerint peccata vestra ut coccinum, quasi nix dealbabuntur : et si fuerint rubra quasi vermiculus, velut lana alba erunt.
Lavez-vous, purifiez-vous ; ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées ; cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien ; recherchez ce qui est juste ; secourez l’opprimé ; faites justice à l’orphelin, défendez la veuve ; et, après cela, venez et plaignez-vous de moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige ; et quand ils seraient rouges comme le vermillon, ils seront blancs comme la laine la plus pure.
« Le Seigneur qui va bientôt descendre pour nous sauver, nous avertit non seulement de nous disposer à paraître devant lui, mais de purifier nos âmes. « Il est bien juste, dit saint Bernard en son VI° Sermon de l’Avent, que l’âme, qui était tombée la première, soit aussi rétablie la première. Différons donc le soin du corps jusqu’au jour où Jésus-Christ viendra pour le réformer par la Résurrection ; car, dans le premier Avènement, le Précurseur nous dit : Voici l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Il ne dit pas les maladies du corps, ni les misères de la chair ; mais les péchés, qui sont la maladie de l’âme et la corruption de l’esprit. O corps ! garde-toi donc d’anticiper les temps. Tu peux empêcher le salut de l’âme ; mais tu es impuissant pour le tien propre. Souffre donc que l’âme travaille pour elle, et tâche toi-même de travailler avec elle ; parce que, si tu as part à ses souffrances, tu participeras à sa gloire. Autant tu suspends sa réparation, autant tu retardes la tienne ; et tu ne seras jamais régénéré que Dieu ne voie auparavant son image réformée dans l’âme. » Purifions-nous donc, chrétiens : faisons les œuvres de l’esprit, et non plus celles de la chair. La promesse du Seigneur est formelle : il fera succéder la blancheur la plus éclatante aux trop vives couleurs de nos iniquités. Il ne nous demande pour cela qu’une seule chose : c’est que nous consentions à suspendre le cours de nos péchés. Cessez de faire le mal, dit-il, et après cela, venez et plaignez-vous de moi. O Sauveur ! dès l’entrée de cette sainte carrière, nous voulons profiter de vos avances. Nous voulons rentrer en paix avec vous, soumettre la chair à l’esprit, réparer nos injustices à l’égard de nos frères, faire succéder les soupirs de notre componction à la voix de nos péchés, qui depuis trop longtemps fatigue vos oreilles.
PROSE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Composée au XIe siècle et tirée des anciens Missels Romains-Français.)
SALUS aeterna indeficiens mundi vita, Lux sempiterna et redemptio vera nostra,
Salut à jamais durable, inépuisable vie du monde ; Lumière qui ne s’éteint pas, ô Rédempteur vraiment à nous !
Condolens humana perire saecula per tentantis numina, Non linquens excelsa, adisti ima propria clementia.
Ému de compassion, à la vue des générations qui mouraient aux pieds des idoles du tentateur, Sans quitter les hauteurs du ciel, vous descendîtes aux profondeurs où vous attirait votre clémence.
Mox tua spontanea gratia assumens humana, Quae fuerant perdita omnia salvasti terrea, Ferens mundo gaudia.
Puis, par l’élan de votre amour prenant l’humanité, Vous avez, sur la terre, sauvé tout ce qui était perdu, Apportant la joie au monde.
Tu animas et corpora Nostra Christe, expia Ut possidemus lucida Nosmet habitacula.
O Christ ! venez purifier et nos corps et nos âmes. Faites-en, pour y habiter, vos pures et lumineuses demeures.
Adventu primo justifica,In secundo nosque libera, Ut cum, facta luce magna, judicabis omnia,
Au premier Avent, justifiez-nous ; Au second, délivrez-nous ; Afin qu’au jour de grande lumière, où vous jugerez l’univers,"
Compti stola incorrupta, nosmet tua subsequamur mox vestigia quocumque visa. Amen.
Ornés de la robe immaculée, nous marchions sur vos traces, partout où s’imprimeront vos pas. Amen.
PRIÈRE DU BRÉVIAIRE AMBROSIEN.
(II° Dimanche de l’Avent.)
Dona, quaesumus omnipotens Deus, cunctae familiae tuae hanc voluntatem, Christo Filio tuo, Domino nostro venienti, in operibus justis apte occurrere : ut ejus dexterae sociati, regnum mereamur possidere caeleste. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Dieu tout-puissant, daignez accorder à toute votre famille le désir d’aller par les bonnes œuvres au-devant de Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur ; afin que, assis à sa droite, nous méritions de posséder le royaume des cieux. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
LE MARDI DE LA PREMIERE SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta. Cap. II.
Du Prophète Isaïe. Chap. II.
Verbum quod vidit Isaias filius Amos super Iudam et Jerusalem..Et erit in novissimis diebus praeparatus mons domus Domini in vertice montium et elevabitur super colles et fluent ad eum omnes gentes. Et ibunt populi multi et dicent venite et ascendamus ad montem Domini et ad domum Dei Iacob et docebit nos vias suas et ambulabimus in semitis eius quia de Sion exibit lex et verbum Domini de Jerusalem.
Vision d’Isaïe, fils d’Amos, sur Juda et Jérusalem. Et dans les derniers jours, sur le sommet des monts, sera fondée la Montagne de la maison du Seigneur ; et elle s’élèvera au-dessus de toutes les collines, et toutes les nations y accourront en foule. Et les peuples iront en grand nombre, et ils diront : Venez, et montons à la Montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera ses voies : et nous marcherons dans ses sentiers, car la loi sortira de Sion, et le Verbe du Seigneur, de Jérusalem.
Avec quelle complaisance la sainte Église écoute et répète ces belles paroles du Prophète : Venez, montons à la Montagne du Seigneur ! Chaque jour de Férie, dans l’Avent, elle les redit à l’Office des Laudes ; et tous ses enfants rendent gloire au Seigneur, qui, pour attirer plus sûrement nos regards, s’est fait semblable à une Montagne élevée, mais accessible à tous. Il est vrai que cette Montagne, comme le dit un autre Prophète, est d’abord imperceptible comme une petite pierre, pour marquer l’humilité du Messie dans sa naissance ; mais bientôt elle grandit à la vue de tous les peuples, qui sont conviés à venir habiter sur ses flancs fertiles, et jusque sur sa cime illuminée des rayons du Soleil de justice. C’est ainsi, ô Jésus ! que vous nous appelez tous, que vous êtes accessible à tous ; que la grandeur et l’élévation de vos mystères n’ont rien d’incompatible avec notre faiblesse. Nous voulons, dès ce moment, nous joindre à ces flots de peuples qui marchent vers vous : voici que nous partons ; nous voulons aller placer notre tente sous vos ombrages, ô Montagne bénie ! RecÈvez-nous ; que nous n’entendions plus les bruits mondains qui s’élèvent de la plaine. Placez-nous si haut, que nos yeux ne voient plus les vanités de la terre. Puissions-nous ne jamais oublier les sentiers par lesquels on arrive jusqu’à ce sommet bienheureux, où la montagne, qui est la figure, s’évanouit, et où l’âme se trouve à jamais face à face avec Celui que les Anges contemplent dans un ravissement éternel, et dont les délices sont d’être avec les enfants des hommes ! (Prov. VIII 31.)
HYMNE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Composée au IX° siècle et tirée de l’Hymnarium du B. Joseph-Marie Tommasi.)
Sol, astra, terra, aequora,
Adventum Dei altissimi,
Prolem excelsi germinis,
Dives et inops concrepet
Olim promissum patribus,
Partum puellae inclitum,
Natum ante Luciferum,
Dei potentis filium.
Venturum regem gloriae,
Deum regnantem regibus,
Hostem calcare improbum,
Mundum salvare languidum
Laetentur simul angeli,
Omnes exsultent populi,
Excelsus venit humilis
Salvare, quod perierat.
Sanctaque regnat Trinitas,
Deus et homo oritur,
Coaevus Patri Filius
Terris descendit Dominus.
Clament prophetae et prophetent,
Emmanuel jam prope est,
Mutorum linguae jam sonent,
Claudi in occursum pergite.
Agnus et fera et bestia
Simul manducent paleas,
Agnoscat bos et asinus
Jacentem in praesepio.
Signum regale emicans,
Sacrum praecedit verticem;
Regali nato nobili,
Reges, parate munera.
0 quam beatum nuntium,
Virgo Maria audiit!
Credendo mater foeta fit,
Et virgo virum nesciens.
Omnes gentes et insulae,
Magnum triumphum plaudite,
Cursu cervorum currite
Redemptor ecce jam venit.
Discant caecorum oculi
Clauso sedentes lumine,
Noctis tenebras solvere,
Lumen verum percipere.
Gens Galilaea et Graeca,
Credat, Persa et India:
Dignando Deus homo fit,
Laus, honor, virtus, gloria
Et Verbum cum Patre manet.
Deo Patri et Filio
Una cum Sancto Spiritu,
Que le soleil, les astres, la terre et les mers retentissent de l’Avènement du Dieu très-haut : que le riche et le pauvre unissent leurs chants pour célébrer le Fils du Créateur suprême !
In saeculorum saecula.
C’est le Sauveur promis jadis à nos pères ; le glorieux fruit d’une Vierge ; le Fils du Dieu puissant, dont la naissance précède l’étoile du matin.
C’est le Roi de gloire qui devait venir régner en Dieu sur les rois, fouler sous ses pieds l’ennemi perfide, guérir le monde languissant.
Que les Anges s’en réjouissent de concert ; que tous les peuples tressaillent de joie : le Très-Haut vient s’humilier pour sauver ce qui était perdu.
Un Dieu-homme va prendre naissance ; l’auguste Trinité règne à jamais ! Le Fils coéternel au Père, le Seigneur va descendre sur la terre.
Que les Prophètes élèvent leur voix et qu’ils prophétisent : Emmanuel est déjà près de nous. Que la langue des muets articule des sons ; et vous, boiteux, courez à sa rencontre.
Que l’agneau et la bête féroce paissent ensemble l’herbe des champs ; que le bœuf et l’âne reconnaissent Celui qui gît dans la crèche.
Le signe royal étincelle ; il annonce notre divin chef ; au noble et royal enfant, rois, préparez vos offrandes.
Oh ! quelle heureuse nouvelle entendit la vierge Marie ! En croyant, elle conçoit ; la voilà mère ; et c’est une vierge qui n’a point connu l’homme.
Îles et nations, applaudissez toutes à ce grand triomphe. Courez avec la vitesse des cerfs : le Rédempteur, le voici qui vient.
Que les yeux des aveugles, fermés à la lumière, sachent maintenant percer les ténèbres de la nuit, s’ouvrir à la lumière véritable.
Que la nation de Galilée et celle de la Grèce, que la Perse et l’Inde croient en leur Rédempteur ; un Dieu daigne se faire homme : et Verbe il demeure avec le Père.
Louange, honneur, vertu et gloire soient à Dieu le Père, et à son Fils, ensemble avec le Saint-Esprit, dans les siècles éternels ! Amen.
PRIERE DU MISSEL GALLICAN.
(In Adventu Domini, Contestatio.)
Deus, cui proprium est ac singulare quod bonus es, et nulla umquam a te es commutatione diversus, Propitiare, quaesumus, supplicationibus nostris, et Ecclesiae tuae misericordiam tuam, quam confitemur, ostende, manifestans plebi tuae Unigeniti tui mirabile Sacramentum: ut universitate nationum constet perficiatur, quod per Verbi tui Evangelium promisisti;et habeat plenitudo adoptionis quod praetulit testificatio veritatis. Per Christum Dominum nostrum.
O Dieu, dont la nature propre est la bonté, et dont les volontés ne sont sujettes à aucune variation ni changement, montrez-vous propice à nos supplications, et daignez témoigner à votre Église cette miséricorde que nous célébrons, en manifestant à votre peuple l’admirable mystère de votre Fils unique ; afin que l’universalité des nations accédant à la vraie foi, les promesses de l’Évangile de votre Verbe soient accomplies, et que l’adoption universelle étant effectuée, le témoignage de la vérité soit trouvé fidèle. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
LE MERCREDI DE LA PREMIERE SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Proheta. Cap. III.
Du Prophète Isaïe. Chap. III.
Ecce enim Dominator Deus exercituum auferet a Jerusalem et a Iuda validum et fortem omne robur panis et omne robur aquae ; fortem et virum bellatorem iudicem et prophetam et ariolum, et senem principem super quinquaginta et honorabilem vultu et consiliarium sapientem de architectis et prudentem eloquii mystici. Et dabo pueros principes eorum et effeminati dominabuntur eis. Ruit enim Jerusalem et Iudas concidit quia lingua eorum et adinventiones eorum contra Dominum ut provocarent oculos maiestatis eius. Agnitio vultus eorum respondit eis et peccatum suum quasi Sodoma praedicaverunt nec absconderunt. Vae animae eorum quoniam reddita sunt eis mala! Dicite iusto quoniam bene quoniam fructum adinventionum suarum comedet. Vae impio in malum retributio enim manuum eius fiet ei.
Le Dominateur, le Seigneur des armées enlèvera de Jérusalem et de Juda la vigueur et le courage, toute la force du pain, toute la force de l’eau , l’homme vaillant, le guerrier, le juge, le prophète, le devin, le vieillard, le capitaine de cinquante soldats, l’homme au visage vénérable, l’homme de conseil, le plus sage d’entre les architectes, celui qui a l’intelligence des paroles mystérieuses. Et je leur donnerai des enfants pour princes, et les efféminés domineront sur eux. Car Jérusalem va crouler, et Juda penche vers sa ruine ; parce que leurs langues et leurs œuvres se sont élevées contre le Seigneur, et ont irrité les yeux de sa Majesté. L’impudence de leurs visages rend témoignage contre eux ; et ils ont publie hautement leur pèche, comme Sodome, et ne l’ont point caché. Malheur à leur âme ! car on leur rendra le mal qui leur est dû. Quant au juste, dites-lui que tout est bien ; car il mangera le fruit de ses œuvres ; mais, malheur à l’impie, à cause du mal qu’il a fait ! car on lui rendra suivant ses crimes.
Parce que Jérusalem penche vers sa ruine, la force de l’intelligence s’éteint en elle avec toutes les autres forces. Elle ne sait plus où elle va, et elle ignore l’abîme qui doit l’engloutir. Ainsi sont les hommes qui ne méditent point l’Avènement du souverain Juge, ceux dont Moïse a dit dans le Cantique : Race sans conseil et sans prudence ; si du moins ils avaient la sagesse et l’intelligence pour prévoir la fin des choses ! Le Fils de Dieu vient présentement dans les langes de la faiblesse, dans l’humilité du serviteur, et, pour parler avec les Prophètes, comme la rosée qui tombe goutte à goutte et sans bruit ; mais il n’en sera pas toujours ainsi. Cette terre, qui supporte nos péchés et notre insensibilité, s’écroulera aussi en présence du Juge terrible. A quoi nous rattacherons-nous, si nous n’avons aimé qu’elle ? « Une mort subite arrivée sous vos yeux, dit saint Jean Chrysostome, une secousse de tremblement de terre, la seule menace d’une calamité imprévue vous consterne et vous abat : que sera-ce alors que la terre tout entière manquera sous vos pieds ; que vous verrez le boulÈversement de la nature ; que vous entendrez le son de la trompette fatale ; que le souverain Maître de l’univers se montrera à vos regards dans la plénitude de sa Majesté ? Vous avez vu des malheureux traînés au supplice : combien de morts n’ont-ils pas eu à subir avant d’arriver au lieu de l’exécution ! Anéantis par l’épouvante, plusieurs n’ont plus à livrer au bourreau qu’un cadavre. » O terreur de ce dernier moment ! Comment ose-t-on t’affronter, quand, pour t’éviter, il suffit d’ouvrir aujourd’hui son âme à Celui qui vient doux et désarmé, demandant un asile à nos cœurs, et promettant, s’ils veulent le recevoir, de les sauver de la colère à venir ! O Jésus ! nous ne sommes pas de force à lutter contre vous au dernier jour ; maintenant vous êtes notre frère, notre ami, un petit Enfant qui va naître pour nous ; nous voulons donc faire alliance avec vous ; et quand nous vous aurons aimé dans votre premier Avènement, nous ne vous craindrons plus dans le dernier. Puissions-nous alors entendre retentir à notre oreille cette parole que vos Anges diront aux justes : Tout est bien !
HYMNE DE l’AVENT.
(Bréviaire Romain, à l’Office de Matines.)
Verbum supernum prodiens
E Patris aeterni sinu
Qui natus orbi subvenis,
Labente cursu temporis.
Illumina nunc pectora,
Tuoque amore concrema,
Ut cor caduca deserens
coeli voluptas impleat.
Ut cum tribunal Judicis
Damnabit igni noxios,
Et vox amica debitum
Vocabit ad coelum pios,
Volvamur inter turbines;
Non esca flammarum nigros
Vultu Dei sed compotes
Coeli fruamur gaudiis.
Patri, simulque Filio,
Tibique, Sancte Spiritus,
Sicut fuit sit jugiter
Verbe souverain qui sortez du sein éternel du Père, et qui, par une naissance temporelle, venez au secours de l’univers,
Saeclum per omne gloria. Amen.
Illuminez aujourd’hui nos cœurs, embrasez-les de votre amour ; qu’ils se détachent des choses qui passent, et deviennent sensibles aux célestes jouissances.
Afin qu’au jour où le Juge, du haut de son tribunal condamnera les coupables aux flammes, et, d’une voix amie, conviera les justes au ciel,
Nous ne soyons pas du nombre de ceux qui, voués à des feux éternels, seront lancés dans un noir tourbillon ; mais que, favorisés de la vue de Dieu, nous soyons admis à goûter les délices du Paradis.
Au Père, au Fils, et à vous, Esprit-Saint, soient à jamais dans tous les siècles, gloire et honneur, comme il fut toujours. Amen.
PRIÈRE DU MISSEL MOZARABE.
(En la Messe du. IVe Dimanche de l’Avent, Illation.)
Dignum et justum est, vere et nobis per omnia expedibile, tuam nos clementiam, omnipotens Pater, quibus possumus semper laudibus praedicare ; qui bonitate nos ingenuitateque condidisti, ac serpentis antiqui fraude decepti, gratuita miseratione a morte velis eripere ; qui Filium tuum, quem pro nobis in carne missurus eras, ad terras venturum nasciturumque de Virgine longe antea praedixisti, ejus nativitatis adventum praetonantibus sanctis praenuntiasti ; ut expectatus diu qui fuerat repromissus, magnum mundo faceret gaudium in plenitudine temporum praesentatus. Unde petimus et rogamus ut qui plasma tuum, sicut vere pius et misericors, perire non passus es ; sed per humilem adventum Filii tui Domini nostri, quod perierat revocasti ; quod iam inventum et reparatum ac revocatum est, sic protegas, sic custodias, sic sanes, sic defendas, sic liberes : ut in illo adventu terribili quo iterato illos venturus est judicare, a quibus est judicatus, tales inveniat quos redemit, ut in aeternum possideat quos pretioso sui sanguinis acquisivit.
C’est une chose digne et juste, et vraiment avantageuse pour nous, de faire retentir sans relâche vos louanges, ô Père tout-puissant ! vous qui nous avant créés dans un état de sainteté et de noblesse, daignâtes, par une miséricorde insigne, après que nous eûmes été séduits par la fraude de l’ancien serpent, nous arracher à la mort. Vous annonçâtes longtemps d’avance que votre Fils, que vous deviez nous envoyer dans la chair, viendrait sur cette terre et naîtrait d’une Vierge ; et vous chargeâtes vos Saints de proclamer d’une voix éclatante l’Avènement de ce Messie, afin que le monde, préparé par une longue attente , conçût une plus grande joie au jour ou, la plénitude des temps étant accomplie, le Sauveur lui serait enfin donné. Donc, nous vous prions et supplions que, de même que, dans votre clémence et miséricorde, vous n’avez pas voulu souffrir que votre créature pérît entièrement, mais l’avez rappelée à la vie par l’humble Avènement de votre Fils notre Seigneur ; de même, aujourd’hui, vous daigniez protéger, conserver, guérir, défendre et délivrer ce qu’une première fois vous avez retrouvé, réparé, rappelé à la vie ; afin qu’en ce terrible Avènement où il doit reparaître pour juger ceux par lesquels et pour lesquels il a été jugé lui-même, il retrouve ceux qu’il a rachetés en tel état de fidélité, qu’il puisse les posséder éternellement, lui qui les a acquis au prix de son sang.
LE JEUDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Iasiae Propheta Cap. IV.
Du Prophète Isaïe. Chap. IV.
Cantabo dilecto meo canticum patruelis mei vineae suae. Vinea facta est dilecto meo in cornu filio olei. Et sepivit eam et lapides elegit ex illa et plantavit eam electam et aedificavit turrem in medio eius et torcular extruxit in ea et expectavit ut faceret uvas et fecit labruscas. Nunc ergo habitator Hierusalem et vir Iuda iudicate inter me et inter vineam meam. Quid est quod debui ultra facere vineae meae et non feci ei an quod expectavi ut faceret uvas et fecit labruscas? Et nunc ostendam vobis quid ego faciam vineae meae auferam sepem eius et erit in direptionem diruam maceriam eius et erit in conculcationem. Et ponam eam desertam non putabitur et non fodietur et ascendent vepres et spinae et nubibus mandabo ne pluant super eam imbrem. Vinea enim Domini exercituum domus Israel et vir Iuda germen delectabile: eius et expectavi ut faceret iudicium et ecce iniquitas et iustitiam et ecce clamor.
Je chanterai à mon Bien-Aimé le Cantique de mon proche parent sur sa vigne. Mon Bien-Aimé avait une vigne plantée sur un lieu élevé et fertile. Il l’environna d’une haie ; il en ôta les pierres, il I planta d’une espèce choisie ; il bâtit une tour au milieu, et il y fit un pressoir. Il s’attendait qu’elle porterait de bons fruits ; et elle n’en a porté que de sauvages. Maintenant donc, vous, habitants de Jérusalem , et vous , hommes de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne. Qu’ai-je dû faire de plus à ma vigne que je n’aie point fait ? Est-ce parce que j’attendais d’elle de bons raisins, qu’elle n’en a produit que de mauvais ? Maintenant je vous montrerai ce que je vais faire à ma vigne. J’arracherai la haie qui l’entoure, et elle sera exposée au pillage : je détruirai le mur qui la défend, et elle sera foulée aux pieds. Je la rendrai déserte : elle ne sera plus ni taillée, ni labourée : les ronces et les épines pousseront dessus, et je commanderai aux nuages de ne pleuvoir plus sur elle. Or, la maison d’Israël est la vigne du Seigneur des armées, et la race de Juda le plant qu’il aimait. J’ai attendu qu’ils fissent des actions justes, et voilà des iniquités ; qu’ils portassent des fruits de justice, et voilà des cris.
Nous attendons la Naissance d’un Enfant qui doit paraître sept siècles après Isaïe ; et cet Enfant sera le Sauveur du monde. Or, les hommes le persécuteront, l’accableront de calomnies et d’injures ; et à la veille du jour où ils le crucifieront, il leur proposera cette parabole : Il y avait un homme qui était père de famille, et il planta une vigne, l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour et la loua à des laboureurs ; après quoi il partit pour un pays étranger. Or, quand le temps de la vendange fut venu, il envoya ses serviteurs vers les laboureurs pour recueillir ses fruits. Et les laboureurs ayant pris ses serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent celui-ci. Il envoya donc de nouveaux serviteurs en plus grand nombre que la première fois ; et ils leur firent de même. En dernier lieu, il leur envoya son fils, disant : Au moins ils respecteront mon fils. Chrétiens, le voici qui vient, ce Fils. Le respecterez-vous ? Le traiterez-vous comme le Fils de Dieu, avec l’honneur et l’amour qui lui sont dus ? Voyez quelle progression dans la malice des hommes ! Au temps d’Isaïe, les Juifs ont méprisé les Prophètes ; mais les Prophètes, quoique envoyés de Dieu, n’étaient que des hommes. Le Fils de Dieu est venu lui-même, et ils Font méconnu ; et c’était là un bien plus grand crime que de lapider les Prophètes. Quel serait donc le crime des chrétiens qui connaissent celui qui vient ; bien plus, qui sont ses membres par le Baptême, de ne pas lui ouvrir leur cœur, quand il va venir envoyé par son Père ? Quel châtiment ne mériterait pas la vigne ingrate plantée avec tant d’amour, si elle persistait à ne donner que des fruits sauvages ? 0 Sauveur ! hâtez-vous de nous fertiliser : couronnez-nous de fleurs et de fruits pour le jour prochain de votre Avènement.
PRIÈRE DES ÉGLISES DE FRANCE PENDANT L’AVENT.
(Tirée du prophète Isaïe.)
Roráte caéli désuper, et nubes plúant jústum.
Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.
Roráte caéli désuper, et núbes plúant jústum.
Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.
Ne irascáris Dómine, ne ultra memíneris iniquitátis: ecce cívitas Sáncti fácta est desérta:Síon desérta fácta est:Jerúsalem desoláta est:dómus sanctificatiónis túæ et glóriæ túæ,ubi laudavérunt te pátres nóstri.
Ne vous irritez plus, Seigneur, ne vous souvenez plus désormais de notre iniquité. Voilà que la cité du Saint est dÈvenue déserte, Sion est dans la solitude, Jérusalem est désolée, cette maison consacrée à votre culte et à votre gloire, où nos pères ont chanté vos louanges.
Roráte caéli désuper, et núbes plúant jústum
Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.
Peccávimus, et fácti súmus tamquam immúndus nos, et cecídimus quasi fólium univérsi:et iniquitátes nóstræ quasi véntus abstulérunt nos:abscondísti faciem túam a nóbis,et allisísti nos in mánu iniquitátis nóstræ.
Nous avons péché, et nous sommes dÈvenus comme le lépreux ; et nous sommes tous tombés comme la feuille ; et comme un vent impétueux, nos iniquités nous ont enlevés et dispersés. Vous avez caché votre face à nos regards, et vous nous avez brisés par la main de notre iniquité.
Roráte caéli désuper, et núbes plúant jústum
Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.
Víde Dómine afflictiónem pópuli túi,et mítte quem missúrus es:emítte Agnum dominatórem térræ,de Pétra desérti ad móntem fíliæ Síon:ut áuferat ípse júgum captivitátis nóstræ.
Voyez, Seigneur, l’affliction de votre peuple, et envoyez Celui que vous dÈvez envoyer. Faites sortir l’Agneau qui doit dominer sur la terre ; qu’il s’élance de la pierre du désert sur la montagne de la fille de Sion, afin qu’il enlève lui-même le joug de notre captivité.
Roráte caéli désuper, et núbes plúant jústum
Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.
Consolámini, consolámini, pópule méus:cito véniet sálus túa:quare mæróre consúmeris,quia innovávit te dólor?Salvábo te, nóli timére,égo enim sum Dóminus Déus túus,Sánctus Israël, Redémptor túus
Console-toi, console-toi, ô mon peuple ! bientôt viendra ton salut : pourquoi te consumes-tu dans la tristesse ? Pourquoi la douleur s’est-elle emparée de toi ? Je te sauverai, ne crains point : car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Rédempteur.
Roráte caéli désuper, et núbes plúant jústum
Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.
ORAISON TIRÉE DU BRÉVIAIRE AMBROSIEN.
(Au IVe Dimanche de l’Avent.)
Omnipotens sempiterne Deus, qui per Adventum unigeniti Filii tui Domini nostri Jesu Christi nova luce radiare dignatus es, concede nobis, ut sicut eum per Virginis partum in forma nostri corporis meruimus habitare participem, ita et in regno gratiae ejus mereamur esse consortes, qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen.
DIEU tout-puissant et éternel, qui par l’avènement de votre Fils unique Jésus-Christ notre Seigneur, avez daigné faire luire les rayons d’une nouvelle lumière ; accordez-nous que, de même que nous avons mérité de l’avoir participant de la forme de notre corps par l’enfantement de la Vierge, nous méritions aussi d’entrer en partage du royaume de sa grâce ; lui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
LE VENDREDI DE LA PREMIERE SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Iasia Propheta Cap. VI.
Du Prophète Isaïe. Chap. VI.
In anno quo mortuus est rex Ozias vidi Dominum sedentem super solium excelsum et elevatum et ea quae sub eo erant implebant templum. Seraphin stabant super illud sex alae uni et sex alae alteri duabus velabant faciem eius et duabus velabant pedes eius et duabus volabant. Et clamabant alter ad alterum et dicebant sanctus sanctus sanctus Dominus exercituum plena est omnis terra gloria eius.
L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé ; et les bords de son manteau remplissaient le temple. Les Séraphins étaient autour du trône. L’un avait six ailes, et l’autre également six ; de deux ils voilaient leurs faces, de deux ils couvraient leurs pieds et des deux autres ils volaient. Et ils criaient de l’un à l’autre, et disaient : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu des armées : toute la terre est pleine de sa gloire.
Telle est la gloire du Seigneur au plus haut des deux : qui pourra la voir et ne pas mourir ? Maintenant, contemplez le même Seigneur sur la terre, dans les jours où nous sommes. Le sein d’une Vierge le contient, lui que le ciel ne pouvait contenir. Son éclat, loin d’éblouir les Anges, n’est pas même perceptible aux mortels. Nulle voix ne fait retentir autour de lui ces paroles du Ciel : Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées ! Les Anges ne disent plus : Toute la terre est pleine de sa gloire ; car la terre est le théâtre de son abaissement, et d’un abaissement si profond que les hommes mêmes l’ignorent. La Vierge a d’abord été seule dans le secret divin ; bientôt Elisabeth a connu que Marie est Mère du Seigneur ; Joseph ne l’a appris que par la voix d’un Ange, et après de cruels et humiliants soupçons. Trois personnes sur la terre savent donc que Dieu est descendu ; c’est par cette voie obscure qu’il rentre dans son œuvre, dont le péché d’orgueil l’avait chassé. O Dieu de l’ancienne alliance, que vous êtes grand, et qui ne tremblerait devant vous ? O Dieu de la nouvelle Alliance, que vous vous êtes fait petit, et qui ne vous aimerait pas ? Guérissez mon orgueil, principe de toutes mes révoltes ; apprenez-moi à estimer ce que vous avez estimé. Vous créez le monde une seconde fois par votre Incarnation ; et dans cette création, plus excellente que la première, vous opérez par le silence, vous triomphez par l’anéantissement. Je veux m’humilier à votre exemple, et profiter des leçons qu’un Dieu est venu me donner de si haut. Abaissez donc, ô Jésus, toutes mes hauteurs ; c’est une des fins de votre Avènement. Je me prête à vous, comme à mon souverain Maître : faites en moi ce qu’il vous plaira.
HYMNE TIRÉE DE L’ANTHOLOGIE DES GRECS.
(Au 23 décembre.)
Antefestalia cantica Christi nativitatis mentis alacritate praecanamus ; nam qui Patri et Spiritui est aequalis, per misericordiam commiserans, massam indutus luti nasci debet in Bethlehem civitate ; cujus Nativitatem ineffabilem pastores cum Angelis hymnificabunt.
Chantons dans l’allégresse de nos âmes les cantiques pour l’Avant-Fête de la Naissance du Christ ; car Celui qui est égal au Père et à l’Esprit, ayant dans sa miséricorde, par pitié pour nos maux, revêtu cette masse de limon, doit naître en la cité de Bethléhem ; et sa naissance ineffable sera célébrée par les Anges et les pasteurs.
In cymbalis resonemus, in canticis alalagmum personemus. Christi manifestatur ostensio, prophetarum finem habuerunt praeconia ; quem enim inter mortales dixerunt appariturum nascitur in sancta spelunca, et in praesepio reclinatur ut infans.
Faisons résonner les cymbales, poussons des cris de victoire ; le Christ va se montrer à nous, les prédictions des Prophètes seront accomplies. Celui qu’ils ont annoncé devoir apparaître au milieu des mortels, va naître dans la grotte sacrée, et, faible enfant, il gît dans la crèche.
Bethlehem, praeparare ; Eden, aperire ; omnis terra Juda, nunc adornare, laetentur coeli, exsultent homines : in praesepio vita, in spelunca dives, advenit per misericordiae multiplicem paupertatem Adam restaurare, absque mutatione vel confusione.
Bethléhem, prépare-toi ; Eden, ouvre tes portes ; prends aujourd’hui tes habits de fête, ô terre de Juda ! que les cieux se réjouissent, que les hommes tressaillent de bonheur ; pour enrichir la pauvreté d’Adam par l’abondance de sa miséricorde, la Vie même descend dans une crèche, le riche dans une étable ; et la nature divine n’éprouve ni changement ni confusion.
Ad te de luce vigilo, qui per misericordiam teipsum pro homine lapso exinanisti sine mutatione, et servi formam ex Virgine tulisti, Verbum Dei, pacem da mihi, Philanthrope.
Mon cœur veille pour vous dès l’aurore, ô Verbe de Dieu ! vous qui, par miséricorde et sans rien perdre, vous êtes anéanti pour l’homme tombé, qui avez pris dans une Vierge la forme d’esclave, donnez-moi la paix, ô ami des hommes !
Stillent ex alto aquam nebulas ; qui nubes posuit descendit ipse adorandus in nebula Virgine, ut luceat ab eo lumen inocciduum his qui antea in tenebris periculisque erant.
Que les nues distillent la rosée d’en haut : Celui qui a placé les nuages, le Dieu adorable, descend dans une nuée qui est la Vierge, pour illuminer de son éternelle lumière ceux qui étaient avant lui dans les périls et les ténèbres.
O dulcissimum Puerum, quomodo nutriam te ? Quomodo te apprehendam, qui omnia nuto tuo tenes ? Quomodo te fasciis involvam, qui omnem terram involvis nebula? Clamabat sancta Domina.
O doux enfant ! comment te nourrirai-je ? Comment te serrer dans mes bras, toi qui tiens toutes choses sous ton empire ? Comment t’envelopperai-je de bandelettes, toi qui enveloppes toute la terre de nuages ? s’écriait la sainte Dame.
Sol, fili mi, quo modo recondam te fasciis? Quomodo retinebo te qui omnia contines ? Quomodo te sine metu intueri potero, quem non audent contemplari qui multos habent oculos ? aiebat Christum tenens nuptinescia.
Soleil, ô mon Fils, comment te couvrirai-je de langes ? Comment te tiendrai-je en ces humbles tissus, toi qui contiens toutes choses ? Comment oserai-je te fixer sans crainte, toi que n’osent regarder ces Esprits aux yeux innombrables ? disait celle qui ne connut point d’homme.
Bethlehem, adesdum, praepara quae ad partum pertinent. I, Joseph, inscribere cum Maria ; venerandum praesepium, Deiferae fasciae ; ubi Vita involuta mortis funes disrumpet, alligans immortalitati mortales, Christus Deus noster.
Donc, ô Bethlehem ! prépare toutes choses pour l’enfantement. Allez, Joseph, vous faire inscrire avec Marie. O crèche vénérable ! ô langes qui portez Dieu ! dans lesquels s’enveloppe la Vie, le Christ notre Dieu, pour rompre les liens de la mort et enchaîner les mortels à l’immortalité.
PRIÈRE DU MISSEL MOZARABE.
(En la Messe du V° Dimanche de l’Avent.)
In proximo quidem est, Domine, Dies adventus tui : sed quaesumus ut, antequam venias, expiari mereamur ab omni contagione delicti. Prius dilue, rogamus in nobis omne quod in ilia futura examinatione puniturus es ; ut cum Justus adveneris judex, non in nobis invenias quod condemnes.
Seigneur, le jour de votre Avènement est proche ; mais nous vous prions, avant de venir à nous, de nous purifier de toute la contagion de nos péchés. Effacez d’abord tout ce que vous auriez à punir au jour de la discussion des consciences ; afin qu’au moment où vous arriverez pour juger avec justice, vous ne trouviez en nous rien à condamner.
LE SAMEDI DE LA PREMIERE SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta. Cap. VII.
Du Prophète Isaïe. CHAP. VII.
Et adjecit Dominus loqui ad Achaz, dicens : Pete tibi signum a Domino Deo tuo sive in profundum inferni, sive in excelsum supra. Et dixit Achaz : Non petam, et non tentabo Dominum. Et dixit : Audite ergo domus David : Numquid parum vobis est molestos esse hominibus, quia molesti estis et Deo meo ? Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce Virgo concipiet, et pariet Filium : et vocabitur nomen ejus Emmanuel.
Et le Seigneur, continuant de parler à Achaz, lui dit : Demandez au Seigneur votre Dieu un prodige au fond de la terre, ou au plus haut du ciel. Et Achaz dit : Je n’en demanderai point, et ne tenterai point le Seigneur. Et Isaïe dit : Écoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous de lasser la patience des hommes, qu’il vous faille lasser aussi celle de mon Dieu ? C’est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe : voici qu’une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel.
Que notre cœur soit rempli d’espérance et de joie, en entendant cette belle et douce prophétie : Une Vierge concevra et elle enfantera. Ces paroles renferment le salut du monde, comme ces autres paroles expliquent sa ruine : La femme prit le fruit et en mangea, et elle en donna à son mari. Elle est donc venue, cette Vierge promise ; le divin fruit est dans ses entrailles. Par elle, la prévarication d’Ève est réparée, le monde est relevé de sa chute, la tête du serpent est écrasée. Dieu lui-même est plus glorifié dans la fidélité de cette seconde Vierge, qu’il n’avait été outragé par l’infidélité de la première. Le consentement de Marie obtient une part immense dans le salut du monde. Sans doute, c’est le Verbe lui-même qui vient ; « mais, dit saint Bernard dans son IIe Sermon de l’Avent, Marie est la voie par laquelle il vient ; c’est de son sein virginal qu’il sort, comme l’époux de la chambre nuptiale. Travaillons donc à monter vers Jésus par Marie ; puisque c’est par elle qu’il est descendu vers nous. Or, donnez-nous accès auprès de votre Fils, vous, Bénie, vous qui avez trouvé grâce, Mère de la Vie, Mère du salut ; qu’il nous reçoive de vous, celui qui par vous nous a été donné. Que votre intégrité soit l’excuse de notre souillure ; que votre humilité, si agréable à Dieu, obtienne le pardon de notre vanité ; que votre abondante charité couvre la multitude de nos péchés, et que votre glorieuse fécondité nous procure la plénitude des mérites. O notre Dame, notre Médiatrice, notre Avocate ! réconciliez-nous avec votre fils, recommandez-nous à votre fils, présentez-nous à votre fils. Faites, ô bénie Vierge ! par la grâce que vous avez trouvée, par la prérogative que vous avez méritée, par la miséricorde dont vous êtes la Mère, que celui qui par votre moyen a daigné se faire participant de notre infirmité et de notre misère, nous rende, par votre intercession, participants de sa gloire et de sa béatitude. »
PROSE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Composée par Abailard ; elle se trouve dans tous les Missels Romains-Français.)
Mittit ad Virginem
suum Archangelum
Non quemvis Angelum:
amator hominis.
Sed Fortitudinem
Fortem expediat
Pro nobis nuncium,
Naturae faciat
Ut praejudicium
Naturam superet
In partu Virginis.
Natus Rex gloriae :
Regnet et imperet,
Et zyma scoriae
Tollat de medio.
Superbientium
Terat fastigia :
Colla sublimium
Calcet vi propria,
Potens in praelio.
Foras ejiciat
Mundanum principem ;
Secumque faciat
Matrem participem
Patris imperii.
Exi qui mitteris,
Haec dona dissere :
RÈvela veteris
Velamen litterae,
Virtute nuncii.
Accede, nuncia :
Die : Ave, cominus.
Die : Plena gratia :
Die : Tecum Dominus :
Et die : Ne timeas.
Virgo suscipias
Dei depositum,
In quo perficias
Casta propositum
Et votum teneas.
Audit et suscipit
Puella nuncium :
Credit et concipit
Et parit filium,
Consiliarium
Sed Admirabilem,
Humani generis :
Deum et nomine m
Et Patrem posteris,
In pace stabilem.
Cujus stabilitas
Nos reddat stabiles,
Ne nos labilitas
Humana labiles
Secum praecipitet.
Sed dator veniae,
Concessa venia,
Per Matrem gratiae
Obtenta gratia,
In nobis habitet.
Peccati veniam :
Qui nobis tribuat
Reatus deleat,
Donet et patriam
In arce siderum.
Dans son amour pour l’homme, Dieu va députer à la Vierge, non un Ange ordinaire, mais l’Archange appelé Force de Dieu.
Qu’il se hâte d’envoyer pour nous le vaillant messager ; que la nature soit vaincue par l’Enfantement d’une Vierge.
Que le Roi de gloire, dans sa Naissance, triomphe de la chair ; qu’il règne et commande ; qu’il enlève des cœurs le levain et la rouille du péché.
Qu’il foule aux pieds le faste des fronts superbes ; qu’il marche dans sa force sur les têtes altières , le Dieu puissant dans les combats.
Qu’il chasse dehors le prince du monde ; qu’il partage avec sa Mère le commandement qu’il exerce avec le Père.
Pars, Ange, annonce ces biens ; et par ton puissant message, lève le voile de la lettre antique.
Approche d’elle et parle : dis-lui en face : Je vous salue. Dis-lui : O pleine de grâce. Dis : Le Seigneur est avec vous. Dis encore : Ne craignez point.
RecÈvez, ô Vierge ! le dépôt de Dieu ; par lui vous consommerez votre chaste dessein : et votre vœu demeurera intact.
La Vierge entend et accepte le message ; elle croit et conçoit, et enfante un fils, un fils admirable,
Le Conseiller de la race humaine, le Dieu-homme, le Père du siècle futur, l’immuable Pacificateur.
Veuille ce Dieu immuable assurer notre stabilité, de peur que l’humaine faiblesse n’entraîne dans l’abîme nos pas indécis.
Mais que l’auteur du pardon, qui est le Pardon lui-même, que la Grâce obtenue par la Mère de grâce, daigne habiter en nous.
Qu’il nous octroie la remise de nos péchés ; qu’il efface nos méfaits ; qu’il nous donne une patrie dans la cité du ciel.
Amen.
PRIERE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN.
(En la Vigile de Noël.)
Emmanuel, nobiscum Deus, Christe Filius Dei, qui cum ex Virgine te nasciturum pronuntias, quia Mariam matrem creasti ut Dominus, de qua natus es filius : da nobis ut, qui cum ilia a te, vel per te creati sumus ex nihilo, simili, ut ea, credulitatis remuneremur et praemio.
Emmanuel, Dieu avec nous. Christ Fils de Dieu, qui avez déclaré devoir naître d’une Vierge, vous qui comme Seigneur avez créé Marie, cette mère dont vous êtes né le fils ; daignez nous accorder, à nous qui comme elle avons été par vous tirés du néant, d’obtenir une récompense semblable à celle que lui a méritée sa foi.
LE DEUXIÈME DIMANCHE DE L’AVENT.
L’Office de ce Dimanche est rempli tout entier des sentiments d’espérance et de joie que donne à l’âme fidèle l’heureuse nouvelle de la prochaine arrivée de celui qui est son Sauveur et son Époux. L’Avènement intérieur, celui qui s’opère dans les âmes, est l’objet presque exclusif des prières de l’Église en ce jour : ouvrons donc nos cœurs, préparons nos lampes, et attendons dans l’allégresse ce cri qui se fera entendre au milieu de la nuit : Gloire à Dieu ! Paix aux hommes !
L’Église Romaine fait en ce jour la Station en la Basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem. C’est dans cette vénérable Église que Constantin déposa une portion considérable de la vraie Croix, avec le Titre qui y fut attaché par ordre de Pilate, et qui proclamait la Royauté du Sauveur des hommes. On y garde encore ces précieuses reliques ; et, enrichie d’un si glorieux dépôt, la Basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem est considérée, dans la Liturgie Romaine, comme Jérusalem elle-même ; ainsi qu’on peut le voir aux allusions que présentent les diverses Messes des Stations qu’on y célèbre. Dans le langage des saintes Écritures et de l’Église, Jérusalem est le type de l’âme fidèle ; telle est aussi la pensée fondamentale qui a présidé à la composition de l’Office et de la Messe de ce Dimanche. Nous regrettons de ne pouvoir dÈvelopper ici tout ce magnifique ensemble, et nous nous hâtons d’ouvrir le Prophète Isaïe. et d’y lire, avec l’Église, le passage où elle puise aujourd’hui le motif de ses espérances dans le règne doux et pacifique du Messie. Mais adorons d’abord ce divin Messie.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta. Cap. XI.
Du Prophète Isaïe. Chap. XI.
Et egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice ejus ascendet. Et requiescet super eum Spiritus Domini, Spiritus sapientiae et intellectus,Spiritus consilii et fortitudinis, Spiritus scientiae et pietatis : et replebit eum Spiritus timoris Domini. Non secundum visionem oculorum judicabit, neque secundum auditum aurium arguet : sed judicabit in justitia pauperes, et arguet in aequitate pro mansuetis terras. Et percutiet terram virga oris sui, et spiritu labiorum suorum interficiet impium. Et erit justitia cingulum lumborum ejus, et fides cinctorium renum ejus. Habitabit lupus cum agno, et pardus cum hoedo accubabit : vitulus et leo et ovis simul morabuntur, et puer parvulus minabit eos. Vitulus et ursus pascentur : simul requiescent catuli eorum : et leo quasi bos comedet paleas. Et delectabitur infans ab ubere super foramine aspidis : et in caverna reguli, qui ablactatus fuerit, manum suam mittet. Non nocebunt, et non Occident in universo monte sancto meo : quia repleta est terra scientia Domini, sicut aquas m operientes. In die ilia radix Jesse, qui stat in signum populorum, ipsum Gentes deprecabuntur, et erit sepulchrum ejus gloriosum.
Et il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur naîtra de ses racines. Et l’Esprit du Seigneur se reposera sur lui, l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de force, l’Esprit de science et de piété : et l’Esprit de la crainte du Seigneur le remplira. Il ne jugera point sur le rapport des yeux, et il ne condamnera point sur un ouï-dire : mais il jugera les pauvres dans la justice, et se déclarera le juste vengeur des humbles de la terre. Il frappera la terre par la verge de sa bouche, et il tuera l’impie par le souffle de ses lèvres. Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité son baudrier. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera auprès du chevreau : le veau, le lion et la brebis demeureront ensemble ; et un petit enfant les mènera. La génisse et l’ours paîtront de compagnie ; leurs petits dormiront ensemble ; et le lion mangera la paille comme le bœuf. L’enfant à la mamelle se jouera sur le trou de l’aspic, et l’enfant nouvellement sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. Ces bêtes ne nuiront point, elles ne tueront point sur toute ma montagne sainte : car la terre est remplie de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent la mer. En ce jour-là, le rejeton de Jessé sera arboré devant les peuples comme un étendard : les nations lui offriront leurs prières, et son sépulcre sera glorieux.
Que de choses dans ces magnifiques paroles du Prophète ! La Branche ; la Fleur qui en sort ; l’Esprit qui se repose sur cette fleur ; les sept dons de cet Esprit ; la paix et la sécurité rétablies sur la terre ; une fraternité universelle dans l’empire du Messie. Saint Jérôme, dont l’Église emprunte aujourd’hui les paroles dans les Leçons du second Nocturne, nous dit « que cette Branche sans aucun nœud qui sort de la tige de Jessé, est la Vierge Marie, et que la Fleur est le Sauveur a lui-même, qui a dit dans le Cantique : Je suis la fleur des champs et le lis des vallons ». Tous les siècles chrétiens ont célébré avec transport et la Branche merveilleuse, et sa divine Fleur. Au moyen âge, l’Arbre de Jessé couvrait de ses prophétiques rameaux le portail des Cathédrales, étincelait sur leurs vitraux, s’épandait en broderie sur les tapisseries du sanctuaire ; et la voix mélodieuse des prêtres chantait le doux Répons composé par Fulbert de Chartres et mis en chant grégorien par le pieux roi Robert :
r. Stirps Jesse virgam produxit, virgaque florem, et super hanc florem requiescet Spiritus almus.
r. La tige de Jessé a produit une branche, et la branche une fleur ; * Et sur cette fleur l’Esprit divin s’est reposé.
v. Virgo Dei Genitrix virga est, flos filius ejus. Et super hunc florem requiescet Spiritus almus.
v. La Vierge Mère de Dieu est la branche, et son fils est la fleur ; * Et sur cette fleur l’Esprit divin s’est reposé.
Et le dévot saint Bernard, commentant ce Répons dans sa deuxième Homélie sur l’Avent, disait : « Le Fils de la Vierge est la fleur, fleur blanche et pourprée, choisie entre mille ; fleur dont la vue réjouit les Anges, et dont l’odeur rend la vie aux morts ; Fleur des champs, comme elle le dit elle-même, et non fleur des jardins ; car la fleur des champs pousse d’elle-même sans le secours de l’homme, sans les procédés de l’agriculture. Ainsi le chaste sein de la Vierge, comme un champ d’une verdure éternelle, a produit cette divine fleur dont la beauté ne se corrompt pas, dont l’éclat ne se fanera jamais. O Vierge ! branche sublime, à quelle hauteur ne montez-vous pas ? Vous arrivez jusqu’à celui qui est assis sur le Trône, jusqu’au Seigneur de majesté. Et je ne m’en étonne pas ; car vous jetez profondément en terre les racines de l’humilité. O plante céleste, la plus précieuse de toutes et la plus sainte ! O vrai arbre de vie, qui seule avez été digne de porter le fruit du salut ! »
Parlerons-nous de l’Esprit-Saint et de ses dons, qui ne se répandent sur le Messie qu’afin de descendre ensuite sur nous, qui seuls avons besoin de Sagesse et d’Intelligence, de Conseil et de Force, de Science, de Piété et de Crainte de Dieu ? Implorons avec instances ce divin Esprit par l’opération duquel Jésus a été conçu et formé au sein de Marie, et demandons-lui de le former aussi dans notre cœur. Mais réjouissons-nous encore sur les admirables récits que nous fait le Prophète, de la félicité, de la concorde, de la douceur qui règnent sur la Montagne sainte. Depuis tant de siècles le monde attendait la paix : elle vient enfin. Le péché avait tout divisé ; la grâce va tout réunir. Un tendre enfant sera le gage de l’alliance universelle. Les Prophètes l’ont annoncé, la Sibylle l’a déclaré, et dans Rome même encore ensÈvelie sous les ombres du Paganisme, le prince des poètes latins, écho des traditions antiques, a entonné le chant fameux dans lequel il dit : « Le dernier âge, l’âge prédit par la Sibylle de Cumes va s’ouvrir ; une nouvelle race d’hommes descend du ciel. Les troupeaux n’auront plus à craindre la fureur des lions. Le serpent périra ; et l’herbe trompeuse qui donne le poison sera anéantie [Ultima Cumaei venit jam carminis aetas... Jam nova progenies cœlo demittitur alto... Nec magnos metuent armenta leones... Occidet et serpens, et fallax herba veneni Occidet. ...]. »
Venez donc, ô Messie, rétablir l’harmonie primitive ; mais daignez vous souvenir que c’est surtout dans le cœur de l’homme que cette harmonie a été brisée ; venez guérir ce cœur, posséder cette Jérusalem, indigne objet de votre prédilection. Assez longtemps elle a été captive en Babylone ; ramenez-la de la terre étrangère. Rebâtissez son temple ; et que la gloire de ce second temple soit plus grande que celle du premier, par l’honneur que vous lui ferez de l’habiter, non plus en figure, mais en personne. L’Ange l’a dit à Marie : Le Seigneur Dieu donnera à votre fils le trône de David son père ; et il régnera dans la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura point de fin. Que pouvons-nous faire, ô Jésus ! si ce n’est de dire, comme Jean le bien-aimé, à la fin de sa Prophétie : Amen ! Ainsi soit-il ! Venez, Seigneur Jésus !
A LA MESSE
La solennité du Sacrifice s’ouvre par un chant de triomphe qui s’adresse à Jérusalem, Ce chant exprime la joie qui saisira le cœur de l’homme, quand il aura entendu la voix de son Dieu. Il célèbre la bonté de ce divin Pasteur, pour lequel chacune de nos âmes est une brebis chérie, qu’il est prêt à nourrir de sa propre chair.
INTROÏT.
Populus Sion, ecce Dominus venit ad salvandas gentes : et auditam faciet Dominus gloriam vocis suae in laetitia cordis vestri.
Peuple de Sion, voici le Seigneur qui vient pour sauver les nations ; et le Seigneur fera entendre sa voix pleine de majesté, et votre cœur sera dans la joie.
Ps. Qui regis Israel intende : qui deducis velut ovem, Joseph. v. Gloria Patri.
Ps. Écoutez-nous, ô vous qui gouvernez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis ! v. Gloire au Père, etc.
Dans la Collecte, le Prêtre insiste sur la pureté que nos cœurs doivent avoir pour l’Avènement du Sauveur.
OREMUS
PRIONS.
Excita, Domine, corda nostra ad praeparandas Unigeniti tui vias : ut per ejus adventum purificatis tibi mentibus servire mereamur. Qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen.
Seigneur, réveillez nos cœurs, afin qu’ils préparent la voie de votre Fils unique, et que nous méritions de vous servir avec des âmes purifiées , au moyen de l’Avènement de Celui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
Les Oraisons de la Sainte Vierge, celles contre les persécuteurs de l’Église et pour le Pape, sont les mêmes qu’au premier Dimanche de l’Avent, ci-dessus, page 63.
EPITRE.
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Romanos. Cap. XV.
Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Romains. Chap. XV.
Fratres, quaecumque scripta sunt, ad nostram doctrinam scripta sunt : ut per patientiam et consolationem Scripturarum, spem habeamus. Deus autem patientiae et solatii det vobis idipsum sapere in alterutrum secundum Jesum Christum : ut unanimes uno ore honorificetis Deum, et Patrem Domini nostri Jesu Christi. Propter quod suscipite invicem, sicut et Christus suscepit vos in honorem Dei. Dico enim Christum Jesum ministrum fuisse circumcisionis propter veritatem Dei, ad confirmandas promissiones patrum. Gentes autem super misericordia honorare Deum, sicut scriptum est: Propterea confitebor tibi in Gentibus Domine, et nomini tuo cantabo. Et iterum dicit : Laetamini Gentes cum plebe ejus. Et iterum : Laudate omnes Gentes Dominum : et magnificate eum omnes populi. Et rursus Isaias ait : Erit radix Jesse ; et qui exsurget regere Gentes, in eum Gentes sperabunt. Deus autem spei repleat vos omni gaudio, et pace in credendo : ut abundetis in spe, et virtute Spiritus Sancti.
Mes Frères, tout ce qui a été écrit, est écrit pour notre instruction, afin que nous concevions une espérance ferme par la patience et la consolation que les Ecritures nous donnent. Que le Dieu de patience et de consolation vous fasse la grâce d’être toujours unis de sentiment et d’affection les uns avec les autres, selon l’esprit de Jésus-Christ. C’est pourquoi unissez-vous les uns avec les autres, pour vous soutenir mutuellement, comme Jésus-Christ vous a unis avec lui pour la gloire de Dieu. Car je vous déclare que Jésus-Christ a été le dispensateur et le ministre de l’Évangile à l’égard des Juifs circoncis ; afin que Dieu fût reconnu pour véritable, par l’accomplissement des promesses qu’il avait faites à leurs pères. Et quant aux Gentils, ils n’ont qu’à glorifier Dieu de sa miséricorde, selon qu’il est écrit : C’est pour cette raison, Seigneur, que je publierai vos louanges parmi les Gentils, et que je chanterai des cantiques à la gloire de votre Nom. Il est encore écrit : Réjouissez-vous, Gentils, avec son peuple. Et ailleurs : Gentils, louez tous le Seigneur : peuples, glorifiez-le tous. Isaïe a dit aussi : Il sortira de la tige de Jessé un rejeton qui s’élèvera pour commander aux Gentils ; et les Gentils espéreront en lui. Que le Dieu d’espérance vous comble de paix et de joie dans votre loi, afin que votre espérance croisse toujours de plus en plus par la vertu et la puissance du Saint-Esprit.
Ayez donc patience, Chrétiens ; croissez dans l’espérance ; et vous goûterez le Dieu de paix qui va venir en vous. Mais soyez unis de cœur les uns aux autres ; car c’est la marque des enfants de Dieu. Le Prophète nous annonce que le Messie fera habiter ensemble le loup et l’agneau ; et voici que l’Apôtre nous le montre réunissant dans une même famille le Juif et le Gentil. Gloire à ce souverain Roi, puissant rejeton de la tige de Jessé, et qui nous commande d’espérer en lui ! Voici que l’Église nous avertit encore qu’il va paraître en Jérusalem :
GRADUEL.
Ex Sion species decoris ejus; Deus manifeste veniet.
C’est de Sion que va briller l’éclat de sa beauté : il va paraître au grand jour, notre Dieu.
v. Congregate illi sanctos ejus, qui ordinaverunt testamentum ejus super sacrificia.
v. Rassemblez autour de lui ses Saints, tous ceux qui ont contracté avec lui une alliance scellée par le sacrifice.
Alleluia, alleluia.
Alleluia, alleluia.
v. Laetatus sum in his quae dicta sunt mini: in domum Domini ibimus. Alleluia.
v. Je me suis réjoui dans cette parole qui m’a été dite : Nous irons dans la maison du Seigneur. Alleluia.
Évangile.
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. XL
Suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. XI.
In illo tempore : Cum audisset Joannes in vinculis opera Christi, mittens duos de discipulis suis, ait illi : Tu es, qui venturus es, an alium exspectamus ? Et respondens Jesus ait illis : Euntes renuntiate Joanni quae audistis, et vidistis. Caeci vident, claudi ambulant, leprosi mundantur, surdi audiunt, mortui resurgunt, pauperes evangelizantur ; et beatus est, qui non fuerit scandalizatus in me. Illis autem abeuntibus, coepit Jesus dicere ad turbas de Joanne : Quid existis in desertum videre? Arundinem vento agitatam? Sed quid existis videre? Hominem mollibus vestitum? Ecce qui mollibus vestiuntur, in domibus regum sunt. Sed quid existis videre? Prophetam? Etiam dico vobis, et plus quam prophetam. Hic est enim de quo scriptum est: Ecce ego mitto Angelum meum ante faciem tuam, qui praeparabit viam tuam ante te.
En ce temps-là, Jean, ayant appris dans la prison les œuvres merveilleuses de Jésus-Christ, lui fit dire par deux de ses disciples, qu’il lui envoya : Etes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Jésus leur répondit : Allez dire à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’Évangile est annoncé aux pauvres ; et heureux celui qui ne prendra pas de moi un sujet de scandale ! Comme ils s’en retournaient, Jésus se mit à parler de Jean, et dit au peuple : Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent ? Mais encore qu’êtes-vous allés voir ? un homme vêtu mollement ? Vous savez que ceux qui sont vêtus mollement sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un Prophète. Je vous le dis, et plus qu’un Prophète. Car c’est de lui qu’il a été écrit : J’envoie devant vous mon Ange, qui vous préparera la voie.
C’est bien vous, Seigneur, qui deviez venir, et nous ne devons pas en attendre un autre. Nous étions aveugles, vous nous avez éclairés ; notre marche était chancelante, vous l’avez raffermie ; la lèpre du péché nous couvrait, vous nous avez guéris ; nous étions sourds à votre voix, vous nous avez rendu l’ouïe ; nous étions morts par nos iniquités, vous nous avez tirés du tombeau ; enfin, nous étions pauvres et délaissés, vous êtes venu nous consoler. Tels ont été, tels seront les fruits de votre visite dans nos âmes, ô Jésus ! visite silencieuse, mais puissante ; dont la chair et le sang n’ont point le secret, mais qui s’accomplit dans un cœur touché. Venez ainsi en moi, ô Sauveur ! Votre abaissement, votre familiarité ne me scandaliseront pas ; car vos œuvres dans les âmes disent assez que vous êtes un Dieu. C’est parce que vous les avez créées que vous pouvez les guérir.
Après le chant du Symbole de la Foi, quand le Prêtre procède à l’oblation du Pain et du Vin, unissez-vous à l’Église qui demande d’être vivifiée par l’Hôte divin qu’elle attend.
OFFERTOIRE.
Deus, tu convertens vivificabis nos, et plebs tua laetabitur in te: ostende nobis, Domine, misericordiam tuam, et Salutare tuam da nobis.
O Dieu, vous vous tournerez vers nous, et vous nous rendrez la vie ; et votre peuple se réjouira en vous. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde, et donnez-nous le Salut dont vous êtes la source.
SECRÈTE.
Placare, quaesumus Domine, humilitatis nostrae precibus et hostiis: et ubi nulla suppetunt suffragia meritorum, tuis nobis succurre praesidiis. Per Dominum.
Laissez-vous apaiser, Seigneur, par les prières de notre humilité et par les Hosties que nous vous offrons ; et si nous n’avons aucun mérite de notre part, assistez-nous du moins de votre secours. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Les autres Secrètes comme au premier Dimanche, page 65.
Pendant la Communion, la voix de l’Église fait retentir encore la félicité de Jérusalem. Son Dieu vient à elle, et il veut la traiter en Épouse : qu’elle se prépare donc à l’honneur de cette visite, en s’élevant au-dessus de tout ce qui est inférieur à cet Époux divin qui daigne descendre pour elle.
COMMUNION.
Jerusalem, surge, et sta in excelso: et vide jucunditatem, quae veniet tibi a Domino.
Lève-toi , Jérusalem , et monte sur un lieu élevé : et considère les délices que ton Dieu versera en toi.
L’Église, dans l’Oraison suivante, explique en quoi consiste cette élévation que Jérusalem doit chercher : aimer les choses du ciel d’où vient le Sauveur, mépriser celles de la terre dont l’amour sépare de Dieu.
POSTCOMMUNION.
Repleti cibo spiritualis alimoniae, supplices te, Domine, deprecamur, ut hujus participatione mysterii, doceas nos terrena despicere, et amare coelestia. Per Dominum.
Rassasiés de la nourriture spirituelle, nous vous supplions , Seigneur, de nous apprendre, par la participation de ce Mystère, à mépriser les choses de la terre et à aimer celles du ciel. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Les autres Postcommunions comme au premier Dimanche, page 66.
A VEPRES.
1. Ant.Ecce in nubibus coeli Dominus veniet cum potestate magna. Alleluia.
1 Ant . Voici que le Seigneur viendra sur les nuées du ciel avec une grande puissance. Alleluia.
2. Ant.Urbs fortitudinis nostrae Sion, Salvator ponetur in ea murus et antemurale : aperite portas, quia nobiscum Deus. Alleluia.
2. Ant.Sion est notre ville forte ; le Sauveur en sera la muraille et le rempart : ouvrez-en la porte ; car Dieu est avec nous. Alleluia.
3. Ant.Ecce apparebit Dominus, et non mentietur : si moram fecerit, exspecta eum, quia veniet, et non tardabit. Alleluia.
3. Ant.Le Seigneur apparaîtra, et il ne trompera pas notre attente : s’il tarde, attendons encore, car il viendra et de différera plus. Alleluia.
4. Ant.Montes et colles cantabunt coram Deo laudem, et omnia ligna silvarum plaudent manibus, quoniam veniet dominator Dominus in regnum aeternum. Alleluia, alleluia.
4. Ant.Les montagnes et les collines chanteront devant Dieu le cantique de louanges : tous les arbres des forêts applaudiront ; car le Dominateur, le Seigneur, viendra pour régner à jamais. Alleluia, alleluia.
5. Ant.Ecce Dominus noster cum virtute veniet, et illuminabit oculos servorum suorum. Alleluia.
5. Ant.Voici que le Seigneur notre Dieu viendra dans sa puissance, et il éclairera les yeux de ses serviteurs. Alleluia.
CAPITULE.
Fratres, quaecumque scripta sunt, ad nostram doctrinam scripta sunt: ut per patientiam et consolationem Scripturarum spem habeamus.
Mes Frères, tout ce qui est écrit a été écrit pour notre instruction, afin que nous concevions une espérance ferme par la patience et la consolation que les Écritures nous donnent.
L’Hymne Creator alme siderum et le Cantique Magnificat se trouvent aux pages 53 et 54.
ANTIENNE de Magnificat.
Tu es qui venturus es, an alium expectamus? Dicite Johanni quae vidistis: Ad lumen redeunt caeci, mortui resurgunt, pauperes evangelizantur. Alleluia.
Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Dites à Jean ce que vous avez vu : les aveugles voient, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. Alleluia.
OREMUS.
PRIONS
Excita, Domine, corda nostra ad praeparandas Unigeniti tui vias ; ut per ejus adventum, purificatis tibi mentibus servire mereamur. Qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen.
Seigneur, réveillez nos cœurs, afin qu’ils préparent la voie de votre Fils unique, et que nous méritions de vous servir avec des âmes purifiées, au moyen de l’Avènement de Celui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
LE LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. XIII.
Du Prophète Isaïe. Chap. XIII.
Onus Babylonis quod vidit Isaias filius Amos super montem caligosum levate signum exaltate vocem levate manum et ingrediantur portas duces Ego mandavi sanctificatis meis et vocavi fortes meos in ira mea exultantes in gloria mea Vox multitudinis in montibus quasi populorum frequentium vox sonitus regum gentium congregatarum. Dominus exercituum praecepit militiae belli venientibus de terra procul a summitate caeli Dominus et vasa furoris eius ut disperdat omnem terram. Ululate quia prope est dies Domini quasi vastitas a Domino veniet. Propter hoc omnes manus dissolventur et omne cor hominis tabescet et conteretur. Tortiones et dolores tenebunt quasi parturiens dolebunt unusquisque ad proximum suum stupebit facies combustae vultus eorum. Ecce dies Domini venit crudelis et indignationis plenus et irae furorisque ad ponendam terram in solitudine et peccatores eius conterendos de ea. Quoniam stellae caeli et splendor earum non expandent lumen suum obtenebratus est sol in ortu suo et luna non splendebit in lumine suo. Et visitabo super orbis mala et contra impios iniquitatem eorum et quiescere faciam superbiam infidelium et arrogantiam fortium humilabo.
Prophétie contre Babylone révélée à Isaïe fils d’Amos. Levez l’étendard sur la montagne couverte de nuages ; haussez la voix , étendez la main, et que les princes entrent par les portes de Babylone. J’ai donné mes ordres à ceux qui me sont dévoués ; j’ai appelé mes guerriers dans ma colère, ceux que ma gloire fait bondir de joie. Voix de la multitude sur les montagnes, voix éclatante des rois et des nations rassemblées. Le Seigneur des armées a commandé à sa milice belliqueuse ; il l’a fait venir depuis les confins de la terre jusqu’aux extrémités du ciel. C’est le Seigneur ; il a avec lui les vases de sa fureur pour exterminer toute cette terre. Hurlez ; car le jour du Seigneur est proche : le Seigneur va tout dévaster. C’est pourquoi tout bras sera abattu, tout cœur d’homme séchera et sera brisé. Ils se tordront dans l’angoisse et gémiront comme la femme en travail. Ils se regarderont l’un l’autre dans la stupeur ; leur visage sera desséché comme par le feu. Voici que le jour du Seigneur viendra, jour cruel, plein d’indignation, de colère et de fureur, pour réduire la terre en solitude et broyer les pécheurs qui l’habitent. Les étoiles du ciel les plus éclatantes ne répandront plus leur lumière ; le soleil s’obscurcira dès son lÈver, et la lune ne brillera plus de sa clarté. Et je visiterai les crimes du monde et l’iniquité des impies ; je mettrai un terme à l’orgueil des infidèles, et j’humilierai l’arrogance des puissants.
L’Église nous remet encore aujourd’hui sous les yeux l’effrayant spectacle du dernier Avènement de Jésus-Christ. Cette Babylone pécheresse dont parle Isaïe, c’est le monde vieilli dans ses crimes ; ce jour cruel, plein d’indignation et de colère, c’est celui où le Messie reviendra et fera briller son étendard sur la nuée. Les paroles qu’emploie le Prophète pour peindre la consternation des habitants de Babylone sont si expressives, qu’elles glacent d’effroi ceux qui les méditent sérieusement. O vous donc qui, en cette seconde Semaine de préparation à la Naissance du Sauveur, hésiteriez encore sur ce que vous avez à faire pour le jour où il va venir, réfléchissez sur l’enchaînement des deux Avènements. Si vous ouvrez au Sauveur dans le premier, vous pourrez être sans inquiétude sur le second ; si au contraire vous dédaignez le premier, le second fondra sur vous comme sur une proie ; et les cris de votre désespoir ne vous sauveront pas. Le Juge viendra à l’improviste, au milieu de la nuit, au moment précis où vous vous flatterez qu’il est loin encore.
Et ne dites pas que la fin des temps n’est pas venue pour le monde, que le genre humain n’a pas accompli ses destinées. Il s’agit ici, non du genre humain, mais de vous. Sans doute, le jour du Seigneur apparaîtra effroyable, quand ce monde sera brisé comme un vase fragile, et que les débris de la création seront la proie d’un affreux incendie ; mais, avant ce jour de terreur universelle, viendra pour vous en particulier celui de l’Avènement du Juge inexorable. Vous aurez à vous trouver en face de lui sans défense, et l’arrêt qu’il rendra alors demeurera à jamais : Avènement terrible, quoique ses résultats demeurent secrets jusqu’au dernier et solennel Avènement. Comprenez donc que l’effroi du dernier jour ne sera si grand, que parce que, en ce jour-là même, on entendra confirmer avec solennité ce qui aura été jugé déjà irrévocablement, quoique sans éclat ; comme aussi la voix amie qui conviera les amis de Dieu au festin éternel ne fera que répéter, devant l’Assemblée des Anges et des hommes, ce qui déjà aura été résolu dans l’heureuse entrevue du Seigneur et de ses bien-aimés, au moment de leur sortie de ce monde. Donc, ne comptez plus sur des siècles, ô chrétiens ! cette nuit on redemandera votre âme. (LUC. XVII, 20.) Le Seigneur vient : hâtez-vous d’aller au-devant de lui dans la confusion de votre visage, dans la contrition de votre cœur, dans la conversion de vos œuvres.
CHANT DU JUGEMENT DERNIER.
(C’est le Répons Libera, interpolé dans les XV° et XVI° siècles.)
r. Líbera me, Dómine, de morte ætérna, in die illa treménda:Quando cœli movéndi sunt et terra.Dum véneris iudicáre sǽculum per ignem.
Quando cœli movendi sunt et terra.
v. Timebunt Angeli et Archangeli: impii autem ubi parebunt?
v. Quid ergo miserrimus, quid dicam, vel quid faciam, dum nil boni perferam ante tantum judicem?
v. Vix justus salvabitur; et ego miser, ubi parebo?
Tremens factus sum ego, et tímeo, dum discússio vénerit, atque ventúra ira. Dum véneris iudicáre sǽculum per ignem.
Quando cœli movéndi sunt et terra.
V/. Lux immarcescibilis, eripe me de tenebris, ne cadam in obscura poenarum incendia;
Dum véneris iudicáre sǽculum per ignem.
v. Plangent super se omnes tribus terrae;
Quando cœli movéndi sunt et terra.
Vox de coelis: O vos mortui qui jacetis in sepulcris, surgite et occurrite ad judicium Salvatoris;
Quando cœli movéndi sunt et terra.
Dum véneris iudicáre sǽculum per ignem.
v. Lauda anima mea, Dominum; laudabo Dominum in vita mea, et in carne mea videbo Deum.
Dum véneris iudicáre sǽculum per ignem.
v. Quando Deus filius Virginis Judicare saeculum venerit, dicet justus ad dextram positis: Accedite, dilecti filii, vobis dare regnum disposui. O felix vox! Felix promissio! Felix dator et felix datio!
v. Post haec dicet ad laevam positis: Nescio vos, cultores criminis: vos decepit gloria saeculi; descendite ad ima barathri, cum Zabulon et suis ministris. O proh dolor! Quanta tristitia! Quantus luctus! Quanta suspiria!
Quando cœli movéndi sunt et terra.
Dum véneris iudicáre sǽculum per ignem.
v. Jam festinat Rex ad judicium, dies instat horrenda nimium; et quis erit nobis refugium? Nisi Mater Virgo, spes omnium, quae pro nobis exoret Filium. O Jesu rex, exaudi poscimus preces nostras, et salvi erimus.
v. Creator omnium rerum Deus, qui me de limo terrae formasti, et mirabiliter proprio sanguine redemisti, corpusque meum, licet modo putrescat, de sepulcro facies in die judicii resuscitari; exaudi me, ut animam meam in sinu Abrahae patriarchae tui jubeas collocari;
r. DELIVREZ-MOI, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable ;
Dum véneris iudicáre sǽculum per ignem.
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés ;
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/.Les Anges et les Archanges seront épouvantés : et les impies, où seront-ils i
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Que dirai-je ? que ferai-je, moi malheureux, qui n’ai rien de bon à présenter devant un si grand juge ?
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/. A peine le juste sera-t-il sauvé, et moi, infortuné, où serai-je ?
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Lumière sans nuage , sauvez-moi des ténèbres ; empêchez que je ne tombe dans les flammes obscures de l’enfer ;
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/. Toutes les nations de la terre pleureront sur elles-mêmes ;
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Alors, une voix des cieux : O vous, morts qui êtes étendus dans les sépulcres, lÈvez-vous, et venez au jugement du Sauveur ;
* Lorsque vous viendrez, Seigneur, juger le siècle par le feu.
V/. O mon âme, loue le Seigneur ! Je louerai le Seigneur durant ma vie, et je mériterai de voir Dieu dans ma chair ;
* Lorsque vous viendrez, Seigneur, juger le siècle par le feu.
V/. Quand le Dieu, fils de la Vierge, viendra juger le monde, il dira aux justes placés à sa droite : Approchez, mes fils bien-aimés ; c’est à vous que j’ai résolu de donner mon Royaume. O heureuse parole ! heureuse promesse ! Heureux bienfaiteur ! heureux bienfait !
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Ensuite, il dira à ceux qui seront à la gauche : Sectateurs du péché, je ne vous connais pas. La gloire du siècle vous a séduits : descendez au fond des enfers, avec le diable et ses ministres. O douleur ! ô tristesse ! ô deuil ! ô soupirs !
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/. Déjà le Roi se prépare pour le jugement ; le jour affreux va éclater ; dans cette extrémité, quel sera notre refuge ? Nous n’en avons point d’autre que la Vierge Mère, l’espoir universel : qu’elle daigne pour nous supplier son fils ! O Roi Jésus ! exaucez nos prières, et nous serons sauvés ;
* Qua
V/. Créateur de toutes choses, ô Dieu ! qui m’avez formé du limon de la terre, et m’avez racheté de votre propre sang, par un admirable amour ; vous qui dÈvez, au jour du Jugement, faire sortir du sépulcre mon corps qui est à la veille de tomber en pourriture, exaucez-moi, exaucez-moi, et daignez ordonner que mon âme soit placée au sein du patriarche Abraham ;
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
PRIÈRE DE LA LITURGIE AMBROSIENNE.
(Dans la troisième semaine de l’Avent.)
Omnipotens Christe, Fili Dei, in die Nativitatis tuae propitius ad salvandum in te populum veni: ut benignitate solita ab omni dubietate, et metu temporis nos jubeas liberari. Qui vivis et regnas, etc.
Christ tout-puissant, Fils de Dieu, venez, dans votre miséricorde, sauver votre peuple, au jour de votre Nativité, et daignez, avec votre bénignité accoutumée, nous délivrer de toute inquiétude et de toute crainte temporelle. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.
LE MARDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. XIV.
Du Prophète Isaïe. CHAP. XIV.
Prope est ut veniat tempus eius et dies eius non elongabuntur. Miserebitur enim Dominus Iacob et eliget adhuc de Israel et requiescere eos faciet super humum suam adiungetur advena ad eos et adhaerebit domui Iacob. Et tenebunt eos populi et adducent eos in locum suum et possidebit eos domus Israel super terram Domini in servos et ancillas et erunt capientes eos qui se ceperant et subicient exactores suos. Et erit in die illa cum requiem dederit tibi Deus a labore tuo et a concussione tua et a servitute dura qua ante servisti sumes parabolam istam contra regem Babylonis et dices: Quomodo cessavit exactor quievit tributum? Contrivit Dominus baculum impiorum virgam dominantium caedentem populos in indignatione plaga insanabili subicientem in furore Gentes persequentem crudeliter. Quomodo cecidisti de caelo Lucifer qui mane oriebaris? corruisti in terram, qui vulnerabas gentes : qui dicebas in corde tuo: in caelum conscendam ;super astra Dei exaltabo solium meum sedebo in monte testamenti in lateribus Aquilonis : ascendam super altitudinem nubium ero similis Altissimo. Verumtamen ad infernum detraheris in profundum laci.
Le temps où il doit venir est proche, et les jours n’en sont pas éloignés. Car le Seigneur aura pitié de Jacob, et il choisira des hommes dans Israël, et il les fera demeurer paisiblement dans leur terre. L’étranger se joindra à eux et s’unira à la maison de Jacob. Et les peuples les prendront et les introduiront dans leur pays ; et la maison d’Israël aura ces peuples pour serviteurs et pour servantes dans la terre d’Israël. Ceux qui les avaient assujettis seront leurs captifs, et ils s’assujettiront ceux qui les avaient dominés. En ce jour-là, quand le Seigneur aura mis fin à tes travaux, à l’oppression et à la dure servitude que tu souffrais auparavant, tu entonneras ce Cantique contre le roi de Babylone. et tu diras : « Comment a disparu le tyran ? Comment a cessé le tribut qu’il nous imposait ? Le Seigneur a brisé le bâton des impies, la verge des dominateurs, qui, dans son indignation, frappait les peuples d’une plaie incurable, s’assujettissait les nations dans sa fureur, les persécutait avec a cruauté. Comment es-tu tombé du ciel, ô Lucifer ! toi qui te levais le matin avec tant d’éclat ? Tu as été renversé sur la terre, toi qui couvrais de plaies les nations ; qui disais dans ton cœur : Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des astres de Dieu, je m’essayerai sur la montagne de l’alliance, aux côtés de l’aquilon ; je monterai au-dessus des nuées, je serai semblable au Très-Haut. Et te voilà précipité dans l’enfer, jusqu’au plus profond de ses abîmes. »
Ta ruine est en effet consommée, ô Lucifer ! Tu refusas de t’abaisser devant Dieu et tu fus précipité. Ton orgueil ensuite cherchant à s’étourdir sur l’humiliation d’une chute si profonde, tu causas la ruine du genre humain, en haine de Dieu et de son œuvre. Tu réussis à inspirer au fils de la poussière ce même orgueil qui avait été cause de ta dégradation. Par toi, le péché entra dans ce monde, et par le péché la mort ; le genre humain semblait une proie dévouée à ta rage éternelle. Forcé de renoncer à tes espérances d’une royauté céleste, tu pensais du moins régner sur l’Enfer et dévorer la création à mesure qu’elle sortirait des mains de Dieu. Mais tu es vaincu aujourd’hui. Ton règne était dans l’orgueil ; à lui seul tu aurais dû ta cour et tes sujets ; or, voici que le souverain Seigneur de toutes choses vient saper ton empire par les fondements, en enseignant lui-même l’humilité à sa créature ; et il vient l’enseigner, non par des lois promulguées avec l’appareil éclatant du Sinaï, mais en la pratiquant lui-même sans bruit, cette divine humilité qui seule peut relÈver ceux qui sont tombés par la superbe. Tremble, Lucifer ! ton sceptre va se briser entre tes mains.
Dans ta fierté, tu dédaignes cette humble et douce Vierge de Nazareth, qui garde silencieuse le mystère de ta ruine et de notre salut. Tu dédaignes par avance l’Enfant qu’elle porte dans son sein et qu’elle mettra bientôt au jour. Sache que Dieu ne le dédaigne pas ; car il est Dieu aussi, cet Enfant qui n’a pas vu le jour encore ; et un seul des actes d’adoration et de dévouement qu’il pratique à l’égard de son Père, au sein de Marie, apporte plus de gloire à la Divinité, que tout ton orgueil, croissant à jamais dans l’éternité, ne lui en pourrait ravir. Instruits désormais par les leçons d’un Dieu sur la puissance du grand remède de l’humilité, les hommes sauront y avoir recours. Au lieu de s’élÈver comme toi, dans un fol et criminel orgueil, ils s’abaisseront avec joie et amour ; et plus ils seront humbles, plus Dieu prendra plaisir à les élÈver ; plus ils se confesseront pauvres, plus il aimera à les rassasier. C’est la Vierge divine qui nous le dit dans son beau Cantique. Gloire à elle, si douce mère à ses enfants, et si terrible à toi, Lucifer ! qui te débats en vain sous son pied victorieux.
PROSE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Composée au XI° siècle, et tirée des anciens Missels Romains-Français.)
Regnantem sempiterna per saecla susceptura. Contio devote concrepa factori reddendo debita. Quem iubilant agmina caelica eius vultu exhilarata. Quem exspectant omnia terrea eius nutu examinanda. Districtum ad iudicia clementem in potentia. Tua nos salva Christe clementia propter quos passus es dira. Ad poli astra subleva nitida qui sorde tergis saecula. Influens salus vera effuga pericula. Omnia ut sint munda tribue pacifica. Ut hic tua salvi misericordia laeti regna post adeamus supera. Qui regnas saecula per infinita. Amen.
Prêt à recevoir celui qui règne dans les siècles éternels, Peuple chrétien, chante-le dévotement, rends hommage à ton Créateur.
C’est lui que bénissent avec jubilation les milices célestes, enivrées de sa vue
C’est lui qu’attendent toutes les choses terrestres, pour comparaître devant lui,
Sévère en ses jugements,
Clément en sa puissance.
O Christ ! sauvez-nous par votre clémence, vous qui souffrîtes pour nous une cruelle passion.
SoulÈvez-nous jusqu’aux brillantes étoiles des cieux, vous qui effacez les souillures des siècles ;
Rosée du ciel, Sauveur véritable, chassez nos périls ;
Faites que tout soit pur, et donnez-nous la paix ;
Afin que, sauvés ici-bas par votre miséricorde, nous puissions, après cette vie, monter joyeux aux célestes royaumes :
Vous qui régnez dans les siècles infinis. Amen.
C’est lui que bénissent avec jubilation les milices célestes, enivrées de sa vue
C’est lui qu’attendent toutes les choses terrestres, pour comparaître devant lui,
Sévère en ses jugements,
Clément en sa puissance.
O Christ ! sauvez-nous par votre clémence, vous qui souffrîtes pour nous une cruelle passion.
SoulÈvez-nous jusqu’aux brillantes étoiles des cieux, vous qui effacez les souillures des siècles ;
Rosée du ciel, Sauveur véritable, chassez nos périls ;
Faites que tout soit pur, et donnez-nous la paix ;
Afin que, sauvés ici-bas par votre miséricorde, nous puissions, après cette vie, monter joyeux aux célestes royaumes :
Vous qui régnez dans les siècles infinis. Amen.
PRIERE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN.
(En la Messe de la Vigile de Noël.)
Misericors ac piissime Deus, cujus voluntate ac munere Dominus noster Jesus Christus ad hoc se humiliavit, ut totum genus exaltaret humanum, et ideo ad ima descenderit, ut humilia sublimaret: ac propterea Deus homo nascitur per Virginem, ut in humone perditam coelestem reformaret imaginem: da ut plebs haec tibi adhaereat, ut quam redemisti tuo munere, tibi semper devota placeat servitute.
Dieu miséricordieux et clément, par la volonté et la munificence duquel Jésus-Christ notre Seigneur s’est humilié, pour élÈver le genre humain tout entier, et est descendu au plus bas pour exalter ce qui était misérable, en sorte que Dieu est né homme au moyen d’une Vierge, afin que la ressemblance céleste que l’homme avait perdue fût rétablie en lui ; faites que votre peuple s’attache à vous, et qu’après que vous l’avez racheté par votre bienfait, il vous soit toujours agréable par sa dévote servitude.
LE MERCREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. XVI.
Du Prophète Isaïe. CHAP. XVI.
Emitte agnum, Domine, dominatorem terræ, de petra deserti ad montem filiæ Sion. Et erit: sicut avis fugiens,et pulli de nido avolantes,ic erunt filiæ Moab in transcensu Arnon. Ini consilium,coge concilium; pone quasi noctem umbram tuam meridie;absconde fugientes, et vagos ne prodas. Habitabunt apud te profugi mei; Moab, esto latibulum eorum a facie vastatoris:finitus est enim pulvis, consummatus est miser,defecit qui conculcabat terram. Et præparabitur in misericordia solium,et sedebit super illud in veritate, in tabernaculo David, judicans et quærens judicium,et velociter reddens quod justum est.
Envoyez, Seigneur, l’Agneau qui doit régner sur la terre ; qu’il s’élance de la pierre du désert jusqu’à la montagne de la fille de Sion : et comme l’oiseau qui s’enfuit, comme les petits qui s’envolent de leur nid, ainsi seront les filles de Moab au passage d’Arnon. Prends conseil, forme une assemblée, prépare en plein une ombre aussi noire que la nuit même ; cache les fuyards et ne trahis point les vagabonds ; ô Moab ! sois leur asile, devant la face du tyran. Mais la poussière se dissipe, le misérable n’est plus ; celui qui foulait la terre a disparu. Un trône sera préparé dans la miséricorde, et l’Agneau Dominateur s’asseyera dessus dans la vérité, sous la tente de David ; il jugera et cherchera l’équité, et il rendra promptement ce qui est juste.
Seigneur, envoyez-nous l’Agneau ; « c’est l’Agneau qu’il nous faut, et non le Lion, s’écrie Pierre de Celles dans son IIIe Sermon de l’Avent, l’Agneau qui ne s’irrite point, et dont la mansuétude ne se trouble jamais ; l’Agneau qui nous donnera sa laine blanche comme la neige pour réchauffer ce qui en nous est froid, pour couvrir ce qui en nous est nu ; l’Agneau qui nous donnera sa chair à manger, de peur que nous ne périssions de faiblesse dans le chemin. Envoyez-le plein de sagesse, car dans sa divine prudence il vaincra l’esprit superbe ; envoyez-le plein de force, car il est dit que le Seigneur est fort et puissant dans le combat ; envoyez-le plein de douceur, car il descendra comme la rosée sur la toison ; envoyez-le comme une vie-ci time, car il doit être vendu et immolé pour notre rachat ; envoyez-le, non pour exterminer les o pécheurs, car il doit venir les appeler, et non les justes ; envoyez-le enfin digne de recevoir la puissance et la divinité, digne de délier les sept sceaux du livre scellé, savoir l’ineffable mystère de l’Incarnation. » Vous êtes donc Roi, divin Agneau ! Vous êtes, dès le sein de votre Mère, le souverain Dominateur. Ce sein virginal est un trône de miséricorde sur lequel vous siégez dans l’humilité, prêt à nous rendre justice et à confondre notre cruel ennemi. O Roi chéri ! si nos yeux ne vous aperçoivent pas encore, notre cœur vous a senti. Il sait que c’est pour lui que vous revêtez une si étonnante royauté. Laissez-le s’approcher de vous, et vous rendre foi et hommage, pendant que le nuage vous voile encore. Bientôt les bras de Marie seront un second trône pour votre Majesté, et toute la terre verra le Salut qui lui est envoyé.
HYMNE TIRÉE DE L’ANTHOLOGIE DES GRECS,
( Au 20 décembre.)
Spelunca, parare; Agna enim venit foetum gerens Christum: recipe, praesepium, ilium qui nos terrigenas verbo solvit ineffabili modo: pastores de nocte vigilantes, prodigiosum confitemini miraculum; magique e Perside aurum, thus et myrrham Regi afferte: quia visus est e Virgine matre Dominus, quem et ipsa prona servili modo, mater adoravit et ei quem in brachiis suis tenebat dixit: Quomodo in me inseminatus es: vel quomodo in me ingeneratus es, Salvator meus et Deus?
Grotte, prépare-toi : voici venir la Brebis qui porte le Christ en son sein ; Crèche, reçois celui qui d’une parole ineffable nous délivre, nous enfants de la terre ; Bergers, qui veillez la nuit, publiez le prodige ; Mages, accourez de la Perse, apportez au Roi l’or, l’encens et la myrrhe ; car le Seigneur est apparu, né d’une Vierge-mère qui s’abaisse comme une humble servante, toute mère qu’elle est, l’adore et dit, le tenant en ses bras : Comment as-tu été produit, comment as-tu été engendré dans mes entrailles, mon Sauveur et mon Dieu ?
Audi coelum, et intellige terra; ecce enim Filius Verbumque Dei Patris progreditur ad nascendum ex Virgine, inexperta virum, sine dolore ilium pariente et virtute Spiritus sancti. Bethlehem parare: aperi januam, Eden, nam qui Est fit qui non erat, et plasturgus omnis creaturae plasmatur ipse, afferens mundo magnam misericordiam.
Écoute, ô ciel ! terre, prête l’oreille ; car voici le Fils et le Verbe du Dieu Père, qui s’avance pour naître d’une Vierge qui n’a pas connu l’homme, et qui enfante sans douleur par la vertu du Saint-Esprit. Bethléhem, prépare-toi ; Éden, ouvre tes portes : Celui qui Est devient celui qui n’était pas ; celui qui du limon forma toute créature reçoit lui-même une forme, apportant au monde une grande miséricorde.
Natura immense, Christe Rex, quomodo parva te recipiet spelunca? Quomodo praesepe te poterit continere, Jesu, ex Matre nesciente virum, advena factus in propria, ut hospites ipse salves?
Nature immense, Christ Roi, comment pourra vous recevoir une chétive étable ? comment la crèche vous pourra-t-elle contenir, ô Jésus ! fils d’une mère intacte,qui vous êtes fait étranger dans votre propre domaine, pour sauver ceux qui vous donneraient l’hospitalité !
Novum facta coelum, Domina, e vulva tua, sicut e nebula Christum solem gloriae oriri facere festines in spelunca carnaliter, omnes terrae fines suis splendoribus fulgentissime irradiaturum, per incommensurabilem misericordiam.
Auguste Princesse, nouveau ciel, de votre sein, ainsi que d’un nuage, hâtez-vous de faire sortir le Christ, Soleil de gloire : que dans la grotte il apparaisse avec notre chair, et répande jusqu’aux extrémités du monde le vif éclat de ses splendeurs par une immense miséricorde.
Noscis nostrum dolorem et miseriam, misericors Christe, et nos non despicis; sed exinanis temetipsum, non adhuc egressus ex tua genitrice; tabernaculumque figens in matrice nuptinescia, quae sine dolore te pariet in spelunca care factum.
Vous savez nos douleurs et nos misères, ô Christ débonnaire ! et vous ne nous dédaignez pas ; mais vous vous anéantissez avant même de sortir de votre mère, fixant votre demeure au sein virginal de celle qui, dans la grotte, vous enfantera sans douleur, revêtu de notre chair.
Montes et colles, valles et campi, populi et tribus, gentes ac omnis spiritus, alalagmumagite; laetitiae divina venit plenitudo, omnium advenit redemptio, Verbum Dei tempora nesciens per misericordiam factum sub tempore.
Monts et collines, vallées et plaines, peuples et tribus, nations de la terre et tout ce qui respire, poussez des cris de victoire : voici venir la plénitude de joie divine, la Rédemption de tous approche, le Verbe de Dieu qui ne connaît point de temps, soumis au temps par sa miséricorde.
Vitis divina incorruptam maturitate nigrescere faciens uvam, appropinquat: paritura venit laetitiae vinum scaturiens et nos bibere faciens ipsi canentes: Deus noster, benedictus es!
Elle approche, la vigne céleste sur laquelle a mûri la grappe incorruptible ; elle vient enfanter le vin d’allégresse qui, comme une vive, source , étanchera notre soif, à nous qui lui chanterons : Vous êtes béni, ô notre Dieu !
Myrotheca divina, intus myrum ferens graditur, ut in spelunca Bethlehem effundat illud a quo mystico replentur odore canentes: Deus patrum, benedictus es!
Le vase de divins parfums qui renferme le parfum d’excellence, s’avance pour répandre en la grotte de Bethléem celui qui remplit de sa mystique odeur ceux qui lui chantent :Vous êtes béni, ô le Dieu de nos pères !
Forceps quam olim vidit Isaias propheta, divinum carbonem Christum in utero geris omnem materiam peccati comburentem, fideliumque animas illuminantem.
Marie , vous êtes semblable a l’instrument que vit autrefois Isaïe entre les mains de l’Ange : comme lui vous portez en vous le divin charbon, le Christ qui consume toute matière de péché et illumine les âmes des fidèles.
Finem habuerunt prophetarum praeconia; quem enim praenuntiarunt in temporis plenitudine venturum, adest, apparet casta ex Virgine corporatus; ilium puris mentibus excipiamus.
Les chants des Prophètes ont cessé : car Celui qu’ils ont annonce devoir venir en la plénitude des temps, va paraître ; il est présent, ayant pris un corps dans la chaste Vierge : allons le recevoir avec des cœurs purs.
PRIERE DU MISSEL MOZARABE.
(Au second Dimanche de l’Avent.)
Jucundatur, Domine, et tripudiat terra; quia Verbum caro factum habitat in sacrae; Virginia membra. In cujus adventu omnis de captivitate redimitur terra; quae detinebatur per transgressionem Adae in obscurata gehenna. Nunc moveatur mare, et omnia quae; in eo sunt; montes exsultent et omnia ligna silvarum; quia Deus homo dignatur, per uterum beate Virginis Mariae de coelo in mundum venire. Per ipsius igitur adventum te deprecamur, omnipotens Deus, ut nostrae carnis fragilitatem a vinculis peccatorum absolvas, et praesenti familiae tuae misericordia plenus occurras.
Seigneur, la terre est dans la joie, et tressaille de plaisir ; car le Verbe fait chair habite dans le sein de la Vierge sacrée. A son avènement, la terre entière est affranchie de la captivité, après avoir été si longtemps captive dans une noire prison, par suite de la transgression d’Adam. Que maintenant la mer s’ébranle et tous les êtres qu’elle renferme ; que les montagnes bondissent ; que les arbres des forêts soient dans la jubilation ; car Dieu, se faisant homme, daigne venir du ciel en ce monde, en passant par le sein de la bienheureuse Vierge Marie. Nous vous supplions donc, ô Dieu tout-puissant ! d’affranchir des liens du péché la fragilité de notre chair et de recevoir avec miséricorde votre famille ici présente qui vient à vous.
LE JEUDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. XIX
Du Prophète Isaïe. CHAP. XIX.
Onus Ægypti. Ecce Dominus ascendet super nubem lÈvem, et ingredietur Ægyptum, et commovebuntur simulacra Ægypti a facie ejus, et cor Ægypti tabescet in medio ejus, et concurrere faciam Ægyptios adversus Ægyptios; et pugnabit vir contra fratrem suum, et vir contra amicum suum, civitas adversus civitatem, regnum adversus regnum.
Prophétie contre l’Égypte. Voici que le Seigneur montera sur un nuage léger, et il entrera dans l’Égypte, et devant sa face les idoles de l’Égypte seront ébranlées, et le cœur de l’Égypte se desséchera au milieu d’elle ; et je ferai que les Égyptiens s’élèveront contre les Égyptiens, et le frère combattra contre le frère, l’ami contre l’ami, la cité contre la cité, le royaume contre le royaume.
Cette Égypte que le Seigneur vient visiter, dont il va renverser les idoles et boulÈverser l’empire, est la Cité de Satan qui doit crouler et faire place à la Cité de Dieu. Admirons l’entrée pacifique du triomphateur ; c’est sur un nuage, et sur un nuage léger, qu’il monte en guise de char. Que de mystères en peu de mots ! « Il y a trois nuages, dit Pierre de Blois dans son IIe Sermon de l’Avent : l’obscurité des Prophéties, la profondeur des divins Conseils, la merveilleuse fécondité de la Vierge. » En effet, il est de l’essence de toute Prophétie d’être enveloppée d’une certaine obscurité, afin que la liberté des hommes demeure intacte ; mais le Seigneur arrive sous le nuage, et le jour de l’accomplissement révèle toutes choses. Ainsi en fut-il du premier Avènement ; ainsi en sera-t-il du second. Les desseins de Dieu ne se rendant visibles pour l’ordinaire que dans les causes secondes, il arrive presque toujours, et il arriva en particulier dans le grand événement de l’Incarnation, que l’extrême simplicité des moyens employés parla Sagesse divine trompa la prévoyance des hommes. Ils auraient cru volontiers que, pour rétablir le monde tombé, il serait besoin d’un déploiement de puissance égal au moins à celui de la première création ; et on leur dit simplement : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. O toute-puissance de Dieu, que vous reluisez admirablement à travers ce nuage ! que vous êtes forte dans cette apparente faiblesse ! Mais le troisième nuage est la Vierge Marie ; nuage léger ; « car, dit saint Jérôme, ni la concupiscence, ni le fardeau du mariage terrestre, ne l’appesantissent » ; nuage fécond en rosée rafraîchissante, puisqu’il contient le Juste qui doit pleuvoir sur nous pour éteindre nos ardeurs sensuelles et fertiliser le champ de notre vie. Qu’il est doux l’éclat de la majesté de notre divin Roi, quand nous le contemplons à travers le nuage de Marie ! O Vierge incomparable ! toute l’Église vous reconnaît dans ce nuage mystérieux que, des sommets du Carmel, le prophète Élie aperçut s’élevant de la mer, petit d’abord comme le pas d’un homme, mais bientôt montant à l’horizon, et envoyant sur la terre une pluie si abondante, qu’elle suffit à désaltérer tout Israël. Donnez-nous bientôt cette rosée divine qui est en vous ; nos péchés ont rendu le ciel d’airain sur notre tête : vous seule êtes juste et pure, ô Marie ! Priez le Seigneur, dont vous êtes le Trône miséricordieux, de venir bientôt terrasser nos ennemis et nous apporter la paix.
HYMNE DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, au Ier Dimanche de l’Avent.)
Cunctorum rex omnipotens, Mundum salvare veniens, Formam assumpsit corporis Nostrae similitudinis.Qui regnat cum Altissimo, Virginis intrat uterum, Nasciturus in corpore, Mortis vincla disrumpere.Gentes erant in tenebris: Videbunt lumen fulgoris, Cum Salvator advenerit Redimere quos condidit.
Le tout-puissant Roi de toutes choses venant sauver le monde, a pris un corps formé à notre ressemblance.
Quem olim vatum praescia Cecinerunt oracula, Nunc veniet in gloria, Nostra ut curet vulnera.
Celui qui règne avec le Très-Haut entre au sein d’une Vierge, pour naître dans la chair et briser les liens de la mort.
Laetemur nunc in Domino, Simul in Dei Filio, Parati eum suscipere Adventus sui gloria. Amen.
Les nations étaient dans les ténèbres ; elles verront l’éclat de la lumière, quand le Sauveur sera venu racheter ceux qu’il a créés.
Celui que les Prophètes ont chanté dans leurs oracles sur l’avenir, le voici qui vient entouré de gloire : c’est pour guérir nos plaies.
Réjouissons-nous maintenant dans le Seigneur, réjouissons-nous ensemble dans le Fils de Dieu, nous préparant à le recevoir , dans la gloire de son Avènement. Amen.
PRIÈRE DU BRÉVIAIRE AMBROSIEN.
(Au VI° Dimanche de l’Avent, Préface.)
Vere dignum et justum est, aequum et salutare: nos tibi, Domine Deus omnipotens, gratias agere: et cum tuae invocatione virtutis, beatae Marie Virginis festa celebrare: de cujus ventre fructus effloruit, qui Panis angelici munere nos replevit. Quod Eva voravit in crimine, Maria restituit in salute. Distat opus serpentis et Virginis. Inde fusa sunt venena discriminis: hinc egressa mysteria Salvatoris. Inde se praebuit tentantis iniquitas: hinc Redemptoris est opitulata majestas. Inde partus occubuit; hinc Conditor resurrexit, a quo humana natura, non jam captiva, sed libera restituitur. Quod Adam perdidit in parente, Christo recepit auctore.
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire de vous rendre grâces, Seigneur Dieu tout-puissant, et de joindre à l’invocation de votre force la mémoire solennelle de la bienheureuse Vierge Marie ; c’est elle dont les entrailles ont produit ce Fruit qui a daigné nous rassasier du Pain des Anges. Ève avait dévoré un fruit dans sa désobéissance ; Marie nous a rendu un Fruit de salut. Bien différente est l’œuvre du serpent de celle de la Vierge. L’un a versé les poisons qui nous ont mis en péril ; de l’autre sont sortis les mystères du Sauveur. D’un côté a paru l’iniquité du tentateur ; de l’autre, la Majesté du Rédempteur est venue au secours. Rédempteur, il est né, et il a connu la mort ; Créateur, il est ressuscité ; et par lui l’humaine nature a vu cesser son esclavage et a recouvré sa liberté, retrouvant dans le Christ, son créateur , ce qu’elle avait perdu en Adam, son premier père.
LE VENDREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. XXIV
Du Prophète Isaïe. CHAP. XXIV.
Ecce Dominus dissipabit terram: et nudabit eam, et affliget faciem ejus, et disperget habitatores ejus. Et erit sicut populus, sic sacerdos; et sicut servus, sic dominus ejus; sicut ancilla, sic domina ejus; sicut emens, sic ille qui vendit; sicut fœnerator, sic is qui mutuum accipit; sicut qui repetit, sic qui debet. Dissipatione dissipabitur terra, et direptione prædabitur; Dominus enim locutus est verbum hoc. Luxit, et defluxit terra, et infirmata est; defluxit orbis, infirmata est altitudo populi terræ. Et terra infecta est ab habitatoribus suis, quia transgressi sunt leges, mutaverunt jus, dissipaverunt fœdus sempiternum. Propter hoc maledictio vorabit terram, et peccabunt habitatores ejus;ideoque insanient cultores ejus, et relinquentur homines pauci. Luxit vindemia, infirmata est vitis, ingemuerunt omnes qui lætabantur corde; cessavit gaudium tympanorum, quievit sonitus lætantium, conticuit dulcedo citharæ. Cum cantico non bibent vinum; amara erit potio bibentibus illam. Attrita est civitas vanitatis, clausa est omnis domus, nullo introëunte. Clamor erit super vino in plateis,deserta est omnia lætitia, translatum est gaudium terræ. Relicta est in urbe solitudo,et calamitas opprimet portas. Quia hæc erunt in medio terræ in medio populorum,quomodo si paucæ olivæ quæ remanserunt excutiantur ex olea et racemi,cum fuerit finita vindemia. Hi levabunt vocem suam, atque laudabunt: cum glorificatus fuerit Dominus, hinnient de mari. Propter hoc in doctrinis glorificate Dominum; in insulis maris nomen Domini Dei Israël. A finibus terræ laudes audivimus,gloriam Justi.
Voici que le Seigneur rendra déserte la terre : il la dépouillera, il en désolera la face, et il en dispersera les habitants. Et alors le prêtre sera comme le peuple ; le seigneur comme l’esclave ; la maîtresse comme la servante ; celui qui vend comme celui qui achète ; celui qui prête comme celui qui emprunte ; celui qui redemande ce qu’il a prêté comme le débiteur. La terre sera boulÈversée et livrée au pillage ; car c’est le Seigneur qui a parlé. La terre a pleuré, elle s’est fondue,elle est tombée en défaillance. L’univers s’est dissous ; la grandeur des peuples est tombée en décadence. Et la terre a été infectée par ses habitants : car ils ont transgressé les lois, changé le droit, rompu l’alliance éternelle. A cause de cela, la malédiction dévorera la terre ; ceux qui l’habitent s’abandonneront au péché ; ceux qui la cultivent seront insensés ; et il n’y demeurera qu’un petit nombre d’hommes. Le vin a pleuré, la vigne a langui ; ils ont gémi, tous ceux qui avaient la joie dans le cœur. L’allégresse des tambours a cessé, le bruit des réjouissances s’est reposé, la douceur de la harpe s’est tue. Ils ne boivent plus de vin en chantant : amer sera le breuvage à ceux qui le boivent : la cité du faste a été brisée : toutes ses maisons sont fermées : et personne n’y entre plus. Il y aura un cri dans les rues, parce qu’il n’y a plus de vin : tout divertissement est abandonné ; la joie est bannie de la terre. La solitude est dans la ville, et la calamité en a brisé les portes. Et voilà ce qui restera au milieu de la terre , au milieu des peuples : il y aura comme quelques olives qui demeurent sur l’olivier, après qu’on l’a secoué, et encore, comme quelques grappes, après que la vendange est finie. Ceux-là élèveront leurs voix et ils chanteront des cantiques de louanges ; ils jetteront de grands cris de dessus la mer, quand le Seigneur aura été glorifié. C’est pourquoi, glorifiez le Seigneur selon la science : célébrez le Nom du Seigneur Dieu d’Israël dans les îles de la mer. Nous avons entendu des extrémités de la terre des louanges : elles célébraient la gloire du Juste.
Ainsi était désolée la terre au jour où le Messie la vint délivrer et sauver. Les vérités étaient si fort diminuées chez les enfants des hommes, que le genre humain penchait à sa ruine. La connaissance du vrai Dieu allait s’obscurcissant de plus en plus ; l’idolâtrie embrassait toute la création dans les objets de son culte adultère ; une morale hideuse était la conséquence d’une si grossière religion ; l’homme était sans cesse armé contre l’homme ; et l’ordre social n’avait d’autres garanties que l’esclavage et l’extermination. Au milieu de tant de peuples, on avait peine à trouver quelques hommes qui cherchassent Dieu ; ils étaient rares sur la terre, comme les olives oubliées sur l’arbre après la récolte, comme les grappes que le vendangeur néglige sur le cep ; tels furent, dans le Judaïsme, ces vrais Israélites que le Sauveur prit pour disciples, et tels, dans la Gentilité, les Mages qui vinrent d’Orient demander le Roi nouveau-né, et plus tard Corneille le Centurion que l’Ange du Seigneur envoya vers saint Pierre. Mais avec quelle fidélité et quelle joie ils reconnurent le Dieu incarné ! Quels cris d’allégresse ils firent éclater, quand ils connurent qu’ils avaient été réservés pour voir de leurs yeux le Sauveur promis !
Or, tout ceci se renouvellera à l’approche des jours où le Messie devra reparaître. La terre sera désolée de nouveau, la race humaine sera dans l’abaissement. Les hommes corrompront encore leurs voies, et avec une malice d’autant plus grande, que le Verbe dévie aura lui à leurs yeux. Cependant, une grande tristesse, une impuissance de vivre saisira les nations ; elles se sentiront vieillir avec la terre qui les porte ; et il ne leur viendra pas en pensée que les destinées du monde touchent à leur fin. Il y aura de grands scandales : les Étoiles du ciel, c’est-à-dire plusieurs de ceux qui étaient Docteurs en Israël, feront défaut, et leur lumière se changera en ténèbres. Il y aura des jours d’épreuve, et la foi diminuera ; en sorte qu’au moment où le Fils de l’homme paraîtra, il aura peine à en trouver encore sur la terre. Gardez-nous, Seigneur, de voir ces jours de tentation, ou fortifiez dans nos cœurs la docilité envers votre sainte Église, qui sera le seul fanal de vos fidèles au milieu d’une si éclatante défection. Donnez-nous, ô Sauveur ! d’être du nombre de ces olives choisies, de ces grappes de prédilection par lesquelles vous compléterez l’heureuse récolte qui doit remplir vos celliers durant l’éternité. Gardez en nous le dépôt de la foi que vous y avez placé ; que le contact des nouveautés ne l’altère point ; que notre œil soit toujours fixé vers cet Orient que nous indique la sainte Église, et où vous paraîtrez tout d’un coup avec gloire. A l’aspect de votre triomphe, nous pousserons des cris d’allégresse, et bientôt, semblables à des aigles qui se rassemblent autour d’une proie, nous volerons au-devant de vous à travers les airs, comme parle votre Apôtre ; et nous serons toujours avec vous. (I Thess. IV, 16.) C’est alors qu’on entendra retentir la gloire du Juste jusqu’aux extrémités de cette terre qu’il vous plaira de conserver, jusqu’à ce que les arrêts de votre miséricorde et ceux de votre justice aient reçu leur pleine exécution. O Jésus ! sauvez l’œuvre de vos mains, et soyez-nous propice en ce grand jour.
HYMNE DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, en la IIe Semaine de l’Avent.)
De coelo celsus prodiens, excepit formam hominis, victor a morte rediens, gaudia vitae largiens.
Fils unique du Père, vous descendez à nous par la Vierge, pour nous bénir de la rosée baptismale, et nous régénérer tous par la foi.
A Patre, Unigenite, ad nos venis per Virginem, baptismi rore consecrans, cunctos fide regenerans.
Parti des hauteurs du ciel, un Dieu a pris la forme d’un homme, pour retourner ensuite, vainqueur de la mort, en nous laissant les joies d’une vie nouvelle.
Hoc te, Redemptor, quaesumus, illabere propitius, clarumque nostris cordibus lumen praebe deificum.
C’est pourquoi nous vous prions, ô Rédempteur ! Descendez dans votre miséricorde, et répandez en nos cœurs les clartés de la lumière déifiante.
Deo Patri sit gloria ejusque soli Filio cum Spiritu Paraclito, in sempiterna saecula. Amen.
Gloire soit à Dieu le Père, à son Fils unique, et à l’Esprit consolateur, dans les siècles éternels. Amen.
PRIÈRE DU MISSEL GALLICAN.
(In Adventu Domini, Collecta.)
Animae nostrae, quaesumus omnipotens Deus, hoc potiantur desiderio; ut a tuo Spiritu inflammentur, ut sicut lampades divino munere satiati, ante conspectum venientis Christi Filii tui velut clara lumina fulgeamus.
Dieu tout-puissant, daignez faire que nos âmes soient enflammées de votre Esprit , suivant le désir qu’elles en ont ; afin que, rassasiés du don céleste, nous puissions, comme des lampes brillantes, luire en présence de Jésus-Christ votre Fils , qui va bientôt paraître.
LE SAMEDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap.XXV.
Du Prophète Isaïe. CHAP. XXV.
Domine, Deus meus es tu; exaltabo te, et confitebor nomini tuo: quoniam fecisti mirabilia, cogitationes antiquas fideles. Amen. Quia posuisti civitatem in tumulum, urbem fortem in ruinam, domum alienorum: ut non sit civitas, et in sempiternum non ædificetur. Super hoc laudabit te populus fortis; civitas gentium robustarum timebit te: quia factus es fortitudo pauperi, fortitudo egeno in tribulatione sua, spes a turbine, umbraculum ab æstu; Et faciet Dominus exercituum omnibus populis in monte hoc convivium pinguium, convivium vindemiæ, pinguium medullatorum, vindemiæ defæcatæ. Et præcipitabit in monte isto faciem vinculi colligati super omnes populos,et telam quam orditus est super omnes nationes. Præcipitabit mortem in sempiternum; et auferet Dominus Deus lacrimam ab omni facie, et opprobrium populi sui auferet de universa terra: quia Dominus locutus est. Et dicet in die illa: Ecce Deus noster iste; exspectavimus eum, et salvabit nos; iste Dominus, sustinuimus eum: exsultabimus, et lætabimur in salutari ejus.
Seigneur, vous êtes mon Dieu : je vous exalterai et je confesserai votre Nom ; parce que vous avez fait des choses merveilleuses, et rempli avec fidélité vos antiques desseins. Amen. Car vous avez réduit toute une ville en un tombeau ; cette ville si forte n’est plus qu’une ruine, la demeure des étrangers ; elle ne sera plus ville, et on ne la rebâtira jamais. C’est pourquoi un peuple puissant vous louera ; la cité des nations robustes vous craindra : car vous êtes dÈvenu la force de l’indigent dans sa tribulation, l’espoir dans la tempête, l’ombrage contre la chaleur. Et le Seigneur des armées fera à tous les peuples, sur cette montagne, un festin de viandes délicieuses, un festin de vins exquis, de viandes pleines de suc et de moelle, d’un vin pur sans aucune lie. Et il brisera sur cette montagne la chaîne qui était serrée sur tous les peuples, et la toile que l’ennemi avait ourdie sur toutes les nations. Il précipitera la mort à jamais ; et le Seigneur Dieu séchera les larmes de tous les yeux, et il effacera l’opprobre de son peuple de dessus la terre : car c’est le Seigneur qui a parlé. Et son peuple dira en ce jour-là : C’est là vraiment celui qui est notre Dieu ; nous l’avons attendu, et il nous sauvera : il est le Seigneur ; nous avons supporté ses délais ; nous tressaillerons et nous nous réjouirons dans le Salut qu’il vient opérer.
Encore un peu de temps, et le triomphateur de la mort va paraître, et nous dirons, dans la joie de notre cœur : C’est là notre Dieu ; nous l’avons attendu, et il nous sauvera ; nous avons supporté ses délais, et nous nous réjouirons maintenant dans le Salut qu’il vient opérer. Préparons donc la voie du Seigneur, pour le recevoir dignement ; et dans cette œuvre de préparation, aidons-nous du secours de Marie. Ce jour du samedi lui est consacre ; elle nous y accordera d’autant plus volontiers sa faveur. Considérons-la pleine de grâce, portant en elle celui que nous désirons aussi porter en nous. Si nous lui demandons par quel moyen elle a pu se rendre digne d’une si haute distinction, elle nous dira qu’en elle a été simplement accomplie la Prophétie que l’Église redit plusieurs fois au temps de l’Avent : Toute vallée sera remplie. L’humble Marie a été la vallée bénie du Seigneur ; vallée fraîche et fertile, en laquelle Dieu a semé le divin froment, Jésus notre Sauveur : car il est écrit dans le Psaume que les vallées seront abondantes en froment (LXXIV, 14). O Marie ! c’est par votre humilité que vous avez attiré les regards de votre Créateur. Si, du haut du ciel où il habite, il eût aperçu une vierge plus humble dans son amour, il l’eût choisie de préférence à vous : mais vous avez ravi son cœur, ô divine vallée toujours verdoyante et émaillée de la fleur des vertus ! Que ferons-nous, pécheurs, collines altières ? Il nous faut nous abaisser, par amour et par reconnaissance, devant le Dieu qui s’abaisse lui-même. Marie, obtenez-nous cette grâce. Faites que nous disions désormais à toutes les volontés du Seigneur notre Dieu ce que vous avez dit vous-même : Nous sommes les serviteurs du Seigneur ; qu’il nous soit fait selon son bon plaisir.
PROSE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Tirée du Missel de Cluny de 1523.)
MISSUS Gabriel de coelis, Verbi bajulus fidelis, Sacris disserit loquelis Cum beata Virgine.
Gabriel, envoyé des cieux, fidèle messager de la parole, converse en un saint langage avec la Vierge bienheureuse.
Verbum bonum et suave Pandit intus in conclave Et ex Eva format Ave, Evae verso nomine. Consequenter, juxta pactum, Adest Verbum caro factum : Semper tamen est intactum Puellare gremium.
Sa parole bonne et suave se répand en la sainte demeure : et le nom d’Eva, se changeant sur ses lèvres, devient Ave, Salut !
Patrem pariens ignorat,Et, quam homo non deflorat, Non torquetur, nec laborat, Quando parit filium.
Donc, selon le pacte nouveau, voici que le Verbe se fait chair ; mais toujours demeure intact le sein pudique de la Vierge.
Signum audis novitatis, Crede solum, et est satis : Non est nostrae facultatis Solvere corrigiam.
Celle qui enfante n’a point vu le père ; et sans que l’homme l’ait ternie, sans souffrance et sans labeur, elle met au jour un fils.
Grande signum et insigne Est in rubo et in igne, Ne appropiet indigne Calceatus quispiam.
Écoute : c’est un signe nouveau ; crois seulement, et c’est assez ; il n’est pas de notre faiblesse de percer un si profond mystère.
Virga sicca sine rore Novo ritu, novo more, Fructum protulit cum flore : Sicque virgo peperit. Benedictus talis fructus, Fructus gaudii, non luctus ! Non erit Adam seductus Si de hoc gustaverit.
C’est un signe grand et sublime ; c’est le prodige du buisson enflammé ; que nul indigne n’en approche sans déposer sa chaussure.
Jesus noster, Jesus bonus, Piae matris pium onus, cujus est in coelo thronus, nascitur in stabulo.
C’est la verge stérile, qui, sans rosée, d’une façon nouvelle et inouïe, a produit le fruit avec la fleur. Ainsi enfanta la Vierge.
Qui sic est pro nobis natus nostros deleat reatus quia noster incolatus hic est in periculo. Amen.
Béni est un fruit si doux ; fruit de joie et non de deuil ; non, Adam ne sera pas séduit, s’il ose le porter à sa bouche.
Notre Jésus, le bon Jésus, pieux fardeau d’une Mère si tendre, Jésus, qui dans le ciel a son trône, va naître dans une étable.
C’est pour nous qu’il prendra naissance ; qu il daigne effacer nos péchés ; car notre pèlerinage s’écoule parmi les périls. Amen.
PRIERE DU BREVIAIRE MOZARABE.
(Au Vendredi de la troisième Semaine de l’Avent.)
Quis poterit, Deus Dei Filius, scrutari vias tuas? Vel quibus aditibus nasciturus ad Virginem veneris? Vel quibus semitis ad superna regressus est? Et ideo, quia tu solus cuncta considerans es, cujus Nomen supra terrae terminos permanet; da nobis, illa de te semper considerare et dicere, quae culpae careant lege: ut, qui excelsus in fortitudine veniens humilia respicis, dignos facias nos muneribus tuis. Amen.
Qui pourra, ô Fils de Dieu, scruter vos voies ? dire les sentiers par lesquels vous êtes entré dans la Vierge de laquelle vous dÈvez naître, et ceux par lesquels vous remonterez au ciel ? Mais parce que vous seul connaissez toutes choses, vous dont le Nom demeure au-dessus des bornes de l’univers : donnez-nous de toujours concevoir et dire à votre sujet des choses exemptes d’erreur ; afin que vous qui descendez des sommets de votre force, pour secourir ce qu’il y a de plus humble, vous nous rendiez dignes de vos bienfaits. Amen.
LE TROISIÈME DIMANCHE DE L’AVENT.
La joie de l’Église s’accroît encore dans ce Dimanche. Elle soupire toujours après le Seigneur ; mais elle sent qu’il approche, et elle croit pouvoir tempérer l’austérité de cette carrière de pénitence par l’innocente allégresse des pompes religieuses. D’abord, ce Dimanche a reçu le nom de Gaudete, du premier mot de son Introït ; mais, de plus, on y observe les touchants usages qui sont propres au quatrième Dimanche de Carême appelé Laetare. On touche l’orgue à la Messe ; les ornements sont de la couleur rose ; le Diacre reprend la dalmatique, et le Sous-Diacre la tunique ; dans les Cathédrales, l’Évêque assiste, paré de la mitre précieuse. Admirable condescendance de l’Église, qui sait si bien unir la sévérité des croyances à la gracieuse poésie des formes liturgiques ! Entrons dans son esprit, et réjouissons-nous aujourd’hui, à cause de l’approche du Seigneur. Demain, nos soupirs reprendront leur cours ; car bien qu’il ne doive par tarder, il ne sera pas venu encore.
La Station a lieu dans la Basilique de Saint-Pierre, au Vatican. Ce temple auguste qui couvre le tombeau du Prince des Apôtres est l’asile universel du peuple chrétien ; il convient qu’il soit témoin des joies comme des tristesses de l’Église.
L’Office de la nuit débute par un nouvel Invitatoire : la voix de l’Église ne convie plus les fidèles à venir adorer avec terreur le Roi qui doit venir, le Seigneur. Son langage change de caractère ; son cri est un cri d’allégresse ; tous les jours, jusqu’à la Vigile de Noël, elle ouvre
les Nocturnes par ces grandes paroles :
Prope est jam Dominus : venite, adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le
Prenons maintenant le livre du Prophète, et lisons avec la sainte Église :
De Isaia Propheta. Cap. xxvi.
Du Prophète Isaïe. CHAP. XXVI.
In die illa cantabitur canticum istud in terra Juda: Urbs fortitudinis nostrae Sion; Salvator ponetur in ea murus et antemurale. Aperite portas, et ingrediatur gens justa, custodiens veritatem. Vetus error abiit, servabis pacem; pacem, quia in te speravimus. Sperastis in Domino in saeculis aeternis: in Domino Deo forti in perpetuum. Quia incurvabit habitantes in excelso, civitatem sublimem humiliabit. Humiliabit eam usque ad terram, detrahet eam usque ad pulverem. Conculcabit campes; pedes pauperis, gressus egenorum. Semita justi recta est, rectus callis justi ad ambulandum. Et in semita judiciorum tuorum, Domine, sustinuimus te nomen tuum, et memoriale tuum in desiderio animae. Anima mea desideravit te in nocte: sed et spiritu meo in praecordiis meis, de mane vigilabo ad te.
En ce jour-là on chantera ce cantique en la terre de Juda : Sion est la ville de notre force : le Sauveur en sera la muraille et le rempart. Ouvrez les portes et qu’un peuple juste y entre, un peuple observateur de la vérité. L’erreur ancienne est passée : vous nous conserverez la paix ; la paix, car nous avons espéré en vous. Vous avez mis à jamais votre espérance dans le Seigneur, dans le Seigneur Dieu, toujours invincible ; car il abaissera ceux qui sont dans l’élévation, il humiliera la cité superbe. Il l’humiliera jusqu’en terre, il la fera descendre jusqu’à la poussière. Le pied la foulera, le pied des pauvres, le pas de l’indigent. Le sentier du juste est droit, le chemin où il marche est sans détour : aussi nous vous avons attendu, Seigneur, dans le sentier de votre justice ; votre Nom et votre souvenir sont les délices de l’âme. Mon âme vous a désiré pendant la nuit, et je m’Èveillerai vers le point du jour, pour m’occuper de vous dans mon esprit et dans mon cœur.
O sainte Église Romaine, Cité de notre force ! nous voici rassemblés dans tes murs, autour du tombeau de ce pêcheur dont la cendre te protège sur la terre, tandis que son immuable doctrine t’éclaire du haut du ciel. Mais, si tu es forte, c’est par le Sauveur qui va venir. Il est ta muraille d’enceinte ; car c’est lui qui enveloppe tous tes enfants dans sa miséricorde ; il est ton rempart invincible ; car c’est par lui que les puissances de l’enfer ne prévaudront jamais contre toi. Dilate tes portes, afin que tous les peuples se pressent dans ton enceinte : car tu es la maîtresse de la sainteté, la gardienne de la vérité. Puisse l’antique erreur qui s’oppose à la foi finir bientôt, et la paix s’étendre sur tout le troupeau ! O sainte Église Romaine ! tu as mis à jamais ton espérance dans le Seigneur ; et à son tour fidèle à sa promesse, il a humilié devant toi les hauteurs superbes, les cités d’orgueil. Où sont les Césars qui crurent t’avoir noyée dans ton propre sang ? où sont les Empereurs qui voulurent forcer l’inviolable virginité de ta foi ? où sont les sectaires que chaque siècle, pour ainsi dire, a vus s’attaquer successivement à tous les articles de ta doctrine ? où sont les princes ingrats qui tentèrent de t’asservir, toi qui les avais faits ce qu’ils étaient ? où est cet Empire du Croissant qui tant de fois rugit contre toi, lorsque, désarmée, tu refoulais si loin l’orgueil de ses conquêtes ? où sont les Réformateurs qui prétendirent constituer un Christianisme sans toi ? où sont ces sophistes modernes, aux yeux desquels tu n’étais plus qu’un fantôme impuissant et vermoulu ? où seront, dans un siècle, ces rois tyrans de l’Église, ces peuples qui cherchent la liberté hors de la vérité ? Ils auront passé avec le fracas du torrent ; et toi, tu seras toujours calme, toujours jeune, toujours sans rides, ô sainte Église Romaine, assise sur la pierre inébranlable. Ta marche à travers tant de siècles aura été droite, comme celle du juste ; tu te retrouveras toujours semblable à toi-même, comme déjà tu n’as cessé de l’être durant dix-huit siècles, sous le soleil qui hors de toi n’éclaire que les variations de l’humanité. D’où te vient cette solidité, si ce n’est de celui qui lui-même est la Vérité et la Justice ? Gloire à lui en toi ! Chaque année, il te visite ; chaque année, il t’apporte de nouveaux dons, pour t’aider à achÈver le pèlerinage ; et jusqu’à la fin des siècles, il viendra ainsi te visiter, te renouveler, non seulement par la puissance de ce regard avec lequel il renouvela Pierre, mais en te remplissant de lui-même, comme il remplit la glorieuse Vierge, l’objet de ton plus doux amour, après celui que tu portes à l’Époux. Nous prions avec toi, ô notre Mère ! et nous disons : Venez, Seigneur Jésus ! « Votre Nom et votre souvenir sont les délices de nos âmes ; elles vous désirent durant la nuit, et dès le point du jour nous nous rÈveillons pour songer à vous. »
A LA MESSE.
Tout le peuple étant attentif, la voix des chantres entonne la mélodie grégorienne, et fait retentir ces consolantes paroles de l’Apôtre :
INTROÏT.
Gaudete in Domino semper: iterum dico, gaudete. Modestia vestra nota sit omnibus hominibus: Dominus enim prope est. Nihil solliciti sitis: sed in omni oratione petitiones vestrae innotescant apud Deum.
Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je vous le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes : le Seigneur est proche. Soyez sans inquiétude ; mais faîtes connaître à Dieu vos désirs par les prières et les supplications.
Ps. Benedixisti Domine terram tuam: avertisti captivitatem Jacob. V. Gloria Patri.
Ps. Seigneur, vous avez béni la terre qui est à vous ; vous avez ramené Jacob de la captivité,
v. Gloire au Père.
v. Gloire au Père.
L’Église demande, dans la Collecte, la grâce de cette visite qui apporte la lumière et dissipe les ténèbres. Les ténèbres causent la terreur à l’âme ; la lumière, au contraire, réjouit et raffermit le cœur.
OREMUS
PRIONS.
Aurem tuam, quaesumus, Domino, precibus nostris accommoda: et mentis nostrae tenebras gratia tuae visitationis illustra. Qui vivis.
Prêtez, Seigneur, votre oreille à nos prières, et éclairez les ténèbres de notre âme par la grâce de votre visite ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
Les Oraisons de la Sainte Vierge, contre les persécuteurs de l’Église et pour le Pape, sont à la Messe du premier Dimanche de l’Avent , page 63.
ÉPITRE
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Philippenses. Cap. iv.
Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Philippiens. CHAP. IV.
Fratres, gaudete in Domino semper: iterum dico, gaudete. Modestia vestra nota sit omnibus hominibus: Dominus prope est. Nihil solliciti sitis; sed in omni oratione, et obsecratione, cum gratiarum actione, petitiones vestrae innotescant apud Deum. Et pax Dei, quae exsuperat omnem sensum, custodiat corda vestra, et intelligentias vestras, in Christo Jesu Domino nostro.
Mes Frères, réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je vous le dis encore : réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tout le monde : le Seigneur est proche. Soyez sans inquiétude ; mais faîtes connaître à Dieu vos désirs par les prières et les supplications accompagnées d’actions de grâces. Et que la paix de Dieu, laquelle est au-dessus de toutes nos pensées, garde vos cœurs et vos intelligences, en Jésus-Christ notre Seigneur.
Nous devons, en effet, nous réjouir dans le Seigneur ; car le Prophète et l’Apôtre s’accordent à encourager nos désirs vers le Sauveur : l’un et l’autre nous annoncent la paix. Soyons donc sans inquiétude : Le Seigneur est proche ; il est proche de son Église ; il est proche de chacune de nos âmes. Pouvons-nous demeurer auprès d’un feu aussi ardent, et demeurer glacés ? Ne le sentons-nous pas venir, à travers tous les obstacles que sa souveraine élévation, notre profonde bassesse, nos nombreux péchés lui suscitaient ? Il franchit tout. Encore un pas, et il sera en nous. Allons au-devant de lui par ces prières, ces supplications, ces actions de grâces dont parle l’Apôtre. Redoublons de ferveur et de zèle pour nous unir à la sainte Église, dont les vœux vont dÈvenir de jour en jour plus ardents vers celui qui est sa lumière et son amour. Répétons d’abord avec elle :
GRADUEL.
Qui sedes, Domine, super Cherubim, excita potentiam tuam et veni.
Vous qui êtes assis sur les Chérubins, faites éclater votre puissance, Seigneur, et venez.
V. Qui regis Israel, intende: Qui deducis velut ovem Joseph.
v. Écoutez-nous, ô vous qui gouvernez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis.
Alleluia, alleluia.
Alleluia, alleluia.
V. Excita Domine potentiam tuam, et veni, ut salvos facias nos. Alleluia.
v. Seigneur, faites éclater votre puissance, venez et sauvez-nous. Alleluia.
Évangile.
Sequentia sancti Evangelii secundum Joannem. Cap. i.
Suite du saint Évangile selon saint Jean. CHAP. I.
In illo tempore: Miserunt Judaei ab Jerosolymis sacerdotes et levitas ad Joannem ut interrogarent eum: Tu quis es? Et confessus est, et non negavit, et confessus est: Quia non sum ego Christus. Et interrogaverunt eum: Quid ergo? Elias es tu? Et dixit: Non sum. Propheta es tu? Et respondit: Non. Dixerunt ergo ei: Quis es, ut responsum demus his qui miserunt nos? Quid dicis de te ipso? Ait: Ego vox clamantis in deserto: Dirigite viam Domini, sicut dixit Isaias propheta. Et qui missi fuerant erant ex Pharisaeis. Et interrogaverunt eum, et dixerunt ei: Quid ergo baptizas, si tu non es Christus, neque Elias, neque propheta? Respondit eis Joannes, dicens: Ego baptizo in aqua: medius autem vestrum stetit, quem vos nescitis. Ipse est, qui post me venturus est, qui ante me factus est: cujus ego non sum dignus ut solvam ejus corrigiam calceamenti. Haec in Bethania facta sunt trans Jordanem, ubi erat Joannes baptizans.
En ce temps-là, les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites vers Jean pour lui demander : Qui êtes-vous ?Et il confessa, et il ne nia pas ; et il confessa qu’il n’était pas le Christ. Et ils l’interrogèrent de nouveau, disant : Quoi donc ? êtes-vous Élie ? Et il leur dit : Je ne le suis point. êtes-vous prophète ? Et il répondit : Non. Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous, afin que nous puissions rendre réponse a ceux qui nous ont envoyés ? Que dites-vous de vous-même ? Je suis, dit-il, la voix qui crie dans le désert : Rendez droites les voies du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. Or, ceux qu on lui avait envoyés étaient Pharisiens. Et ils l’interrogèrent, et ils lui dirent : Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni prophète ? Jean leur fit cette réponse, disant : Pour moi, je baptise dans l’eau ; mais il y en a un au milieu de vous, que vous ignorez. C’est celui-là même qui doit venir après moi, et qui est avant moi : et je ne suis pas digne de délier les cordons de sa chaussure. Ces choses se passèrent en Béthanie au-delà du Jourdain, où Jean baptisait.
Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas, dit saint Jean-Baptiste aux envoyés des Juifs. Le Seigneur peut donc être proche ; il peut même être venu, et cependant demeurer encore inconnu à plusieurs. Ce divin Agneau fait la consolation du saint Précurseur, qui estime à si grand honneur de n’être que la Voix qui crie aux hommes de préparer les sentiers du Rédempteur. Saint Jean est en cela le type de l’Église et de toutes les âmes qui cherchent Jésus-Christ. Sa joie est entière à cause de l’arrivée de l’Époux ; mais il est entouré d’hommes pour qui ce divin Sauveur est comme s’il n’était pas. Or, nous voici parvenus à la troisième semaine de ce saint temps de l’Avent : tous les cœurs sont-ils ébranlés au bruit de la grande nouvelle de l’arrivée du Messie ? Ceux qui ne veulent pas l’aimer comme Sauveur, songent-ils du moins à le craindre comme juge ? Les voies tortueuses se redressent-elles ? les collines songent-elles à s’abaisser ? la cupidité et la sensualité ont-elles été sérieusement attaquées dans le cœur des chrétiens ? Le temps presse : Le Seigneur est proche ! Si ces lignes tombaient sous les yeux de quelques-uns de ceux qui dorment au lieu de veiller dans l’attente du divin Enfant, nous les conjurerions d’ouvrir les yeux et de ne plus tarder à se rendre dignes d’une visite qui sera pour eux, dans le temps, l’objet d’une grande consolation, et qui les rassurera contre les terreurs du dernier jour. O Jésus ! envoyez votre grâce avec plus d’abondance encore ; forcez-les d’entrer, afin que ce que saint Jean disait de la Synagogue ne soit pas dit du peuple chrétien : Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas.
Pendant l’oblation, on doit s’unir au vœu de l’Église, et demander avec elle la fin de la captivité dans laquelle nos péchés nous retiennent, et l’arrivée du Libérateur.
OFFERTOIRE.
Benedixisti, Domine, terram tuam; avertisti captivitatem Jacob, remisisti iniquitatem plebis tuae.
Seigneur, vous avez béni la terre qui est à vous : vous avez ramené Jacob de la captivité ; vous avez pardonné l’iniquité de votre peuple.
SECRÈTE.
Devotionis nostrae tibi, quaesumus, Domine, hostia jugiter immoletur: quae et sacri peragat instituta mysterii, et salutare tuum in nobis mirabiliter operetur. Per Dominum.
Faites, s’il vous plaît, Seigneur, que notre dévotion vous immole sans cesse cette hostie, qui produira l’effet lequel vous avez établi ce sacré Mystère, en opérant en nous d’une façon merveilleuse le Sauveur que vous nous avez préparé. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Les autres Secrètes comme au premier Dimanche, page 65.
Pendant la Communion, les paroles que l’Église chante sont empruntées du Prophète Isaïe ; elles ont pour but de rassurer le cœur de l’homme faible et pécheur. Ne craignez point, ô chrétiens ! c’est Dieu qui vient ; mais il vient pour sauver, pour se donner à sa créature.
COMMUNION.
Dicite: Pusillanimes, confortamini et nolite timere: ecce Deus noster veniet, et salvabit nos.
Dites à mon peuple : Vous qui avez le cœur abattu, prenez courage et ne craignez point : voici notre Dieu qui vient, et il nous sauvera.
La sainte Église, dans l’Oraison suivante, demande que la visite secrète qu’elle vient de recevoir de son Époux la dispose à la solennelle visite qu’il s’apprête à lui faire dans la solennité de Noël.
POSTCOMMUNION.
Imploramus, Domine, clementiam tuam: ut haec divina subsidia, a vitiis expiatos ad festa ventura nos praeparent. Per Dominum.
Nous implorons, Seigneur, votre clémence, afin que ce secours divin que nous venons de recevoir, en purifiant nos péchés, nous préparée la solennité qui s’approche. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Les autres Postcommunions comme au premier Dimanche, page 66.
A VÊPRES
1. ANT. Veniet Dominus, et non tardabit, et illuminabit abscondita tenebrarum, et manifestabit se ad omnes gentes, alleluia.
1. Ant.Le Seigneur viendra, et il ne tardera pas ; il éclairera la profondeur des ténèbres, et se manifestera à toutes les nations. Alleluia.
2. ANT. Jerusalem, gaude gaudio magno, quia veniet Salvator, alleluia.
2. Ant.Jérusalem, réjouis-toi d’une grande joie ; car le Sauveur viendra vers toi. Alleluia.
3. ANT. Dabo in Sion salutem, et in Jerusalem gloriam meam, alleluia.
3. Ant.J’établirai le salut dans Sion, et ma gloire dans Jérusalem. Alleluia.
4. ANT. Montes et omnes colles humiliabuntur: et erunt prava in directa, et aspera in vias planas: veni, Domine, et noli tardare, alleluia.
4. Ant.Les montagnes et les collines seront abaissées : les chemins tortueux seront redressés, et ceux qui étaient raboteux seront aplanis : venez, Seigneur, et ne tardez pas. Alleluia.
5. ANT. Juste et pie vivamus, exspectantes beatam spem, et adventum Domini, alleluia. Fratres, gaudete in Domino semper: iterum dico, gaudete. Modestia vestra nota sit omnibus hominibus: Dominus enim prope est.
5. Ant.Vivons dans la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance, et l’Avènement du Seigneur. Alleluia.
CAPITULE.
Fratres, gaudete in Domino semper ; iterum dico : gaudete. Modestia vestra nota sit omnibus hominibus: Dominus enim prope est.
Mes Frères, réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je le dis encore une fois : réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes : car le Seigneur est proche.
L’Hymne Creator alme siderum, et le Cantique Magnificat, sont aux pages 53 et 54.
ANTIENNE de Magnificat.
Beata es, Maria, qui credidisti Domino; perficientur in te, quae dicta sunt tibi a Domino, alleluia.
Vous êtes bienheureuse, ô Marie, parce que vous avez cru au Seigneur : les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur s’accompliront en vous. Alleluia.
Mais si le troisième dimanche de l’Avent tombe le 17 Décembre, en place de cette Antienne, on dit la première des Grandes Antiennes (O Sapientia), qui se trouve avec les six autres, au Propre des Saints, du 17 au 23 Décembre.
OREMUS
PRIONS
Aurem tuam, quaesumus, Domine, precibus nostris accommoda, et mentis nostrae tenebras gratiae tuae visitationis illustra. Qui vivis.
Prêtez, Seigneur, votre oreille à nos prières, et éclairez les ténèbres de notre âme par la grâce de votre visite ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
LE LUNDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Iasia Propheta. Cap. XXVIII.
Du Prophète Isaïe. CHAP. XXVIII.
Hæc dicit Dominus Deus: Ecce ego mittam in fundamentis Sion lapidem, lapidem probatum,angularem, pretiosum, in fundamento fundatum; qui crediderit, non festinet. Et ponam in pondere judicium, et justitiam in mensura; et subvertet grando spem mendacii, et protectionem aquæ inundabunt. Et delebitur fœdus vestrum cum morte, et pactum vestrum cum inferno non stabit:
Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je vais placer dans les fondements de Sion une pierre, une pierre éprouvée, angulaire, précieuse, qui sera un ferme fondement. Que celui qui croit ne se hâte point. Et j’établirai un poids de justice et une mesure d’équité ; et la grêle détruira l’espérance du mensonge ; les eaux emporteront le rempart derrière lequel on se croyait en sûreté ; et l’alliance que vous aviez faite avec la mort sera rompue, et votre pacte avec l’enfer ne subsistera plus.
Père céleste, vous vous préparez à poser dans les fondements de Sion une Pierre ferme et angulaire ; et cette Pierre qui donnera la solidité à Sion qui est l’Église, cette Pierre est votre Fils incarné. Déjà elle avait été figurée, suivant le commentaire de votre Apôtre, par ce Rocher du désert qui recelait les eaux abondantes et salutaires dans lesquelles votre peuple se désaltéra. Voici que vous allez nous la donner bientôt en réalité ; elle est déjà descendue du ciel ; et l’heure approche où elle va être posée dans le fondement. 0 Pierre d’union et de solidité ! par vous, il n’y aura plus ni Juif, ni Gentil, mais une seule famille ; par vous, les hommes ne bâtiront plus sur le sable ces édifices éphémères que .les pluies et les vents emportaient au premier choc. L’Église s’élèvera sur la Pierre, et son faîte atteindra jusqu’au ciel sans qu’il y ait rien à craindre pour sa base ; et si faible, si mobile que soit l’homme dans ses pensées, pourvu qu’il s’appuie sur vous, ô Pierre divine, il participera à votre immutabilité. Malheur à celui qui vous dédaigne ! car vous avez dit, ô Vérité éternelle : « Celui qui tombera sur cette Pierre sera brisé ; et celui sur qui elle tombera sera écrasé. » Gardez-nous de ce double malheur, ô vous, Pierre auguste, appelées occuper la première place de l’angle, et qui pourtant avez été rejetée par d’aveugles architectes. Ne permettez pas que nous ayons le malheur d’être du nombre de ceux qui vous ont ainsi méconnue. Donnez-nous de vous honorer toujours comme le principe de notre force, comme l’unique raison de notre solidité ; et parce que vous avez communiqué cette qualité de Pierre immuable à un de vos Apôtres, et par lui à ses successeurs jusqu’à la consommation des siècles, accordez-nous de nous tenir sans cesse fermes sur le rocher de la sainte Église Romaine, avec laquelle toutes les Églises, sur toute la surface de la terre, se préparent à célébrer votre divine apparition, ô Pierre précieuse, Pierre éprouvée, qui venez détruire l’empire du mensonge et briser l’alliance que le genre humain avait faite avec la Mort et l’Enfer.
HYMNE DE L’AVENT.
(Au Bréviaire Mozarabe, Ier Dimanche de l’Avent)
Christi caterva clamitet
Rerum parenti proximas,
Quas esse sentit, gratias,
Laudesque promat maximas.
Vatum poli oracula
Perfecit olim tradita,
Cum nos redemit unicus
Factoris orbis Filius.
Verbum profectum, proditum
Tulit reatum criminum;
Sumensque nostrum pulverem,
Mortis peremit principem.
A matre natus tempore;
Sed sempiternus a Patre.
Persona sola est numinis.
Duabus in substantiis
Venit Deus factus homo,
Factus novus verus homo.
Renatus in nato Deo,
Natalis hinc ob gaudium
Ovans trophaeo, gentium
Renata plebs per gratiam,
Haec festa praebet annua.
Adventus hic solemnibus
Votis feratur omnibus,
Quos sustinere convenit,
Tanti Dei gloriam.
Secundus ut cum coeperit,
Orbemque terror presserit;
Succurrat haec humillima
Susceptoris dignitas.
Deo Patri sit gloria,
Ejusque soli Filio,
Cum Spiritu Paraclito,
Que la famille du Christ fasse éclater ses chants ; qu’elle offre au Père universel les actions de grâces les plus dignes d’une si haute majesté , et qu’elle consacre à sa gloire les louanges les plus magnifiques.
In sempiterna saecula. Amen.
Le Fils unique du Dieu qui forma l’univers, en venant nous racheter, a rempli les oracles sortis jadis de la bouche des prophètes du ciel.
Le Verbe descendu du trône de la gloire pour se manifester, a délivré les hommes de la peine que méritaient leurs crimes ; et, prenant notre poussière, il a terrassé le prince de la mort.
Né d’une mère dans le temps, mais éternel par son Père, il n’est en deux substances qu’une seule Personne de Dieu.
Dieu est venu se faisant homme : afin que le vieil homme, dÈvenu nouveau, brille d’une beauté nouvelle, renaissant dans le Dieu nouveau-né.
Que le peuple des Gentils, qui a pris renaissance par la grâce, triomphant de joie, et fier de son trophée, célèbre tous les ans cette fête de la Naissance.
Que cet Avènement soit Célébré par les vœux solennels de tous ceux qui sont appelés à prendre part au triomphe d’un si grand jour ;
Afin que cette humble démonstration de notre zèle soit pour nous un motif d’espérance, lorsque le second Avènement, éclatant tout à coup, glacera le monde de terreur.
A Dieu le Père soit gloire, et à son Fils unique, avec l’Esprit consolateur, dans les siècles éternels. Amen.
PRIÈRE DU MISSEL AMBROSIEN.
(En la Messe du VIe Dimanche de l’Avent, Préface.)
Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos beatae semper Virgines Mariae solemnia celebrare, quae parvo utero Dominum coeli portavit; et, Angelo praenuntiante, Verbum carne mortali edidit salvatorem. Hic est mundi Redemptor, castis conseptus visceribus; clausa ingrediens, et clausa relinquens.
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, que nous célébrions en ce saint temps la mémoire de la bienheureuse Marie, toujours Vierge ; elle qui porta dans l’enceinte étroite de ses entrailles le Maître du ciel, et qui, après avoir reçu le message prophétique de l’Ange, mit au jour le Verbe lui-même, dÈvenu notre Sauveur dans une chair mortelle. C’est lui qui est le Rédempteur du monde, conçu dans un sein virginal, pénétrant ce qui est fermé et le laissant ferme après sa visite.
LE MARDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE l’AVENT.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. XXX
Du Prophète Isaïe. CHAP. XXX.
Exspectat Dominus ut misereatur vestri; et ideo exaltabitur parcens vobis, quia Deus judicii Dominus: beati omnes qui exspectant eum! Populus enim Sion habitabit in Jerusalem: plorans nequaquam plorabis: miserans miserebitur tui, ad vocem clamoris tui: statim ut audierit, respondebit tibi. Et dabit vobis Dominus panem arctum, et aquam brÈvem; et non faciet avolare a te ultra doctorem tuum; et erunt oculi tui videntes præceptorem tuum. Et aures tuæ audient verbum post tergum monentis: Hæc est via; ambulate in ea, et non declinetis neque ad dexteram, neque ad sinistram. Et contaminabis laminas sculptilium argenti tui,et vestimentum conflatilis auri tui, et disperges ea sicut immunditiam menstruatæ. Egredere, dices ei. Et dabitur pluvia semini tuo, ubicumque seminaveris in terra, et panis frugum terræ erit uberrimus et pinguis; pascetur in possessione tua in die illo agnus spatiose, et tauri tui, et pulli asinorum, qui operantur terram, commistum migma comedent sicut in area ventilatum est. Et erunt super omnem montem excelsum,et super omnem collem elevatum, rivi currentium aquarum, in die interfectionis multorum, cum ceciderint turres: et erit lux lunæ sicut lux solis, et lux solis erit septempliciter sicut lux septem dierum, in die qua alligaverit Dominus vulnus populi sui, et percussuram plagæ ejus sanaverit. Ecce nomen Domini venit de longinquo, ardens furor ejus, et gravis ad portandum; labia ejus repleta sunt indignatione, et lingua ejus quasi ignis devorans. Spiritus ejus velut torrens inundans usque ad medium colli, ad perdendas gentes in nihilum, et frenum erroris quod erat in maxillis populorum.
Le Seigneur attend afin de vous faire miséricorde, et il signalera sa gloire en vous pardonnant ; parce que le Seigneur est un Dieu d’équité : heureux tous ceux qui l’attendent ! Car le peuple de Sion habitera encore dans Jérusalem : toi qui pleures, tu ne pleureras plus ; il aura compassion de toi. Lorsque tu crieras vers lui, à peine aura-t-il entendu ta voix, qu’il te répondra. Et le Seigneur vous donnera du pain en petite quantité, et de l’eau en petite mesure, et il ne fera plus disparaître de devant toi celui qui t’instruisait ; et tes yeux verront ton Docteur. Et le Seigneur répandra la pluie sur tes grains, partout où tu auras semé ; et le pain de tes récoltes sera très abondant et savoureux. En ce jour-là, l’agneau trouvera dans tes plaines de spacieux pâturages ; et tes taureaux et tes ânons qui labourent la terre, mangeront toutes sortes de grains mêlés ensemble, comme ils auront été vannés dans l’aire. Et il y aura sur toutes les montagnes les plus hautes et sur toutes les collines les plus élevées, des ruisseaux d eau courante, au jour où plusieurs auront été tués, au jour où les tours seront tombées. Et la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus éclatante, comme serait la lumière de sept jours ensemble, lorsque le Seigneur aura bandé la plaie de son peuple, et guéri la blessure qu’il avait reçue. Voici le Nom du Seigneur qui vient de loin ; sa fureur est ardente et dure à porter. Ses lèvres sont pleines d’indignation, et sa langue est comme un feu dévorant. Son souffle est comme un torrent débordé qui engloutit l’homme jusqu’au cou ; il vient perdre et anéantir les nations, et rompre le frein d’erreur qui retenait les mâchoires des peuples.
Donc, ô Jésus ! nous ne pleurerons plus : vous allez vous rendre à nos cris, et nos yeux vous verront, vous, notre Maître, notre Docteur. Si vous tardez encore, c’est pour nous faire miséricorde : car vous avez mis votre gloire à pardonner. O félicité de votre Royaume ! ô fertilité de nos champs, c’est-à-dire de nos âmes, quand votre rosée sera tombée sur elles ! ô douceur et suavité de notre Pain qui sera vous-même, ô Pain vivant descendu du ciel ! ô splendeur de la lumière dont vous réjouirez nos yeux mortels, au jour même où vous banderez nos plaies ! qu’il vienne donc bientôt, ce jour fortuné : qu’elle approche, cette nuit radieuse où Marie déposera son divin fardeau. Telle est la confiance de nos cœurs dans ce miséricordieux Avènement, que nous éprouvons moins de terreur à l’annonce formidable que nous fait votre Prophète, qui, franchissant les ânes avec la rapidité de votre parole, nous dénonce déjà l’approche du jour redoutable où vous arriverez tout à coup, ardent dans votre fureur, les lèvres pleines d’indignation, et la langue semblable à un feu dévorant. Aujourd’hui nous ne faisons qu’espérer, et nous attendons un Avènement tout pacifique : soyez-nous propice au dernier jour ; mais présentement laissez-nous vous dire avec un de vos pieux serviteurs, le vénérable Pierre de Celles, dans son premier Sermon de l’Avent : « Oui, venez, ô Jésus ! mais dans les langes, non dans les armes ; dans l’humilité, non dans la grandeur ; dans la crèche, non sur les nuées du ciel ; dans les bras de votre Mère, non sur le trône de votre Majesté ; sur l’ânesse, et non sur les Chérubins ; vers nous, et non contre nous ; pour sauver, et non pour juger ; pour visiter dans la paix, et non pour condamner dans la fureur. Si vous venez ainsi, ô Jésus ! au lieu de vous fuir c’est vers vous que nous fuirons. »
HYMNE TIRÉE DE L’ ANTHOLOGIE DES GRECS.
(Au XX Décembre.)
Bethlehem, praeparare, omnibus aperitur Eden; laetare, Ephrata, quia arbor vitae in spelunca effloruit ex Virgine; ejus enim venter paradisus demonstratus est spiritualis, in quo est divina planta, de qua manducantes vivimus; neque enim amplius sicut Adam moriemur: nam Christus nascitur, lapsam principio relevans imaginem.
Bethlehem , prépare-toi, Eden est ouvert à tous ; réjouis-toi , Ephrata , car dans la grotte l’arbre de vie a fleuri au sein de la Vierge. Ce sein est dÈvenu un Paradis spirituel, où nous trouvons la plante divine, de laquelle ayant mangé nous vivons ; car désormais nous ne mourrons plus comme Adam : le Christ naît pour relÈver son image tombée aux premiers jours du monde.
Ministraturus Christus libenter progreditur, plasmatis formam plastes accepit; qui locuples est divinitate, Adam indigenti novam reformationem atque nativitatem ut commiserans elargitur.
Le Christ daigne venir lui-même pour servir ; il prend, lui créateur, la forme de l’œuvre de ses mains ; riche de sa divinité et plein de miséricorde, il apporte à Adam misérable une création et une naissance nouvelles.
Inclinans coelos et in Virgine habitans progreditur carnaliter, Bethlehem in spelunca pariendus, ut scriptum est, videndusque infantulus qui infantes in vulva vivificat; ipsi gaudentes nunc obviemus omnes corde veloci.
Il incline les cieux, et, habitant dans la Vierge, il approche revêtu de notre chair. Il va naître en la grotte de Bethlehem, ainsi qu’il a été écrit ; il va paraître comme un enfant, celui qui donne la vie aux enfants dans le sein des mères ; allons tous au-devant de lui avec un cœur ardent et joyeux.
Dominus nascens ut hospes, sapienter in propria venit: recipiamus eum, ut hospites factos paradisi deliciarum iterum habitare faciat natus in spelunca.
Le Seigneur plein de sagesse vient naître comme étranger en son propre domaine ; recevons-le, afin que, dÈvenus les hôtes du Paradis de délices, nous y puissions habiter de nouveau par la miséricorde de celui qui naît dans l’étable.
Jam divinae Verbi Incarnationis omnibus aperitur propylaeum; coeli gaudete; Angeli exultate, laetetur terra cum hominibus, una cum Pastoribus et Magis in spiritu. Fert sicut unguentum spirituale non vacuum Virgo alabastrum, et illud gestat in spelunca in spiritu ad evacuandum sapienter illud, ut bono odore repleat animas nostras.
Déjà les portiques de la divine Incarnation du Verbe s’ouvrent pour tous. Cieux, réjouissez-vous ; Anges , tressaillez d’allégresse ; que la terre et ses habitants se livrent à une joie spirituelle avec les Bergers et les Mages.
Angelicae accurrite Virtutes; qui in Bethlehem estis, praeparate praesepium, Christus enim nascitur; Sapientia progreditur. Accipe salutationem Ecclesia; in gaudium Dei Matris dicamus, populi: Benedictus qui venit, Deus noster.Christus Deus noster manifeste gradiens veniet, et non tardabit; ex nuptinescia nympha videbitur; in spelunca autem requiescet; et tu, praesepe alogorum, quem coelum non continet, accipe fasciis in te involvendum, qui uno verbo nostras alogias solvit.
La Vierge s’avance portant un vase d’albâtre tout rempli d’un parfum spirituel ; elle l’introduit d’une manière mystique en la grotte pour l’y répandre avec prudence, et remplir nos âmes de sa bonne odeur.
Chorum age, Isaia, Verbum Dei demonstra prophetiza puellae Mariae rubum incendiari, et igne non consumi. Splendore Deitatis, Bethlehem, adornare; aperi januam , o Eden; atque iter capite Magi, Salutem visuri in praesepio fasciatum; suem sidus designavit desuper speluncam, vitae datorem Dominum salvantem genus nostrum.
Accourez , Vertus angéliques, vous qui habitez Bethlehem ; préparez la crèche, car le Christ va naître ; la Sagesse s’avance. Reçois, ô Église, les félicitations ; peuples , disons pour réjouir la Mère de Dieu : Béni soit celui qui vient, notre Dieu.
Le Christ notre Dieu paraîtra au grand jour ; il s’avance, il va venir, et ne tardera pas ; il apparaîtra issu d’une Vierge intacte ; dans quelques jours il reposera dans la grotte ; et toi, crèche d’animaux privés de raison, reçois, pour être en toi enveloppé de langes, celui que le ciel ne peut contenir, qui d’une parole répare nos coupables folies.
Mène le chœur, ô Isaïe ! signale-nous le Verbe de Dieu ; prophétise-nous comment le buisson de la Vierge Marie est en feu sans se consumer. Orne-toi, Bethléhem, d’une splendeur de Divinité ; Eden, ouvre tes portes ; Mages, mettez-vous en chemin pour voir le Salut enveloppé de langes en la crèche ; c’est lui qu’a désigné l’astre mystérieux s’arrêtant au-dessus de l’étable, l’auteur de la vie, le Seigneur qui vient sauver le genre humain.
PRIERE DU MISSEL GALLICAN.
(In Adventu Domini, Immolatio.)
Vere dignum et justum est, nos tibi hic et ubique semper gratias agere, Domine Sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, cui proprium est veniam delictis impendere, quam poenaliter imminere. Qui fabricam tui operis per eumdem rursus lapidem es dignatus erigere, ne imago, quae ad similitudinem tui facta fuerat vivens, dissimilis haberetur ex morte. Munus venialis indulgentiae praestitisti: ut unde mortem peccato contraxerat, inde vitam pietas repararet immensa. Haec postquam Propheta saepius vox praedixit; et Gabriel Angelus Mariae jam praesentia nuntiavit, mox puellae credentis in utero, fidelis Verbi mansit aspirata conceptio; et illa proles nascendi nutu concessit. Tumebatur Virginis sinus; et foecunditate suorum viscerum corpus mirabatur intactum. Grande mundo spondebatur auxilium, foeminae partus sine viro mysterium; quando nullius maculae nebula fuscata tenso nutriebat ventre praecordia, mox futura sui genetrix genitoris.
C’est une chose digne et juste, que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, ô vous, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, dont la nature est plutôt d’accorder le pardon du péché que de sévir par de justes châtiments. C’est vous qui avez daigné employer à relÈver l’édifice que vos mains avaient bâti, la même pierre qui était entrée dans sa construction ; afin que cette image vivante que vous aviez formée à votre ressemblance ne fût pas rendue dissemblable à son principe par la mort. Vous avez accordé une remise pleine d’indulgence , en sorte que la cause même qui avait produit la mort par le péché servît à réparer la vie, par votre immense miséricorde. La voix des Prophètes fit plus d’une fois retentir l’oracle, et vint l’Ange Gabriel annoncer à Marie que les temps étaient arrivés. La Vierge crut, et dans son sein s’accomplit la conception tant désirée du Verbe fidèle aux promesses : et il fut soumis aux lois de la naissance humaine , celui par la volonté duquel tous tes êtres sont produits. Le sein de la Vierge prenait accroissement, et, malgré la fécondité de ses entrailles, son corps ne perdait rien de sa merveilleuse pureté. Un remède puissant était promis au monde, par ce mystère de l’enfantement d’une femme sans le secours de l’homme ; de cette femme dont le plus léger nuage n’obscurcit jamais la pudeur, et qui pourtant, Mère future de son créateur, sentait croître en elle le fruit que nourrissaient ses entrailles.
LE MERCREDI DES QUATRE-TEMPS.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
L’Église commence à pratiquer en ce jour le jeûne appelé des Quatre-Temps, lequel s’étend aussi au Vendredi et au Samedi suivants. Cette observance n’appartient point à l’économie liturgique de l’Avent : elle est une des institutions générales de l’Année Ecclésiastique. On peut la ranger au nombre des usages qui ont été imités de la Synagogue par l’Église ; car le prophète Zacharie parle du Jeûne du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois. L’introduction de cette pratique dans l’Église chrétienne semble remonter aux temps apostoliques ; c’est du moins le sentiment de saint Léon, de saint Isidore de Séville, de Rhaban Maur et de plusieurs autres écrivains de l’antiquité chrétienne : néanmoins, il est remarquable que les Orientaux n’observent pas ce jeûne.
Dès les premiers siècles, les Quatre-Temps ont été fixés, dans l’Église Romaine, aux époques où on les garde encore présentement ; et si l’on trouve plusieurs témoignages des temps anciens dans lesquels il est parlé de Trois Temps et non de Quatre, c’est parce que les Quatre-Temps du printemps, arrivant toujours dans le cours de la première Semaine de Carême, n’ajoutent rien aux observances de la sainte Quarantaine déjà consacrée à une abstinence et à un jeûne plus rigoureux que ceux qui se pratiquent dans tout autre temps de l’année.
Les intentions du jeûne des Quatre-Temps sont les mêmes dans l’Église que dans la Synagogue : c’est-à-dire de consacrer par la pénitence chacune des saisons de l’année. Les Quatre-Temps de L’Avent sont connus, dans l’antiquité ecclésiastique, sous le nom de Jeûne du dixième mois ; et saint Léon nous apprend, dans un des Sermons qu’il nous a laissés sur ce jeûne, et dont l’Église a placé un fragment au second Nocturne du troisième dimanche de l’Avent, que cette époque a été choisie pour une manifestation spéciale de la pénitence chrétienne, parce que c’est alors que la récolte des fruits de la terre étant terminée, il convient que les chrétiens témoignent au Seigneur leur reconnaissance par un sacrifice d’abstinence, se rendant d’autant plus dignes d’approcher de Dieu, qu’ils sauront dominer davantage l’attrait des créatures ; « car, ajoute le saint Docteur, le jeûne a toujours été l’aliment de la vertu. Il est la source des pensées chastes, des t résolutions sages, des conseils salutaires. Par la mortification volontaire, la chair meurt aux 0 désirs de la concupiscence, l’esprit se renouvelle dans la vertu. Mais parce que le jeûne seul ne nous suffit pas pour acquérir le salut de nos âmes, suppléons au reste par des œuvres de miséricorde envers les pauvres. Faisons servira la vertu ce que nous retrancherons au plaisir ; et que l’abstinence de celui qui jeûne devienne la nourriture de l’indigent. »
Prenons notre part de ces avertissements, nous qui sommes les enfants de la sainte Église ; et puisque nous vivons à une époque où le jeûne de l’Avent n’existe plus, portons-nous avec d’autant plus de ferveur à remplir le précepte des Quatre-Temps, que ces trois jours, en y joignant la Vigile de Noël, sont les seuls auxquels la discipline actuelle de l’Église nous enjoigne d’une manière précise, en cette saison, l’obligation du jeûne. Ranimons en nous, à l’aide de ces légères observances, le zèle des siècles antiques, nous souvenant toujours que si la préparation intérieure est surtout nécessaire pour l’Avènement de Jésus-Christ dans nos âmes, cette préparation ne saurait être véritable en nous, sans se produire à l’extérieur par les pratiques de la religion et de la pénitence.
Le jeûne des Quatre-Temps a encore une autre fin que celle de consacrer, par un acte de piété, les diverses saisons de l’année ; il a une liaison intime avec l’Ordination des Ministres de l’Église, qui reçoivent le samedi leur consécration, et dont la proclamation avait lieu autrefois devant le peuple à la Messe du Mercredi. Dans l’Église Romaine, l’Ordination du mois de Décembre fut longtemps célèbre ; et il paraît, par les anciennes Chroniques des Papes, que, sauf les cas tout à fait extraordinaires, le dixième mois fut, durant plusieurs siècles, le seul où l’on conférât les saints Ordres à Rome. Les fidèles doivent s’unir aux intentions de l’Église, et présenter à Dieu l’offrande de leurs jeûnes et de leurs abstinences, dans le but d’obtenir de dignes Ministres de la Parole et des Sacrements, et de véritables Pasteurs du peuple chrétien.
En l’Office des Matines, l’Église ne lit rien aujourd’hui du prophète Isaïe ; elle se contente de rappeler le passage de l’Évangile de saint Luc dans lequel est racontée l’Annonciation de la Sainte Vierge, et lit ensuite un fragment du Commentaire de saint Ambroise sur ce même passage. Le choix de cet Évangile, qui est le même que celui de la Messe, selon l’usage de toute l’année, a donné une célébrité particulière au Mercredi de la troisième semaine de l’Avent. On voit, par d’anciens Ordinaires à l’usage de plusieurs Églises insignes, tant Cathédrales qu’Abbatiales, que l’on transférait les fêtes qui tombaient en ce Mercredi ; qu’on ne disait point ce jour-là, à genoux, les prières fériales ; que l’Évangile Missus est, c’est-à-dire de l’Annonciation, était chanté à Matines par le Célébrant revêtu d’une chape blanche, avec la croix, les cierges et l’encens, et au son de la grosse cloche ; que, dans les Abbayes, l’Abbé devait une homélie aux Moines, comme aux fêtes solennelles. C’est même à cet Usage que nous sommes redevables des quatre magnifiques Sermons de saint Bernard sur les louanges de la Sainte Vierge, et qui sont intitulés : Super Missus est.
Comme il est rare que la Messe des Quatre-Temps soit chantée hors des Églises où l’on célèbre l’Office Canonial, et aussi, pour ne pas grossir ce volume outre mesure, nous n’avons pas jugé à propos de donner ici le texte des Messes des Mercredi, Vendredi et Samedi des Quatre-Temps de l’Avent. Nous nous contenterons d’indiquer la Station. Le Mercredi, elle a lieu à Sainte-Marie-Majeure, à cause de l’Évangile de l’Annonciation qui, comme on vient de le voir, a fait pour ainsi dire attribuer à ce jour les honneurs d’une véritable Fête de la Sainte Vierge.
Comme nous devons toucher quelque chose de ce mystère ci-après, dans le Propre des Saints de l'Avent, nous nous contenterons d'insérer ici une Prose du moyen âge, en l'honneur de la glorieuse Vierge saluée par l'Ange, et une prière tirée des anciennes liturgies.
PROSE EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE
(Tirée du Missel de Cluny de 1523).
‘Ave! regina virginum; Coeli terraeque Dominum Concipies, Et paries, Intacta, Salutem hominum; Tu porta coeli facta, Medela criminum’
Sur le seuil de la demeure virginale, l'Ange apparaît à Marie, et, pour rassurer son effroi, lui dit avec douceur :
Angelus disparuit, et statim puellaris uterus intumuit, vi partus virginalis.
Salut, Reine des Vierges ! Vous concevrez le Maître du ciel et de la terre, vous enfanterez le Salut des hommes, o vous, la porte du ciel, le baume de nos iniquités !
Angelus ad virginem Subintrans in conclave,Virginis formidinem Demulcens, inquit ei,:
Comment concevrai-je, moi qui ne connaît point l'homme ? Comment pourrai-je enfreindre le vœu que mon cœur a juré ?
‘Quomodo conciperem Quae virum non cognovi? Qualiter infringerem Quod firma menti vovi?’
L'Esprit-Saint, par sa grâce, consommera tous ces mystères ; ne craignez point, mais pleine de joie, rassurez-vous ; car la pudeur en vous demeurera sans tache, par la puissance de Dieu.
‘Spiritus Sancti gratia Perficiet haec omnia; Ne timeas, Sed gaudeas, Secura Quod castimonia Manebit in te pura Dei potentia.’
A donc, la noble Vierge répond et dit : Je suis l'humble petite servante du Dieu tout-puissant.
Ad haec virgo nobilis Respondens inquit ei: ‘Ancilla sum humilis Omnipotentis Dei.
Céleste messager, confident d'un si haut secret, je consens et veux voir accomplie cette parole que j'entends : me voici prête à condescendre au dessein de Dieu.
Tibi coelesti nuntio, Tanti secreti conscio, Consentiens, Et cupiens Videre Factum quod audio; Parata sum parere Dei consilio.’
L'Ange disparut, et soudain le sein très pur de la Vierge montra l'indice de la future maternité.
Qui circumdatus utero, novem mensium numero, hinc exiit et iniit conflictum, affligens humerum crucem, quae dedit ictum hosti mortifero.
Son fruit, captif neuf mois dans de si chastes entrailles, en sortit et s'en alla au grand combat, appuyant sur son épaule la croix de laquelle il frappa à mort l'homicide ennemi.
Eia mater Domini, Quae pacem reddidisti Angelis et homini, Cum Christum genuisti;
Las ! Mère du Seigneur, qui avez rendu la paix à l'Ange et à l'homme, en mettant le Christ au monde ;
Tuum exora filium Ut se nobis propitium Exhibeat, Et deleat Peccata: Praestans auxilium Vita frui beata Post hoc exilium. Amen.
Suppliez votre Fils, qu'il nous soit secourable et qu'il efface nos fautes ; qu'il nous vienne en aide, et nous fasse jouir de la vie bienheureuse, au terme de cet exil. Amen.
PRIERE DU MISSEL MOZARABE
(Au IIe Dimanche de l'Avent, Illatio).
Dignum et justum est; vere aequum et salutare est, Domini nostri Jesu Christi adventum in mirabilibus praedicare: quem inter homines nasciturum coelestis nuntius nunciavit. Virgo terrena dum salutaretur audivit: Spiritus sanctus in utero, dum veniret creavit, ut Gabriele dicente, Maria credente, Dei Verbo Spiritu co-operante, sequeretur salutationem angelicam securitas, promissionem perficeret veritas; ut Altissimi obumbrante virtute, didicisset se esse foecundam virginitas. Ecce concipies in utero, et paries filium, angelus praedicavit; et: Quomodo fiet istud, Maria respondit. Sed quia haec credendo, non dubitando respondit, implevit Spiritus sanctus quod angelus spopondit. Virgo ante conceptum, Virgo semper futura post partum, Deum suum prius mente, dehinc ventre concepit; salutem mundi prima suscepit Virgo plena gratia Dei, et ideo vera Mater Filii Dei.
C'est une chose digne et juste, vraiment équitable et salutaire, de célébrer avec enthousiasme l'Avènement de Jésus-Christ notre Seigneur. Sa naissance au milieu des hommes fut annoncée par un messager céleste. Une Vierge habitante de cette terre entendit un salut merveilleux : l’Esprit-Saint coopérant avec le Verbe de Dieu, le cœur de la Vierge se rassurait au moment même où l’Ange la saluait, et la promesse faite par lui recevait déjà son accomplissement ; la virginité elle-même se sentait féconde, ombragée qu’elle était par la vertu du Très-Haut. L’Ange avait dit : Voilà que vous concevrez et enfanterez un Fils ; Marie avait répondu : Comment cela pourrait-il être ? Mais parce que Marie répondait dans la foi, et non dans le doute, l’Esprit-Saint accomplit ce que l’Ange avait promis. Elle avait été vierge avant la Conception ; elle demeura à jamais vierge après l’enfantement. Elle avait d’abord conçu son Dieu dans son cœur ; plus tard elle le conçut dans ses entrailles. La première de tous, elle reçut le salut du monde, cette Vierge vraiment pleine de la grâce, et, pour cela, choisie pour être la véritable Mère du Fils de Dieu.
LE JEUDI DE LA TROISIEME SEMAINE DE L’AVENT.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Isaia Propheta. Cap. XXXIII.
Du Prophète Isaïe. CHAP. XXXIII.
Domine, miserere nostri, te enim exspectavimus; esto brachium nostrum in mane, et salus nostra in tempore tribulationis. A voce angeli fugerunt populi, et ab exaltatione tua dispersæ sunt gentes. Et congregabuntur spolia vestra sicut colligitur bruchus, velut cum fossæ plenæ fuerint de eo. Magnificatus est Dominus, quoniam habitavit in excelso; implevit Sion judicio et justitia. Et erit fides in temporibus tuis: divitiæ salutis sapientia et scientia; timor Domini ipse est thesaurus ejus. Conterriti sunt in Sion peccatores; possedit tremor hypocritas. Quis poterit habitare de vobis cum igne devorante? quis habitabit ex vobis cum ardoribus sempiternis? Qui ambulat in justitiis et loquitur veritatem, qui projicit avaritiam ex calumnia, et excutit manus suas ab omni munere,qui obturat aures suas ne audiat sanguinem, et claudit oculos suos ne videat malum. Iste in excelsis habitabit; munimenta saxorum sublimitas ejus: panis ei datus est, aquæ ejus fideles sunt. Regem in decore suo videbunt oculi ejus, cernent terram de longe.
Ayez pitié de nous, Seigneur ; car nous vous avons attendu. Soyez dès le matin le bras qui nous soutienne, et notre salut au temps de la tribulation. A la voix de votre Ange les peuples ont fui : à l’éclat de votre gloire, les nations ont été dispersées. Et on ramassera vos dépouilles, ennemis de Sion, comme on ramasse une multitude de hannetons, dont on remplit des fosses entières. Le Seigneur s’est glorifié ; car il habite dans les hauteurs ; il a rempli Sion d’équité et de justice. Et la foi régnera en votre temps : la sagesse et la science seront les richesses du salut ; et la crainte du Seigneur, le trésor. Les pécheurs ont été saisis d’épouvante en Sion : la frayeur s’est emparée des hypocrites. Qui de vous pourra habiter un feu dévorant ? Qui de vous pourra demeurer dans des ardeurs éternelles ? Mais celui qui marche dans la justice, et parle la vérité ; qui chasse loin de lui l’avarice, compagne de la calomnie, et rejette de ses mains tout présent corrupteur ; qui bouche ses oreilles aux paroles de sang, et ferme ses yeux pour ne pas voir le mal : celui-là habitera dans les lieux hauts ; des rochers élevés lui serviront de rempart. Le pain lui a été donné ; ses eaux ne tariront jamais ; ses veux contempleront le Roi dans sa beauté ; ils verront la terre de loin.
Heureux celui dont les yeux contempleront n ainsi le Roi nouveau-né dans le doux éclat de son amour et de son humilité ! Il demeurera tellement ravi de sa beauté, que la terre avec toutes ses magnificences sera pour lui comme si elle n’était pas. Il ne pourra plus voir autre chose que celui qui aura apparu couché dans la crèche et enveloppé de langes. Mais, pour avoir ce bonheur de contempler de près le puissant Roi qui vient à nous, pour mériter de former sa cour, il faut suivre le conseil du Prophète : marcher dans la justice et parler la vérité ; c’est ce qu’exprime avec onction le pieux Rhaban Maur, dans son premier Sermon de la préparation à la fête de Noël. « S’il convient, dit-il, que, dans tous les temps, nous paraissions ornés et éclatants de bonnes œuvres, c’est principalement au jour de la Naissance du Sauveur. Considérez, mes frères : Si un roi de la terre, ou tout homme puissant vous invitait à venir célébrer son jour natal ; combien seraient neufs, recherchés et a même splendides, les habits sous lesquels vous voudriez paraître ! Vous ne souffririez pas que rien de vieux, de vil ou de malpropre y offensât les yeux de celui qui vous eût invités. Faites preuve d’un zèle égal dans l’occasion présente ; et que vos âmes, parées des divers ornements des vertus, s’avancent embellies des perles de la simplesse et des fleurs de la sobriété. Que vos consciences soient dans le calme, aux approches de la solennelle Naissance du Sauveur. Qu’elles y paraissent brillantes de chasteté, éclatantes de charité, toutes blanches du mérite de l’aumône, brillantes de justice et d’humilité, et, par-dessus tout, illuminées par l’amour de Dieu. Que si le Seigneur Christ vous voit célébrer dans cette parure la fête de sa naissance, sachez qu’il ne se contentera pas de visiter vos âmes ; il poussera la condescendance jusqu’à venir s’y reposer et y habiter à jamais, ainsi qu’il est écrit : Voici que je viendrai et que j’habiterai en eux, et ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu. » Donc, chrétiens, hâtez-vous ; que ceux qui sont pécheurs se convertissent et deviennent justes ; que les justes se justifient encore ; que les saints se sanctifient encore ; car c’est le Seigneur Dieu qui vient, et non un autre.
PROSE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Composée au XI° siècle, et tirée des anciens Missels Romains-Français.)
Jubilemus omnes una, Deo nostro qui creavit omnia; per quem condita sunt saecula; coeli sunt plurima luce coruscat, et diversa sidera. Sol mundi schema, noctium decus luna, conctaque splendentia. Mare, solum, alta, plana, et profunda flumina; aeris ampla spatia: quae discurrunt aves, venti atque pluvia. Haec simul cincta tibi soli Deo Patri militant. Nunc et in aevum, sine fine per saecula: laus eorum tua gloria, qui pro salute nostra Prolem unicam pati in terra misisti sine culpa, sed ob nostra delicta. Te, Sancta Trinitas, precamur, ut corpora nostra et corda regas et protegas, et dones peccatorum veniam. Amen.
Chantons tous ensemble à notre Dieu créateur de toutes choses, Par qui les siècles ont été faits ;
Et le ciel éblouissant de lumière, et les étoiles sans nombre ;
Le soleil, gloire du monde ; la lune, ornement des nuits, et tout ce qui resplendit ;
La mer, la terre, les hauteurs, les plaines, et les gouffres des fleuves ;
Et les vastes espaces de l’air, que parcourent les oiseaux, les vents et les pluies ;
Et tous ces êtres, ô Dieu Père, obéissent à vous seul comme une armée ;
Maintenant et à jamais, sans fin, et par tous les siècles,
Tous chantent un hymne à votre gloire ;
A vous qui, pour notre salut, donnez votre Fils unique,
Et l’envoyez souffrir en terre, victime innocente, pour nos péchés.
Sainte Trinité, nous vous prions : gouvernez et conservez nos corps et nos cœurs, et donnez le pardon de nos péchés. Amen.
Et le ciel éblouissant de lumière, et les étoiles sans nombre ;
Le soleil, gloire du monde ; la lune, ornement des nuits, et tout ce qui resplendit ;
La mer, la terre, les hauteurs, les plaines, et les gouffres des fleuves ;
Et les vastes espaces de l’air, que parcourent les oiseaux, les vents et les pluies ;
Et tous ces êtres, ô Dieu Père, obéissent à vous seul comme une armée ;
Maintenant et à jamais, sans fin, et par tous les siècles,
Tous chantent un hymne à votre gloire ;
A vous qui, pour notre salut, donnez votre Fils unique,
Et l’envoyez souffrir en terre, victime innocente, pour nos péchés.
Sainte Trinité, nous vous prions : gouvernez et conservez nos corps et nos cœurs, et donnez le pardon de nos péchés. Amen.
PRIÈRE DU MISSEL AMBROSIEN.
(Au II° Dimanche de l’Avent, Praefatio.)
Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, per Christum Dominum nostrum: cujus Incarnatione salus facta est mundi, et Passione redemptio procurata est hominis procreati. Ipse nos, quaesumus, ad aeternum perducat praemium, qui redemit nos de tenebris infernorum: justificetque in Adventu secundo, qui nos redemit in primo: quatenus illius nos a malis omnibus defendat sublimitas, cujus nos ad vitam erexit humilitas.
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur, dont l’Incarnation a été le salut du monde, et dont la Passion a été la rédemption du genre humain. Qu’il daigne nous conduire à l’éternelle récompense, celui qui nous a rachetés des ténèbres des enfers ; qu’il nous justifie au second Avènement, celui qui nous a délivrés au premier ; afin que, comme son humilité nous a rétablis dans la vie, sa puissante majesté nous préserve des malheurs qui seront à craindre au dernier jour.
LE VENDREDI DES QUATRE-TEMPS.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
L’Église ne lit rien du Prophète Isaïe en ce jour ; elle se contente de rappeler, à l’Office des Matines, le passage de l’Évangile où saint Luc raconte le mystère de la Visitation de la Sainte Vierge ; après quoi on lit un fragment du Commentaire de saint Ambroise sur ce même passage. Nous réservons, pour le Propre des Saints ci-après, les considérations et les affections que doit inspirer aux fidèles cette importante circonstance de la vie de la Mère de Dieu.
La Station de ce jour est en l’Église des Saints-Apôtres, que plusieurs pensent avoir été bâtie d’abord par Constantin, et dans laquelle les glorieux corps des deux saints Apôtres Philippe et Jacques le Mineur, ensÈvelis sous l’autel, attendent le second Avènement de celui qui les choisit pour ses coopérateurs dans l’œuvre du premier, et aux côtés auquel ils siégeront sur des trônes au dernier jour, pour juger les douze Tribus d’Israël. (Matth. XIX.)
Nous nous unirons aux intentions de la sainte Église, qui nous propose aujourd’hui la Visitation de la Sainte Vierge, en récitant la Prose suivante, composée à la louange de ce mystère, dans les siècles de foi :
PROSE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)
Ave, verbi Dei parens, Virginum humilitas,Ave, omni nævo carens Humilis virginitas.
SALUT Mère du Verbe divin, ô virginale humilité ! Salut, Mère sans tache humble virginité !
Gaude, quæ sic gravidaris Nec gravaris filio, Gaude, quæ sic oneraris Onere gratissimo.
Soyez dans la joie, vous qui dÈvenez féconde, et votre fardeau n’est point lourd ; soyez dans la joie, vous dont le fils est un poids doux à porter.
Salve, Iesse stirpe ortaVirgula fructifera, Salve, clausa templi porta, Soli Deo pervia.
Salut, rejeton de Jessé, branche en fruits féconde ; salut, porte close du temple, ouverte à Dieu seul.
Plaude, vellus Gedeonis, Rore madens pneumatis, Plaude, pellis Salomonis, Pulchrior præ ceteris.
Triomphez, toison de Gédéon, baignée de la rosée de l’Esprit-Saint ; triomphez, tente de Salomon, de toutes la plus éclatante.
Pange, aurora consurgens Luce novi sideris, Pange, arcæ trina ferens Charismata miseris.
Salut, Étoile scintillante de Jacob, dont la lueur illumine toutes les mers ; salut, demeure scellée, buisson à la puissante flamme.
Vale, Iacob micans stellaEt illustrans maria, Vale, consignata cella, Rubus in vi flammea.
Réjouissez-vous : le soleil est votre vêtement ; humble Étoile, vous enfanterez le Soleil. Réjouissez-vous, vous l’élue entre mille, la radieuse Échelle des cieux.
Euge, sole quod amicta Solem gignis, stellula,Euge, quod sis præelecta Scala cæli fulgida.
Chantez, vous l’aurore naissante dans l’éclat d’un astre nouveau. Chantez, vous l’Arche d’alliance, dont le sein garde trois trésors pour les pécheurs.
Eia, magnificat tuaIesum Christum anima, Eia, tecum ut laudemus, Ora, dulcis Maria.
Il est temps que votre âme glorifie le Christ Jésus ; et pour que nous le chantions avec vous, priez, ô douce Marie ! Amen.
PRIÈRE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN.
(In Adventu Domini, Collecte.)
Purifica, Domine Deus, Pater omnipotens, pectorum arcana nostrorum, cunctasque propitius maculas ablue peccatorum: ac praesta, Domine, ut benedictione pietatis tuae a nostris criminibus mundati, metuendum terribilemque Adventum Domini nostri Jesu Christi expectemus interriti.
Purifiez, Seigneur Dieu tout-puissant, les secrets de nos cœurs ; et dans votre miséricorde, lavez toutes les taches de nos péchés. Faites, Seigneur, que par votre clémence à jamais bénie, étant dégagés de nos crimes, nous puissions attendre sans frayeur le redoutable et terrible Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ.
LE SAMEDI DES QUATRE-TEMPS.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
La lecture du Prophète Isaïe est encore suspendue en ce jour, et remplacée à Matines par une Homélie sur l’Évangile de la Messe. Cet Évangile se trouvant répété à la Messe du IVe Dimanche de l’Avent, qui est demain, nous ne nous en occuperons pas aujourd’hui. Nous donnerons seulement ici la raison pour laquelle le Missel n’assigne qu’un seul Évangile à ces deux Messes.
L’usage fut d’abord, dans l’Église Romaine, de célébrer l’Ordination dans la nuit du Samedi au Dimanche, en la même manière qu’on administrait le Baptême aux catéchumènes dans la nuit du Samedi saint au jour de Pâques. La cérémonie avait lieu vers et se prolongeait toujours d’une manière notable sur le Dimanche, en sorte que la Messe de l’Ordination comptait pour celle du Dimanche lui-même. Plus tard, la discipline s’adoucit, et ces veilles pénibles furent supprimées ; on avança la Messe de l’Ordination, comme on a avancé aussi celle du Samedi saint ; en sorte que le quatrième Dimanche de l’Avent et le deuxième de Carême n’ayant point eu jusqu’alors d’Évangile propre, puisqu’ils n’avaient pas de Messe propre, il fut réglé, vers les X° ou XI° siècles, qu’on répéterait l’Évangile de la Messe de l’Ordination dans la Messe spéciale de ces deux Dimanches.
La Station est à Saint-Pierre, le Samedi, à cause de l’Ordination. Cette Basilique convenait mieux que toute autre pour réunir le peuple, ayant toujours été une des plus vastes de la ville de Rome.
Honorons Marie en ce jour du Samedi qui lui est consacré, en nous unissant aux cantiques de l’Église Orientale, toujours inépuisable dans les louanges de la Mère de Dieu.
HYMNE TIRÉE DE L’ANTHOLOGIE DES GRECS.
(Au XV Décembre.)
Ut thronus purpuriformis Creatorem fers; ut animatus thalamus regem circumdas, Deo gratissima.
Comme un trône empourpré, vous portez le créateur ; comme une couche vivante, vous entourez le roi, ô pleine de divines grâces !
Virga virtutis germinasti Christum in quo stabilimur; te enim figurabat virga Aaron, olim germinans inculta; casta columba, semper Virgo.
Tige vigoureuse, vous avez produit comme un rejeton le Christ notre appui : car elle était votre figure, la Verge d’Aaron bourgeonnant autrefois sans culture ; ô chaste colombe ! ô toujours vierge !
Hymnificare modum superadmirabilem, et omnem sensum superantem extraordinariae tuae graviditatis nesciunt omnium hominum catervae; omnem enim mentem et cogitationem praetergreditur, ac intelligentias, omnium et verborum virtutem.
Chanter la manière admirable de votre étonnante et incompréhensible maternité, est chose impossible aux mortels ; car elle dépasse toute intelligence, toute pensée, toutes les conceptions de l’esprit, toute la force des paroles.
Miraculum inenarrabile conceptionis atque immemorandum gestationis tuae prodigium videns Isaias, divina voce clamabat: Spiritus sanctus supervenit in te, Dei Mater! rubum te servans ut olim incombustum; et ideo cum angelo clamamus: Gaude, Dei tabernaculum.
Isaïe voyant votre indicible, votre ineffable maternité, s’écriait dans son accent divin : L’Esprit-Saint est survenu en vous, ô Mère de Dieu ! il vous a conservée comme autrefois le buisson ardent, sans vous consumer ; c’est pourquoi nous aussi, nous crions avec les Anges : Réjouissez-vous, ô tabernacle de Dieu !
PRIERE DU MISSEL MOZARABE.
(Au Ve Dimanche de l’Avent, Illatio.)
Dignum et justum est nos tibi gratias agere, Domine sancte, Pater aeterne, omnipotens Deus, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum. Ejus incarnatio salus facta est mundi, at passio exstitit redemptio hominis procreati. Ipse igitur nos, omnipotens Pater, quaesumus, perducat ad praemium, qui redemit de tenebris infernorum. Ipse carnem nostram a delictis emaculet, qui eam suscepit ex Virgine. Ipse nos laesos tuas restituat majestati, qui nos tibi per sanguinem suum reconciliavit. Ipse nos secundi adventus examinatione justificet, qui in primo contulit donum gratias suae. Ipse ad judicandum veniat mitis, qui olim apparuit humilis. Ipse in judicium ostendatur nobis mitissimus, qui dudum venit occultus.
C’est une chose digne et juste que nous vous rendions grâces, Seigneur saint, Père éternel , Dieu tout-puissant, par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, dont l’Incarnation a été le salut du monde , comme sa Passion en a été la rédemption. Que celui-là donc, ô Père tout-puissant ! nous fasse parvenir à la récompense, qui nous a retirés des ténèbres infernales ; qu’il purifie notre chair de ses péchés, celui qui a pris cette chair dans la Vierge ; qu’il nous fasse rentrer en grâce avec votre majesté, celui qui par son sang nous a réconciliés avec vous ; qu’il nous rende justes pour le jugement qu’il exercera au second Avènement, celui qui, dans le premier, nous a accordé le don de sa grâce ; qu’il soit pour nous un juge plein de douceur, celui qui autrefois daigna apparaître dans l’humilité ; qu’il se montre envers nous clément dans sa sentence, celui qui ne se manifesta que dans le secret de ses abaissements.
LE QUATRIÈME DIMANCHE DE L’AVENT
(Si ce Dimanche tombe le 24 Décembre, on l’omet cette année-là, et on fait l Office de la Vigile de Noël, ci-après au Propre des Saints, 24 Décembre.)
Nous voici entrés dans la Semaine qui précède immédiatement la Naissance du Messie : dans sept jours au plus tard, il viendra ; et selon la longueur du temps de l’Avent, laquelle varie chaque année, il se peut que l’Avènement tant désiré ait lieu dans six jours, dans trois jours, demain même. L’Église compte les heures d’attente ; elle veille jour et nuit, et ses Offices ont pris une solennité inaccoutumée depuis le 17 Décembre. A Laudes, elle varie chaque jour les Antiennes ; à Vêpres, elle exprime avec tendresse et majesté ses désirs d’Épouse par de brûlantes exclamations vers le Messie, dans lesquelles elle lui donne chaque jour un titre magnifique emprunté au langage des Prophètes.
Aujourd’hui [Le quatrième Dimanche de l’Avent est appelé Rorate à cause de l’Introït ; mais plus souvent on le nomme Canite tuba, qui sont les premiers mots du premier Répons de Matines, et de la première Antienne de Laudes et de Vêpres.] elle veut frapper le dernier coup pour émouvoir ses enfants. Elle les transporte dans la solitude ; elle leur montre Jean-Baptiste, de la mission duquel elle les a déjà entretenus au troisième Dimanche. La voix de cet austère Précurseur ébranle le désert, et se fait entendre jusque dans les cités. Elle prêche la pénitence, la nécessité de se purifier en attendant celui qui va paraître. Retirons-nous à l’écart durant ces jours ; ou si nous ne le pouvons faire à raison de nos occupations extérieures, retirons-nous dans le secret de notre cœur et confessons notre iniquité, comme ces vrais Israélites qui venaient, pleins de componction et de foi dans le Messie, achÈver, aux pieds de Jean-Baptiste, l’œuvre de leur préparation à le recevoir dignement, lorsqu’il allait paraître.
Or, voici la sainte Église qui, avant d’ouvrir le livre du Prophète, nous dit à l’ordinaire, mais avec une solennité de plus en plus grande :
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. xxxv.
Du Prophète Isaïe. CHAP. XXXV.
Laetabitur deserta et invia, et exsultabit solitudo, et florebit quasi lilium. Germinans germinabit, et exsultabit laetabunda et laudans; gloria Libani data est ei, decor Carmeli et Saron. Ipsi videbunt gloriam Domini, et decorem Dei nostri. Confortate manus dissolutas, et genua debilia roborate. Dicite pusillanimis: Confortamini, et nolite timere. Ecce Deus vester ultionem adducet retributionis: Deus ipse veniet et salvabit vos. Tunc aperientur oculi caecorum, et aures surdorum patebunt. Tunc saliet sicut cervus claudus, et aperta erit lingua mutorum: quia scissae sunt in deserto aquae, et torrentes in solitudine. Et quae erat arida, erit in stagnum, et sitiens in fontes aquarum. In cubilibus, in quibus prius dracones habitabant, orietur viror calami et junci. Et erit ibi semita et via, et via sancta vocabitur, non transibit per eam pollutus; et haec erit vobis directa via, ita ut stulti non errent per eam. Non erit ibi leo, et mala bestia non ascendet per eam, nec invenietur ibi: et ambulabunt qui liberati fuerint. Et redempti a Domino convertentur, et venient in Sion cum laude, et laetitia sempiterna super caput eorum; gaudium et laetitiam obtinebunt, et fugiet dolor et gemitus.
La terre déserte et sans chemin se réjouira, et la solitude tressaillera et fleurira comme le lis. Elle poussera et germera de toutes parts ; et elle sera dans une effusion de joie et de louange. La gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron. Ils verront eux-mêmes la gloire du Seigneur et la beauté éclatante de notre Dieu. Fortifiez les mains languissantes et raffermissez les genoux tremblants. Dites à ceux qui ont le cœur abattu : Prenez courage, et ne craignez pas point ; voici votre Dieu, qui vient vous venger et rendre à vos ennemis ce qu’ils méritent. Dieu viendra lui-même, et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds seront accessibles. Alors le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée ; parce que des sources d’eau couleront au désert, et des torrents dans la solitude. Et la terre qui était desséchée sera un étang, et celle qui était altérée une fontaine d’eau vive. Dans les cavernes où les dragons habitaient auparavant, naîtra la verdure du roseau et du jonc. Et il y aura là un sentier et un chemin battu, et cette voie sera appelée sainte ; celui qui est impur n’y passera point. Elle sera pour vous une voie droite, en sorte que les ignorants y marcheront sans s’égarer. Il n’y aura point là de lion, et la bête farouche n’y montera point, ni ne s’y rencontrera. Et ceux qui auront été délivrés y marcheront, et ceux que le Seigneur aura rachetés retourneront et viendront en Sion avec des cantiques de louange ; ils seront couronnés d’une allégresse éternelle ; le ravissement de leur joie ne les quittera point ; la douleur et le gémissement fuiront loin d’eux.
Elle sera donc bien grande, ô Jésus ! la joie de votre venue, si elle doit briller sur notre front à jamais comme une couronne ! Mais comment n’en serait-il pas ainsi ? Le désert même, à votre approche, fleurit comme un lis, et des eaux vives jaillissent du sein de la terre la plus altérée. O Sauveur ! venez vite nous donner de cette Eau dont votre Cœur est la source, et que la Samaritaine, qui est notre image à nous pécheurs, vous demandait avec tant d’instances. Cette Eau est votre Grâce ; qu’elle arrose notre aridité, et nous fleurirons aussi ; qu’elle désaltère notre soif, et nous courrons la voie de vos préceptes et de vos exemples, ô Jésus ! avec fidélité, sur vos pas. Vous êtes notre Voie, notre sentier vers Dieu ; et Dieu, c’est vous-même : vous êtes donc aussi le terme de notre route. Nous avions perdu la voie, nous nous étions égarés comme des brebis errantes : que votre amour est grand de venir ainsi après nous ! Pour nous apprendre le chemin du ciel, vous ne dédaignez pas d’en descendre, et vous voulez faire avec nous la route qui y conduit. Non, désormais nos bras ne sont plus abattus ; nos genoux ne tremblent plus ; nous savons que c’est dans l’amour que vous venez. Une seule chose nous attriste : c’est de voir que notre préparation n’est pas parfaite. Nous avons encore des liens à rompre ; aidez-nous, ô Sauveur des hommes ! Nous voulons écouter la voix de votre Précurseur, et redresser tout ce qui offenserait vos pas sur le chemin de notre cœur, ô divin Enfant ! Que nous soyons baptisés dans le Baptême d’eau de la pénitence ; vous viendrez ensuite nous baptiser dans le Saint-Esprit et dans l’amour.
A LA MESSE.
Le Prophète a excité notre soif en nous parlant L de la limpidité et de la fraîcheur des sources qui jaillissent à l’arrivée du Messie ; demandons, avec la sainte Église, la rosée qui rafraîchira notre cœur, la pluie qui le rendra fécond.
INTROÏT.
Rorate coeli desuper, et nubes pluant Justum: aperiatur terra, et germinet Salvatorem.
Cieux, répandez la rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste : que la terre s’ouvre, et qu’elle germe le Sauveur.
Ps. Caeli enarrant gloriam Dei: et opera manuum ejus annuntiat firmamentum. V. Gloria Patri. Rorate.
Ps. Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie l’ouvrage de ses mains. Gloire au Père. Cieux.
Dans la Collecte, l’Église fait instance pour être délivrée au plus tôt ; elle craint que ses péchés ne soient la cause du retard que l’Époux met avenir ; elle se recommande à sa miséricorde pour franchir cet obstacle.
COLLECTE.
Excita, quaesumus, Domine, potentiam tuam, et veni, et magna nobis virtute succurre: ut per auxilium gratiae tuae quod nostra peccata praepediunt, indulgentia tuae propitiationis acceleret. Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. Amen..
Faites paraître, Seigneur, votre puissance, et venez ; secourez-nous par votre grande force, afin que par le secours de votre grâce, votre indulgence miséricordieuse daigne accélérer le remède dont nos péchés nous rendent indignes ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
Les Oraisons de la Sainte Vierge, contre les persécuteurs de l’Église et pour le Pape, sont à la Messe du premier Dimanche de l’Avent, page 63.
ÉPÎTRE.
Lectio Epistolae Beati Pauli Apostoli ad Corinthios. Cap. iv.
Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Corinthiens. CHAP. IV.
Fratres, sic nos existimet homo ut ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei. Hic jam quaeritur inter dispensatores ut fidelis quis inveniatur. Mihi autem pro minimo est ut a vobis judicer, aut ab humano die: sed neque meipsum judico. Nihil enim mihi conscius sum: sed non in hoc justificatus sum: qui autem judicat me Dominus est. Itaque nolite ante tempus judicare, quo-adusque veniat Dominus: qui et illuminabit abscondita tenebrarum, et manifestabit consilia cordium: et tunc laus erit unicuique a Deo.
Mes Frères, que l’homme nous considère comme les ministres de Jésus-Christ, et comme les dispensateurs des Mystères de Dieu. Or, ce qui est à désirer dans les dispensateurs est qu’ils soient trouvés fidèles. Pour moi, je me mets fort peu en peine d’être jugé par vous, ou par quelque homme que ce soit : et je ne me juge pas moi-même. Car, encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela ; mais celui qui me juge, c’est le Seigneur. C’est pourquoi ne jugez point avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui produira à la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et découvrira les pensées des cœurs : alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due.
L’Église remet sous les yeux des peuples, dans cette Épître, la dignité du Sacerdoce chrétien, à l’occasion de l’Ordination qu’on a célébrée la veille, et rappelle en même temps aux Ministres sacrés l’obligation qu’ils ont contractée de se montrer fidèles dans la charge qui leur a été imposée. Au reste, il n’appartient pas aux brebis de juger le pasteur : tous, prêtres et peuple, doivent vivre dans l’attente du jour de l’Avènement du Sauveur, de ce dernier Avènement dont la terreur sera aussi grande qu’est attrayante la douceur du premier, et du second auquel nous préparons nos âmes. Après avoir fait retentir dans l’assemblée ces paroles sévères, la sainte Église reprend le cours de ses espérances, et célèbre encore l’arrivée prochaine de l’Époux.
GRADUEL
Prope est Dominus omnibus invocantibus eum, omnibus qui invocant eum in veritate.
Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent en vérité.
v. Laudem Domini loquetur os meum: et benedicat omnis caro nomen sanctum ejus.
v. Ma bouche annoncera la louange du Seigneur ; que toute chair bénisse son saint Nom.
Alleluia, alleluia.V. Veni, Domine, et noli tardare: relaxa facinora plebi tuae Israel. Alleluia.
Alleluia, alleluia.
v. Venez, Seigneur, et ne tardez plus : pardonnez les crimes d’Israël votre peuple. Alleluia.
v. Venez, Seigneur, et ne tardez plus : pardonnez les crimes d’Israël votre peuple. Alleluia.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. iii.
La suite du saint Évangile selon saint LUC. CHAP. III.
Anno quintodecimo imperii Tiberii Caesaris. procurante Pontio Pilato Judaeam, tetrarcha autem Galilaeae Herode, Philippo autem fratre ejus tetrarcha Ituraeae, et Trachonitidis regionis, et Lysania Abilinae tetrarcha, sub principibus sacerdotum Anna et Caipha: factum est verbum Domini super Joannem Zachariae filium in deserto. Et venit in omnem regionem Jordanis, praedicans baptismum paenitentiae in remissionem peccatorum; sicut scriptum est in libro sermonum Isaiae prophetae: Vox clamantis in deserto: Parate viam Domini: rectas facite semitas ejus: omnis vallis implebitur, et omnis mons et collis humiliabitur: et erunt prava in directa, et aspera in vias planas: et videbit omnis caro salutare Dei.
L’an quinzième de l’empire de Tibère César, Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée ; Hérode, tétrarque de la Galilée ; Philippe son frère, de l’Iturée et de la province de Traconite ; et Lysanias, d’Abilène ; Anne et Caïphe étant grands-prêtres ; Dieu fit entendre sa parole à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans tout le pays qui est aux environs du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés ; ainsi qu’il est écrit au livre des paroles du prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits ses sentiers. Toute vallée sera remplie, et toute montagne et toute colline sera abaissée ; les chemins tortueux deviendront droits, les raboteux seront aplanis. Et toute chair verra le Sauveur envoyé de Dieu.
Vous êtes proche, Seigneur, car l’héritage de votre peuple a passé aux mains des Gentils, et la terre que vous aviez promise à Abraham n’est plus aujourd’hui qu’une province de ce vaste empire qui doit précéder le vôtre. Les oracles des Prophètes s’exécutent de jour en jour ; la prédiction de Jacob lui-même est accomplie : Le sceptre est ôté de Juda. Tout se prépare pour votre arrivée, ô Jésus ! C’est ainsi que vous renouvelez la face de la terre : daignez aussi renouveler mon cœur, et soutenir son courage, dans ces dernières heures qui précèdent votre venue. Il sent le besoin de se retirer au désert, d’implorer le baptême de la pénitence, de redresser ses voies : faites tout cela en lui, divin Sauveur, afin qu’au jour où vous allez descendre sa joie soit pleine et parfaite.
Pendant l’Oblation, l’Église salue la glorieuse Vierge dont les flancs recèlent encore le salut du monde. O Marie ! donnez-nous bientôt celui qui vous remplit de sa présence et de sa grâce. Le Seigneur est avec vous, ô Marie incomparable ; mais l’heure approche où il sera aussi avec nous ; car son nom est Emmanuel.
OFFERTOIRE.
Ave, Maria, gratia plena: Dominus tecum: benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui.
Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles.
SECRETE.
Sacrificiis praesentibus, quaesumus, Domine, placatus intende: ut et devotioni nostrae proficiant, et saluti. Per Dominum.
Daignez, Seigneur, recevoir favorablement ces offrandes, afin qu’elles servent à témoigner notre religion et à nous obtenir le salut. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Les autres Secrètes comme au premier Dimanche, page 65.
Pendant la Communion, l’Église, toute pleine du Dieu qui vient de descendre en elle, emprunte les paroles d’Isaïe pour célébrer la Vierge mère, et ce chant lui convient aussi, à elle qui vient d’être mystérieusement visitée par le même Fils de Dieu dont le sein de Marie est le tabernacle.
COMMUNION.
Ecce Virgo concipiet, et pariet filium: et vocabitur nomen ejus Emmanuel.
Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un fils, dont le nom sera Emmanuel.
POSTCOMMUNION.
Sumptis muneribus, quaesumus, Domine: ut cum frequentatione mysterii crescat nostrae salutis effectus. Per Dominum.
Après avoir reçu les dons sacrés, nous vous supplions, Seigneur, de faire naître en nous, par la fréquentation de ce Mystère, l’effet de notre rédemption. Par notre Seigneur Jésus-Christ. Amen.
Les autres Postcommunions comme au premier Dimanche, page 66.
A VÊPRES.
(Si la Vigile de Noël se trouvait coïncider avec le quatrième Dimanche de l’Avent, on chanterait les premières Vêpres de Noël, en place de celles qui suivent.)
1. ANT. Canite tuba in Sion, quia prope est dies Domini: ecce veniet ad salvandum nos, alleluia, alleluia.
1. Ant.Sonnez de la trompette dans Sion ; car le jour du Seigneur est proche : voici qu’il vient nous sauver. Alleluia. Alleluia.
2. ANT. Ecce veniet desideratus cunctis Gentibus: et replebitur gloria domus Domini, alleluia.
2. Ant.Voici qu’il va venir, le Désiré de toutes les nations, et la maison du Seigneur sera remplie de gloire. Alleluia. Alleluia.
3. ANT. Erunt prava in directa, et aspera in vias planas: veni, Domine, et noli tardare, alleluia.
3. Ant.Les chemins tortueux seront redressés, et les chemins raboteux seront aplanis :
4. ANT. Dominus veniet, occurrite illi, dicentes: Magnum principium, et regni ejus non erit finis; Deus, Fortis, Dominator, Princeps pacis, alleluia, alleluia.
4. Ant.Le Seigneur va venir ; allez à sa rencontre, et dites : Grande est sa puissance, et son règne n’aura pas de fin ; il est le Dieu, le Fort, le Dominateur, le Prince de la paix. Alleluia. Alleluia.
5. ANT. Omnipotens sermo tuus, Domine, a regalibus sedibus veniet, alleluia.
5. Ant.Seigneur, votre toute-puissante Parole va descendre de ses royales demeures. Alleluia.
CAPITULE
Fratres, sic nos existimet homo ut ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei. Hic jam quaeritur inter dispensatores ut fidelis quis inveniatur.
Mes Frères, que l’homme nous considère comme les Ministres de Jésus-Christ,et comme les dispensateurs des Mystères de Dieu. Or, ce qui est à désirer dans les dispensateurs, c’est qu’ils soient trouvés fidèles.
L’Hymne Creator alme siderum, et le Cantique Magnificat, sont aux pages 53 et 54.
On chante, à Magnificat, celle des Grandes Antiennes qui est marquée pour le jour du mois de Décembre auquel tombe le quatrième Dimanche.
OREMUS
PRIONS
Excita, quaesumus, Domine, potentiam tuam, et veni, et magna nobis virtute succurre: ut per auxilium gratiae tuae quod nostra peccata praepediunt, indulgentia tuae propitiationis acceleret Qui vivis et regnas.
Faites paraître, Seigneur, votre pouvoir, et venez ; secourez-nous par votre vertu toute-puissante, afin que, par le secours de votre grâce, votre indulgence miséricordieuse daigne accélérer le remède dont nos péchés nous rendent indignes ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.
LE LUNDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. XLI.
Du Prophète Isaïe. CHAP. XLI.
Et tu, Israël, serve meus, Jacob quem elegi, semen Abraham amici mei: in quo apprehendi te ab extremis terræ, et a longinquis ejus vocavi te, et dixi tibi: Servus meus es tu: elegi te, et non abjeci te. Ne timeas, quia ego tecum sum; ne declines, quia ego Deus tuus: confortavi te, et auxiliatus sum tibi, et suscepit te dextera Justi mei. Ecce confundentur et erubescent omnes qui pugnant adversum te; erunt quasi non sint, et peribunt viri qui contradicunt tibi. Quæres eos, et non invenies, viros rebelles tuos; erunt quasi non sint, et veluti consumptio homines bellantes adversum te. Quia ego Dominus Deus tuus, apprehendens manum tuam, dicensque tibi: Ne timeas:ego adjuvi te. Noli timere, vermis Jacob, qui mortui estis ex Israël: ego auxiliatus sum tibi, dicit Dominus, et redemptor tuus Sanctus Israël. Ego posui te quasi plaustrum triturans novum, habens rostra serrantia; triturabis montes, et comminues, et colles quasi pulverem pones. Ventilabis eos, et ventus tollet, et turbo disperget eos; et tu exsultabis in Domino, in Sancto Israël lætaberis.
Et toi, Israël, mon serviteur, Jacob que j’ai élu, fils d’Abraham mon ami, et dans lequel je t’ai pris des extrémités de la terre, je t’ai appelé à moi d’un pays lointain, et je t’ai dit : Tu es mon serviteur, je t’ai élu et je ne t’ai pas rejeté. Ne crains point, parce que je suis avec toi ; ne te détourne point, car je suis ton Dieu ; je t’ai fortifié, je t’ai secouru, et la droite du Juste que je t’ai envoyé t’a soutenu. Voici que tous ceux qui combattent contre toi seront confondus et rougiront de honte : ils seront comme s’ils n’étaient pas, et ils périront, ceux qui s’opposent à toi. Tu les chercheras, et tu ne les trouveras pas, ces hommes qui s’élevaient contre toi ; et ceux qui te faisaient la guerre seront comme s’ils n’avaient jamais été et disparaîtront ; car je suis le Seigneur ton Dieu qui prends ta main et te dis : Ne crains pas ; c’est moi qui te soutiens. Ne crains point, ô Jacob ! faible vermisseau, ni vous, enfants d’Israël, qui êtes morts : c’est moi qui suis venu te secourir, dit le Seigneur ; et c’est le Saint d’Israël qui est ton Rédempteur. Je te ferai semblable à un chariot tout neuf, qui foule des blés, qui a des dents de fer : tu fouleras et tu briseras les montagnes, et tu réduiras en poudre les collines. Tu les vanneras, et le vent les emportera, et la tempête les dissipera : et toi, tu tressailleras dans le Seigneur, tu te réjouiras dans le Saint d’Israël.
C’est ainsi que vous nous relevez dans notre bassesse, ô Fils éternel du Père ! c’est ainsi que vous nous rassurez contre les trop légitimes terreurs que nous causent nos péchés. « Israël, mon serviteur, nous dites-vous, Jacob que j’ai élu, fils d’Abraham mon ami, je t’ai appelé de bien loin : ne crains point, car je suis avec toi. » Mais pour être ainsi avec nous, ô Verbe divin ! de quelles hauteurs ne vous a-t-il pas fallu descendre ! Nous ne pouvions venir à vous ; un chaos immense vous séparait de nous. Bien plus, nous n’avions aucun désir de vous voir ; tant nos péchés avaient appesanti notre cœur ! et d’ailleurs, nos yeux n’auraient pu supporter votre éclat. Dans cette extrémité, vous êtes descendu en personne, et, voilé de votre humanité comme d’un nuage, vous vous êtes donné à voir à nos faibles yeux. « Qui doutera, s’écrie saint Bernard dans son premier Sermon de l’Avent, qui doutera que ce ne soit là une grande chose, qu’une si sublime Majesté ait daigné descendre de si haut dans un lieu si indigne ? Oui, certes, c’est là une grande a chose ; car c’est une miséricorde immense, une pitié excessive, une charité infinie. En effet, pourquoi vient-il ? Il vient chercher sa centième brebis qui s’était égarée. O admirable condescendance d’un Dieu ! ô dignité sublime de l’homme, objet d’une telle recherche ! Certes, si l’homme s’en glorifie, ce ne sera pas sans motif, non pas qu’il doive se considérer en cela comme s’il était quelque chose par lui-même ; mais bien parce qu’il est l’objet d’une telle estime de la part de son auteur. Toutes les richesses, toute la gloire du monde, tout ce qu’on désire dans le monde, est moins que cette gloire ; que dis-je ? n’est rien en comparaison. O Seigneur ! qu’est-ce donc que l’homme, pour que vous le traitiez avec tant de gloire, pour que vous lui attachiez ainsi votre Cœur ? » Montrez-vous donc bientôt à vos brebis, ô divin Pasteur ! Vous les connaissez, vous les avez vues du haut du ciel, vous les contemplez avec amour, du sein de Marie où vous reposez encore ; elles veulent vous connaître aussi ; elles ont hâte de considérer vos traits chéris, d’entendre votre voix, d’entrer dans les heureux pâturages que vous leur promettez.
HYMNE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Composée par saint Ambroise ; elle est au Bréviaire Ambrosien, au VI° Dimanche de l’Avent.)
Mysterium Ecclesiæ Hymnum Christo referimus, Quem genuit Puerpera Verbum Patris in Fílium. Sola in sexu femina Electa es in saeculo, Et meruísti Dominum Sancto portáre in utero. Mysterium hoc magnum est, Mariæ quod concessum est, Ut Deum per quem omnia Ex se videret progredi. Vere gratia plena es,
Et gloriosa permanes,
Quia ex te natus est Christus
C’est un mystère de l’Église, c’est une Hymne que nous chantons au Verbe du Père, dÈvenu le fils d’une Vierge.
Per quem facta sunt omnia.Rogemus ergo, PopuliDei Matrem et VirginemUt ipsa nobis impetretPacem et indulgentiam.Jesu, Tibi sit gloriaQui natus es de VirgineCum Patre et almo SpirituIn sempiterna saecula. Amen.
Seule entre toutes les femmes, vous avez été choisie dans le monde, et jugée digne de porter le Seigneur en vos saintes entrailles.
Ce mystère est grand ! A Marie seule le privilège de voir naître de son sein le Dieu qui a créé toutes choses.
Vraiment vous êtes pleine de grâce, et votre gloire demeure à jamais ; car de vous est né le Christ par qui toutes choses furent faites.
Peuples, implorons la Vierge Mère de Dieu, afin qu’elle nous obtienne à tous paix et indulgence.
Gloire à vous, Seigneur , qui êtes né de la Vierge ; gloire au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles sans fin. Amen.
PRIÈRE DU MISSEL AMBROSIEN.
(En la Messe du Ve Dimanche de l’Avent.)
Deus, qui, hominem delapsum in mortem conspiciens, Unigeniti tui Adventu redimere voluisti, praesta, quaesumus, ut, qui humili eius Incarnationem devotione fatentur, ipsius etiam Redemptoris consortia mereantur. Qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen.
O Dieu , qui ayant vu l’homme tombé dans la mort, l’avez voulu racheter par l’Avènement de votre Fils unique ; faites, nous vous en prions, que ceux qui confessent sa glorieuse Incarnation méritent d’obtenir la société éternelle de ce divin Rédempteur, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
LE MARDI DE LA QUATRIEME SEMAINE DE L’AVENT.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. XLII
Du Prophète Isaïe. CHAP. XLII.
Ecce servus meus, suscipiam eum; electus meus, complacuit sibi in illo anima mea: dedi spiritum meum super eum: judicium gentibus proferet. 2Non clamabit, neque accipiet personam, nec audietur vox ejus foris. Calamum quassatum non conteret, et linum fumigans non extinguet: in veritate educet judicium. Non erit tristis, neque turbulentus, donec ponat in terra judicium; et legem ejus insulæ exspectabunt. Hæc dicit Dominus Deus, creans cælos, et extendens eos; formans terram, et quæ germinant ex ea; dans flatum populo qui est super eam, et spiritum calcantibus eam: Ego Dominus vocavi te in justitia, et apprehendi manum tuam, et servavi te: et dedi te in fœdus populi, in lucem gentium, ut aperires oculos cæcorum, et educeres de conclusione vinctum, de domo carceris sedentes in tenebris.
Voici mon serviteur, je le soutiendrai ; mon élu dans lequel mon âme a mis toute son affection. J’ai répandu mon Esprit sur lui : il annoncera la justice aux nations. Il ne criera point ; il n’aura point acception de personne, et on n’entendra point sa voix au dehors. Il ne brisera point le roseau déjà éclaté, et il n’éteindra point la mèche qui fume encore : il rendra justice selon la vérité. Il ne sera point triste ni violent, jusqu'à ce qu’il ait établi la justice sur la terre ; et les îles attendront sa loi. Voici ce que dit le Seigneur Dieu qui a créé les cieux et qui les a étendus, qui affermit la terre et tout ce qui germe en son sein, qui donne le souffle au peuple qui l’habite, et la vie à ceux qui la foulent. Moi le Seigneur, et j’ai appelé dans la justice ; je t ai pris par la main, et je t’ai gardé ; je t’ai établi pour être l’alliance du peuple, la lumière des nations : pour que tu ouvrisses les yeux des aveugles, pour que tu tirasses de la prison celui qui était enchaîné, et de la maison de captivité ceux qui étaient assis dans les ténèbres.
Que votre arrivée en ce monde est douce et pacifique, ô Jésus ! On n’entend point votre voix retentir avec empire ; et vos mains, encore immobiles au sein maternel, n’essaient même pas de rompre le faible roseau qu’un souffle achèverait de briser. Que venez-vous donc faire dans ce premier Avènement ? Votre Père céleste nous l’apprend par le Prophète. Vous venez pour être un gage d’alliance entre le ciel et la terre. O Enfant divin ! à la fois Fils de Dieu et fils de l’homme, bénie soit votre venue au milieu des hommes ! Votre berceau sera l’Arche de notre salut ; et quand vous marcherez sur la terre, ce sera pour nous éclairer et nous délivrer de la prison des ténèbres. Il est donc bien juste que nous allions au-devant de vous, et d’autant plus que vous faites à vous seul la plus grande partie du chemin. « C’est bien le moins, dit saint Bernard dans son premier Sermon de l’Avent, quand le malade n’a pas la force de marcher au-devant de son Médecin, qu’il tâche de soulÈver la tête, et de faire quelques mouvements à sa rencontre. Il ne s’agit donc pas, ô homme ! dépasser les mers, de pénétrer les nuages, de franchir a les montagnes : non, le chemin n’est pas considérable. Va seulement jusqu’à toi-même, et tu rencontreras ton Dieu : car il est dans ta bouche, il est dans ton cœur. Va au-devant de lui jusqu’à la componction de ton cœur, jusqu’à la confession de ta bouche ; sors seulement du bourbier de ta malheureuse conscience ; car l’auteur de la pureté ne saurait la choisir pour asile dans l’état où elle est présentement. » Gloire à vous donc, ô Jésus, qui ménagez les fractures du roseau, afin qu’il puisse rÈverdir et fleurir au bord des eaux dont vous êtes la source ! gloire à vous, dont le souffle tout-puissant se modère, afin de n’étouffer pas la dernière étincelle de cette mèche qui s’éteint, mais qui, n’étant pas encore froide, peut se raviver et luire pour le festin de l’Époux.
HYMNE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Composée par saint Pierre Damien.)
Terrena cuncta jubilent Astra laudibus intonent, Virginis ante thalamum Laudes alternent dramatum
Que toute la terre soit en jubilation, que les astres retentissent de nos chants, et qu’un double chœur, au ciel et sur la terre, répète l’épithalame de la Vierge.
Haec virgo verbo gravida fit paradisi janua, Quae Deum mundo reddidit, caelum nobis aperuit
Cette Vierge que remplit le Verbe, devient la Porte du Paradis ; elle a rendu Dieu au monde, elle nous a ouvert les cieux.
Felix ista puerpera Evae lege liberrima, Quae concepit de Spiritu, emisit sine gemitu.
Heureuse Mère ! affranchie de la loi d’Ève, elle a conçu sans le secours de l’homme, enfanté sans gémissement.
Dives Mariae gremium Mundi gestavit pretium, Quo gloriamur redimi soluti jugo debiti
Sein de Marie, riche trésor ! Il a porté le prix du monde, ce prix glorieux de notre rachat, à nous qu’il a dégagés d’une dette accablante.
Quam Patris implet Filius, sanctus obumbrat Spiritus, Caelum fiunt castissima Sanctae puellae viscera.
Le Fils du Père repose en elle, l’Esprit-Saint la couvre de son ombre ; les très pures entrailles de la Vierge sont dÈvenues le ciel.
Sit tibi laus Altissime, Qui natus es de Virgine, Sit honor ineffabili Patri sanctoque Flamini. Amen.
Louange soit à vous, Très-Haut, né d’une Vierge ; ineffable honneur soit au Père et au Saint-Esprit. Amen.
PRIÈRE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN.
(In Adventu Domini, Oratio post Prophetiam.)
Opifex lucis alme, plebis visitator immeritae, qui illa prophetalium vaticiniorum oracula, quae saeculis fuerunt nuntiata, beati Johannis ore exples, opere perficis, professione peragis ; concede plebi supplici tibi sine formidine famulari ; ut per viscera misericordiae repleti scientia, veritate dirigi mereamur.
Auteur de la lumière, qui fécondez toutes choses, vous qui venez visiter un peuple indigne de cet honneur, et qui, parla bouche du bienheureux Jean, accomplissez les oracles prophétiques qui retentirent dans les siècles, en même temps que vous les exécutez par les œuvres qu’il fait paraître au désert ; accordez à votre peuple qui vous en supplie la grâce de vous servir sans crainte, afin que, par les entrailles de votre miséricorde , étant remplis de science, nous méritions d’être dirigés par la vérité.
LE MERCREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. LI
Du Prophète Isaïe. CHAP. LI
Audite me, qui sequimini quod justum est, et quæritis Dominum; attendite ad petram unde excisi estis, et ad cavernam laci de qua præcisi estis. Attendite ad Abraham, patrem vestrum, et ad Saram, quæ peperit vos: quia unum vocavi eum, et benedixi ei, et multiplicavi eum. Consolabitur ergo Dominus Sion, et consolabitur omnes ruinas ejus: et ponet desertum ejus quasi delicias, et solitudinem ejus quasi hortum Domini. Gaudium et lætitia invenietur in ea, gratiarum actio et vox laudis. Attendite ad me, popule meus, et tribus mea, me audite: quia lex a me exiet, et judicium meum in lucem populorum requiescet. Prope est justus meus, egressus est salvator meus, et brachia mea populos judicabunt; me insulæ exspectabunt, et brachium meum sustinebunt. Levate in cælum oculos vestros, et videte sub terra deorsum: quia cæli sicut fumus liquescent, et terra sicut vestimentum atteretur, et habitatores ejus sicut hæc interibunt: salus autem mea in sempiternum erit, et justitia mea non deficiet.
Écoutez-moi, vous qui suivez la justice et qui cherchez le Seigneur. Rappelez-vous la pierre de laquelle vous avez été taillés, et la carrière profonde d’où vous avez été tirés. Jetez les yeux sur Abraham votre père, et sur Sara qui vous a enfantés ; considérez que je l’ai appelé lorsqu’il était seul, et je l’ai béni, et je l’ai multiplié. Ainsi le Seigneur consolera Sion, et il consolera toutes ses ruines ; il changera son désert en un lieu de délices, et sa solitude en un jardin du Seigneur. On y trouvera la joie et l’allégresse, l’action de grâces et la voix de louange. Écoute-moi, ô mon peuple ! nation que j’ai choisie, entends ma voix : car la loi sortira de moi, et ma justice éclairera les peuples, et se reposera parmi eux. Mon Juste est proche, le Sauveur que j’envoie va paraître ; et mes bras jugeront les peuples : les îles m’attendront, et supporteront les délais de mon bras. LÈvez vos yeux au ciel, et abaissez-les vers la terre ; car le ciel se dissipera comme une fumée, et la terre s’en ira en poudre comme un vêtement usé, et ses habitants périront comme elle ; mais le Salut que je donnerai sera éternel, et ma justice ne manquera jamais.
O vous, qui êtes la Fleur des champs et le Lis des vallons, vous venez donc transformer notre terre ingrate et aride en un jardin de délices. Par notre péché, nous avions perdu Eden et toutes ses magnificences ; et voilà que cet Eden nous est rendu ; voilà que vous venez l’établir dans notre cœur. O plante céleste ! arbre de vie transplanté du ciel en terre, vous prenez d’abord racine en Marie, cette terre fidèle, et vous viendrez ensuite chercher en nous un sol reconnaissant qui vous garde et vous fasse fructifier. Préparez ce sol, divin agriculteur ! vous que la pécheresse pardonnée aperçut un jour sous la forme d’un jardinier. Vous savez combien il manque encore à nos cœurs, pour être propres à vos desseins. Remuez, arrosez cette terre, la saison est venue ; elle ne voudrait pas être stérile, ni se voir privée de posséder cette riche Fleur qui fait la gloire du ciel, et qui daigne venir cacher un moment son éclat ici-bas. O Jésus ! faites que nos âmes soient fertiles, qu’elles se couronnent de la fleur des vertus ; qu’elles-mêmes deviennent autant de fleurs ; qu’elles soient du nombre de celles qui, croissant autour de la vôtre, préparent à l’œil du Père céleste un jardin digne d’être uni à celui qu’il a planté dans l’éternité. O Fleur céleste ! vous êtes aussi la rosée, gardez-nous de la sécheresse ; vous êtes le soleil, gardez-nous de la froidure ; vous êtes l’odorant parfum, communiquez-nous votre suavité ; vous êtes la souveraine beauté, Fleur blanche et pourprée, faites que nous soyons radieux autour de vous dans l’éternité, comme la couronne que vous avez conquise.
HYMNE DE PRÉPARATION A NOËL.
(Composée par saint Ambroise, elle est aux premières Vêpres de Noël au Bréviaire Ambrosien ; et dans les anciens Bréviaires Romains-Français.)
Veni, Redemptor gentium;Ostende partum virginis;Miretur omne saeculum.Talis decet partus Deo.
Venez, Rédempteur des nations ; montrez-nous l’enfantement d’une Vierge ; que tous les siècles soient dans l’étonnement : cet enfantement sied à un Dieu.
Non ex virili semine,Sed mystico spiramineVerbum Dei tactum est caro,Fructusque ventris floruit.
Ce n’est point l’œuvre de l’homme ; c’est par le souffle mystique de l’Esprit divin que le Verbe de Dieu s’est fait chair, que le fruit des entrailles a fleuri.
Alvus tumescit virginis.Claustrum pudoris permanet;Vexilla virtutum micant,Versatur in templo Deus.
Le signe de la maternité se révèle en la Vierge ; mais le sceau de la pudeur est demeuré intact ; l’étendard de la puissance se déploie ; Dieu habite dans son temple.
Procedit e thalamo suo,Pudoris aulo regia,Geminae gigas substantiaeAlacris ut currat viam.
Il sort de son secret sanctuaire, royal palais de la pudeur ; Géant aux deux natures, il court sa voie à pas de conquête.
Egressus eius a Patre,Regressus eius ad Patrem ;Excursus usque ad inferosRecursus ad sedem Dei.
Il est sorti du Père ; il est remonté au Père ; il plonge jusqu’aux enfers, il reparaît sur son trône de Dieu.
Aequalis aeterno Patri,Carnis tropaeo accingere,Infirma nostri corporisVirtute firmans perpeti.
Fils égal à l’éternel Père, revêtez les trophées de la chair ; affermissez par votre vertu toujours vivante les défaillances de notre corps.
Praesepe iam fulget tuum,Lumenque nox spirat novum,Quod nulla nox interpoletFideque iugi luceat.
Déjà resplendit votre crèche ; dans la nuit s’exhale une lumière nouvelle, que jamais l’ombre n’obscurcira : c’est l’éternelle splendeur de la foi.
Gloria tibi, Domine,Qui natus es de virgine,Cum Patre et sancto Spiritu,In sempiterna saecula. Amen.
Gloire à vous, Seigneur, qui êtes né d’une Vierge, gloire avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles sans fin ! Amen.
PRIÈRE DU MISSEL MOZARABE.
(Au IIe Dimanche de l’Avent.)
Domine Deus omnipotens, qui pro humani generis redemptione coaeternum tibi coaequalemque Filium Angeli annuntiatione per Mariae Virginis uterum usque ad nos voluisti transmittere; da nobis hoc tempore Adventus tui Unigeniti eamdem pacis gratiam, quam in praeterita largire dignatus es saecula, et illi nos in occursum fidei socies numerandos, quos in fidei primordia a Johanne paenitentiae undis aquarum ablutos, a te postremo per Filium in Spiritu Sancto et igni cognoscimus baptizatos.
Seigneur, Dieu tout-puissant, qui, pour la Rédemption du genre humain, avez voulu, par le message d’un Ange, faire descendre jusqu’à nous dans le sein de la Vierge Marie, votre Fils, éternel comme vous et égal à vous ; accordez-nous, en ce temps de l’Avènement de ce Fils unique, la même grâce de paix que vous avez daigné octroyer aux siècles passés, et comptez-nous au nombre de ceux qui allèrent au-devant de lui par la foi, alors que cette foi commençait, et qui, lavés par Jean dans les eaux de la pénitence, furent plus tard baptisés par votre Fils dans l’Esprit-Saint et dans le feu.
LE JEUDI DE LA QUATRIEME SEMAINE DE L’AVENT.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. LXIV
Du Prophète Isaïe. CHAP. LXIV.
Utinam dirumperes cælos, et descenderes; a facie tua montes defluerent; sicut exustio ignis tabescerent, aquæ arderent igni: ut notum fieret nomen tuum inimicis tuis; a facie tua gentes turbarentur. Cum feceris mirabilia, non sustinebimus; descendisti, et a facie tua montes defluxerunt. A sæculo non audierunt, neque auribus perceperunt; oculus non vidit, Deus, absque te, quæ præparasti exspectantibus te. Occurristi lætanti, et facienti justitiam; in viis tuis recordabuntur tui. Ecce tu iratus es, et peccavimus; in ipsis fuimus semper, et salvabimur. Et facti sumus ut immundus omnes nos,et quasi pannus menstruatæ universæ justitiæ nostræ; et cecidimus quasi folium universi, et iniquitates nostræ quasi ventus abstulerunt nos. Non est qui invocet nomen tuum; qui consurgat, et teneat te. Abscondisti faciem tuam a nobis, et allisisti nos in manu iniquitatis nostræ. Et nunc, Domine, pater noster es tu, nos vero lutum; et fictor noster tu, et opera manuum tuarum omnes nos. Ne irascaris, Domine, satis, et ne ultra memineris iniquitatis nostræ; ecce, respice, populus tuus omnes nos. Civitas Sancti tui facta est deserta, Sion deserta facta est, Jerusalem desolata est. Domus sanctificationis nostræ et gloriæ nostræ, ubi laudaverunt te patres nostri, acta est in exustionem ignis, et omnia desiderabilia nostra versa sunt in ruinas.
Oh ! si vouliez ouvrir les cieux et en descendre ! les montagnes fondraient devant votre face : elles te dessécheraient comme dévorées par le feu ; les eaux seraient embrasées, et votre Nom se signalerait devant vos ennemis ; les nations trembleraient devant votre face. Lorsque vous feriez éclater vos merveilles, nous ne les pourrions soutenir. Vous êtes descendu, et les montagnes se sont écoulées devant vous. Depuis le commencement du monde, les oreilles n’ont point entendu, l’œil n’a point vu, hors vous seul, ô Dieu ! ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent. Vous êtes allé au-devant de ceux qui étaient dans la joie et qui vivaient dans la justice : ils se souviendront de vous en marchant dans vos voies. Vous vous êtes irrité, parce que nous avons péché : nous avons toujours été dans les péchés, et néanmoins nous serons sauvés. Et nous sommes tous dÈvenus comme un homme impur, et toutes nos justices sont comme le linceul le plus souillé ; et nous sommes tous tombés comme la feuille, et, comme un vent impétueux, nos iniquités nous ont enlevés et dispersés. Il n’est personne qui invoque votre Nom, qui se lève et qui se tienne attaché à vous. Vous avez caché votre face à nos regards, et vous nous avez brisés parla main de notre iniquité. Et cependant, Seigneur, vous êtes notre Père, et nous ne sommes que de l’argile ; c’est vous qui nous avez formés, et nous sommes tous l’ouvrage de vos mains. Ne vous irritez plus, Seigneur : c’est assez, et ne vous souvenez plus de notre iniquité. Jetez les yeux sur nous, et considérez que nous sommes tous votre peuple. La cité de votre Sanctuaire est dÈvenue déserte : Sion est changée en solitude, Jérusalem est désolée. La maison de notre culte et de notre gloire, où nos pères chantèrent vos louanges, est dÈvenue la proie des flammes et tout ce que nous aimions a été converti en ruines.
O dieu de nos pères ! paraissez bientôt. La cité que vous aimez est dans la désolation ! Venez relÈver Jérusalem et venger la gloire de son temple. C’est le cri du Prophète : et vous l’avez entendu, et vous êtes venu délivrer Sion de la captivité, et ouvrir pour elle une ère de gloire et de sainteté. Vous êtes venu, non détruire la loi, mais l’accomplir ; et, par votre visite, Sion transformée est maintenant l’Église votre Épouse. Mais, ô Sauveur ! ô Époux ! pourquoi avez-vous détourné votre face ? Pourquoi, cette Église qui vous est chère est-elle assise au désert, pleurant comme Jérémie sur les ruines du Sanctuaire, comme Rachel sur ses enfants, parce qu’ils ne sont plus ? Pourquoi son héritage a-t-il été livré aux nations ? Mère dÈvenue féconde par votre vertu, elle avait allaité d’innombrables enfants ; elle leur avait enseigné en votre nom les choses de la vie présente et les choses de la vie future ; et voilà que ces enfants ingrats l’ont délaissée. Chassée de pays en pays, elle s’est vue contrainte de transporter d’un lieu dans un autre le flambeau de la divine Foi ; ses Mystères ont cessé d’être célébrés dans les lieux mêmes où autrefois ils étaient l’amour des peuples ; et du haut du ciel, ô Verbe créateur de l’univers, vous apercÈvez par toute la terre des autels brisés, des temples profanés. Oh ! venez donc ranimer la Foi qui s’éteint.
Souvenez-vous de vos Apôtres et de vos Martyrs ; souvenez-vous de vos Saints qui ont fondé les Églises, qui les ont honorées par leurs vertus et leurs miracles ; souvenez-vous enfin de votre Épouse, et soutenez-la dans le pèlerinage qu’elle accomplit ici-bas, jusqu’à ce que le nombre de vos élus soit complet. Sans doute, elle aspire, cette Épouse, à vous voir à jamais dans la lumière du jour éternel ; mais le cœur de mère que vous lui avez donné ne peut se résoudre à laisser ses enfants au milieu de tant de périls, tant que l’heure n’a pas sonné, après laquelle il n’y aura plus d’Église militante, mais la seule Église triomphante, enivrée de votre présence, ô Jésus, et de vos caresses éternelles. Mais, ô Sauveur ! cette heure fatale n’est pas venue ; pendant qu’il est temps encore, abaissez les cieux, descendez, venez à nous. Retenez aux rameaux de l’arbre ces feuilles que le vent de l’iniquité en avait détachées. Qu’il pousse de nouvelles branches, cet arbre que vous aimez ; que celles qui sont tombées par leur faute, et qui étaient déjà préparées pour le feu, soient de nouveau, par votre puissance, rattachées à ce tronc maternel qui se sentit déchiré cruellement au jour de la scission. Venez pour votre Église, ô Jésus ! Elle vous est plus chère encore que ne fut l’ancienne Jérusalem.
HYMNE TIREE DE L’ANTHOLOGIE DES GRECS.
(Au XXI Décembre.)
Acervus areae uterus tuus, Dei Mater dignoscitur; spicam inexcultam, omnem sensum superantem, Verbum ferens ineffabiliter; quod in spelunca Bethlehem paries eum qui omnem creaturam divina agnitione aliturus est in charitate, et a fame lethifera humanum genus liberaturus.
Votre sein, ô Mère de Dieu ! est le monceau de froment qui, d’une manière ineffable, porte l’épi non semé, le Verbe de Dieu que vous enfanterez dans la grotte de Bethléhem ; lequel, par sa divine apparition, doit nourrir toute créature en la charité, et délivrer le genre humain d’une mortelle famine.
Innupta Virgo,, unde venis? Quis te genuit? Quae mater tua? Quomodo Creatorem fers in brachiis? Quomodo non corrupta fuisti utero! Magnas in te gratias, in terra stupenda adimpleta cernimus mysteria, o Omnisancta. Prout decet speluncam adornamus, et a coelo petimus sidus; Magi progrediuntur ab oriente orbis usque ad occidentem, Salutem visuri mortalium, tuis in brachiis sicut facem praelucentem.
O Vierge intacte, d’où venez-vous ? Qui vous a engendrée ? Quelle est votre mère ? Comment pouvez-vous porter le Créateur en vos bras ? Comment votre sein n’a-t-il éprouvé aucune souillure ? Nous voyons s’accomplir en vous de grandes grâces, de redoutables mystères , ô vous toute sainte ! Nous préparons, suivant notre devoir, la grotte de votre enfantement ; nous demandons au ciel l’étoile mystérieuse. Voici que les Mages s’avancent de la terre d’orient à l’occident, pour voir le Salut des mortels comme un flambeau lumineux dans vos bras.
Lucidum Magistri palatium, quomodo venis in exiguissimam speluncam, Regem paritura Dominum, Omnisancta, Virgo Dei sponsa.
O vous qui êtes le brillant palais du Maître, comment venez-vous dans une chétive étable, mettre au monde le Roi, le Seigneur incarné pour nous, ô Vierge toute sainte, épouse du grand Dieu !
Eva quidem per inoboedientiae nocumentum exsecrationem subintroduxit; tu autem, Virgo Dei Mater, per tuae gestationis germinationem mundo florere fecisti benedictionem; unde omnes te magnificamus.
Ève, par le péché de désobéissance, introduisit ici-bas la malédiction ; mais vous, ô Vierge Mère de Dieu ! par l’excellence de votre fécondité, vous avez fait fleurir au monde la bénédiction ; c’est pourquoi nous vous célébrons tous.
Ne contristeris, Joseph, meum intuens uterum; videbis enim qui ex me nasciturus est atque gaudebis, eumque sicut Deum adorabis, aiebat Dei Mater suo sponso, dum Christum paritura venerit. Illam commemoremus dicentes: Gaude, gratia plena, Dominus tecum, et per te nobiscum.
Ne t’attriste point, ô Joseph, en regardant mon sein ; car tu verras celui qui doit naître de moi, et tu seras dans la joie ; tu l’adoreras comme un Dieu, disait la divine Mère à son époux, comme elle allait pour enfanter le Christ. Célébrons sa douce mémoire et disons : Réjouissez-vous, ô pleine de grâces ! le Seigneur est avec vous, et par vous, avec nous.
PRIERE DU MISSEL AMBROSIEN.
(En la Messe du premier Dimanche de l’Avent.)
Deus, qui Unigenito tuo novam creaturam nos tibi esse fecisti, respice propitius in opera misericordiae tuae, et in ejus Adventu ab omnibus nos maculis vetustatis emunda. Per eumdem Christus Dominum nostrum. Amen.
O Dieu, qui, par votre Fils unique, avez fait de nous des créatures nouvelles, regardez avec bonté les œuvres de votre miséricorde, et daignez , dans l’Avènement de ce divin Fils, nous purifier de toutes nos anciennes taches. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
LE VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE L’AVENT.
Prope est jam Dominus : venite adoremus.
Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.
De Isaia Propheta Cap. LXVI
Du Prophète Isaïe. CHAP. LXVI.
Audite verbum Domini, qui tremitis ad verbum ejus. Dixerunt fratres vestri odientes vos, et abjicientes propter nomen meum: Glorificetur Dominus, et videbimus in lætitia vestra; ipsi autem confundentur. Vox populi de civitate, vox de templo, vox Domini reddentis retributionem inimicis suis. Antequam parturiret, peperit; antequam veniret partus ejus, peperit masculum. Quis audivit umquam tale? et quis vidit huic simile? numquid parturiet terra in die una, aut parietur gens simul, quia parturivit et peperit Sion filios suos? Numquid ego qui alios parere facio, ipse non pariam? dicit Dominus. Si ego, qui generationem ceteris tribuo, sterilis ero? ait Dominus Deus tuus. Lætamini cum Jerusalem et exsultate in ea, omnes qui diligitis eam; gaudete cum ea gaudio, universi qui lugetis super eam: ut sugatis et repleamini ab ubere consolationis ejus; ut mulgeatis et deliciis affluatis ab omnimoda gloria ejus. Quia hæc dicit Dominus: Ecce ego declinabo super eam quasi fluvium pacis, et quasi torrentem inundantem gloriam gentium, quam sugetis: ad ubera portabimini, et super genua blandientur vobis. Quomodo si cui mater blandiatur, ita ego consolabor vos, et in Jerusalem consolabimini. Videbitis, et gaudebit cor vestrum, et ossa vestra quasi herba germinabunt: et cognoscetur manus Domini servis ejus, et indignabitur inimicis suis. Quia ecce Dominus in igne veniet, et quasi turbo quadrigæ ejus, reddere in indignatione furorem suum et increpationem suam in flamma ignis: quia in igne Dominus dijudicabit, et in gladio suo ad omnem carnem; et multiplicabuntur interfecti a Domino.
Écoutez la parole du Seigneur, vous qui l’entendez avec tremblement. Vos frères qui vous haïssent et vous rejettent à cause de mon Nom, vous ont dit : Que le Seigneur fasse paraître sa gloire en vous, et nous le reconnaîtrons dans votre joie ; mais eux-mêmes seront couverts de confusion. Voix du peuple dans la cité ! Voix qui vient du temple ! Voix du Seigneur qui rend à ses ennemis ce qu’ils méritent ! Sion a enfanté avant d’être en travail ; elle a mis au monde un enfant mâle avant le jour de l’enfantement. Qui jamais entendit chose semblable ? Qui jamais vit rien de pareil ? La terre produit-elle son fruit en un seul jour ? Tout un peuple est-il engendré en même temps ? Et cependant Sion, dans un même instant, a été en travail, et a enfanté ses fils. Moi qui fais enfanter les autres, n’enfanterai-je point aussi moi-même, dit le Seigneur ? Moi qui donne aux autres la fécondité, demeurerai-je stérile, dit le Seigneur, ton Dieu r Réjouissez-vous avec Jérusalem, soyez dans l’allégresse avec elle, vous tous qui l’aimez : unissez votre joie à la sienne,.vous tous qui pleuriez sur elle ; et vous sucerez, et vous tirerez de ses mamelles le lait de ses consolations : vous trouverez une abondance de délices dans la gloire qui l’environne de toutes parts Car le Seigneur a parlé et a dit : Voici que j’épancherai sur elle comme un fleuve de paix ; je répandrai sur elle la gloire des nations comme un torrent qui se déborde. Vous sucerez son lait ; on vous portera à la mamelle, et on vous caressera sur les genoux , comme une mère caresse son enfant ; ainsi je vous consolerai, et vous trouverez votre consolation dans Jérusalem. Vous verrez ces choses, et votre cœur sera dans la joie, et vos os reprendront une nouvelle vigueur comme l’herbe qui repousse ; et le Seigneur fera connaître sa main à ses serviteurs, et il répandra sa colère sur ses ennemis ; car voici que le Seigneur va paraître dans les feux , et son char sera comme la tempête. Il vient répandre son indignation et sa fureur, et sa vengeance au milieu des flammes. Le Seigneur viendra environné de feux et armé de son glaive, pour juger toute chair ; et le nombre de ceux que le Seigneur tuera sera grand.
Votre présence, ô Jésus ! va donner la fécondité à celle qui était stérile, et l’étroite Sion va tout d’un coup enfanter un peuple pour qui la terre ne sera plus assez vaste. Mais la gloire de cette fécondité est toute à vous, ô Verbe divin ! Le Psalmiste l’avait annoncé. « O Jérusalem ! ô Reine ! avait-il dit, il te naîtra des enfants à la place de tes pères ; tu les établiras princes sur toute la terre : ils se souviendront de ton nom dans la succession des âges, et les peuples qui sauront qu’ils sont sortis de toi, te loueront à jamais dans les siècles des siècles. » (Psaume XLIV.) Mais, pour cela, il était nécessaire que le Seigneur descendît en personne. Lui seul a pu rendre féconde une Vierge ; lui seul pourra, avec des pierres, produire des enfants d’Abraham. « Encore un peu de temps, dit-il par un Prophète, et j’ébranlerai le ciel et la terre, et je remuerai toutes les nations. » (Aggée, II, 8.) Et par un autre : « De l’aurore au couchant, mon Nom est grand parmi les nations ; et voici « qu’en tout lieu on va offrir et sacrifier à mon Nom une victime pure. » (Malach. I, II) Bientôt donc il n’y aura plus qu’un seul Sacrifice ; car l’Agneau de ce Sacrifice va naître dans peu d’heures. Or, le sacrifice est le lien des peuples ; quand le Sacrifice sera unique, il n’y aura plus aussi qu’un seul peuple.
O Église ! qui allez nous unir tous, hâtez-vous de naître. Et puisque déjà vous êtes née pour nous, nous qui sommes nés de vous, que l’Agneau, votre Époux, épanche sur vous ce fleuve de paix annoncé par le Prophète ; qu’il répande sur vous la gloire des nations comme un torrent qui se déborde ; qu’il donne un lait abondant à vos mamelles, et que les peuples reviennent autour de cette Mère commune qui les pressera sur son cœur et les caressera sur ses genoux. O Christ ! c’est vous qui inspirez cette tendresse à notre Mère ; c’est vous qui nous consolez, qui nous illuminez par elle. Venez la visiter : venez renouveler en elle la vie, dans cette nouvelle Naissance que vous allez prendre. Donnez-lui, cette année comme toujours, la fermeté de la Foi, la Grâce des Sacrements, l’efficacité de la Prière, le Don des Miracles, la Succession Hiérarchique, la puissance du Gouvernement, la Force contre les Princes du siècle, l’amour de la Croix, la victoire contre Satan, la couronne du Martyre. Qu’elle soit belle comme votre Épouse, en cette nouvelle année qui va s’ouvrir ; qu’elle soit fidèle à votre amour, et toujours plus heureuse dans le grand œuvre que vous lui avez imposé ; car, d’année en année, approche le jour où vous viendrez pour la dernière fois, non plus dans les langes, mais sur un char de feu, briser ceux qui n’ont point aimé votre Église, ou qui l’ont méconnue, et l’enlÈver avec vous dans votre Royaume éternel.
HYMNE DE LA NAISSANCE DU CHRIST.
(Tirée du poète Prudence, VIII KAL. JANUARIAS.)
Emerge dulcis pusio,quem mater edit castitas,parens et expers coniugis, mediator et duplex genus.Ex ore quamlibet Patrissis ortus et verbo editus,tamen paterno in pectoresophia callebas prius. Quae prompta caelum condidit,caelum diemque et cetera,virtute verbi effecta sunthaec cuncta: nam verbum Deus.Sed ordinatis seculis, rerumque digesto statufundator ipse et artifexpermansit in Patris sinu,Donec rotata annaliumtransvolverentur milia, atque ipse peccantem diudignatus orbem viseret.Nam caeca vis mortaliumvenerans inanes neniasvel aera vel saxa algida, vel ligna credebat Deum.
Paraissez, doux enfant, né d’une Mère, la chasteté même, qui enfante sans alliance humaine ; paraissez, Médiateur, en votre double nature.
Haec dum sequuntur, perfidipraedonis in ius venerant,et mancipatam fumidovitam barathro inmerserant:
Bien que sorti dans le temps de la bouche du Père, et incarné à la parole de l’Ange, toutefois au sein du Père déjà vous habitiez, ô Sagesse éternelle !
Stragem sed istam non tulitChristus cadentum gentiuminpune ne forsan suiPatris periret fabrica.Mortale corpus induit, ut excitato corporemortis catenam frangerethominemque portaret Patri.Sentisne, virgo nobilis,matura per fastidiapudoris intactum decus honore partus crescere?O quanta rerum gaudiaalvus pudica continet,ex qua novellum seculumprocedit et lux aurea!
Cette Sagesse apparut en créant le ciel, la lumière et toutes choses ; par la puissance du Verbe tout a été fait ; car le Verbe est Dieu.
Mais ayant ordonné les siècles, et fixé les lois de l’univers, ce Verbe, fondateur, artisan des êtres, demeura au sein du Père ;
Tant qu’enfin, les années par milliers déroulant leurs révolutions, il daigna visiter ce globe depuis longtemps pécheur.
Car la tourbe aveugle des mortels prosternée devant d’abjectes vanités, proclamait Dieu l’airain, le bois, le marbre glacé.
Par ce culte insensé, ils étaient tombés sous le joug du tyran perfide ; et leur vie esclave s’engloutissait dans l’abîme ténébreux.
Mais le Christ ne put souffrir la chute des nations tombant sans vengeur, ni la ruine de l’œuvre de son Père.
Il revêtit un corps mortel, afin qu’en ressuscitant ce corps, il brisât les chaînes de la mort et transportât l’homme au sein du Père.
Sentez-vous, ô noble Vierge ! malgré de douloureux pressentiments, croître par un enfantement glorieux l’honneur intact de votre pudeur ?
Oh ! quelles joies pour le monde sont contenues en ce sein très pur, d’où va partir une ère nouvelle, un autre âge d’or !
PRIERE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN.
(In Adventu Domini, Contestatio.)
Vere dignum et justum est, nos tibi hic et ubique semper gratias agere, omnipotens Deus, per Christum Dominum nostrum, quem Johannes fidelis amicus praecessit nascendo, praecessit in desertis eremi praedicando, praecessit baptizando, viam quoque praeparans Judici ac Redemptori. Convocavit peccatores ad paenitentiam, et populum Salvatori adquirens baptizavit, in Jordane peccata propria confitentes: non homines innovando plenam conferens gratiam, sed piissimi Salvatoris ammonens expectare praesentiam : non remittens ipse peccata ad se venientibus, sed remissionem peccatorum ad futurum pollicens esse credentibus :ut descendentibus in aquam paenitentiae, ab illo sperarent remedium indulgentiae, quem venturum audiebant plenum dono Veritatis et Gratiae, Dominum nostrum Jesum Christum.
C’est une chose digne et juste que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, ô vous, Dieu tout-puissant, par Jésus Christ notre Seigneur, que Jean, le fidèle ami, précéda dans la naissance, précéda dans la prédication du désert, précéda dans l’administration du Baptême, préparant ainsi la voie à Celui qui est en même temps Juge et Rédempteur. Jean convoqua les pécheurs à la pénitence, et gagnant un peuple au Sauveur, il baptisa dans le Jourdain ceux qui confessaient leurs pèches. Il ne conférait pas cette grâce qui renouvelle l’homme pleinement ; il avertissait seulement d’attendre l’arrivée du Sauveur miséricordieux ; il ne remettait pas les pèches de ceux qui venaient à lui, mais il promettait cette rémission à ceux qui croiraient, et qui, descendant dans les eaux de la Pénitence, espéreraient le remède du pardon de la part de Celui qu’ils apprenaient devoir venir bientôt, tout rempli du don de la Vérité et de la Grâce, Jésus-Christ, notre Seigneur.
La Vigile de Noël se trouve ci-après, au Propre des Saints, au 24 Décembre.
L’AVENT
PROPRE DES SAINTS
Nous donnons, dans cet ouvrage, le titre de Propre des Saints à la partie qui renferme les fêtes des Saints, et généralement tout ce qui, dans l’Office du temps de l’Avent, se trouve tomber à jour fixe, comme les Grandes Antiennes, la Vigile de Noël, etc. Cette division de Propre du Temps et de Propre des Saints est adoptée par l’Église dans le Bréviaire et le Missel, et elle est familière à toutes les personnes qui fréquentent le Service divin.
Dans le Propre du Temps de l’Avent, nos lecteurs ont été à même de voir avec quel zèle la sainte Église s’occupe de la préparation à la grande fête de la Nativité du Sauveur ; dans le Propre des Saints, ils verront cette même Église employer toutes les ressources de sa religion à fêter les Amis de Dieu dont la mémoire se rencontre dans le même temps. Nos frères séparés prétendent que le culte des Saints usurpe, dans la Liturgie Catholique, une place qui ne devrait être remplie que par Dieu seul ; mais ils sont victimes d’une déplorable erreur : d’abord, en ce qu’ils ne voient pas que l’hommage rendu au Seigneur dans ses Saints tourne, en dernier ressort, à la gloire de Celui par lequel seul ils sont saints ; en second lieu, parce qu’ils ne s’aperçoivent pas qu’en outre des hommages que l’Église Catholique rend aux Saints, elle pratique envers la souveraine et incommunicable majesté de Dieu, dans le cours d’une seule semaine, plus d’actes religieux que le Protestantisme ne lui en peut offrir dans une année tout entière.
Attachons-nous donc, enfants de l’Église, au culte des Saints, et comprenons que si Dieu réclame nos hommages, il veut aussi que nous l’honorions en ceux qu’il a couronnés. Or, le premier hommage que nous puissions rendre à Dieu dans ses Saints, c’est de travailler à les connaître ; et l’un des grands malheurs du temps où nous vivons, c’est que nous ne connaissons plus assez les Saints. Le rationalisme protestant, déguisé sous le nom de Critique, a battu en brèche, durant près de deux siècles, la foi des fidèles de France, à l’endroit du culte des Saints ; et un catholique sincère a souvent lieu d’être surpris autant que choqué de l’ignorance et des préjugés qui règnent à ce sujet chez des personnes zélées d’ailleurs pour les intérêts de la foi. Néanmoins, à voir la faveur avec laquelle de nombreuses monographies consacrées à des Saints et récemment publiées ont été accueillies, on serait tenté de croire que ces préjugés sont à la veille de disparaître, et que le moment est venu où l’hagiographie, et partant l’antique piété envers les Saints, vont se ranimer chez nous.
C’est pour aider à ce mouvement régénérateur, que nous avons résolu, dans cet ouvrage, démarcher sur les traces de la sainte Église, en donnant une grande extension à tout ce qui tient à la religion envers les Saints. D’abord, il s’agissait de les faire connaître. Nous n’avons pu mieux faire, sans doute, que d’adopter pour cela la méthode de l’Église ; car elle aussi s’est occupée de faire connaître à ses enfants les héros que Dieu lui a donnés, et qui sont, avec l’incomparable Mère de Dieu et les Esprits bienheureux, l’objet de son espérance, après le Sauveur Jésus-Christ, le Roi et le Chef de tous les Saints. On doit donc savoir que la sainte Église tient un registre officiel des actions, des maximes, des vertus des Saints qui l’ont illustrée ; elle y a consigné, siècle par siècle, les merveilles que Dieu a opérées en eux et par eux, les secours qu’elle a reçus de leur protection. Cet ensemble admirable est connu sous le nom de Légendes du Bréviaire, répertoire toujours croissant, et dont les véritables littérateurs admirent la diction grave et élégante, en même temps que les enfants de l’Église y trouvent, avec bonheur, cette onction dont l’Église catholique seule a le secret. Nous n’avons pas à nous occuper ici des déclamations de certains critiques sur la valeur historique de quelques faits, en petit nombre et sans importance, qui se rencontrent dans quelques-unes de ces Légendes.
Nous publions donc dans cet ouvrage les Légendes romaines, dans l’ordre où elles se trouvent au Bréviaire, pensant donner déjà, par ce moyen, une idée de la vie des Saints et de leurs œuvres à ceux auxquels cette connaissance manquerait totalement. Quant à ceux qui seraient déjà familiarisés en quelque chose avec l’hagiographie, parla lecture qu’ils auraient faite d’un ou plusieurs des recueils de Vies des Saints dont la littérature française s’est enrichie durant un siècle et demi, nous les avertissons qu’ils pourront bien trouver plus d’une fois, dans les récits de l’Église, une appréciation des œuvres des Saints assez différente de celle qu’en ont faite les hagiographes des XVII° et XVIII° siècles, si quelquefois même elle n’y est pas tant soit peu contraire. Ils verront que, dans leur brièveté apparente, les Légendes du Bréviaire sont souvent plus complètes et plus tranchées que certaines Vies auxquelles on consacre des vingt et trente pages dans les recueils ordinaires. Quant à la doctrine exposée à l’occasion de ces mêmes Vies, et quant à leur appréciation morale, tout catholique doit savoir que la parole de l’Église est en cela garantie par l’autorité même de Dieu.
Après avoir reçu de l’Église même la connaissance des Saints, nous empruntons d’elle également la manière de les honorer. Nous insérons les prières que l’Église leur a consacrées dans l’antiquité, et celles ensuite qui leur ont été adressées dans les temps postérieurs ; ce qui donnera à notre recueil la forme d’un répertoire assez complet des monuments de la piété catholique envers les Saints, d’abord en ce qui concerne les formules universelles dans l’Église, ensuite pour celles que nous fournissent les premiers siècles et le moyen âge des Églises Latines, enfin pour les formules usitées dans les diverses Églises de l’Orient.
Pour unir dans un ensemble harmonieux toutes ces diverses parties, nous garderons la méthode que nous avons adoptée pour le Propre du Temps. Un commentaire simple et précis se continuera dans toute la longueur de l’ouvrage, et rendra raison des diverses intentions de l’Église, dans les prières et les usages que nous aurons à rapporter. Nous nous imposerons toutefois une réserve pour tout ce qui serait trop exclusivement du domaine scientifique et archéologique ; ces détails seront mieux à leur place dans un ouvrage spécial.
Pour retirer un fruit véritable de la dévotion envers les Saints, dans les diverses saisons de l’année, il est nécessaire de ne point séparer le culte qu’on leur rend de celui que, selon le mouvement de l’Année Chrétienne, nous avons à rendre aux Mystères de notre salut, qui sont la base du Propre du Temps, dans tout le cours du Cycle lui-même. Et ceci sera d’autant plus facile à pratiquer, que si nous voulons envisager avec les yeux de la foi le Calendrier Catholique, nous ne manquerons pas d’apercevoir les rapports secrets qui unissent les Fêtes des Saints avec les diverses saisons spirituelles dans lesquelles elles sont, pour ainsi dire, enchâssées. La fête d’un Saint se célèbre ordinairement au jour même de sa mort, en d’autres termes, au jour où il est entré dans la gloire. Or, ce jour a nécessairement été choisi de manière à s’harmoniser dans l’ensemble surnaturel, par cette souveraine Sagesse qui nous a révélé que pas un chÈveu ne tombe de nos têtes sans une permission divine. (LUC. XXI, 18.) Nous aurons donc à rechercher, dans toute cette Année Liturgique, les rapports que les Saints dont la fête y est célébrée présentent avec le temps auquel l’Église honore leur mémoire.
Comme l’Office de l’Église, dans l’Avent, est loin d’offrir des Fêtes des Saints pour tous les jours, nous avons cru devoir remplir les intervalles en plaçant à chaque jour, du Ier Décembre à la Vigile de Noël, des considérations sur les faits qui précèdent le divin Mystère de la Naissance de Jésus-Christ, afin d’aider la piété des fidèles par la méditation, toujours si utile, de l’histoire sacrée et des pieuses conjectures qui s’y rattachent.
Enfin, nous avons fortifié cet ensemble par l’insertion aussi à chaque jour de quelques formules liturgiques empruntées encore aux Offices ecclésiastiques du temps de l’Avent ; en sorte que, même dans cette seconde partie de notre travail, il ne reste pas, pour ainsi dire, une page qui ne demande le Messie par la voix même de la sainte Église.
30 novembre. Saint André, Apôtre
Nous plaçons saint André à la tête de ce Propre des Saints de l’Avent, parce que, bien que sa fête tombe fréquemment avant l’ouverture même de l’Avent, il arrive néanmoins de temps en temps que cette sainte carrière est déjà commencée, quand la mémoire d’un si grand Apôtre vient à être célébrée par l’Église. Cette fête est donc destinée, chaque année, à clore majestueusement le Cycle catholique qui s’éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s’ouvrir. Certes, il était juste que, dans l’Année Chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu’il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer, et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.
Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l’Apôtre de la Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la Foi; à Jean, la tendresse de l’Amour; André a reçu la mission de représenter la Croix du divin Maître. Or, c’est à l’aide de ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que l’Église se rend digne de son Époux : tout en elle retrace ce triple caractère. C’est donc pour cela qu’après les deux Apôtres que nous venons de nommer, saint André est l’objet d’une religion toute particulière dans la Liturgie universelle.
Mais lisons les gestes de l’héroïque pêcheur du lac de Génézareth, appelé à dÈvenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l’arbre de la Croix. L’Église lésa puisés dans les anciens Actes du Martyre du saint Apôtre, dressés par les prêtres de l’Église de Patras, qu’il avait fondée. L’authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les Protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des XVII° et XVIII° siècles, tant en France qu’à l’étranger. Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d’érudits catholiques, parmi lesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Églises de l’Orient et de l’Occident, qui ont inséré ces Actes dans leurs divers Offices de saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons sur saint André.
Andreas Apostolus Bethsaidae natus, qui est Galilaeae vicus, frater Petri, discipulus Joannis Baptistae, cum eum de Christo dicentem audisset: Ecce Agnus Dei; secutus Jesum, fratrem quoque suum ad eumdem perduxit: cum postea una cum fratre piscaretur in mari Galilaeae, ambo a praetereunte Christo Domino ante alios Apostolos vocati illis verbis: Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum; nullam interponentes moram, et relictis retibus secuti sunt eum. Post cujus passionem et resurrectionem, Andreas, cum in Scythiam Europae, quae ei provincia ad Christi fidem disseminandam obtigerat, venisset, deinde Epirum ac Thraciam peragrasset; doctrina et miraculis innumerabiles homines ad Christum convertit. Post Patras Achajae profectus, et in ea urbe plurimis ad veritatem evangelicam perductis, Aegeam proconsulem, praedicationi evangelicae resistentem, liberrime increpavit, quod, qui judex hominum haberi vellet, Christum Deum omnium judicem a daemonibus elusus non agnosceret.
André, Apôtre, né à Bethsaïde, bourg de Galilée, était frère de Pierre et disciple de saint Jean. Ayant entendu celui-ci dire du Christ : Voici l’Agneau de Dieu ! il suivit Jésus, et lui amena son frère. Plus tard, comme il péchait avec son frère dans la mer de Galilée, tous deux furent appelés, avant tous les autres Apôtres , par le Seigneur, qui, passant près d’eux, leur dit : Suivez-moi: je vous ferai pêcheurs d’hommes. Eux aussitôt, quittant leurs filets, le suivirent. Après la passion et la résurrection, André alla prêcher la foi chrétienne dans la province qui lui était échue, la Scythie d’Europe ; puis il parcourut l’Épire et la Thrace. et par sa prédication et ses miracles,convertit à Jésus-Christ une foule innombrable. Parvenu à Patras,ville d’Achaïe, il y fit embrasser à beaucoup de monde la vérité de l’Évangile, et ne craignit pas de reprendre généreusement le proconsul Égée, qui résistait à la prédication évangélique, lui reprochant de vouloir être le juge des hommes, pendant que les démons le jouaient jusqu’à lui faire méconnaître le Christ Dieu, Juge de tous les hommes.
Tunc Aegeas iratus, Desine, inquit, Christum jactare, cui similia verba nihil profuerunt, quominus a Judaeis crucifigeretur. Andream vero de Christo nihilominus libere praedicantem quod pro salute humani generis se crucifigendum obtulisset, impia oratione interpellat, ac demum hortatur, ut sibi consulens, diis velit immolare. Cui Andreas: Ego omnipotenti Deo, qui unus et verus est, immolo quotidie, non taurorum carnes, nec hircorum sanguinem, sed immaculatum Agnum in altari: cujus carnem posteaquam omnis populus credentium manducaverit, Agnus, qui sacrificatus est, integer persÈverat et vivus. Quam ob rem ira accensus Aegeas, jubet eum in carcerem detrudi: unde populus Andream facile liberasset, nisi ipse sedasset multitudinem, vehementius rogans, ne se ad optatissimam martyrii coronam properantem impedirent.
Égée irrité lui dit : Cesse de vanter ton Christ que de tels propos n’ont point empêché d’être crucifié par les Juifs. Et comme André néanmoins continuait de prêcher intrépidement que Jésus-Christ s’était lui-même offert à la Croix pour le salut du genre humain, Égée l’interrompt par un discours impie, et le prévient de pourvoir à son salut, en sacrifiant aux dieux. André lui dit : Pour moi, il est un Dieu tout-puissant, seul et vrai Dieu, auquel je sacrifie tous les jours, non point les chairs des taureaux, ni le sang des boucs, mais l’Agneau sans tache immolé sur l’autel ; et tout le peuple participe à sa chair, et l’Agneau qui est sacrifié demeure entier et plein de vie. C’est pourquoi Égée, outré de colère, le fait jeter en prison. Le peuple en eût aisément retiré son Apôtre, si celui-ci n’eut apaisé la multitude, en la suppliant très ardemment de ne pas l’empêcher d’arriver à la couronne du martyre.
Igitur paulo post in tribunal productum, cum Aegeas crucis extollentem mysteria, sibique suam impietatem exprobrantem diutius ferre non posset, in crucem tolli, et Christi mortem imitari jussit. Adductus Andreas ad locum martyrii, cum crucem vidisset, longe exclamare coepit: O bona crux, quae decorem ex membris Domini suscepisti, diu desiderata, sollicite amata, sine intermissione quaesita, et aliquando cupienti animo praeparata: accipe me ab hominibus, et redde me magistro meo: ut per te me recipiat, qui per te me redemit. Itaque cruci affixus est: in qua biduum vivus pendens, et Christi fidem praedicare numquam intermittens, ad eum migravit, cujus mortis similitudinem concupierat. Quae omnia presbyteri et diaconi Achajae, qui ejus passionem scripserunt, se ita ut commemorata sunt, audisse et vidisse testantur. Ejus ossa primum Constantino imperatore Constantinopolim, deinde Amalphim translata sunt. Caput, Pio secundo Pontifice, Romam allatum, in basilica sancti Petri collocatum est.
Peu après, étant amené devant le tribunal, comme il exaltait le mystère de la Croix, et reprochait encore au Proconsul son impiété, Égée exaspéré commanda qu’on le mît en croix, pour lui faire imiter la mort du Christ. C’est alors qu’arrivé au lieu de son martyre, et voyant la croix , André s’écria de loin : O bonne Croix qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur,Croix longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche, et enfin préparée à mes ardents désirs, retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon maître, afin que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté par toi. Il fut donc attaché à la croix, sur laquelle il resta deux jours, sans cesser de vivre ni de prêcher la foi de Jésus-Christ, et passa ainsi à Celui dont il avait souhaité d’imiter la mort. Les Prêtres et les Diacres d’Achaïe, qui ont écrit sa Passion, attestent qu’ils ont vu et entendu toutes ces choses ainsi qu’ils les ont racontées. Ses ossements furent transportés d’abord à Constantinople, au temps de l’empereur Constance, et ensuite à Amalfi. Son Chef, apporté à Rome sous le pontificat de Pie II, fut placé dans la Basilique de Saint-Pierre.
Entendons maintenant la voix des diverses Églises qui sont sous le ciel, célébrer tour à tour un si grand triomphe. La sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne trouve rien de plus expressif à la louange de l’Apôtre de la Croix, que de faire retentir en son honneur, tantôt les paroles du saint Évangile sur la vocation du glorieux André, tantôt les passages les plus touchants des Actes rédigés par les Prêtres de Patras, en les entremêlant aux éloges que le sujet lui inspire. Nous citerons d’abord quelques-uns des Répons de Matines.
r. Cum perambularet Dominus juxta mare Galilaeae vidit Petrum et Andream retia mittentes in mare, et vocavit eos, dicens:* Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum. v. Erant enim piscatores, et ait illis.R. Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum.
r. Comme le Seigneur marchait le long de la mer de Galilée, il vit Pierre et André qui jetaient leurs filets dans la mer, et il les appela, disant : * Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d’hommes, v. Car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit : * Venez après moi; je vous ferai pêcheurs d’hommes.
r. Mox ut vocem Domini praedicantis audivit beatus Andreas, relictis retibus, quorum usu actuque vivebat,* Aeternae vitae secutus est praemia largientem. v. Hic est qui pro amore Christi pependit in cruce, et pro lege ejus sustinuit passionem.R. Aeternae vitae secutus est praemia largientem.
r. Dès que le bienheureux André eut entendu la voix du Seigneur qui l’appelait, ayant quitté les filets dont l’usage le faisait vivre, * Il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle, v. C’est cet homme qui pour l’amour du Christ fut attaché à la croix, et qui pour sa loi endura la Passion. * Et il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle.
r. Doctor bonus, et amicus Dei Andreas ducitur ad crucem, quam a longe aspiciens dixit: Salve crux,* Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.V. Salve crux, quae in corpore Christi dedicata es: et ex membris ejus tamquam margaritis ornata.R. Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus. v. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.R. Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.
r. Docteur plein de bonté et ami de Dieu, André fut mené à la croix. La voyant de loin, il dit : Salut, ô Croix ! * Reçois le disciple de Celui qui h toi fut attaché, le Christ, mon maître, v. O Croix, salut ! toi qui as été consacrée par le corps de Jésus-Christ, et ornée de ses membres, comme d’autant de perles précieuses. * Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître.
r. Videns crucem Andreas exclamavit, dicens: O crux admirabilis, o crux desiderabilis, o crux quae per totum mundum rutilas:* Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit. v. O bona crux, quae decorem et pulchritudinem de membris Domini suscepisti. r. Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit.V. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.R. Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit
r. André, voyant la croix, s’écria: ô Croix admirable! ô Croix désirable ! ô Croix qui brilles par tout l’univers ! * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté en mourant sur toi. v. O bonne Croix, qui as reçu par les membres du Seigneur l’éclat et la beauté. * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté en mourant sur toi.
r. Oravit sanctus Andreas, dum respiceret in coelum, et voce magna clamavit et dixit: Tu es Deus meus, quem vidi: ne me patiaris ab impio judice deponi:* Quia virtutem sanctae crucis agnovi. v. Tu es magister meus Christus, quem dilexi, quem cognovi, quem confessus sum: tantummodo in ista voce exaudi me.R. Quia virtutem sanctae crucis agnovi
r. Saint André pria, en regardant le ciel, et s’écria à haute voix : Vous qui êtes mon Dieu, vous que j’ai vu de mes yeux; ne souffrez pas que je sois détaché d’ici par un juge impie : * Car j’ai ressenti la vertu de la sainte Croix, v. Vous êtes le Christ mon maître, que j’ai aimé, que j’ai connu, que j’ai confessé: exaucez seulement cette prière que je vous fais. * Car j’ai ressenti la vertu de la sainte Croix.
Les Antiennes des Vêpres forment un ensemble lyrique plein de grâce et d’onction.
ANTIENNES.
Salve crux pretiosa, * suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus
Salut, ô Croix précieuse ! reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.
Beatus Andreas * orabat, dicens: Domine Rex aeternae gloriae, suscipe me pendentem in patibulo
Le bienheureux André priait, et disait: Seigneur, Roi d’éternelle gloire, recÈvez-moi qui suis suspendu à ce gibet.
Andreas Christi famulus, * dignus Dei Apostolus, germanus Petri, et in passione socius
André, le serviteur du Christ, le digne Apôtre de Dieu, le frère de Pierre et le compagnon de son supplice.
Maximilla Christo amabilis * tulit corpus Apostoli, optimo loco cum aromatibus sepelivit.
Maximille, femme aimée du Christ, enleva le corps de l’Apôtre, et l’ensÈvelit avec des parfums en un lieu honorable.
Qui persequebantur justum, * demersisti eos Domine in inferno, et in ligno crucis dux justi fuisti.
Ceux qui persécutaient le juste, vous les avez précipités, Seigneur, dans les enfers, et vous êtes l’appui du juste sur la Croix.
L’Hymne suivante a été composée, à la louange du saint Apôtre, par le Pape saint Damase, l’ami de saint Jérôme : il y est fait allusion au nom d’André qui, entre plusieurs significations, a aussi celle de Beauté.
HYMNE.
Andrea, Christi Apostole, hoc ipso jam vocabulo signaris isto nomine, decorus idem mystice.
André, Apôtre du Christ, votre nom seul est un signe qui vous distingue, un mystique emblème de votre beauté.
Decus sacrati nominis, vitamque nomen exprimens, hoc te decorum praedicat crucis beatae gloria.
Quem Crux ad alta provehit, crux quem beata diligit, cui crux amara praeparat lucis futurae gaudia.
Vous dont le nom glorieux et sacré présageait la vie, votre nom exprime aussi la Beauté dont la Croix bienheureuse vous a noblement couronné.
In te Crucis mysterium cluit gemello stigmate, dum probra vicis per Crucem, crucisque pandis sanguinem.
Jam ,os foveto languidos, curamque nostri suscipe,
O vous que la Croix élève jusqu’aux cieux, vous que la Croix aime avec tendresse, vous à qui l’amertume de la Croix prépare les joies de la lumière future,
Quo per Crucis victoriam coeli petamus patriam. Amen.
En vous le mystère de la Croix brille doublement imprimé: vous triomphez de l’opprobre par la Croix, et vous prêchez le Sang divin qui arrosa la Croix.
Désormais donc réchauffez nos langueurs, daignez veiller sur nous, afin que, par la victoire de la Croix, nous entrions dans la patrie du ciel. Amen.
Le moyen âge consacra les deux Séquences que nous donnons ci-après à la gloire de l’Apôtre de la Croix. La première est du XI° siècle. Elle est sans mesure régulière, comme toutes les Séquences de cette époque.
SÉQUENCE
Sacrosancta hodiernae festivitatis praeconia
Elle est sainte et sacrée, la gloire de la fête qu’on célèbre en ce jour.
Digna laude universa categorizet Ecclesia.
Que toute l’Église fasse entendre un chant digne du sujet.
Mitissimi sanctorum sanctissima extollenda merita,
Qu’elle exalte les mérites très saints du Saint le plus débonnaire,
Inventoque fratre suo Barjona: Invenimus ait ovans, Messiam,
De l’Apôtre André, en qui reluit une merveilleuse grâce.
Hic accepto a Johanne Baptista quod venisset qui tolleret peccata;
Il apprend de Jean-Baptiste que celui-là était venu qui enlevait les péchés.
Mox ejus intrans habitacula, audiebat eloquia.
Bientôt il entra dans la demeure du Messie, et écouta ses paroles.
Et duxit eum ad dulcifluam Salvatoris praesentiam,
Et rencontrant son frère Barjona : Nous avons trouvé le Messie, dit-il plein de joie;
Hunc perscrutantem maria, Christi vocavit clementia.
Et il le mena à la très douce présence du Sauveur.
Artem piscandi commutans dignitate apostolica.
André parcourait les mers, quand l’appela la clémence du Christ ;
Hujus animam post clara festi Paschalis gaudia,
Pour échanger l’art de pêcheur contre la dignité de l’Apostolat.
Sancti Spiritus praeclara perlustravit potentia;
Son âme, après les joyeuses jubilations de la Pâque,
Ad praedicandum populis paenitentiam, et Dei Patris per Filium clementiam.Gratulare ergo tanto patre, Achaia;
Fut illuminée par la puissance glorieuse de l’Esprit-Saint ;
Honorata multimoda signorum frequentia.Et tu gemens plora, trux carnifex Aegea.
Pour prêcher aux peuples la pénitence et la clémence du Père, manifestée par le Fils.
Tu lues inferna et mors tenet aeterna.
Réjouis-toi d’un si noble Père, ô Achaïe !
Illustrata ejus salutari doctrina;
Éclairée par sa doctrine salutaire,
Sed Andream felicia per Crucem manent gaudia.
Illustrée par l’abondance variée de ses prodiges.
Jam Regem tuum spectas, jam in ejus conspectu, Andrea stas.Odorem suavitatis jam adspiras, quem divini amoris aroma dat.
Et toi, gémis et pleure, Égée, cruel bourreau !
Sis ergo nobis inclyta dulcedo, spirans intima coelestis vitae balsama. Amen.
A toi, l’infection infernale et l’éternelle mort.
Pour André, la Croix lui prépare des joies pleines de bonheur.
Déjà tu contemples ton Roi, André! déjà tu apparais debout devant lui.
Déjà tu aspires l’odeur des parfums qu’exhale l’arôme du divin amour.
Sois donc aussi pour nous une merveilleuse suavité, qui répande au fond des cœurs les senteurs balsamiques de la céleste vie. Amen.
La seconde Séquence, dont la rime est régulière et le mètre exact, est du pieux Adam de Saint-Victor, le plus grand poète lyrique du moyen âge.
SÉQUENCE.
Exsultemus et laetemur: et Andreae delectemur laudibus Apostoli.
Hujus fidem, dogma mores, et pro Christo tot labores, digne decet recoli.
Hic ad fidem Petrum duxit, cui primum lux illuxit, Johannis indicio.
Secus mare Galilaeae, Petri simul et Andreae sequitur electio.
Ambo prius piscatores, verbi fiunt assertores, et forma justitiae.
Tete laxant in capturam; vigilemque gerunt curam nascentis Ecclesiae.
Fide, vita, verbo, signis, doctor pius et insignis cor informat populi.
A fratre dividitur, et in partes mittitur Andrea Achaiae.
In Andreae retia currit, Dei gratia, magna pars provinciae.
Ut Aegeas comperit quid Andreas egerit, irae surgunt stimuli.
Mens secura, mens virilis, cui praesens vita vilis, viget patientia.
Blandimentis aut tormentis non enervat robur mentis judicis insania.
Crucem videns praeparari, suo gestit conformari magistro discipulus.
Mors pro morte solvitur et crucis appetitur triumphalis titulus.
In cruce vixit biduum, victurus in perpetuum: nec vult volente populo deponi de patibulo.
O Andrea gloriose, cujus preces pretiosae,cujus mortis luminosae dulcis et memoria.
Hora fere dimidia, luce perfusus nimia, cum luce, cum laetitia, pergit ad lucis atria.
Ab hac valle lacrymarum, nos ad illus lumen clarum, pie pastor animarum, tua transfer gratia. Amen.
Tressaillons et réjouissons-nous, et savourons les louanges de l’Apôtre André.
Sa foi, sa doctrine, ses mœurs, ses longs labeurs pour le Christ, il sied de les célébrer.
C’est lui qui mena Pierre à la foi, lui qui le premier vit briller la lumière, montrée par Jean-Baptiste.
Aux rives de la mer de Galilée, Pierre et André sont choisis à la fois.
Tous deux d’abord pêcheurs, deviennent les hérauts du Verbe et les modèles de la justice.
Ils jettent le filet sur le monde, et leurs soins vigilants s’étendent sur toute l’Église naissante.
Séparé de son frère, André est envoyé aux parages de l’Achaïe.
Dans les filets d’André tombe, par la grâce divine, la province presque tout entière.
Sa foi, sa vie, sa parole, ses miracles, tout en fait un Docteur de piété, un Docteur illustre pour former le cœur du peuple.
Égée apprend les œuvres d’André, et déjà s’agite sa fureur.
Âme sereine, âme virile, dédaignant la vie présente, André s’arme de la patience.
Ni les caresses, ni les tortures qu’emploie le juge insensé, n’amollissent son âme vigoureuse.
Il voit préparer la croix, il tressaille, impatient d’être un disciple semblable à son Maître.
Il paie au Christ mort pour mort ; par lui la Croix est conquise comme un trophée triomphal.
Deux jours il vit sur la croix, pour vivre à jamais. Il résiste au vœu du peuple, et ne veut point être détaché de son gibet.
Pendant une moitié d’heure, il est inondé de clarté; et dans cette auréole et cette allégresse, il monte au palais de la lumière.
O glorieux André, dont précieuse est la prière, la mort lumineuse, et suave la souvenance ;
Du fond de ce val des larmes, tendre Pasteur des âmes, élÈvez-nous par votre faveur jusqu’à cette éclatante lumière. Amen.
Les pièces que nous avons rapportées jusqu’ici appartiennent à la Liturgie Romaine, étant tirées des livres de cette Mère des Églises, ou de ceux des diverses Églises de l’Occident qui gardent la forme de ses Offices. Nous allons maintenant, à la louange de notre saint Apôtre, produire ici quelques-unes des formules que les autres Liturgies anciennes lui ont consacrées ; nous commencerons par le rite Ambrosien, auquel nous empruntons la belle préface qui suit.
PRÉFACE.
Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine Sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Adest enim nobis dies sacri votiva mysterii: qua beatus Andreas germanum se Petri Apostoli tam praedicatione Christi tui, quam confessione monstravit; et apostolicae numerum dignitatis simul passione supplevit et gloria; ut id, quod libera praedicaverat voce, nec pendens taceret in cruce: auctoremque vitae perennis tam in hac vita sequi, quam in mortis genere meruit imitari: ut cujus praecepto terrena in semetipso crucifixerat desideria, ejus exemplo ipse patibulo figeretur. Utrique igitur germani piscatores, ambo cruce elevantur ad coelum; ut, quos in hujus vitae cursu tua gratia tot vinculis pietatis constrinxerat, hos similis in regno coelorum necteret et corona: et quibus erat una causa certaminis, una retributio esset et praemii.
Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; car voici le jour consacré à ia mémoire d’un mystère auguste, le jour où le bienheureux André se fit reconnaître pour le frère de l’Apôtre Pierre, tant par son zèle à prêcher votre Christ que par son courage à le confesser, jour dans lequel il compléta l’honneur de la dignité apostolique par les souffrances unies à la gloire ; ne voulant pas taire sur la croix même ce qu’il avait prêché sur la terre d’une voix intrépide; heureux de suivre l’auteur de la vie éternelle pendant les jours de cette vie, et de l’imiter ensuite dans le genre de sa mort. Fidèle au précepte du Sauveur, il avait crucifié en lui-même les désirs terrestres : à son exemple il fut attaché à la croix. Donc, les deux frères pêcheurs sont tous deux élevés au ciel par la Croix, en sorte que ceux que votre grâce,Seigneur, avait enchaînés de tant de liens d’amour, une même couronne fût tressée pour eux et les réunît dans le royaume des cieux, et qu’après avoir livré un seul et même combat, une seule et même récompense demeurât leur partage.
La Liturgie Gallicane célébra aussi les grandeurs de saint André. Dans le petit nombre de fragments qui nous sont restés des monuments qui la composaient, aucune pièce métrique ne nous est parvenue ; mais du moins la Préface que nous donnons ici sous son titre gallican de Contestation, montre que l’Église des Gaules, du IV° au VIII° siècle, partageait l’enthousiasme des Églises Romaine et Ambrosienne pour le glorieux Apôtre de la Croix
CONTESTATION.
Dignum et justum est; aequum et justum est: pietati tuae ineffabiles gratias referre, omnipotens sempiterne Deus: et inaestimabili gaudio passionem tuorum praedicare Sanctorum, per Christum Dominum nostrum. Qui beato Andreae in prima vocatione dedit fidem; et in passione donavit victoriam. Acceperat haec utraque beatus Andreas; ideo habebat et in praedicatione constantiam, et in passione tolerantiam. Qui post iniqua verbera, post carceris septa,alligatus suspendio se purum sacrificium tibi obtulit Deo. Extendit mitissimus brachia ad coelos; amplectitur crucis vexillum; defigit in osculis ora; Agni cognoscit arcana. Denique dum ad patibulum duceretur, in cruce suspenderetur, carne patiebatur, et Spiritu loquebatur. Obliviscitur crucis tormenta; dum de cruce Christum praeconat. Quantum enim corpus ejus in ligno extendebatur; tantum in lingua ejus Christus exaltabatur. Absolvi se non patitur a cruce, ne tepescat certamen in tempore. Turba circumspicit, et lamentat: demitti a vinculo petit, quem reparatorem mentis intelligit. Laxari postulat justum, ne pereat populus hoc delicto. Interea fundit Martyr spiritum, possessurus sempiterni Judicis regnum. Pro cujus meritis concede nobis, omnipotens Deus, ut a malis omnibus tuti atque defensi, tibi Domino nostro Deo Martyrum et Principi Apostolorum, laudes semper et gratias referamus.
Il est digne et juste, équitable et raisonnable que nous rendions d’ineffables actions de grâces à votre bonté, Dieu tout-puissant et éternel, et que nous célébrions avec une joie sans égale la passion de vos Saints, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui donna au bienheureux André la foi, dès le moment de sa vocation, et plus tard lui octroya la victoire dans les souffrances. Le bienheureux André avait donc reçu ces deux faveurs; et c’est pour cela qu’il montrait la constance dans la prédication, la patience dans les supplices. Après des verges injustes, après l’étroite prison, enchaîné au gibet, il s’offrit à vous, ô Dieu ! comme une oblation pure. Plein de douceur, il étend ses bras vers le ciel, il embrasse l’étendard de la Croix, il y colle ses lèvres, il y pénètre les secrets de l’Agneau. Enfin, comme on le conduisait au supplice, comme on le suspendait à la croix, il souffrait dans la chair, mais l’Esprit parlait par sa bouche. Il oublie les douleurs de la croix, en prêchant Jésus-Christ du haut de cette croix. Plus son corps était étendu sur le bois, plus sa langue exaltait le Christ; car, suspendu au bois, il se félicitait d’être associé au Christ. Il ne souffre pas qu’on le descende de la croix, dans la crainte que l’ardeur du combat qu’il soutient ne s’attiédisse. La foule le considère et se lamente; elle veut qu’on délie les liens de celui qu’elle sait être le médecin des âmes; elle demande qu’on dégage le juste, dans la crainte que le peuple lui-même ne périsse pour un si grand forfait. Cependant, le martyr rend l’âme, et est admis en possession du royaume de l’éternel juge. Par ses mérites, accordez-nous, Dieu tout-puissant, d’être délivrés et préservés de tous les maux, et de vous rendre d’éternelles louanges et actions de grâces, à vous , notre Seigneur, Dieu des Martyrs et Prince des Apôtres.
La Liturgie Mozarabe est très abondante sur les louanges de saint André, tant au Missel qu’au Bréviaire ; nous nous bornons à lui emprunter la belle Oraison qui suit :
CAPITULE.
Christe, Dominus noster, qui beatissimum Andream, et Apostolatus gratia, et Martyrii decorasti corona; hoc illi specialiter in munere praestans, ut Crucis praedicando mysterium, ad Crucis mereretur pervenire patibulum : da nobis , ut sanctae Crucis tuae verissimi amatores effecti, abnegantes nosmetipsos tollamus crucem nostram, et sequamur te; ut passionibus tuis in hac vita communicantes, ad aeternam vitam pervenire mereamur felices.
O Christ, notre Seigneur qui avez décoré le très heureux André de la grâce de l’Apostolat et de la couronne du Martyre, lui ayant fait l’honneur d’arriver lui-même au supplice de la Croix, après avoir prêché le mystère de cette même Croix : accordez-nous de dÈvenir de très véritables amateurs de votre sainte Croix, et, nous renonçant nous-mêmes, de prendre notre croix et de vous suivre; afin que, participant en cette vie à vos souffrances, nous méritions de parvenir à la félicité de l’éternelle vie.
L’Église Grecque ne le cède à aucune de celles de l’Occident pour le zèle à célébrer les prérogatives et les mérites de saint André. Il lui est même d’autant plus cher, que Constantinople le regarde comme son Apôtre tutélaire. Il serait difficile, peut-être, de justifier par des arguments sérieux la prétention des Grecs, qui attribuent à saint André la fondation de l’Église de Byzance ; mais il est certain que Constantinople fut, pendant plusieurs siècles, enrichie du précieux dépôt de ses reliques. Elles y furent transportées en 357, par les soins de l’Empereur Constance, qui les déposa dans la Basilique des Apôtres bâtie par Constantin. Plus tard, vers le milieu du VI° siècle, Justinien en fit une nouvelle translation, toujours dans la même Église. Nous empruntons aux Menées des Grecs les belles Hymnes qui suivent; la première se chante à l’Office du Soir, et la seconde à l’Office du Matin.
AU SOLENNEL OFFICE DU SOIR.
Luci antelucanae assimilatus, quem splendorem hypostaticum Paternae gloriae dicimus , hominum genus per suam magnam misericordiam salvare cum voluisset, tune primus, gloriose, illi occurristi, illustratus interius perfectissima ejus Deitatis claritate : unde et praeco et Apostolus vocaris Christi Dei nostri ; quem deprecare salvare et illuminare animas nostras.
Quand Celui que l’on compare à l’astre avant-coureur du jour, et que nous appelons la splendeur hypostatique de la gloire du Père, voulut, par sa grande miséricorde, sauver le genre humain, tu vins le premier, ô glorieux André, te présenter à lui, illuminé dans ton âme par la pure clarté de sa très parfaite Divinité ; c’est pourquoi tu es appelé et le héraut et l’Apôtre de notre Dieu, lequel daigne prier de sauver nos âmes.
Praecurrenti voce insonans , quando omni-sanctum Verbum caro factum est, quando nobis vitam donavit, salutemque in terris evangelizavit, tune, sanctissime, istud secutus es, et teipsum primitias et sacrificium quasi primam ipsi oblationem constituisti : quem cognoscere fecisti, fratrique tuo monstrasti Deum nostrum ; hunc deprecare salvare animas nostras.
Quand Celui qu’avait proclamé la voix du Précurseur, le Verbe très saint, se fit chair et nous donna la vie ; quand il apporta la bonne nouvelle du salut à la terre, tu vins te mettre à sa suite en t’offrant toi-même comme prémices, comme sacrifice,et première oblation à Celui que tu fis ensuite connaître, et que tu désignas à ton frère comme étant notre Dieu, lequel daigne prier de sauver nos âmes.
Qui carnem e sterili florescenti induit, quando Virginalis Filius apparuit, praeceptor pietatis puritatem démonstrans, tune tu, ardentissime virtutis amator, Andrea, beatus effectus es ; ascensiones in tuo corde disponens, a gloria in gloriam sublimatus es inauditam Domini Dei nostri : quem deprecare salvare et illuminare animas nostras.
Quand Celui qui se revêtit de notre chair dans un sein infécond, et pourtant florissant ; quand le fils de la Vierge apparut, le maître de la piété, l’auteur de la pureté ; alors, très ardent amateur de la vertu, ô André ! tu fus au comble de ton bonheur ; disposant dans ton cœur de sublimes élans, tu t’élevas de la gloire à la gloire ineffable du Seigneur notre Dieu , lequel daigne prier de sauver et d’éclairer nos âmes.
Piscium piscationem derelinquens , homines carpis calamo praedicationis , mittens hamum pietatis, et extrahens e profundo erroris omnes Gentes, Andrea Apostole, Coryphaei frater, et terrée dux celeberrime, excellens et non deficiens ; tenebrosos homines illustra tua veneranda memoria.
Tu abandonnes la pêche des poissons, ô grand Apôtre, pour pêcher les hommes avec la ligne de la prédication, leur jetant l’appât de la piété, et retirant tous les peuples de l’abîme de l’erreur, ô André, Apôtre, frère du Coryphée, glorieux, excellent et puissant Prince de la terre; viens illuminer par ta douce mémoire ceux qui sont dans les ténèbres.
Primovocatus discipulus et imitator passionis tuae , assimilatus tibi. Domine, Andreas Apostolus in abysso dégentes ignorantiae' olimque errantes, hamo tuae Crucis cum abstraxisset, tibimetipsi adduxit : et ideo salvati fidèles ad te clamamus precibus illius, optime Domine , vitam nostram pacifica, et salva animas nostras.
Le premier appelé à l’Apostolat, l’imitateur de votre Passion, celui qui se rendit semblable à vous, Seigneur, c’est André, Apôtre , lequel se servant de votre Croix comme d’une ligne salutaire, retira de l’abîme de l’ignorance ceux qui v vivaient errants autrefois, et vous les amena ; c’est pourquoi, nous, fidèles qui avons été sauvés, nous crions vers vous, ô Seigneur de bonté : Pacifiez notre vie et sauvez nos âmes par son intercession !
Ignis illuminans mentes et comburens peccata, in corde interius arripiens , Apostolus Christi discipulus fulget mysticis radiis instructionum in Gentium tenebrosis cordibus. Urit autem iterum surculosas impiorum fabulas ; ignis enim Spiritus tantam habet energiam ! O mirabiliter terribile ! Cœnosa lingua, fictilis natura, corpus pulverinum , intellectualem et immaterialem praebuit Gnosim. Sed tu, o initiate rerum ineffabilium, et contemplator cœlestium, deprecare illuminari animas nostras.
L’Apôtre disciple d u Christ est un feu qui illumine les intelligences, consume les péchés et pénètre jusqu’au fond des cœurs. Il brille par les mystiques rayons de ses préceptes dans les cœurs ténébreux des Gentils. Il consume les vains rejetons des discours fabuleux des impies ; tant a d’énergie le feu de l’Esprit-Saint ! O étonnante merveille ! une langue de limon, une nature d’argile , un corps de poussière a montré à tous l’intellectuelle, l’immatérielle Gnose. Et toi, ô initié des mystères ineffables ! ô contemplateur des choses célestes ! daigne prier le Seigneur d’illuminer nos âmes.
Gaudeas,disertum cœlum, gloriam Dei passim enarrans. Primus Domino obediens ardenter effectus, ipsi immédiate adhaerens, ab ipso accensus, lumen apparuisti alterum, et degentes in tenebris, tuis illuminasti radiis, hanc Domini benignitatem imitatus : unde tuam omnisanctam perficimus laudem , et Reliquiarum thecam cum gaudio magno deosculamur, ex qua scaturit salus petentibus et magna misericordia.
Réjouis-toi, ô Ciel éloquent ! qui racontes partout la gloire de notre Dieu. Le premier tu te soumis à l’obéissance du Seigneur, tu t’attachas immédiatement à lui: et nourri de ses divins feux, tu apparus comme une seconde lumière pour éclairer de tes rayons ceux qui vivaient dans les ténèbres, imitant ainsi la bénignité du Seigneur ; c’est pourquoi nous célébrons par nos louanges ta sainte mémoire, et nous baisons avec grande joie la châsse sacrée de tes Reliques, de laquelle découle la santé et une grande miséricorde pour ceux qui t’invoquent.
Gentes nescientes Deum quasi ex abysso ignorantiae vivas carpsisti sagena tuorum oraculorum, salsaque commoves aequora sapienter , equus optimus visus Dominatoris maris, celebrande ; qui siccasti putredinem impietatis, sal honorandum , spargens sapientiam tuam : quam stupentes admirati sunt, Apostole gloriose , qui malesanam sapientiam inflati amplexi erant , ignorantes Dominum donantem mundo magnam misericordiam.
Par les filets de tes oracles, tu as retiré de l’abîme de l’ignorance les peuples qui ne connaissaient point Dieu. Tu as agité les ondes comme le coursier généreux du dominateur de la mer, ô digne de toute louange ! tu as desséché l’ordure de l’impiété, ô sel vénérable, en y semant ta sagesse, laquelle, ô glorieux Apôtre, remplit de stupeur et d’étonnement ceux qu’enflait une vaine et nuisible sagesse, et qui ignoraient le Seigneur qui donne au monde sa grande miséricorde.
A L’OFFICE DU MATIN.
Accurristi siti non vocatus, Andrea, sed voluntarie, sicut cervus ad fontem vitae. Fide innixus, de incorruptionis fontibus siti fatigatas extremas usque regiones potasti.
Cognovisti naturae leges, Andrea admirande, et comparticipem accepisti fratrem, clamans : invenimus Desideratum ; atque ei qui iter fecerat secundum carnis generationem, accersisti Spiritus cognitionem.
Verbum cum dixisset : Hic rétro mei Christum alacer secutus est cum Andréa et Cephas genitori valedicentes, et naviculae, et retibus, tamquam fidei propugnacula.
Tu es accouru, ô André! appelé non par la soif, mais de toi-même, comme le cerf, à la fontaine de vie. Appuyé sur la foi, tu as abreuvé aux sources incorruptibles les régions les plus éloignées, exténuées par la soif.
Deifica inexhaustaque potentis omnifactoris atque flammantis Spiritus virtus in te, Andréa divine , inhabitans in igneae linguae forma, ineffabilium te indicavit praeconem.
Tu as reconnu les lois de la nature, ô André l’Admirable ! et tu as admis ton frère en partage avec toi, en lui criant: Nous avons trouvé le Désiré ; et à celui qui marchait selon la voie de la chair, tu as procuré la connaissance de l’Esprit.
Non arma ad defensionem attulit carnea, et ad destructionem terribilium inimici propugnaculorum, Andréas honoratissimus ; sed ad Christum loricatus, quas captivitate redegerat Gentes, adduxit submissas.
Quand le Verbe eut dit : Suivez-moi, Céphas aussi suivit le Christ avec André ; tous deux disant adieu à leur père, à leur barque, à leurs filets, pour être les citadelles de la foi.
Tuam ineffabilem pulchritudinem Andréas videns primus, Jesu, fratrem clara voce vocavit : Petre ardenter desiderans, invenimus Messiam, qui in Lege et in Prophetis proclamatus est ; veni, verae Vitae agglutinemur.
La déifique et inépuisable vertu du puissant auteur de toutes choses et de l’Esprit sans cesse enflammé, habitant en toi, ô divin André ! sous la forme d’une langue de feu, te fit connaître comme le héraut des ineffables vérités.
Hunc pro mercede recuperasti quem desiderabas, Andréa Apostole, ligatis cum eo laborum manipulis, tuisque digne cum eo collectis : unde te hymnis glorificamus.
André, digne à jamais de tout honneur , n’apporta point des armes de chair pour sa défense et pour la destruction des remparts terribles de son ennemi ; mais, couvert de la cuirasse, il amena soumises au Christ les nations que le Christ avait déjà rachetées de la captivité.
Magistrum desiderasti, et illum insecutus es, qui illius vestigiis ad vitam ambulasti, et illius passiones, vere honorande Andréa, usque ad mortem imitatus.
André, voyant le premier votre ineffable beauté, ô Jésus ! appela son frère à haute voix : Pierre, dit-il, homme brûlant de désirs, nous avons trouvé le Messie prédit dans la Loi et les Prophètes; viens,attachons-nous à la véritable Vie.
Spiritualem vitae tranquille navigatus abyssum, Apostole, perambulasti cum vélo Spiritus, fide Christi : ideoque ad vitae portum pervenisti gaudens in cuncta saecula.
Tu as retrouvé, pour ta récompense, Celui que tu désirais, ô Apôtre André! Celui avec lequel tu as lié les gerbes de tes travaux, et tu les as dignement amassées ; c’est pourquoi nous te chantons un hymne de gloire.
Spiritali Sole in cruce occidente voluntate propria, solis jubar cum illo quaerens dissolvi et occidere in Christum, in ligno suspensus est Andréas, fax magna et fulgida Écclesiae.
Tu as désiré le Maître et tu l’as suivi, marchant à la vie sur ses traces, imitant ses souffrances jusqu’à la mort, ô André ! digne de tout honneur.
Velut discipulus omnium optimus, illius qui voluntarie affixus est Cruci, magistrum tuum usque ad mortem secutus, cum gaudio in altitudinem ascendisti Crucis, viam instruens ad cœlos, béate Apostole.
Tu as navigué tranquillement sur la mer spirituelle de la vie, ô Apôtre ! tu l’as parcourue avec la voile de l’Esprit, et la foi au Christ; c’est pourquoi tu es parvenu joyeux au port de vie pour les siècles des siècles.
Gaude nunc, Bethsaida ; in te enim floruerunt e materno fonte nimis odorifera lilia, Petrus et Andréas, universo mundo fidei praedicationis odorem ferentes gratia Christi, cujus passionibus communicaverunt.
Le Soleil spirituel s’étant couché par sa volonté sur la Croix, André, le grand et brillant flambeau de l’Église, le glorieux reflet de ce divin soleil, voulant disparaître aussi et s’éteindre dans le Christ, a été suspendu au bois.
Te Patrum civitas pastorem possidet, et divinum praesidem, et periculorum omnium liberatorem , et custodem te, Andréa sapiens ; gratanter honoravit te : sed tu deprecare incessanter pro ea, ut servetur ab omni perditione.
Comme un disciple, le plus généreux de tous, de Celui qui volontairement fut attaché à la Croix, tu as suivi ton Maître jusqu’à la mort, tu es monté avec joie sur les sommets de la Croix, nous traçant, ô bienheureux Apôtre, la route qui mène aux cieux.
Réjouis-toi présentement, Bethsaïda : en toi, en ton sein maternel ont fleuri les deux lis odorants , Pierre «André, qui ont répandu dans tout l’univers comme une suave odeur la prédication de la foi, par la grâce du Christ dont ils ont partagé la Passion.
La cité des Pères te possède comme son pasteur et son divin gouverneur, comme son libérateur dans tous les dangers et sa sentinelle vigilante, ô André, plein de sagesse ! Elle t’offre des hommages reconnaissants ; et toi, prie sans cesse pour elle, afin qu’elle soit préservée de toute calamité.
L’Église de Constantinople, si jalouse de la gloire de saint André, ne garda pas toujours le précieux dépôt de sa dépouille mortelle. Elle fut privée de ce trésor en 1210, lors de la prise de cette ville par les Croisés. Le Cardinal Pierre de Capoue, Légat Apostolique, transporta le corps du saint Apôtre dans la Cathédrale d’Amalfi, au royaume de Naples, où il repose encore, illustre par des miracles sans nombre et environné des témoignages de la vénération des peuples. On sait qu’à la même époque, les plus précieuses reliques de l’Église grecque passèrent, par un visible jugement de Dieu, entre les mains des Latins. Byzance méconnut ces redoutables avertissements, et persista dans l’orgueil de son schisme. Elle avait néanmoins conservé le Chef du saint Apôtre, sans doute parce que, dans les diverses Translations qui avaient eu lieu, il avait été réservé dans un reliquaire à part. Lors de la destruction de l’Empire Byzantin par les Turcs, la Providence disposa les événements de manière à enrichir l’Église de Rome d’une si précieuse relique. En 1462, le Chef de saint André fut donc apporté de Grèce par le célèbre Cardinal Bessarion, et le douze Avril de cette même année, Dimanche des Rameaux, l’héroïque Pape Pie II l’alla chercher en grande pompe jusqu’au Pont Milvius (Ponte Molle) et le déposa dans la Basilique de Saint-Pierre au Vatican, où il est encore aujourd’hui, près de la Confession du Prince des Apôtres. A l’aspect de ce Chef vénérable, Pie II se sentit transporté d’un enthousiasme religieux, et avant de lÈver un si glorieux fardeau pour l’introduire dans Rome, il prononça le magnifique discours que nous allons rapporter ici, comme un complément des éloges liturgiques que les diverses Églises ont prodigués à saint André :
« Vous voici donc arrivé, ô très saint et très vénérable Chef du saint Apôtre ! La fureur des Turcs vous a chassé de votre asile, et vous venez demander un refuge à votre frère le a Prince des Apôtres. Non, ce frère ne vous fera point défaut ; et par la volonté du Seigneur, on pourra dire un jour à votre gloire : O heureux exil qui trouve un pareil secours ! Cependant, vous demeurerez avec votre frère, et vous partagerez ses honneurs.
« Cette ville que vous voyez, c’est l’auguste Rome consacrée par le sang précieux de votre frère. Ce peuple qui vous entoure, c’est celui que le bienheureux Apôtre, votre frère plein de tendresse, aidé par saint Paul, le Vase d’élection, a régénéré en Jésus-Christ. Fils de votre frère, ces Romains sont vos nÈveux. Tous reconnaissent en vous le frère d’un père, un second père; tous vous vénèrent, vous honorent, vous rendent hommage et s’appuient sur votre a patronage en la présence du grand Dieu.
« O très fortuné Apôtre André ! prédicateur de la vérité, défenseur de l’auguste Trinité, de quelle joie vous nous remplissez en ce moment où nous contemplons de nos yeux votre tête sacrée et vénérable, qui mérita qu’au jour de la Pentecôte, le saint Paraclet se reposât visiblement sur elle, sous l’apparence du feu !
« O vous, Chrétiens, qui allez à Jérusalem pour honorer le Sauveur au lieu même où ses pieds se sont posés, voici le Trône de l’Esprit-Saint ! Ici s’arrêta l’Esprit du Seigneur ; ici a été vue la troisième personne de la Trinité; ici ont été des yeux qui souvent ont contemplé le Seigneur dans la chair. Cette bouche a fréquemment adressé la parole au Christ ; ces joues, il n’est pas douteux qu’elles n’aient plus d’une fois reçu les baisers de Jésus.
« O Sanctuaire ineffable ! ô charité! ô piété! ô douceur de l’âme ! ô consolation de l’esprit ! ô qui ne sentirait, en une telle présence, ses entrailles s’émouvoir? Quel cœur ne s’embraserait ? Qui ne répandrait des larmes de joie, à l’aspect des tant vénérables et précieuses reliques de l’Apôtre du Christ ? Oui, nous nous réjouissons, nous tressaillons, nous jubilons de votre arrivée, ô très divin Apôtre André ! car nous ne doutons pas que vous ne soyez ici accompagnant votre Chef mortel, et que vous ne fassiez avec lui votre entrée dans Rome.
« Sans doute, nous haïssons les Turcs, ennemis de la Religion chrétienne ; mais nous ne les haïssons pas de ce qu’ils ont été la cause de votre venue parmi nous. En effet, que pouvait-il nous arriver de plus fortuné que de contempler votre très honorable Chef, et d’être embaumes de son très-suave parfum ? Une seule chose nous attriste : c’est de ne pouvoir, à votre arrivée, vous rendre les honneurs dont vous êtes digne, ni vous recevoir comme le mérite votre excellente sainteté. Mais accueillez notre a désir, comprenez la sincérité de notre cœur, et souffrez avec bonté que nos mains indignes touchent vos ossements, et que nous, pécheurs, vous fassions cortège dans l’enceinte de la ville. Pénétrez donc dans cette sainte Cité, et soyez propice au peuple Romain. Qu’à tout le monde chrétien votre arrivée soit salutaire, votre entrée pacifique ; votre séjour au milieu de nous, heureux et fortuné. Soyez notre Avocat au ciel, et ensemble avec les bienheureux Apôtres Pierre et Paul, veillez paternellement sur tout le peuple chrétien, afin que, par votre intercession, les miséricordes de Dieu viennent sur nous; et si nos péchés, qui sont nombreux, ont provoqué son indignation, qu’elle retombe sur les Turcs impies et sur les nations barbares qui déshonorent le Seigneur Jésus-Christ. Amen. »
C’est ainsi que la gloire de saint André est venue se confondre, dans Rome, avec celle de saint Pierre. Mais l’Apôtre de la Croix, dont la fête était autrefois décorée d’une Octave dans beaucoup d’Églises, compte aussi parmi ses titres d’honneur celui d’avoir été choisi pour Patron de l’un des Royaumes de l’Occident : l’Ecosse, aux jours de l’unité Catholique, s’était placée sous sa protection. Puisse-t-il s’en souvenir du haut du ciel, et préparer le retour de cette contrée à la véritable foi !
Prions maintenant, en union avec l’Église, ce saint Apôtre dont le nom et la mémoire font la gloire de ce jour; rendons-lui honneur, et demandons-lui le secours dont nous avons besoin.
C’est vous, ô bienheureux André ! que nous rencontrons le premier dans ce chemin mystique de l’Avent où nous marchons, cherchant notre divin Sauveur Jésus-Christ ; et nous remercions Dieu de ce qu’il a bien voulu nous ménager une telle rencontre. Quand Jésus, notre Messie, se révéla au monde, vous aviez déjà prêté une oreille docile au saint Précurseur qui annonçait son approche, et vous fûtes des premiers parmi les mortels à confesser , dans le fils de Marie, le Messie promis dans la Loi et les Prophètes. Mais vous ne voulûtes pas rester seul confident d’un si merveilleux secret, et bientôt vous fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre frère, et vous l’amenâtes à Jésus.
Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le Messie, le Sauveur de nos âmes ; puisque vous l’avez trouvé, daignez donc aussi nous amener à lui. Nous mettons sous votre protection cette sainte carrière d’attente et de préparation qu’il nous reste à traverser, jusqu’au jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans le mystère de sa merveilleuse Naissance. Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir au milieu de cette nuit radieuse où il apparaîtra. Le baptême de la pénitence vous prépara à recevoir la grâce insigne de connaître le Verbe de vie ; obtenez-nous d’être vraiment pénitents et de purifier nos cœurs, durant ce saint temps, afin que nous puissions contempler de nos yeux Celui qui a dit : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu.
Vous êtes puissant pour introduire les âmes auprès du Seigneur Jésus, ô glorieux André ! puisque celui-là même que le Seigneur devait établir Chef de tout le troupeau, fut présenté par vous a ce divin Messie. Nous ne doutons pas que le Seigneur n’ait voulu, en vous appelant à lui en ce jour, assurer votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de nouveau, chaque année, Celui en lequel vous vivez à jamais, viennent vous demander la voie qui conduit à lui.
Cette voie, vous nous l’enseignez, est la voie de la fidélité, de la fidélité jusqu’à la Croix. Vous y avez marché avec courage ; et parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, vous avez aimé la Croix avec passion. Priez, ô saint Apôtre ! afin que nous comprenions cet amour de la Croix; afin que, l’ayant compris, nous le mettions en pratique. Votre frère nous dit dans son Épître : Puisque le Christ a souffert dans la chair, armez-vous, mes frères, de cette pensée. (I Petr. IV, I .) Vous, ô bienheureux André ! vous nous présentez aujourd’hui le commentaire vivant de cette maxime. Parce que votre Maître a été crucifié, vous avez voulu l’être aussi. Du haut de ce trône où vous vous êtes élevé par la Croix, priez donc, afin que la Croix soit pour nous l’expiation des péchés qui nous couvrent, l’extinction des flammes mondaines qui nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par l’amour à Celui que son amour seul y a attaché.
Mais, quelque importantes et précieuses que soient pour nous les leçons de la Croix, souvenez-vous, ô grand Apôtre ! que la Croix est la consommation, et non le principe. C’est le Dieu enfant, c’est le Dieu de la crèche qu’il nous faut d’abord connaître et goûter ; c’est l’Agneau de Dieu que vous désigna saint Jean, c’est cet Agneau que nous avons soif de contempler. Le temps présent est celui de l’Avent, et non celui de la dure Passion du Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour le jour du combat ; mais ouvrez-le en ce moment à la componction et à la tendresse. Nous plaçons sous votre patronage le grand œuvre de notre préparation à l’Avènement du Christ en nos cœurs.
Souvenez-vous aussi, bienheureux André, de la sainte Église dont vous êtes une des colonnes, et que vous avez arrosée de votre sang ; lÈvez vos mains puissantes pour elle, en présence de Celui pour lequel elle milite sans cesse. Demandez que la Croix qu’elle porte en traversant ce monde soit allégée, et priez aussi afin qu’elle aime cette Croix, et qu’elle y puise sa force et son véritable honneur. Souvenez-vous en particulier de la sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, et lui obtenez la victoire et la paix par la Croix, à cause du tendre amour qu’elle vous porte. Visitez de nouveau, dans votre Apostolat, l’Église de Constantinople, qui a perdu la vraie lumière avec l’unité, parce qu’elle n’a pas voulu rendre hommage à Pierre, votre frère, que vous avez honoré comme votre Chef, pour l’amour de votre commun Maître. Enfin, priez pour le royaume d’Écosse, qui depuis trois siècles a oublié votre douce tutelle ; obtenez que les jours de l’erreur soient abrégés, et que cette moitié de l’Île des Saints rentre bientôt, avec l’autre, sous la houlette de l’unique Pasteur.
Nous terminerons cette journée par une prière au Christ que nous attendons, célébrant son Avènement prochain par cette Hymne antique et vénérable.
HYMNE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire mozarabe dans l’Hymnaire.)
Praenuntiatrix gloriam. Tantae salutis gaudium,
Quo est redemptum saeculum, Exceptionis inclytum Abhinc ciamus canticum. Adventus hic primus fuit,
Adesse Christum januis Sanctis coronas reddere, Coelique regna pandere.
Gaudete, flores Martyrum ! Salvete, plebes gentium, Visum per astra mittite, Sperate signum gloriae.
Réjouissez-vous, fleurs des Martyrs ! Et vous, familles des nations, salut! élÈvez vos regards vers les cieux, votre espérance vers l’étoile de gloire.
Voces Prophetarum sonant,Venire Jesum nuntiant, Redemptionis praevia Qua3 nos redemit gratia.
Les voix des prophètes retentissent ; elles annoncent que Jésus vient ; c’est le prélude de la Rédemption, de la grâce qui nous a rachetés.
Hic mane nostrum promicat. Et corda laeta exaestuant, Cum vox fidelis personat
Déjà notre aurore étincelle, et tous les cœurs tressaillent d’allégresse, quand éclate la voix fidèle des hérauts de Celui qui est notre gloire.
Punire quo non saeculi Venit, sed ulcus tergere, Salvando quod perierat. At hunc secundus praemonet,
Que la joie d’une si grande délivrance, qui doit être la rédemption du monde, nous inspire le cantique solennel de la venue du Rédempteur.
Aeterna lux promittitur, Sidusque salvans promitur ; Jam nos jubar praefulgidum Ad jus vocat coelestium.
Au premier Avent, Jésus vient, non point punir le siècle de ses misères, mais le guérir en sauvant ce qui était perdu.
Te, Christe, solum quaerimus Videre sicut es Deus, Ut laeta nos haec visio Èvellat omni tartaro.
Le second Avent nous montre le Christ déjà à la porte, prêt à rendre aux saints leurs couronnes, et à ouvrir les royaumes du ciel.
Quo dum Redemptor veneris, Cum candidato Martyrum Globo adunes coelibi Nos tunc beato coetui.
L’éternelle lumière est promise , l’astre du salut rayonne ; déjà son éblouissant éclat nous convie à prendre place au ciel.
Deo Patri sit gloria, Ejusque soli Filio, Cum Spiritu Paraclito, Et nunc et in perpetuum.
C’est vous seul, ô Christ ! que nous cherchons, vous, ô Dieu ! que nous voulons voir comme vous êtes ; et cette ravissante vision nous arrachera aux terreurs de l’Enfer ;
Afin qu’au jour où vous viendrez, ô Rédempteur ! escorté des blanches légions des Martyrs, vous nous réunissiez à cette troupe pure et triomphante.
A Dieu le Père soit la gloire, et à son Fils unique, avec l’Esprit Paraclet, et maintenant et à jamais.
Premier décembre
L’Église Romaine ne célèbre en ce jour la fête particulière d’aucun Saint; elle y fait simplement l’Office de la Férie, à moins que le premier Dimanche de l’Avent ne vienne à tomber précisément aujourd’hui. Dans ce cas, on devra recourir au Propre du Temps, où se trouve tout au long l’Office de ce Dimanche.
Quatre mille ans d'attente ont précédé cet Avènement, et ils sont figurés dans les quatre Semaines qu'il nous faut traverser avant d'arriver à la glorieuse Nativité de notre Sauveur. Considérons la religieuse impatience dans laquelle ont vécu tous les Saints de l'ancienne Alliance, qui se transmirent de génération en génération une espérance dont ils ne pouvaient que saluer de loin le divin objet. Traversons par la pensée cette longue suite des témoins de la promesse : Adam et les premiers Patriarches antérieurs au déluge ; Noé, Abraham, Isaac, Jacob, et les douze Patriarches du peuple hébreu ; Moïse , Samuel, David et Salomon ; puis les Prophètes et les Machabées ; et arrivons à Jean-Baptiste et à ses disciples. Ce sont là ces aïeux sacrés desquels le livre de l’Ecclésiastique nous dit : Louons nos pères, ces hommes pleins de gloire dont nous sommes les descendants (Eccli. XLiv, i) ; et dont l'Apôtre dit aux Hébreux : Ce sont là ceux dont la foi a été éprouvée^ mais qui n'ont cependant pas reçu l’objet des promesses ; Dieu ayant réservé pour nous son don excellent, et n'ayant pas voulu qu'ils arrivassent sans nous à Objet de leurs désirs. (Hebr. xi, 39, 40.)
Rendons hommage à leur foi, glorifions-les me nos Pères véritables dans cette foi même par laquelle ils ont mérité que le Seigneur qui les a éprouvés se souvînt enfin de ses promesses ; honorons-les aussi comme les ancêtres du Messie selon la chair. Entendons leur dernier cri sur la entiche funèbre, cet appel si solennel qu’ils faisaient à Celui qui seul pouvait détruire la mort : O Seigneur, je vais attendre votre Salut ! Salutare tuum exspectabo, Domine ! C’est Jacob lui-même, à sa dernière heure, qui suspend un moment les Bénédictions prophétiques qu’il répand sur ses enfants, pour jeter vers Dieu cette exclamation: « Et ayant fini son discours, il rapprocha ses pieds sur sa couche et mourut, et il fut réuni à son peuple », dit Moïse. (Genes., XLIX, 32.)
Et tous ces saints hommes, en sortant de cette vie. allaient attendre, loin de la Lumière éternelle, Celui qui devait paraître en son temps et rouvrir la porte du ciel. Contemplons-les dans ce lieu d’attente, et rendons gloire et amour au Dieu qui nous a conduits à son admirable lumière, sans nous faire passer par ces ombres ; mais prions ardemment pour la venue du Libérateur qui enfoncera, avec sa croix, les portes de la prison, et l’illuminera des rayons de sa gloire ; et puisque, dans ce saint temps, l’Église, par notre bouche, emprunte si souvent les expressions enflammées de ces Pères du peuple Chrétien pour appeler le Messie, adressons-nous aussi à eux pour être aidés de leur intercession dans le grand œuvre de la préparation de nos cœurs à Celui qui doit venir.
Nous emprunterons pour cet effet à l’Église grecque le beau chant par lequel elle célèbre la mémoire de tous les Saints de l’ancienne Loi, au Dimanche qui précède immédiatement la fête de Noël.
HYMNE POUR LA FÊTE DES SAINTS AÏEUX,
(Tirée des Menées des Grecs.)
Avorum hodie, Fidèles, perficientes memorias, rehymnificemus Christum Redemptorem, qui illos magnificavit in omnibus gentibus, et qui incredibilia in eis per fidem operatus est : Dominum, utpote fortem et potentem ; et ex illis manifestavit virgam potentiae nobis, unicam virum nescientem et Deiparam, Mariam castam, ex qua flos prodiit, Christus germinans omnibus vitam, et salutem aeternam.
Phalangem Deo gratam divinorum Patrum celebremus , Baruch et Nathan, et Eleazarum, Josiam et David, Jephte, Samuel qui anteacta videbat, et clamabat : Benedicat omnis creatura Dominum.
Tu es qui sanctos pueros ex igné libérasti, Domine, et ex ore leonum Daniel ; qui Abraham benedixisti, et Isaac servum tuum, et filium ejus Jacob, qui dignatus es ex illorum semine nasci apud nos, ut prius lapsos salvares proavos nostros, crucifigi autem et sepeliri ; et rupisti mortis vincula, et consurgere facis omnes qui a saeculo inter mortuos erant, adorantes tuum , Christe , regnum aeternum.
Célébrons, en ce jour, ô Fidèles, la mémoire des Aïeux , chantons un nouveau cantique au Christ Rédempteur qui les a glorifiés parmi tous les peuples, et qui a opéré par leur foi d’incroyables prodiges, le Seigneur fort et puissant. Il nous a manifesté par eux le sceptre de sa puissance, la Femme unique, celle qui ne connut point d’homme. la Mère de Dieu, la chaste Marie, de laquelle est sortie la divine fleur, le Christ qui donne à tous la vie et le salut éternel.
Adam primum veneremur, manu honoratum Creatoris et omnium nostrum proavum, jam nunc habitantem in cœlestibus tabernaculis, inter sanctos electos quiescentem.
C’est vous qui avez délivré les saints Enfants de la fournaise, ô Seigneur, et Daniel de la gueule des lions ; qui avez béni Abraham, Isaac votre serviteur, et son fils Jacob; qui avez daigné naître parmi nous de leur sang pour sauver nos aïeux déchus aux premiers jours ; qui avez été crucifié, ensÈveli ; qui avez rompu les liens de la mort, et avez ressuscité tous ceux qui adoraient, ô Christ, votre règne éternel.
Abel dona proferentem mente generosa, admisit omnium Deus et Dominus;. eumque homicida olim manu peremptum, in altum recepit ad lumen, ut divinum Martyrem.
Vénérons, avant tous les autres, Adam honoré de la main de Dieu et notre premier père à tous, habitant présentement dans les célestes tabernacles, reposant parmi les saints Élus.
Canitur in mundo Seth pro suo erga Creatorem ardore : nam in irreprehensibili vita: ratione et animas dispositione illum vere sanavit ; et in regione vivorum clamât : Sanctus es, Domine.
Le Dieu et Seigneur de toutes choses a daigné accueillir Abel, qui, d’un cœur généreux, lui offrait des présents ; immolé autrefois par une main homicide, il a été reçu à la céleste lumière comme le divin Martyr.
Ore et lingua et corde Enos admirabilis cognominatus prophetice, in omnium Dominum speravit in spiritu, et optime vita in terris acta, gloriosus decessit.
Seth est chanté dans tout l’univers pour son zèle ardent envers le Créateur, qui le sauva en récompense de sa vie irréprochable et de l’admirable disposition de son âme ; et voilà qu’il s’écrie dans la région des vivants : Vous êtes Saint, ô Seigneur !
Sacris eloquiis et orationibus Henoch beatum praedicemus ; qui, cum Deo placuisset, translatus est in gloriam, visus, ut fertur, mortem superasse, sicut Dei servus fidelissimus.
Enos, que ses entretiens et son âme divine ont fait surnommer l’admirable, espéra en esprit dans le Seigneur de toutes choses, et mourut plein de gloire après une vie passée sur la terre en faisant le bien.
Laudem proferamus Deo, honorantes melodiis Noe, qui fuit justus : in omnibus enim divinis mandatis ornatus^ visus est Christo beneplacitus ; cui canamus cum fide : Gloria virtuti tuae. Domine.
Célébrons par de sacrés cantiques et de ferventes prières la bienheureuse mémoire d’Hénoch, lequel ayant plu au Seigneur, fut transporté dans la gloire, paru supérieur à la mort, ainsi qu’il est écrit ; étant de Dieu le serviteur le plus fidèle.
Videns tuam Deus nobilem indolem et mentis tuae sinceritatem, et te in omnibus, Noe, perfectum, secundi mundi ducem te signât, salvantem ex omni génère contra diluvium, sensibile semen, ut ipse mandaverat.
Rendons à Dieu nos louanges, et célébrons dans nos chants Noé qui fut juste et qui,honoré en toutes des divins commandements, fut agréable au Christ, auquel nous chanterons avec foi : Gloire à votre puissance, ô Seigneur !
Noe, Dei legem incorruptam servantem, justumque inventum in generatione sua, et qui lignea salvavit olim in arca irrationabilia genera, ordinatione omnimoda, beatum piis praedicemus hymnis.
Dieu, voyant tes : qualités, et la sincérité de ton âme, et ta grande perfection, ô Noé, te fait paraître comme le Père d’un second monde, toi qui sauvas du déluge les races des animaux divers, ainsi qu’il te l’avait commandé.
Vinum compunctionis nobis scaturire facit honorantibus te, Noe béate, memoria tua, laetificans et animas et corda undique beatificantium sincère mores tuos honestos, et divinam agendi rationem. Laudibus honoretur Sem, qui fructificare fecit paternam benedictionem, et ante Deum placidus demonstratus, et proavorum choris adscriptus, et in regione vivorum laetantissime requiescens.
Chantons par de pieux cantiques la bienheureuse mémoire de Noé, qui conserva intacte la loi de Dieu, qui fut trouvé juste en sa génération, et qui par un merveilleux arrangement sut conserver autrefois dans une arche de bois les espèces différentes des animaux privés de raison.
Videre meruit, tamquam Dei amicus, Abraham diem Creatoris sui, plenus factus laetitiae paternae : hunc ergo recto corde honorantes, beatum dicamus omnes, ut Dei fidelem servum.
Ta joyeuse mémoire, ô bienheureux Noé, répand en nous, qui t’honorons à cette heure, le vin de la componction, lequel réjouit et nos âmes et nos cœurs, pendant que nous exaltons avec sincérité l’admirable intégrité de tes mœurs et ta vie toute divine.
Vidisti, ut homini videre fas est, Trinitatem, et illam hospitatus es : unde mercedem recepisti hospitalitatis, factus immensarum gentium in fide Pater.
Honorons encore de nos louanges Sem qui fit fructifier la bénédiction paternelle; dont la douceur fut agréable à Dieu, et qui, réuni aux chœurs des aïeux, repose plein de joie en la région des vivants.
Typus Christi passionis factus es sapienter, Isaac beatissime, patris bona fide ad immolandum adducte : ideoque beatus effectus es et amicus Dei visus es fidelissimus, et cum omnibus justis sedem consecutus es.
Abraham, l’ami de Dieu, mérita de voir le jour de son Créateur, et d’être rempli comme ses pères d’une joie ; honorons-le en la sincérité de nos cœurs, disons-le tous bienheureux et fidèle serviteur de Dieu.
Visus est Jacob omnium Dei servorum fidelissimus : ideoque pugnavit cum Angelo, in mente videns Deum, et nomen mutavit, dormiensque divinam contemplatus est scalam, cui insidebat Deus, carni in bonitate sua adhaerens.
Autant qu’il est permis à un homme de la voir, tu as vu la Trinité, et lui as offert l’hospitalité ; et tu en as été pensé en dÈvenant le Père dans la foi de nations innombrables.
Patris obedientiam cum amore amplectens Joseph in puteum demissus, tamquam illius prototypus venditur qui immolatus est, et in puteum demissus est Christus ; et Aegypto frumenta distribuens monstratus est , sapiens et justus effectus, rexque concupiscentiarum verissimus.
Tu fus, par un sage conseil de Dieu, le type du Christ souffrant, ô bienheureux Isaac! conduit parla foi simple de ton père, pour être offert en sacrifice ; c’est pourquoi tu es dÈvenu bienheureux et fidèle ami de Dieu, tu as mérité de avec les justes en ses saints tabernacles.
Légitime incessantium certamini tentationum luctatus, celebratus est Job Dei servus verissimus, mitis, vir sine malitia, rectus, perfectus, irreprehensibilis , clamans : Benedictus es , Deus.
Jacob fut le plus fidèle des serviteurs de Dieu ; c’est pourquoi il lutta avec l’Ange, vit Dieu en esprit, et changea de nom ; il vit en dormant la divine échelle au haut de laquelle était assis le Dieu qui, dans sa bonté, s’est appuyé sur notre chair.
In fide Moysen Aaronque et Hor honoremus, adhuc célébrantes Josue et Levi sanctissimum , Gedeonque et Samson, et clamemus : Deus Patrum, benedictus es.
Joseph , suivant avec amour le précepte de son père, est jeté dans la citerne, et vendu comme le prototype de Celui qui a été immolé et jeté dans la citerne, le Christ. Il fut le sauveur de l’Égypte et le sage distributeur des blés; il fut juste et le vrai roi de ses passions.
Laudem melodiae Dei Prophetis feramus, célébrantes Osee, Michaeam, Sophoniam et Habacum, Zachariam, Jonam, Aggaeum et Amos, et cum Abdia , Malachia, Nahum, Isaiam, et Jeremiam, et Ezechiel , et simul Daniel, Eliam et Elisaeum.
Job a reçu de justes éloges pour la lutte qu’il soutint contre la tentation incessante à laquelle il fut soumis ; il fut de Dieu le serviteur sincère, homme doux, sans nulle malice, d’une grande droiture et perfection non pareille , et sans nul reproche : Vous êtes béni, ô mon Dieu !
Fortitudine tua Domine, virtutes operatae sunt sorores nostrae , Anna, Judith et Debbora, Olda, Jahelque, et Esther , Sara , Maria Moysis , et Rachel , et Rebecca, et Ruth, magnanimes.
Honorons en la foi Moïse, Aaron et Hor, puis Josué et Lévi le très saint, et Samson ; et disons à haute voix : Vous êtes béni, ô Dieu de nos Pères!
Venite omnes , cum fide panegyrim dicamus Patribus ante Legem : Abrahae, et eorum qui cum illo sunt festivam memoriam celebremus ; Judae tribum digne honoremus ; Juvenes in Babylone qui flammam in camino exstinxerunt, ut,Trinitatis typum, cum Daniele celebremus ; Prophetarum vaticinia tuto servantes, cum Isaia magna voce clamemus : Ecce Virgo in utero concipiet et pariet filium, Emmanuel, quod est, Nobiscum Deus.
Célébrons la phalange chère au Seigneur des divins Pères, Baruch, Nathan et Eléazar, Josias et David, Jephté et Samuel qui lisait dans le passé et s’écriait : Que toute créature bénisse le Seigneur !
Louons encore dans nos chants les Prophètes de Dieu : Osée, Michée, Sophonie, Habacuc, Zacharie, Jonas, Aggée et Amos, Abdias, Malachie, Nahum, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel, Élie et Élisée.
Elles opérèrent aussi par votre vertu, Seigneur, des prodiges de courage, nos sœurs Anne, Judith, Debbora, Olda, Jahel, Ester, Sara, Marie, sœur de Moïse, Rachel et Rébecca, et Ruth, femmes magnanimes.
Venez tous, exaltons avec foi les louanges des anciens Père, avant la loi : célébrons la mémoire d’Abraham et de tous ceux qui l’accompagnent ; honorons la tribu de Juda, et les jeunes hommes, image de la Trinité, qui, dans Babylone, éteignirent les flammes de la fournaise ; célébrons avec eux Daniel; gardons religieusement les oracles des Prophètes ; crions à haute voix avec Isaïe : Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un fils, l’Emmanuel, c’est-à-dire, le Dieu avec nous.
REPONS DE L’AVENT.
(Bréviaire romain, au Ier Dimanche de l’Avent, à Matines.)
R. Adspiciens a longe, ecce video potentiam Dei venientem et nebulam totam terram tegentem : * Ite obviam ei, et dicite : * Nuntia nobis si tu es ipse, * Qui regnaturus es in populo Israël.
V. Qui régis Israël intende, qui deducis velut ovem Joseph ; * Nuntia nobis si tu es ipse.
V. . Quique terrigenae et filii hominum, simul in unum dives et pauper, * Ite obviam ei et dicite :
V. Tollite portas, principes, vestras, et elevamini, portae aeternales. et introibit Rex gloriae, * Qui regnaturus es in populo Israël.
r. Portant au loin ma vue, je vois la puissance de Dieu qui vient, et une nuée qui couvre toute la terre : * Allez au-devant de lui, et dites : * Apprenez-nous si c’est vous-même, * Qui dÈvez régner sur le peuple d’Israël.
V/. Vous, enfants de la terre, et vous, fils des hommes ; vous tous ensemble, riches et pauvres,
* Allez au-devant de lui et dites :
V/. Vous qui gouvernez Israël, écoutez-nous ; vous qui conduisez Joseph comme une brebis ;
* Apprenez-nous si c’est vous-même.
V/. O Princes, ouvrez vos portes ; élÈvez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera :
* Celui qui doit régner sur le peuple d’Israël.
2 décembre. Sainte Bibiane, vierge et martyre
Au temps de l’Avent, l’Église célèbre entre autres la mémoire de cinq illustres Vierges. La première, sainte Bibiane, que nous fêtons aujourd’hui, est romaine ; la seconde, sainte Barbe, est l’honneur des Églises de l’Orient ; la troisième, sainte Eulalie de Mérida, est l’une des principales gloires de l’Église d’Espagne ; la quatrième, sainte Lucie, appartient à l’heureuse Sicile ; la cinquième enfin, sainte Odile, est réclamée parla France. Ces cinq Vierges prudentes ont allumé leur lampe et ont veillé, attendant l’arrivée de l’Époux ; et si grande a été leur constance et leur fidélité, que quatre d’entre elles ont versé leur sang pour l’amour de Celui qu’elles attendaient. Fortifions-nous par un si grand exemple ; et puisque, comme parle l’Apôtre, nous n’avons pas encore résisté jusqu’au sang; n’allons pas plaindre notre peine et nos fatigues durant les veilles du Seigneur, que nous poursuivons dans l’espoir de le voir bientôt : mais instruisons-nous aujourd’hui par les glorieux exemples de la chaste et courageuse Bibiane.
Bibiana, Virgo romana, nobili génère nata , Christiana fide nobilior fuit. Ejus enim pater Flavianus sub Juliano Apostata impiissimo tyranno ex praefectus, servilibusque notis compunctus, ad Aquas Taurinas deportatus, martyr occubuit. Mater Dafrosa, et filiae primum conclusae domi , ut inedia conficerentur , mox relegata mater extra Urbem capite plexa est. Mortuis autem piis parentibus, Bibiana cum sorore sua Demetria bonis omnibus spoliatur. Apronianus, Urbis Praetor, pecuniis inhians, sorores persequitur » quas humana prorsus ope destitutas, Deo mirabiliter qui dat escam esurientibus enutriente, cum vivaciores vegetioresque conspexisset, vehementer est admiratus.
Bibiane, Vierge romaine, d’une illustre naissance, fut encore plus illustre par la foi chrétienne; car, sous Julien l’Apostat, tyran très impie , Flavien , son père, qui avait été préfet, fut dégradé, marqué de la flétrissure des esclaves, et relégué aux Eaux Taurines, où il mourut martyr. Sa mère Dafrosa, condamnée d’abord à rester avec ses filles en sa demeure pour y mourir de faim, fut plus tard reléguée hors de Rome et décollée. Après la mort de ses pieux parents, Bibiane fut dépouillée de tous ses biens ; sa sœur Demetria éprouva le même sort. Apronianus, Préteur de la ville, qui convoitait leurs trésors, se mit à persécuter les deux sœurs, lesquelles ayant été enfermées dans un lieu où elles étaient dénuées de tout secours humain, furent merveilleusement nourries par le Dieu qui donne l’aliment à ceux qui ont faim, et reparurent plus fortes et plus florissantes ; ce qui étonna grandement le Préteur.
Suadet nihilominus Apronianus, ut venerentur deos Gentium ; amissas ideo opes, Imperatoris gratiam, praeclarissimas nuptias consecuturae. Si secus fecerint, minatur carceres, virgas, secures. At illae neque blanditiis, neque minis a recta fide déclinantes, paratae potius mori quam fœdari moribus ethnicorum, Praetoris impietatem constantissime detestantur. Quare Demetria ob oculos Bibianae repente corruens, obdormivit in Domino : et Bibiana Rufinae mulieri vaferrimae seducenda traditur : quae ab incunabulis edocta Christianas leges, et illibatum servare virginitatis florem, seipsa fortior, feminae superavit insidias, et Praetoris astus delusit.
Cependant il essaya de les portera honorer les dieux des Gentils, promettant de leur faire obtenir leurs richesses perdues, Il faveur de l’Empereur et de brillantes alliances ; les menaçant, si elles refusaient, de la prison, des fouets et de la hache. Ni caresses ni menaces n’ébranlèrent leur foi ; et, préférant mourir plutôt que de se souiller par les superstitions païennes, elles repoussèrent avec indignation et constance les propositions impies du Préteur. C’est pourquoi Démétria,frappée sous les yeux de Bibiane, mourut et s’endormit dans le Seigneur. Bibiane fut livrée à une femme très habile dans l’art de séduire, nommée Rufina. Mais la vierge, instruite dès l’enfance à garder la loi chrétienne, et à conserver sans tache la fleur de virginité, s’élevant au-dessus d’elle-même, triompha de cette femme artificieuse, et déjoua la perfidie du Préteur.
Nihil autem proficiente Rufina, quae praeter dolosa verba, illam quotidie verberibus affligebat, ut de sancto proposito dimoveret, spe sua frustratus Praetor , accensus ira, quod in Bibiana perdidisset operam , a lictoribus eam denudari, vinctisque manibus columnae alligari, eamque plumbatis caedi jubet, donec efflaret animam. Cujus sacrum corpus objectum canibus iduo jacuit in foro Tauri, illaesum tamen, et divinitus servatum ; quod deinde Joannes Presbyter sepelivit noctu juxta sepulcrum sororis et matris ad palatium Licinianum, ubi usque in praesens exstat ecclesia Deo sanctae Bibianae nomine dicata, quam Urbanus Octavus instauravit, sanctarum Bibianae, Demetriae et Dafrosae corporibus in ea repentis, et sub ara maxima collocatis.
Ainsi ce fut en vain que Rufina, pour ébranler son généreux propos, employa chaque jour avec les paroles caressantes la violence des coups. Trompé dans son attente, le Préteur, irrité d’être vaincu par Bibiane, commanda à ses licteurs de la dépouiller, de l’attacher à une colonne, les mains liées, et de la battre à coups de lanières plombées jusqu’à ce qu’elle expirât. Son corps sacré demeura deux jours sur la place du Taureau, abandonné aux chiens ; mais, divinement préservé, il ne reçut aucun outrage. Un prêtre nommé Jean ensÈvelit Bibiane pendant la nuit, à côté du tombeau de sa sœur et de sa mère, près du palais de Licinius, où est encore à présent une église consacrée à Dieu sous le nom de la Sainte. Urbain VIII la répara, y avant découvert les corps des saintes Bibiane, Démétria et Dafrosa, qu’il plaça sous le grand autel.
O vierge très prudente, Bibiane ! vous avez traversé sans faiblir la longue veille de cette vie; et l’huile ne manquait pas à votre lampe, quand soudain l’Époux est arrivé. Vous voici maintenant, pour l’éternité, dans le séjour des noces éternelles, où le Bien-Aimé paît au milieu des lis. Du lieu de votre repos, souvenez-vous de ceux qui vivent encore dans l’attente de ce même Époux dont les embrassements éternels vous sont réservés pour les siècles des siècles. Nous attendons la Naissance du Sauveur du monde, qui doit être la fin du péché et le commencement de la justice; nous attendons la venue de ce Sauveur dans nos âmes, afin qu’il les vivifie et qu’il se les unisse par su;; amour ; nous attendons enfin le Juge des vivants et des morts. Vierge très sage, fléchissez, par vos tendres prières, ce Sauveur, cet Époux, ce Juge; afin que sa triple visite, opérée successivement en nous, soit pour nous le principe et la consommation de cette union divine à laquelle nous devons tous aspirer. Priez aussi, Vierge très fidèle, pour l’Église de la terre qui vous a enfantée à l’Église du ciel, et qui garde si religieusement vos précieuses dépouilles Obtenez-lui cette fidélité parfaite qui la rende toujours digne de Celui qui est son Époux aussi bien que le vôtre, et qui, l’ayant enrichie de ses dons les plus magnifiques et fortifiée des promesses les plus inviolables, veut cependant qu’elle demande et que nous demandions pour elle les grâces qui doivent la conduire au terme glorieux vers lequel elle aspire.
Considérons aujourd’hui l’état de la nature dans la saison de l’année où nous sommes arrivés. La terre s’est dépouillée de sa parure accoutumée, les fleurs ont péri, les fruits ne pendent plus aux arbres, le feuillage des forêts est dispersé par les vents, la froidure saisit toute âme vivante ; on dirait que la mort est à la porte. Si du moins le soleil conservait son éclat, et traçait encore dans les airs sa course radieuse ! Mais, de jour en jour, il rétrécit sa marche. Après une longue nuit, les hommes ne l’aperçoivent que pour le voir bientôt retomber au couchant, à l’heure même où naguère ses feux brillaient encore d’un vif éclat ; et chaque jour voit s’accélérer la rapide invasion des ténèbres. Le monde est-il destiné à voir s’éteindre pour jamais son flambeau ? Le genre humain est-il condamné à finir dans la nuit ? Les païens le craignirent ;et c’est pourquoi, comptant avec terreur les jours de cette lutte effrayante de la lumière et des ténèbres, ils consacrèrent au culte du Soleil le vingt-cinquième jour de Décembre, qui lait le solstice d’hiver, jour après lequel cet astre, l’échappant des liens qui le retenaient, commence à remonter et reprend graduellement cette ligne triomphante par laquelle naguère il divisait le ciel en deux parts.
Nous chrétiens, illuminés des splendeurs de la foi, nous ne nous arrêterons point à ces terreurs humaines: nous cherchons un Soleil auprès duquel le soleil visible n’est que ténèbres. Avec lui, nous pourrions défier toutes les ombres matérielles; sans lui, la lumière que nous croirions avoir ne peut que nous égarer et nous perdre. O Jésus! lumière véritable qui éclairez tout homme venant en ce monde, vous avez choisi, pour naître au milieu de nous, l’instant où le soleil visible est près de s’éteindre, afin de nous faire comprendre, par cette figure si frappante, l’état où nous étions réduits quand vous vîntes nous sauver en nous éclairant. « La lumière du jour baissait, dit saint Bernard dans son premier Sermon de l’Avent; le Soleil de justice avait presque disparu ; sur la terre, à peine restait-il une faible lueur et une chaleur mourante. Car la lumière de la divine connaissance était presque éteinte ; et par l’abondance de l’iniquité, la ferveur de la charité s’était refroidie. L’Ange n’apparaissait plus ; le Prophète ne se faisait plus entendre. L’un et l’autre étaient comme découragés par la dureté et l’obstination des hommes ; mais, dit le Fils de Dieu, c’est alors que j’ai dit : Me voici, 0 Christ ! ô Soleil de justice ! donnez-nous de bien sentir ce qu’est le monde sans vous ; ce que sont nos intelligences sans votre lumière, nos cœurs sans votre divine chaleur. Ouvrez les yeux de notre foi ; et pendant que ceux de notre corps seront témoins de la décroissance journalière de la lumière visible, nous songerons aux ténèbres de l’âme que vous seul pouvez éclairer. Alors notre cri, du fond de l’abîme, s’élèvera vers vous qui dÈvez paraître au jour marqué, et dissiper les ombres les plus épaisses, par votre victorieuse splendeur.
PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, le Mercredi de la IIe Semaine de l’Avent, Capitula.)
DOMINE Jesu Christe, qui assumpto homine, hominum susceptor effectus, in lucem gentium datus es ; aperi oculos cordium in te credentium populorum, atque abstrahe misericors de conclusione religatos adhuc vinculis diffidentiae : et quos in domo carceris detineri conspicis in tenebris ignorantiae , tuae , quaesumus, scientiae irradies splendore.
Seigneur Jésus-Christ, qui, ayant pris la nature humaine et étant dÈvenu le Sauveur des hommes, avez été donné pour être la lumière des nations, ouvrez les yeux du cœur des peuples qui croient en vous ; dans votre miséricorde, tirez de la prison ceux que retiennent encore les liens de la défiance, et daignez illuminer par la splendeur de votre connaissance ceux que vous voyez encore retenus dans les ténèbres de la captivité.
3 décembre. Saint François-Xavier, confesseur, apôtre des Indes
Les Apôtres ayant été les hérauts de l’Avènement du Christ, il convenait que le temps de l’Avent ne fût pas privé de la commémoration de quelqu’un d’entre eux. La divine Providence y a pourvu ; car parler de saint André, dont la fête est souvent déjà passée quand s’ouvre la carrière de l’Avent, saint Thomas se rencontre infailliblement chaque année aux approches de Noël. Nous dirons plus loin pourquoi il a obtenu ce poste de préférence aux autres Apôtres ; ici nous voulons seulement insister sur la convenance qui semblait exiger que le Collège Apostolique fournit au moins un de ses membres pour annoncer, dans cette partie du Cycle catholique, la venue du Rédempteur. Mais Dieu n’a pas voulu que le premier apostolat fût le seul qui parût en tète du Calendrier liturgique; grande est aussi, quoique inférieure, la gloire de ce second Apostolat par lequel l’Epouse de Jésus-Christ multiplie ci ses enfants, dans sa vieillesse féconde, comme parle le Psalmiste. (Psalm. XCI, 15.) Il est encore présentement des Gentils à évangéliser ; la venue du Messie est loin d’avoir été annoncée à tous les peuples ; mais, entre les vaillants messagers du Verbe divin qui, dans ces derniers siècles, ont l’ait éclater leur voix au milieu des nations infidèles, il n’en est point qui ait brillé d’une plus vive splendeur, qui ait opéré plus de prodiges, qui se suit montré plus semblable aux premiers Apôtres, que le récent Apôtre des Indes, saint François Xavier.
Et certes, la vie et l’apostolat de cet homme merveilleux furent l’objet d’un grand triomphe pour notre Mère la sainte Église catholique au temps où ils éclatèrent. L’hérésie, soutenue en toutes manières par la fausse science, par la politique, par la cupidité et toutes les mauvaises passions du cœur de l’homme, semblait toucher au moment de la victoire. Dans son audacieux langage, elle ne parlait plus qu’avec un profond mépris de cette antique Église appuyée sur les promesses de Jésus-Christ ; elle la dénonçait aux nations, et osait l’appeler la prostituée de Babylone, comme si les vices des enfants pouvaient obscurcir la pureté de leur mère. Dieu se montra enfin, et soudain le sol de l’Église apparut couvert des plus admirables fruits de sainteté. Les héros et les héroïnes se multiplièrent du sein même de cette stérilité qui n’était qu’apparente, et tandis que les prétendus réformateurs se montraient les plus vicieux des hommes, l’Italie et l’Espagne à elles seules brillèrent d’un éclat incomparable par les chefs-d’œuvre de sainteté qui se produisirent dans leur sein.
Aujourd’hui c’est François Xavier ; mais plus d’une fois sur le Cycle nous verrons briller les nobles compagnons, les illustres compagnes, que la grâce divine lui suscita : en sorte que le XVI° siècle n’eut rien à envier aux siècles les plus favorisés des merveilles de la sainteté. Certes, ils ne l’inquiétaient pas beaucoup du salut des infidèles, ces soi-disant réformateurs qui ne songeaient qu’à anéantir le vrai Christianisme sous les ruines de ses temples ; et c’était à ce moment même qu’une société d’apôtres s’offrait au Pontife romain pour aller planter la foi chez les peuples les plus enfoncés dans les ombres de la mort. Mais, de tous ces apôtres, ainsi que nous venons de le dire, nul n’a réalisé le type primitif au même degré que le disciple d’Ignace. Rien ne lui a manqué, ni la vaste étendue des pays sillonnés par son zèle, ni les centaines de milliers d’infidèles qu’il baptisa de son bras infatigable, ni les prodiges de toute sorte qui le montrèrent aux infidèles comme marqué du sceau qu’avaient reçu ceux dont la sainte Liturgie nous dit : « Ce sont ceux-ci qui, vivant encore dans la chair, ont été les planteurs de l’Église. » L’Orient a donc vu, au XVI° siècle, un Apôtre venu de Rome toujours sainte, et dont le caractère et les œuvres rappelaient l’éclat dont brillèrent ceux que Jésus avait envoyés lui-même. Gloire soit donc au divin Époux qui a vengé l’honneur de son Épouse, en suscitant François Xavier, et en nous donnant en lui une idée de ce que furent, au sein du monde païen, les hommes qu’il avait chargés de la promulgation de son Évangile.
Lisons maintenant le détail abrégé des œuvres du nouvel apôtre dans le récit de la sainte Église.
Franciscus in Xaverio diœcesis Pampelonensis nobilibus parentibus natus, Parisiis sancto Ignatio sese comitem et discipulum junxit. Ipso magistro, eo brevi dÈvenit, ut in rerum divinarum contemplatione defixus a terra aliquando sublimis elevaretur : quod illi sacrificanti coram populi multitudine aliquoties Èvenit. Has animi delicias magnis sui corporis cruciatibus merebatur. Nam, interdicto sibi,non carnis solum et vini,sed panis quoque triticei usu, vilibus cibis vesci solitus, per biduum subinde triduumque omni
François, né à Xavier au diocèse de Pampelune, de parents nobles, se fit à Paris le compagnon et le disciple de saint Ignace. Sous un tel maître, il en vint bientôt à une contemplation si sublime des choses divines, que plus d’une fois on le vit élevé au-dessus de terre ; ce qui lui arriva à diverses reprises, en présence d’une multitude de peuple, pendant qu’il célébrait le saint Sacrifice. Il obtenait ces délices de l’âme par de grandes macérations de son corps ; car il s’interdisait non seulement l’usage de la chair et du vin, mais jusqu’au pain de froment, ne vivant que des plus vils aliments, et passant deux ou trois jours sans rien prendre. Il se flagellait si rudement avec des disciplines armées de fer, que souvent le sang coulait avec abondance ; il ne prenait qu’un sommeil très court, et encore sur la terre nue.
prorsus alimento abstinuit. Ferreis in se flagellis ita saeviit, ut saepe copioso cruore difflueret : somnum brevissimum humi jacens capiebat.
L’austérité et la sainteté de sa vie l’avaient rendu mûr pour les travaux apostoliques , quand Jean III, roi de Portugal, ayant demandé à Paul III, pour les Indes, quelques membres de la Société naissante, le Pape, par l’avis de saint Ignace, choisit François pour ce grand emploi, et lui donna les pouvoirs de Nonce Apostolique. A peine fut-il arrivé, qu’il apparut tout d’un coup miraculeusement initié aux langues très difficiles et très variées de ces diverses nations. Il arriva même quelquefois que, prêchant en une seule langue devant des nations différentes, chacune l’entendait parler la sienne. Il parcourut, toujours à pied, et souvent sans chaussure , d’innombrables provinces. Il introduisit la foi au Japon et dans six autres contrées. Il convertit dans les Indes plusieurs centaines de milliers de personnes. Il purifia dans le saint baptême de grands princes et nombre de rois. Et pendant qu’il faisait pour Dieu de si grandes choses, telle était son humilité , qu’il n’écrivait qu’à genoux à saint Ignace, son Général.
Vitae austeritate ac sanctitate Apostolico muneri jam maturus, cum Joannes Tertius Lusitaniae rex aliquot nascentis Societatis viros a Paulo Tertio pro Indiis postulasset, sancti Ignatii hortatu ab eodem Pontifice ad tantum opus cum Apostolici Nuncii potestate deligitur. Eo appulsus, illico variarum gentium difficillimis et variis linguis divinitus instructus apparuit. Quin eum quandoque unico idiomate ad diversas gentes concionantem, unaquaeque sua lingua loquentem audivit. Provincias innumeras pedibus semper et saepe nudis peragravit. Fidem Japoniae et sex aliis regionibus invexit. Multa centena hominum millia ad Christum in Indiis convertit : magnosque Principes, Regesque complures sacro fonte expiavit. Et cum tam magna pro Deo ageret, ea erat humilitate, ut sancto Ignatio tunc Praeposito suo, flexis genibus scriberet.
Dieu fortifia cette ardeur qu’il avait de propager l’Évangile, par de grands et nombreux miracles. François rendit la vue à un aveugle. Par un signe de croix il changea en eau douce de l’eau de mer, autant qu’il en fallut pour subvenir longtemps à un équipage de cinq cents hommes qui mouraient de soif. Cette eau, portée depuis en diverses contrées, guérit subitement un grand nombre de malades. Il ressuscita plusieurs morts, dont un, enterré de la veille, fut tiré de sa fosse; et deux autres qu’il prit par la main pendant qu’on les portait en terre, furent rendus vivants à leurs parents. Inspiré diverses fois pur l’esprit de prophétie, il révéla plusieurs événements éloignés de temps et de lieu. Enfin il mourut dans l’île de Sancian, le second jour de décembre, plein de mérites et épuisé de travaux. Son corps, ensÈveli à deux fois dans de la chaux vive, s’y conserva pendant plusieurs mois sans corruption; il en sortit même du sang et une odeur suave. Transporté à Malaca, son arrivée arrêta sur-le-champ une peste très violente. Enfin de nouveaux et très grands miracles ayant éclaté dans toutes les parties du monde par l’intercession de François, Grégoire XV le mit au rang des Saints.
Hunc dilatandi Evangelii ardorem multitudine et excellentia miraculorum Dominus roboravit. Caeco visum reddidit. Tantum marinas aquae signo crucis, convertit in dulcem, quantum quingentis vectoribus, qui siti adigebantur ad mortem, diu suffecit. Qua in varias quoque regiones asportata, aegri plurimi subito curati sunt. Plures mortuos revocavit ad vitam, inter quos pridie sepultum erui jussum e tumulo suscitavit, duosque alios dum efferebantur, apprehensa eorum manu, parentibus e feretro vivos restituit. Prophetiae spiritu passim afflatus, plurima et loco et tempore remotissima enuntiavit. Demum in Sanciano Sinarum insula, die secunda decembris obiit plenus meritis laboribusque confectus. Demortui cadaver viva calce per multos menses bis obrutum, sed penitus incorruptum, odore et sanguine manavit, et ubi Malacam delatum est, pestem saevissimam confestim exstinxit. Denique ubique terrarum novis maximisque fulgentem miraculis, Gregorius Decimus quintus Sanctis adscripsit.
Glorieux apôtre de Jésus-Christ qui avez illuminé de sa lumière les nations assises dans les ombres de la mort, nous nous adressons à vous, nous Chrétiens indignes, afin que par cette charité qui vous porta à tout sacrifier pour évangéliser les nations, vous daigniez préparer nos cœurs à recevoir la visite du Sauveur que notre foi attend et que notre amour désire. Vous fûtes le père des nations infidèles ; soyez le protecteur du peuple des croyants, dans les jours où nous sommes. Avant d’avoir encore contemplé de vos yeux le Seigneur Jésus, vous le fîtes connaître à des peuples innombrables; maintenant que vous le voyez face à face, obtenez que nous le puissions voir, quand il va paraître, avec la foi simple et ardente de ces Mages de l’Orient, prémices glorieuses des nations que vous êtes allé initier à l’admirable lumière. (I Petr. II, 9.)
Souvenez-vous aussi, grand apôtre, de ces mêmes nations que vous avez évangélisées, et chez lesquelles la parole de vie, par un terrible jugement de Dieu, a cessé d’être féconde. Priez pour le vaste empire de la Chine que votre regard saluait en mourant, et auquel il ne fut pas donné d’entendre votre parole. Priez pour le Japon, plantation chérie que le sanglier dont parle le Psalmiste a si horriblement dévastée. Obtenez que le sang des Martyrs, qui y fut répandu comme l’eau, fertilise enfin cette terre. Bénissez aussi, ô Xavier, toutes les Missions que notre Mère la sainte Église a entreprises, dans les contrées où la Croix ne triomphe pas encore. Que les cœurs des infidèles s’ouvrent à la lumineuse simplicité de la foi ; que la semence fructifie au centuple ; que le nombre des nouveaux apôtres, vos successeurs, aille toujours croissant ; que leur zèle et leur charité ne défaillent jamais : que leurs sueurs deviennent fécondes, que la couronne de leur martyre soit non seulement la récompense, mais le complément et la dernière victoire de leur apostolat. Souvenez-vous, devant le Seigneur, des innombrables membres de celle association par laquelle Jésus-Christ est annoncé dans toute la terre, et qui s’est placée sous voire patronage. Enfin priez d’un cœur filial pour la sainte Compagnie dont vous êtes la gloire et l’espérance. Qu’elle fleurisse de plus en plus sous le vent de la tribulation qui ne lui manqua jamais; qu’elle se multiplie, afin que par elle soient multipliés les enfants de Dieu ; qu’elle ait toujours au service du peuple chrétien de nombreux Apôtres et de vigilants Docteurs ; qu’elle ne porte pas en vain le nom de Jésus.
Considérons l’état misérable du genre humain, au moment où le Christ va paraître. La décroissance des vérités sur la terre est terriblement exprimée par la décadence de la lumière matérielle en ces jours. Les traditions antiques vont de toutes pans s’éteignant ; le Dieu créateur de toutes es est méconnu dans l’œuvre même de ses mains; tout est dÈvenu Dieu, excepté le Dieu qui a tout fait. Ce hideux Panthéisme dévore la morale publique et privée. Tous les droits, hors celui du plus fort, sont oubliés ; la volupté, la cupidité, le larcin siègent sur les autels et reçoivent l’encens. La famille est anéantie par le divorce et l’infanticide ; l’espèce humaine est dégradée en masse par l’esclavage ; les nations même périssent par les guerres d’extermination. Le genre humain n’en peut plus ; et si la main qui l’a créé ne lui est de nouveau appliquée, il doit infailliblement succomber dans une dissolution honteuse et sanglante. Les justes qu’il contient encore, et qui luttent contre le torrent et la dégradation universelle, ne le sauveront pas ; car ils sont méconnus des hommes, et leurs mérites ne sauraient, aux yeux de Dieu, pallier l’horrible lèpre qui dévore la terre. Plus criminelle encore qu’aux jours du déluge, toute chair a corrompu sa voie ; néanmoins, une seconde extermination ne servirait qu’à manifester la justice de Dieu ; il est temps qu’un déluge miséricordieux s’épanche sur la terre, et que celui qui a fait le genre humain descende pour le guérir. Paraissez donc, ô Fils éternel de Dieu ! Venez ranimer ce cadavre, guérir tant de plaies, laver tant de souillures, rendre surabondante la Grâce, là où le péché abonde ; et quand vous aurez converti le monde à votre sainte loi, c’est alors que vous aurez montré à tous les futurs que c’est vous-même, ô Verbe du Père, qui êtes venu : car si un Dieu a pu seul créer le monde, il n’y avait non plus que la toute-puissance d’un Dieu qui pût, en l’arrachant à Satan et au péché, le rendre à la justice et à la sainteté.
RÉPONS DE L’AVENT.
(Bréviaire Romain, IVe Dimanche de l’Avent.)
R. Intuemini quantus sit iste, qui ingreditur ad salvandas gentes: ipse est Rex justitiae, * Cujus generatio non habet finem.
r. Voyez combien est grand Celui qui vient pour sauver les nations. C’est lui qui est le Roi de justice ; * Et sa génération est éternelle.
V. Praecursor pro nobis ingreditur, secundum ordinem Melchisedech Pontifex factus in aeternum ; * Cujus generatio non habet finem.
v. Il marche devant nous pour notre salut, ayant été établi Pontife éternel selon l’ordre de Melchisedech; Et sa génération est éternelle.
4 décembre. Saint Pierre Chrysologue, évêque et Docteur de l’Église
La même Providence divine qui n’a pas permis que l’Église, au saint temps de l’Avent, fût privée de la consolation de fêter quelques-uns des Apôtres qui ont annoncé la venue du Verbe aux Gentils, a voulu aussi qu’à la même époque, les saints Docteurs qui ont défendu la vraie Foi contre les hérétiques, fussent pareillement représentés dans cette importante fraction du Cycle catholique. Deux d’entre eux, saint Ambroise et saint Pierre Chrysologue, resplendissent au ciel de la sainte Église, en cette saison, comme deux astres éclatants. Il est digne de remarque que tous deux ont été les vengeurs du Fils de Dieu que nous attendons. Le premier a vaillamment combattu les Ariens, dont le dogme impie voudrait faire du Christ, objet de nos espérances, une créature et non un Dieu ; le second s’est opposé à Eutychés, dont le système sacrilège détruit toute la gloire de l’Incarnation du Fils de Dieu, osant enseigner que, dans ce mystère, la nature humaine a été absorbée par la divinité.
C’est ce second Docteur, le pieux Pontife de Ravenne, que nous honorons aujourd’hui. Son éloquence pastorale lui acquit une haute réputation, et il nous est resté un grand nombre de ses Sermons. On y recueille une foule de traits de la plus exquise beauté, bien qu’on y sente quelquefois la décadence de la littérature au V° siècle. Le mystère de l’Incarnation y est souvent traité, et toujours avec une précision et un enthousiasme qui révèlent la science et la piété du saint évêque. Son admiration et son amour envers Marie Mère de Dieu qui avait, en ce siècle, triomphé de ses ennemis par le décret du concile d’Éphèse, lui inspirent les plus beaux mouvements et les plus heureuses pensées. Nous citerons quelques lignes sur l’Annonciation :
« A la Vierge Dieu envoie un messager ailé. C’est lui qui sera le porteur de la grâce ; il présentera les arrhes et en recevra le retour. C’est a lui qui rapportera la foi donnée, et qui, après avoir conféré la récompense à une si haute vertu, remontera en hâte porteur de la promesse virginale. L’ardent messager s’élance d’un vol rapide vers la Vierge ; il vient suspendre les droits de l’union humaine ; sans enlÈver la Vierge à Joseph, il la restitue au Christ à qui elle fut fiancée dès l’instant même où elle était créée [. On voit que saint Pierre Chrysologue proclame ici le mystère de la Conception immaculée. Si Marie était engagée au Fils de Dieu dès le moment même de sa création, comment le péché originel eût-il eu action sur elle ?]. C’est donc son épouse que le Christ reprend, et non celle d’un autre ; ce n’est pas une séparation qu’il opère, c’est lui qui se donne à sa créature en s’incarnant en elle.
« Mais écoutons ce que le récit nous raconte de l’Ange. Étant entré près d’elle, il lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous. De telles paroles annoncent déjà le don céleste ; elles n’expriment pas un salut ordinaire. Salut ! c’est-à-dire : recÈvez la grâce, ne tremblez pas, ne songez pas à la nature. Pleine de grâce, c’est-à-dire : en d’autres réside la grâce, mais en vous résidera la plénitude de la grâce. Le Seigneur est avec vous : qu’est-ce à dire ? sinon que le Seigneur n’entend pas seulement vous visiter, mais qu’il descend en vous, pour naître de vous par un mystère tout nouveau. L’Ange ajoute : Vous êtes bénie entre toutes les femmes : pourquoi ? parce que celles dont Ève la maudite déchirait les entrailles, ont maintenant Marie la bénie qui se réjouit en elles, qui les honore , qui devient leur type. Ève, par la nature, n’était plus que la mère des mourants ; Marie devient, par la grâce, la mère des vivants [Sermon CXI.]. »
Dans le discours suivant, le saint Docteur nous enseigne avec quelle profonde vénération nous devons contempler Marie en ces jours où Dieu réside encore en elle. Quand il s’agit, dit-il, de l’appartement intime du roi, de quel mystère, de quelle révérence, de quels profonds égards ce lieu n’est-il pas entouré? L’accès en est interdit à tout étranger, à tout immonde, à tout infidèle. Les usages des cours disent assez combien doivent être dignes et fidèles les services que l’on y rend ; l’homme vil, l’homme » indigne seraient-ils soufferts à se rencontrer seulement aux portes du palais ? Lors donc qu’il s’agit du sanctuaire secret de l’Époux divin, qui pourrait être admis, s’il n’est intime, si sa conscience n’est pure, si sa renommée n’est honorable, si sa vie n’est vertueuse ? Dans cet asile sacré, où un Dieu possède la Vierge, la virginité sans tache a seule le droit de pénétrer. Vois donc, ô homme, ce que tu as, ce que tu peux valoir, et demande-toi si tu pourrais sonder le mystère de l’Incarnation du Seigneur, si tu as mérité d’approcher de l’auguste asile où repose encore en ce moment la majesté tout entière du Roi suprême, de la Divinité en personne. »
Mais il nous faut étudier l’éloquent Docteur dans le récit que la sainte Église nous fait de ses œuvres saintes.
PETRUS, qui ob auream ejus eloquentiam Chrysologi cognomen adeptus est, Fore Cornelii in Aemilia honestis parentibus natus, a prima aetate animum ad religionem adjiciens, Cornelio Romano, tunc ejusdem urbis Corneliensis Episcopo, operam dédit: a quo etiam scientia et vitae sanctitate cum brevi profecisset, Diaconus creatus est. Postmodum contigit, ut Ravennates ob mortem Archipraesulis sui, alium ut moris erat ab eis electum, Romam ad sanctum Sixtum Papam Tertium pro confirmatione miserint una cum Legatis suis, et cum praedicto Gornelio, qui eumdem levitam secum perduxit Intérim sanctus Petrus Apostolus, et Martyr
Pierre, surnommé Chrysologue, pour l’or de son éloquence, naquit à Forum Cornelii, dans l’Émilie, de parents honnêtes. Dès l’enfance, tournant son esprit vers la religion,il s’attacha à l’Évêque de cette ville, Cornelius, romain, qui le forma rapidement à la science et à la sainteté de la vie, et l’ordonna Diacre. Peu après, l’ArchÉvêque de Ravenne étant mort, comme les habitants de cette ville envoyèrent, selon l’usage, à Rome, le successeur qu’ils avaient élu solliciter du saint Pape Sixte III la confirmation de cette élection, Cornelius se joignit aux députés de Ravenne, et emmena avec lui son diacre. Cependant l’Apôtre saint Pierre et le Martyr saint Apollinaire apparurent en songe au Pontife romain, ayant au milieu d’eux un jeune lévite, et lui ordonnant de ne pas placer un autre que lui sur le siège archiépiscopal de Ravenne. Le Pontife n’eut pas plus tôt vu Pierre, qu’il reconnut en lui l’élu du Seigneur. Rejetant donc celui qu’on lui présentait, il promut, l’an de Jésus-Christ 433, le jeune lévite au gouvernement de cette Église métropolitaine. Les députés de Ravenne, offensés d’abord, ayant appris la vision, se soumirent sans peine à la volonté divine et acceptèrent avec le plus grand respect le nouvel ArchÉvêque.
Apollinaris, Summo Pontifici in somnis apparuerunt, mediumque habentes hunc iuvenem jusserunt, ut illum et non alium, in Archiepiscopum Ravennae crearet. Hinc Pontifex, mox ut vidit Petrum, cognovit eum a Domino Deo praeelectum : propterea rejecto illo quem ipsi offerebant, hunc solum anno Christi quadringentesimo trigesimo tertio, illi Metropolitanae praefecit Ecclesiae. Quod cum legati Ravennatenses aegre ferrent, audita visione divinae voluntate libenter acquiescentes, novum Archiepiscopum maxima cum rÈverentia susceperunt.
Ainsi consacré ArchÉvêque contre son gré, Pierre fut conduit à Ravenne. où l’empereur Valentinien, Galla Placidia sa mère, et tout le peuple, l’accueillirent avec les plus grandes réjouissances. Pour lui, il déclara qu’ayant consenti à porter un si lourd fardeau pour leur salut, il n’exigeait d’eux, en compensation, qu’une seule chose, qui était de les voir obéir à ses avis avec zèle, et ne pas résister aux préceptes du Seigneur. Il ensÈvelit, après les avoir embaumés des parfums les plus excellents, les corps de deux saints morts en cette ville, le prêtre Barbatien, et aussi Germain, évêque d’Auxerre, dont il retint comme héritage la cuculle et le cilice. Il ordonna Évêques Projectus et Marcellin. Il fit creuser à Classe une fontaine d’une merveilleuse grandeur, et il bâtit quelques églises magnifiques au bienheureux Apôtre André et à d’autres saints. On célébrait, aux calendes de janvier, des jeux, accompagna de représentations théâtrales et de danses; il les abolit par la force de ses exhortations. Il dit alors entre autres choses remarquables: « Qui veut rire avec le diable, ne se réjouira pas avec le Christ. » Par l’ordre de saint Léon le Grand, il écrivit au Concile de Chalcédoine contre l’hérésie d’Eutychès, et adressa à l’hérésiarque lui-même une autre lettre qu’on a jointe aux Actes du Concile dans les dernières éditions, et qui est consignée dans les Annales Ecclésiastiques.
Petrus igitur, licet invitus, in Archiprœsulem consecratus Ravennam deducitur : ubi a Valentiniano Imperatore, et a Galla Placidia ejus matre, et ab universo populo maxima laetitia exceptus est. Et ille ab eis id unum petere dixit, ut quando tantum oneris pro ipsorum salute subire non recusaret, studerent ipsi monitis suis obtemperare, divinisque praeceptis non obsistere, Duorum Sanctorum tune ibi defunctorum corpora optimis unguentis condita sepelivit; Barbatiani videlicet Presbyteri, et Germani Antissiodorensis Episcopi, cujus etiam cucullam et cilicium sibi vindicavit in haereditatem. Projectum et Marcellinum Episcopos ordinavit. In Classe fontem exstruxit magnitudinis vere admirabilis, et templa quaedam magnifica aedificavit, tum beato Andreae Apostolo, tum aliis Sanctis. Ludos ab hominibus personatis cum variis saltationibus, calendis januarii fieri solitos, concione cohibuit acerrima» ubi inter alia illud praeclare dixit : Qui jocari voluerit cum diabolo, non poterit gaudere cum Christo. Jussu sancti Leonis Papae Primi scripsit ad Chalcedonense Concilium adversus haeresim Eutychetis. Respondit praeterea ad Eutychem ipsum et alia
Dans ses homélies à son peuple, son éloquence était si véhémente, que parfois la parole lui manquait dans l’ardeur de sa prédication, comme il arriva à son sermon sur l’Hémorrhoïsse ; et il y eut dans l’assemblée émue tant de larmes, d’acclamations et de ferventes prières, que, depuis, le Saint rendait grâces à Dieu de ce que l’interruption de son discours eût tourné au profit de la charité. Il gouvernait très saintement cette Église, depuis environ dix-huit ans, lorsqu’ayant connu, par une lumière divine, que la fin de ses travaux approchait, il passa dans sa ville natale, se rendit à l’église de Saint-Cassien, et déposa sur le grand autel, en offrande, un grand diadème d’or enrichi de pierres précieuses, une coupe également d’or, et une patène d’argent qui donne à l’eau qu’on y répand, comme on l’a souvent éprouvé, la vertu de guérir les morsures de la rage et de calmer la fièvre. Cependant il renvoya à Ravenne ceux qui l’avaient suivi, en leur recommandant de veiller attentivement au choix d’un excellent pasteur. Puis, adressant d’humbles prières à Dieu, priant saint Cassien, son protecteur, de recevoir avec bonté son âme, il trépassa doucement, vers l’an 45o, le trois des nones de décembre. Son corps, qui fut ensÈveli avec pompe, au milieu des larmes et des prières de toute la ville, auprès de celui du même saint Cassien, y est encore de nos jours religieusement vénéré. L’un de ses bras, enchâssé dans l’or et les pierreries, a été transporté à Ravenne, où on l’honore dans la basilique Ursicane.
Epistola, quae eidem Concilio in novis editionibus praefixa, et in Annales Ecclesiasticos relata fuit.
Saint Pontife, dont la bouche d’or s’est ouverte dans l’assemblée des fidèles, pour faire connaître Jésus-Christ, daignez considérer d’un œil paternel le peuple chrétien qui veille dans l’attente de cet Homme-Dieu dont vous avez si hautement confessé la double nature. Obtenez-nous la grâce de le recevoir avec le souverain respect dû à un Dieu qui descend vers sa créature, et avec la tendre confiance que l’on doit à un frère qui vient s’offrir en sacrifice pour ses frères indignes. Fortifiez notre foi,ô très saint Docteur ! car l’amour qu’il nous faut procède de la foi. Détruisez les hérésies qui dévastent le champ du Père de famille ; confondez surtout l’odieux Panthéisme, dont l’erreur d’Eutychès est une des plus funestes semences. Éteignez-le enfin dans ces nombreuses chrétientés d’Orient qui ne connaissent l’ineffable mystère de l’Incarnation que pour le blasphémer, et poursuivez aussi parmi nous ce système monstrueux qui, sous une forme plus repoussante encore, menace de tout dévorer. Inspirez aux fidèles enfants de l’Église cette parfaite obéissance aux jugements du Siège Apostolique, dont vous donniez à l’hérésiarque Eutychès, dans votre immortelle Épître, une si belle et si utile leçon, quand vous lui disiez : « Sur toutes choses, nous vous exhortons, honorable frère, de recevoir avec obéissance les choses qui ont été écrites par le bienheureux Pape de la ville de Rome ; car saint Pierre, qui vit et préside toujours sur son propre Siège, y manifeste la vérité de la foi à tous ceux qui la lui demandent. »
Dum publice sermones haberet ad populum, adeo vehemens erat in dicendo, ut prae nimio ardore vox illi interdum defecerit : sicut contigit in concione Haemorrhoissae. Unde Ravennates commoti, tot lacrymis clamoribus et orationibus locum replÈverunt, ut postea ipse gratias ageret Deo, quod in lucrum amoris verterit damnum ejusdem sermonis. Cum tandem annos circiter decem et octo eam Ecclesiam sanctissime rexisset, laborum suorum finem adesse divinitus praenoscens, in patriam se contulit; ubi sancti Cassiani templum ingressus, magnum diadema aureum, gemmis distinctum pretiosissimis offerens, super Altare majus posuit : necnon aureum craterem et patenam argenteam, quam tum rabidi canis morsus, tum febres sanare expertum est, aqua inde demissa. Ex tune Ravennates qui eumdem secuti fuerant dimisit, admonens, ut in eligendo optimo Pastore invigilarent attente. Mox Deum humiliter precatus, et sanctum Cassianum patronum, ut bénigne animam ejus exciperet, tertio nonas decembris, placide ex hac vita migravit, anno circiter quadringentesimo quinquagesimo. Sacrum ejus corpus communi totius civitatis fletu ac pietate prope corpus ejusdem sancti Cassiani honorifice conditum, nostris etiam temporibus religiose colitur: cujus tamen brachium auro et gemmis ornatum Ravennam delatum in Ursicana aede veneratur.
4 Décembre. Sainte Barbe, vierge et martyre
L’Église Romaine n’a consacré qu’une simple Commémoration à sainte Barbe, dans l’Office de saint Pierre Chrysologue ; mais elle a approuvé un Office entier à l’usage des Églises qui honorent spécialement la mémoire de cette illustre vierge. La Légende qui suit, quoique fort grave, n’a donc point l’autorité de celles qui sont promulguées pour toute l’Église dans le Bréviaire Romain. Nous n’en devons pas moins rendre nos hommages fervents à cette glorieuse Martyre, si célèbre dans tout l’Orient, et dont l’Église Romaine a depuis longtemps adopté le culte. Ses actes, pour n’être pas de la première antiquité, n’ont rien que de glorieux à Dieu et d’honorable à la Sainte. Nous avons relevé ci-dessus l’importance liturgique de sainte Barbe au temps de l’Avent. Rendons hommage à la fidélité avec laquelle cette Vierge attendit l’Époux, qui ne manqua pas à l’heure dite, et qui fut pour elle un Époux de sang, comme parle l’Ecriture, parce qu’il avait reconnu la force de son amour.
BARBARA, Virgo Nicomediensis, Dioscori nobilis sed superstitiosi hominis filia, par ea quae visibilia facta sunt, ad invisibilia, divina opitulante gratia, facile pervenit. Quapropter soli Deo rebusque divinis vacare cœpit. Eam pater, utpote forma venustiori nitentem, a quocumque virorum occursu tutari cupiens, turri inclusit : ubi pia virgo meditationibus et precibus addicta, soli Deo quem sibi in sponsum elegerat, placere studebat. Oblata a pâtre pluries nobilium connubia fortiter sprevit. Pâtre vero per sui absentiam filias animum posse facilius emolliri confidens, jussit primo balneum exstrui, ne quid ei deesset ad commoditatem ; deinde peregre in exteras regiones profectus est.
Barbe, Vierge de Nicomédie, fille à Dioscore, noble personnage, mais attaché aux superstitions païennes, parvint, à l’aide de la grâce divine, à connaître les choses invisibles par la vue de ce monde visible: c’est pourquoi elle ne voulut plus s’occuper que de Dieu seul et des choses divines. Son père. voulant, à cause du grand éclat de sa beauté, la soustraire aux regards des hommes, l’enferma dans une tour, où la pieuse vierge vivait dans la prière et la méditation, ne pensant qu’à plaire à Dieu seul, qu’elle avait choisi pour époux. Dioscore, à diverses reprises, lui offrit de nobles alliances qu’elle dédaigna généreusement. Pensant alors qu’en se séparant de sa fille, il pourrait plus facilement adoucir ses résistances, il fit construire un bain dans la tour qu’elle habitait, afin qu’elle eût toutes les commodités de la vie ; puis il partit pour une contrée lointaine.
ABSENTE patre, jussit Barbara duabus fenestris quae in turri erant, tertiam addi in honorem divinae Trinitatis, labiumque balnei sacro sanctae Crucis signo muniri : quod ubi rediens Dioscorus inspexit , audita novitatis causa, adeo in filiam excanduit ut stricto ense eam appetens , parum abfuerit ut eam dire confoderet ; sed praesto adfuit Deus ; nam fugienti Barbarae saxum ingens se patefaciens viam aperuit, per quam montis fastigium petere, et sic in specu latere potuit ; sed paulo post cum a nequissimo genitore reperta fuisset, ejus latera pedibus dorsumque pugnis immaniter percussit, et crinibus per loca difficilesque vias raptatam Marciano Praesidi puniendam tradidit. Itaque ab ipso omnibus modis, sed incassum tentata, nudam nervis caedi et inflicta vulnera testulis confricari, deinde in carcerem trahi praecepit: ubi immensa luce circumdatus ei Christus apparens, mirifice confortatam in passionum tolerantia confirmavit : quod animadvertens . Juliana matrona, ad fidem conversa ejusdem palmae particeps effecta est.
Pendant l’absence de son père, Barbe fit ajouter aux deux fenêtres de sa tour, une troisième en l’honneur de la divine Trinité, et tracer l’image de la très sainte Croix sur le bord de la baignoire. A son retour, Dioscore, ayant vu ces nouveautés et connu leur motif, s’emporta contre sa fille au point de se jeter sur elle, l’épée nue à la main; peu s’en fallut même qu’il ne la tuât dans sa fureur ; mais Dieu vint au secours de la vierge. Dans sa fuite précipitée, un énorme rocher lui ouvrit un passage, par où elle parvint au sommet d’une montagne, et se cacha dans une grotte. Peu après, ce père dénaturé , l’ayant découverte, l’accabla de coups, la foula sous ses pieds, la traîna par les chÈveux à travers des sentiers âpres et rocailleux, et la livra lui-même au gouverneur Marcien, pour être châtiée. Celui-ci employa, mais en vain, tous les moyens pour l’ébranler. Il la fit battre nue à coups de nerfs de bœuf, et déchirer ses blessures encore fraîches avec des débris de poterie, enfin jeter dans une prison. Là, le Christ lui apparut, environné d’une grande lumière, et la fortifia merveilleusement pour sa dernière passion. Témoin de ce prodige, une dame, nommée Juliana, se convertit à la foi et partagea la palme de cette vierge.
BARBARAE demum ferris unguibus membra laniantur, facibus latera incenduntur, et malleolis caput contunditur: quibus in cruciatibus consortem solabatur, et hortabatur ut ad finem usque constanter certaret. Praecisis tandem utrique uberibus, nudae per loca publica tractae, filiaeque cervicem ipse scelestissimus pater humanitatis expers, propriis manibus amputavit : eu jus fera crudelitas non diu inulta remansit ; nam statim eo ipso in loco fulmine percussus interiit. Corpus hujus beatissimae virginis Justinus Imperator Nicomedia auferens, Constantinopolim primum transportavit. Illud idem, cum in progressu temporis ab Imperatoribus Constantino et Basilio impetrassent Veneti, Constantinopoli deductum in sancti Marci Basilica fuit deinde solemniter collocatum. Postremo et ultimo, supplicantibus Torcellano Episcopo ejusque sorore Abbatissa, ad Ecclesiam monialium Sancti Johannis Evangelistae Torcellanae diœcesis, anno salutis millésime nono defertur : ubi et honorifice conditum, perpétue cultu ad praesens usque tempus summopere veneratur.
Barbe eut encore les membres déchirés par les ongles de fer, les flancs brûlés avec des torches, la tête battue à coups de maillets ; et, dans ces tourments , elle consolait sa compagne et l’encourageait à combattre, sans faiblir, jusqu’à la fin. Enfin, toutes les deux eurent les mamelles coupées , furent traînées nues à travers les places publiques et décapitées. Ce fut un père abominable qui eut assez de barbarie pour trancher de ses mains la tête de sa fille. Mais cette affreuse cruauté ne fut pas longtemps impunie : à l’heure même et au même lieu , la foudre l’étendit mort. Le corps de cette bienheureuse vierge fut transporté d’abord, parles soins de l’Empereur Justin, de Nicomédie à Constantinople ; puis, plus tard, les Vénitiens l’ayant obtenu des Empereurs Constantin et Basile, l’enlevèrent de Constantinople, et le déposèrent solennellement dans la basilique de Saint-Marc. Enfin, en dernier lieu, sur les instantes prières de l’Évêque de Torcello et de sa sœur qui était Abbesse, i n le transféra, l’an de notre salut 1009, dans l’église des religieuses de Saint-Jean-l’Évangéliste, au diocèse Torcello, où il fut honorablement ensÈveli, c’est présentement encore l’objet d’une constante vénération.
Tel est le récit de la vie et du martyre de la courageuse vierge de Nicomédie. On l’invoque dans l’Église contre la foudre, en mémoire du châtiment que la justice divine infligea à son détestable père. Sa qualité de protectrice du peuple chrétien contre le feu du ciel a fait donner son nom aux magasins de poudre sur les vaisseaux, et l’a fait assigner pour patronne aux artilleurs, aux mineurs, et généralement aux corporations dans lesquelles on emploie la poudre à canon. On la prie aussi pour être préservé de la mort subite, tant a fait d’impression sur les fidèles la fin terrible de Dioscore !
Nous nous bornerons à extraire des livres liturgiques de nos églises cette gracieuse Antienne composée dans les temps chevaleresques :
ANTIENNE.
O Divinae bonitatis immensa clementia, quae Barbaram illustravit vero claritatis lumine, ut terrenae dignitatis contempto splendore, divinitatis conscia effici mereretur : haec velut lilium inter spinas enituit, et lux in tenebris eluxit. Alléluia
O Miséricorde immense de la divine bonté, qui a glorifié Barbe par la splendeur de la seule véritable lumière, et l’a rendue digne de s’unir à la Divinité, après qu’elle eût méprisé les honneurs de la terre ! Elle a brillé comme un lis entre les épines ; elle a lui comme la lumière dans les ténèbres. Alleluia.
L’Église grecque est abondante sur les louanges de sainte Barbe. Nous allons extraire de ses Menées quelques-unes des nombreuses strophes dans lesquelles est célébrée la gloire de la sainte martyre.
HYMNE DE L’ÉGLISE GRECQUE.
Tribus ostiolis lavacrum illustrari jubens, mystice indicasti Baptisma, O Barbara, Trinitatis lumine animabus splendidam suppetens purgationem.
Quand s’apparut a toi la douce mort, ô Barbe, ô martyre vénérable, joyeuse triomphante, tu accomplis ta course ; tu fus immolée par les mains iniques d’un père impie ; c’est pourquoi, réunie aux chœurs des Vierges vraiment prudentes, tu contemples la splendeur de ton Époux.
Quando coram te. veneranda martyr Barbara, dulcis mors apparuit, gaudens et festinans cursum complevisti, implique genitoris injustis manibus sacrificata es, et Deo oblata es victima : unde vere prudentium Virginum conjuncta choris , tui Sponsi contemplaris splendorem.
Votre jeune brebis ô Jésus , s’écrie vers vous à haute voix : C’est vous, ô mon Époux, que je désire; c’est vous que je cherche en combattant ; je suis immolée et ensÈvelie en votre Baptême; je souffre pour vous, afin de régner avec vous; je meurs pour vous, afin de ne vivre plus qu’en vous : recÈvez en parfait sacrifice celle qui vous est offerte en sacrifice d’amour. A sa prière, sauvez nos âmes, miséricordieux Seigneur !
Agna tua, Jesu, magna voce clamât : Te, Sponse mi, desidero, et quaerens te pugno, et confixa su m et consepulta tuo baptismati, et patio r propter te , ut regnem tecum ; et morior pro te, ut et vivam in te : igitur ut sacrificium irreprehensibile suscipe amanter sacrificatam tibi . Illius precibus, ut misericors, salva animas nostras.
Éclose sur un tronc épineux, ô rose sacrée qui embaumes l’Église de tes parfums ; toi qu’un généreux combat empourpra de ton sang, nous chantons aujourd’hui dignement ta bienheureuse mémoire, ô Barbe, pleine de gloire !
E spinosa exorta radice, rosa sacratissima, Ecclesiam suaviter inodorans, te rubore praelii per sanguinem purpuratam, gloriosa Barbara , nunc dignissime beatam celebramus.
Tu ne fus touchée, ni par l’attrait des délices,ni parla fleur de la beauté, ni parles plaisirs de la jeunesse, ô Barbe glorieuse, fiancée au Christ, vierge parée de toutes les grâces !
Non deliciarum jucunditas, non pulchritudinis flos, neque divitiae, neque juventutis voluptates te mulserunt, Barbara gloriosa , Christo desponsata , pulcherrima virgo.
Durant ton combat, tous furent saisis de stupeur, en te voyant affronter les coups des bourreaux, les liens, les tortures, la prison, ô Barbe très illustre ! C’est pourquoi, Dieu t’a récompensée de la couronne désirée ; tu as fourni la carrière avec courage, et le Seigneur a cicatrisé tes plaies.
In certamine tuo omnes obstupefecisti ; nam tolerasti tyrannorum cruciatus, vincula, tormenta, Barbara celeberrima : quapropter et corona Deus te donavit quam desiderasti : cum animo cucurristi, et ille sanam te fecit.
Amante fidèle du Christ ton Époux, tu as avec soin préparé ta lampe, jetant autour de toi l’éclat de tes vertus, ô digne de toutes louanges ! C’est pourquoi tu es entrée avec lui aux noces, recevant de sa main la couronne du combat. Délivre-nous de tous maux, nous qui célébrons, ô Barbe, ta mémoire.
Sponsum tuum Christum adamata, lampadis tuae fulgore praeparato, virtutibus refulsisti, laude digna : unde ingressa es cum eo ad nuptias, ab eo recipiens certaminis coronam : sed a periculis libéra nos celebrantes , Barbara, tui memoriam.
Tu fis éclairer le bain par trois ouvertures, pour expliquer mystiquement le Baptême, qui procure aux âmes une éclatante purification, par la vive lumière de la Trinité.
Furore terribili patris declinato, Barbaram statim se scindens mons recepit, ut olim illustrem Protomartyrem Theclam, miraculum opérante Christo.
Pour la soustraire à la colère d’un père furieux, une montagne ouvre à Barbe ses flancs, comme il arriva autrefois à Thècle l’illustre Protomartyre, par la vertu miraculeuse du Christ.
Gladio te, martyr Barbara, immolans pater, Abraham alter, sed diabolo favit.
Ton père, ô Barbe, illustre martyre, t’immole avec le glaive, comme un second Abraham; mais c’est au culte du diable qu’il est voué.
Apparuit Christus in lumine inaccessibili tibi inclusae, o Barbara, in carcere, ut confidentem te incitans, et vibices sanans et laetitiam praebens : unde alas accepisti Sponsi tui amore.
Le Christ, environné d’une inaccessible lumière, s’apparut à toi, ô Barbe, dans ta prison, pour ranimer ta confiance, cicatriser ta chair sillonnée par les coups et t’apporter la joie ; et l’amour de ton Époux te donna des ailes
Angélus fulgidus te , propter Christum denudatam, veneranda Barbara, vestivit, ut sponsam, veste splendida quae vulnera texit ; stolam enim induisti divinam afferentem mutationem.
Quand tu fus livrée pour le Christ à une honteuse nudité, un Ange de lumière te revêtit, ainsi qu’une Épouse, d’une robe éclatante pour couvrir tes blessures; et tu as été parée, ô martyre, du vêtement de gloire en lequel s’opère la transmutation.
Demonstrata est evidenter, Christe, prophetia tua adimpleta : pater namque filiam ad caedem tradit, ipse artifex jugulationis ; qui improbus genitor tuae martyris stupendo modo e cœlo igné consumitur.
Votre prophétie, ô Christ, a été manifestement accomplie : car voici le père qui traîne sa fille à la mort ; il se fait lui-même l’artisan d’un tel meurtre ; mais bientôt ce père dénaturé d’une martyre est miraculeusement consumé par le feu du ciel.
Athleticam ingressa viam, paternam renuisti voluntatem, tota honorabilis, et virgo quidem sapiens lampadem ferens, egressa es ad mansiones Domini tui ; et ut Martyr generosa , gratiam accepisti sanandi carnis putidam pestilentiam : et nos hymnificantes te, spirituâlibus doloribus libéra tuis ad Deum precibus.
Entrée dans la carrière des athlètes, tu as résisté à l’injuste volonté de ton père, ô digne de tout honneur ! et, vierge sage, tu es sortie la lampe à la main, pour gagner le palais de ton Seigneur. Martyre généreuse, tu as reçu la grâce de guérir de la peste; délivre-nous, partes prières auprès de Dieu, de toutes douleurs en nos âmes, nous qui chantons des hymnes en ton honneur.
Nous venons joindre notre faible voix à celle de tant d’Églises, ô Vierge fidèle ! et vous offrir à la fois nos louanges et nos prières. Voici que le Seigneur vient, et nous sommes dans la nuit : daignez donner à notre lampe et la lumière qui doit guider nos pas, et l’huile qui entretient la lumière. Vous savez que Celui qui est venu pour vous, et avec qui vous êtes éternellement, s’approche pour nous visiter; obtenez que nul obstacle ne nous empêche d’aller au-devant de lui. Que notre vol vers lui soit courageux et rapide comme fut le vôtre ; et que, réunis à lui, nous ne nous en séparions plus : car Celui qui vient est véritablement le centre de toute créature. Priez aussi, ô glorieuse Martyre, afin que la foi dans la divine Trinité brille en ce monde d’un éclat toujours croissant. Que Satan, notre ennemi, soit confondu, lorsque toute langue confessera la Triple lumière figurée par les fenêtres de votre tour, et la croix victorieuse qui a sanctifié les eaux. Souvenez-vous, Vierge chérie de l’Époux, qu’en vos mains pacifiques a été remis le pouvoir, non de lancer la foudre, mais de la retenir et de la détourner. Protégez nos navires contre les feux du ciel et contre ceux de la guerre. Couvrez de votre protection les arsenaux qui renferment la défense de la patrie. Entendez la voix de tous ceux qui vous invoquent, soit qu’elle monte vers vous du sein de la tempête, soit qu’elle parte des entrailles de la terre ; et sauvez-nous tous du terrible châtiment de la mort subite.
Considérons les nations répandues sur la surface de la terre, divisées de mœurs, de langage et d’intérêts, mais réunies dans l’attente du libérateur qui doit bientôt paraître. Ni la profonde corruption des peuples, ni tant de siècles écoulés depuis l’âge des traditions, n’ont pu effacer en eux cette espérance. En ce moment même où le monde va tomber en dissolution, un symptôme de vie se révèle ; un cri se fait entendre par toute la terre : le Roi universel est sur le point de paraître; un Empire nouveau, saint et éternel, va réunir à jamais les nations. C’est ainsi, ô Sauveur ! que sur son lit de mort, Jacob l’avait annoncé, lorsque, parlant de vous, il avait dit : Il sera l’attente des nations. Les hommes ont bien pu se plonger dans toutes sortes de dégradations : ils n’ont pu faire mentir cet oracle. Les voilà forcés de confesser leur incurable misère, en exprimant cette attente prophétique d’un sort meilleur. Vend donc, ô Fils de Dieu ! recueillir cette étincelle d’espérance ; c’est le dernier hommage que l’ancien monde vous offre en périssant. L’attente d’un Libérateur est le lien qui réunit en un seul tout les deux grandes fractions de la vie de l’humanité, avant et après votre Naissance. Mais, ô Jésus ! si le monde païen, du milieu de ses crimes et de ses erreurs, a eu encore un soupir vers vous, que ferons-nous, héritiers des promesses, en ces jours où vous vous apprêtez à venir prendre possession de nos âmes déjà initiées ? Faites que nos cœurs vous aiment déjà, ô Jésus, quand vous viendrez les visiter. Cultivez leur attente, nourrissez leur foi, et venez.
RÉPONS DE L’AVENT.
( Ier Dimanche de l’Avent, à Matines.)
r. Salvatorem exspectamus Dominum Jesum Christum ; * Qui reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae. v. Sobrie, juste et pie vivamus in hoc saeculo, exspectantes beatam spem, et Adventum gloriae magni Dei, * Qui reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae.
r. Nous attendons le Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ : * Qui transformera notre corps vil et abject, en le rendant conforme à son corps glorieux. v. Vivons dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, dans l’attente du bonheur que nous espérons, et de l’Avènement glorieux du grand Dieu,* Qui transformera notre corps vil et abject, en le rendant conforme à son corps glorieux.
5 décembre. Mémoire de Saint Sabbas, Abbé
L’Église Romaine se borne aujourd’hui à l’Office de la Férié; mais elle y joint la Commémoration de saint Sabbas, Abbé de la fameuse Laure de Palestine, qui subsiste encore aujourd’hui sous son nom. Ce Saint, qui mourut en 533, est le seul personnage de l’Ordre monastique dont l’Église fasse mention en ses Offices dans tout le cours de l’Avent ; on pourrait même dire que parmi les simples Confesseurs, saint Sabbas est le seul dont on lise le nom au Calendrier liturgique en cette partie de l’année, puisque le glorieux titre d’Apôtre des Indes semble mettre saint François Xavier dans une classe à part. Nous devons voir en ceci l’intention de la divine Providence qui, pour produire une plus salutaire impression sur le peuple chrétien, s’est appliquée à choisir, d’une manière caractéristique, les Saints qui devaient être proposés à notre imitation dans ces jours de préparation à la venue du Sauveur. Nous y trouvons des Apôtres, des Pontifes, des Docteurs, des Vierges, glorieux cortège du Christ Dieu, Roi et Époux; la simple Confession n’y est représentée que par un seul homme , par l’Anachorète et Cénobite Sabbas, personnage qui, du moins, par sa profession monastique, se rattache à Élie et aux autres solitaires de l’ancienne Alliance, dont la chaîne mystique vient aboutir à Jean le Précurseur. Honorons donc ce grand Abbé, pour lequel l’Église grecque professe une vénération filiale, et sous l’invocation duquel Rome a place une de ses Églises; et appuyons-nous de son suffrage auprès de Dieu, en disant avec la sainte Liturgie :
ORAISON.
Intercessio nos quaesumus Domine, beati Sabbae Abbatis commandet, ut quod nostris meritis non valemus, ejus patrocinio assequamur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Que l’intercession, Seigneur, du bienheureux Sabbas nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous; afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons prétendre par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Glorieux Sabbas, nomme de désirs, qui, dans l’attente de Celui qui a dit à ses serviteurs de veiller jusqu’à sa venue, vous êtes retiré au désert, de peur que les bruits du monde ne vinssent vous distraire de vos espérances, ayez pitié de nous qui, au milieu du siècle et livrés à toutes ses préoccupations, avons cependant reçu, comme vous, l’avertissement de nous tenir prêts pour l’arrivée de Celui que vous aimiez comme Sauveur, et que vous craigniez comme Juge. Priez, afin que soyons dignes d’aller au-devant de lui, quand il va paraître. Souvenez-vous aussi de l’État monastique, dont vous êtes l’un des principaux ornements ; relÈvez ses ruines au milieu de nous suscitez des hommes de prière et de foi comme aux anciens jours ; que votre esprit se repose sur eux, et qu’ainsi l’Église, veuve d’une partie de sa gloire, la recouvre par votre intercession.
Considérons encore la Prophétie du Patriarche Jacob, qui n’annonce pas seulement que le Messie doit être l’attente des nations, mais exprime aussi que le sceptre sera ôté de Juda, à l’époque où paraîtra le Libérateur promis. L’oracle est maintenant accompli. Les étendards de César Auguste flottent sur les remparts de Jérusalem ; et si le Temple a été réservé jusqu’à ce jour, si l’abomination de la désolation n’a pas encore été établie dans le lieu saint, si le sacrifice n’a pas encore été interrompu, c’est que le véritable Temple de Dieu, le Verbe incarné, n’a pas non plus été inauguré ; la Synagogue n’a pas renié Celui qu’elle attendait ; l’Hostie qui doit remplacer toutes les autres n’a pas encore été immolée. Mais Juda n’a plus de chef de sa race, la monnaie de César circule dans toute la Palestine ; et le jour est proche où les chefs du peuple juif confesseront, devant un gouverneur romain, qu’il ne leur est pas permis de faire mourir qui que ce soit. Il n’y a donc plus de Roi sur le trône de David et de Salomon, sur ce trône qui devait durer à jamais. O Christ ! Fils de David, Roi Pacifique, il est temps que vous paraissiez et veniez prendre ce sceptre arraché par la victoire aux mains de Juda, et déposé pour quelques jours en celles d’un Empereur. Venez; car vous être Roi, et le Psalmiste, votre aïeul, a chanté de vous: « Ceignez votre épée sur votre cuisse, ô très vaillant ! Montrez votre beauté et votre gloire ; avancez-vous, et régnez; car la vérité, la douceur, la justice sont en vous, et la puissance de votre bras vous produira. Lancées par ce bras vainqueur, vos flèches perceront le cœur t des ennemis de votre Royauté, et feront tomber à vos pieds tous les peuples. Votre trône sera éternel ; le sceptre de votre Empire sera un sceptre d’équité ; Dieu vous a sacré. Dieu vous-même, d’une huile de joie qui coule plus abondamment sur vous, ô Christ! qui en tirez votre nom, que sur tous ceux qui jamais s’honorèrent du nom de Roi. » (Psalm. XLIV.) O Messie ! quand vous serez venu, les hommes ne seront plus errants comme des brebis sans pasteur ; il n’y aura qu’un seul bercail où vous régnerez par l’amour et la justice ; car toute puissance vous sera donnée au ciel et sur la terre ; et quand, aux jours de votre Passion, vos ennemis vous demanderont: Es-tu Roi? vous répondrez suivant la vérité: Oui, je suis Roi. O Roi! venez régner sur nos cœurs; venez régner sur ce monde qui est à vous parce que vous l’avez fait, et qui bientôt sera une fois de plus à vous, parce que vous l’aurez racheté. Oh ! régnez donc sur ce monde, et n’attendez pas, pour y déployer voire royauté, le jour dont il est écrit : Vous brisera contre la terre la tête des Rois (Psalm. CIX) ; régnez dès à présent, et faites que tous les peuples soient à vos pieds dans un hommage universel d’amour et de soumission.
SÉQUENCE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Composée au XI° siècle, et tirée des anciens Missels Romains-Français.)
Qui régis sceptra forti dextra solus cuncta,
Vous qui seul, dans la force de votre bras , régnez sur tous les sceptres,
Tu plebi tuam ostende magnam excitando potentiam ;
RÈveillez votre puissance et faites-la éclater sous les yeux de votre peuple;
Praesta illi dona salutaria.
Accordez-lui les dons du salut.
Quem praedixerunt prophetica vaticinia,
Celui qu’ont annoncé les oracles prophétiques,
A clara poli regia,
Envoyez-le du radieux palais d’en haut;
In nostra Jesum mitte, Domine, arva. Amen.
Seigneur, envoyez Jésus sur notre Terre. Amen.
6 décembre. Saint Nicolas, évêque de Myre et confesseur
Pour faire honneur au Messie Pontife, la souveraine Sagesse a multiplié les Pontifes sur la route qui conduit à lui. Deux Papes, saint Melchiade et saint Damase; deux Docteurs, saint Pierre Chrysologue et saint Ambroise ; deux Évêques, l’amour de leur troupeau, saint Nicolas et saint Eusèbe : tels sont les glorieux Pontifes qui ont reçu la charge de préparer, par leurs suffrages, la voie du peuple fidèle vers Celui qui est le souverain Prêtre selon l’ordre de Melchisédech. Nous dÈvelopperons successivement leurs titres à faire partie de cette noble cour. Aujourd’hui, l’Église célèbre avec joie la mémoire de l’insigne thaumaturge Nicolas, aussi fameux dans l’Orient que le grand saint Martin l’est dans l’Occident, et honoré depuis près de mille ans par l’Église latine. Rendons hommage au souverain pouvoir que Dieu lui avait donné sur la nature ; mais félicitons-le sur. tout d’avoir été du nombre des trois cent dix-huit Évêques qui proclamèrent, à Nicée, le Verbe consubstantiel au Père. Il ne fut point scandalisé des abaissements du Fils de Dieu ; ni la bassesse de la chair que le souverain Seigneur de toutes choses revêtit au sein de la Vierge, ni l’humilité de la crèche, ne l’empêchèrent de proclamer Fils de Dieu, égal à Dieu, le fils de Marie ; c’est pourquoi il a été élevé en gloire et a reçu la charge d’obtenir, chaque année, pour le peuple chrétien, la grâce d’aller au-devant du Verbe de vie, avec une foi simple et un ardent amour. Écoutons maintenant l’éloge que l’Église Romaine lui a consacré.
Nicolaum, illustri loco Patarae in Lycia natum, parentes a Deo precibus impetrarunt. Cujus viri sanctitas, quanta futura esset, jam ab incunabulis apparuit. Nam infans , cum reliques dies lac nutricis frequens sugeret, quarta et sexta feria semel duntaxat, idque vesperi , sugebat : quam jejunii consuetudinem in reliqua vita semper tenuit. Adolescens parentibus orbatus, facultates suas pauperibus distribuit. Cujus illud insigne est christianae benignitatis exemplum , quod cum ejus ci vis egens très filias jam nubiles in matrimonio collocare non posset, earumque pudicitiam prostituere cogitaret : re cognita, Nicolaus noctu per fenestram tantum pecuniae in ejus domum injecit, quantum unius virginis doti satis esset : quod cum iterum et tertio fecisset, très illae virgines honestis viris in matrimonium datae sunt.
Nicolas naquit à Patare, ville de Lycie, d’une famille illustre. Sa naissance fut accordée aux prières de ses parents. L’éminente sainteté qu’il fit éclater dans son âge mûr apparut dès son berceau. Encore enfant, on le vit, les mercredis et vendredis, ne prendre le lait de sa nourrice qu’une seule fois, et sur le soir, bien qu’il le fit fréquemment les autres jours : il conserva toute sa vie cette pratique de jeûne. Privé de ses parents dans son adolescence, il distribua tous ses biens aux indigents. On cite entre autres ce bel exemple de générosité chrétienne : un homme pauvre, ne trouvant point à marier trois filles nubiles qu’il avait, pensait aies abandonner à la prostitution. Nicolas l’ayant appris, jeta, la nuit, par la fenêtre, dans cette maison autant d’argent qu’il en fallait pour la dot d’une de ces jeunes filles ; ce qu’il fit une seconde et une troisième fois, en sorte que toutes trois trouvèrent d’honorables partis.
CUM vero se totum Deo dedisset, in Palaestinam profectus est, ut loca sancta viseret , et praesens veneraretur. Qua in peregrinatione navem conscendens sereno cœlo et tranquillo mari, horribilem nautis tempestatem praedixit : moxque ortam , cum essent omnes in summo periculo, orans mirabiliter sedavit. Unde cum domum rÈversus singularis sanctitatis omnibus documenta praeberet , Dei admonitu Myram , quae Lyciae metropolis erat, venit : quo tempore ejus urbis episcopo mortuo, provinciales episcopi de successore deligendo consultabant. Itaque in ea deliberatione divinitus admoniti sunt, ut eum eligerent , qui postridie mane primus in ecclesiam ingrederetur, Nicolaus nomine. Qua observatione adhibita, in ecclesiae janua deprehensus est Nicolaus^ et summo omnium consensu Myrae Episcopus creatur. In episcopatu castitatem, quam semper coluerat, gravitatem, orationis assiduitatem, vigilias, abstinentiam, liberalitatem et hospitalitatem, in adhortando mansuetudinem , in reprehendendo sÈveritatem,perpetuo adhibuit.
Cependant, le saint s’était donné à Dieu tout entier; il partit pour la Palestine, afin de visiter les saints lieux. Dans ce pèlerinage qu’il fit par mer, il prédit aux matelots, par un ciel serein et une mer très calme, une horrible tempête ; elle s’éleva soudain, et tout l’équipage fut en grand danger; mais à la prière de Nicolas, la mer se calma miraculeusement. Il revint de là dans sa patrie, donnant à tous des exemples de singulière sainteté. Par un avertissement de Dieu, il vint à Myre, métropole de la Lycie, qui venait de perdre son évêque, et au temps même où les évêques de la province étaient rassemblés pour élire un successeur. Pendant qu’ils délibéraient, ils eurent une révélation de choisir celui qui, le lendemain, entrerait le premier dans l’église, et aurait nom Nicolas. Fidèles à cet avertissement, celui qu’ils trouvèrent à la porte de l’église fut Nicolas lui-même, lequel fut, au grand applaudissement de tous , créé évêque de Myre. Durant son épiscopat, on vit briller en lui sans relâche la chasteté qu’il garda toute sa vie, la gravité, l’assiduité à la prière et aux veilles, l’abstinence, la libéralité, l’hospitalité, la mansuétude dans les exhortations, la sévérité dans les réprimandes.
Viduis et orphanis pecunia, consilio, opère non defuit : oppressos adeo sublevavit, ut etiam très Tribunos , per calumniam a Constantino Augusto condemnatos , qui se propter famam ejus miraculorum orationibus longissime absenti commendarant, adhuc vivens, cum Imperatori minaciter eum terrens apparuisset, liberavit. Cum vero contra edictum Diocletiani et Maximiani Christianae fidei veritatem Myrae praedicaret, ab Imperatorum satellitibus comprehensus, et longissime abductus in carcerem conjectus est; ubi fuit usque ad Constantinum Imperatorem : cujus jussu ex custodia ereptus, Myram rediit. Mox ad Nicaenum Concilium se contulit : ubi cum trecentis illis decem et octo Patribus Arianam haeresim condemnavit. Inde rÈversus ad episcopatum, non ita multo post instante morte , suspiciens in cœlum, cum Angelos sibi occurrentes intueretur, illo Psalmo pronuntiato : In te, Domine, speravi, usque ad eum locum : In manus tuas commendo spiritum meum : in cœlestem patriam migravit. Ejus corpus Barium in Apulia translatum, ibidem summa celebritate ac veneratione colitur.
Il prodigua toujours ses aumônes, ses conseils et ses services à la veuve et à l’orphelin. Son zèle à soulager les opprimés alla jusqu’à ce point, que trois Tribuns, condamnés sur une calomnie par l’Empereur Constantin, s’étant recommandés à ses prières , malgré la grande distance des lieux et sur la réputation de ses miracles, il apparut de son vivant à ce prince avec un air menaçant, et les délivra. Comme il prêchait à Myre la vérité de la foi chrétienne, contrairement à l’édit de Dioclétien et de Maximien, il fut arrêté par les satellites des Empereurs. Entraîné au loin et jeté en prison, il y resta jusqu’à l’avènement de Constantin à l’empire. Délivré de captivité par ses ordres, il revint à Myre, assista au Concile de Nicée, et y condamna l’hérésie Arienne avec les trois cent dix-huit Pères. De retour dans son évêché, il fut bientôt surpris par la mort : et levant les yeux au ciel, il vit les Anges qui lui venaient au-devant. Il récita alors le Psaume qui commence par les mots : En vous, Seigneur, j’ai espéré, jusqu’à ces paroles : En vos mains je remets mon âme ; après quoi il s’envola vers la patrie. Son corps qui a été transporté à Bari, dans la Pouille, est l’objet d’un grand concours et d’une grande vénération.
Presque tous les Bréviaires de l’Église Latine, jusqu’au XVII° siècle, sont très abondants sur les vertus et les œuvres merveilleuses de saint Nicolas, et contiennent le bel Office du saint Évêque tel qu’il fut composé vers le XVII° siècle. Nous avons parlé ailleurs de cet Office sous le rapport musical ; ici, nous nous bornerons à dire qu’il est tout entier puisé dans les Actes de saint Nicolas, et plus explicite sur certains faits que la Légende du Bréviaire romain. Les pièces qui vont suivre insistent sur un fait dont cette Légende ne dit rien : nous voulons parler de l’huile miraculeuse qui, depuis près de huit siècles, découle sans cesse du tombeau du saint Évêque, et au moyen de laquelle Dieu a souvent opéré des prodiges. Le Répons et l’Antienne que nous donnons tout d’abord, célèbrent le miracle de cette huile; et ces deux pièces étaient autrefois si populaires, qu’au XIII° siècle on en emprunta la mélodie, pour l’appliquer au Répons Unus panis et à l’Antienne O quam suavis est, dans l’Office du Saint-Sacrement.
RÉPONS.
R. Ex ejus tumba marmorea sacrum resudat oleum, quo liniti sanantur caeci : * Surdis auditus redditur : et debilis quisque sospes regreditur. V. Catervatim ruunt populi cernere cupientes quae per eum fiunt mirabilia. * Surdis bilis quisque sospes regreditur auditus redditur : et debilis quisque sospes regreditur.
r. De son tombeau de marbre, découle une huile sacrée qui guérit les aveugles dont les yeux en sont oints, * Rend l’ouïe aux sourds,et remet en santé tous ceux qui sont débiles. v. Les peuples courent en foule, empressés de voir les merveilles qui se font par l’entremise de Nicolas. * Cette huile rend l’ouïe aux sourds, et remet en santé tous ceux qui sont débiles.
ANTIENNE.
O Christi pietas omni prosequenda laude ! Quae sui famuli Nicolai mérita longe lateque déclarât : nam ex tumba ejus oleum manat, cunctosque languidos sanat.
O bonté du Christ, digne d’être relevée par toutes sortes de louanges ! C’est elle qui manifeste au loin les mérites de Nicolas son serviteur ; car de la tombe de ce Saint découle une huile, et elle guérit tous ceux qui sont dans la langueur.
Nous donnons ensuite les deux Hymnes qui se trouvent dans tous les Bréviaires Romains-Français.
Ière HYMNE.
PANGE, lingua, Nicolai Praesulis praeconium. Ut nos summus Adonai Rex et Pater omnium, Ad salutis portum trahi Faciat per Filium.
Chante, ô ma langue, les louanges du pontife Nicolas : afin que le suprême Adonaï, Roi et Père de tous les êtres, nous fasse aborder par l’entremise de son divin Fils au port du salut.
Dum penderet ad mamillam Matris, ab infantia, Quarta semel bibit illam, Atque sexta feria ; Ne per lactis puer stillam, Solveret jejunia.
A l’âge où Nicolas pendait encore aux mamelles de sa mère, jamais on ne le vit plus d’une fois le jour s’y désaltérer, à la quatrième et sixième férié de la semaine : il craignait, le pieux enfant, de rompre son jeûne par une goutte de lait.
Sublimatus ad honorem Nicolaus Praesulis, Pietatis ita rorem Cunctis pluit populis; Ut vix parem aut majorem Habeat in saeculis.
Élevé à l’honneur de Prélat, Nicolas fit pleuvoir si abondamment la rosée de la piété sur tous les peuples, qu’à peine a-t-il son pareil dans toute la série des siècles.
Auro dato, violari Virgines prohibuit ; Far in famé, vas in mari, Servat et distribuit ; Qui timebant naufragari, Nantis opem tribuit.
Par l’usage qu’il fait de son or, il sauve trois vierges de la prostitution; dans la famine il multiplie le blé et le distribue au peuple ; il retire un vase tombé dans la mer, et porte secours aux nautonniers qui craignaient le naufrage.
A defunctis suscitatur Furtum qui commiserat; Et Judaeus baptizatur, Furtumque récupérât. Illi vita restauratur, Hic ad fidem properat.
Du milieu des morts est par lui ressuscité un homme qui avait commis un vol : par lui un Juif est baptisé et recouvre le bien qu’on lui avait dérobé ; l’un est rendu à la vie, l’autre s’élance dans la voie de la foi.
Nicolae, sacerdotum Decus, honor, gloria, Plebem omnem, clerum totum, Mentes, manus, labia, Ad reddendum Deo votum, Tua juvet gratia.
Des Pontifes l’ornement, l’honneur et la gloire, Nicolas, que la grâce dont vous êtes enrichi vienne en aide au peuple et au clergé; qu’elle assiste nos âmes, nos mains et nos lèvres, et nous fasse rendre à Dieu nos vœux.
Sit laus summae Trinitati, Virtus et Victoria, Quae det nobis ut beati Nicolai gaudia Assequamur laureati, Post vitam in patria. Amen.
Louange à la souveraine Trinité : à elle puissance et victoire ; qu’elle daigne nous accorder d’entrer après la vie, chargés de palmes , dans la patrie des cieux, en part des joies éternelles de Nicolas. Amen.
IIème HYMNE.
Cleri patrem et patronum Nicolaum praedicet, Laete promens vocis sonum Clerus, et magnificet : Se cor promptum, se cor pronum Sono vocis ampliet.
Que le clergé, déployant la voix et les chants de l’allégresse, exalte et préconise Nicolas, du clergé le père et le patron ! Que le cœur prompt et docile se dilate au son de la voix.
Graecus omnis et Latinus, Lingua, tribus, natio : Orbis terrae,maris sinus, Sexus et conditio ; Hospes, cives, peregrinus. Pari psallat studio.
Que tous, Grecs, Latins, langues , tribus, nations ; étendue des terres, profondeurs des mers ; sexes, conditions , hôtes , citoyens , étrangers ; tous chantent avec un pareil enthousiasme.
Semper dédit, dat et dabit Cunctis bénéficia Praesul, cujus nomen abit Nunquam e memoria ; Quisque mœstus germinabit, Florens sicut lilia.
Il n’a cessé, ne cesse, ne cessera de nous combler tous de ses bienfaits, cet immortel Prélat, dont le nom ne s’échappera jamais de notre mémoire. Par lui, tout homme qui sema dans la tristesse fleurira comme le lis.
Hic in carne constitutus Carnis spernens opéra, Nihil agens aut locutus, Nisi salutifera ; Vinclis carnis absolutus, Tandem scandit aethera.
Ce héros magnanime, revêtu de la chair, méprisa les œuvres de la chair, ne faisant, ne disant rien que de salutaire ; délivré des liens du corps, il vole enfin au séjour éthéré.
Quae sit virtus charitatis Hoc praesenti saeculo, Oleum déclarât satis, Quod manat de tumulo ; Et dat munus sanitatis Imploranti populo.
Quelle fut sa vertu de charité, l’huile qui coule de son tombeau le déclare assez hautement jusqu’en ce siècle même ; elle donne au peuple qui implore son assistance le bienfait de la santé.
Sit laus summae Trinitati, Virtus et Victoria, Quae det nobis ut beati Nicolai gaudia Assequamur laureati, Post vitam in patria. Amen.
Louange à la souveraine Trinité: à elle puissance et victoire; qu’elle daigne nous accorder d’entrer, après la vie, chargés de palmes, dans la patrie des cieux, en part des joies éternelles de Nicolas. Amen.
Adam de Saint-Victor ne pouvait faire défaut à saint Nicolas : les Églises du moyen âge lui durent la belle Séquence qui suit :
SÉQUENCE.
CONGAUDENTES exsultemus Vocali concordia, Ad beati Nicolai Festiva solemnia.
Félix Confessor, Cujus fuit dignitatis Vox de cœlo nuntia. Per quam provectus, Praesulatus sublimatur
Qui in cunis adhuc jacens Servando iejunia : A papillis cœpit summa Promereri gaudia.
Adolescens amplexatur Litterarum studia, Alienus et immunis Ab omni lascivia.
Ad summa fastigia. Erat in ejus animo Pietas eximia, Et oppressis impende bat Multa bénéficia.
Quidam nautae navigantes Et contra fluctuum Saevitiam luctantes, Navi pêne dissoluta ;
Auro per eum virginum Tollitur infamia, Atque patris earumdem Levatur inopia.
Jam de vita desperantes. In tanto positi Periculo, clamantes Voce dicunt omnes una:
O Nicolae, Nos ad maris portum trahe De mortis angustia. Trahe nos ad portum maris : Tu qui tôt auxiliaris Pietatis gratia.
Dum clamarent, nec incassum, Ecce quidam , dicens : Adsum
Ad vestra praesidia. Statim aura datur grata : Et tempestas fit sedata,
Réjouissons-nous et tressaillons, unis de bouche et de cœur, à cette solennelle fête du bienheureux Nicolas.
QuiÈverunt maria. Ex ipsius tumba manat Unctionis copia : Quae infirmos omnes sanat Per ejus suffragia. Nos qui sumus in hoc mundo Vitiorum in profundo Jam passi naufragia,
Encore enfant au berceau, il observe les jeûnes ;
Gloriose Nicolae, Ad salutis portum trahe, Ubi pax et gloria. Ipsam nobis unctionem
Encore enfant à la mamelle, déjà il mérite les joies suprêmes.
Impetres a Domino, Quae sanavit laesionem Multorum peccaminum In Maria. Prece pia :
Adolescent, il embrasse l’étude des lettres,
Hujus festum célébrantes Gaudeant par saecula ; Et coronet eos Christus Post vitae curricula. Amen.
Sans pécher, sans connaître la licence de son âge.
Bienheureux Confesseur, une voix venue du ciel l’appelle aux dignités.
Promu par elle, il monte au faîte le plus élevé de la Prélature.
Il avait dans le cœur une tendre miséricorde, et il prodiguait ses bienfaits aux opprimés.
Par ses trésors, des vierges sont sauvées de l’opprobre ; et la pauvreté de leur père est soulagée.
Des matelots en mer luttaient contre la furie des flots, sur une nef à demi brisée.
Déjà désespérant de la vie, en ce danger si pressant, ils crient et disent tous d’une voix :
« O bienheureux Nicolas ! ramenez-nous à un port de mer; sauvez-nous de ce péril de mort.
« Ramenez-nous à un port de mer, vous dont la compassion généreuse est tant de fois venue en aide. »
Pendant qu’ils criaient, et non sans fruit, voici quelqu’un qui leur dit : « J’arrive à votre secours. »
Soudain souffle un vent favorable, et la tempête est apaisée, et les mers sont en repos.
De sa tombe découle une huile abondante,
Qui guérit tous les malades par l’intercession du Saint.
Nous que voici en ce monde, naufragés déjà plus d’une fois dans l’abîme du vice,
Glorieux Nicolas, menez-nous au port du salut où sont paix et gloire.
Obtenez-nous du Seigneur, par vos secourables prières, l’onction qui sanctifie ;
Cette onction qui a guéri les blessures d’innombrables iniquités dans Marie la pécheresse.
Qu’à jamais soient dans la joie ceux qui célèbrent cette fête ;
Et qu’après cette course de la vie, le Christ les couronne. Amen.
La plus populaire de toutes les Séquences de saint Nicolas est néanmoins celle qui suit. On la trouve dans un grand nombre de Processionnaux jusqu’au XVII° siècle, et elle a servi de type à quantité d’autres qui, bien que consacrées à la louange de divers Patrons, gardent non seulement la mesure et la mélodie de la Séquence de saint Nicolas, mais retiennent encore, par un tour de force ingénieux, le fond même des expressions.
SÉQUENCE.
Sospitati dédit aegros Olei perfusio.
Les malades sont rendus à la santé par l’huile miraculeuse.
Nicolaus naufragantum Adfuit praesidio.
Au milieu du naufrage, Nicolas est d’un puissant secours.
Baptizatur auri viso Judaeus indicio.
Il ressuscite du tombeau un mort étendu sur le chemin.
Vas in mari mersum, patri Redditur cum filio.
Un juif aperçoit de l’or, et demande le Baptême.
Ergo laudes Nicolao Concinat haec concio.
Nicolas retire de l’eau le vase et l’enfant qu’il rend à son père !
Nam qui corde poscit illum, Propulsato vitio, Sospes regreditur. Amen.
Oh ! qu’il parut bien le Saint de Dieu , quand il multiplia la farine dans la disette !
O quam probat Sanctum Dei Farris augmentatio !
Qu’ainsi les louanges de Nicolas soient chantées en cette assemblée ;
Car quiconque le prie de cœur, met le vice en fuite, et s’en retourne guéri. Ainsi soit-il.
Mais aucune Église n’a marqué autant d’enthousiasme pour saint Nicolas, que l’Église grecque dans ses Menées. On voit que l’illustre Thaumaturge était une des plus fermes espérances de l’Empire Byzantin; et cette confiance en saint Nicolas, Constantinople l’a transmise à la Russie qui la garde encore aujourd’hui. Nous allons, selon notre usage, extraire quelques strophes de la masse de ces chants sacrés que Sainte-Sophie répétait autrefois en langue grecque, et que les coupoles dorées des Sobors de Moscou entendent retentir encore chaque année dans l’idiome Slavon.
HYMNE DE SAINT NICOLAS.
(Tirée des Menées des Grecs.)
Myrae quidem habitasti, et myrum seu unguentum vere demonstrasti , unguento unctus spirituali, sancte Nicolae, summe Christi Archierarcha, et ungis faciès illorum qui cum fide et amore tui celebrandam memoriam semper perficiunt; solvens eos ab omni necessitate, et periculo , et tribulatione, Pater, in tuis ad Dominum precibus.
zizania erroris amputans; expurgans ventilabro, dissipa Arii acerosa documenta ; et Christum deprecare dari animabus nostris magnam misericordiam.
Victoria populi vere nomine proprio demonstratus es, in tentationibus potens, sancte Nicolae , summe Christi Sacerdos ; nam passim invocatus, velociter praÈvenis eos qui cum amore ad tuum praesidium confugiunt ; tu enim die ac nocte cum fide visus, salvas eos a tentationibus et necessitatibus.
Constantino Imperatori et Ablavio in somnis apparuisti, illisque terrorem injiciens , ad illos ut liberarent festinanter : Quos in carcere, aiebas, habetis vinctos, innocentes sunt ab illegitima jugulatione: quod si me audire neglexeris, precem contra te, Princeps, ad Dominum obsecrans intentabo.
Defixis acriter oculis, inspexisti in Gnoseos altitudines, et caliginosam inspexisti Sapientiae abyssum; tu qui tuis documentis ditasti mundum, Pater, pro nobis Christum deprecare, summe sacerdos Nicolae.
Regulam fidei et dulcedinis imaginem monstravit te gregi tuo Christus Deus, summe Sacerdos, Hierarcha Nicolae :in Myra namque unguentum spargis, illucescunt tua praeclara facta, orphanorum ac viduarum protector : ideoque deprecari ne cesses salvari animas nostras.
Gaude, sacratissima mens, Trinitatis mansio purissima, Ecclesiae columna, fidelium stabilimentum, fatigatorum auxilium, stella quae bene acceptarum precum fulgoribus, tentationum tenebras undique depellis, sancte sacerdos Nicolae; portus placidissimus, in quo fugientes tempestatibus circumventi salvantur, Christum deprecare dari animabus nostris magnam misericordiam.
Gaude, o divino zelo accense, qui tua terribili animadversione et in somnis allocutione liberasti injuste caedendos. Fons fluens in Myra unguenta ditissima, animas irrigans, fœtida cupiditatum expurgans, gladio
Altissime Rex regum, magnipotens, precibus sancti Pastoris, vitam, o Verbum, pacifica, quaesumus, cunctorum Christianorum ; donans contra barbaros pio Régi victoriam et fortitudinem, ut omnes semper hymnificemus potentiam tuam, et extollamus usque ad omnia saecula.
Tu as vraiment habité à Myre, exhalant un parfum précieux; parfumé toi-même d’un baume spirituel, ô bienheureux Nicolas, grand Hiérarque du Christ ; et tu parfumes la face de ceux qui, avec foi et amour, honorent ton illustre mémoire, les délivrant de toutes nécessités et tribulations, ô Père saint, par tes prières auprès du Seigneur.
Ton nom propre est véritablement : Victoire du peuple, bienheureux Nicolas , souverain prêtre du Christ ; car , invoqué en tous lieux, tu préviens aussitôt ceux qui avec amour requièrent ta protection ; apparaissant nuit et jour à ceux qui t’invoquent avec foi, tu les délivres des nécessités et des tentations.
Tu apparus à l’Empereur Constantin et à Ablavius, et leur inspiras une terrible frayeur par ces mots, afin de les engager à la clémence : « Les innocents que vous retenez dans les fers ne méritent point un injuste supplice ; et si tu v méprises mes paroles, ô Prince ! j’en porterai contre toi ma plainte au Seigneur. »
Ton œil intrépide a pu fixer les sublimes hauteurs de la Gnose, et tu as sondé le profond abîme de la Sagesse, toi qui as enrichi le monde de tes enseignements, ô Père saint ! prie pour nous le Christ, ô grand Pontife Nicolas !
Le Christ t’a fait voir à ton troupeau, comme la règle de la foi et l’image de la douceur, ô grand Hiérarque Nicolas ! car tu répands à Myre un précieux parfum, tout y resplendit de la gloire de tes œuvres, ô protecteur des veuves et des orphelins ! prie sans cesse le Seigneur de sauver nos âmes.
Réjouis-toi, ô très sainte âme, demeure très pure de la Trinité, colonne de l’Église, soutien des fidèles, appui de ceux qui sont fatigués, astre rayonnant qui, par l’éclat de tes agréables prières, dissipes en tous lieux les ténèbres des tentations ; saint Pontife Nicolas, port tranquille où trouve un abri quiconque dans la fureur de la tempête réclame ton secours, prie le Christ qu’il daigne accorder à nos âmes une grande miséricorde.
Réjouis-toi, homme rempli d’un divin zèle, qui, par un terrible avertissement et par l’éclat de ta voix menaçante dans un songe, as délivré ceux que le glaive allait immoler. Fontaine abondante, tu répands dans Myre la richesse de tes parfums ; tu verses dans les âmes une douce rosée, tu écartes les ordures des passions mauvaises, tu coupes avec le glaive l’ivraie de l’erreur ; prends le van de ton zèle, dissipe les futiles enseignements d’Arius, et prie le Christ d’accorder à nos âmes une grande miséricorde.
Roi très haut de tous les rois, vous dont la puissance est infinie, à la prière de notre saint Pasteur, rendez paisible, ô Verbe, non en conjurons, la vie de tous les Chrétiens. Donnez contre les barbares à notre pieux Empereur la force et la victoire ; afin que tous, et toujours, nous chantions votre puissance, et l’exaltions dans les siècles des siècles.
Saint Pontife Nicolas, que votre gloire est grande dans l’Église de Dieu ! Vous avez confessé Jésus-Christ devant les Proconsuls, et endure la persécution pour son Nom ; vous avez ensuite été témoin des merveilles du Seigneur, quand il rendit la paix à son Église ; et peu après, votre bouche s’ouvrait dans l’Assemblée des trois cent dix-huit Pères, pour confesser, avec une autorité irréfragable, la divinité du Sauveur Jésus-Christ, pour lequel tant de millions de Martyrs avaient répandu leur sang. RecÈvez les félicitations du peuple chrétien qui, par toute la terre, tressaille de joie à votre doux souvenir ; et soyez-nous propice, en ces jours où nous attendons la venue de Celui que vous avez proclamé Consubstantiel au Père. Daignez aider notre foi et seconder notre amour. Vous le voyez maintenant face à face, ce Verbe par qui toutes choses ont été faites et réparées; demandez-lui qu’il daigne se laisser approcher par notre indignité. Soyez notre médiateur entre lui et nous. Vous l’avez fait connaître à notre intelligence, comme le Dieu souverain et éternel; révélez-le à notre cœur, comme le suprême bienfaiteur des fils d’Adam. C’est en lui, ô Pontife charitable, que vous aviez puisé cette compassion tendre pour toutes les misères, qui fait que tous vos miracles sont autant de bienfaits : continuez, du haut du ciel, de secourir le peuple chrétien.
Ranimez et augmentez la foi des nations dans le Sauveur que Dieu leur a envoyé. Que, par l’effet de vos prières, le Verbe divin cesse d’être méconnu et oublié dans ce monde qu’il a racheté de son sang. Demandez, pour les Pasteurs de l’Église, l’esprit de charité qui brilla si excellemment en vous, cet esprit qui les rend imitateurs de Jésus-Christ, et leur gagne le cœur du troupeau.
Souvenez-vous aussi, saint Pontife, de cette Église d’Orient qui vous garde encore une si vive tendresse. Votre pouvoir sur la terre s’étendait jusqu’à ressusciter les morts ; priez, afin que la véritable vie, celle qui est dans la Foi et l’Unité, revienne animer cet immense cadavre. Par vos instances auprès de Dieu, obtenez que le Sacrifice Je l’Agneau que nous attendons soit de nouveau et bientôt célébré sous les Dômes de Sainte-Sophie. Restituez à l’unité les Sanctuaires de Kiow et de Moscou, et après avoir soumis à la Croix l’orgueil du Croissant, abaissez devant les Clefs de saint Pierre la majesté des Tzars, afin qu’il n’y ait plus ni Scythe, ni Barbare, mais un seul pasteur.
Considérons encore l’état du monde dans les jours qui précèdent l’arrivée du Messie. Tout atteste que les prophéties qui l’annonçaient ont reçu leur accomplissement. Non seulement le sceptre a été ôté de Juda, mais les Semaines de Daniel tirent à leur fin. Les autres prédictions de l’Écriture, sur l’avenir du monde, se sont successivement vérifiées. Tour à tour sont tombés les Empires des Assyriens, des Mèdes, des Perses et des Grecs; celui des Romains est parvenu à l’apogée de sa force : il est temps qu’il cède la place à l’Empire éternel du Messie. Cette progression a été prédite, et maintenant l’heure sonne où le dernier coup va être frappé. Le Seigneur aussi a dit, par un de ses Prophètes : « Encore un peu de temps, et je remuerai le ciel et la terre, et j’ébranlerai toutes les nations ; puis viendra le Désiré de tous les peuples » (Aggée, II, 7). Ainsi donc, ô Verbe éternel, descendez. Tout est consommé. Les misères du monde sont parvenues à leur comble ; les crimes de l’humanité sont montés jusqu’au ciel ; le genre humain a été remué jusque dans ses fondements ; haletant, il n’a plus de ressource qu’en vous, qu’il appelle sans vous connaître. Venez donc: toutes les prédictions qui devaient retracer aux hommes les caractères du Rédempteur, sont émises et promulguées. Il n’y a plus de prophète dans Israël ; les oracles de la Gentilité se taisent. Venez accomplir toutes choses : car la plénitude des temps est arrivée.
PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, Ier Dimanche de l’Avent, Capitule.)
Preces nostras ne despexeris, Domine : intende jam et exaudi clementer : ut qui voce inimici turbati dejicimur, Unigeniti tui Adventu sacratissimo consolemur : et fide pennigerati, velut columba, ad superna tendamus. Elonga nos, Domine, a saeculo maligno, et a laqueo inimici custodi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Ne dédaignez pas nos prières, Seigneur ! regardez et exaucez dans votre clémence. La voix de notre ennemi nous jette dans le trouble; consolez-nous par l’Avènement sacré de votre Fils unique ; que la foi nous donne des ailes, et semblables à la colombe, nous nous élèverons en haut. Seigneur, éloignez-nous d’un siècle pervers, et gardez-nous des filets de l’ennemi ; par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
7 décembre. Saint Ambroise, évêque et Docteur de l’Église
Cet illustre Pontife figure dignement sur le Cycle catholique, à côté du grand Évêque de Myre. Celui-ci a confessé, à Nicée, la divinité du Rédempteur des hommes; celui-là, dans Milan, a été en butte à toute la fureur des Ariens, et par son courage invincible, il a triomphé des ennemis du Christ. Qu’il unisse donc sa voix de Docteur à celle de saint Pierre Chrysologue, et qu’il nous annonce les grandeurs et les abaissements du Messie. Mais telle est en particulier la gloire d’Ambroise,comme Docteur, que si. entre les brillantes lumières de l’Église latine, quatre illustres Maîtres de la Doctrine marchent en tête du cortège des divins interprètes de la Foi, le glorieux Pontife de Milan complète, avec Grégoire, Augustin et Jérôme, ce nombre mystique.
Ambroise doit l’honneur d’occuper sur le Cycle une si noble place en ces jours, à l’antique coutume de l’Église qui, aux premiers siècles, excluait du Carême les fêtes des Saints. Le jour de sa sortie de ce monde et de son entrée au ciel fut le quatre Avril; or, l’anniversaire de cet heureux trépas se rencontre, la plupart du temps, dans le cours de la sainte Quarantaine: on fut donc contraint de faire choix d’un autre jour dans l’année, et le sept Décembre, anniversaire de l’Ordination épiscopale d’Ambroise, se recommandait de lui-même pour recevoir la fête annuelle du saint Docteur.
Au reste, le souvenir d’Ambroise est un des plus doux parfums dont pût être embaumée la route qui conduit à Bethléhem. Quelle plus glorieuse, ci en même temps quelle plus charmante mémoire que celle de ce saint et aimable Évêque, en qui la force du lion s’unit à la douceur de la colombe ? En vain les siècles ont passé sur cette mémoire : ils n’ont fait que la rendre plus vive et plus chère. Comment pourrait-on oublier ce jeune gouverneur de la Ligurie et de l’Émilie, si sage, si lettré, qui fait son entrée à Milan, encore simple catéchumène, et se voit tout à coup élevé, aux acclamations du peuple fidèle, sur le trône épiscopal de celte grande ville? Et ces beaux présages de son éloquence enchanteresse, dans l’essaim d’abeilles qui, lorsqu’il dormait un jour, encore enfant, sur les gazons du jardin paternel, l’entoura et pénétra jusque dans sa bouche, comme pour annoncer la douceur de sa parole ! et cette gravité prophétique avec laquelle l’aimable adolescent présentait sa main à baiser à sa mère et à sa sœur, parce que, disait-il, cette main serait un jour celle d’un Évêque !
Mais quels combats attendaient le néophyte de Milan, sitôt régénéré dans l’eau baptismale, sitôt consacré prêtre et pontife ! Il lui fallait se livrer sans retard à l’étude assidue des saintes lettres, pour accourir docteur à la défense de l’Église attaquée dans son dogme fondamental par la fausse science des Ariens; et telle fut en peu de temps la plénitude et la sûreté de sa doctrine que, non seulement elle opposa un mur d’airain aux progrès de l’erreur contemporaine, mais encore que les livres écrits par Ambroise mériteront d’être signalés par l’Église, jusqu’à la fin des siècles, comme l’un des arsenaux de la vérité.
Mais l’arène de la controverse n’était pas la seule où dût descendre le nouveau docteur; sa vie devait être menacée plus d’une fois par les sectateurs de l’hérésie qu’il avait confondue. Quel sublime spectacle que celui de cet Évêque bloqua dans son église par les troupes de l’impératrice Justine, et gardé au dedans, nuit et jour, par son peuple! Quel pasteur! Quel troupeau! Une vie dépensée tout entière pour la cité et la province avait valu à Ambroise cette fidélité et cette confiance de la part de son peuple. Par son zèle, son dévouement, son constant oubli de lui-même, il était l’image du Christ qu’il annonçait.
Au milieu des périls qui l’environnent, sa grande âme demeure calme et tranquille. C’est ce moment même qu’il choisit pour instituer, dans l’Église de Milan, le chant alternatif des Psaumes. Jusqu’alors la voix seule du lecteur faisait entendre du haut d’un ambon le divin Cantique; il n’a fallu qu’un moment pour organiser en deux chœurs l’assistance, ravie de pouvoir désormais prêter sa voix aux chants inspirés du royal Prophète. Née ainsi au fort de la tempête, au milieu d’un siège héroïque, la psalmodie alternative est désormais acquise aux peuples fidèles de l’Occident. Rome adoptera l’institution d’Ambroise, et cette institution accompagnera l’Église jusqu’à la fin des siècles. Durant ces heures de lutte, le grand Évêque a encore un don à faire à ces fidèles catholiques qui lui ont fait un rempart de leurs corps. Il est poète, et souvent il a chanté dans des vers pleins de douceur et de majesté les grandeurs du Dieu des chrétiens et les mystères du salut de l’homme. Il livre à son peuple dévoué ces nobles hymnes qui n’étaient pas destinées à un usage public, et bientôt les basiliques de Milan retentissent de leur mélodie. Elles s’étendront plus tard à l’Église latine tout entière ; à l’honneur du saint Évêque qui ouvrit ainsi une des plus riches sources de la sainte Liturgie, on appellera longtemps un Ambrosien ce que, dans la suite, on a désigné sous le nom d’Hymne, et l’Église romaine acceptera dans ses Offices ce nouveau mode de varier la louange divine, et de fournir à l’Épouse du Christ un moyen de plus d’épancher les sentiments qui l’animent.
Ainsi donc, notre chant alternatif des Psaumes, nos Hymnes elles-mêmes sont autant de trophées de la victoire d’Ambroise. Il avait été suscité de Dieu, non seulement pour son temps, mais pour les âges futurs. C’est ainsi que l’Esprit-Saint lui donna le sentiment du droit chrétien avec la mission de le soutenir, dès cette époque où le paganisme abattu respirait encore, où le césarisme en décadence conservait encore trop d’instincts de son passé. Ambroise veillait appuyé sur l’Évangile. Il n’entendait pas que l’autorité impériale pût à volonté livrer aux Ariens, pour le bien de la paix, une basilique où s’étaient réunis les catholiques. Pour défendre l’héritage de l’Église, il était prêt à verser son sang. Des courtisans osèrent l’accuser de tyrannie auprès du prince. Il répondit : « Non; les évêques ne sont pas des tyrans, mais c’est de la part des tyrans qu’ils ont eu souvent à souffrir. » L’eunuque Calligone , chambellan de Valentinien II, osa dire à Ambroise: « Comment, moi vivant, tu oses mépriser Valentinien ! Je te trancherai la tête. » — « Que Dieu te le permette ! répondit Ambroise : je souffrirai alors ce que souffrent les évêques ; et toi tu auras a fait ce que savent faire les eunuques. »
Cette noble constance dans la défense des droits de l’Église avait paru avec plus d’éclat encore, lorsque le Sénat romain, ou plutôt la minorité du Sénat restée païenne, tenta, à l’instigation du Préfet de Rome Symmaque, d’obtenir le rétablissement de l’autel de la Victoire au Capitole, sous le vain prétexte d’opposer un remède aux désastres de l’empire. Ambroise qui disait : « Je déteste la religion des Nérons », s’opposa comme un lion à cette prétention du polythéisme aux abois. Dans d’éloquents mémoires à Valentinien, il protesta contre une tentative qui avait pour but d’amener un prince chrétien à reconnaître des droits à l’erreur, et de faire reculer les conquêtes du Christ, seul maître des peuples. Valentinien se rendit aux vigoureuses remontrances de l’Évêque qui lui avait appris « qu’un empereur chrétien ne devait savoir respecter que l’autel du Christ », et ce prince répondit aux sénateurs païens qu’il aimait Rome comme sa mère, mais qu’il devait obéir à Dieu comme à l’auteur de son salut.
On peut croire que si les décrets divins n’eussent irrévocablement condamné l’empire à périr, des influences comme celles d’Ambroise, exercées sur des princes d’un cœur droit, l’auraient préservé de la ruine. Sa maxime était ferme; mais elle ne devait être appliquée que dans les sociétés nouvelles qui surgirent après la chute de l’empire, et que le Christianisme constitua à son gré. Il disait donc : « Il n’est pas de titre plus honorable pour un Empereur que celui de Fils de l’Église. L’Empereur est dans l’Église ; il n’est pas au-dessus d’elle. »
Quoi de plus touchant que le patronage exercé avec tant de sollicitude par Ambroise sur le jeune Empereur Gratien, dont le trépas lui fit répandre tant de larmes ! Et Théodose, cette sublime ébauche du prince chrétien, Théodose, en faveur duquel Dieu retarda la chute de l’Empire, accordant constamment la victoire à ses armes, avec quelle tendresse ne fut-il pas aimé de l’évêque de Milan ? Un jour, il est vrai, le César païen sembla reparaître dans ce fils de l’Église ; mais Ambroise, par une sévérité aussi inflexible qu’était profond son attachement pour le coupable, rendit son Théodose à lui-même et à Dieu. « Oui, dit le saint Évêque, dans l’éloge funèbre d’un si grand prince, j’ai aimé cet homme qui préféra à ses flatteurs celui qui le réprimandait. Il jeta à terre tous les insignes de la dignité impériale, il pleura publiquement dans l’Église le péché dans lequel on l’avait perfidement entraîné, il en implora le pardon avec larmes et gémissements. De simples particuliers se laissent détourner par la honte, et un Empereur n’a pas rougi d’accomplir la pénitence publique ; et désormais, pas un seul jour ne s’écoula pour lui sans qu’il eût déploré sa faute. » Qu’ils sont beaux dans le même amour de la justice, ce César et cet Évêque ! le César soutient l’Empire prêt à crouler, et l’Évêque soutient le César.
Mais que l’on ne croie pas qu’Ambroise n’aspire qu’aux choses élevées et retentissantes. Il sait être le pasteur attentif aux moindres besoins des brebis de son troupeau. Nous avons sa vie intime écrite par son diacre Paulin. Ce témoin nous révèle qu’Ambroise, lorsqu’il recevait la confession des pécheurs, versait tant de larmes qu’il entraînait à pleurer avec lui celui qui était venu découvrir sa faute. « Il semblait, dit le biographe, qu’il fût tombé lui-même avec celui qui avait failli. » On sait avec quel touchant et paternel intérêt il accueillit Augustin captif encore dans les liens de l’erreur et des passions; et qui voudra connaître Ambroise, peut lire dans les Confessions de l’évêque d’Hippone les épanchements de son admiration et de sa reconnaissance. Déjà Ambroise avait accueilli Monique, la mère affligée d’Augustin; il l’avait consolée et fortifiée par l’espérance du retour de son fils. Le jour si ardemment désiré arriva; et ce fut la main d’Ambroise qui plongea dans les eaux purifiantes du baptême celui qui devait être le prince des Docteurs.
Un cœur aussi fidèle à ses affections ne pouvait manquer de se répandre sur ceux que les liens du sang lui avaient attachés. On sait l’amitié qui unit Ambroise à son frère Satyre, dont il a raconté les vertus avec l’accent d’une si émouvante tendresse dans le double éloge funèbre qu’il lui consacra. Marcelline sa sœur ne fut pas moins chère à Ambroise. Dès sa première jeunesse, la noble patricienne avait dédaigné le monde et ses pompes. Sous le voile de la virginité qu’elle avait reçu des mains du pape Libère, elle habitait Rome au sein de la famille. Mais l’affection d’Ambroise ne connaissait pas de distances ; ses lettres allaient chercher la servante de Dieu dans son mystérieux asile. Il n’ignorait pas quel zèle elle nourrissait pour l’Église, avec quelle ardeur elle s’associait à toute les œuvres de son frère, et plusieurs des lettre qu’il lui adressait nous ont été conservées. On es ému en lisant seulement la suscription de ces épîtres : « Le frère à la sœur », ou encore : « A Marcelline ma sœur, plus chère à moi que mes yeux et ma vie. » Le texte de la lettre vient ensuite, rapide, animé, comme les luttes qu’il retrace. Il en est une qui fut écrite dans les heures même où grondait l’orage, pendant que le courageux pontife était assiégé dans sa basilique par les troupes de Justine. Ses discours au peuple de Milan, ses succès comme ses épreuves, les sentiments héroïques de son âme épiscopale, tout se peint dans ces fraternelles dépêches, tout y révèle la force et la sainteté du lien qui unit Ambroise et Marcelline. La basilique Ambrosienne garde encore le tombeau du frère et celui de la sœur ; sur l’un et l’autre chaque jour le divin Sacrifice est offert.
Tel fut Ambroise, dont Théodose disait un jour : « Il n’y a qu’un évêque au monde ». Glorifions l’Esprit-Saint qui a daigné produire un type aussi sublime dans l’Église, et demandons au saint Pontife qu’il daigne nous obtenir une part à cette foi vive, à cet amour si ardent qu’il témoigne dans ses suaves et éloquents écrits envers le mystère de la divine Incarnation. En ces jours qui doivent aboutir à celui où le Verbe fait chair va paraître, Ambroise est l’un de nos plus puissants intercesseurs.
Sa piété envers Marie nous apprend aussi quelle admiration et quel amour nous devons avoir pour la Vierge bénie. Avec saint Ephrem, l’évêque de Milan est celui des Pères du m siècle qui a le plus vivement exprimé les grandeurs du ministère et de la personne de Marie. II a tout connu, tout ressenti, tout témoigné. Marie exempte par grâce de toute tache de péché, Marie au pied de la Croix s’unissant à son fils pour le salut du genre humain, Jésus ressuscité apparaissant d’abord à sa mère, et tant d’autres points sur lesquels Ambroise est l’écho de la croyance antérieure, lui donnent un des premiers rangs parmi les témoins de la tradition sur les mystères de la Mère de Dieu.
Cette tendre prédilection pour Marie explique l’enthousiasme dont Ambroise est rempli pour la virginité chrétienne, dont il mérite d’être considéré comme le Docteur spécial. Aucun des Pères ne l’a égalé dans le charme et l’éloquence avec lesquels il a proclamé la dignité et la félicité des vierges. Quatre de ses écrits sont consacres à glorifier cet état sublime, dont le paganisme expirant essayait encore une dernière contrefaçon dans ses vestales, recrutées au nombre de sept, comblées d’honneurs et de richesses, et déclarées libres après un temps. Ambroise leur oppose l’innombrable essaim des vierges chrétiennes, remplissant le monde entier du parfum de leur humilité, de leur constance et de leur désintéressement. Mais sur un tel sujet sa parole était plus attrayante encore que sa plume, et l’on sait, par les récits contemporains, que, dans les villes qu’il visitait et où sa voix devait se faire entendre, les mères retenaient leurs filles à la maison, dans la crainte que les discours d’un si saint et si irrésistible séducteur ne leur eussent persuadé de n’aspirer plus qu’aux noces éternelles.
Mais un culte filial pour l’Évêque de Milan nous a entraîné au de la des bornes ; il est temps de lire le récit que l’Église elle-même consacre à ses vertus.
Ambrosius Episcopus Mediolanensis, Ambrosii civis romani filius, pâtre Galliae Praefecto natus est. In hujus infantis ore examen apum consedisse dicitur : quae res divinam viri eloquentiam praemonstrabat. Romae liberalibus disciplinis eruditus est. Post a Probo praefecto Liguriae et Aemiliae praepositus : unde postea ejusdem Probi jussu cum potestate Mediolanum venit: ubi, mortuo Auxentio, ariano Episcopo, populus de successore deligendo dissidebat. Quare Ambrosius, pro officii sui munere Ecclesiam ingressus, ut commotam seditionem sedaret, cum multa de quiète et tranquillitate reipublicae praeclare dixisset, derepente puero Ambrosium Episcopum exclamante, universi populi vox erupit, Ambrosium Episcopum deposcentis.
Ambroise, évêque de .Milan, eut pour père Ambroise, citoyen romain, préfet de la Gaule Cisalpine. On dit que, dans son enfance, un essaim d’abeilles se reposa sur ses lèvres : indice prophétique de sa divine éloquence. Il fut instruit à Rome dans les arts libéraux, et peu après reçut du Préfet Probus le gouvernement de la Ligurie et de l’Émilie. Plus tard, par l’ordre du même Probus, il se trouva présent, avec l’autorité de sa charge, dans la ville de Milan, au moment où le peuple, après la mort de l’évêque arien Auxence, était en dissension pour le choix d’un successeur. Ambroise se rendit donc à l’église pour y remplir son office et calmer la sédition qui s’élevait. Or, après qu’il eut fait un discours éloquent, dans lequel il traitait longuement de la paix et de la tranquillité de la chose publique, soudain un enfant s’écria : Ambroise Évêque! — Ambroise Évêque ! reprit tout d’une voix le peuple adoptant ce choix.
Recusante illo et eorum precibus resistente, ardens populi studium ad Valentinianum Imperatorem delatum est, cui gratissimum fuit a se delectos Judices ad sacerdotium postulari. Fuit id etiam Probo Praefecto jucundum, qui Ambrosio proficiscenti quasi divinans dixerat: Vade, âge, non ut Judex, sed ut Episcopus. Itaque cum ad populi desiderium Imperatoris voluntas accederet, Ambrosius baptizatus (erat enim catechumenus) sacrisque initiatus, ac servatis omnibus ex instituto Ecclesiae Ordinum gradibus, octavo die, qui fuit septimo idus decembris, Episcopale onus suscepit. Factus Episcopus, catholicam fidem et disciplinam ecclesiasticam acerrime défendit : multosque Arianos et alios haereticos ad fidei veritatem convertit, in quibus clarissimum Ecclesiae lumen sanctum Augustinum Jesu Christo peperit.
Ambroise refusant cette dignité et résistant aux prières de l’assemblée, le vœu ardent du peuple fut déféré à l’empereur Valentinien, auquel il fut très agréable de voir appeler aux honneurs du sacerdoce les magistrats de son choix. Le Préfet Probus n’en fut pas moins charmé ; lui qui, au départ d’Ambroise, lui avait dit, comme dans un pressentiment prophétique : « Allez et agissez, non pas en Juge, mais en Évêque. » Ainsi, la volonté impériale s’unissant au désir du peuple, Ambroise fut baptisé (car il était catéchumène), reçut les ordres sacrés, passa par tous les degrés prescrits par la discipline de l’Église; et huit jours après son élection, le sept des ides de décembre, il reçut la charge épiscopale. DÈvenu Évêque, il fut l’intrépide champion de la foi et de la discipline ecclésiastique, ramena à la vérité de la foi beaucoup d’Ariens et d’autres hérétiques, entre lesquels il enfanta à Jésus-Christ saint Augustin, le flambeau sacré de l’Église.
Gratiano imperatore occiso, ad Maximum ejus interfectorem legatus iterum profectus est ; coque paenitentiam agere récusante, se ab ejus communione semovit. Theodosium Imperatorem propter caedem Thessalonicae factam ingressu ecclesiae prohibuit. Qui, cum ille David quoque regem adulterum et homicidam fuisse dixisset, respondit Ambrosius : Qui secutus es errantem, sequere pœnitentem. Quare Theodosius sibi ab eo impositam publicam paenitentiam humiliter egit. Ergo sanctus Episcopus pro Ecclesia Dei maximis laboribus curisque perfunctus, multis libris etiam egregie conscriptis, antequam in morum incideret, mortis suae diem praedixit. Ad quem aegrotum Honoratus Vercellensis Episcopus Dei voce ter admonitus accurrit, eique sanctum Dei Corpus praebuit : quo ille sumpto, conformatis in crucis similitudinem manibus orans, animam Deo reddidit, pridie nonas aprilis , anno post Christum natum trecentesimo nonagesimo septimo.
A près la mort violente de l’empereur Gratien, il alla deux fois en députant n auprès de Maxime, son meurtrier ; et ne pouvant l’amener à la pénitence, il se sépara de su communion. L’empereur Théodose s’étant rendu coupable du massacre de Thessalonique, il lui refusa l’entrée de l’église; et comme le prince représentait que David, roi comme lui, avait été adultère et homicide : « Vous l’avez imité dans sa faute, répondit Ambroise, imitez-le dans son repentir. » C’est pourquoi Théodose se soumit humblement à la pénitence publique que lui imposa Ambroise. Le saint Évêque, ayant donc accompli pour l’Église de Dieu de grands travaux, encouru beaucoup de fatigues, écrit beaucoup de livres excellents, annonça le jour de sa mort avant d’entrer en maladie. Honorât,évêque de Verceil, trois fois averti par la voix de Dieu, accourut à son lit de souffrance, et lui donna le très saint C0rps du Seigneur. Ambroise, l’ayant reçu, disposa ses mains en forme de croix, se mit en prières, et rendit son âme à Dieu, la veille des nones d’avril, l’an de l’incarnation de notre Seigneur trois cent quatre-vingt-dix-sept.
Saluons un si grand Docteur, en répétant ces paroles de la sainte Église, dans l’Office des Vêpres :
O Doctor optime, Ecclesiae sanctae lumen, béate Ambrosi, divinae legis amator, deprecare pro nobis Filium Dei.
O Docteur excellent ! lumière de la sainte Église, bienheureux Ambroise, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu.
La Liturgie Ambrosienne est moins riche qu’on ne devait s’y attendre, sur les éloges de saint Ambroise. La Préface même de la Messe est trop brève et trop générale pour que nous l’insérions ici. Nous nous contenterons de donner deux des Répons de l’Office de la Nuit, l’Hymne, et celle des Oraisons qui nous a semblé la plus remarquable.
Quant à l’Hymne, nous devons avertir qu’elle est presque tout entière de composition récente, ayant été largement corrigée dans ces derniers temps, comme un grand nombre d’autres Hymnes du Bréviaire Ambrosien. L’ancienne commençait par ce vers: Miraculum laudabile; mais elle est d’une grande médiocrité de pensées et d’expression.
RÉPONS.
R. Super quem requiescam, dicit Dominus, nisi super humilem et mansuetum, * Trementem verba mea ? V. Inveni David servum meum, oleo sancto meo unxi eum. * Trementem verba mea.
r. Sur qui me reposerai-je, dit le Seigneur ? ce sera sur l’homme humble et doux,* Celui qui tremble à ma parole, v. J’ai trouvé David, mon serviteur; je l’ai oint de mon huile sainte,* Celui qui tremble à ma parole.
R. Directus est vir inclytus, ut Arium destrueret : splendor Ecclesiae, claritas Vatum ; * Infulas dum gerit saeculi, acquisivit Paradisi. V. Dictum enim fuerat proficiscenti: Vade, âge non ut Judex, sed ut Episcopus. * Infulas dum gerit saeculi, acquisivit Paradisi.
r. Cet homme illustre a été suscité pour détruire Arius : il est la splendeur de l’Église, l’éclat du Pontificat; * Pendant qu’il ceint la mitre de la terre, il obtient celle du Paradis, v. On lui avait dit, lorsqu’il partait pour Milan : Va, agis non en Juge, mais en Évêque. * Pendant qu’il ceint la mitre de la terre, il obtient celle du Paradis.
HYMNE.
Nostrum parentem maximum Canamus omnes, turbidas Qui fluctuantis saeculi Terris procellas expulit.
Puer quiescit : floreis Apes labellis insident ; Mellis magistrae, melleum signant ducem facundae.
Parvam, futuri praescius, Dextram coli vult osculis ; Vixdum solutus fasciis, Quaerit tiarae taenias.
Infans locutus, Insubrum Ambrosio fert infulam ; Hanc fugit : at semper fugam Honos fefellit obvius.
Velat sacrata denique Doctum tiara verticem : Ceu tectus ora casside, Bellum minatur Ario.
Non sceptra concussus timet, Non imperantem fœminam, Temploque, clausis postibus, Arcet cruentum Caesarem. Sordes fluentis abluit Aurelii cœlestibus : Fide coaequans Martyres, Invenit artus Martyrum.
Jam nunc furentem Tartari Lupum flagello submove; Quem Pastor olim rexeris, Gregem tuere jugiter.
Deo Patri sit gloria, Ejusque soli Filio, Cum Spiritu Paraclito, Nunc et per omne saeculum. Amen.
Chantons ensemble notre auguste Père, qui a repoussé loin de nous les flots tumultueux du siècle.
Enfant, il dort, et sur se lèvres tendres comme la fleur, les abeilles se reposent; habiles à composer le miel, elles indiquent déjà celui qui régnera par une éloquence douce comme le miel.
Pressentant sa destinée future, il veut qu’on baise avec respect sa main d’enfant; à peine dégagé des langes du berceau, il se joue avec les bandelettes de la mitre.
Un enfant parle et décerne à Ambroise l’insigne du Pontificat milanais; il fuit, et toujours l’honneur suprême l’atteint dans sa fuite.
Enfin la mitre sacrée orne son docte front ; comme un guerrier couvert de son casque, il défie Arius au combat.
Inébranlable, il ne redoute ni le sceptre, ni l’altière Impératrice; et, fermant les portes du temple, il repousse un César couvert de sang.
Il lave dans les eaux célestes les souillures d’Augustin; égal aux Martyrs par la foi, il découvre les ossements des Martyrs.
Et maintenant, saint Pontife, armé du fouet vengeur, chassez au loin le loup infernal, et protégez sans relâche le troupeau que votre main pastorale a conduit.
A Dieu Père soit la gloire, et à son unique Fils, avec l’Esprit Paraclet, maintenant et par tous les siècles. Amen.
ORAISON.
Aeterne omnipotens Deus, qui beatum Ambrosium,tui Nominis Confessorem, non solum huic Ecclesiae, sed omnibus per mundum diffusis Ecclesiis Doctorem dedisti ; praesta ut, quod ille divino afflatus Spiritu docuit, nostris jugiter stabiliatur in cordibus, et quem Patronum, te donante, amplectimur, eum apud tuam misericordiam defensorem habeamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Dieu tout-puissant et éternel, qui avez donné le bienheureux Ambroise,Confesseur de votre Nom, pour Docteur non seulement à cette Église de Milan, mais à toutes les Églises répandues dans le monde ; faites que la doctrine qu’il nous a enseignée par le souffle de l’Esprit-Saint, s’affermisse à jamais dans nos cœurs, et que celui-là même que nous aimons avec tendresse comme le Patron que vous nous avez donné, soit aussi notre défenseur en présence de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
La Liturgie Mozarabe n’a rien de propre sur saint Ambroise. Les Grecs, au contraire, honorent la mémoire du grand Évêque de Milan par des Hymnes remplies des plus magnifiques éloges. Nous leur empruntons les strophes principales.
HYMNE A SAINT AMBROISE.
(Tirées des Menées des Grecs, VII Décembre.)
Praefecture thronum exornans virtute duplici, divine inspiratione hierarchiae thronum utiliter implevisti : ideo fidelis œconomus principatus in utroque factus, duplicem coronam haereditasti.
Sancte Pater, sacratissime Ambrosi, lyra resonans, salutare melos orthodoxorum dogmatum, attrahens Fidelium animas, canora divini Paracliti cithara ; Dei magnum organum, laudandissima Ecclesiae tuba, fons limpidissimus, fluentum eluens libidinum ; Christum ora , Christum deprecare dari Ecclesiae unanimem pacem et magnam misericordiam.
In continentia, et laboribus, et vigiliis multis, et precibus intensis animam corpusque purificasti; Dei sapiens, vas electionis Dei nostri , Apostolis similis demonstratus , accepisti dona.
Pium regem post peccatum, ut olim David Nathan, audacter animadvertens , Ambrosi beatissime, sapienter excommunicationi subjecisti , et paenitentiam docens Deo digne , in gregem tuum revocasti.
Eliam prophetam imitatus, Baptistamque similiter, reges inique agentes animadvertisti Viriliter ; hierarchiae thronum divinitus ornasti , et miraculorum multitudine mundum ditasti, ideoque divinae Scripturae alimonia fidèles roborasti, et infidèles immutasti. Sacerdos Ambrosi, Christum Deum deprecare dare peccatorum remissionem recolentibus cum amore tuam sanctam memoriam.
Agricola videris sulcans fidei promptum agrum et doctrinae ; inseminans , Deisapiens , dogmata ; et spica multiplicata, distribuis Ecclesiae cœlestem Spiritus panem.
Ab omni noxa adversariorum servasti gregem, Béate ; et Arii errorem omnem delevisti splendore verborum tuorum.
In divina tua memoria sacerdotum cœtus oblectatur, et Fidelium chori cum Angelis incorporati exsultant et delectantur ,nutriturque hodie spiritualiter Ecclesia in verbis tuis, Ambrosi pater.
Roma tua célébrât praeclara gesta; fulgidus enim ut sidus undique miraculorum magnas faces,sacerdos, cum fide immisisti, vere mirande.
Toi, qui par une double vertu fut l’honneur du trône sur lequel tu siégeais en Préfet, l’inspiration divine te plaça bientôt, fidèle ministre, sur le trône de la Hiérarchie ; c’est pourquoi, intègre administrateur de la puissance, tu as mérité dans ces deux, emplois une double couronne.
Mane accedens ad Christum, splendoribus fulgebas ditanter : ideo divinum nactus lumen, illuminas honorantes te ubique cum fide.
Tu as purifié ton corps et ton âme par la continence , les travaux, les veilles et les prières continuelles ; ô très prudent Pontife, vase d’élection de notre Dieu, semblable aux Apôtres, tu as reçu comme eux les dons de l’Esprit-Saint.
Corpus tuum et animam Deo consecrasti : et capax donorum, Pater, cor tuum conglutinasti dulci amori enixe inhaerens.
Comme Nathan reprit autrefois David, tu repris le pieux Empereur après son péché ; tu le soumis avec sagesse à l’excommunication ; et l’ayant exhorté à une pénitence digne de Dieu, tu le rappelas parmi ton troupeau.
Accepto, sapiens, Verbi talento, ut servus fidelis ad mensam illud dedisti et multiplicasti, atque adsportasti integrum cum fructu Domino tuo, Ambrosi.
O Père très saint, ô divin Ambroise, lyre résonnante, mélodie salutaire des vrais enseignements, tu attires au Seigneur les âmes des Fidèles. Harpe harmonieuse du divin Paraclet, grand instrument de Dieu, trompette célèbre de l’Église, source très limpide, fleuve qui purifie nos âmes de toute passion ; prie, supplie le Christ de donner à l’Église une paix unanime et une grande miséricorde.
Claram fecisti stolam sacram laboribus tuis, et visus es pastor rationabilium alumnorum sapiens, quos baculo tuo in doctrinae pascua antepellebas.
Imitant le prophète Élie et Jean-Baptiste, tu as repris avec courage les Princes qui se livraient à l’iniquité; tu as orné le trône hiérarchique auquel tu fus divinement appelé, et tu as enrichi le monde de la multitude de tes miracles ; tu as corroboré les fidèles, et converti les infidèles par l’aliment des saintes Écritures. Ambroise ! ô saint Pontife ! prie Dieu de nous accorder la rémission de nos pèches, à nous qui fêtons avec amour ta sainte mémoire.
Tu as préservé ton troupeau de tout dommage de la part des ennemis, ô Bienheureux ! et tu as dissipé l’erreur d’Arius parla splendeur de tes paroles.
L’assemblée des Pontifes se réjouit en ta douce mémoire ; les chœurs des Fidèles, mêlés aux Esprits célestes, tressaillent d’allégresse; et l’Église se nourrit spirituellement en ce jour de ta parole, ô Ambroise, auguste Père !
Tu es le laboureur habile, qui traces les sillons dans le champ ouvert à tous de la foi et de la doctrine ; tu y sèmes, ô très sage, tes divines leçons; et l’épi s’étant multiplié par tes soins, tu distribues à l’Église le céleste pain de l’Esprit-Saint.
Rome célèbre tes glorieuses œuvres ; car, ainsi qu’un astre radieux, tu répands partout les clartés de tes prodiges, ô grand Pontife, vraiment admirable !
T’approchant du Christ dès l’aurore, tu sortais d’auprès de lui richement irradié de ses splendeurs ; c’est pourquoi ayant puisé à la source de la divine lumière, tu illumines ceux qui avec foi t’honorent en tous lieux.
Tu as consacré à Dieu ton corps et ton âme; et ton cœur, ô Père, capable des célestes dons, tu l’as attaché au doux amour, t’y fixant avec ardeur.
Ayant reçu, ô très prudent, le talent de la parole, ainsi qu’un serviteur fidèle, tu l’as fait valoir et multiplié; et tu l’as apporté avec l’intérêt à ton Seigneur, ô divin Ambroise !
Tu as illustré la tunique sacrée par tes grands travaux, et tu fus, ô très prudent, le pasteur d’un troupeau raisonnable, que tu guidais devant toi aux pâturages de la doctrine.
Nous vous louerons aussi, tout indignes que nous en sommes, immortel Ambroise ! Nous exalterons les dons magnifiques que le Seigneur a placés en vous. Vous êtes la Lumière de l’Église, le Sel de la terre, par votre doctrine céleste ; vous êtes le Pasteur vigilant, le Père tendre, le Pontife invincible : mais combien votre cœur aima le Seigneur Jésus que nous attendons ! Avec quel indomptable courage vous sûtes, au péril de vos jours, vous opposer à ceux qui blasphémaient ce Verbe divin ! Par là, vous avez mérité d’être choisi pour initier, chaque année, le peuple fidèle à la connaissance de Celui qui est son Sauveur et son Chef. Faites donc pénétrer jusqu’à notre œil le rayon de la vérité qui vous éclairait ici-bas ; faites goûter à notre bouche la saveur emmiellée de votre parole ; touchez notre cœur d’un véritable amour pour Jésus qui s’approche d’heure en heure. Obtenez qu’à votre exemple, nous prenions avec force sa cause en main, contre les ennemis de la foi, contre les esprits de ténèbres, contre nous-mêmes. Que tout cède, que tout s’anéantisse, que tout genou ploie, que tout cœur s’avoue vaincu, en présence de Jésus-Christ, Verbe éternel du Père, Fils de Dieu et fils de Marie, notre Rédempteur, notre Juge, notre souverain bien.
Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme vous avez abaissé Théodose ; relÈvez-nous contrits et changés, comme vous le relevâtes dans votre pastorale charité. Priez aussi pour le Sacerdoce catholique, dont vous serez à jamais l’une des plus nobles gloires. Demandez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes de l’Église, cette humble et inflexible vigueur avec laquelle ils doivent résister aux Puissances du siècle, quand elles abusent de l’autorité que Dieu a déposée entre leurs mains. Que leur front, suivant la parole du Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu’ils sachent s’opposer comme un mur pour la maison d’Israël; qu’ils estiment comme un souverain honneur, comme le plus heureux sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur repos, leur vie, pour la liberté de l’Épouse du Christ.
Vaillant champion de la vérité, armez-vous de ce fouet vengeur que l’Église vous a donné pour attribut ; et chassez loin du troupeau de Jésus-Christ ces restes impurs de l’Arianisme qui, sous divers noms, se montrent encore jusqu’en nos temps. Que nos oreilles ne soient plus attristées par les blasphèmes de ces hommes vains qui osent mesurer à leur taille, juger, absoudre et condamner comme leur semblable le Dieu redoutable qui les a créés, et qui, par un pur motif de dévouement à sa créature, a daigné descendre et se rapprocher de l’homme, au risque d’en être méconnu.
Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu’une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l’erreur et à la vérité, pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu’ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Église peuvent être foulés aux pieds, ils n’en existent pas moins ; que la promiscuité de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers Celui « à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre » ; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu’il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu’il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes ; qu’enfin, s’il ne dépend pas de nous de relÈver ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l’abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d’être complices de ceux qui n’ont plus voulu que Jésus régnât sur eux.
Enfin, au milieu de ces ombres qui s’appesantissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, la sainte Église qui n’est plus qu’une étrangère, une pèlerine à travers les nations dont elle fut la mère et qui l’ont reniée ; qu’elle cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, les fleurs de la virginité ; qu’elle soit l’aimant des âmes élevées qui comprennent la dignité d’Epouse du Christ. S’il en fut ainsi aux glorieux temps des persécutions qui signalèrent le commencement de son ministère, à notre époque d’humiliations et de défections, qu’il lui soit donné encore de consacrer à son Époux une élite nombreuse de cœurs purs et généreux, afin que sa fécondité la venge de ceux qui l’ont repoussée comme une mère stérile, et qui sentiront un jour cruellement son absence.
Considérons le dernier préparatif sensible à la venue du Messie sur la terre : la paix universelle. Au bruit des armes le silence a tout à coup succédé, et le monde se recueille dans l’attente. « Or, nous dit saint Bonaventure dans un de ses Sermons pour l’Avent, nous devons compter trois silences : le premier, au temps de Noé, après que tous les pécheurs furent submergés ; le second, au temps de César Auguste, quand toutes les nations furent soumises ; enfin le troisième qui aura lieu à la mort de l’Antéchrist, quand les Juifs se seront convertis. » O Jésus ! Roi pacifique, vous voulez que le monde soit en paix, quand vous allez descendre. Vous l’avez annoncé par le Psalmiste, votre aïeul selon la chair, lorsqu’il a dit en parlant de vous : « Il fera cesser la guerre dans tout l’univers ; il brisera l’arc, il rompra les armes, il jettera au feu les boucliers » (Psaume XLV, 10). Qu’est-ce à dire tout ceci, ô Jésus ? C’est que vous aimez à trouver silencieux et attentifs les cœurs que vous visitez. C’est qu’avant de venir vous-même dans une âme, vous l’agitez dans votre miséricorde, comme fut agité le monde avant cette paix universelle, et bientôt vous l’établissez dans le calme, et vous venez ensuite en prendre possession. Oh ! venez promptement soumettre nos puissances rebelles, abattre les hauteurs de notre esprit, crucifier notre chair, rÈveiller la mollesse de notre volonté : afin que votre entrée en nous soit solennelle comme celle d’un conquérant dans une place forte qu’il a réduite après un long siège. 0 Jésus, Prince de la Paix, donnez-nous la paix; établissez-vous en nos cœurs d’une manière durable, comme vous vous êtes établi dans votre création, au sein de laquelle votre règne n’aura plus de fin.
REPONS DE L’AVENT.
(Au Ier Dimanche de l’Avent, à Matines)
r. Adspiciebam in visu noctis, et ecce in nubibus cœli Filius hominis veniebat: et datum est ei regnum et honor, * Et omnis populus, tribus, et linguae servient ei. v. Potestas ejus potestas aeterna , quae non auferetur, et regnum ejus quod non corrumpetur. * Et omnis populus, tribus et linguae servient ei.
r. Je voyais dans une vision de nuit, et voilà le Fils de l’homme qui venait sur les nuées du ciel : et il lui fut donné honneur et empire ; * Et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les nations lui seront soumis. v. Sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point ôtée ; et son empire, un empire qui ne se dissoudra pas. * Et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les nations lui seront soumis.
8 décembre. L’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge
Enfin, l’aurore du Soleil tant désiré brille aux extrémités du ciel, tendre et radieuse. L’heureuse Mère du Messie devait naître avant le Messie lui-même ; et ce jour est celui de la Conception de Marie. La terre possède déjà un premier gage des célestes miséricordes ; le Fils de l’homme est à la porte. Deux vrais Israélites, Joachim et Anne, nobles rejetons de la famille de David, voient enfin, après une longue stérilité, leur union rendue féconde par la toute-puissance divine. Gloire au Seigneur qui s’est souvenu de ses promesses, et qui daigne, du haut du ciel, annoncer la fin du déluge de l’iniquité, en envoyant à la terre la blanche et douce colombe qui porte la nouvelle de paix !
La fête de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge est la plus solennelle de toutes celles que l’Église célèbre au saint temps de l’Avent ; et s’il était nécessaire que la première partie du Cycle présentât la commémoration de quelqu’un des Mystères de Marie, il n’en est aucun dont l’objet pût offrir de plus touchantes harmonies avec les pieuses préoccupations de l’Église en cette mystique saison de l’attente. Célébrons donc avec joie cette solennité ; car la Conception de Marie présage la prochaine Naissance de Jésus.
L’intention de l’Église, dans cette fête, n’est pas seulement de célébrer l’anniversaire de l’instant fortuné auquel commença, au sein de la pieuse Anne, la vie de la très glorieuse Vierge Marie; mais encore d’honorer le sublime privilège en vertu duquel Marie a été préservée de la tache originelle que, par un décret souverain et universel, tous les enfants d’Adam contractent au moment même où ils sont conçus dans le sein de leurs mères. La foi de l’Église catholique que nous avons entendu solennellement reconnaître comme révélée de Dieu même, au jour à jamais mémorable du huit Décembre 1854, cette foi qu’a proclamée l’oracle apostolique, par la bouche de Pie IX, aux acclamations de la chrétienté tout entière, nous enseigne qu’au moment où Dieu a uni l’âme de Marie qu’il venait de créer au corps qu’elle devait animer, cette âme à jamais bénie, non seulement n’a pas contracté la souillure qui envahit à ce moment toute âme humaine, mais qu’elle a été remplie d’une grâce immense qui l’a rendue, dès ce moment, le miroir de la sainteté de Dieu même, autant qu’il est possible à un être créé.
Une telle suspension de la loi portée par la justice divine contre toute la postérité de nos premiers parents était motivée par le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. Les rapports que Marie devait avoir avec la divinité même, étant non seulement la Fille du Père céleste, mais appelée à dÈvenir la propre Mère du Fils, et le Sanctuaire ineffable de l’Esprit-Saint, ces rapports exigeaient que rien de souillé ne se rencontrât, même un seul instant, dans la créature prédestinée à de si étroites relations avec l’adorable Trinité ; qu’aucune ombre n’eût jamais obscurci en Marie la pureté parfaite que le Dieu souverainement saint veut trouver même dans les êtres qu’il appelle à jouir au ciel de sa simple vue ; en un mot, comme le dit le grand Docteur saint Anselme : « Il était juste qu’elle fût ornée d’une pureté au-dessus de laquelle on n’en puisse concevoir de plus grande que celle de Dieu même, cette Vierge à qui Dieu le Père devait donner son Fils d’une manière si particulière que ce Fils deviendrait par nature le Fils commun et unique de Dieu et de la Vierge ; cette Vierge que le Fils devait élire pour en faire substantiellement sa Mère, et au sein de laquelle l’Esprit-Saint voulait opérer la conception et la naissance de Celui dont il procédait lui-même. » ( De Conceptu Virginali. Cap. XVIII.)
En même temps, les relations que le Fils de Dieu avait à contracter avec Marie, relations ineffables de tendresse et de déférence filiales, avant été éternellement présentes à sa pensée, elles obligent à conclure que le Verbe divin a ressenti pour cette Mère qu’il devait avoir dans le temps, un amour d’une nature infiniment supérieure à celui qu’il éprouvait pour tous les êtres créés par sa puissance. L’honneur de Marie lui a été cher au-dessus de tout, parce qu’elle devait être sa Mère, qu’elle l’était même déjà dans ses éternels et miséricordieux desseins. L’amour du Fils a dune protégé la Mère ; et si celle-ci, dans son humilité sublime, n’a repoussé aucune des conditions auxquelles sont soumises toutes les créatures de Dieu, aucune des exigences même de la loi de Moïse qui n’avait pas été portée pour elle, la main du Fils divin a abaissé pour elle l’humiliante barrière qui arrête tout enfant d’Adam venant en ce monde, et lui ferme le sentier de la lumière et de la grâce jusqu’à ce qu’il ait été régénéré dans une nouvelle naissance.
Le Père céleste ne pouvait pas faire moins pour la nouvelle Ève qu’il n’avait fait pour l’ancienne, qui fut établie tout d’abord, ainsi que le premier homme, dans l’état de sainteté originelle où elle ne sut pas se maintenir. Le Fils de Dieu ne devait pas souffrir que la femme à laquelle il emprunterait sa nature humaine eût à envier quelque chose à celle qui a été la mère de prévarication. L’Esprit-Saint, qui devait la couvrir de son ombre et la rendre féconde par sa divine opération, ne pouvait pas permettre que sa Bien-Aimée fût un seul instant maculée de la tache honteuse avec laquelle nous sommes conçus. La sentence est universelle ; mais une Mère de Dieu devait en être exempte. Dieu auteur de la loi, Dieu qui a posé librement cette loi, n’était-il pas le maître d’en affranchir celle qu’il avait destinée à lui être unie en tant de manières ? Il le pouvait, il le devait : il l’a donc fait.
Et n’était-ce pas cette glorieuse exception qu’il annonçait lui-même au moment où comparurent devant sa majesté offensée les deux prévaricateurs dont nous sommes tous issus? La promesse miséricordieuse descendait sur nous dans l’anathème qui tombait sur le serpent. « J’établirai moi-même, disait Jéhovah, une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et son fruit ; et elle-même t’écrasera la tête. » Ainsi, le salut était annoncé à la famille humaine sous la forme d’une victoire contre Satan ; et cette victoire, c’est la Femme qui la devait remporter pour nous tous. Et que l’on ne dise pas que ce sera le fils de la femme qui la remportera seul, cette victoire : le Seigneur nous dit que l’inimitié de la femme contre le serpent sera personnelle, et que, de son pied vainqueur, elle brisera la tête de l’odieux reptile ; en un mot, que la nouvelle Ève sera digne du nouvel Adam, triomphante comme lui ; que la race humaine un jour sera vengée, non seulement parle Dieu fait homme, mais aussi par la Femme miraculeusement soustraite à toute atteinte du péché ; en sorte que la création primitive dans la sainteté et la justice (Ephes. IV, 24) reparaîtra en elle, comme si la faute primitive n’avait pas été commise.
Relevez donc la tête, enfants d’Adam, et secouez vos chaînes. Aujourd’hui, l’humiliation qui pesait sur vous est anéantie. Voici que Marie, qui est votre chair et votre sang, a vu reculer devant elle le torrent du péché qui entraîne toutes les générations : le souffle du dragon infernal s’est détourné pour ne pas la flétrir ; la dignité première de votre origine est rétablie en elle. Saluez donc ce jour fortuné où la pureté première de votre sang est renouvelée : la nouvelle Ève est produite ; et de son sang qui est aussi le vôtre, moins le péché, elle va vous donner, sous peu d’heures, le Dieu-homme qui procède d’elle selon la chair, comme il sort de son Père par une génération éternelle.
Et comment n’admirerions-nous pas la pureté incomparable de Marie dans sa conception immaculée, lorsque nous entendons, dans le divin Cantique, le Dieu même qui l’a ainsi préparée pour être sa Mère, lui dire avec l’accent d’une complaisance toute d’amour : « Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, et il n’y a en vous aucune tache ? » (Cant. IV, 7.) C’est le Dieu de toute sainteté qui parle ; son œil qui pénètre tout ne découvre en Marie aucune trace, aucune cicatrice du péché ; voilà pourquoi il se conjoint avec elle, et la félicite du don qu’il a daigné lui faire. Après cela, nous étonnerons-nous que Gabriel, descendu des cieux pour lui apporter le divin message, soit saisi d’admiration à la vue de cette pureté dont le point de départ a été si glorieux et les accroissements sans limites ; qu’il s’incline profondément devant une telle merveille, et qu’il dise : « Salut, ô Marie, pleine de grâce ! » Gabriel mène sa vie immortelle au centre de toutes les magnificences de la création, de toutes les richesses du ciel ; il est le frère des Chérubins et des Séraphins, des Trônes et des Dominations ; son regard parcourt éternellement ces neuf hiérarchies angéliques où la lumière et la sainteté resplendissent souverainement, croissant toujours de degré en degré ; mais voici qu’il a rencontré sur la terre, dans une créature d’un rang inférieur aux Anges, la plénitude de la grâce, de cette grâce qui n’a été donnée qu’avec mesure aux Esprits célestes, et qui repose en Marie depuis le premier instant de sa création. C’est la future Mère de Dieu toujours sainte, toujours pure, toujours immaculée.
Cette vérité révélée aux Apôtres par le divin Fils de Marie, recueillie dans l’Église, enseignée par les saints Docteurs, crue avec une fidélité toujours plus grande par le peuple chrétien, était contenue dans la notion même d’une Mère de Dieu. Croire Marie Mère de Dieu, c’était déjà croire implicitement que celle en qui devait se réaliser ce titre sublime n’avait jamais rien eu de commun avec le péché, et que nulle exception n’avait pu coûter à Dieu pour l’en préserver. Mais désormais l’honneur de Marie est appuyé sur la sentence explicite qu’a dictée l’Esprit-Saint. Pierre a parlé par la bouche de Pie IX ; et lorsque Pierre a parlé, tout fidèle doit croire ; car le Fils de Dieu a dit : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille jamais » (LUC. XXVII, 32) ; et il a dit aussi : « Je vous enverrai l’Esprit de vérité qui demeurera avec vous à jamais, et vous fera souci venir de tout ce que je vous avais enseigné. » (JOHAN. XIV, 20.)
Le symbole de notre foi a donc acquis, non une vérité nouvelle, mais une nouvelle lumière sur la vérité qui était auparavant l’objet de la croyance universelle. En ce jour, le serpent infernal a senti de nouveau la pression victorieuse du pied de la Vierge-mère, et le Seigneur a daigné nous donner le gage le plus signalé de ses miséricordes. Il aime encore cette terre coupable; car il a daigné l’éclairer tout entière d’un des plus beaux rayons de la gloire de sa Mère. N’a-t-elle pas tressailli, cette terre ? N’a-t-elle pas ressenti à ce moment un enthousiasme que notre génération n’oubliera jamais ? Quelque chose de grand s’accomplissait à cette moitié du siècle ; et nous attendrons désormais les temps avec plus de confiance, puisque si l’Esprit-Saint nous avertit de craindre pour les jours où les vérités diminuent chez les enfants des hommes, il nous dit assez par là que nous devons regarder comme heureux les jours où les vérités croissent pour nous en lumière et en autorité.
En attendant l’heure de la proclamation solennelle du grand dogme, la sainte Église le confessait chaque année, en célébrant la fête d’aujourd’hui. Cette fête n’était pas appelée, il est vrai, la Conception immaculée, mais simplement la Conception de Marie. Toutefois, le fait de son institution et de sa célébration exprimait déjà suffisamment la croyance de la chrétienté. Saint Bernard et l’Angélique Docteur saint Thomas s’accordent à enseigner que l’Église ne peut pas célébrer la fête de ce qui n’est pas saint ; la Conception de Marie fut donc sainte et immaculée, puisque l’Église, depuis tant de siècles, l’honore d’une fête spéciale. La Nativité de Marie est l’objet d’une solennité dans l’Église, parce que Marie naquit pleine de grâce ; si donc le premier instant de son existence eût été marqué par la flétrissure commune, sa Conception n’aurait pu être l’objet d’un culte. Or, il est peu de fêtes plus générales et mieux établies dans l’Église que celle que nous célébrons aujourd’hui.
L’Église grecque, héritière plus prochaine des pieuses traditions de l’Orient, la célébrait déjà au VI° siècle, comme on le voit par le Type ou cérémonial de saint Sabbas. En Occident nous la trouvons établie dès le VIII° siècle, dans l’Église gothique d’Espagne. Un célèbre calendrier gravé sur le marbre, au IX° siècle, pour l’usage de l’Église de Naples, nous la montre déjà instituée à cette époque. Paul Diacre, secrétaire de Charlemagne, puis moineau Mont-Cassin, célébrait le mystère de l’Immaculée-Conception dans une Hymne remarquable, que nous donnerons tout à l’heure, d’après les manuscrits du Mont-Cassin, de Subiaco et de BénÈvent. En 1066, la fête s’établissait en Angleterre à la suite d’un prodige opéré sur mer en faveur du pieux abbé Helsin, et bientôt elle s’étendait dans cette île par les soins du grand saint Anselme, moine et archevêque de Cantorbéry ; delà elle passait en Normandie, et prenait possession du sol français. Nous la trouvons en Allemagne sanctionnée dans un concile présidé, en 1049, par saint Léon IX ; dans la Navarre, en 1090, à l’abbaye d’Irach ; en Belgique, à Liège, en 1142. C’est ainsi que toutes les Églises de l’Occident rendaient tour à tour témoignage au mystère, en acceptant la fête qui l’exprimait.
Enfin, l’Église de Rome l’adopta elle-même, et par son concours vint rendre plus imposant encore ce concert de toutes les Églises. Ce fut Sixte IV qui, en 1476, rendit le décret qui instituait la fête de la Conception de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. Au siècle suivant, en 1568, saint Pie V publiait l’édition universelle du Bréviaire Romain ; on y voyait cette fête inscrite au calendrier, comme l’une des solennités chrétiennes qui doivent chaque année réunir les vœux des fidèles. Rome n’avait pas déterminé le mouvement de la piété catholique envers le mystère; elle le sanctionnait de son autorité liturgique, comme elle Fa confirmé, dans ces derniers temps, de son autorité doctrinale.
Les trois grands États de l’Europe catholique, l’Empire d’Allemagne, la France et l’Espagne, se signalèrent, chacun à sa manière, par les manifestations de leur piété envers Marie immaculée dans sa Conception. La France, par l’entremise de Louis XIV, obtint de Clément IX que la fête serait célébrée avec Octave dans le royaume : faveur qui fut bientôt étendue à l’Église universelle par Innocent XII. Déjà, depuis des siècles, la Faculté de théologie de Paris astreignait tous ses Docteurs à prêter serment de soutenir le privilège de Marie, et elle maintint cette pieuse pratique jusqu’à son dernier jour.
L’empereur Ferdinand III, en 1647, fit élever sur la grande place de Vienne une splendide colonne couverte d’emblèmes et de figures qui sont autant de symboles de la victoire que Marie a remportée sur le péché, et surmontée de la statue de notre Reine immaculée, avec cette pompeuse et catholique inscription :
EN SOUVENIR ÉTERNEL [D. O. M. supremo cœli terraeque imperatori, per quem reges regnant; Virgini Deiparae immaculatae conceptae, per quam principes imperant, in peculiarem Dominam, Austriae Patronam, singulari pietate susceptae, se, liberos, populos, exercitus, provincias, omnia denique confidit, donat, consecrat, et in perpetuam rei memoriam, statuam hanc ex voto ponit Ferdinandus III Augustus.].
AU DIEU TRÈS BON ET TRES GRAND, MONARQUE DU CIEL ET DE LA TERRE,
PAR QUI RÉGNENT LES ROIS ;
A LA VIERGE MÈRE DE DIEU,
IMMACULÉE DANS SA CONCEPTION.
PAR QUI LES PRINCES COMMANDENT,
QUE L’AUTRICHE A CHOISIE AVEC AMOUR
POUR SOUVERAINE ET PATRONNE ,
FERDINAND III AUGUSTE
CONFIE, DONNE, CONSACRE SOI-MÊME,
SES ENFANTS , SES PEUPLES , SES ARMÉES ,
SES PROVINCES,
ENFIN TOUT CE QU’IL POSSÈDE,
ET ÉRIGE POUR ACCOMPLIR UN VOEU
CETTE STATUE,
PAR QUI RÉGNENT LES ROIS ;
A LA VIERGE MÈRE DE DIEU,
IMMACULÉE DANS SA CONCEPTION.
PAR QUI LES PRINCES COMMANDENT,
QUE L’AUTRICHE A CHOISIE AVEC AMOUR
POUR SOUVERAINE ET PATRONNE ,
FERDINAND III AUGUSTE
CONFIE, DONNE, CONSACRE SOI-MÊME,
SES ENFANTS , SES PEUPLES , SES ARMÉES ,
SES PROVINCES,
ENFIN TOUT CE QU’IL POSSÈDE,
ET ÉRIGE POUR ACCOMPLIR UN VOEU
CETTE STATUE,
L’Espagne dépassa tous les États catholiques par son zèle pour le privilège de Marie. Dès l’année 1398, Jean Ier, roi d’Aragon, donnait une charte solennelle pour mettre sa personne et son royaume sous la protection de Marie conçue sans péché. Plus tard, les rois Philippe III et Philippe IV faisaient partir pour Rome des ambassades qui sollicitaient en leur nom la solennelle décision que le ciel, dans sa miséricorde, avait réservée pour nos temps. Charles III, au siècle dernier, obtenait de Clément XIII que la Conception immaculée devînt la fête patronale des Espagnes. Les habitants du royaume Catholique inscrivaient sur la porte ou sur la façade de leurs maisons la louange du privilège de Marie ; ils se saluaient en le prononçant dans une formule touchante. Marie de Jésus, abbesse du monastère de l’Immaculée-Conception d’Agréda, écrivait son livre de la Cité mystique de Dieu, dans lequel Murillo s’inspirait pour produire le chef-d’œuvre de la peinture espagnole.
Mais il ne serait pas juste d’omettre, dans cette énumération des hommages rendus à Marie immaculée, la part immense qu’a eue l’Ordre Séraphique au triomphe terrestre de cette auguste Souveraine de la terre et des cieux. Le pieux et profond docteur Jean Duns Scot, qui le premier sut assigner au dogme de la Conception immaculée le rang qu’il occupe dans la divine théorie de l’Incarnation du Verbe, ne mérite-t-il pas d’être nommé aujourd’hui avec l’honneur qui lui est dû? Et toute l’Église n’a-t-elle pas applaudi à l’audience sublime que reçut du Pontife la grande famille des Frères-Mineurs, au moment où toutes les pompes de la solennelle proclamation du dogme paraissant accomplies, Pie IX y mit le dernier sceau en acceptant des mains de l’Ordre de Saint-François l’hommage touchant et les actions de grâces que lui offrait l’École scotiste, après quatre siècles de savants travaux en faveur du privilège de Marie ?
En présence de cinquante-quatre Cardinaux, de quarante-deux Archevêques et de quatre-vingt-douze Évêques, sous les regards d’un peuple immense qui remplissait le plus vaste temple de l’univers, et avait joint sa voix pour implorer la présence de l’Esprit de vérité, le Vicaire du Christ venait de prononcer l’oracle attendu depuis des siècles ; le divin Sacrifice avait été offert par lui sur la Confession de saint Pierre ; la main du Pontife avait orné d’un splendide diadème l’image de la Reine immaculée ; porté sur son trône aérien et le front ceint de la triple couronne, il était arrivé près du portique de la basilique. Là, prosternés à ses pieds, les deux représentants du Patriarche Séraphique arrêtèrent sa marche triomphale. L’un présentait une branche de lis en argent : c’était le Général des Frères-Mineurs de l’Observance ; une tige de rosier chargée de ses fleurs, de même métal, brillait aux mains du second : c’était le Général des Frères-Mineurs Conventuels. Lis et roses, fleurs de Marie, pureté et amour symbolisés dans cette offrande que rehaussait la blancheur de l’argent, pour rappeler le doux éclat de l’astre sur lequel se réfléchit la lumière du soleil : car Marie « est belle comme la lune », nous dit le divin Cantique (VI, 9). Le Pontife ému daigna accepter le don de la famille Franciscaine, de qui l’on pouvait dire en ce jour, comme de l’étendard de notre héroïne française, « qu’ayant été à la lutte, il était juste qu’elle fût aussi au triomphe. » Et ainsi se terminèrent les pompes si imposantes de cette grande matinée du huit décembre MDCCCLIV.
C’est ainsi que vous avez été glorifiée sur la terre en votre Conception Immaculée, ô vous la plus humble des créatures! Mais comment les hommes ne mettraient-ils pas toute leur joie à vous honorer, divine aurore du Soleil de justice ? Ne leur apportez-vous pas, en ces jours, la nouvelle de leur salut ? N’êtes-vous pas, ô Marie, cette radieuse espérance qui vient tout d’un coup briller au sein même de l’abîme de la désolation ? Qu’allions-nous devenir sans le Christ qui vient nous sauver ? et vous êtes sa Mère à jamais chérie, la plus sainte des créatures de Dieu, la plus pure des vierges, la plus aimante des mères !
O Marie! que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Étoile du matin ! vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages! Oh! préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’Avent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie ! à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous.
O Marie ! Arche d’alliance, formée d’un bois incorruptible, revêtue de l’or le plus pur, aidez-nous à correspondre aux desseins ineffables du Dieu qui, après s’être glorifié dans votre pureté incomparable, veut maintenant se glorifier dans notre indignité, et ne nous a arrachés au démon que pour faire de nous son temple et sa demeure la plus chère Venez à notre aide, ô vous qui, par la miséricorde de votre Fils, n’avez jamais connu le péché ! et recevez en ce jour nos hommages. Car vous êtes l’Arche de Salut qui surnage seule sur les eaux du déluge universel ; la blanche Toison rafraîchie par la rosée du ciel, pendant que la terre entière demeure dans la sécheresse ; la Flamme que les grandes eaux n’ont pu éteindre ; le Lis qui fleurit entre les épines; le Jardin fermé au serpent infernal ; la Fontaine scellée, dont la limpidité ne fut jamais troublée; la Maison du Seigneur, sur laquelle ses yeux sont ouverts sans cesse, et dans laquelle rien de souillé ne doit jamais entrer ; la Cité mystique dont on raconte tant de merveilles (Ps. LXXXVI). Nous nous plaisons à redire vos titres d’honneur, ô Marie ! car nous vous aimons ; et la gloire de la Mère est celle des enfants. Continuez de bénir et de protéger ceux qui honorent votre auguste privilège, vous qui êtes conçue en ce jour ; et bientôt naissez, concevez l’Emmanuel, enfantez-le et montrez-le à notre amour.
AUX PREMIERES VEPRES.
Les cinq Psaumes que l’Église chante dans cet Office sont ceux avec lesquels elle a coutume de célébrer les Vêpres dans les solennités de Marie.
Le premier rappelle la Royauté, le Sacerdoce et la suprême Judicature du Christ, Fils de Dieu et fils de Marie: c’est annoncer déjà la haute dignité, l’incomparable pureté de celle qui doit le donner au monde.
Ant.Tota pulchra es, Maria, et macula originalis non est in te.
Ant.Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tâche originelle n’est point en vous.
PSAUME CIX.
Dixit Dominus Domino meo: * Sede a dextris meis.
Donec ponam inimicos tuos: * scabellum pedum tuorum.
Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion: * dominare in medio inimicorum tuorum.
De torrente in via bibet: * propterea exaltabit caput.
Tecum principium in die virtutis tuae in splendoribus sanctorum: * ex utero ante luciferum genui te.
Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite , et régnez avec moi;
Juravit Dominus, et non poenitebit eum: * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.
Jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.
Dominus a dextris tuis: * confregit in die irae suae reges.
O Christ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas: * conquassabit capita in terra multorum.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.
Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : Il a dit en vous parlant : Dieu-homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech.
O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite ; c’est lui qui au jour de sa colère viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations : dans cet avènement terrible, il consommera la ruine du monde et brisera contre terre la tête de plusieurs.
Maintenant, il vient dans l’humilité ; il s’abaissera pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.
Antiphona. Tota pulchra es, Maria, et macula originalis non est in te.
Ant.Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous.
Ant.Vestimentum tuum candidum quasi nix, et facies tua sicut sol.
Ant.Votre vêtement est blanc comme la neige, et votre visage éclatant comme le soleil.
Le second Psaume célèbre la grandeur de Dieu, et en même temps nous le montre attentif à considérer les cœurs humbles du haut du ciel. L’humilité de Marie l’a attiré en elle, et il l’a établie Reine de l’univers. Elle est demeurée vierge, et le Seigneur l’a faite mère d’une famille innombrable.
PSAUME CXVII.
Laudate, pueri, Dominum: * laudate nomen Domini.Sit nomen Domini benedictum: * ex hoc nunc et usque in saeculum.A solis ortu usque ad occasum: * laudabile nomen Domini.Excelsus super omnes gentes Dominus: * et super coelos gloria ejus.Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat:* et humilia respicit in coelo et in terra?Suscitans a terra inopem: * et de stercore erigens pauperem.Ut collocet eum cum principibus: * cum principibus populi sui.Qui habitare facit sterilem in domo: * matrem filiorum laetantem.
Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.
Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.
De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Le Seigneur est élève au-dessus de toutes les nations; sa gloire est par delà les cieux.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.
C’est de là qu’il soulève de terre l’indigent, qu’il élève le pauvre de dessus le fumier, où il languissait ;
Pour le placer avec les princes, avec les princes même de son peuple.
C’est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.
Ant.Vestimentum tuum candidum quasi nix, et facies tua sicut sol.
Ant.Votre vêtement est blanc comme la neige, et votre visage éclatant comme le soleil.
Ant.Tu gloria Jerusalem, tu laetitia Israel, tu honorificentia populi nostri
Ant.Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël, l’honneur de notre peuple.
Le troisième Psaume chante la gloire de Jérusalem, Cité de Dieu ; Marie, demeure du Très-Haut, était figurée par cette cité bénie. C’est en elle, en l’admiration que font naître ses grandeurs, en la confiance qu’inspire que se réunissent les enfants est la Cité de Dieu.
PSAUME CXXI.
Laetatus sum in his quae dicta sunt mihi: * In domum Domini ibimus.Stantes erant pedes nostri: * in atriis tuis Jerusalem.Jerusalem quae aedificatur ut civitas: * cujus participatio ejus in idipsum.Illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini: * testimonium Israel ad confitendum Nomini Domini.Quia illic sederunt sedes in judicio: * sedes super domum David.Rogate quae ad pacem sunt Jerusalem: * et abundantia diligentibus te.Fiat pax in virtute tua: * et abundantia in turribus tuis.Propter fratres meos et proximos meos: * loquebar pacem de te.Propter domum Domini Dei nostri: * quaesivi bona tibi.
Je me suis réjoui quand on m’a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.
Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! notre cœur dans votre amour, ô Marie !
Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour sont unis et liés ensemble.
C’est en elle que se sont donne rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l’ordre qu’il en a donné à Israël, pour y louer le Nom du Seigneur.
Là, sont dressés les sièges de la justice, les trônes de la maison de David ; et Marie est la fille des Rois.
Demandez à Dieu par marie la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Église !
Voix de Marie : Que la paix règne sur tes remparts, ô nouvelle Sion ! et l’abondance dans tes forteresses.
Moi, fille d’Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.
Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j’ai appelé sur toi tous les biens.
Ant. Tu gloria Jerusalem, tu laetitia Israel, tu honorificentia populi nostri
Ant. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël , l’honneur de notre peuple.
Ant. Benedicta es tu, Virgo Maria, a Domino Deo excelso, prae omnibus mulieribus super terram.
Ant. Vous êtes bénie, ô vierge Marie, par le Seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre.
Le Psaume suivant est employé dans l’Office de la Sainte Vierge à cause de l’allusion qu’il fait à une Maison que Dieu même a bâtie, à une Cité dont il se fait le gardien. Marie est cette Maison que Dieu a construite pour lui-même, cette Cité qu’il a protégée contre toute insulte de l’ennemi.
PSAUME CXXVI.
Nisi Dominus aedificaverit domum: * in vanum laboraverunt qui aedificant eam.Nisi Dominus custodierit civitatem: * frustra vigilat qui custodit eam.Vanum est vobis ante lucem surgere: * surgite post quam sederitis, qui manducatis panem doloris.Cum dederit dilectis suis somnum; * ecce haereditas Domini, filii: merces, fructus ventris.Sicut sagittae in manu potentis: * ita filii excussorum.Beatus vir, qui implevit desiderium suum ex ipsis: * non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.
Si le Seigneur ne bâtit la Maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.
Si le Seigneur ne garde la Cité, inutilement veilleront ses gardiens.
En vain vous vous lèveriez avant le jour : mais levez-vous après le repos, vous qui mangez le pain de la douleur.
Le Seigneur donnera un sommeil tranquille à ceux qu’il aime : des fils, voilà l’héritage que le Seigneur leur destine; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.
Comme des flèches dans une main puissante, ainsi seront les fils de ceux que l’on opprime.
Heureux l’homme qui en a rempli son désir ! il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.
Ant. Benedicta es tu, Virgo Maria, a Domino Deo excelso, prae omnibus mulieribus super terram.
Ant. Vous êtes bénie, ô Vierge Marie, par le seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre.
Ant.Trahe nos, Virgo immaculata: post te curremus in odorem unguentorum tuorum.
Ant.Attirez-nous, Vierge immaculée; nous courrons sur vos pas, à l’odeur de vos parfums.
C’est encore Marie, Cité mystique de Dieu, que l’Église a en vue dans le choix qu’elle a fait aujourd’hui du beau Psaume suivant. Le Seigneur, en ce jour, a fortifié les portes de sa Cité chérie ; l’ennemi n’a pu y pénétrer. Dieu devait ce secours à celle par qui il a envoyé son Verbe à la terre.
PSAUME CXLVII.
Lauda, Jerusalem, Dominum: * lauda Deum tuum, Sion.Quoniam confortavit seras portarum tuarum: * benedixit filiis tuis in te.Qui posuit fines tuos pacem, * et adipe frumenti satiat te.Qui emittit eloquium suum terrae: * velociter currit sermo ejus.Qui dat nivem sicut lanam: * nebulam sicut cinerem spargit.Mittit crystallum suam sicut buccellas: * ante faciem frigoris ejus quis sustinebit?Emittet verbum suum, et liquefaciet ea: * flabit spiritus ejus, et fluent aquae.Qui annuntiat verbum suum Jacob: * justitias, et judicia sua Israel.Non fecit taliter omni nationi: * et judicia sua non manifestavit eis.
Marie, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur : Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.
C’est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le Pain de vie.
Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa Parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme des flocons de laine : il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger: qui pourra résister devant le froid que son souffle répand ?
Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie; et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.
Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi. et ses jugements à Israël.
Jusqu’aux jours où nous sommes, il n’avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.
Ant.Trahe nos, Virgo immaculata: post te curremus in odorem unguentorum tuorum.
Ant.Attirez-nous, Vierge immaculée ; nous courrons sur vos pas, à l’odeur de vos parfums.
Le Capitule est un passage du livre des Proverbes de Salomon, dans lequel on entend la divine Sagesse, le Fils de Dieu, déclarer l’éternité du dessein de l’Incarnation. L’Église met aujourd’hui ces mêmes paroles dans la bouche de Marie, parce que cette créature privilégiée a été décrétée comme Mère de l’Homme-Dieu, avant tous les temps.
CAPITULE. (Prov. VIII.)
Dominus possedit me in initio viarum suarum, antequam quidquam faceret a principio: ab aeterno ordinata sum, et ex antiquis antequam terra fieret: non dum erant abyssi, et ego jam concepta eram.
Le Seigneur m’a possédée, dès le commencement de ses voies, avant qu’il créât aucune chose au commencement. J’ai été établi dès l’éternité, et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue.
L’Hymne est cet antique chant de la catholicité, qui s’étend à toutes les fêtes de Marie : cantique de confiance et de tendresse et d’une incomparable fraîcheur, que les vierges sacrées aiment à faire retentir sous l’abri mystique du cloître, et le nautonnier chrétien au milieu des mugissements de la tempête.
HYMNE.
Ave, maris Stella, Dei Mater alma, Atque semper Virgo, Felix coeli porta.
Salut, astre des mers,
Mère de Dieu féconde !
Salut, ô toujours Vierge,
Porte heureuse du ciel!
Mère de Dieu féconde !
Salut, ô toujours Vierge,
Porte heureuse du ciel!
Sumens illud Ave Gabrielis ore, Funda nos in pace, Mutans Eva; nomen.
Vous qui de Gabriel
Avez reçu l’Ave,
Fondez-nous dans la paix,
Changez le nom d’Eva.
Avez reçu l’Ave,
Fondez-nous dans la paix,
Changez le nom d’Eva.
Solve vincla reis, Profer lumen caecis, Mala nostra pelle, Bona cuncta posce.
Délivrez les captifs.
Éclairez les aveugles, Chassez loin tous nos maux,
Demandez tous les biens.
Éclairez les aveugles, Chassez loin tous nos maux,
Demandez tous les biens.
Monstra te esse Matrem, Sumat per te preces, Qui pro nobis natus, Tulit esse tuus.
Montrez en vous la Mère;
Vous-même offrez nos vœux
Au Dieu qui, né pour nous,
Voulut naître de vous.
Vous-même offrez nos vœux
Au Dieu qui, né pour nous,
Voulut naître de vous.
Virgo singularis, Inter omnes mitis, Nos culpis solutos Mites fac et castos.
O Vierge incomparable,
Vierge douce entre toutes ;
Affranchis du péché,
Rendez-nous doux et chastes.
Vierge douce entre toutes ;
Affranchis du péché,
Rendez-nous doux et chastes.
Vitam praesta puram, Iter para tutum ; Ut videntes Jesum, Semper collaetemur.
Donnez vie innocente,
Et sûr pèlerinage,
Pour qu’un jour soit Jésus
Notre liesse à tous.
Et sûr pèlerinage,
Pour qu’un jour soit Jésus
Notre liesse à tous.
Sit laus Deo Patri, Summo Christo decus, Spiritui Sancto, Tribus honor unus. Amen.
Louange à Dieu le Père,
Gloire au Christ souverain;
Louange au Saint-Esprit;
Aux trois un même honneur. Amen.
Gloire au Christ souverain;
Louange au Saint-Esprit;
Aux trois un même honneur. Amen.
v. Immaculata Conceptio est hodie sanctae Maria; Virginis,
v. C’est aujourd’hui la Conception immaculée de la sainte Vierge Marie,
r. Quae serpentis caput virgineo pede contrivit.
r. Qui, de son pied virginal, a brisé la tête du serpent.
ANTIENNE de Magnificat.
Beatam me dicent omnes generationes , quia fecit mihi magna qui potens est. Alleluia.
Toutes les générations m’appelleront bienheureuse ; car Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses. Alleluia.
ORAISON.
Deus, qui per immaculatam Virginis Conceptionem dignum Filio tuo habitaculum praeparasti : quaesumus, ut qui ex morte ejusdem Filii tui praevisa, eam ab omni labe praeservasti, nos quoque mundos ejus intercessione ad te pervenire concedas. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
O Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé une digne habitation à votre Fils, nous vous supplions, vous qui, en vue de la mort de ce môme Fils, l’avez préservée de toute tache, de nous faire la grâce d’arriver jusqu’à vous purifiés par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur, Amen.
On fait ensuite mémoire de l’Avent, par l’Antienne, le Verset et l’Oraison du temps.
A LA MESSE.
L’Introït est un chant d’actions de grâces emprunté à Isaïe et à David. Marie célèbre les dons supérieurs dont Dieu l’a honorée et la victoire qu’il lui a donnée sur l’enfer.
INTROÏT.
Gaudens gaudebo in Domino, et exsultabit anima mea in Deo meo: quia induit me vestimentis salutis; et indumento justitiae circumdedit me, quasi sponsam ornatam monilibus suis.
Je me réjouirai dans le Seigneur, et mon âme tressaillera en mon Dieu ; car il m’a revêtue des vêtements du salut, et il m’a entourée d’une parure de sainteté comme une épouse ornée de ses joyaux.
Ps. Exaltabo te, Domine, quoniam suscepisti me: nec delectasti inimicos meos super me. Gloria Patri. Gaudens gaudebo.
Ps. Je vous célébrerai, Seigneur, parce que vous m’avez protégée et que vous n’avez pas permis à mes ennemis de triompher de moi. Gloire au Père. Je me réjouirai.
La Collecte présente l’application morale du mystère. Marie a été préservée de la tache originelle, parce qu’elle devait être l’habitation du Dieu trois fois Saint. Que cette pensée nous engage à recourir à la bonté divine pour en obtenir la purification de nos âmes.
COLLECTE.
Deus,qui per immaculatam Virginis Conceptionem dignum Filio tuo habitaculum praeparasti; quaesumus, ut qui, ex morte ejusdem Filii tui praevisa, eam ab omni labe praeservasti, nos quoque mundos ejus intercessione ad te pervenire concedas. Per eumdem.
O Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé une digne habitation à votre Fils, nous vous supplions, vous qui, en vue de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, de nous faire la grâce d’arriver jusqu’à vous purifiés par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.On fait ici la mémoire de l’Avent, par la Collecte du Dimanche précédent.
ÉPITRE.
Lectio libri Sapientiae. Prov. Cap. VIII.
Lecture du livre de la Sagesse. Prov. VIII.
Dominus possedit me in initio viarum suarum, antequam quidquam faceret a principio. Ab aeterno ordinata sum, et ex antiquis, antequam terra fieret. Nondum erant abyssi et ego iam concepta eram: necdum fontes aquarum eruperant: necdum montes gravi mole constiterant: ante colles ego parturiebar: adhuc terram non fecerat, et flumina, et cardines orbis terrae. Quando praeparabat caelos, aderam: quando certa lege et gyro vallabat abyssos: quando aethera firmabat sursum, et librabat fontes aquarum: quando circumdabat mari terminum suum, et legem ponebat aquis, ne transirent fines sus; quando appendebat fundamenta terrae. Cum eo eram cuncta componens: et delectabar per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, ludens in orbe terrarum, et deliciae meae esse cum filiis hominum. Nunc ergo filii, audite me: Beati qui custodiunt vias meas. Audite disciplinam, et estote sapientes, et nolite abiicere eam. Beatus homo qui audit me, et qui vigilat ad fores meas quotidie, et observat ad postes ostii mei. Qui me invenerit, inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino.
Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies, avant qu’il créât aucune chose au commencement. J’ai été établie dès l’éternité et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient point encore, et déjà j’étais conçue ; les fontaines n’avaient point encore répandu leurs eaux ; la pesante masse des montagnes n’était pas encore formée : j’étais enfantée avant les collines : il n’avait point encore créé la terre, ni les fleuves, ni les pôles du monde. Lorsqu’il préparait les cieux, j’étais présente ; lorsqu’il environnait les abîmes de cette circonférence qui a de si justes proportions; lorsqu’il affermissait l’air au-dessus de la terre, et qu’il pesait comme dans une balance les eaux des fontaines ; lorsqu’il renfermait la mer dans ses bornes, et qu’il imposait une loi aux eaux, afin qu’elles ne franchissent point leurs limites; lorsqu’il fondait la terre sur son propre poids, j’étais avec lui et je réglais toutes choses. Je prenais plaisir chaque jour, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans l’univers ; et mes délices sont d’être avec les enfants des hommes. Maintenant donc, ô mes enfants ! écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies ! Écoutez mes instructions, soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux celui qui m’écoute, qui veille tous les jours à l’entrée de ma maison, et qui se tient tout prêta ma porte! Celui qui m’aura trouvée trouvera la vie, et il puisera le salut dans le Seigneur.
L’Apôtre nous enseigne que Jésus, notre Emmanuel, est le premier-né de toute créature. (Coloss. I,15). Ce mot profond signifie non seulement qu’il est, en tant que Dieu, éternellement engendré du Père ; mais il exprime encore que le Verbe divin, en tant qu’homme, est antérieur à tous les êtres créés. Cependant ce monde était sorti du néant, le genre humain habitait cette terre depuis déjà quatre mille ans, lorsque le Fils de Dieu s’unit à une nature créée. C’est donc dans l’intention éternelle de Dieu, et non dans l’ordre des temps, qu’il faut chercher cette antériorité de l’Homme-Dieu sur toute créature. Le Tout-Puissant a d’abord résolu de donner à son Fils éternel une nature créée, la nature humaine, et, par suite de cette résolution, de créer pour être le domaine de cet Homme-Dieu, tous les êtres spirituels et corporels. Voilà pourquoi la divine Sagesse, le Fils de Dieu, dans le passage de l’Écriture que l’Église nous propose aujourd’hui et que nous venons de lire, insiste sur sa préexistence à toutes les créatures qui forment cet univers. Comme Dieu, il est engendré de toute éternité au sein de son Pète ; comme homme, il était dans la pensée de Dieu le type de toutes les créatures, avant qu’elles fussent sorties du néant. Mais le Fils de Dieu, pour être un homme de notre filiation, ainsi que l’exigeait le décret divin, devait naître dans le temps, et naître d’une Mère : cette Mère a donc été présente éternellement à la pensée de Dieu comme le moyen par lequel le Verbe prendrait la nature humaine ; le Fils et la Mère sont donc unis dans le même plan de l’Incarnation; Marie était donc présente comme Jésus dans le décret divin, avant que la création sortît du néant. Voilà pourquoi, dès les premiers siècles du christianisme, la sainte Église a reconnu la voix de la Mère unie à celle du Fils dans ce sublime passage du livre sacré, et a voulu qu’on le lût dans l’assemblée des fidèles, ainsi que les autres passages analogues de l’Écriture, aux solennités de la Mère de Dieu. Mais si Marie importe à ce degré dans le plan éternel ; si, comme son fils, elle est, en un sens, avant toute créature, Dieu pouvait-il permettre qu’elle fût sujette à la flétrissure originelle encourue par la race humaine? Sans doute, elle ne naîtrait qu’à son tour, ainsi que son fils, dans le temps marqué ; mais la grâce détournerait le cours du torrent qui entraîne tous lès hommes, afin qu’elle n’en fût pas même touchée, et qu’elle transmît à son fils qui devait être aussi le Fils de Dieu, l’être humain primitif qui fut créé dans la sainteté et dans la justice.
Le Graduel est formé des éloges que les ancien de Béthulie adressèrent à Judith, après qu’elle eut frappé l’ennemi de son peuple. Judith est un des types de Marie qui a brisé la tête du serpent.
Le Verset alléluiatique applique à Marie les paroles du divin Cantique où l’Épouse de Dieu est déclarée toute belle et sans tache.
GRADUEL.
Benedicta es tu, Virgo Maria, a Domino Deo excelso prae omnibus mulieribus super terram.
Vous êtes bénie, ô Vierge Marie, par le Seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre.
V. Tu gloria Jerusalem, tu laetitia Israel, tu honorificentia populi nostri.
v. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël, l’honneur de notre peuple.
Alleluia, alleluia.
Alleluia, alleluia.
V. Tota pulchra es, Maria, et macula originalis non est in te. Alleluia.
v. Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous. Alleluia.
Évangile.
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap, I.
La suite du saint Évangile selon saint LUC. CHAP. I.
In illo tempore: Missus est Angelus Gabriel a Deo in civitatem Galilaeae, cui nomen Nazareth, ad Virginem desponsatam viro, cui nomen erat Ioseph, de domo David, et nomen Virginis Maria. Et ingressus Angelus ad eam dixit: Ave, gratia plena: Dominus tecum: benedicta tu in mulieribus.
En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth , à une Vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la Vierge était Marie. Et l’Ange étant entré où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes.
Telle est la salutation qu’apporte à Marie l’Archange descendu du ciel. Tout y respire l’admiration et le plus humble respect. Le saint Évangile nous dit qu’à ces paroles la Vierge se sentit troublée, et qu’elle se demandait à elle-même ce que pouvait signifier une telle salutation. Les saintes Écritures en reproduisent plusieurs autres, et, comme le remarquent les Pères, saint Ambroise, saint André de Crète, à la suite d’Origène, il n’en est pas une seule qui contienne de tels éloges. La Vierge prudente dut donc s’étonner d’être le sujet d’un langage si flatteur, et ainsi que le remarquent les auteurs de l’antiquité, elle dut penser au colloque du jardin entre Ève et le serpent. Elle se retrancha donc dans le silence, et attendit, pour répondre, que l’Archange eût parlé une seconde fois.
Néanmoins Gabriel avait parlé non seulement avec toute l’éloquence, mais avec toute la profondeur d’un Esprit céleste initié aux pensées divines ; et, dans son langage surhumain, il annonçait que le moment était venu où Ève se transformait en Marie. Une femme était devant lui, destinée aux plus sublimes grandeurs, une future Mère de Dieu; mais, à cet instant solennel, Marie n’était encore qu’une fille des hommes. Or, dans ce premier état, mesurez la sainteté de Marie telle que Gabriel la décrit ; vous comprendrez alors que l’oracle divin du paradis terrestre a déjà reçu en elle son accomplissement.
L’Archange la proclame pleine de grâce. Qu’est-ce à dire ? sinon que la seconde femme possède en elle l’élément dont le péché priva la première. Et remarquez qu’il ne dit pas seulement que la grâce divine agit en elle, mais qu’elle en est remplie. « Chez d’autres réside la grâce, dit notre saint Pierre Chrysologue, mais en Marie habite la plénitude de la grâce. » En elle tout est resplendissant de la pureté divine, et jamais le péché n’a répandu son ombre sur sa beauté. Voulez-vous connaître la portée de l’expression angélique ? Demandez-la à la langue même dont s’est servi le narrateur sacré d’une telle scène. Les grammairiens nous disent que le mot unique qu’il emploie dépasse encore ce que nous exprimons par « pleine de grâce ». Non seulement il rend l’état présent, mais encore le passé, mais une incorporation native de la grâce, mais son attribution pleine et complète, mais sa permanence totale. Il a fallu affaiblir le terme en le traduisant.
Que si nous cherchons un texte analogue dans les Écritures, afin de pénétrer les termes de la traduction au moyen d’une confrontation, nous pouvons interroger l’Évangéliste saint Jean. Parlant de l’humanité du Verbe incarné, il la caractérise d’un seul mot : il dit qu’elle est « pleine de grâce et de vérité ». Mais cette plénitude serait-elle réelle, si elle eût été précédée d’un moment où le péché tenait la place de la grâce ? Appellera-t-on plein de grâce, celui qui aurait eu besoin d’être purifié ? Sans doute il faut tenir compte respectueusement de la distance qui sépare l’humanité du Verbe incarné de la personne de Marie au sein de laquelle le Fils de Dieu a puisé cette humanité; mais le texte sacré nous oblige à confesser que la plénitude de la grâce a régné proportionnellement dans l’une et dans l’autre.
Gabriel continue d’énumérer les richesses surnaturelles de Marie. « Le Seigneur est avec vous », lui dit-il. Qu’est-ce à dire ? sinon qu’avant même d’avoir conçu le Seigneur dans son chaste sein, Marie le possède déjà dans son âme. Or, ces paroles pourraient-elles subsister, s’il fallait entendre que cette société avec Dieu n’a pas été perpétuelle, qu’elle ne s’est établie qu’après l’expulsion du péché ? Qui oserait le dire ? Qui oserait le penser, lorsque le langage de l’Archange est d’une si haute gravité ?Qui ne sent ici le contraste entre Ève que le Seigneur n’habite plus, et la seconde femme qui, l’ayant reçu en elle comme Ève, dès le premier moment de son existence, l’a conserve par sa fidélité, étant demeurée telle qu’elle fut des le commencement ?
Pour mieux saisir encore l’intention du discours de Gabriel qui vient déclarer l’accomplissement de l’oracle divin, et signale ici la femme promise pour être l’instrument de la victoire sur Satan, écoutons les dernières paroles de la salutation. « Vous êtes bénie entre les femmes » : qu’est-ce à dire ? sinon que depuis quatre mille ans toute femme ayant été sous la malédiction, condamnée à enfanter dans la douleur, voici maintenant l’unique, celle qui a toujours été dans la bénédiction, qui a été l’ennemie constante du serpent, et qui donnera sans douleur le fruit de ses entrailles.
La Conception immaculée de Marie est donc exprimée dans la salutation que lui adresse Gabriel ; et nous comprenons maintenant le motif qui a porté la sainte Église à faire choix de ce passage de l’Évangile, pour le faire lire aujourd’hui dans l’assemblée des fidèles.
Après le chant triomphal du Symbole de la foi. le chœur entonne l’Offertoire ; il est formé des paroles de la Salutation de l’Ange. Disons à Marie avec Gabriel : Vous êtes véritablement pleine de toute grâce.
OFFERTOIRE.
Ave, Maria, gratia plena: Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus. Alleluia.
Salut, ô Marie, pleine de grâce : le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre les femmes. Alleluia.
SECRÈTE.
Salutarem hostiam, quam in solemnitate immaculatae Conceptionis beatae Virginis Mariae tibi, Domine, offerimus, suscipe et praesta: ut sicut illam, tua gratia praeveniente, ab omni labe immunem profitemur: ita ejus intercessione a culpis omnibus liberemur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Recevez, Seigneur, l’hostie de notre salut que nous vous offrons dans la solennité de la Conception immaculée de la bienheureuse Vierge Marie; et de même que nous confessons qu’elle a été exempte de toute tache par votre grâce prévenante, ainsi daignez, par son intercession, nous délivrer de tous nos péchés commis. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On fait ici mémoire de l’Avent, par la Secrète du Dimanche précédent.
Dans son enthousiasme, l’Église ne se contente pas de la forme ordinaire de l’Action de Grâces ; elle mêle aux accents de sa joie la mémoire glorieuse de la Mère de Dieu, dont la Conception est le principe de son espérance, et annonce le lever prochain de la Lumière éternelle.
PRÉFACE.
Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere: Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Et te in Conceptione Immaculata beatae Mariae semper Virginis collaudare, benedicere, et praedicare. Quae et Unigenitum tuum Sancti Spiritus obumbratione concepit: et virginitatis gloria permanente, lumen aeternum mundo effudit, Jesum Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates. Coeli, coelorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concelebrant. Cum quibus et nostras voces, ut admitti jubeas deprecamur, supplici confessione dicentes: Sanctus! Sanctus! Sanctus!
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, spécialement de vous louer, de vous bénir, de vous célébrer, en la Conception immaculée de la bienheureuse Marie, toujours vierge. C’est elle qui a conçu votre Fils unique par l’opération du Saint-Esprit, et qui, sans rien perdre de la gloire de sa virginité , a donné au monde la Lumière éternelle , Jésus-Christ notre Seigneur : par qui les Anges louent votre Majesté, les Dominations l’adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus des cieux, et les heureux Séraphins la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint !
Pendant la Communion, l’Église s’unit à David qui proclame dans un saint enthousiasme les gloires et les grandeurs de la Cité mystique de Dieu.
COMMUNION.
Gloriosa dicta sunt de te, Maria, quia fecit tibi magna qui potens est.
On a dit de vous des choses glorieuses , ô Marie; car Celui qui est puissant a fait de grandes choses en votre faveur.
POSTCOMMUNION.
Sacramenta quae sumpsimus, Domine Deus noster, illius in nobis culpae vulnera reparent; a qua immaculatam beatae Mariae Conceptionem singulariter praeservasti. Per Dominum, etc.
Daignez faire , Seigneur notre Dieu, que les Mystères auxquels nous venons de participer guérissent en nous les blessures de ce péché dont vous avez si efficacement préservé la Conception immaculée de la bienheureuse Marie. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On fait ici mémoire de l’Avent, par la Postcommunion du Dimanche précédent.
AUX SECONDES VÊPRES.
Les Antiennes , les Psaumes , le Capitule , l’Hymne et le Verset sont les mêmes qu’aux premières Vêpres, pages 187- 190.
ANTIENNE de Magnificat.
Hodie egressa est virga de radice Jesse: Hodie sine ulla peccati labe concepta est Maria: hodie contritum est ab ea caput serpentis antiqui. Alleluia.
Aujourd’hui un rameau est sorti du tronc de Jessé : aujourd’hui Marie a été conçue sans aucune tache : aujourd’hui la tête de l’ancien serpent a été brisée par elle. Alleluia.
L’Oraison comme aux premières Vêpres, p.191.
Nous couronnerons cette journée par les poésies liturgiques que le mystère de l’Immaculée Conception de Marie a inspirées. Au premier rang, nous devons placer les belles strophes que Prudence a consacrées, dans son Hymne Ante cibum, à célébrer le triomphe de la femme sur le serpent. Dès le commencement du V° siècle, ce chantre divin glorifiait Marie d’avoir vaincu tous les poisons du dragon infernal, parce qu’à elle était réservé l’honneur de la Maternité divine.
HYMNE.
Ecce venit nova progenies,Aethere proditus alter homo,Non luteus, velut ille prior,Sed Deus ipse gerens hominem,Corporeisque carens vitiis.
Une nouvelle race est au moment de naître; c’est un autre homme venu du ciel, non du limon de la terre comme le premier; c’est un Dieu même revêtu de la nature humaine, mais exempt des imperfections de la chair.
Fit caro vivida Sermo Patris,Numine quem rutilante gravisNon thalamo, neque jure tori,Nec genialibus illecebris,Intemerata puella parit.Hoc odium vetus illud erat,Hoc erat aspidis, atque hominisDigladiabile discidium,Quod modo cernua femineisVipera proteritur pedibus.
Le Verbe du Père s’est fait chair vivante ; rendue féconde par l’action divine, et non par les lois ordinaires de l’union conjugale, une jeune fille l’a conçu sans souillure, et va l’enfanter.
Edere namque Deum merita,Omnia Virgo venena domat.Tractibus anguis inexplicitis,Virus inerme piger revomit,Gramine concolor in viridi.Quae feritas mode non trepidat,Territa de grege candidulo?Impavidas lupus inter ovesTristis obambulat, et rabidumSanguinis immemor os cohibet.Agnus enim vice mirifica Ecce leonibus imperitat,Exagitansque truces aquilas Per vaga nubila, perque notos Sidere lapsa Columba fugat.
Une haine antique violente régnait entre le serpent et l’homme ; elle avait pour cause la victoire future de la femme. Aujourd’hui la promesse s’accomplit : sous le pied de la femme, la vipère se sent écrasée.
La Vierge qui a été digne d’enfanter un Dieu triomphe de tous les poisons. Repliant sur lui-même avec rage sa croupe tortueuse, le serpent désarmé revomit son virus impuissant sur le gazon verdâtre comme ses impurs anneaux.
Comment notre ennemi ne tremblerait-il pas, effrayé de la faveur divine envers l’humble troupeau ? Ce loup maintenant parcourt avec tristesse les rangs des brebis rassurées ; oublieux du carnage, il contient désormais sa gueule fameuse par tant de ravages.
Par un changement merveilleux, c’est désormais l’Agneau qui commande aux lions; et la Colombe du ciel, dans son vol vers la terre, met en fuite les aigles cruels, en traversant les nuages et les tempêtes.
L’Hymne suivante appartient au VIII° siècle. Elle a pour auteur le célèbre Paul Diacre, d’abord secrétaire de Charlemagne, ensuite moine au Mont-Cassin. Nous y trouvons aussi l’énergique expression de la croyance à la Conception immaculée. Le virus originel, y est-il dit, a infecté la race humaine tout entière ; mais le Créateur a vu que le sein de Marie n’en avait pas été souillé, et il est descendu en elle.
HYMNE.
Quis possit amplo famine praepotensDigne fateri praemia Virginis,Per quam veternae sub laqueo necis Orbi retento reddita vita est?
Haec Virga Jesse, Virgo puerpera, Hortus superno germine consitus,Signatus alto munere fons sacer,Mundum beavit viscere coelibi.
Hausto maligni primus ut occiditVirus chelydri terrigenum parens;Hinc lapsa pestis per genus irrepensCunctum profundo vulnere perculit.
Emissus astris Gabriel innubaeAeterna portat nuntia Virgini;Verbo tumescit latior aethere,Alvus replentem saecula continens.
Rerum misertus sed sator, insciaCernens piaculi viscera Virginis,Hic ferre mortis crimine languidoMandat salutis gaudia saeculo.
Intacta mater, virgoque fit parens,Orbis Creator ortus in orbe est;Hostis pavendi sceptra remota sunt,Toto refulsit lux nova saeculo.
Qui jamais possédera un langage assez sublime pour célébrer dignement les grandeurs de la Vierge, par laquelle fut rendue la vie au monde qui languissait dans les liens de l’antique mort?
Sit Trinitati gloria unicae.Virtus, potestas, summa potentia,Regnum retentans, quae Deus unus est.Per cuncta semper saecula saeculi. Amen.
Elle est la branche de l’arbre de Jessé, la Vierge qui devait être Mère, le jardin qui recevra le germe céleste, la fontaine sacrée sur laquelle le ciel a mis son sceau, cette femme dont la virginité a produit le bonheur du monde.
Le père des humains tomba dans la mort, pour avoir aspiré les poisons du serpent ennemi ; le virus qui l’atteignit a infecté sa race tout entière, et l’a frappée d’une plaie profonde.
Mais le Créateur, plein de compassion pour son œuvre, et voyant du haut du ciel le sein de la Vierge exempt de cette souillure, veut s’en servir pour donner au monde, languissant sous le poids du péché, les joies du salut.
Gabriel, envoyé des cieux, vient apporter à la chaste Vierge le message éternellement préparé ; le sein de la jeune fille, devenu vaste comme un ciel, contient tout à coup Celui qui remplit le monde.
Elle demeure vierge, elle devient mère ; le Créateur de la terre vient de naître sur la terre ; le pouvoir du redoutable ennemi de l’homme est brisé ; une lumière nouvelle éclaire tout l’univers.
Gloire, honneur, puissance à la royale Trinité, Dieu unique ! qu’elle règne à jamais dans les siècles des siècles ! Amen.
La Prose suivante n’est pas un des moindres ornements des Missels dont se servaient nos Églises, il y a deux siècles, au jour de la Conception de Marie.
PROSE.
Dies iste celebretur, In quo pie recensetur Conceptio Mariae.
Qu’il soit fêté, ce jour, dans lequel l’Église célèbre la Conception de Marie.
Virgo Mater generatur; Concipitur et creatur Dulcis vena veniae.
Une Vierge Mère est engendrée ; elle est conçue, elle est créée, la douce et féconde source de miséricorde.
Adae vetus exsilium, Et Joachim opprobrium, Hinc habent remedium,
L’antique exil d’Adam et l’opprobre de Joachim ont ici leur terme heureux.
Hoc Prophetae praeviderunt, Patriarchae praesenserunt, Inspirante gratia.
Les Prophètes l’ont prévu ; les Patriarches en ont tressailli, inspirés par la grâce.
Virga prolem conceptura, Stella solem paritura, Hodie concipitur. Flos de Virga processurus, Sol de Stella nasciturus, Christus intelligitur. O quam felix et praeclara, Nobis grata, Deo chara, Fuit haec Conceptio !
La Branche sur laquelle doit éclore un fruit, l’Étoile qui enfantera le Soleil, est conçue aujourd’hui.
Terminatur miseria;Datur misericordia; Luctus cedit gaudio.
Dans la fleur qui doit sortir de la Branche, dans le Soleil qui naîtra de l’Étoile, déjà s’entrevoit le Christ.
Nova mater novam prolem, Nova Stella novum solem, Nova profert gratia.Genitorem genitura, Creatorem creatura, Patrem parit filia.
Oh ! qu’elle fut heureuse et triomphale , ravissante pour nous et chère à Dieu même, la Conception immaculée !
O mirandam novitatem, Novam quoque dignitatem! Ditat matris castitatem Filii conceptio.
Notre misère a son terme ; miséricorde nous est faite; au deuil succède la joie.
Gaude, Virgo gratiosa, Virga flore speciosa, Mater prole generosa, Vere plena gaudio. Quod praecessit in figura, Nube latens sub obscura, Hoc declarat genitura Piae matris: Virgo pura, Pariendi vertit jura, Fusa, mirante natura, Deitatis pluvia. Triste fuit in Eva væ! Sed ex Eva format ave, Versa vice, sed non prave; Intus ferens in conclave Verbum bonum et suave; Nobis, Mater Virgo, fave Tua frui gratia. Omnis homo, sine mora, Laude plena solvens oraIstam colas, ipsam ora: Omni die, omni hora,S it mens supplex, vox sonora; Sic supplica, sic implora Hujus patrocinia.T u spes certa miserorum, Vere mater orphanorum, Tu levamen oppressorum, Medicamen infirmorum, Omnibus es omnia.T e rogamus voto pari, Laude digna singulari, Ut errantes in hoc mari, Nos in portu salutari Tua sistat gratia. Amen.
C’est une Mère nouvelle qui enfantera un Fils nouveau; une Étoile nouvelle d’où sortira un nouveau Soleil, par une grâce incomparable.
Un enfant donne la vie à l’auteur de ses jours ; de la créature naît le Créateur ; la fille engendre le Père.
O étonnante nouveauté ! nouveau privilège ! la conception d’un fils ajoute à la virginité de la mère.
Réjouissez-vous, très glorieuse Vierge ! Branche embellie de sa fleur, Mère ennoblie de son Fils, vraiment pleine de joie !
Ce qui fut autrefois caché sous l’épais nuage des figures, la Vierge Immaculée, née d’une mère sainte, le manifeste au grand jour; une rosée divine se répand sur elle ; et dans l’étonnement de la nature, les lois de l’enfantement sont suspendues.
Ève, nom lugubre, se terminait en malédiction, vae ! Eva, par un heureux changement, se transforme en cri de salut, Ave! Vous qui avez entendu dans votre demeure cette parole de bonheur et de suavité, Vierge Mère, soyez-nous favorable, et donnez-nous de jouir de votre faveur.
Venez tous, ô hommes ! hâtez-vous ; qu’à pleine voix éclatent ses louanges ; rendez-lui honneur et prière tout le jour, à toute heure ; que le cœur soit suppliant, la voix mélodieuse : ainsi faut-il supplier, ainsi faut-il implorer son puissant patronage.
Sûre espérance des malheureux, vraie mère des orphelins , soulagement des opprimés, baume des infirmes ; vous êtes toute à tous.
Nous vous prions d’un même vœu, vous, digne de louange singulière, afin qu’après avoir erré sur cette mer, votre bonté nous fixe au port de salut.
Amen.
9 décembre. Deuxième jour dans l’octave de l’Immaculée Conception
Considérons Marie l’Immaculée venant au monde neuf mois après sa Conception, et confirmant de jour en jour les espérances de la terre. Admirons la plénitude de grâce que Dieu avait mise en elle, et contemplons les saints Anges qui l’environnent de leur respect et de leur amour, comme la Mère future de Celui qui doit être le chef de la nature angélique aussi bien que de la nature humaine. Suivons cette auguste Reine au temple de Jérusalem, où elle est présentée par ses parents, saint Joachim et sainte Anne. Âgée seulement de trois ans, elle est déjà initiée aux secrets du divin amour. « Je me levais toujours au milieu de la nuit, a-t-elle dit elle-même dans une révélation à sainte Élisabeth de Hongrie, et j’allais devant l’Autel du Temple, où je demandais à Dieu d’observer tous les préceptes de sa Loi, et je le suppliais de m’accorder les grâces dont j’avais besoin pour lui être agréable. Je lui demandais surtout qu’il me fît voir le temps où vivrait cette Vierge très sainte qui devait enfanter le Fils de Dieu. Je le priais de conserver mes yeux pour la voir, ma langue pour la louer, mes mains pour la servir, mes pieds pour marcher à ses ordres, mes genoux pour adorer le Fils de Dieu entre ses bras. »
Cette Vierge à jamais digne de louanges, c’était vous-même, ô Marie ! Mais le Seigneur vous le cachait encore ; et votre céleste humilité ne vous eût jamais permis d’arrêter un instant la pensée sur une si haute dignité comme pouvant vous être réservée. D’ailleurs, vous aviez engagé votre foi au Seigneur ; dans la crainte que l’heureuse prérogative de Mère du Messie ne portât une atteinte, si légère qu’elle pût être, au vœu de virginité qui vous unissait à Dieu seul, vous aviez, la première et la seule entre les filles d’Israël, renoncé pour jamais à l’honneur de prétendre à une si haute faveur. Votre mariage avec le chaste Joseph fut donc un triomphe déplus pour votre incomparable virginité, en même temps qu’il était, dans les décrets de la souveraine Sagesse, un ineffable moyen de vous assurer un appui dans les sublimes nécessités que bientôt vous alliez connaître. Nous vous suivons, ô épouse de Joseph, dans la maison de Nazareth où va s’écouler votre humble vie ; nous vous y contemplons comme la Femme forte de l’Écriture, vaquant à tous vos devoirs, et l’objet des complaisances du grand Dieu et de ses Anges. Nous recueillons vos prières pour la venue du Messie, vos hommages à sa Mère future ; et vous suppliant de nous associer au mérite de vos désirs vers le divin Libérateur, nous osons vous saluer comme la Vierge prédite dans Isaïe, à laquelle, et non à une autre, appartient louange et amour de la part de la Cité rachetée.
SÉQUENCE.
(Tirée du Missel de Cluny de 1523.)
Veneremur VirginemGenitricem gratiae,Salutis dulcedinem,Fontem Sapientiae.
Haec est aula regia,Regina prudentiae,Virgo plena gratia,Aurora laetitiae.
Haec est melle dulcior,Castitatis lilium;Jaspide splendidior,Maeroris solatium.
O fons admirabilis,Fidei principium,Mater admirabilis,Vas virtutis pretium.
Tu es regis speciosiMater honestissima,Odor nardi pretiosi,Rosa suavissima est
Arbor vitae digna laude,O Stella fulgentissima,Generosa Mater, gaude,Virginum sanctissima.
Tu medela peccatorum,Regina consilii,Peperisti florem florum,Christum fontem gaudii.
Virga Jesse, lux Sanctorum,Donatrix auxilii,Memor esto miserorum,In die Judicii.
Tu es mundi gaudium,Charitatis regula,Victoris stipendium,Aromatum cellula.
Sit tibi, flos omnium,Virgo sine macula,Honor et imperium,Per aeterna saecula.Amen.
Vénérons la Vierge, la mère de la Grâce, la douceur du Salut, la fontaine de Sapience.
C’est la Cour du grand Roi, la Reine de prudence, la Vierge pleine de grâce, l’Aurore de liesse.
Elle est plus douce que le miel, vrai lis de chasteté; plus brillante que le jaspe, l’allègement du cœur affligé.
O fontaine admirable ! principe de notre foi ; ô Mère admirable ! précieux vase de vertu.
Vous êtes du plus beau des rois la plus chaste des mères; parfum du nard le plus pur, rose très odorante.
Arbre de vie digne de louange, Étoile très éclatante, noble Mère, réjouissez-vous, ô la plus sainte des Vierges !
Remède des pécheurs, Reine de bon conseil, vous avez mis au jour la fleur des fleurs, Jésus, source de toute joie.
Branche de Jessé, flambeau des Saints, secourable protectrice, souvenez-vous des malheureux, au jour du jugement.
Vous êtes la joie du monde, la règle de l’amour, le salaire de la victoire, le trésor des parfums.
A vous soient, ô fleur du monde, Vierge sans tache, et l’honneur et l’empire, dans les siècles éternels.
Amen.
PRIERE DU SACRAMENTAIRE GREGORIEN.
(Dans les Oraisons quotidiennes de l’Avent.)
Exsultemus, quaesumus, Domine Deus noster, omnes recti corde in unitate fidei congregati : ut veniente Salvatore nostro Filio tuo, immaculati occurramus ibi in ejus Sanctorum comitatu. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Faites, s’il vous plaît, Seigneur notre Dieu, que nous soyons dans l’allégresse, nous tous qui sommes rassemblés avec un cœur droit, dans l’unité de la foi ; afin qu’à l’Avènement de. votre Fils notre Sauveur, purifiés et réunis à la compagnie de ses Saints, nous allions au-devant de lui. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
10 décembre. 3e jour dans l’octave de l’Immaculée Conception
Considérons la très pure Marie visitée par l’Ange Gabriel et concevant en ses chastes entrailles le Créateur de l’univers, le Rédempteur de la race humaine. Mais afin de mieux goûter le fruit d’un si grand Mystère, prêtons une oreille pieuse au séraphique saint Bonaventure, qui, dans ses ineffables Méditations sur la vie de Notre-Seigneur, raconte avec une onction que rien ne saurait imiter ces sublimes scènes de l’Évangile auxquelles l’Esprit-Saint semble l’avoir fait assister. Nous empruntons ce fragment à la traduction de l’ouvrage entier par le R. P. Dom François Le Bannier, bénédictin de la Congrégation de France [L’auteur de la traduction a pensé que, pour rendre complètement la suave et humble diction de saint Bonaventure dans sa Vie du Christ, il était convenable de recourir aux formes naïves que la langue française conservait aux XV° et XVI° siècles. Il ne nous appartient pas de prononcer sur le mérite de ce travail de notre confrère; mais il nous est permis de convenir que cette œuvre délicate a trouvé grâce auprès des juges compétents.]:
« Or, après que fut venue la plénitude du temps auquel la souveraine Trinité avait arrêté de pourvoir, par l’Incarnation du Verbe, au salut du genre humain, à l’endroit duquel elle était éprise d’extrême charité ; lors, d’une part, que la bienheureuse Vierge Marie fut revenue à Nazareth, ce Dieu tout-puissant, ému par sa miséricorde, et acquiesçant aux pressantes sollicitations de l’Esprit d’en haut, appela l’Ange Gabriel, et lui dit: « Va trouver notre très aimée fille Marie, épousée à Joseph, celle sur toute créature qui nous est la plus chère, et dis à icelle que mon Fils a convoité sa beauté et se l’est choisie pour Mère, et prie-la d’accepter icelui joyeusement, parce que par elle ai décrété d’opérer le salut de tout le genre humain, et veux oublier l’injure à moi faite. »
« Se levant donc, Gabriel, joyeux et réjoui, s’envola des hauteurs, et sous l’humaine apparence, en un moment fut devant la Vierge Marie, qui lors était en la chambre à coucher de sa maisonnette. Mais il ne vola pas si vite qu’il ne fût prévenu par Dieu ; et là il trouva la Trinité sainte qui prévint son message. Adoncques qu’il fut entré chez la Vierge Marie, Gabriel, son fidèle Paranymphe, lui dit : « Salut, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous : bénie êtes-vous entre t toutes les femmes. » Mais icelle, troublée, ne répondit mot : non pas qu’elle fût troublée de trouble coupable, ni de la vision de l’Ange, d’autant qu’elle était accoutumée à souvent en voir ; ains, suivant les mots de l’Évangile, elle fut troublée en la parole d’icelui, pensant à la nouveauté d’une telle salutation ; car il n’avait point accoutumance de la saluer de la sorte.
« Or donc, comme en ladite salutation elle se voyait complimentée de trois choses, elle ne pouvait, cette humble dame, ne se troubler point. De fait, on la complimentait pour ce qu’elle était pleine de grâce, que le Seigneur était en elle, et qu’elle était bénie par-dessus toutes les femmes : mais l’humble ne peut ouïr son éloge, sans rougir et se troubler. Par ainsi son trouble provint d’une vergogne honnête et vertueuse. Elle se prit aussi à craindre et à douter s’il en allait vraiment ainsi : non qu’elle crût l’Ange capable de ne pas parler vrai ; mais c’est qu’il est propre aux humbles de n’examiner oncques leurs vertus, ains plutôt de ruminer leurs défauts, à celle fin de pouvoir toujours profiter, estimant petite ce qu’ils ont de grande vertu, et leurs plus chétifs défauts comme fort grands. Et ainsi donc qu’une femme prudente et avisée, timide et modeste, Notre-Dame rien ne répondit. Et d’effet qu’eût-elle répondu ? Apprends aussi toi-même, à son exemple, à observer le silence et aimer la taciturnité, pour ce que grande et moult utile est icelle vertu. Aussi écouta-t-elle deux fois premier que de répondre une seule ; d’autant que c’est une chose abominable pour une vierge d’être parleuse.
« Adoncques connaissant l’Ange la cause de son doute, il lui dit : Ne craignez point, Marie, ni ne rougissez des louanges que je vous ai dites ; parce qu’il en est ainsi : voire même, non seulement vous êtes pleine de grâce, ains encore vous l’avez récupérée et retrouvée de par Dieu, pour tout le genre humain. Car voici que vous concevrez et enfanterez le Fils du Très-Haut. Celui qui vous a élue pour être sa Mère, sauvera toutes gens qui espéreront en lui. Pour lors icelle répondit, sans toutefois confesser ou nier la justesse des compliments qu’on lui venait de faire : ains, il était un autre point dont icelle voulait être certifiée ; sçavoir est pour le regard de sa virginité que par-dessus tout elle craignait de perdre : partant, elle s’enquit auprès de l’Ange de la manière de cette conception, disant : Comment cela se fera-t-il ? car j’ai très fermement dévoué ma virginité à mon Seigneur, pour qu’à tout jamais je ne connusse point l’homme. Et l’Ange lui dit : Cela se fera par l’opération du Saint-Esprit, lequel vous remplira d’une façon singulière, et par la vertu t d’icelui vous concevrez, sauve pour vous votre virginité ; et c’est pourquoi votre fils sera nommé le Fils de Dieu : car rien ne lui est impossible. Voyez bien Élisabeth votre cousine ; encore qu’elle fût moult âgée et stérile, il y a déjà six mois qu’elle a conçu un fils par la vertu de Dieu. »
« Considère ici, pour Dieu, et médite comme quoi toute la Trinité est là, attendant la réponse et consentement de cette sienne Fille singulière, regardant avec amour et complaisance la modestie d’icelle, ses mœurs et ses paroles. Contemple Gabriel, se tenant incliné et révérencieux devant sa Dame, avec un visage paisible et serein, exécutant fidèlement son ambassade, et observant attentivement les paroles de sa très chère Dame; à celle fin de lui pouvoir congruement répondre, et sur cette œuvre merveilleuse, parfaire la volonté du Seigneur. Considère comme Notre-Dame se tient timidement et humblement, la face couverte de pudeur, quand elle est ainsi prévenue par l’Ange, et à l’impourvu. Aux paroles d’icelui, elle ne s’élève, ni ne se répute. Voire même : comme elle entend dire de si grandes choses de soi, des choses telles que jamais oncques ne furent dites, elle attribue le tout à la divine grâce. Apprends donc, à l’exemple d’icelle, à être modeste et humble : d’autant que sans cela la virginité vaut peu de chose. La voilà qui s’éjouit, la très prudente Vierge, et elle se consent aux paroles ouïes de la bouche de l’Ange. Lors, comme ainsi il est relaté en ses Révélations, elle se mit à genoux, avec profonde dévotion, et les mains jointes, elle dit: « Voici la servante du Seigneur : me soit fait suivant votre parole. » Adoncques le Fils de Dieu entra aussitôt tout entier et sans retard au sein de la Vierge, et en prit chair, cependant que tout entier il resta au sein de son Père.
« Or, pour lors, Gabriel, avec sa Dame et Maîtresse, se mit à genoux; et peu après se levant avec elle, puis inclinant derechef jusqu’à terre et lui disant adieu, se disparut ; après quoi, de retour en sa patrie, il conta toute la chose ; et fut là une nouvelle liesse, et nouvelle fête et nouvelle exultation nonpareille. La Dame pour sa part, toute enflammée, et plus que d’accoutumance embrasée en l’amour de Dieu, se sentant avoir conçu, rendit grâces, à deux genoux, d’un si grand don, suppliant humblement et dévotieusement le même Seigneur Dieu, qu’il la daignât instruire ; de telle façon, qu’en tout ce qui se présenterait à faire environ son fils, elle le pût faire sans défaut. »
Ainsi a parlé le Docteur Séraphique. Adorons profondément notre Créateur, dans l’état où l’ont réduit son amour pour nous et le désir de subvenir à notre misère ; saluons aussi Marie, la Mère de Dieu et la nôtre.
PROSE.
(Tirée du Missel de Cluny de 1523.)
In honorem Mariae Virginis, Quae nos lavit a labe criminis, Celebretur hodie ; Dies est laetitiae.
De radice Jesse propaginis Hanc eduxit Sol veri luminis. Manu sapientiae Templum suae gratiae.
Stella nova noviter oritur, Cujus ortu mors nostra moritur : Evae lapsus jam restituitur In Maria.
Qui potuit de nobis conqueri Pro peccato parentis veteris, Mediator voluit fieri Dei et hominis.
Et aurora surgens progreditur Sicut luna pulchra describitur; Super cuncta ut sol erigitur Virgo pia.
Virgo Mater et Virgo unica Virga fumi Sol aromatica In te cœli, mundique fabrica Gloriatur.
Verbum Patris processu temporis Intra tui secretum corporis ; In te totum, et totum deforis In te fuit
Fructus virens arentis arboris Christus, gigas immensi roboris, Nos a nexu funesti pignoris Eripuit. Condoluit humano generi Virginalis filius uteri : Accingantur senes et pueri Ad laudem Virginis.
O Maria, dulce commercium Intrat tuum cœleste gremium, Quo salutis reis remedium Indulgetur.
A la gloire de la Vierge Marie qui nous a lavés des souillures du crime, célébrons ce jour; c’est un jour d’allégresse.
O spes vera et verum gaudium, Fac post vitae praesentis stadium Ut optatum in cœlis bravium Nobis detur. Amen.
Du tronc de Jessé, père de sa race, le Soleil de vraie lumière l’a fait sortir parla main de sa sagesse, pour en faire le temple de sa grâce.
Au nouveau lever de cette étoile nouvelle, notre mort se meurt, et enfin de sa chute, Ève se relève en Marie.
Elle monte, cette aurore naissante; elle resplendit comme la lune en sa beauté ; et comme un soleil, au-dessus de toutes les créatures, s’élève la Vierge miséricordieuse.
Vierge mère, Vierge unique, léger nuage de parfums, soleil de suavité, en vous se glorifie toute l’œuvre du ciel et du monde.
Le Verbe du Père, au milieu des temps, descend dans le secret de vos entrailles ; tout entier dans votre sein, au dehors il existait aussi tout entier
Fruit vigoureux d’un arbre desséché, le Christ, comme un géant, en sa force immense, a rompu nos chaînes et repris ses gages à l’enfer.
Il a pris compassion de la race humaine, le fruit miséricordieux d’un sein virginal ; levez-vous, jeunes et vieux, levez-vous à la louange de la Vierge.
Il pouvait nous faire expier le péché de notre ancien père : il a voulu se faire médiateur entre Dieu et l’homme.
O Marie ! en votre sein céleste se traite une alliance pleine de charmes, qui octroie aux pécheurs le remède du salut.
O espérance vraie, et véritable joie ! faites qu’au sortir de l’arène de cette vie, la couronne désirée nous soit donnée dans les cieux. Amen.
10 décembre. Saint Melchiade, pape et martyr
L’Église fait, en ce même jour, la Commémoration du saint Pape Melchiade. Cet illustre Pontife, que saint Augustin appelle le véritable enfant de la paix de Jésus-Christ, le digne Père du peuple chrétien, monta sur le Saint-Siège en 311, pendant que le feu de la persécution était encore dans toute son activité : c’est pourquoi il est honoré de la qualité de Martyr, comme plusieurs de ses prédécesseurs qui, n’ayant pas, il est vrai, répandu leur sang pour le nom de Jésus-Christ, ont cependant eu part à la gloire des Martyrs, à cause des grandes traverses et persécutions qu’ils eurent à souffrir avec toute l’Église de leur temps. Mais le Pontificat de saint Melchiade présente ceci de remarquable, qu’ayant eu ses racines dans la tempête, il s’est épanoui dans la paix. Dès l’année 312, Constantin rendit la liberté aux Églises ; et Melchiade eut la gloire de voir s’ouvrir l’ère de la prospérité temporelle des enfants de Dieu. Maintenant son nom brille au Cycle liturgique, et nous annonce la Paix qui bientôt va descendre du ciel.
Daignez donc, ô Père du peuple chrétien, solliciter pour nous le Prince de la Paix, afin que, venant en nous, il détruise toute agitation, calme toute résistance, et règne en maître sur nos cœurs, sur nos esprits et sur nos sens. Demandez aussi la Paix pour la sainte Église Romaine, dont vous fûtes l’époux, et qui a gardé votre mémoire jusqu’aujourd’hui ; conduisez-la toujours du haut du ciel et écoutez les vœux qu’elle vous adresse.
ORAISON.
Infirmitatem nostram respice, omnipotens Deus, et quia pondus propriae actionis gravat, beati Melchiadis Martyris tui atque Pontificis intercessio gloriosa nos protegat. Per Christum Dominum nostrum .Amen.
Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité; et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Melchiade, votre Martyr et Pontife. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
10 décembre. La Translation de la Sainte Maison de Lorette
Cette fête n’est pas inscrite sur le Calendrier universel et obligatoire ; mais elle se célèbre en ce jour, à Rome et dans tout l’État Pontifical, dans la Toscane, le Royaume de Naples, l’Espagne, la Belgique, dans de nombreux diocèses de la chrétienté, et aussi dans la plupart des Ordres Religieux. Elle a pour but de remercier Dieu du grand bienfait dont il daigna gratifier la chrétienté occidentale, lorsque, pour compenser la perte du saint Sépulcre, il fit transporter miraculeusement en terre catholique l’humble et auguste maison dans laquelle la Vierge Marie reçut le message de l’Ange, et où, par le consentement de cette divine Mère de Dieu, le Verbe se fît chair et commença d’habiter avec nous. Tel est le résultat du triste rationalisme auquel la piété française avait été asservie durant plus d’un siècle, qu’il n’est pas rare de rencontrer des personnes sincèrement dévouées à la foi catholique, et pour lesquelles un si grand événement est presque comme s’il n’était pas. Pour venir à leur secours, au cas que ce livre leur tombât entre les mains, nous avons cru devoir placer ici le récit exact et succinct du prodige qui fait l’objet de la Fête d’aujourd’hui ; et afin d’accomplir cette tâche d’une manière qui puisse satisfaire toutes les susceptibilités, nous emprunterons la narration qu’a publiée de cet événement merveilleux le savant et judicieux auteur de la Vie de M. Olier, dans les notes du premier livre de cette excellente biographie :
« Ce fut sous le Pontificat de Célestin V, en 1291, et lorsque les Chrétiens avaient entièrement perdu les Saints-Lieux de la Palestine, que la petite maison où s’est opéré le mystère de l’Incarnation dans le sein de Marie, fut transportée par les Anges, de Nazareth dans la Dalmatie ou l’Esclavonie, sur un petit mont appelé Tersato. Les miracles qui s’opéraient tous les jours dans cette sainte maison, l’enquête juridique que des députés du pays allèrent faire à Nazareth même, pour constater sa translation en Dalmatie, enfin la persuasion universelle des peuples qui venaient la vénérer de toutes parts, semblaient être des preuves incontestables de la vérité du prodige. Dieu voulut néanmoins en donner une nouvelle, qui eût en quelque sorte l’Italie et la Dalmatie pour témoins.
« Après trois ans et sept mois, en 1294, la sainte maison fut transportée à travers la mer Adriatique au territoire de Recanati, dans une forêt appartenant à une Dame appelée Lorette ; et cet événement jeta les peuples de la Dalmatie dans une telle désolation, qu’ils semblaient ne pouvoir v Survivre. Pour se consoler, ils bâtirent, sur le même terrain, une église consacrée à la Mère de Dieu, qui fut desservie depuis par des Franciscains, et sur la porte de laquelle on mit cette inscription : Hic est locus in quo fuit sacra Domus Nazarena quae nunc in Recineti partibus colitur. Il y eut même beaucoup d’habitants de la Dalmatie qui vinrent en Italie fixer leur demeure auprès de la sainte Maison, et qui y établirent la Compagnie du Corpus Domini, appelée pour cela des Esclavons, jusqu’au Pontificat de Paul III.
« Cette nouvelle translation fit tant de bruit dans la Chrétienté, qu’il vint de presque toute l’Europe une multitude innombrable de pèlerins à Recanati, afin d’honorer la Maison dite depuis de Lorette. Pour constater de plus en plus la vérité de cet événement, les habitants de la province envoyèrent d’abord en Dalmatie, et ensuite à Nazareth, seize personnes des plus qualifiées, qui firent sur les lieux de nouvelles enquêtes. Mais Dieu daigna en montrer lui-même la certitude en renouvelant, deux fois coup sur coup, le prodige de la translation dans le territoire même de Recanati. Car, au bout de huit mois, la forêt de Lorette se trouvant infestée d’assassins qui arrêtaient les pèlerins, la Maison fut transportée à un mille plus avant, et se plaça sur une petite hauteur qui appartenait à deux frères de la famille des Antici ; et enfin ceux-ci ayant pris les armes l’un contre l’autre pour partager les offrandes des pèlerins, la Maison fut transférée, en 1295, dans un endroit peu éloigné, et au milieu du chemin public où elle est restée, et où a été bâtie, depuis, la ville appelée Lorette. »
Sous le point de vue de simple critique, ce prodige est attesté non seulement par les annalistes de l’Église, et par les historiens particuliers de Lorette, tels que Tursellini et Martorelli, mais par des savants de premier ordre, entre lesquels nous citerons Papebrock, Noël Alexandre, Benoît XIV, Trombelli, etc. Quel homme grave et impartial oserait avouer de vaines répugnances, en présence de ces oracles de la science critique, dont l’autorité est admise comme souveraine en toute autre matière?
Au point de vue de la piété catholique, on ne peut nier que ceux-là se rendraient coupables d’une insigne témérité, qui ne tiendraient aucun compte des prodiges sans nombre opérés dans la sainte Maison de Lorette ; comme si Dieu pouvait accréditer par des miracles ce qui ne serait que la plus grossière et la plus immorale des supercheries. Ils ne mériteraient pas moins cette note, pour le mépris qu’ils feraient de l’autorité du Siège Apostolique qui s’est employé avec tant de zèle, depuis plus de cinq siècles, à reconnaître ce prodige, et à le proposer aux fidèles comme un puissant moyen de rendre gloire au Verbe incarné et à sa très sainte Mère. Nous citerons, comme actes explicités du Saint-Siège sur le miracle de Lorette, les Bulles de Paul II, de Léon X, de Paul III, de Paul IV et de Sixte V ; le Décret d’Urbain VIII, en 1632, pour en établir la Fête dans la Marche d’Ancône ; celui d’Innocent XII, en 1699, pour approuver l’Office ; enfin les induits de Benoît XIII et de ses successeurs, pour étendre cette Fête à un grand nombre de provinces de la catholicité.
Pour entrer dans l’esprit du Siège Apostolique, qui encourage avec tant de zèle la pieuse confiance des fidèles en la sainte Maison de Nazareth, devenue, par la miséricorde divine, la Maison de Lorette, nous emprunterons quelque chose à l’Office de sa miraculeuse Translation.
ANTIENNE.
Ecce tabernaculum Dei cum hominibus, et habitavit cum eis; et ipsi populus ejus erunt, et ipse Deus cum eis erit eorum Deus.
C’est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il a habité avec eux; et ils seront son peuple, et le Dieu qui est avec eux sera leur Dieu.
V/, Introibimus in tabernaculum ejus.
v. Nous entrerons dans son tabernacle.
r. Adorabimus in loco ubi steterunt pedes ejus.
r. Nous adorerons au lieu où se sont reposés ses pieds.
ORAISON.
DEUS, qui beatae Marias Virginis Domum per incarnati Verbi mysterium misericorditer consecrasti, eamque in sinu Ecclesiae tuae mirabiliter collocasti: concède, ut segregati a tabernaculis peccatorum, digni efficiamur habitatores domus sanctae tuae. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
O Dieu, qui avez consacré dans votre miséricorde la Maison de la bienheureuse Vierge Marie par le mystère du Verbe incarné, et qui l’avez placée merveilleusement au sein de votre Église: faites que, séparés des demeures des pécheurs, nous devenions dignes d’être les habitants de votre sainte maison. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
10 décembre. Sainte Eulalie, vierge et martyre
Enfin, l’Église d’Espagne, la perle de la catholicité, célèbre aujourd’hui la mémoire de l’illustre Martyre qui fait la gloire de Mérida, l’honneur de toute la péninsule Ibérienne, la joie de l’Église universelle. C’est la troisième de ces Vierges sages dont le culte est le plus solennel dans l’Église au temps de l’Avent ; la digne compagne de Bibiane, de Barbe et de cette héroïque Lucie, qui bientôt va recevoir nos hommages. Nous insérons ici en son entier l’admirable poème de Prudence sur la vie et le martyre d’Eulalie. Ce prince des poètes chrétiens n’a peut-être jamais fait entendre des accents plus suaves et plus mélodieux : c’est pourquoi, dans son admiration, la Liturgie Mozarabe n’a fait qu’une seule Hymne des quarante-cinq strophes de ce délicieux cantique. Sa forme historique nous dispensera d’emprunter au Propre des Églises d’Espagne la Légende de la sainte Martyre.
HYMNE.
Germine nobilis Eulaliamortis et indole nobiliorEmeritam sacra virgo suam,cuius ab ubere progenita est,ossibus ornat, amore colit.Proximus occiduo locus est,qui tulit hoc decus egregium,urbe potens, populis locuples,sed mage sanguine martyriiVirgineoque potens titulo.Curriculis tribus atque novemtris hiemes quater adtigerat,cum crepitante pyra trepidosterruit aspera carnificessupplicium sibi dulce rata.Jam dederat prius indicium,tendere se patris ad soliumnec sua membra dicata toro:ipsa crepundia reppuleratludere nescia pusiola;Spernere sucina, flere rosas,fulva monilia respuere,ore severa, modesta gradu,moribus et nimium teneriscanitiem meditata senum.Ast ubi se furiata luisexcitat in famulos dominiChristicolasque cruenta iubettura cremare, iecur pecudismortiferis adolere deis,infremuit sacer Eulaliaespiritus ingeniique feroxturbida frangere bella paratet rude pectus anhela deofemina provocat arma virum.Sed pia cura parentis agit,
Eulalie, vierge sacrée noble de race, plus noble encore dans son courageux trépas, favorise de sa protection Mérida qui lui donna le jour, et qui garde son tombeau.
Virgo animosa domi ut lateatabdita rure et ab urbe procul,ne fera sanguinis in pretiummortis amore puella ruat.Illa perosa quietis operadegeneri tolerare moranocte fores sine teste movetsaeptaque claustra fugax aperit,inde per invia carpit iter.Ingreditur pedibus lacerisper loca senta situ et vepribusangelico comitata choroet, licet horrida nox sileat,lucis habet tamen illa ducem.Sic habuit generosa patrumturba columniferum radium,scindere qui tenebrosa potensnocte viam face perspicuapraestitit intereunte chao.Non aliter pia virgo viamnocte secuta diem meruitnec tenebris adoperta fuit,regna Canopica cum fugeretet supra astra pararet iter.Illa gradu cita pervigilimilia multa prius peragit,quam plaga pandat Eoa polum;mane superba tribunal aditfascibus adstat et in mediisVociferans: 'Rogo, quis furor estperdere praecipites animaset male prodiga corda suisternere rasilibus scopulisomnipatremque negare deum?Quaeritis, o miseranda manus,Christicolum genus? en ego sumdaemonicis inimica sacris,idola protero sub pedibus,pectore et ore deum fateor.Isis, Apollo, Venus nihil est,Maximianus et ipse nihil,illa nihil, quia facta manu,hic, manuum quia facta colit,frivola utraque et utraque nihil.Maximianus, opum dominuset tamen ipse cliens lapidum,prostituat voveatque suisnuminibus caput ipse suum, pectora cur generosa quatit?Dux bonus, arbiter egregius,sanguine pascitur innocuocorporibusque piis inhiansviscera sobria dilaceratgaudet et excruciare fidem.Ergo age, tortor, adure, seca,divide membra coacta luto!solvere rem fragilem facile est,non penetrabitur interiorexagitante dolore animus'.Talibus excitus in furiaspraetor ait: 'rape praecipitem,lictor, et obrue suppliciis!sentiat esse deos patriosnec leve principis imperium.Quam cuperem tamen ante necem,si potis est, revocare tuam,torva puellula, nequitiam!respice, gaudia quanta metas,quae tibi fert genialis honor!Te lacrimis labefacta domusprosequitur generisque tuiingemit anxia nobilitas,sole quod occidis in teneroproxima dotibus et thalamis.Non movet aurea pompa tori,non pietas veneranda senum,quos temeraria debilitas?ecce parata ministeriaexcruciabilis exitii:aut gladio feriere caputaut laniabere membra ferisaut facibus data fumificisflebiliterque ululanda tuisin cineres resoluta flues.Haec, rogo, quis labor est fugere?si modicum salis eminulisturis et exiguum digitistangere, virgo, benigna velis,poena gravis procul afuerit'.Martyr ad ista nihil, sed eniminfremit inque tyranni oculossputa iacit, simulacra dehincdissipat inpositamque molamturibulis pede prosubigit.Nec mora, carnifices geminiiuncta pectora dilacerantet latus ungula virgineumpulsat utrimque et ad ossa secatEulalia numerante notas.'Scriberis ecce mihi, domine,quam iuvat hos apices legere,qui tua, Christe, trophea notant,nomen et ipsa sacrum loquiturpurpura sanguinis eliciti'.Haec sine fletibus et gemitulaeta canebat et intrepida,dirus abest dolor ex animomembraque picta cruore novofonte cutem recalente lavant.Vltima carnificina dehinc:non laceratio vulnificacrate tenus nec arata cutis,flamma sed undique lampadibusin latera stomachumque furit.Crinis odorus ut in iugulosfluxerat involitans umeris,quo pudibunda pudicitiavirgineusque lateret honostegmine verticis opposito,Flamma crepans volat in faciemperque comas vegetata caputoccupat exsuperatque apicem,virgo citum cupiens obitumadpetit et bibit ore rogum.Emicat inde columba repensmartyris os nive candidiorvisa relinquere et astra sequi;spiritus hic erat Eulaliaelacteolus, celer, innocuus.Colla fluunt abeunte animaet rogus igneus emoritur,pax datur artubus exanimis,flatus in aethere plaudit ovanstemplaque celsa petit volucer. Vidit et ipse satelles avemfeminae ab ore meare palam,obstupefactus et adtonitusprosilit et sua gesta fugit,lictor et ipse fugit pavidus.Ecce nivem glacialis hiemsingerit et tegit omne forum,membra tegit simul Eulaliaeaxe iacentia sub gelidopallioli vice linteoli.Cedar amor lacrymantum hominum,qui celebrare suprema solent,flebile cedat et officium:ipsa elementa iubente deoexequias tibi, virgo, ferunt.Nunc locus Emerita est tumulo,clara colonia Vettoniae,quam memorabilis amnis Anapraeterit et viridante rapax.gurgite moenia pulchra lavit.Hic, ubi marmore perspicuoatria luminat alma nitoret peregrinus et indigena,reliquias cineresque sacrosservat humus veneranda sinu.Tecta corusca super rutilantde laquearibus aureolissaxaque caesa solum variant,floribus ut rosulenta putesprata rubescere multimodis.Carpite purpureas violassanguineosque crocos metite!non caret his genialis hiems,laxat et arva tepens glacies,floribus ut cumulet calathos.Ista comantibus e foliismunera, virgo puerque, date!ast ego serta choro in mediotexta feram pede dactylico,vilia, marcida, festa tamen.Sic venerarier ossa libetossibus altar et inpositum,illa dei sita sub pedibusprospicit haec populosque suoscarmine propitiata fovet.
C’est aux régions où le soleil se couche qu’est située la ville qui a produit cette illustre héroïne; cité puissante et habitée par un peuple nombreux, mais plus fière encore du sang de la martyre et du sépulcre de la vierge.
La jeune fille ne comptait encore que douze années, lorsqu’on la vit effrayer par son courage les bourreaux tremblants, braver la flamme pétillante du bûcher et mettre sa joie dans le supplice.
Déjà on l’avait vue prendre son essor vers la patrie où règne le Père céleste ; renonçant à l’hymen terrestre, elle avait repoussé les joies et les amusements du jeune âge.
Les parfums, les roses, les riches parures, n’obtinrent que son mépris ; grave dans ses traits, modeste dans sa démarche, dès l’âge le plus tendre on trouvait en elle cette sagesse que la vieillesse seule peut donner.
Tout à coup une fureur impie s’anime contre les serviteurs de Dieu ; on ordonne aux chrétiens de brûler un sacrilège encens, avec le foie des victimes, devant des dieux qui ne donnent que la mort.
L’âme sainte d’Eulalie en frémit; sa noble fierté se prépare à repousser un tel assaut : son cœur intrépide, épris de l’amour d’un Dieu, sollicite la jeune fille à braver le glaive des tyrans.
En vain la tendre sollicitude d’une mère veille à retenir la vierge généreuse dans le secret de la maison, à la campagne et loin de la ville, de peur que l’amour d’un trépas glorieux ne l’entraîne à sacrifier son sang,
Elle, dédaignant un repos qui lui semble une lâcheté, fatiguée d’un retard qui la déshonore, force les portes, la nuit, sans témoins : dans sa fuite elle ouvre les barrières qui la retenaient, et bientôt elle prend sa route par des sentiers détournés.
De ses pieds déchirés, elle franchit des lieux couverts de ronces et d’épines ; mais un chœur d’anges l’accompagne; la sombre nuit l’environne de son silence ; mais une lumière céleste la guide.
Telle on vit la troupe courageuse des Hébreux, nos pères, marcher à la suite de la colonne lumineuse qui brisait les ombres de la nuit, et traçant par ses feux une voie éclatante, anéantissait l’obscurité.
Ainsi la vierge pieuse , suivant sa voie durant la nuit, obtint du ciel la clarté du jour,et n’eut point à lutter avec les ténèbres, à cette heure où elle fuyait aussi l’Égypte, et commençait une route qui devait la conduire bien au-delà des astres.
D’un pas hardi et prompt, elle a su franchir plusieurs milles, avant que l’aurore vienne illuminer le ciel : dès le matin elle est rendue au pied du tribunal, et, dans une sainte fierté, elle vient se placer au milieu des faisceaux.
« Quelle fureur vous anime ? s’écrie-t-elle. Pourquoi perdre vos âmes imprudentes, en les abaissant devant des pierres taillées par le ciseau ?Pourquoi renier le Dieu
père de tous ?
« Infortunés, vous poursuivez les chrétiens; moi aussi je suis une ennemie du culte des démons, je foule sous mes pieds les idoles ; de mon cœur et de ma bouche je confesse Dieu.
« Isis, Apollon, Vénus ne sont rien ; Maximien aussi n’est que néant : vos idoles, parce qu’elles sont faites de la main des hommes ; lui, parce qu’il les adore : tout cela est nul et doit être compté pour rien.
« Que Maximien, ce prince ce opulent, et pourtant l’humble serviteur de ces pierres, dévoue et sacrifie jusqu’à sa tête à de telles divinités; mais pourquoi persécute-t-il des cœurs généreux ?
« Cet empereur plein de bonté, ce maître excellent, il lui faut du sang innocent pour se nourrir. Dans sa faim il déchire les corps des saints et jusqu’à leurs entrailles accoutumées au jeûne ; son bonheur est de torturer jusqu’à leur foi.
« Allons, bourreau, emploie le fer et le feu ; divise ces membres sortis du limon de la terre; il est aisé de détruire une chose si fragile; mais au dedans vit une âme que la douleur n’abattra pas. »
Un tel discours fait monter au comble la colère du Préteur : « Licteur, s’écrie-t-il, saisis cette furieuse, et dompte-la par les tortures. Fais-lui sentir ce que c’est que les dieux 0 de la patrie, et qu’on ne méprise pas en vain les édits du prince.
« Jeune fille égarée, plutôt que de t’envoyer à la mort, je voudrais, s’il est possible, t’arracher à tes erreurs perverses. Vois donc quel bonheur cette vie te destine, quel honorable hymen t’est préparé.
« Ta famille dans les larmes te recherche en ce moment; cette famille d’une si illustre noblesse se désole de te voir périr à la fleur de tes ans, à la veille des pompes nuptiales.
« La splendeur d’un hyménée opulent n’est-elle donc rien pour toi ? Dans ta présomption,veux-tu donc ébranler la piété filiale ? Eh bien ! considère ces instruments d’un cruel trépas.
« Ou ta tête tombera sous le glaive, ou tes membres seront déchirés par la dent des bêtes féroces, ou les torches embrasées les consumeront à petit feu, ou le bûcher te réduira en cendres au milieu des cris et des larmes de tes parents.
« Et quel si grand effort as-tu à faire pour éviter un sort si affreux î Daigne seulement , jeune fille , toucher du bout de tes doigts un peu de sel et quelques grains d’encens; et ces supplices terribles ne te regardent plus. »
La martyre garde le silence, mais elle frémit à un tel discours ; dans son indignation , elle crache aux yeux du tyran , renverse d’un coup de pied les idoles, les gâteaux sacrés et l’encens.
Aussitôt deux bourreaux déchirent la chair délicate de la vierge ; ses flancs sont sillonnés jusqu’aux os par les ongles de fer ; Eulalie compte ses glorieuses blessures.
« C’est votre Nom, Seigneur, que l’on trace sur mon corps ; que j’aime à lire ces caractères qui racontent vos victoires, ô Christ ! La pourpre de mon sang sert à écrire votre Nom sacré. »
C’est ainsi qu’elle chantait dans sa joie, la vierge intrépide ; pas une larme, pas un soupir ; de si cruelles souffrances sont pour elle comme si elles n’étaient pas; et cependant ses membres sont arrosés à chaque instant par un nouveau jet de son sang qui jaillit tiède sous les ongles de fer.
Mais ce n’est pas la dernière de ses tortures ; il ne leur suffit pas d’avoir labouré tout son corps de sillons cruels; c’est maintenant le tour de la flamme ; des torches ardentes parcourent avec fureur ses flancs et sa poitrine.
La chevelure embaumée d’Eulalie s’était détachée; flottant sur les épaules, elle était venue descendre comme un voile appelé à protéger la pudeur de la vierge.
Mais la flamme pétillante des torches est montée jusqu’au visage; en un instant, elle prend à la chevelure, elle parcourt la tête et s’élève au-dessus du visage. La vierge, avide de mourir, ouvre ses lèvres, et aspire ce feu qui l’environne.
On vit soudain une colombe plus blanche que la neige s’élancer de la bouche de la martyre, et monter vers les cieux : c’était l’âme d’Eulalie, toute pure, toute vive, toute innocente.
La tête s’incline au moment où l’âme s’est enfuie ; le feu des torches s’éteint tout à coup ; les membres endoloris ont cessé de souffrir ; le souffle qui animait la vierge, monte joyeux à travers les airs et se dirige, semblable à l’innocent oiseau, vers les temples du ciel.
Le bourreau l’a vu s’élancer de la bouche de la jeune fille ; saisi de terreur, il s’est enfui loin du théâtre de sa barbarie ; le licteur lui-même a disparu tremblant.
Tout à coup une neige inattendue se forme dans l’air glacial et descend sur le forum ; comme un blanc linceul, elle vient couvrir le corps d’Eulalie qui demeurait exposé aux injures de la saison.
Les larmes humaines accompagnent les funérailles d’un être chéri ; ici, ces témoignages de regret sont dépassés; les éléments eux-mêmes, ô vierge, ont reçu de Dieu l’ordre d’accomplir envers toi les devoirs suprêmes.
Aujourd’hui, Mérida, ville célèbre de la Lettonie, s’honore de posséder son sépulcre; cité florissante que parcourt le fleuve Ana qui, dans son cours rapide et ombragé d’arbres toujours verts, vient baigner son élégante enceinte.
C’est là que, dans un sanctuaire où la lumière est réfléchie par l’éclat des marbres étrangers et indigènes, un tombeau digne de tout respect garde les cendres sacrées d’Eulalie.
Au-dessus étincelle un lambris tout resplendissant d’or; le pavé du temple, formé de pierres délicatement taillées, semble un jardin émaillé de rieurs et des roses les plus vermeilles.
Cueillez la violette pourprée, moissonnez des Heurs éclatantes ; l’hiver, malgré sa rigueur, en produit encore ; le sol glacé qu’échauffe le soleil en fournira de quoi remplir vos corbeilles.
Jeunes filles, jeunes hommes, en présentant cette offrande, n’oubliez pas de l’entourer d’un épais feuillage ; ma guirlande à moi sera ces vers dactyliques que j’offre pour les chœurs ; ils sont humbles, ils se ressentent de ma vieillesse ; cependant ils conviennent à la fête.
C’est ainsi que nous offrirons nos hommages aux restes sacrés de la martyre, et à l’autel qui couvre son tombeau : du ciel où elle repose aux pieds de Dieu, elle agrée l’offrande, et rendue propice par nos chants, elle répand sa protection sur un peuple qui est le sien.
Nous regrettons de ne pouvoir donner ici qu’une faible idée des richesses liturgiques que nous offrent le Bréviaire et le Missel Mozarabes, sur sainte Eulalie. Rien n’est plus magnifique que les éloges consacrés à sa mémoire par l’ancienne Église d’Espagne. Nous prenons, presque au hasard, dans le Missel, les deux belles pièces qui suivent, que nous avons choisies sur vingt autres qui auraient presque un droit égal à être citées ici :
ORAISON.
Laetetur in te, Domine, quaeso, virginitas : et huic proxima congaudeat continentia. Non sexum quaerunt hujus modi bella, sed animum. Non mucronis confidentiam, sed pudoris. Non etiam personas discussuras, sed causas. Impune inter armatas transit acies innocens conscientia ; quae superavit crimina, superat et metalla. Facile vincit alios quisquis se vicerit ; et cum laudabile sit viro fecisse virtutem, majoris tamen praeconii est fecisse virginem rem virilem. Prophanum sacra ingreditur puella concilium: et solum Deum in pectore gestans infert violentiam passioni. Nec deest lictor tam impudens quam crudelis: qui sponsam (secure dixerim) Christi: fornicantium verberibus oculorum: supplicio libidinante torqueret. Ut quae poenas in adulterio non luebat: saltem poenas adulteras sustineret. Dudum quod gravius carnifex putat expectantium oculis corpus exponit: et per divaricatas viscerum partes: ictuum sulcos cursus fusi sanguinis antecedit. Periit tunc tortoris iniqui commentum: sola patiuntur tormenta ludibrium. Habet quidem virginem nostram nuditas: sed pudicam. Discat ergo: discat uterque sexus ex virgine: non pulchritudinem colore: sed virtutem. Fidem amare: non formam. Placiturus Domino: non decoris expectare judicium: sed pudoris. Sed quia tuum est Christe totum quod haec virgo vicerit: tuum quod meruit: tuum etiam quod peregit. Nec enim tela repellimus adversantium: nisi tuae divinitatis beneficio sublevemur. Nunc praesta nobis ut sicut haec beatissima martyr tua pugnando praemium adepta est castitatis: ita nos commissorum nostrorum ad te dimissis contagiis: adipiscamur praemia tuae promissionis.
Que la virginité se réjouisse en vous, Seigneur, et que la continence, sœur de la virginité, prenne une part à sa joie. Voici une guerre dans laquelle il ne s’agit plus du sexe, mais du courage ; la défense n’est plus dans le glaive, mais dans la pudeur ; le combat n’est pas entre les personnes, mais entre les causes. Une conscience innocente traverse, sans blessure, des bataillons armés ; elle a vaincu l’ardeur des sens, elle triomphera du fer. Il vaincra facilement les autres, celui qui s’est vaincu lui-même ; mais si la vertu est louable dans l’homme, la vierge qui déploie un courage viril est digne encore de plus grands éloges. Voici qu’une vierge sacrée pénètre dans une assemblée profane, et, portant Dieu seul dans son cœur, elle triomphe des supplices. Cependant il y a là un licteur non moins impudent que cruel, qui, lançant les traits impudiques de ses regards, torture par un infâme supplice celle qu’on peut appeler l’épouse du Christ : en sorte que celle qui est étrangère à l’adultère ait du moins à subir une peine adultère. Bientôt le bourreau, pour la soumettre à une plus rude épreuve, expose le corps de la vierge aux yeux des spectateurs ; et le long de ses flancs déchirés le sang coule en ruisseaux, plus rapides que n’est la main du licteur à ouvrir de nouvelles blessures. L’intention sacrilège du juge est confondue : il n’y a ici d’autre jouet que ses tourments. Sans doute notre vierge est nue; mais sa nudité est pudique. Que l’un et l’autre sexe apprennent donc de cette vierge à rechercher non la beauté, mais la vertu, à aimer la foi, non les grâces du corps. Que celui qui veut plaire au Seigneur, s’attende à être jugé, non sur les agréments du visage, mais sur la pudeur. Maintenant, ô Christ! puisque c’est par vous que cette vierge a vaincu, par vous qu’elle a mérité, par vous aussi qu’elle a accompli sa tâche (car nous ne saurions repousser les traits de nos ennemis, si nous n’étions soutenus par le secours de votre Divinité), daignez donc, de même que votre bienheureuse Martyre a gagné par son combat le prix de la chasteté,nous pardonner l’impureté de nos méfaits, nous faire obtenir la récompense que vous avez promise.
ILLATION.
Dignum et justum est, Domine Deus: qui tam prudentem virginem fidei sociata apice gloriae consecrati: tibi gratias agere: Ut per quem facta est mater Maria: fieret martyr Eulalia: illa pariendi affectu felix: ista moriendi. Illa implens incarnationis officium: ista rapiens passionis exemplum: Illa credidit angelo: ista resistit inimico. Illa electa per quam Christus nasceretur: ista assumpta per quam diabolus vinceretur. Dignare Eulalia martyr et virgo placitura Domino suo: quae Spiritu Sancto protegente tenero sexu bellum fonte sudaverit: et ultra opinionem humanae virtutis ad tolerantiam poenarum zelo tui amoris se obtulerit: cum in specie pretiosi Unigeniti sanguinem suum sub testimonio bonae confessionis effuderit: et incorrupta flammis viscera in odorem suavissimi thimiamatis adolÈverit. Vadit ad tribunal cruenti praesidis: non quaesita. In qua tam solum fuit animus incontinens ad secretum: quam locus conpetens ad triumphum. Lucratura regnum: contemptura supplicium: inventura quaesitum: visura confessum. Non trepida de poena: non ambigua de corona: non defessa de eculeo: non diffisa de praemio. Interrogatur, confitetur: occiditur: coronatur. Ingentique miraculo majestas tua exalatum virginis spiritum: quem assumpsit per flammam, suscepit per columbam. Ut hoc prodigio in coelis martyr ascenderet: quo in terris filium pater ostenderat. Siquidem nec in honorum patiantur elementa corpusculum: quod deciduis nix aspersa velleribus: et virtutis rigorem et virginitatis tecta candorem eluceret, vestiret, absconderet: superni velaminis operimento, coelum funeri praestat exequias, et per misericordiam Redemptoris daret animae sedem, pro sepultura redderet dignitatem.
Il est digne et juste, Seigneur Dieu, que nous vous rendions grâces, à vous qui avez établi dans une gloire sublime cette vierge prudente, fidèle disciple de la foi ; à vous qui, ayant fait que Marie devint mère, avez fait aussi qu’Eulalie fût martyre: l’une heureuse d’enfanter, l’autre heureuse de mourir; l’une accomplissant le ministère de l’Incarnation du Verbe, l’autre s’appropriant l’imitation de ses souffrances. L’une crut à l’Ange, l’autre résista à l’ennemi ; l’une élue pour que le Christ naquît d’elle, l’autre choisie pour que le diable fût vaincu par elle. Elle fut vraiment digne de plaire à son Seigneur, Eulalie, la Martyre et la Vierge qui, protégée par l’Esprit-Saint, soutint un combat rude à la délicatesse de son sexe. On la vit, dépassant toutes les forces humaines, s’offrir aux tortures par le zèle de votre amour ; quand, pour l’honneur de votre cher Fils unique, elle versa son sang dans le témoignage d’une confession généreuse, et livra aux flammes ses chastes flancs, comme un encens de très suave odeur. Sans être appelée, elle se présente au tribunal d’un gouverneur sanguinaire. Là, son âme se montre aussi incapable de dissimulation que le lieu même était propre à un triomphe. Elle veut gagner un royaume, mépriser les supplices, trouver Celui qu’elle cherche, voir enfin Celui qu’elle aura confessé. La peine ne l’émeut pas : elle ne doute pas de sa couronne ; le chevalet ne l’a pas lassée : elle est sans inquiétude sur la récompense. On l’interroge, elle confesse; on l’immole, elle est couronnée. Par un prodige étonnant, l’esprit de la vierge montant vers vous par la flamme, votre Majesté le reçoit sous la forme d’une colombe ; en sorte que la Martyre s’élève au ciel sous le symbole merveilleux par lequel, ô Père céleste ! vous avez désigné votre Fils à la terre. Mais les éléments eux-mêmes ne peuvent souffrir que le corps de la Martyre demeure plus longtemps sans honneur : une neige tombant du ciel comme une blanche toison vient embellir, couvrir et voiler ces restes dans lesquels respirent l’austérité de la vertu, la candeur de la virginité. Le ciel lui-même prête la pompe de son linceul à de si augustes funérailles ; enfin, par la miséricorde du Rédempteur, l’âme de la vierge est établie dans la demeure céleste, et les honneurs d’en haut compensent la sépulture terrestre dont son corps est privé.
Laissez-nous, glorieuse Martyre, mêler notre admiration à celle de l’Église, notre voix aux cantiques sublimes qu’elle entonne en votre honneur. L’amour du Christ, ô vierge héroïque, avait transporté votre cœur, et vous ne sentiez plus les tourments ; ou plutôt la douleur était l’aliment de votre amour, en l’absence de cet Époux qui, seul, pouvait répondre à vos désirs. Cependant, avec cette ardeur invincible, avec cette audace magnanime qui vous faisait affronter les tyrans et la fureur du peuple, rien déplus doux que votre sourire, de plus tendre que vos paroles. Obtenez-nous, ô Épouse du Christ ! une part à ce courage qui ne défaille jamais devant l’ennemi, à cette tendresse pour le Seigneur Jésus, qui seule sauve les âmes de la sécheresse et de l’orgueil.
O vous, la gloire de l’Ibérie ! colombe pacifique ! ayez pitié de cette terre catholique qui vous a nourrie pour le ciel. Ne souffrez pas que l’antique foi pâlisse dans une Église qui brilla si longtemps entre toutes les autres d’un éclat non pareil. Priez pour que les jours de la tribulation soient abrégés ; que Dieu, fléchi par vos prières, confonde la sacrilège audace des impies qui ont résolu d’anéantir le royaume de Dieu sur la terre ; qu’il inspire au clergé la force et l’énergie des anciens jours ; qu’il rende fécond le sang des martyrs qui a déjà coulé ; qu’il arrête le scandale dont les simples et les faibles sont si aisément les victimes ; qu’il daigne enfin ne pas effacer l’Espagne du nombre des nations catholiques, et pardonner aux fils dégénérés, en souvenir de leurs pères !
RÉPONS DE L’AVENT.
(Au Bréviaire Ambrosien , IV° Dimanche de l’Avent.)
R. Per Gabrielis Angeli os, nuntiatum est Virgini Mariae, et Verbum concepit e coelo : * Et illum suscepit modicus uterus, cui parvus fuerat mundus. V. Spiritus Sanctus in te ingredietur, et virtus Altissimi obumbrabit tibi. * Et illum suscepit modicus uterus, cui parvus fuerat mundus.
r. Par la bouche de l’Ange Gabriel, une nouvelle a été annoncée à Marie, et elle a conçu le Verbe descendu du ciel:* Et le sein d’une femme reçoit Celui pour qui le monde était petit, v. L’Esprit-Saint entrera en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Et le sein d’une femme reçoit Celui pour qui le monde était petit.
11 décembre. Saint Damase, Pape et Confesseur
Ce grand Pontife apparaît au Cycle, non plus pour annoncer la Paix comme saint Melchiade, mais comme un des plus illustres défenseurs du grand Mystère de l’Incarnation. Il venge la foi des Églises dans la divinité du Verbe, en condamnant, comme son prédécesseur Libère, les actes et les fauteurs du trop fameux concile de Rimini ; il atteste par sa souveraine autorité l’Humanité complète du Fils de Dieu incarné, en proscrivant l’hérésie d’Apollinaire. Enfin, nous pouvons considérer comme un nouvel et éclatant témoignage de sa foi et de son amour envers l’Homme-Dieu, la charge qu’il donna à saint Jérôme de travailler à une nouvelle version du Nouveau Testament sur l’original grec, pour l’usage de l’Église Romaine. Honorons un si grand Pontife que le Concile de Chalcédoine appelle l’ornement et la force de Rome par sa piété, et que son illustre ami et protégé saint Jérôme qualifie d’homme excellent, incomparable, savant dans les Écritures, Docteur vierge d’une Église vierge.
La Légende du Bréviaire nous raconte une partie de ses mérites :
Damasus Hispanus, vir egregius et eruditus in Scripturis, indicto primo Constantinopolitano Concilio, nefariam Eunomii et Macedonii haeresim exstinxit. Idem Ariminensem conventum a Liberio jam ante rejectum, iterum condemnavit : in quo, ut scribit sanctus Hieronymus, Valentis potissimum et Ursacii fraudibus damnatio Nicenœ fidei conclamata fuit, et ingemiscens orbis terrarum se Arianum esse miratus est.
Damase, Espagnol, homme excellent et savant dans les Écritures, ayant convoqué le premier Concile de Constantinople, étouffa la criminelle hérésie d’Eunomius et de Macédonius. Il condamna derechef l’assemblée de Rimini, déjà rejetée par Libère, et dans laquelle, comme l’écrit saint Jérôme, les artifices de Valens et d’Ursace firent proclamer la condamnation de la foi de Nicée, en sorte que le monde gémissant s’étonna d’être Arien.
Basilicas duas aedificavit; alteram sancti Laurentii nomine ad theatrum Pompeii, quam maximis muneribus auxit, eique domos, et praedia attribuit : alteram via Ardeatina ad Catacumbas. Platoniam etiam, ubi corpora sanctorum Pétri et Pauli aliquamdiu jacuerunt, dedicavit, et exornavit elegantibus versibus. Idemque prosa et versu scripsit de Virginitate, multaque alia métro edidit.
Il édifia deux Basiliques: l’une sous le nom de Saint-Laurent, près le théâtre de Pompée, à laquelle il fit de très grands présents et donna des maisons et des terres; l’autre sur la voie Ardéatine, aux Catacombes. Il dédia le lieu embelli de marbres où les corps de saint Pierre et de saint Paul avaient reposé quelque temps, et il l’orna de vers composés avec élégance. Il écrivit aussi sur la Virginité en vers et en prose, et composa beaucoup d’autres poésies.
Poenam talionis constituit iis, qui alterum falsi criminis accusassent. Statuit, ut quod pluribus jam locis erat in usu, Psalmi per omnes Ecclesias die noctuque ab alternis canerentur; et in fine cujusque Psalmi diceretur : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. Ejus jussu sanctus Hieronymus novum Testamentum Graecae fidei reddidit. Cum Ecclesiam rexisset annos decem et septem, menses duos, dies viginti sex, et habuisset Ordinationes quinque mense decembri, quibus creavit Presbyteros triginta unum, Diaconos undecim, Episcopos per diversa loca sexaginta duos; virtute, doctrina, ac prudentia clarus, prope octogenarius, Theodosio seniore imperante, obdormivit in Domino, et via Ardeatina una cum matre et sorore sepultus est in Basilica quam ipse aedificaverat. Illius reliquiae postea translatas sunt in ecclesiam sancti Laurentii, ab ejus nomine in Damaso vocatam.
Il établit la peine du talion pour ceux qui auraient accusé quelqu’un faussement. Il ordonna que, selon l’usage déjà reçu en plusieurs lieux, on chanterait jour et nuit dans toutes les églises les Psaumes à deux chœurs, et qu’on ajouterait à la fin de chaque Psaume: Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Il chargea saint Jérôme de traduire le Nouveau Testament, selon la pureté du texte grec. Il gouverna l’Église dix-sept ans, deux mois et vingt-six jours, et fit cinq Ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa trente-un Prêtres, onze Diacres, et soixante-deux Évêques pour divers lieux. Après avoir éclaté en vertu, en science et en sagesse, il s’endormit dans le Seigneur, sous l’empire du grand Théodose, étant presque octogénaire, et il fut enseveli sur la voie Ardéatine, avec sa mère et sa sœur, dans la Basilique qu’il avait édifiée. Ses reliques ont été transportées depuis dans l’église de Saint-Laurent, qui s’appelle de son nom, in Damaso.
Saint Pontife Damase ! vous avez été durant votre vie le flambeau des enfants de l’Église ; car vous leur avez fait connaître le Verbe incarné, vous les avez prémunis contre les doctrines perfides au moyen desquelles l’Enfer cherchera toujours à dissoudre ce Symbole glorieux, dans lequel sont écrites la souveraine miséricorde d’un Dieu pour l’œuvre de ses mains, et la dignité sublime de l’homme racheté. Du haut de la Chaire de Pierre, vous avez confirmé vos frères, et votre foi n’a point défailli ; car le Christ avait prié pour vous. Nous nous réjouissons de la récompense infinie que le Prince des Pasteurs a octroyée à votre intégrité, ô Docteur vierge de l’Église vierge ! Du haut du ciel, faites descendre jusqu’à nous un rayon de cette lumière dans laquelle le Seigneur Jésus se fait voir à vous en sa gloire ; afin que nous puissions aussi le voir, le reconnaître, le goûter dans l’humilité sous laquelle il va bientôt se montrer à nous. Obtenez-nous et l’intelligence des saintes Écritures, dans la science desquelles vous fûtes un si grand Docteur, et la docilité aux enseignements du Pontife romain, auquel il a été dit, en la personne du Prince des Apôtres : Duc in altum : avancez dans la haute mer.
Faites, ô puissant successeur de ce pêcheur d’hommes, que tous les Chrétiens soient animés des mêmes sentiments que Jérôme, lorsque, s’adressant à votre Apostolat, dans une célèbre Épître, il disait : « C’est la Chaire de Pierre que je veux consulter ; je veux que d’elle me vienne la foi, nourriture démon âme. La vaste étendue des mers, la distance des terres, ne m’arrêteront point dans la recherche de cette perle précieuse : là où se trouve le corps, il est juste que les aigles s’y rassemblent. C’est à l’Occident que maintenant se lève le Soleil de justice : c’est pourquoi je demande au Pontife la Victime du salut; du Pasteur, moi brebis, j’implore le secours. Sur la Chaire de Pierre est bâtie l’Église : quiconque mange l’Agneau hors de cette Maison est un profane ; quiconque ne sera pas dans l’Arche de Noé, périra dans les eaux du déluge. Je ne connais pas Vital; je n’ai rien de commun avec Mélèce ; Paulin m’est inconnu : quiconque ne recueille pas avec vous, ô Damase, dissipe ce qu’il a amassé ; car celui qui n’est pas au Christ est à l’Antéchrist. »
Considérons notre divin Sauveur au sein de la très pure Marie sa Mère ; et adorons, avec les saints Anges, le profond anéantissement auquel il s’est réduit pour notre amour. Contemplons-le s’offrant à son Père pour la rédemption du genre humain, et commençant dès lors à remplir l’office de Médiateur dont il a daigné se charger. Admirons avec attendrissement cet amour infini, qui n’est pas satisfait de ce premier acte d’abaissement dont le mérite est si grand qu’il eût suffi pour racheter des millions de mondes. Le Fils de Dieu veut accomplir, comme les autres enfants, le séjour de neuf mois au sein de sa Mère, naître ensuite dans l’humiliation, vivre dans le travail et la souffrance, et se faire obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la Croix. O Jésus ! soyez béni, soyez aimé pour un si grand amour. Vous voici donc descendu du ciel, pour être l’Hostie qui remplacera tant d’autres hosties stériles, par lesquelles n’a pu être effacée la faute de l’homme. La terre porte maintenant son Sauveur, bien qu’elle ne l’ait pas contemplé encore. Dieu ne la maudira pas, cette terre ingrate, enrichie qu’elle est d’un tel trésor. Mais reposez encore, ô Jésus, dans les chastes entrailles de Marie, dans cette Arche vivante, au sein de laquelle vous êtes la véritable Manne destinée à la nourriture des enfants de Dieu. Toutefois, ô Sauveur ! l’heure approche où il vous faudra sortir de ce sanctuaire. Au lieu de la tendresse de Marie, il vous faudra connaître la malice des hommes ; et cependant, nous vous en supplions, nous osons vous le rappeler, il est nécessaire que vous naissiez au jour marqué : c’est la volonté de votre Père ; c’est l’attente du monde, c’est le salut de ceux qui vous auront aimé.
PROSE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
( Tirée du Missel de Cluny de 1523.)
AVE, mundi gloria, Virgo mater Maria, Ave, benignissima.
Salut, gloire du monde, Vierge Mère, ô Marie très débonnaire, salut !
Ave, plena gratia, Angelorum domina, Ave, praeclarissima.
Salut, pleine grâce, souveraine des Anges, très glorieuse, salut !
Ave, decus Virginum, Ave, salus hominum, Ave, potentissima.
Salut, Mère du Seigneur, qui avez enfanté le Très-Haut; salut, ô très prudente!
Ave, Mater Domini, Genitrix Altissimi, Ave, prudentissima.
Salut, mère de gloire, mère de clémence ; salut, ô très heureuse !
Ave, mater gloriae. Mater indulgentiae, Ave, beatissima.
Salut, source de pardon, fontaine de miséricorde; salut, ô très clémente !
Ave, vena veniae, Fons misericordiae, Ave, clementissima.
Salut, mère de lumière; salut, honneur du firmament! salut, porte du ciel; salut, ô très sereine!
Ave, mater luminis, Ave, honor aetheris, Ave, porta cœlica, Ave, serenissima.
Salut, blanc lis; salut, parfum balsamique; salut, flocon léger d’encens ; salut, ô très resplendissante !
Ave, candens lilium, Ave, opobalsamum, Ave, fumi virgula, Ave, splendidissima.
Salut, ô pacifique ! salut, ô douce ! salut, ô miséricordieuse ! salut, ô gracieuse ! salut, ô très lumineuse !
Ave, mitis, Ave, dulcis, Ave, pia, Ave, laeta, Ave, lucidissima.
Salut, honneur des Vierges ; salut, protectrice des hommes ; très puissante, salut !
Ave, porta, Ave, virga, Ave, rubus, Ave, vellus, Ave, felicissima.
Salut, porte céleste; salut, verge prophétique; salut, buisson enflammé : salut, toison mystique; salut, ô très fortunée!
Ave, clara cœli gemma, Ave, alma Christi cella, Ave, venustissima.
Salut, radieuse perle des ; deux; salut, féconde demeure du Christ ; salut, ô très belle !
Ave, virga Jesse data, Ave, scala cœli facta, Ave, nobilissima.
Salut, branche nouvelle de Jessé ; salut, échelle qui touche au ciel; salut, ô très noble !
Ave, stirpe generosa, Ave, prole gloriosa, Ave, fœtu gaudiosa, Ave, excellentissima.
Salut, fille de race généreuse; salut, mère au glorieux Fils; salut, sein fécond en joie; salut, ô très excellente !
Ave, Virgo singularis, Ave, dulce salutaris, Ave, digna admirari, Ave, admirandissima.
Salut, Vierge singulière ; salut, aimable source de bonheur; salut, ô digne d’admiration; salut, ô très admirable !
Ave, turtur, tu quae munda Castitate, sed fœcunda Charitate, tu columba, Ave, pudicissima.
Salut, ô tourterelle pure en chasteté, mais féconde en charité; colombe très pudique, salut !
Ave, mundi imperatrix, Ave, nostra mediatrix, Ave, mundi sublevatrix, Ave, nostrum gaudium. Amen.
Salut, impératrice du monde ; salut, notre médiatrice ; salut, protectrice du monde; salut, ô notre joie ! Amen.
PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, Lundi de la Ière Semaine de l’Avent.)
ORATIO.
ORAISON.
Nuntiatam ecce vocem jucunditatis et laetitiae, quam de tua, Christe, Incarnatione audivimus: ut in nobis dulciori efficiamur charitate fruentiores, imploramus tuae magnitudinis exspectantes potentiam ; ut ita in nobis vocis hujus effectus usquequaque praepolleat, ut non confundamur in ea , cum manifestata nobis fuerit gloria tua. Amen.
La joyeuse et agréable nouvelle de votre Incarnation, ô Christ, frappe nos oreilles ; daignez, nous vous en supplions, nous remplir avec abondance des douceurs de la charité, nous qui vivons dans l’attente de la manifestation de votre puissance et de votre grandeur; afin que l’heureux effet de cette nouvelle se reproduisant en nous et s’y développant,nous ne soyons point confondus, au jour où apparaîtra votre gloire. Amen.
12 décembre. 5e jour dans l’octave de l’Immaculee Conception
Considérons la très pure Marie ayant conçu dans son sein le Verbe de Vie, et toute remplie des sentiments que lui inspirent sa religion profonde envers le souverain Seigneur, et son ineffable tendresse de mère envers un tel fils. Admirons une si haute dignité, rendons-lui hommage, et glorifions la Mère d’un Dieu. En elle s’accomplissent et la prophétie d’Isaïe: Une Vierge concevra et enfantera un Fils ; et celle de Jérémie : Le Seigneur a créé quelque chose de nouveau sur la terre : une Femme environnera un Homme ; oracles que les Gentils eux-mêmes avaient mystérieusement recueillis : en sorte que la gloire de la cité des Carnutes d’avoir dédié un autel à la vierge qui devait enfanter, Virgini pariturae, loin d’être douteuse, comme elle le parut aux yeux d’un siècle plus ignorant encore que rationaliste, doit être également attribuée à plusieurs autres villes de l’Occident. Mais qui pourrait raconter la dignité de cette Vierge qui porte en ses flancs bénis le Salut du Monde ? Si Moïse, sortant d’un simple entretien avec Dieu, reparut aux yeux du peuple d’Israël la tête encore environnée des rayons de la majesté de Jéhovah, quelle auréole devait entourer Marie, renfermant en elle, comme un ciel vivant, le souverain Seigneur lui-même ? Mais la divine Sagesse tempérait cet éclat aux yeux des hommes, afin que l’humilité que le Fils de Dieu avait choisie comme le moyen de se manifester à eux, ne fût pas dès l’abord anéantie par la gloire prématurée qui eût éclaté dans sa Mère.
Les sentiments du Cœur de Marie durant ces neuf mois de son union ineffable avec le Verbe divin, nous sont retracés au sacré Cantique, lorsque l’Épouse dit dans son ivresse : « Me voici établie à l’ombre de celui que je désirais, et son fruit est doux à ma bouche ; si je dors, mon cœur veille. Mon âme se fond au bruit de la voix de mon Bien-Aimé ; je suis à lui et il est à moi, celui qui paît entre les lis de ma virginité, jusqu’à ce que le jour de sa Nativité se lève, et que les ombres du péché disparaissent enfin. » Mais souvent aussi, trop faible dans sa mortalité pour soutenir l’amour qui l’oppresse, elle s’écrie aux âmes pieuses, ses compagnes : « O filles de Jérusalem ! couvrez-moi de fleurs, environnez-moi de fruits odorants ; car je languis d’amour. » — « Cette douce parole, dit le vénérable Pierre de Celles dans son Sermon pour la Vigile de Noël, cette douce parole est celle de l’Épouse qui habite dans les jardins, et qui a voit approcher le temps de son enfantement divin. Quoi de plus aimable entre toutes les créatures que cette Vierge, l’amante du Seigneur, mais premièrement aimée de lui ? C’est elle qui, dans le Cantique, est appelée la biche à jamais chérie. Quoi de plus aimable aussi que a ce Fils de Dieu, né éternellement, et éternellement aimé; formé, comme dit l’Apôtre, à la fin des temps, au sein de la bien-aimée, et dÈvenu, suivant l’expression du Cantique, le faon, objet de sa tendresse ? Cueillons donc, et préparons nos fleurs, pour les offrir au fils et à la mère. Mais voici les fleurs que nous présenterons en particulier à Notre-Dame. Purifions et renouvelons nos corps par Jésus, qui dit être la Fleur des champs et le Lis des vallons, et efforçons-nous d’approcher de lui par la chasteté. Puis, a défendons la fleur de pureté de tout contact étranger ; car elle se fane, et s’effeuille en un instant, si on l’expose au moindre souffle. Lavons nos mains pour l’offrir dans l’innocence ; et a d’un cœur pur, d’un corps chaste, d’une bouche a sanctifiée, d’une âme intacte, cueillons au jardin du Seigneur les fleurs nouvelles, pour la nouvelle Nativité du nouveau Roi ; environnons de ces fleurs la Sainte des Saintes, la Vierge des Vierges, la Reine des Reines, la Dame des Dames, pour mériter d’avoir notre part en son a Enfantement. »
SÉQUENCE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)
AVE, Virgo gratiosa, Virgo Mater gloriosa. mater Régis gloriae.
Ave, fulgens margarita Fer quam venit mundi vita, Christus sol justitiae.
O oliva fructifera, Tu pietatis viscera Nulli claudis hominum.
Nos exsules laetificas, Ut vitis, dum fructificas Salvatorem Dominum.
Ave, Virgo Mater Dei, Tu superni Sol diei, Et mundi noctis Luna.
Clementior prae caeteris, Succurre nobis miseris, Mortalium spes unica.
Salut, Vierge gracieuse , Vierge-Mère glorieuse, Mère du Roi de gloire !
Ave, decus virginale, Templum Dei spéciale ! Par te fiât veniale Omne quod committimus.
Salut, perle éclatante, par qui nous vint la vie du monde, le Christ, Soleil de justice !
Tu nobis es singularis ; Tu nos ducas, Stella maris; Tu nos semper tuearis : En ad te confugimus.
Branche d’olivier chargée de fruits ! les entrailles de votre tendresse ne sont fermées à aucun mortel.
Ad te, pia, suspiramus, Si non ducis, deviamus : Ergo doce quid agamus ; Post hunc finem ut vivamus Cum Sanctis perenniter.
Dans notre exil, vous nous réjouissez, lorsque, vigne féconde, vous produisez pour fruit le Sauveur, le Seigneur.
Jesu Christe, Fili Dei, Tota salus nostras spei ; Tuae Matris interventu, Angelorum nos conventu Fac gaudere jugiter. Amen.
Salut, Vierge Mère d’un Dieu ! Soleil du jour céleste, Lune dans la nuit de ce monde !
Clémente par-dessus toutes les mères, secourez-nous, malheureux que nous sommes, ô unique espérance des mortels !
Salut, honneur de virginité, temple à Dieu seul réservé ! rendez pardonnables toutes nos offenses.
Vous êtes toute à nous; guidez-nous, Étoile de la mer ! et nous protégez toujours : nous voici dans vos bras.
Vers vous, clémente, nous soupirons; si vous ne nous conduisez, nous nous égarons ; donc, enseignez-nous ce qu’il faut faire, pour vivre, au terme de ces jours, éternellement avec les Saints.
Jésus-Christ, Fils de Dieu, tout le fondement de notre espérance, par la médiation de votre Mère, donnez-nous part, avec l’assemblée des Anges, à l’éternelle réjouissance. Amen.
PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, au Ier Dimanche de l’Avent.)
ORAISON.
Audivimus , Christe ; confitemur, et credimus, quod de sinu Patris egrediens veneris, ut carnis nostrae vestibulo cingereris, liberaturus , scilicet susceptae Incarnationis mysterio, quod perierat naturae vitiatae contagio. Fac nos, praenuntiata Adventus tui gaudia , promptissima surrectionis devotione excipere : ut, quia tu e loco patrio secretoque progrediens, salvaturus nomines, humanitus properasti ad publicum ; nos e loco criminis exeuntes, munditiores concitum Divinitatis tuae prospectemus excursum : ut extrema vitae nostrae, nullius discriminis conculcatione involvens ; sic provoces terrore justitiae, ut solita iustifices pietate. Amen.
Nous avons appris , ô Christ, nous confessons et nous croyons que, sortant du sein du Père, vous viendrez revêtir le voile de notre chair, pour délivrer, par le mystère de l’Incarnation, ce qui avait péri par la contagion d’une nature viciée. Faites que nous recevions, avec une ardente et vigilante dévotion, la nouvelle joyeuse de votre Avènement ; afin que,tandis que, parti du sein mystérieux de votre Père , vous paraîtrez au dehors sous la forme humaine, pour sauver les hommes ; nous, sortant enfin de l’ombre de nos péchés, nous nous hâtions d’accourir, purifiés, à la rencontre de votre Divinité. Alors, la fin de notre vie ne sera point en butte à votre colère, et la terreur de votre justice nous aura mis à même d’être justifiés par cette incessante miséricorde qui est en vous. Amen.
13 décembre. Sainte Lucie, vierge et martyre
Voici la quatrième de nos Vierges sages, la vaillante Lucie. Son nom glorieux étincelle au sacré Diptyque du Canon de la Messe, à côté de ceux d’Agathe, d’Agnès et de Cécile ; mais, dans les jours de l’Avent, le nom de Lucie annonce la Lumière qui approche, et console merveilleusement l’Église. Lucie est aussi une des trois gloires de la Sicile chrétienne ; elle triomphe à Syracuse, comme Agathe brille à Catane, comme Rosalie embaume Palerme de ses parfums. Fêtons-la donc avec amour, afin qu’elle nous soit en aide en ce saint temps, et nous introduise auprès de Celui dont l’amour l’a rendue victorieuse du monde. Comprenons encore que si le Seigneur a voulu que le berceau de son Fils parût ainsi entouré d’une élite de Vierges, et s’il ne s’est pas contenté d’y faire paraître des Apôtres, des Martyrs et des Pontifes, c’est afin qu’au milieu de la joie d’un tel Avènement, les enfants de l’Église n’oublient pas d’apporter à la crèche du Messie, avec la foi qui l’honore comme le souverain Seigneur, cette pureté du cœur et des sens que rien ne saurait remplacer dans ceux qui veulent approcher de Dieu. Lisons maintenant les Actes glorieux de la Vierge Lucie.
Lucia, virgo Syracusana, genere et christiana fide ab infantia nobilis, una cum matre Eutychia, quae sanguinis fluxu laborabat, Catanam ad venerandum corpus beatae Agathae venit. Quae ad ejus sepulcrum cum suppliciter orasset, Agathae intercessione, matris sanitatem impetravit. Statim vero matrem exoravit , ut quam dotem sibi datura esset, Christi pauperibus tribui pateretur. Ut igitur Syracusas rediit, omnem pecuniam, quam ex facultatibus venditis redegerat, pauperibus distribuit.
Lucie, vierge de Syracuse, illustre par sa naissance et par la foi chrétienne qu’elle professa dès l’enfance, vint à Catane, avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang,pour vénérer le corps de sainte Agathe. Ayant fait ses prières au tombeau de la Sainte, elle obtint, par son intercession, la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle lui préparait. C’est pourquoi Lucie, étant de retour à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua l’argent aux pauvres.
Quod ubi rescivisset is cui eam parentes contra virginis voluntatem desponderant, apud Paschasium Praefectum, Luciam, quod christiana esset accusavit. Quam ille cum nec precibus, nec minis ad cultum idolorum posset perducere; immo tanto magis incensam videret ad celebrandas christianae fidei laudes, quanto magis ipse eam a sententia avertere conabatur : Cessabunt, inquit, verba, cum ventum erit ad verbera. Cui virgo : Dei servis verba déesse non possunt, quibus a Christo Domino dictum est : Cum steteritis ante reges et praesides, nolite cogitare quomodo aut quid loquamini ; dabitur enim vobis in illa hora quid loquamini; non enim vos estis qui loquimini, sed Spiritus Sanctus qui loquitur in vobis.
Celui à qui ses parents l’avaient fiancée contre sa volonté ayant appris ceci, alla trouver le Préfet Paschasius , et accusa Lucie d’être chrétienne. Ce magistrat ne pouvant, ni par prières, ni par menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de lui faire changer de sentiments, plus elle semblait enflammée à célébrer les louanges de la foi chrétienne : Tu ne parleras plus autant, lui dit-il, quand on en sera venu aux coups. La parole ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, reprit la vierge : puisque le Seigneur Christ a dit : Quand vous serez devant les rois et les gouverneurs , ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez, ou de ce que vous direz ; car ce que vous aurez à dire vous sera donné à l’heure même; parce que ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint qui parle en vous.
Quam cum Paschasius interrogasset : Estne in te Spiritus Sanctus ? Respondit : Caste et pie viventes templum sunt Spiritus Sancti. At ille : Jubebo te ad lupanar duci, ut te Spiritus Sanctus deserat. Qui virgo : Si invitam jussens violari, castitas mihi duplicabitur ad coronam. Quare Paschasius ira inflammatus Luciam eo trahi jussit, ubi ejus virginitas violaretur : sed divinitus factura est, ut firma virgo ita consisteret, ut nulla vi de loco dimoveri posset. Quamobrem Praefectus circum ipsam pice, résina, ac ferventi oleo perfusam, ignem accendi imperavit ; sed cum ne flamma quidem eam laederet, multis tormentis excruciatae guttur gladio transfigitur. Quo vulnere accepto, Lucia praedicens Ecclesiae tranquillitatem, quae futura erat Diocletiano et Maximiano mortuis, idibus decembris, spiritum Deo reddidit. Cujus corpus Syracusis sepultum, deinde Constantinopolim, postremo Venetias translatum est.
Paschasius lui ayant dit sur cela : Le Saint-Esprit est-il donc en toi . Elle répondit : Ceux qui vivent avec chasteté et piété sont le temple de l’Esprit-Saint. Le Préfet repartit : Je vais donc te faire conduire en un lieu de prostitution, afin que le Saint-Esprit t’abandonne. La vierge répondit: Si on me fait violence malgré moi, j’aurai double couronne de chasteté. A ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna qu’on traînât Lucie dans un lieu où on lui fît perdre sa virginité ; mais il arriva, par la puissance divine, que la vierge demeura immobile au même lieu, sans qu’aucune violence l’en pût arracher. C’est pourquoi le gouverneur, l’ayant fait environner de poix, de résine et d’huile bouillante, commanda qu’on allumât du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eût tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée. Lucie, ayant reçu le coup, prédit la tranquillité dont l’Église devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, rendit son esprit à Dieu, aux ides de décembre. Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transféré à Constantinople, et enfin à Venise.
Nous prenons dans l’Office de la Sainte quelques Antiennes, dont l’ensemble forme une œuvre lyrique pleine de grâce et de fraîcheur :
ORANTE sancta Lucia, apparuit ei beata Agatha, et consolabatur ancillam Christi.
Sainte Lucie étant en prières, la bienheureuse Agathe lui apparut, et consolait la servante du Christ.
Lucia Virgo, quid a me petis, quod ipsa poteris praestare continuo matri tuae ?
Vierge Lucie, lui dit-elle, pourquoi me demandes-tu pour ta mère un secours que toi-même lui peux procurer?
Per te, Lucia Virgo, civitas Syracusana decorabitur a Domino Jesu Christo.
A cause de toi, Vierge Lucie, la ville de Syracuse sera comblée de gloire par le Seigneur Jésus-Christ.
Benedico te, Pater Domini mei Jesu Christi, quia per Filium tuum ignis exstinctus est a latere meo.
Voix de Lucie : Je vous bénis, ô Père de mon Seigneur Jésus-Christ, de ce que, par votre Fils, le feu qui m’environnait a été éteint.
In tua patientia possedisti animam tuam, Lucia sponsa Christi : odisti quae in mundo sunt, et coruscas cum Angelis : sanguine proprio mimicum vicisti.
Dans ta patience, tu as possédé ton âme, ô Lucie, Épouse du Christ ! tu as haï les choses du monde, et tu brilles avec les Anges : par ton propre sang, tu as vaincu l’ennemi.
Nous nous adressons à vous, ô Vierge Lucie, pour obtenir la grâce de voir dans son humilité Celui que vous contemplez présentement dans la gloire : daignez nous accepter sous votre puissant patronage. Le nom que vous avez reçu signifie Lumière : soyez notre flambeau dans la nuit qui nous environne. O Lampe toujours brillante de la splendeur de virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les blessures que leur a faites la concupiscence, afin qu’ils s’élèvent, au-dessus de la créature, jusqu’à cette Lumière véritable qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne comprennent point. Obtenez que notre œil purifié voie et connaisse, dans l’Enfant qui va naître, l’Homme nouveau, le second Adam, l’exemplaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous aussi, Vierge Lucie, de la sainte Église Romaine et de toutes celles qui empruntent d’elle la forme du Sacrifice : car elles prononcent chaque jour votre doux nom à l’autel, en présence de l’Agneau votre Époux, à qui il est agréable de l’entendre. Répandez vos bénédictions particulières sur l’île fortunée qui vous donna le jour terrestre et la palme de l’éternité. Maintenez-y l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, et guérissez les maux que vous connaissez.
Le même jour. Sainte Odile, vierge et Abbesse
ODILE est la cinquième des Vierges sages qui nous conduiront, à la lueur de leurs lampes, au berceau de l’Agneau, leur Époux. Elle n’a pas donné son sang pour lui, comme Bibiane, Barbe, Eulalie et Lucie ; elle ne lui a offert que ses larmes et son amour ; mais la blancheur de sa couronne de lis se marie agréablement à la pourpre des roses qui ceignent le front de ses compagnes. Son nom est grand dans la France orientale : au delà du Rhin, sa mémoire est demeurée chère au peuple fidèle ; et mille ans écoulés sur son glorieux tombeau n’ont point attiédi la tendre vénération dont il est l’objet, ni diminué le nombre des pieux pèlerins qui, chaque année, se pressent sur les sommets de la sainte montagne où il repose. Le sang illustre de cette vierge est celui même de la race des Capétiens, celui de la famille impériale des Habsbourg; tant de rois et d’empereurs sont les descendants du vaillant duc d’Alsace Adalric, ou Eutichon, père de la douce Odile.
Elle vint en ce monde privée de la lumière des yeux. Le père repoussa loin de lui cette enfant que la nature sembla n’avoir disgraciée que pour faire éclater plus merveilleusement en elle le pouvoir de la grâce divine. Un cloître reçut la petite exilée que l’on avait arrachée des bras de sa mère ; mais Dieu, qui voulait signaler en elle la vertu du divin sacrement de la régénération, permit que le baptême lui fût différé jusqu’à l’âge de treize ans. Le moment enfin arriva où Odile allait recevoir le sceau des enfants de Dieu. Mais, ô merveille! la jeune fille obtint tout à coup la vue du corps, au sortir de la fontaine baptismale ; et ce don n’était qu’une faible image de la lumière que la foi avait à ce moment allumée dans son âme. Ce prodige rendit Odile à son père et au monde; elle dut alors soutenir mille combats pour protéger sa virginité qu’elle avait vouée à l’Époux céleste. Les grâces de sa personne et la puissance de son père attirèrent autour d’elle les plus illustres prétendants. Elle triompha ; et l’on vit Adalric lui-même élever, sur les rochers de Hohenbourg, le monastère où Odile devait servir le Seigneur, présider un nombreux essaim de vierges sacrées, et soulager toutes les misères humaines.
Après une longue vie consacrée tout entière à la prière, à la pénitence et aux œuvres de miséricorde, la vierge arriva au moment de cueillir la palme. C’était aujourd’hui même, treize Décembre, en la fête de la vierge Lucie. Les sœurs de Hohenbourg se pressaient autour de leur sainte Abbesse, avides de recueillir ses dernières paroles. Une extase l’avait enlevée au sentiment des choses d’ici-bas. Craignant qu’elle n’allât à son Époux céleste avant d’avoir reçu le divin Viatique qui doit nous introduire dans la possession de Celui qui est notre dernière fin, les filles crurent devoir enlever leur mère à ce sommeil mystique qui semblait la rendre insensible aux devoirs du moment. Odile revint à elle, et leur dit avec tendresse : « Chères mères et chères sœurs, pourquoi m’avez-vous troublée ? pourquoi imposer de nouveau à mon âme le poids du corps qu’elle avait quitté ? Par la faveur divine, j’étais en la compagnie de la vierge Lucie, et les délices dont je jouissais étaient si grandes que ni la langue ne les saurait raconter, ni l’oreille les entendre, ni l’œil humain les contempler. » On se hâta de donner à la compagne de Lucie le pain dévie et le breuvage sacré. Aussitôt qu’elle les eut reçus, elle s’envola vers sa céleste sœur ; et le treize Décembre réunit pour jamais la mémoire de l’Abbesse de Hohenbourg à celle de la Martyre de Syracuse.
L’Église de Strasbourg, dont Odile est une des premières gloires, lui consacre le récit suivant dans le Propre diocésain. En insérant ici cette Légende, nous faisons nos réserves sur ce qu’elle contient au sujet de la Règle qui fut suivie dans le monastère de Hohenbourg. Mabillon, qui revendique sainte Odile pour la Règle de saint Benoît,observe avec raison qu’il n’existait pas alors de Règle qui fût désignée sous le nom de Règle canoniale.
Odilia, suae decus et praesidium patriae, Attici Alsatiae ducis et Beresindae primogenita soboles fuit; sed quod caecis oculis nata esset, a pâtre repudiatam, mater humanior clam nutrici alendam tradidit. Post in Balmensi parthenio haud procul Vesontione educata, divinisque erudita litteris, crevit aetate et sapientia. Jam adulta, dum a Beato Erhardo Praesule baptizatur, visum miraculo accepit. Interjectis aliquot annis, paternam in domum et gratiam reducitur. Ibi quidquid mundus amat despiciens, inter amplissimas opes paupertatis amorem, in medio aulae tumultu solitudinem anachoretarum retinebat ; nuptiasque constanter aversata, post longum et acre certamen a patre obtinuit, ut sibi liceret cum aliis virginibus Deo se in perpetuum consecrare. Quare Atticus in vertice excelsi montis sacram sedem et monasterium aère suo excitavit, latos eidem fundos et praedia concessit , Odiliamque ei regendo praeposuit.
Odile, l’honneur et la protection de sa patrie, fut le premier enfant d’Adalric, duc dAlsace, et de Bérésinde son épouse. Comme elle était venue au monde privée de la vue, son père la repoussa ; mais sa mère, dans un sentiment plus tendre, la confia secrètement à une nourrice. Elle fut ensuite élevée dans le monastère de Baume, non loin de Besançon. On lui enseigna dans cet asile les saintes lettres, et elle croissait en âge et en sagesse. Déjà elle était arrivée à l’âge adulte, quand elle fut baptisée par le bienheureux évêque Erhard ; et, à ce moment, elle recouvra miraculeusement la vue. Quelques années après, elle rentra dans la maison et dans les bonnes grâces de son père. Dans ce palais, on la vit mépriser tout ce que le monde recherche, cultiver l’amour de la pauvreté au milieu de l’opulence, garder la solitude d’une anachorète au sein même d’une cour bruyante. Elle repoussa avec constance les alliances qui lui furent offertes, et ce ne fut qu’après de longs et rudes combats qu’elle obtint enfin de son père la permission de se consacrer à Dieu avec d’autres vierges. Adalric fit bâtir à ses frais sur le sommet d’une haute montagne une église et un monastère auquel il attacha de riches domaines, et il y installa Odile pour le gouverner.
Vixdum patuerat hoc sanctitatis asylum, cum ingens eo affluxit virginum multitudo; centum triginta fuisse traditum est. Hae primum nullis religiosae vitae legibus adscriptae erant ; Odiliam imitari pro legibus habebatur. Deliberantibus postmodo cuinam se regulae addicerent, monasticae an canonicae ; sapientissima praeses, suadente loci natura, hanc alteri praetulit.
Cet asile de sainteté était à peine ouvert que l’on vit un grand nombre de vierges y affluer : la tradition en porte le nombre à cent trente. Elles vécurent d’abord en ce lieu sans aucune règle déterminée ; imiter Odile était toute leur loi. Plus tard, les sœurs délibérèrent sur le choix qu’elles avaient à faire entre la règle monastique et la règle canoniale ; la très sage Abbesse décida la question en faveur de cette dernière, étant mue à cette résolution par les conditions particulières du lieu.
CUM vero esset in omnes lenis, se solam durius arctabat : pane hordeaceo et aqua, subinde modico legumine, tolerabat vitam. In rerum divinarum contemplatione defixa, vigilabat majorem noctis partem ; quod supererat, quieti datum : pellis hirsuta pro lecto, saxum pro pulvinari erat.
Indulgente envers toutes, Odile n’était dure qu’à l’égard d’elle-même. Du pain d’orge et de l’eau, avec quelques légumes, c’était toute la sustentation de sa vie. La contemplation des choses divines l’attirait continuellement ; elle, y consacrait la plus grande partie de la nuit; le reste était donné au sommeil. Une peau d’ours lui servait de lit, une pierre d’oreiller.
Inter haec, materno erga pauperes et infirmos amore, aliud monasterium amplumque xenodochium in infimo clivo exstruxit, quo facilius afflictae suae fortunae perfugium invenirent. Illic non solum sacras virgines collocavit, quae operam suam navarent miseris ; sed etiam ipsa quotidie eos invisebat, cibis, solatiis refocillabat, neque pavebat leprosorum ulcéra suis manibus fovere. Tandem meritis annisque gravis, cum se morti vicinam intelligeret, suas sodales in sacellum sancti Johannis Baptistae convocat : hortatur, ut pii propositi tenaces arctiorem cœli viam nunquam deserant. Accepto deinde ibidem corporis et sanguinis Christi Viatico, vita cessit idibus decembris, anno, ut probabilius traditur, septingentesimo vigesimo. Corpus virginis in eodem Sacello conditum est, statimque sepulcrum ejus maxima veneratione coli ac miraculis clarere cœpit.
Animée d’une tendresse maternelle envers les pauvres et les malades, elle construisit un second monastère et un vaste hospice vers le bas de la montagne, afin d’y ménager à leur misère un asile plus commode. Et non seulement elle établit en cet endroit une communauté de vierges sacrées qui devaient donner leurs soins à ces infortunés ; mais elle-même les visitait chaque jour, leur servait à manger et leur prodiguait ses consolations, pansant même, sans dégoût, de ses propres mains, les ulcères des lépreux. Enfin, pleine de mérites et d’années, et sentant sa mort approcher, elle convoqua ses religieuses dans la chapelle de saint Jean-Baptiste, et les exhorta à demeurer fidèles à leurs saints engagements, et à ne jamais abandonner la voie qui conduit au ciel. Enfin, avant reçu dans ce saint lieu le Viatique du corps et du sang de Jésus-Christ, elle sortit de cette vie, le jour des ides de décembre, et, selon le calcul le plus probable, en l’année sept cent vingt. Le corps de la vierge fut enseveli dans cette même chapelle ; et dès lors son tombeau commença d’être entouré de la plus grande vénération, et resplendit de l’éclat des miracles.
Les voies du Seigneur furent admirables sur vous, ô Odile, et il daigna montrer en votre personne toute la richesse des moyens de sa grâce. En vous privant de la vue du corps qu’il devait plus tard vous rendre, il accoutuma l’œil de votre âme à ne s’attacher qu’aux beautés divines ; et lorsque la lumière sensible vous fut donnée, déjà vous aviez fait choix de la meilleure part. La dureté d’un père vous refusa les innocentes douceurs de la famille ; mais vous étiez appelée à dÈvenir la mère spirituelle de tant de nobles filles qui, à votre exemple, foulèrent aux pieds le monde et ses grandeurs. Votre vie fut humble, parce que vous aviez compris les abaissements de votre Époux céleste ; votre amour pour les pauvres et les infirmes vous rendit semblable à notre divin Libérateur, qui vient prendre sur lui toutes nos misères. Ne vous vit-on pas retracer les traits sous lesquels il va bientôt se montrer à nous, lorsqu’un pauvre lépreux repoussé de tous fut accueilli par vous avec une si touchante compassion ? On vous vit le serrer dans vos bras, porter avec le courage d’une mère la nourriture à sa bouche défigurée ; n’est-ce pas là ce que vient faire ici-bas notre Emmanuel, descendu pour guérir nos plaies dans ses fraternels embrassements, pour nous faire part de la nourriture divine qu’il nous prépare à Béthléhem ? Pendant qu’il recevait les caresses de votre charité, le lépreux tout à coup sentit disparaître l’affreuse maladie qui le séquestrait du reste des humains. A la place de cette horrible puanteur qu’il exhalait, une odeur délicieuse s’échappe de ses membres renouvelés : n’est-ce pas là encore ce que Jésus vient opérer à notre égard ? La lèpre du péché nous couvrait ; elle se dissout par la grâce qu’il nous apporte, et l’homme régénéré répand autour de lui la bonne odeur de Jésus-Christ.
Au sein des joies que vous partagez avec Lucie, souvenez-vous de nous, ô Odile ! Nous savons combien votre cœur est compatissant. Nous n’avons point oublié la puissance de ces larmes qui retirèrent votre père du lieu des expiations, et ouvrirent les portes de la patrie céleste à celui qui vous avait exilée de la famille terrestre. Maintenant vous n’avez plus de larmes à répandre ; vos yeux ouverts à la lumière du Ciel contemplent l’Époux dans sa gloire, et vous êtes plus puissante encore sur son cœur. Souvenez-vous de nous qui sommes pauvres et infirmes ; obtenez la guérison de nos maladies. L’Emmanuel qui vient à nous se présente comme le médecin de nos âmes. Il nous rassure en nous disant que sa « mission n’est pas pour ceux qui se portent bien, mais pour ceux qui sont malades. » Priez-le de nous affranchir de la lèpre du péché, et de nous rendre semblables à lui. O vous dont le sang illustre a coulé dans les veines de tant de rois et d’empereurs, jetez un regard sur la France, et protégez-la ; aidez-la à recouvrer avec l’antique foi sa grandeur première. Veillez sur les débris du Saint Empire romain ; l’hérésie a dispersé les membres de ce grand corps ; mais il revivra, si le Seigneur, fléchi par vos prières, daigne ramener dans la Germanie l’unité de croyance et la soumission à la sainte Église. Priez afin que ces merveilles s’opèrent à la gloire de votre Époux, et que les peuples, las enfin de l’erreur et de la division, s’unissent pour proclamer le règne de Dieu sur la terre.
Considérons la très pure Vierge sortant de son humble retraite pour aller visiter sainte Élisabeth, sa cousine. L’Église honore ce Mystère le Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent, ainsi qu’on peut le voir ci-dessus, à ce jour, dans le Propre du Temps. Nous emprunterons encore à saint Bonaventure le récit de cette scène sublime, persuadé que rien ne sera plus agréable à nos lecteurs, que d’entendre de nouveau la voix du Docteur Séraphique, à qui il appartient mieux qu’à nous de révéler aux âmes pieuses ces admirables préludes à la Naissance du Sauveur.
« Par après, Notre-Dame repensant aux paroles de l’Ange, lesquelles il lui a dites concernant sa cousine Élisabeth, propose de l’aller visiter pour la congratuler, et d’abondant servir à icelle. Elle partit donc de Nazareth, et s’en fut de compagnie avec Joseph son époux, à la maison de cette pieuse Dame, qui demeurait à distance de quatorze ou quinze milles, ou environ, d’Hiérusalem. Ni l’âpreté, ni la longueur du chemin, rien ne la retarde ; mais elle s’en va grand train, parce qu’elle ne voulait paraître longtemps en public ; et par ainsi n’était-elle aucunement aggravée par suite de la conception de son Fils, comme il échet aux autres femmes ; d’autant que le Seigneur Jésus ne fut oncques onéreux à sa Mère. Considérez comme elle va seule avec son époux, la Reine de ciel et terre ; étant non point à cheval, ains à pied. Point ne mène escorte de soldats ou barons ; point ne se fait accompagner de camérières, ni damoiselles d’honneur ; mais avec icelle marchent la pauvreté, l’humilité, la modestie, et ensemble l’honnêteté de toutes vertus. Elle a davantage quant et soi le Seigneur, lequel a pour son cortège une grande et honorable compagnie, mais non la vaine et pompeuse du siècle.
Or, comme elle fut entrée dans la maison d’Élisabeth, elle salua cette sainte Dame, disant : Salut, ma sœur Élisabeth ! Lors icelle tressautant de joie et toute transportée d’allégresse, et embrasée de l’Esprit-Saint, se lève et embrasse Notre-Dame moult tendrement ; puis après, exclamant en l’excès de sa liesse, elle dit : Bénie êtes-vous entre toutes les femmes, et a béni le fruit de votre ventre ! Et d’où me vient cette chance que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? C’est que du moment que la Vierge eut salué Élisabeth, Jehan fut, au sein de sa mère, rempli du Saint-Esprit, et que, par ensemble, sa mère en fut aussi remplie. La mère n’est pas plutôt comblée de cette céleste infusion que le fils, mais oui bien le fils enrichi de ce don suprême, en communique la plénitude à sa mère ; non toutefois effectuant chose aucune en l’âme de cette-cy ; ains en méritant, par l’Esprit-Saint, qu’il opère quelque chose en icelle, d’autant que c’était en lui-même que reluisait avec plus d’affluence la grâce de l’Esprit-Saint, et qu’il fut le premier qui ressentit cette grâce. Tout ainsi comme la cousine sentit la venue de Marie, mêmement le petit sentit la venue du Seigneur. Et partant il bondit ; et elle de parler prophétiquement. Vois combien grande est la vertu des paroles de Notre-Dame; puisqu’à leur prononcé est conféré l’Esprit-Saint. Et, de vrai, tant abondamment en était-elle pleine, que des mérites d’icelle l’Esprit-Saint remplissait encore les autres. Or, Marie répondit à Élisabeth, disant : « Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur ! »
SÉQUENCE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)
Hodiernæ lux diei Celebris in matris Dei Agitur memoria; Decantemus in hac die Semper virginis Mariæ Laudes et præconia.
Cette journée est solennelle ; on y célèbre la mémoire de la Mère de Dieu.
Omnis homo, omni horaIpsam ora et implora Eius patrocinia; Psalle, psalle nisu toto Cordis, oris, voce, voto: Ave, plena gratia.
En ce jour, chantons les louanges et les gloires de Marie toujours Vierge.
Ave, domina cælorum, Inexperta viri thorum, Parens maris nescia; Fecundata sine viro Genuisti modo miro Genitorem filia.
Tous, à toute heure, invoquez-la , et implorez son patronage.
Florens hortus austro flante, Porta clausa post et ante, Via viris invia, Fusa cæli rore tellus, Fusum Gedeonis vellus Deitatis pluvia.
Chantez, chantez de tout effort, de cœur, de bouche, de la voix et par tous les vœux : Salut, pleine de grâce !
Salve, splendor firmamenti, Tu caliginosæ mentiDesuper irradia, Placa mare, maris stella, Ne involvat nos procella Et tempestas obvia.
Salut, Dame des cieux ! sans connaître d’alliance humaine, incomparable Mère, vous enfantez le Sauveur.
Féconde sans le concours de l’homme, vous avez engendré, ô prodige ! votre père, vous sa fille.
Jardin fleuri sous le souffle de l’Auster : porte close avant et depuis : voie inaccessible à l’homme.
Terre baignée des ondes du ciel : Toison de Gédéon baignée de la rosée divine.
Splendeur du firmament, salut ! illuminez d’en haut les ténébreuses profondeurs de notre âme.
Étoile de la mer, calmez ses flots ; que l’orage ne nous enlève pas, ni la tempête qui s’approche. Amen.
INTROÏT DE L’AVENT.
(Missel Ambrosien, au VI° Dimanche, Ingressa.)
Videsne Elisabeth cum Dei Génitrice Maria disputantem : Quid ad me venisti, Mater Domini mei ? Si enim scirem, in tuum venirem occursum. Tu enim Regnatorem portas, et ego Prophetam : tu legem dantem, et ego legem accipientem : tu Verbum, et ego Vocem proclamantis Adventum Salvatoris.
Peuple, voyez-vous Élisabeth dans sa dispute d’humilité avec Marie Mère de Dieu : Pourquoi êtes-vous venue à moi, ô Mère de mon Seigneur ? Certes, si je l’eusse connu, je serais venue à votre rencontre. Car vous portez le Roi, et moi le Prophète : le Législateur, et moi celui qui reçoit la Loi : le Verbe, et moi seulement la Voix qui proclame l’Avènement du Sauveur.
14 décembre . 7e jour dans l’octave de l’Immaculée Conception
Considérons la très pure Marie, dans la maison de sainte Élisabeth, rendant avec une ineffable charité toute sorte de service à sa bienheureuse cousine, la favorisant de ses doux entretiens, assistant à la glorieuse Nativité de saint Jean-Baptiste, et enfin retournant, après son ministère rempli, dans son humble demeure de Nazareth. Mais pour mieux pénétrer tous ces divins mystères, empruntons encore le secours du Docteur Séraphique :
« Adoncques, son terme arrivant, Élisabeth accoucha d’un fils, lequel Notre-Dame leva de terre et apprêta soigneusement, pour autant qu’il était expédient. Or, le petit regardait icelle, comme s’il eût eu jà de l’entendement ; et quand elle voulait le donner à sa mère, il se détournait la tête devers notre dite Dame, et ne se plaisait que sur elle ; et elle, de son côté, se jouait gaiement avecque lui, l’embrassait et baisait joyeusement. Considérez la magnificence de Jehan : jamais oncques nul poupon n’eut telle porteuse. L’on compte maints autres privilèges d’icelui, sur lesquels je n’insiste pas pour le présent.
« Or, le jour huitième, fut circoncis l’enfant, et fut nommé Jehan. Pour lors, fut ouverte la bouche de Zacharie, et il prophétisa, disant: Béni le Seigneur Dieu d’Israël ! et c’est ainsi qu’en icelle maison furent faits ces deux très beaux Cantiques ; à savoir, le Magnificat et le Benedictus. Cependant Notre-Dame se tenant derrière une courtine, à ce qu’elle ne fût vue des hommes qui s’étaient assemblés pour la circoncision de Jehan, écoutait attentivement le présent Cantique, en lequel était mention de son Fils, et recueillait toutes choses en son cœur, moult sagement. Finalement, disant adieu à Élisabeth, à Zacharie, et puis, bénissant Jehan, elle s’en retourna avecque son époux à la maison de son habitation, en Nazareth. En cette présente réversion, rappelle en ton esprit la pauvreté d’icelle. Elle s’en retourne. en effet, vers une maison où elle ne va trouver ni pain, ni vin, ni autres nécessaires ; joint à cela, qu’elle n’avait ni chevance, ni pécune. Or, elle a demeuré ces trois mois durant chez les honnêtes personnes que nous venons de dire, lesquelles, peut-être bien, étaient riches ; mais à cette heure la voilà qui revient à sa pauvreté, et qui, pour se procurer le vivre, s’en va travailler de ses propres mains. Compatis à icelle, enflamme-toi en l’amour de pauvreté. »
SÉQUENCE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)
AVE, Virgo gloriosa, Cœli jubar, mundi rosa, Cœlibatus lilium.
Ave, gemma pretiosa. Super solem speciosa, Virginale gaudium.
Spes reorum, o Maria, Redemptoris Mater pia, Redemptorum gloria.
Finis lethi, vit» via ; Tibi triplex Hierarchia Digna dat praeconio.
Virga Jesse florida, Stella maris lucida, Sidus verse lucis.
Fructum vitae proferens, Et ad portum transferens Salutis, quod ducis.
Florens hortus, aegris gratus, Puritatis fons signatus, Dans fluenta gratiae.
Thronus veri Salomonis, Quem praeclaris cœli donis Ornavit Rex gloriae.
O regina pietatis, Et totius sanctitatis Flumen indeficiens.
In te salva confidentes Salutari sitientes Potu nos reficiens.
Statum nostrae paupertatis, Vultu tuae bonitatis, Clementer considéra.
Ad te flentes suspiramus, Rege mentes, invocamus, Evae proles misera.
Cella fragrans aromatum, Apotheca charismatum Salutaris.
Tuam nobis fragrantiam Spirans, infunde gratiam Qua ditaris.
Dulcis Jesu Mater bona, Mundi salus, et Matrona Supernorum civium.
Pacem confer sempiternam, Et ad lucem nos supernam, Transfer post exsilium. Amen.
Salut, Vierge glorieuse , reflet du Ciel, Rose du monde, Lis de virginité !
Salut, Perle précieuse, plus splendide que le soleil ; joie des cœurs purs !
Vous êtes l’espoir des pécheurs, Marie ! la tendre Mère du Rédempteur , la gloire des âmes rachetées.
A vous finit la mort, commence la vie ; à vous, les trois Hiérarchies offrent de dignes hommages.
Branche fleurie de Jessé, radieuse Étoile de la mer, astre de vraie lumière !
Vous portez le Fruit de vie ; et tout ce que votre main conduit, arrive au port du salut.
Jardin fleuri, doux aux malades, Fontaine de pureté toujours scellée, d’où jaillissent les eaux de la grâce !
Trône du vrai Salomon, que le Roi de gloire a enrichi des plus magnifiques dons du ciel !
O reine de piété et de toute sainteté ; fleuve intarissable !
Sauvez ceux qui se confient en vous,et du breuvage du salut étanchez notre soif.
Vers vous, pleurant, nous soupirons; guidez nos âmes, nous vous supplions, nous, malheureux enfants d’Ève.
Considérez avec clémence, de l’œil de votre bonté, l’état de notre misère.
Vase embaumé de tous les parfums ; Trésor de toutes les grâces du salut !
Exhalez en nous vos suavités, et répandez sur nous la grâce qui vous enrichit.
Bonne Mère du doux Jésus, Salut du monde, Dame des célestes habitants.
Donnez-nous une paix sans fin, et transportez-nous dans les clartés d’en haut après ce sombre exil. Amen.
PRIÈRE POUR LE TEMPS DE l’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, au Vendredi de la II° semaine de l’Avent)
Dominator desiderabilis, Domine Jesu Christe, quasi ignis conflans ab scoriis peccaminum nos absterge: et quasi aurum purum argentumque purgatum, nos effice ; tuoque inspiramine, ad quaerendum te jugiter, corda nostra succende : ut ad te ardenter nostra desideria anhelent, tibique conjungi tota aviditate festinent. Amen.
Roi désirable, Seigneur Jésus-Christ, purifiez-nous, comme un feu ardent, des scories de nos péchés ; rendez-nous comme un or épuré, comme un argent dégagé de tout alliage ; par vos inspirations, enflammez nos cœurs à vous chercher sans cesse, afin que nos désirs s’élèvent vers vous avec ardeur, et que nos âmes soient avides d’être unies à vous. Amen.
15 décembre. Octave de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge
Ce jour qui est le huitième à partir de celui où nous avons célébré l’Immaculée Conception de Marie, s’appelle proprement l’Octave ; tandis que les jours précédents étaient désignés simplement sous le nom de jours dans l’Octave. L’usage de célébrer durant une semaine entière les principales Fêtes, est du nombre de ceux qui ont passé de la Synagogue dans l’Église chrétienne. Le Seigneur avait dit dans le Lévitique : « Le premier jour de a la fête sera le plus solennel et le plus saint ; vous n’y ferez aucune œuvre servile. Le huitième jour sera aussi très solennel et très saint; vous y offrirez un holocauste au Seigneur; ce sera un jour d’assemblée, et vous n’y ferez point non plus d’œuvre servile. » Nous lisons pareillement dans les Livres des Rois, que Salomon ayant convoqué tout Israël à Jérusalem, pour la Dédicace du Temple, ne renvoya le peuple qu’au huitième jour.
Les livres du Nouveau Testament nous apprennent que cette coutume était encore observée au temps de notre Seigneur, qui autorisa par son exemple ce genre de solennité. En effet, il est dit dans saint Jean que Jésus vint une fois prendre part à quelqu’une des Fêtes de la Loi, seulement au milieu de l’Octave; et le même Évangéliste remarque, en un autre endroit, que lorsqu’on entendit le Sauveur, dans la Fête de Pâques, crier au peuple : Que celui qui a soif vienne à moi, et il se désaltérera, ce jour était le dernier jour de la fête, le jour de l’Octave.
Dans l’Église chrétienne, on solennise deux sortes d’Octaves : les Octaves privilégiées, et les Octaves non privilégiées. Les premières sont si solennelles, qu’il n’est pas permis d’y célébrer les Fêtes des Saints qui viendraient à s’y rencontrer ; on en fait une simple mémoire, ou on les transfère après l’Octave. Il est défendu pareillement d’y dire la Messe des Morts, si ce n’est en présence du corps d’un défunt qu’il faut inhumer. Les Octaves non privilégiées admettent les fêtes qui se rencontrent, pourvu qu’elles soient du degré semi-double et au-dessus ; mais, dans ce cas, on fait toujours mémoire de l’Octave dans l’Office et à la Messe de la Fête qui s’est trouvée l’emporter sur l’Octave, à moins que la Fête ne fût elle-même d’un degré tout à fait supérieur.
L’Octave de l’Immaculée Conception, la première des Octaves qui se rencontre sur le Cycle, n’est pas privilégiée. Elle cède, non seulement au Dimanche, mais aux fêtes de saint Damase et de sainte Lucie, et aux diverses fêtes locales du même degré.
Saluons encore une fois le haut Mystère de Marie conçue sans péché; notre Emmanuel aime à voir glorifier sa Mère. N’est-ce pas pour lui qu’elle a été créée, pour lui que le lever radieux de cet astre si pur a été préparé de toute éternité ? Quand nous exaltons la Conception immaculée de Marie, nous rendons honneur à la divine Incarnation. Jésus et Marie sont inséparables ; Isaïe nous l’a dit : elle est la branche, il est la fleur.
Grâces vous soient donc rendues, ô Emmanuel, qui avez daigné placer notre existence dans les jours où fut proclamé, sur la terre, le privilège dont vous avez embelli le premier instant de la vie de celle à qui vous deviez emprunter la nature humaine ! Votre sainteté infinie a brillé d’un nouvel éclat à nos regards ; et nous avons mieux compris l’harmonie de vos mystères. En même temps, nous avons senti qu’appelés nous-mêmes à contracter avec vous les liens les plus intimes en cette vie, et à vous contempler en l’autre face à face, nous devions tendre à nous purifier de plus en plus de nos moindres taches. Vous avez dit : « Heureux ceux dont le cœur est pur; car ils verront Dieu » ; la Conception immaculée de votre Mère nous révèle à son tour les exigences de votre souveraine sainteté. Daignez, ô Emmanuel, par l’amour qui vous a porté à la préserver du souffle de l’ennemi, prendre en pitié ceux dont elle est aussi la mère. Voici que vous venez à eux; dans quelques jours ils oseront aborder votre berceau. Les suites du péché d’origine sont encore visibles en eux, et pour comble de malheur, ils ont ajouté leurs propres fautes à la prévarication de leur premier père ; purifiez, ô Jésus, leurs cœurs et leurs sens, afin qu’ils puissent paraître devant vous. Ils savent que nulle créature n’atteindra jamais à la sainteté de votre mère ; mais ils vous demandent le pardon, le retour de votre grâce, l’aversion pour le monde et pour ses maximes, la persévérance dans votre amour.
O vous qui êtes le Miroir créé de la Justice divine, plus pure que les Chérubins et les Séraphins, en retour des hommages que notre génération vous a offerts au jour fortuné où la gloire de votre Conception immaculée a été proclamée aux applaudissements de toute la terre, daignez épancher sur nous ce trésor de tendresse et de protection que vous teniez en réserve pour cette heure si longtemps attendue. Le monde ébranlé jusqu’en ses fondements appelle, pour se raffermir, le secours de votre main maternelle. L’enfer a déchaîné sur la race humaine les plus redoutables de ces esprits de malice qui ne respirent que blasphème et destruction ; mais en même temps l’Église de votre Fils ressent en elle une jeunesse nouvelle, et la semence de la parole divine se répand et germe en mille endroits. Une lutte formidable est ouverte ; et souvent nous serions tentés de nous demander qui devra l’emporter, et si le dernier jour du monde n’est pas sur le point de se lever !
O Reine des hommes, l’astre de votre Conception immaculée n’aurait-il brillé au ciel que pour éclairer des ruines ? Le signe annoncé par Jean le Bien-Aimé, la Femme qui paraît au ciel revêtue du soleil, le front ceint d’un diadème de douze étoiles, et foulant le croissant sous ses pieds, ce signe n’a-t-il pas plus d’éclat, plus de puissance, que l’arc qui se dessina sur le ciel pour annoncer l’apaisement de la colère divine, aux jours du déluge ? C’est une Mère qui luit sur nous, qui descend vers nous pour consoler et pour guérir. C’est le sourire du ciel miséricordieux à la terre malheureuse et coupable. Nous avons mérité le châtiment; la divine justice nous a éprouvés, elle a le droit d’exiger d’autres expiations encore ; mais elle se laissera fléchir. La nouvelle effusion de grâces que le Seigneur a répandue sur le monde, au grand jour dont nous célébrons la mémoire, ne demeurera pas stérile; nous entrons dès lors dans une autre période. Marie, que l’hérésie blasphémait depuis plus de trois siècles, descend vers nous pour régner ; elle vient porter le dernier coup aux erreurs dont les nations ont été trop longtemps séduites ; elle fera sentir son pied vainqueur au dragon qui s’agite avec tant de rage, et le divin Soleil de justice dont elle est revêtue versera sur le monde renouvelé les flots d’une lumière plus brillante et plus pure que jamais. Nos yeux ne verront pas encore ce jour ; mais déjà nous en pouvons saluer l’aurore.
Au siècle dernier, un serviteur de Dieu que l’Église a depuis placé sur les autels, votre dévot serviteur, ô Marie, Léonard de Port-Maurice semble avoir désigné l’époque de votre triomphe futur comme celle où le monde devait recouvrer la paix. Les agitations au milieu desquelles s’écoule notre existence sont, nous voudrions le croire, le prélude de cette heureuse paix, au sein de laquelle la divine parole pourra parcourir le monde sans entraves, et l’Église de la terre cueillir sa moisson pour l’Église du ciel. O Mère de Dieu, le monde fut agité aussi dans les temps qui précédèrent votre enfantement divin ; mais la paix régnait par toute la terre, lorsque, dans Bethléhem, vous lui donnâtes son Sauveur. En attendant l’heure où vous déploierez la force de votre bras, assistez-nous, dans les touchants anniversaires qui se préparent ; rendez-nous purs et sans aucune tache, en cette nuit glorieuse au sein de laquelle va sortir de vous Jésus-Christ, Fils de Dieu, Lumière éternelle.
PROSE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)
COR devotum elevetur, Ut dévote celebretur Virginis Conceptio.
Mens amore inflammetur, Et amori copuletur Laus et jubilatio.
Haec concepta miro more Est ut rosa cum nitore, Est ut candens lilium.
Élevez-vous, cœurs pieux, pour célébrer dévotement la Conception de la Vierge.
Ut fructus exit a flore, Est producta cum pudore, Praeventa per Filium.
Que d’amour l’âme s’embrase , et qu’à l’amour s’unissent louange et jubilation.
Sicut ros non corrumpitur, Quando in terra gignitur, Elementi rubigine;
En sa merveilleuse Conception, elle est comme la rose en son éclat; elle est comme le lis en sa blancheur.
Sic Virgo non inficitur, Cum in matre concipitur, Originali crimine.
Comme le fruit sort de la fleur, elle apparaît avec pudeur; son Fils l’a devancée de sa grâce.
Nos ergo dulci carmine, Laudemus in hac Virgine Conceptum sine nubilo.
Comme de la terre s’élève la rosée, sans être souillée par la poudre grossière;
Hanc conceptam ex semine. Et mundam ab origine, Laudet chorus cum jubilo.
Ainsi, dans le sein maternel, la Vierge est conçue sans être flétrie de l’originelle souillure.
Ut mota dulci modulo, Nos servet in hoc saeculo, Mundos ab omni crimine.
Donc, en des hymnes suaves, chantons, en cette Vierge,une Conception sans nuage.
Et in mortis articulo, Liberet a periculo Et inferni voragine. Amen.
Formée comme les autres mortels, mais pure dès son origine, chœurs, chantez-la dans votre joie ;
Afin qu’émue de nos doux accents, elle nous garde, en ce siècle, exempts de tout péché ;
Et qu’à l’article du trépas, elle nous délivre du péril et des gouffres de l’enfer. Amen.
PRIERE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, IVe Dimanche de l’Avent, Oraison.)
Nova et inaudita sunt, Domine, quae propheticus sermo intonuit mundo : quod novo Virginis partu salvatio exorietur creaturarum ; cujus admirabile incarnationis mysterium quia devota cordium susceptione Ecclesia suscipit laetabunda : quaesumus, ut in laudem ejus et nova illi cantica déférât et accepta : ut cujus laus ab extremis terrae concinitur, ejus voluntas in toto mundo a fidelibus impleatur. Amen.
Seigneur, la parole du Prophète a fait entendre au monde des choses nouvelles et inouïes : elle a annoncé que le salut des créatures aurait lieu au moyen du prodigieux enfantement d’une Vierge. Maintenant donc que l’Église, remplie de joie, s’apprête à recevoir dans la dévotion de son cœur l’admirable mystère de l’Incarnation, nous vous prions de lui faire la grâce de célébrer la louange du Verbe incarné dans un cantique nouveau et qui soit accepté ; afin que Celui dont la gloire est chantée jusqu’aux extrémités de la terre, voie aussi sa volonté accomplie par les fidèles, dans le monde entier. Amen.
16 décembre. Saint Eusèbe, évêque de Verceil et martyr
Aux glorieux noms des défenseurs de la divinité du Verbe dont l’Église honore la mémoire au temps de l’Avent, vient s’associer de lui-même le nom de l’intrépide Eusèbe de Verceil. La foi catholique, ébranlée dans ses fondements au IV° siècle par l’hérésie arienne, se maintint debout par les travaux de quatre souverains Pontifes : Silvestre, qui confirma le Concile de Nicée ; Jules, qui fut l’appui de saint Athanase ; Libère, dont la foi ne défaillit pas, et qui, rendu à la liberté, confondit les Ariens; et Damase, qui acheva de ruiner leurs espérances. L’un de ces quatre Pontifes brille sur le Cycle, au temps de l’Avent : c’est Damase, dont nous venons de célébrer la mémoire. A côté des Pontifes romains, combattent pour la divinité du Verbe quatre grands Évêques, desquels on peut affirmer que leur cause personnelle était en même temps celle du Fils de Dieu Consubstantiel : en sorte que leur dire anathème était dire anathème au Christ lui-même ; tous quatre puissants en œuvres et en paroles, la lumière des Églises, l’amour du peuple fidèle, les invincibles témoins du Christ. Le premier et le plus grand des quatre est l’Évêque du second Siège de l’Église, saint Athanase, Patriarche d’Alexandrie ; le deuxième est saint Ambroise de Milan, que nous avons fêté il va peu de jours; le troisième est la gloire des Gaules, saint Hilaire, Évêque de Poitiers; le quatrième est l’ornement de l’Italie, saint Eusèbe, Évêque de Verceil. C’est ce dernier que nous avons à honorer aujourd’hui. Hilaire aura son tour et confessera bientôt le Verbe éternel auprès de son berceau ; pour Athanase, il paraîtra en son temps, et célébrera dans sa Résurrection triomphante Celui qu’il proclama avec un courage magnanime, en ces jours de ténèbres où la sagesse humaine eût espéré volontiers que le royaume du Christ, après avoir triomphé de trois siècles de persécutions, ne survivrait pas à cinquante années de paix. Saint Eusèbe a donc été élu par la souveraine Providence de Dieu pour conduire le peuple fidèle à la Crèche, et lui révéler le Verbe divin sous les traits de notre faible mortalité. Les souffrances qu’il a endurées pour la divinité du Christ ont été si grandes, que l’Église lui a décerné les honneurs du Martyre, quoiqu’il n’ait pas répandu son sang dans les supplices.
Lisons maintenant ses mérites dans l’admirable récit que leur a consacré la sainte Église :
Eusebius, natione Sardus, Romanae urbis Lector, post Vercellensis Episcopus, ad hanc regendam Ecclesiam merito est créditas divino electus judicio : nam quem nunquam ante constituti electores cognoverant, posthabitis civibus, simul ut viderunt, et probaverunt, tantumque interfuit ut probaretur, quantum ut videretur. Primus in Occidentis partibus in eadem Ecclesia eosdem Monachos instituit esse quos Clericos, ut esset in ipsis viris et contemptis rerum, et accuratio Levitarum. Arianis impietatibus ea tempestate per Occidentem longe lateque traductis, adversus eas viriliter sic dimicavit, ut ejus invicta fides Liberium, summum Pontificem, ad vitae solatium erigeret. Quare hic sciens in ipso fervere Spiritum Dei, cum ei significasset ut penes Imperatorem, una cum suis legatis patrocinium Fidei susciperet, mox cum illis profectus est ad Constantium, apud quem enixius agens, quidquid legatione petebatur obtinuit, ut Épiscoporum nempe cœtus celebraretur.
Eusèbe, né en Sardaigne, Lecteur de l’Église Romaine, puis Évêque de Verceil, fut manifestement appelé par le jugement de Dieu à gouverner cette Église; car les électeurs, sans l’avoir jamais connu, à l’exclusion de tous leurs concitoyens, le choisirent aussitôt qu’ils l’eurent vu ; et il ne leur fallut pas plus de temps pour l’apprécier que pour le voir. Eusèbe fut le premier de tous les évêques d’Occident qui établit dans son Église des Moines faisant les fonctions de Clercs, afin de réunir dans les mêmes hommes le détachement des richesses et la tenue propre aux Lévites. C’était l’époque où les impiétés ariennes envahissaient de toutes parts l’Occident. Eusèbe les attaqua avec vigueur; et son invincible foi consola le Pape Libère, jusqu’à lui faire supporter la vie. Ce Pontife, reconnaissant en lui la ferveur de l’Esprit de Dieu, le chargea d’aller avec ses Légats plaider devant l’empereur la cause de la foi. Eusèbe parvint avec eux auprès de Constance, et à force de zèle, il en obtint tout ce qu’on se proposait dans cette légation, savoir la célébration d’un concile.
Collectum est Mediolani anno sequenti concilium , ad quod a Constantio invitatum Eusebium, concupitumque ac vocatum a Liberii legatis, tantum abest ut malignantium synagoga Arianorum contra sanctum Athanasium furentium in suas partes adduceret, ut potius diserte statim ipse declarans, e praesentibus quosdam sibi compertos haeretica labe pollutos, Nicaenam imo Fidem proposuerit iis subscribendam, antequam caetera tractarentur. Quod Arianis acerbe iratis negantibus, nedum in Athanasium recusavit ipse subscribere : quin sancti Dionysii Martyris, qui deceptus ab ipsis subscripserat, captivatam simplicitatem ingeniosissime liberavit. Quamobrem illi graviter indignantes, post multas illatas injurias,exsilio illum multarunt ; sed sanctus vir excusso pulvere, nec Caesaris minas veritus, nec enses obstrictos , exsilium veluti sui ministerii officium accepit, missusque Scythopolim, famem, sitim, verbera, diversaque supplicia perpessus, pro fide strenue vitam contempsit, mortem non metuit, corpus carnificibus tradidit.
Ce concile fut réuni à Milan l’année suivante ; Eusèbe y fut invité par Constance ; et les Légats de Libère désirèrent également et réclamèrent sa présence. Bien loin de céder aux trames de la synagogue arienne et de se rendre complice de ses fureurs contre saint Athanase, dès l’abord il déclara hautement que plusieurs des membres du concile lui étaient connus pour hérétiques, et proposa de leur faire souscrire la Foi de Nicée, avant de passer outre. Les Ariens furieux s’y étant refusés, il refusa pareillement de souscrire contre saint Athanase, et même il parvint à dégager avec adresse la simplicité de saint Denys le Martyr , qui , trompé par les hérétiques, avait souscrit cette condamnation. C’est pourquoi les Ariens, vivement irrités contre Eusèbe, après un grand nombre de mauvais traitements, le firent condamner à l’exil; mais le saint Évêque, secouant la poussière de ses pieds, sans craindre ni les menaces de César, ni le tranchant du glaive, accepta l’exil comme une fonction de son ministère. Envoyé à Scythopolis, il y souffrit la faim, la soif, les coups et divers supplices, dédaigna courageusement sa propre vie pour la foi, brava la mort, et livra son corps aux bourreaux..
Quanta in eum tunc Arianorum crudelitas fuerit ac effrons inverecundia, ostendunt graves litterae plenae roboris, pietatis ac religionis, quas e Scythopoli scripsit ad Vercellensem clerum et populum,aliosque finitimos ; e quibus etiam est exploratum , ipsorum nec minis inhumanaque saevitia potuisse unquam eum deterreri, nec serpentina blanda subtilitate ad eorum societatem perduci. Hinc in Cappadociam , postremoque ad superiores Aegypti Thebaidas prae constantia sua deportatus, exsilii rigores tulit ad mortem usque Constantii ; post quam ad gregem suum reverti permissus, non prius redire voluit, quam reparandis fidei jacturis ad Alexandrinam Synodum sese conferret; postque medici praestantis instar peragrans Orientis provincias, in fide infirmos ad integram valetudinem restitueret,eos instituens in Ecclesiae doctrina. Inde salubritate pari digresso in Illyricum, tandemque in Italiam delato, ad ejus reditum, lugubres vestes Italia mutavit; ubi postquam Psalmorum omnium expurgatos a se commentarios Origenis edidit , Eusebiique Caesareensis, quos verterat de Graeco in Latinum : demum tôt egregie factis illustris ad immarcescibilem gloriae coronam tantis aerumnis promeritam, sub Valentiniano et Valente, Vercellis migravit.
Quelle fut envers lui la cruauté et l’insolence effrénée des Ariens, c’est ce que font voir les lettres importantes, pleines de force, de piété et de religion, qu’il écrivit de Scythopolis au clergé et au peuple de Verceil, et à quelques personnes du voisinage. On y voit encore que les hérétiques ne purent jamais ni l’abattre par les menaces et les traitements barbares, ni l’attirer à leur parti au moyen de leurs séduisantes et fallacieuses subtilités. Déporté ensuite en Cappadoce, et enfin dans la Thébaïde de la haute Égypte, en punition de sa fermeté, il supporta les rigueurs de l’exil jusqu’à la mort de Constance. Il lui fut alors permis de retourner à son troupeau; mais il ne voulut partir qu’après avoir assisté au concile assemblé à Alexandrie pour réparer les pertes de la foi. Il parcourut ensuite les provinces de l’Orient pour rendre à une santé parfaite, comme un habile médecin, ceux qui étaient infirmes dans la foi, les instruisant dans la doctrine de l’Église. Poursuivant cette mission salutaire, il passa en Illyrie, et repassa enfin dans l’Italie qui, a son retour, dépouilla ses vêtements de deuil. Ce fut là qu’il publia, après les avoir expurgés, les commentaires d’Origène et d’Eusèbe de Césarée sur les Psaumes, qu’il avait traduits du grec en latin. Enfin, illustré par tant d’actions excellentes, il mourut à Verceil, sous Valentinien et Valens, et alla recevoir l’inflétrissable couronne de gloire que tant de tribulations lui avaient acquise.
Athlète invincible du Christ que nous attendons, Eusèbe, Martyr et Pontife, que vos fatigues et vos souffrances pour la cause de ce divin Messie ont été grandes ! Elles vous ont cependant paru légères, en comparaison de ce qui est dû à ce Verbe éternel du Père, que son amour a porté à devenir, par l’Incarnation,le serviteur de sa créature. Nous avons, envers ce divin Sauveur, les mêmes obligations que vous. C’est pour nous qu’il va naître d’une Vierge aussi bien que pour vous ; priez donc, afin que notre cœur lui soit toujours fidèle dans la guerre comme dans la paix, en face de nos tentations et de nos penchants, comme s’il s’agissait de le confesser devant les puissances du monde. Fortifiez les Pontifes de la sainte Église, afin que nulle erreur ne puisse tromper leur vigilance, nulle persécution lasser leur courage. Qu’ils soient fidèles imitateurs du souverain Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, et qu’ils paissent toujours le troupeau dans l’unité et la charité de Jésus-Christ.
Considérons la très pure Marie de retour dans sa maison de Nazareth, et se réjouissant de sentir vivre en elle Celui qui donne la vie à toute créature, et dont l’amour inonde toujours son cœur. Joseph, le fidèle gardien de sa virginité, met toutes ses complaisances, après Dieu, dans celle qui lui a été donnée pour épouse, et bénit le Seigneur pour un si riche présent. Les saints Anges se pressent dans cette heureuse maison qu’habitent leur souverain Seigneur et celle qu’il a choisie pour Mère. Rien n’égale la félicité d’un tel séjour: toutefois, le Seigneur a résolu de le visiter par la tribulation, afin d’y faire briller d’un nouveau lustre la patience de celle qu’il a glorifiée par-dessus toutes les femmes, et l’admirable discrétion de son saint époux. Nous placerons ici un dernier fragment des Méditations de saint Bonaventure, dans lequel le Séraphique auteur nous initie, avec sa lumière ordinaire, à toute la plénitude du récit évangélique :
« Or, comme Notre-Dame et le sien époux Joseph habitaient par ensemble, à même temps que Jésus croissait dans le sein de sa mère, ledit Joseph se vint à considérer qu’elle était en-ce ceinte, dont il se chagrina outre mesure. Prêtes-y bien de l’attention, d’autant que tu y a pourras apprendre maintes belles choses. Si tu doutes pourquoi Notre-Seigneur a voulu que sa mère eût un homme, pour bien qu’il la voulût toujours être vierge ; à cela l’on te répond, pour trois causes, savoir : Premièrement, de peur qu’étant enceinte, elle ne fût diffamée ; deuxièmement, afin qu’elle jouît du service et de la société d’un homme ; tiercement, à celle fin que l’enfantement du Fils de Dieu fût caché au diable.
« Joseph donc, considérant à une et plusieurs ce fois sa conjoincte, il se chagrinait et était troublé ; partant, il lui montrait un visage troublé, et détournait les yeux d’elle, comme d’une méchante, la soupçonnant d’avoir conçu par adultère. Tu vois comme Dieu permet que les siens soient vexés par les tribulations, et toutes pour ce leur couronne. Or, il cuidait la congédier en secret. Véritablement, l’on peut dire d’icelui ce que sa louange est en l’Évangile, d’autant qu’il y est dit qu’il était homme juste: et par le fait, il était d’une grande vertu. Car, nonobstant a que l’on dise communément que l’adultère de l’épouse est pour son homme quasi le comble de la vergogne, douleur et fureur, néanmoins il se modérait, et ne voulait pas accuser icelle. Il passait patiemment par-dessus cette grande injure, ne se vengeant point ; voire même, voulant céder, vaincu qu’il était par sa piété conjugale, il la voulait renvoyer sous main. Notre-Dame, pour sa part, ne passa pas outre sans tribulation, d’autant qu’elle considérait et voyait troublé icelui dont elle était quant et quant émoyée. Ce néanmoins, elle gardait humble silence et cachait le don de Dieu. Elle aimait o mieux être réputée vile, que de dévoiler les mystères de Dieu même, et dire de soi la moindre chose qui eût l’air d’appartenir à jactance. Si est-ce qu’elle priait le Seigneur, qu’il daignât par lui-même apporter remède, et ôter de dessus elle et son mari la présente tribulation. Tu vois comme preignante tribulation et angoisse leur était ; mais le Seigneur prit soin de ces deux saintes gens.
« Adoncques, il dépêcha son Ange, qui dit à Joseph en songe, que la sienne épouse d’icelui avait conçu de l’Esprit-Saint, et qu’il eût à demeurer en toute confiance et liesse avec icelle. Par quoi, la tribulation cessant, une grande consolation s’en revint les éjouir. Mêmement nous échéerait-il à nous-mêmes, si en nos tribulations nous savions prendre patience ; vu que Dieu après la tempête ramène le calme. D’abondant, tu ne dois pas douter que jamais oncques il ne permet à icelle de s’en venir frapper les siens, sinon pour leur utilité. Or est-il que Joseph s’enquit des merveilles de ladite Conception, lesquelles Notre-Dame lui raconta de point en point. Joseph reste donc et demeure, bien content qu’il est, avec sa conjoincte bénie. Davantage il la chérit, par delà tout ce qu’on pourrait dire, d’un chaste amour, et prend fidèlement soin d’icelle. Notre-Dame, pour sa part, demeure confidemment avec lui; bref, ils vivent gaiement en leur pauvreté. »
PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, Mercredi de la Ière Semaine de l’Avent, Capitula.)
Deus, cui omnis terra praeconans jubilat laudem; cujus gloriam canora Psalmi conclamant voce ; cujusque terribilium in tuis operibus fatentur virtutem: notum facito Salutare tuum in conspectu omnium nostrum. Revela justitiam tuam, qua possimus te nostrum agnoscere creatorem : et esto memor misericordiae tuse, qua nostrorum criminum mereamur invenire remissionem : ut videntes Salutare tuum, jubilemus tibi hymnum, cantemus in exsultatione Psalmum, et perfrui mereamur tuae beatitudinis praemio. Amen
O Dieu ! dont la terre tout entière fait entendre les louanges avec jubilation; dont les Psaumes proclament la gloire avec mélodie, et confessent la redoutable puissance : manifestez à nos yeux le Sauveur que vous nous préparez. Révélez votre justice, afin que nous puissions vous reconnaître pour notre créateur, et souvenez-vous de votre miséricorde qui peut nous faire mériter la rémission de nos crimes. Alors, voyant Celui qui est notre Sauveur, nous vous chanterons une hymne d’allégresse ; dans notre joie, nous ferons résonner le Psaume, et nous deviendrons dignes de jouir de la récompense que l’on goûte au sein de votre béatitude. Amen.
XVII DÉCEMBRE. COMMENCEMENT DES GRANDES ANTIENNES.
L’Église ouvre aujourd’hui la série septénaire des jours qui précèdent la Vigile de Noël, et qui sont célèbres dans la Liturgie sous le nom de Féries majeures. L’Office ordinaire de l’Avent prend plus de solennité ; les Antiennes des Psaumes, à Laudes et aux Heures du jour, sont propres au temps et ont un rapport direct avec le grand Avènement. Tous les jours, à Vêpres, on chante une Antienne solennelle qui est un cri vers le Messie, et dans laquelle on lui donne chaque jour quelqu’un des titres qui lui sont attribués dans l’Écriture.
Le nombre de ces Antiennes, qu’on appelle vulgairement les O de l’Avent, parce qu’elles commencent toutes par celte exclamation, est de sept dans l’Église romaine, une pour chacune des sept Féries majeures, et elles s’adressent toutes à Jésus-Christ. D’autres Églises, au moyen âge, en ajoutèrent deux autres : une à la Sainte Vierge, O Virgo Virginum ! et une à l’Ange Gabriel, O Gabriel ! ou encore à saint Thomas, dont la fête tombe dans le cours des Fériés majeures. Cette dernière commence ainsi : O Thomas Didyme [Elle est plus moderne ; mais à partir du XIII° siècle elle remplaça presque universellement celle : O Gabriel !] !
Il y eut même des Églises qui portèrent jusqu’à douze le nombre des grandes Antiennes, en ajoutant aux neuf dont nous venons de parler, trois autres, savoir : une au Christ, O Rex pacifice ! une seconde à la Sainte Vierge, O mundi Domina ! et enfin une dernière en manière d’apostrophe à Jérusalem, O Hierusalem !
L’instant choisi pour faire entendre ce sublime appel à la charité du Fils de Dieu, est l’heure des Vêpres, parce que c’est sur le Soir du monde, vergente mundi vespere, que le Messie est venu. On les chante à Magnificat, pour marquer que le Sauveur que nous attendons nous viendra par Marie. On les chante deux fois, avant et après le Cantique, comme dans les fêtes Doubles, en signe de plus grande solennité ; et même l’usage antique de plusieurs Églises était de les chanter trois fois, savoir : avant le Cantique lui-même, avant Gloria Patri, et après Sicut erat. Enfin, ces admirables Antiennes, qui contiennent toute la moelle de la Liturgie de l’Avent, sont ornées d’un chant plein de gravité et de mélodie ; et les diverses Églises ont retenu l’usage de les accompagner d’une pompe toute particulière, dont les démonstrations toujours expressives varient suivant les lieux. Entrons dans l’esprit de l’Église et recueillons-nous, afin de nous unir, dans toute la plénitude de notre cœur, à la sainte Église, lorsqu’elle fait entendre à son Époux ces dernières et tendres invitations, auxquelles il se rend enfin.
PREMIÈRE ANTIENNE.
O Sapientia, quae ex ore Altissimi prodiisti, attingens a fine usque ad finem fortiter, suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiae.
O Sagesse, qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut , qui atteignez d’une extrémité à l’autre, et disposez toutes choses avec force et douceur : venez nous apprendre les voies de la prudence.
O Sagesse incréée qui bientôt allez vous rendre visible au monde, qu’il apparaît bien en ce moment que vous disposez toutes choses ! Voici que, par votre divine permission, vient d’émaner un Édit de l’empereur Auguste pour opérer le dénombrement de l’univers. Chacun des citoyens de l’Empire doit se faire enregistrer dans sa ville d’origine. Le prince croit dans son orgueil avoir ébranlé à son profit l’espèce humaine tout entière. Les hommes s’agitent par millions sur le globe, et traversent en tous sens l’immense monde romain ; ils pensent obéir à un homme, et c’est à Dieu qu’ils obéissent. Toute cette grande agitation n’a qu’un but : c’est d’amener à Bethléhem un homme et une femme qui ont leur humble demeure dans Nazareth de Galilée ; afin que cette femme inconnue des hommes et chérie du ciel, étant arrivée au terme du neuvième mois depuis la conception de son fils, enfante à Bethléhem ce fils dont le Prophète a dit : « Sa sortie est dès les jours de l’éternité ; ô Bethléhem ! tu n’es pas pas la moindre entre les mille cités de Jacob ; car il sortira aussi de toi. » O Sagesse divine ! que vous êtes forte, pour arriver ainsi à vos fins d’une manière invincible quoique cachée aux hommes ! que vous êtes douce, pour ne faire néanmoins aucune violence à leur liberté ! mais aussi, que vous êtes paternelle dans votre prévoyance pour nos besoins ! Vous choisissez Bethléhem pour y naître, parce que Bethléhem signifie la Maison du Pain. Vous nous montrez par là que vous voulez être notre Pain, notre nourriture, notre aliment de vie. Nourris d’un Dieu, nous ne mourrons plus désormais. O Sagesse du Père, Pain vivant descendu du ciel, venez bientôt en nous, afin que nous approchions de vous, et que nous soyons illuminés de votre éclat ; et donnez-nous cette prudence qui conduit au salut.
PRIERE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, IVe Dimanche de l’Avent, Oraison.)
Christe, Dei Filius, qui in mundo per Virginem natus, Nativitatis tuae terrore et regna concutis, et reges admirari compellis, praebe nobis initium Sapientiae, quod est timor tuus; ut in eo fructificemur, in eo etiam proficientes, fructum tibi pacatissimum offeramus: ut, qui ad gentium vocationem, quasi fluvius violentus, accessisti; nasciturus in terris ad conversionem peccantium, manifesta tuae gratiae donum: quo, repulso terrore formidinis, casto te semper sequamur amore intimae charitatis. Amen.
O Christ, Fils de Dieu, né d’une Vierge en ce monde, vous qui ébranlez les royaumes par la terreur de votre Nativité, et contraignez les rois à l’admiration : donnez-nous votre crainte qui est le commencement de la sagesse ; afin que nous y puissions fructifier et vous présenter en hommage un fruit de paix. Vous qui, pour appeler les nations, êtes arrivé avec la rapidité d’un fleuve, venant naître sur la terre pour la conversion des pécheurs, montrez-nous le don de votre grâce, afin que toute frayeur étant bannie, nous vous suivions toujours dans le chaste amour d’une intime charité. Amen.
XVIII DECEMBRE. IIe ANTIENNE.
O Adonai, et dux domus Israël , qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in brachio extento.
O Adonaï, Seigneur, chef de la maison d’Israël, qui avez apparu à Moïse, dans la flamme du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï ; venez nous racheter dans la force de votre bras.
O Seigneur suprême ! Adonaï ! venez nous racheter, non plus dans votre puissance, mais dans votre humilité. Autrefois vous vous manifestâtes à Moïse, votre serviteur, au milieu d’une flamme divine ; vous donnâtes la Loi à votre peuple du sein des foudres et des éclairs : maintenant il ne s’agit plus d’effrayer, mais de sauver. C’est pourquoi votre très pure Mère Marie ayant connu, ainsi que son époux Joseph, l’Edit de l’Empereur qui va les obliger d’entreprendre le voyage de Bethléhem, s’occupe des préparatifs de votre heureuse naissance. Elle apprête pour vous, divin Soleil, les humbles langes qui couvriront votre nudité, et vous garantiront de la froidure dans ce monde que vous avez fait, à l’heure où vous paraîtrez, au sein de la nuit et du silence. C’est ainsi que vous nous délivrerez de la servitude de notre orgueil, et que votre bras se fera sentir plus puissant, alors qu’il semblera plus faible et plus immobile aux yeux des hommes. Tout est prêt, ô Jésus ! vos langes vous attendent : partez donc bientôt et venez en Bethléhem, nous racheter des mains de notre ennemi.
XVIII DECEMBRE. L’EXPECTATION DE L’ENFANTEMENT DE LA SAINTE VIERGE.
Cette Fête, qui se célèbre aujourd’hui, non seulement dans toute l’Espagne, mais dans presque toutes les Églises du monde catholique, doit son origine aux Évêques du dixième Concile de Tolède, en 656. Ces Prélats ayant trouvé quelque inconvénient à l’antique usage de célébrer la fête de l’Annonciation de la Sainte Vierge au vingt-cinq Mars, attendu que cette solennité joyeuse se rencontre assez souvent au temps où l’Église est préoccupée des douleurs de la Passion, et qu’il est même nécessaire quelquefois de la transférer dans le Temps Pascal, où elle semble présenter une contradiction d’un autre genre, ils décrétèrent que désormais on célébrerait dans l’Église d’Espagne, huit jours avant Noël, une fête solennelle avec Octave, en mémoire de l’Annonciation, et pour servir de préparation à la grande solennité de la Nativité. Dans la suite, l’Église d’Espagne sentit le besoin de rÈvenir à la pratique de l’Église romaine, et de toutes celles du monde entier, qui solennisent le vingt-cinq Mars comme le jour à jamais sacré de l’Annonciation de la Sainte Vierge et de l’Incarnation du Fils de Dieu ; mais telle avait été durant plusieurs siècles la dévotion des peuples pour la Fête du dix-huit Décembre, qu’on jugea nécessaire d’en retenir un vestige. On cessa donc de célébrer en ce jour l’Annonciation de Marie ; mais on appliqua la piété des fidèles à considérer cette divine Mère dans les jours qui précèdent immédiatement son merveilleux enfantement. Une nouvelle Fête fut donc créée sous le titre de l’Expectation de l’Enfantement de la Sainte Vierge.
Cette Fête, qui est appelée Notre-Dame de l’O, ou la Fête de l’O, à cause des grandes Antiennes qu’on chante en ces jours, et surtout de celle qui commence O Virgo Virginum ! (qu’on a retenue à Vêpres dans l’Office de l’Expectation, sans toutefois omettre celle du jour, O Adonaï !) est toujours célébrée en Espagne avec une grande dévotion. Pendant les huit jours qu’elle dure, on célèbre une Messe solennelle de grand matin, à laquelle toutes les femmes enceintes, de quelque rang qu’elles soient, se font un devoir d’assister, afin d’honorer Marie dans sa divine grossesse, et de solliciter pour elles-mêmes son secours. Il n’est pas étonnant qu’une dévotion si touchante se soit répandue, avec l’approbation du Siège Apostolique, dans la plupart des autres Provinces de la catholicité ; mais antérieurement aux concessions qui ont été faites sur cette matière, l’Église de Milan célébrait déjà, au sixième et dernier Dimanche de l’Avent, l’Office de l’Annonciation de la Sainte Vierge, et donnait à la dernière Semaine de ce saint temps le nom de Hebdomada de Exceptato, par corruption de Expectato. Mais ces détails appartiennent à l’archéologie liturgique proprement dite, et sortiraient du genre de cet ouvrage ; nous rÈvenons donc à la fête de l’Expectation de la Sainte Vierge, que l’Église a établie et sanctionnée, comme un moyen de plus de raviver l’attention des fidèles dans ces derniers jours de l’Avent.
Il est bien juste, en effet, ô Vierge-Mère, que nous nous unissions à l’ardent désir que vous avez de voir de vos yeux Celui que votre chaste sein renferme depuis près de neuf mois, de connaître les traits de ce Fils du Père céleste, qui est aussi le vôtre, de voir enfin s’opérer l’heureuse Naissance qui va donner Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre Paix aux hommes de bonne volonté. O Marie ! les heures sont comptées, et elles s’écoulent vite, quoique trop lentement encore pour vos désirs et les nôtres. Rendez nos cœurs plus attentifs ; achÈvez de les purifier par vos maternels suffrages, afin que si rien ne peut arrêter, à l’instant solennel, la course de l’Emmanuel sortant de votre sein virginal, rien aussi ne retarde son entrée dans nos cœurs, préparés par une fidèle attente.
GRANDE ANTIENNE A LA SAINTE VIERGE.
O Virgo virginum! quomodo fiet istud! quia nec primam similem visa es, nec habere sequentem. Filiae Jerusalem, quid me admiramini? Divinum est mysterium hoc quod cernitis.
O Vierge des vierges ! comment cela se pourra-t-il faire ? Nulle autre n’a jamais été, ni ne pourra jamais être semblable à vous. — Pourquoi vous étonnez-vous de moi, filles de Jérusalem ? Ce que vous voyez est un mystère divin.
XIX DECEMBRE. IIIe ANTIENNE.
O radix Jesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, jam noli tardare.
O rejeton de Jessé, qui êtes comme un étendard pour les peuples ; devant qui les rois se tiendront dans le silence ; à qui les nations offriront leurs prières : venez nous délivrer ; ne tardez plus.
Vous voici donc en marche, ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L’Arche du Seigneur s’est levée et s’avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. « Qu’ils sont beaux vos pas, ô Fille du Rot, dans l’éclat de votre chaussure » (Cant. VII, 1), lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Époux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l’heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine. Avancez, ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l’homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre , nous jurons « de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu’à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob. » Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l’Arche sacrée, ô rejeton de Jessé, jusqu’à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, ô Messie ! venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous.
REPONS DE L’AVENT.
(Bréviaire Ambrosien, VI° Dimanche de l’Avent.)
r. Beatus uterus Mariae Virginis qui portavit invisibilem: quem septem throni capere non possunt in eo habitare dignatus est: * Et portabat levem in sinu suo. v. Dedit illi Dominus sedem patris sui et regnabit in domo Jacob in aeternum, cujus regni non erit finis: * Et portabat levem in sinu suo.
r. Heureux le sein de la Vierge Marie qui porta le Dieu invisible ! Celui que sept trônes ne peuvent contenir a daigne habiter en elle ; * Et elle le portait comme un léger fardeau dans son sein. v. Le Seigneur lui a donné le trône de David son père ; il régnera dans la maison de Jacob à jamais ; son règne n’aura pas de fin. * Et Marie le portait comme un léger fardeau dans son sein.
XX DÉCEMBRE. IV° ANTIENNE.
O Clavis David et sceptrum domus Israël, qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris, et umbra mortis.
O Clef de David, ô sceptre de la maison d’Israël ! qui ouvrez, et nul ne peut fermer ; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.
O Fils de David, héritier de son trône et de sa puissance, vous parcourez, dans votre marche triomphale, une terre soumise autrefois à votre aïeul, aujourd’hui asservie par les Gentils. Vous reconnaissez de toutes parts, sur la route, tant de lieux témoins des merveilles de la justice et de la miséricorde de Jéhovah votre Père envers son peuple, au temps de cette ancienne Alliance qui tire à sa fin. Bientôt, le nuage virginal qui vous couvre étant ôté, vous entreprendrez de nouveaux voyages sur cette même terre ; vous y passerez en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, et cependant n’ayant pas où reposer votre tête. Du moins, aujourd’hui, le sein maternel vous offre encore un asile doux et tranquille, où vous ne recevez que les témoignages de l’amour le plus tendre et le plus respectueux. Mais, ô Seigneur ! il vous faut sortir de cette heureuse retraite ; il vous faut, Lumière éternelle, luire au milieu des ténèbres ; car le captif que vous êtes venu délivrer languit dans sa prison. Il s’est assis dans l’ombre de la mort, et il y va périr, si vous ne venez promptement en ouvrir les portes avec votre Clef toute-puissante ! Ce captif, ô Jésus, c’est le genre humain, esclave de ses erreurs et de ses vices : venez briser le joug qui l’accable et le dégrade ; ce captif, c’est notre cœur trop souvent asservi à des penchants qu’il désavoue : venez, ô divin Libérateur, affranchir tout ce que vous avez daigné faire libre par votre grâce, et relever en nous la dignité de vos frères.
ANTIENNE A L’ANGE GABRIEL.
O Gabriel! nuntius coelorum, qui januis clausis ad me intrasti, et Verbum nunciasti: Concipies et paries; Emmanuel vocabitur.
O Gabriel ! messager des cieux, qui es entré près de moi les portes fermées, et m’as dit cette parole : Vous concevrez et enfanterez ; on l’appellera Emmanuel !
XXI DÉCEMBRE.
En l’Office des Laudes, la voix de l’Église fait retentir aujourd’hui cet avis solennel :
Nolite timere: quinta enim die veniet ad vos Dominus noster.
Ne craignez point : notre Seigneur viendra à vous dans cinq jours
SAINT THOMAS, APOTRE.
Voici la dernière Fête que va célébrer l’Église avant celle de la Nativité de son Seigneur et Époux. Elle interrompt les Féries majeures pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et dont le glorieux martyre, consacrant à jamais ce jour, procura au peuple chrétien un puissant introducteur auprès du divin Messie. Il appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur le Cycle dans les jours où nous sommes, afin que sa protection aidât les fidèles à croire et à espérer en ce Dieu qu’ils ne voient pas encore, et qui vient à eux sans bruit et sans éclat, afin d’exercer leur Foi. Saint Thomas douta un jour, et ne comprit le besoin de la Foi qu’après avoir passé parles ombres de l’incrédulité : il est juste qu’il vienne maintenant en aide aux enfants de l’Église, et qu’il les fortifie contre les tentations qui pourraient leur survenir de la part d’une raison orgueilleuse. Adressons-nous donc à lui avec confiance ; et du sein de la lumière où son repentir et son amour l’ont placé, il demandera pour nous la docilité d’esprit et de cœur qui nous est nécessaire pour voir et pour reconnaître Celui qui fait l’attente des nations, et qui, destiné à régner sur elles, n’annoncera son arrivée que par les faibles vagissements d’un enfant, e. non par la voix tonnante d’un maître. Mais lisons d’abord le récit des Actes de notre saint Apôtre. L’Église a jugé à propos de nous le présenter sous la forme la plus abrégée, dans la crainte de mêler quelques détails fabuleux aux faits incontestables que les sources authentiques nous fournissent.
Thomas Apostolus, qui et Didymus, Galilaeus, post acceptum Spiritum Sanctum, multas provincias profectus est ad praedicandum Christi Evangelium. Par this, Medis, Persis, Hircanis, et Bactris christianae fidei et vitae praecepta tradidit. Postremo ad Indos se conferens, eos in Christiana religione erudivit. Qui ad extremum, vitae doctrinaeque sanctitate, et miraculorum magnitudine, quum caeteris omnibus sui admirationem, et Jesu Christi amorem commovisset, cuius gentis regem, idolorum cultorem, magis ad iram accendit: cujus sententia condemnatus, telisque confossus, Calaminae Apostolatus honorem martyrii corona decoravit.
Thomas Apôtre, appelé aussi Didyme, était de Galilée Après avoir reçu le Saint-Esprit, il alla prêcher l’Évangile en beaucoup de provinces. Il enseigna les préceptes de la foi et de la vie chrétienne aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens. Il se dirigea en dernier lieu vers les Indes, dont il instruisit les peuples dans la religion chrétienne. En ce pays, il se fit admirer de tort le monde par la sainteté de sa vie et de sa doctrine et par l’éclat de ses miracles, et il alluma grandement l’amour de Jésus-Christ dans les cœurs. Le roi de la contrée s’enflamma de colère ; car il était zélé pour l’idolâtrie ; et le saint apôtre ayant été condamné à mort par ses ordres, fut percé de traits, à Calamine, et rehaussa l’honneur de son apostolat par la couronne du martyre.
GRANDE ANTIENNE DE SAINT THOMAS.
O Thoma Didyme! qui Christum meruisti cernere; te precibus rogamus altisonis, succurre nobis miseris; ne damnemur cum impiis, in Adventu Judicis.
O Thomas Didyme ! vous qui avez mérité de voir le Christ, nous faisons monter vers vous nos prières à haute voix ; secourez-nous dans notre misère ; afin que nous ne soyons pas condamnés avec les impies, en l’Avènement du Juge.
PRIONS.
OREMUS.Da nobis, quaesumus, Domine, beati Apostoli tui Thomae solemnitatibus gloriari: ut ejus semper et patrociniis sublevemur, et fidem congrua devotione sectemur. Per Dominum, &c. Amen.
Accordez-nous, Seigneur, nous vous en prions, de célébrer avec joie la solennité de votre bienheureux Apôtre Thomas ; afin que nous soyons toujours assistés de sa protection, et que nous suivions avec le zèle convenable la Foi qu’il a professée. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
L’Oraison qui suit est tirée du Bréviaire gothique ou mozarabe, à l’Office des Matines.
Domine Jesu Christe, qui posuisti in capite Martyris tui Thomae Apostoli coronam de lapide pretioso, fundamento fundatam; ut non confundatur, quia te credidit; coronetur, quia pro te animam posuit: sit ergo intercessionibus ejus in nobis famulis tuis fides vera, qua te etiam coram persecutoribus promptissima devotione confiteamur: quatenus interveniente tanto martyre, coram te et Angelis tuis minime confundamur. Amen.
Seigneur Jésus-Christ, qui avez placé sur la tête de votre Martyr Thomas l’Apôtre une couronne formée de cette pierre précieuse qui est le fondement solide, afin qu’ayant cru en vous il ne fût pas condamné, et qu’ayant donné pour vous sa vie, il fût honoré du diadème : établissez par son intercession, en nous vos serviteurs, une Foi véritable par laquelle nous croyions en vous , une confession pleine de zèle, par laquelle nous vous rendions témoignage, avec un dévouement empressé, devant les persécuteurs, afin que, par le secours d’un si grand Martyr, nous ne soyons pas confondus en présence de vous et de vos Anges. Amen.
L’Église grecque traite avec sa solennité ordinaire la fête de saint Thomas ; mais c’est au six octobre qu’elle la célèbre. Nous allons extraire quelques strophes des chants qu’elle lui a consacrés.
HYMNE DE SAINT THOMAS.
(Tirée des Menées des Grecs.)
Domini palpato latere, bonorum assecutus es summitatem; nam velut spongia hinc hausisti latices, fontem bonorum, aeternamque potasti vitam, mentibus expellens ignorantiam, divinaque Dei cognitionis dogmata scaturire faciens.
Quand ta main toucha le côté du Seigneur, tu trouvas le comble de tous les biens ; car ainsi qu’une éponge mystique, tu en exprimas de célestes liqueurs, tu y puisas la vie éternelle, bannissant toute ignorance dans les âmes, et faisant couler comme de source les dogmes divins de la connaissance de Dieu.
Tua incredulitate et tua fide stabilisti tentatos, nunciare incipiens omni creaturae Deum ac Dominum, carne pro nobis in terris indutum, crucem mortemque subeuntem, clavis perforatum, cujus lancea latus apertum, ex quo vitam haurimus.
Par ton incrédulité et par ta foi tu as rendu stables ceux qui étaient dans la tentation , en proclamant le Dieu et Seigneur de toute créature, incarné pour nous sur cette terre, crucifié, soumis à la mort, percé de clous, et dont le côté fut ouvert par une lance, afin que nous y puisions la vie.
Indorum omnem terram fulgere fecisti, sacratissime, ac Deum videns Apostole! Quum enim illuminasses filios luminis et diei, horum, in Spiritu, sapiens, idolica Èvertisti templa, et sublimasti os in charitate Dei, ad laudem et gloriam Ecclesiae, beate intercessor pro animabus nostris.
Tu as fais resplendir la terre des Indiens d’un vif éclat, ô très saint Apôtre, contemplateur de la divinité ! Après avoir illuminé ces peuples et les avoir rendus enfants de la lumière et du jour, tu renversas les temples de leurs idoles par la vertu de l’Esprit-Saint, et tu les fis s’élever, ô très prudent, jusqu’à la charité de Dieu, pour la louange et la gloire de l’Église, ô bienheureux intercesseur de nos âmes !
Divina videns, Christi Sapientiae spiritualis demonstratus es crater mysticus, O Thoma Apostole, in quem fidelium animae laetantur, et Spiritus sagena populos eruisti ex abysso ignorantiae: unde ex Sion sicut fluvius devenisti charitatis, tua divina scaturire faciens dogmata in omnem creaturam. Christi passionis imitatus, latere pro ipso perforatus, induisti immortalitatem: illum deprecare misereri animabus nostris.
O contemplateur des choses divines, tu fus la coupe mystique de la Sagesse du Christ ! ô Thomas Apôtre, en qui se réjouissent les âmes des fidèles ! tu retiras les peuples de l’abîme de l’ignorance avec les filets du divin Esprit : c’est pourquoi, tu as coulé, semblable à un fleuve de charité, répandant sur toute créature comme une source d’eau vive les enseignements divins. Percé aussi de la lance en ton propre côté, tu as imité la Passion du Christ, et tu as revêtu l’immortalité : supplie-le d’avoir pitié de nos âmes.
Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c’est à vous maintenant que s’adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Église. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d’une lumière qui nous conduise jusqu’à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi. Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu’il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, ô saint Apôtre, ce n’est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile ; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous : Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui cependant ont cru ! Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu’en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l’œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés,, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons.
XXI DÉCEMBRE. V° ANTIENNE.
O Oriens , splendor lucis aeternae, et Sol justitiae : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis.
O Orient ! splendeur de la lumière éternelle ! Soleil de justice ! venez, et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.
Divin Soleil, ô Jésus ! vous venez nous arracher à la nuit éternelle : soyez à jamais béni ! Mais combien vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute votre splendeur ! Combien vous aimez à voiler vos rayons, jusqu’à l’instant marqué par votre Père céleste, où vous devez épanouir tous vos feux ! Voici que vous traversez la Judée ; vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme. Sur le chemin, vous rencontrez une multitude d’hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d’origine, pour satisfaire à l’Édit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne vous a soupçonné si près de lui, ô divin Orient ! Marie, votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s’ils remarquent la majesté et l’incomparable modestie de cette auguste Reine, sentiront-ils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humble ; encore ont-ils bientôt oublié cette heureuse rencontre. S’ils voient avec tant d’indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donneront-ils une pensée ? Et cependant ce fils, c’est vous-même, ô Soleil de justice ! Augmentez en nous la Foi, mais accroissez aussi l’amour. Si ces hommes vous aimaient, ô libérateur du genre humain, vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne vous verraient pas encore, mais du moins leur cœur serait ardent dans leur poitrine, ils vous désireraient, et ils hâteraient votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs. O Jésus qui traversez ainsi ce monde que vous avez fait, et qui ne forcez point l’hommage de vos créatures, nous voulons vous accompagner dans le resté de votre voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point vous quitter jusqu’à ce que nous soyons arrivés avec vous à l’heureuse Bethléhem, à cette Maison du Pain, où enfin nos yeux vous verront, ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !
PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, au Lundi de la V° Semaine de l’Avent, Oraison.)
Immane satis facinus video coram tuis, Deus Pater, oculis a reprobis perpetratum: qui, dum Filium tuum, praedicatum in lege, contemnunt, in incredulitatis suae voragine remanserunt; dum hi quibus non erat de eo nuntiatum, viderunt eum, et qui non audierunt, intelligentia contemplati sunt. Amove ergo, quaesumus, quidquid resistit tibi in opere, ut credulo pectore sic in nobis virgulta donorum praepolleant, ut radix humilitatis nunquam arescat. Amen.
O Dieu notre Père ! quel crime énorme vois-je commettre sous vos yeux par les Juifs réprouvés ! ils méprisent votre Fils annoncé dans la Loi, et ils demeurent dans le gouffre de leur incrédulité ; tandis que ceux auxquels il n’avait pas été annoncé l’ont vu, et que ceux qui n’en ont point entendu parler l’ont contemplé dans leur intelligence. Arrachez donc de nous, nous vous en supplions, tout ce qui vous résiste dans nos œuvres afin que les dons que vous avez implantés dans notre cœur docile prennent un accroissement fécond, et que la racine de l’humilité ne s’y dessèche jamais. Amen.
XXII DECEMBRE. VI° ANTIENNE.
O Rex gentium, et desideratus earum , Lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem quem de limo formasti.
O Roi des nations, objet de leurs désirs ! Pierre angulaire qui réunissez en vous les deux peuples ! venez et sauvez l’homme que vous avez formé du limon.
O Roi des nations ! vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu’un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d’avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s’estime la dernière des créatures ? Comment osera-t-elle vous élÈver dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l’heure approche où, sans cesser d’être son fils, vous sortirez d’elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l’amour maternel se confondant avec l’amour qu’elle a pour son Dieu, elle est au moment d’expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur. Mais vous la soutenez, ô Désiré des nations ! car vous voulez qu’elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille. Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, ô divin Roi ! et venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l’homme vous est cher, puisque vous l’avez pétri de vos mains. Oh ! venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la ; car vous l’aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage.
GRANDE ANTIENNE EN L’HONNEUR DU CHRIST.
O Rex Pacifice, tu ante saecula nate, per auream egredere portam, redemptos tuos visita, et eos illuc revoca, unde ruerunt per culpam.
O Roi Pacifique ! vous qui êtes né avant les siècles, hâtez-vous de sortir par la porte d’or : visitez ceux que vous devez racheter, et faites-les remonter au lieu d’où le péché les a précipités.
XXIII DÉCEMBRE.
Aujourd’hui, en l’Office des Laudes, l’Église chante cette Antienne :
Ant.Ecce completa sunt omnia quae dicta sunt per Angelum, de Virgine Maria.
Ant.Voici que sont accomplies toutes les choses que l’Ange avait dites, au sujet de la Vierge Marie.
VII° ANTIENNE.
O Emmanuel, Rex et Legifer noster, exspectatio gentium, et salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine Deus noster.
O Emmanuel ! notre Roi et notre Législateur ! l’attente des nations et leur sauveur ! venez nous sauver, Seigneur notre Dieu !
O Emmanuel ! Roi de Paix ! vous entrez aujourd’hui dans Jérusalem, la ville de votre choix ; car c’est là que vous avez votre Temple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre Sépulcre ; et le jour viendra où vous établirez auprès d’elle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans éclat dans cette ville de David et de Salomon. Elle n’est que le lieu de votre passage, pour vous rendre à Bethléhem. Toutefois, Marie votre mère, et Joseph son époux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hommages : et alors s’accomplit, pour la première fois, l’oracle du Prophète Aggée qui avait annoncé que la gloire du second Temple serait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve en ce moment posséder une Arche d’Alliance bien autrement précieuse que celle de Moïse, mais surtout incomparable à tout autre sanctuaire qu’au ciel même, parla dignité de Celui qu’elle contient. C’est le Législateur lui-même qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. Mais bientôt l’Arche vivante du Seigneur descend les degrés du Temple, et se dispose à partir pour Bethléhem, où l’appellent d’autres oracles. Nous adorons, ô Emmanuel ! tous vos pas à travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidélité vous observez ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne manque aux caractères dont vous devez être doué, ô Messie, pour être reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que l’heure est près de sonner, que toutes choses se préparent pour votre Nativité, et venez nous sauver ; venez, afin d’être appelé non plus seulement Emmanuel, mais Jésus, c’est-à-dire Sauveur.
GRANDE ANTIENNE A JÉRUSALEM.
O Hierusalem! civitas Dei summi, leva in circuitu oculos tuos; et vide Dominum tuum, quia jam veniet solvere te a vinculis.
O Jérusalem ! ville du grand Dieu, lève les yeux autour de toi, et regarde ton Seigneur ; car il va bientôt venir te délivrer de tes liens.
XXIV DÉCEMBRE. LA VIGILE DE NOËL.
Enfin, dit saint Pierre Damien dans son Sermon pour ce jour, « nous voici arrivés de la haute mer dans le port, de la promesse à la récompense, du désespoir à l’espérance, du travail au repos, de la voie à la patrie. Les courriers de la divine promesse s’étaient succédé ; mais ils n’apportaient rien avec eux, si ce n’est le renouvellement de cette même promesse. C’est pourquoi notre Psalmiste s’était laissé aller au sommeil, et les derniers accents de sa harpe semblaient accuser les retards du Seigneur. Vous nous avez repoussés, disait-il, vous nous avez dédaignés ; et vous avez différé l’arrivée de votre Christ. (Psaume LXXXVIII.) Puis, passant de la plainte à l’audace, il s’était écrié d’une voix impérative : Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur les Chérubins ! (Psaume LXXIX ) En repos sur le trône de votre puissance, entouré des bataillons volants de vos Anges, ne daignerez-vous pas abaisser vos regards sur les enfants des hommes, victimes d’un péché commis par Adam, il est vrai, mais permis par vous-même ? Souvenez-vous de ce qu’est notre nature ; c’est à votre ressemblance que vous l’avez créée ; et si tout homme vivant est vanité, ce n’est pas du moins en ce qu’il a été fait à votre image. Abaissez donc vos cieux et descendez ; abaissez les cieux de votre miséricorde sur les misérables qui vous supplient, et du moins ne nous oubliez pas éternellement.
Isaïe à son tour, dans la violence de ses désirs, disait : A cause de Sion, je ne me tairai pas ; à cause de Jérusalem, je ne me reposerai pas, jusqu’à ce que le Juste quelle attend se lève enfin dans son éclat. Forcez donc les deux et descendez ! Enfin , tous les Prophètes, fatigués d’une trop longue attente, n’ont cessé de faire entendre tour à tour les supplications, les plaintes, et souvent même les cris de l’impatience. Quant à nous, nous les avons assez écoutés ; assez longtemps nous avons répété leurs paroles : qu’ils se retirent maintenant ; il n’est plus pour nous de joie, ni de consolation, jusqu’à ce que le Sauveur, nous honorant du baiser de sa bouche, nous dise lui-même : Vous êtes exaucés.
« Mais que venons-nous d’entendre ? Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts : car demain descendra le Seigneur. Le reste de ce jour, et à peine la moitié de la nuit qui va venir nous séparent de cette entrevue glorieuse, nous cachent encore l’Enfant-Dieu et son admirable Naissance. Courez, heures légères ; achevez rapidement votre cours, pour que nous puissions bientôt voir le Fils de Dieu dans son berceau et rendre nos hommages à cette Nativité qui sauve le monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes de vrais enfants d’Israël, purifiés de toutes les souillures de la chair et de l’esprit, tout prêts pour les mystères de demain, pleins d’empressement à témoigner de votre dévotion. C’est du moins ce que je puis juger, d’après la manière dont vous avez passé les jours consacrés à attendre l’Avènement du Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques gouttes du fleuve de la mortalité avaient touché votre cœur, hâtez-vous aujourd’hui de les essuyer et de les couvrir du blanc linceul de la Confession. Je puis vous le promettre de la miséricorde de l’Enfant qui va naître : celui qui confessera son péché avec repentir, la Lumière du monde naîtra en lui ; les ténèbres trompeuses s’évanouiront, et la splendeur véritable lui sera donnée. Car comment la miséricorde serait-elle refusée aux mal-ci heureux, en cette nuit même où prend naissance le Seigneur miséricordieux ? Chassez donc l’orgueil de vos regards, la témérité de votre langue, la cruauté de vos mains, la volupté de vos reins ; retirez vos pieds du chemin tortueux, et puis venez et jugez le Seigneur, si, cette nuit, il ne force pas les Cieux, s’il ne descend pas jusqu’à vous, s’il ne jette pas au fond de la mer tous vos péchés. »
Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d’espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L’Église, dérogeant à tous ses usages habituels, veut que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l’Office et la Messe de la Vigile l’emportent sur l’Office et la Messe du quatrième Dimanche de l’Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fêtes, si importantes qu’elles soient, la solennité ne commence qu’aux premières Vêpres ; jusque-là l’Église se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice suivant le rite quadragésimal. Aujourd’hui, au contraire, dès le point du jour, à l’Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L’intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l’on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux comme dans les autres Fériés de l’Avent ; et il n’y a plus qu’une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.
Entrons dans l’esprit de la sainte Église, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n’ayons vu naître, à l’heure sacrée, Celui qui vient illuminer toute créature ; car c’est un devoir, pour tout fidèle enfant de l’Église Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l’univers entier veille encore à l’arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s’effacerait qu’au grand malheur de la terre.
Parcourons en esprit de prière les principales parties de l’Office de cette Vigile. D’abord, la sainte Église éclate par un cri d’avertissement qui sert d’Invitatoire à Matines, d’Introït et de Graduel à la Messe. C’est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.
INVITATOIRE.
Hodie scietis quia veniet Dominus : et mane videbitis gloriam ejus.
Sachez aujourd’hui que le Seigneur viendra ; et dès le matin vous verrez sa gloire.
Les Répons sont remplis de majesté et de douceur. Rien de plus lyrique ni de plus touchant que leur mélodie, dans cette nuit qui précède la nuit même où le Seigneur vient en personne.
r. Sanctificamini hodie et estote parati: quia die crastina videbitis * Majestatem Dei in vobis. v. Hodie scietis quia veniet Dominus, et mane videbitis * Majestatem Dei in vobis.
r. SANCTIFIEZ-VOUS aujourd’hui, et soyez prêts : car demain vous verrez * la Majesté de Dieu au milieu de vous. v. Sachez aujourd’hui que le Seigneur va venir ; et demain vous verrez * la Majesté de Dieu au milieu de vous.
r. Constantes estote; videbitis auxilium Domini super vos: Judaea et Jerusalem nolite timere: * Cras egrediemini, et Dominus erit vobiscum: v. Sanctificamini, filii Israel, et estote parati. * Cras egrediemini, et Dominus erit vobiscum.
r. Soyez constants ; vous verrez venir sur vous le secours du Seigneur. O Judée et Jérusalem ! ne craignez point : * Demain vous serez délivrées, et le Seigneur sera avec vous. v. Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts. * Demain vous serez délivrés, et le Seigneur sera avec vous.
R. Sanctificamini, filii Israel, dicit Dominus: die enim crastina descendet Dominus: * Et auferet a vobis omnem languorem.V. Crastina die delebitur iniquitas terras, et regnabit super nos Salvator mundi. * Et auferet a robia omnem languorem.
r. Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, dit le Seigneur ; car demain le Seigneur descendra. * Et il ôtera de vous toute langueur. v. Demain, l’iniquité de la terre sera effacée ; et le Sauveur du monde régnera sur nous. * Et il ôtera de vous toute langueur.
A l’Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l’annonce solennelle de la fête de Noël, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Chœur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe, que les assistants écoutent debout, jusqu’à l’endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu’à ce que la grande nouvelle ait été totalement annoncée.
OCTAVO KALENDAS JANUARII
LE HUIT DES CALENDES DE JANVIER.
Anno a creatione mundi, quando in principio Deus creavit caelum et terram, quinquies millesimo centesimo nonagesimo nono; a diluvio vero, anno bis millesimo nongentesimo quinquagesimo septimo; a nativitate Abrahae, anno bis millesimo quintodecimo; a Moyse et egressu populi Israel de Aegypto, anno millesimo quingentesimo decimo; ab unctione David in regem, anno millesimo trigesimo secundo; Hebdomada sexagesima quinta, juxta Danielis prophetiam; Olympiade centesima nonagesima quarta; ab urbe Roma condita, anno septingentesimo quinquagesimo secundo; anno Imperii Octaviani Augusti quadragesimo secundo; toto Orbe in pace composito, sexta mundi aetate, Jesus Christus, aeternus Deus aeternique Patris Filius, mundum volens adventu suo piissimo consecrare, de Spiritu Sancto conceptus, novemque post conceptionem decursis mensibus, in Bethlehem Judae nascitur ex Maria Virgine factus homo: NATIVITAS DOMINI NOSTRI JESU CHRISTI SECUNDUM CARNEM!
L’an de la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre, cinq mille cent quatre-vingt-dix-neuf : du déluge, l’an deux mille neuf cent cinquante-sept : de la naissance d’Abraham, l’an deux mille quinze : de Moïse et de la sortie du peuple d’Israël de l’Égypte, l’an mille cinq cent dix : de l’onction du roi David, l’an mille trente-deux : en la soixante-cinquième Semaine, selon la prophétie de Daniel : en la cent quatre-vingt-quatorzième Olympiade : de la fondation de Rome, l’an sept cent cinquante-deux : d’Octavien Auguste, l’an quarante-deuxième : tout l’univers étant en paix : au sixième âge du monde : Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulant consacrer ce monde par son très miséricordieux Avènement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s’étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme, de la Vierge Marie, en Bethléhem de Judée : LA NATIVITE DE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST SELON LA CHAIR !
Ainsi toutes les générations ont comparu successivement devant nous [L’Église, en ce seul jour et en cette seule circonstance, adopte la Chronologie des Septante, qui place la naissance du Sauveur après l’an cinq mille, tandis que la version Vulgate ne donne que quatre mille ans jusqu’à ce grand événement ; en quoi elle est d’accord avec le texte hébreu. Ce n’est point ici le lieu d’expliquer cette divergence de chronologie ; il suffit de reconnaître le fait comme une preuve de la liberté qui nous est laissée par l’Église sur cette matière.]. Interrogées si elles auraient vu passer Celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu’à ce que le nom de Marie s’étant d’abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, a été proclamée. « Une voix d’allégresse a retenti sur notre terre, dit à ce sujet saint Bernard dans son premier Sermon sur la Vigile de Noël ; une voix de triomphe et de salut sous les tentes des pécheurs. Nous venons d’entendre une parole bonne, une parole de consolation, un discours plein de charmes, digne d’être recueilli avec le plus grand empressement. Montagnes, faites retentir la louange ; battez des mains, arbres des forêts, devant la face du Seigneur ; car le voici qui vient. Cieux, écoutez ; terre, prête l’oreille ; créatures, soyez dans l’étonnement et la louange ; mais toi surtout, ô homme ! Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléem de Judée ! Quel cœur, fût-il de pierre, quelle âme ne se fond pas à cette parole ? Quelle plus douce nouvelle ? quel plus délectable avertissement ? qu’entendit-on jamais de semblable ? quel don pareil le monde a-t-il jamais reçu ? Jésus Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléem de Judée ! O parole brève qui nous annonce le Verbe dans son abaissement ! mais de quelle suavité n’est-elle pas remplie ! Le charme d’une si mielleuse douceur nous porte à chercher des développements à cette parole ; mais les termes manquent. Telle est, en effet, la grâce de ce discours, que si j’essaie d’en changer un iota, j’en affaiblis la saveur : Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléem de Judée ! »
A LA MESSE.
INTROÏT.
Hodie scietis, quia veniet Dominus, et salvabit nos: et mane videbitis gloriam ejus. Ps. Domini est terra et plenitudo ejus; orbis terrarum, et nniversi qui habitant in eo. V. Gloria Patri.
Sachez aujourd’hui que le Seigneur va venir, et il nous sauvera ; et dès le matin vous verrez sa gloire.
Ps. La terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle renferme ; l’univers et tous ceux, qui l’habitent. Gloire au Père. Sachez.
Ps. La terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle renferme ; l’univers et tous ceux, qui l’habitent. Gloire au Père. Sachez.
Dans la Collecte, l’Église semble encore préoccupée de la venue du Christ comme Juge ; mais c’est la dernière fois qu’elle fera allusion à ce dernier Avènement. Désormais, elle sera toute à ce Roi pacifique, à cet Époux qui vient à elle ; et ses enfants doivent imiter sa confiance.
PRIONS
Deus, qui nos redemptionis nostrae annua exspectatione laetificas: praesta, ut Unigenitum tuum, quem redemptorem laeti suscipimus, venientem quoque Judicem securi videamus, Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum. Qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum. Amen.
O Dieu ! qui nous comblez de joie tous les ans, par l’attente de notre Rédemption ; faites que, comme nous recevons avec allégresse votre Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’il vient nous racheter, nous puissions pareillement le contempler avec assurance lorsqu’il viendra nous juger : Lui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
Dans l’Épître, l’Apôtre saint Paul, s’adressant aux Romains, leur annonce la dignité et la sainteté de l’Évangile, c’est-à-dire de cette bonne Nouvelle que les Anges vont faire retentir dans la nuit qui s’approche. Or, le sujet de cet Évangile, c’est le Fils qui est né à Dieu de la race de David selon la chair, et qui vient pour être dans l’Église le principe de la grâce et de l’Apostolat, par lesquels il fait qu’après tant de siècles, nous sommes encore associés aux joies d’un si grand Mystère.
EPITRE.
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Romanos. Cap. I.
Lecture de l’Épître de saint Paul aux Romains. CHAP. I.
Paulus, servus Jesu Christi, vocatus Apostolus, segregatus in Evangelium Dei, quod ante promiserat per Prophetas quod in scripturis Sanctis, de Filio suo, qui factus est ei ex semine David secundum carnem, qui praedestinatus est Filius Dei in virtute, secundum Spiritum sanctificationis, ex resurrectione mortuorum, Jesu Christi Domini nostri: per quem accepimus Gratiam, et Apostolatum, ad obediendum fidei in omnibus gentibus pro nomine ejus, in quibus estis et vos vocati Jesu Christi Domini nostri.
Paul, serviteur de Jésus-Christ, Apôtre par la vocation divine, choisi pour prêcher l’Évangile de Dieu (que Dieu avait promis longtemps auparavant par ses prophètes, dans les Écritures saintes), au sujet du Fils qui lui est né, de la race de David selon la chair ; lequel a été prédestiné Fils de Dieu dans la puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts ; au sujet, dis-je, de Jésus-Christ notre Seigneur, par qui nous avons reçu la Grâce et l’Apostolat, pour rendre obéissantes à la foi, parla vertu de son Nom, toutes les nations, au nombre desquelles vous aussi avez été appelés par Jésus-Christ notre Seigneur.
GRADUEL.
Hodie scietis quia veniet Dominus, et salvabit nos: et mane videbitis gloriam ejus.V. Qui regis Israel intende: qui deducis velut ovem Joseph: qui sedes super Cherubim, appare coram Ephraim, Benjamin et Manasse.
Sachez aujourd’hui que le Seigneur va venir, et il nous sauvera ; et dès le matin vous verrez sa gloire. v. Regardez-nous, ô vous qui régissez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis. Vous qui êtes assis sur les Chérubins, paraissez aux yeux d’Ephraïm, de Benjamin et de Manassé.
Si la Vigile de Noël tombe un Dimanche, on ajoute l’Alleluia avec son Verset, ainsi qu’il suit :
Alleluia, alleluia.
Alleluia alleluia
V. Crastina die delebitur iniquitas terrae, et regnabit super nos Salvator mundi.Alleluia.
v. Demain sera effacée l’iniquité de la terre, et le Sauveur du monde régnera sur nous. Alleluia.
L’Évangile de cette Messe est le passage dans lequel saint Matthieu raconte les inquiétudes de saint Joseph et la vision de l’Ange. Il convenait que cette histoire, l’un des préludes de la Naissance du Sauveur, ne fût pas omise dans la Liturgie ; et jusqu’ici le lieu de la placer ne s’était pas présenté encore. D’autre part, cette lecture convient à la Vigile de Noël, à raison des paroles de l’Ange, qui indique le nom de Jésus comme devant être donné à l’Enfant de la Vierge, et qui annonce que cet enfant merveilleux sauvera son peuple du péché.
ÉVANGILE.
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. I.
La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. CHAP. I.
Cum esset desponsata mater Jesu Maria Joseph, antequam convenirent, inventa est in utero habens de Spiritu Sancto. Joseph autem vir ejus, quum esset Justus, et nollet eam traducere, voluit occulte dimittere eam. Haec autem eo cogitante, ecce Angelus Domini apparuit in somnis ei, dicens: Joseph, fili David, noli timere accipere Mariam conjugem tuam: quod enim in ea natum est, de Spiritu Sancto est. Pariet autem filium: et vocabis nomen ejus Jesum: ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum.
Marie, mère de Jésus, ayant épousé Joseph, se trouva enceinte par l’opération du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent été ensemble. Joseph, son époux, qui était juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la quitter secrètement. Mais lorsqu’il était dans cette pensée, l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie ton épouse ; car ce qui est né en elle vient du Saint-Esprit ; et elle enfantera un fils à qui tu donneras le nom de Jésus : car ce sera lui qui sauvera son peuple, en le délivrant de ses péchés.
OFFERTOIRE.
Tollite portas, principes vestras, et elevamini, portae aeternales: et introibit Rex gloriae.
O princes ! ouvrez vos portes ; portes éternelles, élevez-vous ; et le Roi de gloire fera son entrée.
SECRETE.
Da nobis, quaesumus, omnipotens Deus: ut sicut adoranda Filii tui natalitia praevenimus; sic ejus munera capiamus sempiterna gaudentes. Qui tecum vivit et regnat is saecula saeculorum. Amen.
ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant, que de même que nous prévenons par nos vœux l’adorable Naissance de votre Fils ; ainsi nous recevions dans la joie les dons éternels de Celui qui vit et règne avec vous, dans les siècles des siècles ! Amen.
Pendant la Communion, l’Église se réjouit de goûter déjà dans le Sacrement Eucharistique Celui dont la chair purifie et nourrit notre propre chair, et elle puise dans la consolation que cet aliment divin porte avec lui, la force d’attendre jusqu’à ce moment suprême où les Anges vont l’appeler à la Crèche du Messie.
COMMUNION.
RÈvelabitur gloria Domini: et videbit omnis caro Salutare Dei nostri.
La gloire du Seigneur va se révéler, et toute chair verra le Sauveur que notre Dieu envoie.
POSTCOMMUNION.
Da nobis, quaesumus, Domine, unigeniti Filii tui recensita Nativitate respirare: cujus coelesti Mysterio pascimur, et potamur. Per eumdem.
Donnez-nous, Seigneur, de respirer, par la consolation que nous donne la pensée de la Naissance de votre Fils unique, dont le céleste Mystère est pour nous une nourriture et un breuvage. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Les Liturgies Ambrosienne et Mozarabe ont peu de choses saillantes dans l’Office et la Messe de la Vigile de Noël : nous ne leur emprunterons donc rien, et nous nous bornerons à puiser dans l’Anthologie des Grecs quelques strophes du chant qu’ils ont intitulé : Le commencement des Heures de la Nativité ; Tierce, Sexte et None.
HYMNE POUR LA VIGILE DE NOËL.
(Tirée de l’Anthologie des Grecs.)
Inscribebatur die quadam cum sene Joseph, tanquam ex semine David, in Bethlehem, Maria, sine semine foetum utero gestans; advenerat pariendi tempus, et nullus erat in diversorio locus, sed pro splendido palatio spelunca Reginae aderat.
On inscrivit un jour à Bethléhem avec le vieillard Joseph, comme issue de la race de David, Marie qui portait en son sein virginal un fruit divin. Le temps d’enfanter était arrivé ; et il n’y avait plus de place en l’hôtellerie ; une grotte restait pour auguste palais à la vierge Reine.
Adimpleri nunc urget propheticum praeconium mystice nuncians: Et tu, Bethlehem, terra Juda, nequaquam minima es in principibus, prima adorans speluncam. Ex te enim mihi veniet dux gentium, per carnem ex puella Virgine, Christus Deus qui reget populum suum novum Israel. Demus ei omnes magnificentiam.
Voici venir tout à l’heure l’accomplissement de la mystique promesse du Prophète : « Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre entre les principautés, toi qui la première ornes la divine grotte : de toi me viendra le chef des Nations, né selon la chair d’une tendre Vierge, le Christ Dieu qui régira son nouveau peuple d’Israël. » Donnons-lui nos louanges.
Iste Deus noster, praeter eum non numerabitur alius, natus ex Virgine, et cum hominibus conversatus: in pauperculo jacens praesepio Filius Unigenitus mortalis apparet, et fasciis implicatur gloriae Dominus: Stella Magis indicat ut illum adorent, nosque canamus: Trinitas sancta, salva animas nostras.
Celui-ci est notre Dieu, né d’une Vierge et conversant parmi les hommes ; nous n’en connaîtrons point d’autre ; le Fils unique gisant dans une pauvre étable apparaît sous la forme d’un mortel, et le Seigneur de gloire est enveloppé de langes : l’Etoile invite les Mages à le venir adorer ; et nous, disons en nos chants : O Trinité sainte ! sauvez nos âmes.
Venite, fideles: divinitus extollamur, Deumque videamus ex alto in Bethlehem manifeste descendentem, et sursum mentem elevantes, pro myrrha vita? afferamus virtutes, praeordinantes cum fide natalitium introitum, et dicamus: Gloria in excelsis Deo qui trinus est, cujus erga homines manifestatur benevolentia! qui Adam redimens et plasma tuum elevasti, philanthrope!
Venez, Fidèles, livrons-nous à de divins transports ; venez voir un Dieu descendre vers nous du haut du ciel en Bethléhem : élevons nos âmes en haut ; pour la myrrhe apportons les vertus de notre vie ; ornons-en d’avance son entrée en ce monde, et disons : Gloire au plus haut des cieux, à Dieu qui est un en trois personnes, lequel daigne manifester aux hommes sa grande miséricorde ! car, ô Christ ! vous avez racheté Adam et relevé l’œuvre de vos mains, ô ami des hommes !
Audi, coelum, et auribus percipe, terra: commoveantur fundamenta orbis, tremorem apprehendant terrestria; quia Deus et auctor carnis plasmatis formam induit, et qui creaturam creatrice corroboravit manu, misericordia motus videtur forma indutus. O divitiarum sapientiae scientiaeque Dei abyssus! quam inscrutabilia illius judicia, et investigabiles viae ejus!
Écoutez, ô cieux ! terre, prête l’oreille ; que l’univers s’ébranle jusque dans ses fondements, et que tout ce qu’il renferme soit saisi de frayeur. Le Dieu auteur de la chair prend lui-même une forme, et Celui qui de sa main créatrice corrobora toute créature, par une miséricordieuse compassion, parait revêtu d’un corps. O abîme des richesses de la sagesse et science de Dieu ! combien ses jugements sont incompréhensibles , combien ses voies impénétrables !
Venite, Christiferi populi, videamus prodigium omnem stupefaciens et cohibens cogitationem, et pie procumbentes cum fide hymnificemus. Hodie ad Bethlehem puella advenit paritura Dominum; praecurrunt Angelorum chori: illamque videns Joseph sponsus ejus clamabat: Quidnam in te prodigiosum mysterium, Virgo? Et quomodo parturire debes, jugi expers juvenca.
Venez, peuples chrétiens, voyons le prodige qui dépasse toute pensée, qui frappe d’étonnement toute imagination ; et pieusement prosternés, chantons avec foi des hymnes de louange. Aujourd’hui la Vierge vient à Béthléhem mettre au monde le Seigneur ; les chœurs des Anges la précèdent ; Joseph son époux la voit et s’écrie : Quel prodige aperçois-je en toi, ô Vierge ! Comment pourras-tu enfanter, tendre génisse qui ne connus point le joug ?
Hodie nascitur ex Virgine qui pugillo omnem creaturam continet: panniculis sicut mortalis fasciatur qui essentia intactibilis est; Deus in praesepio reclinatur, qui olim in principio coelos stabilivit; ex uberibus lacte nutritur per quem in deserto manna pluebat populo; Magos advocat Sponsus Ecclesiae; dona illorum accipit Virginis Filius. Adoramus tuam Nativitatem, Christe; ostende nobis tuas divinas Theophanias.
Aujourd’hui naît d’une Vierge Celui dont la main contient toute créature ; Celui qui par essence est insaisissable, devenu semblable à un mortel, est enveloppé de langes ; il gît dans une crèche Celui qui au commencement posa les cieux sur leurs fondements ; Celui qui au désert faisait pleuvoir la manne pour son peuple, est nourri du lait de la mamelle ; l’Époux de l’Église invite les Mages, et le Fils de la Vierge accepte leurs présents. Nous adorons votre Nativité, ô Christ ! favorisez-nous de vos divines manifestations.
Considérons la très pure Marie, toujours accompagnée de son fidèle époux Joseph, sortant de Jérusalem et se dirigeant vers Béthléhem. Ils y arrivent après quelques heures de marche, et, pour obéira la volonté céleste, ils se rendent au lieu où ils devaient être enregistrés, selon l’édit de l’Empereur. On inscrit sur le registre public un artisan nommé Joseph, charpentier à Nazareth de Galilée ; sans doute on ajoute le nom de son épouse Marie qui l’a accompagné dans le voyage ; peut-être même est-elle qualifiée de femme enceinte, dans son neuvième mois : c’est là tout. O Verbe incarné ! aux yeux des hommes, vous n’êtes donc pas encore un homme ? vous visitez cette terre, et vous y êtes inconnu ; et pourtant, tout ce mouvement, toute l’agitation qu’entraîne le dénombrement de l’Empire, n’ont d’autre but que d’amener Marie, votre auguste Mère, à Bethléem, afin qu’elle vous y mette au monde.
O Mystère ineffable ! que de grandeur dans cette bassesse apparente ! que de puissance dans cette faiblesse ! Toutefois, le souverain Seigneur n’est pas encore descendu assez. Il a parcouru les demeures des hommes, et les hommes ne l’ont pas reçu. Il va maintenant chercher un berceau dans l’étable des animaux sans raison : c’est là qu’en attendant les cantiques des Anges, les hommages des Bergers, les adorations des Mages, il trouvera le bœuf qui connaît son Maître, et l’âne qui s’attache à la crèche de son Seigneur. » O Sauveur des hommes, Emmanuel, Jésus, nous allons nous rendre aussi à l’étable ; nous ne laisserons pas s’accomplir solitaire et délaissée la nouvelle Naissance que vous allez prendre en cette nuit qui s’approche. A cette heure, vous allez frappant aux portes de Bethléem, sans que les hommes consentent à vous ouvrir ; vous dites aux âmes, par la voix du divin Cantique : « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie ! car ma tête est pleine de rosée, et mes cheveux imbibés des gouttes de la nuit. »
Nous ne voulons pas que vous franchissiez notre demeure : nous vous supplions d’entrer ; nous nous tenons vigilants à notre porte. « Venez donc, « ô Seigneur Jésus ! venez ! »
FIN DE L’AVENT
